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Boisé Vimont : aucune clôture ne résistera à la riposte populaire du terrain vague

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Sep 232026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Hier soir, nous nous sommes rassemblés au Boisé Vimont pour préparer le terrain en vue de contrer l’installation d’une clôture prévue par le CIUSS de l’Ouest qui souhaite « sécuriser le Boisé » (sic) face à la présence de personnes vulnérables au terrain vague.

Pour s’assurer de bien nuire aux travaux, nous avons empilé dans la zone visé par les travaux les troncs et branchages que le CIUSS a coupé sans permis il y a deux semaines. Tas de branches et restes de clôture acceuilleront les travailleurs quand ils viendront pénétrer dans le Boisé. Nous nous sommes aussi efforcés de bien démontrer notre capacité à démanteler une clôture, libérant ainsi le Boisé d’une vieille clôture inutile qui traînait sur le passage. Au cas où le message ne serait pas assez clair, nous avons affiché plusieurs bannières pour bien se faire comprendre : « Faut loger, pas expulser ! » et « Pour un Boisé ouvert, une riposte populaire ! »

Au début septembre, la direction du CIUSS de l’Ouest, l’institution propriétaire du Boisé Vimont (une des portes d’entrée du terrain vague, dans Hochelaga), a commencé la mise en œuvre de son plan visant à « améliorer la sécurité au Boisé Vimont ». Un langage de bureaucrate qui consiste à dire qu’elle a procédé froidement à l’expulsion et au démantèlement des campements des personnes en situation d’itinérance qui logeaient au Boisé. Elle a également adopté et affiché de « nouveaux règlements » visant à « encadrer les comportements pouvant compromettre la sécurité ». Finalement, elle a abattu (sans permis) tous les arbres qui se trouvaient sur le tracé d’une clôture qu’elle compte maintenant installer pour empêcher le libre passage des personnes qui fréquentent les lieux.

Sous couvert de « sécuriser » le Boisé pour le rendre accessible aux usager.e.s du CHSLD Grace Dart et aux personnes (logées et convenables) du voisinage, le CIUSS de l’Ouest procède en fait à un véritable nettoyage social, une action volontaire d’exclusion des personnes les plus vulnérables, ainsi qu’à une privatisation matérielle et concrète de cette partie du terrain vague qu’elle souhaite fermer, surveiller et contrôler. L’opération coûtera 400 000$ de fonds publics, argent qui auraient pu, doit-on le dire, être utilisée en soutien aux personnes vulnérables.

Depuis plusieurs semaines, des personnes se mobilisent pour nuire au plan du CIUSS. Un premier blocage des travaux d’installation de la clôture avait eu lieu le 14 septembre et a pu retarder le début des travaux. Notre action vise la même chose : nuire et empêcher la privatisation des lieux, dénoncer l’expulsion de nos voisin.e.s qui y campaient, affirmer que le Boisé, comme tout le terrain vague, n’appartient à personne, et certainement pas à ses propriétaires fonciers. Nous nous joignons à toute la communauté qui, depuis 10 ans maintenant, se bat pour faire du terrain vague (de ses friches et ses boisés) un espace commun accueillant, populaire et vivant.

Comme le disent les ami.e.s des soulèvements du fleuve en reprenant un slogan qui a déjà 10 ans: « Le terrain vague restera vague. Son devenir est inappropiable : pour tout le monde, mais à personne. »

Manifeste abstentionniste

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Sep 212026
 
Ruba Ghazal, co-porte parole de Québec Solidaire aux élections provinciales de 2026, réagissant à la décapitation d’une poupée en manifestation le 2 mai 2026

Soumission anonyme à MTL Contre-info

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Pour une lutte solidaire et cohérente

Dédicace à Céleste, Marie-Elaine et Coralie. Votre vote a bien été parmi les seuls votes semi-utiles, puisqu’il a inspiré ce texte.

Il n’est pas ici question de pureté militante.

Il est question de réfléchir sur pourquoi, contre quoi et comment on se bat.

Il est question d’avancer vers la victoire ou de stagner à tout jamais.

Préambule :

Nous ne prétendons pas, par ce texte, synthétiser l’entièreté de la connaissance nécéssaire à la lutte. Nous voulons partager une vision du monde, une analyse stratégique de l’État et de comment lutter contre ce dernier. Nous ne recommandons pas ce texte comme une introduction à l’anarchisme, nous nous adressons ici à des camarades don’t nous considérons la stratégie douteuse, pas à des personnes qui s’intéressent pour la première fois à notre lutte. « L’anarchie » de Errico Malatesta nous semble être un bien meilleur début de texte et, de manière générale, nous considérons que discuter avec des anarchistes sera toujours plus pertinent et compréhensible que de lire quelconque livre.

Dans le contexte de la scène militante montréalaise de 2026, face à des élections pathétiquement molles tournant notamment autour de la xénophobie, nous commençons à prendre conscience du fait que plusieurs allié.e.s que nous pensions révolutionnaire ne sont, en réalité, que de gauche.

Qu’un parti aussi évidemment faible et à peine de gauche arrive à créer un tel focus dans la discussion révolutionnaire nous dépasse. Qu’on puisse sérieusement se faire dire que la solution est une gauche « messy » ou qu’il faille voter « pour celleux qui ne le peuvent pas » nous rend abasourdi.e.s.

Ce manifeste tente de remettre les pendules à l’heure sur le sujet du vote comme arme politique.

Les figures de domination seront laissées au masculin, les lieux que nous ne reconnaissons pas ainsi que les noms que nous haïssons seront laissés sans majuscules.

L’État

Au main de l’État, la force s’appelle « droit », aux mains de l’individu, elle se nomme crime.

Max Stirner

Il est important pour expliquer le dégoût que nous inspire l’État de comprendre notre conception de cette machine. Nous définissons l’État comme l’appareil de domination qui utilise son monopole de la violence légitime pour administrer par des lois une population donnée sur un territoire donné.

Avec cette définition, il serait facile de croire que l’État n’est rien d’autre qu’un appareil, que les responsables seraient à blâmer pour tout abus et non le système. Il serait cependant inexact de présenter l’État comme uniquement un outil puisqu’il vit au travers et au-delà de toustes celleux qui le constituent.

L’État est une institution avec des principes fondateurs, faits pour assurer sa survie au travers du temps. À cette fin, il tord la volonté de ses plus hauts fonctionnaires, lie leurs intérêts au sien et s’assure de leur éternelle loyauté.

L’État est la somme de toutes les personnes qui le constitue, qui le dirige et qui lui donne leur temps, leur énergie et leur dévotion. Il est aussi une entité vivante avec ses propres intérêts qui dépassent toustes. Il a sa propre mémoire, sa propre vision d’ensemble que personne ne partage réellement puisque le secret est une des premières composantes de son fonctionnement. Ni les généraux, ni les ministres, ni les présidents ne voient l’intégralité de ce que l’État fait. Tout cela est évidemment voulu. La machine, pour asseoir sa domination, ne peut pas réellement avoir quelqu’un.e aux commandes puisque ça l’empêcherait de tout contrôler. Si l’État pouvait être réellement commandé, utilisé et/ou dominé, sa survie serait mise en péril. Ainsi, pour empêcher qui que ce soit de s’élever au dessus de l’État, il s’assure que jamais personne ne puisse avoir plus de connaissances que la machine.

L’État est obsédé par le fait de tout comprendre, tout connaître, tout recenser et tout surveiller. La surveillance de masse n’est pas une dérive autoritaire de l’État, c’est la suite logique de ses prémisses. Ainsi, comme personne ne comprend ni ne connaît l’État dans la globalité de sa volonté propre, personneen son sein n’est aussi puissant que l’État en tant qu’entité semi-consciente.

C’est là d’ailleurs le seul aspect que nous pouvons (ironiquement) apprécier de l’État : toustes celleux qui pensent, par l’État, s’élever et dominer, se retrouvent endetté à vie, au service d’un démon qui dépasse complètement leur compréhension. Le dirigeant est autant au service de l’État que le riche est au service du Capital.

Quand on dit que l’État « administre », c’est bien pour appuyer qu’il ne coordonne pas. L’État n’organise pas, il réglemente. Il ne décide pas comment les choses se font, il empêche qu’elles se fassent de certaines manières et, surtout, qu’elle se fassent sans lui. Il sait que le seul but de son existence est de tout administrer pour que le peuple aie à prendre le moins de décision que possible, puisqu’il a fondé sa légitimité sur l’idée que les individus ne peuvent pas prendre de bonnes décisions. Chaque initiative communautaire qui réussi à créer de la coopération altruiste et bénévole démontre matériellement l’incohérence de l’existence de l’État.

L’État doit donc agir pour garder le contrôle sans avoir l’air de répondre de manière démesurée. Il sait que plus il est ouvert et direct dans sa domination, plus le contre-pouvoir s’active. Il sait que moins il se justifie dans sa violence, plus notre propagande est efficace. Quand il attaque frontalement, c’est pour tuer puis changer de sujet aussi vite que possible. Aïnsi, comme il est plus confortable quand il n’a pas besoin d’en arriver là (bien qu’il n’hésite évidemment jamais à appuyer sur la gâchette), il tente de maintenir son contrôle de toutes les manières des plus subtiles, il pervertit les esprits dès l’enfance grâce à son contrôle sur l’éducation et nous maintient dans ses schémas en administrant toute notre vie. Plus l’État contrôle, plus il est difficile de se rendre compte qu’il contrôle.

Il est indubitable que les ouvrier.ère.s sauraient organiser leurs usines, les professeur.e.s et élèves leurs écoles, les médecins et infirmier.ère.s leurs hôpitaux, etc… L’autogestion a fait ses preuves maintes et mainte fois au travers de l’histoire. L’État s’est imposé en contre-disant cette évidence. L’État libéral (que tous les partis visent à perpétuer, même ceux qui n’ont pas « libéral » comme nom) postule que les humain..e.s sont naturellement en conflit constant. Selon lui, les intérêts des un.e.s et des autres sont, opposés par défaut et l’État peut trancher les différents et réconcilier les groupes qui composent notre société par le pouvoir du vote à majorité. L’État est donc persuadé que la coopération et la création de communautés harmonieuses ne peut pas arriver et que, par les lois, il peut forcer chacun.e.s à tolérer leurs concitoyen.ne.s.

On voit donc ici une vision profondément fausse et biaisée du monde à laquelle nous avions déjà fait allusion plus tôt. L’affirmation selon laquelle « l’homme est un loup pour l’homme », idée développée dans « le Léviathan » de Thomas Hobbes, résume bien les fondements argumentatifs de l’existence de l’État puisqu’elle a littéralement été sa base. Le problème étant que nous ne pouvons pas imaginer une personne humaine à un état naturel. La socialisation nous affecte dès la naissance et il nous est donc impossible de discerner les comportements naturels des comportements socialisés dans le monde réel. De plus, même avec une expérience de pensée comme celle qui a mené au raisonnement de Hobbes, nous ne pourrions pas imaginer un comportement naturel puisque nous n’avons pas conscience des effets précis de notre socialisation. Tout raisonnement ayant, à sa base, une prétendue compréhension précise de la nature humaine, est irrecevable.

L’État s’appuie donc sur ce fameux « égoïsme » qui habiterait toustes les humain.e.s pour justifier la destruction de leur volonté. Puisque la volonté humaine est « égoïste », elle ne peut mener qu’à des choix nocifs pour sessemblables. Ainsi, comme dans le christianisme, nous voici réduit.e.s au statut de simples pécheurs et pécheresses, des monstres maléfiques don’t la seule chance de salut est d’adorer notre bon maître à toustes : l’État. Le bon État, celui qui sait tout, qui voit tout et qui peut tout faire, même réconcilier les animaux que nous sommes. On pourrait se poser la question, bien sûr ; quelle sorte d’égoïste se laisserait donc dominer ainsi ? On peut se demander comment l’État peut exister selon ses propres principes puisqu’une masse d’animaux dont l’égoïsme se manifeste exclusivement par la malveillance refuserait probablement tout maître jusqu’à ce que mort s’ensuive. À cette question, l’âme sensée arrive à deux possibles conclusions: nous sommes soit capables de restreindre notre malveillance (mais dans ce cas pourquoi la restreindre en faveur d’un État et pas de la création d’une communauté harmonieuse ?), ou alors l’égoïsme n’est pas malveillant, et le vrai égoïste comprend justement que son intérêt est intrinsèquement lié à celui de toustes celleux qui l’entourent.

Un autre pilier du raisonnement étatique est qu’il saurait allier une grande population en établissant des compromis de manière efficace et biaisée vers la majorité. Plusieurs problèmes, là encore, se révèlent par un examen rigoureux des tenants et aboutissants de cette idée. Pourquoi devrions nous faire parti de si grands groupes ? Pourquoi tenter de réconcilier les millions d’habitants du soi disant canada, québec, ou même de certaines grandes villes ? Pourquoi le même gouvernement devrait établir des règles qui touchent le propriétaire d’une terre d’exploitation pétrolière d’alberta, le restaurateur des grandes villes ontariennes et la mécanicienne en région au québec ? Pourquoi même un seul et même groupe devrait décider à la fois de règles pour celleux qui habitent à montréal, à québec, à val-d’or, à gaspé, à la tuque et à sept-îles ? Sommes nous sincèrement en train de prétendre que toutes ces villes-là sont même comparable dans leur économie, leur culture, leur vie quotidienne, leur dialecte ? Assurément, personne ne pourrait avoir une vision aussi stéréotypée du soi-disant québec ?

