Chicoutimi : 40 repas distribués à la Marmite autogérée “La solidarité ne sera jamais confinée”

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Juil 062020
 

Du Collectif Emma Goldman

Saguenay, 5 juillet // Quarante repas ont été distribués aujourd’hui au centre-ville de Chicoutimi à l’occasion de la Marmite autogérée organisée par le Collectif anarchiste Emma Goldman. Le thème de l’événement était « la solidarité ne sera jamais confinée » pour souligner le rôle essentiel des réseaux d’entraide dans ce contexte difficile. Des sous-marins froids emballés étaient offerts en respectant la distanciation physique et les gens sur place ont pu prendre ou donner « au tas » [1] dans le marché gratuit. Bien sûr, les discussions et échanges de points de vue ont été plus que toute autre chose au cœur de l’événement.

Les grands oubliés et grandes oubliées de la pandémie ont été les personnes moins nanties et marginalisées. Ces personnes vivaient déjà des situations difficiles avec l’embourgeoisement du centre-ville. La hausse du coût des loyers, le harcèlement et la répression par les policiers et le désert alimentaire, de pair avec l’effritement du filet social et les politiques d’austérité, causaient déjà leur lot de misère dans le quartier. Aujourd’hui, dans l’ombre des commerces de la rue Racine qui chantent le déconfinement en pleine rue se trouvent bien du monde qui en arrachent et qui n’ont pas reçu d’aides supplémentaires pour faire face à tous ces tracas.

Des locataires nous ont encore une fois fait part du prix exorbitant qu’exigeait leur propriétaire (exemple 530$/mois pour un 1 et demi tout petit) et des réparations qui se faisaient attendre durant des semaines. Pour une très grande partie des moins nanti-e-s, le loyer prend la plus grande part de leur revenu. Nous avons bien vu avec la maison de chambre du 734 rue Racine l’an dernier que la ville tolère que les propriétaires de taudis continuent leur exploitation sans scrupule, même après un incendie avec des dégâts considérables (et un mort dans ce cas). La pandémie a accru la difficulté de payer des gens et a donné de nouvelles excuses aux propriétaires qui négligent le logis de leurs locataires. Par contre, seules les entreprises ont eu de l’aide.

La Marmite autogérée se veut une réponse autonome et libertaire aux besoins du quartier. Nous ne recevons aucun financement. Nous sommes des travailleurs et des travailleuses et des sans-emplois du quartier qui veulent favoriser l’entraide en offrant à tous et toutes, sans distinction, un repas nourrissant gratuit pour tous les appétits. Nous sommes critiques de la direction du mouvement communautaire et de ses bailleurs de fonds (étatique ou privé) à travers l’institutionnalisation et des pratiques s’apparentant à la charité chrétienne. Les mobilisations collectives par la base et l’éducation populaire sont essentielles pour retrouver la dignité, ainsi qu’une voix dans ce système. À travers la Marmite autogérée, nous voulons encourager le développement de réseaux d’entraide et la multiplication des initiatives autonomes de solidarité.

Collectif anarchiste Emma Goldman

 

[1] En référence à l’expression économique de Pierre Kropotkine dans « La conquête du pain ».

La statue de John A. Macdonald à Montréal vandalisée avec de la peinture (encore!)

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Juil 042020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Montréal, 2 juillet 2020 — Dans le cadre de la journée pour annuler le Canada (#CancelCanadaDay) le groupe montréalais #MacdonaldMustFall a encore une fois vandalisé le monument Macdonald; cette fois-ci, avec de la peinture jaune.

Selon Roy G. Biv de #MacdonaldMustFall: « Cette statue devrait rester teintée de peinture, alors nous pourrions déclarer une trêve. Mais ce serait encore mieux si elle pouvait être retirée. Débarrasser l’espace public des statues qui célèbrent des personnes racistes n’efface pas l’histoire. Cela fait partie de la lutte pour résister au racisme et contextualiser notre passé » .

