États-Unis: Un commissariat de police incendié à Minneapolis alors que des bâtiments gouvernementaux sont pris d’assaut et que des émeutes se propagent en solidarité avec le soulèvement

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Mai 292020
 

Manifestation de solidarité à Montréal
Dimanche le 31 mai à 17h
Quartier général du SPVM (1441 St-Urbain)
Évènement Facebook

De It’s Going Down

Au cours des deux derniers jours, les émeutes, les pillages et les affrontements avec la police se sont intensifiés à Minneapolis, à la suite du meurtre de George Lloyd par la police lundi dernier. Mercredi, un manifestant a été tué par balle. Jeudi après-midi, les procureurs du comté ont déclaré qu’ils ne poursuivraient pas l’inculpation des officiers impliqués dans sa mort pour le moment, ce qui ne fait qu’ajouter à la colère croissante dans les rues.

Les émeutes et les pillages ont continué à se répandre comme la veille – dans des quartiers éloignés de l’épicentre initial, puis dans le quartier voisin de Saint-Paul. Jeudi, alors que la fumée s’élevait encore des magasins brûlés de la société Target, des milliers de personnes sont descendues dans les rues du centre-ville de Minneapolis en solidarité avec George Floyd, alors que de nouveaux affrontements ont éclaté avec la police et que d’autres magasins ont été pillés. Des messages sur les médias sociaux montrent également que des marchandises libérées ont été distribuées dans le parking de Target, près du 3e commissariat de police, qui est devenu de facto l’épicentre des émeutes.

Au cours de l’après-midi, les gens se sont rassemblés à l’extérieur du commissariat, tandis que les affrontements avec la police se poursuivaient. Ces batailles de rue se sont intensifiées lorsque des émeutiers ont fait irruption dans le bâtiment, forçant finalement la police à s’enfuir dans leurs véhicules. Une fois le bâtiment vide, les gens ont commencé à le piller puis à y mettre le feu. Il s’en est suivi une atmosphère de fête pendant plusieurs heures alors que le quartier brûlait.

Cette victoire sur la police, remportée par des milliers de personnes qui mènent quotidiennement une action soutenue face aux violences policières massives, principalement des jeunes zoomers et des milléniaux, représente un moment historique. Comme l’expriment les heures d’entrevues menées par Unicorn Riot sur le terrain en plein soulèvement, la révolte ne vient pas de la gauche militante, ni des “progressistes” ou des “libéraux”, mais plutôt de la base locale de la jeunesse prolétarienne de Minneapolis. Bien que le soulèvement ait eu un caractère très multiracial, il est généralement admis que l’ensemble du système de capitalisme racialisé anti-noir doit être détruit.

Au fur et à mesure que la nuit avançait, des manifestations de solidarité ont été lancées à travers les soi-disant États-Unis. Les anarchistes ont organisé des manifestations et des marches de solidarité à Portland et Olympia, tandis que les étudiants d’Oakland bloquaient l’entrée d’une autoroute. À Sacramento, des marches de rue ont eu lieu, tandis que des émeutes ont éclaté à Fontana, où les fenêtres de l’hôtel de ville ont été brisées. Pendant ce temps, à Los Angeles, deux jours de manifestations ont été organisés. Mercredi, des personnes ont bloqué l’autoroute 101, brisant les vitres d’une voiture de police qui a tenté de foncer sur les manifestants. Enfin, à Phoenix, les marches de rue bruyantes ont fait place à des émeutes, les gens lançant des pierres sur le département de police de Phoenix.

D’autres émeutes et affrontements avec la police ont continué à Denver, où les gens se sont battus avec la police et ont bloqué une autoroute, tandis qu’à Columbus, les émeutes dans la rue ont rapidement conduit à un vandalisme de masse du Statehouse. Des combats de rue ont également eu lieu à Louisville, au Kentucky, tandis qu’à New York, des affrontements avec la police ont donné lieu à de multiples arrestations. Dans la soirée, Trump s’est servi de Twitter pour traiter les manifestants de “voyous” et a annoncé l’arrivée de plusieurs centaines de soldats de la Garde nationale dans les rues de Minneapolis, qui, selon lui, pourraient ouvrir le feu sur des pillards.

Continuez la lecture sur It’s Going Down [en anglais] pour un compte-rendu plus complet des manifestations de solidarité et d’émeutes à travers les soi-disant États-Unis. Pour une liste des manifestations à venir, cliquez ici.

Art et anarchie 2020

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Mai 252020
 

Du Salon du livre anarchiste de Montréal

lost.claws

@stormie_petrel

Anarkism.info
No Jail No Juvi

CK, Katarokwi/Kingston

Mae B

➝ Alice + S, Edinburgh
➝ Harvey Hacksaw in Olympia, WA

➝ Katarokwi/Kingston

➝ Olympia, Washington

➝ Surrey

@mittlevandejag

noprisons.ca / Zola

LOKI

Naomi RW

Zola



Appel pour « Art et Anarchie » à distance

La vingt et unième édition du Salon du livre anarchiste de Montréal prend une allure radicalement différente cette année, mais nous nous efforçons de créer autant de liens à distance que possible lors de cette journée de « rassemblement » du dimanche 17 mai 2020. À cette fin, au lieu de notre habituelle exposition « Art et Anarchie » dans l’espace physique du Salon, nous lançons un appel aux gens pour créer et partager de l’art anarchiste et des bannières dans les rues de leurs villes et communautés à travers le monde. C’est une manière d’incarner l’amour et la solidarité qui nous unit, et aussi de démontrer concrètement que nous sommes toujours là, que l’anarchie est toujours bien vivante.

L’idée est simple, en date du 17 mai ou avant :
– Afficher de l’art de rue/ou une bannière – votre création ou celle d’unE autre
– Prendre des photos ou demander à unE amiE de le faire
– Publier la/les photos sur les réseaux sociaux, ou demander à des amiEs de le faire, avec le hashtag #ArtAndAnarchy. Incluez l’emplacement, de manière aussi évasive ou spécifique que souhaitée.
– Partagez avec nous à info@salonanarchiste.ca afin que nous puissions le publier sur notre site web et potentiellement l’utiliser, avec votre permission, dans un zine post-salon du livre.

Aidez nous à répandre le mot partout. Ce serait tellement beau de voir l’art et l’anarchie se propager à travers les frontières et les murs du monde entier et nous rendre plus près les unEs des autres.

Appel à l’action lancé par des proches de détenus et des militants suite au décès d’une personne détenue à Bordeaux

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Mai 212020
 

Du Groupe anti-carcéral

20 mai, Montréal – À la suite de l’annonce qu’un détenu de la prison de Bordeaux, âgé de 72 ans, est décédé de la COVID-19, des proches de personnes détenues et des militant.e.s demandent des mesures immédiates et importantes pour assurer la sécurité des détenus et de la communauté. Ce faisant, ils rejettent la déclaration de la Ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, selon laquelle les mesures préventives mises en œuvre par son ministère fonctionnent bien et qu’il n’y aurait pas de mesure supplémentaire à mettre en place.

Bordeaux est la prison provinciale la plus durement touchée par la COVID-19 au Canada. Le premier cas positif à la prison a été enregistré le 24 avril dernier. Depuis, le nombre de détenus infectés est passé à 92 et le nombre de cas infectés parmi les membres du personnel à 35. Malgré l’aggravation de la situation, la réponse de l’établissement et du ministère de la Sécurité publique a été déficiente. Des informations qui proviennent de la prison suggèrent que les gardiens de prison n’ont pas toujours eu accès au matériel sanitaire ou même, porté des masques et de gants. Pour leur part, les détenus n’ont jamais reçu d’équipement de protection individuelle adéquat. Plus important encore, aucune stratégie de dépistage n’a été mise en place par le Ministère dans ce lieu de détention. Depuis le début de la crise, le personnel n’a donc pas pu fournir des tests ou des soins de santé adéquats et ce, même  lorsque les détenus présentaient des symptômes. Selon les dernières informations, Robert Langevin, le prisonnier décédé, était gravement malade depuis plus d’une semaine et il n’aurait pas reçu les soins appropriés et auxquels il avait droit.

« Les circonstances qui entourent ce décès sont plus que troublantes. Le Ministère de la sécurité publique démontre par son inaction qu’il est indifférent envers les conditions de détention des détenus », a dit Jean-Louis Nguyen, dont le conjoint est incarcéré dans Bordeaux. « L’Établissement de Bordeaux n’a pas agi malgré les plaintes de M. Langevin concernant son état de santé depuis trois jours. Ce décès était évitable et à mes yeux, scandaleux. »

Plutôt que de fournir des soins de santé, la principale réponse à la crise de la  COVID-19 à Bordeaux a été le confinement. Depuis le 24 avril, de nombreux prisonniers sont confinés à leur cellule, 24 heures sur 24h. Cela signifie que les détenus non ni accès aux douches, ni aux télévisions (ce qui leur permettraient d’avoir accès à l’information), ni même à du matériel de lecture. Ils n’ont pas non plus accès aux moyens de communication, et plusieurs n’ont pas été en mesure de téléphoner aux membres de leur famille jusqu’au 12 mai dernier, moment où les autorités de l’établissement ont commencé à fournir aux détenus un appel téléphonique de 5 minutes tous les deux jours.

En plus de violer les droits fondamentaux des détenus, le confinement en cellule  24 heures sur 24  aggrave également leur état de santé physique et mentale. « Depuis le début, la prison a mis la santé des détenus en danger et n’a jamais fourni les soins dont ils ont besoin”, a expliqué une femme dont le partenaire est en détention provisoire à Bordeaux. « Mon partenaire est dans un secteur qui est en confinement 24 heures sur 24 depuis le 28 avril. Il souffre de douleurs à la poitrine et a demandé des soins médicaux, mais n’a rien reçu. Par respect aux droits de la personne, il faut améliorer les pratiques sanitaires, fournir les soins médicaux, et réduire massivement la population carcérale. »

Les prisonniers de Bordeaux sont exposés de force à la COVID-19 et privés de soins de santé appropriés. De nombreux prisonniers ont le sentiment d’avoir été laissés pour mort.  « Nous sommes des gens gluants et nous sommes clairement laissés ici pour mourir », a déclaré un prisonnier. « Personne ne propose un véritable plan pour empêcher la COVID de se répandre ici. Nous craignons pour nos vies plus que jamais. »

Les préoccupations des détenus se reflètent à l’extérieur, notamment chez les membres de leur famille. « La prison traite les gens comme des animaux”, a déclaré Valéry Goudreau, dont le partenaire est en détention provisoire. « Mon partenaire est malade, ils refusent de prendre soin de lui, et les gardiens lui refusent de la nourriture depuis quatre jours maintenant parce qu’il ne se mettra pas à genoux pour recevoir le plateau. Les détenus sont dans une situation dangereuse et la prison a choisi d’intensifier la répression plutôt que les soins de santé. »

La mort d’un détenu devrait être un moment de réflexion sur les mesures que le gouvernement du Québec et que  les établissements de détention ont mises en place pour assurer la sécurité des détenus et de la communauté. Alors que Geneviève Guilbault estime que son ministère a pris les mesures appropriées et que rien ne doit changer, les proches des détenus et les militant.e.s croient le contraire. « Depuis le début, les gens réclament la libération des prisonniers pour permettre une bonne distanciation sociale», a noté Ted Rutland, membre du Groupe anti-carcéral. « L’Ontario a libéré plus de 3 000 détenus et quatre autres provinces ont libéré 25 à 45% de leur population carcérale. Le Québec refuse de prendre de telles mesures, même si les prisons du Québec sont les plus durement touchées du pays et que 75% des prisonniers attendent d’être jugés et pourraient être facilement libérés sous caution. »

Alors que Mme Guilbault a annoncé le 6 mai qu’un petit nombre de prisonniers seraient éligibles à la libération, ces chiffres sont bien trop faibles pour faire la différence. « Nous avons maintenant la preuve que l’annonce de la Ministre le 6 mai était insuffisante et inefficace sur le terrain », a souligné Jean-Louis Nguyen. « En tant que proche, j’exhorte les autorités à intervenir, une fois pour toute, afin de prévenir qu’une telle tragédie ne se répète à l’intérieur de ces murs. Le Québec ne peut plus se permettre de continuer à négliger les personnes incarcérées. »

Pour plus d’informations, contactez :

Groupe anti-carcéral
anticarceralgroup@riseup.net

Tandis que le centre de détention de Laval se vide, l’ASFC défend l’idée d’imposer des bracelets GPS aux migrant.e.s

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Mai 142020
 

De Solidarité sans frontières

Mise à jour communautaire

#LibérezLesTous #StatutPourTous #GrèveDeLaFaimLaval #GrèveDeLaFaimBordeaux

Après deux mois de résistance par les détenu.e.s et les personnes qui les supportent, le Centre de détention de l’immigration de Laval est maintenant presque vide. Seulement deux hommes et une femme sont encore à l’intérieur, sous la surveillance de douzaines de gardiens et de gardiennes. Tandis que la lutte pour vider entièrement cette prison et pour s’assurer qu’elle ne rouvre jamais ses portes continue, nous faisons face à d’autres manières par lesquelles l’État contrôle les migrant.e.s et cherche même à établir de nouvelles formes de surveillance, en utilisant la pandémie comme prétexte.

À la fin du mois de mars, les personnes détenues à la prison pour migrant.e.s de Laval (gérée par l’Agence des Services Frontaliers du Canada (ASFC)) ont entrepris une grève de la faim courageuse durant huit jours pour exiger leur libération immédiate. À travers des déclarations écrites et des mises à jour audios quotidiennes, leur appel a reçu du soutien d’Halifax à Vancouver. Tandis que le gouvernement refuse d’accéder publiquement à la demande de les libérer tous et toutes – malgré que des gardiens et des gardiennes aient reçu des tests positifs pour la COVID dans les prisons pour migrant.e.s à Toronto et à Montréal – les libérations des détenu.e.s ont été accélérées à travers des audiences individuelles de révision des motifs de détention. Avec la suspension des déportations, il ne semble pas y avoir eu de nouvelles détentions et le centre s’est vidé.

Toutefois, les migrant.e.s sont aussi emprisonné.e.s dans des centres de détention provinciaux. Les prisons du Québec ont le taux d’infection de la COVID-19 le plus élevé de toutes les provinces, mais le gouvernement a refusé les demandes pour un plan de libération complet. À la place, des gardiens et des gardiennes ont utilisé du poivre de cayenne et la force contre des détenu.e.s ayant mené des actions afin de contester les conditions qui leur sont imposées et qui sont dangereuses pour leur vie. Le 5 mai, des détenu.e.s à la prison de Bordeaux ont répondu à ces conditions en entreprenant une grève courageuse de la faim qui continue au moment d’écrire ces lignes. Certain.e.s détenu.e.s migrant.e.s ont été transféré.e.s des prisons provinciales Leclerc et Rivière-des-Prairies (RDP) vers la prison pour migrant.e.s de Laval, puis ont été libéré.e.s. Le 28 avril, quinze hommes demeuraient à RDP pour des charges liés à l’immigration tandis que plus d’une centaine d’autres demeuraient dans des prisons provinciales à travers le pays.

Pour plusieurs migrant.e.s, sortir du centre de détention ne les a pas mené.e.s à beaucoup plus de sécurité ou de liberté. La libération implique souvent de payer une caution coûteuse (en effet, certaines des personnes les plus pauvres dans nos sociétés paient des milliers de dollars à l’État pour obtenir leur liberté). Plusieurs font encore face à une déportation potentielle et, entre temps, vivent dans des conditions de logement précaires sans revenu. Le processus de traitement des permis de travail est actuellement suspendu pour ceux et celles qui nécessitent des données biométriques et l’assistance sociale prend des semaines, voire des mois pour ceux et celles qui sont éligibles. Les conditions de libération peuvent inclure des rapports réguliers à l’ASFC, une obligation de vivre avec la personne qui assume la caution et même des couvre-feux et le confinement dans des périmètres prédéfinis. De plus, à travers son nouveau programme de « solutions de rechange à la détention », l’ASFC sous-traite le contrôle des migrant.e.s à des tierces parties telles que la John Howard Society, qui supervisent au Québec des programmes punitifs de « gestion des cas » qui s’apparentent à des programmes de libération conditionnelle, parfois en combinaison avec des stratégies de traçage GPS et de reconnaissance vocale.

Sous le prétexte de la pandémie, l’ASFC tente actuellement d’introduire des bracelets de cheville pour localiser par GPS des migrant.e.s au Québec, en les « offrant » à plusieurs détenu.e.s comme un prix à payer pour leur liberté. Nous ne savons pas encore si des personnes ont déjà été libérées sous cette condition. Bien que les avocat.e.s peuvent s’opposer à ce que les bracelets soient imposés à leurs client.e.s, la riposte légale exige beaucoup de temps et peut sembler ne pas valoir la peine pour tous et toutes les avocat.e.s.

Le Québec commence à envoyer plus de travailleurs et de travailleuses dans des conditions dangereuses durant la pandémie, et le travail de construction de la nouvelle prison pour migrant.e.s de l’ASFC à Laval est aussi sur le point de reprendre. Tandis que plusieurs personnes continuent à devenir malades et à mourir dans des prisons et des centres de détention à travers le pays, et que de nombreuses personnes ont des difficultés à s’en sortir, il est terrible de constater que l’État choisit de continuer la construction d’une nouvelle prison et de détourner des ressources pour intensifier la surveillance des migrant.e.s.

Libérez-les tous et toutes ! Un statut pour tous et toutes !

Manifeste des détenus de Bordeaux

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Mai 142020
 

De Anti-Carceral Group

Pour plus d’informations sur la grève de la faim et la situation à la prison de Bordeaux, lire un article précédent.

Un group de détenus dans le prison de Bordeaux, qui espère créer une comité de détenus, a communiqués les revendications suivantes à leur avocat le 11 mai, 2020: 

  1. Nous demandons la libération de plus de prisonniers, car ce qui fut annoncé la semaine dernière [l’annonce de la Ministre de la Sécurité Publique, Geneviève Gaudrault, le 6 mai] ne touche qu’une infime partie des détenus. À Bordeaux, il n’y a pas beaucoup de détenus qui remplissent les catégories visées par le décret. Il ne faut pas jouer avec la vie des gens – le COVID s’agit d’une maladie mortelle. Nous ne sont pas réassurés par les mesures prises à ce jour;

  2. Nous demandons que les prisonniers obtiennent trois jours envers leur peine pour chaque jour détenu dans Bordeaux, puisque les conditions sont totalement diminuées et inacceptables: il n’y a plus de visite, pas d’activités, pas de télévision, il n’y a plus rien a faire;

  3. Nous demandons que les prisonniers à qui il reste une an ou moins dans leur peine puissent bénéficier d’une remise hâtive;

  4. Nous demandons du matériel pour se protéger. À l’heure actuelle, nous avons des gants, mais du type pour servir la nourriture – ce n’est pas suffisant. Nous n’avons toujours pas de masques et nous demandons d’en obtenir;

  5. Des prisonniers dans certains secteurs se sont vu octroyer des «X-Box», pendant que d’autres n’ont pas. Nous demandons plus d’accès à des activités;

  6. Nous demandons la création et la reconnaissance par l’établissement de d’un Comité des détenus pour Bordeaux, afin de faire un seul front commun;

  7. Nous demandons d’être informés de l’utilisation du fond des détenus – où vont les sommes de ce fond?

 

Grève de la faim à Bordeaux

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Mai 142020
 

De Anti-Carceral Group

Mise à jour : Le 11 mai 2020, un groupe de prisonniers à Bordeaux, visant à créer un comité des prisonniers, a communiqué une série de demandes à leur avocat. Vous pouvez le lire ici.

Le 5 mai, un groupe de prisonniers de l’Établissement de détention Montréal, plus connu sous le nom de prison de Bordeaux, a entamé une grève de la faim en réponse à l’escalade rapide de la crise de la COVID-19 dans l’établissement. Depuis le 8 mai, la grève de la faim s’est étendue à au moins quatre secteurs de la prison et d’autres gestes de résistance se sont multipliés.

Aucune demande officielle n’a été présentée au public, car les conditions à l’intérieur de la prison rendent actuellement presque impossible la communication entre les prisonniers. Cependant, des prisonniers individuels ont communiqué une série de revendications. Parmi celles-ci, on peut citer :

  • Fournir aux prisonniers des masques et du désinfectant pour les mains, s’assurer que le personnel pénitentiaire porte ses masques et ses gants en permanence, ainsi que de veiller à la bonne hygiène des cellules et des espaces communs.

  • Fournir aux prisonniers des informations actualisées et précises sur les infections et les tests de COVID-19 à Bordeaux et sur les mesures de sécurité mises en œuvre (y compris l’isolement des prisonniers infectés).

  • Tester immédiatement et continuellement tous les prisonniers et le personnel pénitentiaire pour la COVID-19.

  • Élargir l’accès à la libération pour raisons médicales (pour les prisonniers qui ont été condamnés) et fournir des audiences de libération conditionnelle accélérées (pour les personnes détenues avant le procès). Libérer autant de prisonniers que possible pour permettre la pratique de la distanciation sociale dans la communauté et mieux la permettre au sein de la prison (pour ceux qui ne sont pas libérés).

  • Pour les prisonniers qui ne sont pas infectés ou symptomatiques de la COVID-19, mettre fin au confinement 24 heures sur 24. Permettre aux prisonniers de passer du temps dans l’espace commun et leur assurer un accès quotidien aux téléphones de la prison.

  • Cette liste sera mise à jour advenant qu’une série de demandes collectives soit rendue publique.

Informations générales

Les conditions dangereuses qui ont déclenché la grève à Bordeaux s’intensifient depuis des semaines. Bordeaux est rapidement devenue la deuxième prison provinciale la plus touchée par la COVID-19 au Canada (après l’Ontario Correctional Institute à Brampton, Ontario). Le premier test de COVID-19 positif parmi les détenus de Bordeaux a été enregistré le 24 avril. Le 7 mai, le nombre de détenus infectés par la COVID était passé à 37, tandis qu’au moins 24 membres du personnel pénitentiaire avaient été testés positifs. Depuis le début de la pandémie, les prisonniers ont d’ailleurs critiqué le manque de protocoles de sécurité liés à la COVID mis en place dans la prison, ainsi que le manque d’informations fournies aux prisonniers.

Les informations sur la grève de la faim sont limitées et difficiles à obtenir. Les reportages des médias se sont largement appuyés sur les informations du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, une source très peu fiable. Les informations provenant des prisonniers sont plus fiables, mais en raison de l’isolation totale ou partielle en place (selon le secteur), il a été difficile pour les prisonniers de faire parvenir de l’information à l’extérieur et, plus encore, d’être au courant de ce qui se passe dans les différents secteurs de la prison.

Voici le tableau le plus complet et le plus fiable de la grève de la faim à la prison de Bordeaux, sur la base des informations transmises par les prisonniers à leurs familles, à leurs avocats et aux membres du groupe anti-carcéral.

Les origines et la propagation de la crise de la COVID-19

Le virus COVID-19 a d’abord frappé le secteur E, dans lequel 170 personnes sont emprisonnées. C’est dans ce secteur que sont détenus la plupart des prisonniers travaillant en cuisine et servant de la nourriture. La possibilité que des prisonniers infectés aient préparé ou touché la nourriture servie à l’ensemble de la prison a suscité une grande inquiétude lorsque la nouvelle s’est répandue.

Le secteur E a été placé en isolement 24 heures sur 24 (les prisonniers sont confinés dans leurs cellules) le 24 avril. Selon les informations les plus récentes, la quarantaine est toujours maintenue. Les prisonniers n’ont pas accès aux douches, à la cantine, ni aux téléphones de la prison. Les membres de la famille à l’extérieur n’ont pas pu contacter leurs proches et n’ont reçu aucune information de la part du personnel de la prison, y compris à savoir si leur proche est infecté ou non. Certains membres de la famille ont envoyé des lettres écrites, mais ne savent pas si elles ont été reçues et n’ont reçu aucune lettre en retour. Le 8 mai, un membre d’une famille a finalement été informé que les lettres sont reçues, mais qu’il est interdit d’y répondre.

Certains avocats qui ont des clients dans le secteur E ont pu organiser un appel téléphonique de 10 minutes avec leur client. Cela a nécessité des demandes répétées, par écrit et par téléphone, au personnel de la prison. Dans les cas où un appel téléphonique a été obtenu, un gardien de prison fournit un téléphone portable au prisonnier pour qu’il puisse passer l’appel de 10 minutes depuis sa cellule.

On ne sait pas exactement combien de prisonniers du secteur E ont été testés. Des rapports suggèrent que les prisonniers de ce secteur qui travaillaient en cuisine ont rapidement été transférés au secteur A et ce, sans avoir été testés. Le rapport d’un prisonnier laisse entendre qu’en date du 8 mai, à la fin de la journée, presque tous les prisonniers avaient finalement été testés.

Le 2 mai, le virus s’était propagé au secteur C, dans lequel 180 personnes sont emprisonnées. Le secteur a été immédiatement mis en quarantaine, avec les mêmes restrictions que le secteur E. Le reste de la prison a également été mis en quarantaine 23 heures par jour, les prisonniers étant autorisés à quitter leur cellule une heure par jour, mais sans pouvoir être dans l’espace commun. Depuis le 7 mai, ces restrictions ont été assouplies dans le secteur B, les prisonniers étant autorisés à sortir de leurs cellules 4 heures par jour.

Dans la soirée du 8 mai, certains prisonniers des secteurs E et C ont finalement été autorisés à passer un appel téléphonique de 5 minutes – leur première communication avec le monde extérieur en 15 jours. Comme pour les appels aux avocats, un gardien de prison a fourni un téléphone portable aux prisonniers pour qu’ils puissent passer l’appel.

Malgré cette situation désastreuse, le personnel pénitentiaire ne porte pas systématiquement de masques et de gants lorsqu’il se trouve à proximité des prisonniers, et des mesures d’hygiène adéquates font toujours défaut, dans les cellules comme dans l’espace commun. Un rapport d’un prisonnier datant du 8 mai suggère que les gardiens portent enfin des masques et des gants, mais que les prisonniers n’ont toujours pas accès à de l’équipement de protection personnel. Les secteurs E et C (et peut-être d’autres) ont été périodiquement privés d’eau courante pendant de longues périodes, ce qui rend le nettoyage et l’utilisation des toilettes impossibles. Il n’est pas clair si les gardiens sont testés pour la COVID-19.

Les gardes se moquent également des prisonniers, disant qu’ils seront infectés et qu’on les laissera mourir. Les gardes du secteur C exigent que les prisonniers s’agenouillent par terre pour recevoir leurs repas ; un prisonnier souffrant de problèmes auditifs, n’ayant pas compris l’ordre, a ainsi manqué plusieurs repas. Un gardien du secteur C s’est moqué d’un détenu de 18 ans en lui montrant un téléphone portable et en lui disant que sa mère était sur la ligne, avant de s’éloigner. Le niveau de stress des prisonniers continue à augmenter, et de nombreux sont ceux qui ont exprimé le sentiment qu’on est en train de les laisser mourir.

La grève de la faim et autres résistances

Face à cette situation de plus en plus dangereuse, les actes de résistance à Bordeaux se sont multipliés. Le 5 mai au matin, les prisonniers du secteur G ont entamé une grève de la faim, refusant de manger le repas qui leur était servi. Dans la soirée du 5 mai, les prisonniers des autres ailes se sont joints à la grève.

Les rapports sur les secteurs qui participent à la grève sont incohérents. Plusieurs sources ont confirmé la participation des secteurs D et G. Une source, soit une prisonnier de la section B, affirme que le secteur B participe également. Certains prisonniers, tout en refusant de manger les repas qui leur sont servis, continuent à manger la nourriture de la cantine.

D’autres actes de résistance ont également été signalés à Bordeaux.Ces rapports proviennent du syndicat des gardiens de prison. Ils doivent donc être traités avec prudence. Parmi les actes de résistance signalés, citons le bris de fenêtres, les crachats sur les gardiens, le bris d’objets dans les cellules et l’inondation des espaces communs. Les prisonniers du secteur E avaient été informés que leur confinement 24 heures sur 24 prendrait fin le 11 mai, après 17 jours. Lorsque le confinement n’a pas été levé, les prisonniers auraient mis le feu à du papier toilette et à des magazines et auraient fait déborder leurs toilettes. La prison a réagi en coupant l’eau.

Le 10 mai, une manifestation de bruit a eu lieu devant Bordeaux. Une caravane de 30 voitures, de laquelle faisaient partie trois personnes ayant des membres de leur famille emprisonnés à Bordeaux, s’est rendue à la prison, a klaxonné et agité des pancartes de protestation pour manifester du soutien aux prisonniers et dénoncer l’inaction du gouvernement québécois.

La réponse du ministère de la sécurité publique du Québec à l’escalade de la crise de la COVID-19 à Bordeaux a été minime. Le 6 mai, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a annoncé que certaines catégories de prisonniers seraient admissibles à une libération pour raisons médicales. Son annonce précisait que de telles libérations pourraient être possibles pour les prisonniers souffrant de complications de santé, s’ils ont été condamnés pour des infractions non violentes, et seulement à moins de 30 jours de la fin de leur peine. Cette annonce n’offre rien aux 75 % de prisonniers de Bordeaux qui sont en détention préventive (et qui n’ont donc pas été condamnés). Le Québec continue de refuser de suivre l’exemple de provinces comme l’Ontario et la Nouvelle-Écosse, lesquelles ont accéléré la tenue d’audiences de libération conditionnelle, afin de libérer les prisonniers en détention préventive.

 

Manifs de bruit à l’extérieur des prisons de la région de Montréal suite à la mort d’un prisonnier et à une grève de la faim

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Mai 112020
 

De Anti-Carceral Group

Montréal, le 10 mai – À 14:00 aujourd’hui, une caravane de plus de 30 véhicules visitait le Centre Fédéral de Formation (un pénitencier fédéral à Laval), ainsi que la prison de Bordeaux (un pénitencier provincial à Montréal), demandant la libération immédiate de tous les détenus dans le contexte de la pandémie COVID-19. Les voitures, décorées de slogans tels que “La prison de devrait pas être une peine de mort” et “Libérez tous les détenus”, klaxonnaient et brandissaient ces bannières en solidarité avec les personnes à l’intérieur.

“Nous sommes ici aujourd’hui pour rappeler aux gens qui sont à l’intérieur de ces prisons qu’ils ne sont pas oubliés et que nous sommes là à travailler pour leur libération” dit Ellie Santon qui participait à la manifestation. “Ce qui se passe dans ces prisons est une crise créée par le gouvernement. S’ils le voulaient, ils pourraient résoudre tout cela dès demain. Ils semblent plutôt avoir l’intention de laisser les gens mourrir.”

Le 5 mai, Service correctionnel Canada (SCC) a annoncé qu’un détenu au pénitencier de Laval, le Centre de Formation Fédéral, est mort du virus. Il s’agit du 2e mort à l’intérieur d’une prison fédérale due à la pandémie. 138 détenus ont testé positif au virus COVID-19 jusqu’à maintenant au Centre de Formation Fédéral, ce qui en fait le plus grand foyer de contagion dans une prison fédérale au Québec.

“Le gouvernement a passé des mois à refuser d’agir et le virus a maintenant éclaté à l’intérieur des prisons et les gens meurent,” nous dit Virginia Boucher du Comité de support aux prisons. “Il n’y a pas de justification raisonnable pour ceci. Les gens doivent être libérés de prison immédiatement.” Les personnes en maison de transition doivent pouvoir vivre dans leur propre maison à temps-plein. Toutes les personnes libérées doivent avoir accès à un logement sans danger et à des soins de santé.”

Le 5 mai, les détenus de la prison de Bordeaux ont aussi débuté une grève de la faim qui s’est depuis répandue dans multiples secteurs de l’institution. Il y a plus de 60 cas de COVID-19 associés à la prison de Bordeaux où 75% des prisonniers sont en détention provisoire (avant procès, avant jugement), ce qui en fait le 2e plus grand foyer de contagion à l’intérieur d’une prison provinciale.

“Je suis inquiet pour mon compagnon qui est dans un des secteurs infectés,” nous dit Jean-Louis Nguyen, un participant à la manifestation-caravane. “Il a enfin été testé vendredi mais nous ne connaissons pas les résultats et son audience de libération conditionnelle vient d’être reportée de 2 semaines. Québec doit fournir de l’information publique sur ce qui se passe dans ses prisons et accélérer les mises en liberté sous caution ainsi que les audiences de libération conditionnelle afin d’évacuer de plus de personnes possible de prison et de les réunir avec leurs communautés”.

“Les prisons du Québec ont présentement le plus haut taux d’infection parmi toutes les provinces mais ils refusent d’agir,” dit Ted Rutland du Groupe anti-carcéral. “Les provinces comme l’Ontario et la Nouvelle-Écosse ont libéré des milliers de détenu.es en accélerant les audiences de libération conditionnelle ainsi qu’en libérant les personnes approchant la fin de leur sentence, mais Québec refuse de suivre l’exemple.”

La distanciation sociale est impossible à l’intérieur des prisons et les détenu.es encourent un risque élevé de contracter le virus COVID-19. Les soins de santé en prison sont épouvantables. À travers le pays, les gardes ont employé du poivre de cayenne ainsi que la force contre les prisonniers protestant contre leur situation. Il y a maintenant 500 cas confirmés de COVID-19 liés aux prisons dans tout le Canada.

#liberezlestou.te.s
#grevedefaimbordeaux
#bordeauxhungerstrike
#FreeThemAll
#FreeThemAllCaravan
#FreeThemAll4PublicHealth

Revue de l’année 2019

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Mai 102020
 

De Montréal Antifasciste

En 2019, l’extrême droite québécoise a été bien plus calme qu’en 2018 et 2017, année de la création de Montréal Antifasciste. On peut relever plusieurs facteurs ayant contribué à cette situation :

  • L’arrivée au pouvoir de la CAQ en octobre 2018 a démobilisé un certain nombre de membres des groupes organisés, qui ont désormais un gouvernement partiellement sympathique aux revendications identitaires (ce qui ne signifie pas pour autant que les idées et courants d’extrême droite ont magiquement disparu, évidemment);
  • Des conflits internes majeurs, qui couvaient depuis un certain temps, ont éclaté au cours de l’année, notamment au sein de La Meute, mais aussi entre différents groupuscules, comme les Gardiens du Québec (LGDQ) et le Groupe Sécurité Patriote (GSP), et ont perturbé l’équilibre des groupes les plus importants et les plus structurés;
  • Profitant de cet affaiblissement des principaux groupes, un certain nombre de figures marginales et de « leaders négatifs » (Pierre Dion des « Gilets jaunes » du Québec, Luc Desjardins et Michel Meunier des LGDQ, par exemple, ou d’autres personnages rebutants comme Diane Blain) ont pris une place plus importante, contribuant à décrédibiliser et démobiliser de plus en plus l’extrême droite national-populiste;
  • Le travail soutenu des antifascistes pour identifier et dénoncer les éléments les plus radicaux, voire carrément fascistes ou néonazis, au sein de l’extrême droite québécoise a sans doute refroidi une partie de la base de groupes comme Atalante ou des groupuscules Alt-Right. Le mouvement antiraciste et antifasciste a également soutenu la mobilisation contre le courant national-populiste en 2019, dont le principal véhicule a été la soi-disant Vague bleue.

L’activité globalement ralentie de l’extrême droite québécoise ne signale en rien une victoire pour les forces antifascistes. Au contraire, avec un gouvernement populiste majoritaire à l’Assemblée nationale, lequel s’est empressé dans la première année de son mandat de promulguer la raciste Loi 21 sur la laïcité de l’État et d’adopter sous bâillon d’autres mesures anti-immigration, il est légitime de croire que plusieurs forces de la droite dure se sont simplement détendues sous l’impression d’avoir atteint l’un de leurs principaux objectifs. Cela dit, le calme relatif a été l’occasion pour nous de creuser un peu et d’effectuer un travail d’analyse plus fin, ce qui nous a amené-e-s à cerner deux tendances dominantes au sein de cette extrême droite. (Lire à ce sujet l’article Entre national-populisme et néofascisme : État des lieux de l’extrême droite au Québec en 2019.)

Nous prenons aujourd’hui le temps de dresser un portait des groupes qui ont été actifs en 2019 et de résumer les faits saillants des activités de l’extrême droite au Québec jusqu’au début de la pandémie de COVID-19, en mars 2020, qui constituera probablement un tournant pour l’extrême droite (et certainement pas seulement pour elle).

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Les nationaux-populistes

Les « Gilets jaunes » du Québec (GJQ) et Pierre Dion

Le noyau dur des soi-disant “Gilets jaunes” du Québec, mobilisé à Montréal à l’occasion du défilé de la Fierté, le 18 août 2019, afin d’apostropher Justin Trudeau.

Les GJQ sont une poignée de militant-e-s identitaires n’appartenant à aucun groupe structuré et qui ont comme dénominateur commun une approche « post-factuelle » et complotiste (du genre à soutenir que la technologie5G est un outil du Nouvel Ordre Mondial pour dominer les peuples, par exemple…) et souffrent d’une désolante pauvreté intellectuelle (Fred Pitt, Iwane « Akim » Blanchet, Michel « Piratriote » Ethier, etc.). Ils et elles se fédèrent en plusieurs petits groupes à différents endroits du Québec, et sont tout au plus deux douzaines dans le grand Montréal. Les GJQ se sont rencontré-e-s sur Facebook en décembre 2018 en s’intéressant au mouvement des Gilets jaunes français. Leur compréhension du mouvement est toutefois faussée et celui-ci est considéré à tort comme une révolte contre l’élite « mondialiste ». Réuni-e-s virtuellement en décembre 2018, c’est dans les premiers mois de 2019 que les GJQ ont commencé à se réunir tous les samedis devant les locaux du réseau TVA à Montréal, dans le but de dénoncer le mauvais traitement de l’information par cette chaîne. (Loin de nous bien sûr l’idée de défendre le réseau TVA ou les autres organes du groupe Québecor, que nous considérons comme l’un des principaux vecteurs du repli identitaire et xénophobe observé au Québec depuis la prétendue crise des accommodements raisonnables, en 2007, et conséquemment de la montée du national-populisme dans les récentes années. L’esprit obscurci par différentes théories du complot, ou peut-être en raison d’une médiocrité intellectuelle de base, les soi-disant Gilets jaunes du Québec ne semblent pas se rendre compte que TVA et le Journal de Montréal sont leurs alliés objectifs dans la consolidation d’un mouvement identitaire de droite au Québec. C’est d’ailleurs encore devant les studios de TVA à Montréal que la première « Vague bleue » a eu lieu le 4 mai 2019.)

Luc Desjardins et Pierre Dion, des “Gilets jaunes” du Québec.

Quelques Gilets jaunes parmi les plus stridents (Michel Meunier et Luc Desjardins) se joindront plus tard au groupuscule Les Gardiens du Québec (LGDQ, voir ci-dessous) et seront parmi les militant-e-s les plus dévoué-e-s de la « Vague bleue ».

L’hurluberlu hors catégorie Pierre Dion, qui est apparu sur notre radar en 2018 en tentant d’organiser une manifestation anti-immigration à Laval, et qui a acquis en 2019 la réputation de « troll » grâce à un reportage de Télé-Québec, a été l’une des figures de proue des Gilets jaunes. (Lire à ce sujet le bilan d’action rédigé suite à la veille de solidarité avec les victimes du massacre de Christchurch, le 16 mars 2019.)

Le 18 août, espérant apostropher Justin Trudeau au passage, Pierre Dion et une poignée de cabochon-e-s lié-e-s aux Gilets jaunes du Québec se sont rendu-e-s harceler des participant-e-s du défilé de la Fierté à Montréal.

 

Les Gardiens du Québec (LGDQ)

(De gauche à droite, avec les t-shirts blancs) : Jean-Marc Lacombe, Stéfane Gauthier, Carl Dumont et Luc Desjardins, des “Gardiens du Québec”. Au centre (en bleu), Jonathan Héroux, alias John Hex.

LGDQ sont un petit groupe d’une quinzaine de militant-e-s, organisé-e-s dans la région de Bécancour/Trois-Rivières autour du couple formé par Martine Tourigny et Stéfane Gauthier. La plupart des membres semblent appartenir à leur famille élargie. L’hypothèse la plus plausible voudrait que ces membres proviennent en partie de « La Horde », une éphémère scission de La Meute. LGDQ disposent d’une équipe médic et d’une équipe de sécurité judicieusement baptisée SOT (pour « Sécurité opérationnelle sur le terrain »; ce sont dans les faits la même poignée d’énergumènes qui se mobilisent derrière Stéfane Gauthier en mode justicier du dimanche pour « protéger » les rassemblements nationaux-populistes.)

En se ralliant quelques militant-e-s à Montréal (notamment dans les rangs des soi-disant Gilets jaunes du Québec) et en s’associant au militant John Hex (Jonathan Héroux, proche de Storm Alliance), LGDQ est devenu le principal véhicule pour l’organisation de la « Vague bleue » à Montréal (en mai) et à Trois-Rivières (en juillet).

Au courant de l’année, LGDQ ont dégénéré sous l’influence toxique du raciste Michel « Mickey Mike » Meunier, lequel a notamment recruté dans le groupe Joey McPhee (alias Joe Arcand, un poseur néonazi) et a probablement initié avec Luc Desjardins le lamentable rassemblement sous la croix du Mont-Royal en novembre 2019. Pour autant que nous avons pu voir, cette « manifestation » ne comptait en tout et pour tout que quatre participant-e-s, tout-e-s des LGDQ, soit Michel Meunier, Luc Desjardins, Nathalie Vézina et Joey McPhee. Le « groupe » était apparemment ulcéré par une (fausse) rumeur voulant que l’Université McGill ait eu l’intention d’acheter la croix du Mont-Royal pour la démanteler! Voulant sans doute tirer le meilleur parti de l’occasion, ces « gardiens du Québec » se sont fendu-e-s d’un salut hitlérien avant de redescendre le Mont Royal.

(De gauche à droite) Michel Meunier, Luc Desjardins, Nathalie Vézina et Joey McPhee, des “Gardiens du Québec”, donne le salut nazi sur le Mont Royal, le 3 novembre 2019.

Le 22 novembre, quelques semaines après leur « coup d’éclat » du Mont-Royal, LGDQ s’excitent à nouveau. Ce jour-là se tient une manifestation au départ du square Victoria contre « l’ensemble des politiques identitaires portées par Simon Jolin-Barrette et la CAQ », et plus particulièrement contre la réforme du PEQ (Programme de l’expérience québécoise, qui permet aux étudiant-e-s étranger-ère-s d’accéder plus rapidement à la sélection québécoise afin d’être admissible à la résidence permanente canadienne). Cette manifestation est organisée par des associations étudiantes de l’UQAM et par le Syndicat des étudiants et étudiantes employé-e-s. Environ 150 personnes s’y rassemblent. Venu-e-s pour soutenir le gouvernement, huit militant-e-s des LGDQ et/ou proche des Gilets jaunes du Québec se réunissent à quelques mètres du rassemblement et se mettent à crier « vous vous soumettrez » ou encore « au Québec, c’est la laïcité » aux étudiant-e-s réuni-e-s. Se rapprochant du rassemblement, LGDQ sont confronté-e-s par quelques antifascistes présent-e-s sur place et s’ensuit un peu de brasse-camarade avant que la police n’intervienne pour séparer les deux groupes. Le reste de la manifestation se déroulera sans incident, sous haute surveillance policière.

Tout au long de l’année, un conflit larvé s’est graduellement envenimé entre LGDQ et le Groupe Sécurité Patriote (GSP, dont nous reparlerons plus loin) jusqu’à ce que les deux groupes en viennent aux mains lors de la manifestation du 26 octobre à Saint-Bernard-de-Lacolle.

Michel “Mickey Mike” Meunier

Il convient de s’attarder un peu sur le cas de Michel « Mickey Mike » Meunier. Celui-ci s’est démarqué en 2019 comme l’un des militant-e-s d’extrême droite les plus actif-ve-s à Montréal, et certainement parmi les plus disjoncté-e-s de toute la ménagerie. Au cours de l’année, et notamment dans la période précédant la première « Vague bleue », Meunier a pris l’habitude de sillonner les rues du Centre-Sud et de Hochelaga, à Montréal, pour arracher ou recouvrir tout signe de la présence de la gauche dans ces quartiers et pour y laisser des collants, affiches et graffitis à teneur raciste et identitaire. Il a aussi publié plusieurs vidéos passablement surréalistes où il manifeste une obsession malsaine pour les antifascistes, dont l’une où il se met en scène en train d’uriner sur un autocollant antifasciste dans une toilette du Comité social Centre-Sud. Au mois de décembre, Meunier a été arrêté (mais semble-t-il pas accusé) suite à une enquête sur des menaces en ligne faites au PM Justin Trudeau. Depuis l’arrestation de Meunier, les « gardiens » se sont fait-e-s très discret-e-s et se manifestent principalement en ligne. Meunier est quant à lui revenu à la surface récemment sur Facebook en portant un ressentiment évident à l’égard de Storm Alliance, qu’il accuse de l’avoir trahi… Il a aussi repris son habitude de coller des collants identitaires dans le quartier Centre-Sud de Montréal.

Un échantillon des collants que pose Michel “Mickey Mike” Meunier dans Centre-Sud et Hochelaga, à Montréal.

 

La « Vague bleue »

(De gauche à droite) Guillaume Bélanger, Stéfane Gauthier, Michel Meunier, Jonathan Héroux et Luc Desjardins ont été parmi les principaux promoteurs de la “Vague bleue”.

La prétendue Vague bleue a été la principale mobilisation des groupes nationaux-populistes en 2019, ou du moins de ceux se trouvant en-dehors de l’orbite de La Meute, laquelle perdait déjà de plus en plus sa force gravitationnelle. Le mouvement de la « Vague bleue » se voulait initialement une espèce de véhicule populaire portant un projet de « constitution citoyenne » pour le Québec, mais a vite pris un tournant islamophobe en réorientant son message principal autour d’un soutien forcené au projet de loi 21 sur « la laïcité de l’État ».

Si la première itération a connu un succès relatif (entre 300 et 400 personnes à Montréal, le 4 mai) malgré une agressive contre-mobilisation antiraciste, la deuxième manifestation (à Trois-Rivières, le 27 juillet) s’est avérée un échec cuisant, n’arrivant pas à mobiliser plus de 80 personnes. C’est à cette occasion que Diane Blain a prononcé un tristement célèbre discours dégoulinant de racisme, qui a eu un certain écho médiatique et probablement nui aux futurs rebonds de la « Vague bleue ». (Diane Blain avait déjà fait les manchettes en tant que membre de La Meute lorsqu’elle avait apostrophé Justin Trudeau lors d’un événement de relations publiques à Sabrevois, pas très loin de Lacolle, le 16 août 2018. Comme plusieurs, elle a depuis quitté La Meute, mais demeure active et bien visible dans le courant national-populiste de l’extrême droite québécoise.)

La “Vague Bleue” 2, à Trois-Rivières, le 27 juillet 2019.

Montréal Antifasciste a produit de nombreux articles et communiqués sur la « Vague bleue » et ses militant-e-s :

 

Storm Alliance (SA)

L’année 2019 a confirmé l’absence de leadership au sein de ce groupe qui a grandi trop vite et n’a jamais trouvé de direction claire après le départ de son fondateur, Dave Tregget. Suite à l’implosion de La Meute, SA a reçu de nombreux transfuges, qui ont suivi l’exemple de Steeve « L’Artiss » Charland et d’autres figures clés du (jadis) plus gros groupe identitaire au Québec.

SA est de moins en moins pertinent, et à part sa contribution de fier-à-bras à la « Vague bleue », le groupe n’a rien fait de bien marquant. On peut toutefois mentionner une manifestation « pour les enfants » à Québec en septembre, sous l’impulsion du complotiste et plaideur quérulent Mario Roy, qui mène une croisade contre la DPJ depuis des années. (Roy, lui-même un membre influent de SA, avait fait les manchettes plus tôt en 2019 lorsque le quart de l’argent recueilli en dons pour soutenir la famille d’une fillette tuée à Granby lui ont été remis pour financer sa croisade personnelle!) SA a bien essayé de se relancer durant le temps des fêtes avec un projet de paniers d’épicerie pour des familles dans le besoin, énième tentative de réinventer la roue et de faire dans le social pour redorer leur image. À leur décharge, les « stormeurs » ne ragent pas contre les réfugié-e-s à la frontière quand ils et elles sont occupé-e-s à remplir des paniers au IGA ou à manifester « pour les enfants ». L’activité de leur groupe Facebook, principal outil de mobilisation, semble être au point mort.

 

La Meute

Le contingent de “sécurité” de La Meute, lors de la “Vague bleue”, à Montréal, le 4 mai 2019.

Inutile désormais de présenter La Meute, le groupe national-populiste de loin le plus structuré et le plus important numériquement… jusqu’à son effondrement brutal en juin 2019. L’année 2018 s’était pourtant plutôt bien passée, avec la sortie médiatique de leur manifeste et la tenue de plusieurs actions très visibles dans le cadre de la campagne électorale provinciale. Le groupe s’était d’ailleurs attribué la victoire de la CAQ et le départ du libéral Philippe Couillard, et promettait d’être très visible dans l’actualité de 2019. Le tandem Sylvain « Maikan » Brouillette, comme porte-parole et idéologue, et Steve « L’Artiss » Charland, comme figure fédératrice à l’interne, semblait très bien fonctionner, mais les dissensions internes se sont avérées plus redoutables que l’esprit de corps au sein du groupe. Dans un geste dramatique qui ne manquait pas de panache, Charland a quitté l’organisation et brûlé ses couleurs de La Meute le 24 juin 2019, en compagnie de plusieurs chefs de clan et membres du conseil. (Il serait fastidieux d’inclure ici le détail de ces conflits, mais les intéressé-e-s en trouveront une synthèse en note[i].) Aujourd’hui, le clan Charland semble avoir raccroché les gants ou être passé à Storm Alliance, tandis que Sylvain Brouillette semble bien seul à la tête d’une organisation désormais virtuelle, mais toujours tenue d’une main de fer par « la Garde », les fameuses « pattes rouges » qui lui sont restées fidèles.

Concrètement, La Meute n’a pas fait partie de l’actualité en 2019 et rien n’indique qu’un retour de l’organisation soit probable en 2020.

 

Groupe Sécurité Patriote (GSP)

Le Groupe Sécurité Patriote pose avec des membres des III % du Québec.

Le GSP était initialement le groupe (d’in) sécurité du Front patriotique du Québec (FPQ) avant de prendre peu à peu son indépendance, bien que les deux organisations soient encore proches et collaborent à l’occasion. Le GSP a également intégré une partie de la section montréalaise des III %. C’est un petit groupe d’une quinzaine de personnes, assez structuré et dirigé par Robert « Bob le Warrior » Proulx, qui s’est fait connaître pour sa fâcheuse propension à s’afficher avec le drapeau autochtone des Warriors dans des manifestations identitaires ainsi que ses affinités avec les boneheads des Soldiers of Odin.

Le boss de GSP, Robert Proulx, comme cul et chemise avec le néonazi Kevin Goudreau, à Saint-Bernard-de-Lacolle, le 24 août 2019 .

Pour le GSP, ce fut globalement une année d’échec marquée par une pitoyable manifestation pro-Loi 21 à Montréal, le 8 juin (avec une vingtaine de participant-e-s, essentiellement les membres actif-ve-s de GSP), le fiasco de la manifestation annuelle du FPQ, le 1er juillet, et leur exclusion de la « Vague bleue » en raison d’une attitude jugée trop paramilitaire le 4 mai, à Montréal. À la fin de l’été2019, le GSP se met en tête de manifester régulièrement au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle pour protester contre l’immigration irrégulière et demander la fermeture du chemin Roxham. Le groupe organise finalement deux rassemblements. Le premier (le 24 août) avait initialement été proposé par Lucie Poulin du Parti Patriote, et réunit une cinquantaine de personnes, dont plusieurs en provenance de l’Ontario, y compris le néonazi de triste réputation Kevin Goudreau. Le second rassemblement (le 19 octobre) réunit près de 120 personnes et parvient à remobiliser une partie des composantes de l’extrême droite québécoise, très divisée depuis l’échec de la « Vague bleue » et l’éclatement de La Meute.

Cette manifestation aurait pu être considérée comme une réussite et faire craindre aux forces antiracistes une mobilisation susceptible de prendre de l’ampleur… mais elle portait plutôt en elle les germes de la discorde. En effet, les nombreuses tensions entre le GSP et LGDQ, qui avaient été en partie maintenues sous le couvercle jusque-là, ont éclaté au grand jour lors de cette manifestation et dans la foulée.

 

Le Parti populaire du Canada et les élections fédérales

Le 21 octobre 2019, Justin Trudeau a été réélu Premier ministre du Canada à la tête d’un gouvernement libéral minoritaire. Les élections de 2019 auront notamment permis de confronter les prétentions de Maxime Bernier à la réalité, lui qui avait longtemps été député conservateur en Beauce avant de quitter le bercail pour créer le Parti populaire du Canada en 2018, dans l’espoir de dépasser les conservateurs sur leur droite.

Dès le départ, le PPC a adopté une position anti-immigration et négationniste vis-à-vis des changements climatiques, et lorsque ses rassemblements ont été pris pour cible par la gauche radicale, Bernier ne s’est pas fait prier pour traiter explicitement les « antifas » de terroristes. Le PPC a obtenu le soutien de nationaux-ales-populistes de partout au Canada, bien qu’au Québec ce soutien ait été mitigé par une certaine opposition à son nationalisme canadien. (Le minuscule et incompétent Parti Patriote, dirigé par Donald Proulx, a d’ailleurs cherché sans succès à consolider cette opposition nationaliste.) Bernier lui-même a également été critiqué à plusieurs reprises pour avoir accueilli à bras ouverts le soutien de différents éléments d’extrême droite et accepté de poser avec, notamment, des membres du Northern Front et des Soldiers of Odin.

En dépit des ambitions de son chef, le PPC a échoué lamentablement, ne réussissant pas à faire élire un-e seul-e candidat-e ou à recueillir ne serait-ce que 2 % du vote populaire. Cet échec est sans doute en partie dû au sentiment, largement répandu à droite, que le PPC n’avait aucune chance de déloger les libéraux, ce qui semblait être la grande priorité. Ainsi, plusieurs nationaux et nationales-populistes ambivalent-e-s au Québec ont voté pour le Parti conservateur ou le Bloc Québécois. (Il est à noter que si la direction du BQ a déclaré qu’elle ne tolérerait pas la présence de militant-e-s d’extrême droite dans ses rangs, les médias ont découvert plusieurs candidat-e-s qui avaient affiché à plusieurs reprises des messages racistes et d’extrême droite sur les médias sociaux).

 

Les néofascistes

 La Fédération des Québécois de Souche

Un collant représentant le pianiste André Mathieu, vraisemblablement produit dans l’entourage de la Fédération des Québécois de souche et affichés notamment par des militant-e-s d’Atalante à Québec et Montréal à l’été 2019.

La FQS n’est pas un groupe de terrain (elle laisse ce rôle à son organisation sœur, Atalante) et joue plutôt un rôle de fédération et de diffusion idéologique avec sa page Facebook très consultée et son journal périodique Le Harfang. Au cours de l’année, elle diffuse de nouveaux autocollants, qui sont surtout trouvés à Québec, mène quelques actions d’affichage et organise un happening de soutien au mouvement naissant des Gilets jaunes, à Québec. En avril, la FQS voit son « mémoire » sur le projet de loi 9 sur l’immigration déposé en commission par la députée caquiste de Châteauguay, MarieChantal Chassé. Le mémoire est retiré du site de l’Assemblée nationale dès le lendemain, lorsque le caractère raciste de la FQS est relevé par Québec Solidaire.

 

 

Atalante

Quelques dizaines de fans assistent au concert de Légitime Violence et du groupe NSBM français Baise Ma Hache au Bar le Duck, à Québec, le 8 juin 2019, après que le réseau antifasciste soit parvenu à faire annuler la tenue du concert au Centre Durocher.

Atalante poursuit ses activités régulières (randonnées, affichage, distribution de sandwichs et camps de formation) principalement à Québec et à Montréal, ou sa tentative d’implantation n’a pourtant pas semblé fonctionner. En dépit de ces activités, on a pu remarquer une stagnation de ses effectifs et des tentatives de recrutement au Saguenay, où l’organisation ne compte probablement qu’une poignée de membres satellitaires. On peut noter deux évènements marquants pour Atalante cette année : la venue du band NSBM français « Baise Ma Hache » en juin 2019 (partiellement déroutée par le milieu antifasciste), et le procès du leader Raphaël Lévesque[ii].

Les antifascistes ne les ont pas laissé-e-s tranquilles :

 

 

 

 La mouvance Alt-Right

Julien Côté Lussier accompagné de Shawn Beauvais-MacDonald, à Verdun, le 19 octobre 2019.

Le noyau organisé de l’Alt-Right à Montréal a explosé en 2018, et la plupart des figures centrales ont fui le Québec ou se sont tapies dans l’ombre. L’actualité de l’année a été la candidature de Julien Côté aux élections fédérales et l’appel en renfort de son camarade néonazi Shawn Beauvais-MacDonald, aussi militant d’Atalante. Nous avons par ailleurs appris que ce dernier a quitté son emploi au groupe Securitas et fait un bref passage au Centre intégré de mécanique, de métallurgie et d’électricité, ce qui lui a d’ailleurs valu la visite de militant-e-s antifascistes! En dehors de cela, les activités de l’Alt-Right à Montréal ont suivi la même courbe qu’ailleurs en Amérique du Nord et ont été pratiquement inexistantes à l’extérieur du monde virtuel au Québec, mis à part le harcèlement des propriétaires d’un café de Val David, que l’on peut vraisemblablement imputer à des trolls  Alt-Right qui résident dans la région.

Sinon, la fuite des salons de discussion du forum Iron March en novembre a permis d’identifier quelques Québécois, dont au moins un était aussi actif dans le salon discussion du groupe Alt-Right Montréal sur Discord.

 

2020 jusqu’à maintenant…

Dans les premiers mois de 2020, l’actualité politique au Canada a été marquée par une importante vague de résistance autochtone déferlant sur l’ensemble du pays. Ce sursaut historique pourtant inéluctable a clairement pris l’extrême droite québécoise par surprise[iii].

Dans le Canada anglais, les nationaux et nationales-populistes et les néofascistes se sont ligué-e-s dans leur opposition féroce aux revendications des peuples autochtones pour la défense de leur souveraineté. À Edmonton, le 19 février, des éléments d’extrême droite associés au groupe United We Roll ont démantelé une barricade de solidarité, déclenchant du même coup des appels à les imiter partout au pays. De nombreuses menaces d’attentats à la bombe ont été formulées contre des militant -e-s autochtones, et les communautés autochtones de partout au Canada ont été la cible d’innombrables commentaires et injures racistes, tant en ligne que dans la rue. L’extrême droite canadienne-anglaise s’est montrée pratiquement unanime dans son hostilité aux blocus de solidarité, s’appuyant à la fois sur le racisme qui caractérise ces groupes et sur un puissant courant niant les changements climatiques, lequel est ancré dans des théories complotistes voulant que les élites « mondialistes » financent secrètement les troubles et les conflits mondiaux, les mouvements écologistes, etc.

Au Québec, la réaction observée initialement a suivi un schéma fort différent. Bien que de nombreux-ses nationaux et nationales-populistes québécois-e-s adhèrent au racisme, au déni du réchauffement climatique et aux délires complotistes de leurs cousin-e-s des autres provinces, la réaction aux blocages a été généralement confuse. Dans les premiers jours de la vague de résistance, l’un des principaux arguments relayés au sein de leurs réseaux était l’injustice supposée d’un « deux poids, deux mesures ». Ils et elles estimaient que si des blocages du même genre que ceux menés par les Autochtones et leurs sympathisant-e-s étaient réalisés, les gens seraient certainement arrêté-e-s et réprimé-e-s, tandis que les blocages de solidarité avec les Autochtones étaient tolérés. En même temps, on a vu des cas isolés d’activistes d’extrême droite déclarant leur solidarité avec la lutte des Wet’suwet’en. Cette réaction différenciée est sans aucun doute le résultat des différentes façons dont les nationaux-ales-populistes se positionnent par rapport à l’État-nation canadien à l’intérieur et à l’extérieur du Québec.

Néanmoins, après la première semaine d’actions de solidarité, notamment dans le contexte d’un important blocus à Kahnawake et d’une barricade de solidarité à Saint-Lambert, les nationaux et nationales-populistes québécois-e-s ont redécouvert leur antipathie historique pour la nation mohawk. Ce revirement a mis abruptement fin à la pantomime hypocrite qui se jouait depuis plusieurs années au Québec, où des leaders d’extrême droite comme de nombreux-ses simples militant-e-s s’étaient positionné-e-s comme des allié-e-s naturel-le-s des Autochtones contre l’État canadien. Ce n’était soudainement plus le cas, et les commentaires et menaces racistes anti-autochtones ont commencé à se multiplier dans la fachosphère québécoise. Rien de tout cela ne s’est pour autant traduit en actions tangibles, car certain-e-s acteur-trice-s clés ne savaient pas comment se positionner. De plus, l’extrême droite était mal préparée à intervenir sur le plan organisationnel.

À la mi-mars 2020, alors que d’un item d’actualité lointaine, la COVID-19 devenait rapidement une pandémie d’envergure mondiale exigeant un confinement généralisé de la population, l’extrême droite québécoise s’est montrée tout aussi inopérante. Tandis que les forces de gauche organisaient des groupes d’entraide dans les collectivités et menaient des « manifestations de voitures » en solidarité avec les migrant-e-s aux prises avec des conditions létales dans les centres de détention, l’extrême droite québécoise était confinée aux médias sociaux, où sa principale occupation consistait à propager diverses théories du complot sur le virus, dont l’idée parfaitement irrationnelle voulant que celui-ci soit propagé par la technologie sans fil 5G…

 

Un avenir incertain…

L’agitation d’extrême droite, qui a commencé à prendre de l’ampleur en 2016, semble s’être finalement aplatie en 2019. Depuis, nous avons simplement constaté une série de tentatives largement infructueuses ou éphémères de se regrouper et d’aller de l’avant. Cette faiblesse de nos adversaires s’est manifestée dans leur incapacité à répondre efficacement, jusqu’à présent, à l’un ou l’autre des deux principaux enjeux sociopolitiques de 2020. Cela dit, leur base n’est pas prête de disparaître et l’état d’esprit complotiste et raciste dont on observe aujourd’hui les diverses manifestations pourrait annoncer une expansion de l’extrême droite dans les mois à venir.

Comme nous l’avons déjà indiqué ci-dessus, il ne faut pas considérer le désarroi actuel des forces d’extrême droite comme une victoire de notre part. Aujourd’hui, deux des principales revendications portées par l’extrême droite depuis plusieurs années au Québec ont été satisfaites : la Loi 21 interdit aux personnes portant des « vêtements religieux » d’occuper divers emplois dans le secteur public (cette loi vise en tout premier lieu les femmes musulmanes portant le hijab) et, dans le contexte de la pandémie, le passage frontalier irrégulier du chemin Roxham a été fermé aux demandeur-euse-s d’asile. Il va sans dire que la gauche radicale, au sein du milieu antiraciste/antifasciste, mais aussi bien au-delà, a encore beaucoup de pain sur la planche.

La situation nouvelle créée par la pandémie est remplie de dangers et d’incertitudes. Dans les mois à venir, de nouvelles possibilités politiques vont se présenter et les propositions politiques ancrées dans la peur et la désignation de boucs émissaires auront probablement le vent en poupe. Nous vous encourageons à lire nos Réflexions préliminaires sur la situation actuelle (en date du 30 mars).

La vigilance, comme la solidarité, sera certainement toujours de mise.

 

 

 


[i]               Pour la postérité, et pour ceux et celles qui cultivent une fascination morbide pour ce genre de choses, voici grosso modo comment ça s’est passé.

Un conflit a éclaté au sein de La Meute en mai 2019, lorsqu’il est devenu clair que le porte-parole (et chef de facto) Sylvain Brouillette s’était montré incapable de remplir la paperasse pour La Meute Inc. pour l’exercice financier 2017-2018. Des membres de l’exécutif se sont inquiété-e-s de l’image que cela projetterait s’il-le-s n’étaient pas en mesure de répondre aux questions des membres des clans (comme sont appelées les sections régionales de La Meute), et que cela retarderait encore l’enregistrement de La Meute comme organisation à but non lucratif. Tandis que Brouillette se défendait en évoquant des problèmes d’ordre personnel (un divorce conflictuel et des difficultés professionnelles) et se plaignait de n’avoir jamais voulu être responsable de la comptabilité, d’autres membres de l’exécutif l’accusaient de monopoliser le pouvoir, de contrôler l’information et de diriger La Meute comme si c’était sa propre entreprise privée.

Au fur et à mesure que les tensions s’aggravaient, tou-te-s les membres de l’exécutif (à l’exception de Brouillette) ont démissionné. Brouillette a démis Stéphane Roch de ses fonctions comme administrateur de la page Facebook publique de La Meute, et en guise de représailles, Brouillette s’est à son tour vu retirer les privilèges d’administration de la page secrète de l’organisation. Le 19 juin 2019, tout semblait indiquer que Brouillette avait été évincé de l’organisation et que ses critiques (regroupé-e-s autour de Steeve « L’Artiss » Charland) avaient pris les rênes, mais en quelques jours seulement, Brouillette a réussi à reprendre le contrôle de la page Facebook secrète, et Charland et ses fidèles étaient sur la voie de sortie.

L’une des premières actions de Brouillette de retour aux commandes a été de publier les chiffres de l’exercice financier2017-2018. Bien que ce rapport ne soit pas assez détaillé pour satisfaire aux exigences de Revenu Canada, il révèle une organisation fonctionnant avec un budget dérisoire, avec à peine 10 000 $ en reçus. La moitié de ce budget est inscrite comme un « don des Chinois », une probable référence à la Chinese Canadian Alliance, un groupe « astroturf » qui a organisé une grande manifestation sur la Colline Parlementaire à Ottawa le 18 février 2018, à laquelle ont participé La Meute et Storm Alliance, entre autres. (À l’époque, Brouillette avait déclaré : « La Meute s’est créé une solide alliance avec la communauté chinoise et nous croyons que cela ouvrira la porte à des alliances avec d’autres communautés dans un futur proche »… pourvu qu’elles paient, pourrions-nous ajouter!)

Pour ponctuer spectaculairement ce conflit, un grand nombre d’ancien-ne-s membres se sont fait un point d’honneur de célébrer la Saint-Jean-Baptiste en brûlant et en détruisant leurs vêtements et accessoires aux couleurs de La Meute (casquettes, vestes de cuir, drapeaux, etc.), déclarant du même coup que La Meute était « morte ». Les clans ont toutefois semblé accepter le retour de Brouillette.

Quoi qu’il en soit, au moment d’écrire ces lignes (avril 2020), le groupe est resté essentiellement inactif depuis que les événements décrits ci-dessus sont survenus.

 

[ii]               Lévesque « est accusé d’introduction par effraction, de méfaits et de harcèlement criminel à l’égard du journaliste Simon Coutu et d’autres employés de VICE Québec. L’homme de 36 ans est également accusé d’avoir intimidé Simon Coutu pour le forcer à s’abstenir de “couvrir les activités du groupe Atalante Québec”. Ce dernier avait publié plusieurs reportages sur l’extrême droite dans les semaines précédentes. »
https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/201912/09/01-5253022-intimidation-a-vice-le-leader-dun-groupe-dextreme-droite-en-cour.php

 

[iii]              Comme l’explique Solidarité sans frontières : « En décembre 2019, un juge de la Cour suprême de Colombie-Britannique a accordé une injonction contre les défenseurs du territoire basés au campement Unist’ot’en, lesquels tiennent depuis plusieurs années un blocus pour empêcher la construction du projet de gazoduc Coastal Gas Link (de l’entreprise Trans Canada) devant traverser le territoire non cédé de la nation wet’suwet’en. Un deuxième campement de blocage a été dressé par un autre clan des Wet’suwet’en, les Gidimt’en, qui manifestent une opposition solidaire au gazoduc au sein de leurs structures de gouvernance traditionnelle, et au mépris d’une décision judiciaire qui refuse de reconnaître leur souveraineté et leur titre. (…) La GRC a imposé un black-out médiatique au moment même où elle entreprend une invasion à grande échelle du territoire des Wet’suwet’en pour démanteler les blocus. Les défenseurs du territoire ont lancé un appel urgent à la solidarité et au soutien, face à ce qu’ils considèrent comme “un acte de guerre” et “une violation des droits de la personne, un siège, et une extension du génocide auquel les Wet’suwet’en ont survécu depuis le contact”.

 

Nique la police – Demain et toujours [Vidéo]

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Mai 022020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Ceci s’inscrit dans la lignée d’actions pour le 1er mai 2020.

Le premier mai est l’occasion de se rappeler pourquoi nous luttons pour un monde plus juste, un monde qui ne serait pas soumis à la domination d’une élite capitaliste, un monde où on peut rêver. Toutefois, pour des raisons évidentes, nous ne pourrons pas nous réunir dans les rues cette année, mais la contestation n’est pas morte pour autant. Malgré ses ravages, la crise du coronavirus a fourni l’occasion a beaucoup de briser la normalité et de reconsidérer nos rythmes de vies anxiogènes, éffrénés et déshumanisés. Plus que jamais, ces temps troubles sont l’occasion de réfléchir à nos possibilités de créer un monde nouveau que nous seul.e.s pouvons façonner à travers l’entraide et la solidarité.

Toutefois, les temps de crise sont aussi propices au développement de solutions autoritaires. Il est donc important de se rappeler que la bonne gestion de cette crise passe par notre capacité d’action collective et que nous devrons nous préparer à répondre aux forces de l’ordre qui, elles, opèreront avec encore plus de violence et d’arrogance que jamais. Que ce soit ici, à Villeneuve-la-Garenne en France ou ailleurs dans le monde, les mesures de confinement ont donné aux services de police un large éventail de nouveaux pouvoirs, leur permettant d’agir impunément avec plus de brutalité. Devant cela, il était important pour nous d’exprimer à ces parasites que, même malgré la crise, ils ne seront jamais les bienvenus dans nos communautés.

Les bureaux de la CORPIQ inondés pour le 1er mai

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Mai 012020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

La pandémie met en lumière l’hostilité que réserve la CORPIQ (Corporation des propriétaires immobiliers du Québec) envers les locataires. Lorsque des dizaines de milliers de gens de plus en plus précaires peinent à joindre les deux bouts, la CORPIQ exerce des pressions sur la Régie du logement pour qu’elle reprenne les audiences d’expulsion, elle encourage les proprios à exiger les loyers comme à l’habitude et cherche à miner la crédibilité des appels à une grève des loyers internationale. La CORPIQ défend la classe qui profite de notre besoin essentiel d’avoir un toit et fait en sorte que plusieurs personnes soient privé-e-s d’un logement stable et sécuritaire.

L’hostilité est réciproque. La nuit pluvieuse du 29 avril, pour célébrer le premier mai, nous avons visité les bureaux de la CORPIQ à Ville St-Laurent. Nous avons d’abord mis la caméra de surveillance hors-service. Nous avons ensuite brisé une vitre et nous avons inséré l’extrémité d’un boyeau d’arrosage dans leur bureau. Nous avons attaché l’autre bout au robinet extérieur du bâtiment et avons ouvert son débit pour causer une inondation.* Bonne chance avec votre « retour à la normale », trous-de-culs.

Nous n’avons aucune demande à formuler aux gouvernements. Nous avons plutôt une proposition pour les autres locataires et exploité-e-s : que se passerait-il si les proprios devaient y penser deux fois avant d’harceler un locataire, de laisser un logement dans une état insalubre, de proférer une menace d’expulsion? Si les proprios étaient terrifié-e-s à l’idée de voir leurs bureaux vandalisés, leur(s) voiture(s) incendiées, leur(s) maison(s) attaquées lorsqu’ils nous mettent de la pression?

Salutations chaleureuses à tous-tes les grévistes des loyers qui s’organisent pour se soutenir les un-e-s les autres et qui répandent la grève.

Solidarité avec les prisonniers-ères et avec tout le monde qui se retrouve coincé dans des relations coercitives avec l’État et le capital. Les grévistes de la faim de Laval nous ont montré il y a quelques semaines qu’il est possible de résister même dans les conditions les plus sombres.

Nous dédions cette action à ceux et celles qui se sentent isolé-e-s, déprimé-e-s, sans espoir dans ces circonstances. Ca ne va peut-être pas « bien aller », mais nous n’abandonnerons jamais la lutte pour un monde sans systèmes qui profitent de la misère.

*Nous encourageons les personnes qui voudront essayer cette tactique dans le futur à utiliser la fente à courrier lorsque cela est accessible. Quand une fenêtre est brisée, il y a toujours des risques qu’une alarme soit déclenchée ou que quelqu’un-e appelle la police. Nous avons pris ce risque et avons fait le pari que si la police était alertée, elle n’arriverait pas assez vite pour prévenir les dégâts.