Ainsi donc, pourquoi montréal devrait décider pour sept-îles, sept îles pour québec, québec pour gaspé et ainsi de suite ? Pourquoi est-ce qu’une majorité éparpillée au travers d’à peu près 1,67 millions de kilomètres carrés pourrait imposer quoique ce soit à une minorité toute aussi éparpillée et don’t elle n’a aucune idée des conditions d’existence ? Qui donc peut se targuer de comprendre les besoins et les enjeux qui touchent chacune de ces villes ? Personne. Et ce n’est pas en réunissant plus de 9 millions de personnes biaisé.e.s que, soudainement, le raisonnement deviendra plus logique.

En réalité, l’histoire nous a démontré l’inverse maintes et maintes fois. La domination a toujours mené à l’oppression et le fait qu’elle soit dirigée par une majorité n’a rien changé. Les féministes comme Emma Goldman, par exemple, avaient bien compris que nous n’arrêterons ni les féminicides les plus atroces ni la misogynie la plus quotidienne en accordant le suffrage « universel ». Le monde actuel et sa résurgence masculiniste leur a donné raison. Non seulement le droit de vote n’a pas libéré les femmes des chaînes du patriarcat, le vote des femmes n’a pas non plus « purifié » le système électoral comme certaines suffragettes le prédisaient. Agrandir la masse de personnes aux urnes n’a pas rendu le système plus juste.

On pourrait croire qu’en élisant celleux qui votent les lois nous avons un contrôle indirect sur lesdites lois et donc sur notre vie. Le problème étant que non seulement l’État en soi nous prive de liberté, comme dit plus tôt, mais même selon la logique de la propagande de l’État, nous n’avons pas de pouvoir.

Non seulement les politicien.ne.s ne sont aucunement tenu.e.s de garder leurs promesses (comme on l’a vu dans toutes les démocraties représentatives), mais en plus le concept même de loi est une domination constante. Le système démocratique libéral a comme fondements principaux de conserver et d’assurer les « droits naturels de chacun.e.s » notamment le fameux droit à la propriété.Démontrer l’oppression inhérente à cette vision de l’organisation sociale peut se faire simplement. Le gouvernement, en prétendant garantir notre droit à la propriété, ne fait que nous prêter tout ce qu’on pense posséder. La police et la justice sont les organes gouvernementaux supposés garantir que chacun.e.s peut posséder, le but étant de monopoliser la violence dans les mains de l’État (on parle donc de monopole de la violence légitime puisque seul les agents de l’État ont le droit d’être violents) pour égaliser les relations humaines. Puisque, comme dit plus tôt, l’État est basé sur l’idée que la nature humaine est conflictuelle, la seule manière de garder une certaine égalité et sécurité serait d’enlever le droit aux armes et à la violence de chacun.e. Ainsi, l’État nous empêche de posséder par définition ! Dès l’instant où la possession d’une chose devient illégale, toute chose qu’il est légal de posséder ne l’est que par la grâce de l’État. Puisque c’est l’État qui défend la propriété, c’est l’État qui possède.

Puisque c’est l’État qui à le droit de prendre, donner et distribuer, nous ne possédons rien. Comment est-il possible de prétendre que je possède une maison dans laquelle je ne vis que par la grâce de ma famille ? Assurément, si je peux être mis à la rue par mes parents, par exemple, je ne peux pas dire que je possède la maison dans laquelle je vis. De la même manière, si le gouvernement peut décider à chaque instant que je n’ai plus le droit de posséder certaines substances, certains objets qui viennent de certains pays, certains livres, je ne peux pas prétendre réellement posséder quoi que ce soit. Si le gouvernement peut décider de ce que j’ai le droit de porter ou pas, de quelles hormones peuvent ou ne peuvent pas entrer dans mon corps, de ce que j’ai le droit de manger ou pas, je ne possède pas réellement mon corps. L’idée que le gouvernement m’accorde mes droits implique directement et obligatoirement que mes droits ne me sont pas propres.

C’est d’ailleurs pour cela, notamment, que nous nous opposons aux communistes autoritaires. L’idée qu’un État transitionnel peut être utilisé pourdétruire la société capitaliste est incohérente non seulement parce que l’État possède déjà tout, mais en plus parce qu’un État qui passerait des lois ou des décrets pour moins posséder ne peut pas exister. Le communisme autoritaire part du principe que l’État est capable de s’autodétruire, ce qui, pour nous, serait comme s’attendre à ce qu’on puisse serrer nos menottes tellement fort qu’elles se briseront, comme si nos mains ne se videront pas de sang avant.

L’État est aussi, par sa domination, propriétaire de mon être. Comme le christianisme, l’État dit que nous ne sommes pas avant tout des gens, des individus. Selon l’État, nous ne sommes pas des personnes uniques avec des expériences uniques, des défauts et des qualités unique, une vie unique. Selon l’État, nous sommes avant tout citoyen.ne.s. L’État, en dictant des lois, dicte les limites de nos droits, comme dit précédemment. Il dicte donc les lignes acceptables de notre conduite, de notre comportement, de nos actes. En nous définissant comme citoyen.ne.s au lieu d’individus, il tente d’uniformiser le sens de notre vie. Tout comme la religion, l’État installe des lois fondamentales, sa version des saints commandements. Des lois inviolables qui différencient les bon.ne.s des mauvais.e.s citoyen.ne.s. Les bon.ne.s citoyen.ne.s ne volent pas, ne tuent pas, payent leurs taxe, etc… Ainsi, l’État reproduit le fantasme religieux de moralité objective qui permet la punition raisonnable. Il est raisonnable de priver de leurs droits celleux qui ne sont pas citoyen.ne.s puisqu’iels ne méritent pas de droit. Comme le droit vient de l’État, ne pas suivre les règles de l’État justifie facilement la perte des dits droits. Ainsi, il n’y a plus d’humanité ou d’individualité au sein de l’État, nous devenons des exemples du concept de « citoyen.ne.s ». Idéal de vertus inatteignable qu’on ne peut qu’aspirer à ressembler ou rejeter et être rejeté.e.

Le vote n’est pas une bonne stratégie

Rien ne manque au triomphe de la civilisation.

Le comité invisible

Nous ne discuterons pas ici de personnes qui font activement campagne pour un parti. Leurs actions sont de trop grosses pertes de temps pour que nous même perdions du temps à en parler. Nous nous adresserons donc aux camarades.

Celleux qui s’organisent et qui agissent politiquement. Nous nous adressons à celleux qui se prétendent déçu.e.s par le système électoral et conscient.e.s de la domination omniprésente dans notre société mais qui, malgré tout cela, votent quand même.

Nombreuses raisons semblent mouvoir cette partie spécifique de notre communauté. Nous commençons donc par dire que nous ne critiquons pas votre personne, nous critiquons votre stratégie. Nous comprenons que vous êtes persuadé.e de vos bonnes intentions et nous offrons simplement une critique de l’outil que vous utilisez tout en le rejetant ; le vote.

Tout d’abord, nous ne croyons pas que votre vote arrêtera le fascisme ou la droite. Le fascisme ne s’est jamais arrêté par les urnes. Si on prend l’exemple de la France, cela fait des années et des années que les électeur.trices font front au Front National (FN), sans aucun succès. Année après année, le parti fondé par des anciens de la Waffen-SS accumule les votes, accède au second tour et arrive de plus en plus près de la majorité. Le Front National est passé de 190 921 voix pour 0,75 % des voix au premier tour des élections présidentielles en 1974 à 8 133 828 voix pour 23,15 % des voix au premier tour des présidentielles de 2022 et 13 297 760 voix pour 41,46 % des voix au second tour. La pente fasciste s’est enfoncée sur le fil de 50 ans et aucun vote n’a empêché l’augmentation de la puissance du FN. Le vote les a empêchés d’accéder au pouvoir pendant 50 ans mais n’a rien fait d’autre que de retarder l’inévitable. La seule manière d’arrêter la droite, c’est de la tuer dans l’oeuf.

Combien d’entre vous avez été présent.e.s au blocage du discours de Nouvelle Alliance sur la statue de dollard des ormeaux ? Si vous parlez du vote comme option pour bloquer la droite sans aller bloquer le fascisme dans la rue, là ou ça compte, vous n’êtes pas antifascistes. Le vote endigue la droite, ralentit le fascisme, et laisse pourrir la société. Le fascisme existera tant qu’il existera un État parce que le fascisme n’est que la fin naturelle de l’État, l’État poussé à son paroxysme. Quel autre projet politique que la fascisme pourrait être l’aboutissement de la logique de l’État ? L’État, dans sa paranoïa, veut toujours plus contrôler et dominer. L’établissement d’un État totalitaire au peuple abruti par de folles idées de suprématie nationale ou raciale est le paradis de l’État, un monde parfait ou rien ne risque d’attaquer sa reproduction. Aucun État ne peut retenir le fascisme. Tant que l’État existe, le fascisme est tout aussi inévitable que la révolution. La seule différence est que la révolution peut arriver après le fascisme mais qu’une vraie révolution arrêtera pour toujours le fascisme.

On nous répondra ici, avec bonne foi, qu’il serait largement possible de faire les deux. D’aller voter ET d’aller dans la rue, d’agir à l’intérieur ET à l’extérieur du système. Notre réponse serait que l’un entre plus en contradiction avec l’autre que vous ne le pensez.

Premièrement, voter légitime le système. Comme vu plus haut, il est dans l’intérêt de l’État de conserver sa légitimité comme logique. L’État tente donc perpétuellement de rester justifié en appuyant sa légitimité notamment sur le vote. Il nous dit « Vous pouvez voter, vous pouvez convaincre, vous pouvez vous présenter. Vous ne pouvez donc pas réclamer autre chose que ce que la majorité veux, vous ne pouvez pas vous plaindre de résultat d’élections auxquelles vous refusez de participer, vous ne pouvez pas imposer à la majorité votre volonté destructrice. » Ainsi, en acceptant d’utiliser le vote comme outil, vous acceptez la légitimité de l’État, indirectement certes, en restant critique absolument, le nez bouché même, comme si vous mangiez un mauvais repas, mais ce qui importe réellement c’est que vous votez. Vous commettez cet actequi est recensé et montré à la population comme preuve de la légitimité de l’État, vous augmentez le nombre de personnes qui ont voté et, ainsi, vous participez à maintenir chez les autres sujet de l’État l’illusion que notre système fonctionne. Chaque personne qui vote envoie un message aux asservi.e.s : « Le système est acceptable. Il n’est pas parfait mais il n’est pas assez pourri pour qu’on refuse de s’y résigner. » Voter envoie un message contre-révolutionnaire.

La domination de l’État ne peut pas cesser tant que nous continuons à nous soumettre à ses rituels.

Bien sûr, on ne peut pas connaître l’intention de celleux qui annulent leurs votes ou qui ne se présentent pas. Certainement qu’iels ne sont pas toustes anarchistes. Cependant, lorsque le nombre d’abstention augmente, avec lui augmente l’évidence de inefficacité de l’État à « réconcilier les intérêts », avec lui diminue directement la légitimité des dirigeant.e.s. Ne pas voter, c’est comme aller en manif : seul ça ne sert à rien, ensemble ça porte un sens. Nous ne comptons pas parmi nous de prophètes qui prétendent pouvoir vous livrer un pourcentage d’abstention qui causera magiquement une révolution, d’ailleurs nous ne prétendons pas que l’abstention est assez forte pour amener la révolution seule. Ce que nous observons, cependant, c’est que la remise en question de l’État ne peut être enclenchée que par des interactions directes avec des propos révolutionnaires ou la constatation d’une contradiction injustifiable dans les propos de l’État. L’augmentation du taux d’abstention constitue une action à laquelle il est facile de contribuer et qui peut évoluer en une preuve des contradictions du réel qu’opère, chaque jours, l’État.

Deuxièmement, il ne faut pas que QS soit fort. Nous n’appelons pas ici à une dictature de la droite, au contraire nous la combattons. Cependant, augmenter la puissance de QS à l’assemblée, bien que ça puisse endiguer les projets de droite, aura surtout comme effet de diviser nos troupes. Les jeunes de gauche aupotentiel révolutionnaire qui pleurent notre monde, qui désirent un changement et qui seraient prêt.e.s à agir ne nous suivrons pas si QS semble être une option de gauche forte. Même si pour nous, il est évident que QS aurait du mal à être sérieusement considéré comme un parti de gauche, leur image publique est à gauche. Plus QS prend de l’importance, plus les personnes de gauche vont se rallier à QS comme option viable pour « stopper » le fascisme et la droite, plus les gens de gauche font ce compromis en votant Q$S, plus QS se renforce. Bref, la gauche pacifie. Ce cycle ne fait que donner plus de puissance à QS et au système, l’apothéose de ce cycle n’étant que l’ascension au pouvoir d’un parti social traître mou, permettez nous d’être déçu.e.s de vos ambitions. Nous jouons un jeu à somme nulle ou l’on ne gagne qu’en ayant plus de personnes qui donnent de leur temps. Plus un camp a l’air fort, plus les indécis.e.s ont de chances de s’y rallier. Chaque cycle électoral ou QS gagne de l’influence est un cycle ou nous en perdons.