Le groupe #MacdonaldMustFall de Montréal a expliqué ses objections à la célébration du personnage historique de John A Macdonald de cette façon: « John A. Macdonald était un suprémaciste blanc. Il a directement contribué au génocide des peuples autochtones avec la création du système brutal des pensionnats ainsi que d’autres mesures destinées à détruire les cultures autochtones. Il était raciste et hostile envers les groupes minoritaires non blancs au Canada et il promouvait ouvertement la préservation d’un soi-disant Canada « aryen ». Il a adopté des lois pour exclure les personnes d’origine chinoise. Il est également responsable de la pendaison du martyr métis Louis Riel. »

Le monument Macdonald a été vandalisé tant de fois durant les trois dernières années, que toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ont été utilisées.

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Voici une sélection de photos des précédentes attaques du monument:

rouge: https://postimg.cc/2V0Rst1G
orange: https://postimg.cc/BLBZS37c
jaune: https://postimg.cc/sBYqhXSt
vert: https://postimg.cc/gnTkrHZp
bleu: https://postimg.cc/18tLwYzB
indigo: https://postimg.cc/S2jPMsvm
violet: https://postimg.cc/ykDj3sfv

Action anti-coloniale au Parc Lafontaine

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Juin 292020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Nous avons frappé un symbole colonial et impérialiste de la nation québécoise pour dénoncer la transformation de nos lieux publics en lieux de vénération fasciste, telle l’immonde statue de John A. Macdonald, ce suprématiste notoire, ami intime des sudistes yankees et autres bourgeois méprisant le peuple. Ce ‘‘Fondateur du Canada’’, fondation née dans le bain de sang du génocide des Nations des grandes plaines, et penseur de la loi sur les Indiens. Adam Dollard-des-Ormeaux s’inscrit dans cette lignée des symboles anti-autochtone et militariste cléricaux. Héros de guerre coloniale de contrefaçon ayant comme unique fait d’armes de s’être fait exploser avec un tonneau de poudre noire, telle une bombe humaine, pour empêcher l’avancée des guerriers mohawks. Cette ancienne chimère de propagande cléricale visait à mobiliser les Canadiens français vers la première boucherie mondiale de 1914-1918, glorifiant la bravoure et l’esprit de martyr que la grande ‘‘race’’ française devait adopter pour réaliser son Amérique française, tel que l’avait échafaudé le rétrograde Abbé Lionel-Groulx. On fêtait alors, avant le 1er juillet de la fête de la Reine – ou plutôt fête du déménagement -, le « sacrifice » de Dollard pour commémorer un mythe guerrier de la conquête du territoire. Cette comédie n’était qu’une vieille figure unificatrice du clergé catholique et de l’intelligentsia nationaliste francophone, se pavanant main dans la main devant un monument et rêvant d’une Amérique blanche française et catholique, tout en condamnant la « juiverie mondiale » porteuse du marxisme qui corrompait le prolétariat francophone, les rendant ‘‘athées’’. Naturellement, les Anglais, qu’ils soient bourgeois ou prolétaires, devaient être « purgés » de cette terre conquise au nom du Roi de France et de l’Église catholique romaine.

Il va donc sans dire que la statue de Dollard-des-Ormeaux est une honte nationale québécoise et un vestige facho-chrétien. Les révolutionnaires québécois.es doivent traquer ces symboles réactionnaires et les détruire pour mettre en avant une réelle marche vers la réconciliation, ventée par nos crosseurs et crosseuses en complet d’affaires. De ce fait, cette statue doit tomber dans les poubelles de l’histoire afin d’être remplacée par des figures libératrices. Des figures telles qu’Obwandiyag (Pontiac) qui a mené une des plus grandes rébellions contre l’occupation européenne, ou bien encore un monument en l’honneur du lundi de la matraque. C’est en effet ce lundi que le parc Lafontaine devint champ d’affrontement entre les masses québécoises et ces sales flics du SPVM qui défendaient l’élite canadienne-française, rassemblée dans une provocation et un mépris déplorable de la « populace ». Cette révolte populaire sera marquante, car elle rallumera la flamme du Front de Libération du Québec et verra se rencontrer les individus qui formeront lacellule Chénier : c’est celle-là même qui abattra le ministre bourgeois Pierre Laporte. Dollard peut donc bien être déboulonné pour faire honneur en sa place à cette révolte historique.

