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Quelques dizaines de « patriotes » québécois s’associent à des néonazis et ultranationalistes Canadiens pour manifester contre les immigrant-e-s à Lacolle

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Août 282019
 

De Montréal Antifasciste

Le 24 août 2019 a eu lieu au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle une petite manifestation anti-immigration coordonnée par le Groupe de sécurité patriotique (GSP) et soutenue par un assortiment d’énergumènes sortis tout droit de la fachosphère, dont un néonazi bien connu ayant fait le voyage depuis l’Ontario avec d’autres ultranationalistes canadiens pour s’acoquiner avec nos « patriotes » locaux!

Ces manifestant-e-s, qui adhèrent à une version alternative de la réalité ancrée dans diverses théories complotistes (dont le prétendu « grand remplacement » de la population québécois/canadienne/occidentale/blanche au moyen d’une « immigration de masse » qui serait orchestrée par « l’élite globaliste » et l’ONU; il s’agit précisément de la théorie raciste qui a inspiré les tueurs de Christchurch et d’El Paso…), s’étaient donné rendez-vous à Saint-Bernard-de-Lacolle pour dénoncer l’accueil au Canada d’immigrant-e-s et de réfugié-e-s « illégaux »[i].

Une mobilisation ratée

Le rassemblement du 24 août a d’abord été appelé par Lucie Poulin, une organisatrice clé du Parti patriote, lequel tente actuellement de recueillir suffisamment de signatures pour présenter des candidatures aux élections fédérales de 2019. Le Parti patriote est un groupe nationaliste québécois d’extrême droite qui était présent aux mobilisations de la Vague bleue, mais qui s’est depuis quelque peu brouillé avec ses organisateurs suite à une montée de lait publique de Poulin. Sans grande surprise, ses sujets de prédilections sont l’opposition à « l’immigration de masse » et au « racisme anti-québécois ».

La mobilisation d’extrême droite du 24 août est restée très tiède, malgré l’annonce par Robert Proulx, le leader du Groupe Sécurité Patriotique (GSP), que son groupuscule endossait l’initiative et serait sur place pour en assurer la sécurité.

C’est d’ailleurs un Robert Proulx déconfit et au bord de la dépression qui a publié au lendemain de la manifestation une vidéo dressant un bilan négatif et déçu de la mobilisation… sans toutefois dire un mot sur la présence d’un gros néonazi à ses côtés toute la journée!

Le petit chef du Groupe de Séurité Patriotique (GSP), Robert Proulx, comme cul et chemise avec Kevin Goudreau, le militant néonazi du Canadian Nationalist Front.

 

De nouvelles accointances douteuses…

Parmi la quarantaine de personnes ayant répondu à l’appel se trouvait un petit contingent de « gilets jaunes » canadiens de la région de Toronto/Hamilton et le militant néonazi Kevin Goudreau, de Peterborough… qui a même été invité à prendre le micro à plusieurs reprises!

Goudreau, le tristement célèbre leader du  Canadian Nationalist Front, a un long historique de militantisme ultranationaliste et a récemment fait les manchettes pour avoir appelé ses sympathisants à tuer des membres du Anti-Hate Network, des journalistes et des antifascistes. À un moment donné, le nazi a même entraîné la foule à scander le slogan : « 100 personnes, un cœur! ».

“I’m proud of my heritage; we’ve been here for 400 fucking years. And we don’t need, these fucking… god-dam fucking ragheads (sic) coming here and telling us how to live our life. Our heritage, our homeland. (…) We’re not immigrants. We did not immigrate here. We built this country, from garbage, from nothing.”

(Traduction: Je suis fier de mon patrimoine; ça fait 400 ans que nous sommes ici. On n’a pas besoin de ces ostie d’enturbannés pour venir nous dire quoi faire de nos vies. Notre patrimoine, notre pays. (…) Nous ne sommes pas des immigrants, nous n’avons pas immigré ici. Nous avons bâti ce pays à partir de vidanges, à partir de rien.)

Juste avant, Johane Voyer, présentée comme la responsable des relations avec les médias pour GSP, avait prononcé un long discours aussi délirant que décousu :

« (…) Nous sommes Storm Alliance, Les Gardiens du Québec, La Meute… Nous sommes Atalante, nommez-les… MÊME, nous sommes les antifas! (…) »

« Nos élites politiques veulent faire du Canada et du Québec un pays surpeuplé d’immigrants. (…) Trudeau entre autres, entre 2019 et 2020, s’il est réélu, il veut en faire entrer un million. (…) Le Canada a le plus haut taux d’immigration dans le monde. On nous le rentre de force. L’immigration de masse, les réfugiés, qui traversent au nom du tiers pays, des supposément demandeurs d’asile légal ou illégal (sic). Depuis 15 ans minimum, le pays accepte deux fois plus d’immigrants que les États-Unis et quatre fois plus que la France. Ce qui veut dire deux à deux fois et demie par habitant (sic). Si cela ne signifie pas une assimilation du peuple, dites-moi ce que cela veut dire. »

« Il n’y a plus un seul francophone au Manitoba. »

Le vociférant Michel Malik Éthier, dont il a plusieurs fois été question sur ce site, a quant à lui pointé du doigt l’ONU comme principal ennemi du peuple québécois :

« C’est l’ONU qui pousse Trudeau à ça. Trudeau il se sert d’une arme qu’on appelle « multiculturalisme » pour en venir aux fins de son mondialisme (sic). Le remède, l’antidote à ça, c’est ce que je vois devant moi, là, c’est le patriotisme. C’est pour ça qu’ils s’attardent à détruire le nationalisme en soi. Que ça soit le nationalisme québécois ou le nationalisme canadien, ce nationalisme-là est un poison pour Trudeau. (…) Trudeau, en laissant la porte ouverte à n’importe quel migrant, il nous met en danger. »

Éthier, suivant l’exemple de Voyer et d’autres intervenant-e-s, a ensuite inexplicablement décidé de s’adresser en anglais aux quelques douzaines de manifestant-e-s rassemblé-e-s. On pourrait d’ailleurs s’étonner de voir autant de patriotes québécois manifester sous un gigantesque unifolié et prendre la parole en anglais pour tendre la main à des ultranationalistes Canadiens, mais pour ces soi-disant patriotes, la défense du « peuple » et du territoire national contre la menace imaginaire de « l’immigration de masse » semble désormais passer avant l’aspiration à l’indépendance nationale du Québec!

Robert Proulx, alias Bob le Warrior, le leader de GSP, a à son tour pris le micro pour défendre la pratique consistant à s’accoutrer en soldats de surplus pour « défendre » les rassemblements identitaires. Fidèle à son habitude de menteur compulsif, il a commencé en disant que GSP « sécurise les manifs » depuis cinq ans, alors que le groupe n’existe que depuis un an tout au plus et que Proulx lui-même n’a commencé à apparaître dans les manifs de La Meute qu’en 2017. Robert, tu peux bien continuer à bourrer tes suiveux avec tes menteries grosse comme un truck. Un plein de marde, ça reste un plein de marde…

« Ce qui est blessant, c’est d’entendre des commentaires sur Facebook qu’on a l’air des ti-clounes habillés en militaires. »

Donald Proulx, du Parti patriote, a enchaîné avec une série de statistiques douteuses sur « l’assimilation des francophones » :

« [La nation francophone à travers le Canada] En 1766, on était à 99 %, on peut dire que ça allait très bien à ce moment-là. (…) Aujourd’hui, on parle qu’on est en bas de 20 %. Avec l’immigration massive et illégale, ça va continuer à descendre encore beaucoup plus vite. (…) Les partis nationalistes sont en train d’exploser en Europe présentement. Ça nous prend ce genre de politique-là ici, et ça aurait dû commencer depuis au moins 15 ans. Le Parti patriote va être là, pas juste au fédéral, on va être là aussi au provincial, pis on va même viser le municipal, on va être partout. »

Une opposition discrète

Une discrète mobilisation antifasciste est restée en position de retrait toute la journée, observant les xénophobes à distance. Jugeant qu’il valait mieux dans les circonstances laisser aux racistes toute la corde dont ils avaient besoin pour se pendre entre compatriotes, il a été décidé au final de ne pas se prêter au classique face-à-face avec eux. D’autant plus que les forces policières déployées sur le terrain semblaient déterminées à soutenir logistiquement la manifestation anti-immigration et à harceler les antiracistes.

Lucie Poulin et Robert Proulx se sont tous deux félicités dans leur bilan de l’événement du fait que la police les a étroitement escortés toute la journée. Des policiers ont même été vus blaguant et socialisant avec les xénophobes.

Complicités manifestes à Lacolle

Si la plupart des manifestant-e-s ont fait plusieurs heures de route pour se rendre au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, pour certains le voyage était beaucoup moins long.

André Lafrance, un conseiller municipal de Saint-Bernard-de-Lacolle, était présent au rassemblement. Loin de se désolidariser des racistes, il s’est mêlé à la petite foule et a publié un album photo de la journée accompagné d’un commentaire dithyrambique.

Il semble aussi que le point de rencontre des racistes, le IGA Dauphinais, n’ait pas été choisi par hasard. Après avoir été clairement accommodé-e-s dans le stationnement et les alentours du centre d’achats, les manifestant-e-s ont été chaudement accueillis au restaurant au retour de leur manifestation. Nous commençons à observer là un pattern, et nous pencherons certainement avec une plus grande attention sur cette préoccupante complicité locale lors des prochaines mobilisations dans le secteur frontalier.

Pas un pour rattraper l’autre…

Après le fiasco de la Vague bleue à Trois-Rivières, le petit milieu national-populiste qui se regroupe autour de GSP vient de nous donner la preuve que ses membres ne sont guère mieux que leurs rivaux des Gardiens du Québec, allant même jusqu’à donner une belle tribune à un néonazi pourtant très connu!