Dans chaque crise, des opportunités : Appel à l’action décentralisée pour le 1er mai

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Avr 222020
 

Soumission anonyme à North Shore Counter-Info

Peu importe l’histoire qu’on raconte du 1er mai, une chose ne change jamais: c’est un moment pour se réunir, soit pour défiler dans la rue ou fêter un nouveau printemps. Bien que le beau temps qui arrive nous réjouit, nous sommes pour la plupart bloqué·e·s chez nous. On suit l’actualité, on essaie de décider comment mieux agir, on regarde le 1er mai qui s’approche et on se demande de quoi il aura l’air cette année si on ne peut pas envahir le centre-ville pour profiter du jour comme nous le connaissons : une fête anticapitaliste.

La vie est une histoire qui ne cesse d’évoluer, une toile changeante. Nous avons toujours dû s’accoutumer et adapter nos tactiques à ces nouvelles réalités au fil qu’ils émergent. Ce moment n’a rien de neuf. Le contexte où on se trouve est influencé à la fois par le coronavirus et les mesures répressives de l’État en réponse à lui, mais la nécessité de résister est tout aussi présente.

Même si on ne peut pas se rassembler, il y a encore des manières de marquer le jour, de se sentir partie·s d’un ensemble plus vaste qui a toujours su accueillir le printemps, qui a toujours résisté aux oppresseurs, qui a toujours porté dans son coeur un nouveau monde.

Nous sommes déjà habile à l’action directe décentralisée et elle se fait dans de petits groupes, ce qui est pratique quand la pandémie rend raisonnable une réduction du nombre de personnes avec qui nous sommes en contact. Nous proposons une fenêtre de deux semaines centrée sur le 1er mai pour mener des attaques contre le capitalisme: des tags, de la casse, libérer des trucs, comme vous voulez. Nous avons également envie de voir des actions qui rendent hommage à l’histoire de la résistance et à la terre. Ou les deux.

Dans chaque crise, on trouve des opportunités, pour nous aussi bien que pour les forces auxquelles nous nous opposons. Chose délicieuse que faire du jogging le soir avec un masque et une capuche ne suscite aucune question dans ces rues tellement vides. Et suite au mouvement de solidarité avec les Wet’suwet’en, il y a beaucoup de résistance à célébrer, ainsi que de nouveaux contacts et compétences à approfondir.

Ce contexte montre aussi de vieilles formes de domination sous un nouveau jour: les frontières se durcissent, la police gagne de nouveaux pouvoirs pour contrôler le moindre détail de nos vies, les télécoms se raffolent de nous pister encore plus (pour notre santé), les patrons se réjouissent de voir leurs travailleur·se·s peu payés désignés comme “essentiels” pour qu’ils puissent profiter de la crise, les prêteurs à intérêt (tels les banques et les entreprises de prêt sur salaire) peuvent vendre de nouvelles formes de dettes à des personnes désespérées et l’État arrive à se positionner comme l’unique acteur légitime.

Alors on vous invite à rassembler quelques ami·e·s et sortir la nuit pour célébrer les feux qui brûlent en nous. Partagez vos récits sur des sites telles North Shore Counter-Info, Montréal Contre-info et It’s Going Down pour que nous recevons toutes et tous le rappel que quand on résiste, on n’est jamais seul·e·s.

Note de North Shore: Les appels pour un 1er mai décentralisé se multiplient. En voilà un de Seattle qui date d’avant covid: https://pugetsoundanarchists.org/for-an-autonomous-decentralized-may-day-in-seattle/

Et il y a aussi cet appel pour un mai dangeureux qui circule: https://mtlcontreinfo.org/en-mai-fais-ce-qui-te-plait-un-appel-au-conflit/

Salon du livre anarchiste de Montréal: Ce qu’on va faire en mai 2020

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Avr 202020
 

Du Collectif du Salon du livre anarchiste de Montréal

Bonjour à tous et toutes,

Pour une multitude de raisons, la plupart en lien avec la situation de la COVID-19, le collectif du Salon du livre anarchiste de Montréal a dû prendre la décision difficile, mais nécessaire, de ne pas organiser le rassemblementBonjour à tous et toutes,

Pour une multitude de raisons, la plupart en lien avec la situation de la COVID-19, le collectif du Salon du livre anarchiste de Montréal a dû prendre la décision difficile, mais nécessaire, de ne pas organiser le rassemblement annuel de deux journées qui a lieu autour du parc Vinet, depuis les deux dernières décennies. Néanmoins, nous désirons organiser tout de même un évènement le 17 mai 2020 qui prendra une forme différente dans les circonstances, mais qui permettra de préserver nos liens, politiques et solidarités.

En tant que petit collectif, nos capacités sont limitées, d’autant plus que nous faisons face à de nouvelles contraintes dans nos vies hors de celui-ci. Alors nous aurons besoin de votre aide essentielle et de votre soutien, comme c’est le cas à chaque année!

Ceci étant dit, voici ce que nous espérons réaliser pour le 17 mai prochain.

Comme nous l’avons toujours fait, nous voudrions fournir aux artistes, auteur-es, éditeur-ices de littérature anarchiste ainsi qu’à d’autres sortes de groupes et organisations un espace efficace pour y vendre et distribuer librement des libres, zines, affiches, autocollants et autres médiums aux personnes qui en veulent. Nous voyons cela comme une approche à deux dimensions : des « kiosques » en ligne et des livraisons en personne (à Tioh:tiàke, voire sur l’île de Montréal). Dans un contexte où l’infrastructure anarchiste se voit contrainte à fermer boutique, à proprement parler, nous voyons les ventes comme faisant partie de la solidarité, pour permettre aux projets de rester actifs à travers cette récente crise, ce qui est lié aussi à l’importance générale de diffuser les idées et inspirations anarchistes dans le monde extérieur.

Le collectif va devoir se fier en grande partie sur les éditeur-rices tout comme les livreur-euses pour que ça fonctionne, mais nous sommes aussi disposé-es à offrir nos ressources en termes de mise en place d’une infrastructure de télécommunications et d’autres formes de soutien technique.

Au-delà de continuer de distribuer livres, art et d’autre matériel de diffusion anarchiste, on aimerait aussi créer un espace ce 17 mai pour des conversations en temps réel, similaire à celui offert les années précédentes par le Salon. Nous envisageons cela comme un mélange de quelques conférences (qu’on souhaite rendre aussi accessible que possible, incluant des diffusions en temps réel sur la radio communautaire comme sur internet), des tables rondes plus participatives en petits groupes, tout comme des conversations de personne à personne entre organisateur-rices (en équipes formées à l’avance).

Aussi ce 17 mai nous aimerions voir un déferlement d’art de rue et d’affiches à travers Montréal, en une sorte de vernissage extérieur facilitant la distanciation sociale, et nous encourageons les artistes et autres de ne pas que faire ainsi, mais aussi de le documenter avec des photos, aussi.

Alors qu’on approche le premier mai, nous allons publier une nouvelle annonce avec plus de détails et probablement quelques nouvelles initiatives. D’ici là, par exemple, ça pourrait devenir plus clair si une quelconque forme de rassemblement en un lieu physique sera possible pour la fin de semaine du 16-17 mai, et nous considérons aussi l’idée d’un zine pour après le Salon du livre. Nous espérons aussi avoir notre affiche, dessinée par Kevin Lo, prête pour le premier mai, et aimerions la voir placardée un peu partout en ville.

Finalement, nous souhaitons remercier tous ceux et celles qui nous ont fait parvenir des suggestions et qui ce sont inscrit-es pour être bénévoles. Si vous êtes intéressé-es à faire de l’affichage à Montréal ou voudriez contribuer à ce projet en tant que modérateurs et modératrices, concepteur-rices web ou traducteur-rices (de l’anglais au français, mais aussi de l’anglais vers d’autres langues d’usage courant à Montréal), inscrivez-vous ici:

https://noise.autistici.org/mailman/listinfo/benevoles-volunteer-salonmtl

Prenez soin de vous, donnez du soin autour de vous,
Solidairement,

Le Collectif du Salon du livre anarchiste de Montréal

Surprise, on a encore des droits!

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Avr 172020
 

Du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP)

Parce que vous êtes plusieurs à vous demander quels sont nos droits durant cette pandémie, nous avons cru bon de publier ce guide, en espérant que cela puisse vous éclairer !

On en profite pour souligner le travail acharné de : Me Franccesca Cancino, Me Émilie Breton-Côté, Me Alia Chakridi, Me Raphaëlle Desvignes, Émilie E. Joly, Jacinthe Poisson et Me Arij Riahi . Le document a été révisé par Me Denis Barrette et la professeure de droit Dominique Bernier.

Partagez!

PDF: Surprise, on a encore des droits !!

Le confinement des consciences

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Avr 132020
 

Du Collectif Emma Goldman

Nous avons bien ri en Occident de ces images présentant la lutte désespérée de consommateurs des grandes chaînes pour l’accaparation de quantités irrationnelles de papier de toilette. Interrogés par certains médias, les consommateurs répondaient alors ne pas savoir pourquoi ils avaient besoin d’autant de rouleaux ou bien simplement suivre le mouvement de la foule.

Le sentiment de catastrophe est difficile à refouler. Les experts de l’État nous demandent de nous en remettre aux héroïnes, des héroïnes des soins de santé qu’ils ont surmenées, épuisées et découragées à force de coupures répétées dans les budgets et de dévalorisation de leurs métiers en vue des négociations de conventions collectives.

La dissonance est intense… la colère l’est aussi. Les directions « rationalisent » le matériel de protection des employé-e-s ; c’est-à-dire encore à ce jour pas de masque et peu de gants pour les soignants et soignantes dans bien des foyers de personnes âgées malgré l’hécatombe.

Des divertissements et des boucs-émissaires. Pendant que les « anges gardiens » se tuent à la tâche pour des salaires réels plus bas que ceux des décennies précédentes (prospérité l’oblige claironne le patronat québécois!), le peuple est prié de regarder ailleurs – de regarder des vidéos de bébés animaux. Ça va bien aller… et surtout attendez patiemment que l’État remette en place les conditions normales de votre exploitation. Ce n’est pas un beau rêve. L’État est le plus froid des monstres, pour paraphraser Nietzsche, des mensonges rampants de sa bouche, il nous dit : ‘moi l’État, je suis votre soignant ».

Le récit que tout un chacun se faisons des événements n’est pas personnel… il est façonné en grande partie par l’État. Face à la crise, celui-ci nous sort les mêmes vieilles recettes. Xénophobie au rendez-vous, le virus aurait la nationalité chinoise pour plusieurs, dont Trump, ou du moins la faute serait à rejeter sur ce peuple; une duperie qui fait bien l’affaire des populistes qui sentaient leur fierté nationale froissée par la montée de la Chine. Le racisme ne demeure jamais vraiment confiné dans le « domaine des idées ». Il s’est bien manifesté de plusieurs façons par l’expression et les gestes haineux envers les personnes d’origine chinoise ou associée à pour des raisons parfois stupides. Une chicoutimienne née en Chine a par exemple dénoncé plusieurs incidents survenus dans notre région [https://www.iheartradio.ca/energie/energie-saguenay/nouvelles/coronavirus-une-chicoutimienne-nee-en-chine-victime-de-racisme-1.10852664].

Fidèle à ses habitudes, l’État a également envoyé son bras armé pour « mater la crise ». Les appels à l’ordre public ont généré un véritable régime de délation où chacun est appelé à épier les gestes des autres et s’en remettre aux policiers. L’ennemi est potentiellement le voisin ou la voisine. La situation québécoise est actuellement tellement pitoyable que même les flics se disent dépassés par le flot d’appels sordides et demandent aux québécois et québécoises de « slacker » la délation! Certains politiques croient que l’État est trop mou et demandent l’intervention de l’armée. Faut croire que ce virus est une sorte d’anarchiste…

Enfin, les frontières. C’est par le pouvoir des politiciens, et non celui du corps médical, que le récit populaire des événements a acquis la croyance que le virus serait propagé par les personnes provenant de l’extérieur, voir particulièrement les personnes immigrantes, et que la fermeture des frontières nationales constituerait une façon d’enrayer sa propagation. Après les pressions populistes, le gouvernement canadien a même pris des mesures pour empêcher l’accès au Canada des demandeurs du statut de réfugié. Pensons-nous pouvoir vivre dans une bulle de verre hermétique? Le fantasme des populistes de droite est d’une stupidité sans nom. On demande le confinement forcé à des milliards de personnes du Sud global, qui pour une grande partie n’ont pas l’eau potable à la maison ou doivent se débrouiller au jour le jour pour répondre aux besoins de base de leur famille… Combien vont mourir de faim ou de soif plutôt que du coronavirus alors que des pays comme le Canada préféreront investir des milliards pour soutenir l’industrie délétère des énergies fossiles? Comment ensuite penser que cette absence de solidarité avec le Sud global dans le contexte de pandémie ne favorisera pas une propagation encore plus intense et encore plus difficile à combattre au Canada dans le futur? Fuck!

S’il vous plait, protégeons-nous contre le virus, mais combattons également le confinement des consciences par la solidarité de classe et la solidarité internationale. Ciblons les vrais ennemis.

Anarchiste du Pekuakami

En mai, fais ce qui te plaît – Un appel au conflit

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Avr 132020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Ici nous pouvons aisément réaliser que le gel hydroalcoolique sert aussi bien à se désinfecter les mains qu’à allumer des incendies.

En d’autres termes que nous n’avons pas besoin des directives de l’état pour prendre soin de nos proches, et, une fois réglée la question de la survie, nous n’avons rien de mieux à faire que de sortir trainer à l’affût d’un mauvais coup, nous avons plus que jamais besoin de vengeance et d’amitiés réellement vécues.

Maintenant que nous sommes pris dans ce système futuriste nous ne pouvons plus que déclarer la guerre à la normalité si nous ne voulons pas mourir d’un ennui aseptisé.

Nous sommes face à un double mouvement. D’un coté le pouvoir semble ne jamais avoir été aussi fort, ne jamais avoir tant conquis les coeurs et les esprits de ses citoyens dociles. De l’autre il semble ne jamais avoir du gérer une situation aussi complexe (du moins depuis notre naissance).
Face à cela peut-être pouvons nous conclure deux choses.

Premièrement qu’ il n’est plus question d’attendre une quelconque masse qui viendrait à s’éveiller pour l’affronter.

Deuxièmement que le moment semble propice pour attaquer.

Propice ici ne signifie pas le seul bon moment. Il est toujours temps pour s’opposer.
Non, propice signifie ici que notre adversaire est complètement occupé à d’autre choses et que nous n’avons aucun moyen de savoir ni ce que nos actes peuvent produire comme effet en chaîne (au vu de la situation assez inédite pour notre époque) ni si nous aurons prochainement une autre occasion.

Cela ressemble à un pari intéressant pour les ennemis du pouvoir. Se saisir de l’occasion et voir ce qui pourrait se passer …

À l’heure où les forces du contrôle qui quadrillent l’espace en véhicules, en drone ou à pieds n’ont jamais été aussi présentes et surmenées, que se passerait si elle étaient menacées dans leurs bastions par des messages de mort écrit à la peinture ? Prises à partie régulièrement par quelques pierres/cocktails/artifices/pétards en pleines nuit pendant leurs sommeils ? Se faisaient attaquer pendant leurs patrouilles ?

A l’heure où les cages sont pleines à craquer et où l’on crève derrière un grillage, que se passerait il si des voitures de matons venaient à rencontrer un tournevis/un marteaux/quelques allumes feux ? Si les personnes qui surveillent et enferment, déjà sous pressions constantes, se faisaient agresser en rentrant chez elles ?

A l’heure où tout le monde ou presque travaille/étudie/partage/se détend/s’instruit/s’insurge/fais du sexe/… face à un écran, que ce passerait il si quelques cables de fibres optiques sous une trappe faciles d’accès étaient saboté ?

A l’heure où tout le monde ou presque « communique » au travers de téléphones. Commande/ ordonne/planifie/organise pour produire (et parfois pour militer) ou « prends soin » via des applications ou des coups de fils incessants, que se passerait il si des antennes relais situées dans des endroits parfois fort peu fréquenté étaient rendu inopérantes ?

A l’heure où tout le monde ou presque vit confiné dans un bulle domotique connectée à la matrice comme un ersatz de vie que se passerait il si un pylone haute tension facile d’accès venait à tomber par terre ?

Nous ne savons absolument pas ce que cela pourrait produire. Et c’est précisément pour cela qu ‘il faudrait impérativement le tenter.

Diffuse et traduis ce texte si tu l’as aimé. Attaque et Conspire si tu veux participer.
Communique et développe tes idées si tu veux dialoguer avec d’autres rebelles.

Ce petit texte tient lieu de faire part pour un mois de mai dangereux.

Note numéro 1 : si tu est trop impatient.e pour attendre mai et que cette invitation t’as plu, n’hésite pas à attaquer en avril et à le signifier dans ton potentiel communiqué.
Note numéro 2 : si tu es trop impatient.e pour attendre tu peux attaquer en avril et en mai !

Social Virus

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Avr 122020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Début de la crise et Grande Répression

Cela a commencé en Chine. Des touristes, des banquiers, et d’autres, notables pour leur fortune, l’ont contracté. Le virus étant mortel, et requérant une médecine inconnue, l’on a voulu le contenir au plus vite, mais en vain.

Mon oncle fut parmi les premières victimes au Québec. Peu de temps après sa mort, mon père mourut aussi, sans avoir pu profiter de la fortune de son frère dont il venait d’hériter et sans avoir eu le temps de m’en faire à mon tour l’héritier…

Le virus se propage comme aucun autre connu. Au début de la crise, on disait « de façon aléatoire… ». On dit aujourd’hui que cela ressemble à une malédiction. Par habitude, on prôna l’évitement de la proximité, même si cela ne semblait pas le moyen de propagation du virus. En effet, puisqu’aucun cas n’était enregistré chez les serveurs, serveuses, les caissiers, caissières, bref chez ces travailleurs, travailleuses qui tâtent le moindre produit du capital pour le vendre, et autant de monnaie pour la remettre aux patrons, qui interagissent avec des centaines de gens par jour. Quand ce fut au tour des politiciens de tomber malades, alors qu’on n’enregistrait encore aucun cas chez les masses, on commença à s’intéresser avec zèle à l’origine du virus. Dans l’Est, on crut que c’était un coup des États-Unis. Aux États-Unis, on crut que c’était un coup de l’Est. Or réalisant bientôt que ni l’Ouest ni l’Est n’avait préparé un tel coup, on accusa une supposée Internationale révolutionnaire formée en secret.

La répression de tout regroupement à saveur anarchiste fut brutale. Si bien qu’on regretta de ne pas s’être effectivement organisé.e en Internationale secrète. Les autorités d’ici fermèrent d’abord l’UQÀM, lieu où, drôlement, elles soupçonnaient le plus d’« éléments séditieux ». Nos festivals, nos squats, nos cénacles, la police sabota le moindre de nos espaces. Les plus naïfs et naïves d’entre nous réalisèrent non seulement qu’il faillait bien que ces espaces aient été fortement surveillés déjà pour qu’on les sabote tous ainsi, systématiquement et dès l’émission de l’ordre, mais aussi, qu’il n’y a pas du tout lieu de penser pouvoir mener une activité révolutionnaire en toute sécurité sous domination. Du côté de nos camarades communistes, on vit flamber la Maison Norman Béthune le soir même de la déclaration du gouvernement contre la supposée Internationale. Les autorités sont allées jusqu’à persécuter dans leur demeure les camarades Côté et Gauthier, qui tenaient une librairie d’occasion à Salaberry-de-Valleyfield. Côté et Gauthier, qui apportaient tant à leur communauté par les ateliers qu’iels organisaient, par la distribution de savoirs, par toutes sortes de gestes solidaires, ont fini par mourir des blessures que leur ont infligées les gendarmes. Nous nous assurerons d’une transmission de leur héritage, c’est-à-dire les fruits de leur archivage que des proches conservent pour l’instant et, une fois Valleyfield définitivement gagnée, le maintient d’un lieu de rencontre et de savoir tel que Côté et Gauthier n’en ont jamais rêvé.

Ces écrasantes défaites, dont la liste est si longue qu’on ne saurait la transcrire au complet – je vous partage celles qui m’ont le plus directement touchées – valent mention en cas d’un retour à l’ordre ancien : s’exposer sans plan de secours a eu pour résultat la neutralisation par les autorités de camarades parmi les plus vaillants, vaillantes dès le commencement d’hostilités sérieuses. Et cela, sans qu’on ait pu faire quoi que ce soit pour empêcher ou prendre moins durement le coup. À noter que malgré que plusieurs membres de nos groupes prétendaient militer « au nom des masses », ces dernières ne furent d’aucune aide au commencement de la Grande Répression. Certes, les personnes itinérantes, les fugitives et fugitifs, les gens en refuges n’auraient de toute façon pas pu faire grand chose. Mais je parle de l’autre masse, celle des travailleurs, travailleuses quelque peu engraissé.e.s ou aspirant à le devenir ou entretenant une allégeance indéfectible envers la société de classes. Je parle de profs, d’employé.e.s d’usines, d’infirmières (contre toute attente) et de gens de cuisine! Tout ce spectre allant de l’aristocratie ouvrière à une confortable misère. Je parle de cette masse de traîtres qui ont largement diffusé et encouragé l’opinion du pouvoir à propos d’une crise qui, finalement, était la crise du pouvoir même. En effet, donc, notre exposition, nos façons d’aborder les masses au sein d’un système de domination auront à être repensées en cas de guérison de notre ennemi. Non pas que ces questions n’avaient jusqu’alors jamais été posées. Or on voit bien, à la lumière des événements récents, que ces questions n’avaient pas à être mises en dépôt, que nous révolutionnaires n’étions que toléré.e.s, que si la bourgeoisie nous avait combattu en fonction d’un danger moins grand, moins assuré que le virus, je ne serais pas là à rendre compte de la situation révolutionnaire dans Montréal et ses alentours.

Où en est-on?

Ce ne furent évidemment pas que les révolutionnaires confirmé.e.s qui souffrirent durement des mesures de sécurité bourgeoise. En Indonésie, l’État restreignit à ces agents l’accès à Internet. Tous les services de téléphonie y furent sommés d’enregistrer toute communication et des agents furent payés pour vérifier si le courrier papier ne contenait pas des marques de complots contre l’État. Ce n’est que tout récemment que nous avons pu entrer en contact avec des révolutionnaires de l’Indonésie, après des mois de silence de leur part. Plusieurs autres États ont suivi l’exemple et ont privé de contacts et de ressources des communautés sous prétexte qu’elles accueillaient des « éléments séditieux ». Aussi, dans tous les pays industrialisés, ce fut le confinement général renforcé par la police, la fermeture de tout sauf ce qui a trait aux besoins essentiels, puisqu’on ne savait pas encore si le virus n’allait pas s’attaquer aux masses et se transmettre ainsi davantage. Suite à cet ordre, plusieurs virent leur situation devenir encore plus précaire qu’elle ne l’était déjà : réduction des revenus, isolement en situation de violence conjugale ou parentale, empilement des charges émotives et de travail, etc. Heureusement, l’expérience indique que le virus avait bel et bien une destination et que celle-ci n’était pas le camp des dominé.e.s. C’est ainsi que le renversement de la classe dominante comme destin obligé pour l’atteinte d’une meilleure santé redevint, par un retournement que personne n’avait envisagé, une évidence; et qu’on donna malheureusement raison à cette publication d’avant la Grande Répression, au Lundi Matin : « l’humanité ne se pose que les questions qu’elle ne peut plus ne pas se poser. » Par ailleurs, si vous, travailleurs, travailleuses, et laissé.e.s pour compte, habitez dans une région du monde où la bourgeoisie est encore en puissance, et que vous avez heureusement accès à ce pamphlet, sachez que le virus, s’il demeure, aura vite raison de tout arrivisme. Dans tous les pays où le virus frappa durement, des membres de l’aristocratie ouvrière se sont dépêché.e.s à prendre la place des dominants défunts. Cela, à leur grand péril, comme ce fut le cas avec mon père. L’arrivisme perdure parce que des larbins, larbines sont en ce moment payé.e.s à développer des technologies et des traitements permettant une plus longue résistance au virus. Iels font croire ainsi à une pléthore de borné.e.s que la crise du pouvoir finira bien par passer, que « l’homme est un loup pour l’homme » et rien d’autre. Or à date, la plus longue résistance à la mort prévue fut d’un mois, et après trois semaines, le cerveau dégénère et le malade perd la mémoire, devenant inapte à remplir sa fonction de dominant.

No war, but class war

À l’heure qu’il est, c’est la guerre dans les rues de Montréal, et ailleurs. La police, malgré le déclin de ce pourquoi elle existe, patrouille arme au poing dans les quartiers qu’elle peut encore se permettre de patrouiller. Il faut les voir, les flics, avec leurs machins à respirer… Le mot d’ordre est que tant qu’un chef est proclamé, tant qu’on reconnaît à une personne sa propriété, on défendra le vieux monde. Or les faiseurs de lois et les extorqueurs sont de moins en moins forts et on reconnaît donc de moins en moins leur autorité; la classe dominante ayant perdu sa capacité de renouvellement, il ne reste au pouvoir, pouvoir s’amincissant de jour en jour, que des brutes assumées. C’est suite à un mois complet sans chef que les révolutionnaires sont sorti.e.s de leur trou : tout chef proclamé mourrait la nuit même de sa proclamation. C’est alors que la plupart des scientifiques mandaté.e.s à la recherche d’un antivirus reçurent pour tâche le simple rallongement de la vie des malades, afin que le monde ne sombre pas dans l’anarchie… Durant ce mois, aucune directive claire de la part des autorités. Les forces de l’ordre étaient laissées à elles-mêmes. Et nous réalisions enfin que le virus n’avait définitivement aucune intention belliqueuse à l’encontre de la classe des dominé.e.s. Le bioterrorisme imaginé au début de la crise était-il un fait? A-t-il existé une Internationale secrète qui, après son coup contre les dominants, a fait vœu de silence? Quoi qu’il en soit, les révolutionnaires ont fait, à la sortie de ce mois, ce qui devait être fait : nous nous sommes réuni.e.s et nous avons travaillé à une campagne de mobilisation pour la fin des sociétés de classes, applicable dans les plus brefs délais. Fini le confinement, finie l’attente du salaire. Le travail est à faire non plus selon les caprices d’une élite possédante, mais dans la mesure où nous avons tous et toutes besoin de logement, de nourriture, de loisir, de mener des projets personnels. C’est la guerre, donc, enfin. Le mois suivant fut le retour grandiose des révolutionnaires contre la police, contre tout ce qui nie la reconnaissance de nos besoins et désirs. Le premier meurtre d’un flic à Montréal fut lors du raid de l’épicerie Metro, à Hochelaga. Son corps pend encore sous l’enseigne. Le but avait été de réaménager l’endroit en une gigantesque cuisine et salle à manger commune.

Où en est-on?

Nous n’avons, ici à Montréal, aucune nouvelle des Wet’suwet’en qui bloquaient, dans l’ouest du pays, depuis bien avant la pandémie, la construction d’un pipeline. Il semble qu’iels aient disparu.e.s. Si vous avez de leurs nouvelles, prière, après l’obtention si possible de leur consentement, de le communiquer à des révolutionnaires. Nous devinons qu’il s’agit là d’un coup ordonné par la ridicule Union des Leaders, appareil étatique s’étant inféodé toutes les polices du pays et ayant annulé jusqu’à nouvel ordre toute élection par le peuple, se reconnaissant donc tous les pouvoirs dans le pays. Pour les anarchistes, le remplacement des partis par l’Union des Leaders fait peu de différence. Le gouvernement, le corps policier, qu’ils soient divisés ou non, sont liberticides. Bien sûr, l’aspect discrétionnaire de ce nouvel appareil en a fait souffrir plus d’un, plus d’une, nous le reconnaissons et nous travaillons à ce que les torts soient redressés. Or il faut admettre que cette possibilité n’est que dormante dans un État divisé, qu’elle est masquée, puisqu’il s’agit toujours bien, dans les deux cas, d’une classe qui en extorque une autre. À noter que des universitaires manifestèrent leur mécontentement lors de la formation du nouvel appareil politique, mais qu’iels se turent rapidement quand iels réalisèrent que cette fois-ci, les révolutionnaires ne prendraient pas les coups à leur place, vu leur état diminué. À ce propos, nous n’avons, depuis cet épisode, pas plus de nouvelles de Michel Lacroix, président du syndicat des profs de l’UQÀM. Et à vrai dire, nous nous en soucions peu. Nous avons autre chose à faire que de renouer avec celleux dont le travail payé était la reproduction par l’éducation des inégalités sociales. Prière de le communiquer à Lacroix s’il se sent encore l’âme d’un prof.

La semaine dernière, ce fut officiel : les flics, les soldats, les gardiens de prison, bref les défenseurs salariés des divisions sociales ne sont pas épargnés par le virus. Nous ne nous sommes alors plus gêné.e.s : nous avons fait sauter les murs de la prison de Laval. Cela aurait été impossible il y a quelques semaines. Ce qui reste de gouvernement avait donné l’ordre de fermer les villes et nos camarades lavalois, lavaloises avaient un effectif réduit. Or depuis que les effectifs du bras armé de l’État sont à la baisse, les frontières administratives sont devenues de véritables passoires et des camarades ont pu venir en aide aux révolutionnaires de Laval.

Certitudes et incertitudes

Selon le dicton, une victoire sans péril est une victoire sans gloire. Et force est d’avouer que le péril est moindre, puisque l’on sait que nos ennemis se mettent eux-mêmes en position de contracter le Social Virus (c’est son nouveau nom). Néanmoins, on ne saurait dire que la victoire proche des révolutionnaires ne sera pas glorieuse! Jamais dans ma vie je n’ai constaté une telle abondance de solidarité dans les rues, les milieux de travail. Face aux incertitudes que pose la vie, on a enfin décidé de prendre soin, de se respecter en reconnaissant les besoins et désirs de l’autre. Il n’y aura bientôt plus de gouvernement, plus de patrons, plus de flics, quoique le dernier fantôme du vieux monde puisse dire. Il n’y aura que des individus apprenant à s’organiser en fonction des intérêts de tous et toutes, une camaraderie se généralisant, parce qu’on réalise qu’il n’est pas nécessaire que le rapport à l’autre en soit un de compétition. À ce propos, rien de nouveau : « Deux hommes valent mieux qu’un seul, lisait-on déjà dans L’Ecclésiaste, car ils ont un bon salaire pour leur travail. En effet, s’ils tombent, l’un relève l’autre. Mais malheur à celui qui est seul! S’il tombe, il n’a pas de second pour le relever. » (Qo 4.5)

Parmi nos ennemis, seules les milices patriotiques ne semblent pas atteintes, du moins pas encore, par le virus. Nous n’attendrons pas que cela advienne. Comme j’ai dit, la vie est incertaine. Nous avons en cela le devoir de ne pas nous laisser avoir par le confort que nous procure une providence inconnue. Certains adeptes du vieux monde tentent de faire croire que le virus équivaut à une punition divine « pour avoir permis le ressassement d’idéologies victimaires. » Nous révolutionnaires pensons qu’il s’agit plutôt du dernier sursis accordé à notre cause. Et nous nous devons de lutter maintenant plus que jamais, ne pas attendre la possible guérison de nos ennemis, ou ce sera un douloureux recommencement pour celleux qui ont déjà tant travaillé au monde de demain, celui où la propriété ne sera plus qu’un fantôme, celui où l’économie nous servira plutôt que l’inverse.

Conclusion : continuons.

J’aimerais dire que tout est déjà gagné. Que le socialisme anarchiste et communiste a vaincu. Or je répète : la vie est faite d’incertitudes. Puisqu’on ne sait s’expliquer l’origine du virus, craignons un retour en force et inexplicable de nos ennemis, ne nous assoyons pas sur nos victoires et continuons de combattre, même s’ils sont à l’état de moribonds, les systèmes de domination. Aussi, adressons sérieusement, mais avec calme et recul, les tensions qui existent au sein de nos groupes – rien de trop hâtif ou découlant d’un défaitisme – afin que ne soient pas reproduites les inégalités sociales. Célébrons tout de même, car à quoi bon sinon?

À l’heure où j’écris ces lignes, adressées au peu de populations qui ne sont pas encore ouvertement en guerre contre la bourgeoisie et aux groupes isolés, des camarades de Montréal s’apprêtent à rejoindre des camarades innu.e.s pour la réquisition de la centrale hydroélectrique Manic-5. À l’heure où vous lirez ce pamphlet, l’unité de la milice patriotique gardant ce lieu aura été décimée.

Ceci conclut mon appel à continuer la lutte contre les sociétés de classes. Solidarité et courage, camarades : l’avenir radieux prend place.

Un membre de l’Association Révolutionnaire d’Hochelaga (l’ARH)

APPEL À L’ACTION: Des grévistes de la faim relâchés du centre de détention de Laval. L’ASFC continue à s’opposer aux demandes de libération des 22 personnes toujours détenues

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Avr 032020
 

De Solidarité sans frontières

#grèvefaimLaval #Libérezlestous #Statutpourtous

Les migrants détenus au centre de détention de Laval ont suspendu leur grève de la faim hier alors que deux d’entre eux, incluant leur porte-parole Abdul, ont été libérés hier et aujourd’hui. Une vingtaine de personnes demeurent détenues aux centres de détention Laval et de Rivière-des-Prairies.

— QUE POUVEZ-VOUS FAIRE

GALLERIE DE SOLIDARITÉ

UN MESSAGE D’ABDOUL, LIBÉRÉ HIER

La grève, qui aura durée 8 long jours, a entraîné un déferlement de soutien d’un océan à l’autre, appelant à la libération immédiate des détenus et leur situation de logement adéquate et garantie. L’Agence des services frontaliers canadiens (ASFC) relâche les migrant.es détenu.es un.e. par un.e à travers les audiences de révision de détention.

Les demandes des détenus sont encore plus urgentes tandis qu’ils sont à haut risque de contracter le virus. Au moins un employé du centre de détention d’immigration de Toronto a testé positif. Tous les individus incarcérés, à Laval comme ailleurs, dans les prisons ou les centres de détention, doivent être relâchés immédiatement et doivent avoir droit à un hébergement sécuritaire si besoin !

Cette crise expose la nécessité d’éliminer ces barrières et ces exclusions engendrées par la hiérarchie arbitraire des statuts d’immigration. Pour le bien de tous : Un statut pour toutes et tous!

Suivez la campagne ici et sur twitter

Mise à jour des hommes détenus au Centre de détention de Laval ici.


QUE POUVEZ-VOUS FAIRE:

MÉDIAS SOCIAUX
Utilisez le hashtag #grèvefaimLaval #Libérezlestous #Statutpourtous pour démontrer votre support pour la cause sur les médias sociaux! Encore mieux, taggez Bill Blair, Marco Mendicino, Justin Trudeau et d’autres représentants gouvernementaux qui refusent de libérer les détenus.

DESSINS ET ART

Artistes de tous âges! Partagez vos dessins et oeuvres de solidarité sur les médias sociaux avec les hashtags #grèvefaimLaval #Libérezlestous #Statutpourtous

APPELS
Continuons de mettre de la pression sur le gouvernement pour la libération immédiate de tous les détenus! Appelez le ministre de la Sécurité publique Bill Blair au : 613-995-0284.

COURRIELS

Envoyez des courriels de solidarité aux détenus! À l’addresse: detenuslaval@gmail.com.

Envoyez un courriel au Ministre de la Sécurité publique Bill Blair:
bill.blair@parl.gc.ca
Ou par fax: 613-996-6309

Je suis consterné de voir que le gouvernement continue d’ignorer ses propres recommandations en matière de santé publique. Nous vivons une période exceptionelle qui nécessite des moyens exceptionnels, et ce, partout, sans discrimination.  Et cela inclut les gens en prison, surtout compte tenu du fait que du personnel et des personnes incarcérées ont testé positif pour le COVID-19 à travers le pays. C’est scandaleux que ces hommes ont dû aller jusqu’à entâmer une grève de la faim pour faire pression sur le ministre de la Sécurité publique Bill Blair afin qu’il prenne les actions.

Les détenus migrants demeurent à haut risque de contracter le virus. Au moins un employé du centre de détention  de Toronto a testé positif. Le ministre Blair n’a pas répondu aux nombreux appels pour la libération immédiate et collective des personnes. De son côté, l’Agence des services frontaliers canadiens (ASFC) relâche les migrant.es détenu.es un par un à travers les audiences de révision de détention. C’est une réponse clairement insuffisante face à l’urgence de la crise.

Tous les individus incarcérés, à Laval comme ailleurs, dans les prisons ou les centres de détention, doivent être relâchés immédiatement et doivent avoir droit à un hébergement sécuritaire si besoin.

Jour de loyer – appel à l’organisation des locataires

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Avr 012020
 

De Grevedesloyers.info

En ce 1er avril, jour de loyer: des milliers de personnes partout au Québec ne peuvent pas payer leur loyer.

Montréal, 1er avril 2020 — En ce jour de loyer, des milliers de locataires partout au Québec ne sont pas en mesure de verser les sommes exigées par leur propriétaire. D’autres se retrouvent dans l’impossible dilemme de choisir entre payer leur loyer ou conserver l’argent nécessaire pour se nourrir, se soigner et satisfaire d’autres besoins fondamentaux. Ces locataires sont effrayés, craintifs et anxieux. Alors que toute la société tente de gérer une crise de santé publique, un des principaux indicateurs de la santé physique et mentale – le logement – devient une source d’anxiété et de dépression.

DES PERSONNES OUBLIÉES PAR LA PRESTATIONS CANADIENNE D’URGENCE

L’argument principal opposé aux locataires par les associations de propriétaires est que le versement de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) par le gouvernement fédéral – une aide financière de 2000$ par mois pour les travailleurs victimes de la pandémie COVID-19 – permettra de payer leur loyer. Or, non seulement cette prestation n’arrivera dans les poches des bénéficiaires qu’à la mi-avril mais de nombreuses personnes en seront exclues et demeureront ainsi dans la précarité financière. Parmi elles se trouvent entre autres:

  •     Les travailleurs ayant démissionné avant le début de la crise.
  •     Les travailleurs ayant maintenu des revenus, même minimaux, dans les deux dernières semaines n’y auront pas immédiatement droit.
  •     Les personnes vivant sur des économies et n’ayant donc pas eu 5000$ d’entrées monétaires l’année dernière.
  •     De nombreux étudiant.es, particulièrement des étudiant.e.s internationaux qui se sont vu couper du financement provenant de leur pays d’origine ou celles et ceux qui reviennent d’un séjour d’études à l’étranger.
  •     Les travailleurs sans statut.
  •     Les travailleuses et travailleurs du sexe.
  •     Les personnes qui dépendaient de revenus non déclarés.
  •     Les personnes n’ayant pas déclaré leurs revenus aux impôts au cours des deux dernières années.
  •     Les personnes vulnérables qui pour des raisons de santé, de précarité ou autres ne seront pas en mesure de remplir la demande.

Ces travailleurs n’auront par ailleurs absolument aucun recours si la PCU leur est refusée. C’est pourquoi certains d’entre nous seront en grève de loyers forcée et que d’autres nous appuieront en faisant grève et/ou en arborant le drap blanc sur la façade de leur logement. Pour soulager les plus démunis nous croyons que le gouvernement doit agir de façon responsable en :

  • annulant immédiatement le paiement des loyers au Québec ;
  • décrétant un moratoire sur toute expulsion liée à l’incapacité de payer le loyer pendant la pandémie COVID-19. Donc que les personnes qui ne payent pas leur loyer pendant la crise ne soient pas non plus expulsables après celle-ci;
  • ouvrant un maximum de logements vacants — tels que les unités Airbnb vides, les condos vacants, les hôtels — pour y loger les personnes sans abri ou vivant actuellement dans des conditions de logement dangereuses, insalubres ou abusives.

UN ABANDON DE LA MINISTRE LAFOREST

Dans un communiqué envoyé à la veille du 1er avril (www.newswire.ca/fr/news-releases/pandemie-de-la-covid-19-1er-avril-le-gouvernement-du-quebec-rappelle-les-mesures-en-place-888418021.html), Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, a laissé tomber les locataires. Elle exhorte ces derniers à contacter leurs banques. Cela signifie deux choses aussi insultantes l’une que l’autre : i) Laforest ignore la réalité vécue par les locataires pauvres, qui ne peuvent pas se qualifier pour les prêts bancaires. ii) Laforest suggère aux locataires de s’endetter afin de faire face à la crise actuelle. Ces dettes ne feront qu’augmenter l’angoisse qui repose sur les épaules des personnes les plus vulnérables et qui sont, bien souvent, déjà très endettées.

DES LOCATAIRES SE RASSEMBLENT

Des locataires de tout le Québec expriment leurs craintes, tout en demandant l’annulation immédiate des loyers. De nombreux témoignages peuvent être consultés ici :  https://grevedesloyers.info/temoignages-3/

Dans un immeuble du quartier Rosemont—La Petite-Patrie, des locataires précaires de 10 appartements ont pris la décision de faire une grève des loyers afin de signifier ensemble à leur propriétaire leur impossibilité de payer leur loyer du 1er avril:

« Nous travaillons ensemble pour assurer la sécurité de toutes et tous. Toutefois, les circonstances actuelles compromettent non seulement notre santé physique, mais aussi notre santé financière » explique Dexter Xurukulasuriya, un des locataires. Dans une lettre envoyée à leur propriétaire, ils et elles demandent qu’il soit entendu que « l’incapacité de certain·e·s à payer le loyer est due à une crise de santé publique indépendante de notre contrôle, et que pour le bien de la sécurité publique », les locataires doivent pouvoir rester chez eux, « sans craindre de ne pas pouvoir subvenir à leurs besoins de base.»

« Bien sûr, nous sommes conscient·e·s que [notre propriétaire] est également touché par cette crise, et nous sommes rassuré·e·s de savoir que [les propriétaires] ont accès à des outils et à des mesures d’aide comme le report d’hypothèque » ajoute Xurukulasuriya.

DES OUTILS MIS À LA DISPOSITION LES  LOCATAIRES

Des centaines de locataires de Montréal, du Québec et du Canada s’organisent collectivement. Face à l’injustice, à la peur et à l’isolement, nos meilleures armes sont la solidarité, l’attention et le soutien.

Les Draps blancs pour une grève générale ont élaboré une section qui décrit pourquoi et comment participer à une grève des loyers : https://grevedesloyers.info/pourquoicomment/

Nous avons également mis en place d’importantes considérations légales, afin que vous soyez au courant de vos droits, des risques et de la meilleure façon de vous organiser par rapport à ceux-ci :  https://grevedesloyers.info/legal

Nous encourageons les locataires qui s’organisent de manière autonome à nous faire part de leurs mises à jour ou de difficultés rencontrées à l’adresse suivante : grevedesloyers@riseup.net.

Un syndicat autonome des locataires de Montréal prend également forme ; pour en savoir plus : https://syndicatlocatairesmtl.wordpress.com

Il est possible de nous faire parvenir des photos de draps blancs. Le drap blanc est le symbole d’une trêve nécessaire des loyers et des paiements hypothécaires, de la grève des loyers et de la solidarité envers les personnes les plus affectées par cette crise.  Les photos que nous recevons sont rassemblées sous notre galerie : https://grevedesloyers.info/gallerie-2/

Les locataires autonomes de Montréal ont lancé une PÉTITION spécifique au Québec, avec trois demandes claires, dont l’annulation du loyer. La pétition atteint 10 000 signatures. Signez et partagez la pétition : http://chng.it/XJctK2Tw

Rappel de nos précédents communiqués de presse qui contiennent des informations qui demeurent pertinentes en date d’aujourd’hui :

– 31 mars 2020 :  https://grevedesloyers.info/ressources/communique31mars/

– 30 mars 2020 :  https://grevedesloyers.info/ressources/communique2/

– 26 mars 2020 :  https://grevedesloyers.info/ressources/communiquepresse/

—–

Bien que les Draps blancs soient une initiative qui émane du Québec, des grèves de loyers s’organisent partout en Amérique du Nord et dans le monde.

– Voici le site pancanadien ANNULEZ LES LOYERS : www.annulezlesloyers.ca

– Les efforts entourant la grève états-unienne des loyers sont rassemblés ici : https://www.rentstrike2020.org/

– Pour plus d’informations sur les efforts nord-américains et mondiaux, consultez : https://5demands.global/map/

COVID-19 : Éléments de réflexion préliminaires sur la situation actuelle

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Mar 312020
 

De Montréal Antifasciste

L’article qui suit est un assemblage de réflexions préliminaires; les choses évoluent rapidement et de manière largement imprévisible, et bien que nous ne prétendions pas que ces éléments de réflexion soient particulièrement originaux, nous croyons utile de communiquer certaines idées et relier certains éléments d’un point de vue antiraciste et antifasciste, afin de commencer à réfléchir dès maintenant à la manière dont nous pourrons aller de l’avant durant et après cette crise.

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La pandémie du COVID-19 a déclenché des vagues de réactions répressives et autoritaires répondant dans bien des cas à une logique nationaliste. S’il est vrai que le virus coûtera cher en vies perdues, il faut s’attendre à ce que les répercussions sociales soient au moins aussi importantes.

L’extrême droite extraparlementaire ne semble même pas avoir tenté de formuler une réponse cohérente à la crise, ou de présenter une position cohérente. Certaines sections nient carrément l’existence du virus, affirmant qu’il s’agit d’un canular, tandis que d’autres mettent de l’avant des théories du complot insistant sur le fait qu’il s’agit d’une arme biologique développée soit par la Chine, soit par la gauche.  La plupart sont tout simplement dépassés par la cascade rapide des événements. Pour l’instant, nous n’avons vu que des discussions disparates sur les médias sociaux, et c’est à peu près tout. Il ne faudrait pas croire pour autant qu’aucun de ces groupes ne se prépare à dépasser ces limites. Une exception notable est Atalante, l’organisation néofasciste basée à Québec, qui a collé plusieurs bannières à Montréal et à Québec dans la nuit du 21 mars, avec des slogans comme « Le Mondialisme Tue » et « Le Vaccin Sera Nationaliste ». Des antifascistes se sont empressé-e-s de les recouvrir.

Il faut ainsi noter que la réponse non étatique initiale à la crise du COVID-19 a été presque entièrement menée par des forces d’extrême gauche, qui ont mis en place des réseaux d’entraide et de solidarité dans un grand nombre de collectivités partout en Amérique du Nord, tout en mettant de l’avant des revendications socioéconomiques relatives, par exemple, à la grève des loyers et aux conditions de travail de celles et ceux qui sont considéré-e-s comme des « employé-e-s essentiel-le-s ». En même temps, différentes communautés se sont auto organisées en dépit des obstacles. Relevons par exemple la grève de la faim menée au moment d’écrire ces lignes par des personnes détenues à la prison pour migrant-e-s de Laval, et diverses autres initiatives de prisonniers et prisonnières en Amérique du Nord, qui refusent d’accepter sans broncher des circonstances où ils et elles sont considéré-e-s comme « sacrifiables ». (Voir le document COVID-19 Strike Document.)

Malgré l’illusion qu’elles se donnent de « servir la nation », les forces d’extrême droite de type national-populiste ont été incapables de faire quoi que ce soit d’utile dans cette crise, et se contentent plutôt de s’épancher sur les médias sociaux pour dire à quel point elles détestent Justin Trudeau et aiment François Legault. À cet égard, les éloges adressés à Legault et à la CAQ (pas seulement par la droite, il faut bien le dire) sont aussi pitoyables que révélateurs. Rappelons que l’establishment politique que représente la CAQ (avec le Parti libéral du Québec et le Parti québécois) est directement responsable du fait que, suite à des décennies de compressions budgétaires dans les services publics, le système de santé n’est pas aussi solide qu’il devrait l’être pour faire face à l’épidémie actuelle : les hôpitaux manquent de personnel et d’équipement, les stocks d’équipement de protection individuelle, ainsi que les respirateurs artificiels nécessaires pour sauver des vies, risquent de s’avérer nettement insuffisants dans les prochaines semaines, il y a beaucoup moins de lits en soins intensifs par habitant en 2020 qu’en 1992, etc. Le fait que le premier ministre projette (pour l’instant) aux yeux de plusieurs l’image d’une figure paternelle rassurante, en contraste flagrant avec l’inefficace professeur d’art dramatique qui tergiverse au palier fédéral, nous rappelle surtout que l’image est de toute première importance dans le spectacle électoral bourgeois.

Ce que nous avons constaté dans le monde entier, cependant, c’est que les réponses les plus décisives à la pandémie ont été apportées au niveau structurel étatique : fermeture des frontières, législation d’urgence, mobilisation des effectifs militaires, nouveaux pouvoirs policiers, etc. Au cours des deux dernières semaines, plus d’une douzaine de pays européens, ainsi que l’Union européenne, ont imposé de nouvelles restrictions de voyage et des contrôles frontaliers inédits. Ces mesures, qui font écho à des années de xénophobie populiste et d’« euroscepticisme » de plus en plus strident, ont été saluées par des politiciens d’extrême droite. En Italie, Matteo Salvinio, de la Ligue du Nord, a déclaré qu’il est « irresponsable de permettre aux migrants de débarquer d’Afrique, où la présence du virus a été confirmée ». « La pandémie confirme la nécessité des frontières », a déclaré Laura Huhtasaari, membre du Parlement européen et du Parti des Finlandais, « Le mondialisme s’effondre ». Le premier ministre hongrois Viktor Orbán a quant à lui accusé les étrangers et les migrants de propager le virus en Hongrie : « Nous menons une guerre sur deux fronts, l’un s’appelle la migration et l’autre appartient au coronavirus. Il y a un lien logique entre les deux, car les deux se propagent avec les mouvements ».

Ici au Canada, le gouvernement pseudo-progressiste de Justin Trudeau a fermé ses frontières le 18 mars aux voyageurs qui ne sont pas citoyens canadiens ou américains. Il a interdit quelques jours plus tard tous les déplacements non essentiels, puis annoncé un peu plus tard, dans un geste symbolique, que les réfugié-e-s en provenance des États-Unis seraient désormais refoulé-e-s aux passages frontaliers irréguliers comme celui de Roxham Road. Cela représente une concession importante aux revendications xénophobes et racistes au Canada, puisque la fermeture de ces points de passage irréguliers est une demande centrale des forces de droite et d’extrême droite depuis plusieurs années, et Roxham Road a été le site de nombreuses mobilisations anti-immigration au cours de la même période.

Dans le contexte actuel, les diverses mesures répressives décrétées par l’État sont chaudement accueillies. Ici au Québec, suite à un décret gouvernemental interdisant les rassemblements de deux personnes ou plus (à l’exception des personnes vivant dans un même foyer), les corps policiers ont appelé la population à dénoncer leurs voisins qui semblaient enfreindre cette nouvelle mesure. En quelques jours, la police est intervenue pour disperser des dizaines de ces « rassemblements ». Si nous sommes d’accord sur le fait que la socialisation imprudente représente un risque réel pour la santé, nous n’ignorons pas non plus que l’État s’arroge ces jours-ci des pouvoirs qui étaient inimaginables il y a quelques semaines à peine, en grande partie à la demande même de la population. Et cela est de mauvais augure pour l’avenir, avec ou sans pandémie.

D’une certaine façon, l’extrême droite québécoise organisée a été débordée par certains éléments du « courant dominant ». Si l’on compare les écrits d’Atalante à ceux de la chroniqueuse québécoise Denise Bombardier (voir son odieux « Tout va basculer »), on est bien en peine de dire qui, de l’organisation néofasciste ou de la chroniqueuse réactionnaire, est le plus à droite…

On ne peut rien exclure du domaine du possible, et nous devons toutes et tous garder cela à l’esprit. La répression pourrait s’intensifier très rapidement, à un point que la plupart d’entre nous n’ont jamais connu auparavant; rien n’est certain, mais rien n’est impossible non plus en ce moment.

Ici et maintenant, les trois derniers mois ont été marqués par une escalade constante du racisme et des attaques contre ceux et celles qui sont perçus comme des Asiatiques. Selon le site web Stop AAPI Hate : « Des personnes ont rapporté s’être fait tousser ou cracher dessus et s’être fait dire de sortir des magasins, d’autres se sont vues refuser les services de chauffeurs Uber et Lyft, et d’autres encore ont déploré des incidents de harcèlement verbal et en ligne, ainsi que des agressions physiques ». Plus d’un millier de ces incidents ont été répertoriés aux États-Unis entre le 28 janvier et le 24 février, et plus de 650 dans la semaine qui a suivi le lancement du site le 18 mars.

Mais ce phénomène ne se limite pas aux États-Unis. Alors que les nouvelles et la désinformation sur le coronavirus commençaient à se répandre après le Nouvel An, les Canadien-ne-s d’origine chinoise et asiatique ont commencé à évoquer la nécessité de faire face à une augmentation du racisme et de la xénophobie. Comme l’a signalé le Pan-Asian Collective : « À Montréal, deux hommes coréens ont été poignardés cette semaine, et le consulat sud-coréen a émis un avertissement demandant aux Coréen-ne-s d’être prudent-e-s pendant cette période. Au cours du mois dernier, le GaNaDaRa, un restaurant coréen de Montréal, a été cambriolé à deux reprises. Il n’est pas encore clair si ces vols étaient motivés par des raisons raciales, mais les Asiatiques de Montréal sentent clairement monter la tension. Des rapports non confirmés indiquent que KimGalbi, un autre restaurant coréen, a aussi été vandalisé cette semaine. En outre, des crimes haineux ont été commis dans le quartier chinois de Montréal, où un certain nombre de statues et de symboles culturels ont été vandalisés ces dernières semaines, et des attaques ont été perpétrées contre au moins trois temples bouddhistes. Lundi (le 16 mars), une femme asiatique marchait dans le Vieux-Port lorsque deux étrangers ont attiré son attention et lui ont montré un panneau qui disait : “Pas de coronavirus ici!” »

Il est prioritaire de s’opposer au racisme anti-asiatique dans un contexte où le président américain s’obstine à qualifier cette maladie de « grippe chinoise », d’autant plus que l’un des recours déterminants de l’extrême droite est le réflexe de désigner des boucs émissaires pour ensuite les blâmer et les attaquer en période de crise. Tandis que se déroule sous nos yeux le cirque tragique dont Donald Trump est le principal maître de cérémonie, les temps deviendront certainement encore plus critiques, et l’histoire nous enseigne que la réaction ne connaît pas de limite dans la perfidie en temps de crise.

Un certain nombre d’autres idées et arrière-pensées oppressives circulent de plus en plus, auxquelles nous devrions être tout aussi attentifs et attentives. Les formules âgistes et capacitistes à l’effet que le COVID-19 « est plus susceptible de tuer les personnes âgées et celles qui ont des conditions préexistantes » reposent en partie sur des attitudes populaires selon lesquelles les corps humains qui ne sont pas jeunes ou en bonne santé sont dégoûtants, défectueux et moins dignes de soins. Elles s’appuient également sur une éthique productiviste selon laquelle certaines personnes sont considérées comme « parasitaires » et, de ce fait, ne sont pas dignes de l’égalité des droits, dans certains cas même pas dignes de la vie. Historiquement, cette attitude s’est exprimée dans le mouvement eugénique (lequel a été largement soutenu par la gauche comme par la droite), et nous la retrouvons aujourd’hui dans les affirmations de certaines personnalités politiques à l’effet que le préjudice économique qu’entraîne la distanciation sociale est plus grave que la possibilité de voir mourir des personnes âgées et handicapées. (Il convient de noter ici que ces critères capacitistes et eugéniques sont ancrés dans l’État canadien lui-même, pour qui, par exemple, les immigrant-e-s ayant diverses conditions médicales sont automatiquement disqualifié-e-s et inadmissibles à la citoyenneté canadienne.)

Un autre cliché qui circule largement ces temps-ci, y compris dans les cercles progressistes, est l’idée que le virus est une sorte de punition ou de leçon livrée par une « nature » consciente ou métaconsciente pour apprendre aux humains à cesser de dégrader l’environnement. Il est vrai que la réponse au COVID-19 prouve qu’il serait tout à fait possible d’opérer des changements radicaux à d’autres fins (par exemple pour réduire les émissions de carbone et ralentir les changements climatiques), et aussi que la pollution et d’autres effets néfastes ont diminué grâce aux mesures drastiques adoptées dans un grand nombre de pays (tout comme après le 11 septembre). Une telle rhétorique rejette cependant la responsabilité sur les « êtres humains » (magiquement affranchis des divisons de classe, de genre ou nationales) de ce qui est en fait la conséquence d’un système économique mondial maintenu au profit d’une minorité et aux dépens tragiques de la majorité. Ce genre de discours quasi mystique sur la « nature » a historiquement servi à justifier la violence contre ceux et celles qui sont jugé-e-s « contre nature » ou « offensant-e-s pour la nature », et à détourner l’attention des possibles solutions sociétales aux problèmes de la société. À son extrême (que nous n’avons pas encore beaucoup observé, mais dont nous redoutons le potentiel), cette attitude peut s’exprimer dans des mouvements écofascistes misanthropes. (En octobre de l’année dernière, dans un texte commun avec l’IWW et la CLAC, Montréal Antifasciste a exposé une brève série de points concernant les changements climatiques et la crise environnementale; ceux-ci semblent d’autant plus pertinents aujourd’hui à la lumière de la pandémie actuelle).

Nonobstant ce qui précède, en ce moment de crise, l’État reste le terrain privilégié de l’action répressive et nationaliste (bien que la situation ne soit bien sûr pas statique). Certaines tendances d’extrême droite — en particulier celle que les médias ont récemment qualifiée d’« accélérationniste », c’est-à-dire la nébuleuse néonazie qui rêve de carnage et de chaos de masse — ont ouvertement discuté la possibilité de répandre intentionnellement le COVID-19, et nous savons qu’il est beaucoup question dans ces milieux de précipiter une situation de perturbations globales par des actes de violence destinés à semer la terreur. Dans une tentative apparente de réaliser cet imaginaire morbide, le néonazi Timothy Wilson a été tué le 25 mars dernier lors d’une confrontation avec le FBI, alors qu’il tentait vraisemblablement de bombarder un hôpital du Missouri où sont traité-e-s des patient-e-s atteint-e-s du coronavirus. Espérons qu’il s’agit d’un cas isolé, mais ne perdons pas de vue le potentiel ultraviolent de ces milieux.

Au niveau étatique, comme nous l’avons déjà souligné, toute une série de demandes répressives ont été accordées pratiquement du jour au lendemain. Il reste à voir si celles-ci resteront en place lorsque la pandémie se résorbera. Diverses revendications portées par la gauche pourraient également être satisfaites, et il est bien possible qu’une sorte d’État-providence autoritaire renouvelé soit mis en place, car un consensus semble s’être dégagé sur l’échec patent du néolibéralisme. L’État providence et la social-démocratie ont toujours eu une dimension exclusiviste et nationaliste, qui reflète l’ensemble des privilèges historiquement réservés aux citoyen-ne-s natifs en échange de leur loyauté. Il est important de s’en souvenir, car certaines forces de droite proposent des mesures qui pourraient superficiellement ressembler à celles que revendique la gauche.

En même temps, sous le couvert de l’urgence sanitaire mondiale, des programmes répressifs de longue date sont mis au goût du jour. Aux États-Unis, les gouvernements de certains États ont exclu les organisations pratiquant des avortements de la liste des services médicaux essentiels autorisés à rester ouverts. Dans diverses juridictions (notamment en Israël), les données des téléphones portables sont désormais utilisées à la fois pour retrouver les personnes dont le test COVID-19 s’est révélé positif, et pour déterminer où les gens se réunissent d’une manière qui enfreindrait les règles de distanciation sociale. Il serait naïf de croire que de telles solutions technorépressives ne sont pas aussi examinées par les technocrates au Canada et au Québec. Parallèlement, sous le couvert de mesures de relance économique, des milliards de dollars sont plus ou moins discrètement détournés vers des sociétés pétrolières et gazières dans le cadre de la stratégie canadienne d’ouverture des territoires autochtones à l’exploitation capitaliste.

Nous n’en sommes qu’aux premiers jours de cette pandémie, et on ne sait toujours pas de quoi l’avenir sera fait, mais une chose est claire : s’il est indéniable que nous devons assurer aujourd’hui notre sécurité au mieux de nos capacités, nous devons aussi nous préparer à nous battre sur le long terme, peut-être sur différents fronts à la fois.

Message concernant le Salon du livre anarchiste de Montréal

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Mar 312020
 

 

Du Salon du livre anarchiste de Montréal

Chère communauté,

Nous vous écrivons pour vous donner des nouvelles du Salon du livre anarchiste de Montréal en 2020. Comme nous sommes toustes au courant, la pandémie mondiale a mené à l’annulation ou le report de nombreux rassemblements. À l’échelle internationale, plusieurs salons du livre anarchistes, de l’Europe à l’Aotearoa, ont été forcés d’annuler leurs évènements. À Montréal, notre collectif n’a pas encore pris de décision. Il est néanmoins clair pour nous que si l’évènement a bel et bien lieu la fin de semaine du 16 et 17 mai prochain, il prendra une forme significativement différente de celle qu’il a eu dans les deux dernières décennies.

Le Salon du livre anarchiste de Montréal, l’un des plus grands rassemblement du genre sur l’Île de la Tortue, est, depuis ses débuts, un moment où la communauté anarchiste élargie peut se retrouver collectivement. Nous y célébrons et partageons de multitudes manifestations d’idées libertaires et de pratiques qui en découlent. Nous espérons donc parvenir à souligner tout de même ce moment important de nos calendriers et d’y retrouver une forme de connexion sociale et émotionnelle, celles-ci étant particulièrement difficile dans cette nouvelle réalité isolante. Nous aimerions aussi voir le Salon du livre anarchiste, aussi modestement soit-il, démontrer que, durant cette crise, l’anarchie et les multiples manifestations de liberté existent toujours. Nous voulons saisir ce moment historique que nous traversons ensemble afin de réfléchir à comment s’unir pour s’éduquer, militer, agiter et organiser le monde que nous souhaitons créer : après COVID-19, nous ne voulons pas de retour à la normale.

Il nous faudra donc faire preuve d’une grande créativité! Ce pourquoi nous vous sollicitons pour proposer des alternatives imaginatives. Comment pouvons nous saisir et partager un espace pour être ensemble? Existe-t-il d’autres configurations possibles pour nous mettre en dialogue afin d’échanger des idées, de jouer, d’être en deuil, de créer de l’art, de faire de la musique, de prendre soin, de danser, d’être solidaire, et ainsi de suite, afin de se sentir for.tes? Existe-t-il des façons pour que l’on puisse être ensemble, à une « distance sécuritaire », à Montréal? Existe-t-il des façons pour que d’autres puissent, à longue distance, participer activement à ces moments, même avec leurs corps, en synchronicité avec nous?

Faites-nous parvenir vos suggestions créatives au plus tard le 10 avril. Nous prendrons une décision finale sur la tenue du Salon du livre anarchiste le 15 avril. Nous sommes très reconnaissant.e.s de votre support!

Ci-dessous, vous trouverez deux annonces afin de nous garder en contact. D’ici là, prenez soin de vous et de votre entourage.

avec amour, deuil, lutte et soin
le Collectif du Salon du livre anarchiste de Montréal

courrier: [info AROBAS salonanarchiste POINT ca]
tw: https://twitter.com/@BookfairAnarMTL
fb: https://www.facebook.com/SalonduLivreAnarchisteMontrealAnarchistBookfair

**** ****

Notre première annonce est que le Salon du livre anarchiste de Montréal dispose désormais d’un salon de clavardage public. Nous voulons reste en contact avec les gens, maintenant et à l’avenir. Nous voulons pouvoir rencontrer de nouvelles personnes avec d’autres idées et d’autres perspectives. Nous ne voulons absolument pas compter entièrement sur Facebook ou Reddit à ces fins.

Les clavardoirs (et autres « plateformes en ligne ») peuvent être catastrophes, et ceci était particulièrement vrai à leurs débuts. Bien que nous ayons l’intention de modérer cette plateforme (afin de réduire le discours gênant et agaçant), nous espérons que les utilisateur.trice.s potentiel.le.s seront sensibles à la difficulté de cette entreprise. Heureusement, toustes les utilisateur.trice.s pourront ignorer d’autres utilisateur.trice.s s’il.elle.s le souhaitent. On peut aussi désactiver les notifications, et disposer d’outils nous permettant de prendre du recul plutôt que de se faire aspirer, mais sans avoir à se déconnecter complètement.

Si vous êtes intéressé.e.s à être un.e modérateur.trice, ou de nous aider à maintenir ou améliorer le clavardoir, n’hésitez pas à nous envoyer un courriel avec le mot « modération » dans la ligne du sujet. Nous aurons besoin de modérateur.trice.s qui parlent français, anglais et potentiellement d’autres langues. Aussi, n’hésitez pas en entrer en contact avec nous si vous connaissez comment Matrix, spécifiquement, fonctionne, ou si vous pensez pouvoir apprendre son fonctionnement. Notre système est loin d’être parfait en ce moment, et nous aimerions avoir des personnes qui peuvent nous aider à l’améliorer avec le temps, surtout concernant la sécurité de l’information dans les mouvements sociaux. Nous tentons de trouver un équilibre entre quelque chose de facile à utiliser pour tout le monde et la sécurité informatique, deux objectifs importants mais parfois mutuellement exclusifs.

Si vous aimeriez vous connecter au clavardoir à partir d’un ordinateur, la façon la plus simple d’y parvenir (mais pas nécessairement la meilleure) est de suivre ce lien : https://irc.anarchyplanet.org/#salon-anar-mtl

Si vous aimeriez le faire à partir d’un téléphone intelligent, la façon la plus simple d’y parvenir est probablement d’installer l’application Telegram, de s’y faire un profil, et ensuite de l’utiliser pour ouvrir ce lien : https://t.me/joinchat/PH2YmkyNkjns1N0yHAcbNA

Si vous êtes confortable avec un défi de plus grande taille, indépendamment de si vous utiliser un ordinateur ou un téléphone intelligent, nous recommandons d’utiliser une application Matrix à partir de https://riot.im et de se connecter par la suite à l’adresse Matrix suivante : #salon-anar-mtl:riot.anarchyplanet.org (nous recommandons l’application RiotX pour les appareils fournis avec Android)

Si vous avez quelconques questions sur ce sujet (incluant sur toutes les choses ci-dessus ou sur d’autres façons de vous connecter) ou si vous avez des besoins spécifiques d’accessibilité, n’hésitez pas à nous envoyer un courriel à [info AROBAS salonanarchiste POINT ca]. Nous ferons de notre mieux pour répondre adéquatement à vos besoins. Si votre question est à propos de comment faire pour vous connecter via Tor, veuillez inscrire « tor français » ou « tor english » dans la ligne du sujet du courriel. Sinon, veuillez inscrire « clavardoir » ou « chatroom » dans la ligne du sujet du courriel.

Il est important de noter que tout ce qui sera dit dans le clavardoir est public, même si les utilisateur.trice.s sont anonymes. N’importe qui peut se joindre, incluant des gens qui veulent du mal aux anarchistes ou qui sont tout simplement problématique. (Ceci est aussi vrai durant l’habituel Salon du livre anarchiste de Montréal. Nous pensons bien entendu que les grands espaces publics sont cruciaux malgré la réalité des très sérieuses questions de préjudices auxquelles tous ces espaces sont confrontés. Nous faisons de notre mieux durant le Salon du livre – et nous ferons de même dans le clavardoir – de faire face à ces problèmes lorsqu’ils se manifesteront.) L’important est toujours de créer quelque chose qui est difficile à surveiller/ficher efficacement. Malgré les théories de complôt, il existe encore des moyens de faire ce genre de choses sur l’internet, du moins des moyens suffisants pour nos besoins.

Mais, nous apprenons à fur et à mesure. Peu importe où vous en êtes dans le domaine de la technologie, vous pourriez continuer votre apprentissage à nos cotés, et en profiter pour partager votre texte anarchiste préféré qui vient d’être publié et aider les gens isolé.e.s socialement à se sentir plus connecté.e.s.

**** ****

Deuxièmement, nous avons mis en place, il y a quelques semaines, une liste courriel publique pour les bénévoles. Nous n’avons toujours pas envoyé de courriel, et il y a peu à faire pour l’instant. Par contre, à un certain point, le Salon du livre aura besoin de bénévoles pour toutes les choses que nous ne pouvons tout simplement pas faire par nous-même – même si le Salon du livre tel que nous le connaissons ne pourra pas prendre place dans les mois à venir. Faire de l’affichage dans la ville, servir de la nourriture, faire du gardiennage et faire de la traduction dans plusieurs langues sont des exemples de bénévolats qui ont été très utiles dans le passé.

Nous remercions toutes les personnes qui se sont déjà inscrites sur la liste, et demandons à ce que d’autres le fassent aussi. Pour ce faire, allez au https://noise.autistici.org/mailman/listinfo/benevoles-volunteer-salonmtl et enregistrez-vous, ou envoyez nous un courriel avec le mot bénévole dans la ligne du sujet.

Sachez que vous inscrire ne vous engage à rien, et que cette liste n’est qu’un bulletin d’information. Nous voulons simplement une façon direct et simple de communiquer aux gens ce avec quoi nous avons besoin d’aide, si ceux-ci sont intéressé à savoir comment ça avance.

Message des prisonniers au Centre de surveillance de l’immigration de Laval : Grève de la faim jusqu’à la libération

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Mar 242020
 

De Solidarité sans frontières

Laval, 24 mars 2020

Suite à la pétition que nous avons lancé [aux autorités concernées, le 19 mars 2020, pour réclamer notre libération dans un contexte de pandémie*], et qui n’ont pas donné de réponse sur notre situation de détention. Nous avons décidé de passer à la phase deux de notre plan; qui consiste à entamer une grève de la faim pour une durée indéterminée à compter d’aujourd’hui. Cela se fera dans la manière la plus pacifique et nous ne brisons aucune loi du Centre de détention.

Merci de votre soutien et toute aide sera la bienvenue.

* Pétition pour la libération des détenus, envoyée aux ministres de l’immigration et de la sécurité publique le 19 mars 2020 :

Nous sommes présentement détenus au Centre de surveillance de l’immigration à Laval. Étant donné la situation d’urgence due à la propagation de coronavirus, nous estimons que nous faisons l’objet d’un haut risque de contamination. Ici au centre de détention, nous vivons dans un espace restreint où tous les jours nous voyons l’arrivée de nouvelles personnes, venant d’un peu partout et qui n’ont passé ni de visite médicale, ni de dépistage pour déterminer s’ils seront de potentiels porteurs du virus. Sans oublier la présence du personnel de sécurité qui sont aussi en contact permanent avec le monde extérieur sans passer aucun test médical. C’est pour toutes ces raisons, que nous lançons cette pétition pour réclamer notre libération.

#GrèveFaimLaval #LiberezLesTous

3/25/2020 – appel à la solidarité

Grève des loyers à Montréal à partir du 1er avril 2020

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Mar 202020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Affiche 11″ x 17″

Dépliant bilingue / affiche 8.5″ x 11″ noir et blanc

Voir aussi : Grevedesloyers.info

Les pauvres, les sans-emploi, les précaires, les sans-papiers, les travailleur.ses à contrats et autres travailleur.ses — nous tous et toutes qui joignons les deux bouts un mois à la fois — nous ne serons pas en mesure de payer notre loyer ce 1er avril. Beaucoup d’entre nous avions déjà de la difficulté à payer le loyer avant que cette crise ne frappe, et accumulons probablement déjà du retard. Dans une perspective d’action directe et de solidarité sociale, TOUTES ET TOUS les locataires peuvent refuser de payer leur loyer ce 1er avril.

Même si vous avez les moyens de payer votre loyer, vous joindre à la grève est essentiel pour soutenir ceux et celles qui ne le peuvent pas. Nous devons être une masse critique de gens à participer afin de rendre la situation intenable et d’empêcher les autorités de nous réprimer.

Ensemble :

  • Arrêtons de payer nos loyers ;
  • Bloquons les expulsions et les rénovictions ;
  • Rendons disponibles les logements vacants — incluant Airbnb, condos vides et hôtels — pour héberger les itinérant.es ou les gens sans logement sécuritaire.

L’urgence du moment en appelle à une action collective décisive. Protégeons-nous et prenons soin de nous et de nos communautés. Maintenant plus que jamais, nous devons refuser l’endettement et l’exploitation. Les locataires ne doivent pas être forcé.es de payer le prix d’une crise sanitaire collective.

  • La Régie du logement a suspendu les audiences d’expulsions. Dans le futur immédiat, votre propriétaire ne peut pas vous faire comparaître à la Régie pour vous expulser si vous ne payez pas votre loyer.*
  • Si vous vivez tout de même du harcèlement ou de l’intimidation de la part de votre propriétaire, discutez avec vos voisin.es d’une réponse collective.