Troisièmement, nous pourrions dire ici que QS opère un contre-pouvoir à la droite au sein même de l’assemblée, qu’il peut aider les luttes de l’intérieur. À cette opposition très stratégique et concrète nous répondrons par une analyse tout aussi concrète: Non. Ce n’est pas vrai de dire que QS sera capable d’opérer un contre-pouvoir aux 4 nuances de droite de l’assemblée. Nous espérons ne pas avoir à démontrer la faiblesse des onze sièges de QS et nous ne savons pas encore si l’idée qu’iels passent soudainement à une quarantaine de sièges nous amuse par son absurdité ou nous effraye pour les raisons mentionnées plus haut. Comme on parle de capitalisme tardif (late stage capitalism) nous pensons que l’étatisme tardif serait un bon qualificatif de notre contexte politique. Le fascisme est au portes de nombre des « démocraties » du monde (comme il l’a d’ailleurs toujours été, il se trouve simplement que maintenant que ça touche les blancs on s’en inquiète). Dans ce contexte, QS aura un peu près autant de pouvoir politique à l’assemblée que quiconque enaurait sans matériel explosif.

Aucune étude électorale sérieuse ne laisse présager que QS aie une présence importante dans l’assemblée. Cela étant dit, même en admettant que QS puisse constituer une voix de centre-gauche à l’assemblée, est-ce vraiment le contre-pouvoir que nous voulons ? Ne voulons pas que le contre-pouvoir se manifeste dans la rue, dans les écoles et dans les syndicats ? On dira encore ici que les deux sont possibles mais, comme dit plus haut, le jeu est à somme nulle. Plus QS est un réel contre-pouvoir, moins nous pourrons l’être, moins nous aurons de militant.e.s et plus nous aurons l’air extrême, sauvages, jamais content.e.s.

L’abstentionnisme actif

Nous ne voulons plus travailler au spectacle de la fin du monde, mais à la fin du monde du spectacle.

Guy Debord

Il est donc temps de passer à l’action. Nos vies sont effectivement attaquées, la droite monte et, avec elle, son ombre inséparable, le fascisme. Cependant, si vous voulez agir pour les plus vulnérables, ne vous contentez pas de « voter pour celleux qui ne le peuvent pas », agissez pour celleux qui ne le peuvent pas.

L’indifférence des dirigeant.e.s couplée à l’urgence de la situation justifie et demande des tactiques bien plus développées que le vote. Le modèle que nous proposons dans les prochaines pages n’a pas pour but de redéfinir l’implication de chacun.e ou de s’imposer à la réflexion collective. Libre à vous de l’utiliser ou pas pour comprendre votre implication ou le rôle que jouent différentes actions. Le but premier de ce modèle est d’être le plus compréhensif possible pour des camarades qui ne savent pas encore comment s’impliquer et celleux qui se sont perdu.e.s dans leur combat (ou leur burnout) et qui cherchent un nouveau départ.

Nous séparons l’action politique révolutionnaire en quatre catégories, toutes regroupées sous un seul et même objectif : passer un message.

Nous considérons que passer un message n’est jamais le seul but d’une action réellement impactante.

Cependant, la transmission de notre message révolutionnaire est ce qui réunit toute action politique pertinente. Nous distinguons donc ici les actions politiques des actes de survie. Bien que les actes de survie peuvent être motivé par une vision politique spécifique, si ils ne passent pas un message, nous ne considérons pas que ce sont des actions politiques. L’étudiant.e qui vole à son employeur pour avoir de quoi se nourrir n’effectue pas nécessairement une action politique. Si iel partage ses pratiques, encourage à l’auto-réduction et convainc ses collègues que sa nécessité est un symptôme de l’exploitation qu’iels subissent, iel effectue une action politique.

Autrement, si iel le fait en secret, ce n’est qu’un acte de survie motivé politiquement. Nous ne faisons pas cette différence pour attaquer ou reprocherquoi que ce soit à celleux qui pratiquent les actes de survie motivés politiquement en se cachant. Nous ne faisons que nous assurer que la différence est claire et que, bien qu’on encourage tout moyen de survie fonctionnel qui sort du système, nous voulons parler ici de comment organiser la lutte, donc de comment agir politiquement pour amener à une révolution. Nous considérons donc premièrement les actions comme porteuses de message car la priorité révolutionnaire est, à nos yeux, la propagande.

Le message que les actions politiques révolutionnaires doivent passer est à la fois spécifique et universel, clair et adaptable à toutes les situations. S’il devait être réduit à sa plus simple expression, il se lirait comme suit : « Nous toustes devons reprendre le contrôle de notre vie pour amener un monde nouveau. » Cette idée est au centre de tout mouvement anti capitaliste, anti État, anti raciste, anti cishétéropatriarcal et de manière plus générale, anti domination. Nous utilisons ici « rependre le contrôle » au lieu d’un synonyme de liberté car nous voulons mettre l’emphase sur l’opposition inhérente de la lutte. Nous ne nous battons pas contre quelque chose de naturel ou de tombé des cieux, nous attaquons des idées spécifiques, à l’origine de systèmes spécifiques, mettant en position de pouvoir des personnes spécifiques. Nous ne luttons pas de manière abstraite, nos ennemis sont clairement identifiables.

Nous n’essayons pas de gagner quelque chose, nous reprenons ce qui nous a été volé, arraché, extorqué. Là est donc la grande raison de notre dédain face au vote. Le vote n’envoie aucun message révolutionnaire, encore pire : il contredit notre message principal.

Ainsi, nous séparons les actions politiques en quatre catégories selon leur objectif principal : les actions offensives, les actions défensives, la création de communauté et la création de ressources. Cette séparation n’est pas exclusive, certains type d’action vont communément ensemble, certaines actions peuventrentrer dans plusieurs catégories, etc… Une parenthèse s’impose sur l’action directe. Comme il est bon, dans un milieu en si constante évolution, de bien définir ses termes pour contribuer à la réflexion, voici notre définition actuelle de l’action directe: «une action directe est une action politique qui tente d’obtenir quelque chose par l’action même ou de changer le monde activement.

L’action directe, bien qu’elle puisse se revendiquer d’une philosophie et donc d’un idéal politique, n’a pas pour but de faire accepter cette revendication mais de la rendre réelle par l’action. » Ainsi, par exemple, une manifestation peut être une action directe comme elle peut ne pas l’être. Si un groupe queer décide de manifester lors d’un festival chrétien pour fermer le festival et affirmer leur puissance face à un groupe qui les a historiquement opprimé.e.s, la manifestation est une action directe. Cependant, si un groupe syndical organise une manifestation pour protester contre une loi, aussi violente soit-elle, cette manifestation n’est pas une action directe. La manifestation queer attaque sa cible par sa présence, la manifestation syndicale n’est que symbole de la colère de ses participantes.

L’action directe à cet avantage que, dans un monde de faux, d’images et de spectacles, elle touche au réel, au concret, au monde des vivant.e.s plutôt qu’au monde des fantômes, des concepts.

L’action défensive est bien souvent un acte de solidarité, spontané ou non, envers une communauté ou un.e individu opprimé.e. Elle se caractérise par son aspect réactif. On ne peut pas planifier une action défensive sans connaître l’offensive ennemie à l’avance. Son caractère spontané vient donc souvent de l’imprévisibilité de certaines offensives. Quand un.e camarde annonce, en urgence, que le ou la proprio de son appartement commence à évincer ses locateur.ice.s et qu’une brigade anti-éviction s’organise, on peut parler d’action défensive. Quand un squat ou une occupation demande des renforts face à lapolice, chaque personne qui vient en soutien effectue une action défensive.

Quand une entreprise d’exploitation naturelle tente de drainer la terre de ses ressources sur des territoires ancestraux comme sur le kilomètre 134, les blocages constituent une action défensive.

L’action offensive tente d’engager le conflit. Elle ne réagit pas, elle provoque, elle attaque directement. Elle est bien souvent préparée des semaines, voir des mois à l’avance pour garantir anonymat et efficacité à celleux qui la commettent. Elle est souvent faite en petit comité, plus elle est risquée, plus l’information de son existence est limitée à celleux qui ont absolument besoin de savoir qu’elle existe pour son fonctionnement (ce principe est aussi appelé le need to know basis). Les actions offensives efficaces sont bien souvent relativement violentes. Le but est d’arrêter ou saboter un processus. Les destructions matérielles ciblées comme dans les locaux d’une entreprise sont des actions offensives. Le sabotage d’usine est une action offensive, les blocages de certains événements sont des actions offensives.

La création de communauté n’agit pas toujours directement contre quoi que ce soit. La création de communauté est souvent lié à des actes de survie ou à la facilitation de celles-ci chez une population particulière. La création de communauté comporte souvent une certaine dimension de préfiguration, de création des milieux favorables à la lutte ou d’outils nécéssaires à une société post-révolutionnaire. C’est la colonne vertébrale du mouvement dans le sens ou c’est ce qui renforce tout autre types d’action. Les création de lieux collectifs accessibles comme l’Achoppe sont de la création de communauté. Les évènements de potluck ou bouffe gratuite militante comme les diners mensuels de l’ORA sont une forme de création de communauté. Les espaces de travail communs comme les terres des greniers agricoles sont des formes de création de communauté.La création de ressources est une type d’action qui vise à renforcer l’arsenal de la lutte ou d’un groupe donné. La création de ressources est généralement liée à une forme de création d’intelligence et de connaissances collectives. L’idée est de faire en sorte que chacun.e d’entre nous n’aie pas à réinventer la roue ou redécouvrir le feu à chaque action. La création de zine, de collants, d’affiches, de tract ou de journaux sont des formes de création de ressources, qu’elle soit destinée à la propagande ou à la réflexion et au débat. Les formations, les groupes et les syndicats, tout en participant à créer des communauté, aident à la création de ressources en affinant nos compétences collectives.

Il pourrait se dire qu’il existe une cinquième action : la propagande directe. Les actions qui peuvent ressembler à de la propagande pure ont souvent soit comme but de faire participer quelqu’un.e à une action, à un événement de communauté ou à s’organiser en profitant d’une ressource. Toutes les discussions que vous arrivez à ramener sur des sujets révolutionnaires deviennent des actes de propagandes quotidiens accessible. Nous vous invitons à utiliser le modèle qu’il vous faut pour penser votre implication mais nous vous encourageons à ne pas voir comme seul et unique but de votre action la propagande. Bien que ce soit ce qui relie les actions, la propagande pour la propagande n’accomplit rien en soit. Si on attends d’avoir recruté assez de volontaires avant de faire quoi que ce soit d’autre, nous stagnerons comme les nombreux partis communistes, révolutionnaires ou non, qui pullulent à travers le monde. Ces gens-là n’ont pas compris que c’est l’action qui crée la propagande et pas l’inverse.

La scission révolutionnaire

Habiter la terre, apprendre à se nourrir, à faire communauté et poursuivre la résistance jusqu’à ce que nous soyons libres.

Les Greniers Agricoles

La scission avec le système électoral n’est pas un abandon du pouvoir à la droite, c’est un refus de légitimer les violences trans-partisanes de l’État. Tous les partis sont déshumanisants. N’allez pas croire que, parce que certain.e.s sont transphobes et d’autres non, la domination des partis moins de droite est acceptable. Tous les partis continueront l’incarcération des minorités, tous les partis participeront à l’augmentation du pouvoir policier, tous les partis perpétuerons la domination patriarcale qui nous emprisonne dans les pires des violences banalisées. Aucun parti ne nous sauvera, c’est à nous-même de nous sauver des partis.

Combattez la droite là ou ça compte ; dans les rues, dans vos familles, dans vos écoles, dans votre travail, dans les livres, les films, les réseaux. Combattez la droite partout ou elle se présente mais combattez-la réellement. Si vous vous opposez à la droite en votant à gauche, vous délégitimez les actions anti- fascistes puisque vous participez à la fable de la légitimité populaire. En rejoignant la masse, vous quittez la lutte.

La gauche électorale est un poison pour la lutte car elle pacifie les masses, nous la rejetons autant que la droite et autant que le fascisme. Tout parti qui entre en lisse lors des élections est, pour nous, au même niveau. Les groupes de résistance doivent prendre un pas de recul et arrêter de se demander si la peste ne serait pas légèrement moins douloureuse que le choléra. Allons chercher le remède et battons-nous contre toustes celleux qui tenteront de nous en empêcher.

Pour notre part, nous commencerons par participer à la création de ressources comme celles ci. Nous ne prétendons pas être les berger.ère.s du mouvement, en réalité nous serons ravi.e.s de voir des critiques intelligentes de nos idées. Nous pensons simplement que la meilleure chose que nous sommes capable de faire en ce moment est d’écrire et de diffuser nos idées. Les désaccords sont inévitables mais plus on arrive à diffuser des idées spécifiques au sein dumouvement, plus la lutte sera facile à organiser. Notre but est de faire converger autant les camarades qui ont les mains dans tous les pots et qui aimeraient influencer différents groupes vers une direction commune que celleux qui donnent leur temps à un regroupement en particulier et qui ont des objectifs ou des cibles très particulières. Tant que nos actions sont réfléchies avec des perspectives similaires, nous pouvons créer une lutte décentralisée mais coordonnée, disparate mais cohérente, une lutte qui a du sens et qui est partout, une lutte altruiste remplie d’égoïstes.