Pour la petite histoire, avant le rassemblement du 24, Lucie Poulin avait brassé de la marde dans le milieu en s’attaquant à John Hex, le principal organisateur de la Vague bleue, ainsi qu’à Storm Alliance pour n’avoir pas immédiatement endossé son initiative. Sa critique a été reprise par Robert Proulx et Sylvain Lacroix de GSP, qui étaient encore effarouchés de s’être fait dire par les organisateurs de la Vague bleue de ne pas venir à la deuxième édition de la VB à Trois-Rivières en tenues paramilitaires (d’où le commentaire de Proulx ci-dessus); en réponse Éric Trudel, le chef de Storm Alliance, s’en est mêlé en disant que « les Storms » ne retourneraient plus à la frontière, tout en soulignant que les individus derrière la manif du 24 sont les mêmes qui sèment toujours la marde partout.

Pour ce qu’y en est de La Meute, cette organisation en crise permanente et saturée d’hypocrites, Wolfric Oullet (le bras droit du grand chef Sylvain Brouillette) a pris la peine de critiquer les anciens membres et « dissidents » qui s’étaient joints à la manif : « Asti de gang d’imbéciles vous este pas digne de porter et de véhiculer notre Nom et Nos couleurs apres les avoir brûlé et avec ce que vous en faite maintenant shame on you all bande de cave ».

Ce à quoi nous assistons actuellement au Québec est une remontée à la surface de tous les pires éléments du fin fond fangeux de l’extrême droite, dans un contexte où les deux principales organisations actives depuis quelques années, La Meute et Storm Alliance, sont en retrait. Toutes sortes d’individus un peu moins habiles et plus francs dans leur racisme profitent de ce repli pour se mettre de l’avant.

Une situation à surveiller.

 


[i]           Le poste frontalier de Lacolle est devenu un endroit prisé pour l’extrême droite dans son opposition à l’immigration. Un grand nombre de migrant-e-s traversent la frontière au Chemin Roxham, tout près du poste frontalier, pour fuir une situation de plus en plus répressive aux États-Unis. Comme le régime Trump a refusé de renouveler divers accords permettant aux gens de rester légalement dans ce pays, les gens viennent au Canada dans l’espoir d’y trouver refuge. Cependant, en raison de l’hypocrite et meurtrier « Accord sur les tiers pays sûrs », ces personnes sont refusées si elles se présentent à un poste frontalier régulier. C’est pourquoi iels sont obligé-e-s de traverser à un passage irrégulier. Roxham Road est ainsi devenu l’un des plus importants (et le plus célèbre) de ces points de passage.

Plutôt que de reconnaître la situation à la frontière pour ce qu’elle est — la pointe de l’iceberg d’une crise humanitaire mondiale alimentée par les guerres impérialistes, la destruction écologique et le racisme —, les organisations d’extrême droite s’accrochent à la question de ce qu’elle appelle « l’immigration illégale » pour attirer l’attention des médias et attiser les sentiments et comportements racistes. Il est important de noter que selon l’Association du Barreau du Québec, il n’existe pas d’« immigration illégale »; ce n’est pas une catégorie juridique. L’emploi du terme « immigrant-e-s illégaux » est une déviation discursive pour laisser entendre que les réfugié-e-s font quelque chose de mal ou sont des criminels.

 

Good Night Atalante

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Août 192019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Dans la nuit de lundi 12 aout 2019, trois membres d’Atalante Québec ont été attaqué.e.s.

Atalante est un groupuscule fasciste dont les membres ont pris part à de nombreuses agressions dans les dernières années (à commencer par l’attaque au couteau de la Coop L’Agité à Québec). Ce groupe s’inspire de CasaPound en italie et de Bastion social en france afin de tenter de faire revivre l’idéologie fasciste. Ses membres sont antisémites, homophobes, transphobes et colonialistes. Ils ne passeront pas.

Roxanne Baron et Jonathan Payeur ont eu leur jeep détruit (fenêtres brisées et du jus de moufette déversé à l’intérieur).

Jean Mecteau a eu son domicile et son tattoo shop vandalisé (grafitti NAZI SCUM et 161 (Action Antifasciste) et de la peinture noire sur sa porte et ses fenêtres).

Pourquoi eux ?

N’importe lequel des membres ou des sympathisants d’Atalante auraient pu etre visés. Cette fois ci, c’est tombé sur ces trois ordures là.

Roxanne Baron et Jonathan Payeur sont des membres des Québec Stomper, le gang de rue associé à Atalante. Jo est également un ancien skinhead antiraciste qui est passé du mauvais coté. Aujourdhui il se considere comme le sergent d’arme d’Atalante, c’est lui qui a accompagné Baptiste Gilistro et Louis Fernandez, deux jeunes recrues, lors de l’attaque du bar le Lvlop en décembre 2018.

Jean Mecteau est bassiste dans le band Légitime Violence, le groupe phare des fascistes de la province. Il est aussi propriétaire du salon de tatoo Jhan Art et il est fréquent qu’il réalise des tatoos aux références nazis ou fascistes pour ses ami.e.s.

Cette action est en solidarité avec toutes les victimes de l’extrême droite, à Québec, Hamilton, Montréal, Lyon et partout ailleurs.

22 août – Manif contre la nouvelle prison pour les migrant.e.s

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Août 132019
 

De Solidarité sans frontières

Rejoignez-nous pour la première d’une série d’actions publiques en opposition à la nouvelle prison pour migrant.e.s à Laval ! Ces actions se dérouleront tous les jeudis à midi à divers endroits et se termineront le 3 octobre avec une journée d’action dans plusieurs villes.

La nouvelle prison pour migrant.e.s à Laval fait partie d’un investissement de 138 millions de dollars dans le système de détention des migrant.e.s en vertu du Cadre national en matière de détention liée à l’immigration (CNDI), une nouvelle politique annoncée en 2016. Dans le cadre du CNDI, le Canada finance la construction de deux nouvelles prisons pour migrant.e.s ainsi que des nouvelles technologies carcérales pour surveiller et contrôler les migrant.e.s en dehors de ces établissements.

Le 22 août, nous nous rassemblerons devant le siège social de Tisseur Inc à Val-David pour une manifestation publique. Tisseur a récemment remporté un contrat de 50 millions de dollars pour superviser la construction de la nouvelle prison de Laval. Les travaux initiaux ont déjà commencé.

Des entreprises comme Tisseur aimeraient construire l’infrastructure d’un avenir anti-migrant, mais nous avons une toute autre vision. Notre vision n’inclut ni détention, ni frontières ni prisons! Et nous demandons de l’aide pour le réaliser.

Pour nous rejoindre le 22 août : nous irons ensemble à partir de Montréal. Vous pouvez envoyer un courriel à solidaritesansfrontieres@gmail.com pour réserver votre place et connaître le lieu de rendez-vous. Nous nous réunirons à 10h pour arriver à midi et revenir à Montréal au plus tard à 16h. Si vous avez une voiture que vous pouvez apporter ou prêter, veuillez nous l’indiquer ainsi que le nombre de places que vous pouvez offrir.

Ni frontières, ni prisons, un statut pour tou.te.s!

Mise en contexte

Déclaration à endosser

Retour sur la vague bleue – Critique de la raison masquée

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Août 082019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le samedi 27 juillet se tenait à Trois-Rivières la 2e manifestation de la « vague bleue », une tentative de mouvement citoyen, en réalité pilotée par des groupes d’extrême droite en appui au projet raciste de loi 21 de la CAQ. La journée s’est somme toute bien déroulée : on était beaucoup plus à la contre-manif appelée par le groupe Trois-Rivière TRès inclusif (environ 3 fois plus), on a pu bloquer leur manif, les faire niaiser dans un stationnement pendant des heures (encore) pis en plus, des ami.es leur ont calissé des œufs pourris dessus, ont volé et détruit la caméra d’un média d’extrême droite (Radio-Québec), pis ont tabassé un de leurs goons qui tentait de s’en prendre à nos ami.es. Des gens sont aussi venus la veille tagger des insultes à leur point de départ. Ceci étant, on voudrait revenir sur un aspect de la manif qui nous a semblé poser problème : la séparation qu’on a nous-même créée entre le « black bloc » et le reste du monde qui était venu manifester.

Pour préciser un peu ce qui s’est passé, avant même que la manif commence, on s’est regroupées, toutes les personnes masquées, dans la rue. On était ben crinqué.es et excité.es d’être là. Mais avant même qu’on puisse commencer le trajet, avant même que la police fasse le moindre move, on avait déjà créé une scission au sein du groupe rassemblé. Y’avait le monde qui était masqué, en noir, dans la rue. Ceux et celles que les fachos pis les médias appellent les « antifa », les « casseurs ». Pis y’avait encore dans le parc, en train de nous checker, les gens qui probablement partageaient nos idées pis nos convictions, mais étaient pas masqués.

Il nous semble que ce geste de séparation, impose une délégation de la violence dans les mains du « black bloc » et nous prive collectivement d’une possibilité d’intensification du niveau de conflictualité général.

Explications : si celles et ceux qui sont allé.es à Trois-Rivières pour faire obstacle à la vague bleu mais qui n’adoptaient pas spontanément l’esthétique antifa sont resté.es stoïques face à nos tentatives de déplacement et de percée à travers la ville, c’est parce que se jouait devant eux une scène leur étant à la fois familière et étrangère. Familière puisque Trois-Rivière devenait, l’instant de quelques heures, le théâtre d’un spectacle déjà joué 1000 fois à la télé, où des antifas violents affrontent des nationalistes dégénérés, sans qu’aucun brin de vérité ne puisse percer l’écran. Étrangère parce qu’ils et elles se trouvaient alors dépossédées de la possibilité d’entrer en confrontation réelle, d’assumer ce qui était nécessaire pour arriver à bloquer la « vague bleue ».