*En dernier recours, si les activités régulières de la Régie recommencent et que vous êtes convoqué.es à une audience d’expulsion, vous pouvez éviter l’expulsion en payant, sur le coup et en argent comptant, tous les loyers non-payés ainsi que les frais supplémentaires, tant que vous n’avez pas souvent payé votre loyer en retard. Mais si nous sommmes assez nombreux.ses à faire grève, nous pourrons nous supporter mutuellement et rendre impossible le déroulement normal des expulsions. De l’information juridique supplémentaire suivra. [Voir Enjeux légaux ; NdMTLCi]
greve_loyers_mtl@riseup.net

🏴 POUR UN MONDE SANS LA PIRE DES ÉPIDÉMIES : PATRONS, PROPRIOS, FLICS 🏴

Affiche 11″ x 17″

Dépliant bilingue / affiche 8.5″ x 11″ noir et blanc

Voir aussi : Grevedesloyers.info

Allié.es contre l’État colonial

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Mar 042020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Chambord, route 155, pont du CN
mardi 3 mars 2020

    La cellule des tardigrades

Blocage des rails du CN à Rosemont

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Mar 012020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

De nouveaux blocages ont surgit au coeur même de Montréal cet après
midi, une fête est organisée pour les supporter au Champ-des-possibles.
Plus d’une centaine de personnes sont actuellement présentes et de plus
en plus de gens s’y joignent. Dans le cadre de la nuit blanche, les
festivités montréalaises sont détournées pour réaffirmer la souveraineté
territoriale wet’suwet’en et dénoncer le projet de pipeline Coastal
Gaslink.

En direct de ces festivités ferroviaires, Chantale Simard déclarait :
“La situation est très simple: le Canada retrouvera son calme colonial
quand le gouvernement de Trudeau écoutera les chefs traditionnels et
abandonnera son ridicule projet de pipeline”. S’arrêtant de dancer
quelques instants pour s’exprimer calmement, Juan Tremblay-Cortez
affirmait : “Nous sommes ici en tant que protecteurs et protectrices de
l’eau et de la terre. L’appel a été lancé partout, ceux et celles qui
ont à coeur les territoires et la vie qu’ils rendent possible doivent
agir par tous les moyens et bloquer ponts, ports, routes et rails. À la
télévision ils ont dit : partout, maintenant!”

Solidarité avec les Wet’suwet’en depuis la France

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Fév 292020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Samedi 22 Février dernier lors d’un grand gala de sports de combat autonomes et populaires en France, les boxeur.euse.s et spectateur.ice.s ont voulu faire preuve de leur solidarité avec le peuple Wet’suwet’en qui fait face à l’attaque du prétendu état de Colombie Britanique et de la police montée Canadienne.

Nous envoyons un message de paix et d’amour à tous ceux qui luttent pour la préservation de leur modes de vies face à l’oppression et donc contre le pipeline Coastal Gaslink .

Puissiez vous être fort.e.s et victorieu.se.s.x dans votre lutte qui nous suivons avec attention depuis notre côté de l’océan.

#WetsuwetenStrong #RCMPoffPlanetEarth #ACAB #shutdowncanada

Note:

Nous appelons à multiplier les actes de solidarité à travers le monde afin de leur signifier notre soutient et augmenter la pression sur le prétendu canada et ses colons.

Déclaration de solidarité avec les Wet’suwet’en et leur lutte contre l’agression coloniale

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Fév 282020
 

De Montréal Antifasciste

Tiohtià:ke (Montréal), le 27 février 2020 – Montréal Antifasciste tient à déclarer sa solidarité inconditionnelle avec la résistance continue de la nation wet’suwet’en contre le colonialisme canadien, ainsi qu’avec toutes les personnes qui ont entrepris des actions en appui aux Wet’suwet’en suite à l’invasion de leur territoire par la GRC le 6 février 2020. De toutes les barricades érigées au cours des dernières semaines d’un bout à l’autre du pays illégal qu’on nomme « Canada », nous voulons tout particulièrement saluer les campements installés sur les voies ferrées par des membres de la nation Mohawk à Tyendinaga – que la police coloniale a attaqué le 24 février 2010 – et à Kahnawake – qui est sous la menace d’une autre injonction coloniale au moment d’écrire ces lignes.

En tant que groupe antifasciste en lutte contre l’extrême droite, nous sommes bien souvent amené·e·s à braquer les projecteurs sur des individus que la société dominante ne considère au mieux que comme des ratés marginaux. Mais nous ne perdons jamais de vue en menant ce travail rebutant que le fascisme est, et a toujours été, intimement lié au colonialisme. Le poète Aimé Césaire a d’ailleurs judicieusement fait remarquer, au sujet de la montée d’Hitler, que les crimes du régime nazi n’étaient qu’un redéploiement en Europe des procédés employés par les puissances européennes partout contre les peuples colonisés. Cette observation s’applique certainement aussi au Canada, où l’extrême droite est ancrée dans la longue histoire de violence coloniale déployée contre des peuples opprimés aux quatre coins de la planète, et en premier lieu contre les premiers peuples des territoires que nous occupons.

Relevons au passage le rôle des militants d’extrême droite qui tentent de constituer des groupes de vengeurs populaires pour attaquer les barricades, comme cela s’est produit à Edmonton le 19 février 2020. La rhétorique vindicative s’épanche librement dans les médias sociaux, où des hordes de réactionnaires profèrent des menaces de violence à longueur de journée. Nous n’avons pas oublié 1990, lorsque des ex-policiers se sont alliés à des personnalités médiatiques de droite et ont mis sur pied des groupes de citoyens vengeurs pour terroriser des autochtones – en particulier les Mohawks – en collaboration avec un groupuscule du KKK implanté au Québec. C’est en gardant toujours à l’esprit cet énorme potentiel de racisme et de violence à la canadienne que nous définissons notre antifascisme et notre anticolonialisme.

Celles et ceux d’entre nous qui sont des colon·e·s connaissent bien leur position. Ne nous leurrons pas : la « gauche » dans ce pays, comme dans toutes les colonies de peuplement, s’est souvent compromise dans l’histoire coloniale et faite complice du colonialisme. C’estt un héritage que nous devons nous engager à combattre dans nos propres rangs. Lorsque les rêves d’un Québec socialiste indépendant se fondent sur la construction anticipée de barrages hydroélectriques en terres autochtones, lorsqu’on évoque une « tradition progressiste canadienne » qui ne s’est jamais vraiment montrée incompatible avec le génocide, ou lorsqu’un gouvernement provincial NPD lâche la police coloniale contre les protectrices et protecteurs du territoire, nous devons afficher clairement notre dissidence. Rappelons-nous encore qu’en 1990, une partie de « la gauche » s’était ralliée contre les Mohawks, tandis que d’autres renvoyaient dos à dos la Warrior Society et l’État canadien comme étant « également criminels ». Là encore, nous rejetons franchement cet héritage.

Celles et ceux d’entre-nous qui sont des colon·e·s vivant sur des terres autochtones jamais cédées doivent s’efforcer de mieux comprendre les responsabilités qui leur incombent, de se montrer à la hauteur de ces responsabilités – tout en appelant nos camarades et différentes communautés à incarner leur solidarité avec la résistance anticoloniale – et d’apprendre à faire leur part pour saborder le génocide qui se poursuit aujourd’hui sur ces terres.

En solidarité complète avec la résistance autochtone!
Contre le fascisme; Contre le Colonialisme!

 

Mashteuiatsh : Plus de 100 personnes manifestent en appui aux Wet’suwet’en et contre GNL Québec

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Fév 272020
 

Du Collectif Emma Goldman

Plus d’une centaine de personnes, Autochtones et Allochtones ensemble, ont manifesté hier à Mashteuiatsh, avec un fort soutien de la communauté. Ce rassemblement se voulait en appui à la lutte des Wet’suwet’en, qui se battent contre le passage d’un gazoduc (Coastal GasLink) sur leur territoire, mais également en opposition au projet de GNL Québec de faire passer un gazoduc sur les territoires ancestraux de plusieurs peuples Autochtones dont les Innus, les Atikamekws et les Anishnabeg. Selon les organisatrices et l’organisateur de la manifestation, ces luttes ont en commun la défense de la Terre Mère. En entrevue avec Le Quotidien, Paul Basilish, un aîné de la communauté, a affirmé : « Entre autochtones, on doit se tenir ensemble. On ne doit pas sacrifier notre territoire pour créer des jobs pour une génération. Je veux laisser un territoire en bonne santé à mes petits-enfants [1] ». Une dizaine de personnes ont simultanément manifesté à l’Anse-Saint-Jean, répondant à un appel du Collectif Bas-Saguenay pour s’opposer au projet de GNL Québec.

Le projet d’une usine de liquéfaction du gaz naturel à La Baie, d’un immense gazoduc traversant une grande partie du Québec et de transport du gaz par bateaux sur le Fjord du Saguenay, comme les autres grands projets, continue de soulever une vive opposition, malgré l’intense lobbying de ses promoteurs et de leurs allié-e-s. Alors que l’opposition est actuellement accusée de « polariser » le débat avec de maigres moyens de communication et quelques actions de sensibilisation, qui demeurent pour l’instant symboliques et non perturbatrices, les promoteurs bénéficient de l’action audacieuse et très partisane des élites régionales qui tentent de faire avancer le projet et de balayer l’opposition dans un déni de représentativité (une forme de bâillon light). Il est plus que jamais nécessaire de le nommer : la quête de « l’opinion publique » offre un piège clair et net pour les opposants et opposantes aux grands projets. L’exemple de la lutte des Wet’suwet’en est là pour nous éclairer davantage. Notre seule chance de se faire entendre et de faire échouer ceux-ci est de redoubler d’audace dans des actions qui auront un impact direct sur les parties prenantes au dossier ou qui dresseront les projecteurs sur leurs choix ignomieux. Ces actions, sous le prisme déformant des médias de masse et de leurs commères éditorialistes, pourront certes choquer quelques belles mères et mononcles, baignant depuis trop longtemps dans les litanies de la droite ambiante. Elles forceront néanmoins les promoteurs, élu-e-s, actionnaires et compagnies à remettre en question leurs plans, leurs investissements et les possibilités d’entreprendre ces grands projets dans nos milieux de vie. L’action directe peut en définitive nous redonner un contrôle (sans intermédiaire) sur nos vies.

La réconciliation est morte: proposition stratégique

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Fév 252020
 

Soumission anonyme à North Shore Counter-Info

LA RÉCONCILIATION EST MORTE

par tawinikay
(aka Southern Wind Woman)

La réconciliation est morte. Elle est morte depuis un certain temps.

Si une seule chose m’a apporté de la joie ces dernières semaines, c’est ce qui a commencé lorsque les matriarches de Unist’ot’en ont brûlé le drapeau canadien et ont déclaré la réconciliation morte. Comme une traînée de poudre, cette déclaration a traversé le cœur des jeunes aux travers des territoires. De leur bouche, les dents dénudées, ils ont fait écho : “la réconciliation est morte ! la réconciliation est morte !” Leurs yeux sont plus aiguisés à percevoir une vérité que beaucoup de nos aînés ont été trop timides pour nommer. L’ère Trudeau de la réconciliation a été une farce dès le début. Elle a toujours été plutôt destinée aux colons canadiens qu’aux autochtones.

“La réconciliation est morte” est un cri de guerre.

Cela signifie que la pression pour respecter notre part du marché est terminée. La jeune génération a jeté les menottes au sol. Nous entrons peut-être dans une nouvelle ère, où le militantisme remplace la négociation et la contestation juridique. Une époque où nous commençons à nous soucier moins du jugement juridique et moral du colonisateur et plus de nos responsabilités.

Critiquer la réconciliation, ce n’est pas faire honte aux anciens et aux personnes qui ont participé à la Commission Vérité et Réconciliation, c’est attaquer un gouvernement qui a profité de ce moment de vulnérabilité pour renforcer son image globale. Je l’ai déjà dit et je le répète, je ne blâme pas notre génération âgée d’espérer un avenir plus pacifique. Ceux qui ont vécu l’horreur des pensionnats et le scoop des années 60, les jours d’autorisation de circuler et les abattages de chiens de traîneau ne pouvaient que souhaiter une vie meilleure pour les générations à venir. Il est de la responsabilité de ces jeunes générations de se lever et de dire que ce qui leur est offert n’est pas suffisant. C’est à nous de dire que nous préférons encore cent ans de lutte plutôt que d’accepter la douce assimilation qui nous est offerte. C’est à nous de remercier nos aînés pour leur service et de nous tourner ensuite vers les lignes de front avec nos plumes, nos tambours et nos poings.

Parce que les idées seules ne changent rien. C’est un mensonge libéral. Il faut que les mots soient supportés par l’action pour faire la différence. Cette action doit être entreprise ensemble. Ni les idées ni la pratique ne sont créées par les individus. Tout ce qui est écrit ici est le résultat de discussions et d’interactions avec d’autres défenseurs des terres, des amoureux, des anarchistes, des mères, des enfants et des résistants. Nous devons être responsables de ce que nous disons tout en reconnaissant que le savoir est créé par les communautés. Il faut toujours voir les choses de cette façon afin de subvertir la hiérarchie, de ne jamais permettre qu’une personne soit élevée au-dessus d’une autre.

Ce qui est écrit ici vous appartient donc à tous. Prenez-le et faites-en ce que vous voulez.
Discutez. Défendez-le. Dénoncez-le. Faites-en votre affaire.

Oubliez les règles.

Le Canada est un État colonial. Il existe pour gouverner un territoire et gérer les ressources de ce territoire. Ce n’est ni plus ni moins que ça. Il a fait un excellent travail afin de convaincre ses citoyens qu’il défend quelque chose, quelque chose de bon. C’est ainsi qu’il maintient sa légitimité. Le mythe national de la politesse et de la civilité gagne le soutien des électeurs. Il a été soigneusement construit au fil du temps et il peut être déconstruit. En fait, les règles du Canada changent tout le temps. J’écrirais bien davantage à ce sujet, mais la vérité est que je ne pourrais pas faire mieux que ce que j’ai récemment découvert en ligne. @Pow_pow_pow_power a récemment écrit ce qui suit :

Les gouvernements des colons ont inventé les règles au fur et à mesure depuis le début de leurs invasions. Alors que chaque génération lutte pour s’éduquer au respect des règles, ils les ignorent et font ce qu’ils veulent quand ils veulent. Cela ne devrait pas être une surprise. Il en a toujours été ainsi parce qu’ils se placent au-dessus de tout – des autres personnes, de nos frères et soeurs animaux, de l’équilibre de la nature et certainement de “ce qui est juste”. Les lois ont toujours été adoptées pour légitimer leurs caprices et leurs intérêts en tant qu’intentions de dirigeants apparemment rationnels, et pour nous garder soumis à leurs besoins.

Nous vivons actuellement à une époque où nos structures impérialistes se sont montrées très soucieuses de paraître ordonnées et civilisées aux yeux des autres régimes de pouvoir afin de cultiver un sentiment de supériorité. C’est pourquoi la violence à laquelle nous nous sommes habitués ne prend plus la forme de massacres, de tortures publiques et d’exils, mais de raids nocturnes et de disparitions, de criminalisations et de l’enfermement dans des systèmes de négligence. Elle est devenue plus dépendante de la violence structurelle et de l’effacement que de la violence directe, et donc plus insidieuse. L’insidieux est plus efficace et plus difficile à identifier comme source d’injustice.

C’est pourquoi, lorsque nous les abordons, dans la légalité, la paix, la rationalité, l’équité et la douceur, avec autant de grâce et de calme que possible, nous sommes facilement rejetés avec des sourires blancs polis de “meilleures intentions”, de “regrets les plus profonds” et de “nous faisons de notre mieux”, en fait “nous faisons mieux que la plupart”. Et lorsque nous insistons, plus fermement, plus passionnément, plus justement, la réponse des gouvernements des colons est aussi claire que nous le voyons maintenant : “Pourquoi ne pouvez-vous pas simplement obéir ?”

Les Canadiens veulent croire que la violence coloniale est une chose du passé, donc le gouvernement la leur cache. C’est pourquoi la GRC n’autorise pas les journalistes à les filmer alors qu’ils lancent leurs chiens sur les femmes qui défendent leurs terres. C’est pourquoi ils s’en tireront à bon compte.

Le temps est venu d’arrêter de chercher la justice dans le droit des colons.

Pour les peuples autochtones du Canada, il est impossible d’éviter la violence que nous inflige l’État. Lorsque nous levons le poing et que nous ripostons, c’est toujours un acte d’autodéfense. Toujours. S’engager dans la non-violence ou le pacifisme face à un ennemi violent est une chose dangereuse. Pourtant, essayer d’éviter d’utiliser la violence jusqu’à ce que cela soit absolument nécessaire est un principe noble. Un principe qui porte en lui le plus d’espoir pour un nouvel avenir. Mais que signifie la violence pour l’État colonisateur ?

Pour eux, prendre d’assaut un territoire avec des armes à feu et en retirer ses occupants légitimes, ça, ce n’est pas violent. Raser les sommets des montagnes ou les forêts coupées à blanc, ou aspirer le pétrole du sol pour ensuite le brûler dans l’air, ce n’est pas violent. Confiner des poulets, des cochons et des vaches dans de minuscules caisses, sans leur permettre de voir la lumière du soleil, en les utilisant comme des machines à manger, ce n’est pas violent.

Mais briser une fenêtre d’un bureau du gouvernement…
Cela va trop loin.

Il est temps que nous voyions leurs lois pour ce qu’elles sont : imaginaires et hypocrites. Les lois sur les colons existent pour protéger les colons. Nous ne sommes pas des colons. Nous sommes Michif. Nous sommes Anishinaabek. Nous sommes Onkwehón. Nous sommes Nêhiyawak. Nous sommes Omàmiwininì. Nous sommes Inuits. Nous sommes Wet’suwet’en. Alors pourquoi continuons-nous à faire appel à leurs lois pour notre légitimité ?

À chaque fois, les communautés dépensent des centaines de milliers de dollars pour contester les droits fonciers. La Première nation Chippewa of the Thames a utilisé l’argent gagné dans le cadre d’une revendication territoriale pour lancer une contestation judiciaire contre le Canada disant qu’ils n’ont jamais été consultés de manière appropriée, et qu’ils n’ont pas consenti à ce que le pipeline de la ligne 9 traverse leur territoire. La Cour suprême s’est prononcée contre eux, affirmant que les peuples autochtones n’ont pas le droit de dire non à des projets industriels sur leurs territoires. La ligne 9 est toujours opérationnelle. Les Wet’suwet’en ont sans doute remporté la plus importante contestation judiciaire de l’histoire du Canada. Le verdict Delgamuukw a vu les tribunaux reconnaître que le territoire des We’suwet’en n’est pas cédé, qu’ils détiennent le titre et la juridiction légale, et pourtant, regardez comment le Canada honore cela. Ce n’est pas avec des victoires juridiques que nous gagnerons notre terre et notre dignité. Le Canada se soucie aussi peu du droit canadien que du droit autochtone…

Il en va de même pour les Nations unies et leur précieuse UNDRIP. Nous avons vu que l’État adoptera les principes de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) et les interprétera en fonction de leurs besoins. Ce document stipule que les gouvernements et les entreprises doivent obtenir un consentement préalable, libre et éclairé pour s’engager dans des projets sur leurs territoires. La Colombie-Britannique l’a adopté et, pourtant, proclame que cela ne signifie pas qu’ils doivent obtenir le consentement des Wet’suwet’en. Le consentement ne signifiera jamais réellement le droit de dire non. Et l’ONU n’a aucun moyen de le faire respecter.

Le temps est passé pour les contestations judiciaires devant leurs tribunaux qui ne font que drainer nos ressources et nous ralentir. Je rends hommage aux parents et aux ancêtres qui ont tenté de trouver une solution pacifique, qui ont fait confiance aux bonnes intentions des autres humains. Mais les colons ont prouvé que les options pacifiques qu’ils nous ont offertes sont des mensonges. Trompez-nous une fois, honte à vous.

Il ne s’agit plus seulement d’Unist’ot’en.

Il s’agit de nous tous. D’un jour à l’autre, la GRC pourrait tenter d’intervenir et d’expulser le blocus ferroviaire de Tyendinaga. Je suis solidaire avec eux autant qu’avec les Wet’suwet’en. Il ne s’agit pas seulement de faire reculer le gouvernement et ses hommes de main militarisés à Unist’ot’en et Gitdum’ten, il s’agit aussi de les amener à desserrer leur emprise sur nous tous. Il s’agit de proclamer la mort de la réconciliation et de reprendre notre pouvoir.

Cela ne veut pas dire que nous devons oublier Unist’ot’en et les abandonner au moment où ils ont le plus besoin de nous. Il s’agit d’une proposition visant à élargir notre champ d’action afin que nous ne perdions pas notre élan vers l’avant si ce qui se passe à l’Ouest ne répond pas à nos rêves les plus fous. Il s’agit d’élaborer un récit plus fort.

Cela signifie que nous devrions réfléchir avant de prétendre que les Wet’suwet’en ont le droit à leur terre parce qu’elle n’est pas cédée. N’avons-nous pas tous droit à la terre volée à nos ancêtres ? Pour qu’une terre soit non cédée, cela signifie qu’elle n’a jamais été vendue, cédée ou perdue par conquête. La Proclamation royale de 1763 a exhorté le Canada et le Dominion à ne s’approprier des terres que par la conclusion d’un traité. C’est ce que les agents du Canada ont entrepris de faire. Ils ont continué à conclure des traités sur tout le continent, parfois en mentant sur le contenu des traités à des ancêtres qui ne parlaient pas anglais, parfois en trouvant celui qui signerait le traité sans se soucier de savoir si cette personne agissait avec le soutien de la communauté. Après la signature du dernier traité, le Canada a interdit aux Indiens d’engager des avocats pour contester les revendications territoriales. Et ils ont ensuite volé le reste de ce qu’ils voulaient. Ils ont continué à inonder les terres avec des colons jusqu’à ce que les peuples autochtones ne disposent plus que de 0,2 % des terres qu’ils protégeaient et sur lesquelles ils vivaient.

Je n’ai que faire d’en appeler à la légitimité d’un territoire non-cédé. Toutes les terres ont été volées. Le Canada ne possède de juridiction sur aucune de celles-ci, parce que tous les accords conclus pour les acquérir ont depuis été brisés.

On peut adresser la même critique à l’idée que la gouvernance héréditaire est le seul vrai leadership des peuples autochtones. Je ne suis pas pour les conseils de bandes. Mais c’est important de comprendre que plusieurs de nos relations ont perdu le système héréditaire qui nous a jadis aidés à bien vivre. Nous devrons raviver notre gouvernance. Nous pouvons nous inspirer des formes du passé et nous pouvons aussi en inventer de nouvelles. Toutes les formes d’organisation choisies librement sont légitimes. Notre légitimité ne sort pas de la bouche de nos leaders, mais elle réside dans notre connexion au territoire et à l’eau, ainsi que dans notre engagement à nos responsabilités envers toute la vie, celle d’aujourd’hui comme celle des générations à venir.

Tout ceci peut constituer une bonne chose, si nous l’acceptons ainsi. C’est insensé de croire que nous n’avons pas changé et évolué en 300 ans. De toute façon, nos systèmes se seraient transformés. Voilà une opportunité de combiner de nouvelles et belles idées avec les traditions et les cérémonies ancestrales des anciens, des communautés spirituelles où la hiérarchie est subvertie et le genre est libéré!

C’est le moment de tout renverser.

Le Canada a toujours eu peur que prenions notre pouvoir en mains. La réconciliation a été une distraction, une carotte agitée devant notre nez, une ruse pour que nous nous comportions bien. Le moment est venu de leur montrer à quel point nous voyons clair. Être déterminés et assurés ne veut pas dire ne pas avoir peur. Les temps qui arrivent sont dangereux. Dire : « Je n’obéirai pas », c’est dangereux.

La première chose à faire est d’arrêter de nous poignarder dans le dos entre nous. Siégez au conseil de bande si vous le voulez, mais que ça ne vous monte pas à la tête. Ne vous percevez jamais plus qu’un serviteur, un distributeur d’argent et quelqu’un qui fait respecter la loi. Ce n’est pas parce que vous êtes élu que vous avez gagné le respect de votre communauté. Ça ne fait pas de vous un aîné. Laissez-moi prendre le temps de lancer un gigantesque fuck you aux nations Métis qui ont signé les accords de pipeline parce qu’elles étaient si heureuses que le gouvernement les considère autochtones. Les Métis n’ont pas de droits de territoire en Ontario et continuent de signer des accords comme si c’était le cas, en poussant les nations autochtones qui ont réellement un territoire à se jeter sous un train. Laissez-moi étendre ce « fuck you » aux nations autochtones qui ont signé les accords de pipeline et restent en silence alors que leurs relations se font attaquer pour protéger l’eau. Ou encore pire, qui donnent des entrevues avec des lobbyistes pro-pétrole et des médias conservateurs en dénigrant les défenseurs de la terre dans leur entourage. Ne voient-ils pas comment les Canadiens dévorent leurs mots et salivent en constatant notre division, et l’utilisent pour dénigrer notre manière de vivre? Je n’excuse pas les attaques contre nos pairs qui ont perdu le chemin rouge, mais nous devons trouver une façon de les rallier à nous. Tout le monde n’est pas obligé d’être sur la ligne de front dans sa communauté, mais on devrait au moins refuser de coopérer avec le gouvernement colonial et les entreprises à son service.

La deuxième chose que nous devons faire, c’est agir. Mais nous ne devons pas nous limiter aux actions qui demandent le retrait policier du territoire Wet’suwet’en. Le gouvernement fédéral mène le bal; pas seulement à Unist’ot’en mais à tous les niveaux où des autochtones sont opprimés à travers le territoire. Toute attaque contre l’État canadien est une action de solidarité. Solidarité encore, toute affirmation de la souveraineté autochtone.

C’est le moment de commencer l’occupation dont vous rêvez.

Un bout de votre territoire a été annexé? Reprenez-le. Un nouveau pipeline doit être construit dans votre cour? Bloquez le chemin. Des propriétaires de chalets souillent le lac près de votre communauté? Donnez-leur un avis d’expulsion et installez un campement. Sabotez les fermes aquacoles qui tuent les saumons. Détruisez le barrage qui bloque la rivière. Jouez avec le feu.

Lorsqu’on canalise tous nos espoirs et nos rêves de lutte vers un même endroit, on va tout droit à l’épuisement avec le cœur brisé. Luttons pour le peuple Wet’suwet’en, oui! Mais honorons leur courage et leurs actes en les laissant nous inspirer à faire de même. Luttons pour eux en luttant pour le manoomin, les milieux humides et les grizzlis.

Choisissez bien vos complices. Les libéraux qui reconnaissent qu’ils sont en terres volées ont souvent trop investi dans ce système pour le voir changer réellement. Les communistes imaginent un système sans un Canada capitaliste, mais ils veulent un État communiste, qui aura inévitablement besoin de contrôler le territoire et de l’exploiter. Construisez des liens de confiance avec des ceux qui veulent la destruction de l’État pour que des communautés autonomes prennent place et pour restaurer l’équilibre entre les humains et toutes nos relations. Choisissez ceux qui écoutent plus qu’ils ne parlent, mais pas ceux qui feront tout ce que vous leur direz sans réfléchir. Ceux-là sont motivés par la culpabilité. Trouvez ceux dont le feu intérieur brûle pour un monde plus sauvage et plus juste. La plupart sont anarchistes, mais pas tous. Et tous les anarchistes n’ont pas un bon esprit.

La création d’un champ de bataille à plusieurs fronts divisera leurs énergies. Les blocages de chemins de fer fonctionnent! Si les sabotages ferroviaires nocturnes, les fils de cuivre et les blocages continuent et se multiplient, cela entraînera l’arrêt de tout le trafic ferroviaire dans cette terrible économie. Plus il y en aura, mieux ce sera. Ne le faites pas que pour les Wet’suwet’en, faites-le pour les rivières et les cours d’eau qui sillonnent sous les rails. Faites-le pour les ancêtres qui ont vu ces chemins de fer envahissants annoncer leur disparition.

Et comme le dit cette critique venant de Montréal : ne vous organisez pas en vue d’une arrestation intentionnelle et symbolique.

S’ils viennent exécuter une injonction, déplacez-vous vers une autre partie du chemin de fer.
S’ils arrivent avec une deuxième injonction, bloquez l’autoroute la plus importante dans les environs.
S’ils arrivent avec une troisième injonction, déplacez-vous vers le port le plus proche.
Restez en liberté et soyez féroce. Les gens d’Unist’ot’en et de Gidum’ten n’ont pas eu cette option, mais vous, vous l’avez. Anticipez leur prochaine intervention et gardez une longueur d’avance.

C’est un moment parmi bien d’autres. Nos ancêtres ont été habiles, parfois dans l’attente silencieuse, parfois en luttant, tout en continuant de transmettre secrètement nos cérémonies et nos histoires. Je les honore autant que je vous honore maintenant. Nous sommes encore ici grâce à eux, et nos enfants et nos petits-enfants seront encore là grâce à nous. N’oublions jamais qui nous sommes. Luttons avec cérémonie.

Je suppose que ceci est une proposition d’adopter une stratégie d’anarchisme autochtone, ici, sur l’Ile de la Tortue. Un rejet des tactiques qui demandent des choses à des gens puissants et un retour à la fabrication d’une multitude de solutions locales et diverses. C’est un rejet du style d’organisation à la Idle No More. Ne reproduisons pas les erreurs du passé (pour une critique détaillée d’INM, voir https://warriorpublications.wordpress.com/2012/12/12/idle-no-more-speak-for-yourself/ , et pendant que vous y êtes, lisez tout le reste). C’est un appel à choisir nos propres leaders et à créer une gouvernance qui refuse la hiérarchie. C’est une demande qu’on rejette la réconciliation et qu’on aille vers une revendication militante. L’idée d’un anarchisme autochtone est encore jeune. Écrivez-moi à ce sujet.

Ceci est un de nos moments. Faisons en sorte que ce ne soit pas qu’une demande de quitter Unist’ot’en, mais une demande de quitter tout le territoire. L’idée n’est pas que CGL cesse de faire de l’argent, mais de dénoncer le rôle même de l’argent. Ce moment parle de la colonisation partout. Ce moment nous concerne tous.

Aux colons qui vont inévitablement lire ce texte.

Ce qui est écrit ici vous concerne aussi. Pas dans le sens de : « Soulevez-vous et reprenez vos terres ». Ça, ça a déjà été fait.

Mais je lis les messages des récits d’actions et les médias, et je vous vois tomber dans toutes sortes de vieux pièges. Vous n’êtes pas seulement un rouage dans la machine de la solidarité. Vous pouvez aussi entreprendre des luttes dans votre ville. Souvenez-vous du Two Row: vous pouvez mener des batailles parallèles vers les mêmes objectifs.

J’ai entendu plusieurs aînés dire que nous ne gagnerons pas cette bataille seuls, et c’est certainement vrai. Merci pour les façons dont vous avez attaqué l’économie et l’État. Merci d’avoir répondu à l’appel. Maintenant, prenez ces réflexions et faites-en ce qui vous plaira.

Vous aussi devriez chercher des moyens de défendre le territoire et l’eau là où vous vivez. Chercher les manières de miner et d’affaiblir le pouvoir du gouvernement sur ces terres. Ne vous découragez pas si la GRC ne quitte pas Unist’ot’en. Ce n’est qu’une bataille parmi d’autres. Ce n’est qu’un début. Ne tombez pas dans le piège de faire appel aux lois canadiennes ou internationales.

Voyez-vous tels que vous êtes, telle qu’est votre communauté. Agissez de manière à créer un monde où la réconciliation est possible, un monde dans lequel les vôtres redonnent les terres et vous démantelez l’État canadien centralisé. Ne romantisez pas les autochtones avec qui vous vous organisez. Ne croyez pas que vous ne pouvez pas questionner leur jugement, ou choisir de vous organiser avec certains plutôt que d’autres. Trouvez ceux qui gardent une flamme vive dans le cœur, ceux qui préfèrent continuer à lutter plutôt qu’accepter la carotte de la réconciliation. N’agissez jamais par culpabilité et par honte.

Et ne vous laissez pas croire que vous pouvez transcender votre colonialisme en faisant du travail de solidarité. Comprenez que vous pouvez et devez trouver vos propres façons de vous connecter à ce territoire. À partir de vos propres traditions, héritées ou créées par vous-mêmes.

Imprimez ce zine et distribuez-le à vos compagnons autochtones [PDFs ci-dessous].
Prenez des risques. Rêvez grand. Poursuivez l’anarchie. Restez humbles.

CE ZINE A ÉTÉ PUBLIÉ PAR APHIKONA DISTRO
Contactez-les à aphikonadistro@riseup.net

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Imprimer : Page couverture  Texte (8,5 x 11″)
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Pour plus de lectures sur le sujet (principalement pour les colons), voyez les derniers écrits de l’auteure – Autonomously & with Conviction: a Metis Refusal of State-led Reconciliation

Montréal – Une boîte signalétique au bord des rails du CN part en fumée

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Fév 252020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Dans la nuit de dimanche à lundi, une boîte électrique de signalement se trouvant aux abords du chemin de fer du CN dans Pointe-St-Charles, a été cramée. Nous espérons que le trafic soit interrompu à nouveau, et cela, le plus longtemps possible. Nous avons ciblé les rails car, non seulement sont-elles les infrastructures coloniales par excellence, mais une grande partie du transport des ressources naturelles transit par les voies ferrée. Nous saluons chaleureusement celles et ceux qui luttent contre l’extractivisme et la domination ; les mines qui détruisent les territoires (et même les mines de lithium, nécessaire à la conception de batteries de voitures électriques), l’exploitation et le transport du pétrole et du gaz naturel, la dévastation des forêts, d’un bout à l’autre du pays. Nous voulons la liberté, la dignité, l’autodétermination et une vie saine, pour tous et toutes sans concession.

Les lignes ferroviaires du CN bloquées sur la Rive Sud de «Montréal» – appel public aux renforcements!

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Fév 202020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Une voie ferrée du CN traversant la ville de St-Lambert, connectant Montréal à l’Est du Canada et aux États-Unis, est présentement bloquée à l’intersection de la rue St-Georges. Nous agissons en solidarité avec les Wet’suwet’en qui luttent contre le projet de corridor énergétique de CGL et dont le territoire est envahi par la GRC.

Depuis le début de cette invasion, les blocages se sont multipliés à travers le pays. Nous sommes inspirés par les actes courageux de résistance autochtone dont nous avons été témoins, notamment les barrages ferroviaires en cours à Kahnawake et Tyendinaga. Nous avons installé ce nouveau campement bloquant les voies du CN, car nous pensons que ces défenseurs de l’eau et de la terre ne devraient pas avoir à se battre seuls.

Nous invitons tous ceux qui peuvent nous rejoindre sur le site de ce campement. Le blocage est érigé un bloc au sud de la rue Saint-Georges et de l’avenue St-Charles. Vous pouvez vous y rendre en prenant le bus 2 ou 54 sud du métro Longueuil (apportez de la monnaie pour un tarif supplémentaire). Nous encourageons tout le monde à apporter des vêtements très chauds, de l’eau, de la nourriture et tout équipement de camping d’hiver auquel vous avez accès.

Nous continuerons à bloquer la voie ferrée jusqu’à ce que la GRC se retire des territoires Wet’suwet’en. Nous encourageons les autres à prendre action afin de forcer le gouvernement à accepter les demandes des chefs héréditaires Wet’suwet’en.

Pour de plus amples informations, suivez le twitter @MTLanticolonial, qui fera un suivi en continu du blocage, ou écrivez à mtl-wetsuweten-solidarity@protonmail.com.

#ShutDownCanada #AllEyesOnWetsuweten #WetsuwetenStrong #Wetsuweten

Blocus a St-Pascal, Kamouraska

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Fév 172020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Aujourd’hui le dimanche 16 Fevrier vers 11h une vingtaine de personnes se sont rassemblé.e.s à la gare de St-Pascal du Kamouraska. Nous avons marché dans la ville en support à la lutte des Wet’suwet’en pour la reconnaissance effective de leur gouvernance traditionnelle et la défense de leurs territoires ancestraux contre le saccage de ceux-ci, lié à la construction d’un nouveau corridor énergétique, en Colombie-Britanique.

Ensuite, un barrage a été érigé pour une durée indéterminée sur les voies du CN, bloquant ainsi tout le traffic ferroviaire vers les maritimes.

Les Wet’suwet’en exigent l’arrêt des travaux par TransCanada sur le gazoduc Coastal GasLink et le retrait de la police de la GRC de leur territoire.Le pays a été créé par le génocide et l’invasion des premières nations. Les événements des derniers jours démontrent que le Canada applique encore la loi du plus fort. Notre présence ici, aujourd’hui, s’inscrit dans une continuité d’action de solidarité et de blocages économiques qui visent à établir un rapport de force avec TransCanada et les gouvernements en place!

#SHUTDOWNCANADA

#ShutDownCanada : Une énorme vague de solidarité avec les Wet’suwet’en perturbe les infrastructures canadiennes

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Fév 122020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Des centaines de manifestations, d’occupations, de blocages et de sabotages se déroulent partout à travers l’île de la Tortue, de Vancouver jusqu’à Halifax, en solidarité avec les Wet’suwet’en, dont le territoire est actuellement envahi par la GRC. Les Wet’suwet’en se battent depuis des années contre le projet de gazoduc de CGL. La GRC a commencé le 6 février un raid lourdement militarisé, faisant depuis plusieurs arrestations. Il y a deux jours, le 10 février, la police a procédé à l’arrestation de plusieurs femmes, dont la matriarche Freda Huson, alors qu’elles étaient en train de tenir une cérémonie en l’honneur des femmes autochtones disparues et assassinées, sur le pont menant au Unist’ot’en Healing Center.

Face à ces actes de violence coloniale, les Wet’suwet’en ont lancé des appels à la perturbation et au blocage des infrastructures canadiennes, auxquels les réponses se sont répandues comme une trainée de poudre à travers le pays. Le hashtag #shutdowncanada était en date d’hier le cinquième plus populaire sur twitter au soit-disant Canada. Les gens démontrent massivement leur solidarité en portant directement atteinte au bon fonctionnement du capitalisme et de l’état.

Pendant plusieurs jours, des dizaines de personnes ont maintenu un blocage du port Delta, à Vancouver, l’un des plus grands du pays. À Victoria, de jeunes militant.es autochtones maintiennent une importante occupation devant le parlement de la Colombie-Britannique. De l’autre côté du continent, une manifestation a bloqué hier, pendant environ cinq heures, le port de Halifax. Des occupations de bureaux gouvernementaux et les blocages ou sabotages de voies ferrées se multiplient.

L’impact sur l’économie canadienne est indéniable. Le CN a hier annoncé qu’il serait forcé de fermer de façon imminente des tronçons significatifs de son réseau ferroviaire national, si les blocages à Tyendinaga, en Ontario, et à New Hazelton, en Colombie-Britannique, continuent, lesquels affectent, toujours selon le CN, la capacité de tous les Canadiens à déplacer des marchandises et à faire du commerce. Le CN déclare :

« Aux deux endroits, il n’y a présentement aucun mouvement de train, marchand ou passager. Des centaines de trains ont été annulés depuis le début des blocages, il y a cinq jours. L’impact se ressent également bien au-delà des frontières canadiennes et il endommage la réputation du pays en tant que partenaire stable et viable de chaîne logistique. »

Seulement cette semaine, plus d’une centaine d’actions de solidarité se sont tenues à travers le soit-disant Canada. Avec une telle ampleur, il serait très difficile d’en faire une couverture exhaustive. Ce bref article se veut un survol, d’abord des blocages en cours à travers le pays en date du 12 février, ensuite des actions ayant eu lieu au soit-disant Québec et Ontario. Dans un contexte de peu de couverture médiatique en français, il semblait important de contribuer à la circulation de l’information, avec l’intention de contribuer à l’importante mobilisation en cours.

BLOCAGES EN COURS, 12 février

TYENDINAGA, SOIT-DISANT ONTARIO
De plus en plus de gens rejoignent le blocage de voie ferrée en cours depuis jeudi le 6 février, au passage à niveau de Wyman Road, dans le territoire mohawk de Tyendinaga. Le 9 février, une injonction a été accordée au CN, mais les occupant.es l’ont brûlée devant la police et les agents du CN. Tous les trains VIA Rail entre Toronto et Montréal, ainsi qu’entre Ottawa et Toronto sont aujourd’hui annulés.

« En ce qui concerne “l’injonction” remise aux gens de Tyendinaga, Nous, le peuple, refusons que vos lois nous soient imposées. Nous avons, et avons toujours eu, nos propres lois et coutumes, avant, pendant et après vos tentatives de génocide et d’assimilation. Un document nous ordonnant de quitter notre terre, et/ou de permettre le passage de biens étrangers sur notre territoire n’a aucun sens. Nous tiendrons nos positions et, comme indiqué, nous ne partirons pas tant que la GRC ne se sera pas retirée des territoires traditionnels Wet’suwet’en. »

https://realpeoples.media/video-injunction-served-and-burnt-at-tyendinaga-rail-blockade-as-numbers-grow/

https://www.cp24.com/mobile/news/via-rail-continues-to-cancel-trains-along-montreal-toronto-corridor-due-to-blockade-1.4806628

KAHNAWAKE, SOIT-DISANT QUÉBEC
Un blocage de la voie ferrée du CP traversant Kahnawake est en cours depuis le 9 février, causant la fermeture de la ligne de trains de banlieue Exo Candiac et empêchant les trains de marchandises du CN de circuler entre Toronto et Montréal. Une montagne de neige a été amassée sur les rails, un drapeau de la confédération Haudenosaunee a été hissé et un feu sacré, allumé.

« Ce petit timbre poste appelé Kahnawake n’est pas notre maison. De la côte est à la côte ouest, du nord au sud, voilà qui est notre maison. Nous ne disséquons pas notre mère pour couper son petit doigt et déclarer qu’il appartient aux Mohawks de Kahnawake, nous considérons notre mère dans son entièreté. Nous aimons notre, dans son entièreté, et nous respectons notre mère, dans son entièreté. C’est le message que nous essayons de faire passer à tout le monde.» Tekarontake, résident de Kahnawake
https://montrealgazette.com/news/local-news/candiac-trains-remain-suspended-during-blockade-in-support-of-wetsuweten/

https://ca.news.yahoo.com/protest-solidarity-wetsuweten-nation-blocks-111248189.html

LISTUGUJ, SOIT-DISANT QUÉBEC
Des manifestant.es mi’gmaq bloquent une voie ferrée depuis le 10 février au matin, bloquant toute circulation des trains de marchandises.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1516500/micmacs-listuguj-manifestation-appui-wetsuweten

NEW HAZELTON – SOIT-DISANT COLOMBIE-BRITANNIQUE
Les chefs héréditaires de la nation Gitxsan, alliés de longue date des Wet’suwet’en, ont lancé le 8 février une occupation de la voie ferrée marchande et passagère près de New Hazelton. Le chef héréditaire Spoowk a déclaré :
« Ce blocage va continuer jusqu’à ce que la GRC soit retirée des terres Wet’suwet’en et jusqu’à ce que CGL quitte le territoire Wet’suwet’en. »
https://twitter.com/BourquinMichae1/status/1226940784139591681

ACTIONS DE SOLIDARITÉ AU SOIT-DISANT QUÉBEC ET EN SOIT-DISANT ONTARIO (LISTE NON-EXHAUSTIVE)

SOIT-DISANT QUÉBEC

QUÉBEC
10 FÉVRIER – Extinction Rébellion Québec occupe les bureaux de quatre ministres fédéraux.

LISTUGUJ
9 FÉVRIER – Une manifestation distribue des tracts aux automobilistes.à l’entrée du pont J.C. Van Horne.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1513983/wetsuweten-camp-gazoduc-coastal-gaslink-arrestation-grc

RIMOUSKI
9 FÉVRIER – Une manifestation prend les rues de la ville pendant environ deux heures, après avoir affiché un avis d’éviction sur la porte du bureau de la GRC.

Geplaatst door Extinction Rebellion Rimouski op Maandag 10 februari 2020

 

KANEHSATÀ:KE
2 FÉVRIER – Des warriors de plusieurs communautés ont mené une opération escargot entre Kanehsatà:ke et Montréal. Pendant deux heures, un convoi de voitures arborant des drapeaux du Two Row Wampum, Warrior et Haudenosaunee a roulé à basse vitesse sur plusieurs voies de la 640 direction ouest puis de la 15 direction sud, pour finalement rejoindre un rassemblement de soutien devant les bureaux de la GRC dans le quartier Westmount.

https://contrepoints.media/posts/operation-escargot-a-kanehsata-ke-en-soutien-a-unistoten

MONTRÉAL
16 JANVIER – Durant l’heure de pointe matinale, une soixantaine de personnes ont bloqué l’entrée du port à l’intersection de Notre-Dame et Pie-IX, mettant le feu à des barricades temporaires.

30 JANVIER – Durant l’heure de pointe matinale, une cinquantaine de personnes ont bloqué une sortie de l’autoroute 720, mettant le feu à une barricade temporaire.

7 FÉVRIER – Une vigile organisée par Idle No More est tenue à la Place des Arts.

7 FÉVRIER – Dans la nuit, des personnes anonymes ont brisé les fenêtres du bureau du ministre fédéral de la justice, David Lametti, et ont aspergé l’intérieur de peinture à l’aide d’un extincteur.

SOIT-DISANT ONTARIO

TORONTO
11 FÉVRIER – Une manifestation paralyse le traffic à l’intersection de Yonge et Eglinton. Elle fait suite à une série de manifestations prenant les rues de la ville depuis quelques jours.

https://www.thepostmillennial.com/breaking-anti-pipeline-protestors-block-downtown-toronto-traffic-again/

11 FÉVRIER – Des jeunes de groupes de défense des droits autochtones et de Toronto Climate Justice occupent le bureau de la ministre des affaires autochtones.

8 FÉVRIER – Environ 200 personnes bloquent une voie ferrée pendant une bonne partie de la journée.

https://globalnews.ca/news/6525535/protesters-block-rail-lines-toronto/

OTTAWA
11 FÉVRIER – Une occupation du département de la justice se tient.

7 FÉVRIER – Une manifestation marche du Parlement jusqu’au centre-ville

SIX NATIONS OF THE GRAND RIVER
10 FÉVRIER – Entre 11h et midi, une ligne ferroviaire de transport de marchandises traversant Six Nations a été bloquée par une vingtaine de personnes, à la hauteur de Pauline Johnson Road. Un tipi avait été érigé sur la voie ferrée.

https://theturtleislandnews.com/index.php/2020/02/10/cn-freight-line-through-six-nations-shut-down-by-wetsuweten-supporters-today/

https://theturtleislandnews.com/index.php/2020/02/10/update-the-cn-rail-line-on-pauline-johnson-road-has-re-opened-as-of-noon-today/

CALEDONIA
10 FÉVRIER – Des défenseur.s de la terre de la confédération Haudenosaunee bloquent le bypass de Caledonia pendant trois heures, paralysant le trafic sur l’autoroute 6.

https://www.thespec.com/news-story/9849119-caledonia-bypass-closed-for-protest/

KINGSTON
9 FÉVRIER – Une manifestation bloque une voie ferrée et le boulevard John Counter, pendant une heure.

https://www.thewhig.com/news/local-news/anti-pipeline-demonstration-blocks-tracks-road-in-kingston

21 JANVIER – Une cinquantaine de personnes marche depuis l’hôtel de ville jusqu’à l’université Queen, où elles perturbent une conférence du vice-président des communications corporatives de TC Energy, actionnaire majeur de CGL.

https://north-shore.info/2020/01/21/kingston-hands-off-wetsuweten-demo-report/

17 JANVIER – Une quinzaine de personne effectue un blocage filtrant d’une grande artère et d’une voie ferrée, distribuant des tracts aux automobilistes passant.

https://north-shore.info/2020/01/21/slow-down-for-wetsuweten/

GUELPH
9 FÉVRIER – Des allochtones ont saboté les rails du CN à trois différents endroits.

https://north-shore.info/2020/02/10/solidarity-rail-sabotage-in-guelph/

24 JANVIER – Une banque RBC est occupée.

https://north-shore.info/2020/01/25/solidarity-with-wetsuweten-action-targeting-rbc-guelph/

HAMILTON
8 FÉVRIER – Une opération escargot menée par des femmes et des personnes Two-Spirits Haudenosaunee, Anishinaabe, and Métis bloque le traffic sur l’autoroute 403, pendant environ une heure, durant l’heure de pointe.

https://north-shore.info/2020/02/08/hamilton-native-women-block-the-highway-403/

2 FÉVRIER – Une marche festive a bloqué une route à fort achalandage de camions de marchandises ainsi qu’une voie ferrée, pendant une bonne partie de l’après-midi.

BURLINGTON
22 JANVIER – Le feu est mis à une station de signalisation d’une intersection très achalandée de voies ferrées.

https://north-shore.info/2020/01/23/keep-your-fire-bright-railway-sabotage-in-burlington/

AKWESASNE
7 FÉVRIER – Un groupe de personnes en provenance d’Akwesasne bloque la frontière entre le Canada et les États-Unis pendant environ une heure.

#ShutDownCanada : Carte interactive des blocages ferroviaires

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Fév 102020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Voir en plein écran

Une carte interactive montrant les différents blocages ferroviaires qui sont en cours à travers le soi-disant Canada et les lignes de chemin de fer touchées. Il y a cinq blocages répertoriés… jusqu’à présent.

Liens utiles :

Un appel à perturber les voies ferrées en solidarité avec les Wet’suwet’en (incluant un guide pratique)

Points faibles de l’économie extractiviste au Canada (en anglais)

Goulots d’étranglement dans l’infrastructure de transport au Canada (en anglais)

#SHUTDOWNCANADA

Une injonction remise, puis brûlée, au blocage ferroviaire de Tyendinaga, alors que de plus en plus de gens s’y joignent

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Fév 102020
 

*Appel aux dons – fonds de défense légale*

De Real People’s Media

Une injonction obtenue par le CN est retournée à la terre, alors que de plus en plus de gens se rassemblent au passage à niveau de Wyman Road.

TYENDINAGA MOHAWK TERRITORY – Le blocage ferroviaire au passage à niveau de Wyman Road, dans le territoire mohawk de Tyendinaga, a pris de l’ampleur depuis qu’il a commencé jeudi après-midi. Une caravane, un toilette portable et une tente sont arrivés sur place. Et le nombre de personnes présentes est en augmentation.

La raison du blocage est simple, selon Dalton McKay.  « Je suis ici pour en soutien et en solidarité avec les Wet’suwet’en pour les aider à lutter contre la destruction de leur vie et de leurs maisons pour un pipeline » a-t-il déclaré à Real People’s Media.

Plus de 50 Mohawks et sympathisant.es étaient rassemblé.es aujourd’hui à l’endroit où la ligne ferroviaire du CN traverse la Wyman Roas, juste au nord du territoire Mohawk de Tyendinaga. Le drapeau des Mohawk Warriors flottait tout en haut du poteau signalant le passage à niveau, et un grand camion charrue était stationné juste au sud de la voie ferrée.

La présence médiatique et policière sur les voies ferrées était beaucoup plus importante que les jours précédents. Une injonction a été émise hier contre  « John Doe, Jane Doe et personnes inconnues » .

Un important contingent d’agents du OPP (Ontario Provincial Police) et du CN est arrivé avec l’intention de remettre davantage de documents, mais l’injonction a été brûlée sur les voies ferrées, sous les yeux des médias et de la police. Après que l’injonction ait été brûlée devant eux, l’OPP et le CN sont remontés dans leurs véhicules et sont partis rapidement sans remettre plus de documents.

Une déclaration a été diffusée sur les médias sociaux en réponse :

     « En ce qui concerne “l’injonction” remise aux gens de Tyendinaga, Nous, le peuple, refusons que vos lois nous soient imposées. Nous avons, et avons toujours eu, nos propres lois et coutumes, avant, pendant et après vos tentatives de génocide et d’assimilation. Un document nous ordonnant de quitter notre terre, et/ou de permettre le passage de biens étrangers sur notre territoire n’a aucun sens. Nous tiendrons nos positions et, comme indiqué, nous ne partirons pas tant que la GRC ne se sera pas retirée des territoires traditionnels Wet’suwet’en. »

L’ambiance sur le site était bonne toute la journée, des gens venant continuellement apporter leur support, arrivant avec de la nourriture, du bois et d’autres nécessités. McKay a déclaré :  « Le soutien de la communauté a été d’une grande aide, chaque jour nous recevons de la nourriture, de l’eau, des couvertures… ce dont nous avons encore le plus besoin en ce moment, ce sont des prières, du soutien et du bois de chauffage.»  Interrogé sur le moral des troupes au blocage, quelqu’un a pointé vers les coyotes qui avaient commencé à hurler au loin.

Les jeunes reconnaissent l’importance de cette action. Comme l’a expliqué un jeune Mohawk :  « C’est notre terre, c’est notre eau, nous sommes ici à nous battre pour récupérer ce qui nous appartient et ce dont nous avons besoin pour que les sept générations puissent encore se battre et avoir un territoire.»

Le ministre fédéral de la justice ciblé en réponse à l’invasion de la GRC en territoire Wet’suwet’en

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Fév 072020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

L’État canadien n’est pas invulnérable. Alors que le Canada envoie une armée sur les territoires Wet’suwet’en pour essayer de forcer le passage du pipeline de Coastal GasLink, c’est le moment de trouver les points faibles du pouvoir économique et politique de ce pays et d’attaquer.

Hier soir, en réponse au début du raid de la GRC, nous avons visité le bureau de circonscription de David Lametti, ministre fédéral de la justice, à Montréal. Nous avons vidé un extincteur rempli de peinture à l’intérieur après avoir brisé la vitrine.

Aucune facette de la « justice » canadienne – ni ses cours, ni ses lois, ni ses flics, ni ses ministres – n’a de légitimité sur des terres volées et nous allons faire en sorte que ça se sache.

Nique la GRC. Solidarité inconditionnelle avec les défenseur.se.s de la terre Wet’suwet’en.

[Vidéo] Une sortie de l’autoroute 720 bloquée en appui aux Wet’suwet’en

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Jan 302020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info. Vidéo de subMedia.

En pleine heure de pointe, jeudi matin, une cinquantaine de personnes ont bloqué une sortie de l’autoroute 720 au centre-ville de Montréal, en solidarité avec les peuples autochtones Wet’suwet’en qui sont en lutte contre la construction d’un oléoduc sur leur territoire non-cédé. Des barricades enflammées ont été errigées au coin des rues St-Marc et René-Levesque afin de bloquer la circulation automobile. Une bannière #WetsuwetenStrong a été déployée sur un panneau de signalisation afin d’exprimer la solidarité avec les souverainetés autochtones.

Cette action s’inscrit dans la lignée d’événements organisés en appui aux Wet’suwet’en qui résistent et luttent contre la destruction de leur territoire depuis plus de 10 ans. À Montréal et à travers le Canada, plusieurs actions répondent à l’appel à la solidarité lancé par les Wet’suwet’en en réaction à l’intervention de la GRC pour empêcher l’accès à leur territoire le 13 janvier dernier.

L’état canadien, via ses forces armées et sa justice coloniale, s’attaquent présentement aux defenseur.es des territoires Wet’suwet’en afin d’assurer le déploiement des 670 kilomètres de pipeline de gaz naturel liquéfié de Coastal GasLink (CGL).

Dans ce moment critique, continuons de répondre à l’appel des Wet’suwet’en et supportons leur lutte par tous les moyens nécessaires.

Plus d’infos sur https://unistoten.camp

#WetsuwetenStrong

Solidarité avec les Wet’suwet’en : Les voies ferrées sabotées à répétition en Ontario

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Jan 242020
 

Soumissions anonymes à North Shore Counter-Info

Appel à la perturbation des voies ferrées ici.

01/07/2020 – Hamilton : sabotages simultanés de goulets d’étranglement ferroviaires en solidarité avec les défenseur.ses de la terre Wet’suwet’en

Il y a une décennie, les Wet’suwet’en en ont inspiré plus d’un.e lorsqu’il.les ont réoccupé leurs territoires non-cédés, afin d’amorcer un processus de guérison et de s’assurer que la terre soit protégée ainsi qu’elle le nécessite pour assurer le maintien de la vie et des pratiques du peuple Wet’suwet’en, la continuité de leur existence sur leur territoires traditionnels.

Il y a un an, la GRC a violemment envahi ces territoires pour permettre à l’industrie d’y avoir accès.

Il y a une semaine, l’état canadien a criminalisé Anuk’nu’at’en – la loi héréditaire Wet’suwet’en – en accordant une injonction criminalisant les personnes autochtones et leur allié.es advenant que celles-ci protègent le Yintah des forces destructives de l’industrie.

Nous honorons ces anniversaires par un énorme fuck you à l’état.

Tôt ce matin, des colons ont répondu à plusieurs appels à l’action : ceux qu’ont émis de multiples groupes de maisons (house groups) [NdT: Chaque clan Wet’suwet’en compte un certain nombre de groupes familiaux appelés Yikhs, ou groupes de maisons] Wet’suwet’en après avoir courageusement évincé l’industrie de leurs territoires non-cédés, ainsi que celui émis par des colons pour les colons.

Nous avons contribué d’un petit geste à la résistance menée contre notre gouvernement et la violence qu’il perpétue. Nous avons simultanément perturbé trois goulets d’étranglement des voies ferrées du CN et du CP, situés à des endroits stratégiques, avec l’intention de bloquer toute circulation entrant et sortant de soit-disant Hamilton. Nous l’avons fait en utilisant des fils de cuivre et des câbles de démarrage [NdT: communément appelés “câbles à booster”] attachés aux câbles des éclisses du chemin de fer, afin de créer un court-circuit – vidéo démonstratif (ouvrir avec TOR). Cette méthode est sécuritaire, facile, relativement peu risquée et facilement reproductible.

Le CN a expédié et continuera d’expédier des tuyaux vers des parcs de stockage en préparation pour de la construction. Il est aussi doté de très grands segments d’infrastructure isolés. Les premières installations ferroviaires ont eu un impact profond et durable sur la colonisation de l’île de la Tortue ; les prendre pour cible aujourd’hui a un impact direct sur l’économie du soit-disant canada.

Bien que les perturbations causées par ces actions ne soient que temporaires, nous espérons envoyer un message fort : le respect de la souveraineté autochtone – partout sur l’île de de la Tortue – n’est pas facultatif. Nous ne serons pas passifs.

Nous espérons que d’autres, à travers l’île de la Tortue – en particulier les colons – se joindront à nous pour garantir qu’il ne s’agit que du début, et pour rendre l’oléoduc de Coastal GasLink intenable à la fois pour l’industrie et pour l’état, de toutes les manières possibles.

***

01/14/2020 – Toronto : Explorations sur les perturbations ferroviaires en solidarité avec les Wet’suwet’en

Ce week-end à Toronto, inspiré.e.s par les actions des défenseurs de la terre Wet’suwet’en ainsi que par un récent appel à la perturbation des chemins de fer, certain.e.s anarchistes ont pris les rails pour contribuer à l’élan des manifestations, des blocages et des actes de sabotage ayant eu lieu sur l’île de la Tortue.

Nous avons hésité à rédiger cet article car, en raison de notre manque d’expérience et de l’endroit choisi, nous ne pouvons pas être absolument certain.e.s que notre tentative de sabotage ait réussi. Mais finalement, nous avons voulu partager notre message de solidarité et notre engagement dans cette lutte, ainsi que nos propres réflexions et connaissances acquises lors de cette première tentative.

Les articles publiés précédemment sur ce site constituent un excellent point de départ pour apprendre à exécuter ce type de mission. Nous avons choisi un site à proximité d’un nœud ferroviaire et avons utilisé du fil de cuivre pour imiter la présence d’un train sur les rails, ce qui bloquerait (avec un peu de chance !) tout trafic ferroviaire jusqu’à ce que la perturbation soit éliminée. Comme nous n’avions pas de câbles de raccordement, qui assurent une connexion plus fiable, nous avons rapidement frotté nos points de jonction avec de la laine d’acier pour nous assurer qu’aucune rouille n’entravait la connexion.

Tel que mentionné dans les articles précédents, et ça s’est avéré juste dans notre cas, il peut falloir un certain temps avant de trouver un endroit où les éclisses (qui sont un endroit idéal pour se connecter) s’alignent sur les deux rails. La prochaine fois, nous chercherons probablement d’autres endroits où quitter la voie ferrée en toute sécurité, ce qui nous donnera des options plus proches de là où nous nous sommes retrouvé.e.s, au lieu de devoir revenir en arrière jusqu’à l’endroit où nous étions entré.e.s.

Un peu plus tard, en quittant les lieux, nous avons vu un camion avec les phares allumés au bord de la voie ferrée. Il est difficile de dire s’il était stationné ou s’il se dirigeait vers le site de la perturbation, mais il est bon de savoir qu’il était là.

Enfin, il aurait été bon de savoir avec certitude si l’action a réellement fonctionné. Si une connexion est établie avec succès, les barrières des passages à niveau à proximité vont s’abaisser, et il aurait donc été utile de viser un endroit proche d’une telle barrière. Sinon, on aurait pu placer un guetteur ou une guetteuse à une certaine distance du site de l’action, pour garder un œil sur un passage à niveau, ou sur toute autre activité indiquant le succès de l’action.

En conclusion, nous disons : Faites attention et lancez-vous ! Les yeux sur la ligne de front, les pieds dans la rue et… sur les voies ferrées !

***

01/18/2020 – Sabotage d’une voie ferroviaire à haute capacité

Il y a quelques nuits, un.e colon.ne anarchiste a saboté la principale voie ferroviaire transcontinentale du CN. Si TC Energy voulait transporter quoi que ce soit depuis le sud de l’Ontario, ou depuis plus loin à l’est, jusqu’au site de CGL en Colombie-Britannique, elle utiliserait probablement cette voie ferroviaire. J’ai pris soin de choisir un site isolé, comme agir seul prendrait plus de temps. J’ai utilisé la méthode avec les fils de cuivre décrite ici. Afin d’assurer une bonne connexion, j’ai utilisé de la laine d’acier et du vinaigre pour enlever la rouille des voies ferrées. Je crois que la perturbation a fonctionné, puisque le fil a émis des étincelles quand il a été connecté aux voies ferrées. Je suis parti.e rapidement – même quand on ne se sent ni pressé.e ni stressé.e, il est important de partir aussi rapidement que possible – et je suis retourné.e à la maison. Cette action était facile à faire, même pour une personne complètement inexpérimentée.

Et particulièrement en tant que colons, nous devrions continuer à trouver des opportunités de perturber ce projet. CGL continue de menacer de détruire les territoires et le mode de vie Wet’suwet’en.

Solidarité avec les Wet’suwet’en ! Nous continuerons de montrer à l’état colonial violent et à CGL que nous ne reculerons pas. Il est si facile de bloquer l’infrastructure permettant les projets d’exploitation comme CGL.

***

01/23/2020 – Gardez votre feu vif : sabotage d’un chemin de fer à Burlington

La nuit dernière, nous avons fait un sabotage au niveau d’un goulot d’étranglement de la voie ferrée à Burlington. Ce lieu a été choisi car c’est là que les lignes de Detroit et de Buffalo se rejoignent pour aller vers Toronto et Montréal. Nous avons entendu dire que c’est le carrefour de ce genre le plus fréquenté au Canada. Cette action a été faite en solidarité avec les Wet’suwet’en qui luttent en première ligne contre l’État canadien et les entreprises qu’il soutient, suite à un appel au sabotage de chemins de fer.

Pour ce faire, nous avons identifié un poste de signalisation et mis le feu à son alimentation électrique pour détruire les câbles qui l’alimentaient. En espérant que cela leur prendra un certain temps pour réparer et que la ligne restera fermée le plus longtemps possible.

Nous avons fait cela pour montrer aux personnes qui luttent sur le front qu’elles ne sont pas seules, et que d’autres sont prêtes à faire des gestes forts de solidarité si la GRC agit contre elles. Nous avons choisi ce moment tendu des négociations qui ont commencé aujourd’hui pour nourrir le feu sur les premières lignes.

Continuons à bloquer les rails, la solidarité est un outil puissant qui nous permet à toutes et tous de construire notre autonomie. La GRC, hors du territoire Wet’suwet’en et partout ailleurs !

Assurance, courage, lien, confiance : une proposition de culture de sécurité

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Jan 222020
 

Soumission anonyme à North Shore Counter-Info

Quand on parle de culture de sécurité, les gens vivent généralement l’une de ces deux expériences : la première est de construire des murs et de tenir les autres à l’écart, la seconde est d’être soi-même exclu et de ne pas avoir la confiance des gens. Dans les deux cas, il y a des sentiments négatifs – la peur et la suspicion pour le premier et un sentiment d’aliénation et du ressentiment pour le second. Je dirais que ce sont les deux côtés d’une même médaille, deux expériences d’une culture de sécurité qui ne fonctionne pas bien.

Je veux être accueillante et ouverte aux nouvelles personnes quand je m’organise. Je veux aussi me protéger du mieux possible des efforts visant à perturber cette organisation, surtout de la part de l’État, mais aussi des patrons ou de l’extrême droite. Cela signifie que je veux avoir le genre de pratiques sécuritaires qui me permettent d’être ouverte tout en sachant que j’ai évalué les risques auxquels je suis exposée et que je prends des mesures intelligentes pour les minimiser. La culture de sécurité devrait rendre l’ouverture plus possible, pas moins.

Cette proposition de culture de la sécurité repose sur un recadrage – sur le passage de la peur à la confiance, de l’aversion au risque au courage, de l’isolement à la connexion, et de la suspicion à la confiance.

Il est logique d’avoir peur – l’État est très puissant, la répression est fréquente et elle a le pouvoir de nous écraser, nous et tous nos projets. Mais je ne veux pas rester coincée avec cette peur. Avec des informations précises et un bon plan, nous pouvons commencer à transformer la peur en confiance, sachant que nous avons des pratiques de sécurité à la hauteur du risque auquel nous faisons face. En fait, sans transformer la peur, il est difficile d’imaginer comment même agir face au pouvoir de nos ennemis.

Je ne veux pas avoir peur du risque. Je veux faire le choix de mes actes en fonction de leur efficacité, de leur pertinence, de mon analyse et de mon éthique. Une bonne culture de sécurité nous permet de faire preuve de courage dans nos tactiques collectives, car nous savons que nous pouvons gérer le risque. Lorsque nous ne transformons pas l’aversion au risque, nous nous autopoliçons et restons confinés à l’espace d’opposition symbolique qui nous est fourni.

La répression fonctionne en isolant les gens. Je ne veux pas contribuer à cet isolement par ce que je fais pour ma sécurité et celle de mes ami.e.s. Je veux une culture de sécurité enracinée dans l’approfondissement de nos connexions les un.e.s avec les autres. Quand nous ne dépassons pas l’isolement, l’organisation risque de ressembler au travail et de ne pas permettre le genre de relations qui nous transforment vraiment, de façon à pouvoir ressentir le monde que nous voulons créer.

Je ne veux pas me méfier des gens que je rencontre. C’est toxique et désagrège les espaces de lutte que nous créons. Plutôt que de ressentir de la méfiance envers quelqu’un, je préfère me demander : «Qu’est-ce que ça prendrait pour que je fasse confiance à cette personne ? » Je veux aller vers les gens et essayer de transformer la méfiance en confiance.

Je voudrais proposer une définition de culture de sécurité pour donner une perspective à cette conversation. La culture de sécurité fait référence à un ensemble de pratiques développées pour évaluer les risques, pour contrôler les flux d’informations dans nos réseaux et pour construire des relations fortes pour la lutte. Il existe d’innombrables cultures de sécurité possibles, mais la chose la plus importante est qu’elles viennent de discussions claires et explicites à propos du risque et répondent au changement. Dans l’exemple qui suit, la conversation en cours sur le risque répond aux modifications de nos actions et à comment nous sommes ciblés. Les pratiques variées de cultures de sécurité mentionnées seront expliquées plus loin.

Dans une campagne contre un oléoduc, là où je vis, nous avons voulu mettre l’accent sur les actions directes de masse visant les infrastructures pétrolières. Nous avons décidé que, pour les premières étapes de cette campagne où nous nous concentrions sur la sensibilisation et la recherche, le risque que nous courions était très faible et que nous pouvions en toute sécurité faire participer de nombreuses personnes à ces travaux, et partager ouvertement l’information à ce sujet sur n’importe quelle plateforme. Lorsque nous avons commencé à planifier des actions de protestation symboliques, cette considération n’a pas beaucoup changé, mais lorsque nous avons commencé à planifier des choses comme le blocage de routes ou le piquetage d’un poste de police, l’élément de surprise est devenu une considération plus importante. Peu importe les accusations criminelles possibles, nos actions seraient tout simplement moins efficaces si elles étaient connues à l’avance. Nous avons donc cessé d’utiliser des moyens de communication publics ou facilement surveillés et avons commencé à demander que les gens ne communiquent les détails qu’à des personnes de confiance ayant l’intention de participer.

Peu après le début de cette phase de la campagne, un dispositif policier national appelé Joint Intelligence Group (JIG) s’est réuni pour défendre les oléoducs, avec la participation de plusieurs niveaux de police et de services de renseignement. Les JIG et les configurations de ce genre constituent une menace spécifique aux luttes de toutes sortes, car ils visent directement à perturber l’organisation grâce à de vastes ressources. Donc, même si nos actions n’ont pas changé, nous avons r et avons décidé d’isoler les organisateurs des actions de possibles accusations de conspiration en faisant la planification dans un petit groupe opaque. Nous pourrions inviter à participer des personnes en qui nous avons confiance, et nous pourrions prendre des mesures pour établir cette confiance, comme faire des vérifications d’identité les uns des autres. Mais nous ne planifierions plus les actions ouvertement dans le cadre du réseau plus large de personnes intéressées par le travail d’éducation et de sensibilisation. Ce changement signifiait que lorsque nous sommes passé.e.s à la fermeture des infrastructures essentielles, il nous a suffi d’élargir le noyau que nous avions formé et d’encourager d’autres bandes à s’organiser de la même manière, en coordonnant les différents rôles par le biais d’une réunion de représentants de chaque groupe cautionné.

(Ce modèle d’organisation, comme tous les autres modèles, vient évidemment avec ses forces et ses faiblesses. Mon intention dans ce texte n’est pas de faire l’apologie d’une manière de s’organiser en particulier, bien que j’aie plus d’expérience avec certaines qu’avec d’autres.)

Avant d’approfondir des idées et des pratiques spécifiques, je veux parler d’une objection courante que les gens ont à l’égard des discussions sur la culture de sécurité dans leur organisation : « Je ne fais rien d’illégal donc je n’ai pas besoin de penser à la sécurité ». Cela pourrait se présenter d’une manière plus spécifique, comme : « je ne parle de rien d’incriminant, inutile de m’inquiéter de la surveillance », ou « En général, je ne me fais pas arrêter à la frontière, donc je n’ai pas à me soucier des piles de journaux anarchistes dans ma voiture », mais l’objection sous-jacente est la même.

C’est l’État et nul autre qui décide de réprimer ou de perturber les gens qui s’organisent – cela n’a pas nécessairement beaucoup à voir avec des actions considérées comme criminelles. Personnellement, j’ai eu un certain nombre de condamnations criminelles : j’ai passé environ un an en prison, deux ans en détention à domicile, et à peu près cinq ans avec diverses conditions de liberté. Toutes ces condamnations étaient pour des tâches d’organisation de routine que l’État a choisi de cibler par la répression pour ses propres raisons. J’ai été condamnée à huit mois de prison pour avoir facilité des réunions et pour avoir écrit et distribué un appel à une manifestation dans le contexte d’un grand sommet ; quelques années plus tard, j’ai été condamnée à un an pour avoir distribué un tract annonçant une manifestation et y avoir ensuite participé. Dans ces deux cas, il y a eu des destructions de biens lors des manifestations, mais je n’en ai jamais été accusée. L’État a plutôt choisi d’utiliser des accusations de complot pour cibler des gens s’organisant de manière visible et routinière comme je l’ai fait à maintes reprises. Une dynamique similaire s’est manifestée dans d’autres affaires de conspiration aux États-Unis et au Canada. Mon expérience n’a rien d’exceptionnel.

Je ne raconte pas ça pour me positionner comme victime – je veux m’organiser pour menacer le pouvoir, donc il me semble logique d’être ciblée pour ça. L’important, c’est que l’État choisisse de criminaliser la distribution de tracts et la facilitation de réunions afin d’intimider ou de faire des exemples. Même si ce genre de répression ne se produisait que dans 1% des cas (même si ça semble arriver souvent), on doit faire attention et s’organiser en conséquence avec des pratiques sécuritaires adaptées. Sinon nous n’aurons plus qu’à restreindre nos propres activités de manière préventive, intérioriser cette répression et intégrer la crainte et la faiblesse à nos pratiques.

Cependant, la culture de sécurité ne consiste pas seulement à se protéger des accusations criminelles. Il s’agit d’empêcher que nos activités soient perturbées. La criminalisation est une menace particulière, mais c’est loin d’être la seule.

Pendant le grand sommet où j’ai été accusée de complot, seulement deux des 16 agent.e.s d’infiltration du JIG étaient impliqué.e.s dans l’affaire. Les autres avaient changé des mots de passe de sites Web et d’adresses électroniques, dirigé des autobus vers les mauvais endroits, volé des fournitures médicales, répandu des rumeurs nuisibles pour aggraver le conflit social, et même tenté de piéger des jeunes dans un étrange complot à la bombe. Toutes ces actions policières ont eu un effet extrêmement perturbateur, sans jamais avoir besoin de recourir au pouvoir des tribunaux, et nous n’aurons probablement jamais une idée complète de leur impact.

