Montréal Contre-information
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Jan 052026
 

De l’Organisation révolutionnaire anarchiste

L’assaut militaire de l’empire étasunien sur le Venezuela et l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro tôt dans la journée du samedi 3 janvier a choqué le monde entier et fait tomber le voile du droit international.

Les actions de Trump et du gouvernement américain rivalisent une fois de plus avec celles des plus grandes organisations criminelles, en toute impunité. C’est tout le continent américain qui se retrouve aujourd’hui menacé par ce même système impérialiste. Continuant à soulever les cartels et le narcotrafic, Trump menace de manière à peine voilée la Colombie, le Mexique et Cuba, demeurant bien aligné sur son plan de « restaurer la suprémacie américaine » en Amérique latine. Ne soyons pas dupes – ces excuses serviront également à durcir les politiques anti-migratoires et légitimer de futures interventions impérialistes.

C’est loin d’être la première incursion des états-unis dans les affaires d’un pays étranger. On ne compte plus le nombre de coups d’État aidés par la CIA dans l’ombre de complots sordides. Mais cette fois-ci, c’est une opération violente (qualifiée de spectaculaire et d’exemplaire dans les médias occidentaux) revendiquée publiquement et fièrement par l’homme dans la position la plus puissante du monde. Pas besoin de chercher trop loin dans le passé pour voir la voie militaire directement utilisée – comme en Irak, en Afghanistan ou au Nicaragua – pour faire tomber des régimes « qui ne votent pas du bon bord ». Ce n’est donc pas la première fois que les États-Unis agissent de la sorte et ne respectent absolument pas la souveraineté territoriale d’un pays. Ce n’est aussi pas un adon que l’extractivisme et le contrôle de ressources est bien souvent le coeur de l’invasion. 

Pour les libéraux et les plus naïves, il s’agit d’un bris du protocole, d’une action qui outrepasse le cadre légal. Pour nous il s’agit de la continuité des politiques habituelles, qui aujourd’hui semblent inacceptables en raison de l’aspect sensationnel du niveau d’ingérence et d’interventionnisme assumé. Mais la violence des dominants est toujours présente, même quand le cadre légal est respecté. En fait la seule raison pourquoi ce cadre est respecté, c’est parce qu’il va dans le sens des intérêts des dominants. Dès le moment où la légalité va à l’encontre de leurs intérêts, ils n’hésitent pas à foutre les chartes et les conventions aux poubelles. Ils l’ont toujours fait et continueront à le faire.

Ce qui est vraiment nouveau avec cette agression, c’est plutôt la grosseur éhontée du mensonge qui a été utilisé comme prétexte. On est loin des mois de préparations qu’a nécessité le scandale du Lusitania pour préparer l’entrée en guerre en 1915, et très très loin des « armes de destruction massives » utilisées par l’administration bush pour envahir l’Irak en 2003. À l’époque on utilise quand même un semblant de légitimité démocratique, on envoie des faux témoins dans des commissions de l’ONU, on fait pleurer un secrétaire d’État qui avouera ensuite que rien n’était vrai dans toute cette supercherie. Mais au moins on essayait de faire semblant. Aujourd’hui, Trump peut simplement déclarer dans un discours décousu plus proche de la divagation sénile que du pep talk politique: « drugs & rape », le répéter assez de fois et tout le parquet des journalistes vendus applaudissent, comme la classe politique du canada qui, tels des larbins effrayés, répondent que « oui, maduro c’était un pas fin ».

Alors que la propagande étatique martèle les raisons bidons de l’intervention, elle ne cache même plus l’autre raison, la vraie, celle qui de toute façon crève les yeux d’évidence: les états-unis veulent piller une des plus grandes réserves de pétrole au monde. Le mensonge est tellement incrusté dans tout l’appareil médiatique au service des dominants qu’ils ne prennent même plus la peine de se cacher. 

De la clarté politique

L’attaque actuelle contre la souveraineté vénézuélienne ne peut être comprise sans examiner le rôle des figures de l’opposition élevées et légitimées par les puissances impérialistes occidentales. Maria Corina Machado a été délibérément présentée comme une « alternative crédible », non pas par les classes ouvrières vénézuéliennes, mais par des gouvernements étrangers, les médias corporatifs et les intérêts financiers internationaux dont la principale préoccupation n’est pas la soi-disant « démocratie », mais l’accès aux ressources du pays. Son projet politique s’aligne ouvertement sur l’orthodoxie néolibérale : privatisation, déréglementation, alignement sur la politique étrangère américaine et réintégration du Venezuela dans l’ordre capitaliste mondial sous la supervision d’institutions telles que le FMI et la Banque mondiale. En ce sens, Machado n’est pas présentée comme une dirigeante issue de l’autodétermination populaire, mais comme une figure managériale, une intermédiaire par laquelle le capital occidental peut réaffirmer son contrôle sur les ressources vénézuéliennes.

Les vastes réserves pétrolières du Venezuela, ainsi que ses minéraux stratégiques et sa position géopolitique, le rendent trop précieux pour être laissé en dehors du commandement impérial. Le rôle de Machado dans ce cadre n’est pas de libérer les Vénézuéliens, mais de normaliser l’exploitation en présentant la soumission au capital étranger comme une « transition démocratique ». Son leadership est censé n’être responsable que devant les investisseurs occidentaux désireux de rouvrir le pays aux activités extractives à des conditions favorables. Il s’agit là du modèle classique du dirigeant fantoche : une légitimité accordée de l’extérieur, une autorité qui repose sur le soutien impérial plutôt que sur un mandat populaire. 

Il convient de préciser clairement que rejeter cette imposition impérialiste ne signifie pas pour autant idéaliser ou défendre un régime autoritaire. Le faux dilemme imposé par le discours occidental, qui oppose l’intervention impérialiste à la soi-disant stabilité autoritaire, est une fausse dichotomie qui exclut la possibilité la plus importante : l’autodétermination populaire authentique. L’une concentre l’autorité vers le haut et vers l’intérieur, l’autre la transfère vers l’extérieur, vers les centres impériaux. Toutes deux refusent au peuple vénézuélien le droit de décider des conditions de sa propre vie politique. La tâche n’est pas de choisir entre la domination de l’intérieur ou la domination de l’extérieur, mais de démanteler les deux.

Nous vivons au cœur même de l’empire. De cette position, l’amplification sans critique des discours étatiques, en particulier ceux qui se prétendent anti-impérialistes, brouille les lignes de la clarté politique. La puissance des États-Unis doit être comprise concrètement. Aucune autre nation au monde n’a démontré la capacité, la portée et l’impunité nécessaires pour extraire un « dirigeant » d’un autre pays au milieu de la nuit, le transporter à travers les frontières et le traduire devant un tribunal fantoche sous des accusations motivées par des raisons politiques. La question qui devrait alors se poser à tout le monde est la suivante : si les États-Unis possèdent une telle portée, pourquoi ne l’ont-ils pas utilisée contre Netanyahu et l’État d’Israël, qui continuent de massacrer le peuple palestinien au mépris total de la communauté internationale ? La réponse révèle le mensonge au cœur du soi-disant « ordre fondé sur des règles ». Le pouvoir n’est pas appliqué de manière universelle, il est déployé de manière sélective, au service de l’empire.

Dans les prochains jours, nous allons voir des vidéos de Vénézuéliens brandissant des portraits de Chavez, scandant des slogans pour le retour de Maduro et pour la défense de l’héritage de Simon Bolivar. Les vidéos de propagande de l’armée vénézuélienne seront partagées à nouveau et l’autre grand camp impérialiste s’en servira pour promouvoir sa propre forme d’autoritarisme. Le campisme prospère grâce à sa propre contradiction. Il nous demande de nous aligner sur un bloc étatique contre un autre afin d’excuser la répression et la domination tant qu’elles semblent résister à l’influence américaine. C’est un piège, et nous sommes particulièrement poussés à y tomber depuis le cœur même de l’empire. Les politiques campistes et libérales utilisent les moments de crise pour réintroduire l’autorité comme une nécessité. Elles présentent les partis, les gouvernements et les armées comme des boucliers imparfaits nécessaires pour lutter contre une menace plus grande, malgré leur longue histoire de répression de la dissidence, d’oppression des citoyens ordinaires et d’absence de toute chance pour une nouvelle vie politique. Nous ne voulons pas mener leurs guerres, nous ne voulons pas remplacer une forme de pouvoir par une autre.

Ce qu’il faut, c’est une rupture qui permette aux Vénézuéliens eux-mêmes de déterminer collectivement comment ils sont gouvernés, sur quelles bases et dans l’intérêt de qui. Il faut rejeter l’idée selon laquelle le leadership doit être imposé par la force ou sanctionné par le capital étranger. La libération ne peut venir d’enlèvements, de sanctions ou de régimes fantoches, ni être garantie par une autorité irresponsable concentrée au sein de « l’État ». La véritable résistance naît du terrain construit par l’action directe et l’auto-organisation autonome. Elle ne repose pas sur des dirigeants qui parlent en notre nom. En établissant une praxis, celle-ci est élargie et maintenue dans nos conditions, elle ne culmine pas dans un nouveau régime ou une hiérarchie réorganisée. Elle pointe vers une transformation sociale révolutionnaire qui remodèle la vie quotidienne et les relations sociales elles-mêmes. Ce qui reste, c’est le refus d’être détourné. Le campisme, la nostalgie et les mythologies nationales exercent une pression sur nos mouvements, en particulier ici, où le pouvoir impérial a son siège. Dans un monde déjà saturé de violence, nous n’avons pas besoin de symboles d’autorité supplémentaires qui obscurcissent notre vision. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une vision claire de notre position et d’un engagement en faveur d’une lutte internationaliste plus large qui nous aligne sur les peuples en résistance partout dans le monde, qui dépasse les frontières et nous propulse vers un avenir où notre combat deviendra impossible à contenir.

Et maintenant?

Peu importe Maduro, Hussein, ou d’autres, la révolution ne sera pas dûe aux violences impérialistes. Elle appartient aux opprimées, aux masses qui refusent d’être asservies. Seule la lutte populaire peut renverser l’ordre établi.

Dès maintenant, il n’y a que deux réponses qui s’imposent. La première, c’est l’action directe, le sabotage et les attaques qui mettent des bâtons dans les roues de la machine autoritaire, idéalement menées de manière coordonnée ou contagieuse, afin de trouver un écho et d’être reproduites par d’autres. La seconde est la création de conditions sociales, y compris d’organisations, capables de faire avancer la lutte pour la libération totale de l’humanité de l’autorité et de la domination, afin que plus jamais la vie d’une personne ne soit détruite ou bouleversée à cause du désir de profit, de pouvoir.

Faire regretter cela à la classe dirigeante américaine : la classe capitaliste et la classe politique américaine sont tout à fait à l’aise avec cette invasion du Venezuela. Si tout se passe bien pour eux, ils recommenceront dans de nouveaux territoires avec une violence croissante. Qui dirige les États-Unis ? Quels sont leurs intérêts ? Comment ces intérêts peuvent-ils être attaqués et sapés depuis Montréal ? Comment pouvons-nous leur faire regretter cela ?

Les multinationales américaines sont partout : Montréal regorge de milliers de bureaux, de magasins, d’entrepôts et de chaînes de montage appartenant à d’importantes entreprises américaines dirigées par les capitalistes les plus influents de l’empire américain. Cela inclut les chaînes de restauration rapide, l’industrie technologique et les fabricants d’armes. Au cours de l’été 2025, Mexico a été le théâtre d’émeutes anti-américaines qui ont détruit des investissements et des symboles du capitalisme américain. Au Royaume-Uni, Palestine Action a pénétré dans des usines d’armement, détruit des machines et causé des millions de dollars de dégâts. Partout dans le monde, des gens ordinaires identifient des cibles et passent à l’action.

Ne vous sous-estimez pas, vous pouvez être une force redoutable. Vous pouvez accomplir les actions les plus brillantes et les plus audacieuses que ce siècle ait connues, donnant l’exemple et portant des coups décisifs à l’autorité au nom de la libération.

Le secret, c’est de vraiment commencer et de s’organiser.

ATTAQUEZ L’IMPÉRIALISME LÀ OÙ VOUS ÊTES !

Des textes anarchistes du Vénézuela, pour se faire une tête sur la situation avant le kidnapping: https://theanarchistlibrary.org/category/author/el-libertario-editorial-collective

Déclaration internationale : Nous dénonçons l’offensive impérialiste contre le Venezuela :
https://www.federacionanarquista.net/international-statement-we-denounce-the-imperial-offensive-on-venezuela/