Libre Association

Autistici/Inventati met fin à ses activités – Restez humain

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Sep 082026
 

Du Collectif Autistici/Inventati (via Indymedia Nantes)

Le jour où nous avons découvert que nous avions été désignés comme une organisation terroriste mondiale, nous nous étions promis que nous tenterions de résister aussi longtemps que possible, que nous ne céderions pas tant que nous aurions des possibilités de tenir bon. Nous avons fièrement maintenu et défendu une infrastructure libre, sécurisée, autonome et politiquement engagée pendant des années.

Pour nous, « Restez humain », ce n’est pas une phrase vide de sens.

Cela veut dire que, par dessus tout, nous avons la responsabilité de protéger nos utilisateur-ices, celles et ceux qui construisent le réseau humain qui nous relie, ainsi que les communautés qui nous inondent de messages de soutien et de solidarité.

Nous ne pouvons nous engager dans un combat ou nous exposer à des manipulations qui menaceraient la vie de ces personnes et des personnes qui leurs sont chères, les laissant à la merci d’autocrates, de fascistes et d’agences gouvernementales capables de manoeuvres extra-légales. La possibilité que notre travaille puisse provoquer des conséquences légales et financières à celles et ceux qui nous sont proches – ou qui ont seulement quelque chose à vois avec nous – ne nous laisse pas le choix.

A/I met fin à ses activités.

Le collectif Autistici/Inventati met fin à ses activités et cessera prochainement de fournir l’ensemble des services qu’il propose.

Il n’y a pas de manière facile d’annoncer ou d’expliquer cela.

Chaque jour où nous avons pu rester en ligne après le 26 août 2026 a été une victoire, mais nous sommes obligés de nous arrêter.

Aucun d’entre nous n’a une haute estime des gestes héroïques et des martyrs, nous ne demanderons ainsi aucun sacrifice. Pas de nous ni ne quiconque. Il s’agit d’un climat politique, Dans le contexte politique actuel, le fait de continuer à proposer nos services met en danger nos utilisateur-ices et toutes les personnes qui font partie de nos communautés. Dans un monde où les accusations sont à ce point déconnectées de la réalités, on ne peut s’attendre qu’à ce que la répression devienne de plus en plus disproportionnée. Dans ces circonstances, nous ne sommes plus en mesure de maintenir notre objectif initial – offrir des outils sécurisés et non-commerciaux.

Ces 25 années ont été extraordinaires. Ça a été une « sacrée aventure ».

Maintenant, éteignez vos ordinateurs, sortez de chez vous, luttez, embrassez-vous et continuez à sourire. Nous nous arrêtons, mais la Résistance et ses idées, elles, ne s’arrêtent pas. Restez humains.

Nous enverrons prochainement des indications sur les manières de sauvergarder les contenus de vos blogs, de vos boîtes mails et de vos sites internet, avec des recommandations d’ordres plus techniques. Mais gardez à l’esprit que de la même manière que le domaine autistici.org était rendu inaccessible sans pré-avis, nous risquons de souffirr des mêmes problèmes dans les prochains jours sans être à même de les prévenir.

Autistici/Inventati Collective

Un serveur nommé Paranoïa : Défendons Autistici/Inventati

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Sep 022026
 

De Sabot Media

Au cours des 25 dernières années, Autistici/Inventati, un collectif de hackeur·euses italien a mis sur pied des infrastructures de communication conçues pour survivre à la censure, à la surveillance et aux descentes de police. Le 26 août, les États-Unis ont désigné ce collectif comme une organisation terroriste. Les mesures d’embargo économique prendront leur pleine mesure le 25 septembre 2026.

Ça aurait du être une nuit sombre et orageuse dans un hacklab italien.

Mais la scène se déroule un beau dimanche ensoleillé.

Le 3 mars 2001, une dizaine de personnes se retrouve au hacklab LOA à Milan autour d’un ordinateur assemblé avec des bouts de machines sorties du rebut. Peu avant, une banque leur a vendu un vieux serveur pour la somme symbolique de 15.000 lires, soit à peu près 8 euros. Iels l’ont amélioré avec des composants de récup’, dont un disque dur extrait de l’ordi du salon d’une personne. Personne n’a de plan formel. Les logiciels sont choisis l’un après l’autre. Toutes les décisions sont discutées jusqu’à ce que tout le monde soit d’accord. Intentionnellement, la personne avec le moins d’expérience technique est mise derrière le clavier. Le processus prend bien plus de temps que necessaire parce que l’efficacité n’est pas le seul objectif. Tout le monde doit comprendre ce qu’iels sont en train de construire. Ce jour là, l’un·e des participant·e s’en souvient, iels déclarent : « A/I existe désormais. »

Iels baptisent la machine Paranoia. Le mois suivant elle est en ligne et supporte deux noms de domaines et deux histoires entremelées : Autistici.org et Inventati.org. Vingt-cinq ans plus tard, le 26 août 2026, les États-Unis désignent Autistici/Inventati comme organisation terroriste (Specially Designated Global Terrorist) et l’inscrit sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Bloquées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list).

La distance entre ces deux événements (d’une machine recyclée dans un hacklab à Milan, à la machinerie de l’état techno-sécuritaire états-unien), c’est l’histoire d’un collectif qui ne démord pas, depuis un quart de siècle, d’une proposition dangereuse : on devrait pouvoir communiquer sans d’abord devoir se livrer à de grandes entreprises ou à des gouvernements.

Le 25 septembre, le délai accordé aux institutions pour couper leurs relations avec A/I prendra fin. Les banques, les entreprises de la tech, les hébergeurs et autres institutions sont sommées de couper tous liens qui resteraient après cette date. A/I a construit son infrastructure pour survivre à la disparition de serveurs. Les États-Unis tentent maintenant de rendre le collectif économiquement et technologiquement infréquentable. Mais découvrons ensemble ce qu’est A/I, son histoire, et ce que cette nouvelle attaque pourrait signifier pour les collectifs techniques autonomes et le milieu militant radical en général.

Avant A/I : La contre-culture internet italienne

Autistici/Inventati n’est pas sorti du néant. Ses racines plongent dans plus d’une décennie d’organisation de l’autonomie italienne, de radios pirates, de « bulletin-board systems » [NDLT: premières agoras numériques du jeune internet], de centres sociaux autogérés dans des squats, de mouvements anti-capitalistes et d’expérimentations autour des ordinateurs comme outils politiques. Au cours des années 1990, des réseaux comme le European Counter Network et Isole nella Rete ont fourni un espace en ligne pour les mouvements sociaux alors même qu’internet était peu connu du grand public. Les hackmeetings italiens réunissaient développeur·euses, activistes, artistes, et autres curieux·euses de technologie dans des espaces autogérés.Dans les centres sociaux apparurent des Hacklabs, où les gens pouvaient apprendre Linux, monter des réseaux et aborder les connaissances techniques comme quelque chose à partager plutôt qu’à vendre. Les futur·es membres de A/I venaient de plusieurs endroits de ce monde. À Milan, les personnes affiliées au LOA Hacklab utilisèrent le nom Autistici pour décrire leur intense fascination pour la technologie et leur désir de mettre en lumière la politique cachée en son sein. À Florence, le projet Inventati était plus orienté vers la communication, la publication, et l’organisation du mouvement social. Ses projets comprenaient Stampa Clandestina, un journal conçu pour être imprimé et collé directement sur les murs de la ville, et Spia la Spia, une tentative de cartographier les caméras de surveillance dans l’espace public.

Des personnes de Bologne et d’ailleurs étaient aussi impliquées. Beaucoup participèrent au développement d’Indymedia Italy, mouture locale d’un réseau mondial de publication libre sur internet qui permettait aux manifestant·e·s de rapporter les évènements sans attendre que les journalistes professionnel·le·s les médiatisent. Les différents groupes partageaient le même problème : le mouvement nécessitait un nombre croissant de sites web, de listes mail et de mails privés, mais les infrastructures indépendantes demeuraient rares. Le European Counter Network portait plus que sa part du fardeau. Les fournisseurs commerciaux offraient de plus grandes capacités mais contre un prix élevé, une dépendance structurelle, de la surveillance et un pouvoir de censure. En novembre 2000, Inventati envoya aux hackers milanais un mail chiffré leur proposant une rencontre. Le message fût traité comme dans un film d’espionnage : clés PGP, signes de reconnaissances savament arrangés, un endroit et une heure secrète. Puis les florentins arrivèrent dans une bagnole rouillée légendaire appelée le General Lee, klaxonnant devant le squat pendant que la police surveillait le bâtiment avec stupéfaction.

Le point historique qui fait consensus dans cette histoire est que tout ce petit monde alla ensuite manger dans une pizzeria appelée La Balena. Après le dîner, les florentins dévoilèrent leur plan séditieux : monter un autre serveur autonome.

L’intention n’était pas de remplacer l’infrastructure du mouvement avec un nouveau fournisseur de service central. L’intention était de multiplier l’infrastructure. Si un millier de serveurs autonomes voyait le jour, une simple perquisition ne suffirait pas à couper les communications de toutes les communautés en lutte. Ensemble, iels devinrent Autistici/Inventati, plus courrament abrégé A/I. L’association des collectifs prit légalement le nom d’Investici, mais A/I ne devint jamais pour autant une organisation ordinaire : elle n’avait pas de coordinateur·ice, pas de dirigeant·e officiel·le, pas de porte-parole permanent·e. Les décisions étaient prises en cherchant des consensus plutôt que par votes. Personne n’était payé. Ses ressources venaient de dons, d’évènements de soutien et du travail des gens qui la maintenait. Le double-nom était un choix. Tel Janus, A/I était une créature à deux visages: l’une technique, l’autre communicante ; l’une tournée vers la machine, l’autre vers le mouvement qui en avait besoin.

Le serveur qui ferma la porte en laissant les clés à l’intérieur

La naissance n’a pas été uniquement glorieuse. Le second jour de l’existence de Paranoia, une personne entra une commande de pare-feu inversée, ordonnant par accident à la machine de bloquer toutes les connections qui ne proviendraient pas d’elle-même.

Le serveur ne pouvait donc plus communiquer qu’avec lui-même.

Le collectif a trouvé ça si représentatif de son image qu’il fut décidé d’imprimer l’erreur sur des T-shirts. Ce mélange de rigeur technique et de refus de se prendre au sérieux devint une caractéristique d’A/I. Les serveurs suivants furent nommés, entre autres : Tchernobyl, Rancune, Révolte, Désobéissance et Cavale (Chernobyl, Astio, Rivolta, Contumacia et Latitanza). Derrière les blagues, c’est une position politique qui se développait. La communication devrait être gratuite et accessible. La connaissance grandit en étant partagée. Un logiciel n’est pas neutre simplement parce qu’il existe dans un monde supposé virtuel. Les systèmes grâce auxquels on parle déterminent qui peut parler, qui peut écouter, qui détient les échanges et qui peut être réduit au silence. A/I a commencé à fournir des sites webs, des emails privés et des listes mails, des newsletter et des tchats. Ses services se sont progressivement étendus avec Noblogs, des outils de partage de fichiers, de visio-conférence, de streaming, de proxy mail anonymes et d’autres outils de communication encore. Le tout sans publicité ou exploitation de données à des fins commerciales.

Le manifeste du collectif décrit le projet en des termes explicitement politiques. A/I est anti-fasciste, anti-capitaliste et anti-militariste. Le collectif promeut le logiciel libre, le chiffrement des données personnelles, le pseudonymat et la libre circulation de la connaissance et de la culture. Il réserve les ressources limitées de ses volontaires aux personnes et projets globalement compatibles avec ses principes, plutôt qu’à des entreprises, partis politiques, religions établies ou institutions qui ont déjà les moyens de se faire entendre. A/I n’a jamais été un hébergeur commercial politiquement neutre. Fournir de l’insfrastructure ne signifie pas être l’auteur·ice de tout ce qui passe par cette infrastructure. « Affinité politique » ne signifie pas « contrôle opérationnel ». Offrir à quelqu’un·e une adresse email ne signifie pas écrire tous les emails qui sont envoyés ensuite. Ces distinctions, et leur confusion, jouent un rôle central dans l’attaque que subit maintenant A/I.

Gênes: baptême du feu pour l’infrastructure

À peine quelques mois après la mise en ligne de Paranoia, le G8 s’est réuni à Gênes. Plusieurs participant·es d’A/I étaient aussi impliqué·es dans Indymedia Italy. Iels ont participé à la création du Media Center du mouvement [NDLT: un squat qui rassemblait des journalistes indépendant·es, ainsi que d’autres voix alternatives du mouvement], en tirant des câbles, en configurant des serveurs, en installant des ordinateurs pour permettre aux manifestant·es de rapporter ce qu’il se passait dans la ville. Ce qui a suivi est devenu historique : protestations massives, assassinat par la police de Carlo Giuliani, violences policières indiscriminées dans les rues, tortures et violences sexuelles dans la caserne de Bolzaneto, descente de police nocturne dans l’école Diaz. Les discours officiels entraient en concurrence avec les photos, enregistrements et témoignages de première main transmis via une infrastructure indépendante. Gênes est ainsi l’une des premières manifestations majeures à être documentée sous tous les angles par ses participant·es plutôt qu’exclusivement par les médias institutionnels.