Nous avons déjà vu que le maintien de l’élément de surprise est souvent une considération importante en matière de sécurité. Un exemple dans notre région est l’organisation de manifs de bruit en soutien aux personnes incarcérées : en les organisant discrètement, nous pouvons avoir une liberté de mouvement et d’action pendant un certain temps avant que la police ne soit en mesure de monter une intervention. Ou imaginons qu’une section de l’IWW tente de faire une campagne Réclame ta paye contre un patron – ielles devront prendre des mesures pour se protéger contre les poursuites civiles ou le risque d’être ciblé.e.s par une compagnie de sécurité privée. Ou voyons encore le travail que font les antifascistes pour identifier l’extrême droite – ielles doivent se prémunir contre la divulgation de leurs propres informations personnelles et contre les violences dont ils pourraient faire l’objet dans la rue. Enfin, de plus en plus de compagnies engagent des firmes de sécurité privées pour défendre leurs intérêts d’une manière que la police ne peut pas ou ne va pas faire, ce qui est arrivé à plusieurs reprises ces dernières années dans les luttes de défense de la terre menées par les autochtones.

Les préoccupations en matière de sécurité sont déjà en grande partie intégrées dans nos modes d’organisation. Pour bâtir une culture de sécurité, il faut évaluer les risques de manière explicite au-delà de quelques actions spécifiques, et adopter des pratiques claires conçues pour nous garder en liberté et assurer l’efficacité de nos actions, quelles que soient les formes que prennent nos activités. Pour ce faire, il faut mettre l’accent sur la mise en place de liens solides, tout en créant un climat de confiance où il est possible d’agir avec assurance.

Voici selon moi quelques principes de base de culture de sécurité :

Les deux jamais. Même s’ils sont relativement bien connus, ces deux points sont aussi quelque peu inadéquats. Dans leurs formes les plus simples, ils seraient : « Ne jamais parler de sa propre implication dans une activité illégale. Ne jamais parler de l’implication de quelqu’un d’autre dans une activité illégale.  »

Mais cela dissone, car la majorité de ce que l’on fait n’est pas illégale. On pourrait donc reformuler les deux jamais comme : « Ne jamais parler de l’implication d’une personne dans une activité qui risque d’être criminalisée. Ne jamais parler de l’intérêt d’une personne pour une activité criminalisée. »

Toutefois, cette reformulation est encore inadéquate, parce qu’on n’est pas seulement concernés par les accusations criminelles. Bien entendu, avoir des balises claires sur lesquelles tout le monde s’accorde de ne pas raconter de rumeurs et de potins à propos d’actes illégaux est une excellente idée, peu importe dans quel milieu on se trouve. Ceci inclut ce qu’on croit parfois être des blagues – des paroles en l’air qui parlent de combattre les flics ou d’attaquer la propriété privée semblent moins légèrtes lorsqu’elles sont notées dans le cahier d’un infiltré.

L’une des raisons les plus communes qui font qu’on commence à douter de quelqu’un est quand cette personne tente de nous parler individuellement de tactiques illégales. Plutôt que de dire : « Cette personne est une police qui tente de me poser un piège », on peut reformuler nos propos et dire : « J’ai besoin de clarifier ma compréhension de la culture de sécurité avec cette personne si nous continuons à travailler ensemble ». Ainsi, la reformulation des deux jamais peut être une façon simple de faire passer le message. Cela nous aide aussi à nous souvenir de ne pas spéculer sur les potentiels auteurs ayant pu réussir de telles actions anonymes qui apparaissent autour de nous. Ça, c’est le rôle de la police. Si autour de nous, les gens se demandent qui sont derrière des actions illégales anonymes, on peut leur rappeler simplement que ces actions sont anonyme. Ce n’est pas important de savoir qui les a faits et l’action parle pour elle même.

(Une chose que l’on parle moins est comment les reproches autour de la culture de sécurité peuvent renforcer des dynamiques de pouvoir négatives. Nous devons absolument parler entre-nous des interactions qui nous posent problème du point de vue sécuritaire, mais cela devrait toujours être mutuel et fait en privé si possible – décris ce que tu as entendu, présente ton idée de culture de sécurité , demande si l’autre pense que c’est une limite raisonnable, sois prêt.e à entendre son désaccord. L’objectif est de construire une compréhension partagée pour élargir les formes d’organisations dans lesquelles nous pouvons nous engager ensemble, sans faire sentir les personnes honteuses (ou sans nous faire sentir nous-mêmes plus hardcore). L’une des formes encore plus extrêmes de cela est de faire courir des ragots comme quoi quelqu’un.e serait un.e informateur.trice sans preuve à l’appui, ce qui peut avoir de grandes conséquences sur la vie des gens et qui a fait partie des causes de l’éclatement des mouvements révolutionnaires des années 1970. Un moindre exemple peut être qu’une personne plus « expérimentée » en rabaisse d’autres devant un groupe pour avoir parlé d’actions qu’ielles ont trouvé inspirantes ou parce qu’ielles parlent à certaines personnes.)

Un autre point est de privilégier les rencontres en face à face. Peu importe la plateforme ou à quel point elle est sécuritaire ou pas, nous construisons une meilleure confiance, des relations plus solides et nous prenons de meilleures décisions quand nous prenons le temps de nous rencontrer en personne. Quand les moyens de communication électroniques remplacent le face-à-face, nos conversations sont plus faciles à surveiller, il y a plus de malentendus et elles peuvent être perturbées par des décisions ou des problèmes liés à des compagnies loin de nous. Chaque fois que tu utilises les communications électroniques pour t’organiser, demande-toi si cela remplace les rencontres face à face. Si c’est le cas, demande-toi si c’est vraiment nécessaire. Considère de réduire ta dépendance à ces outils et retourne le plus possible vers les conversations en personne. (On reviendra sur la technologie un peu plus loin…)

Une des objections à cela est que beaucoup de gens vivent de l’anxiété sociale et préfèrent communiquer avec leurs appareils; une autre c’est que de se déplacer physiquement est impossible pour certaines personnes. Comme pour d’autres sujets difficiles qui émergent quand on parle de culture de sécurité, je vous encourage à faire face à cette difficulté et à chercher d’autres moyens d’accommoder ces besoins en essayant tout de même de prioriser les rencontres en personne. Après tout, ces technologies sont très récentes et les gens ayant des handicaps de toutes sortes ont développé des moyens depuis longtemps pour se retrouver et s’organiser à propos de sujets qui les affectent.

La répression est inévitable, ou essayer de l’éviter à tout prix ne vaut pas la peine. Peu importe la lutte, si elle est menée au-delà des limites de la légalité, elle deviendra une lutte contre la police. C’est elle qui défend ce monde tel qu’il est. Si nous partons avec l’idée que nous éviterons la répression à tout prix, nous n’utiliserons que des formes de luttes approuvées par la police, ce qui rend quasi impossible la construction d’un pouvoir collectif capable d’un changement transformateur. Si nous n’acceptons pas ces limites, nous devons être prêt.e.s à faire face à la répression.

Une façon de s’y préparer est de mettre la police et les prisons au centre de nos luttes dès le départ. À ce sujet, nous pouvons apprendre des mouvements antiracistes qui gardent toujours en tête la violence raciste et physique de ces institutions et cela même lorsqu’ils choisissent de s’engager dans des thèmes variés . L’avantage est que nous avons déjà élaboré une culture de lutte qui n’est pas choquée par la violence policière et qui est réaliste quant à la prison. Nous pouvons aller un peu plus loin et incorporer des pratiques de solidarités dans nos luttes . Nous nous organisons peut-être dans un lieu de travail; si c’est le cas, intéressons-nous aux luttes de travailleur.euse.s ailleurs et réfléchissons à des actes de solidarité à mettre en pratique avec celleux qui font face à la répression. Nous nous organisons peut être dans les milieux queers; trouvons et soutenons des prisonniers queers, ainsi nous connaîtrons un peu mieux les prisons dans notre région au moment venu ou nous aurons besoin de ces connaissances. Si nous nous intéressons aux luttes environnementales et de défense de terre, il y a des défenseur.e.s de la terre en prison qui font face à des accusations et à la violence physique de l’État à travers tout le continent ; incorporer des pratiques de solidarité avec elleux dans nos projets peut donner une puissante inspiration à de la résistance forte et courageuse.

Un autre des points positifs est que nous recevrons probablement plus de solidarité en retour puisque la prison est une grande force unificatrice qui lie toutes les formes de luttes contre la domination et l’oppression. Prendre part à une culture de la résistance qui démontre de la solidarité active face à la répression peut jouer gros dans le fait de nous garder en sécurité. De plus, c’est en ayant de l’information véridique que nous combattons la peur . Plus nous en savons à propos du fonctionnement de la police et des prisons, plus nous pouvons transformer notre peur en préparation et en confiance en nous-même.

Avec cela en tête, observons plus en détail ce que signifie d’évaluer le risque. Ce qui importe ici est de le faire ouvertement et avec de la continuité puis de focaliser sur comment rendre possible les actions que vous pensez efficaces et appropriées. Ça peut être facile d’être dans un état d’esprit réticent au risque et de s’autopolicer encore plus de ce qu’a l’État comme capacité de nous contrôler. Être explicites quant au risque peut faire en sorte que ce soit plus facile de mettre l’accent sur le courage et les possibilités.

Si vous vous assoyez pour planifier une manifestation, pensez au ton qu’elle prendra. Anticipez-vous qu’elle sera calme et ordonnée? Ou combative et incontrôlable? Si la police tente de vous bloquer, resterez-vous passifs où essaierez-vous de défoncer leur ligne? Y a-t-il des actions que vous seriez excités de voir advenir durant la manifestation, mais qui risquent d’être criminalisées plus que l’acte de prendre la rue? Cela peut être aussi simple que de poser des autocollants ou bien ça peut être de faire des graffitis ou de briser des fenêtres. Votre plan sera-t-il menacé si vous perdez l’élément de surprise? Qui serait mieux de ne pas être au courant de ce plan? Comment allez-vous joindre les personnes que vous devez contacter sans risquer que les mauvaises personnes aient vent de l’initiative? Communiquer clairement à propos du ton que prendra une action peut aider les autres à élaborer des plans autonomes appropriés.

C’est important d’évider le laisser-aller ou de prendre les choses pour acquis. Voici un exemple de 2018 :

Les organisateur.trice.s d’une foire du livre ont décidé de lancer un appel à une manifestation de soir après l’événement. Ielles ont mis beaucoup d’énergie dans les autres aspects de la journée et étaient complaisant.e.s quant au risque que comportait la manif, parce qu’ielles avaient organisé une centaine de manifs auparavant. Néanmoins, la manif a été beaucoup plus combative que toutes les autres et il y a eu beaucoup de destruction de propriété – ielles n’avaient pas évalué le risque explicitement et n’avaient pas pris le temps de le considérer alors que l’heure du rendez-vous approchait. Ielles n’avaient pas non plus pris pour compte que le JIG focalisait sur un sommet du G7 qui allait avoir lieu dans une autre province cet été-là et que ça pouvait faire en sorte que des ressources policières additionnelles les ciblaient durant cette période. Ceci dit, leurs pratiques de la sécurité dans l’organisation de cette manif n’étaient pas adaptées au niveau de risque que l’action a fini par comporter et tous les organisateurs de la foire du livre ont été accusé.e.s de conspiration.

Cela est un exemple extrême, mais des imprévus vont toujours advenir et cela est généralement une bonne chose, vu que nous ne pouvons pas totalement prévoir notre chemin vers les situations insurrectionnelles. Rester actif.ve dans notre évaluation du risque peut signifier que nous avons moins de chances d’être pris par surprise. Mettre régulièrement en pratique une culture de la sécurité rigoureuse peut réduire les dommages lorsqu’une situation similaire advient. Dans ce cas, une bonne pratique de sécurité informatique, une culture de la non-coopération avec la police, une solidarité persistante et active, se masquer efficacement et refuser de lâcher ou de se soumettre ont fait en sorte que cette situation inattendue s’est avéré beaucoup moins dommageable qu’elle aurait pu l’être et les personnes ont surmonté la situation avec la tête haute.

Un autre exemple peut être de développer une organisation de masse, par exemple, une organisation antifasciste. Quels genres de questions devons-nous nous poser quant aux risques même en l’absence de planification d’une quelconque mobilisation? Quel niveau de confiance avons-nous besoin entre nous par rapport aux genres de choses que nous voulons faire? Nous risquons peut-être d’être infiltrés par la police donc savoir que nous sommes tous les personnes que nous prétendons être peut être important. Nous pouvons aussi être concernés par l’infiltration de l’extrême droite. Dans ce cas, comprendre nos idées entre compagnons et construire graduellement de la confiance en escaladant tranquillement les niveaux d’actions peut être une solution. Notre principe favorisant l’organisation en personne plutôt que l’activité en ligne rendra probablement plus facile d’achever ces deux objectifs.

Si l’intention est de construire les capacités pour des actions dans les manifs, une partie des conversations sur la sécurité peut être sur la discipline et comment faire des plans. Quelles sont les attentes des un.e.s envers les autres dans des situations tendues? Il est difficile d’honorer les attentes lorsque celles-ci sont vagues. C’est aussi plus facile d’être intelligents quand on a un plan clair pour ce qu’il y a a faire et que nous pouvons juger de si ce plan fonctionne ou pas. Développer de bonnes habitudes d’organisation pour savoir quoi considérer en groupe a d’énormes conséquences pour la sécurité dans la rue – ce n’est pas la culture de sécurité, mais ces discussions sont liées de prêt. Par exemple, les risques de l’organisation antifascistes peuvent inclurent d’être trop peu nombreux.ses, être encerclé.e.s ou séparé.e.s, être suivi.e.s ou identifié.e.s par l’extrême droite ou par la police, subir des blessures inutiles ou se faire arrêter.

Des pratiques d’organisation pour la mobilisation qui tiennent compte du risque incluent un nombre minimum de participants (l’action est annulée ou modifiée par un plan de remplacement de moindre intensité si le nombre de participants minimum nécessaire n’est pas atteint), des stratégies de fuite (à quel moment partir, comment le communiquer aux autres, où se séparer, comment éviter d’être suivis, comment vérifier que chacun.e est rentré à la maison sans problème?), des points de rassemblement (se regrouper avant de se rendre vers le site d’une action), des tactiques de rue appropriées (se positionner en deux lignes avec des rôles complémentaires par exemple), des pratiques de communication claires (comment communiquer dans la rue, amènerez-vous vos téléphones, quels noms utiliser entrevous?) et un moment de vérification prévu (comment vérifier entrevous après avoir quitté pour s’assurer que tous sont en sécurité, se rassembler par la suite pour faire un retour sur l’action ou offrir du support).

Les groupes qui s’organisent ont vécu des expériences de culture de sécurité variées et je ne tenterai point de parler de tout. J’aimerais plutôt en partager quelques-unes dont j’ai fait l’expérience avec les gens qui m’entourent et qui sont réussis. Celles-ci comportent la vérification de pièces d’identité, le vouching, les cercles de confiance, les structures d’organisation flexibles et le fait d’adresser de façon proactive les mauvaises dynamiques.

Les vérifications de pièces d’identité, c’est pour établir qu’une personne est bien qui elle prétend être. Dans la campagne contre l’oléoduc décrite plus haut, au moment où nous avons voulu passer à des actions directes plus intenses, nous avions besoin d’approfondir la confiance entre les personnes avec qui on s’organisait. Parce que nous parlions régulièrement de risque, nous avons compris que les pratiques de sécurité utilisées pour des manifestations, des petites occupations et des événements éducationnels n’étaient pas appropriées pour cela. Puisque nous étions préoccupé.e.s par de potentiels infiltrés, nous avons décidé de vérifier nos identités les uns des autres. Cela pouvait être d’inviter quelqu’un à prendre un café et sans avertir, montrer ma carte d’identité et peut-être une photo de famille ou un album de finissant. Je pouvais dire à cette personne que je voulais qu’ielle puisse avoir confiance que j’étais réellement celle que je prétendais être parce que je voulais que nous développions la capacité de mener ensemble des actions plus risquées. Nous discutions ensuite de ce que cette personne pourrait me montrer. Parfois, il s’agissait d’un coup de fil au travail ou à un membre de la famille sur un haut-parleur. Je pouvais ainsi entendre la voix de la personne à l’autre bout du fil donner des détails sur la vie ou le travail de la personne. D’autres fois, la pièce d’identité était suffisante. Parfois nous nous sommes accompagnés vers nos appartements. L’idée était d’être aussi mutuel.le.s que possible (ce qui est difficile, car en pratique, il y a toujours une personne qui initie le processus) et de maintenir l’accent sur construire la confiance.

C’est inutile de faire de telles vérifications d’identité pour des personnes en qui on n’a pas confiance ou avec qui on ne se sent pas confortable de faire des actions risquées peu importe comment ielles se nomment. Le but n’est pas de trouver des flics, c’est d’approfondir notre niveau de confiance. Vérifier nos identités de cette façon devrait être un signe de respect. Plusieurs facteurs peuvent faire en sorte que ce processus ne soit pas si évident. Par exemple, les gens qui immigrent au pays n’ont peut-être pas de famille à proximité ou le même type de documents. Souvent,  les personnes queers et trans n’utilisent pas les noms inscrits sur leurs documents officiels et ielles ne se sentent peut-être pas confortable de partager leurs noms légaux ou de vielles photos. Néanmoins, ce sont des choses à prendre en considérations et desquelles on doit s’adapter. Ce ne sont pas des raisons pour faire des exceptions. Une flic infiltrée dans ma région prétendait fuir une relation abusive et a utilisé les politiques de solidarité avec les survivant.e.s d’agression pour éviter de parler des détails de son passé. Notre inconfort quant aux sujets plus sensibles et complexes crée des angles morts qui peuvent être utilisés par celleux qui nous veulent du mal – nous devons être braves et trouver les moyens d’adresser cette complexité. Nous ne devons pas l’éviter.

Un.e ami.e qui a eu cette expérience a ajouté qu’il y a peut-être des moments où c’est correct d’être moins mutuel, lorsqu’on ne veut pas donner le contrôle de ce que la preuve aura l’air aux gens. Ielle a aussi mis l’accent sur le fait que cela n’aidera pas nécessairement dans le cas des balances (en opposition aux infiltrés) qui sont bien celleux qu’ielles prétendent être, mais qui ont de mauvaises intentions. On doit aussi avoir une idée claire à l’avance de quoi faire si quelqu’un ne peut ou ne veux pas, ou si quelque chose fait en sorte qu’on doit revoir la confiance qu’on a envers quelqu’un.

Le vouching est une pratique pour intégrer de nouvelles personnes dans un groupe qui existe déjà ou dans un espace d’organisation. Tout comme nos autres pratiques, c’est mieux lorsque c’est explicite et fait de façon constante. La première étape est d’avoir des bases de confiance claires au sein d’un groupe. Peut-être que votre base, c’est que quelqu’un ait des idées compatibles avec les vôtres et soit fiable. Peut-être que vous devez savoir que les personnes sont bien celles qu’elles prétendent être, qu’elles ne paniquent pas en cas de stress, qu’elles ont certaines expériences d’organisation et qu’elles sont confortables avec certains types d’actions. Peu importe ce que c’est, le vouching se rapporte au fait qu’une ou plusieurs personnes introduisent une nouvelle personne et suggèrent explicitement que celle-ci rencontre les bases de confiances déjà définies. Les autres personnes présentes devraient explicitement accepter ou rejeter ce vouch. Être explicite de cette façon évite certains risques de faire implicitement confiance aux gens pour des raisons superficielles, par exemple pour correspondre à des normes de sous-culture ou pour avoir une certaine identité de genre.

Voici un exemple de vouch : « Je connais cette personne depuis cinq ans, durant ce temps, nous avons travaillé ensemble dans des projets publics et je lui fais confiance pour me soutenir dans des moments difficiles. Je suis allé souper chez son père une fois et je suis allé souvent la chercher au travail. » Voici un autre exemple : « J’ai rencontré cette personne l’an passé dans un événement sur les changements climatiques et on s’est vu plusieurs fois à des événements liés à l’environnement depuis. Nous avons souvent discuté sur différents sujets et je l’aime bien. Je sais qu’elle cherche à prendre de l’expérience dans l’organisation d’actions et je crois que ça pourrait fonctionner avec nous. »

Une exception d’être explicite à savoir si vous faîtes confiance à quelqu’un est de ne pas briser les deux jamais. Si vous organisez des actions clandestines, inviter de nouvelles personnes ou présenter un groupe à un autre est délicat et les considérations sont différentes. Le vouching reste une bonne idée, mais il est important de ne pas mettre quiconque à risque en parlant des actions auxquelles ielles ont participé dans le passé. Puisqu’il est nécessaire d’avoir une forte base de confiance pour faire ce type d’actions, ça peut être possible de faire confiance au jugement de quelqu’un sans avoir de détails d’actions spécifiques.

Les cercles de confiance sont surtout destinés aux réseaux informels et à l’organisation sur des bases affinitaires (ce qui correspond à la plupart de mes expériences d’organisation). Ce modèle consiste à écrire les noms des individus dans votre réseau autour d’un cercle puis à tracer différents types de lignes entre ceux-ci pour symboliser les types de relations qu’ils ont entre eux. Une ligne continue pourrait représenter une relation forte et basée sur la confiance. Une ligne brisée pourrait signifier un certain niveau de confiance et une ligne pointillée, que vous ne vous connaissez pas bien. Ce processus collaboratif peut en dire long sur les dynamiques de groupe et rendre visible où il faudrait s’appliquer pour développer de la confiance.

Cela pourrait révéler qu’une seule personne a des relations fortes avec tout le monde et que les relations des autres sont moins solides. Cela voudrait dire qu’il y a un travail à faire pour équilibrer le réseau, ce qui le rendrait aussi plus résistant (dans le cas où cet individu est arrêté, tombe tout simplement malade ou s’épuise) ainsi que plus égalitaire, car la capacité de lancer des projets est liée au nombre de personnes qui font confiance à la personne qui les lance. Cet exercice pourrait également montrer qu’il y a quelqu’un en qui personne ne fait confiance.

Souvent, un infiltré s’approchera d’abord d’une communauté pour ensuite balancer les noms de ses contacts là-bas auprès d’un autre milieu pour s’approcher d’eux. Les pratiques de vouching et de cercles de confiance peuvent nous protéger de cette menace. Au-delà d’identifier des gens hostiles, les cercles de confiance nous permettent de croître la force de nos réseaux en transformant ces lignes brisées en lignes continues autant que possible.

Avoir des structures organisationnelles flexibles veut dire que nos pratiques peuvent s’adapter aux besoins de divers types d’activité. L’organisation informelle sur des bases affinitaires est un modèle développé pour répondre à ce besoin. Dans un réseau informel (ce qui veut dire sans forme fixe), les individus communiquent leurs idées et leurs intentions puis des groupes affinitaires se forment autour d’un projet quelconque ou d’un désir partagé d’intervenir sur des bases communes. La force de ce modèle est qu’il est très facile d’initier des projets avec des niveaux de risques variés, chacun avec sa culture de sécurité adaptée. Cela implique aussi qu’il n’y ait que les gens concernés qui connaissent les détails ou qui sera impliqué, à moins qu’il en soit décidé autrement.

Une flexibilité semblable peut être incorporée dans d’autres modèles d’organisation. La clé est de respecter et de légitimer les initiatives individuelles, en n’exigeant pas que chaque activité soit approuvée par une entité centralisée (cela peut aussi se faire dans des groupes activistes peu structurés, ce n’est pas une règle réservée aux groupes ayant des processus décisionnels fixes). Il y a aussi le respect pour l’association volontaire. C’est-à-dire de percevoir comme normal le fait de travailler ensemble en petits groupes choisis aux côtés de groupes plus larges ayant des structures plus ouvertes. En terme formel, cela peut ressembler à des comités ou à des groupes de travail ayant l’habileté de définir leurs propres standards de participation. Ça peut aussi être d’avoir une ouverture à certains éléments de l’organisation affinitaire décrite plus haut ou d’être explicite quant à quelles informations doivent être partagées.

Finalement, adresser les mauvaises dynamiques de façon proactive est généralement une bonne habitude à avoir, mais comme c’est tellement important pour la sécurité, l’emphase devrait y être mise dans chaque conversation sur la culture de la sécurité. Plusieurs dynamiques peuvent éroder la confiance et rendre l’organisation plus difficile. Le bullying est un exemple. Les comportements oppressifs enracinés dans le patriarcat ou la suprématie blanche, en est un autre. De centraliser les ressources et les contacts faisant en sorte que les projets ne peuvent qu’être initiés par certaines personnes en est encore un autre. Ça peut aussi être de parler contre les autres, de se vanter, ou de briser les deux jamais en posant des questions à propos des activités criminelles de d’autres. Quiconque ayant été impliqué dans la sous-culture activiste peut facilement lister les mauvaises dynamiques qui s’y trouvent.

Comme j’ai dit plus haut en parlant des situations sensibles et complexes liées à la vérification d’identité, nos difficultés liées aux mauvaises dynamiques et à  l’oppression dans nos milieux sont des points faibles que la police et le renseignement connaissent de plus en plus. J’ai mentionné la flic qui prétendait être une survivante de violence conjugale pour s’ouvrir un chemin dans la vie des gens (elle était même devenue colocataire chez des copains). Une autre expérience d’infiltration impliquait un flic dans la quarantaine à la peau foncée. Lorsque les gens parlaient de comment celui-ci les rendait inconfortable (entre autres pour avoir brisé les deux jamais), il arrivait à détourner ces préoccupations en répondant qu’ils étaient racistes envers lui. Il a trouvé un groupe d’activistes antiracistes dans une autre communauté que celle qu’il ciblait le plus pour le soutenir et il a réussi à résister à plusieurs efforts pour l’expulser des espaces d’organisation. Il a fini par témoigner dans un dossier qui a envoyé six personnes en prison. Il a sans doute vécu du racisme dans notre milieu, mais cela, avec sa manipulation cynique de l’antiracisme, devrait nous pousser à examiner les faiblesses de nos politiques antiracistes. Avoir des politiques claires à propos de la race, du genre et d’autres oppressions (cela signifie d’être à l’aise de parler en détail de votre analyse devant elleux et pourquoi) ainsi que des pratiques pour adresser ces problématiques de front quand elles adviennent peut diminuer les chances que ce genre de petits jeux fonctionnent.

Plusieurs raisons peuvent faire en sorte que quelqu’un ne soit pas de confiance et multiples de ces comportements prédateurs ne signifie pas qu’une personne soit un agent secret. Un exemple est le cas de Brandon Darby. Dans le texte « Pourquoi les misogynes font de bons informateurs », les auteurs affirment que les gens auraient dû faire plus d’efforts pour confronter les comportements sexistes terribles de Darby avant même qu’il commence à coopérer avec le FBI, alors que plusieurs personnes se sont fait arrêter. Darby est un exemple extrême, mais il advient très souvent dans notre milieu que des gens se sentent inconfortables à cause du comportement patriarcal des hommes. Parfois, les gens vont développer des soupçons envers ceux qui les rendent inconfortables de cette façon. Cela est compréhensible, mais c’est une erreur de chercher des infiltrés lorsqu’il y a du sexisme juste devant nos yeux. C’est mieux de confronter les comportements destructeurs en eux-mêmes et si cela nous aide à éviter des informateurs comme Darby, c’est encore mieux.

Un mot sur les organisations de masse formelles. Ces types d’organisations sont souvent très résistantes aux conversations sur la culture de sécurité, car ces discours sont plus communs dans des formes d’organisation qui diffèrent de ce à quoi ils aspirent. La culture de sécurité peut avoir davantage l’air d’une critique générale de leur organisation qu’une proposition de comment la rendre plus solide. Certaines des pratiques ci-haut ne s’appliquent peut-être pas aux organisations de masse formelles, mais j’argumenterais que tous les principes généraux s’appliquent. En fait, je crois que si de telles organisations observent comment elles opèrent, elles verront que des pratiques de sécurité y existent déjà.

Par exemple, dans des chapitres du IWW, il est fréquent de s’organiser discrètement en milieux de travail. Les gens impliqués dans le soutien des organisateur.trice.s qui travaillent sur les lieux utiliseront peut-être des noms codés avec celleux qui ne sont pas directement impliqués ou ne rendront publiques que les informations générales. C’est aussi commun pour certaines organisations de créer des comités plus petits pour prendre en charge des taches plus spécifiques comme d’organiser une manifestation. Leurs discussions ne seront peut-être pas ouvertes à celleux qui ne sont pas impliqué.e.s ou ils utiliseront peut-être d’autres canaux de discutions. Par exemple, ils peuvent éviter les listes de courriels ou les médias sociaux.

Ce que je suggère, c’est que des conversations explicites à propos du risque et de la sécurité soient incorporées dans les différents types de projets menés par ces organisations puisqu’elles ont différents besoins. La formation de comités autonomes qui décident de leurs propres pratiques de sécurité est une étape importante, tout en étant ouvert aux initiatives individuelles par des membres qui s’associent sur des bases affinitaires. C’est-à-dire que la structure d’organisation doit être assez flexible pour accommoder différentes formes d’organisations pour différents types d’activité.

Par contre, en pratique, de telles objections à la culture de la sécurité adviennent maintenant lorsqu’il s’agit de l’usage des médias sociaux desquels Facebook est encore le plus populaire. J’aimerais offrir quelques critiques de l’organisation par Facebook et offrir une proposition de comment les grosses organisations qui en dépendent pourraient faire autrement.

Le point crucial est que les médias sociaux corporatifs réduisent les champs de possibilités pour s’organiser. Puisque c’est à peu près aussi privé que de s’organiser dans la salle d’attente d’un poste de police, aujourd’hui tout le monde le sait, il y a des limites strictes de ce qui peut y être discuté. Ce qui veut dire que si nous sommes dépendants de Facebook parce que c’est notre principal moyen d’organisation, les limites de ce qui peut être pensé et planifié deviennent nos propres limites. Ce genre de désarmement préventif est une position de faiblesse réelle.

De telles plateformes sont aussi vulnérables d’être submergées de réactions hostiles. Nous ne pouvons pas contrôler comment nos actions seront reçues. Parfois, ce que nous faisons n’est pas très populaire – après tout, nous voulons un monde sans capitalisme organisé selon des bases radicalement différentes. Le choc des réactions sur internet après une action impopulaire peut être déstabilisant. Lors d’une récente mobilisation antifasciste dans ma ville, l’extrême droite et les médias de masse ont réussi à provoquer un contrecoup contre les antifascistes qui a inondé les médias sociaux de menaces et de rage.  Les antifascistes dépendaient fortement de Facebook  pour s’organiser et ielles ont dû faire face à un choix : rester hors ligne et éviter le contrecoup, mais être isolé de leurs camarades ou aller en ligne et discuter avec les gens, mais en ayant des conversations dominées par le stress et l’hostilité. Cette dynamique rend l’organisation beaucoup moins résiliente signifie que notre travail peut être facilement perturbé par la mauvaise presse.

Le contrôle des plateformes par les corporations en est un autre facteur. Facebook est une corporation énorme et riche dont les intérêts sont opposés aux nôtres – ce qui est bon pour nous est mauvais pour eux. Si nous dépendons de leurs infrastructures, ils ont la discrétion de nous mettre à terre à n’importe quel moment pour n’importe quelle raison. De telles entreprises sont très sensibles à la pression du public. On n’a pas besoin de penser pour trouver des exemples de projets qui sont devenus impopulaires et qui ont perdu leurs pages et ainsi, leur capacité à rejoindre leur base. Si nous sommes trop dépendants de ces corporations, ça peut être un désastre. Demandez-vous ce que vous feriez si tout si toutes vos pages et vos comptes disparaissaient ce soir – comment vous organiserez-vous demain?

Il y a aussi le problème de la surveillance, qui ne devrait pas être une controverse. Tout ce qui est écrit sur Facebook  est sauvegardé pour toujours dans une base de données à laquelle la police peut avoir accès en tout temps. Le logiciel Facebook (tout comme Google et d’autres) vous traque et vous espionne sur votre appareil. Ces informations sont aussi accessible aux agences renseignement et de sécurité. Cela n’est pas une théorie. Ça a été prouvé à maintes reprises. Les accusations contre ces activistes qui comptent sur ces moyens de partager l’information sont devenues de plus en plus courantes à travers l’Europe et l’Amérique du Nord ces dernières années.

Ma proposition pour les médias sociaux est la suivante. Privilégier les rencontres en personne et les avoir souvent si c’est possible, ainsi, le prochain rendez-vous est déjà prévu dans le cas ou la communication en ligne est perturbée. Quand on utilise les médias sociaux, demandons-nous si c’est vraiment nécessaire si c’était possible d’utiliser une autre plateforme pour cette conversation. Je vous encourage à penser qu’un média social est comme un mégaphone, une façon d’amplifier votre voix. Ce n’est pas comme dans un salon où on discute et on apprend à connaître les gens. Utilisez-le pour promouvoir, pour annoncer, pour disséminer, mais faites bouger les conversations ailleurs. Dans ma propre façon de m’organiser, j’efface presque tous les commentaires des pages que nous administrons et nous les déplaçons vers une autre plateforme dès que nous les recevons. Nous utilisons des comptes partagés quand cela est possible et nous réduisons la causalité qu’un compte soit relié à des informations personnelles. Peut-être que vous ne voulez pas aller aussi loin, peut-être que vous voulez aller plus loin, mais cela est une façon d’utiliser la puissance des médias sociaux tout en évitant les désavantages massifs.

Une transition de nos usages des médias sociaux peut advenir graduellement, percevoir nos usages de ceux-ci de façon critique et déplacer ces usages surtout vers des rencontres en personne et ensuite vers d’autres plateformes, pièce par pièce. Ça a pris beaucoup de temps pour tant de nos vies pour être capturées par ces entreprises dégueulasses. Ça nous en prendra peut-être beaucoup pour développer de nouvelles habitudes d’organisation et une culture qui leur résiste.

Finalement, parlons un peu de technologies de sécurité. Le sujet est complexe et c’est facile de s’embourber. Néanmoins, il y a quelques étapes simples que l’on peu prendre pour améliorer notre sécurité informatique. Voici trois points.

Un : Utilisez le chiffrement de bout en bout à moins que vous ayez une raison de ne pas le faire. Cette technologie peut être compliquée, mais maintenant, plusieurs applications existent qui rendent leur utilisation aussi facile que la messagerie conventionnelle. Je recommande Signal, de Open Wisper System, même si WhatsApp utilise le même type de protocole de chiffrement, mais sans protection des métadonnées. L’inconvénient est que ce ne sont pas des logiciels multiplateformes, alors qu’avec PGP, puisque c’est possible de copier-coller des blocs de textes, on peut l’utiliser avec tout – les différents clients de messagerie, Facebook, Twitter et même les messages textes. Mais c’est plus difficile de commencer et l’expérience a démontré que les gens ne sont pas prêts à mettre beaucoup d’efforts dans leur sécurité informatique.

Deux : Chiffrez les données où elles sont enregistrées. À moins d’avoir une raison de ne pas le faire, vous devez immédiatement chiffrer vos téléphones cellulaires (Android a une option pour cela, plusieurs iPhone sont chiffrés par défaut ). Pour les données enregistrées sur les ordinateurs, les disques durs externes, les clés USB ou en ligne, je recommande VeraCrypt. Ça vous permet de faire des « boîtes » chiffrées où vous mettez vos fichiers. Par contre, cela ne vous aidera pas si votre chiffrement est déchiffré au moment ou votre ordinateur est capturé. Si vous croyez que vous pourriez être arrêtés, ne circulez pas entre différents endroits avec votre téléphone (chiffré) allumé. Considérez de dénicher un vieux réveille-matin. Ainsi, vous pouvez éteindre vos téléphones et vos ordinateurs durant la nuit (ce qui remet le chiffrement, typiquement désactivé au démarrage, en fonction ), spécialement si vous êtes à risque d’une fouille de votre maison. Faites des sauvegardes de vos données et gardez-les dans un autre lieu.

Trois : Cachez votre identité en ligne lorsque c’est possible. Votre adresse IP est visible pour tous les sites web ou les services que vous utilisez et lie vos activités ensemble devant les yeux de votre fournisseur d’internet et de l’État, même si vous faites des efforts pour protéger votre vie privée en utilisant la navigation privée. Je recommande l’utilisation de TOR pour toute navigation ou recherche. Les médias sociaux corporatifs bloquent généralement TOR (Reddit est une exception et Twitter vous laissera utiliser TOR si vous le leur demandez), donc si vous essayez d’avoir un compte anonyme, une option est d’utiliser un VPN – il y en a un gratuit et disponible sur riseup.net pour l’usage des anarchistes et des activistes.

Beaucoup plus de choses peuvent être faites pour la sécurité informatique, mais ces trois étapes feront déjà une grosse partie de la tâche. Il y a quelques années, la police a fait une décente chez nous. Ils ont capturé une quinzaine d’ordinateurs portables et de téléphones ainsi que plusieurs clés USB et disques durs. Parmi cela, un seul ordinateur portable n’était pas chiffré puisqu’il était resté allumé. Mais du reste, aucune information n’a pu être récupérée. Les historiques de messages textes et d’appels qui ont pu être accédés par nos compagnies de téléphone n’ont rien révélé puisque nous utilisons le chiffrement de bout en bout avec un service qui protège les métadonnées. Nous n’utilisons pas les médias sociaux ou Google pour communiquer. Lorsqu’ils ont fait des recherches sur ces plateformes, ils n’ont rien trouvé. Ces pratiques de sécurité informatique fonctionnent lorsqu’elles sont utilisées correctement et de façon constante.  Il y a une vraie différence dans le résultat lorsque nous les utilisons et lorsque nous ne le faisons pas. Ces méthodes nous mettent en confiance lorsque nous nous connectons avec les autres et contribuent à construire la confiance.

Merci d’avoir lu ce texte! Ce texte est plus long que prévu, mais j’espère qu’il a été utile. J’ai écrit cela, car il n’y a pas une tonne de bonnes ressources à propos de la culture de sécurité. Je souhaite que les gens soient inspirés de discuter de quels types de pratiques est approprié pour elleux, animés par un esprit d’assurance, de courage, de connexion et de confiance. Gardons le cap sur le monde que nous tentons de créer par nos actes plutôt que de craindre le mouvement de nos ennemies. Bonne chance!

Perturbation matinale du Port de Montréal en solidarité avec les Wet’suwet’en en lutte contre Coastal GasLink (vidéo)

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Jan 162020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Ce matin vers 7h30, une soixantaine de personnes enragées par l’invasion des territoires Wet’suwet’en par Coastal GasLink et la GRC se sont rassemblées dans l’est de Montréal. Elles ont bloqué l’intersection du Boulevard Pie-IX et de la rue Notre-Dame Est en pleine heure de pointe, afin de perturber l’accès au Port de Montréal ainsi qu’au centre-ville via l’autoroute 720.

Sur des bannières on pouvait lire « GTFO of Wet’suwet’en land » et « Solidarité avec les souverainetés autochtones », et des tracts expliquaient aux automobilistes les raisons de l’action.

Laissant derrière des barricades enflammées, le groupe a marché vers l’ouest sur Notre-Dame, formant un blocage déambulant en érigeant d’autres barricades sur sa route.

L’appareil répressif anti-manifestation du SPVM n’était heureusement pas au rendez-vous, puisque l’appel à l’action n’a pas été diffusé sur les médias sociaux. Quelques chars de flics sont apparus vers la fin.

Face à l’État qui cherche à détruire toute relation au territoire qui n’est pas soumise à l’économie, notamment les formes relationnelles ancestrales autochtones sur leurs propres territoires, perturber l’économie coloniale est une réponse appropriée et nécessaire.

Ce n’est qu’un début, multiplions les offensives contre l’État canadien, son économie, sa paix sociale, et chacune des facettes de la catastrophe coloniale !

Le monument de Macdonald vandalisé avec de la peinture en solidarité avec les défenseur.e.s des terres autochtones qui luttent contre les pipelines

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Jan 162020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

-> Photos: https://postimg.cc/gallery/odqgsg22/

16 janvier 2020, Tiohtiá:ke/Montreal — Plus tôt ce matin, un petit groupe d’artistes anticoloniaux a attaqué le Monument de John A. Macdonald à Montréal avec de la peinture bleue. Cette attaque s’insère dans une série d’au moins une douzaine d’autres actions à caractère antiracistes et anticoloniales ciblant spécifiquement la statue.

Nous avons entrepris notre action en solidarité avec les défenseur.e.s des terres autochtones qui, au front, continuent de s’opposer et de résister à la construction de pipelines sur leurs terres ancestrales. Nous pensons spécifiquement aux nations Wet’suwet’en et Secwepemc (entre autres) qui maintiennent depuis des années l’unique opposition à la construction du gazoduc Coastal GasLink (CGL) et du projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain sur leurs territoires respectifs. Ils ne sont toutefois pas impliqués directement ou indirectement dans notre action. Nous vandalisons la statue de Macdonald comme un simple message de soutien anticolonial en provenance de l’autre côté de l’Île de la Tortue. Nous encourageons toutes et tous, à faire de même.

John A. Macdonald était ouvertement raciste et il prônait le génocide des peuples autochtones. Nous avons ciblé le monument de Macdonald, mais notre message s’adresse plus spécifiquement à Justin Trudeau et au gouvernement fédéral qui est directement responsable du Square Dorchester et de ses monuments situés au centre-ville de Montréal. Pendant que Trudeau fait l’éloge de la réconciliation, le capitalisme corporatif, en ce qui concerne la construction des pipelines et l’extraction des ressources en général, piétine tous engagements significatifs pris avec les nations autochtones.

Toute la force répressive de l’État canadien est actuellement déployée contre les défenseur.e.s des terres autochtones (et leurs complices) qui sont au front de la lutte contre les pipelines. Nous faisons référence ici aux services de polices militarisées, aux injonctions judiciaires, aux accusations criminelles, aux zones d’exclusion, aux barrages policiers et à la complaisance des médias dominant. Le moins que nous puissions faire est de poser des gestes symboliques de solidarité et ce que nous en tant que non-autochtones résidant sur l’île de la Tortue DOIVENT faire, est de se livrer à des actes significatifs de perturbation économique. C’est parti !

– Certaines personnes anticoloniales de Montréal
info: MacdonaldMustFall@riseup.net

Un appel d’allochtones à allochtones à perturber les voies ferrées en solidarité avec les Wet’suwet’en

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Jan 142020
 

Soumission anonyme à North Shore Counter-Info

Soyons clair·e·s : ce texte est écrit par des allochtones. Nous n’avons pas le vécu de personnes autochtones, ni donc des Wet’suwet’en. Ces mots nous viennent du cœur et nous nous sentons en affinité avec cette lutte tant au niveau personnel que pour ce qui est des idées et des relations. Nous estimons qu’il est de notre responsabilité d’agir contre les systèmes et les corporations qui nuisent aux gens et à la terre. Nous reconnaissons notre responsabilité et notre complicité en tant qu’allochtones, et nous cherchons des opportunités et des stratégies en accord avec nos idées pour montrer notre solidarité. Pour autant, nous ne parlons pas à la place de personnes autochtones et nous sommes ouvert·e·s à la critique.

Tout d’abord, voyons les raisons pour lesquelles il y a pu avoir parfois un manque de clarté sur ce que veulent les gens dans l’Ouest.

Nous souhaitons simplement rappeler aux ami·e·s qui lisent ces lignes que certaines personnes ont l’interdiction de mettre en œuvre ou d’encourager des actions contre le projet — et même de le critiquer. Ce bâillon prend la forme d’ordonnances judiciaires qui les menacent financièrement, et fait courir le risque à la communauté de perdre un centre de guérison basé sur le territoire. Nous nous rappelons que les gens à qui on aurait pu donner le rôle de “chefs” n’ont pas forcément envie de se retrouver sur un piédestal, ni d’être fétichisés par des allochtones désireux·euses de réponses concrètes — ce qui entraîne des risques considérables pour plusieurs d’entre eux.

Au sein de cette lutte et ailleurs, on encourage souvent les allochtones à s’occuper de leurs semblables, du processus de colonisation en cours et de ses maux. En tant qu’allochtones, nous entendons par cela une exhortation à défier — avec une position offensive — l’État et les industries qui sont prêts à tuer pour le profit tout en prétendant agir dans notre intérêt.

Nous reconnaissons aussi le sentiment de désespoir que beaucoup d’entre nous ont ressenti lorsque, après une décennie de ligne dure, les chefs ont accepté que la barrière d’Unist’ot’en soit ouverte. Vous savez déjà qu’acquiescer sous peine de violences, ce n’est pas du consentement. Mais il y a aussi d’autres faits à considérer, comme la GRC qui venait chez les chefs la nuit pour les menacer de manière plus ou moins explicite. On peut se demander si le désespoir et la déception n’existaient pas dans les deux sens, et jusqu’où le faible nombre de sympathisant·e·s voulant ou pouvant se rendre sur la zone après une décennie de promesses n’a pas influencé l’issue de l’affaire et ses suites. Pour notre part, nous passons à l’action quand nous nous sentons à notre plus fort·e·s — bien reposé·e·s, centré·e·s, encouragé·e·s, appuyé·e·s. En quoi sommes-nous aussi responsables de la décision d’ouvrir cette barrière, nous les allochtones, allié·e·s ou sympathisant·e·s, qui n’avons pas été présent·e·s ou n’avons pas agi de notre côté ?

Malgré tout ça, les Wet’suwet’en n’ont jamais cessé de demander du soutien et des actions de solidarité, et ielles n’ont jamais cessé de défendre leur territoire. Et le 5 janvier, les Wet’suwet’en et leurs sympathisant·e·s ont de nouveau pris physiquement position pour protéger le Yintah et leur mode de vie, pour garantir la survie des générations futures. Contre la violence impérialiste et coloniale de l’État canadien menée au service d’entités privées, c’est leur simple existence qu’ielles défendent, et l’autorité et la juridiction du Canada et de CGL sur leur territoire non cédé qu’ielles rejettent.

Nous luttons à leurs côtés et nous sommes prèt·e·s à exprimer notre solidarité par des actes.

En plus, ami·e·s et camarades, nous voulons vous donner envie de passer à l’action, vous aussi!

Anarchistes, camarades, radicaux·ales, celleux en soi-disant Ontario qui pensent comme nous ont une longue histoire d’actions de solidarité avec, pour et inspirées par les blocages et les projets fonciers indigènes. Ces actions de soutien ont été des moments beaux et courageux, et de là sont nés des relations et des réseaux durables.

Rêvons en grand et faisons en sorte que cela se reproduise!

CGL a coupé à blanc de larges pans de forêt cette année, dispersé la faune, établi un camp pour travailleurs et déplacé ou détruit des lignes de trappe. La GRC est venue établir un “bureau pour la protection de l’industrie”, le tout sur des terres non cédées. Cette année, on a également appris que la GRC, au service des corporations, était prête à tuer des personnes autochtones.

En outre, s’inscrivant dans la lignée des génocides commis contre les peuples autochtones, la juge Marguerite Church vient d’octroyer une injonction interlocutoire contre les Wet’suwet’en, ce qui rend illégal, selon le droit colonial, la défense de leurs terres contre l’industrie ou contre le Canada en tant que nation envahisseuse. Dans cette injonction, il est écrit que “le droit autochtone n’a aucun effet sur le droit canadien”. Ceci permettra la destruction du camp Gidimt’en, ainsi que les cabanes éparpillées sur le territoire, et menace le centre de guérison.

On ne s’étonnera pas de ce ramassis de conneries impérialistes.

Pourquoi chercher d’autres raisons d’agir?

Seule nous reste la question de quoi faire.

En tant qu’allié·e·s lointain·e·s, il faut reconnaître qu’on n’obtiendra peut-être jamais de manière large et explicite la permission d’agir, ni une quelconque autorisation “officielle” (interrogeons-nous d’ailleurs sur notre désir d’obtenir une telle approbation). Mais quelques considérations peuvent nous donner une bonne idée de ce qui est nécessaire et souhaité.

1) L’intensité de la situation actuelle. À l’heure actuelle, les chefs héréditaires Wet’suwet’en se sont réuni·e·s pour une dernière confrontation, et pour chasser l’industrie de leurs territoires afin d’empêcher de nouveaux dommages à la terre et à l’eau, ce qui assure leur sécurité et leur mode de vie. Les actions en justice n’ont pas marché, alors le moment est peut-être venu — la dernière chance de protéger leur Yintah.

2) Ce développement entraînera de nouveaux appels à solidarité, plus intenses et plus enflammés.

3) Parmi les actions qui, par le passé, ont suscité appui et enthousiasme, on trouve des perturbations conflictuelles, telles des blocages de ports ou d’autoroutes, des occupations et tentatives de fermeture d’installations pétrolières et la fermeture d’un terminal Shell. Aucune action n’a encore été dénoncée.

4) Les demandes précédentes conseillaient de respecter les accords et les responsabilités du territoire où on se trouve, de respecter la terre, l’eau et la vie, et d’honorer et de mettre en avant les perspectives autochtones.

Il ne manque pas de possibilités, mais en réfléchissant à ce qu’on a déjà vu marcher par ici, ce qui serait pertinent et stratégique, ce qui peut incorporer différents tons et tactiques, nous sommes arrivé·e·s au sabotage ferroviaire.

La circulation ferroviaire offre une excellente opportunité de perturber l’État et l’économie : l’étalement des infrastructures est tel qu’elles sont quasiment indéfendables, surtout en dehors des villes. Partout sur l’Île de la Tortue, les particularités géographiques créent des milliers de goulots d’étranglement. Ce sont des cibles hyper efficaces et vulnérables à toute une gamme de méthodes. L’histoire nous montre que même des perturbations de courte durée — à cause d’actions ou de grèves — ont un impact économique démesuré. Récemment, après deux jours de grève dans le secteur ferroviaire, le gouvernement fédéral s’est mis à élaborer une législation d’urgence par souci pour l’économie. En 2012, une perturbation de neuf jours a fait chuter le PNB de 6,8%.

Imaginons que des allié.e.s perturbent et détruisent les infrastructures ferroviaires et les goulots d’étranglement au nord du Colombie-Britannique, entre Kitimat-Chetwynd-Houston-Stewart; les sections de d’oléoduc resteraient en rade aux ports, devant l’impossibilité de les cheminer aux chantiers.

Il n’est pas nécessaire de se mettre en première ligne, on peut lutter là où on est.

Le sabotage ferroviaire fonctionne à la fois comme tactique et stratégie, alors nous appelons à des perturbations ferroviaires continues en solidarité avec le peuple Wet’suwet’en qui défend son territoire non cédé contre l’industrie et une invasion policière.

Nous recommandons l’emploi de fil de cuivre pour activer les blocs signaux et détruire les postes d’aiguillage et les rails d’acier — mais même de grands groupes de désobéissance civile peuvent bloquer des voies ferrées essentielles, ce qui est beaucoup mieux que de ne rien faire. Continuez à lire pour avoir les détails, les mises en garde et les liens.

Comme à chaque fois, nous vous encourageons à penser à vos cœurs, ainsi qu’à la pérennité de ses actions et de la lutte de manière générale. Un petit rappel de prendre soin de vous, de vos empreintes digitales et de vos traces d’ADN — pour la sécurité de tous·tes — car la répression suit souvent l’action.

Empreintes digitales

On peut enlever les empreintes digitales d’une surface à l’aide d’isopropanol. Bien essuyer chaque objet au cas où quelque chose serait laissé sur les lieux ou se fasse découvrir. Gardez les items dans des sacs propres et neufs et enlevez-les en portant des gants.

ADN

Il y a de nombreuses façons de laisser son ADN. Soyez dilligent·e·s; ne vous touchez pas la figure et ne toussez pas dans vos mains lorsque vous portez des gants. Brossez bien vos cheveux pour enlever les cheveux morts et attachez-les. Ne fumez pas et ne crachez pas aux environs de la cible. Ne laissez derrière vous. Attention de ne pas vous blesser. Débarassez-vous des masques, chapeaux, matériaux ou vêtements comme il faut (eau de Javel, chaleur ou feu). Les jours de pluie sont salissants mais utiles : la pluie va laver, déplacer et contaminer les fibres et l’ADN. L’eau de Javel peut détruire l’ADN en empêchant sa reproduction en laboratoire et donc son analyse. La chaleur et le feu détruisent l’ADN aussi.

Si vous n’êtes pas sûr·e·s, assurez-vous.

Méthode fil en cuivre

– À NE JAMAIS ESSAYER SUR LES VOIES DE METRO, elles sont électrifiées.
– Cette méthode est utile pendant la désobéissance civile en groupe pour envoyer le signal d’arrêter la circulation des trains

Les rails en acier font partie du circuit d’un dispositif nommé le “système de bloc automatique|” (ABS). Un faible voltage traverse les rails entre des capteurs pour créer des cercles divisés en blocs géograhiques. Lorsqu’un train traverse un bloc, les essieux du train interrompent ou raccourcissent le circuit, les capteurs remarquent que le bloc est occupé et arrêtent de manière automatique la circulation des trains dans la zone.

Avec un fil en cuivre à jauge élevée (épaisse!) qu’on passe autour et puis entre les rails, il est possible de tromper les capteurs et de les déclencher. À retenir: il n’est pas nécessaire de trouver les capteurs de blocs eux-mêmes.

Astuce: il faut que le fil en cuivre soit en contact avec des sections des deux rails sans rouille ni oxydation. Du fil en cuivre de jauge élevée est nécessaire. Servez-vous d’un·e guetteur·euse pour vous assurer qu’il n’y ait pas de trains ni de patrouilles de sécurité. Faites un plan avant de commencer à passer le fil. Trouvez un bon endroit, creusez sous les deux rails pour passer le fil autour de l’un puis de l’autre. Souvenez-vous qu’au moment où vous attachez le fil au deuxième rail vous interrompez le circuit, et que les capteurs se déclencheront pour signaler le problème. Disparaissez le plus vite possible. Si vous enterrez la cable avec de la pierre concassée, de la neige ou de la terre, cela rendra sa localisation plus difficile dans le bloc.

Détruire les postes d’aiguillage

Les postes d’aiguillage font partie du circuit des rails. Si vous vous baladez le long des voies ferrées, vous les aurez sans doute vues : ce sont des structures grises, grosses comme un abri, ou de petites boîtes grises attachées à des poteaux. Ces boîtes reçoivent et interprètent les signaux du circuit. Leur revêtement est en métal et leurs portes sont scellées d’une manière ou d’une autre. Les petites boîtes sur les poteaux ont des câbles qui sortent et descendent au sol vers les rails. Comme ces câbles ont des composants électriques, on ne recommande pas de simplement les couper, à moins que vous ne maîtrisiez bien l’électricité. On peut aussi se servir d’un feu brûlant pour abîmer les cordes et les circuits électriques. Il ne faut pas se contenter de les tremper d’essence et s’en aller — il faut partir un feu plus chaud et le faire durer longtemps. La bonne technique pour allonger le temps de combustion d’un liant fibreux (nous, on aime bien les balles de tissu ou de coton), c’est d’ajouter de la gelée de pétrole et bien imbiber le tissu. Vous pourrez juste l’allumer, ça fonctionnera comme mèche. Pour augmenter la chaleur, on peut ajouter du caoutchouc de pneu ou de chambre à air de vélo. Avec un petit feu comme ça dans les boîtes du circuit ou bien à l’endroit où le câble entre dans le sol, on devrait endommager le circuit et empêcher la circulation ferroviaire en activant durablement le système de blocage automatique.

À noter: il faut se pratiquer à faire de tels feux pour voir ce qui est possible. Brûler du caoutchouc provoque des émanations toxiques. Il s’agit ici d’un incendie volontaire, ce que les autorités prendront plus au sérieux que la méthode du fil en cuivre. Faites attention : trouvez un bon endroit, ayez des guetteur.euse.s en place et un plan d’arrivée et de fuite où vous n’aurez pas à croiser du monde. Assurez-vous de ne pas laisser d’empreintes digitales ni d’ADN, débarrassez-vous des équipements comme il faut et mettez en place une excellente culture de sécurité avec votre bande.

Détruire les rails d’acier

Comment détruire des rails en acier sur lesquels passent des milliers de tonnes tous les jours? De la même manière qu’ils sont soudés, à la thermite.

La thermite est un mélange de carburant et d’oxydant dont on peut modifier les proportions pour qu’il dégage une chaleur suffisante pour brûler le bloc moteur d’une voiture. Ce n’est pas dangereux à produire, mais ça dégage énormément de chaleur et de luminosité en brûlant, alors faites attention. Cette méthode exige très peu de temps sur place, juste un moment pour l’allumer et partir. Cela produit un maximum de dégâts matériels, car il faudra remplacer le rail ou le poste d’aiguillage.

Le carburant le plus simple est la poudre d’aluminium. On peut le trouver dans des vieux etch-a-sketch ou le produire à base de (vrai) papier d’aluminium dans un moulin à café. Plus la poudre ou les flocons sont fins, plus rapidement ça brûlera.

L’oxydant le plus simple, avec la poudre d’aluminium, c’est l’oxyde ferrique : la rouille rouge sur le fer. Là encore, vous pouvez le récolter et le réduire en poudre fine, ou bien le fabriquer à base de laine d’acier à grain 0000 trempée dans de l’eau de Javel. Laissez-la reposer pendant une journée pour créer une pâte, qu’on peut laisser sécher et utiliser ainsi.

Vous aurez également besoin d’une mèche d’allumage. Pour mettre feu à un carburant métallique, il faut une flamme vraiment chaude, alors un briquet ou même la mèche d’un feu d’artifice ne marchera pas. Utilisez un cierge magique, ou bien une mèche faite maison avec des têtes d’allumettes enroulées dans du papier d’aluminium. Le cierge magique risque d’allumer la thermite avec ses étincelles avant le moment voulu.

La thermite en poudre

Mélanger trois doses d’oxyde ferrique à deux doses de poudre d’aluminium. Coupez ou percez un trou dans un réceptacle (une boîte de conserve, par exemple). Insérez quelques pouces de votre mèche dans le trou pour qu’elle soit en contact avec le mélange dans la boîte, puis remplissez-le de poudre. Placez-le et allumez-le à l’endroit voulu.

La thermite dure

Trois doses d’oxyde ferrique, deux doses de poudre d’aluminium, deux doses de plâtre de Paris. Versez le mélange dans un moule (boîte de conserve…), insérez quelques pouces de mèche en angle. Laissez sécher puis enlevez-le du moule.

La thermite moulable

Huit doses de poudre d’aluminium, trois doses d’oxyde ferrique, quatre doses d’argile. Mélangez bien les poudres et ajoutez-les à l’argile. Insérez la mèche de quelques pouces. Placez le mélange où vous voulez et allumez-le.

Notes: Comme ces méthodes s’attaquent directement aux rails, elles comportent un risque de déraillement. Pour éviter ça, vous voudrez peut-être activer le système de bloc automatique en attachant les rails avec du fil de cuivre, comme dans la première méthode. Encore une fois, les flics sont susceptibles de bien fouiller si vous employez de la thermite. Assurez-vous que tous les items que vous laissez sur place n’aient aucune trace d’empreintes digitales ni d’ADN. Employez des guetteur.euse.s et choisissez des chemins d’approche sans caméra. Débarrassez-vous des vêtements et des bottes. La thermite brûle rapidement et en dégageant beaucoup de lumière — ne fixez pas la flamme des yeux après l’allumage. La poudre en aluminium très fine est réactive à l’oxygène et risque de s’allumer facilement. Si de l’eau (pluie, neige, flaques) touche le mélange, l’explosion résultante va projeter du fer fondu dans tous les sens. N’essayez jamais d’éteindre un feu de thermite avec de l’eau.

Sherbrooke contre le monde et sa prison

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Jan 132020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Afin de débuter de manière combative nos années 20 et son flot de désastres à venir, notre petite troupe de complices décidé.es s’offrit une visite surprise à la prison Talbot de Sherbrooke/Nikitotegwak (à la rivière qui fourche) ce 31 décembre peu avant minuit.

Bien dissimulé.es dans un boisé environnant, nous attendirent que sonne 2020 pour souhaiter nos vœux de bonne année; soit en allumant et dirigeant nos pièces pyrotechniques festives vers cette infrastructure liberticide de malheur. Bien vite nous entendirent venir de la prison des acclamations enthousiastes de la part des détenu.es, en espérant que cet instant de joyeuse surprise permit à tous et toutes d’oublier momentanément la violence du monde carcéral et de sa justice pourrie.

En solidarité avec les détenu.es du monde entier. Une attention particulière pour les autochtones, dont les Mohawks et les Abénaquis, à qui appartiennent les terres que nous squattons actuellement, les toxicos, les femmes et la communauté LGBTQ+, les personnes vivant.es avec des troubles de santé mentale, les itinérant.es, les immigrant.es et personnes racisé.es, les prolétaires marginaux et autres sujets sur-judiciarisés, enfermés, violentés, surveillés, ostracisés et assassinés par les forces armées du capital.

Comme résolution de la décennie à venir, nous nous sommes entendu.es de ne plus attendre pour affirmer et entretenir un rapport de conflictualité permanent contre les institutions bourgeoises et coloniales. Le Vieux-Monde ne s’écroulera pas tout seul.

Fuck le projet-consortium de gentrification accélérée de la Well Sud, et la répression policière envers les habitant.es du centro, faisant place nette aux investisseurs, bourgeois.es et autres jeunes cadres branché.es du secteur technologique.

Cette occupation policière se développe et s’enracine dans la quotidienneté de nombreuses manières, que ce soit au niveau de la vidéo-surveillance étendue à l’ensemble du centre-ville, aux lois municipales discriminantes et/ou avantageuses pour certaines parties des habitant.es, au profilage suprémaciste lors des contrôles, ou encore lors des arrestations arbitraires, parfois violentes, des forces de l’(dés)ordre, ce sont toujours les mêmes qui en payent le prix fort et qui sont systématiquement visé.es. Ainsi, lors de ces grands projets-chocs de privatisation de l’espace social-collectif, les SDF, consommateur.trices de drogues, travailleur.euses du sexe, les jeunes marginalisé.es, racisé.es, et les locataires précaires sont encore plus à risque qu’à la normale, déjà bien périlleuse, de finir piégé.es dans le système judiciaire et /ou carcéral.

En réaction à cette répression, des collègues auraient, à l’aide de projectiles remplis de peinture, attaqué.es le pavillon de technique policière du Cégep de Sherbrooke il y a quelques semaines, et cela ne semble être qu’un début.

Contre la nouvelle prison pour migrants à Laval ainsi que tout autres projets visant à entretenir le système mortifère des frontières internationales, qui laisse activement périr des genses par milliers en mer ou dans le désert, alors que la marchandise, elle, n’a aucune misère à traverser les océans!
Pour l’abolition du système pénal et des institutions autoritaires et disciplinaires de l’État!
Pour un futur conflictuel et créatif!

Réseau Autonome de Sherbrooke -Le-Bol !

Invitation à la Foire d’hiver: Partager, Lutter, Soigner

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Jan 122020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

L’hiver offre la possibilité de ralentir et de prendre le temps de réfléchir. Inspirer, fermer les yeux, porter l’attention sur soi, sur les relations qui nous composent, avant que ne reviennent la fougue du printemps et le fourmillement d’activités, que le regard ne soit à nouveau porté vers l’extérieur. Pourtant le froid rend difficile de se réunir en grand nombre pour discuter et partager, faute de lieux disponibles – de parcs, de ruelles, de places publiques, de squares, de plages, de forêts. Les grands moments de rassemblement entre les différentes lignées de résistance ont généralement lieu quand il fait chaud, même si dans les creux d’hiver on en aurait tant besoin.

En février prochain, la Foire d’Hiver organisera un espace de réflexion et de partage sur la manière dont les conflits sont vécus au quotidien, pour contribuer à bâtir des communautés résilientes et responsables. L’espace de la foire souhaite contribuer à transformer la culture autour des conflits qui reproduit souvent une norme de justice punitive. Comment répondre à la culture de _call-out_ qui ostracise et génère de la honte, de la culpabilité et une anxiété constante? Comment répondre à la professionalisation du care qui dépossède des capacités d’écoute et de soin, à l’appareil institutionnel médical qui individualise et pathologise la douleur? Quelles pratiques sont les plus propices à atténuer et soigner les blessures que nous nous causons? Comment interrompre la reproduction des cycles de violence et affirmer communément la responsabilité, la sensibilité et le soin?

L’événement s’inscrit dans une tradition anarchiste, où la lutte contre les diverses formes de domination et d’exploitation s’allie à des pratiques de soin et de guérison, en nourrissant la puissance du coeur, du corps et de l’esprit, tant à un niveau collectif qu’individuel. La foire ouvrira un espace de partage et de dialogue qui se veut bienveillant et où pourront se croiser différentes tendances anti-autoritaires – anarchistes, communistes anti-étatique, autonomes, queers, féministes, socialistes libertaires, anticoloniaux, anti-racistes, etc.

Retrouvons-nous le 8 février 2020, à Hochelaga au 1611 avenue d’Orléans (coin Adam), pour mettre en commun nos expériences et réflexions et enrichir les cultures de conflit.

Rêvons en grand: un appel à l’action pour les Wet’suwet’en

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Jan 072020
 

Soumission anonyme à North Shore Counter-Info

À lire également: Rien (d’important) ne change: Une analyse des changements de propriétaires de l’oléoduct CGL – texte en anglais

Où êtes-vous parti·e·s?

Janvier dernier, nous étions si nombreux·euses.

Dans la rue. À bloquer les ponts, les ports, les autoroutes, les quartiers des affaires, les terminaux de carburant et même à prendre d’assaut le complex de TC Energy. On fonçait sur des immeubles de bureaux, on pendait des banderoles, harcelait des politiciens, la police et les tribuneaux. On sensibilisait, engageait, incitait. Des réunions se tenaient sans doûte tard le soir et nos rêves nous gardaient éveillé·e·s. On développait des stratégies. Nous étions en colère, passioné·e·s et déterminé·e·s. C’était tellement beau! Ça nous a inspiré, nous a donné de l’espoir.

Qu’est-ce qui s’est passé?

Pas possible que ce soit fini, car tout continue! La force n’est pas le consentiment. La GRC — les mêmes commandants qui se sont octroyé le droit de tuer — sont encore implantés dans le territoire Wet’suwet’en à harceler les gens. Leur audace est telle qu’ils ont établi un poste de surveillance dans un lieu où ils n’ont pas affaire et où ils n’ont aucune juridiction.

Le poste 9A fonctionne déjà au dela de la zone autour de Unist’ot’en et CGL anticipe d’en construire un autre plus important, dans les environs du printemps prochain. Une centaine de personnes liées à l’industrie sont installées à 9A et d’autres arrivent tous les jours par camion, tandis que d’autres prennent des hélicos qui polluent par leur bruit et particule.

CGL et ses sous-traitants détruisent la terre tous les jours avec des coups-à-blanc et en faisant sauter les montagnes avec de la dynamite tout au long du droit de passage de l’oléoduc. Cette activité stresse les animaux sauvages et les poussent vers de nouvelles zones et sur les routes, où la circulation ne cesse de croître.

Rien de cela ne devrait arriver.

Ces terres sont des terres autochtones non cedées.

Pour tout le monde qui y a mit pied, il est facile de vouloir défendre le yintah, facile d’en tirer de l’inspiration.

On peut boire directement des sources des rivières Skeena et Bulkley, lieux de reproduction pour 30% des saumons. Dans le silence des journées d’hiver, les pins imposants laissent tomber de leurs branches tout en douceur des couches de neige et les corbeaux sautent d’arbre en arbre. En août, les sommets des montagnes glaciales restent enneigés, l’eau du Wedzin Kwah coule froid et turquoise et les fleurs magentas de l’épilobe s’ouvrent comme des taches de peinture sur le paysage tandis que les aigles parcourent la longueur de la rivière.

C’est pittoresque — et il faut que chaque détail soit maintenu tel quel pour permettre au Wet’suwet’en de survivre et prospérer. Et à cette heure, à ce moment même, il nous est possible de les aider à rendre ceci possible. Et ils nous demandent de les appuyer, ils n’ont jamais cesser de le demander. C’est nous qui avons arrêté·e·s.

Pourquoi?

Si vous avez arrêté parce que vous n’étiez pas sûr·e·s quel camp soutenir, soutenez-les tous.

S’il n’est pas clair ce qui est voulu:

  • Ils ont besoin de gens sur place, surtout à long terme (il y a de l’argent dispo pour aider des personnes autochtones à s’y rendre);
  • Des actions respectant le droit naturel et avec les accords d’allié en place (ce qui ne veut pas forcement dire de demander la permission);
  • Les camps ont aussi publié des listes de souhaits sur leurs sites web;

Si vous ne savez pas par où commencer, commencez ici (les liens sont tous en anglais):

L’alternatif à essayer (ce qui n’est pas la même que l’abilité) c’est la complicité. Nous sommes nombreux·euses à profiter de nos vies et des privilèges qui vont avec, tel la possibilité de voyager, avancer sa carrière, aller en classe ou avoir du temps de loisir.

Ceci n’est pas un argument à se culpabiliser et “tout sacrifier pour la révolution” — c’est un argument à faire de cette lutte une priorité et d’y accorder autant d’importance que les autres élèments de sa vie: carrière, études, sociabilité, aventures, voyages… C’est un argument à prendre ceci au sérieux, car ce l’est, et il faut qu’on se prenne donc nous-même au sérieux; on parle de la survie des gens et de leur culture. On parle de souverainté et guérison autochtones. Cette lutte est anticoloniale, mais elle est aussi anticapitaliste et antiétatique, avec de la place pour plein d’actions différentes.

Considérez ce texte donc comme un appel à l’action.

Considérez-le un encouragement ponctuel à construire des réseaux et un momentum capable de s’adapter, prendre des risques et ainsi capturer l’énergie.

Retrouvez-vous entre proches et discutez:

Qu’est-ce qui vous permet de prendre des risques? Comment peut-on mettre ces choses en place? Comment peut-on incorporer plus d’énergie et de capacité dans nos actions sans se compromettre au niveau de la sécurité? Quelles pratiques et cultures voulons-nous développer pour nous permettre de procéder? Qu’est-ce qui a bien marché ici ou ailleurs? Si ailleurs, quelles leçons sont pertinentes à en tirer?

Qu’est-ce que l’État? Quels sont ses composants, aux niveaux physiques et symboliques? Quels sont les autres éléments et participants dans cette lutte? Si c’est le capital qui pousse ce projet vers l’avant, comment peut-on entraver soit les capitaux, soit les profits?

Dormez bien les ami·e·s et rêvez en grand. Une autre fin est possible.

Tous les regards sur les Wet’suwet’en : Appel à une semaine de solidarité internationale !

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Jan 052020
 

Du Camp Unist’ot’en

Voir aussi :

Du MARDI le 7 JANVIER 2020 (date anniversaire de la descente de la GRC et de CGL) au DIMANCHE le 12 JANVIER 2020

Nous appelons toutes les communautés qui défendent la souveraineté autochtone et qui reconnaissent l’urgence de freiner les projets extractivistes menaçant la vie des générations futures à entreprendre des actions de solidarité.

Le territoire souverain et non cédé des Wet’suwet’en est sous attaque. Le 31 décembre 2019, la juge Marguerite Church de la Cour suprême de la Colombie-Britannique a accordé une injonction contre les membres de la nation Wet’suwet’en, laquelle assume l’intendance et la protection de ses territoires traditionnels contre de multiples pipelines destructeurs, dont celui de Coastal GasLink (CGL), qui transporte du gaz naturel liquéfié (GNL). Les chefs héréditaires des cinq clans Wet’suwet’en rejettent la décision de Church, qui criminalise les Anuk’nu’at’en (loi Wet’suwet’en) ; en ce sens, ils ont émis et appliqué une ordonnance d’expulsion des travailleurs de CGL du territoire. Le dernier entrepreneur de CGL a été escorté hors du territoire par les chefs Wet’suwet’en le samedi 4 janvier 2020.

En janvier 2019, lorsque la GRC a fait une violente descente sur nos territoires et nous a criminalisés pour avoir assumé nos responsabilités envers nos terres, nous avons vu des communautés du Canada et du monde entier se soulever en solidarité avec nous. Aujourd’hui, notre force d’action découle du fait que nous savons que nos alliés du Canada et du monde entier se lèveront à nouveau avec nous, comme ils l’ont fait pour Oka, Gustafsen Lake et Elsipogtog, en fermant des lignes de chemin de fer, des ports et des infrastructures industrielles et en faisant pression sur les représentants élus du gouvernement pour qu’ils respectent la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. L’État doit cesser d’imposer sa violence en soutenant les membres du 1 %, qui volent nos ressources et condamnent nos enfants à un monde rendu inhabitable par les changements climatiques.

À l’heure où la GRC se prépare à commettre de nouveaux actes de violence coloniale contre le peuple Wet’suwet’en, allumez vos feux sacrés et venez à notre aide.

Nous demandons que toutes les actions entreprises en solidarité avec nous soient menées de façon pacifique et dans le respect des lois de la ou des nations autochtones du territoire en question.

Pour plus d’informations :

Wet’suwet’en Supporter Toolkit

Faire un don à Unist’ot’en

Faire un don à Gidimt’en

Spectacle lumineux du Nouvel An pour les DétenuEs du Centre de Détention de Québec

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Jan 042020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

31 decembre 2019

Vers 19h00, un groupe de personnes s’est rassemblé dans les boisés en périphérie du Centre de Détention de Québec dans le but d’afficher leur support aux personnes détenues. L’établissement accueille des détenuEs qui purgent des sentences de moins de deux ans et des prévenus en attente de leurs procès. L’établissement peut accueillir plus de 710 détenus masculins, il est le deuxième plus grand établissement de détention provinciale au Québec, après la Prison de Bordeaux. La prison comporte également une section féminine qui comporte 56 places régulières. Au moment de la visite nocturne, une quinzaine de prisonniers se trouvaient dans la cour extérieure lorsque des feux d’artifice et des fusées de détresse ont été allumés, leur offrant un lumineux message de bonne année. Des souhaits et des cris enthousiastes furent échangés de part et d’autre des grillages avant que la sécurité ne tente de prendre la situation en charge. L’action s’est conclue sans arrestations.