Notre action se veut également un pied de nez aux militants catho-fascistes montréalais qui se pavanent sur les réseaux sociaux en se photographiant devant cet ignoble ersatz de monument colonial et une provocation ouverte envers ces sombres merdes. Le fascisme c’est la gangrène : on l’élimine ou on en crève !

Nous, Groupe Libération Socialiste, sommes dans la digne lignée des masses populaires afro-américaines qui depuis plusieurs semaines déjà font tomber presque chaque jour des monuments coloniaux et esclavagistes aux États-Unis ; dans la digne lignée des militant.es anticoloniaux montréalais qui aspergent de peinture rouge sang la statue du méprisant et méprisable John A. Macdonald. Nous encourageons tous.tes les révolutionnaires du Québec, toute la jeunesse souverainiste québécoise ainsi que tous.tes les opprimé.es et les exploité.es du Québec à multiplier les attaques contre ces ignobles monuments coloniaux qui pullulent à Montréal et dans tout le Québec.

Vers la libération totale des peuples de la vallée du Saint-Laurent!
Gloire à la lutte anticoloniale permanente des premières nations!
Mettons fin au Canada et à ses vulgaires gouvernances de province!

Vive le socialisme !

Vive l’Indépendance du Québec !
Vive l’Indépendance des peuples autochtones !
Mort à l’impérialisme et ses chiens de garde !
Nous vaincrons !

Groupe Libération Socialiste

NdMTLCI: Nous ne croyons pas que la promotion de « l’Indépendance du Québec », c’est-à-dire la création d’un nouvel État, qu’il soit socialiste ou capitaliste, peut s’inscrire dans une trajectoire anarchiste ou anti-autoritaire. Nous acceptons quand même la publication de ce communiqué pour ses contenus anticoloniaux et antifascistes et pour encourager les débats par le biais d’actions.

Lettre pour des camarades emprisonnés

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Juin 252020
 

Du Groupe anti-carcéral

Quelques individus à soi-disant «Montréal» ont écrit cette lettre à des camarades qui sont actuellement incarcéréEs. Elle peut être imprimée, ou modifié et imprimée, et envoyée à des amiEs emprisonnéEs. Elle décrit les soulèvements qui se déroulent le long de l’Île de la Tortue, et inclut aussi la transcription d’un article écrit par El Jones et des personnes incarcéréEs dans l’est. Ça demeure souvent difficile de recevoir des informations à l’intérieur.

.pdf LIEN

.docx LIEN

 

22 juin 2020

Salut!

Je voulais partager quelques nouvelles, et de l’analyse avec toi, car je ne suis pas sûr de combien d’infos réussissent à vous atteindre, derriere les barreaux. Je voulais assurer que tu ais accès à plusieurs perspectives, y compris quelques-uns qui varient de ceux qui se diffusent à la télé. Alors, je tente d’écrire quelques trucs, afin de te les envoyer. J’espère que ça puisse susciter des conversations à votre coté!