Pour A/I, ce fût aussi ce que le collectif nommera plus tard une « communion traumatique ». Ses membres y fîrent face à la même violence ensemble, tout en maintenant les systèmes aux travers desquels les preuves de cette violence pouvaient se diffuser. Après Gênes, A/I n’était plus une simple expérimentation technique, curieuse et rigolote. C’était devenu une infrastructure de confiance pour le mouvement. La demande crût rapidement. En 2003, A/I hébergeait plus de 2 000 utilisateur·ices, 205 sites web et 269 listes de discussion. Héberger ces services gratuitement devenait insoutenable, des hébergeurs commerciaux auraient facturé des milliers d’euros par an pour de tels services. Le collectif apporta une réponse avec les KAOS Tours : des tournées combinant collectes de fonds, fêtes, discussions publiques et ateliers pratiques. Les membres d’A/I apprenaient aux gens comment monter des serveurs, chiffrer leurs communications, monter et diffuser des vidéos, créer des archives numériques et streamer de la radio.

Les tournées levèrent des fonds, mais leur but principal était l’éducation politique. Le collectif ne voulait pas devenir un groupe d’expert·es invisibles pratiquant de la magie pour des utilisateur·ices passif·ves. Il souhaitait que la communauté comprenne la machinerie dont elle dépendait de plus en plus.

Chaque attaque ultérieure envers A/I provoquerait une variation de cette réponse : découvrir ce qui s’était passé, réparer les dégâts, partager la leçon, construire quelque chose de plus difficile à détruire.

Quand Trenitalia découvre l’effet Streisand

La première confrontation judiciaire majeure a eu lieu en 2004. Un collectif de designers nommé Zenmai créa un site web parodiant celui de l’entreprise ferrovière italienne Trenitalia. Iels copièrent l’apparence du site web de l’entreprise tout en dénonçant son implication dans le transport de chars d’assauts et d’autres équipements militaires pour l’invasion de l’Irak. Trenitalia demanda devant la justice la suppression de la page, le versement de dommages et intérêts ainsi que la publication d’excuses dans deux journaux majeurs pour un coût estimé à environ 20 000 €. Le tribunal ordonna dans un premier temps à A/I de suspendre le site parodique. Internet répondit en reproduisant le site tout autour de la toile.

Trenitalia demanda alors qu’A/I retire également les liens vers les sites miroirs (impliquant l’absurde possibilité que des moteurs de recherche puissent être poursuivis à leur tour pour avoir référencé ces mêmes liens). A/I fit appel. Le 14 septembre 2004, le tribunal statua que le site web était protégé par le droit à la satire et au débat public pour des faits d’intérêt général. La page fût alors republiée et Trenitalia fût condamnée à rembourser A/I de ses frais de justice… une victoire extraordinaire pour un collectif de bénévoles ! Mais tandis qu’A/I se battait au grand jour devant le juge contre la censure, une opération plus pernicieuse se trâmait dans l’ombre, sans qu’iels ne le sâchent.

La répression d’Aruba

Le serveur d’A/I était, à cette époque, hébergé dans un centre de données de l’entreprise Aruba à Arezzo [NDLT: ville Italienne à l’est de la Toscane]. Le 15 juin 2004, la police italienne débarqua chez Aruba, mandatée par un procureur de Bologne. Les techniciens de l’entreprise éteignèrent la machine d’A/I et laissèrent la police en copier les disques durs. Les enquêteurs saisirent ainsi les certificats de chiffrement et installèrent des équipements pour intercepter le trafic. A/I fût faussement informé que la coupure du service était due à un problème électrique. Le collectif ne découvrit la vérité que près d’un an plus tard, par accident.

En mai 2005, A/I fut sommé de fermer la boîte mail utilisée par l’Anarchist Black Cross italienne Crocenera Anarchica [NDLT: organisation anti-carcérale de soutien aux prisonnier·es politiques], dans le cadre d’une enquête tentaculaire impliquant des accusations de complot et de subversion anarchiste. A/I s’est conformé à l’ordonnance du tribunal et a demandé les documents liés à ce dossier. Ces documents contenaient des messages que les enquêteurs n’auraient pas dû être en capacité d’avoir. L’explication était cachée dans une note de bas de page: la police était allé chez Aruba l’année précédente et avait obtenu un accès au serveur de A/I. Une affaire qui prétendait ne concerner qu’une simple boîte mail avait potentiellement compromis des miliers de comptes et des dizaines de milliers d’utilisateur·ice·s de listes mails. Parmi les personnes touchées : des avocats et des experts techniques travaillant pour le Genoa Legal Forum [NDLT: la legal team de Gênes suite aux manifs anti-G8]. La police a donc pu avoir accès à des communications confidentielles de défense à propos des poursuites découlant des agissements de la police lors du G8. Cette violation a révélé une vérité brutale. A/I peut faire tourner son propre serveur, le configurer avec attention et refuser de stocker des logs identifiants, mais la machine physique reste dans le bâtiment de quelqu’un d’autre. Un fournisseur commercial peut donner accès au contenu du serveur aux autorités et dissimuler ce qui s’est passé.

A/I a retiré la machine de chez Aruba, l’a nettoyée et a restoré les services essentiels. Des questions parlementaires furent posées en Italie et au niveau Européen. Le collectif à voyagé dans tout le pays et à travers l’Europe pour expliquer la faille. Mais surtout, il a reconstruit le réseau.

Le plan R* : la répression devient architecture

Le résultat a été le plan R*, lancé en octobre 2005 : un réseau de « communication résistante ». Plutôt que de concentrer les services d’A/I sur une seule machine, le collectif a distribué les données chiffrées et les fonctionalités entre des serveurs situés dans plusieurs pays. Les machines consultées par le public deviennent remplaçables. Les services peuvent être déménagés quand du matériel est saisi ou quand un hébergeur devient hostile. La perte d’un nœud ne peut plus exposer ou réduire au silence l’intégralité de la communauté. R* signifie réplication, redondance, résistance et autres mots commençant par R. Son architecture a été conçue non seulement pour survivre à des pannes mécaniques, mais aussi pour tenir bon face à des attaques politiques. A/I n’a pas prétendu qu’iels pouvaient garantir une sécurité parfaite. Au contraire, iels ont sans cesse rappelé aux utilisateur·ices de ne jamais accorder une confiance aveugle à un hébergeur, y compris A/I. Iels ont réduit les logs et les informations identifiantes au strict minimum, car une information qui n’existe pas ne peut être saisie. Iels ont encouragé les utilisateur·ice·s à chiffrer leurs communications parce que même l’architecture serveur la plus solide ne peut compenser les pratiques individuelles à risque.

Le collectif à transformé une opération de surveillance secrète en leçon d’infrastructure.

La répression est devenue architecture.

Le Vatican, un jeu vidéo satirique, et la Norvège

La pression n’est pas retombée. En 2007, un homme politique italien demande la censure de Operation: Pedopriest, un jeu satirique dénonçant les efforts faits par l’église catholique pour enterrer les cas d’abus sexuels commis par le clergé. Lea créateur·ice du jeu le retire temporairement pour épargner l’hébergeur. A/I en héberge alors une copie. Suite à une plainte déposée par une organisation de protection des enfants non-identifiée, un fournisseur d’accès états-unien déconnecte l’intégralité du serveur de Noblogs. Après consultation des avocats, le fournisseur d’accès conclut finalement que la satire était légale et restaure l’accès au serveur. Le plan R* a permis que le contenu contesté reste accessible ailleurs et a évité une censure plus large. À ce moment-là, A/I est devenu un refuge important hors des réseaux sociaux commerciaux, alors en pleine émergence. Noblogs permettait à chacun·e de publier de manière indépendante, sans publicité, exploitation de données ou nécessité de lier le contenu à une identité légale.

Ses utilisateur·ices incluaient des organisations du mouvement, des auteur·ices individuel·les, des dissident·es, des artistes et des travailleur·euses d’ONGs opérant dans des environnements dangereux. En 2008, A/I a reçu le prix de « Privacy Hero » du Progetto Winston Smith italien pour avoir créé des infrastructures de communication libres résistantes à la censure malgré de faibles ressources, des attaques techniques et des poursuites judiciaires à répétition. Puis, le 6 novembre 2010, la police norvégienne a copié les disques durs d’un serveur d’A/I à la demande de l’Italie. L’enquête faisait suite à des menaces et tags antifascistes ciblant les membres de l’organisation néofasciste CasaPound. Les autorités cherchaient des informations à propos d’une boîte mail. A/I avait déjà expliqué qu’iels n’avaient ni l’identité des utilisateur·ices ni des journaux d’activité, mais les enquêteurs voulaient apparament vérifier si c’était vraiment le cas.

Des miliers de comptes ont été copiés au passage.

Le plan R* permis de restaurer les services ailleurs en environ deux heures. En moins de vingt-quatre heures, le réseau opérait de nouveau normalement. Les disques saisis étaient chiffrés et n’ont fourni aucune information utile. L’opération est devenue un scandale en Norvège. Des avocats, journalistes et associations de défense des droits numériques ont demandé la raison pour laquelle la police norvégienne avait copié les communications privées de milliers de personnes en réponse à une demande étrangère insuffisamment justifiée. L’enquête italienne a fini par être abondonnée. Là où une autre organisation aurait pu interpréter les perquisitions à répétition comme une preuve que son projet était impossible, A/I les a interprétées comme une preuve que leur projet était nécessaire. Son histoire est documentée dans le livre du collectif, +KAOS: Ten Years of Hacking and Media Activism.

26 août 2026

La nouvelle attaque est d’un autre ordre. Le 26 août 2026, le département d’État des États-Unis [NDLT: l’équivalent états-unien du ministère des affaires étrangères] a désigné Autistici/Inventati comme organisation terroriste (Specially Designated Global Terrorist). Au même moment, le Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor (Office of Foreign Assets Control) a placé A/I sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Refusées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list) sous l’ordre exécutif 13224. Ce n’est pas simplement une condamnation du gouvernement. Cela active l’un des systèmes d’exclusion économique les plus puissants au monde. Les États-Unis affirment que A/I fournit des architectures numériques spécialisées, des communications chiffrées et de l’hébergement pour des groupes antifascistes et autres mouvements radicaux, incluant des organisations déjà désignées comme terroriste par les États-Unis.

La déclaration publique du Trésor états-unien se concentre sur les services que A/I fournit : hébergement de sites à l’étranger, mail chiffrés, tchat, visio-conférence et l’infrastructure technique soutenant Noblogs. Cette déclaration décrit notamment la ligne politique antifasciste et anti-militariste de A/I, leur pratique de sélectionner spécifiquement des projets compatibles avec leur ligne politique et la mise à disposition d’infrastructure utilisée par le PKK [NDLT: Parti des travailleurs du Kurdistan]. Le Trésor états-unien considère l’hébergement de cette infrastructure comme un soutien matériel ou technologique au terrorisme. Le dossier du département d’État va encore plus loin, décrivant les attaques, les communiqués et publications qu’ils affirment être passés par les infrastructures de A/I. Leurs exemples incluent des revendications de sabotage de lignes de chemin de fer et de pipelines en Europe, d’attaques sur des infrastructures énergétiques, l’hébergement du groupe antifasciste Rose City Antifa, la lutte contre le projet de centre d’entraînement de la police à Atlanta, du groupe militant Jan’s Revenge et des publications contenant des déclarations attribuées à des organisations armées. Les déclarations publiques du gouvernement ne montrent pas que A/I a planifié ces actions, sélectionné des cibles, transféré des armes, dirigé les groupes cités ou rédigé les contenus hébergés sur ses systèmes. Ils ne précisent pas à quel moment A/I a eu connaissance d’un acte particulier ni si iels en avaient eu connaissance avant que ça ne se produise.

Au contraire, cette désignation défend une idée plus large et plus lourde de conséquences : construire des infrastructures de communications pour des mouvements radicaux peut être considéré en soi comme du terrorisme.

Cette théorie met à bas la distinction entre un fournisseur de services et un·e utilisateur·ice ; entre affinité politique et contrôle opérationnel ; entre protection de la vie privée et dissimulation d’un crime ; entre maintien d’une plateforme de publication de contenu et rédaction de tout ce qui est publié dessus. A/I n’a jamais prétendu être politiquement neutre. Iels ont construit cette infrastructure précisément parce que les mouvements radicaux avaient besoin d’un endroit où parler, publier et s’organiser au-delà des entreprises et du contrôle de l’État. Les États-Unis utilisent maintenant cette intention comme preuve contre elleux.

Suite : le 25 septembre

Puisque A/I est désormais considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis, tous ses actifs détenus au États-Unis (possédés directement, ou contrôlés par un tiers) doivent être bloqués et déclarés à l’OFAC [NDLT : Office of Foreign Assets Control, un organisme chargé de faire appliquer les sanctions financières]. Sauf dérogation, les citoyen·ne·s et institutions états-unien·ne·s ont interdiction de fournir ou recevoir des fonds, biens ou services impliquant A/I. Ces restrictions s’appliquent aussi aux transactions qui passent par les État-Unis, même si les parties prenantes n’y résident pas. L’OFAC a accordé une dérogation temporaire qui autorise les transactions ordinaires nécessaires à la fermeture des relations existantes avec A/I, jusqu’au 25 septembre 2026, à 12h01. Les paiements dus au collectif ne peuvent pas lui être versés ; ils doivent être placés sur des comptes gelés. Après cette date butoir, une nouvelle autorisation sera nécessaire pour toute transaction. Le 25 septembre est donc la date à partir de laquelle les entreprises et individus résidant aux États-Unis sont supposés couper tout lien avec A/I.