Parce que nous vivons toujours dans un contexte colonial et raciste où les Premiers Peuples sont incarcérés par le gouvernement Canadien de façon disproportionné comparé au reste de la population, nous voulons réaffirmer notre solidarité en dénoncant la juridiction du “Canada’’ sur ces terres et sa main mise sur la vie et la détermination des peuples qui y vivent.

On ne peut plus nier l’impact du colonialisme !

Nous voulons aussi saluer le courage de Shanet Pilot, une autochtone guerrière, qui est toujours incarcérée 3 heures par semaines à la prison de Québec pour avoir défendu son territoire, le Nitassinan, et s’être opposée à un développement hydroélectrique d’Hydro-Québec. Depuis 2012 que le Gouvernement la fait payer par la prison le prix de ses dettes, quand en ce moment même, Hydro-Québec ne paie que des miettes en retour pour le vol de ses territoires. SOLIDARITÉ AVEC SHANET PILOT!

La pratique de mettre des détenu.es dans le “trou” de façons excessives est une pratique récurrente, qui se passe ici même au centre de détention de Québec et qui doit être abolie tout comme les prisons. Le rappeur Souldia raconte son expérience du “trou” alors qu’il avait 24 ans: « On m’a emmené au trou pour 21 jours. Ça sent les restants de nourriture de la veille, ça sent la pisse, ça sent la marde. Les murs sont sales. Y a du sang séché, de la bave. En moins de 10 jours, tu délires. »

La prison de Québec a aussi reçu l’indice “E” de la part de la société québécoises des infrastructures du Québec, ce qui signifie qu’elle a eu la note la plus basse et qu’elle est en très mauvaise état.

Un recours collectif est intenté contre le gouvernement du Québec pour dénoncer les préjudices vécus par les détenus vivent dans cette prison. La requête qui est mené par Samuel Cozak, un ancien détenu, révèle une mesure nommé le « camping » où les détenus doivent dormir à même le sol dans la cellule d’une autre personne incarcérée et ce à moins de 20 centimètres d’une toilette. M. Cozak dénonce aussi la sous-alimentation des détenus, l’insalubrité des cuisines et les interventions des agent.es qui sont teintées d’intimidation, d’utilisation de la peur et de mise en isolement excessive. On déplore aussi qu’un seul médecin soit présent par semaine pour répondre aux problèmes de santé de quelque 800 détenus incluant les services de santés mentales.

Un autre recours collectif est en cours en lien avec le suicide de Gaétan Laurion qui était incarcéré dans le secteur de l’infirmerie de la prison sous surveillance accrue après plusieurs tentatives de s’enlever la vie. Au moment de son décès, le gardien avait travaillé 45 heures dans les trois jours précèdent et dormait au poste de surveillance. La famille réclame réparation pour négligence.

Les prisons au Québec sont en général surpeuplées, il est estimé que le taux d’occupation de la prison de Québec est de 104%. Cette situation crée beaucoup de répercussions sur la vie des personnes criminalisées et se traduit notamment par d’importants transferts de détenuEs, soit l’équivalent d’une prison entière déplacée par jour dans la province.

Finalement, nous tenons à affirmer notre solidarité avec les personnes trans et la communauté LGBTQIA2 qui vivent d’autant plus de discriminations dans le milieu carcéral genré et qui font face aussi à des humiliations quand vient le temps de devoir se plier à des fouilles à nues. Un réseau est en place et se développe de plus en plus pour soutenir ces personnes en prison par l’entremise de correspondances écrites qui servent à créer des liens et même créer une certaine sécurité pour ces détenu.es, nous vous invitons donc à contacter le Prisoner Correspondance Project pour plus d’infos.

ENCORE UNE FOIS BONNE ANNÉE ET SOLIDARITÉ!
LE POING EN L’AIR PARCE QU’ON EST TOUS ET TOUTES NÉES POUR ÊTRE LIBRE!
NI PRISONS! NI ÉTATS! NI QUÉBEC! NI CANADA!

Comment former un groupe affinitaire

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Déc 302019
 

De CrimethInc., traduit par Wallonie Libertaire

La pierre angulaire de l’organisation anarchiste

Les temps sont turbulents. On voit d’ors et déjà, des barrages , des manifestations , des émeutes et des affrontements se produire régulièrement. Il est temps d’organiser les bouleversements qui se préparent.

Mais s’organiser ne signifie pas se joindre à une institution préexistante et recevoir des ordres. Cela ne devrait pas signifier que votre pouvoir et votre perspicacité personnels soient perdus pour devenir un rouage dans une machine. D’un point de vue anarchiste, la structure organisationnelle doit maximiser à la fois la liberté et la coordination volontaire à tous les niveaux, du plus petit groupe à la société dans son ensemble.

Vous et vos ami.e.s formez déjà un groupe affinitaire, la pierre angulaire de ce modèle. Un groupe affinitaire est un cercle d’amis qui se comprennent comme une force politique autonome. L’idée est que les personnes qui se connaissent déjà et se font confiance devraient travailler ensemble pour réagir immédiatement, intelligemment et avec souplesse aux situations qui apparaissent.

Ce format sans chef.fe s’est avéré efficace pour toute sortes d’activités de guérilla, ainsi que pour ce que la RAND Corporation appelle une tactique «fourmillante» dans laquelle de nombreux groupes autonomes imprévisibles submergent un adversaire centralisé. Vous devriez participer à chaque manifestation dans un groupe affinitaire, avec une acceptation partagée de vos objectifs et de vos capacités. Si vous appartenez à un groupe affinitaire qui a déjà agi ensemble, vous serez mieux préparé à faire face aux situations d’urgence et à tirer le meilleur parti des opportunités inattendues.

Ce guide est une adaptation d’une version antérieure de notre Recipes for Disaster: An Anarchist Cookbook..

Les groupes affinitaires sont puissants

Par rapport à leur petite taille, les groupes affinitaire peuvent avoir un impact disproportionné. Contrairement aux structures traditionnelles hiérarchique, ils sont libres de s’adapter à toutes les situations, ils n’ont pas besoin de faire passer leurs décisions au travers d’un processus bureaucratique compliqué, et tou.te.s les participant.e.s peuvent agir et réagir instantanément sans attendre d’ordres, mais avec une idée claire. de ce à quoi s’attendre les un.e.s des autres. L’admiration mutuelle et l’inspiration sur lesquelles ils sont fondés les rendent très difficiles à démoraliser. Contrairement aux structures capitalistes, fascistes et socialistes, ils fonctionnent sans aucun besoin de hiérarchie ni de contrainte. Participer à un groupe affinitaire peut être gratifiant, amusant et efficace.

Par dessus tout, les groupes affinitaire sont motivés par le désir et la loyauté partagés, plutôt que par le profit, le devoir, ou toute autre compensation ou abstraction. Il n’est pas étonnant que des groupes affinitaire aient fait reculés de unités entière de police anti-émeute en ayant pour seul arme les munitions de gaz lacrymogène que celleux-ci leur avaient tirées dessus .

Le groupe affinitaire est un modèle flexible

Certains groupes affinitaire sont formels et immersifs: les participant.e.s vivent ensemble, partagent tout en commun. Mais un groupe affinitaire ne doit pas nécessairement être un arrangement permanent. Il peut servir de structure de commodité, assemblée à partir de personnes intéressées et de confiance pour la durée d’un projet donné.

Une équipe particulière peut agir ensemble en tant que groupe affinitaire, mais les membres peuvent également se diviser en groupes affinitaire plus petits, participer à d’autres groupes affinitaire ou agir en dehors de la structure du groupe affinitaire. La liberté de s’associer et de s’organiser à la convenance de chacun.e est un principe anarchiste fondamental; cela favorise la redondance, de sorte qu’aucune personne ou aucun groupe n’est essentiel au fonctionnement de l’ensemble et que les différents groupes peuvent se reconfigurer selon les besoins.

Le groupe affinitaire est un modèle flexible.

Choisissez l’échelle qui vous convient

Un groupe affinitaire peut aller de deux à peut-être jusqu’à quinze personnes, en fonction de vos objectifs. Cependant, aucun groupe ne devrait être d’une taille si importante qu’une conversation informelle sur des questions urgentes en devient impossible. Vous pouvez toujours vous séparer en deux groupes ou plus si besoin est. Dans les actions qui nécessitent de conduire, le système le plus simple consiste souvent à avoir un groupe affinitaire pour chaque véhicule.

Apprendre à se connaître intimement

Apprenez les forces, les vulnérabilités et les antécédents de chacun.e pour savoir en quoi vous pouvez compter les un.e.s sur les autres. Discutez de vos analyses de chaque situation dans laquelle vous vous trouvez et de ce qui vaut la peine d’être accompli: identifiez leur correspondance, leur complémentarité et leur différence, afin que vous soyez prêt à prendre des décisions à la fraction de seconde.

L’un des moyens de développer une intimité politique consiste à lire et à discuter des textes ensemble, mais rien ne vaut l’expérience sur le terrain. Commencez lentement afin d’éviter d’en faire trop d’un coup. Une fois que vous avez défini un langage commun et une dynamique interne saine, vous êtes prêt à identifier les objectifs que vous souhaitez atteindre, à préparer un plan et à passer à l’action.

Décidez du niveau de sécurité approprié

Les groupes affinitaire résistent à l’infiltration car tou.te.s les membres partagent une histoire et une intimité entre elleux, et personne en dehors du groupe n’a besoin d’être informé de leurs projets ou activités.

Une fois réunis, un groupe affinitaire devrait établir un ensemble commun de pratiques de sécurité et s’y tenir. Dans certains cas, vous pouvez vous permettre d’être public et transparent sur vos activités. dans d’autres cas, il ne faudra jamais parler de ce qui se passe au sein du groupe, même après que toutes ses activités aient été menées à terme. Dans certains cas, personne excepté les participant.e.s du groupe ne devrait savoir qu’il existe. Vous et vos camarades pouvez discuter et vous préparer à des actions sans faire connaitre à des gens extérieur que vous constituez un groupe affinitaire. N’oubliez pas qu’il est plus facile de passer d’un protocole de haute sécurité à un protocole de basse sécurité que l’inverse.

Prendre des décisions ensemble

Les groupes affinitaires fonctionnent généralement par consensus, les décisions étant prises collectivement en fonction des besoins et des désirs de chaque personne impliqué.e.s. Le vote démocratique, dans lequel la majorité obtient ce qu’elle souhaite et où la minorité doit tenir sa langue, est un anathème pour les groupes affinitaire – car si un groupe doit fonctionner sans heurts et rester soudé en cas de stress, chaque personne impliquée doit être satisfaite du fonctionnement. Avant toute action, les membres d’un groupe doivent définir ensemble leurs objectifs personnels et collectifs, les risques qu’iels sont à l’aise de prendre et leurs attentes les un.e.s envers les autres. Une fois ces questions réglées, iels peuvent mettre au point un plan.

Étant donné que les situations d’action sont toujours imprévisibles et que les plans ne se concrétisent que rarement, il peut être utile de recourir à une double approche de la préparation. D’une part, vous pouvez planifier différents scénarios: Si A se produit, nous nous informerons par X et nous passerons au plan B; si X moyen de communication est impossible, nous nous réunirons de nouveau sur le site Z à 14 heures. D’autre part, vous pouvez mettre en place des structures qui seront utiles même si ce qui se passe ne ressemble à aucun des scénarios que vous avez imaginés. Cela peut impliquer la préparation de ressources (bannières, fournitures médicales ou équipement offensif), la division des rôles internes (par exemple, repérage, communications, médecin, liaison avec les médias), la mise en place de systèmes de communication (tels que les téléphones prépayés ou des phrases codées pouvant être crier pour transmettre des informations en toute sécurité), élaborer des stratégies générales (pour garder un oeil les un.e.s sur les autres dans des environnements confus, par exemple), définir des itinéraires d’évacuation d’urgence ou préparer un soutien juridique au cas où une personne serait arrêtée.

Après une action, un groupe affinitaire astucieux se réunira (si nécessaire, dans un endroit sûr et dépourvu d’électronique) pour discuter de ce qui s’est bien passé, de ce qui aurait pu mieux se passer et de ce qui vient après.

Il est plus sûr d’agir dans des environnements de protestation chaotiques au sein d’un groupe affinitaire très uni.

Tact et tactiques

Un groupe affinitaire ne répond qu’à lui-même, c’est l’une de ses forces. Les groupes affinitaire ne sont pas gênés par le protocole procédural d’autres organisations, les difficultés à parvenir à un accord avec des personnes extérieurs ou les limites imposées par un organisme qui ne participe pas immédiatement à l’action.

En même temps, tout comme les membres d’un groupe affinitaire s’efforcent de parvenir à un consensus, chaque groupe affinitaire devrait s’efforcer de créer une relation similaire avec les autres individus et groupes, ou du moins de compléter les approches des autres, même si les autres ne reconnaissent pas la valeur de cette contribution. Idéalement, la plupart des gens devraient être heureu.x.ses de la participation ou de l’intervention de votre groupe affinitaire dans une situation donnée, plutôt que d’avoir des ressentiments envers vous ou d’avoir peur de vous. Iels devraient en venir à reconnaître la valeur du modèle de groupe affinitaire et être pousser à l’utiliser, après l’avoir vu réussir et tirer profit de ce modèle.

S’organiser avec d’autres groupes affinitaires

Un groupe affinitaire peut travailler avec d’autres groupes dans ce qu’on appelle parfois une grappe. La formation de grappes permet à un plus grand nombre d’individus d’agir avec les mêmes avantages qu’un groupe affinitaire unique. Si la rapidité ou la sécurité est requise, des représentant.e.s de chaque groupe peuvent se réunir à l’avance, plutôt que l’ensemble des groupes; si la coordination est essentielle, les groupes ou les représentant.e.s peuvent organiser des méthodes de communication dans le feu de l’action. Au fil des années de collaboration, différents groupes affinitaire peuvent se connaître aussi bien entre groupe qu’iels se connaissent à l’intérieur de leur propre groupe, devenant de ce fait plus fonctionnels et plus efficaces ensemble.

Lorsque plusieurs groupes de groupes affinitaire doivent coordonner des actions particulièrement massives, avant une grande manifestation, par exemple, ils peuvent organiser une réunion-débat au cours de laquelle différents groupes affinitaires et grappes peuvent s’informer mutuellement de leurs intentions. Les conférences produisent rarement un consensus parfaite, mais elles peuvent informer les participant.e.s des divers désirs et perspectives en jeu. L’indépendance et la spontanéité offertes par la décentralisation sont généralement nos plus grands avantages pour combattre un adversaire mieux équipé.

Synthétiser

Pour que les groupes affinitaire et les grandes structures fondées sur le consensus et la coopération fonctionnent, il est essentiel que toutes les personnes impliquées puissent compter les unes sur les autres pour concrétiser leurs engagements. Lorsqu’un plan est approuvé, chaque personne d’un groupe et chaque groupe d’une grappe doivent choisir un ou plusieurs aspects critiques de la préparation et de l’exécution du plan et proposer de les résumer. Faire la synthèse de l’approvisionnement d’une ressource ou de la réalisation d’un projet, c’est garantir que cela sera accompli d’une manière ou d’une autre, quoi qu’il en soit. Si vous faites une légal team téléphonique pour votre groupe pendant une manifestation, vous devez lui répondre, même si vous tombez malade; si votre groupe promet de fournir des banderoles pour une action, assurez-vous qu’elles soient prêtes, même si cela signifie rester debout toute la nuit la veille car le reste de votre groupe affinitaire ne pouvaient être présent.e.s. Au fil du temps, vous apprendrez à gérer les crises et sur qui vous pourrez compter sur les autres, tout comme iels apprendront à quel point iels peuvent compter sur vous.

Aller en action

Arrêtez de vous demander ce qui va se passer ou pourquoi rien ne se passe. Rassemblez-vous avec vos amis et commencez à décider de ce qui va se passer. Ne traversez pas la vie en mode spectateur passif, à attendre qu’on vous dise quoi faire. Prenez l’habitude de discuter de ce que vous voulez qui se passe et concrétiser ces idées.

Sans une structure qui encourage les idées à passer à l’action, sans les camarades avec qui se prendre en charge, s’enflammer et prendre de l’élan, vous risquez d’être paralysé.e, coupé.e de votre potentiel. Avec elleux, votre potentiel peut être multiplié par dix ou mille. « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes réfléchies et engagées puisse changer le monde », a écrit Margaret Mead: « C’est la seule chose qui ait jamais existé. » Elle faisait allusion, qu’elle le sache ou non, à des groupes affinitaires. Si chaque personne dans chaque action contre l’État et le statu quo participait en tant que membre d’un groupe affinitaire très uni, la révolution serait accomplie en quelques années à peine. (NdT: vision peut-être un peu trop optimiste)

Un groupe affinitaire peut être un cercle de couture ou un collectif de réparation de vélo; il peut se réunir dans le but de servir des repas sur une occupations ou de contraindre une multinationale à la faillite par le biais d’un programme de sabotage soigneusement orchestré. Des groupes affinitaire ont planté et défendu des jardins communautaires, construit, occupé et incendié des bâtiments, organisé des programmes de garde d’enfants dans les quartiers, organisé des grèves sauvages; Des groupes affinitaire individuels initient régulièrement des révolutions dans les arts visuels et la musique populaire. Votre groupe préféré était un groupe affinitaire. Un groupe affinitaire a inventé l’avion. Un autre maintient ce site.

Que cinq personnes se rencontrent, résolues à faire face à la foudre de l’action plutôt qu’à l’agonie de la survie – à partir de ce moment, le désespoir prend fin et la tactique commence.

Voir aussi

Invitation aux Jeux d’hiver de la révolte sociale

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Déc 192019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Imprimer : 11 x 17″

Texte de l’affiche :

INVITATION AUX JEUX D’HIVER DE LA RÉVOLTE SOCIALE
20 décembre 2019 – 15 mars 2020
Lancez le défi à vos compagnon.ne.s, à vos voisin.e.s, aux autres bandes.
Sabotons le contrôle social, dégentrifions nos quartiers !

 

Trois terrains de jeu attendent les athlètes.

no 1 Camover, la reprise

Détruire les caméras de surveillance

  • fausse-caméra = 2 points
  • caméra fonctionnelle = 6 points
  • sonnette intelligente avec caméra (Amazon Ring / Google Nest) = 6 points

no 2 Personne ne paie

  • chaque tourniquet de métro mis hors-service = 3 points
    • tous les tourniquets de la station = bonus +4
  • chaque distributeur de billets mis hors-service = 6 points
    • tous les distributeurs de la station s’il y en a plus qu’un = bonus +2

no 3 L’hiver est long pour les promoteurs de condos

  • coller les serrures d’un bureau de vente de condo (toutes les portes) = 6 points
  • redécorer l’extérieur (cannettes de peinture, grafs ou extincteur) = 4 points
  • redécorer l’intérieur (à l’extincteur) = 10 points

Bonus

  • revendiquer son action avec un meme = 2 points
  • brûler un arbre de noël exposé sur la place publique = 4 points
  • mettre hors-service un char de flic pendant une tempête de neige = 10 points

*ceci n’est pas un encouragement à trop se vanter de ses actions ni à mettre sa sécurité en péril ou celle des compagnon.ne.s.

Avis de non-responsabilité : cette affiche est produite uniquement à titre informatif et n’incite quiconque à enfreindre quelconque loi.

Messe des morts : le néonazi Pascal Giroux mange une volée

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Déc 132019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le vendredi 28 novembre, le festival de black metal La Messe des Morts avait lieu au théâtre Paradoxe. Trois néonazis avaient été signalés sur place ou avaient annoncé leur intention d’être là sur les réseaux sociaux. L’un d’eux, Pascal Giroux a mangé toute une volée en quittant le théâtre.

Pascal Giroux est un militant néonazi assumé depuis la grande époque des boneheads à Montréal. Dernièrement il avait rejoint le groupe islamophobe les Soldiers of Odin et il participait à tous leurs mauvais coups, jusqu’à leur dissolution en 2018. Sur les photos on peut le voir avec un chandail Section Saint-Laurent, un hoodie SOO, poser devant un drapeau du Soleil Noir et protéger la maison du néonazi Phillipe Gendron en 2018, lors d’une manifestation antiraciste.

Les communautés antifascistes et black métal sont vigilantes et il n’y aura plus de safe space pour les nazis. Fred, Maxime, William, Joey, vous êtes prévenus.

Montréal est antifasciste.

Varennes : un nazi d’Atalante sur la rue Sainte-Anne

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Déc 112019
 

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Vincent Cyr, résident de la rue Sainte-Anne à Varennes est un néo-nazi dangereux, membre de l’organisation Atalante Québec. Vincent fait parfois de la boxe dans le parc de la Commune avec ses amis nazis. Il participe régulièrement aux activités d’Atalante à Montréal.

Dans la nuit de lundi 11 décembre 2019, 1000 tracts ont été distribués dans sa rue, son quartier, aux abribus et devant les lieux importants de la ville. Parce que le monde comme lui se cache et que la population doit savoir.

Chassons les nazis, où qu’ils soient!

signé : des antifascistes de la rive sud

Insécurité nationale : Visites à domicile de la GRC à Montréal

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Déc 072019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Problèmes en vue pour l’État canadien, dans ses QG de police et ses coulisses technocratiques, en ce qui concerne son régime colonial et raciste de frontières et de prisons. Avec leur réseau de postes frontaliers, de patrouilles, de technologies de surveillance, de centres de détention, de tribunaux, de soi-disant alternatives à la détention et d’escouades d’expulsion, les dirigeants de ce pays comptent bien consolider l’autorité nécessaire pour déterminer qui peut vivre ou non sur le territoire qu’ils gouvernent frauduleusement, décider de qui peut trouver un logement, envoyer ses enfants à l’école, accéder aux soins médicaux et vivre au quotidien sans crainte. Ils sont soutenus dans ce projet par les médias de masse toujours prêts à faire un drame des passages de frontières irréguliers, en renforçant des mythes qui présentent le Canada comme un pays amical et accueillant, dissimulant une réalité meurtrière et cruelle – et bien sûr aussi par l’extrême droite, qui a pour tâche essentielle de canaliser la colère des pauvres et des travailleur.se.s vers leurs semblables, victimes tout comme eux du système économique mondial à l’origine de leur sentiment d’impuissance.

Pourtant, ce réseau de domination est loin d’être impénétrable. La frontière terrestre du Canada avec les États-Unis est trop vaste pour être complètement contrôlée ; les points de passage clandestins abondent. De même, il n’est pas impossible de dépasser la durée de validité d’un visa et de se tenir à l’écart des activités de l’ASFC. Partout au pays, les migrant.e.s organisent des réseaux de solidarité pour que personne n’ait à faire face aux défis sérieux que sont l’accès aux services sans statut et le fait d’être confronté, seul, à un système d’immigration raciste.

Cette année, une liste des noms des agents de l’ASFC a été publiée, encourageant les gens à les tenir responsables de leurs effets destructeurs sur nos communautés et nos camarades. Et au cours des deux dernières années, en réponse aux efforts du gouvernement pour construire de nouvelles prisons pour migrant.e.s, les entrepreneurs de la région de Montréal ayant accepté de travailler à la construction de celle qui doit ouvrir ses portes à Laval en 2021 ont fait face à des manifestations et à une série d’attaques, à commencer par le déversement de criquets dans la firme d’architecture Lemay au printemps 2018. En juillet dernier, la BMW d’un vice-président de Lemay a été incendiée à l’extérieur de son domicile. Dans la nuit du 26 octobre, l’entrepreneur général de la prison, Tisseur, semble avoir perdu un camion en raison d’un incendie criminel ciblé. Plus récemment, ce mois-ci, les véhicules stationnés au siège social du sous-traitant DPL se sont fait crever les pneus.

De telles actions ont un impact à la fois matériel et psychologique ; comme l’a dit le président de la société d’excavation Loiselle aux médias après le vandalisme de son siège social : « Je ne veux pas de trouble avec ces gens-là ». Si ces attaques se poursuivent et se propagent, l’État pourrait rapidement avoir du mal à maintenir et à étendre l’application des frontières, l’immigration et la citoyenneté.

Il n’est pas surprenant que les services de police, dont quatre au moins dans la région de Montréal se retrouvent dans leur juridiction territoriale (SPVM, SPL (Laval), SPAL (Longueuil) et SQ) avec des événements non résolus liés à la prison des migrant.e.s, unissent leurs forces pour partager leurs ressources et coordonner une enquête plus intensive. D’ailleurs, un article paru dans La Presse en juillet dernier a révélé qu’une telle action était en cours de préparation.

Dans la semaine du 28 octobre, on a pu voir les premiers signes évidents de cette escalade des ressources répressives : un petit nombre de militant.e.s de longue date ont en effet reçu des visites à domicile et des appels téléphoniques d’agents de la GRC sur l’île de Montréal. Les agents font partie d’une EISN (Équipe intégrée de la sécurité nationale), une unité qui a coordonné la sécurité de sommets comme le G7 et enquêté sur d’autres cas de ce qu’ils appellent de « l’extrémisme violent ». Chaque EISN est composée d’agents de la GRC, d’agents du SCRS et de membres des services de police locaux, ainsi que de membres de l’ASFC et de Citoyenneté et Immigration Canada [source: Wikipedia].

Les agents qui ont effectué ces visites en octobre n’avaient pas de mandat, et ils ont dit qu’ils voulaient discuter du militantisme pour la justice migrante ainsi que des mouvements anti-gentrification, en relation avec des actes criminels en cours d’enquêtes. Les personnes visitées n’ont pas laissé entrer les flics et ne leur ont pas parlé.

Nous considérons qu’il est important de partager ces événements publiquement afin que nos camarades puissent prendre des précautions appropriées, reconnaître les méthodes utilisées et éviter la diffusion de fausses informations. Quiconque est contacté par la GRC, d’autres services de police ou le SCRS d’une façon semblable ou dans le cadre de cette enquête est fortement encouragé à en informer ses camarades dès que possible.

Dans le cadre d’enquêtes antérieures, l’EISN de Montréal a eu recours à différentes tactiques : écoutes téléphoniques, filatures de suspects, entrées dans des maisons et des bureaux à l’insu des suspects, ainsi qu’à des infiltrations et des informateurs payés. Même en combinant ces méthodes à d’autres depuis plusieurs années, l’EISN a été incapable de porter des accusations dans le passé. Collectivement, notre pouvoir face à ce type d’enquête est clair : on n’insistera jamais assez sur la valeur du silence et de la non-coopération absolue avec la police. Il n’y a rien à gagner à laisser entrer des agents chez vous ou à leur dire quoi que ce soit. Sans mandat valide, la police n’a pas le droit d’entrer dans votre domicile ou votre bureau (voir « Surprise ! On a des droits ?! » du COBP). Communiquez avec un avocat de confiance si vous n’êtes pas certain de vos droits dans une situation donnée.

De plus, nous bénéficions d’une réflexion continue sur nos pratiques en matière de sécurité. Efforçons-nous de bâtir une culture aussi sécuritaire que possible pour nous et nos camarades qui nous permette aussi de combattre avec conviction et d’accroître notre capacité. Cette réflexion récemment publiée sur la culture de la sécurité [elle sera bientôt disponible en français ; NdMtlCi.] a beaucoup à offrir à la fois comme introduction au sujet et comme incitation à réévaluer et à affiner nos pratiques.

En mettant en lumière d’autres luttes auxquelles les anarchistes ont contribué, notamment l’anti-gentrification, et en brandissant le spectre du « terrorisme », même s’il ne s’agit que de simples enquêtes sur des incendies criminels et des vitres brisées, la GRC montre qu’elle ne cherche pas seulement à résoudre des crimes précis, mais bien qu’elle veut perturber la capacité de nos mouvements à contester les fondations racistes et colonialistes de l’État canadien et les impératifs capitalistes qui le gouvernent partout. Avec ou sans poursuites judiciaires, ils veulent criminaliser les idées qui les menacent. Ils veulent que nous ayons peur de prendre les risques nécessaires pour construire quelque chose de différent. Ils veulent briser la solidarité entre celles et ceux qui parlent publiquement et celles et ceux qui agissent clandestinement, afin que l’organisation publique se limite aux canaux de protestation approuvés, et que les interventions anonymes soient dénoncées et isolées. Il est important de noter qu’ils nous montrent également que nos mouvements menacent effectivement leur capacité à remplir leurs fonctions, ce qui prouve bien que ce n’est pas le moment de se retirer.

Nous savons que la simple menace de la répression peut être efficace pour perturber les mouvements. Bien que les informations sur cette enquête et les tactiques de l’EISN soient préoccupantes, nous ne voyons aucune raison d’être paranoïaque ni de paniquer. C’est simple : si les policiers ont des questions, cela montre qu’ils ne savent pas ce qu’ils veulent et qu’ils manquent d’informations. La lutte se poursuit, et c’est grâce à la participation continue et croissante d’une grande variété de groupes et d’individus dédiés à assurer leur sécurité mutuelle, à partager informations et ressources, et à refuser que l’État sème la division entre nous que nous serons toutes et tous les plus redoutables opposant.e.s à la police et au régime frontalier.

Lorsqu’on est pris pour cible par les forces de répression, il peut être tentant de faire appel à des discours enracinés dans la légalité, de dénoncer les soi-disant excès de l’État ou de réclamer la protection des « libertés civiles ». Mais nos mouvements seront plus forts à long terme en admettant que, si nous voulons voir leur monde de confinement et de contrôle disparaître dans les flammes, il est inévitable qu’ils tenteront de nous arrêter par tous les moyens à leur disposition. Une fois libéré.e.s du mythe de l’opinion publique, il deviendra clair que nous n’avons rien à gagner de nous faire passer pour des victimes. Il s’agira simplement de pratiquer une solidarité inébranlable et de priver l’État du pouvoir qu’il recherche.

 

Appel à la solidarité

En cas de raids ou d’arrestations en lien avec l’enquête de l’EISN/GRC, nous appelons à une offensive de solidarité à Montréal et ailleurs, contre les infrastructures frontalières, ou toutes autres cibles pertinentes dans votre région. 🖤

Des distributeurs de billets mis hors service dans le métro de Montréal

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Déc 032019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Depuis quelques jours, l’appel de grève internationale contre les tarifs de transport a encouragé quelques actions de sabotage. Les distributeurs de billets de quelques stations de métro ont été mis hors service en bloquant leurs lecteurs de carte débit/crédit et les fentes à monnaie.

La STM continue d’augmenter les tarifs de transport et de déployer des « inspecteurs » wannabe-flic pour harceler et tabasser des gens pour $3.50. Présentement, la STM cherche même à donner à ses inspecteurs plus de pouvoirs pour arrêter et détenir les gens et avoir accès aux fichiers de la police. Tout effort pour maintenir et étendre le contrôle du mouvement des gens se doit d’être opposé. Heureusement, on ne manque pas d’inspiration d’ailleurs dans le monde, et surtout de la révolte au Chili.

Ces actions étaient des expérimentations pour trouver des manières simples, efficaces et relativement discrètes de saboter la collection de tarifs. Pour l’instant, la méthode la plus efficace semble être de mettre de la colle sur les deux côtés de cartes cadeaux non activés et de les insérer complètement dans les lecteurs de carte débit/crédit, et ensuite de mettre de la colle dans la fente à monnaie après l’avoir fait ouvrir comme si on voulait payer un tarif en argent comptant. Nous espérons que cette technique pourra être reproduite largement en parallèle avec d’autres moyens pour mettre hors service les divers dispositifs de la STM.

Live free, ride free.

Alexander Liberio : metalhead, nazi… séminariste orthodoxe

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Nov 242019
 

De Montréal Antifasciste

Sous les pseudonymes « Neuromancer » et « iamneuromancer », Alex Liberio s’est associé à d’autres néonazis sur différents serveurs Discord et sur le forum Iron March en plus de participer activement aux activités militantes du groupe «Alt-Right Montreal» entre 2016 et 2018.

En mai 2018, les efforts pugnaces de militant-e-s antifascistes de Montréal ont permis d’exposer l’existence d’un salon de discussion Alt-Right privé sur un serveur Discord[1], lequel devait servir de tremplin pour les activités « IRL[2] » d’un petit groupe de militants néonazis de la région de Montréal. Une série d’articles publiés par The Montreal Gazette a forcé à l’exil deux des principaux organisateurs de ce groupe : Gabriel Sohier Chaput, alias « Zeiger », et Athanasse Zafirov, alias « Date » (aussi « LateOfDies » ou « Sam Houde/Hoydel »). Zeiger était une figure centrale, non seulement de ce petit groupe montréalais, mais aussi du réseau international qui se constituait entre 2015 et 2018, notamment en tant que prolifique producteur de contenu pour le site The Daily Stormer, modérateur du forum Iron March et propagandiste clé du courant explicitement national-socialiste et accélérationniste du mouvement Alt-Right. Il est aujourd’hui sous le coup d’un mandat d’arrêt au Québec et est disparu dans la nature. Quant à « Date » (aussi « LateOfDies »), qui semble s’être graduellement radicalisé politiquement en passant par le milieu des « Pickup Artists » personnifié par le misogyne Roosh V, il était l’un des organisateurs clés du milieu Alt-Right local et national, notamment en tant que coresponsable du rassemblement pancanadien qui a eu lieu en juillet 2017 en Ontario. Il s’est relocalisé en Californie en 2018, où il a pu s’installer confortablement au programme de doctorat de l’Anderson School of Management de l’UCLA, malgré notre article exposant sa nouvelle vie.

D’autres militants notoires de ce petit groupe ont aussi été exposés par la communauté antifasciste, dont Shawn Beauvais MacDonald, alias « FriendlyFash » (aussi « Bubonic ») et Vincent Bélanger Mercure, alias « Le Carouge à Épaulettes » (autre part « BebeCoco »), qui ont participé avec Sohier Chaput et d’autres militants canadiens aux manifestations du rassemblement « Unite the Right » à Charlottesville, Virginie, les 11 et 12 août 2017, et Julien Côté Lussier, alias « Passport », lequel a agi comme porte-parole de l’organisation ID Canada (une tentative de légitimation du mouvement « ethnonationaliste/identitaire » au près du grand public canadien) et s’est récemment illustré en se portant candidat aux élections fédérales de 2019 dans le sud-ouest de Montréal. Des sympathisant-e-s antiracistes de sa circonscription ont révélé que Côté Lussier est toujours à l’emploi du ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté malgré son militantisme fasciste.

Un autre des membres les plus actifs du salon de discussion « Montreal Storm », l’utilisateur « Neuromancer », participait aussi au forum Iron March sous le pseudonyme « iamneuromancer », comme l’a révélé la récente fuite de l’archive complète du forum :

Le message d'introduction d'Alexander Liberio, alias Neuromancer, au forum néonazi Iron March.

Le message d’introduction d’Alexander Liberio, alias « iameuromancer », au forum néonazi Iron March.

 

Montréal Antifasciste est aujourd’hui en mesure d’affirmer que « Neuromancer » est Alexander Liberio, un musicien de la scène métal montréalaise et étudiant en science cognitive de l’Université McGill jusqu’à l’an dernier. Sentant peut-être la soupe chaude suite au doxxing de Zeiger et à la publication du contenu du forum « Montreal Storm », Liberio s’est éclipsé aux États Unis pour s’enrôler au séminaire Holy Trinity Orthodox de Jordanville, dans l’état de New York. Cette conversion reste toutefois parfaitement cohérente avec sa vision du christianisme, qui est selon lui synonyme de « culture blanche », « fasciste de manière inhérente » et sans doute le meilleur véhicule pour « réaliser les 14 words » (le credo nationaliste blanc formulé par le terroriste néonazi David Lane[3]).

///

 

Alex Liberio (date de naissance : 6 août 1989) est connu sous le pseudonyme « Neuromancer Wintermute » au sein de la scène métal montréalaise comme membre de différents projets musicaux depuis le début des années 2010, dont le plus récent est le groupe Vehemal.

Le profil d'Alexander Liberio, alias Neuromancer Wintermute sur le site metal-archives.com.

Le profil d’Alexander Liberio, alias « Neuromancer Wintermute », sur le site metal-archives.com.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer Wintermute » est guitariste du groupe Vehemal.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer Wintermute », est guitariste du groupe Vehemal.

Il semble qu’il ait été président du conseil étudiant du Collège Vanier en 2012-2013, après quoi il s’est consacré à sa musique et s’est inscrit au programme de science cognitive de l’Université McGill. Difficile de dire quand exactement il a pris le tournant nazi, mais il s’est plaint à quelques reprises d’avoir été trahi par un ami et « fully doxxed[4] » en 2016 suite à une intervention à caractère nationaliste blanc lors d’un événement public antiraciste. Étrangement, nous ne savons rien de ce prétendu doxxing et n’en retrouvons aujourd’hui aucune trace…

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », prétend avoir été doxxé en 2016.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », prétend avoir été doxxé en 2016.

En ce qui nous concerne, nous l’avons aperçu pour la première fois le 4 mars 2017, dans la manifestation « coming out » de La Meute à Montréal, près du petit contingent de PEGIDA Québec et en compagnie de quelques individus formant sans doute déjà le noyau initial du groupe « Montreal Storm », ou Alt-Right Montreal, dont Vincent Bélanger Mercure et Athanasse Zafirov. Il a d’ailleurs accordé à cette occasion une entrevue à Global TV, ce qui nous a permis de mettre un visage sur le pseudonyme :

Alexander Liberio, alias Neuromancer, participe à la manifestation de La Meute à Montréal, le 4 mars 2017.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », participe à la manifestation de La Meute à Montréal, le 4 mars 2017.

 

Sur Discord, Alexander Liberio, alias « Neuromancer » dit avoir donné une entrevue à Global News.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer » donne une entrevue à Global News le 4mars 2017.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », accorde une entrevue à Global News, le 4mars 2017.

 

Sur Iron March, Alexander Liberio, alias « Neuromancer » relate sa participation à la manifestation de La Meute à Montréal le 4mars 2017.

Sur Iron March, Alexander Liberio, alias « Neuromancer », relate sa participation à la manifestation de La Meute à Montréal le 4mars 2017.

 

C’est quelques semaines plus tard qu’il s’est inscrit, le même jour (le 26 mars), au forum Iron March et au salon de discussion Montreal Storm sur Discord :

Alexander Liberio, alias « Neuromancer » rejoint le forum néonazi Iron March, le 26 mars 2017.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », rejoint le forum néonazi Iron March, le 26 mars 2017.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », rejoint le forum « Montreal Storm » sur Discord, le 26 mars 2017. L’utilisateur « Fahrenheit » sur Discord est Loïc Pardiac.

 

 Nazi sans compromis

Par sa participation à Iron March, « Neuromancer »/Alex Liberio a côtoyé certains des néonazis les plus influents et les plus dangereux dans le monde, dont le créateur et principal administrateur d’Iron March, Alexander Slavros, et les membres de cette communauté « accélérationniste » qui allait créer Atomwaffen Division, un réseau néonazi sous-terrain lié à une série de  meurtres et de projets d’attentats. Par sa proximité avec Sohier Chaput, et par volonté de passer à l’action « IRL », il allait par ailleurs participer assidûment aux activités du « Montreal Stormers Book Club » (dans le vocabulaire de The Daily Stormer, ou « Pool Parties », dans le vocabulaire commun aux adeptes du forum Alt-Right The Right Stuff), dont le projet ID Canada notamment porté par Athanasse Zafirov, Julien Côté Lussier et d’autres. Voici un certain nombre de captures d’écran de ses échanges sur Iron March et le forum « Montreal Storm » :

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », suit Gabriel Sohier Chaputs, alias « Zeiger », sur Iron March.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », suit Gabriel Sohier Chaput, alias « Zeiger », sur Iron March.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », dit avoir perdu des amitiés et en avoir tissé de nouvelles sur la base d'un intérêt commun pour le fascisme et Adolph Hitler.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », dit avoir perdu des amitiés et en avoir tissé de nouvelles sur la base d’un intérêt commun pour le fascisme et Adolph Hitler.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », reproche à Gabriel Prévost-Mathieu, alias « Canadian Übermensch » sur Iron March, le peu de sérieux de son engagement.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », reproche à Gabriel Prévost-Mathieu, alias « Canadian Übermensch » sur Iron March, le peu de sérieux de son engagement.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », reproche à Gabriel Prévost-Mathieu, alias « Canadian Übermensch » sur Iron March, de circonscrire son engagement à Internet.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », reproche à Gabriel Prévost-Mathieu, alias « Canadian Übermensch » sur Iron March, de circonscrire son engagement à Internet.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », se plaint que les antifascistes s'en soient pris à un festival de Black Metal en 2016, parce que le groupe Graveland, qui s'y produisait, n'est « même pas nazi ».

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », se plaint que les antifascistes s’en soient pris à un festival de Black Metal en 2016, parce que le groupe Graveland, qui s’y produisait, n’est « même pas nazi ».

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », évoque le lien direct entre le groupe Alt-Right Montreal dont il fait partie et le groupe ID Canada, une tentative de légitimation du nationalisme blanc « identitaire »au près du grand public canadien.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », évoque le lien direct entre le groupe Alt-Right Montreal dont il fait partie et le groupe ID Canada, une tentative de légitimation du nationalisme blanc « identitaire » auprès du grand public canadien. Alexander Liberio, alias « Neuromancer », rejoint le forum « Montreal Storm » sur Discord, le 26 mars 2017. L’utilisateur « Le Carouge à épaulettes » sur Discord est Vincent Bélanger Mercure.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », évoque le processus de « vérification de sécurité extrême » qu'observe le groupe Alt-Right Montreal.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », évoque le processus de vérification de sécurité « extrême » qu’observe le groupe Alt-Right Montreal.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », explique que 2017 est l'année des rencontres en personne pour l'Alt-Right, en vue de développer un plan stratégique pour « prendre la Maison blanche ».

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », explique que 2017 est l’année des rencontres en personne pour l’Alt-Right, en vue de développer un plan stratégique pour « prendre la Maison blanche » en 2020! Alexander Liberio, alias « Neuromancer », rejoint le forum « Montreal Storm » sur Discord, le 26 mars 2017.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », considère les Juifs comme « sataniques », « génocidaires contre [notre] peuple » et « digne d'être haïs ».

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », considère les Juifs comme « sataniques », « génocidaires contre [notre] peuple » et « digne d’être haïs  ». Alexander Liberio, alias « Neuromancer », rejoint le forum « Montreal Storm » sur Discord, le 26 mars 2017.

Personne ne sera surpris de constater qu'Alexander Liberio, alias « Neuromancer », est également homophobe.

Personne ne sera surpris de constater qu’Alexander Liberio, alias « Neuromancer », est également homophobe…

 

La chrétienté comme véhicule privilégié du fascisme

Liberio/« Neuromancer » fait partie d’un courant non négligeable au sein de la mouvance Alt-Right/néonazie qui s’identifie à la tradition chrétienne orthodoxe. Il ne cache d’ailleurs pas sa conviction que la chrétienté est le meilleur véhicule pour le nazisme :

Alexander Liberio, alias« Neuromancer », croit que le retour à la chrétienté est la meilleure méthode pour réaliser le credo nazi des « 14 words ».

Alexander Liberio, alias« Neuromancer », croit que le retour à la chrétienté est la meilleure méthode pour réaliser le credo nazi des « 14 words ».

 

Alexander Liberio, alias« Neuromancer », considère que l'idélogie nazie est la loi biblique appliquée.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », considère que l’idélogie nazie est « la loi biblique appliquée ».

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer » explique que la Bible est la meilleure synthèse de la culture et de l'histoire « occidentale/européenne/blanche », sans laquelle le concept de race blanche (la chrétienté) n'aurait pas vu le jour.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », explique que la Bible est la meilleure synthèse de la culture et de l’histoire « occidentale/européenne/blanche », sans laquelle le concept de race blanche (la chrétienté) n’aurait pas vu le jour.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », explique que la chrétienté est synonyme de « blancs ».

 

Alexander Liberio, alias« Neuromancer », considère le christianisme « fasciste de manière inhérente ».

Alexander Liberio, alias« Neuromancer », considère le christianisme « fasciste de manière inhérente ».

 

Alexander Liberio, alias« Neuromancer », vante les mérites de l'Église orthodoxe.

Alexander Liberio, alias« Neuromancer », vante les mérites de l’Église orthodoxe.

 

Pas étonnant, au vu de cette profession de foi, que Liberio ait choisi de devenir séminariste dans l’Église orthodoxe russe. Il s’est ainsi inscrit à la première année de séminaire à l’automne 2018, au Holy Trinity Orthodox Seminary, à Jordanville, NY, lequel est rattaché au Diocese pour l’est des É-U. de l’Église orthodoxe russe. Pour autant que nous sachions, il y est toujours inscrit à ce jour.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », s'est inscrit au séminaire Holy Trinity de l'Église orthodoxe russe, de Jordanville, NY, à l'automne 2018.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », s’est inscrit au séminaire Holy Trinity de l’Église orthodoxe russe, à Jordanville, NY, à l’automne 2018.

 

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », est toujours inscrit au séminaire Holy Trinity de l'Église orthodoxe russe, à Jordanville, NY, pour l'année académique 2019-2020.

Alexander Liberio, alias « Neuromancer », est toujours inscrit au séminaire Holy Trinity de l’Église orthodoxe russe, à Jordanville, NY, pour l’année académique 2019-2020.

 

Le code disciplinaire du séminaire stipule qu’un diplôme peut être « retenu » devant la preuve accablante d’une inconduite morale sérieuse. Reste à voir si le séminaire considère que la participation à diverses activités et organisations néonazies constitue « une inconduite morale sérieuse »… ou si l’Église orthodoxe russe est effectivement un véhicule approprié pour réaliser la vision d’Adolph Hitler et de ses partisans contemporains.

 

Démonstration de la preuve

À partir du courriel inclus par « iamneuromancer » dans le forum Iron March (iamneuromancer@gmail.com), nous avons trouvé une annonce publiée en ligne en 2015 afin de recruter un joueur de cornemuse pour un groupe folk métal (vraisemblablement le groupe Bibracte, que Liberio a animé pour un temps avec sa partenaire) :

Cette annonce comportait également un numéro de téléphone. Une recherche avancée pour ce numéro révèle une annonce de sous-location d’un appartement dans Hochelaga, publiée sur un forum de discussion chinois.Non seulement les photos de l’appartement publiées dans cette annonce correspondent directement au décor que l’on aperçoit dans les quelques vidéos publiées sur la chaîne YouTube Icon Iconium, où l’on reconnaît Liberio et ses rats, mais l’on y trouve également l’adresse alexander.liberio@mail.mcgill.ca :

 

 

 

 

 

Une recherche pour Alexander Liberio confirme ensuite hors de tout doute les liens actuels avec le séminaire orthodoxe de Jordanville, NY.

 ///

 

Quelles conséquences pour ces nazis? Quelles implications pour nos collectivités?

De Charlottesville à El Paso, en passant par les attentats d’Atomwaffen Division et de Christchurch, les activités en ligne de la génération d’Alexander Liberio ont régulièrement franchi le seuil de la « vie réelle », semant carnage et terreur dans plusieurs pays. Ce qui peut frapper, au-delà de ce constat, est la fragmentation et l’extrême fragilité de leurs rapports, compte tenu de la relative facilité avec laquelle il est possible de perturber et disperser les réseaux exposés dans ces différents forums de discussion. Comme nous le montre la cascade de nouvelles révélations issues du forum Iron March dans la foulée de la plus récente fuite, il est cependant extrêmement facile pour ces jeunes hommes blancs « normaux » de mener leur vie régulière de classe moyenne, comme étudiants, fonctionnaires, hipsters, etc., tout en poursuivant activement leur fantasme de guerre raciale et de génocide, de « charia blanche » et de « soldats sur le terrain ». La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : quelles sont les conséquences concrètes pour ces wannabe paladins de la guerre raciale?

Et surtout, peut-être, nous invitons nos lecteurs et lectrices à considérer quelles sont les implications pour nos collectivités si ces nazis peuvent poursuivre leurs activités en toute impunité

Nous avons bien l’intention de continuer à redoubler d’effort pour faire en sorte que ces individus ne puissent pas simplement continuer à fomenter la haine comme si de rien n’était et surtout, pour que leurs réseaux ne soient pas seulement perturbés, mais incapables de se reconstituer. Car, comme le montre la série actuelle d’attentats et de meurtres de masse, même si ces réseaux sont stratégiquement précaires, ils peuvent avoir des conséquences désastreuses d’un point de vue tactique.

Cela étant dit, une réponse efficace demandera nécessairement une mobilisation beaucoup plus vigoureuse des communautés antiracistes et antifascistes, de sorte que nos modes et moyens d’action correspondent à l’ambition d’éradiquer pour de bon les nazis de nos vies et de garantir un avenir viable pour tous les enfants.

 ///

 

 

 


[1]               Discord est un logiciel conçu pour faciliter la communication vocale des communautés de joueurs en ligne. Ses fonctionnalités, ainsi que le caractère privé des communications, ont attiré en masse les membres du mouvement Alt-Right, qui en ont fait un usage intensif entre 2016 et 2018.

[2]               « In Real Life » par opposition aux activités virtuelles ou strictement en ligne.

[3]               La tristement célèbre injonction de David Lane va comme suit : « We must secure the existence of our people and a future for white children » (nous devons assurer la survie de notre people et garantir l’avenir des enfants blancs). Il a composé cette phrase tandis qu’il était incarcéré pour ses activités au sein de « The Order », une organisation terroriste néonazie active dans les années 1980, responsable de nombreux meurtres et attentats armés, dont l’assassinat de l’animateur de radio Juif Alan Berg.

[4]               Le doxxing est une tactique qui consiste à rendre public les renseignements personnels d’un personne pour lui nuire d’une manière ou d’une autre. https://fr.wikipedia.org/wiki/Doxing

Attaque contre les véhicules stationnées chez le président de DPL, sous-contractant impliqué dans la construction de la prison pour migrant.es

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Nov 192019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Tôt, un matin enneigé de novembre, on a visité le bureau de DPL, la compagnie sous-contractée pour la mise en place des coffrages de la nouvelle prison pour migrant.es à Laval. On a de la chance: le siège social de la compagnie (située au 370 rang Rivière Bayonne Nord à Berthierville) est aussi la maison de Pierre-Luc Désy, président de DPL, de sa femme Christiane Désy qui est administratrice de DPL et de leurs enfants.

Nous avons crevé les pneus d’un véhicule de la famille ainsi que de deux remorques de DPL stationnées dans la cour. Nous avons aussi peint des messages contre la prison sur les véhicules, notamment “Nique les prisons” et “Fuck prisons”.

Comment avons-nous su que la compagnie DPL est impliquée dans ce projet de merde si elle est seulement sous-contractante et que ce contrat n’est pas publique? Aux éventuels sous-entrepreneur, posez-vous la question.

Si vous croyez pouvoir cacher votre implication dans le projet, vous vous trompez gravement. Il serait sage de reconsidérer si votre implication en vaut la peine.

Vous devez comprendre que votre rôle dans ce projet ne restera pas un secret. Une fois votre implication révelée, vous serez aussi vulnérables que Loiselle, Lemay et Tisseur qui ont été victimes de plusieurs attaques durant la dernière année.

Pierre-Luc et Christiane, pendant que vos enfants jouent au hockey dans votre cour et vivent en sécurité avec le confort des parents qui les aiment, vous aidez à bâtir les fondations d’une prison qui va séparer d’autres familles, une prison dans laquelle les enfants seront traumatisés et vont possiblement mourir. Cela vous rend fiers? Pensez-vous que vos enfants seront fiers quand ils comprendront vos choix? N’auront-ils pas honte d’avoir porté les t-shirts avec le logo de votre compagnie?

Jusqu’à la fin de cette prison, de toutes les prisons et du monde qui en a besoin.

Julien Côté Lussier : l’excès d’orgueil du néonazi qui a voulu jouer la game électorale

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Nov 072019
 

De Montréal Antifasciste

LE MILITANT NATIONALISTE BLANC EST TOUJOURS À L’EMPLOI D’IMMIGRATION CANADA

Grâce aux efforts diligents de militant-e-s antiracistes et de son réseau local de sympathisant-e-s, Montréal Antifasciste est en mesure de confirmer que le candidat indépendant dans LaSalle-Émard-Verdun aux dernières élections fédérales, Julien Côté (Lussier), est un militant nationaliste blanc de longue date, un participant actif à différents forums de discussion Alt-Right (néonazi), un organisateur clé de ce milieu à Montréal et au Canada… et un employé du ministère de l’Immigration du Canada.

 

Le 15 octobre dernier, à six jours seulement des élections fédérales canadiennes, la CBC publiait un article révélant que le candidat indépendant dans LaSalle-Émard-Verdun, Julien Côté, était jusqu’à l’année dernière le porte-parole national d’ID Canada, une organisation « identitaire » qualifiée par la CBC de « groupe nationaliste blanc et xénophobe », lequel adhère notamment à la théorie du « grand remplacement » très répandue chez les extrémistes de droite. (Cette théorie fumeuse a d’ailleurs motivé plusieurs des massacres fascistes de ces dernières années, dont ceux de Christchurch et d’El Paso.)

Nous devons humblement admettre que la candidature de Julien Côté nous avait échappé jusqu’à la parution de cet article. Malheureusement pour Côté, cependant, le projecteur national soudainement braqué sur sa candidature nous a rappelé son rôle dans le milieu Alt-Right montréalais…

Dans les heures suivant la parution de l’article, un certain nombre de statuts publiés par Montréal Antifasciste, et d’autres sympathisant-e-s antiracistes/antifascistes ont révélé l’étroitesse de ses liens avec l’extrême droite[1], ce qui a exercé une telle pression sur Côté qu’il s’est senti obligé de recourir aux services de Shawn Beauvais-MacDonald pour « sécuriser » l’opération de démarchage qu’il avait prévu de mener à Verdun le 19 octobre.

Drôle idée, direz-vous, que celle de s’adjoindre les services d’un nazi notoire après avoir nié être raciste sur toutes les tribunes. Il a peut-être eu raison d’appeler des renforts, au vu de la mobilisation populaire qui s’est organisée spontanément dans le quartier pour confronter directement Côté et son sbire, mais admettons que le choix du garde du corps laissait fort à désirer si l’intention du candidat était de dédiaboliser sa démarche.

Une résidente du quartier nous a expliqué pourquoi elle et d’autres résident-e-s excédé-e-s se sont mobilisé-e-s suite à la parution de l’article de la CBC :

« Pour nous, il était clair que Julien Côté Lussier utilisait la campagne électorale comme prétexte pour recruter d’éventuel-le-s sympathisant-e-s. Il avait imprimé son numéro de téléphone sur ses affiches, faisait campagne sur les rues en offrant des cafés et des discussions, il s’infiltrait dans toutes les plateformes web des citoyens du quartier et même son site web invitait les internautes à prendre contact en privé pour connaître sa plateforme électorale. Nous nous sommes mobilisé-e-s rapidement pour faire connaître le vrai visage de Côté, pour exposer son jeu et limiter sa visibilité. Nous avons également contacté Montréal Antifa car nous avons vite compris qu’il ne s’agissait pas d’une simple affaire de quartier et qu’il était important que l’activité de Julien Côté soit répertoriée ».

Nous ne pouvons qu’applaudir cette initiative de la base et tenons à souligner que le présent article n’aurait peut-être pas été produit, n’eût été de la diligence et la pugnacité des résidentes et résidents qui nous ont écrit et offert leur collaboration. C’est précisément à ça que doit ressembler un mouvement antiraciste et antifasciste vigoureux.

À partir de là, et en revisitant les informations que nous avions déjà sur Côté, nous avons vite compris que les révélations de la CBC n’étaient que la pointe de l’iceberg.

 

Un compte Twitter (trop peu trop tard) nettoyé

Le 20 octobre, l’utilisateur Twitter @Un_Migrant a révélé que le compte Mox_Nisi appartenait vraisemblablement à Julien Côté. Il n’est sans doute pas fortuit que Mox_Nisi ait commencé à faire une promotion excessivement enthousiaste de la candidature de Côté… précisément le même jour où celui-ci a fait connaître ladite candidature! Voici une série de captures d’écran illustrant cette curieuse concordance :

 

La connexion néonazie se confirme

En fait, ça n’a rien d’un hasard si Beauvais-MacDonald est le goon qui est venu protéger Côté de la colère des résident-e-s de Verdun le 19 octobre : si le premier représente l’aspect bête et méchant du milieu Alt-Right montréalais, l’autre fait sans doute partie de ce qui sert d’avant garde intellectuelle à ce mouvement nationaliste blanc. Les deux se sont vraisemblablement connus en 2016-2017, au sein du petit groupe de militants Alt-Right qui animaient le salon de discussion « Montreal Storm » avec d’autres « ethnonationalistes » (que l’on décrirait plus correctement comme les plus récents héritiers de la tradition néonazie historique…) tels que Gabriel Sohier Chaput, alias « Zeiger », Vincent Bélanger Mercure et Athanasse Zafirov, alias « Date ».

Trompé par son ego, Côté a été le principal artisan de sa propre chute. En retraçant les miettes numériques qu’il a laissées derrière lui au fil des ans, nous avons pu établir hors de tout doute raisonnable que Côté (date de naissance, 22 septembre 1981) est l’utilisateur « Passport » sur le forum « Montreal Storm » et dans d’autres salons Discord privés réservés aux membres cautionnés (vouched) du mouvement Alt-Right canadien.

Ne serait-ce que pour les raisons tactiques évidentes, nous n’énumérerons pas ici toutes les preuves accumulées, mais la somme et la nature de ces preuves forment un dossier accablant. Seulement en comparant l’avatar de Côté qui apparaît sur son compte Skype dans l’entrevue qu’il a accordée à CityNews Edmonton en janvier 2018 et l’avatar choisi par « Passport » sur Discord, il saute aux yeux que c’est la même illustration, soit la toile Der Wanderer über dem Nebelmeer, du peintre romantique allemand Caspar David Friedrich. Une référence extrêmement nichée, vous en conviendrez avec nous. En suivant un lien affiché par « Passport » sur Discord vers la vidéo d’une conférence de Jordan Peterson à Ottawa, où il s’est rendu en compagnie de Zafirov pour adresser une question à Peterson, nous avons pu confirmer que la voix de « Passport » que l’on entend sur la bande audio est bel et bien celle de Côté.

Par sa participation à différents salons de discussion canadiens et à différents projets d’organisation politique, Côté/Passport était non seulement une figure centrale du petit club Alt-Right de Montréal, mais aussi de la communauté Alt-Right qui essayait alors de se consolider nationalement. Il était notamment, comme l’a relevé la CBC, au cœur du projet d’ID Canada, un groupuscule malhabilement calqué sur les organisations du mouvement « identitaire » européen, comme Génération Identitaire. (C’est d’ailleurs pour défendre une affiche d’ID Canada posée à Edmonton que Côté, en tant que porte-parole de l’organisation, avait accordé une entrevue à CityNews en janvier 2018. Le subtil en-tête de l’affiche était : « VOUS VOUS FAITES REMPLACER ».) Mais ça n’est pas tout. Il était aussi l’un des principaux organisateurs d’un rassemblement national du milieu Alt-Right canadien tenu en Ontario en juillet 2017[2], et l’un de ceux qui ont organisé la conférence du professeur nationaliste blanc Ricardo Duchesne à Montréal un mois plus tôt. Côté s’est aussi rendu à plusieurs reprises dans des rassemblements de l’Alt-Right aux États-Unis, notamment à des rencontres du National Policy Institute de Richard Spencer.

Par son activité virtuelle et « dans la vraie vie », il est clair que Julien Côté, alias « Passport », a joué un rôle de tout premier plan, aux côtés d’autres néonazis confirmés, dans la tentative d’expansion du mouvement nationaliste blanc au Canada. Mais il n’avait pas fini de nous surprendre.

 

La curieuse histoire du militant anti-immigration qui travaille pour le ministère de l’Immigration

Plusieurs sources internes ont pu confirmer à Montréal Antifasciste que Julien Côté est employé au ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada. Non seulement Côté s’en est-il lui-même vanté sur Facebook (voir les captures d’écran ci-dessous), mais une recherche dans la Gazette du gouvernement du Canada révèle que la Commission de la fonction publique a « accordé à Julien Lussier, analyste de soutien opérationnel, la permission (…) de se porter candidat (…) à l’élection fédérale dans la circonscription de LaSalle-Émard-Verdun (Québec). » Il s’avère donc que son nom complet est Côté Lussier. Décidément, les noms composés ont la côte chez les néonazis de bonne famille.

La Gazette du Canada, Partie I, volume 153, numéro 37 : COMMISSIONS, 30 août 2019

En fouillant un peu plus dans le passé de Côté Lussier, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir qu’il était loin d’en être à ses premières frasques en matière de ruades anti-immigration.

En septembre 2012, lui et sa partenaire, Magdalena Baloi-Lussier (Madi Lussier, qui a par ailleurs agi à titre d’agente officielle de la candidature de Côté Lussier), se sont vu retirer une invitation à témoigner devant un comité parlementaire sur l’immigration lorsqu’une députée néo-démocrate s’est rendu compte que le couple Baloi-Lussier était responsable d’un site anti-immigration épousant des thèses racistes. Selon un article paru dans le Journal Métro :

« Le site des Lussier comprend des sections appelées “Chinafication” et “Arabization” de même qu’une interview vidéo avec le Canadien suprémaciste blanc Paul Fromm réalisée lors d’une conférence “raciste” du groupe [American Renaissance]. »

La version archivée du site « Canadian Immigration Report », ainsi que le contenu de la chaîne YouTube liée au projet, confirme la teneur des inquiétudes des membres du comité, qui ont ainsi convaincu leurs collègues de retirer le statut de témoins au couple Baloi-Lussier.

La nature de ce site correspond par ailleurs à celle d’un autre projet que Côté Lussier a voulu mettre sur pied avec ses camarades nazis du forum Discord (le site aujourd’hui zombifié borderwatch.ca) pour répertorier les passages irréguliers à la frontière Canada/E.U.

Autre lien pour le moins curieux, le député qui les avaient invités à témoigner, le Conservateur Chungsen Leung (qui soit dit en passant était le secrétaire parlementaire de Stephen Harper en matière de multiculturalisme de 2011 à 2015), est celui-là même que « Passport » décrit sur Discord comme un député « fermement de [notre] côté » qui « aimerait que les blancs aient une colonne vertébrale » et qui « reconnaît que [nous] sommes une race supérieure ».

Ainsi donc, un individu raciste ayant causé une polémique en marge d’une audience officielle du comité sur l’Immigration en 2012, laquelle polémique a même fait l’objet de nombreux articles de presse à l’époque, a pu rester à l’emploi du ministère de l’Immigration jusqu’à aujourd’hui. Se pourrait-il que le ministère de l’Immigration du Canada, l’une des nombreuses agences gouvernementales responsables de réguler et de perpétuer un système d’apartheid fondé sur l’emprisonnement de migrant-e-s et un régime de déportations sans cesse renouvelé, une organisation dont l’histoire est ancrée dans le racisme, le sexisme et le capacitisme, ait un tel niveau de tolérance pour le suprémacisme blanc? Quand on y pense un peu, ça n’est pas particulièrement étonnant.

 

///

Il est fort regrettable qu’un individu comme Julien Côté Lussier ait pu continuer pendant de nombreuses années à promouvoir le racisme sans être tenu responsable de ses actions. En travaillant au ministère de l’Immigration du Canada, en voyageant à l’étranger pour participer à des colloques d’extrême droite et en occupant une position stratégique au sein d’organismes racistes au pays, il était bien placé pour jouer un rôle central dans la reconsolidation d’un milieu néonazi fragmenté et désorganisé au Canada. Allez savoir ce qui lui est passé par la tête pour décider de se porter candidat aux élections fédérales, un choix funeste qui allait assurément attirer une attention non désirée et provoquer l’intervention des antiracistes de sa circonscription. Quoi qu’il en soit, nous avons bien l’intention d’exploiter ce grave manque de discernement…

Gageons qu’il va regretter d’avoir mis sa face sur le proverbial poteau.

 

 

 


[1]               Une séance de questions et réponses sur Reddit a d’ailleurs vu Côté littéralement accablé par une bordée de questions embarrassantes sur sa plateforme.

[2]               Ce milieu a fait les manchettes en août de la même année, lorsque Beauvais MacDonald et Bélanger-Mercure ont été identifiés par des antifascistes parmi un groupe de Québécois ayant fait le voyage à Charlottesville, Virginie, pour participer aux manifestations suprémacistes blanches du tristement célèbre rassemblement « Unite the Right ». Gabriel Sohier Chaput, du même groupe, a plus tard été identifié comme un prolifique propagandiste du courant néonazi de l’Alt-Right, notamment en rééditant l’ouvrage Siege de James Mason (l’une des principales inspirations du groupe terroriste Atomwaffen Division et d’une grande partie du mouvement national-socialiste contemporain) et en signant de nombreux articles pour le site The Daily Stormer d’Andrew Anglin.

En mai 2018, Sohier-Chaput a été doxxé par des antifascistes de Montréal et forcé à l’exil sous le coup d’une série d’articles publiés dans la Montreal Gazette. En même temps, le contenu du salon « Montreal Storm » a été rendu public sur le serveur Unicorn Riot, qui mène un projet d’archive des forums nazis sur Discord.

D’autres individus de ce milieu, dont le principal modérateur du forum Discord national et coanimateur du podcast néonazi This Hour Has 88 minutes, « Axe in the Deep », de son vrai nom Clayton Sanford, ont été identifiés dans les mois suivants par des journalistes diligents de Vice.

Revendication d’une attaque incendiaire contre un constructeur de prison pour migrant.es

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Oct 312019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

En acceptant le contrat d’entrepreneur général pour le nouveau centre de detention pour migrant.es de Laval, Tisseur Inc. ont commis une grave erreur. Le soir du 26 octobre nous avons décidé d’offrir notre contribution à la lutte contre le système frontalier et carcéral sous toutes ses formes. Nous avons mis le feu à une camionnette sur les berges du canal Lachine où se trouve un autre projet de Tisseur. Nous n’avons pas fini.

– des anarchistes

Des zombies anticoloniaux attaquent le monument de John A. Macdonald avec de la peinture orange

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Oct 312019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Halloween, 31 octobre 2019, Montréal — Lors d’une action revendiquée par des zombies anticoloniaux, des morts-vivants se sont réveillés du cimetière Saint-Antoine (1799-1855) situé sous ce qui est aujourd’hui le square Dorchester et la Place du Canada.

Les zombies anticoloniaux ont émis un communiqué pour les médias indépendants du monde vivant :

« Aux vivants—Nous sommes les mort-e-s que vous avez oublié.

Nos squelettes, enterrés entre 1799 et 1855, sont ici par milliers.

Vous nous avez recouverts d’asphalte et de béton. Vous avez érigé des parcs à la gloire du colonialisme au-dessous de nos corps. Vous avez profané notre mémoire avec le monument d’un des architectes du génocide autochtone, John A. Macdonald.

Vous avez échoué. Vous continuez d’allouer la présence de la statue de Macdonald dans un endroit public important de Montréal, par-dessus nos corps, comme un symbole de la suprématie blanche.

Les quelques tentatives des vivants anticoloniaux d’attaquer le monument raciste pour le faire retirer ont échoués à ce jour. Alors nous, les morts, avons dû prendre acte et asperger le monument de peinture orange.

La couleur orange représente notre journée sacrée de la Samhain (Halloween), mais c’est aussi une façon appropriée de profaner John A Macdonald qui était membre de l’ordre raciste et anti-catholique “Orange Order”. Après tout, les squelettes sous la place du Canada et le square Dorchester sont à grande majorité irlandaise catholique. Beaucoup d’entre nous ont été victimes des épidémies du choléra du 19e siècle.

Nous nous soulèverons encore et encore, pour attaquer cette statue, tant qu’elle ne sera pas retirée ou que la peinture sera laissée comme signe visible de contestation de l’héritage de Macdonald.

Nous sommes morts-vivants et vos lois ne s’appliquent pas à nous.

Nous avons une longue mémoire et beaucoup de motivation.

Nous n’oublions pas, nous ne pardonnons pas.

Joyeux Halloween anticolonial !

— Signé des zombies anticoloniaux du vieux cimetière Saint-Antoine (sous le square Dorchester et la Place du Canada). »

Extinguishing Rebellion

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Oct 242019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Extinction Rebellion [XR], une mouvance internationale écologiste se disant non-violente et aussi extrême que la situation, a fait son apparition sur la scène montréalaise il y a environ un an. Le 8 octobre 2019, une poignée de leurs activistes ont réussi un coup d’éclat, forçant la fermeture du Pont Jacques-Cartier pendant plus d’une heure en pleine heure de pointe matinale. Leurs actions démontrent une volonté de se mettre physiquement en jeu devenue nécessité incontournable dans la lutte écologique. En ce sens, leur courage et leur détermination ne peuvent qu’être rassurants. Cependant, des critiques fusent d’un peu partout à l’endroit de leur idéologie et leurs pratiques, soulevant des enjeux importants à aborder.

À Paris, où des militant.es de XR ont, entre autres, effacé des tags anti-police pendant l’occupation d’un centre commercial, une lettre ouverte note une banalisation des violences policières, une non-violence dogmatique qui révèle une violence insidieuse, et l’exclusion des classes populaires du cadre d’action. On leur reproche aussi un manque de lecture stratégique de la situation et des rapports de force.

Une critique de la branche anglaise de XR fait état de leur incompréhension profonde du fonctionnement et des impacts de la répression judiciaire des militant.es.

À peu près tout le monde se moque de leur envie de se faire arrêter par la police, mais il ne s’agit pas d’une blague : c’est le fruit d’une interprétation bizarre et dangereuse de l’histoire des mouvements sociaux, et ça favorise la construction d’un mouvement blanc et de classe moyenne peu importent les efforts pour donner à l’organisation une apparence intersectionnelle.

Même face à des partisans d’un pacifisme particulièrement intransigeant, il est bouleversant de constater à quel point on peine à distinguer entre une vraie initiative de XR et un canular :

D’autres ont abordé les justifications que XR font de la non-violence. Regardons ceci de plus près. Le groupe cite une étude académique de Erica Chenoweth intitulée « Why Civil Resistance Works », pour affirmer que les mouvements non-violents ont réussi deux fois plus souvent que les mouvements ayant eu recours à la violence, entre 1900 et 2006, dans le cadre de conflits entre des forces étatiques et non-étatiques. On aimerait bien que, dans un monde si complexe, des statistiques aussi claires puissent nous guider dans le choix de nos moyens d’action. Il y a juste quelques petits problèmes.

Numéro un : l’étude définit « un mouvement violent » là où plus de 1 000 combattants armés sont morts sur le champ de bataille. Ainsi sont exclus les émeutes urbaines, de même que des groupes armés allant de la Fraction Armée rouge aux Zapatistes. Et effectivement, les luttes qui entraînent plus de 1 000 morts ont tendance à témoigner de la militarisation profonde d’un conflit insoluble, ce qui rend extrêmement difficile pour le camp non-étatique d’atteindre les objectifs qui l’ont poussé à se mobiliser au début. La force d’une insurrection est sociale, non pas militaire.

Deuxièmement, pour les fins de l’étude les « mouvements non-violents » incluent ceux qui sont principalement, mais pas entièrement non-violents. Notons que personne ne propose un mouvement pour le climat qui serait principalement violent, il s’agit plutôt de faire place à une diversité de tactiques, où plusieurs types de moyens d’action sont valorisés et se renforcent idéalement les uns les autres.

C’est-à-dire un mouvement qu’un statisticien pourrait en effet classifier comme principalement non-violent, mais où il y a bien des gens en black bloc sur la ligne de front affrontant la police, et des bandes nocturnes sabotant les infrastructures sans se faire prendre, ce qui leur permet d’attaquer à plusieurs reprises. Nulle part dans l’étude la non-violence ne se traduit-elle par l’obligation de se rendre à la police lorsqu’on enfreint la loi.

On pourrait aussi se questionner sur :

  • la tendance du pouvoir à nommer comme « violente » toute contestation qui perturbe réellement le cours normal des choses, sans égard aux gestes concrètement posés;
  • le fait que c’est souvent la violence des forces policières qui suscite une réponse « violente » d’un mouvement social, autrement dit la violence est souvent imposée à un mouvement lorsqu’il pose une vraie menace aux pouvoirs en place;
  • la définition de la victoire vis-à-vis nos objectifs pluriels à moyen et à long terme, ainsi que la capacité du pouvoir à offrir des concessions au prix de la pacification et la récupération : lorsqu’il s’agit du futur de la vie sur terre, le compromis est-il possible?

En tout cas, se baser sur « Why Civil Resistance Works » pour justifier qu’on doit s’asseoir dans la rue en faisant des signes de paix aux flics est une insulte à l’intelligence des militant.es. Que les leaders de XR n’essaient pas de nous faire croire qu’ils.elles sont guidé.es par la science sociale quant ils.elles ne font qu’acter une moralité arrimée à l’état policier ou un désir de servir d’interlocuteur légitime du pouvoir. XR demande aux gouvernements de « dire la vérité », mais lorsqu’il est question de stratégies de contestation, ils ne s’intéressent pas à une réflexion honnête sur les choix qui se présentent à nous.