Nous écrivons ce texte pour tenter d’élaborer une réflexion sur ce qui fait en sorte qu’une (contre-)manif est explosive ou ennuyeuse et pour essayer de ne plus se sentir impuissant.es lorsque nous nous retrouverons parmi une foule aussi hétérogène que celle du 27 juillet. Nous voulons revoir des vrais débordements, et nous savons que la manière dont nous agissons dans ces contextes peut favoriser ou nuire au surgissement d’intensités dans la foule. Nous aimerions que cette discussion, dans laquelle nous sommes largement redevables d’une internationale de fouteuses de trouble, de transformateurs de manifs en émeutes, dépasse ici aussi les positions de principe ridicules (pour ou contre le black bloc, pour ou contre les masques) et se déploie sur un plan tactique (comment agir efficacement, en telles ou telles circonstances, pour arriver aux buts fixés – bloquer la « vague bleue »).

Pour nous, la possibilité d’un débordement se situe bien sûr dans le débordement du dispositif policier, dans la destitution des forces de l’ordre par une foule en colère et dans la neutralisation de leurs uniformes, de leurs armes, de leur virilité par la puissance collective. Mais ce que nous désirons surtout provoquer, c’est un débordement des identités politiques. Que nous soyons toutes et tous débordé.es par la situation. Un débordement de la foule par elle-même. En quelque sorte que les gens soit mis face à l’exigence de la situation. Dans le cas de la Vague Bleue, que toutes les personnes qui étaient venues pour bloquer les fachos, soient mises face aux gestes qu’il faut poser pour le faire : il est question de tactiques de rue et de groupes, d’usages des objets, de jeu sur les ambiances, de faire émerger une disposition existentielle à l’affrontement.

C’est ce qu’on a été incapables de faire advenir ce jour là. On a bien sûr renforcé nos bandes, aiguisé notre complicité, ridiculisé des bouffons racistes, mais on a été loin d’amener des gens dans notre délire révolutionnaire. Il s’est joué cette journée là ce qui s’est déjà passé des tonnes de fois à Montréal et à Québec dans les dernières années. Chaque fois que la police suit le contingent « radical » parce qu’il s’est lui-même dissocié de la foule, on a déjà perdu. On se neutralise nous-même dans l’allure, l’identité qu’on se donne. Cette dynamique nous éloigne toujours doublement de l’insurrection. D’une part parce qu’il est alors impossible d’enjoindre la foule dans un débordement massif. D’autre part parce qu’on se condamne à un affrontement direct avec l’État, terrain sur lequel on est sûr.es de perdre.

À partir de ces constatations, il nous semble qu’on pourrait faire un parallèle avec l’évolution de l’idée de personne. Dans la Rome antique, le masque porté par l’acteur sur scène est nommé persona et est synonyme de visage. En dehors du théâtre, le terme persona désigne le rôle d’un individu dans la société, sa situation juridique. Mais cette catégorisation ne désigne pas l’essence de l’individu, simplement un rôle qu’il prend, une posture qu’il adopte, relativement à la configuration sociale, aux jeux relationnels. C’est avec la science coloniale/moderne que la persona devient l’identité individuelle, que le masque se fond sur le visage et que chaque forme-de-vie devient alors essentiellement séparée, individualisée et objectifiée. La criminologie et les autres sciences des pathologies et des races, grâce aux dispositifs biométriques et policiers, créent les figures du criminel, de l’homosexuelle, du déviant. Ironiquement, la répétition en toutes les circonstances de ce que certain.es militant.es s’époumonent à appeler « tactique » montre plutôt que la pensée tactique nous fait souvent défaut et que ces logiques relèvent réellement de l’identification avec le personnage.

À Trois-Rivières, nous avons senti que nos masques s’étaient fondus sur nos visages. Que notre inclinaison éthique à la guerre pour affirmer ce à quoi nous tenons n’était alors résumable qu’aux prédicats, aux identités que la police sous ses différentes formes nous attribue et que nous adoptons à notre tour. Nous avions l’impression de livrer à la société spectaculaire marchande le divertissement qu’elle réclamait. Celui nécessaire à sa démocratie, à son bon fonctionnement économique. C’est parce que les masques se sont fondus sur nos visages, que nos existences se sont repliées sur nos catégories, qu’il est, pour l’instant, plus facile d’aller au contact avec les fachos que d’entrer en contact avec celles et ceux qui manifestent avec nous. Qu’il est plus attendu de voir trois « black bloc » discuter ensemble et agir de leur côté que de voir une masse déchainée aux allures lambda poursuivre des militants d’extrême droite.

Le défi devant nous est évidemment plus complexe que notre bonne volonté le voudrait. Il nous faut arriver à se dissimuler de l’œil fasciste – policier ou nazi – sans pour autant rentrer dans une logique d’incommunicabilité avec des potentiel.les complices. Être capables de faire monter la tension sans avoir à se battre avec des paciflics. Cela repose à la fois sur des aspects tactiques et des manières d’être. Apprendre à mieux connaître le terrain, se cacher le visage sans être en black block, être habillé de couleur et pouvoir se changer quand ça chauffe, dialoguer ouvertement avec ceux et celles qui marchent à nos côtés, distribuer à tout le monde des masques festifs ou des costumes et ainsi rendre la foule ingouvernable avant même le premier feu d’artifice. Le black block est une tactique bien évidemment toujours pertinente – nous l’utilisons et nous allons continuer à le faire – mais elle n’est pas la seule clé de notre victoire. Elle est une arme à double tranchant qui peut se retourner contre nous.

Lorsque nous voulons créer du désordre et que nous nous identifions comme tel, la police a la main haute. Au contraire, lorsque l’origine du désordre est imperceptible, la police est mise hors d’état de nuire. Les manuels de stratégie contre-insurrectionnelles posent l’identification des sources de la contestation comme la première étape pour sa neutralisation. Doit suivre la séparation entre cette source identifiable et « la masse » susceptible d’y être entraînée. On peut trouver de la force en embrassant l’esthétique antifa – ou militante, anarchiste, communiste, etc. – mais c’est toujours au prix de cette auto-identification et de cette séparation. Nous devons apprendre à nous rendre imperceptibles. Contre les scénarios attendus, arriver à frapper n’importe où, n’importe quand. Apprendre à se laisser déborder, à être destitué de notre posture de militant.es professionnel.les par le dépassement même auquel nous avons contribué. Parce qu’il est évident que pour l’instant nous restons beaucoup moins redoutables que ce que le spectacle aimerait même nous voir.

Alerta! Le cri de la wawa – 2003/2006

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Août 022019
 

De Archives Révolutionnaires

« Le nom scientifique de la Wawa est le Capybar et il est le plus grand rongeur au monde. Les communautés afro-colombiennes du Choco en Colombie appellent ‘Wawa’ un animal de la forêt tropicale qu’elles chassent à l’aide de chiens pour se nourrir. Au Chili, on appelle les bébés des ‘Wawa’. À Cuba, la ‘Wawa’ est un autobus populaire où les gens s’entassent tous les jours pour se déplacer. On dit à Cuba que le meilleur journal populaire est la ‘Wawa’ parce que c’est là qu’on apprend les nouvelles du peuple… ‘Le cri de la Wawa’ c’est le mélange de toutes ces voix qui s’expriment… le bébé qui essaie de se faire comprendre, l’animal qui crie dans la forêt, le peuple qui veut se faire entendre et qui crie justice… »

C’est ainsi que les auteur.es du journal militant Alerta ! Le cri de la Wawa présentent l’origine du nom de leur publication. Le journal, dont la parution s’échelonne de 2003 à 2006, est publié à l’initiative du « Komiteal » (Comité CLAC – Amérique Latine). Son objectif : tisser un réseau de solidarité transnational en articulant les luttes d’ici et d’ailleurs, servir de journal alternatif aux grands médias et faire entendre les voix de ceux et celles qui luttent, notamment contre le capitalisme, le colonialisme et l’impérialisme. C’est entre autres dans ce but que le journal est publié en trois langues (français, anglais et espagnol) qui s’enchevêtrent au gré des numéros..

Basé sur des principes pluriels, donnant la parole à ceux et celles qui luttent dans les Amériques, le Komiteal s’inscrit dans la continuité des anarchistes inspirés par l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) et la révolte menée par celle-ci au Chiapas. Le journal, lancé à la suite des mobilisations de 2001 contre le Sommet des Amériques à Québec, reprend les thèmes, les objectifs et les idées popularisées par les contre-sommets de Vancouver (1997), Genève (1998) ou Seattle (1999). Le manifeste du Cri de la Wawa, paru dans le premier numéro, pose immédiatement les bases politiques sur lesquelles se fondent le comité : contre l’impérialisme et le paternalisme Nord-Sud, il se place d’entrée de jeu contre les multinationales qui exploitent les territoires et les vies ; et pour la démocratie directe et l’organisation horizontale. Le comité soutient toute « initiative locale de réappropriation et d’autogestion collective des usines, des terres et des richesses naturelles », s’oppose au colonialisme, à l’interventionnisme du FMI et soutient l’abolition des plans et accords néocolonialistes comme le Plan Puebla Panama, le Plan Colombie, l’Initiative Régionale Andine, la ZLÉA ou encore l’ALÉNA. Les militant.es réclament aussi le retrait immédiat des bases américaines et étrangères en Amérique Latine et aux Caraïbes. À la jonction entre les luttes décoloniales, la mouvance altermondialiste et le mouvement anarchiste, le comité se place en opposition à toute forme d’autoritarisme de la part des États ou des institutions. À travers les sept numéros du journal se révèlent les problématiques politiques et les initiatives qui marquent la grande période de lutte contre le capitalisme et la mondialisation du début du XXIe siècle. Mais, pour comprendre la teneur de ce manifeste, il est nécessaire de faire un peu de généalogie…