Les conséquence pourraient être la perte :

  • de comptes bancaires et moyens de paiement
  • d’accès aux dons et levées de fonds liées aux États-Unis
  • d’hébergement de serveurs
  • infrastructures de cloud et services de transit réseau
  • de noms de domaines et services associés
  • de comptes de certificats
  • de sécurité et d’envoi d’e-mails
  • de services logiciels et de communication
  • de liens avec des fournisseurs non-états-uniens craignant des sanctions secondaires
  • d’accès aux services de A/I pour les personnes résidant aux États-Unis.

Les entités extérieures aux États-Unis n’ont pas à appliquer automatiquement les censures imposées par la loi états-unienne. Cependant, l’OFAC a menacé les institutions financières étrangères de sanctions secondaires si elles facilitent des transactions significatives pour le compte d’une entité désignée comme terroriste. Cette menace pourrait être aussi destructrice qu’une réquisition légale. Il est peu probable qu’une banque, un registrar [NDLT: une entité qui gère des noms de domaines] ou un hébergeur européen connaisse précisément les obligations qui lui sont imposées par la loi états-unienne. Ses juristes seront probablement enclins à considérer que maintenir des relations commerciales avec un petit collectif anarchiste italien n’en vaut pas la chandelle. Les institutions font fréquemment du zèle. Les fournisseurs pourraient fermer des comptes et révoquer des accès, quand bien même la loi ne les y oblige pas. Des organisations pourraient retirer des liens vers A/I, éviter de contacter ou interrompre des échanges avec A/I simplement parce que le nom du collectif apparaît sur une liste d’organisations terroristes.

C’est ainsi que les sanctions états-uniennes acquièrent une puissance mondiale : pas simplement par voie légale, mais aussi par une peur institutionelle.

Plus largement, la cible est la communauté autour du serveur

Même si l’ajout sur la liste des organisations terroristes des États-Unis cible A/I, ses effets ne seront pas circonscrits au collectif. L’infrastructure d’A/I est utilisée par des écrivain·es, organisateur·ices, chercheur·euses, artistes, collectifs de publications et personnes qui l’ont choisie précisément parce que les plateformes commerciales ne sont pas sûres, sont politiquement hostiles, ou concues pour exploiter leurs données. Ces utilisateur·ices ne sont pas sanctionné·es automatiquement parce qu’iels ont une adresse mail chez A/I, ou publient sur Noblogs. Mais quand le fournisseur lui-même est placé sur la liste noire des organisation terroristes, un simple lien peut devenir un signal d’alarme. Une banque pourrait pinailler sur un paiement. Un hébergeur de mails pourrait limiter ou bloquer la distribution des emails. Un·e employeur, un flic à la frontière ou un enquêteur pourrait juger une adresse suspiscieuse. Un·e journaliste pourrait hésiter à contacter une source. Un·e chercheur·euse pourrait éviter une archive. Un·e nouvel·le utilisateur·ice pourrait considérer qu’ouvrir un compte est trop dangereux. Rien de tout ça ne nécessite qu’un gouvernement ne poursuive qui que ce soit. L’ajout sur la liste produit à lui seul un no man’s land de peur.

C’est une raison pour laquelle cette action pourrait être utile à l’État même si A/I reste en ligne. Les précedentes attaques tentaient d’atteindre le collectif à travers différentes machines, boîtes mails ou fournisseurs. A/I y a répondu en distribuant ses sytèmes, en chiffrant ses disques et en retenant le moins d’informations possible. Ces pratiques ont rendu les traditionnelles saisies et mesures de surveillance moins efficaces. Les sanctions s’attaquent à un autre niveau : les relations qui permettent à l’infrastructure d’exister. Plutôt que de casser le chiffrement, le gouvernement peut contraindre les banques, les registrars, les centres de données, les entreprises informatiques et les utilisateur·ice·s à isoler le collectif. Plutôt que de prouver devant un tribunal que chaque utilisateur·ice est coupable, l’État peut rendre les contacts coûteux et légalement périlleux.

C’est l’État-surveillance qui opère à travers des intermédiaires privés. Le gouvernement n’a pas besoin de mettre un flic dans chaque salle de serveur quand les juristes, les banques et les plateformes peuvent être conduits à policer le réseau par eux-mêmes. Chaque institution va tracer sa propre frontière défensive, souvent plus large que la loi ne l’impose. Certaines pourraient demander davantage de documents d’identité, sauvegarder plus de logs, surveiller le contenu politique ou rejetter tout bonnement les projets de défense de la vie privée. D’autres pourraient fermer des comptes à l’abri des regards, sans possibilité de contestation. La mise en application se dissout dans de multiples entités dont les décisions sont difficiles à voir, contester ou simplement documenter.

Les conséquences néfastes qui en résultent ne se limitent pas à la censure. Elles peuvent changer l’architecture de la communication du mouvement. De petits fournisseurs de services autonomes pourraient conclure que servir des petites communautés controversées impliquerait un risque existentiel. De plus grandes plateformes pourraient, elles, appuyer sur le fait que ce sont de nouvelles raisons d’étendre la vérification d’identité, la modération automatique et la rétention de données. Les utilisateur·ices pourraient migrer de l’infrastructure de confiance du mouvement vers des systèmes commerciaux plus faciles à surveiller, à cartographier, et auxquels il est facile de demander de fournir des documents. L’État gagne de l’influence, quand bien même il n’obtient pas les données en clair des disques chiffrés d’A/I : les gens prennent leurs distances les un·es des autres, les fournisseurs collectent plus d’informations et les relations sociales entre les dissident⋅es deviennent plus faciles à observer.

Ce précédent dépasse les projets spécifiquement anarchistes ou anti-fascistes. Si l’aligement politique avec les utilisateur·ices, les mesures de protection de la vie privée et l’hébergement de publications controversées peuvent être utilisées pour argumenter que l’infrastructure elle-même constitue une complicité, alors les fournisseurs de mails chiffrés, les sites de publication radicaux, les archives communautaires, les VPNs, les réseaux sociaux fédérés et autres hébergeurs indépendants ont tous des raisons de s’inquiéter. Les faits et lois seraient spécifiques à chaque fois. Le danger consiste à normaliser ceci : un fournisseur d’outils de communications n’est plus traité comme simple diffuseur avec ses propres droits et responsabilités, mais comme un complice de chaque acte que le gouvernement attribue à quiconque utilise ses systèmes.

Tout ça ne signifie pas que l’ajout sur la liste cible secrètement chaque utilisateur·ice de A/I, ni que toutes les conséquences envisagées adviendront. Le gouvernement américain n’a pas pris la peine d’expliquer sa stratégie au delà des accusations dans les annonces. Mais la logique de l’action est visible. Il remplace une accusation ciblée contre des faits identifiables par une large pénalisation de l’infrastructure. La mise en application est déplacée du tribunal à une toile diffuse d’institutions précautionneuses. L’incertitude devient un instrument de contrôle. L’objectif immédiat est de supprimer A/I. Le message plus large est adressé à quiconque construit des systèmes de communication hors du contrôle étatique et commercial : cet abri que vous fournissez pourra être retenu contre vous.

A/I peut-il survivre à ça ?

A/I a vu la répression étatique arriver de loin.

Toute son infrastructure part du principe que :

  • les serveurs seront saisis
  • les hébergeurs coopéreront avec la police
  • les gouvernements demanderont des informations à propos des utilisateur·ices
  • les entreprises censureront le contenu controversé
  • certaines machines et sites d’hébergement deviendront inaccessibles
  • les données et les services doivent donc être chiffrés
  • distribués et remplaçables.

Cette préparation compte. A/I est basé en Italie, pas aux Etats-Unis. Son infrastructure est distribuée dans plusieurs pays. Ses services sont maintenus par des personnes hautement compétentes. Il ne dépend pas d’un fournisseur unique, minimise les informations identifiantes et a plusieurs décennies d’expérience de restauration de services en urgence. Il n’a pas d’actionnaires, de siège ou d’employé·e·s à payer. Ses frais de roulement sont relativement modestes, et le fait que l’infrastructure soit maintenue par des volontaires donne a l’État moins de leviers que ce à quoi il est habitué. Il serait surprenant que le site web, le système de mails ou Noblogs disparaissent purement et simplement le 25 septembre. A/I est probablement parmi les mieux armés des projets informatiques de sa taille pour faire face à des saisies de machines ou à des censures ponctuelles.

Mais ceci n’est pas une simple descente de police.

Le plan R* a été concu pour faire face à la disparition de serveurs. Il ne peut pas à lui tout seul, empêcher les banques de bloquer l’argent, les registrars de suspendre les domaines, ou les entreprises aux quatre coins du globe de révoquer les services par peur des mesures de rétorsion états-uniennes.

L’ajout sur la liste cible le tissu autour des serveurs :

  • les banques
  • les dons
  • les domaines
  • les contrats avec des hébergeurs
  • la bande passante
  • les certificats
  • les dépendances logicielles
  • les relations avec des institutions internationales.

A/I a déjà survécu à l’isolation technique. Les États-Unis tentent maintenant une excommunication financière et institutionnelle. Les services proposés sont, certes, résilients, mais la capacité de les financer, de remplacer l’infrastrucrure et de participer à l’environnement technologique plus large, encourrent un risque bien plus grand. Ce qui adviendra après le 25 septembre dépendra donc non seuleument de l’architecture qui héberge les données de A/I, mais aussi de la solidarité avec le collectif lui-même.

La mise-au-silence n’est pas pour le 25 septembre

L’ajout sur la liste des organisation terroristes vise à isoler. La réponse doit être une solidarité informée, indépendante et rigoureuse. Les personnes qui résident aux États-Unis ne doivent pas improviser de dons, déguiser des paiements, ou faire parvenir des ressources par d’autres personnes, organisations, monnaies ou pays. Cela pourrait les exposer, eux, les intermédiaires, voire A/I, à des sanctions. Les interdictions pourraient aussi s’étendre au-delà des ressources financières : assistance technique, traduction, plaidoyer, évènements de soutien ou autres services rendus pourraient impliquer un risque légal pour les personnes apportant leur soutien.

Mais le 25 septembre n’est pas une date à laquelle disparaitre en silence. Enquêtes indépendantes, communiqués, manifestations et débats politiques restent possibles. Nous pouvons raconter l’histoire de A/I, démonter les affirmations du gouvernement, contacter des journalistes et des organisation de défense de libertés et s’organiser indépendamment contre la criminalisation d’infrastructures de communication résistantes. L’essentiel en pratique est de parler et agir pour A/I sans lui fournir de fonds ou de services directement. Les limites précises sont difficiles à établir. Quiconque chercherait à faire des levées de fonds, remplacer l’infrastructure, déployer un miroir publique ou fournir une assistance technique directe devrait s’assurer d’un conseil qualifié à propos des sanctions. Un document de février 2025 concernant le soutien matériel dans le cadre de restrictions de l’OFAC met en garde contre le fait que même des soutiens légalistes peuvent attirer la surveillance, des enquêtes, des restrictions d’accès aux États-Unis ou des litiges. Si les flics vous questionnent, ne répondez pas à leurs questions et contactez un avocat.

Cet article propose une analyse politique, pas un conseil légal.

Ce que les soutiens peuvent faire d’ici au 25 septembre

Racontons l’histoire. Partagons l’histoire d’A/I: les hacklabs, Paranoia, Gênes, les tounées KAOS, la victoire Trenitalia, la faille Aruba, le plan R*, Noblogs et la saisie Norvégienne. Ne laissons pas le récit étatique devenir le seul témoignage public de ce qu’est A/I. Construisons une coalition de défense. Demandons aux collectifs d’hébergement indépendants, aux organisations de défense des libertés numériques, aux hacklabs, aux projets de logiciel libre, aux librairies radicales, aux éditions indépendantes, aux journalistes, aux juristes, aux chercheur·euses et aux utilistateur·ices de répondre publiquement. Préservons les archives. Les serveurs peuvent être saisis. Les domaines peuvent être suspendus. Les hébergeurs peuvent paniquer. Sauvegardons les écrits de Noblogs publiquement accessibles et ayant une importance historique, ainsi que les manifestes d’A/I, les documents techniques et juridiques, et l’histoire du mouvement. Enregistrons les URL sources, les auteur·ices, les dates de publications et de consultation. Respectons la confidentialité, le droit d’auteur et les demandes de suppression. N’accédons pas à des comptes privés et respectons les mesures de sécurité. La préservation individuelle, l’archivage pour la recherche ou la presse n’impliquent pas les mêmes enjeux qu’opérer publiquement une infrastructure de remplacement ; n’importe qui envisageant l’hébergement d’un miroir public devrait d’abord chercher des conseils qualifiés.

Documentons les excès de zèle. Répertorions les entreprises, banques, registrars, plateformes et institutions qui mettent fin à leurs services ou suppriment du contenu. Préservons les déclarations et les correspondances. Les archives publiques doivent montrer dans quelle mesure cette désignation va au-delà de sa formulation officielle. Exigeons des réponses. Demandons aux groupes de défense des libertés numériques, aux institutions européennes et aux responsables politiques si iels vont laisser des sanctions américaines démanteler un collectif de communication italien. Demandons quelles protections existent pour les infrastructures, utilisateur·ices et archives européen·nes. Organisons-nous de manière indépendante. Proposons des discussions publiques sur les infrastructures autonomes, les sanctions, la surveillance et les lois sur le soutien matériel. Publions des explications de la situation. Enseignons le chiffrement. Soutenons le travail indépendant sur les droits s’opposant aux désignations de terrorisme à tout va. Préparons un soutien matériel légal. A/I a historiquement survécu grâce aux dons, mais les soutiens aux US ne devraient pas envoyer ou faire parvenir de l’argent tant que la désignation de terrorisme s’applique sans une autorisation claire. Les organisations de défense des libertés numériques et de soutien juridique peuvent chercher des mécanismes de soutien légaux, et les potentielles procédures de retrait de la liste.

Écoutons attentivement les réponses publiques d’A/I [NDLT : le blog du collectif est toujours accessible], tout en maintenant notre soutien légalement indépendant. Les déclarations du collectif devraient nous servir de référence sur la manière de raconter son histoire et sa situation. Toute campagne coordonnée, canal de collecte de fonds ou service direct demande un examen juridique distinct. Notre objectif immédiat est de rendre A/I impossible à faire disparaitre en silence.

Le réseau nommé solidarité

A/I a survécu aux tentatives de censures des grandes entreprises, aux accès secrets de la police, à la saisie de disques, aux hébergeurs hostiles, aux attaques de parlementaires et aux enquêtes internationales. L’affaire Trenitalia a produit des miroirs et une victoire juridique. L’affaire Aruba a produit le plan R*. La censure des hébergeurs a produit de la redondance. La saisie norvégienne a montré que le réseau pouvait être remonté en quelques heures.

Chaque tentative d’isoler le collectif a diffusé la connaissance sur le fonctionnement de la surveillance et de la censure. Chaque attaque est devenue une opportunité de former plus de personnes sur comment se protéger collectivement. Les États-Unis ont maintenant transformé cette histoire en un test mondial. Ce n’est pas seulement la survie d’un collectif de hackers italiens qui est en jeu. Il s’agit de savoir si maintenir de l’infrastructure pour les mouvements radicaux peut être considéré comme du terrorisme ; si la protection de la vie privée peut être redéfinie comme une dissimulation ; si refuser de collecter des informations personelles peut être présenté comme une obstruction ; et si un hébergeur peut être tenu politiquement et juridiquement responsable de chaque texte, tactique et revendication transmis au travers de ses machines.

A/I a passé vingt-cinq ans à se préparer au jour où un de ses serveurs disparaitrait. Iels savent comment remplacer une machine, déplacer un service, restaurer des données chiffrées et continuer à opérer après le débranchement d’une prise par la police ou un hébergeur. Les État-Unis tentent quelque chose de différent. Ils essayent d’intimider les banques, les hébergeurs, les registrars, les fournisseurs d’infrastructure et les soutiens à travers le monde pour qu’ils abandonnent le collectif. Leur réussite dépendra en partie de l’infrastructure d’A/I.

Elle va aussi dépendre de nous.

D’ici au 25 septembre, préservons l’histoire. Partageons-la. Construisons une coalition. Documentons l’isolation. Enseignons les outils. Préparons une défense légale. Ne laissons pas l’État américain discrètement établir que construire des infrastructures respectant la confidentialité pour la contestation est en soit un acte de terrorisme. Il y a vingt-cinq ans, dix personnes se sont rassemblées autour d’une machine de récup’ et ont délibérement pris trop de temps pour la configurer parce que tout le monde dans la pièce était censé apprendre. Cela reste la leçon. Ne laissons pas la connaissance aux expert·e·s.

Ne centralisons pas l’infrastructure. Ne laissons pas les cibles se retrouver seules.

Le premier serveur s’appelait Paranoia.

Le réseau qu’il a créé s’appelle solidarité.


Déclaration publique d’Autistici/Inventati

Aujourd’hui, nous apprenons que le gouvernememt états-unien vise un petit collectif d’informatique italien, géré bénévolement, par des sanctions disproportionnées comme chacun·e peut le lire dans les déclarations du trésor et de l’état, ainsi que dans l’ordonnance judiciaire associée.

Nous dénions toutes allégations diffusées dans ces déclarations, et nous affirmons fermement notre volonté de fournir une plateforme d’outils d’auto-défense numérique, répondant aux besoins de communication libre d’activistes et autres individus, groupes et organisations.

Nous ne reculerons pas, nous continuerons à faire ce que nous faisons depuis toutes ces années, et nous ferons tout notre possible pour contrer les fausses accusations d’une administration politiquement désepérée, avec pour seul but de détourner l’attention publique et médiatique loin de leurs propre violence et bellicisme…

L’antifascisme et l’anticapitalisme ne sont pas du terrorisme. Manifester n’est pas du terrorisme. Et chacun·e a le droit de se faire entendre et de lutter pour l’humanité.

Collectif Autistici/Inventati – rendre les savoirs communs sans rechercher le pouvoir.

Restons humain.

Zine Fair anarchiste 2026

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Août 302026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Il suffirait qu’on arrache notre attention de notre téléphone un dangereux petit instant. On entamerait alors un parcours, les yeux grand ouverts, sur cette ville, qui ferait sauter toute illusion de cohésion civile.

Chaque jour, les puissants nous enferment un peu plus dans leur monde de béton, de frontières, de mono-cultures, d’écrans et d’algorithmes. Au sort qu’ils nous réservent, nous opposons un dangereux rêve de liberté sans limites. Nous voulons lutter contre la ville-prison et la dystopie techno-industrielle à laquelle elle appartient, ici et maintenant !

La belle idée près du cœur, nous croyons fermement en la cohérence entre la fin et les moyens. Contre le courant dominant de la politique—le dialogue avec les institutions du pouvoir, le compromis stratégique, les mécanismes de représentation et de délégation—nous proposons les méthodes de l’auto-organisation et de l’action directe pour subvertir le monde qui nous entoure. 

Ce projet requiert d’abord de briser les digues de l’isolement. Pour ce faire, il nous faut créer des espaces de rencontre où les rebelles, les marginaux et les curieux·ses peuvent communiquer face à face. C’est à travers l’échange et la confrontation de nos idées qu’elles se clarifient. C’est à travers le partage d’expériences que nos pratiques s’aiguisent. C’est à la confluence des idées et de la pratique que nos consciences s’enflamment.

En paroles claires, nous souhaitons créer un espace où nous pouvons partager nos idées librement, sans médiation ni censure. Un espace auquel on donne vie à partir de nos propres bases avec celles et ceux qui partagent une passion pour une liberté totale et sans compromis. Loin de la routine numérique monotone et sans vie, la sensation du papier sous nos doigts est une bouffée d’air frais. Les livres, les pamphlets, et spécialement les zines, sont de précieux moyens de communication autonomes pour partager nos pensées les plus sauvages et nos rêves les plus fous. Et quelle meilleure façon de célébrer notre amour pour tout ce qui est incontrôlable, DIY et imprimé que d’assister à un zinefair​ ?

Nous invitons alors tou·tes les rebel·les (et celles et ceux qui voudraient peut-être se rebeller, un jour…) à nous rejoindre pour cette nouvelle édition du Zinefair anarchiste de Montréal !

Quand : Samedi le 19 septembre de 11h à 18h

Où : Sous le viaduc Van Horne

Arrachons les yeux du pouvoir ! Les nouvelles caméras BIXI attaquées.

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Août 242026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Certain·es d’entre nous avons remarqué que BIXI a commencé à installer des caméras qui détectent le mouvement sur certaines de leurs stations. Nous ne laisserons pas passer sous nos yeux cet ajout de technologie et de surveillance dans nos vies et nos quartiers. Nous avons pris en charge nous-mêmes la responsabilité d’aller à l’attaque d’une de ces caméras, et ce, avec de simples outils ainsi qu’une envie de détruire ces caméras. La dite caméra était plus haute et solide qu’on croyait, nous l’avons donc seulement endommagée et non détruite. Nous souhaitons aux camarades d’avoir un plus grand succès lors du premier essai que nous!

Attaque résidentielle contre le développeur des drones IA et attaque Molotov contre Microsoft

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Août 082026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Mercredi soir 5 août, les vitres et la porte d’une résidence ont été brisées et un bureau de Microsoft a été pris pour cible par des cocktails Molotov.

Cette action visait la résidence officielle du fondateur et le siège social de Munera Intelligence. Munera développe des drones dotés d’IA qui, conformément à un accord avec la Ville de Montréal annoncé en juin, seraient utilisés pour surveiller nos rues grâce à leur technologie d’intelligence artificielle. Les fenêtres et la porte de Dominic MacDuff-Auger ont été détruites.

La ville insiste sur le fait que ces drones ne seraient utilisés que sur des chantiers. Cependant, à l’instar de tout système de caméras, les données collectées par ces drones ne feront que renforcer le système de surveillance que la police met en place pour couvrir l’ensemble de la ville. Ce programme de drones s’inscrit dans un projet plus vaste, comprenant notamment l’annonce récente du déploiement et de l’installation, dans toute la ville, de caméras alimentées par l’IA et gérées par la police, qui vise à normaliser les intrusions croissantes dans nos vies et à mener une guerre constante contre notre capacité à jouir de notre liberté. Il ne fait aucun doute que si l’utilisation des drones dotés d’IA par la ville est autorisée à se développer, notre avenir sera de plus en plus celui d’un monde où le ciel sera rempli de robots effectuant des livraisons pour Amazon et veillant à notre obéissance totale à des gouvernements toujours plus autoritaires.

Cette même nuit, des cocktails Molotov ont été lancés contre un bureau de Microsoft. Cette attaque était une riposte à l’expansion et à la dissimulation des centres informatiques, dans lesquels Microsoft joue un rôle majeur. Ces centres informatiques constituent des pôles clés du pouvoir capitaliste contemporain. Ils sont au cœur de l’essor de l’intelligence artificielle, qui détruit la planète et crée, ce faisant, de nouveaux outils de surveillance. La technologie de Microsoft, entre autres, est utilisée par le gouvernement israélien dans sa campagne de génocide contre le peuple palestinien. Lors de l’attaque contre Microsoft, des difficultés ont été rencontrées pour allumer les cocktails Molotov — des difficultés qui ne se sont pas présentées lors des essais mais qui, soyez-en assurés, seront corrigées à l’avenir.

On disait autrefois qu’un avenir meilleur nous attendait — un avenir où les gens auraient tout ce dont ils avaient besoin, où l’eau et la nourriture seraient abondantes et saines, où l’air serait parfaitement respirable, où le travail serait réduit au minimum, et où les gens vivraient sans dieux ni maîtres. Où est passé cet avenir ? Ne nous reste-t-il plus qu’à attendre que 1984, Mad Max, Blade Runner ou une autre œuvre de science-fiction devienne réalité, tandis que nous servons de cobayes aux sectes technologiques ? Non ! Tant qu’une révolution est encore possible, vous nous connaissez : nous serons là pour la mener à bien !

Nous n’avons plus aucune pitié ! Il est temps de déclarer la guerre à l’IA, à la surveillance et à ces développeurs ! Les méthodes que nous choisissons doivent être à la hauteur de la gravité de notre situation : cocktails Molotov, attaques résidentielles, et bien plus encore. Nous ne pouvons plus repousser le moment de battre, de lutter et d’attaquer — et ainsi de suite jusqu’à la victoire totale ! La victoire totale de la révolution sociale ! La victoire totale de la vie ! L’IA doit être détruite !

Des jours meilleurs viendront. Vive la révolution anarchiste !

Front de libération anarchiste révolutionnaire

Vers une coordination de solidarité avec Cuba libertaire!

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Juil 172026
 

Du Cercle des ami.e.s de l’A.I.T.

Il y a cinq ans, aujourd’hui, à Cuba, de petits groupes de manifestants sont descendus dans la rue pour exiger de meilleures conditions de vie. Dans les jours qui ont suivi, des milliers d’autres Cubains, venus de dizaines d’autres villes, ont spontanément joint leurs voix à ce mouvement de protestation.

Le 11 juillet 2021 ne fut pas seulement un cri contre la faim ou la pénurie ; ce fut le moment où des milliers de personnes ont découvert que, face à un État devenu un administrateur étouffant, la seule issue est de cesser de lever les yeux vers les sphères du pouvoir. Les protestations à Cuba nous ont laissé la leçon la plus ancienne et la plus oubliée de l’anarchisme : toute autorité, quels que soient les habits idéologiques qu’elle revête, ne se maintient que par l’obéissance et la répression.

Et pendant ce temps, les anarchistes cubains sont toujours là, organisant divers collectifs indépendants, rendant visible la réalité des prisonniers politiques, maintenant une position de rejet de l’autoritarisme d’État et font la promotion de l’autogestion, l’entraide et d’une véritable autonomie populaire.

Aux anarchistes du monde entier !

À tous les militant.e.s ouvrier.e.s assoiffé.e.s de liberté pour la classe ouvrière !

Luttons pour mettre fin au soutien au PCC dans nos organisations syndicales et ouvrières ! Notre solidarité de classe n’a rien à voir avec le pouvoir d’aucun parti, quel qu’il soit !

Écoutons et relayons la voix des syndicalistes indépendant.e.s en lutte et des anarchistes cubains, qu’ils ou qu’elles soient sur l’île ou ailleurs ! Ne laissons pas leurs voix être réduites au silence !

Éduquons-nous sur l’histoire du mouvement ouvrier et anarchiste cubain ! La mémoire du passé anarchiste sur l’île est la meilleure façon de le maintenir vivant !

Ensemble, formons une coordination internationale en solidarité avec une Cuba anarchiste ! Brisons l’isolement et entraidons-nous au delà des frontières !

Peut-être qu’aujourd’hui nous ne sommes que quelques personnes ici et là, mais nous savons que notre classe est la force du monde et que le désir de liberté nourrira toujours les révoltes de demain.

Salon du livre anarchiste de Montréal 2026

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Juil 172026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le salon du livre anarchiste de Montréal est de retour avec deux jours de programmation!
 
Les 10 et 11 octobre 2026
De 10 h à 17 h 
Au CÉDA (2515, rue Delisle)
 
–  Vente de livres 
–  Zone pour les jeunes
–  Espace de commémoration et deuil 
–  Affichage de bannières 
–  Salle de détente 
–  Événements (ateliers, présentations, spectacles…)
–  ART et ANARCHIE – exposition internationale en ligne (détails à venir)

Notre thême pour 2026 est Péter sa bulle
 
Pour postuler pour une table : https://www.cognitoforms.com/MontrealAnarchistBookfairCollective/_2026FormulaireDeDemandePourUneTableAuSalonDuLivreAnarchisteDeMontr%C3%A9al

Pour les événements (ateliers, panneaux, etc.) : https://www.cognitoforms.com/MontrealAnarchistBookfairCollective/_2026FormulaireDeDemandePourFaciliterUn%C3%89v%C3%A9nementAuSalonDuLivreAnarchisteDeMontr%C3%A9al

La date limite de soumission est le 10 août 2026.
Nous communiquerons avec toustes les candidat.e.s avec notre décision finale au plus tard le 5 septembre 2026.     
 
Notre protocole de care communautaire :
Tou.te.s les participant.e.s doivent porter un masque à l’intérieur (N95/KN95 recommandé) Pas de masque? Pas de trouble! Des masques seront fournis sur place.
 
Le collectif organisateur du Salon du livre anarchiste de Montréal reconnait que nous sommes sur le territoire traditionnel du peuple Kanien’kehá:ka. Celui-ci est le gardien de la Porte Est de la confédération Haudenosaunee. L’île nommée «Montréal» est connue sous le nom Tiohtià:ke dans la langue des Kanien’kehá:ka, et a été un lieu historique de rencontre pour les autres nations autochtones, incluant les peuples algonquins. Le collectif du Salon du livre anarchiste ne croit pas qu’il soit suffisant de simplement reconnaître les gardiens de cette terre. Nous encourageons l’ensemble des participants et participantes au Salon à s’informer et s’éduquer — et à activement résister au colonialisme ainsi qu’au néo-colonialisme sous toutes ses formes, dans la diversité que peut revêtir cette résistance.

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Problèmes de Signal

 Commentaires fermés sur Problèmes de Signal
Juil 082026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Voici quelques problèmes peu connus liés à Signal que les anarchistes et autres personnes visées par la répression d’État devraient connaître. Ces problèmes sont connus des développeurs de Signal.

Des informations potentiellement sensibles sont enregistrées de manière permanente dans les bases de données des comptes.

Même si elles sont masquées, les informations suivantes sont enregistrées de manière définitive.

  • Tous les numéros de téléphone visibles : la plupart des utilisateurs de Signal disposent encore des numéros de téléphone de tous les autres participants aux discussions datant d’avant mars 2024, date à laquelle ils ont pu pour la première fois régler la visibilité de leur numéro de téléphone sur « personne ».

  • Métadonnées du groupe : quitter ou supprimer un groupe Signal entraîne principalement la suppression des messages. Les membres du groupe, le nom du groupe, sa description, l’horodatage de l’adhésion, l’horodatage du dernier message, l’identifiant du groupe, les clés du groupe, les étiquettes des membres, les administrateurs, les membres supprimés, le mot de passe du lien vers le groupe, les brouillons de messages, le nombre de messages, le nombre de messages envoyés, la durée de validité des messages éphémères, etc., sont conservés de manière définitive.

    Example
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  • Métadonnées du contact : la suppression d’une conversation conserve le nom du contact, son ACI (identifiant de compte), son numéro de téléphone, sa section « À propos », son pseudonyme, l’horodatage du dernier message, la note associée au contact, le brouillon de message, le nombre de messages, le nombre de messages envoyés, l’heure d’expiration du message éphémère, les clés de profil, l’horodatage d’expiration des informations d’identification associées aux clés de profil, et bien plus encore. La suppression d’un contact ne fait que le masquer.

    Example
    "id": "REDACTED",
    "serviceId": "REDACTED",
    "type": "private",
    "version": 2,
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    "messagesDeleted": true

La seule façon fiable de supprimer ces informations consiste à effacer toutes les données de l’application Signal, puis à se réinscrire sans saisir le code NIP ni restaurer les données. Cette opération supprime également tous les contacts et tous les messages.

Une réinscription avec le code NIP permet de récupérer toutes les métadonnées des contacts. En ce qui concerne les groupes existants et supprimés, il semble que seuls les identifiants de groupe, les clés, les couleurs des icônes et quelques autres éléments soient restaurés, mais il s’agit tout de même d’informations potentiellement sensibles.

L’enregistrement réussi du numéro de téléphone d’un compte Signal existant entraîne la prise de contrôle ou la désactivation de ce compte.

Signal utilise l’authentification par SMS. Si le verrouillage d’enregistrement est désactivé sur le compte Signal d’un utilisateur, un attaquant capable d’observer ou d’intercepter ses SMS peut recevoir un code de vérification Signal et prendre immédiatement le contrôle de son compte. Si le verrouillage d’enregistrement est activé, il peut immédiatement désenregistrer l’appareil de l’utilisateur, ce qui empêche ce dernier d’utiliser son compte. L’attaquant peut alors prendre le contrôle du compte au bout de 7 jours si l’utilisateur ne parvient pas à se réenregistrer.

Une fois que l’attaquant a pris le contrôle du compte, il reçoit tous les messages destinés à sa cible, y compris les messages de groupe, et peut envoyer des messages depuis ce compte. Les contacts constatent que les numéros de sécurité ont changé, mais la plupart des gens ignorent ces messages. Après tout, cela peut simplement signifier que la personne a réinstallé Signal. Le nom du compte change, à moins que l’attaquant ne connaisse l’ancien nom ou ne devine le code NIP, mais les changements de nom sont très courants.

De plus, la suppression d’un compte Signal n’entraîne pas sa suppression immédiate des serveurs de Signal : celui-ci y reste pendant 30 jours. Si quelqu’un enregistre ce numéro pendant cette période, il pourra accéder immédiatement au compte. La suppression d’un compte entraîne la sortie de tous les groupes, mais il est toujours possible d’envoyer et de recevoir des messages en tant qu’utilisateur d’origine.

Ces choix techniques compromettent la sécurité et la fiabilité des comptes Signal. N’importe qui peut insérer la carte SIM d’une personne dans un autre téléphone. Les services de renseignement interceptent la plupart, voire la totalité, des SMS. Les simulateurs de stations de base, les attaques SS7 et les SIM swap peuvent également être utilisés pour intercepter des SMS.

Les ACI sont associés à des numéros de téléphone sur les serveurs Signal, et il est difficile de les modifier.

Les ACI sont des numéros uniques de 128 bits qui permettent d’identifier les comptes Signal auprès d’autres comptes et des serveurs Signal. Les comptes enregistrent les ACI de tous les comptes connus. Les ACI n’apparaissent pas dans l’application Signal et ne sont pas mentionnés sur le site web de Signal, mais ils peuvent être collectés et suivis au fil du temps et entre différents groupes. Il est également possible d’envoyer des messages à des ACI sans fournir aucune autre information.

Les serveurs de Signal enregistrent les ACI avec les numéros de téléphone associés aux comptes, ce qui leur permet de communiquer ces numéros aux autorités. Selon un article de Micah Lee, « si Signal reçoit une demande d’informations de la part d’une autorité concernant un compte sur la base d’un nom d’utilisateur actif, Signal sera en mesure de fournir le numéro de téléphone de ce compte, ainsi que sa date de création et la date de sa dernière connexion ». La recherche d’un nom d’utilisateur actif permet simplement d’obtenir l’ACI du compte ; on peut donc supposer que cela est possible. C’est peut-être déjà le cas.

Pour obtenir un nouvel ACI, les utilisateurs doivent supprimer leur compte Signal pendant 30 jours ou utiliser un nouveau numéro de téléphone.

Autres problèmes

Signal est centralisé et fonctionne sur les serveurs d’Amazon, de Microsoft et de Google. Ces entreprises partagent d’énormes quantités de données avec les services de renseignement. Elles transmettent probablement les métadonnées de Signal au gouvernement américain, même si Signal ne le fait sans doute pas. De plus, comme Signal est centralisé, il est plus facile à censurer. De nombreux gouvernements bloquent déjà Signal, et le gouvernement américain pourrait le fermer complètement.

Les notifications sur iOS, Android, macOS et Windows permettent à Apple, Google et Microsoft de connaître l’heure de réception des messages. Ce n’est pas le cas sous Linux et GrapheneOS.

L’heure de réception des messages « silencieux » peut être utilisée pour obtenir des informations sur les habitudes et les appareils des utilisateurs. Il est difficile d’empêcher totalement ce phénomène, mais les développeurs de Signal n’ont pas prévu de mesures pour y remédier. Toutefois, l’utilisation de Signal via Tor ou un VPN réduit probablement la précision de cette attaque.

Alternatives

Ces applications ne disposent pas de toutes les fonctionnalités de Signal et n’ont pas fait l’objet d’autant de tests. Tout comme Signal, elles ne conviennent pas à tous les modèles de menace.

Cwtch est une application de messagerie chiffrée Peer-to-Peer qui utilise Tor pour contourner la surveillance et la censure. Elle ne nécessite pas de numéro de téléphone, offre une meilleure protection contre les métadonnées que Signal, dispose d’un chiffrement de la base de données, permet d’utiliser plusieurs comptes et fonctionne avec ou sans serveurs. Elle n’a pas fait l’objet d’un audit de sécurité indépendant. L’équipe de développement est réduite et aurait besoin de soutien.

Briar est similaire à Cwtch, mais il offre également des fonctionnalités de base telles qu’un blog, un forum et un lecteur RSS. Il a fait l’objet d’audits de sécurité, mais ne fonctionne pas actuellement sur Tails ni sur des systèmes similaires. Pour pouvoir discuter, les deux comptes doivent échanger des liens ou des codes QR.

Delta Chat est décentralisé et ne nécessite pas de numéro de téléphone. Il offre une protection des métadonnées moins efficace que Signal, mais la création de nouveaux comptes est facile. Il ne dispose pas de confidentialité persistante ; il est donc possible de déchiffrer plusieurs messages antérieurs à l’aide d’une clé divulguée. Les développeurs prévoient d’ajouter la confidentialité persistante et la cryptographie post-quantique fin 2026. L’application peut être utilisée avec Tor, mais les fonctionnalités UDP telles que les appels et la synchronisation multi-clients ne peuvent actuellement pas utiliser Tor. Signal et la plupart des autres applications sont confrontées au même problème.

D’autres solutions similaires ne sont pas recommandées pour le moment, à l’exception du courriel PGP si cela s’avère nécessaire. De nombreuses autres options sont actuellement trop expérimentales, ne garantissent pas suffisamment la protection des métadonnées ou ne sont pas suffisamment fiables.

Suggestions concernant Signal

Pour ceux qui continuent à utiliser Signal, ces suggestions doivent être évaluées en fonction de chaque modèle de menace. Si l’anonymat et la fiabilité sont indispensables, Signal n’est pas la meilleure option.

  • N’utilisez pas Signal pour organiser des manifestations ou protester.
  • Achetez un numéro de téléphone virtuel ou un forfait mobile secondaire destiné à être utilisé une seule fois pour l’inscription sur Signal. Continuez à payer ce forfait ou changez de numéro pour éviter de perdre votre compte. Ce n’est pas facile à faire de manière anonyme, mais c’est possible.
  • Utilisez GrapheneOS sur un appareil compatible. GrapheneOS résiste mieux aux outils d’extraction de données tels que Cellebrite que les autres systèmes d’exploitation mobiles.
  • Cryptez vos appareils à l’aide de mots de passe aléatoires longs et éteignez-les lorsqu’ils ne sont pas utilisés.
  • Utilisez Molly avec le chiffrement de la base de données.
  • Utilisez Tails, Orbot sur GrapheneOS ou un VPN fiable. Notez que les VPN ne garantissent pas l’anonymat et que l’utilisation de Signal avec Tor peut entraîner la divulgation d’adresses IP.
  • Vérifiez les numéros de sécurité et les identités, et considérez tout changement de numéro de sécurité comme une possible compromission du compte.
  • Évitez les groupes Signal composés de personnes que vous ne connaissez pas.
  • Modifiez les paramètres de Signal pour choisir de meilleures options.
  • Ne connectez pas d’autres appareils.
  • Créez des discussions sur Cwtch, Briar ou Delta Chat comme option de secours.

Pour en savoir plus

The P.E.T. Guide: New Communication Infrastructure for Anarchists