Pourtant, il suffit de regarder à peu près n’importe où ailleurs où les rebelles ont réussi à faire reculer le pouvoir dans les derniers mois, que ce soit à Hong Kong, en Équateur, au Chili, ou les gilets jaunes en France, ou bien de comprendre les luttes autochtones de défense des territoires au « Canada », pour faire un simple constat : il est essentiel d’avoir une capacité d’auto-défense si on veut forcer l’État et le capital à réellement céder du terrain.

Nous ne voulons pas trop répéter les critiques de XR qui ont déjà été bien exprimées ailleurs. De plus, XR présente ses apparitions locales comme étant autonomes, donc on aimerait donner à leurs structures au Québec le bénéfice du doute et ne pas trop les juger à partir des actions des groupes dans d’autres pays, même si celles-ci semblent souvent être les conséquences logiques de l’idéologie fondatrice du groupe, à laquelle les différentes branches souscrivent.

Nous sommes aussi conscient.es que des lignes de fracture existent au sein de toute organisation politique de masse, donc cette intervention ne vise pas l’ensemble des individus du groupe. Au contraire, nous n’avons pas de doute que plusieurs de ces militant.es seront des camarades et des complices formidables qui nous apprendront beaucoup au cours des prochaines années de développement d’une lutte acharnée et diversifiée contre le monde qui détruit la planète.

En observant les débuts de XR à Montréal, par contre, nous entretenons quelques craintes vis-à-vis l’organisation locale.

En entrevue à TVA Nouvelles suite au blocage du Pont Jacques-Cartier, un porte-parole de XR Montréal défend les activistes ayant grimpé sur le pont contre l’accusation d’extrémisme en précisant que « c’est des gens comme vous et moi, qui ont été 100% non-violents, ils n’ont pas résisté à la police, ils ont discuté raisonnablement. » On a des questions quant à ce qui est sous-entendu par « comme vous et moi » et quelles personnes ou classes de personnes échapperaient à cette désignation. Il faut aussi penser aux effets de ce genre de discours sur ceux et celles qui ne sont pas 100% non-violents, qui résistent à la police, qui ne voient pas l’avantage de discuter raisonnablement. Logiquement, ce serait ces gens-là les « extrémistes », et ils.elles mériteraient le traitement médiatique et judiciaire plus sévère appelé par ce terme.

Ce discours alimente la construction d’une division entre la bonne et la mauvaise militance, ce qui a tendance à augmenter la répression subie par ceux et celles qui prennent déjà les plus gros risques, qui cherchent une rupture totale avec l’ordre dévastateur du capital et de l’État, sabotant du même coup le tissage de liens entre les groupes et individus qui renforcerait la lutte.

On a aussi vu des efforts de conscientisation et quelques actions de style « sit-in », la dernière ayant eu lieu l’après-midi du 8 octobre suivant le blocage du pont en matinée. Le rassemblement de 250 personnes a été incapable d’atteindre le cible de l’action après que les lignes de l’escouade anti-émeute du SPVM n’ont pas cédé face à des cris de « nous sommes non-violents, s’il-vous-plaît, laissez-nous passer ! », suivis du slogan « Police, doucement, on fait ça pour vos enfants ». La scène mortifère en disait long sur les limites de la désobéissance « civile », celle-ci de fait enfermée dans une servilité éteignant toute réelle perspective de rébellion.

Nous serions ravi.es si des événements à venir nous contredisaient, mais nous croyons voir les mêmes dynamiques ayant suscité des critiques légitimes de XR ailleurs dans le monde s’installer dans leurs discours et leurs modes d’action à Montréal. Il ne s’agit pas d’écarter toute façon de faire qui diverge des nôtres, mais plutôt de nommer des échecs stratégiques et tactiques pour ce qu’ils sont, de refuser la désolidarisation à l’encontre des militant.es qui n’adoptent pas un pacifisme total, et de poser les bases d’une réelle intelligence collective de lutte. À l’heure de l’urgence climatique, on n’a pas le temps de se faire des illusions.

Histoire des émeutes carcérales au Québec

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Oct 212019
 

De Archives Révolutionnaires

« On crée ça non pour emprisonner l’homme, mais pour le détruire totalement, pour en faire un esclave de la pénitenciaire. » (Jacques Mesrine)

Cet article cherche à présenter les résistances, notamment émeutières, des détenu.es dans l’histoire récente du Québec. Pour se faire, une présentation historique du développement de la prison s’impose d’abord. Les luttes, résistances et émeutes pourront alors être traitées dans le contexte qui est le leur. Enfin, une réflexion théorique sur le rôle de la prison et les possibilités sociales et politiques des résistances dans les milieux carcéraux sera posée. Par ailleurs, dans cet article, la féminisation systématique ne sera pas employée, en raison du caractère extrêmement genré de l’histoire carcérale. Ainsi, lorsqu’il sera question d’un groupe très nettement majoritaire masculin, nous parlerons de détenus ou de prévenus. Pour le cas des prisons mixtes, apparues au XIXe siècle, nous parlerons de prisonnier.ères. Enfin, pour les prisons non-mixtes, plus contemporaines, nous parlerons de détenus lorsqu’il sera question de prisons pour hommes et de détenues dans le cas des prisons pour femmes.

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La prison, en Occident, a très longtemps servi à enfermer des prévenu.es en attente de leur procès. Suite au procès, si le.a prévenu.e était condamné.e, il ou elle était forcé.e soit de réparer le tord causé, soit châtié.e en guise d’exemple. Ainsi, les voleur.euses pouvaient être condamné.es à l’amende, les personnes incapables de rembourser leurs dettes pouvaient voir leurs biens saisis ou encore être mises en esclavage, alors que les crimes moraux étaient généralement punis physiquement, par des mutilations par exemple. La peine de mort était aussi souvent appliquée pour des crimes de trahison ou d’hérésie et pour des crimes graves (le meurtre) ou encore pour les récidivistes. Pourtant, l’emprisonnement prolongé était très rare et peu institutionnalisé. Certains individus étaient condamnés à la réclusion (au monastère par exemple) ou exceptionnellement enfermés seuls dans un lieu construit à cet effet, sans qu’un régime carcéral au sens moderne du terme existe.

Ce n’est qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles que l’idée du système carcéral se développe en Occident. D’abord développé pour enfermer les pauvres et les sans-abris, le système carcéral a commencé à servir de plus en plus de régime punitif pour les crimes de droit commun. On peut dire que le système carcéral tel que nous le connaissons s’est mis en place à partir de la fin du XVIIIe siècle. Un tel système, conçu pour surveiller, contrôler et punir les groupes sociaux déviants et marginaux, se met en place parallèlement à l’idéologie du contrôle et de la surveillance qui s’établit dans le monde occidental. C’est d’ailleurs ce qu’a décrit avec brio Michel Foucault dans son ouvrage classique de 1975, Surveiller et punir. L’idée de l’enfermement comme punition, ainsi que l’idée d’un isolement prolongé permettant au détenu de réfléchir à ses crimes et de changer sa mentalité, s’établissent à la fin du XVIIIe siècle. C’est notamment le britannique John Howard qui théorise ces idées dans son livre fameux de 1777, State of Prisons in England and Wales.

John Howard (1726-1790), théoricien du système carcéral contemporain, basé sur l’enfermement punitif.

En ce sens, il est établi en Nouvelle-France, par l’ordonnance de 1670, « qu’il n’est point l’usage de condamner un coupable à une prison perpétuelle ». Ici comme en Europe, les prisons ne servent qu’à maintenir à disposition les prévenu.es en vue de leur procès. On trouve donc à cette époque des cellules dans le château Saint-Louis (résidence du gouverneur général à Québec) ainsi qu’une petite installation carcérale sur la rue Notre-Dame à Montréal. Vers 1716-1718, on construit trois installations carcérales en Nouvelle-France, à Québec, Trois-Rivières et Montréal. Les trois installations possèdent une salle d’audience, des espaces pour les gardiens et quelques cachots ; les trois installations relèvent encore du vieux modèle d’emprisonnement conçu pour maintenir à disposition les prévenu.es avant leur procès. D’un autre côté, le régime punitif reste relativement mal organisé, avec un seul bourreau pour la province, en général un ancien détenu dont la peine à été annulée en échange de ses services d’exécuteur… La peine la plus fréquente en Nouvelle-France est l’amende. La mutilation physique est parfois pratiquée, ainsi que la peine de mort (en général pour les récidivistes et les meurtrier.ères).

Le régime carcéral basé sur l’enfermement punitif ne se développe au Canada qu’au XIXe siècle, comme c’est d’ailleurs le cas dans le reste de l’Occident. C’est aux États-Unis, sous l’impulsion de la philosophie de John Howard, que les premières prisons servant à des emprisonnements punitifs prolongés sont construites. Le pénitencier modèle est le Eastern Penitentiary de Philadelphie, achevé en 1821. On y enferme des détenus afin de les punir. Les détenus, isolés les uns des autres jour et nuit, sont supposés y réfléchir à leurs crimes et s’amender lors de leurs années de détention. Ce nouveau modèle intéresse les autorités du Bas-Canada et deux commissaires sont envoyés en 1834 aux États-Unis pour l’étudier et juger de son applicabilité ici.

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Une cellule de la prison des Plaines d’Abraham (4 pieds par 8 pieds), en usage jusqu’en 1970.

En effet, la province est dans un processus de renouvellement des prisons, alors qu’on commence à enfermer les détenu.es pour les punir. Une nouvelle prison a été construite à Québec dès 1808 (la Vieille Prison de Québec, qui sera active jusqu’en 1867) ainsi qu’une seconde à Trois-Rivières, construite en 1822 (la Vieille Prison de Trois-Rivières, en activité jusqu’en 1986). Montréal veut elle aussi s’équiper d’un nouveau pénitencier, inspiré des pratiques américaines cette fois. C’est pourtant une installation complètement mésadaptée qui est construite en 1835. En effet, dès son ouverture, la prison du Pied-du-Courant est dysfonctionnelle. On n’y trouve ni cuisine ni laverie ; les espaces y sont mal conçus et la séparation entre hommes et femmes peu respectée. La prison se trouve par ailleurs surpeuplée suite à la Révolte des Patriotes de 1837-1838 ; la prison le restera d’ailleurs jusqu’à sa fermeture en 1912.

Dans les trois grands établissements carcéraux du Québec du XIXe siècle (la Vieille Prison de Québec est remplacée en 1867 par la prison des Plaines d’Abraham, active jusqu’en 1970), les conditions de vie sont très dures et l’auto-organisation des détenu.es relativement rare. D’un côté, même si la nouvelle mentalité de l’emprisonnement prolongé comme punition se généralise, les établissements ne s’adaptent pas. Les espaces y sont donc très réduits et peu de choses sont prévues pour les longues peines (comme des cours pour l’exercice). De plus, l’idée que l’isolement est bénéfique à la réhabilitation des prisonnier.ères fait que ceux.elles-ci sont rarement mis.es en contact les un.es avec les autres, sauf pour des travaux forcés. La situation diffère quelque peu au pénitencier du Pied-du-Courant, où plusieurs anciens patriotes se retrouvent et agissent solidairement. Par ailleurs, on retrouve dans cet établissement une vie sociale plus développée, alors que les détenus de droit commun et les travailleuses du sexe enfermées devront s’occuper de l’organisation de la vie quotidienne (alimentation, ménage, etc.). À cette époque, deux autres facteurs (en plus de l’isolement) nuisent à l’organisation des prisonnier.es, à savoir les conditions de vie si dures que la survie est la priorité (lutte contre le froid, la faim et les maladies) ainsi que le fait que les détenu.es ne purgent pas encore des peines très longues, les crimes graves étant souvent punis par la déportation ou la pendaison.

La prison des Plaines d’Abraham, en activité de 1867 à 1970.

C’est donc surtout au XXe siècle qu’on verra les prisonnier.ères, de plus en plus nombreux.euses et purgeant des peines toujours plus longues, prendre conscience de leur condition politique et s’organiser dans les pénitenciers au Québec. La ville de Montréal pense d’ailleurs à construire une nouvelle prison tout au long du XIXe siècle pour remplacer le très défaillant établissement du Pied-du-Courant. La nouvelle prison sera finalement achevée à Bordeaux en 1912. Cette prison, non-mixte, est conçue pour accueillir plusieurs centaines de détenus ainsi que pour l’enfermement à moyen / long terme. C’est la naissance des prisons telles qu’on les connait au Québec : un immense lieu, non-mixte, avec des centaines de détenu.es dont certain.es purgent de longues peines, des espaces communs et un programme cohérent de travail pour les détenu.es. Ce nouvel univers carcéral permettra aussi l’émergence d’un nouveau rapport à soi et aux autres pour les prisonnier.ères. Au début du XXe siècle, le gouverneur de la prison du Pied-du-Courant, qui sera aussi le premier gouverneur de la prison de Bordeaux, remarque justement l’émergence d’une pensée politique nouvelle chez certains prisonniers. Le gouverneur Charles Vallée écrit en 1910 :

« La mentalité de nos prisonniers est elle-même plus différente aujourd’hui, de ce qu’elle était autrefois. Il y pointe maintenant un esprit de révolte pour ainsi dire chronique contre l’autorité sous toutes ses formes… je n’ai sans doute pas à déterminer ici jusqu’où cette agressivité particulière et généralement imputable aux doctrines subversives que des fauteurs de grèves ouvrières d’unionismes internationalistes (sic) ou de communisme obligatoire (sic) ont importé chez nous de la vieille Europe ; mais, personnellement, je suis bien convaincu que, entre cette mentalité nouvelle que je signale chez nos détenus et la vulgarité des doctrines précitées, il doit exister autre chose de plus substantielle que de simples rapports de coïncidence éventuelle… ».

Nous voyons dans ce discours du gouverneur Vallée une crainte paniquée des organisations ouvrières, ainsi qu’une paranoïa anti-communiste qui n’a que peu à voir avec la réalité de 1910. Pourtant, on peut en déduire que les détenus commencent à être plus contestataires à la prison du Pied-du-Courant, et cela probablement à cause des peines plus longues que certains d’entre-eux doivent y purger dans des conditions exécrables. Il n’est pas impossible non plus que certains éléments politisés commencent effectivement à être emprisonnés à cette époque et que ceux-ci tentent d’y organiser les forçats qui s’y trouvent.

La première moitié du XXe siècle voit s’achever l’organisation carcérale telle que nous la connaissons aujourd’hui. Des pénitenciers fédéraux sont construits pour les détenu.es condamné.es à des peines lourdes (en général plus de deux ans) alors que les pénitenciers provinciaux se spécialisent dans les peines dites légères (moins de deux ans). La non-mixité devient la règle et des institutions psychiatriques / carcérales, tel que l’Institut Pinel à Montréal, sont finalement créés pour les détenu.es souffrant de problèmes de santé mentale. Notons que ces institutions psychiatriques sont loin de prendre en charge toutes les personnes criminalisées qui auraient besoin de soins de santé mentale, alors que l’on retrouve, tout au long du XXe siècle et jusqu’à ce jour, un nombre effarant de prisonnier.ères souffrant de problèmes de santé mentale dans toutes les prisons du Québec, du Canada et d’ailleurs. Notons aussi que les résistances des détenu.es prendront des formes différentes selon les types de prisons (fédérales, provinciales ou psychiatriques). On verra une organisation socio-politique plus forte dans les pénitenciers provinciaux, alors que l’on verra une résistance plus violente et désespérée dans les pénitenciers fédéraux. La solidarité extérieure sera aussi plus active avec les détenu.es des prisons provinciales et psychiatriques, alors que les détenu.es fédéraux.ales seront plutôt laissé.es de côté, du fait de leur isolement institutionnel, mais peut-être aussi parce qu’ils et elles sont davantage perçu.es comme des personnes dangereuses, criminel.les professionnel.es ou éléments anti-sociaux ; perception, surtout concernant le banditisme professionnel, partagée même dans les milieux de gauche…

La prison de Montréal, vers 1927.
La prison de Bordeaux en 1927.

Dans ces conditions, deux possibilités s’offrent aux prisonnier.ères pour résister aux conditions de vie toujours terribles qui leur sont imposées. D’abord, les détenu.es peuvent faire connaître leur situation aux institutions et au public pour mettre de la pression sur les autorités carcérales. Ensuite, les détenu.es peuvent lutter dans les prisons, par des actions directes qui mettent de la pression sur les gardien.nes et la direction des prisons, allant jusqu’à l’émeute. Un des premiers épisodes de ce genre a lieu à la prison de Bordeaux le 4 mai 1952. Les détenus, notamment en colère en raison du traitement humiliant qu’ils subissent aux mains des gardiens et de la nourriture dégoûtante qui leur est servie (souvent moisie, et on trouve même des asticots dans les plats), se soulèvent soudainement et défoncent une partie de la prison. Des feux sont allumés et les détenus armés de couteaux repoussent les gardiens, pris au dépourvu. Si l’émeute est matée, la nourriture est modifiée dès les jours suivant. Bien sûr les humiliations restent la norme, ce qui mènera à de nouvelles luttes…

Dans les années 1950, les conditions de vie des détenu.es sont réellement misérables. Les détenu.es sont mal logé.es et mal nourri.es. Mais ce qui leur rend la vie particulièrement dure, ce sont les violences arbitraires des gardien.nes. En effet, aucun contrôle n’est exercé sur les gardien.nes par une instance extérieure. Ceux.elles-ci peuvent donc voler les détenu.es comme bon leur semble, les humilier verbalement et physiquement, les passer à tabac et même les tuer sans conséquence. Ces conditions inhumaines sont dénoncées par Jacques Hébert dans son petit livre Scandale à Bordeaux (éditions de l’Homme, 1959). Ce livre sera à l’époque une importante pièce à conviction dans le procès social qui suivra certaines émeutes des années 1960, procès social qui changera les conditions de vie des détenu.es.

Au cours de l’année 1960, les détenus de la prison de Bordeaux n’en peuvent plus de ces conditions. Le 26 juin 1960, après le repas, trois détenus attaquent un gardien. Celui-ci tire des coups de semonce mais est vite repoussé. Rapidement, un grand nombre de détenus se met de la partie. Les gardiens sont repoussés et arrivent à peine à tirer sur les détenus qui tentent de franchir le mur d’enceinte. Pour le reste, ils ont perdu le contrôle. Des feux sont allumés un peu partout dans la prison et une guérite brûle. Pourtant, après des négociations avec les détenus, les gardiens reprennent le contrôle de la prison. Trois détenus sont blessés ; les autorités se disent conscientisées aux problèmes soulevés et promettent moins d’arbitraire… mais il n’en n’est rien. Ce n’est donc que partie remise pour la confrontation entre détenus et gardiens. Six jours plus tard, de nouveaux troubles éclatent, puis encore en novembre 1960, et enfin le 12 décembre de la même année. Les détenus n’en peuvent plus du froid, des privations et de la maltraitance. L’émeute de décembre dure toute la journée et ne peut être matée qu’avec l’aide de la Sûreté de Montréal. Plus de 100 hommes sont déployés en soutien aux gardiens. Les détenus ont aussi droit à la première page de plusieurs journaux le lendemain. Mais la répression est dure, les hommes sont envoyés au trou, ne reçoivent pas de traitements médicaux et plusieurs seront affamés en guise de punition. La tension est à son comble à Bordeaux, d’ailleurs complètement surpeuplée avec 1 500 détenus.

La prison de Bordeaux, après les émeutes de juin 1960.

Certains prisonniers réussiront à dénoncer les violences qu’ils subissent à Bordeaux lors de leur comparution. Les juges seront bien forcés de les écouter. Depuis le livre d’Hébert, l’opinion publique est par ailleurs préoccupée. Avec les histoires de tortures suite aux troubles de l’année 1960, c’en est trop. En novembre 1961, une réforme de la prison de Bordeaux est annoncée. La direction de la prison est remplacée ainsi que plusieurs dizaine de gardiens. C’est une victoire en demi-teinte pour les détenus. Les plus sales parmi les gardiens, les tortionnaires psychopathes qui s’en sont pris aux détenus durant des années, sont licenciés. Mais les conditions restent dures, surtout pour les prisonniers rebelles, ceux qu’on met au trou…

Ainsi, le 28 septembre 1967, dans un mémoire qu’elle remet à la commission d’enquête Prévost sur la justice au Québec, la CSN parle de la violence qui sévit toujours contre les prisonniers à Bordeaux :

« Le sous-sol est une cave humide où est installé le « donjon » (ou le « trou »), qui comprend dix cellules d’isolement pour les cas agressifs ou « dangereux ». Dans ces cellules, il n’y a ni lavabo, ni toilette, mais seulement des trous dans le plancher. Et ces trous sont souvent bloqués. On peut facilement imaginer l’état des cellules et l’odeur qui s’en dégage. C’est au sous-sol, aussi, qu’il y a le plus de rats, de coquerelles et de punaises. Et quand il y en a trop, une équipe spécialisée fait à l’occasion une tournée de l’institut pour exterminer toute cette vermine ».

De telles conditions font écho à celles d’une autre institution carcérale du Québec : l’Unité Spéciale de Correction de la prison de Saint-Vincent-de-Paul. Ces installations récentes ont en effet pour objectif de briser les plus coriaces parmi les détenus. L’évasion y est réputée impossible et les hommes, tous condamnés à de longues peines, y sont torturés sans plus de manière. On y trouve 65 gardiens pour 62 détenus : c’est dire le rapport de force qui y existe.

Les luttes carcérales vont d’ailleurs se déporter de manière spectaculaire à la prison Saint-Vincent-de-Paul quelques années plus tard. Effectivement, le célèbre braqueur de banque Jacques Mesrine y est enfermé depuis le début des années 1970 en compagnie de plusieurs autres criminels de profession. Mesrine et les autres détenus y subissent une torture abjecte, faite de privations sensorielles, de jeûnes forcés et de passages à tabac fréquents. Les détenus de cette prison n’ont aucun moyen de faire connaître les tortures qu’ils y subissent puisqu’ils sont drastiquement isolés du monde extérieur. Pourtant, le 21 août 1972, Jacques Mesrine et cinq de ses codétenus s’évadent de Saint-Vincent-de-Paul (la prison dont nul ne peut s’évader !). Jacques Mesrine essaiera alors d’informer les autorités de la torture qui sévit à Saint-Vincent-de-Paul. Il envoie notamment des informations à cet effet au Solliciteur général du Canada Jean-Pierre Goyer et produit un enregistrement diffusé publiquement, Mesrine parle encore, dans lequel il dénonce les conditions de vie à l’Unité Spéciale de Correction. Même si Mesrine y expose (entre autre) l’existence d’une chambre à gaz, le Solliciteur ignore les propos du célèbre bandit, fait saisir les copies de l’enregistrement… et interdit aux journalistes de visiter la prison Saint-Vincent-de-Paul pour voir ce qui s’y passe.

Mesrine parle encore, enregistrement de 1972 dans lequel Jacques Mesrine dénonce le régime de torture qui sévit à Saint-Vincent-de-Paul.

Mesrine décide donc, à l’automne 1972, d’attaquer le pénitencier Saint-Vincent-de-Paul, d’abord pour faire évader un maximum de prisonniers, ensuite pour dénoncer l’institution et les politiques ultra-violentes qui y sont la norme. L’attaque a lieu le 3 septembre 1972. Une violente bataille oppose Mesrine et ses complices aux gardiens. Des échanges de mitrailleuses et des tirs de grenades ont lieu de part et d’autre. Si deux gardiens sont grièvement blessés, l’évasion est un échec. Pourtant, l’attaque de Mesrine a attiré l’attention sur la vie à Saint-Vincent-de-Paul. Lorsqu’un autre ancien détenu de l’Unité Spéciale, Richard Blass, s’attaque à un bar tenu par un ancien policier et y brûle 13 personnes qu’il a enfermées dans le sous-sol, la pression médiatique est à son comble. Les journalistes cherchent à savoir quelles conditions horribles ont créé un homme si violent. Finalement, en 1974, la torture pratiquée à Saint-Vincent-de-Paul est prouvée. Après des années de dénégation, le Ministère de la Sécurité publique doit avouer ses crimes envers les détenus. L’Unité Spéciale de Correction est enfin fermée et la prison redevient un établissement aux normes plus conventionnelles.

Les résistances carcérales ne s’arrêtent bien sûr pas à ces épisodes célèbres. Il y a une lutte continuelle des détenu.es contre les gardien.nes dans les prisons, afin d’obtenir des conditions de vie décentes et une certaine dignité. Pourtant, ces luttes sont invisibilisées, à cause de la manière même dont le système carcéral est conçu. Effectivement, les détenu.es sont présenté.es et socialement reconnu.es comme des parias. De fait, ils et elles sont isolé.es du reste de la population. Leurs situations, leurs luttes et leurs espoirs ne sont donc par relayés. De plus, le fait que le système de justice ne soit pas réfléchi comme organe politique de répression, mais comme une institution garantissant le vivre-ensemble, fait en sorte qu’une critique globale de la prison est rare, qui ferait des prisonnier.ères des camarades pour les militant.es ; des personnes victimes de la répression d’état avec qui nous devrions lutter. Cela est toujours le cas dans les années 1980, alors qu’il y a une reprise des luttes des détenu.es.

Par exemple, le soir du 25 juillet 1982, un groupe de détenus tente une évasion de la prison Archambault (pénitencier fédéral à sécurité maximale situé à Sainte-Anne-des-Plaines). Les détenus prennent en otage plusieurs gardiens et tentent d’obtenir en échange de ceux-ci leur libération. Mais le pénitencier est vite sécurisé et les détenus se retrouvent alors coincés. Une émeute s’ensuit durant laquelle trois gardiens seront tués. L’émeute sera pourtant un échec et le contrôle est rétabli durant la nuit. Face à cette situation, deux détenus condamnés à la perpétuité choisissent de se suicider. Les motivations des détenus ici sont d’abord leurs conditions de vie, comme toujours, mais aussi une lutte pour leur vie elle-même. Effectivement, les détenus qui participent à cette émeute sont condamnés à des peines très lourdes, et ce qui leur reste à vivre ne sera qu’une longue déchéance jusqu’à la mort. Ainsi, l’exemple d’Archambault est frappant, dans la mesure où il montre que les longues peines sont la pire des tortures, insupportables, et que ceux qui y sont confrontés sont prêts à tuer et à mourir pour ne pas vivre ainsi durant vingt ou trente ans.

La Presse (mai 1992)
Les détenus se sont révoltés pas moins de six fois entre 1985 et 1992 à la prison de Bordeaux, en raison des conditions de détention insupportables (La Presse, 1er mai 1992).

Les émeutes reprennent aussi à Bordeaux dans les années 1980-1990. On en dénombre six majeures entre 1985 et 1992, sans compter les autres formes d’organisation politique ou les grèves de la faim. La raison principale en est cette fois le surpeuplement de la prison et ses conséquences. Les détenus vivent alors les uns sur les autres, ils manquent d’espace pour l’exercice, les promenades sont réduites… Les exactions des gardiens aussi se multiplient, alors que ceux-ci se sentent sous pression en raison du surpeuplement. À la fin avril 1992 se produit d’ailleurs la pire émeute à Bordeaux depuis les années 1960. On dénombre pour plus de deux millions de dollars en dommage et de nombreux blessés, détenus comme matons. Et depuis (depuis presque 30 ans donc), les choses n’ont pas tellement changé. C’est pourquoi une gronde perpétuelle à cours dans les prisons, alors que le surpeuplement reste le principal problème dans les prisons québécoises (fédérales, provinciales ou psychiatriques, masculines comme féminines). Ce surpeuplement implique bien sûr une dégradation continuelle des conditions des vie : moins d’espace, moins de temps de sortie ou d’exercice, moins de visites, une nourriture de qualité inférieure, préparée en masse pour une population trop grande… Et si les autorités constatent le problème, elles ne font rien. Parce que les détenu.es dans nos sociétés restent ces parias qu’on ne veut ni voir ni entendre, qui n’ont pas droit à la dignité, leur statut de déviant.es justifiant de la part de l’état les pires exactions.

Dans les prisons pour femmes (dont la funestement célèbre prison Leclerc à Laval) les luttes sont aussi perpétuelles. Pourquoi donc n’en entendons-nous jamais parler ? Évidemment parce que les femmes, dans le milieu carcéral, sont les parias des parias. Leurs luttes ne sont ni diffusées ni relayées. Elles ne relèvent pas de la même aura sociale que le gangstérisme masculin. De plus, les épisodes d’émeutes violentes se sont montrés moins fréquents dans les établissements pour femmes au Québec que dans les pénitenciers masculins. Les conditions imparties aux femmes sont pourtant tout aussi violentes. La surpopulation les affectent de plein fouet, ainsi que les violences et les pénuries. Le manque chronique de serviettes sanitaires à la prison Leclerc est un exemple parmi bien d’autres de la manière dont les détenues sont traitées au Québec. La violence directe est aussi exercée contre les détenues à Leclerc comme ailleurs.

Notons sur un autre plan qu’un très grand nombre de femmes sont enfermées pour avoir réagi à la violence sociale qu’elles subissaient. Ainsi, les assassines d’un proche violent, les voleuses, les travailleuses du sexe ou encore les femmes venant de milieux paupérisés et arrêtées pour consommation ou vente de drogues représentent la grande majorité des femmes détenues. Les femmes pauvres, racisées et autochtones sont naturellement sur-représentées dans les prisons au Québec ; ce qui nuit d’autant plus à leurs chances d’être entendues dans la société lorsqu’elles veulent dénoncer leurs conditions de détention. Sans compter sur le fait que les détenues (comme leurs homologues masculins d’ailleurs) ont toutes les chances de revenir en prison, puisque la prison marginalise et induit des comportements criminels ; ce qui reconduit d’autant plus les détenu.es en prison et reproduit leur isolement / invisibilisation sociale. Toutes ces conditions sont longuement dénoncées en 1983 dans le numéro de la revue féministe La vie en rose sur les détenues, mais restent toujours aussi ignorées.

Prison femmes
La vie en rose, dossier sur les prisons pour femmes, 1983.

Pour conclure, il est bon de revenir un peu sur le statut des détenu.es, leur traitement social, leurs droits et leur potentiel. Les détenu.es sont en très grande majorité des personnes d’origine modeste, issues de classes défavorisées (économiques ou raciales). Elles sont en général condamnées pour des crimes qu’elles ont commis en réaction à la violence que le monde leur a fait subir. De plus (et surtout), les personnes détenues, par-delà leur culpabilité, changent socialement de statut lorsqu’elles sont incarcérées. Reconnues coupables et enfermées, elles sont séparées du reste de la population et deviennent des êtres rejetés du corps social, qu’on ne voit pas et pour qui le respect est nié. Ainsi, les personnes devenues détenues ont un nouveau statut qui les invisibilise et les soumet à la violence et à l’arbitraire de l’état. Coupables ou innocent.es, les détenu.es ont en commun d’être déshumanisé.es, de se voir retirer le droit à la sociabilisation et à la dignité. En isolant ainsi les gens, on les prive de tout ce à quoi un être digne a droit : la liberté, la parole, les liens d’amitié désintéressés, la famille, l’amour… Bien sûr, dans leur résilience, les détenu.es se donnent certaines possibilités sociales, mais l’institution qui les déshumanise n’en cherche pas moins à les en priver. Qu’un groupe social subisse une telle violence montre le caractère inhumain de l’état. Un tel isolement entraîne naturellement le renfermement sur le groupe déviant, et ce qui devait être combattu se reproduit.

Appel à une grève nationale des détenu.es, le 21 août 2018, alors que les prisonnier.ères servent encore de main-d’oeuvre corvéable partout à travers le pays.

Bien sûr, il existe certaines difficultés liées au statut des prisonnier.ères, comme le masculinisme du milieu criminel et le fait que plusieurs personnes soient en prison pour avoir pratiqué une forme de capitalisme illégal. Pourtant, nous ne croyons pas que ce sont les points qui doivent a priori retenir notre attention. Nous pensons qu’il vaut mieux comprendre globalement le système carcéral comme un système de répression sociale, qui vise en général les plus pauvres et les plus démuni.es, et qui isole plus encore les gens de la marge. Nous pensons que la prison est un lieu de fabrication d’une classe sociale déshumanisée, vouée à la torture d’état et vouée à se reproduire en vertu même de la structure carcérale. En ce sens, nous croyons que toutes les luttes des détenu.es pour la dignité, une vie meilleure et finalement la liberté sont justes. En effet, le système carcéral n’est pas une institution de préservation de la paix sociale, mais une institution d’isolement et de violence. Il est donc de notre devoir de comprendre l’origine de la prison, de dénoncer son action et d’agir solidairement avec les prisonnier.ères en lutte. Des luttes qui n’en finiront que lorsque la prison et son monde auront disparu. Les grèves carcérales continuent, les luttes judiciaires, les publications contestataires ainsi que les émeutes. Soyons attentif.ves à ce qui se fait derrière les murs, pour aider à faire tomber les murs.

/ / /

Sur l’origine idéologique des prisons et les débuts du système carcéral, on consultera avec profit l’article Les origines de la prison de Bordeaux (Pierre Landreville et Ghislaine Julien, 1972). Pour un historique des prisons au Québec, ainsi qu’un aperçu des émeutes les plus importantes qui s’y déroulèrent, on consultera… le site de la Sécurité publique (sans commentaire sur l’idéologie qui y est véhiculée). Sur l’émeute de Bordeaux de 1960, on pourra consulter cet article, sur le site Histoire du Québec.

Sur les idées abolitionnistes (en faveur de l’abolition du système carcéral dans son ensemble), on pourra consulter cet article de 2017 ainsi que les documents laissés en ligne dans le cadre du Mois contre les prisons (2015). En Anglais, on consultera Prison Justice, qui milite contre les abus en prison et contre le système carcéral, et qui documente les luttes en cours dans les prisons du Canada. Pour entendre les voix dissidentes d’ex-détenu.es et d’actuelles personnes incarcérées, on pourra écouter l’émission Prison Radio ; on trouvera aussi sur le site des informations sur les luttes carcérales passées et actuelles.

Des anarchistes anti-coloniaux votent en vandalisant (encore) les statues de John A. Macdonald et Reine Victoria

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Oct 202019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Quelques anarchistes anti-coloniaux de Montréal ont décidé de “voter” par anticipation aux élections fédérales en utilisant de la peinture. Encore une fois, et ce pour environ la 10e fois en trois ans, le monument de John A. Macdonald a été attaqué, cette fois-ci en bleu. La statue de la reine Victoria située sur rue Sherbrooke Ouest a également été prise pour cible.

-> Photos: https://postimg.cc/gallery/285o60j9e/

Selon Jagandrew Trumanychet du groupe #MacdonaldMustFall à Montréal: “Nous avons décidé d’utiliser de la peinture bleue pour démontrer notre opposition à l’idée offensante du conservateur bleu Andrew Scheer que plus devrait être fait pour honorer John A. Macdonald” (mise en contexte: https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1334769/parti-conservateur-gratuite-musees-nationaux-grc-regina)

Tel que mentionné dans les communiqués précédents, le groupe #MacdonaldMustFall à Montréal rappelle aux médias et au public que John A. Macdonald était un suprémaciste blanc. Il a directement contribué au génocide des peuples autochtones avec la création du système brutal des pensionnats ainsi que d’autres mesures destinées à détruire les cultures et les traditions autochtones. Il était raciste et hostile envers les groupes minoritaires non blancs au Canada, promouvant ouvertement la préservation d’un Canada dit «aryen». Il a adopté des lois pour exclure les personnes d’origine chinoise et il a également été responsable de la pendaison du martyr Métis Louis Riel.

Et dans les mots de la Brigade de Solidarité Anticoloniale Delhi-Dublin: “La présence de statues de la Reine Victoria à Montréal est une insulte aux luttes d’autodétermination et de résistance des peuples opprimés dans le monde entier, y compris les nations autochtones en Amérique du Nord (l’Île de Tortue) et en Océanie, ainsi que les peuples d’Afrique, du Moyen-Orient, des Caraïbes, du sous-continent indien, et partout où l’Empire britannique a commis ses atrocités. Le règne de la reine Victoria a représenté une expansion massive de l’Empire britannique barbare. Collectivement, son règne a représenté un héritage criminel de génocide, de meurtres de masse, de torture, de massacres, de terrorisme, de famines forcées, de camps de concentration, de vols, de dénigrement culturel, de racisme et de suprématie blanche. Cet héritage devrait être dénoncé et attaqué.”

Les statues de Macdonald et Victoria devraient être retirées de l’espace public. En tant qu’artefacts historiques, elles devraient être entreposées, soit dans les archives ou les musées. L’espace public devrait plutôt célébrer les luttes collectives pour la justice et la libération et non pas la suprématie blanche et le génocide.

Un compte-rendu de la grève du climat à Montréal

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Oct 052019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

“La lutte contre les changements climatiques doit déborder de son lit. Elle doit aussi combattre le système de frontières qui valorise certaines vies plus que d’autres. Elle doit renverser le capitalisme qui cherche toujours à produire plus.”
– Appel au contingent anticapitaliste et antiraciste

“L’air, la terre et les rivières
Ont besoin de révolutionnaires”
– Slogan entendu en manif

“Manif zéro-déchet : police dehors!”
– Slogan entendu en manif

Le vendredi 27 septembre à Montréal, entre 300 000 et 500 000 personnes étaient présentes à la marche pour le climat, des anarchistes et d’autres radicaux ont décidé d’y participer aussi. Au milieu d’un citoyennisme de masse et son défilé discipliné du Mont Royal au Vieux Port, il était difficile de faire changer le ton vers un affrontement réel avec les systèmes du pouvoir et les institutions qui rendent la planète inhabitable. Néanmoins, des milliers de copies de Vers un mouvement écologique révolutionnaire et de Climat de révolte ont été distribués, les deux argumentaient contre le réformisme, et le dernier donnait un lien vers une cartographie des points faibles de l’économie extractiviste canadienne. Puis, dans le contingent antiraciste et anticapitaliste, il y a eu des lueurres d’espoir d’une lutte pour le climat qui ne se contente pas de demander une solution imposée par le gouvernement, mais qui s’oppose aux opérations coloniales, capitalistes, et de suprématie blanche, des quelles dépendent l’écocide.

Plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel pour un contingent antiraciste et anticapitaliste qui invitait les gens à se masquer et à étendre la lutte vers des perspectives libertaires. On a aussi entendu dire que beaucoup de gens qui essayaient de rejoindre le contingent n’y parvenaient pas, en raison de la grandeur et la densité de la foule. Tôt dans la journée, il était très difficile de se déplacer dans la foule dense, en particulier pour un groupe ou des gens tenant une bannière. Sachant qu’on était entouré de centaines de milliers de personnes, le sentiment semblait plus apocalyptique que libératoire. Après une heure interminable à attendre que la manif parte, le contingent a décidé de se séparer vers l’est sur l’avenue des Pins. Près de mille personnes ont décidé de se joindre à cette rupture (les flics ont averti les manifestants de ne pas se joindre aux antifas).

D’un pas plus determiné, avec des drapeaux noirs, des fumigènes vertes, et de la musique, des bannières et des slogans de qualité, nous avions l’impression de pouvoir respirer à nouveau. Les gens se sont mis à arracher des pancartes électorales avec joie, et une banque TD a reçu des bombes de peinture verte. Au même moment, dans la manif principale, un individu courageux a lancé un oeuf au premier ministre Justin Trudeau, qui s’est fait huer durant tout son absurde photo-op #marchepourleclimat protégé par des tas de flics. Environ vingt minutes plus tard, des autobus d’anti-émeutes sont apparus derrière nous, en gardant leur distance, alors que nous rejoignions la manif principale au coin de Ste-Catherine et St-Laurent.

En marchant vers le sud sur St-Laurent, des graffitis “fuck le capitalisme” et “Miguel Peralta libertad”, appelant à la liberté pour l’anarchiste autochtone prisonnier de l’état mexicain, ont embelli les murs. Sur le boulevard René-Lévesque, le contingent a pris le côté gauche de la rue alors que le reste de la manif se tenait à droite, séparés par une haute clôture au milieu. D’autres bombes de peinture ont frappé une banque HSBC. Peu de temps après, des gens les ont aussi utilisés pour redécorer les bureaux d’Immigration et Citoyenneté Canada, qui ont aussi été couverts de graffitis “migrant.es bienvenus”, “fuck CBSA”, et “queer and trans resistance” en or. Un communiqué publié le jour suivant a expliqué les liens entre les changements climatiques et le régime frontalier. Le contingent encourageait ces actions alors que ceux et celles de l’autre côté de la rue semblaient soit curieux ou s’en foutaient. On se demande ce qu’il serait arrivé si une attaque comme celle-ci en pleine journée se serait intensifiée.

Au lieu de s’attarder autour de la fin de manif sur Robert-Bourassa pour écouter des heures de discours, le contingent a divergé vers l’est vers le Square Victoria. Là, nous avons trouvé des gens en train d’occuper l’espace autour de la statue de la Reine Victoria avec plein de bouffe à donner gratuitement, une bannière lisant “Zone d’autonomie temporaire” drapée sur la statue, et des barrières de contrôle de foule détournées pour bloquer la rue traversant le square. C’était magnifique de pouvoir s’étendre dans le gazon après tant d’heures sur nos pieds, un écart apprécié avec nos expériences de fin de manif plus habituelles. Au cours de l’après-midi, la statue a été vandalisée un graffiti à la fois, les gens ont dansé autour d’un système de son, et une structure en bois a été construit dans la rue. Il y avait beaucoup de flics qui nous observaient, mais il n’a jamais paru probable qu’ils attaqueraient le rassemblement festif, étant donné qu’on était à un coin de rue d’où des dizaines de milliers de gens de la manif principale se rassemblaient toujours, et que notre impact perturbateur n’était forcément rien comparé à celui de la manif monstre.

Une manif de soir anticapitaliste avait été appelée pour 18h30 à Square Victoria. L’incendie de la structure en bois au milieu de la rue voulait donner le ton. Malheureusement, l’ambiance générale n’était pas forte. Les centaines de flics mobilisés pour la manif principale avaient pu se concentrer sur le square pendant des heures, attendant 18h30 quand ils s’attendaient à ce que la majorité de la foule soit parti. De plus, les gens se masquaient de manière inefficace, souvent avec des bandanas, ceux-ci souvent retirés autour du cou. Des pratiques de masquage laissant à désirer multiplient les risques quand les flics ont eu des heures pour établir la surveillance d’un point de rassemblement immobile. Ça affaiblit notre capacité d’agir et d’agir pendant de longues périodes dans la rue. La manif a duré trois minutes, un beau feu d’artifice et quelques roches ont atteint un groupe de flics à vélos, l’anti-émeute a fermé une station de métro en tirant du poivre de cayenne près du système de ventilation, et deux personnes ont été arrêtées.

Les questions d’où, quand et comment participer et intervenir dans les mobilisations de grève pour le climat méritent encore de la réflexion et de l’expérimentation. Toutefois, le 27 a démontré que les initiatives anticapitalistes et antiautoritaires pendant une grosse manif, à l’intérieur de celle-ci et en marges, ont quand même le potentiel de donner de nouvelles dimensions à la lutte. La possibilité de diverger et de rejoindre la manif principale de façon imprévisible brouille les calculs policiers relatifs à une attaque sur la manif. Un gros contingent clairement démarqué permet une séparation d’espace entre les tactiques combatives et les manifestant.es cherchant à participer avec moins de risque. Et l’immense nombre de gens dans la rue veut dire que plusieurs se font exposé.es directement à d’autres moyens de lutter au lieu de par le biais des images déformées médiatiques.

Déploiement de bannières à Alma

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Oct 052019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Alma, le 26 septembre 2019. Deux bannières ont été déployées ce matin au centre-ville d’Alma près des locaux de Développement économique Canada pour les régions du Québec. On peut y lire : « Le développement industriel nous tue ! C’est pas une job qu’on veut, c’est une vie ! ». L’organisation gouvernementale qui a accordé dernièrement un financement de 2 millions $ dans les secteurs de la métallurgie a été ciblé symboliquement. L’action, signée par le Comité des eaux vives, s’inscrit dans le mouvement de grève pour le climat et vise à dénoncer les projets industriels et extractifs en cours d’analyse dans la région.

Le comité anonyme dénonce les projets de Gazoduc qui traverserait les régions de l’Abitibi, de la Mauricie et du Saguenay–Lac-Saint-Jean, du terminal de liquéfaction de Gaz naturel à Saguenay de GNL Québec, de la mine au Lac à Paul et du port en eaux profondes à Ste-Rose-du-Nord d’Arianne Phosphate ainsi que la mine et le transport par train de Métaux Black Rock entre Chibougamau et Saguenay. Selon l’un des instigateurs de l’action, « Ces projets sont une nuisance pour l’environnement et pour toutes les populations de la région. L’argument des jobs payantes ne vaut rien. Le prix à payer c’est la destruction des milieux de vie aquatique, de paysages époustouflants, d’écosystèmes fragiles et d’espèces vulnérables. Il faut qu’on arrête l’extraction des ressources naturelles au plus vite et qu’on comprenne que nous sommes dans une relation d’interdépendance avec les écosystèmes qui nous entourent. Nous devons arrêter les rapports de domination sur notre environnement maintenant. »

Le comité lance un appel à l’action dans une diversité de tactiques pour mettre fin au massacre environnemental le plus rapidement possible ! « Nous devons nous mobiliser tout de suite contre tout nouveau développement industriel et investir le temps, l’énergie et l’argent nécessaire pour développer des initiatives locales durables qui ne se font pas au détriment des autres espèces de la flore et de la faune. »

Pour terminer, le comité des eaux vives annonce que d’autres actions ciblées sont en cours de préparation.

– Le Arlequin plongeur.

Chasser Atalante: pour qui travaillent les fachos?

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Oct 022019
 

De Montréal Antifasciste

En décembre 2018, Montréal Antifasciste a fait paraître un dossier sur l’organisation néofasciste Atalante retraçant à la fois l’historique du groupe et le parcours de certains des individus qui se trouvent au cœur du projet, dont les membres du gang Québec Stomper Crew et du groupe Légitime Violence. Une série d’articles annexes sont parus depuis exposant différents personnages évoluant dans la sphère d’influence d’Atalante.

Nous sommes maintenant en septembre 2019, et si les activités d’Atalante ont quelque peu ralenti au cours des derniers mois, les militant-e-s du noyau dur ne montrent aucun signe de vouloir raccrocher leur faisceau, et il nous faut encore augmenter la pression pour leur faire comprendre ainsi qu’à leur entourage que nous n’avons pas l’intention de lâcher le morceau.

Pour rendre insupportable le coût social d’être fasciste ou nazi dans nos collectivités et communautés, la plus efficace des tactiques est encore d’exposer les fachos à leurs communautés, collègues et employeurs, familles et voisins, à qui ils et elles cachent généralement la vraie nature de leurs activités ou utilisent des euphémismes comme « nationalistes » pour ne pas dire qu’ils et elles sont fascistes. Puisqu’ils et elles ont fait le choix d’être des nazi-e-s et de persister dans cette voie, nous avons la ferme intention de leur en faire subir les conséquences. L’histoire nous montre que les idéaux fascistes conduisent toujours tôt ou tard à la violence -parfois jusqu’au génocide- contre différentes catégories de personnes qui subissent déjà leur lot de misère et d’oppression dans la société capitaliste soi-disant démocratique, et il n’est pas question que nous laissions cette histoire se répéter.

En nommant les différents emplois des fachos d’Atalante, notre intention est assurément de chasser les fascistes de leur lieu de travail, car les projets qu’ils portent en privé mettent en danger à la fois leurs collègues et les membres du public qu’ils y côtoient, tout particulièrement les personnes racisées, musulmanes, juives, queers et/ou identifiées à gauche.

Nous croyons que les campagnes visant à les isoler, à les expulser et à cibler les entreprises qui les soutiennent et les abritent sont nécessaires tant du point de vue de la sécurité publique que de la solidarité de la classe ouvrière.

Ceci est un rappel que les fascistes ne sont pas et ne seront jamais bienvenu-e-s dans nos milieux de vie et de travail.

 


Roxanne Baron, infirmière auxiliaire

Roxanne Baron

Roxanne Baron

Hôpital de l’Enfant-Jésus (Centre Hospitalier Universitaire de Québec)
1-418-525-4444
info@chudequebec.ca
https://www.facebook.com/HEJQc

Roxanne Baron, la seule femme du Québec Stomper Crew, n’est pas la moindre de ses membres. Elle est aussi une figure centrale d’Atalante ayant participé à quasiment toutes les actions de l’organisation depuis ses débuts.

Son rôle précis au sein d’Atalante n’est pas clair, mais nous savons qu’elle faisait jusqu’à tout récemment office d’influenceuse sur Instagram en partageant un très grand nombre de photos d’elle et de ses camarades en pleine action à Québec et Montréal, par exemple, ou en pèlerinage en Italie auprès de la « maison mère », CasaPound. (Son indiscrétion sur Instagram a d’ailleurs coûté leur anonymat à quelques-uns de ses camarades… oups.)

Fait particulièrement sidérant à plusieurs égards, Baron n’a pas hésité à mentionner à de nombreuses reprises au fil des mois et des années les lectures douteuses qu’elle faisait à même son lieu de travail : l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. Elle a affirmé y lire à l’insu de ses collègues et usagers des ouvrages de l’organisation néofasciste CasaPound, du nazi belge Léon Degrelle, de l’historien fasciste Robert Brasillach, de l’intellectuel ultranationaliste Charles Maurras et de l’auteur antisémite français Jacques Ploncard. Elle s’est même carrément vantée de faire passer ses lectures nazies inaperçues au travail :

« Journée tranquille… Quand on croit que tu lis de petits romans comme tout le monde au travail (MDR) »

Nous savons aussi de son compte Instagram que Baron s’est fait tatouer un certain nombre d’images appartenant à l’iconographie fasciste et néonazie (voir le caroussel d’images ci-dessous), dont : un faisceau, le symbole à l’origine du mot ‘fascisme’; la croix celtique, la marque universellement reconnue du mouvement « White Power »; l’inscription « le diable rit avec nous », une référence aux paroles de l’hymne nazi SS marschiert in Feindesland; l’inscription « presente per tutti camerati caduti », un salut traditionnel du fascisme italien; et un mjölnir, ou marteau de Thor, une illustration qui n’est pas foncièrement raciste, mais qui est systématiquement arborée par les odinistes suprémacistes blancs. Pour compléter l’arbre de Noël, ce qui n’est pas sans intérêt pour les contempteurs de « signes religieux ostentatoires » en milieu de travail, Baron porte au cou un pendentif représentant le sonnenrad, ou soleil noir, un symbole occulte commun à l’ensemble des courants néonazis contemporains.

Il est pour le moins alarmant de penser que cette personne, qui dans sa vie privée adhère ouvertement à un projet politique foncièrement raciste, antisémite, islamophobe et homophobe, travaille dans un établissement du réseau de la santé et est donc quotidiennement au contact du grand public, dont une partie considérable appartient forcément aux différents segments de populations désignés comme groupes à éliminer par l’idéologie nazie.


Antoine Mailhot-Bruneau

Antoine Mailhot-Bruneau

Antoine Mailhot-Bruneau, paramédic

Dessercom
1-418-835-7154
https://www.dessercom.com/nous-joindre/
https://www.facebook.com/dessercom/

Alias « Tony Stomper ». Après avoir grandi à Mont-Laurier avec son frère cadet Étienne (lui aussi membre central d’Atalante), Antoine Mailhot-Bruneau amorce des études collégiales à Lionel-Groulx et participe au mouvement étudiant durant la grève de 2007. Il déménage par la suite à Québec, où il rejoint les Québec Stompers, qui forment déjà un gang de rue se rapprochant des idéaux ultranationalistes et d’extrême droite. Il amorce plus tard des études de matelot à Rimouski puis passe à l’Université Laval, au programme d’enseignement de l’histoire, qu’il abandonne rapidement.

Lors d’un voyage en Italie il découvre le Blocco Studentesco, une organisation étudiante néofasciste qui est en fait la branche jeunesse de CasaPound (voir le caroussel d’images ci-dessous). Petit à petit, il devient l’idéologue d’Atalante et dirige selon toute vraisemblance l’écriture du pamphlet Saisir la foudre sous le pseudonyme Alexandre Peugeot, lequel signe également quelques articles dans le journal Le Harfang de la Fédération des québécois de souche.

Beaucoup plus discret que son ami Raphaël Lévesque, Antoine a toujours pris grand soin de garder secret son rôle dans Atalante, en n’apparaissant que rarement dans les actions publiques du groupe, en floutant son visage dans les rares photos et vidéos où il apparaît furtivement et en opérant sous différents pseudonymes. Malheureusement pour lui, c’est à partir d’une entrevue qu’il a lui-même accordé en août 2017 à Zentropa Serbie (un satellite de CasaPound), sous le pseudonyme « Alexandre », que nous avons pu déterminer sans difficulté le rôle prépondérant qu’il joue dans Atalante.

Malgré sa grande circonspection, nous avons par ailleurs pu confirmer qu’il est paramédic sur la rive sud de Québec, dans la région Chaudière-Appalaches, à l’emploi de l’organisation Dessercom de Lévis.

Comme dans le cas de Roxanne Baron, les fonctions professionnelles d’Antoine Mailhot-Bruneau, un militant fasciste et membre d’un gang violent, l’amènent nécessairement à côtoyer des membres du public appartenant à des catégories stigmatisées et victimisées par les fascistes.

Imaginez si vous le pouvez le sentiment d’un immigrant de première génération, d’une musulmane ou d’un Juif souffrant d’un arrêt cardiaque ou d’un autre malaise voyant débarquer comme premier répondant un militant et idéologue fasciste, foncièrement raciste, antisémite et islamophobe. Imaginez que votre vie dépende des soins prodigués par cet individu qui adhère sans réserve, par exemple, à la nécessité d’une « remigration » de toutes les personnes migrantes ne faisant pas partie de la population de vieille souche canadienne-française et catholique.

Nous croyons quant à nous que cette situation est intolérable et s’inscrit contre les principes éthiques et les normes professionnelles à la base même du métier de paramédic.


Yan Barras

Yan Barras

Yan Barras, travailleur social (non membre de l’Ordre des travailleurs sociaux)

Habitations Meta Transfert inc.
1-418-649-9402
metatransfert@hotmail.com

Dans la nuit du 31 décembre 2006 au 1er janvier 2007, un petit groupe de Stompers et d’associés, dont Raphaël Lévesque et Yan Barras, faisait irruption au café-bar L’Agitée de Québec, une coopérative de solidarité réputée pour être administrée et fréquentée par des militant-e-s antiracistes. En moins de temps qu’il ne vous faudra pour lire cette fiche, les boneheads avait saccagé le bar et Yan Barras avait poignardé pas moins de six personnes avec un x-acto avant de déguerpir.

Malgré le caractère sordide de l’incident, les Stompers ont tiré une certaine fierté de cette agression sauvage, allant même jusqu’à y faire référence dans les paroles de la chanson éponyme Légitime Violence :

« Ces petits gauchistes efféminés,
qui se permettent de nous critiquer,
ils n’oseront jamais nous affronter,
on va tous les poignarder! »

Après avoir plaidé coupable d’agression armée, Yan Barras a été condamné à deux ans de prison ferme. Le juge l’avait même invité à suivre une thérapie en prison pour soigner ses tendances à la brutalité aveugle. À sa sortie de prison, Barras a d’ailleurs fait mine de rentrer dans le droit chemin en s’inscrivant au programme de travail social du CEGEP de Sept-Îles.

Mais loin de s’amender, Barras s’est plutôt fait tatouer l’inscription « No Remorse » dans le front, sous la représentation d’un crâne mordant les trois flèches symbolisant l’antifascisme (voir le caroussel d’images ci-dessous), et s’est empressé de regagner les rangs de son crew raciste, dont les membres allaient plus tard créer Atalante. Non seulement Barras ne s’est-il jamais éloigné de Raphaël Lévesque, des frères Mailhot-Bruneau et consorts, il a à maintes reprises participé aux activités d’Atalante au cours des dernières années, en plus de continuer à provoquer et intimider la gauche de Québec, notamment en défilant avec les Stompers au milieu d’une petite manifestation pour le droit à l’avortement, en août 2015, et plus récemment en narguant les participant-e-s de la manifestation du 1er mai 2019 avec ses frères, dont l’un s’est même fendu d’un salut hitlérien.

Barras travaille aujourd’hui pour l’entreprise de réinsertion sociale Habitations Méta Transfert inc., à Québec, où il est « coordonnateur de liaison ». Il va sans dire que cela le place dans une position d’autorité auprès d’une clientèle vulnérable, une position dont il peut se servir pour recruter quiconque correspond à ses fantasmes de « race supérieure » ou refuser des services à ceux et celles qu’il juge « inférieur-e-s ». Il est d’ailleurs permis de se demander combien d’autres néonazis cette entreprise emploie…


Shawn Beauvais-MacDonald. La citation est d'Adolph Hitler.

Shawn Beauvais-MacDonald. La citation est d’Adolph Hitler.

Shawn Beauvais-MacDonald, agent de sécurité; étudiant au Centre intégré de mécanique, de métallurgie et d’électricité (CIMME)

Securitas (banque CIBC du Chinatown, Montréal)
**Il est très possible qu’il ne soit plus à cet emploi depuis quelques mois ou ne l’occupe désormais qu’à temps partiel.**

1-888-935-2533
info@securitas.ca
https://www.facebook.com/Securitasjobs.ca
https://twitter.com/Securitas_Group

Centre intégré de mécanique, de métallurgie et d’électricité (CIMME)
1-514-364-5300
https://www.facebook.com/cimmelasalle/
https://twitter.com/csmbcimme
Commissaire : Joanne Bonnici

Shawn Beauvais-MacDonald a souvent été mentionné sur ce site. Il a d’abord accédé à la notoriété en août 2017, lorsqu’il a été aperçu parmi un groupe de Québécois ayant fait le voyage jusqu’à Charlottesville pour participer au rassemblement « Unite the Right »[1]. Il s’est avéré à peu près au même moment qu’il avait joué dans les mois précédents un rôle stratégique dans l’organigramme de La Meute, notamment en tant que gestionnaire « anglophone » de la page Facebook de l’organisation islamophobe (voir le caroussel d’images ci-dessous).

Mais Beauvais-MacDonald n’avait pas fini de nous réserver des surprises! Il s’est plus tard avéré qu’il était un membre très actif du salon de discussion « Montreal Stormer Book Club », sous le pseudonyme FriendlyFash, et du petit club social néonazi qui essayait à l’époque de s’organiser à Montréal. Beauvais-MacDonald ne cachait d’ailleurs pas ses penchants nazis sur Facebook ou ses autres comptes de médias sociaux.

Dans la foulée d’une manifestation d’extrême droite à Québec, à l’automne 2017, il a commencé à se faire voir de plus en plus souvent auprès d’Atalante et dans les différentes actions du groupuscule néofasciste. Il a participé à plusieurs campagnes d’affichage, distributions de denrées et autres actions de visibilité d’Atalante à Québec, Montréal et Ottawa. Il est vite devenu évident que Beauvais-MacDonald militait désormais activement pour Atalante, et ce, jusqu’à ce jour.

Lors de sa participation au podcast This Hour has 88 Minutes, le 4 janvier 2018, Beauvais-MacDonald a parlé des conséquences du doxxing dans sa vie quotidienne. Il a dit avoir perdu un de ses deux emplois (comme portier dans un bar), mais que les gens qu’il côtoyait dans son autre emploi trouvaient ça « hilarant » :

« The other job, I work with Chinese people and they find it hilarious, so whatever. »

Malgré qu’il ait été très largement dénoncé et exposé en août 2017, il semble que Beauvais MacDonald soit resté jusqu’à très récemment employé par la firme Securitas comme gardien de sécurité, notamment à la succursale de la CIBC située dans Chinatown à Montréal. La question se pose si la compagnie Securitas est restée aussi longtemps ignorante des activités de son employé (malgré de très nombreuses mentions dans les médias traditionnels et sur les sites antifascistes), ou si elle a sciemment fermé l’œil sur ces activités.

Il est aussi légitime de se demander si son job de gardien de sécurité (pour une entreprise cotée en bourse, soit dit en passant) n’a pas donné à Beauvais-MacDonald l’accès à du matériel ou à des données privilégiés qu’il aurait pu faire profiter à son réseau de néonazis[2]. Aurait-il eu accès à des bases de données informatiques ou à d’autres ressources grâce à son emploi chez Securitas?

Nous ignorons à ce stade-ci si Beauvais-MacDonald est toujours à l’emploi de Securitas, mais nous savons en revanche qu’il est aujourd’hui inscrit au Centre intégré de mécanique, de métallurgie et d’électricité, à LaSalle.

Reste maintenant à savoir comment l’administration de l’école et la communauté étudiante réagira à la présence régulière de ce nazi notoire dans leur enceinte.


Étrienne Mailhot-Bruneau

Étrienne Mailhot-Bruneau

Étienne Mailhot-Bruneau, graphiste

Sunny Side Up Creative
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https://twitter.com/sunnysideupcrea
https://www.instagram.com/sunnysideupcreative/

Frère cadet d’Antoine, Étienne Mailhot-Bruneau est un autre acteur important d’Atalante et membre en règle du Québec Stomper Crew. Finissant en 2017 au bac en art et science de l’animation à l’Université Laval, Étienne est le graphiste de facto d’Atalante, dont il a réalisé des dessins, logos et affiches sous le pseudonyme « Sam Ox ». Suite à la sortie du dossier « Démasquer Atalante » qui a établi le lien entre lui et son avatar, Étienne s’est fait discret et a désactivé tous ses comptes sur les principales plateformes professionnelles.

Malgré la tache « brune » sur son CV, il semble avoir trouvé un emploi auprès de la compagnie Sunny Side Up Creative de Québec.


Vincent Cyr

Vincent Cyr

Vincent Cyr, boucher

Fruiterie Milano
1-514-273-8558
info@fruiteriemilano.com
https://www.facebook.com/FruiterieMilano/

L’un des militants les plus actifs d’Atalante dans la région de Montréal, Vincent Cyr participe à de nombreuses activités du groupe et à la plupart des sorties d’affichage nocturne. Originaire de la rive sud de Montréal, il a longtemps traîné dans la scène hardcore et punk longueilloise avant de se radicaliser au contact de boneheads, pour finalement s’assumer pleinement comme facho. Très isolé dans son milieu (il est fils d’un militant syndical!), il semble s’être trouvé une famille avec Atalante.

Cyr est boucher à l’emploi de la fruiterie Milano, une épicerie de quartier située dans la Petite Italie à Montréal, où son frère travaille également.


Jean Mecteau

Jean Mecteau

Jean Mecteau, tatoueur

1-418-265-5222
https://www.facebook.com/jhanmecteau/
1709, rue Bergemont, Québec

Bassiste de Légitime Violence, le groupe phare d’Atalante, Jean Mecteau est issu de la scène hardcore.  Adepte de « grandeur nature », il partage sa vie entre le cosplay, son rôle de second violon dans un pitoyable band néonazi, et son business de tatoueur sous la bannière Jhan Art.

Mecteau est l’un des tatoueurs réguliers de l’entourage d’Atalante et des Stompers, ce qui explique peut-être pourquoi il a retrouvé  son salon de tatouage quelque peu « entaché » à son retour d’un récent séjour à Bicolline (le plus important site de GN au Québec)… 


Sven Côté

Sven Côté

Sven Côté, cuisinier

Restaurant Le Fin gourmet
1-418-682-5849
https://www.facebook.com/LeFinGourmet/
https://www.instagram.com/lefingourmet_qc/

« Svein Krampus » sur Facebook, Sven Côté est un bonehead de longue date proche de la scène NSBM (black métal national-socialiste). Il milite dans Atalante depuis l’hiver 2016, après une radicalisation vers le fascisme amorcée virtuellement en 2013. Protégé de Raf Stomper, avec qui il échange des publications ouvertement antisémites sur les réseaux sociaux, il est resté fidèle au groupe et n’hésite plus aujourd’hui à montrer son visage dans les activités d’Atalante. Il a grandi et vit toujours à Québec, dans la basse ville. Côté est fortement soupçonné d’être parmi les auteurs de l’attaque contre la librairie La Page Noire à Québec dans la nuit du 8 au 9 décembre 2018. Nous pensons que cette attaque faisait office de rite de passage pour être admis dans le Québec Stomper Crew, groupe dont il a reçu les couleurs le soir même de l’attaque.

Il est cuisinier au restaurant Le Fin Gourmet, dans le quartier Saint-Sauveur de Québec.

 

D’autres révélations suivront…

 

Virer les fachos : une tâche qui incombe à nos communautés

Les militants et militantes fascistes ne sont pas de simples quidams avec qui nous sommes en désaccord sur des points de détail : ce sont des individus haineux qui souhaitent réaliser un nouvel ordre social partiellement déterminé par l’oppression, la persécution et l’élimination de millions de personnes. Leur idéologie en tant que telle constitue un danger immédiat et une forme de violence contre un grand nombre d’entre nous : queers, racisé-e-s, « de gauche », musulman-e-s, Juif-ve-s, et bien d’autres identités encore.

En même temps, le capitalisme en soi constitue une forme de violence contre un grand nombre des personnes ciblées par l’extrême droite. En tant qu’anticapitalistes, nous ne reconnaissons pas l’autorité des patrons, de l’État ou des ordres professionnels, et ne leur cédons en rien la responsabilité d’expulser les fascistes de nos espaces de vie et de travail. Cela dit, nous reconnaissons que très souvent, les travailleuses et travailleurs doivent s’unir et prendre les mesures nécessaires pour forcer les employeurs à garantir leur sécurité.

L’exclusion des fascistes et autres militant-e-s d’extrême droite est une tâche qui incombe avant tout aux travailleurs et travailleuses ainsi qu’aux membres du public qui sont mis en danger par leur présence et leur activité. C’est dans cet esprit que nous partageons ces renseignements.

Ami-e-s, il est temps de nous mettre au travail.

 

 

 

 

 


[1]               Cette mobilisation se voulait une démonstration de force de tout ce que l’Amérique du Nord compte de suprémacistes blancs, de nationalistes « ethniques », d’identitaires, de néonazis et autres néofascistes alignés sur le courant « Alt-Right » américain. Les événements du 11 et du 12 août 2017 à Charlottesville sont passés à l’histoire comme un fiasco historique pour l’Alt-Right, notamment parce que le suprémaciste blanc James Alex Fields a choisi l’occasion pour perpétrer un attentat à la voiture-bélier entraînant la mort de la militante antiraciste Heather Heyer.

[2]              Il y a quelques années à peine, il a été révélé que la société de sécurité HESS en Allemagne fournissait des gardes d’extrême droite à Amazon pour surveiller les travailleurs étrangers dans les entrepôts de l’entreprise, où ils intimidaient et maltraitaient les travailleurs. Plus près de chez nous, dans les années 1980 au Canada, William Lau Richardson, le chef de la “Klan Intelligence Agency” du KKK, était employé par la société de sécurité Centurion, un poste qu’il occupait pour mener des opérations contre la gauche. Dans les années 1990, il a été allégué que le détective privé néonazi Al Overfield a également utilisé son accès aux bases de données informatiques de la police pour fournir des renseignements sur les antifascistes à ses amis du Heritage Front, et Bryan Taylor, chef du Ku Klux Klan en Colombie-Britannique, a utilisé son poste chez ADT Security Systems pour diffuser de la propagande raciste.

Comment trouver et faire des actions contre l’infrastructure frontalière à travers le Canada

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Sep 282019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

En banlieue de Montréal, à Laval, on érige présentement une nouvelle prison pour migrant·e·s et réfugié·e·s. Au fil du projet, un large éventail d’actions de résistance s’est déployée, alors que la lutte pour en empêcher la construction prenait de l’ampleur. Cette prison s’inscrit dans le cadre d’un programme de 138 millions de dollars, le Cadre national en matière de détention liée à l’immigration (CNDI), lancé par l’État canadien en 2016 suite à une vague de révolte contre l’emprisonnement des migrant·e·s. Le CNDI a pour effet d’étendre et de renforcer la capacité gouvernementale à surveiller, emprisonner et déporter les migrant·e·s, entre autres par la construction de deux prisons d’immigration, ainsi qu’une série de nouvelles formes de surveillance et de contrôle telles que le port obligatoire de bracelets émetteurs à la cheville, un système biométrique de reconnaissance vocale et des maisons de transition pour migrant·e·s.

Il peut être difficile de discerner comment intervenir dans un tel contexte, que ça soit en groupe ou individuellement. Dans une volonté de répandre toute forme de résistance possible contre les régimes frontaliers et carcéraux canadiens, nous vous proposons une liste sommaire de quelques façons dont chacun·e peut contribuer à la lutte.

On retrouve des infrastructures frontalières et carcérales dans la majorité des villes du Canada. Voici quelques façons de les identifier, dépendamment de votre contexte (et quelques idées de comment utiliser ces informations).

COMMENT IDENTIFIER LES INSTALLATIONS FRONTALIÈRES DE VOTRE RÉGION

Les États-Unis ont vu une lutte féroce et généralisée se déployer contre l’agence policière frontalière, surnommée ICE (Immigration and Customs Enforcement), menant les habitant·e·s de pratiquement chaque grande ville du pays à occuper les bureaux de l’agence pour en empêcher le fonctionnement, manifester bruyamment devant les centres de détention migratoire, et entreprendre de nombreuses tactiques créatives pour contrecarrer le régime de détention et de déportation américain. Les effets de cette résistance se sont clairement faits ressentir dans les bureaux de l’État. S’il est vrai qu’il nous reste beaucoup de chemin à faire pour y arriver, nous sommes d’avis qu’il est autant possible que nécessaire de résister avec la même force contre les frontières soi-disant canadiennes.

Le gouvernement:

  • L’agence des services frontaliers du Canada (ASFC) – Détient le pouvoir principal en matière de détention, de surveillance et de déportation des immigrant·e·s au Canada. On retrouve ses bureaux, ses agent·e·s et ses installations partout dans le pays.

Saviez-vous qu’en 2017, une demande d’accès à l’information a permis la publication des noms et des postes de centaines d’employé·e·s de l’ASFC? Pour vérifier si quelqu’un de votre entourage devrait être exposé·e pour son rôle dans la déportation et la détention d’immigrant·e·s, lisez les documents disponibles via le lien suivant: https://mtlcounterinfo.org/doxxing-the-canadian-border-services-agency/

  • Les centres de détention pour migrant·e·s de l’ASFC – Il existe actuellement trois prisons fédérales pour migrant·e·s: une à Toronto, une à Laval et une dans l’aéroport de Vancouver. La construction d’une nouvelle prison vient d’être complétée à Surrey, en Colombie Britannique, et la construction de celle de Laval est en cours.
  • Les prisons provinciales – Chaque année, l’ASFC verse des millions de dollars aux gouvernements provinciaux, dans le cadre d’accords permettant à l’Agence d’utiliser les prisons provinciales pour l’emprisonnement de migrant·e·s. En Ontario, la majorité des migrant·e·s détenu·e·s par l’AFSC se trouvent dans des prisons provinciales.

Les ONGs qui profitent du segment des “solutions de rechange à la détention” du CNDI, et le renforcent: https://communemag.com/the-same-prison-with-a-nicer-facade/

  • La société John Howard – Cet organisme à but non-lucratif s’est vu octroyer 5 millions de dollars pour implanter le nouveau programme de “Gestion des cas et de surveillance dans la collectivité”, un régime de programmes et de maisons de transition pour migrant·e·s qui immite le système canadien actuel des libérations conditionnelles. Elle possède des installations dans toutes les provinces du pays, à l’exception du Nunavut et du Yukon. http://johnhoward.ca/services-across-canada/
  • Le Programme de mise en libération sous caution de Toronto: A reçu environ 7 millions de dollars pour implanter le programme de “Gestion des cas et de surveillance dans la collectivité” dans la ville de Toronto.
  • L’Armée du salut: A reçu plus d’un million de dollars pour implanter le programme de “Gestion des cas et de surveillance dans la collectivité” dans la majorité des villes canadiennes.