Alerta - No.5, été 2005, p.1 (2)
Alerta ! Le Cri de la Wawa, no. 5, été 2005

Le 1er janvier 1994, un mouvement insurrectionnel indigène et paysan qui réclame le droit à la terre et le respect des communautés autochtones au Mexique déclare la guerre à l’État mexicain. Il s’agit de la première grande apparition publique, largement médiatisée, de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN). Les zapatistes, dont l’appellation provient du nom du leader paysan et héro de la Révolution mexicaine Emiliano Zapata (1879-1919), est issue de l’organisation clandestine, dans la forêt Lacandone, des paysan.es et des indigènes du Chiapas, une des zones les plus défavorisées du Mexique. Se posant comme les héritèr.es de 500 ans de luttes contre l’impérialisme et le colonialisme, les militant.es de l’EZLN réclament l’autonomie du territoire, la redistribution des terres et le respect des droits, de la culture et de l’autonomie des populations indigènes de la région. En effet, de la colonisation aux agressives politiques néolibérales du gouvernement de Salinas de Gortari dans les années 1990, les populations autochtones et les communautés paysannes du Mexique n’ont cessé de subir les contrecoups du développement capitaliste. Dans la région du Chiapas, pourtant riche en ressources naturelles, une grande partie de la population n’a alors ni accès à la propriété de la terre, ni aux soins médicaux, ni au travail, ni à l’éducation. La région, perçue par le gouvernement mexicain comme une poudrière, est la cible de la répression féroce d’un gouvernement qui entend bien en contrôler les ressources et la population. C’est contre cette guerre génocidaire larvée que mène l’État mexicain contre les Chiapanèques que se pose l’EZLN qui réclame travail, terre, toit, alimentation, santé, éducation, indépendance, liberté, démocratie, justice et paix. Depuis plusieurs années déjà, les zapatistes opposent au néolibéralisme et à la colonisation un autre mode de vie, autonome et communautaire. Dans les zones contrôlées par l’EZLN, on met sur pied des « caracoles », des municipalités autogérées, avec leurs propres systèmes de santé, d’éducation et de vie collective.

« De quoi compte-t-on nous pardonner ? De ne pas mourir de faim ? De ne pas nous taire dans notre misère ? De ne pas avoir humblement supporté le poids historique écrasant du mépris et de l’abandon ? D’avoir pris les armes après avoir constaté que toutes les autres voies étaient closes ? […] D’avoir montré au reste du pays et au monde entier que la dignité humaine existe encore et qu’on la trouve chez les habitants les plus démunis ? […]  D’être en majorité indigènes ? D’appeler le peuple mexicain tout entier à lutter de toutes les façons possibles pour ce qui lui appartient ? De lutter pour la liberté, la démocratie et la justice ? De ne pas suivre la voie des chefs des guérillas précédentes ? De ne pas nous rendre ? De ne pas nous trahir ? »

Sous-commandant Marcos, porte-parole de l’EZLN

Ce n’est pas un hasard si la la date du soulèvement zapatiste coïncide avec l’entrée en vigueur de l’ALÉNA (Accord de libre-échange nord-américain). Cet accord, conclu entre le Canada, les États-Unis et le Mexique est alors le plus grand accord commercial de libre-échange au monde. Il élimine de très nombreuses barrières aux échanges commerciaux et aux investissements entre les trois pays, augmente les possibilités d’investissements transnationaux, favorise la circulation des capitaux et des biens et encourage la sous-traitance. De plus, une clause permet aux entreprises de poursuivre les gouvernements dont les réglementations (environnementales, sociales, syndicales…) menacent de nuire aux investisseurs. Mais le plus grave impact de l’accord de libre-échange pour les zapatistes est le fait qu’il annule l’article de la constitution mexicaine qui donne droit aux Autochtones à leurs terres communales, un droit pourtant acquis depuis 1917. En effet, l’abrogation de l’article 27 constituait un prélude à la signature du traité par le Mexique. En modifiant le statut de l’ejido – propriété collective de la terre par les communautés paysannes et indigènes – le gouvernement mexicain ouvre alors la voie à la commercialisation de la propriété collective et à l’arrêt de la distribution de la terre aux paysans.

Autrement dit, l’ALÉNA, en imposant la libre circulation de la propriété privée, vient abolir une pierre d’assise du mode de vie agraire des communautés du Chiapas, bafoue leurs droits et contribue à l’appauvrissement d’une population déjà durement touchée par la destruction capitaliste. C’est contre cet hydre du libéralisme que se lèveront les combattant.es de l’EZLN :  le 1er janvier 1994, ill.es descendent des montagnes et prennent par les armes plusieurs localités, dont la ville de San Cristóbal de Las Casas et émettent un manifeste, la Déclaration de la Forêt Lacandone. Après un affrontement de douze jours, l’État mexicain entame des négociations qui aboutiront, en 1996, aux accords de San Andrès, accords accordant une large autonomie aux provinces zapatistes du Sud du Mexique. L’impact de cette apparente victoire, largement médiatisée, ouvre alors la voie à un large mouvement de contestation du capitalisme mondialisé. Dès lors, partout où la bourgeoisie tente d’imposer ses mesures néolibérales, elle rencontre de la résistance. Cette révolte mondiale s’incarnera de manière flamboyante dans les nombreux contre-sommets et manifestations contre les accords de libre-échange qui sont alors en voie de transformer durablement le paysage industriel et social de plusieurs pays.

Émergeant de la solidarité avec les communautés en lutte au Chiapas, l’Action Mondiale des Peuples (AMP) est fondée en 1998. Il s’agit d’une coordination mondiale de mouvements sociaux radicaux en lutte contre la restructuration néolibérale et le capitalisme. L’AMP se veut un espace de communication pour tous les groupes qui combattent le capitalisme global dans une perspective anti-autoritaire. La coordination, qui appelle ouvertement à la désobéissance civile et à l’action directe, organise plusieurs Journées d’Actions Globales, qui participeront des formidables mobilisations contre le sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce à Genève (1998) ainsi qu’à celles de Seattle (1999),  Prague (2000), Gênes (2000) et Québec (2001).

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Un article d’Alerta ! Le cri de la Wawa sur l’Action Mondiale des Peuples (no. 5, été 2005)

L’AMP, en Amérique Latine, appuie les mobilisations pour le droit à la terre et la défense de l’identité propre des populations autochtones en luttant logiquement contre l’extractivisme et la destruction des espaces et des formes de vies ancestrales. En milieu urbain, des collectifs voient le jour avec comme but d’appuyer le processus d’autodétermination des communautés zapatistes. Partout on s’organise : qu’il s’agisse des expropriations populaires menées par les sans-terres au Brésil, de la lutte contre la guerre à la feuille de coca des Autochtones boliviens, de la résistance civile des communautés noires et métisses de Colombie ou encore de l’organisation des sans-emplois en Argentine, la résistance s’amplifie. La  diffusion de ces luttes par le biais de caravanes militantes (dont l’une fait escale à Montréal le 25 octobre 2003) et des médias engagés pousse un grand nombre de militant.es des pays impérialistes du Nord à agir en solidarité avec ceux et celles qui luttent plus au Sud. Mais la vague néolibérale n’est pas terminée et ce sera contre un énième projet d’accord de libre-échange, la ZLÉA, que devront se mobiliser les miliant.es contre la mondialisation.

CLAC-Montréal. Sommet des Amériques
Quatrième de couverture du journal Résiste ! publié à l’initiative de la Convergence des Luttes Anticapitalistes (CLAC) en mars 2001, qui se voulait un outil de mobilisation contre le Sommet des Amériques.

C’est dans ce contexte que sera formée, en 2001 au Québec, la Convergence des Luttes Anticapitalistes (CLAC) pour s’opposer au Sommet des Amériques. Ce sommet compte rassembler 34 chefs d’État dans la ville de Québec pour discuter de la future ZLÉA (Zone de Libre-Échange des Amériques). Successeur de l’ALÉNA, la ZLÉA prévoit créer une zone de libre-échange à l’échelle du continent américain, qui regrouperait tous les pays des Amériques à l’exception de Cuba.  À l’image de l’ALÉNA, la ZLÉA compte imposer un sévère programme de déréglementation et de privatisation englobant l’agriculture, l’industrie, les services privés et publics, les investissements et les ressources primaires. Tout comme l’ALÉNA, la ZLÉA permet aux investisseurs de poursuivre les États dont les réglementations sociales et environnementales peuvent nuire à leurs profits. Ces politiques ont non seulement comme objectif de favoriser l’exploitation des territoires, mais aussi de faciliter la circulation des marchandises, de la main-d’oeuvre et des capitaux. Parallèlement (et sans surprise) elles participent aussi de la destruction des territoires et modes de vies de plusieurs peuples autochtones et communautés paysannes sur les territoires de l’Amérique.

IMG-7587C’est d’ailleurs sur le contenu et les impacts de cette  nouvelle Zone de Libre-Échange des Amériques que porte un des premiers articles du numéro d’automne 2003 d’Alerta !, intitulé « Les Amériques à vendre ». Deux ans auparavant, au printemps 2001, plus de 2000 personnes venues de 35 pays des Amériques s’étaient rassemblées dans le cadre du Sommet des Peuples pour répliquer aux négociations tenues dans le cadre du Sommet des Amériques, bientôt rejointes par des dizaines de milliers de contestataires. L’énorme mobilisation, qui réussit à rassembler plus de 60 000 personnes, avait donné lieu à des combats intenses et à une réponse féroce des forces gouvernementales qui firent plus de 400 arrêté.es. Si la question de la ZLÉA est encore à l’ordre du jour en 2003, malgré les importantes manifestations de 2001, c’est que ces accords ne sont pas encore tombés. Ils ne feront pourtant pas long feu : avant même d’être mis en application, ils tombent en 2005, sous l’effet combiné des mobilisations contre le projet et des hésitations des gouvernements d’Amérique du Sud.

Malgré tout, le combat n’est pas terminé. En effet, la nouvelle offensive néolibérale des années 2000 s’inscrit dans le renouveau d’un impérialisme et d’un néocolonialisme en Amérique du Sud dont les États-Unis sont le fer de lance. Les accords de libre-échange n’en sont qu’une des pièces les plus visibles : ces arrangements économiques largement défavorables aux pays dominés qui voient leurs ressources pillées s’accompagnent souvent de projets de modernisation et de mesures de contrôle des territoires et des populations. Ainsi, les luttes contre la mondialisation néolibérale rejoignent-elles les luttes contre l’impérialisme et le néocolonialisme.

