
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Les liens entre la psychiatrie et la police ne datent pas d’hier. Que des étudiant.es en psychiatrie embarquent avec des patrouilles du SPVM fait sens puisque la prison, les universités et les hôpitaux sont réfléchis de la même façon et servent les mêmes objectifs – de contenir la marginalité et de contrôler celleux qui n’entrent pas dans les codes de conduite imposés et produits par ces mêmes institutions (Surveiller et punir, Foucault 1975).
Nous accompagnons des personnes marginalisées au quotidien. Nous écoutons leurs vécus et leurs expériences. Nous savons que pour les personnes marginalisées, la police n’est pas un synonyme de protection. Elle incarne le contrôle, l’intimidation et la violence. Des images, comme celle qu’on a vue circuler le 8 janvier dernier, à Berri-UQAM, ne sont pas ce qu’on devrait qualifier de « dérapage » ou « d’exception ». Ce n’est pas non plus une question de « quelques pommes pourries » ou de « patrouilleurs qui manquent de formation ». Ces événements relèvent d’un problème beaucoup plus profond : un système qui existe pour opprimer.
Ces « agents de la paix » arrivent la plupart du temps déjà convaincus de leur supériorité morale et puis traitent ces personnes comme une nuisance à la loi et l’ordre. Mais comment peut-on adhérer à la loi et l’ordre alors qu’on vit dehors et qu’il n’y a pas d’issue à notre situation? La rue devient donc la seule option pour continuer d’exister et exister dans l’espace public c’est être dans un état de surveillance constante qui mène à être systématiquement chassé.
On parle ici de personnes pauvres, itinérantes, racisées, en détresse psychologique, 2SLGBTQIA+, en crise, vieilles, jeunes, diplômées ou pas. Des personnes qui devraient être soutenues, accompagnées et protégées. Leur existence est perçue comme étant un problème à gérer plutôt qu’une réalité à comprendre.
Et maintenant, on voudrait nous faire croire que d’envoyer de futurs psychiatres patrouiller dans les rues avec la police est une bonne idée.
Selon l’article de La Presse de Katia Gagnon, on décrit une autre tentative d’équipes mixtes du SPVM, c’est à dire qu’une profession en relation d’aide s’ajoute à une équipe de patrouille du corps policier afin d’accroître leur compréhension de la détresse des gens en grande précarité.
Les personnes en situation d’itinérance ne sont pas des terrains de stage. Elles ne sont pas là pour « susciter des vocations », pour former la relève médicale ou pour servir de laboratoire humain à des initiatives mal pensées. Y aura-t-il un espace dans les universités, dans le corps policier pour agir sur ces liens de causalité entre la criminalisation et la pauvreté? Que se passe-t-il après les observations? Des remises en question sur nos pratiques et sur nos services? Bien sûr que non.
Ce genre de projet renforce une idée dangereuse : que la police doit rester au centre des crises humaines et qu’elle a un rôle à jouer dans la résolution de celles-ci. Qu’on doit continuer d’appeler des gens armés pour répondre à la détresse et à la pauvreté alors que tout ce qu’on sait et qui est répété par les personnes premières concernées depuis toujours c’est que la police traumatise et aggrave leur situation.
Qu’est-ce que des psychiatres peuvent offrir dans des situations où l’État, en toute impunité, crée des scènes de violence et n’arrive pas à désamorcer une situation de détresse ? Vers qui ira notre solidarité lorsque les rapports académiques nous diront encore à quel point le travail policier est difficile et que les pauvres sont fous et font peur ? C’est ce discours qui doit changer et ce ne sont pas les universités ou la police qui produiront l’alternative.
Soyons clairs : on ne soigne pas la détresse sous escorte policière. On ne crée pas de lien de confiance quand la première chose que les gens voient est un uniforme, une arme et une autorité qui les a déjà traumatisés.
Quand appeler le 911, aller à l’urgence ou au CLSC devient un risque de se faire tabasser, insulter, traumatiser ou institutionnaliser, ce n’est pas un échec individuel, c’est un échec collectif. Quand quelqu’un préfère endurer une crise, une agression ou une urgence médicale plutôt que de croiser la police, c’est que les services d’urgence ont cessé d’être des services. Ils sont devenus des armes de répression contre les plus vulnérables.
Ce système ne dysfonctionne pas : il fonctionne exactement comme prévu. Il protège l’ordre, pas les personnes. Il défend la propriété, pas la dignité humaine. Il criminalise la pauvreté, la détresse et la survie.
Envoyer des psychiatres dans la rue avec des policiers ne fait pas partie de la solution. C’est une façon de se donner bonne conscience sans remettre en question la violence institutionnelle, le sous-financement chronique du communautaire, l’absence de logements sociaux et abordables et le choix politique clair de gérer la misère par la coercition.
Assez du silence. Assez de la complaisance, des enquêtes corrompues, des excuses vides et des réformes sans changements réels. Tant que la violence policière sera tolérée, minimisée ou justifiée, les services d’urgence continueront d’être une source de traumatismes qui ne fait qu’empirer la situation de plusieurs et d’accroître la précarité. Les équipes mixtes n’ont rien de révolutionnaire et n’ont rien à offrir quant aux réels besoins des personnes en détresse.