Les entreprises qui profitent de la construction de la nouvelle prison pour migrant·e·s de Laval

  • Tisseur – Entrepreneur général. Val-David, Qc. https://www.construction-tisseur.com/
  •  Lemay – Firme d’architecture mandatée pour la nouvelle prison pour migrant·e·s. Possède des bureaux dans les villes de Montréal, de Québec, d’Edmonton, de Calgary et de New York. Pour en obtenir les adresses, consultez ce lien: https://www.stopponslaprison.info/en/lemay-2/
  • Groupe A/Annexe U – Firme d’architecture mandatée pour la nouvelle prison pour migrant·e·s. Située au Québec. http://www.groupea.qc.ca/
  • Stantec – Cabinet d’experts-conseils en ingénierie. Possède des bureaux partout au Canada et aux États-Unis. https://www.stantec.com/en/offices/office-finder
  • BPA/Bouthillette Parizeau – Fournisseur alimentaire. L’entreprise possèdes des bureaux dans les villes de Montréal, de Longueuil, de Laval, d’Ottawa, de Gatineau, de Québec, de Lévis et de Vancouver. http://bpa.ca/
  • Englobe – Entreprise de traitement de sols, mandatée de remettre en état le sol du site de la future prison. Possède des bureaux partout au Canada. https://englobecorp.com/canada/en/contact-us/our-sites
  • KJA Experts-Conseils – Firme d’ingénierie mandatée d’élaborer les systèmes d’ascenseurs et d’escaliers roulants pour la nouvelle prison. Possède des bureaux dans les villes de Montréal, d’Ottawa, de Toronto, d’Edmonton, de Vancouver et de Calgary. https://www.kja.com/offices-s13922
  • Loiselle – Entreprise de décontamination des sols, située à Salaberry-de-Valleyfield, Québec. http://www.loiselle.ca/en/contact-us

Autres:

  • GardaWorld – Cette entreprise de sécurité privée, qui est mandatée de fournir les gardes de sécurité dans la prison actuelle pour migrant·e·s de Laval et de monter la garde du site de construction de la nouvelle prison, possède des bureaux partout au Canada. Les exemples de projets haineux auxquels elle est liée ne manquent pas. Allez visiter leur site web pour vérifier si elle possède des bureaux dans votre région.
  • G4S – Fournit les gardes de sécurité dans la prison pour migrant-e-s à Toronto.

Après avoir découvert les organismes et les entreprises qui profitent du régime frontalier autour de vous, pensez à rechercher les noms et les adresses des individus impliqué·e·s. Essayer de trouver l’adresse de leurs directeur·rice·s généraux·les, allez poser des affiches dans leur quartier et organisez une manif-surprise devant leur porte. On peut aussi leur envoyer des courriels et des lettres à partir d’un ordinateur anonyme.

Entourez-vous d’ami·e·s de confiance et agissez directement contre les entreprises et les agences concernées!

Le lien suivant vous mènera vers une liste de communiqués revendiquant des actions entreprises pour freiner la construction de la nouvelle prison pour migrant·e·s : https://www.stopponslaprison.info/nouvelles-et-analyses/

Si vous avez envie d’entreprendre des actions directes contre les installations frontalières de votre région, consultez le “Guide d’actions directes nocturnes”, qui comprend de nombreuses informations utiles sur comment planifier et mener des actions directes efficaces tout en vous assurant de vous maintenir en sécurité autant que possible. https://mtlcontreinfo.org/recettes-pour-des-actions-directes-nocturnes/

Si vous n’êtes toujours pas certain·e·s d’où se trouvent les installations frontalières les plus près de chez vous, consultez votre groupe local de Personne n’est illégal·e ou un autre organisme de défense des droits des migrant·e·s pour obtenir plus d’informations. Ou alors, organisez une petite soirée de recherche avec vos ami·e·s!

Si vous vivez dans une petite communauté où il n’y a pas de installation frontalière, vous pouvez tout de même agir. Voici quelques pistes:

1. Faites circuler le matériel d’information

Consultez la page “Matériel d’information” sur le site stopponslaprison.info. Il est possible d’y obtenir des pamphlets, des affiches, des tracts et des autocollants que vous pouvez imprimer et faire circuler dans votre réseau.

Réunissez-vous entre ami·e·s pour poser des affiches dans votre quartier ou près d’arrêts d’autobus. Suivez ce lien obtenir des instructions sur comment faire de la colle de blé (qui est très difficile à enlever): https://mtlcounterinfo.org/how-to-wheatpaste/

Prenez quelques heures pour poser des autocollants dans le métro, dans les couloirs de votre école, à votre lieu de travail ou dans votre quartier.

Posez une bannière dans un endroit visible près de chez vous, qui exprime un message contre les frontières et les prisons. Voici quelques informations sur comment poser une bannière: http://destructables.org/node/56

Organisez une journée de mobilisation et de distribution de tracts. Imprimez des tracts disponibles en ligne, ou créez-en vous-mêmes! Avec quelques ami·e·s, allez dans le métro, dans les autobus ou dans les trams de votre ville et passez quelques heures à distribuer de l’information à propos du projet.

2. Harcelez les entreprises

Innondez le fax, les lignes téléphoniques, la boîte courriel et les réseaux sociaux des entreprises et de leurs employé·e·s.

Il est facile de se procurer un compte de messagerie temporaire en utilisant Protonmail ou Guerrilamail.

On peut aussi envoyer des fax gratuitement en ligne grâce aux sites https://www.gotfreefax.com/ ou https://faxzero.com/. En envoyant des fax avec beaucoup de contenu aux entreprises, on utilise toute leur encre noire et on peut temporairement bloquer la ligne de fax, les empêchant de recevoir les fax habituels.

Si vous pensez harceler les entreprises en ligne, n’oubliez pas qu’il serait peut-être mieux de ne pas utiliser vos propres comptes de réseaux sociaux ou votre propre adresse IP pour le faire. Consultez le guide EFF à propos de communications en ligne plus sécuritaires, et familiarisez-vous avec des outils tels que le navigateur Tor ou TAILS pour vous créer un compte de messagerie anonyme temporaire, ou pour envoyer des fax.
https://ssd.eff.org/
https://www.torproject.org/
https://tails.boum.org/

3. Partagez ce texte avec vos ami·e·s et votre famille, et réunissez-vous ensemble pour discuter d’un plan d’action à mettre en branle dans votre ville ou village!

Stantec et le complex Guy-Favreau ciblés durant la marche pour le climat: Voici pourquoi le mouvement pour le climat devrait combattre le régime frontalier

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Sep 282019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le Canada contribue de façon majeure à la crise climatique, jouant un rôle actif en chassant des populations de leurs foyers à travers le monde. Le Canade héberge plus de 70% des industries minières du monde, industries qui sèment la dévastation environnementale et économique à l’échelle mondiale. Le pays est responsable de plus d’émissions de gaz à effet de serre que tout autre pays du G20, contribuant ainsi à la multiplication du nombre de réfugié.es climatiques. À l’intérieur de ses frontières, le gouvernement fédéral continue d’approuver projet de pipeline par-dessus projet de pipeline, malgré la résistance constante des communautés autochtones.

Alors que la crise climatique ne fait qu’empirer, favorisée par les forces extractivistes du capitalisme et du colonialisme, la crise migratoire empire de façon accélérée elle aussi. En réponse à cela, le Canada ne fait que renforcer l’imperméabilité de ses frontières, tentant d’empêcher celles et ceux qu’il a lui-même déplacé.es de trouver refuge.

Ce développement des infrastructures frontalières ne se limite pas à la frontière elle-même. Depuis deux décennies, la détention de personnes migrantes est l’une des formes d’incarcération ayant la croissance la plus rapide au Canada. L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) entretient trois prisons uniquement pour migrant.es et loue des espaces servant à leur détention à travers le pays. En 2016, le gouvernement a investi 138 millions de dollars supplémentaires afin de renforcer et de développer ce système, menant à la construction de deux nouvelles prisons pour personnes migrantes (dont l’une se trouve à Laval, QC) ainsi que de nouveaux systèmes de surveillance et de contrôle comme les bracelets de cheville obligatoires et les analyses biométriques vocales pour les migrant.es.

Tandis que le Canada répond à la crise climatique en fortifiant ses frontières, celles et ceux qui défendent les politiques suprémacistes blanches derrière cette décision continuent d’envahir l’espace public. Au Québec, nous avons vu l’importante couverture médiatique accordée aux groupes islamophobes comme La Meute, le succès de la campagne électorale anti-immigration de la CAQ, ainsi que les conséquences violentes de l’adoption de sa loi 21. Alors que la mascarade que sont les élections fédérales commence, nous avons déjà pu voir la place de plus en plus importante prise par le nationalisme blanc, alors que les politicien.nes sèment la peur et la haine des migrant.es qui traversent la frontière à Roxham Road.

Les frontières comme les prisons ont été imposées sur ces territoires par le colonialisme et sont des systèmes fondamentalement axés sur la domination et le contrôle. Tandis que le Canada continue d’investir des milliards dans l’extractivisme, celles et ceux qui subissent le poids de la crise sont encore et toujours les communautés autochtones. Que ce soient les pipelines installées de force sur des territoires autochtones, les entreprises minières ou forestières opérant sur ces territoires sans le consentement des communautés concernées, ou encore la dévastation environnementale créée par la construction de raffineries près des réserves, les communautés autochtones sont constamment en première ligne, souffrant des effets néfastes de l’extractivisme tout en menant la résistance contre celui-ci.

Voici pourquoi Stantec et le complex Guy-Favreau ont été pris pour cible par des participant.es de la marche pour le climat. Les bâtiments ont reçu des bombes de peinture vertes et “Bienvenue aux migrants” a été écrit sur les façades. Au complex Guy-Favreau, la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada tient des séances pour déterminer les conditions et périodes de détention des migrant.es, ce qui résulte souvent par une prolongation de leur emprisonnement. Stantec est une firme de génie-conseil qui travaille sur le projet de la nouvelle prison pour migrant.es à Laval.

Cette nouvelle prison fait partie de la fausse solution du Canada face à la menace posée par les changements climatiques, une tentative d’intensifier encore d’avantage le développement de ses infrastructures frontalières en gardant hors de celles-ci celles et ceux que le pays continue de chasser de leurs maisons. La réelle menace contre la Terre et les personnes qui l’habitent sont le capitalisme, la destruction de l’environnement et les politicien.nes qui, inévitablement, continuent de défendre ces systèmes tout en rejetant la faute sur les populations qu’ils et elles déplacent.

Nous croyons qu’il est nécessaire de pousser beaucoup plus loin que de simples demandes aux politicien.nes, et d’aller vers une remise en question du rôle joué par le Canada au sein de la crise mondiale. Nous espérons que la lutte pour le climat pourra élargir ses tactiques, approfondir ses analyses et continuer de créer des liens avec d’autres luttes actuelles contre le suprémacisme blanc, le colonialisme de peuplement, et l’impérialisme de frontières.

 

Climat de révolte

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Sep 262019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

  • AUCUN GOUVERNEMENT NE SAUVERA LA PLANÈTE –
    NOUS DEVONS SAUVER LA PLANÈTE DES GOUVERNEMENTS!
  • QUAND LA POLICE ATTAQUE
  • UNE RÉPONSE ANARCHISTES AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES
  • NOS MASQUES NOUS PROTÈGENT
  • L’HISTOIRE NOUS LE DIT CLAIREMENT L’INSURRECTION POUR LE CLIMAT DOIT SAVOIR SE DÉFENDRE
  • LA RÉCUPERATION ET SES MULTIPLES FORMES
    LES VAUTOURS TOURNENT DÉJÀ EN ROND AU-DESSUS DE NOS TÊTES.

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Une réponse anarchiste aux changements climatiques

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Sep 232019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Traduction de “An Anarchist Solution to Global Warming

Si la réponse du Capitalisme Vert face aux changements climatiques ne fera qu’ajouter de l’huile sur le feu, et si le gouvernement restera incapable de résoudre le problème à une échelle globale (comme je l’ai débattu dans les articles [1] [2]), qu’est-ce que suggèrent les anarchistes pour réorganiser la société afin de diminuer la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et pour survivre dans ce monde qui n’est déjà plus le même?

Il n’existe pas une seule position anarchiste, et plusieurs anarchistes refusent même d’offrir une réponse en affirmant que si la société se libère de l’État et du capitalisme, elle se transformera de manière organique, et non pas en suivant les lignes d’un plan quelconque. D’ailleurs, cette attitude de contrôle politique, qui consiste à voir le monde de haut en y imposant plans et changements, est indissociable de la culture responsable de la destruction de la planète et l’oppression de ses habitant-e-s.

Malgré tout, je voudrais esquisser une manière possible d’organiser nos vies, non pas dans le but d’offrir une proposition concrète, mais parce que les visions nous rendent plus fort-e-s, et que nous avons tou-te-s besoin de courage afin de rompre une fois pour toutes avec les institutions existantes et les fausses solutions qu’elles nous offrent. Je vais décrire comment une société écologique et antiautoritaire pourrait se manifester avec les mots qui émergent de la complexité non idéale du moment présent. À des fins de simplification, je n’entrerai pas dans des débats d’ordre scientifique concernant ce qui est durable et ce qui ne l’est pas.

Je base la description de ce futur monde possible à la fois sur des nécessités physiques et sur ce qui est éthiquement désirable, en accord avec les prémisses suivantes.

  • L’extraction et la consommation de combustibles fossiles doivent être cessées complètement.
  • La production alimentaire industrielle doit être remplacée par des méthodes de cultivation durables et à échelle locale.
  • Les structures de centralisation du pouvoir sont par nature des structures qui exploitent l’environnement et qui oppriment les gens.
  • Les mentalités de valeur quantitative, d’accumulation, de production et de consommation – en d’autres mots, la mentalité marchande – sont par nature des mentalités qui exploitent l’environnement et qui oppriment les gens.
  • La science médicale est imprégnée d’une haine du corps, et même si elle a perfectionné une réponse efficace aux symptômes, sa pratique actuelle nuit à notre santé.
  • La décentralisation, l’association volontaire, l’organisation autonome, le soutien mutuel, et la non-coercition sont tous des projets et des pratiques réalisables ayant fonctionné par le passé, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la civilisation occidentale, et ce à de nombreuses reprises.

Bienvenue dans le futur. Personne n’aurait pu deviner que la société globale ressemblerait à ça. Sa caractéristique déterminante est son hétérogénéité. Certaines villes ont été abandonnées; des arbres poussent au travers des avenues, des rivières se précipitent là où l’asphalte recouvrait jadis le sol, et les gratte-ciels s’effritent pendant que des cerfs se nourrissent à leurs pieds.

D’autres villes sont en plein essor, mais elles ont tellement changé qu’elles sont méconnaissables. Des toits, des friches désertes, et des trottoirs se sont transformés en jardins. Des arbres fruitiers et à noix bordent chaque pâté de maisons.

Les coqs annoncent chaque lever du soleil. Environ un dixième des rues – les artères principales- restent pavées ou sont faites de gravier, les théâtres et les édifices communautaires peuvent obtenir du courant même quand il se fait tard, sur une base rotative afin qu’ils puissent rester ouverts pour des soirées cinéma et d’autres évènements. Tout le monde a des chandelles et des lampes rechargeables, il y a alors toujours des lumières qui éclairent des fenêtres le soir. Nous sommes loin du ciel urbain d’aujourd’hui: la nuit on peut voir des étoiles dans le ciel, et les enfants, incrédules, restent bouche bée quand les ancien-ne-s leur racontent comment les gens ont abandonné l’ancien monde.

L’électricité est produite grâce à un réseau avoisinant de stations où l’on brûle les déchets agricoles (comme les épis de maïs) et des biocarburants, ainsi qu’à partir d’une petite quantité d’éoliennes et de panneaux solaires. Mais la ville utilise seulement une fraction de ce qu’elle consommait avant. Les gens chauffent et refroidissent leur maison sans électricité, grâce à une conception intelligente qui utilise la passivité solaire. Dans les régions plus froides, pendant l’hiver, les gens complètent cela avec de la combustion de carburants renouvelables, mais les maisons sont bien isolées et les fours sont conçus avec la plus grande efficacité: il n’y a donc pas grand-chose à faire.

Personne ne possède de réfrigérateur, mais à tous les étages des bâtiments, on peut trouver un congélateur collectif. On entrepose les denrées périssables comme le yogourt, les oeufs et les légumes dans une glacière ou dans une cave, et les aliments sont mangés frais ou bien cannés. Les gens font pousser la moitié de leur propre nourriture dans les jardins de leur quartier. Presque toute la nourriture provient d’un rayon de 30 km. Aucun aliment n’est modifié génétiquement ou produit à partir d’ingrédients chimiques, et les aliments sont cultivés pour leur goût et leur apport nutritif – pas selon leur longévité et leur durabilité par transport. En d’autres mots, les aliments sont plus goûteux, et la nourriture est plus saine.

Toutes les maisons ont une toilette compostable et de l’eau courante, mais pas de service d’eaux usées. Une quelconque loi non écrite assure que chaque communauté à travers le monde remédie à la production de ses propres déchets. L’envoi de déchets polluants en aval est le plus grand tabou. Les rares usines restantes utilisent des champignons et des microbes situés sur de grandes parcelles boisées autour de l’enceinte de l’usine pour assainir les polluants qu’elles produisent. Les quartiers transforment tous leurs déchets en compost ou en carburant. La quantité d’eau potable disponible étant limitée, les bâtiments sont équipés de capteurs d’eau de pluie pour les jardins.

Dans la plupart des villes, les gens tiennent des assemblées de quartier périodiques ou ad hoc afin de maintenir les jardins, les routes et les bâtiments, d’organiser les services de garderie, et de médier les disputes. Les gens participent également à des réunions avec les conseils de travail ou les projets infrastructuraux auxquels illes décident de consacrer une partie de leur temps. Ceux-ci peuvent inclure: le conseil de l’eau, des transports, de l’électricité, un hôpital, un conseil de travailleur-ses de construction, de guérisseur-ses (la grande majorité des soins de santé est assurée par des herboristes, des naturopathes, des homéopathes, des acupuncteur-rices, des massothérapeutes, des sages-femmes et d’autres spécialistes effectuant des visites à domicile) ou encore une usine. Autant que possible, les conseils de travail sont décentralisés, avec des individus et des petits groupes à qui on fait confiance de bien faire leur travail. Lorsque nécessaire, illes coordonnent également leurs activités au sein de réunions se déroulant généralement sous la forme d’assemblées ouvertes utilisant le consensus et privilégiant le partage des perspectives et des informations, plutôt que la prise de décision. Parfois, des rencontres interrégionales sont organisées (pour les communautés autour d’un même cours d’eau, par exemple). Elles fonctionnent selon une structure de délégation, quoique les rencontres restent ouvertes à tout le monde et cherchent toujours à atteindre des décisions qui satisfont l’ensemble des gens, considérant qu’il n’y a pas d’institutions coercitives et que la coercition sous n’importe quelle forme est mal vue. Elle signifie “ramener les vieux jours”.

Puisque le pouvoir est toujours localisé au maximum, la grande majorité des décisions sont prises par des individus ou des petits groupes partageant des affinités et travaillant régulièrement ensemble. Depuis qu’on n’accorde plus d’importance à l’homogénéité de la population, qui servait autrefois à des fins de contrôle et d’accumulation du pouvoir, les gens ont réalisé qu’une bonne partie de la coordination prend place de manière organique: différentes personnes prenant différentes décisions et travaillant à réconcilier leurs décisions avec celles des autres.

Même si les sociétés sont structurées de manière à créer des sentiments de communauté et de mutualité, il existe également une grande marge de manoeuvre pour la vie privée solitaire. Plusieurs quartiers ont des cuisines et des salles à manger collectives, mais les gens cuisinent parfois elleux-mêmes et peuvent manger seul-es lorsqu’illes en ont envie. Dépendamment des préférences culturelles, certaines sociétés ont des bains publics et d’autres non. La mise en commun forcée des expériences passées sous les utopies socialistes est absente de ce monde. La propriété privée a été abolie dans le sens classique (c’est-à-dire où les gens reposent sur les moyens de production pour leur survie), mais n’importe qui peut avoir autant d’effets personnels qu’ille peut et veut en obtenir – vêtements, jouets, réserve de bonbons, vélo, etc.

Plus une communauté est petite, plus elle a tendance à utiliser une économie du don – tout ce que tu n’utilises pas, tu l’offres en cadeau, solidifiant ainsi les liens que tu entretiens avec les autres et augmentant la quantité d’objets en circulation – qui est possiblement le système économique le plus vieux et le plus répandu dans toute l’espèce humaine.

Il n’y a plus de police. Généralement, les gens sont armés et entrainés à l’autodéfense. La vie quotidienne de chacun-e comprend des activités qui favorisent un sens de l’intérêt personnel et collectif. Les gens dépendent de la coopération et de l’aide mutuelle pour leur survie et leur bonheur, alors celleux qui endommagent leurs liens sociaux se font surtout du mal à elleux-mêmes et s’isolent. Les gens ont combattu pour renverser leurs oppresseur-es. Illes ont défait la police et les forces militaires de la classe dirigeante, et illes se rappellent de leur victoire. L’impératif de ne plus jamais être gouverné-es constitue une part importante de leur identité. Illes ne sont pas sur le point de se sentir intimidé-es par un-e psychopathe occasionnel-le ou une bande de malfaisant-es.

En bref, la ville a une empreinte écologique négligeable. Une densité élevée de personnes habite dans des régions qui ont une biodiversité impressionnante, avec de nombreuses espèces animales et végétales qui cohabitent dans la ville. Illes ne produisent pas de pollution à laquelle illes ne peuvent remédier elleux-mêmes. Illes se procurent de l’eau dans les bassins versants, mais en quantité bien moins grande que dans une ville capitaliste, et en accord avec les autres communautés qui partagent le même cours d’eau. Illes produisent des gaz à effets de serre en quantité réduite par la combustion de carburant. Cependant illes en retirent davantage de l’atmosphère par le biais de leur agriculture (puisque tous leurs biocarburants sont agricoles et que le carbone rejeté dans l’atmosphère est le même que celui que les plantes ont absorbé pendant leur croissance).

Presque toute la nourriture est produite de manière durable et locale. Il existe quelques usines de production, mais la plupart utilisent des matériaux recyclés.

À l’extérieur de la ville, le monde est encore plus transformé. Les déserts, les jungles, les régions montagneuses, les marais, la toundra, et les autres régions qui ne peuvent pas supporter une population de haute densité, sont redevenus sauvages. Aucun programme gouvernemental n’a été nécessaire pour préserver la nature; ça ne valait tout simplement pas la peine d’habiter là-bas une fois la production de combustibles fossiles terminée. Beaucoup de ces zones ont été reprises par les autochtones qui les habitaient jadis. Dans plusieurs de ces régions, les habitant-es peuvent de nouveau pratiquer la chasse et la cueillette, retrouvant la forme d’économie la plus intelligente pour cette biorégion et renversant ainsi la notion conventionnelle de ce qui est considéré “futuriste”.

Le transport persiste encore entre les biorégions. Les villes sont reliées par des trains qui fonctionnent par biocarburant, et les gens traversent régulièrement les océans sur des bateaux alimentés principalement par le vent. Une quantité quelconque des échanges interrégionaux se déroule de cette manière, mais le transport entre les régions permet surtout un mouvement de personnes, d’idées et d’identités. Les gens sont moins mobiles qu’illes ne l’étaient dans les derniers jours du capitalisme, mais d’un autre côté, illes ne sont plus obligé-es de suivre les caprices de l’économie, ni d’être déraciné-es par la recherche de travail. Économiquement, les biorégions sont presqu’entièrement auto-suffisantes et les gens se supportent elleux-mêmes. S’illes se déplacent, c’est parce qu’illes veulent voyager, voir le monde, et sont libres de le faire car il n’y a plus de frontières.

Les communications de plus longue distance se font principalement par radio. La majorité des communautés urbaines ou semi-urbaines ont des téléphones et internet. La production hautement toxique d’ordinateurs a pratiquement cessée, mais quelques villes utilisent de nouvelles méthodes, plus lentes mais plus responsables, afin de manufacturer des ordinateurs à une échelle minimale. Des populations rurales habitent assez proches d’une ville pour accèder à ces formes de communication, de temps en temps. Les gens recoivent encore des nouvelles provenant du monde entier, et illes continuent de cultiver une identité qui est partiellement globale.

Les bases économiques de la société se sont grandement diversifiées au sein de chaque communauté linguistique. En d’autres mots, une personne peut vivre dans une commune agricole avec un niveau technologique similaire à celui de l’occident du 19ième siècle, mais à côté d’elle se trouve une forêt habitée par des chasseur-es-cueilleur-ses, et quelque fois par année elle se rend dans une ville qui est elle-même organisée par des conseils de travail et des assemblées de quartiers, où l’on trouve de l’électricité, des autobus, une station de train ou un port, et où elle peut regarder des films ou lire le blog de quelqu’un qui vit à l’autre bout du monde.

Des images et des nouvelles provenant du monde entier circulent dans les communes sur une base régulière. Les gens parlent la même langue et partagent une culture et une histoire similaires avec ces communautés qui autrement sont bien différentes. Il en résulte qu’une identité clanique et insulaire, susceptible de poser de sérieux problèmes -notamment la régénération potentielle de comportements dominateurs et impérialistes-, est constamment évitée par la cultivation d’une identité globale et par le mélange avec des membres très différents d’une communauté plus large. En effet, puisque presque toutes les communautées linguistiques s’étendent bien au-delà d’une seule biorégion, et puisque les gens connaissent une mobilité sociale sans précédent, il y a une circulation infinie des gens entre ces différentes communautés. Chaque individu décide, à un certain âge, s’ille veut vivre dans la ville, la campagne ou la forêt. Non seulement les frontières n’existent plus entre des nations construites artificiellement mais les frontières sociales n’empêchent plus le mouvement entre différentes identitées et catégories culturelles.

Pour les personnes agées, ce mode de vie est un paradis, mélangé aux détails croustillants de la réalité – conflits, labeur, chagrins et drames du quotidien. Pour les plus jeunes, c’est simplement vivre selon le bon sens.

Et d’année en année, le monde guérit un peu plus des ravages du capitalisme industriel. La quantité de forêt et de zones humides a augmenté au même rythme que la régénération de certaines zones, alors que les régions densément peuplées sont devenues des écosystèmes en santé grâce au jardinage, à la permaculture et à l’élimination des voitures.

Les niveaux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère sont réellement en train de diminuer, bien que lentement, pour la première fois depuis des années, alors que le carbone est renvoyé dans le sol, dans les forêts et dans les zones humides et urbaines. La combustion d’énergie fossile a cessé. Plus du tiers des espèces de la planète se sont éteintes avant que les gens ne modifient enfin leur mode de vie, mais maintenant que la perte d’habitat est renversée, plusieurs espèces reprennent des forces. À condition que l’humanité n’oublie pas sa plus grande leçon jamais apprise, dans quelques millions d’années, la biodiversité de la planète Terre sera plus grande que jamais.

Une vie digne a remplacé le profit comme nouveau critère social et, en coup de poing contre tou-tes les ingénieur-es de la planification sociale, chacun-e est autorisé-e à déterminer comment y parvenir. Les gens ont retrouvé l’habilité de se nourrir et de se loger elleux-mêmes et les communautés individuelles ont prouvé qu’elles étaient les mieux placées pour élaborer un mode de subsistance plus adapté aux conditions locales et aux changements variés induits par le réchauffement planétaire. Au final, c’est une évidence: l’unique solution qui était écartée par ceux et celles qui profitaient des changements climatiques était la seule qui avait une chance de réussir.

Pendant trop longtemps, les gens n’ont pas cru ceux et celles qui les mettaient en garde contre les changements climatiques, l’effondrement écologique et les autres problèmes créés par le gouvernement et le capitalisme – ceux et celles qui réclamaient des solutions radicales. Au final, illes ont compris que la meilleure décision qu’illes avaient prise était de cesser de faire confiance aux gens au pouvoir, soit les responsables pour tous ces problèmes. À la place, illes se sont fait confiance et ont plongé.

Les lecteur-ice-s qui doutent de la possibilité de réalisation de cette vision peuvent se réferer au livre Champs, Usines et Ateliers de Pierre Kropotkin, qui énonce une proposition similaire, mais il y a plus de cent ans. Illes peuvent aussi voir comment les territoires autochtones sur lesquels illes vivent étaient organisés avant la colonisation. D’où je viens, la confédération des Powhatans a maintenu la paix et coordonné les échanges commerciaux entre plusieurs nations de la partie sud du bassin versant de la baie de Chesapeake. Au Nord, les Haudensaunne ont maintenu la paix entre cinq (et plus tard six) nations pendant des centaines d’années. Les deux groupes ont supporté de fortes densités de population grâce à l’horticulture intensive et à la pêche sans dégrader leur environnement.

Où je vis aujourd’hui, à Barcelone, les travailleur-ses ont repris la ville et les usines et ont tout dirigé elleux-mêmes en 1936. Et là où je me trouve en écrivant cet article, à Seattle, une grève générale d’un mois a eu lieu en 1919. Les travailleur-ses là-bas se sont également montré-es capables de s’organiser et de maintenir la paix. Tout ça n’es pas un rêve. C’est une possibilité imminente, mais seulement si nous avons le courage d’y croire.

Entre national-populisme et néofascisme : État des lieux de l’extrême droite au Québec en 2019

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Sep 152019
 

De Montréal Antifasciste

Définitions et traits caractéristiques

Originellement constitué à partir de différentes expériences militantes visant à confronter des manifestations d’extrême droite à Montréal, le collectif Montréal Antifasciste s’est principalement attaché au cours des deux dernières années à documenter et à révéler au grand jour les différents mouvements et organisations qui mettent de l’avant des croyances et des politiques d’exclusion plus radicales que ce que proposent généralement les programmes de la droite « classique ». De plus, surtout parce que nos ressources sont limitées, nous avons omis de cibler les mouvements n’ayant actuellement que peu ou pas d’activité publique dans notre ville, comme le mouvement antiavortement ou, plus largement, la droite catholique, bien que nous nous efforcions de les garder à l’œil. Ainsi, il s’agit moins d’une approche théorique que d’une démarche pragmatique. Notre objectif n’est pas de produire une grande théorie sur le développement de l’extrême droite au XXIe siècle, mais plutôt de fournir des munitions intellectuelles et pratiques au milieu militant et à la population afin d’empêcher la normalisation du racisme, de la xénophobie et de l’islamophobie et de contribuer à la consolidation des mouvements antiracistes et antifascistes.

Il nous faut aussi insister sur le fait que notre approche relève d’un souci de commodité et de rapidité. Nous ne prétendons pas réduire le problème à l’extrême droite comme telle. Nous sommes conscient-e-s du fait que certaines politiques publiques (comme la Loi sur la laïcité de l’État [projet de loi 21]) et pratiques de l’État (comme la brutalité policière et les contrôles frontaliers) ainsi que différents systèmes d’oppression au sens large ont des répercussions bien plus dommageables que l’extrême droite à elle seule. Toutefois, nous croyons que des groupes numériquement restreints, mais déterminés, ont la capacité d’influencer la société de manière disproportionnée, et que même lorsque cela paraît improbable, ces groupes représentent une menace qu’il faut neutraliser en tant que telle. C’est le mandat que nous nous sommes donné.

Une cartographie exhaustive de l’extrême droite québécoise pourrait facilement faire l’objet d’un essai beaucoup plus long; ce qui suit n’est qu’un modeste aperçu. Notre priorité, en l’occurrence, est de cerner les traits caractéristiques des différents milieux d’extrême droite et de nommer les groupes actuellement les plus actifs au Québec. Nous avons dû ignorer ou mettre de côté de nombreux éléments en raison des contraintes d’espace. Nous vous invitons à consulter notre site Internet (http://montreal-antifasciste.info) pour un examen plus détaillé et approfondi.

Bien que certain-e-s d’entre nous étudient et confrontent l’extrême droite depuis des dizaines d’années, notre travail dans le cadre de Montréal Antifasciste revêt un caractère pratique, et c’est la pratique qui a conditionné à la fois ce que nous avons pu apprendre et notre manière de conceptualiser la situation. Sur la base de cette expérience, nous avons déterminé que les croyances fondamentales de l’extrême droite québécoise sont :

  • L’islamophobie;
  • L’opposition à un « système global » défini en termes simplistes et étroitement identifié aux partis libéraux fédéral et provinciaux (personnifiés pour plusieurs par Justin Trudeau, qui est universellement honni, diabolisé, ridiculisé et accusé tous les maux imaginables; entre autres lubies, Trudeau serait le fils illégitime de Fidel Castro et il soutiendrait secrètement la pédophile et l’introduction de la charia au Canada);
  • La croyance qu’un processus insidieux est en marche pour remplacer graduellement des groupes de personnes auxquels les droitistes s’identifient (les Québécois-e-s « de souche », les personnes blanches, etc.) par des personnes issues d’autres cultures ou « races » (la mesure dans laquelle ce remplacement serait planifié, et par qui, varie d’un groupe à l’autre et entre les individus).

Au-delà de ces traits généraux qui unissent les diverses tendances de l’extrême droite, il existe un certain nombre de différences, la plus saillante étant sans doute l’écart entre, d’un côté, un groupe de militants beaucoup plus grand, mais beaucoup moins cohérent politiquement, partageant de nombreuses caractéristiques avec la « droite classique », et, d’un autre côté, une tendance plus restreinte, mais adhérant à des positions idéologiques beaucoup plus rigoureuses s’inspirant explicitement du fascisme historique et du suprémacisme blanc. Dans notre travail, nous désignons le premier groupe comme « national-populiste » et le deuxième comme « fasciste », « néofasciste » ou « néonazi », selon les cas.

D’après ce que nous avons pu voir, autant dans leurs croyances fondamentales que dans la bifurcation politique décrite ci-dessus, l’extrême droite québécoise répond aux mêmes schémas qui existent ailleurs au Canada.

Les principales organisations nationales-populistes du Québec sont La Meute (fondée en 2015) et Storm Alliance (fondée en 2016). Si, initialement, la première s’opposait avant tout à « l’islam radical » tandis que la seconde disait se battre contre « l’immigration illégale », leurs priorités politiques sont aujourd’hui plus ou moins identiques. Le groupuscule Front patriotique du Québec (FPQ), beaucoup plus petit et marginal, a aussi joué un rôle important dans ce milieu à plusieurs égards; il a régulièrement critiqué La Meute pour son « fédéralisme » et plusieurs de ses membres et sympathisants ont participé à la création de groupes de « sécurité » d’extrême droite dans le but de « protéger » leurs organisations et d’intimider leurs opposant-e-s. Il nous faut également mentionner la prétendue Vague bleue, une mobilisation qui a eu lieu à Montréal le 4 mai 2019 et dont une seconde édition a eu lieu à Trois-Rivières le 27 juillet suivant. Adoptant une approche éprouvée par le FPQ, ces rassemblements sont organisés par des éléments du milieu national-populiste, mais servent à rassembler des personnes mal informées au sujet des principes politiques qui les sous-tendent, en les flanquant de divers groupes de « sécurité » d’extrême droite comptant des éléments néofascistes. Bien que la seconde édition se soit avérée un échec lamentable (de quelque 300 participant-e-s à Montréal, le rassemblement a rétréci à moins de 75 personnes à Trois-Rivières), cette formule risque fort d’être reprise à l’avenir.

La tendance néofasciste, quant à elle, est beaucoup plus étroite que le milieu national-populiste, et on n’y retrouve actuellement que deux organisations notables : Atalante (basée à Québec et active depuis 2016), et la Fédération des Québécois de souche (décentralisée, mais comportant vraisemblablement un centre au Saguenay). Parallèlement, il y a eu un certain nombre de projets politiques semi-formels plus discrets animés au fil des ans par des néofascistes et des néonazis. L’exemple le plus important des dernières années est sans doute le groupe Alt-Right Montreal/Stormer Book Club, dont l’existence a été révélée en mai 2018 par la Montreal Gazette. Tous les groupes associés à cette tendance s’identifient d’une manière ou d’une autre à la tradition du fascisme et/ou du nationalisme blanc.

 

Le milieu national-populiste

L’apparition de La Meute (et, à un moindre degré, de Storm Alliance) a signalé un changement important au sein de l’extrême droite québécoise. Il s’agissait des premiers groupes depuis les années 1990 qui semblaient capables de s’adresser à une base plus large que leurs propres membres. En d’autres termes, ils étaient les premiers groupes depuis longtemps à présenter un véritable potentiel de croissance. Les groupes qui avaient été actifs dans les années précédentes, comme l’Ordre des Templiers, PEGIDA Québec, la Coalition des citoyens concernés (sic) ou le Mouvement républicain du Québec, n’avaient jamais vraiment été autre chose qu’une poignée d’individus (parfois même un seul individu) se présentant comme une « organisation ». Le seul groupe ayant eu une certaine portée avant 2016, Les Insoumis, n’a quant à lui jamais vraiment été en mesure de recruter au-delà de la région de Sherbrooke, même si ses membres sont venus à Montréal à plusieurs reprises pour participer aux événements organisés par d’autres groupes. Ce qui ressemble le plus à un présage de ce qui allait venir est la « Marche du silence » organisée à Montréal le 24 septembre 2015 contre le projet de loi 52 du Parti libéral du Québec (comptant sur la participation de membres des Insoumis et d’autres militant-e-s anti-immigration), même si les différentes manifestations organisées en faveur de la Charte des valeurs québécoises en 2013 constituaient en quelque sorte d’autres signes avant-coureurs.

Le milieu national-populiste comporte une importante diversité de perspectives sur différents enjeux, que reflète la volonté sans cesse répétée de préserver « l’unité » en acceptant des personnes affichant des opinions divergentes pourvu qu’elles adhèrent à « la cause » (laquelle est rarement présentée de façon précise). Par conséquent, ce milieu est beaucoup moins cohérent, mais aussi beaucoup plus grand et susceptible de se transformer que la droite néofasciste. Afin de contrer la fâcheuse tendance à décrire tous les groupes d’extrême droite comme « fascistes », il est utile de passer en revue certains des attributs du milieu national-populiste :

  • Les nationaux-populistes sont nombreux et nombreuses à insister sur le fait qu’ils et elles « ne sont pas racistes », et l’opposition à la discrimination raciale fait même partie des déclarations de principes de La Meute et de Storm Alliance. Bien que cette posture s’appuie sur l’affirmation fallacieuse voulant que « l’Islam [n’est] pas une race », ils sont très nombreux à le croire sincèrement, et cette attitude les différencie d’autres courants de l’extrême droite. Cela fait en sorte qu’un certain nombre de personnes de couleur, d’anciens musulmans ou d’Autochtones sont les bienvenus dans les mobilisations nationales-populistes (même si cette inclusion symbolique, vue de l’extérieur, a souvent un caractère particulièrement embarrassant…). Cela rend par ailleurs ces groupes plus acceptables aux yeux d’une partie de la société blanche qui, bien qu’elle soit raciste, n’est pas prête à l’admettre ouvertement.
  • Une importante partie du mouvement national-populiste adhère à un discours homonationaliste et/ou fémonationaliste, et prône ainsi un idéal du Québec que rejettent d’emblée d’autres segments de l’extrême droite. L’opposition à « l’Islam radical » et à « l’immigration illégale » est souvent formulée sous l’angle des droits des femmes et des personnes LGB (en excluant plus souvent qu’autrement les droits des personnes trans) et même parfois dans un cadre « féministe ». À de rares exceptions près, les membres de ce milieu prétendent être en faveur des droits des femmes (c’est d’ailleurs une politique officielle de La Meute et de Storm Alliance) et l’opposition aux pratiques misogynes est l’un des clichés antimusulmans les plus répandus. De plus, de nombreuses femmes sont actives dans ce mouvement et plusieurs occupent des rôles d’autorité. Cela dit, le mouvement reste dominé par des hommes; outre les cas rapportés d’agressions et de harcèlement sexuel entre les membres, un bref examen des comptes sur les médias sociaux révèle un large éventail de mèmes, gags et commentaires que la plupart des gens trouveraient sexistes ou sexuellement objectivants, et il reste que les principaux leaders de ces groupes sont pratiquement tous des hommes.
  • Ce milieu n’est pas soudé autour d’une position unique concernant l’indépendance du Québec. Bien qu’on n’y trouve que très peu de fédéralistes purs et durs, voire aucun, les opinions varient d’un soutien aveugle à l’indépendance (le FPQ et le Parti patriote) à une position mitigée selon laquelle ces questions sont secondaires, car dans l’immédiat le Canada comme le Québec doivent être défendus contre les « immigrants illégaux » et « l’Islam radical » (La Meute/Storm Alliance). Ce manque d’unité a d’ailleurs été à l’origine de nombreux conflits entre individus et même entre groupes; La Meute a ainsi souvent été accusée d’être « fédéraliste ».
  • Le milieu national-populiste affiche généralement une certaine sympathie à l’égard des peuples autochtones, qui sont dépeints comme les victimes de ce même système « globaliste » qui maintient les Québécois-es (et les Canadien-ne-s) sous son joug. On trouve aussi la position, que partagent même certains néofascistes, voulant que les mouvements contemporains doivent s’inspirer des alliances historiques entre Canadiens-Français et peuples autochtones contre les Anglais. Cette position s’appuie sur une interprétation superficielle et complaisante de l’histoire du Québec, qui nie le rôle des Canadiens français dans la colonisation et le génocide des Premières Nations, et sur une logique d’appropriation voulant que « tous les Québécois » soient eux-mêmes d’une certaine manière « autochtones » en raison d’une supposée (et largement mythique) ascendance autochtone. Cette version alambiquée de l’histoire les mène à conclure qu’aucun tort historique ne mérite vraiment de redressement, mais qu’il faut plutôt chercher à construire une alliance contre les « mondialistes » (ou les libéraux, les envahisseurs, etc.). Quoi qu’il en soit, certain-e-s Autochtones (ou personnes se présentant comme telles) ont effectivement participé à des manifestations nationales-populistes sur une base individuelle, arborant même à l’occasion le drapeau de la Société guerrière Mohawk. De plus, un certain nombre de tentatives ont été faites pour tisser des relations au sein de communautés autochtones, mais les liens concrets, si tant est qu’il y en ait, revêtent jusqu’à ce jour un caractère extrêmement marginal. En outre, ces efforts semblent aussi superficiels qu’intéressés, car les authentiques revendications politiques et réclamations territoriales formulées par certaines communautés autochtones font vite ressortir le caractère réactionnaire de nombreux militants nationaux-populistes.
  • L’antisémitisme n’est pas une orientation dominante du mouvement national-populiste, et les Juifs sont rarement ou jamais mentionnés dans les communications officielles de ces organisations. Contrairement aux nationaux-populistes du Canada anglais, toutefois, il ne semble pas y avoir eu de connexion entre les nationaux-populistes du Québec et l’extrême droite juive. Cela dit, les grilles d’analyse complotistes développées par l’antisémitisme chrétien au fil des siècles se voient clairement transposées dans la croyance en un complot « mondialiste » très répandue dans ce mouvement, lequel complot est très souvent illustré par l’évocation du milliardaire juif hongrois George Soros en sinistre manipulateur de la gauche politique et sociale du monde entier. De plus, il faut tout de même noter qu’un grand nombre d’individus au sein de ce mouvement affichent ouvertement des sentiments antisémites et il n’est pas rare de tomber sur, par exemple, des références « humoristiques » à l’Holocauste. Nous observons par ailleurs que l’imaginaire antisémite, sous l’influence de certains individus, prend de plus en plus de place dans les médias sociaux du milieu national-populiste.
  • De nombreuses personnes du courant national-populiste ne se considèrent pas elles-mêmes comme étant « d’extrême droite ». Quelques rares individus disent même se considérer « de gauche », bien que cette posture semble être, plus souvent qu’autrement, un stratagème malhonnête pour prétendre « savoir de quoi [ils] parlent » lorsqu’ils se moquent de la vraie gauche (laquelle aurait en fait été détournée par les islamistes, les hipsters et le féminisme intersectionnel!). Le plus souvent, les nationaux-populistes se disent « ni de gauche, ni de droite », mais simplement « pour le peuple » et « contre la corruption ». Un refrain souvent entonné est que le gouvernement ou les antifascistes sont « fascistes » et « racistes » envers les Québécois, les Canadiens, ou simplement, « les blancs ».
  • Bien que le mouvement national-populiste tende à se positionner contre « l’élite » et « les politiciens », ses membres sont très majoritairement sympathiques à l’appareil répressif de l’État, soit l’armée et la police. De nombreuses figures de proue du mouvement sont d’anciens membres des forces armées, et lorsqu’ils manifestent, les membres de ces groupes se font un point d’honneur de remercier la police, allant parfois jusqu’à scander des slogans pro police. Rappelons d’ailleurs que La Meute a été fondée par d’anciens militaires et a compté d’ex-policiers parmi ses figures dirigeantes.
  • Enfin, les membres du mouvement national-populiste ne rechignent pas à collaborer avec des groupes et individus ouvertement racistes ou fascistes. Bien que la très grande majorité se dise « pas racistes », ils défendent régulièrement la participation d’organisations ouvertement racistes à leurs mobilisations, ont souvent des liens dans les médias sociaux avec des membres de ces groupes, et plaident en faveur de « l’unité » avec les fascistes contre leurs opposants (les antifascistes, le gouvernement, etc.). En tant que tel, le mouvement national-populiste constitue un immense bassin de recrues potentielles, ou du moins d’alliés potentiels, pour les forces d’extrême droite plus radicales. (Notons d’ailleurs qu’un très grand nombre de nationaux-populistes, y compris de nombreuses personnes en position d’autorité ou perçues comme des leaders, suivent les pages d’Atalante et de la FQS sur Facebook, par exemple.)

Les individus qui adhèrent à ce genre de croyances ne sortent bien sûr pas de nulle part, et on les trouvait auparavant en périphérie de partis politiques plus « légitimes ». On peut supposer que le principal facteur qui a fait croître leur nombre est une série de campagnes islamophobes orchestrées de haut en bas par certains politiciens et conglomérats médiatiques depuis le premier « débat sur les accommodements raisonnables » en 2007. Il s’est en fait agi d’un processus continu, où le Parti québécois sous la direction de Pauline Marois (2007-2014) et l’empire médiatique Québecor (sous la gouverne de Pierre-Karl Péladeau, un riche homme d’affaires ayant lui-même brièvement dirigé le PQ de 2015 à 2016) ont tous deux joué un rôle de premier plan. Québecor Media, le plus important conglomérat médiatique au Québec (et le troisième plus important au Canada), offre une plateforme extraordinaire à de nombreux propagandistes de droite, comme Richard Martineau, Mathieu Bock-Côté, Lise Ravary et d’autres, tout en publiant un flux constant d’articles stigmatisant divers groupes minoritaires dans la société québécoise, en particulier les personnes musulmanes. S’étant retiré du Conseil de presse du Québec en 2010, l’entreprise Québecor ne rend pratiquement plus de comptes à personne et poursuit impunément, jour après jour, son entreprise de conditionnement idéologique de la population québécoise. En plus de ce géant médiatique, un autre facteur pouvant servir à mesurer à la fois l’attrait potentiel du mouvement national-populiste et sa récente expansion a été le développement du phénomène des radios poubelles, principalement dans la région de Québec. (Les radios poubelles sont une forme particulière de radio conçue sur mesure pour les hommes de 18 à 45 ans des classes ouvrière et moyenne vivant en banlieue et qui cultive leurs pires instincts avec un bombardement constant de propos violemment réactionnaires sur divers sujets, tombant souvent dans la diabolisation et le harcèlement de boucs émissaires désignés, comme les féministes, les gauchistes, les environnementalistes, les étudiants, les immigrants et les musulmans.) Non seulement ces radios ont-elles fait la promotion des idées d’extrême droite, elles se sont aussi régulièrement employées à légitimer les organisations nationales-populistes en invitant leurs porte-parole à s’exprimer en ondes et à défendre leurs activités lorsqu’elles ont fait l’objet de critiques.

Finalement, les échecs répétés du mouvement indépendantiste de tendance social-démocrate, avec le déclin du soutien populaire au projet souverainiste, d’une part, et l’incapacité du Parti québécois à résister au virage austéritaire néolibéral, d’autre part (certaines des mesures d’austérité les plus draconiennes ayant été imposées par des gouvernements indépendantistes entre 1994 et 2003, puis entre 2012 et 2014), ont créé les conditions propices à la réémergence d’un nationalisme identitaire ayant davantage en commun avec le mouvement conservateur des années 1920 qu’avec le projet indépendantiste porté par la génération du baby-boom.

Certaines villes et régions ont aussi eu leurs propres personnalités et enjeux localisés qui ont favorisé le développement du milieu national-populiste. Par exemple, sur la Côte-Nord, Bernard « Rambo » Gauthier a su exploiter sa popularité en tant qu’« homme du peuple » bourru et mal dégrossi pour catalyser une certaine influence politique (limitée, mais bien réelle) avec laquelle il a popularisé un sentiment islamophobe et anti-immigrant formulé en termes familiers : « Moé sauver des étrangers au détriment des miens, ben y’en est crissement pas question! On est assez dans marde comme ça pour en rajouter! » En 2007, le conseil municipal de la petite localité de Hérouxville, en Mauricie, adoptait un foncièrement raciste « code de conduite pour les immigrants », lequel jouait sur divers préjugés et stéréotypes au sujet des minorités ethniques et religieuses, en particulier les personnes musulmanes, en insinuant qu’il fallait expressément leur interdire de se livrer à des pratiques misogynes comme la lapidation des femmes et la mutilation génitales. (Le conseiller municipal à l’origine du code de conduite d’Hérouxville, André Drouin, s’est plus tard impliqué dans le groupe d’extrême droite RISE Canada et s’est pour un temps associé à la Fédération des Québécois de souche qui, après sa mort en 2017, a fait son éloge dans sa revue Le Harfang en le désignant comme un « courageux combattant ».)

Malgré ce contexte déjà passablement sordide, ça n’est qu’en 2016, dans le contexte des campagnes électorales de Donald Trump et de Marine Le Pen et suite à la création de La Meute, que ce milieu amorphe a graduellement commencé à prendre conscience de lui-même et à se constituer en mouvement.

Un tournant décisif a été le massacre au Centre culturel islamique de Québec, le 29 janvier 2017, lorsqu’Alexandre Bissonnette est entré dans la mosquée et a ouvert le feu sur les fidèles, tuant six personnes et en blessant plusieurs autres. (Bien que le caractère islamophobe de cette attaque soit indiscutable, Bissonnette n’était affilié à aucun groupe connu.) La tuerie de la mosquée de Québec a en quelque sorte précipité les choses pour l’extrême droite. Les militant-e-s se sont senti-e-s attaqué-e-s lorsque la police a annoncé avoir entrepris des enquêtes sur les discours haineux en ligne, et c’est à ce moment que leurs appréhensions se sont cristallisées autour de la Motion M-103, un projet de loi (non contraignant) d’initiative parlementaire condamnant l’islamophobie qui avait été déposé à la Chambre des communes quelques mois plus tôt. Pour bon nombre de ces militant-e-s, l’introduction de ce projet de loi représentait un moment charnière.

Ainsi, l’année 2017 a été une période de croissance rapide tandis que les organisations nationales-populistes ont pris la rue à plusieurs reprises, ce qui a contribué à accroître leur visibilité et l’influence de leur discours. Bien que cela ait représenté un important pas en avant pour ces groupes, un examen de la participation à leurs mobilisations révèle qu’ils sont restés incapables de mobiliser à la même échelle que les principaux mouvements sociaux, dont la gauche radicale :

  • Le 4 mars 2017, dans le cadre d’une journée nationale d’action contre la Motion M-103, près de 200 personnes se sont réunies sous la bannière de La Meute à Montréal, tandis qu’une centaine d’autres manifestaient à Québec (le même jour, environ cent personnes ont marché à Saguenay et des groupes plus modestes se sont mobilisés à Trois-Rivières et Sherbrooke).
  • Le 23 avril 2017, une manifestation organisée par le Front patriotique du Québec sur le thème « Un peuple se lève contre le PLQ » a réuni environ 100 personnes au centre-ville de Montréal.
  • Le 28 mai 2017, environ 50 personnes ont participé à une autre manifestation contre le PLQ organisé par le Front patriotique du Québec à Montréal.
  • Le 1er juillet 2017, environ 60 personnes, dont des membres de La Meute, ont répondu à l’appel lancé par Storm Alliance et se sont réunies à Roxham Road, à la frontière avec les États-Unis et près de la petite ville d’Hemmingford, pour « surveiller » les passages irréguliers et intimider les réfugié-e-s, dont le nombre avait considérablement augmenté en raison des mesures anti-immigration instaurée par l’administration Trump aux États-Unis. (Une contre-manifestation tapageuse organisée par Solidarité sans frontières a empêché les militant-e-s anti-immigration de se rendre directement au point de passage.)
  • Le 20 août 2017, à Québec, La Meute a réussi à mobiliser un large éventail de personnages d’extrême droite pour une manifestation contre « l’immigration illégale »; après avoir été confinés à un stationnement sous-terrain pendant plusieurs heures par une contre-mobilisation antifasciste déterminée, entre 200 et 300 membres et sympathisant-e-s de La Meute ont pu marcher brièvement en silence dans les rues avoisinant l’Assemblée nationale.
  • Le 30 septembre 2017, Storm Alliance a organisé sa plus grande manifestation à la frontière à ce jour, lorsqu’une centaine de personnes se sont réunies au passage frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, où un camp (vide au moment de la manifestation) avait été érigé provisoirement pour accueillir les réfugié-e-s. À nouveau, plus d’une centaine d’antiracistes et d’antifascistes de Montréal et des collectivités frontalières avoisinantes leur ont bloqué le passage.
  • Le 25 novembre 2017, à Québec, une manifestation conjointe organisée par Storm Alliance et La Meute pour « soutenir la GRC » et dénoncer « l’immigration illégale » a attiré tous les principaux pans de l’extrême droite québécoise, y compris un contingent néofasciste; en tout, entre 300 et 400 personnes y ont participé.
  • Le 15 décembre 2017 (et ce, bien que le réseau TVA se soit préalablement rétracté), des douzaines de personnes se sont rassemblées devant une mosquée de Montréal que le réseau d’information islamophobe avait fautivement accusé de vouloir exclure des femmes d’un chantier routier adjacent à la mosquée.

Il est important de noter que toutes les mobilisations mentionnées ci-dessus comportaient des petits groupes de néofascistes ainsi que des individus clairement sympathiques au suprématisme blanc et au néonazisme.

Les manifestations nationales-populistes se sont poursuivies en 2018. Le Front patriotique du Québec a réussi à réunir une centaine de personnes le 15 avril, lors d’une manifestation contre les Libéraux, et Storm Alliance et La Meute ont continué à coopérer en organisant une manifestation conjointe à la frontière, le 19 mai, toujours contre « l’immigration illégale », et ont mobilisé pour une autre manifestation à la frontière le 3 juin, celle-là organisée par la propagandiste suprémaciste de Toronto, Faith Goldy. Il faut aussi souligner qu’en 2018, les organisations nationales-populistes ont mobilisé leurs membres à deux reprises pour se rendre à Ottawa dans le cadre de manifestations organisées par des groupes du Canada anglais :

  • Le 18 février, lors d’une manifestation organisée par la Chinese Canadian Alliance, un groupe qui semble n’avoir été formé que pour réagir à une fausse accusation ayant fait les manchettes plus tôt la même année voulant qu’un homme d’origine asiatique ait arraché le hijab d’une jeune fille à Toronto. (Notons au passage que des documents rendus publics récemment par le leadership de La Meute révèlent que le groupe a reçu 5 000 $, soit près de la moitié de son budget annuel, « des Chinois » [sic], vraisemblablement en échange de son appui à la manifestation de la Chinese Canadian Alliance sur la colline parlementaire.)
  • Le 8 décembre, lors d’une manifestation organisée par le groupe ACT! for Canada contre le Pacte mondial sur les migrations des Nations Unies; cette manifestation est notable pour la présence d’une diversité de militant-e-s d’extrême droite, dont les nationalistes blancs d’ID Canada et le politicien danois d’extrême droite, Rasmus Paludan.

Malgré ces exemples et différentes tentatives infructueuses menées par La Meute et Storm Alliance pour mettre en place des sections locales fonctionnelles à l’extérieur de la province, les activités du mouvement national-populiste québécois sont restées distinctes et généralement séparées des mouvements semblables dans le Canada anglais, sans toutefois leur être hostiles. (Selon l’évolution de la situation, il n’est pas impossible que le Parti populaire du Canada de Maxime Bernier brasse un peu les cartes, car ce parti a accueilli dans ses rangs des individus nationaux-populistes de partout au pays, ce qui les regroupe dans un cadre pancanadien commun.)

Cela dit, après une période de croissance rapide entre 2016 et 2018, le milieu national-populiste a souffert d’épuisement et de conflits internes. Sa principale organisation, La Meute, a été secouée par des crises répétées et de nombreux militants clés ont abandonné le milieu en citant des problèmes personnels ou des frustrations face à l’incapacité du mouvement à dépasser ses limites actuelles. En moins de deux ans, les deux fondateurs de La Meute (Éric Venne et Patrick Beaudry) ont quitté l’organisation ou été forcés de partir sous le coup d’accusations de malversation financière (à cet égard, on ne saura peut-être jamais s’il s’est agi de fraude ou d’incompétence). Puis, en novembre 2017, l’organisation a été visée par des révélations d’agressions sexuelles, dont plusieurs plaintes à l’endroit d’Éric Proulx, un membre du conseil de La Meute, qui a finalement été expulsé.

En juin 2019, La Meute a connu une autre crise importante, lorsque la majeure partie des dirigeants du groupe (plus de 35 sur une quarantaine, dit-on) ont démissionné en masse juste avant la Saint-Jean-Baptiste et dans la foulée d’une tentative ratée d’évincer Sylvain Brouillette, qui avait assumé le rôle de grand chef depuis l’expulsion de Beaudry en 2017. Les membres s’étaient plaints que Brouillette refusait de partager les responsabilités ou de divulguer des renseignements, malgré le fait qu’il était lui-même manifestement incapable de s’acquitter de toutes les tâches qui lui incombaient. L’un des principaux points de litige concernait le fait qu’il tardait à révéler des renseignements financiers, ce qui retardait toujours plus la création officielle de La Meute en tant qu’organisation à but non lucratif. Brouillette a réussi à reprendre le contrôle en moins d’une semaine, après quoi plusieurs de ses rivaux ont publié sur Facebook des vidéos et des photos d’eux-mêmes détruisant leurs casquettes, chandails, drapeaux et écussons de l’organisation en signe de protestation. La poussière n’est pas encore complètement retombée au moment d’écrire ces lignes, mais il semble qu’un grand nombre des membres clés de La Meute aient décidé par la suite de se joindre à Storm Alliance.

L’opposition constante des antifascistes a certainement contribué à miner ces groupes. Par exemple, lors de la dernière tentative de La Meute d’organiser une « grande » manifestation à Montréal, le 1er juillet 2018, les quelques 150 participant-e-s se sont trouvé-e-s à nouveau confiné-e-s dans un espace restreint (lors de la journée la plus chaude d’une intense canicule) par une coalition ad hoc de groupes de la gauche montréalaise. Après ce fiasco, un certain nombre de personnes ont publiquement démissionné de La Meute et celle-ci est passée à des activités beaucoup moins visibles dans la région de Montréal (comme du tractage et des prétendues « manifestations mobiles », lesquelles n’étaient en fait rien d’autre qu’une poignée d’individus conduisant des voitures arborant des pancartes mal orthographiées…). Plusieurs militant-e-s ont en effet invoqué l’opposition antifasciste pour justifier leur décision de « prendre une pause » ou de quitter définitivement l’organisation.

Le taux élevé d’épuisement parmi les nationaux-populistes et les conflits houleux au sein de leurs organisations (ponctués d’accusations de malversations, de harcèlement sexuel et d’exercice dictatorial du pouvoir) mettent en relief l’une des caractéristiques de ce mouvement. En effet, il s’agit de la toute première expérience de militantisme pour plusieurs acteurs clés. Cela explique en partie l’apparente bouffonnerie de ces groupes ainsi que certaines des erreurs (tactiques et organisationnelles) qu’ils ont commises, que leurs adversaires prennent parfois trop facilement pour de la stupidité.

Enfin, il convient de souligner qu’à l’heure actuelle, la très grande majorité des activités des groupes d’orientation national-populiste se déroule sur les médias sociaux. Bien que la dynamique de ces médias et des espaces numériques en général donne parfois une importance disproportionnée à certaines personnes et à certaines déclarations, elle n’en demeure pas moins fondamentale pour saisir le développement de ce milieu militant ainsi que l’adhésion à des croyances totalement infondées et déconnectées de la réalité. La caisse de résonnance qu’incarne notamment Facebook vient ainsi consolider et approfondir les préjugés les plus intolérants et les théories complotistes les plus délirantes. Il s’opère alors une (re)socialisation politique à peu de frais qui serait beaucoup plus laborieuse à réaliser ailleurs, dans des espaces « en personne ». Notons aussi que les médias sociaux favorisent énormément la diffusion et la normalisation des discours haineux en permettant aux gens de s’approprier le contenu et de le partager au sein de leurs réseaux comme s’il s’agissait de leur propre production plutôt que le discours officiel d’organisations militantes.

Dans ce vaste espace numérique, profitant du scepticisme croissant à l’égard de tout ce qui est « officiel » ou « mainstream », certains individus ont su se tailler une niche en tant que « journalistes indépendants ». Un certain nombre de « journaux » en ligne ont été créés qui se spécialisent dans le recyclage d’histoires sensationnalistes (et souvent carrément fausses) et de théories complotistes. Parmi ces nombreux sites de désinformation (dont certains disparaissent aussi vite qu’ils apparaissent), nommons Les Manchettes (administré par André Boies, qui a traduit et diffusé le manifeste du tueur de Christchurch le jour même du massacre) et Le Peuple. À ceux-ci viennent s’ajouter un grand nombre de vidéoblogueurs et utilisateurs Facebook qui publient régulièrement des vidéos en direct à l’intention de leurs adeptes. Parmi les plus notables, mentionnons André Pitre et Ken Pereira, qui produisent depuis peu une série de programmes examinant en détail diverses théories du complot qu’ils diffusent sur la chaîne YouTube de Pitre. (Fait à noter, Ken Pereira se porte candidat pour le Parti populaire du Canada aux élections fédérales de 2019, aux côtés de Raymond Ayas, lui-même animateur d’un média national-populiste anglophone, The Post Millenial.)

 

Les néofascistes

Parallèlement au milieu national-populiste, sans pour autant en être complètement séparé, il existe un nombre beaucoup plus restreint de personnes adhérant à une vision du monde plus étroite et rigoureuse. Puisqu’ils s’inspirent explicitement du fascisme, du nationalisme blanc, du traditionalisme catholique et, dans certains cas, du nazisme, nous appelons ces réseaux fascistes ou néofascistes.

Le mouvement néofasciste au Québec comporte deux pôles principaux.

D’une part, un certain nombre d’individus sont issus des sous-cultures de jeunes ancrées dans la violence de rue et d’autres activités criminelles ainsi que dans les activités culturelles associées à la musique « underground » ou indépendante (organisation de concerts et de partys, tournées, production de zines, etc.). L’organisation à l’échelle locale et les liens internationaux avec des individus partageant ces mêmes idées ailleurs dans le monde ont souvent été facilités, sinon modelés, par ces activités culturelles et criminelles. Au Québec, ce pôle remonte aux années 1980 et, dans les années 1990, des membres de cette sous-culture se sont régulièrement livrés à des actes de violence et d’intimidation contre la gauche et contre des personnes racisées et/ou queer, allant jusqu’au meurtre. Si à une certaine époque la scène était dominée par la culture skinhead (bonehead), il convient de mentionner que depuis plusieurs années la scène black métal et le néo-folk sont aussi des espaces culturels ciblés par les néofascistes et les suprémacistes blancs.

Bien qu’il s’agisse d’une tradition sporadique comportant plusieurs épisodes distincts, on peut affirmer que le deuxième pôle du mouvement fasciste au Québec remonte aux années 1920. Depuis les années 1980, il s’est généralement fait très discret, au point même d’opérer en secret. Ce pôle est composé d’individus qui, culturellement, se situent à plusieurs égards à l’opposé des voyous skinheads et de leur mode de vie antisocial, et qui sont amenés à soutenir le militantisme fasciste et nationaliste blanc pour des raisons intellectuelles et souvent religieuses. Cette tendance s’est organisée publiquement pour la dernière fois autour du Cercle Jeune Nation (de 1980 à 1990) et certains de ses membres ont aussi été actifs dans les cercles traditionalistes catholiques, comme la Société Saint-Pie X, alors que d’autres ont trouvé leur place dans l’aile droite du mouvement nationaliste québécois. En raison de leur position sociale plus respectable (et plus privilégiée), les individus gravitant vers ce pôle ont un réel intérêt à rester circonspects sur leurs croyances. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont inactifs, loin de là.

On a pu observer un certain rapprochement entre ces deux pôles au cours des vingt dernières années. Par exemple, bien qu’Atalante et la Fédération des Québécois de souche aient toutes deux été créées par des skinheads nationalistes blancs, ni l’une ni l’autre ne se limite ou ne se confine aujourd’hui à ce milieu. De plus, ce noyau organisé peut compter sur l’appui d’un nombre important d’individus sympathiques aux idées fascistes et néonazies qui choisissent pour le moment de rester inactifs politiquement.

Parallèlement, un pôle plus explicitement néonazi s’est formé au cours des dernières années dans la région de Montréal, prenant exemple sur d’autres groupes basés principalement sur Internet, comme The Right Stuff et le Daily Stormer. La nature secrète de ces groupes (principalement organisés dans des salons de discussion privés et des forums cachés en ligne) a offert un espace confortable tant aux individus qui aspirent à créer un mouvement politique « dans la vraie vie » qu’à un certain nombre d’individus qui s’y cachent pour laisser libre cours à leur intolérance, avant que des antifascistes ne perturbent sérieusement leurs projets en 2018. Il y a fort à parier que ce noyau dur néonazi est toujours actif dans d’autres forums privés et continue de recruter parmi des jeunes adultes sympathiques à ces idées.

La formation d’un milieu national-populiste au Québec a donné l’occasion aux néofascistes de mieux se faire connaître. Tandis que certains néonazis, comme ceux de la scène Alt-Right montréalaise, se moquent des nationaux-populistes comme autant de « boomers » déconnectés et insignifiants et expriment leur volonté de s’en dissocier complètement, l’existence d’un tel milieu ouvre un espace politique et offre des occasions pratiques (comme des manifestations) où les deux courants peuvent se rencontrer et créer des liens. L’année 2017, en particulier, a été remarquable par la façon dont les néofascistes ont réussi à plusieurs reprises à revendiquer leur légitimité au sein de l’extrême droite plus large. Alors que le 4 mars, à Québec, les membres d’Atalante ont choisi de manifester à l’écart de La Meute (en la critiquant implicitement avec un slogan piqué à la gauche sur une bannière où était écrit : « Immigration : Armée de réserve du Capital »), à Montréal, des membres du groupe Alt-Right Montréal étaient au beau milieu du foutoir, auprès de La Meute et de Storm Alliance, et ont pris part à des confrontations physiques avec des contre-manifestant-e-s antifascistes. Huit mois plus tard, à Québec, Atalante et les Soldiers of Odin mettaient en scène leur propre entrée spectaculaire dans la manifestation nationale-populiste du 25 novembre, après s’être positionnés sur les remparts de l’esplanade et en surplomb d’une plus petite contre-mobilisation antiraciste. Il convient de mentionner qu’à leur entrée dans la plus grande manifestation, les néofascistes ont été chaudement applaudi-e-s par les membres de La Meute et de Storm Alliance, dont un grand nombre sont ensuite allés « aimer » leur page Facebook et les féliciter.

Les principales caractéristiques de la tendance néofasciste sont :

  • Une opposition à la démocratie et une croyance en la « loi naturelle »;
  • Une acceptation de la violence comme élément nécessaire du changement politique, doublée d’une glorification de la violence en tant que telle, comme qualité virile et guerrière;
  • Une croyance en la race et en la nation comme deux catégories fondamentales de l’existence humaine; la manière dont les différentes races et nations interagissent (dans un esprit « égaux, mais différents », dans une hiérarchie rigide, ou dans un état de guerre) peut varier;
  • Antisémites; au mieux, ils soutiennent que les Juifs ont une influence néfaste sur la nation, et au pire, ils adhèrent à la théorie du complot voulant que les Juifs forment une race sournoise et ennemie qu’il faut exterminer;
  • Unanimes dans leur homophobie et leur transphobie;
  • Islamophobes, mais avec l’indication (souvent explicite) que les musulmans sont manipulés par les Juifs (ou les « mondialistes ») pour miner et détruire la race ou la nation;
  • Très majoritairement masculins, avec une ouverture à l’égard de la misogynie politique; le féminisme est souvent décrit comme une autre manipulation juive;
  • La plupart des néofascistes du Québec sont en faveur de l’indépendance et s’opposent au Canada, qui est considéré comme une force d’occupation, bien que cette position ne soit pas partagée par tous.

Comparés aux nationaux-populistes, les néofascistes ont des liens beaucoup plus étroits avec des organisations et des réseaux américains et européens, et on peut dire qu’ils appartiennent à un mouvement politique et intellectuel international. Les membres d’Atalante, par exemple, ont des liens étroits avec le réseau « Rock Against Communism » et s’inspirent directement du mouvement néofasciste italien CasaPound, empruntant à la fois des éléments de discours (rhétorique reliant le sentiment anti-immigrant à l’anticapitalisme, etc.) et des tactiques de mobilisation (initiatives charitables exclusivement pour les citoyens « de souche », etc.). Pour sa part, la FQS publie fréquemment dans sa revue Le Harfang des entrevues avec des intellectuels de l’extérieur du Québec. Ce qui distingue les néofascistes du Québec des néofascistes d’ailleurs en Amérique du Nord, c’est la place importante qu’occupent les mouvements européens dans leur vision du monde. Par exemple, alors que l’Alt-Right aux États-Unis introduisait assez récemment certains textes de la Nouvelle droite européenne dans l’extrême droite américaine, ces idées sont connues de nombreux néofascistes québécois depuis les années 1970 et 1980.

 

Perspectives pour l’avenir

L’augmentation de l’activité des groupes et réseaux d’extrême droite au Québec au cours des dernières années est attribuable à plusieurs facteurs externes au mouvement, dont certains sont d’ordre international et d’autres propres à notre situation particulière : la « guerre contre le terrorisme », l’essor des médias sociaux, la crise financière de 2008, les échecs répétés de la gauche indépendantiste québécoise et l’élection de Trump aux États-Unis, pour n’en nommer que quelques-uns.

Nous ne nous attendons pas à ce que cette croissance ralentisse. En fait, nous croyons que l’avenir nous réserve d’autres « bonds » dans la mauvaise direction, car les crises financières et écologiques mondiales ne cessent de s’intensifier. Dans un avenir immédiat, nous prévoyons que la bifurcation de l’extrême droite décrite dans cet article se poursuivra, qu’un mouvement beaucoup plus vaste, avec un éventail de perspectives plus large, continuera de se développer, et que cette croissance profitera également à des organisations plus petites et plus rigoureuses, aux aspirations politiques plus radicales. Ces mouvements s’inscrivent dans une dynamique qui pèse directement sur l’ensemble du débat politique, normalisant certaines idées et légitimant des mesures « moins radicales »; l’élection de populistes néolibéraux un peu partout au Canada, y compris ici au Québec avec la CAQ, témoigne de cette réalité.

Le Québec n’est pas une anomalie : aujourd’hui, l’extrême droite, dans ses variantes nationales-populistes et néofascistes, a un impact concret sur l’équilibre politique du pouvoir, non seulement en Europe et en Amérique du Nord, mais aussi dans certains pays « émergents » du Sud (BRICS), où ses représentants ont été portés au pouvoir. La tâche qui nous incombe aujourd’hui est d’affronter l’extrême droite et d’apprendre à (re)construire des mouvements d’émancipation radicaux qui pourront faire des gains concrets et gagner sur ce terrain.

« You’re not tough now » : deux policiers en civil se font défoncer (vidéo)

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Août 302019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

La vidéo des événements étant malheureusement déjà en possession des flics, nous avons décidé d’en faire un petit remix.

24 août 2019. Centre-ville de Montréal. Une foule reconnait deux flics du SPVM en civil, à l’extérieur d’un bar. Basés au poste 21, situé à proximité, ils passent leur quarts de travail à harceler et à brutaliser les gens pauvres et marginalisé.es du coin. En civil, ils n’ont pas de fusil, pas de taser, pas de radio pour appeler des renforts. Voyons ce qui arrive quand ils ne peuvent se cacher derrière une insigne.

« Ce n’est pas juste une attaque contre ces policiers — c’est contre tout le système judiciaire. »

— Porte-parole du SPVM

ACAB.

Restez à l’affut.

Good Night Atalante

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Août 192019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Dans la nuit de lundi 12 aout 2019, trois membres d’Atalante Québec ont été attaqué.e.s.

Atalante est un groupuscule fasciste dont les membres ont pris part à de nombreuses agressions dans les dernières années (à commencer par l’attaque au couteau de la Coop L’Agité à Québec). Ce groupe s’inspire de CasaPound en italie et de Bastion social en france afin de tenter de faire revivre l’idéologie fasciste. Ses membres sont antisémites, homophobes, transphobes et colonialistes. Ils ne passeront pas.

Roxanne Baron et Jonathan Payeur ont eu leur jeep détruit (fenêtres brisées et du jus de moufette déversé à l’intérieur).

Jean Mecteau a eu son domicile et son tattoo shop vandalisé (grafitti NAZI SCUM et 161 (Action Antifasciste) et de la peinture noire sur sa porte et ses fenêtres).

Pourquoi eux ?

N’importe lequel des membres ou des sympathisants d’Atalante auraient pu etre visés. Cette fois ci, c’est tombé sur ces trois ordures là.

Roxanne Baron et Jonathan Payeur sont des membres des Québec Stomper, le gang de rue associé à Atalante. Jo est également un ancien skinhead antiraciste qui est passé du mauvais coté. Aujourdhui il se considere comme le sergent d’arme d’Atalante, c’est lui qui a accompagné Baptiste Gilistro et Louis Fernandez, deux jeunes recrues, lors de l’attaque du bar le Lvlop en décembre 2018.