Premièrement, ce que tu sais déjà: il y a eu une soulèvement qui a bouleversé les états-unis depuis que des policiers ont assassiné George Floyd à Minneapolis. La même semaine, les flics ont assassiné Tony McDade (un homme Noir et trans qui vivait en Floride), Breonna Taylor (une femme Noire vivant à Kentucky) et Regis Korchinski-Paquet (une femme Noire et Autochtone, qui vivait à Toronto, et qui est tombé d’un balcon de 24 étages d’hauteur: sa famille insiste qu’elle a été poussé par des policiers). Dans les premiers jours du soulèvement, les résidents de Minneapolis ont exprimé leurs sentiments quant à la meurtre de George Floyd, en plus d’environ 500 ans de racisme et de violence anti-Noire avec des démonstrations, des incendies, de la libération de commodités, et, enfin, par l’incendie spectaculaire d’un commissariat policier ー celui-ci ayant déjà été abandonné par les membres de la force après, apparemment, que leur stock de gaz lacrymogène s’est épuisé.

Les émotions se sont vite répandus le long du pays. Lors du 3 juin, des démonstrations ont eu lieu en 430 villes aux états-unis. Plusieurs villes ont vu des manifestations quotidiens, s’agissant souvent des marches spontanées qui se rencontrait dans des lieux de rassemblement évidentes dans des villes à travers le pays. Plus que 20 états ont appelé la Garde Nationale, et plusieurs villes, y compris le New York et Los Angeles, ont mis en place des couvres-feu. Des milliers et des milliers d’individus ont étés arrêtés. Il y a des gens qui ont perdus des yeux suite à des agressions policiers employant des balles de caoutchouc et des canettes de gaz lacrymogène. Des gens ont étés assassinés. Voir: David McAtee, un restaurateur Noir, tué par la Garde Nationale lors d’une démonstration à Kentucky. Voir: Sean Monterrosa, un homme Latino de 22 ans, tiré dessus par des policiers lors d’une manifestation en Californie. Voir: Sarah Grossman, une femme blanche, aussi 22 ans, mort après avoir été arrosée de gaz lacrymogène ー aux mains de la police, bien entendu ー lors d’une démonstration en Ohio.

Cette insurrection a eu l’effet d’amener au courants populaires la demande de cesser le financement de la police. Plusieurs appellent même pour son abolition. Il y eu un éditorial, publié dans le New York Times en mi-juin par une abolitionniste célèbre au nom de Mariame Kaba, qui présentait, à force d’argumenter en faveur, ce que l’abolition signifie en pratique; pas le désinvestissement simple, mais l’abolition totale. Des villes à travers le pays font face actuellement à l’inspection de proche, bref, la présentation au grand public de leur budgets policiers. Le conseil municipal de Minneapolis s’est engagé à dissoudre leur département de police ー cela dit, il reste à voir que qu’ils entendent par ceci.

Au soi-disant «Canada», la police ont tués neuf personnes Autochtones depuis le début d’Avril: Eishia Hudson, Jason Collins, Stewart Kevin Andrews, Everett Patrick, Regis Korchinski-Paquet, Abraham Natanine, Chantel Moore, et Rodney Levi. Alors que le soulèvement a croisé la frontière coloniale, les gens ont tracés pleins de connections entre le colonialisme et le racisme anti-Noir-e-s.

Il y a eu des pétitions circulés, et les gens se sont adressés aux médias sur le sujet du définancement de la police à Montréal, Toronto, Vancouver, Halifax, Ottawa, Edmonton, et autres villes à travers le pays. Des démonstrations ont eu lieu dans les villes, petites et grandes. À date, je n’ai pas encore vu un recensement totale de combien de villes ont vu des manifestations, mais ça ne me surprendrait pas d’apprendre que ça fut au moins une douzaine.

La situation est tellement répandue que ça rend difficile le fournissement d’un portrait compréhensif. Je le conclura là, alors, et j’inclus cet article du Halifax Examiner, écrit par un groupe de prisonniers Noires, incarcérés au niveau fédérale; cela fut partagé avec El Jones, un poète,professeure, et activiste.

Loyalement,
Quelques ami-e-s.