Plan Colombie - Wolf in sheeps clothing
Le Plan Colombie est signé en 2000 par les États-Unis et la Colombie. Sous couvert de la lutte contre le narcotrafic, les fonds servent plutôt à endiguer l’avancée des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), un groupe de guérilla communiste dont l’armée colombienne peine à freiner l’expansion.

C’est ce que souligne le Komiteal dans son journal en abordant, dans un article intitulé « Le requin et les sardines » (no. 2, été 2004), l’impérialisme des États-Unis en Amérique Latine. En effet, mettant en œuvre la doctrine Monroe, puis invoquant l’endiguement communiste et justifiant subséquemment leurs actions par  la guerre aux narcotrafiquants, les États-Unis se sont toujours immiscés dans les affaires internes des pays d’Amérique Latine dans le but de préserver leur influence et les conditions favorables à la fructification de leurs investissements.  Ces interventions passent non seulement par un financement massif (de l’armée ou de groupes favorables à certaines politiques) et par une présence militaire dans certaines régions, mais aussi par le développement d’un vaste réseau d’infrastructures, comme celui proposé dans le Plan Puebla Panama en 2001.  Prélude à la ZLÉA, ce plan de développement prévoit la construction d’autoroutes, de voies ferrées, d’oléoducs, de gazoducs et de ports dans neuf états mexicains et sept pays de l’Amérique Latine (Belize, Guatemala, El Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica et Panamá). De plus, il prévoit la construction de 25 barrages hydroélectriques et l’implantation de maquiladoras, immenses usines de fabrication de produits destinés à l’exportation. Ces plans, supposés « combattre la pauvreté », s’inscrivent en fait dans le cadre des traités de libre-échange et répondent surtout aux besoins des investisseurs d’Amérique du Nord, minières, pétrolières et industries agroalimentaires, qui souhaitent rendre plus facile l’exploitation des ressources naturelles et des travailleur.euses de l’Amérique Latine.

Ces projets de développement, sans grande surprise, ne tiennent compte ni des impacts écologiques, ni des impacts sur les économies rurales que leur réalisation pourrait amener, un fait largement souligné par les nombreux groupes s’opposant au projet, dont le premier forum se tient à Tapachula, au Chiapas. C’est dans la lutte et la solidarité transnationale contre ces projets de mort que s’inscrit Alerta !. Devant des combats semblables naît la nécessité de tisser des liens : l’équipe du journal, en collaboration avec l’Indigenous People Solidarity Movement (IPSM), le groupe Mexico-Montréal et le STAC (Students Taking Action in Chiapas) réunit en 2004 les ressources nécessaires pour envoyer une délégation de jeunes Autochtones du soi-disant Canada rencontrer les militant.es auto-organisé.es zapatistes.

ALERTA - Communautés autochtones et guerre au terrorisme - Article 2(1)

Si Alerta ! met beaucoup d’efforts à faire circuler les informations sur les luttes en Amérique Latine, il tente aussi de mettre ces luttes en lien avec différentes problématiques d’ici. Le troisième numéro (hiver 2004) porte principalement sur les politiques du gouvernement libéral de l’époque et leur influence sur la condition des travailleur.euses d’ici, notamment leur tentative forte d’ouvrir la porte à la sous-traitance. À travers le numéro, on plonge dans le cœur du processus de restructuration néolibérale au Québec : réorganisation de la production pour faire baisser les salaires et augmenter les profits, sous-traitance et division des entreprises en plus petites unités où le travail est repris à un coût inférieur localement ou à l’international. Ici, ailleurs : ces processus du magma néolibéral se répercutent mondialement. Dans les états impérialistes du Nord, ils se traduisent par des délocalisations ; au Sud, par une exploitation renouvelée de la main-d’œuvre à bon marché. Ici, par la fragilisation des acquis sociaux. Là-bas, par des restructurations économiques pour satisfaire à la soif néocoloniale et par la destruction des formes de vies non-capitalistes. Alerta ! démontre aussi avec brio, dans son dernier numéro (été 2006), comment la crise écologique actuelle est intimement liée à ces processus mondiaux de spoliation et d’exploitation. La destruction des milieux de vie, loin de ne concerner qu’une nature extérieure et abstraite, est la conséquence directe des rapports sociaux d’exploitation induits par l’appétit vorace d’une classe capitaliste qui perpétue, à son profit, des structures colonialistes ; elle est donc une crise totale, autant sociale que naturelle.

Pour des raisons qui ne sont pas rendues publiques, mais entre autre par manque de fonds et de bénévoles régulier.es, Alerta ! Le cri de la Wawa cesse d’être publié à partir de 2006. Notons que l’arrêt de la publication du journal coïncide avec un certain essoufflement des luttes altermondialistes (réformistes comme révolutionnaires), un ressac dont nous ne sommes pas encore revenus, mais que la résurgence autochtone est en train de changer. Malgré sa courte existence, Alerta ! Le cri de la Wawa constitue probablement un des projets les plus intéressants à avoir été menés par des militant.es anarchistes en territoires non-cédés.

D’une part, le projet se distingue par un anarchisme renouvelé, riche des perspectives non-européennes et des luttes autonomes, en particulier celles des Autochtones d’Amérique du Sud. Ces dérogations aux canons révolutionnaires blancs désenclave la lutte d’un classicisme qui mine depuis trop longtemps l’imagination des révolutionnaires. Ces perspectives prennent toute leur importance dans le contexte canadien, où la situation coloniale et la position de puissance impérialiste extractiviste du pays nous force à imaginer une position révolutionnaire décoloniale et destituante ; destituante de l’État-nation, de ses intérêts impérialistes, de son économie extractiviste et des dominant.es qui profitent de ces structures. D’autre part, le journal remplit bien son mandat de média alternatif. L’intérêt qu’il porte aux problématiques sociales et politiques qui se déploient ici et ailleurs ainsi que le soin qu’il prend à nous fournir les outils pour comprendre ces situations contribue à un enrichissement de nos connaissances sur les différentes formes de vies-en-luttes. Il permet aussi un désenclavement des débats idéologiques stériles : l’existence d’un tel journal montre bien que les théories révolutionnaires doivent toujours se réfléchir et s’appliquer à partir des réalités politiques concrètes pour répondre adéquatement aux problématiques qui se déploient sur un territoire donné.

Le travail d’Alerta ! peut par ailleurs nous servir de référent pour nos pratiques actuelles. En effet, les deux fondements de l’exploitation mondiale capitaliste reposent encore sur le (néo)colonialisme et le (néo)libéralisme. Alors que nous sommes dans une séquence de renouvellement de ces deux paradigmes (fausse réconciliation avec les peuples autochtones et nouveaux traités coloniaux, nouveaux traités de libre-échange comme l’Accord Économique et Commercial Global, attaques contre les personnes autochtones et noires aux États-Unis comme au Brésil), il faut plus que jamais s’armer intellectuellement et pratiquement pour détruire le monde colonial. En ce sens nous devons revisiter Alerta ! Le cri de la Wawa et repartir du plateau que ses militant.es ont établi pour porter notre lutte plus loin, et pour porter la décolonisation de ce monde à son aboutissement.

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Pour plus d’informations sur les luttes actuelles en Amérique Latine on consultera avec profit la revue militante Caminando, dont le dernier numéro porte sur les résistances des femmes à l’extractivisme, disponible à la librairie féministe L’Euguélionne. On écoutera aussi avec plaisir les baladodiffusions produites par le Comité pour les Droits Humains en Amérique Latine (CDHAL) dans le cadre de la série « Luttes pour le territoire : Voix de femmes en résistance ». Sur l’extractivisme canadien, on lira avec attention l’ouvrage Noir Canada d’Alain Deneault (ouvrage pilonné suite à un jugement inique, mais disponible sur Internet…) qui aborde les crimes de l’industrie minière canadienne. Sur les perspectives anarcho-indigénistes inspirées par les actions de l’EZLN, on consultera L’anarcho-indigénisme, un recueil d’interviews sur les perspectives décoloniales et indigénistes. Enfin, tous les numéros d’Alerta ! Le cri de la Wawa sont disponibles à la bibliothèque DIRA, dans leur section d’archives.

Parlons de Signal

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Juil 302019
 

De Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours

La brochure qui suit a été initialement publiée en anglais sur le site North Shore Counter Info Je suis tombé dessus par hasard en me promenant sur les internets. Assez vite j’ai été frappé de voir à quel point l’auteur·e pointait du doigt les mêmes problèmes auxquels j’ai pu être confronté avec Signal – pour celleux qui l’ignorent encore Signal est une messagerie chiffrée utilisable depuis un smartphone ou un ordinateur, la première partie de la brochure revient plus longuement sur son origine et son usage. Ces derniers mois, la majorité de mon entourage s’est mis à utiliser Signal. L’existence de cette application m’a pas mal convaincu de posséder un smartphone, et je ne crois pas être le seul.

Visiblement en Amérique du Nord le phénomène s’est déjà produit il y a quelques années, entraînant un certain bouleversement des pratiques et des relations sociales dans les milieux autonomes. La même chose commence à arriver ici, en France, et comme l’explique l’auteur·e, il n’y a pas que du bon là-dedans. Si j’évoque l’injonction à être joignable en permanence, la surévaluation de la protection amenée par Signal, l’exclusion sociale des personnes non pourvu·e·s de Signal, les groupes où se répandent des vents de panique, etc, je suis sûr que ça parlera à beaucoup de monde. Tout ceci, et beaucoup d’autres choses sont discutées dans cette brochure, plus quelques conseils pour éviter les erreurs les plus grossières, et à minima inciter chacun·e à questionner et discuter son usage de Signal.

N’étant pas vraiment bilingue, quelques erreurs de traductions se sont sûrement glissées à quelques endroits, notamment lorsqu’il s’agissait de retranscrire de l’argot. Le texte original ayant été écrit depuis le Canada anglophone les références ne collent pas toujours avec la France, surtout lorsque sont évoqués des textes de lois. J’ai fait le choix modifier le texte à la marge, en ajoutant parfois des notes propres au contexte français.