Jean Mecteau est bassiste dans le band Légitime Violence, le groupe phare des fascistes de la province. Il est aussi propriétaire du salon de tatoo Jhan Art et il est fréquent qu’il réalise des tatoos aux références nazis ou fascistes pour ses ami.e.s.

Cette action est en solidarité avec toutes les victimes de l’extrême droite, à Québec, Hamilton, Montréal, Lyon et partout ailleurs.

Parlons de Signal

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Juil 302019
 

De Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours

La brochure qui suit a été initialement publiée en anglais sur le site North Shore Counter Info Je suis tombé dessus par hasard en me promenant sur les internets. Assez vite j’ai été frappé de voir à quel point l’auteur·e pointait du doigt les mêmes problèmes auxquels j’ai pu être confronté avec Signal – pour celleux qui l’ignorent encore Signal est une messagerie chiffrée utilisable depuis un smartphone ou un ordinateur, la première partie de la brochure revient plus longuement sur son origine et son usage. Ces derniers mois, la majorité de mon entourage s’est mis à utiliser Signal. L’existence de cette application m’a pas mal convaincu de posséder un smartphone, et je ne crois pas être le seul.

Visiblement en Amérique du Nord le phénomène s’est déjà produit il y a quelques années, entraînant un certain bouleversement des pratiques et des relations sociales dans les milieux autonomes. La même chose commence à arriver ici, en France, et comme l’explique l’auteur·e, il n’y a pas que du bon là-dedans. Si j’évoque l’injonction à être joignable en permanence, la surévaluation de la protection amenée par Signal, l’exclusion sociale des personnes non pourvu·e·s de Signal, les groupes où se répandent des vents de panique, etc, je suis sûr que ça parlera à beaucoup de monde. Tout ceci, et beaucoup d’autres choses sont discutées dans cette brochure, plus quelques conseils pour éviter les erreurs les plus grossières, et à minima inciter chacun·e à questionner et discuter son usage de Signal.

N’étant pas vraiment bilingue, quelques erreurs de traductions se sont sûrement glissées à quelques endroits, notamment lorsqu’il s’agissait de retranscrire de l’argot. Le texte original ayant été écrit depuis le Canada anglophone les références ne collent pas toujours avec la France, surtout lorsque sont évoqués des textes de lois. J’ai fait le choix modifier le texte à la marge, en ajoutant parfois des notes propres au contexte français.

Brochure format A4

Brochure format livret A5

Olympia, Washington : Nous sommes le feu qui fera fondre l’ICE, Rest In Power Will Van Spronsen

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Juil 142019
 

De Puget Sound Anarchists

Tôt ce matin vers 4 heures, notre ami et camarade Will Van Spronsen a été tué par balle par la police de Tacoma. Tout ce que nous savons sur le déroulement des évènements vient des flics, qui sont des sources notoirement corrompues et peu fiables pour un tel récit. Ce que nous savons c’est que Will a tenté de mettre le feu à plusieurs véhicules, dépendances et un réservoir de propane à l’extérieur du centre de détention Nord-Ouest de Tacoma, qui abrite des centaines d’immigrés en attente d’audience ou de déportation. Il a réussi à mettre le feu à un véhicule, puis à échanger des coups de feu avec des policiers de Tacoma qui l’ont abattu. Il a été déclaré mort sur les lieux. Nous trouvons ses actions inspirantes. Les véhicules situés à l’extérieur du centre de détention sont utilisés pour évacuer de force des personnes de chez elles et les déporter, souvent dans des situations où elles risquent de subir un danger grave ou la mort. Ces véhicules détruits ne sont que le début de ce qui est nécessaire. Nous aurions souhaité que les incendies débutés par Will aient libéré tous les détenus et rasé tout le centre de détention du Nord-Ouest. Notre ami nous manque et nous souhaitons du fond du cœur que son action ne s’arrête pas avec sa mort.

Will Van Spronsen était un anarchiste de longue date, un antifasciste et une personne aimante et gentille. Ici à Olympia, certains d’entre nous se souviennent de lui comme d’un habile constructeur de structures en bâche lors du campement Occupy en 2011. D’autres se souviennent de lui lors des manifestations à l’extérieur du centre de détention l’été dernier, où il était accusé d’avoir étranglé un policier entourant ses bras autour du cou et des épaules d’un officier qui tentait d’arrêter un manifestant âgé de 17 ans. Dès le lendemain de sa sortie de prison, il est immédiatement retourné au campement situé à l’extérieur du centre pour soutenir les autres manifestants. On se souvient également de lui comme d’un auditeur patient et réfléchi, toujours à l’écoute des gens.

Nous sommes endeuillés, inspirés et enragés par ce qui s’est passé tôt ce matin. L’ICE [police de l’immigration] emprisonne, torture et déporte des centaines de milliers de personnes et la brutalité et l’ampleur de leurs dommages ne font qu’augmenter. Nous avons besoin de toutes les formes de résistance, de solidarité et de passion pour lutter contre l’ICE et les frontières qu’ils défendent. Will a donné sa vie en combattant l’ICE, nous ne saurons peut-être jamais ce qui lui passait par la tête au cours des dernières heures de sa vie, mais nous savons que le centre de détention doit être détruit et les prisonniers libérés. Nous n’avons pas besoin de héros, seulement d’amis et de camarades. Will était simplement un être humain et nous souhaitons qu’il soit toujours avec nous. Il ne fait pas de doute que les flics et les médias essaieront de le décrire comme un monstre, mais c’est en réalité un camarade qui s’est battu pendant de nombreuses années pour défendre ses convictions, et ce matin, il a été tué en faisant ce qu’il aimait: se battre pour un monde meilleur.

Ce soir, vers 20 heures, une trentaine d’anarchistes se sont réunis au terminus de Percival à Olympia dans le Washington pour commémorer Will Van Spronsen et s’opposer à l’ICE. Nous avons brandi des fusées éclairantes et des banderoles sur lesquelles étaient inscrits «Rest In Power Will Van Spronsen», «Abolissons l’ICE», «RIP Will», «Feu aux prisons» et «Stop à la déportation et à l’incarcération». Nous avons partagé des histoires et des souvenirs de Will, ri, et pleuré. Certaines personnes sont partis de leur côté dans le centre-ville et ont collé des autocollants «Immigrants Welcome», tandis que d’autres ont circulé en véhicules avec une banderole «Rest in Power Will» à l’arrière d’un camion.

Puisse son souvenir être une bénédiction

De l’amour pour celleux qui se battent encore.

Attribution du contrat d’entrepreneur général pour la construction de la prison pour migrant-e-s

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Juil 112019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Il y a trois ans, l’État canadien investissait 138 millions de dollars pour élargir son système de détention des migrant-e-s, dont notamment le projet d’une nouvelle prison pour migrant-e-s à Laval. Depuis lors, une lutte multiforme s’est engagée pour arrêter la construction de cette prison. On a constamment rappelé à des entreprises comme Lemay, Loiselle et Englobe que quiconque choisit de s’impliquer dans ce projet peut s’attendre à des retards importants à chaque étape du projet.

Il y a deux ans, les bureaux d’architecture et d’ingénierie Lemay et Groupe A ont obtenu les premiers contrats pour la conception de la nouvelle prison. En janvier de cette année, un contrat d’entrepreneur général a été ouvert aux soumissions. Tout comme les architectes et les ingénieurs, l’entrepreneur général sera étroitement associé à toutes les étapes de la construction. De concert avec un certain nombre de sous-traitants dont on n’a pas encore révélé les noms, l’entrepreneur général entreprendra directement la construction d’installations destinées à enfermer les migrant-e-s.

Il y a un peu plus d’une semaine, l’ASFC a attribué dans la plus grande discrétion le contrat d’entrepreneur général à une entreprise basée à Val David : Tisseur Inc. Il s’agit d’une entreprise de construction qui a déjà construit des écoles et des ponts et, avec 50 millions de dollars, c’est de loin le plus gros contrat qu’elle ait reçu à ce jour. Ils ont déjà mis en ligne plus d’une dizaine d’offres d’emploi depuis la signature de ce contrat.

Tout comme Lemay, Tisseur veut se présenter comme une entreprise “socialement responsable”. Leur site Web se vante de leurs projets de construction écologique et met en évidence leur code d’éthique. Mais tout comme Lemay et d’autres, Tisseur est impatient de profiter de la misère et de la violence que l’État canadien inflige aux migrant-e-s. Qu’ils ne s’attendent pas à le faire sans que ça se sache.

Tisseur peuvent bien s’imaginer qu’en décrochant un projet gouvernemental d’une telle envergure, ils font leur grande percée, mais l’histoire récente d’entreprises comme Lemay, Loiselle et Englobe suggère que cela pourrait plutôt être le début de tribulations coûteuses.

Fuck les frontières. Fuck les prisons. Fuck tous ceux qui en profitent et qui les font exister.

À très bientôt.

Rester libre, c’est se battre ! Solidarité avec Cedar

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Juil 112019
 

Soumission anonyme à North Shore Counter-Info

Discours prononcé à la Manif en solidarité avec Cedar et pour l’abandon de toutes les accusations contre les défenseur.ses de Pride, tenue à Montréal le 28 juin.

Bonsoir tout le monde,

Merci d’être venu.es! Il est un grand plaisir de vous voir en grand nombre pour prendre la rue ensemble. Pour démontrer notre solidarité avec les accusées de Fierté Hamilton et notre amie Cedar qui reste en prison.

On est ici aujourd’hui, sur la terre ancestrale des peuples autochtones Anishnabeg et Haudonousanee, plus précisement la terre qui n’a jamais été cédée de la nation Kanien’kehà:ka pour manifester notre rage queer et trans suite aux événements de la semaine passée. Le mécanisme colonial qui a volé cette terre pour construire le ‘Montreal’ a aussi ciblé le terrain culturel du genre et de sexualité pendant des centaines d’années. Même si toutes nos identités sont différentes, les notions ou concepts de queer ou gai ou trans que les personnes non autochtones utilisent sont construites en réaction aux et à partir des cultures blanches, chrétiennes, coloniales et capitalistes. Que le tissu et la fibre de ces mots, certes imparfaits, ne sont pas nouveaux, et ils rendent hommage aux personnes qui, grâce à leur existence naturelle, ont toujours mis en question le projet hetérocolonial. On reconnait que de nombreuses cultures autochtones respectaient plus que deux genres et sexualités, souvent célébrant leurs membres de communauté qui étaient de deux-esprits. Il y a 500 ans que le projet colonial de l’État continue d’attaquer ces personnes, de les éteindre ou de les assimiler. La souveraineté autochtone de la terre est inespérable de la souveraineté autochtone corporelle, sexuelle et de genre. Nous honorons les combattants qui se luttent pour le rétablissement de diversité sexuelle et la fluidité de genre dans leurs cultures et notre lutte queer est aussi une lutte anticoloniale.

Le 15 juin 2019, un festival de Fierté de la communauté queer et transgenre de Hamilton, “Ontario” a été attaqué par un groupe de homophobes de l’extrême droite, de fondamentalistes chrétiens et de néo-nazis. Comme ils ont fait en 2018, ils sont arrivés avec de grandes pancartes et des bannières homophobes, commençant immédiatement de lancer des insultes et des injures. Ils ont agressivement harcelé les individus au festival Fierté, faisant des blagues sur le viol et menaçant la violence physique. Afin de bloquer ces bigots et de protéger la communauté, une grande bannière noire a été érigée par quelques queers. Les homophobes n’ont pas aimé ça, et ils ont attaqué ces personnes. Ils ont commencé une bagarre, mais les personnes gaies, trans, et antifascistes qui ont refusé de permettre la présence de ces cons ont fièrement riposté. Certain.e.s ami.e.s ont été blessé.e.s et ont eu besoin des premiers soins. La police de Hamilton n’a rien fait pendant le conflit d’une heure et ils se sont présentés quand il n’y avait plus rien à faire. Les homophobes ont accueilli l’escorte policière pour quitter le parc. Malheureusement, ils ont harcelé et chassé d’autres queers dans le quartier plus tard dans la journée et la semaine après ils ont attaqué d’autres gens à Fierté Toronto.

Après ces événements, la police de Hamilton ont senti menacée – les communautés qui se sentent autonomisées et capables d’utiliser de la force pour se défendre affaiblit l’autorité de la police. Par conséquent, les policiers ont focalisé toute leur énergie sur la poursuite de certaines personnes queers, trans et anarchistes de la ville, les harcelant toute cette semaine comme punition. Samedi le 22 juin la police a mis en prison Cedar, un.e ami.e qui n’a pas été au festival, mais qui la police veut cibler parce que Cedar a publiquement critiqué leurs actions. Ille a été en grève de la faim pendant 5 jours afin de protester contre cette mesure vengeresse et ille reste présentement encore en prison. Il se peut qu’il aille prendre des semaines avant que Cedar puisse avoir une audience de libération conditionnelle. Plus tard dans la semaine deux autres ami.e.s ont été arrêté.e.s et accusé.e.s de bris de probation basé sur un soupçon d’avoir été au festival. Aucun de ces homophobes n’avait été initialement accusé par la police ou appréhendé à l’événement, malgré la circulation majeure de leurs visages, leurs noms et des vidéos de leurs actions violentes, jusqu’à hier quand la pression publique a obligé la police à charger Chistopher Vanderweide avec agression armée. Le maire de Hamilton a reçu une petite visite ce matin – vingt personnes ont visité sa maison à 7h le matin pour lui faire comprendre ce que c’est une visite de la police le matin et comment ça peut être dérangeant. Ils ont placé beaucoup de pancartes sur son gazon qui disaient : Le maire s’en fou des queers. La réaction du maire? Il a publiquement annoncé que ces manifestants ne sont pas des vraies queers et il a appelé pour une enquête. Conséquemment la police a arrêté DEUX AUTRES AMIS cette après-midi. Nous opposons au système carcéral et colonial de l’État, mais la répression unilatérale dirigée premièrement vers ceux et celles que la police soupçonne d’être les défendeurs de Fierté est révélateur une fois encore de leur position et leur objectif : protéger les personnes racistes, homophobes et misogynes.

Le concept de “queer” peut comprendre notre sexualité ou notre genre, mais pour nous il veut dire beaucoup plus que ça. Il est un territoire de tension qu’il faut défendre. On est en solidarité avec Cedar et les personnes accusées en connexion avec cet événement, aussi bien que toute personne gaie ou trans qui est en prison pour une contre-attaque. On sait que les queers de hier se sont courageusement battues pour notre existence, contre les homophobes et les néonazis aussi bien que contre la police. On se souvient du 28 juin 1969, la Rébellion de Stonewall à New-York, à son 50e anniversaire aujourd’hui – comme étant une émeute de quatre jours contre la police mené en grande partie par des personnes trans de couleur. Elle a été une rébellion à la fois trans et queer parce que, dans les mots de Queen Allyson Ann Allante, une participante de 14 ans en 1969, « Il a été la première fois que les deux groupes se sont réunies pour lutter contre l’oppresseur et il a établi un bon précédent pour l’avenir. Il a été un événement marquant parce que les deux communautés étaient unies pour combattre l’oppresseur, qui était la police et la mafia, qui ont contrôlé les clubs gais. » Quand on se souvient des briques volantes et talons hauts dans l’air découlant de l’explosion de rage gaie et trans, il faut se souvenir que le militarisme gai qui a été inauguré ces jours là –  donnant naissance à la Fierté que nous connaissons aujourd’hui – a essayé de faire taire et isoler les personnes transsexuelles, transgenres de couleur afin de favoriser un discours plutôt blanc, gai et cisgenre. On voit encore cette tendance 50 ans plus tard et on sait que nos communautés ont beaucoup de travail à fare pour resister le misogyne trans et le racism. Il est primordial que nous luttions les unes pour les autres, contre nos oppresseurs commun, épaule à épaule. N’oublions pas que Montréal n’était pas épargnée des descentes policières ; notons celle du bar Truxx en 1977 durant laquelle 143 personnes ont été arrêtées et accusées ou encore celle de la soirée Sex Garage en 1990, le « Stonewall québécois », où plus de 400 personnes se feront violemment charger par le SPVM et ses matraques, commençant un conflit de 36 heures. On sait que les personnes gaies et trans qui sont sans abris ou travailleur/se de sexe font face à la répression policière de jour en jour. La seule raison que le village gai est ici – dans l’est du centre-ville est parce que, avant l’Exposition ’67  et les jeux olympiques de 1976 le SPVM a mené une campagne pour nettoyer la ville – attaquant et arrêtant les queers dans les bars. On sait aussi que dans le monde les personnes gaies et trans, surtout celles qui sont racialisées, sont attaquées, criminalisées, incarcérées et même assassinées de manière disproportionnelle. Les attaques de haine américaine transphobe ont triplé pendant les derniers 5 ans. Hier, une autre personne trans a été tuée – Brooklyn Lindsey –  le 11e femme trans noire tuée cette année aux États-Unies – a été trouvé à Kansas City. On se souvient de Sisi Thibert qui a été tué à Pointe St. Charles en 2017. Cette douleur et cette rage reste toujours avec nous. Notre autodéfense est nécessaire pour assurer notre existence. Les groupes marginalisés s’organisent activement et présentement et ils se défendent. Le groupe de l’extrême droite à Hamilton n’est pas si différent des groupes ici au Québec, qui se trouvent face à une résistance féroce. Les personnes queers, comme à Hamilton et maintes fois auparavant, se réunissent pour se soutenir, se nourrir, s’appuyer et se défendre. On veut mettre fin à la domination dans toutes ses formes entrelacée et on sait que Personne n’est libre avant que tout le monde soit libre. L’autodéfense et toujours légitime. Ce soir on va danser, prendre beaucoup d’espace, circuler le mot, être beau et belle et révoltante – pour exprimer notre amour et rage queer pour les attaques fucked-up à Hamilton et la répression policière. On sait que on est fort et forte ensemble, et on va le montrer. On est ici pour dire :

Liberté pour Cedar! Abandonnez toutes les charges retenues contre les défenseur.es de Fierté!

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Une guerre contre les queers

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Juil 022019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Depuis quelques semaines, l’État renouvelle encore une fois sa guerre contre les queers. Quelques jours avant l’arrestation de Cedar par la police de Hamilton, la police de la ville de Québec s’est vantée en ligne d’avoir utilisé des flics en civil afin de piéger onze hommes queers qui draguaient de façon consensuelle. Ces attaques ciblées ne seront pas tolérées. Nique la police.

Solidarité avec Cedar et avec tou.te.s les queers faisant face à la répression.

Après Amherst, au tour de Macdonald! La statue de Macdonald est à nouveau vandalisée

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Juin 282019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Pour la huitième fois au moins, et ce, en moins de deux ans, le monument à connotation raciste et colonial de John A. Macdonald à Montréal (1895) a été vandalisé par des artistes anticoloniaux.

C’est entre les deux fêtes nationalistes au Québec, soit la Saint-Jean-Baptiste le 24 juin et la fête du Canada le 1er juillet, que le groupe #MacdonaldMustFall de Montréal a de nouveau ciblé la statue controversée, cette fois-ci peinturée en bleu, dans le but de laisser un message anticolonial clair.

Depuis la dernière cible du monument Macdonald en mai 2019, la rue Amherst à Montréal a été officiellement renommée la rue Atateken. Atateken signifie « frères et sœurs » et l’égalité entre les peuples en Kanien‘kehá:ka (Mohawk).

James Amherst, un général britannique, a fait la promotion et a été actif dans le contexte du génocide des peuples autochtones. Si son nom de rue peut être remplacé, le monument John A. Macdonald peut également être retiré de l’espace public et être placé dans des archives ou des musées. L’espace public devrait plutôt célébrer les luttes collectives pour la justice et la libération et non pas la suprématie blanche et le génocide.

Tel que mentioné dans les communiqués précédents, le groupe #MacdonaldMustFall à Montréal rappelle aux médias et au public que John A. Macdonald était un suprémaciste blanc. Il a directement contribué au génocide des peuples autochtones avec la création du système brutal des pensionnats ainsi que d’autres mesures destinées à détruire les cultures et les traditions autochtones. Il était raciste et hostile envers les groupes minoritaires non blancs au Canada, promouvant ouvertement la préservation d’un Canada dit «aryen». Il a adopté des lois pour exclure les personnes d’origine chinoise et il a également été responsable de la pendaison du martyr Métis Louis Riel.

Contact: MacdonaldMustFallMontreal@protonmail.com

Solidarité avec les défenseur.es de fiérté, liberté pour Cedar!

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Juin 272019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le 15 juin 2019, un festival de Fierté de la communauté queer et transgenre de Hamilton, “Ontario” a été attaqué par un groupe de homophobes de l’extrême droite, de fondamentalistes chrétiens et de néo-nazis. Comme ils ont fait en 2018, ils sont arrivés avec de grandes pancartes et des bannières homophobes, commençant immédiatement de lancer des insults et des injures. Ils ont agressivement harcelé les individus au festival Fierté, faisant des blagues sur le viol et menançant la violence physique. Afin de bloquer ces bigots et de protéger la communauté, une grande bannière noire a été érigiée par quelques queers. Les homophobes n’ont pas aimé ça, et ils ont attaqué ces personnes. Ils ont commencé une bagarre, mais les personnes gaies, trans, et antifascistes qui ont refusé de permettre la présence de ces cons ont fièrement riposté. Certain.e.s ami.e.s ont été blessé.e.s et ont eu besoin des premiers soins. La police de Hamilton n’a rien fait pendant le conflit d’une heure et ils se sont presentés quand il n’y avait plus rien à faire. Les homophobes ont accueilli l’escort policière pour quitter le parc. Malheureusement, ils ont harcelé et chassé d’autres queers dans le quartier plus tard dans la journée et la semaine après ils ont attaqué d’autres gens à Fierté Toronto.

Après ces événements, la police de Hamilton ont senti menacée – les communautés qui se sentent autonomisées et capables d’utiliser de la force pour se défendre affaiblit l’autorité de la police. Par conséquent, les policiers ont focalisé toute leur énergie sur la poursuite de certaines personnes queers, trans et anarchistes de la ville, les harcelant toute cette semaine comme punition. Samedi le 22 juin la police a mis en prison Cedar, un.e ami.e qui n’a pas été au festival, mais qui la police veut cibler parce que Cedar a publiquement critiqué leurs actions. Ille a été en grève de la faim pendant 5 jours afin de protester contre cette mesure vengeresse et ille reste présentement encore en prison. Il se peut qu’il aille prendre des semaines avant que Cedar puisse avoir une audience de libération conditionnelle. Plus tard dans la semaine deux autres ami.e.s ont été arrêté.e.s et accusé.e.s de bris de probation basé sur un soupçon d’avoir été au festival. Aucun de ces homophobes n’avait été initialement accusé par la police ou appréhendé à l’événement, malgré la circulation majeure de leurs visages, leurs noms et des vidéos de leurs actions violentes, jusqu’à hier quand la pression publique a obligé la police à charger Chistopher Vanderweide avec aggression armée. Nous opposons au système carcérel et colonial de l’État, mais la repression unilatérale dirigée premièrement vers ceux et celles que la police soupçonnent d’être les défendeurs de Fierté est revelateur une fois encore de leur position et leur objectif : proteger les personnes racistes, homophobes et misogynes.

Le concept de “queer” peut comprendre notre sexualité ou notre genre, mais pour nous il veut dire beaucoup plus que ça. Il est une territoire de tension qu’il faut défendre. On est en solidarité avec Cedar et les personnes accussées en connection avec cet événement, aussi bien que toute personne gaie ou trans qui est en prison pour une contre-attaque. On sait que les queers de hier se sont courageusement battues pour notre existence, contre les homophobes et les néonazis aussi bien que contre la police. On se souvient de la Rebellion de Stonewall comme étant une émeute de quatre jours contre la police et l’explosion de la rage gaie et trans qui a donné naissance aux mouvements de liberation à venir. On sait que les personnes gaies et trans qui sont sans abris ou travailleur/se de sexe font face à la repression policière de jour en jour aussi bien que les personnes gaies et trans, surtout celles qui sont racialisées, sont attaquées, criminalisées, incarcérées et même assassinées de manière disproportionnelle. Notre défense est nécessaire pour assurer notre existence. Personne n’est libre avant que tout le monde soit libre.

Liberté pour Cedar! Abandonnez toutes les charges retenues contre les défenseur.es de Fierté!
Le contexte en anglais:
https://north-shore.info/2019/06/19/hamilton-pride-2019-reportback/
https://north-shore.info/2019/06/22/this-is-why-you-werent-invited-hamilton-police-target-queers-fighting-back/
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N’appelle pas les flics!

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Juin 222019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Tôt le matin du lundi 10 juin, la police de Montréal a tiré sur un homme. Un voisin avait une crise. Plutôt que de faire quelque chose d’utile, les flics l’ont harcelé pendant des heures. Leurs armes étaient pointés vers sa tête. Ils lui ont finalement tiré dans la jambe à travers la porte de son propre appartement tôt lundi matin. Dimanche le 17 juin, des anarchistes du quartier St-Henri à Montréal ont collé des affiches rappelant au quartier d’y penser à deux fois avant d’appeler la police.

St-Henri est actuellement dans un processus d’embourgeoisement rapide et brutal. L’embourgeoisement va de paire avec le nettoyage sociale. Cela signifie les arrestations et les relocalisations de personnes ayant des troubles de santé mentale, de pauvres, d’utilisateur.trice.s de drogue, de travailleur.euse.s du sexe et de tous.tes celleux d’entre-nous qui essaient de s’en sortir dans un monde cruel. Un façon de résister au poliçage et à l’embourgeoisement de notre quartier est d’arrêter d’appeler les osti de flics. On a fait des affiches qui nomment toutes les personnes non-armées ayant été tuées par le SPVM depuis les dernières années, parce que c’est sérieux. Les flics escaladeront toujours la situation. Nous ne pouvons pas leur faire confiance. Bâtissons plutôt des relations de confiance entre voisins : rendons la police inutile! SVP téléchargez et partager ces affiches — faites savoir à vos voisins que LES FLICS TUENT et partagez des alternatives à appeler la police pour que plus personne n’ait le sang de leur voisin sur les mains.

À imprimer (11 x 17″)

Douze alternatives (en anglais)

11 juin : La voiture du vice-président de Lemay brûlée

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Juin 182019
 

 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Sur la journée de solidarité avec les prisonnier-e-s anarchistes de longues peines, le BMW appartenant à André Cardinal, stationné devant chez lui à NDG, a été mis en feu. André Cardinal est vice-président de Lemay, la compagnie d’architecture responsable du design de la prison pour migrant-e-s à Laval.

Que le feu brille en hommage à tout ce que le monde de prisons et de frontières nous a volé.

De semences contre la nouvelle prison migrante de Laval

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Juin 122019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Ce n’est plus un secret pour personne : l’État canadien a décidé d’investir plus de 56 M$ de dollars pour enfermer des centaines de personnes dans sa toute nouvelle prison migrante en cours de construction à Laval. Le 7 juin dernier nous avons décidé de nous réapproprié ce lieu de souffrance et de deuil afin d’en faire une terre d’espoir et de vie.

Grâce à un don de semences biologiques d’une coopérative agricole québécoise, nous avons semé 490 kg de l’avoine, des pois et des fèves sur les 23 700 mètres carrés du site de construction. Nous espérons ainsi poursuivre les efforts qui sont actuellement déployés par d’autres membres de la communauté. Nous désirons également inspirer d’autres actions visant à bloquer la construction de cet édifice et encourager à la réappropriation collective de ce lieu pour les fins communautaires. Ni prisons, ni frontières !

Rappelons quelques éléments :

En 2017, le Canada détenait près de six milles personnes migrantes, dont 162 mineur·e·s, dans différents types d’institutions carcérales.

La construction de la nouvelle prison à Laval fait parti d’un investissement de 138 M$ de dollars annoncé en 2016 par le gouvernement fédéral dans le cadre du nouveau Cadre national de détention liée à l’immigration (CNDLI). De ce montant, 122 M$ serviront à la construction de prisons pour migrant·e·s. À l’heure actuelle, les firmes québécoises Lemay et Groupe A ont signés des contrats d’une valeur de 5 M$ pour construire la prison de Laval. Le nom de l’entrepreneur général sera annoncé prochainement.

Véritable coup de marketing social, le CNDLI a été élaboré afin de déplacer la discussion sur la légitimité même de la détention de personnes migrantes vers les conditions de détention. Ainsi, le gouvernement fédéral se targue de construire une prison qui n’a pas l’air d’une prison.

Les personnes détenues vivent généralement plusieurs violences physiques et psychologiques aux mains des agent·e·s de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC). Depuis 2000, au moins seize personnes sont mortes alors qu’elles étaient détenues par l’ASFC.

Pourquoi nous nous opposons cette prison ?

La machinerie étatique canadienne est depuis longtemps au service d’élites économiques dont le seul objectif est, avec la complicité des gouvernements, d’exploiter les ressources des peuples autochtones d’ici et des pays du Sud jusqu’à l’épuisement de toute forme de vie et de richesse. Nul n’est sans savoir aujourd’hui les violences (meurtres, viols collectifs, évictions forcées, etc) et les ingérences politiques dont sont accusées les compagnies canadiennes (Barrick Gold, Goldcorp, Pacific Rim, SNC Lavalin, etc.) en Afrique, au Moyen-Orient, et en Amérique du Sud. Le colonialisme d’hier a fait place à une nouvelle forme de contrôle des corps et des richesses des pays du Sud, celle d’un capitalisme et d’un néolibéralisme débridés qui nous conduit tout droit vers un cataclysme humain et écologique.

Parallèlement, au Nord, les gouvernements favorisent une vision de l’immigration utilitariste où les immigrant·e·s sont uniquement de la main-d’oeuvre bon marché, remplaçable et temporaire. Or, cette main-d’oeuvre immigrante est constituée, rappelons-le, en raison de désastres écologiques (désertification, déforestation, contamination des eaux et de l’air par des polluants, inondations de terre, etc.), de crises économiques et politiques, de famines, de guerres, bref du dérèglement complet de la planète – résultat, disons-le franchement, de la rapacité d’un groupuscule de compagnies et de leurs dirigeant·e·s qui « structurent » l’ordre mondial.

Dans ce contexte, la prison, avec tout ce qu’elle porte en elle de déshumanisant et de mortifère, apparaît comme une stratégie mondiale des pays occidentaux. Leur objectif est double : d’abord, poursuivre un programme économique caractérisé par la spoliation et la capitalisation à outrance par le secteur privé de ressources là où il en reste; ensuite, l’établissement de zones extrajudiciaires dans lesquelles confinées des individus jugés « jetables » ou trop encombrants.

L’investissement de millions de dollars dans la construction de prisons pour migrant·e·s n’est donc pas fortuite, mais répond à des exigences strictement économiques. Il est aussi l’héritage de plusieurs décennies de politiques racistes, xénophobes et coloniales.

En somme, notre opposition à la détention des personnes migrantes s’inscrit donc dans les luttes contre l’impérialisme et le colonialisme.

— Le Collectif Lève-toi contre les prisons et les frontières

Plus d’information :
www.stopponslaprison.org
www.solidarityacrossborders.org/fr/background-immigration-detention-in-canada-and-the-new-refugee-prison-in-laval
https://mtlcounterinfo.org/info-on-the-laval-immigration-detention-centre/
www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/503523/un-nouveau-centre-construit-a-laval-pour-maintenir-la-detention-des-immigrants
https://ici.radio-canada.ca/amp/1176138/centre-surveillance-immigration-englobe-opposants-vandalisme-vehicule

Déclaration à signer contre la nouvelle prison :
http://www.solidarityacrossborders.org/fr/no-to-a-new-prison-for-refugees-and-migrants-in-laval

Une belle manière de passer la soirée

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Mai 302019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Il y a quelques nuits, nous sommes tombées sur un véhicule de la compagnie Englobe. Englobe est une compagnie d’ingénierie de l’environnement qui a reçu le contrat pour effectuer l’évaluation du site de la future prison pour migrants de Laval. Nous avons détruit son pare-brise, lacéré chacun de ses pneus et taggé sur son flanc “No Migrant Prison”. C’était une manière spontanée et plutôt facile d’exprimer notre colère contre ceux et celles qui sont impliqué-es dans la construction de cette prison. Nous espérons que ça aura empêché au moins un-e travailleur-euse à se rendre au travail le lendemain.

C’était peut-être un petit geste, mais il était facile à faire. Les voitures de ces compagnies sont partout. Fuck toutes les prisons et tous-tes ceux et celles impliqué-es dans leur construction.

Retour sur le Premier mai contre les frontières à Montréal

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Mai 142019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le premier mai 2019 à Montréal, il y a eu 4 manifestations à des moments et endroits différents dans la ville. La CLAC (Convergence des Luttes Anti-Capitalistes) a appelé à sa manifestation anticapitaliste annuelle sous le thème “Sans frontières”. Ce thème s’inscrit dans le cadre de la montée de l’extrême droite au Québec et plus précisément du projet de nouvelle prison pour migrant.es à Laval.

Peu après le départ, des centaines de manifestant.es se dirigeant sur Atwater vers St-Henri, un black bloc se forma à l’arrière de la manif, protégé par une bannière sur laquelle était écrit “All Bosses are Bastards”. Des clôtures de construction, des pylones et d’autres matériaux de construction ont été mis dans la rue, permettant de créer une distance entre la manif et les flics qui suivaient. Des tracts avaient d’ailleurs été passés au point de rassemblement, encourageant les gens à prendre les deux côté de la rue et le trottoir afin d’empêcher les flics d’encercler la manif à partir du trottoir. Pis ça a super bien fonctionné, y’a aucun cops qui ont réussi à se positionner.

La manif a tourné vers l’ouest sur Notre-Dame et ensuite vers le nord sur Greene, se dirigeant vers les bureaux de Lemay, une compagnie d’architecture produisant les plans pour la prison pour migrants. Alors que la manif s’approchait du bâtiment, une poubelle a été mise en feu et poussée vers les flics en vélo qui suivaient, permettant de créer une distance qui a permis de poser les gestes à venir. Des gens ont attaqué l’édifice de Lemay, brisant les grandes vitres de devant et du côté du batiment avec des pierres, des balles de billard et des bêliers improvisés. Des graffitis ont aussi recouverts deux facades du bâtiment. Des tracts ont ete distribués pour expliquer le rôle de Lemay dans la construction de la prison pour migrant.es.

Les flics anti-émeute se sont deployés, trop tard, devant les bureaux de Lemay, où ils ont été acceuillis avec des jets de pierres. Ils ont répondu à l’escalade de la tension avec des tirs de lacrymos, faisant dévier la manifestation de la rue Saint-Jacques vers le nord. Même si le cortège a été divisé et quelques personnes isolées a cause des gaz, deux grands groupes se sont retrouvés quelques instants plus tard sur Saint-Antoine, une artère majeure qui mène a l’autoroute : échec de la tentative de dispersion! Le groupe motivé, qui se freyait une chemin contre le traffic a trainé les poubelles et bacs de recyclage dans la rue, en en allumant quelques uns. Même si le groupe était de moins en moins grand, un nombre considérable a continué vers l’est sur Notre-Dame, laissant quelques graffitis sur son chemin et se défendant en tirant des feux d’artifice dans la face des flics, permettant de donner l’espace suffisant à ce que la manif continue.

Ce premier mai à donc marqué une grande amélioration par rapport à l’année dernière, où la confrontation entre les polices marchant sur le trottoir et le black bloc à la tête de la manifestation avait éclaté après seulement deux minutes, isolant le bloc du reste de la manifestation. Depuis cette confrontation, les flics ont constamment gardé leur distance dans les grandes manifestations, témoignant du succès d’une culture de manif combative. Ceci étant, ils s’ajustent maintenant en réagissant de manière très offensive dès les premières attaques. Il nous faudra continuer de répondre à ce changement de stratégie.

Cette année, la répartition de différent groupes anonymes et des bandes avec une volonté de confrontation dispersées au travers de la manif a permis de prévenir l’isolation du bloc du reste de la manifestation. Ça a aussi aider à nuire aux tentatives des disperstions. Avoir, à divers endroits dans la manif, différents groupes de personnes prêtes à rester ensemble malgré les gaz et les charges signifie que beaucoup d’autres peuvent gagner la confiance nécessaire à la reproduction de ces gestes. L’expérience de cette année, avec les regroupements par la suite et la continuation de la manif même après avoir attaqué Lemay en est une preuve excellente!

***Nous avons aussi remarqué cette année que beaucoup de monde dans la manif avaient des caméras ou filmaient avec leur cellulaire. Filmer et prendre des photos met les gens en danger, que ça soit fait par des médias de masse ou pas. Même si vous ne voulez pas donner vos images aux flics, ou que vous avez l’intention de brouiller les visages du monde avant de partager les photos, il demeure le risque que vous soyez arrêté et que votre stock incrimine des gens. Pour simple rappel : ne filmez pas les visages dans les manifs, et ne soyez pas surpris si vous vous faites tasser des manifs parce que vous le faites.

Le succès de l’attaque contre Lemay est un développement excitant dans le cadre de la lutte contre la prison pour migrant.es. Lemay avait déjà été attaqué plusieurs fois dans les dernières années : ses projets de condos ont été défoncés, des criquets ont été mis dans leur siège social pis leurs serrures ont aussi été brisées. Mais ces attaques n’ont pas été aussi publique que pendant cette manif. Et on imagine qu’elles impliquaient un nombre plus petit de personnes. On a vraiment été touché par la force et la solidité des centaines de personnes qui se sont tenues et sont restées ensemble pendant que cette firme d’architecture dégeulasse se faisait démolir en pleine journée. C’est le genre de force collective et de détermination qui sera à notre avis nécessaire dans la suite de la lutte contre la prison pour migrants qui continuera de se dérouler dans les prochains mois.

Longue vie aux manifs incontrôlables ! Longue vie à la lutte contre les prisons pour migrant.es !

Détruisons les prisons, débordons les frontières !

Fuck Lemay, bon premier mai à tout le monde !

Pour une Nuit de la Terre (à chaque nuit) : les pneus de 40 voitures crevés sur l’île de Montréal

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Avr 232019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le Jour de la Terre, 2019 : des inondations se répandent à travers le sud de la province, la police fédérale protège les pétrolières contre les défenseurs de la terre autochtones d’un océan à l’autre du soi-disant Canada, les réfugié.es du climat se font contrôler avec des fusils sur la tempe par les milices d’extrême-droite en Arizona, 150 espèces s’éteindent à chaque jour alors que les gens se préparent dans divers endroits dans le monde à affronter les records de feux de forêts, d’ouragans et de typhons. Pendant ce temps, une poignée d’ONG pour l’environnement et leurs activistes salarié.es financé.es par des élites philanthropes sous le joug de grandes entreprises veulent qu’on croit que nous convaincrons les gouvernements de faire les changements nécéssaires pour sauver la planète si nous marchons en tournant en rond, assez de fois et avec assez de gens, en nous livrant nous-même à la police si on dérange temporairement la routine quotidienne de quelqu’un.

Nous prenons au sérieux la proposition des grévistes du climat, qui refusent d’aller à leurs cours sans demander la permission. Même si c’est seulement pour un après-midi par semaine pour l’instant, iels démontrent la nécessité d’agir directement pour interrompre la réproduction normale de cette société qui tue la terre. Nous pensons aussi qu’il faut délaisser le chemin de la légalité, autant que celui de la désobéissance civile, celui qui propose des sit-ins pour les médias qui mènent à passer un soir au poste de police et des dates de cour interminables, ce qui complique la tâche de continuer à lutter.

Ainsi, plutôt que de participer aux festivités du Jour de la terre, la nuit du 22 avril, nous avons crevé les pneus de 40 voitures dans divers quartiers de Montréal. Nous ne prétendons pas que cette action ait été significative en soi quant à la défense d’un futur viable. Nous ne souhaitons pas non plus mettre les choix de consommation personnels tel le fait de posséder une voiture au centre d’une stratégie pour combattre la destruction énvironnementale. Nous avons choisi de commettre ces petits gestes pour offrir un reflet de la perturbation que cette économie et cette société requièrent si nous voulons faire en sorte que les générations futures ainsi que la nôtre aient la chance d’avoir une vie plus digne sur cette planète.

Nous avons choisi des quartiers occupés par les riches, majoritairement des voitures de luxe dans les entrées de maisons de millionaires. Nous avons ciblé ceux et celles qui profitent du niveau de dévastation impensable faite à la terre par le capital et la colonisation et qui sont le plus à l’abri des impacts de la catastrophe climatique qui débute, s’ils parviennent à s’en protéger. Les riches peuvent se permettre de déménager quand leurs maisons sont inondées chaque année. Les riches auront un coussin économique lorsque l’État tentera d’invidualiser les responsabilités de la crise climatique et les taxes sur le carbone ou autres tentatives de dernière minute pour préserver cette société placent le fardeau sur les pauvres.

Le Jour de la Terre, 2020 : des émeutes du climat dans toutes les grandes villes. Pratiquement personne ne peut entrer au travail le matin, même si son usine ou son startup n’a pas encore été mis hors-d’usage et pillé par des ancien.nes pacifistes. Les défenseurs de la terre et leurs alliés ont combattu les divers incursions des pétrolières et leurs espaces d’autonomie de l’État canadien élargissent de plus en plus. Des réseaux de solidarité et de sabotage empêchent considérablement la capacité de surveillance aux frontières. Les émissions de carbone ont commencé à baisser drastiquement du à la chute abrupte de l’activité industrielle mondiale causée par la révolte. L’effet des changements climatiques se fera encore sentir pendant des siècles; des gens meurent dans les inondations et les ouragans, en conflit avec les forces réactionnaires et avec l’État, d’autres meurent de vieillesse, mais tous.tes savent qu’iels ont combattu et que d’autres continueront la lutte.

Nous pouvons rêver (et crever des pneus).

Prison pour migrant.es : sabotage de nuit aux bureaux de Lemay

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Avr 182019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

La nuit du 14 avril, nous avons rendu visite aux bureaux de Lemay à St. Henri afin de contribuer à la lutte contre la contruction d’une prison proposée pour migrant.es, qui ouvrirait en 2021 à Laval, QC. Lemay est un cabinet d’architectes majeur impliqué dans la conception de la prison. Nous avons fermé les accès à l’édifice en collant toutes les serrures, en brisant les lecteurs de cartes d’accès et en bloquant les poignées de porte avec des cadenas de vélo à plusieurs entrées. L’entrée du garage a été bloquée par la combinaison d’une herse et de bombes fumigènes qui se déclencheraient si la porte s’ouvrait. Nous présumons que les employé.es et les client.es de la compagnie ont eu du mal à accéder au batiment le jour suivant et nous espérons que ces personnes continueront à ressentir les effets d’une escalade d’actions contre elles et d’autres qui s’impliquent dans le projet.

Nous voulons empêcher cette prison d’avoir lieu. Nous voulons défaire les institutions d’exclusion, d’enfermement et de surveillance sur lesquelles reposent la suprématie blanche et le capitalisme et nous envoyons notre solidarité à tous et toutes en lutte contre la violence qui dépend de celles-ci.

Mettons fin à toutes les formes de domination.

Ni frontières, ni prisons.

Chassons le PCR de nos milieux

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Avr 182019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Il est à noter que cet article traite du dossier de la section montréalaise du Parti Communiste Révolutionnaire qui a été expulsée du PCR canadien en 2017. Les deux groupes continuent néanmoins d’utiliser le même nom. Ce texte ne vise pas à faire une critique des doctrines maoistes, mais à mettre en lumière les actions du PCR-Montréal.

Le PCR-Montréal est malade, achevons-le !

Si le PCR a longtemps pacifiquement cohabité avec la gauche anticapitaliste montréalaise, c’est loin d’être le cas depuis quelques années, Longtemps toléré, y compris par les anarchistes, il semble que son côté folklorique et rigolo (voire pathétique) a finit par tomber dans le sectarisme et même le conservatisme social.

En effet, le parti n’arrête pas d’enchaîner les coups d’éclat les plus malaisants. Son aile jeunesse (ou ce qu’il en reste) joue un rôle particulièrement toxique en essayant de jouer aux gros bras, en agissant violemment avec les militant.e.s progressistes autour d’eux. Pourtant, quand de véritables néonazis viennent les confronter, allant même jusqu’à leur voler une bannière, ces derniers ne réagissent pas et se laissent faire. Ça en dit long sur ce qui les anime…

Pendant ce temps, la vieille garde du parti continue de produire des textes tous plus illisibles les uns que les autres tout en laissant la jeunesse agir à sa guise. S’il est sensé régner une discipline de fer au sein des groupes maoistes, force est de constater que l’establishment du parti n’a plus aucun contrôle sur sa jeunesse, ou encore qu’elle considère ses actions comme bénéfiques.

Voici une chronologie non exhaustive des derniers événements liés au PCR et qui nous apparaissent problématiques :

– 4 Mars 2017 : Le PCR essaie d’aller contre-manifester contre La Meute à son lieu de rassemblement secret, sans avertir les autres groupes antifascistes mobilisés cette journée-là. Résultat, La Meute peut facilement manifester dans le Vieux-Montréal alors qu’elle aurait pu être stoppé à cet endroit si le mot s’était passé aux autres groupes.

– 4 mars 2017 : Le PCR Montréal expulse violemment de la Maison Norman Bethune des militants anglophones du même parti. Ils les accusent d’êtres des « révisionnistes petits-bourgeois » parce que ces derniers veulent prendre position pour l’inclusion des personnes trans. À la suite de cette attaque, la section montréalaise est expulsée du PCR Canada. Pourtant, les vieux stalinistes montréalais continueront d’utiliser le même nom et prendront aussi le contrôle du site web de l’organisation ainsi que de la Maison Norman Bethune.

– 8 mars 2017 : Le PCR scinde la manifestation féministe pour se mettre en avant d’un second contingent comprenant une majorité de personnes qui ne sont pas au courant de la manoeuvre. Leur bannière de tête est tenue par une majorité d’hommes. Depuis, le parti a été expulsé de la coalition qui organise la manifestation annuelle.

– 28 mars 2017 : Un membre du PCR Montréal agresse un employé du Café Aquin de l’UQAM directement sur son lieu de travail.

– Été 2017 : Le PCR Montréal est expulsé de la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC). Ce sont les actes transphobes du parti ainsi que leur entêtement à ne pas respecter les décisions prises en coalition qui motivent ce geste. À partir de 2018, le PCR Montréal organisera seulement des manifestations autonomes et utilisera des plans de caméras avantageux pour faire croire qu’il mobilisent les masses, alors qu’en fait, le parti n’a jamais été aussi petit en nombre.

– Été 2017 : Dans le cadre de la campagne du PCR Montréal sur les 100 ans de la Révolution russe, des membres effectuent une activité de tractage dans le métro. C’est alors qu’un membre des Soldiers of Odin (groupe néo-nazi), seul, décide d’aller les intimider et leur vole leur bannière. Celle-ci servira éventuellement comme tapis à l’entrée d’un concert d’Atalante Québec. Les membres qui s’étaient montrés si prompt à utiliser la violence face aux militant.e.s de gauche décident de se coucher devant un véritable néo-nazi.

– 23 février 2018 : Le MER-PCR (Mouvement Étudiant Révolutionnaire, un sous-groupe du PCR) s’invite au sein du Cégep St-Laurent pour prononcer une conférence « féministe ». Le hic, c’est que suite aux événements transphobes liés au PCR Montréal, une assemblée générale étudiante prend position pour refuser l’accès au groupe (au même titre que les autres partis politiques). S’en suit des échauffourées durant lesquelles les membres du MER filment et essaient d’identifier publiquement les militantes qui les interpellent. Le MER sera expulsé du Cégep par la sécurité.

– 16 avril 2018 : Deux membres du PCR Montréal sont licenciés par leur employeur, l’association étudiante du Collège Lionel-Groulx. Une enquête subséquente prouvera que les deux employés, dont un important cadre du parti ont détourné plusieurs dizaines de milliers de dollars vers les caisses du PCR. L’association étudiante était reconnue pour être gangrenée et infiltrée par le PCR depuis de nombreuses années.

– Août 2018 : Une nouvelle scission frappe le PCR Montréal encore sur le thème de la transphobie affichée par l’organisation. Une dizaine de personnes quittent alors le parti et fonderont éventuellement un autre collectif.

– Septembre 2018 : Ça chauffe à l’UQAM pour le PCR Montréal qui envahit une assemblée générale de l’association étudiante de sciences-humaines (AFESH) pour y exhiber une bannière contre les élections. Ils seront éventuellement expulsés, une bagarre s’en suivra et ils y perdront une autre de leurs bannières. Par la suite, les mêmes membres continueront d’aller imprimer les affiches du parti dans les locaux de l’AFESH et iront même jusqu’à agresser une militante qui les interpelle en l’expulsant physiquement du local. Suite à ces événements, les membres du PCR sont persona non grata dans les locaux de l’association étudiante.

– 1er Octobre 2018 : Le PCR Montréal organise une manifestation contre les élections provinciales à Montréal. Deux trolls de l’Alt-Right sont sur les lieux et exhibent un drapeau du Kekistan pour narguer les communistes. Le PCR, si rapide sur la gâchette quand vient le temps de s’en prendre à des groupes de gauche, ne fait strictement rien.

– 28 novembre 2018 : Une dizaine de membres du PCR Montréal agressent deux militants syndicaux pour ensuite les livrer à la police en pleine manifestation de solidarité avec les employé.e.s en lock-out d’ABI.

– Printemps 2019 : Des membres du PCR commencent l’affichage de leur manifestation autonome du 1er mai. Ils en profitent pour recouvrir les affiches des autres groupes militants comme la CLAC et l’IWW qui appelle à un 1er mai féministe intersectionnel. Certains membres en profitent aussi pour arracher les autocollants du groupe Montréal Antifasciste.

En bref, attitudes sexistes et transphobes, vols et fraudes d’organismes collectifs, violence envers la gauche et aplaventrisme face à la droite, collaboration avec la police pour faire arrêter des militant.e.s, propagande douteuse, autoritarisme, sectarisme, dogmatisme, incapacité à prendre la critique, la liste est longue de ce qui est reproché au PCR.

En ce moment, il semble que le parti est plus faible que jamais. Ses membres ont été éjectés de la plupart des coalitions auxquels ils participaient. C’est le cas de la CLAC et de la coalition qui organise la manifestation du 8 mars. Résultat, le groupuscule n’attire guère plus qu’une vingtaine de personnes dans ses actions devenues de facto autonomes puisque plus personne ne veut rien savoir d’eux.

Ils trouvent quand même le moyen de flatter leur égo stalinien en parlant de reconstruction et en citant Lénine… Ça pourrait presque être triste si ce n’était pas si drôle. Préférant rester doctrinaires plutôt que d’admettre que le PCR Montréal ne fait plus que de la merde, ses membres n’auront d’autre choix que de se regarder dans le miroir lorsque le parti s’éteindra une bonne fois pour toutes et qu’ils chercheront les coupables. Ils pourront en profiter pour faire leur autocritique…

Le PCR est à terre, il est temps d’agir pour qu’il ne se relève plus jamais. C’est pourquoi nous appelons à une diversité d’actions visant à ne plus tolérer leur présence dans nos activités, dans nos milieux et même dans nos villes. Il est temps de faire le ménage et de ne plus accepter ce groupe qui fait figure d’anachronisme dans le paysage politique. Il est temps de ne plus les laisser salir l’opposition au capitalisme et souiller les idées révolutionnaires. Il est temps de les traiter comme n’importe quel autre secte transphobe, autoritaire et à la limite de la théorie du complot.

Arrachons leurs affiches et autocollants, sortons les des manifestations, fermons leur la gueule quand ils essaient de faire leurs beaux discours, détruisons leur matériel, recouvrons leurs graffitis, ne leur laissons plus ne serait-ce qu’un centimètre pour agir.

Détruisons le PCR-Montréal.

– Des militant.e.s anarchistes, communistes, socialistes, révolutionnaires, féministes, queers, antifascistes et syndicalistes

Doxxer l’Agence des services frontaliers du Canada

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Avr 132019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Tout comme ICE, aux États-Unis, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) opère une force de déportation arrachant les migrants de leurs ami.es et de celleux qui les aime à tous les jours au nom de la loi d’un État-nation colonial. Bien qu’il soit brutal et bien organisé, ce système d’immigration n’est pas une machine sans visage. Les agent.e.s qui exécutent ses fonctions vitales ont des noms et des adresses, ce qui nous concerne aujourd’hui. Du moins, leur noms.

En préparation du prochain 1er mai sans frontières, vous trouverez ci-dessous les noms de tous les membres de la division de l’exécution et du renseignement de la branche opérationnelle québecoise de l’ASFC, catégorisé par titre du poste. Cette information vient d’une réponse à une demande d’accès à l’information publiée par le compte Twitter @cdnati, n’ayant aucun lien avec nous. Ces documents, en lien ici, contiennent les noms de tous les employé.e.s de l’ASFC à travers le Canada. Les chartes organisationnelles ci-dessous datent de novembre 2017.

Nous souhaitons que ces informations servent de ressources pour une diversité de projets opposant le système frontalier. Qu’un « Agent d’application des lois intérieures » en particulier ou qu’un « analyste du renseignement » soit un suprémaciste blanc actif, qu’il n’ait pas d’objectif politique clair et pense que son travail est un travail comme un autre, ou même qu’il ressente de la honte et qu’il ait des remords par rapport à son travail, les activités continues de ces agent.e.s au sein de l’ASFC mettent à risque les migrant.e.s et leurs communautés.

Il n’est pas surprenant que des gens identifient ces agent.e.s et clarifient que leur rôle dans un système colonial violent et raciste ne sera pas toléré.

Love & rage,

des anarchistes

Enquêtes et déportations

Superviseur.e.s d’exécution de la loi des service intérieurs
  1. Cathy Chan
  2. Shawn Erridge
  3. Eric Gagnon
  4. Daniel Godin
  5. Genevieve Gratton
  6. Tonina Iermieri
  7. Leon Kabongo Katalay
  8. Roberto Mancini
  9. Audrey Sawyer
  10. Louise Starnino
  11. Valerie Surpris
  12. Miruna Vasilescu
Agent.e.s d’exécution de la loi des service intérieurs
  1. Karine Amato
  2. Francis Bard
  3. Catherine Barthelemy
  4. Reed Barthelemy
  5. Carole Bergeron
  6. Josée Blackburn
  7. Karine Blackburn
  8. Daisy-Ivy Bode
  9. Daniel Bordeleau
  10. Daniel Eduardo Borja Torres
  11. Stéphane Boudreau
  12. Mina Boukdjadja
  13. David Bowles
  14. Maryse Breault
  15. Dominic Brisebois
  16. Valeriano Cassetta
  17. Roger Casseus
  18. Benoit Chausse
  19. Jean-Luc Day
  20. Mathieu Dépatie
  21. Steven Derick
  22. Patrick Desjardins
  23. Daniel Deslauriers
  24. Josiane Desnoyers Gaulin
  25. David Dickson
  26. Antoine Doyon
  27. Alexandre Duchaine
  28. Luc Ferlatte
  29. Dominique Fillion
  30. Sébastien Fortin
  31. Michel Gagnon
  32. Patricia Garofano
  33. Nicolas Geoffroy
  34. David Ghilarducci
  35. Vincenzo Giobbi
  36. Nicolas Girard
  37. Matthew Goodsell
  38. Nadine Gregoire
  39. Penelope Gutierrez
  40. Simon Halle
  41. Josée Hogue
  42. Alexandre Horvath Callender
  43. Goulnara Iskakova
  44. Pascal Jacques
  45. Nadia Jarwa
  46. Jeff Jean Baptiste
  47. Isabelle Joseph
  48. Tarrah Khan
  49. Henry Kwan
  50. Eric Lacombe
  51. Eric Lafreniere
  52. David Laroche
  53. Francois Légaré
  54. Normand Lesperance
  55. Louis Lessard
  56. Francis Letellier
  57. Liette Malenfant
  58. Nancy Marois
  59. Jessica Martin
  60. Véronique Massignani
  61. Adlane Merioud
  62. Caroline Messier
  63. Martin Meunier
  64. Josée Moreau
  65. Matthieu Ouellon
  66. Alfred Pichard
  67. Roberto Raschella
  68. Nadine Sarette
  69. Esther St-Onge
  70. Aristophanes Tsiampouras
  71. Edith Turcotte
  72. Kari Warren
  73. Chrisandra Watson
Agent.e.s d’exécution
  1. Chantal Bissonnette
  2. Stéphanie Bousquet
  3. Catherine Chilakos
  4. Natacha Da Silva
  5. Bruno Estebeteguy
  6. Snejinka Koen
  7. Marie-Claude Turgeon
  8. Isabelle Valade
  9. Dominik Verville
Conseiller.e.s en immigration
  1. Sandrine Chapados
  2. Linda Coulombe
  3. Nathalie Daoust
  4. Julie Plouffe
Assistant.e.s d’enquête
  1. Nadine Behnam
  2. Lyne Bellisario

Renseignement

Directeur.trice.s de programmes régionales
  1. Gabriel Duteau
  2. Adriano Giannini
  3. Jimmy Giguere
  4. Nicolas Légaré
  5. Silvain Loiselle
  6. Khalid Meniai
  7. Danielle Pouliot
Agent.e.s de renseignement
  1. Harinder Bhangoo
  2. Julie Charette
  3. Francois Comeau
  4. Chantal Coulombe
  5. Pierre Fortier
  6. Daniel Gariepy
  7. Serge Goneau
  8. Melanie Granger Meunier
  9. Justin Hawkins
  10. Denis Hetu
  11. Ann Joly
  12. Jeanne L Heureux
  13. Mathieu Lachance
  14. Suzanne Laferriere
  15. Richard Lamoureux
  16. Lyne Landry
  17. André Latour
  18. Lucie Leblanc
  19. Robert Leduc
  20. Silvain Loiselle
  21. Benoit Marchand
  22. Eric Martineau
  23. Hugo Morissette
  24. Eve Morrier
  25. Karine O’Connor
  26. Jeremy Pearce
  27. Sébastien Pelletier
  28. Martin Prud Homme
  29. Yannick Riopel
  30. Jessica Robichaud
  31. Louis Sanson
  32. Mark Solomon
  33. Mario St Denis
  34. Marcel Theberge
  35. Roberto Villa
Analystes du renseignement
  1. Anna Biello
  2. Marie-Julie Bouffard
  3. Manon Brunet
  4. Karine Caron
  5. Francois Chamberland
  6. Marie-Josee Delorme
  7. André Desgreniers
  8. Charles Dudemaine
  9. Nelson Guay
  10. Frédéric Letarte
  11. Barbara Martel
  12. Linda Ouellet
  13. Jean-Francois Pinard
  14. Scott Ramaglia-Mega
  15. Julie Roy
Chercheurs de renseignement
  1. Kenneth Alarcon Vilchez
  2. Éric Coutu
  3. Victoria Do Rosario
  4. Lucia Graziani
  5. Sylvie Grégoire-Trudel
  6. Hicham Kahwaji
  7. Sebastien Lavergne
  8. Mélanie Nizza
  9. Nancy Racine
Commis au renseignement
  1. Denise Lecavalier
  2. Dimitri Levin
  3. Maria Paula Manzanares

Audiences et détentions

Directeur.trice.s de programmes régionales
  1. Melanie Gosselin
  2. Isabelle Trottier
  3. Sandra Guilmette
  4. Lyne Campbell
Agent.e.s d’audience
  1. Lisa Abraham
  2. Josee Barrette
  3. Jean-Claude Bastien
  4. Jean-Christophe Berthold
  5. Josée Blackburn
  6. Chantal Boucher
  7. Myriam Paris Boukdjadja
  8. Maude Brais
  9. Maxime Brodeur
  10. Daphnee Clement
  11. Lucie Cliche
  12. Ariane Cohen
  13. Salvatore D’Aloia
  14. Jean-Francois David
  15. Miriam Ettinger
  16. G Guerrier
  17. Phoebee Jean-Pierre
  18. Sylvie Lacaille
  19. Marie-France Lambert
  20. Alexandre Lampron
  21. Anthony Lashley
  22. Melanie Leduc
  23. Farah Merali
  24. Mike Milette
  25. Valery Naamo
  26. Sonia Parsakhian
  27. Lyzann Penwarm
  28. Jessica Plourde
  29. Isabelle Poulin
  30. Zofia Przybytkowski
  31. Nadine Saadé
  32. J-D Saint-Pierre
  33. Karine Santerre
  34. Chantal Sarrazin
  35. Léa Adrienne Spigelski
  36. Gabriele Spina
  37. Ludmilla St Sauveur
  38. Ewa Staszewicz
  39. Anne-Renée Touchette
Assistant.e.s d’audiences
  1. Marylyn Andrada
  2. Beverly Beauchamp
  3. David Bouchard
  4. Fanta Camara
  5. Ketly Castel
  6. Mario Chabot
  7. Marthe Contre
  8. Anica Felicin
  9. France Fortin
  10. Diane Francoeur
  11. Daniel Hurtubise
  12. Jenneil Ifill
  13. Margaret Jones
  14. B Lebel
  15. Arnold Ng
  16. Arnaud Normand
  17. N Okbi
  18. Linda Pelletier
  19. Line Piche
  20. Sebastien Plourde
  21. Sébastien Roy
  22. Sabrina Soria
  23. Peggy Pik Wah Woo
Conseiller.e.s d’audiences
  1. Naomi Alfred
  2. Krystel Baaklini
  3. Nathalie Belanger
  4. Nada Berechid
  5. Brigitte Bilodeau
  6. Josée Cholette
  7. Michèle-Andrée Cromp
  8. Stéphanie Doiron
  9. Josiane Gauthier
  10. Nathalie Guillaume
  11. Natacha Jankovics
  12. Johanne Laforce
  13. Marie Chantal Laroche
  14. Patricia Papanagiotou
  15. Martin Rémillard
  16. Sylvie Roy
  17. Nathalie Sabourin
  18. Yan Ste Croix
  19. Michèle Théroux
  20. Lien Danielle Tremblay
  21. Alain Vadeboncoeur

Enquêtes criminelles

Directeur.trice.s de programmes régionales
  1. Genevieve Cogne
  2. Hathia Brillon
  3. Peter Storr
  4. Éric Béliveau
  5. Sébastien Foisy (Montréal)
Enquêteur.e.s (** = Montréal)
  1. Eric Allard
  2. M Aubry
  3. Annie Aubut
  4. Claude Beausejour
  5. Calvin Bedros
  6. Patrycja Brones
  7. Jean-Francois Carrier
  8. Shirley Cavanagh**
  9. Sandra Chaillou
  10. Christina Chiechi**
  11. Daniel Cote
  12. Jeremie Dion
  13. Marie-Josee Dionne
  14. Tony Dos Santos
  15. Stéphane-Patrick Dubuc
  16. Caroline Faille**
  17. Estelle Forget
  18. John Gagnon**
  19. Claudine Gariépy
  20. Sabrina Gauthier**
  21. Francois Julien Girard
  22. David Giroux
  23. Stéphane Guitard**
  24. Isabelle Jamison
  25. Alexandre Lefebvre
  26. Christine Levac
  27. Danielle Masson
  28. Edmund James Mclaughlin**
  29. Anthony Mercier
  30. Veronique Moreau
  31. Jocelyn Nadeau-Lapensée
  32. Patrick O Neill
  33. Sylvie Paquette
  34. Marie France Parent**
  35. Richard Patenaude
  36. Martin Pelletier**
  37. Michele Proulx
  38. Guy Ratte
  39. Philippe Recupero
  40. V Sabourin
  41. Mariejosee Simard**
  42. Stephanie St Pierre
  43. Nathalie Surprenant**
  44. Sylvie Thibeault**
  45. Pascale Trachy
  46. Isabelle Trinque
  47. Brigitte Watkins
Commis de supports d’enquêtes
  1. Denise Boivin
  2. S Bombardier
  3. Adela Lemus
  4. G-V Revatta
  5. Nathalie Roy

Direction*

Directrice

Annie Beausejour

Assistant.e.s directeur.trice.s
  1. Éric Caron (Enquêtes criminelles)
  2. Christine Groleau (Audiences et détentions)
  3. Maurizio Mannarino (Enquêtes et déportations)
  4. Alain Surprenant (Renseignement)

*La majorité de ces noms sont déjà publiquement accessibles.

Divers

Assistant.e.s de service C et I
  1. Masha Abdulhaq
  2. Jean-Francois Aubé
  3. Neelam Bansal
  4. Alexandre Baril
  5. Sébastien Bois
  6. Valérie Brodeur
  7. Valérie Brunet
  8. Sophie Cauchon
  9. Diane Colella
  10. Myriame Denis Charles
  11. Alain Desgagné
  12. Annie Francoeur
  13. Mirlène Gilles
  14. Marie Guenette
  15. Deborah Loverso
  16. Giovanna Marigliano
  17. A Mastrogiacomo
  18. Cong Minh Nguyen
  19. Benjamin Nicolas
  20. Daniel Nobert
  21. Julie Pilon
  22. Caroline Veillette
  23. Jocelyne Yeon
Assistant.e.s de bureaux/Assistant.e.s administratifs/Officier.e.s administratifs
  1. Sophie Archambault
  2. Julie Bois
  3. Francine Bres
  4. Judith Gosselin
  5. Céline Grégoire
  6. Diane Hachey
  7. Assunta Iasenzaniro
  8. Pauline Paradis
  9. Émilie Pélissier
  10. Diane Perron
  11. Lise Régnier
Commis d’obligation général
  1. Robert Leblanc

Un membre des III % du Québec propose de mener un « faux » attentat terroriste

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Avr 082019
 

De Montréal Antifasciste

Il eut suffi d’un clin d’œil pour passer à côté de cette histoire en novembre dernier, celle de Stéphane Dufresne (proche des III % Québec et du Front patriotique du Québec), de sa discussion privée au sujet de la nécessité d’un « fake attentat terroriste » et de ses nombreuses allusions à « des plans concrets ». Même si l’histoire est d’abord apparue en ligne en mars 2018, la seule mention de cette affaire dans les médias de masse est arrivée six mois plus tard dans un article de la Gazette. Montréal Antifasciste a par ailleurs été en mesure de tracer un lien direct entre Stéphane Dufresne et un homme soupçonné par la GRC d’avoir voulu importer des armes au Canada dans un dessein terroriste. Le contexte entourant ce fait divers étant pour le moins préoccupant, nous avons cru bon nous y pencher un peu plus attentivement.

La fuite du groupe de discussion

Tout a commencé en mars 2018, lorsque le compte Twitter Le Troupeau révélait le contenu d’une discussion privée impliquant un certain nombre d’individus actifs dans différents groupes d’extrême droite québécois. Le salon de discussion en question s’appelait « Patriotes du Québec » et était hébergé sur la plateforme MeWe (une sorte d’imitation de Facebook). Au fil de la discussion, l’utilisateur « Phénix le Patriote » (qui a plus tard changé son pseudonyme pour « Stéphane le Patriote ») laisse tomber : « Il faudrait un fake Attentat [sic] terroriste pour réveiller les crisses d’endormis question de leur fourrent [sic] la trouille », ce à quoi l’utilisateur Heinrich Himmler répond : « Ouan mais au [sic] ultra grosse précaution ». Il est bien sûr souvent difficile de différencier les paroles creuses des authentiques menaces d’action dans les réseaux sociaux, mais la réponse de « Phénix » à cette mise en garde suggère l’existence de vrais plans : « Oui, évidemment!!!! Mais t’inquiète, plusieurs actions s’en viennent ».

« Phénix le Patriote » exprime un point de vue étonnant sur le terrorisme.

Dans le même salon de discussion, « Phénix » se vante de ses prouesses au champ de tir (image 2cibles chat.jpg) et mentionne qu’il s’entraîne au Krav Maga (un assemblage de différentes techniques d’arts martiaux).

« Le Patriote » exhibe ses cibles de pratique de tir.

« Le Patriote » s’entraîne au KravMaga.

Qui participait à cette discussion?

Qui donc se trouvait dans ce groupe de discussion à l’abri des regards indiscrets? « Phénix Le Patriote », qui a changé son pseudo pour « Stéphane Le Patriote » au courant de la discussion, laisse une série d’indices exposés dans la fuite du Troupeau. Le plus flagrant de ces indices est la photo de lui-même que « Le Patriote » affiche dans le groupe de discussion, car il a eu la maladresse d’afficher une autre image de lui portant les mêmes vêtements sur son compte personnel (Stéphane Dufresne) sur Facebook:

Tuque rouge et blouson gris-vert avec un insigne des Patriotes sur le bras gauche, dans le groupe de discussion MeWe.

Tuque rouge et blouson gris-vert avec un insigne des Patriotes sur le bras gauche, sur le compte Facebook personnel de Stéphane Dufresne.

En jetant un coup d’œil au compte Facebook de Stéphane Dufresne, on s’aperçoit d’ailleurs assez vite que son profil d’utilisateur reprend le surnom « Le Patriote », tout comme son compte MeWe:

Son nom d’utilisateur Facebook est « Stéphane Dufresne (Dit Le Patriote) »

Et qu’il suit des cours de Krav Maga à Joliette:

Dufresne “feeling awesome at Dojo Yosanryu”, à son cours de Krav Maga.

La mention de Joliette correspond également avec les photos des cibles mentionnées ci-dessus, qui sont marquées du logo du Club de tir de Lanaudière, précisément situé à Joliette, Québec:

Le logo des cibles de pratique du « Patriote » correspond à celui du Club de Tir de Lanaudière.

Le blouson distinctif de Dufresne est aussi un indice clé permettant de le détecter dans les nombreuses manifestations auxquelles il a participé (voir ci-dessous), puisqu’il porte invariablement le même écusson du tricolore patriote sur le bras gauche et le drapeau du Québec sur le bras droit, comme ici, lors de la manifestation « Tout le monde se lève contre le PLQ », à Montréal, le 23 avril 2017.

Dufresne, à droite, avec le même blouson que dans le groupe de discussion sur MeWe. On reconnaît sur la même photo Robert Poulx, à gauche, et le bonehead Philippe Gendron, pantalon rouge, dans le service de « sécurité » de la manifestation « Tout le monde se lève contre le PLQ » du Front patriotique du Québec, le 23 avril 2017.

Voilà qui règle le cas de Dufresne, mais qui sont les autres individus qui prennent part à cette discussion? La personne se cachant derrière le pseudo « Heimlich Himmler » (l’un des membres dirigeants du parti nazi, numéro un des SS et principal maître d’œuvre de l’Holocauste), qui conseille à Dufresne de prendre de « grosses précautions » est lui aussi assez facile à identifier, puisque Dufresne s’adresse à lui par le nom d’Alan Kovak:

Dufresne réfère à « Heinrich Himmler » comme Alan Kovak.

Alan Kovak (de son vrai nom Martin Minna) a traîné pendant un temps avec des militant-e-s d’Atalante, comme on peut le constater dans cette photo qu’il a lui-même publiée sur Facebook, avec Shawn Beauvais-MacDonald et d’autres bozos racistes, lors d’une soirée d’affichage à Montréal ciblant des personnalités « de gauche », en janvier 2017:

La publication Facebook de Martin Minna (à droite), alias Alan Kovak.

Le voici encore qui exhibe ce qui semble être ses propres tatouages nazis – zéro points pour l’originalité, soit dit en passant:

Les (présumés) tatouages nazis de Martin Minna.

Il a aussi utilisé une photo de sa face de marde dans le salon de discussion MeWe:

L’image de profil de « Heinrich Himmler » correspond à la photo de Minna/Kovak sur Facebook.

… et fait certainement référence à la bévue épique dont il s’est rendu responsable en publiant une photo de son groupe de tarlactivistes d’Atalante lorsqu’il dit : « Me su fait prendre quand j’ai fait une job ak atalante .. next time c ultra secret [sic] »:

« Himmler » évoque sa besogne bâclée pour Atalante.

Des captures d’écran montrent aussi que Lucien Lalonde et Carl Blanchette participaient à la discussion sur MeWe; ces deux personnages sont membres ou sympathisants du Front patriotique du Québec. Lalonde a un penchant évident pour la posture macho, par exemple dans cette capture datant d’août 2017 où il suggère d’utiliser un AK-47 comme « remède » aux migrant-e-s (pour la plupart des réfugié-e-s d’origine haïtienne) qui traversaient la frontière à ce moment-là:

Lucien Lalonde est membre du Front patriotique du Québec.

Lucien Lalonde propose d’utiliser un AK-47 contre les migrant-e-s.

Carlito (Carl) Blanchette est membre du Front patriotique du Québec.

Portrait de Stéphane Dufresne

En y regardant de plus près, il y a beaucoup à apprendre sur Stéphane Dufresne à partir de ses activités en ligne.

La page « À propos » du compte Facebook de Stéphane Dufresne.

On peut voir ci-dessous qu’il travaille pour la Société de reconstitution du Bas-Canada, à « reconstituer » la Rébellion des Patriotes de 1837-1838, et qu’il gère une entreprise de construction « Constructions Stepco » à partir de son adresse résidentielle à Saint-Charles-Borromée, à proximité de Joliette:

Constructions Stepco est enregistrée comme appartenant à Stéphane Dufresne à son adresse résidentielle.

La vie est belle à Saint-Charles-Borromée, bien qu’il semble irrité par la maison bâtie à côté de chez-lui, au point d’être « a veille d’y mettre le feu » [sic]: