En 2019, l’extrême droite québécoise a été bien plus calme qu’en 2018 et 2017, année de la création de Montréal Antifasciste . On peut relever plusieurs facteurs ayant contribué à cette situation : L’arrivée au pouvoir de la CAQ en octobre 2018 a démobilisé un certain nombre de membres des groupes organisés, qui ont désormais un gouvernement partiellement sympathique aux revendications identitaires (ce qui ne signifie pas pour autant que les idées et courants d’extrême droite ont magiquement disparu, évidemment); Des conflits internes majeurs, qui couvaient depuis un certain temps, ont éclaté au cours de l’année, notamment au sein de La Meute, mais aussi entre différents groupuscules, comme les Gardiens du Québec (LGDQ) et le Groupe Sécurité Patriote (GSP), et ont perturbé l’équilibre des groupes les plus importants et les plus structurés; Profitant de cet affaiblissement des principaux groupes, un certain nombre de figures marginales et de « leaders négatifs » (Pierre Dion des « Gilets jaunes » du Québec, Luc Desjardins et Michel Meunier des LGDQ, par exemple, ou d’autres personnages rebutants comme Diane Blain) ont pris une place plus importante, contribuant à décrédibiliser et démobiliser de plus en plus l’extrême droite national-populiste; Le travail soutenu des antifascistes pour identifier et dénoncer les éléments les plus radicaux, voire carrément fascistes ou néonazis, au sein de l’extrême droite québécoise a sans doute refroidi une partie de la base de groupes comme Atalante ou des groupuscules Alt-Right. Le mouvement antiraciste et antifasciste a également soutenu la mobilisation contre le courant national-populiste en 2019, dont le principal véhicule a été la soi-disant Vague bleue. L’activité globalement ralentie de l’extrême droite québécoise ne signale en rien une victoire pour les forces antifascistes. Au contraire, avec un gouvernement populiste majoritaire à l’Assemblée nationale, lequel s’est empressé dans la première année de son mandat de promulguer la raciste Loi 21 sur la laïcité de l’État et d’adopter sous bâillon d’autres mesures anti-immigration, il est légitime de croire que plusieurs forces de la droite dure se sont simplement détendues sous l’impression d’avoir atteint l’un de leurs principaux objectifs. Cela dit, le calme relatif a été l’occasion pour nous de creuser un peu et d’effectuer un travail d’analyse plus fin, ce qui nous a amené-e-s à cerner deux tendances dominantes au sein de cette extrême droite. (Lire à ce sujet l’article Entre national-populisme et néofascisme : État des lieux de l’extrême droite au Québec en 2019 .) ...