Montréal Contre-information
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Mai 072026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Ce court billet se veut une réponse à l’assez mauvais « En réponse aux actions des Robins des Ruelles ».

Dans l’époque où le sens est difficile à trouver, il y aura toujours des imbéciles pour faire les intéressants.

Sous ses airs de lucidité et de bienveillance, le texte est un manuel de prudence au service de ceux qu’il prétend combattre. Semble-t-il que les actions des Robins soient devenues trop efficaces, qu’il faudrait éviter de trop agir, au risque que nos maîtres se réveillent. Lorsqu’on essaye des choses, il y aura toujours un radlib pour sortir du bois et nous dire « attention, vous risquez de trop déranger ce monde ». Un soigneux jeu d’équilibriste entre servilité et hydrocéphalie.

L’argument du texte? « Ne faites pas trop de bruit, sinon ils vont remarquer. »

Comme si les grandes chaînes d’épicerie, leurs services de sécurité, leurs logiciels de gestion de pertes et les services de police découvraient soudainement l’existence du vol à l’étalage grâce à quelques stories Instagram. 56% d’augmentation au Canada des vols à l’étalage depuis 2021 mais c’est les Robins des Ruelles qui sonneraient la cloche? Le fantasme ici, c’est celui d’un système un peu naïf, un peu distrait, qu’il faudrait à tout prix éviter de réveiller.

Les Robins des ruelles ne révèlent pas un secret : le vol à l’étalage n’a jamais été invisible. Penser que l’attention publique déclenche la répression, c’est inverser la causalité, c’est confondre un thermomètre avec la fièvre. La répression est structurelle : elle s’adapte, elle anticipe, elle ne dépend pas d’un seuil de visibilité franchi par erreur ou par excès. La répression cherche justement à écraser toute révolte.

La révolte, ici, c’est la manière dont une pratique sort de l’isolement pour devenir lisible politiquement. Tant qu’elle reste fragmentée, individualisée, honteuse ou silencieuse, elle est parfaitement compatible avec l’ordre existant. Elle est tolérée comme bruit de fond, gérée statistiquement, punie au cas par cas. Autrement dit : elle ne menace rien. Politiser les pratiques de subsistance, c’est montrer la cruauté de leur criminalisation.

C’est précisément là que les actions des Robins déplacent quelque chose. Elles ne montrent pas des « méthodes de survie » (Sic.), elles déplacent le sens. Elles retirent le vol du registre de la faute individuelle pour l’inscrire dans un conflit. Elles rompent avec la figure du survivant isolé pour produire une intelligibilité partagée, une conspiration collective, même minimale. Qualifier ce type d’intervention de dangereux parce qu’il attirerait la répression revient, au fond, à adopter le point de vue de la gestion policière : il faudrait calibrer les pratiques pour qu’elles restent sous le radar, compatibles avec les seuils de tolérance du système. C’est une politique de la précaution qui finit par neutraliser toute possibilité de rupture. On protège les conditions d’existence telles qu’elles sont, au prix de leur perpétuation.

Le texte s’engouffre dans une contradiction difficile à tenir : reconnaître que « les épiceries c’est des criss de voleurs » (Sic.), que l’ordre économique est hostile, que l’État protège le capital et, dans le même mouvement, appeler à une forme d’autorégulation des pratiques pour ne pas provoquer cet ordre. Comme si l’ennemi devait être ménagé dans ses réactions.

Si le texte admet au moins un peu de violence sociale, il en tire une conclusion conservatrice : préserver ce qui permet de tenir, plutôt que risquer de transformer ce qui fait tenir.

En soi, radlib : critique morale des dominants, mais refus des actions qui dérangent effectivement. Bref, une contribution à jeter dans les dumpsters de l’histoire.