Brochure format A4

Brochure format livret A5

La Vague(lette) bleue 2 : déconfiture épique des xénophobes à Trois-Rivières

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Juil 302019
 

De Montréal Antifasciste

Ce 27 juillet avait lieu à Trois-Rivières la deuxième édition de la Vague bleue, ce mouvement marginal animé par tout ce que le milieu national-populiste du Québec compte d’islamophobes et de xénophobes décomplexés. La première édition s’était déroulée à Montréal le 4 mai dernier, et Montréal Antifasciste a documenté au cours des derniers mois les groupes et individus qui s’était rattachés à cette mobilisation xénophobe, dont ses contingents de « sécurité », qui ne sont en fait qu’un ramassis de mononcles crinqués rêvant de battre des antifas.

Les 75 ti-counes de la Vague bleue 2 défilent dans les rues de Trois-Rivières. Crédit photo: François Giguère

Cette deuxième édition s’est avérée un échec cuisant. D’environ 300 manifestant-e-s à Montréal, la VB2 est passée à moins de 75 à Trois-Rivières. Plusieurs groupes étaient notablement absents, dont La Meute, les bozos folkloriques du Front patriotique du Québec et les miliciens de pacotille du Groupe de Sécurité Patriotique.

Le club social de sécurité entourant la soixantaine-quinzaine de manifestant-e-s était cette fois composé d’une poignée d’individus de Storm Alliance regroupés autour de Steven Dumont, et de la risible clique qui se fait appeler Les Gardiens du Québec. Fait à noter au sujet de ces derniers, le suprémaciste blanc Michel « Mickey Mike » Meunier, qui a lui-même été admis dans le groupe récemment, y a fait entrer le bonehead Joe « White Poser » Arcand dans les jours précédents la mobilisation. On voit tout de suite à quelle enseigne logent ces soi-disant gardiens du Québec…

La Vague bleue 2 s’échoue dans un parking… Crédit photo: Casse sociale

Après avoir été littéralement déroutée par la mobilisation antiraciste/antifasciste, la VB s’est retrouvée (à nouveau) au fond d’un parking, isolée et inaperçue. Lors du micro ouvert, l’inénarrable Diane Blain (celle qui a acquis une douteuse notoriété en criant des bêtises à Justin Trudeau en 2018) a prononcé un discours super raciste, lequel résume parfaitement le fond de la pensée de la plupart des participant-e-s à la VB et du mouvement national-populiste plus largement.

« (…) On a tellement d’ennemis, ici là, au Québec: le gouvernement fédéral, les journalistes fédérastes, les musulmans, les juifs, les Anglais, les sikhs (…) »
– Diane Blain

Son discours a été filmé et partagé des centaines de fois en moins de 24 heures avant que Youtube ne supprime la vidéo pour incitation à la haine! Ça ne s’invente pas.

Dernier fait à noter du côté de la VB2, la coqueluche d’une partie du milieu national-populiste, Pierre Dion, a été arrêtée avant même le départ de la marche, car il aurait envoyé un message privé au « journaliste » de TVA Yves Poirier à l’effet que : « 3 rivières le 27 je vais être là et y va avoir du sang partout »….

La police au service…

Un important dispositif policier a été déployé dans le centre de Trois-Rivières, essentiellement pour réprimer la contre-manifestation antiraciste et permettre aux 75 bozos de la Vague bleue de défiler dans la ville en portant leur discours exclusionniste. En plus de l’antiémeute sur le terrain, nous avons pu observer la présence d’un drone flottant au-dessus du Boul. des Forges ainsi que des bateaux de la SQ et de la police de Trois-Rivières sur le fleuve (crédit photo: André Querry).

La Sûreté du Québec bloque le chemin à la contre-manifestation antiraciste dès le départ. Crédit photo: Annie Ouellet

Vers 13 h 30, plusieurs pelotons de l’antiémeute de la Sûreté du Québec se sont disposés avec leurs véhicules autour de la mobilisation du collectif TRès Inclusif pour l’empêcher de bouger de son point de rassemblement. S’en est suivi un jeu du chat et de la souris, et la mobilisation antiraciste/antifasciste est parvenue à contourner l’antiémeute pour se positionner sur le Boul. des Forges, à l’emplacement même où la Vague bleue devait finir sa marche. L’antiémeute s’est alors graduellement déployée tout autour pour contenir les quelque 150 contre-manifestant-e-s (restant-e-s à ce point-là) dans cet espace, ce qui a donné lieu à des accrochages. Les carabiniers de la SQ ont fait usage de poivre de Cayenne à au moins deux reprises.

Qu’à cela ne tienne, les plans de la VB étaient déjà contrecarrés, et la SQ s’est vue forcée de redessiner le trajet de la marche pour la faire aboutir dans un stationnement plus loin vers l’est.

Nous savons que la police a carrément menti aux organisateurs et organisatrices antiracistes sur plusieurs points :

  • Elle a dit que seule la police municipale serait déployée, pas la SQ; or, la SQ y était en force et c’est clairement elle qui a géré les opérations. Cette manœuvre avait vraisemblablement pour but d’effrayer et de décourager les personnes organisatrices de la manifestation antiraciste.
  • Elle a dit que le rassemblement antiraciste ne pouvait pas avoir lieu à la Place du Flambeau, car un événement y était prévu; ce qui n’était manifestement pas le cas, car le square était vide.
  • Elle a dit que le segment piétonnier sur le Boul. des Forges ne serait pas entravé; non seulement était-il bloqué de toutes parts, mais des policiers contrôlaient l’accès au périmètre à partir de plusieurs blocs dans toutes les directions. De très nombreuses personnes disent avoir dû se soumettre à la fouille de leur sac pour pouvoir entrer dans le périmètre.

Autre fait à noter sur la collaboration des autorités avec la VB, un autobus de la ville a été nolisé pour ramener les manifestants et manifestantes à leur point de départ. Les voici à l’intérieur du bus, qui essaient de chanter en chœur un refrain pourri des années soixantes :

Une mobilisation réussie pour les antiracistes et antifascistes

La contre-manifestation antiraciste occupe la place devant le café Frida, où la Vague bleue 2 avait prévu de faire aboutir sa marche. Crédit photo: Annie Ouellet

De notre côté, plusieurs groupes et collectifs antiracistes et antifascistes de Trois-Rivières, Montréal, Québec, Ottawa, Sherbrooke et ailleurs ont répondu à l’appel du collectif TRès Inclusif, qui est parvenu à mobiliser quelque 250 personnes (au point de départ) afin de faire résonner un discours inclusif et contrecarrer les plans de la Vague bleue à Trois-Rivières.

Après quelques minutes de confusion et de difficulté à s’entendre sur un plan cohérent (une complication principalement attribuable à la police, dont le déploiement sournois a tout de suite rendu caduque le projet initial de la manif), un élan spontané des forces antifascistes a permis à la manifestation de contourner la police pour atteindre le Boul. Des forges et y occuper l’espace où devait théoriquement aboutir la Vague bleue, devant le Café Frida (lequel avait été intimidé et ciblé par des menaces de la part d’organisateurs de la Vague bleue au cours des semaines précédentes).

Après de longues minutes d’un face-à-face tendu, un détachement d’une vingtaine d’antifascistes a pu se rendre sur un promontoire en surplomb du stationnement où avait lieu le party tiédasse de la VB pour y narguer les participant-e-s.

Affiche du collectif TRès Inclusif. Crédit photo: François Giguère

Finalement, il faut souligner l’énorme travail de préparation, d’information et de mobilisation qui a été fait entre les deux éditions de la Vague bleue pour contrer son discours xénophobe et islamophobe, notamment par le collectif TRès Inclusif et par Montréal Antifasciste, mais aussi par l’ensemble du milieu antiraciste et antifasciste, autant sur le terrain, avec la distribution de centaines de tracts, de l’affichage et l’installation de banderoles aux slogans antiracistes au lieu de départ de la VB, qu’en ligne et dans les médias sociaux. Mention spéciale aux camarades qui ont effectué une salutaire campagne de sape dans les 48 heures avant l’événement, notamment en clonant les comptes des organisateurs et organisatrices de la Vague bleue pour semer le doute et la confusion dans leurs rangs. Une opération que le toujours brillant John Hex (principal promoteur de la VB) a qualifiée de « cyber-attaque » de « l’oligarchie ». Lol. Chapeau, la compagnie!

L’habituel bâclage des médias…

Les médias grand public se sont généralement peu intéressés au phénomène de la Vague bleue, en partie parce que la droite national-populiste entretient des théories complotistes à leur égard et a cette fois-ci carrément refusé de leur parler. Cela dit, les deux articles qui ont été produits pour parler de la VB2 sont particulièrement mauvais. Celui de Radio-Canada dénote un manque flagrant de recherche sur le sujet, tandis que celui du Nouvelliste fait la part belle aux vague-bleuistes, notamment avec une citation super raciste de Stéphane Gagné, le haineux narcissique de Trois-Rivières qui se fait appeler « le Général Lee de la Mauricie »:

«Je viens à la manifestation en tant que nationaliste. Je suis un blanc, je suis fier de ma patrie et j’aime ça me promener et me sentir chez moi. On n’est pas à Montréal ici. C’est pour ça qu’il faut garder notre image de ville de blancs.»
– Stéphane Gagné

Une représentante d’Amnistie Internationale de Trois-Rivières s’est par ailleurs sentie obligée de rapporter que « des membres de l’antifascisme [qui] cherchaient à faire du trouble », alors que « que la Vague bleue ne cherchait pas la confrontation ». Question à Amnistie Internationale : doit-on comprendre que des racistes et xénophobes tranquilles sont une présence plus souhaitable que des antiracistes et antifascistes turbulent-e-s? Est-ce que cette citation ridicule de Vickie Schnieders (que les racistes font allègrement spinner aujourd’hui, évidemment) représente le point de vue officiel de l’organisation? (Mise-à-jour: Amnistie international a fait paraître un communiqué le 30 juillet condamnant “les propos haineux tenus lors du rassemblement de la Vague bleue à Trois-Rivières” et précisant que Vickie Schnieders “s’exprimait à titre personnel et que ses propos ne refètent pas la position officielle d’Amnistie internationale”. Merci pour cette mise au point, c’est apprécié.)

Rappelons pour clore ce point que plus souvent qu’autrement les médias ne daignent s’intéresser à l’extrême droite que lorsque des antiracistes et antifascistes ont défriché le terrain en faisant des recherches à leur place.

Le travail ne fait que commencer

Comme nous l’avons écrit ailleurs, la situation actuelle au Québec n’a rien pour réjouir celles et ceux d’entre nous qui se préoccupent de la santé et de la qualité du vivre-ensemble. Les orientations régressives de la CAQ en matière d’immigration et le passage sous bâillon de la Loi sur la laïcité de l’État ont de quoi faire craindre le pire d’un gouvernement qui sert précisément les aspirations politiques de groupes racistes et xénophobes comme ceux qui se profilent derrière la Vague bleue. D’ailleurs, il n’est pas anodin que, pendant que la SQ faisait la job de bras pour les xénophobes dans les rues de Trois-Rivières, le premier sinistre du Québec, François Legault, faisait la promotion du livre de Mathieu Bock-Côté sur Twitter et vantait les mérites du nationalisme passéiste que promeut ce sociologue réactionnaire…

Alors que les organisateurs de la Vague bleue annoncent déjà un troisième rassemblement à Québec, le mouvement que les antiracistes sont en train de construire dans la province devra se mobiliser encore dans les prochaines semaines, les prochains mois et peut-être, malheureusement, les prochaines années.

Petit exercice en guise d’épilogue…

Le délirant épivardage des militants et militantes de la Vague bleue sur les médias sociaux nous a déjà habitué-e-s à leur maîtrise approximative du français, mais on ne saurait leur en tenir rigueur.

Voyons si celles et ceux qui disent représenter « le peuple » sont meilleur-e-s en maths : 75 ti-counes sur une population totale de 8 390 000 personnes, ça représente combien en pourcentage?

Réponse : 0,00001 %

Vous n’êtes pas le peuple. Vous êtes 75 ti-counes.

Atalante et ses partisan.e.s — Partie 3: Louis Fernandez et Baptiste Gilistro… la filière française

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Juil 252019
 

De Montréal Antifasciste

Depuis la sortie de l’article « Démasquer Atalante » en décembre dernier, nous avons fait paraître deux annexes concernant respectivement l’influenceuse Heïdy Prévost et le band folk Folk you, deux phénomènes culturels (ou métapolitiques) périphériques à Atalante. Il est difficile de mesurer avec exactitude l’impact que notre travail a réellement pu avoir sur le moral et les activités du groupe néofasciste, mais nous avons concrètement observé moins de sorties dans les rues au cours des derniers mois, et celles qui ont eu lieu semblent avoir été menées par le même petit noyau dur de militants, hormis le récent coup médiatique à Montréal où ils se sont clairement mis en scène avec tous les sympathisant-e-s qu’ils ont pu rameuter.

Les militant-e-s d’Atalante en mai 2019. Le cadrage serré laisse croire qu’il y avait moins de monde à la messe cette fois-ci…

Si quelques-un-e-s se sont manifestement décomplexé-e-s, affichant désormais ouvertement leur appartenance à une idéologie inspirée du fascisme et du nazisme, plusieurs des membres et sympathisant-e-s que nous avons exposé-e-s ont choisi de prendre leur trou. Il ne faut donc pas s’étonner que nous maintenions le cap en braquant nos projecteurs sur ces ordures fascistes.

Privé de sa respectabilité et freiné dans ses ambitions politiques, le noyau dur d’Atalante semble s’être replié dans les derniers mois sur la sous-culture violente dont il a émergé. Face à la difficulté d’ancrer leur organisation localement, les membres d’Atalante multiplient les voyages à l’étranger (surtout en France et en Italie) et renforcent leurs liens avec le fascisme international, comme en atteste la venue au mois de juin dernier du band NSBM français Baise Ma Hache pour accompagner Légitime Violence en concert. (Un concert, soit dit en passant, mis en déroute par le réseau antifasciste, qui a forcé les fachos à se produire en catastrophe plus tard le même soir au bar Le Duck. Pas félicitations aux administrateurs de ce bar, qui accueillent des nazis à bras ouverts. N’hésitez pas à leur laisser savoir ce que vous en pensez.)

Même le lancement du premier livre d’Atalante, Saisir la foudre, en mars dernier, s’est fait sans tambours ni trompettes, ce qui n’est pas dans l’habitude de ce groupe qui n’existe pour l’essentiel que sur les médias sociaux et y vante habituellement le moindre exploit à grands coups de tirades pompeuses et de photos soigneusement mises en scène. Est-il possible que ce premier opus ne se soit pas avéré à la hauteur des ambitions intellectuelles de son auteur? Permettez-nous de trouver cette hypothèse plausible.

En fait, l’on pourrait presque croire qu’Atalante comme organisation politique a été mise en veilleuse, tandis que le gang de rue à l’origine de sa formation, le Québec Stomper Crew, semble connaître un nouvel élan de dynamisme… notamment avec l’enrôlement d’un nazillon émigré de France!

>> Consultez la section «Québec Stomper Crew, la connexion RAC et Légitime Violence» de l’article «Démasquer Atalante».

Il n’est un secret pour personne que les Stompers cultivent une histoire intime avec la violence. Un certain nombre d’éléments nous permettent aujourd’hui de croire que l’admission dans le « crew » est contingente à une espèce de rite de passage ou d’initiation consistant à commettre une agression ou un autre méfait au nom du groupe.

On peut citer le cas de Yannick Vézina (alias Yann Sailor), qui serait vraisemblablement devenu membre en règle des Québec Stompers peu après sa participation à une agression visant un militant antifasciste.

Dans un exemple plus récent, il semble que Sven Côté (alias Svein Krampus) ait quant à lui reçu ses couleurs officielles le soir même de l’attaque de la bibliothèque La Page Noire, en décembre 2018.

Photo de groupe du Québec Stomper Crew, en décembre 2018. Au centre, Sven Côté, fraîchement “patché”.

Au cours des derniers mois, nous sommes facilement parvenus à identifier deux autres « prospects » du Québec Stomper Crew, dont le premier a même officiellement reçu les couleurs du gang. Les deux sont Français d’origine et font aussi partie des rares nouveaux militants d’Atalante : Louis Fernandez et Baptiste Gilistro.

Taper du cégépien, gagner ses couleurs!

Louis Fernandez s’est fait connaître suite à son arrestation en décembre 2018, accusé d’une agression physique contre un jeune client du bar le Lvlop à Québec. Soupçonné de s’être livré à cette charge violente pour des motifs haineux (il aurait demandé à plusieurs reprises à sa victime si elle était « antifa » avant de la rouer de coups), le jeune homme de 25 ans avait alors déclaré ne pas connaître Atalante, même si les policiers avaient trouvé un autocollant du groupe fasciste dans ses effets personnels. Nous pouvons aujourd’hui affirmer hors de tout doute que Louis Fernandez connaît intimement les membres d’Atalante, car il est devenu membre en règle du Québec Stomper Crew suite à cette agression.

Un preview d’Instagram, Louis Fernandez reçoit ses couleurs du Québec Stomper Crew, juin 2019.

Ce preview Instagram montre Louis Fernandez recevant les couleurs du Québec Stomper Crew, juin 2019.

Un preview d’Instagram, Louis Fernandez exhibe une bague figurant l’emblème « White Power », juin 2019

Dans ce preview Instagram, Louis Fernandez exhibe une bague figurant l’emblème White Power, juin 2019. Avec Sven Côté et Roxanne Baron.

Louis Fernandez s’entraîne avec des militants d’Atalante, juillet 2019

Louis Fernandez s’entraîne avec des militants d’Atalante, juillet 2019

Sans surprise, un examen sommaire des tatouages de Fernandez révèle qu’il est bel et bien un militant néonazi « de souche ». Le voici en train de déménager la laveuse de son petit chef, Raf Stomper :

Louis Fernandez s’est fait tatouer sur le bras gauche l’effigie de Léon Degrelle, un collaborateur nazi belge admiré des néonazis européens, et l’insigne de la Légion française des combattants, une organisation créée par le maréchal Pétain sous le régime de Vichy et qui collabora activement avec la Waffen-SS. Sur sa poitrine, une paire de bottes Doc Martens avec des lacets blancs, un signe de reconnaissance des boneheads « old school » qui démontre son soutien au mouvement White Power.

«Ça ne colle pas, je suis un fils d’immigré et immigré moi-même», avait dit Fernandez lors de son enquête caution. Pourtant, on le reconnaît facilement ici dans une action de collage d’affiche pour le compte d’Atalante. Au moins, ça n’est pas l’une des nombreuses affiches anti-immigration posées par le groupe fasciste au fil des ans…

Louis Fernandez participe à une action d'affichage avec Atalante, hiver 2019.

Louis Fernandez participe à une action d’affichage avec Atalante, hiver 2019.

Ce lundi 29 juillet, Louis Fernandez doit comparaître au Palais de justice de Québec pour répondre de son agression au Lvlop. Il semble que Fernandez avait d’ailleurs à respecter un certain nombre de conditions, dont celle de ne pas consommer d’alcool. Nous espérons donc de tout cœur que personne ne verra ces photos et vidéos de « Lou », bière à la main et clairement en état d’ébriété avec ses petits camarades. Une vidéo publiée il y a quelques jours à peine indique qu’il était quelque part en France… à siroter du pastis.

Louis Fernandez fait bonne chaire avec le noyau dur d’Atalante et des Québec Stompers, mars 2019.

Louis Fernandez fait bonne chair avec le noyau dur d’Atalante et des Québec Stompers, mars 2019.

Louis Fernandez, bière à la main, avec Roxanne Baron et Jonathan Payeur.

Louis Fernandez, bière à la main, avec Roxanne Baron et Jonathan Payeur, au nouveau domicile de Raphaël Lévesque, en juin 2019.

Louis Fernandez (dans la cabane), bière à la main, le jour du déménagement de Raphaël Lévesque. À genoux, Baptise Gilistro.

Louis Fernandez (dans la cabane), bière à la main, le jour du déménagement de Raphaël Lévesque. À genoux, Baptise Gilistro.

 

 

Nous savons que le soir de l’agression au Lvlop, Louis Fernandez n’était pas seul. Selon des témoins, il était en compagnie d’au moins deux autres personnes, dont Jonathan Payeur (alias Jo Stomper), exécutant d’Atalante et sous-fifre de Raphaël Lévesque. Nous savons aussi qu’ils étaient accompagnés d’un couple, dont un jeune étudiant français déjà aperçu dans des actions d’Atalante : Baptiste Gilistro.

De Toulon à Québec : un autre immigrant, expatrié facho français!

Baptiste Gilistro est un étudiant de 23 ans originaire de Toulon en France, issu d’une famille bourgeoise et fils d’un haut gradé de l’armée française, le colonel Thierry Gilistro (lequel est aujourd’hui à l’emploi de l’industrielle Dassault Aviation. On dit coucou à papa en passant!). Lors de ses études en design graphique à l’Université Laval, Baptiste a fait la connaissance d’Étienne Mailhot-Bruneau (alias Sam Ox), graphiste d’Atalante et membre des Québec Stompers. Une recherche sommaire révèle qu’ils ont collaboré sur plusieurs projets scolaires et obtenu un prix conjointement à la fin de leur baccalauréat. Il semble que Baptiste poursuive à ce jour ses études à l’Université Laval. (Notons au passage qu’il a réalisé dans le cadre de ses études un vidéoclip pour le groupe Québec Redneck Bluegrass Project, un groupe situé plutôt à gauche…)

Baptiste Gilistro en famille.

Baptiste Gilistro en famille.

Nous savons que Baptiste Gilistro n’est pas étranger au noyau dur d’Atalante, car il fréquente ses membres socialement depuis plus d’un an. Il a aussi participé à des actions de rue et à des sorties « sportives » en forêt (… en plus de se faire complice d’au moins une agression contre des cégépiens gauchistes!) Depuis peu, il semble qu’il se soit encore rapproché du noyau dur du Québec Stomper Crew, puisqu’il participe désormais à tous leurs événements privés, dont le récent déménagement de Raphaël Lévesque.

Baptiste Gilistro participe à une action de distibution de vivres d’Atalante, en janvier 2018.

Baptiste Gilistro participe à une action de distibution de vivres d’Atalante, en juin 2018.

Baptiste Gilistro en randonnée avec d’autres militants d’Atalante, en juillet 2018.

Baptiste Gilistro en randonnée avec d’autres militants d’Atalante, en juillet 2018.

Baptiste Gilistro avec une partie du noyau dur d’Atalante et des Québec Stompers, à l'hiver 2019.

Baptiste Gilistro avec une partie du noyau dur d’Atalante et des Québec Stompers, à l’hiver 2019.

Baptiste Gilistro participe à une action d’affichage d’Atalante, en janvier 2018.

Baptiste Gilistro participe à une action d’affichage d’Atalante, en janvier 2019.

Baptiste Gilistro avec une partie du noyau dur d’Atalante, date mars et en avril 2019.

Baptiste Gilistro avec une partie du noyau dur d’Atalante, en mars et avril 2019.

 

L’inéluctable débâcle suit son cours…

Rien ne se passe comme prévu pour Atalante : son leader Raphaël Lévesque rêvait sans doute d’un procès-spectacle médiatisé suite à l’affaire de Vice Québec, mais l’agression au Lvlop et l’implication de Louis Fernandez est peut-être en passe de lui voler la vedette. Le genre de tapage médiatique que les niaiseries de ses membres attirent à l’organisation risque bien plus de nuire à sa démarche de légitimation et de l’éloigner de ses objectifs politiques que de générer l’attention positive dont elle a besoin pour croître.

Comptez sur nous pour continuer d’enfoncer les clous. Nous n’avons pas dit notre dernier mot.

Pour résumer, on peut dire que : 1) Louis Fernandez est un membre à part entière d’Atalante et des Québec Stompers suite à l’agression du Lvlop; 2) cette agression n’était pas un acte fortuit, mais une attaque préméditée pour des raisons politiques, et; 3) Atalante ne recrute et ne retient dans ses rangs qu’une minorité de personnages gravitant vers les cercles néofascistes.

Non à la destruction de la forêt du lac à Moïse!

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Juil 182019
 

Du Collectif Emma Goldman

La dernière forêt vierge au sud du 49e parallèle se situe à la tête des rivières Batiscan, Saint-Maurice et Métabetchouane. Dans les dernières années, les coupes se sont intensifiées dans la forêt ainsi qu’autour de celle-ci, menaçant ce dernier joyau de biodiversité. Malgré plusieurs oppositions et démarches de protection de la part des Premiers Peuples et d’experts, des coupes sont prévues en 2019. En effet, des dizaines de kilomètres carrés de la forêt du lac à Moïse ont été rendus disponibles à l’industrie forestière dans le plan opérationnel 2018-2023 du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. C’est donc un autre lieu de rencontre des Premières nations et un territoire de chasse ancestral qui est dévasté par l’industrie « forestière ». Depuis des millénaires, la Nation huronne-wendat occupe ce territoire. Dernièrement, le chef du conseil de bande de Wendake, Konrad Siouï, a déclaré qu’il est prêt à tout pour protéger cette forêt, envisageant même l’occupation du territoire. La résistance s’organise. Le 12 juillet, des personnes ont organisé une rencontre à Wendake pour discuter de l’avenir de cette forêt. D’autres actions sont à prévoir.

Pour plus d’informations:

Page Facebook: Yarha’ – Défendons la forêt vierge / Defend the virgin forest

Olympia, Washington : Nous sommes le feu qui fera fondre l’ICE, Rest In Power Will Van Spronsen

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Juil 142019
 

De Puget Sound Anarchists

Tôt ce matin vers 4 heures, notre ami et camarade Will Van Spronsen a été tué par balle par la police de Tacoma. Tout ce que nous savons sur le déroulement des évènements vient des flics, qui sont des sources notoirement corrompues et peu fiables pour un tel récit. Ce que nous savons c’est que Will a tenté de mettre le feu à plusieurs véhicules, dépendances et un réservoir de propane à l’extérieur du centre de détention Nord-Ouest de Tacoma, qui abrite des centaines d’immigrés en attente d’audience ou de déportation. Il a réussi à mettre le feu à un véhicule, puis à échanger des coups de feu avec des policiers de Tacoma qui l’ont abattu. Il a été déclaré mort sur les lieux. Nous trouvons ses actions inspirantes. Les véhicules situés à l’extérieur du centre de détention sont utilisés pour évacuer de force des personnes de chez elles et les déporter, souvent dans des situations où elles risquent de subir un danger grave ou la mort. Ces véhicules détruits ne sont que le début de ce qui est nécessaire. Nous aurions souhaité que les incendies débutés par Will aient libéré tous les détenus et rasé tout le centre de détention du Nord-Ouest. Notre ami nous manque et nous souhaitons du fond du cœur que son action ne s’arrête pas avec sa mort.

Will Van Spronsen était un anarchiste de longue date, un antifasciste et une personne aimante et gentille. Ici à Olympia, certains d’entre nous se souviennent de lui comme d’un habile constructeur de structures en bâche lors du campement Occupy en 2011. D’autres se souviennent de lui lors des manifestations à l’extérieur du centre de détention l’été dernier, où il était accusé d’avoir étranglé un policier entourant ses bras autour du cou et des épaules d’un officier qui tentait d’arrêter un manifestant âgé de 17 ans. Dès le lendemain de sa sortie de prison, il est immédiatement retourné au campement situé à l’extérieur du centre pour soutenir les autres manifestants. On se souvient également de lui comme d’un auditeur patient et réfléchi, toujours à l’écoute des gens.

Nous sommes endeuillés, inspirés et enragés par ce qui s’est passé tôt ce matin. L’ICE [police de l’immigration] emprisonne, torture et déporte des centaines de milliers de personnes et la brutalité et l’ampleur de leurs dommages ne font qu’augmenter. Nous avons besoin de toutes les formes de résistance, de solidarité et de passion pour lutter contre l’ICE et les frontières qu’ils défendent. Will a donné sa vie en combattant l’ICE, nous ne saurons peut-être jamais ce qui lui passait par la tête au cours des dernières heures de sa vie, mais nous savons que le centre de détention doit être détruit et les prisonniers libérés. Nous n’avons pas besoin de héros, seulement d’amis et de camarades. Will était simplement un être humain et nous souhaitons qu’il soit toujours avec nous. Il ne fait pas de doute que les flics et les médias essaieront de le décrire comme un monstre, mais c’est en réalité un camarade qui s’est battu pendant de nombreuses années pour défendre ses convictions, et ce matin, il a été tué en faisant ce qu’il aimait: se battre pour un monde meilleur.

Ce soir, vers 20 heures, une trentaine d’anarchistes se sont réunis au terminus de Percival à Olympia dans le Washington pour commémorer Will Van Spronsen et s’opposer à l’ICE. Nous avons brandi des fusées éclairantes et des banderoles sur lesquelles étaient inscrits «Rest In Power Will Van Spronsen», «Abolissons l’ICE», «RIP Will», «Feu aux prisons» et «Stop à la déportation et à l’incarcération». Nous avons partagé des histoires et des souvenirs de Will, ri, et pleuré. Certaines personnes sont partis de leur côté dans le centre-ville et ont collé des autocollants «Immigrants Welcome», tandis que d’autres ont circulé en véhicules avec une banderole «Rest in Power Will» à l’arrière d’un camion.

Puisse son souvenir être une bénédiction

De l’amour pour celleux qui se battent encore.