 

Les vies Noires comptent en tant qu’en prison, qu’à l’extérieur.
El Jones
Halifax Examiner, 14 juin 2020

Nous avons observé les démonstrations de «Les vies Noir-e-s comptent», et la conversation qui se déroule au sujet de la violence policière. Nous avons engagé dans nos propres conversations, avec des prisonniers de tous les races. Nous désirons partager certains de nos conversations et conclusions avec des gens à l’extérieur de la prison.

Le mouvement contre la brutalité policière est importante, mais il s’agit aussi d’un enjeux beaucoup plus large. Nous devons aussi s’adresser à l’injustice dans la système de justice criminelle, dans les prisons, et lors de la probation. À chaque étape de ce système, les gens Noir-e-s et les gens Autochtones font les objets de la discrimination. Nous venons à réaliser que tous ces systèmes sont connectés.

Il ne fait que deux jours, ce vendredi passé, que Rodney Levi s’est fait tiré dessus, et s’est fait assassiné par la police, à quelques kilomètres de Miramichi, Nouveau Brunswick. L’Institution Atlantique, la prison de sécurité maximale pour la région de l’Atlantique, se situe à Renous, près de Miramichi. En envoyant nos condoléances à la famille et aux ami-e-s de Rodney Levi, nous devons aussi réfléchir à combien d’hommes et de femmes Autochtones se retrouvent en détention fédérale à travers ce pays.

Les prisons sont établi dans des villes rurales peu grandes. Récemment, lors d’une conversation avec une de les travailleuses de la ville, on nous a dit qu’elle soutenait la construction de la prison, car ceci créerait des emplois. Lorsque nous avons répondu en lui racontant les conditions, et que nous privons de programmes et de réhabilitation, elle fut choqué.

Nous voulons envoyer un message à ceux et celles qui croient que la construction d’une prison dans leur communauté stimulera l’économie locale. Les prisons ne sont pas une plan de retraite, ni de sécurité sociale. L’investissement dans les prisons n’est pas une solution à la pauvreté, ni aucune enjeux sociale. Nous demandons à ceux et celles qui habitent dans ces communautés de rejeter les dépenses qui ne finiront que par incarcérer encore plus de monde, en particulier des gens Noir-e-s et Autochtones.

Nous avons aussi appris que le niveau de crime est à son plus bas que depuis 1969, et que ces niveaux décroissent de façon continu. Comment ça, alors, que la crime s’abaisse, mais nous continuons d’incarcérer de plus en plus de monde? Nous savons bien qu’il n’existe aucun lien entre le crime et l’investissement dans les prisons. Pourquoi bâtissons-nous encore plus de prisons, pendant qu’il y en a des réserves Autochtones toujours sans accès à l’eau potable?

Nous avons vu énormément de vidéos dans ces dernières semaines, exposant la violence policière. Dans ces temps-ci, lorsque les policiers sont sous la menace de surveillance vidéo, il n’y à personne chargé de capturer sur caméra ce que nous subissons. La violence et l’abus contre nous dans les prisons demeurent cachés. Nous avons vécu les gardes utiliser des injures racistes. Nous avons vécu les gardes essayer d’utiliser ces injures avec les prisonniers blancs, pensant qu’ils se mettraient d’accord la-dessus. Nous sommes arrosés de gaz poivré, et restreints. Nous avons vu et entendu les gens battus ー tués, même.

Lorsque nous sommes inculpés dans l’institution, nous avons aucun droit à avoir un avocat. Nous pourrions être mis dans le confinement solitaire, transférés à travers le pays, loin de nos familles et de nos communautés, et refusés la probation. Il n’y a aucun justice, car il n’y a aucun témoin. Personne est là pour nous défendre.

Même dans les cours, où nous avons droit à un avocat, nous avons vécu le racisme de la système de justice criminelle. Nous avons étés jugés devant des jurys entièrement composés de personnes blanc-he-s, les mêmes personnes, potentiellement, qui pourraient voir des videos de fusillades commis par des policiers, et conclure que cecis méritent d’être défendus. Il manque de la surveillance des poursuites, et personne n’empêche les prosecutions racistes. Même en cour ouverte, personne ne tient les procureurs responsable pour leur comportement. Plusieurs entre nous acceptons des accords car nous sommes menacés par des pénalités plus sévères. La cour de justice, elle a l’air d’être figée aux années 1920’sé

Tout ceci est censé advenir pour que nous puissions se faire réhabilités. Mais le public a-t-il jamais demandé que font les gens emprisonnés de leurs quotidiens? Vous penserez, peut-être, que nous recevons de l’entraînement d’emplois, ou de la thérapie pour les addictions ou des problèmes de santé mentale. Nous en recevons aucuns. Il n’y a rien à faire dans les prisons, et il n’existe presque aucun programme pour nous aider. Vous vous demanderez, peut-être, pourquoi il s’agit que nous dépensons autant d’argent pour garder les gens derrières les barreaux, sans les aider à remédier leurs problèmes.

Pour les personnes Noir-e-s, la probation est comparable à une licorne. Nous finissons par servir des peines plus longues, grâce à la couleure de notre peau. Nous sommes accusés d’être membres de gangs. Nous sommes punies lorsque nous parlons ensembles. Nos visiteurs sont accusés de tenter de nous amener de la contrebande; nous demandons à nos mères de ne plus nous visiter. Les gardes nous provoquent, et nous disciplinent lorsque nous répondons. Aucun programmes ne sont crée pour nous bénéficier. Et lorsque nous nous asseyons devant une commission de libération conditionnelle, comprenant seulement des gens blanc-he-s, ils ne nous laissent pas sortir.

Chaque jour, nous observons le monde dans les rues, revendiquant les vies Noir-e-s et Autochtones. Nous désirons remercier tous ceux et celles qui sont présent-e-s lorsque nous ne pouvons pas l’être, et qui luttent pour ce dont nous ne pouvons pas lutter. Nous le savons bien ー après que les démonstrations auront fini, les vies Noir-e-s ne compteraient toujours pas, dans les prisons.

Nous rajoutons nos voix aux appels de définancer la police. Les canadiens devraient se demander pourquoi autant de personnes Noir-e-s et Autochtones se retrouvent emprisonnés. Vous devriez demander pourquoi vos sous soutiennent une système inefficace contre le crime. Vous devriez demander pourquoi une prison se construit dans votre communauté, et si cela améliorera véritablement votre vie.

Nous espérons que les expériences que nous avons partagés vous ont incités de penser, de questionner quelques uns des présupposés que vous tenez quant à nous, ou quant à l’idée que nous recevons de l’aide en prison. Nous espérons que nos mots vous montrent ce que vous ne verrez pas dans des vidéos. Nous avons entendu dire, que jusqu’à temps que les vies des Noir-e-s comptent, la vie de personne ne compte. Jusqu’à les vies des prisonniers Noir-e-s comptes, quiconque peut-il être libre?

Actions directes nocturnes : appel à la diffusion des connaissances

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Juin 252020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Agir en petits groupes pour attaquer les institutions et les infrastructures du pouvoir a le potentiel de déstabiliser nos adversaires, de montrer à celleux qui veulent se battre qu’iels ont des complices. L’action directe nous permet de faire l’expérience concrète de nos propres capacités de résistance. Le moment est toujours propice pour passer à l’attaque. Dans le contexte de la pandémie, les manifestations, les occupations et les autres formes de contestation plus massives comportent plus de risques qu’à l’habitude. Il est donc encore plus pertinent de choisir de s’organiser en petits groupes pour mener des actions qui donnent de la force aux luttes anticapitalistes, anticoloniales et antiautoritaires. Que ce soit pour continuer sur la lancée de #ShutDownCanada, pour répandre la révolte contre la police et le racisme qui vient d’éclater aux États-Unis, ou pour saboter les prisons et le régime frontalier, l’attaque ouvre des possibilités dont on ne devrait pas se passer.

Choisir cette avenue peut amener à revoir ses habitudes. Par exemple, pour passer à l’action, ne plus attendre d’être invité.e à un projet impliquant un plus grand nombre de personnes. En effet, se déployer en plusieurs groupes de deux, de trois, ou de six personnes, de façon horizontale, implique une multiplication des sources des initiatives. Pour trouver avec qui agir, on peut se demander avec qui on se reconnait des affinités de rapport au monde et à la lutte, de désirs, ou avec qui on aimerait approfondir le lien de confiance. Il sera probablement nécessaire de faire de nouveaux apprentissages, qu’il s’agisse de repérer un bureau d’architectes ou de planifier une route de sortie sécuritaire à Westmount.

Pas besoin d’une grande expertise pour attaquer, mais il est tout de même toujours utile de développer certaines connaissances en échangeant et en s’entraidant avec d’autres gens et d’autres bandes. C’est pour alimenter ces échanges que ce texte appelle à un effort de diffusion des connaissances autour de sujets particuliers en lien avec les actions directes en groupes restreints. Nous souhaitons élaborer sur plusieurs sujets abordés dans Recettes pour des actions directes nocturnes (une excellente lecture pour commencer).

Nous souhaitons voir des courts guides en forme de textes, de vidéos, de bandes dessinées, etc., portant sur des sujets comme les suivants:

– Répérage de la cible
– Division des rôles
– Planifier son trajet, son arrivée et sa sortie
– Vêtements et déguisements
– Contre-surveillance
– Communiquer ou non une action, les diverses façons de le faire
– Naviguer le stress

Nous ne cherchons pas de formules, comme il y en a pas. Nous espérons plutôt provoquer des échanges sur les questions, partager des guidelines, des astuces, des apprentissages. Il faudrait aussi faire attention à ne pas partager des informations qui donnerait aux flics des pistes qu’ils n’ont pas déjà, c’est-à-dire des façons de faire spécifiques dont ils ne sont pas déjà au courant et qui pourraient les aider dans une enquête.

Bref, on propose de prendre un peu au sérieux le fait qu’on a développé des connaissances et des compétences à travers nos expériences d’actions, et qu’il est important de les rendre le plus accessibles possible, parce que ce n’est pas toujours évident.

Le Front canadien-français : une jeune garde pour le courant ultracatholique de l’extrême droite québécoise

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Juin 252020
 

De Montréal Antifasciste

En avril 2020, au plus fort de la pandémie de COVID-19, apparaissent dans les quartiers centraux de Montréal des autocollants signés Frontcf.ca. Les autocollants, qui arborent alternativement le Carillon-Sacré-Cœur (un étendard obsolète évoquant la primauté perdue de l’Église catholique sur l’État du Québec) et une image d’archive représentant Jacques-Cartier hissant la croix en 1534, renvoient au site Internet d’un prétendu « Front canadien-français », dénomination jusque-là inconnue. On trouve sur le site une présentation sommaire du nouveau groupuscule, une série d’illustrations dans le style rétrofuturiste/fashwave et quelques photos « d’actions » aux auteurs anonymes, lesquelles sont aussi reproduites sur des comptes Twitter, Instagram et Facebook associés.

À la lecture du credo poussiéreux de ces jeunes ringards, on serait tenté de tourner en dérision leur programme rétrograde tout droit sorti de la Grande noirceur… Toutefois, la poignée de jeunes militants du FCF qui ont eu la maladresse de se dévoiler sur les réseaux sociaux nous ont permis d’établir des liens clairs entre leur petite bande de zoomers arriérés et certains des segments les mieux ancrés de l’extrême droite québécoise, dont le courant nationaliste ultracatholique qui sévit discrètement ici depuis plusieurs décennies.

– >>> Qui sont les militants du Front canadien-français (passez directement à la galerie sur le site de Montréal Antifasciste)

Voici donc un portrait de ce petit groupe de vingtenaires décalés et des inspirateurs fachos dont ils espèrent aujourd’hui reprendre le flambeau.
(6 000 mots; temps de lecture environ 20 minutes.)

///

Au cours du printemps 2020, tandis que sévit la pandémie de COVID-19, plusieurs éléments disparates ayant piqué notre curiosité au fil des derniers mois tendent à suggérer l’émergence d’un nouveau réseau cohérent dans la région de Montréal : l’apparition en 2019 d’une pléthore de pages de mèmes[i] réactionnaires propageant des valeurs catholiques intégristes, hyperconservatrices, racistes et transphobes; la publication dans Le Devoir, en janvier 2020, d’un « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » cosigné par une soixantaine d’étudiant-e-s réactionnaires; le passage à Nomos.tv (la chaîne YouTube du projet ultranationaliste Horizon Québec Actuel) d’un militant catholique faisant circuler une étonnante « Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique au Canada français »; l’apparition de plus en plus fréquente du drapeau Carillon-Sacré-Cœur[ii], d’abord lors de manifestations (à la Vague bleue du 4 mai 2019, et lors de la grande Marche pour la Terre du 27 septembre 2019), puis sous forme d’autocollants à différents endroits de la ville; et enfin, la mise en ligne du site FrontCF.ca, dont de nouveaux autocollants font la promotion dans les rues de Montréal et que des éléments de contenu lient à au moins l’une des pages de mèmes mentionnées ci-dessus.

L’un des nombreux autocollants du FCF apparus à Montréal au printemps 2020. Il représente le Carillon-Sacré-Cœur.

L’un des nombreux autocollants du FCF apparus à Montréal au printemps 2020. Il représente le Carillon-Sacré-Cœur.

Survient alors une série d’actions, relayées sur les comptes Twitter, Instagram et Facebook du nouveau groupuscule, qui puise dans l’habituel répertoire d’action des mouvements sociaux (de gauche comme de droite). En particulier, les jeunes du Front canadien-français semblent calquer leur militantisme sur des organisations comme l’Action Française (royaliste et catholique, en France) ou Atalante au Québec. Depuis quelques semaines, ils se mettent en scène sur les médias sociaux en train d’appliquer des autocollants, de se recueillir devant des monuments historiques en brandissant des drapeaux, ou encore de nettoyer ces monuments pour exprimer leur amour d’un passé glorifié. Ces actions ont bien sûr pour but de faire connaître leur projet et d’éventuellement recruter de nouveaux membres (une intention que confirme d’ailleurs la signature « Rejoins nos rangs! » au bas de leurs textes).

Pour l’instant, des autocollants du FCF ont été aperçus à Montréal et dans quelques localités des rives Sud et Nord de la métropole. Leur première action n’a pas été revendiquée officiellement, mais elle a été publicisée sur le compte Instagram d’un des membres ainsi que sur le groupe Facebook du Mouvement des Jeunes Souverainistes [iii] : il s’agit d’un rassemblement devant la statue de Dollard des Ormeaux au parc La Fontaine de Montréal, le 18 mai 2020, pour marquer la Journée nationale des Patriotes, jadis connue comme la Fête de Dollard.

Le Front canadien-français devant le monument de Dollar Des Ormeaux, le 18 mai 2020, à Montréal.

Alexi Larose, du FCF, devant la tombe du chanoine Lionel Groulx, à Vaudreuil, le 23 mai 2020.

Les militants du FCF ont ensuite diffusé des photos d’un hommage à Lionel Groulx, prononcé le 23 mai sur la tombe du chanoine notoirement antisémite, à Vaudreuil. Cette commémoration du décès de Lionel Groulx était animée par Alexandre Cormier-Denis (dont nous reparlerons plus loin) d’Horizon Québec Actuel, qui en a d’ailleurs relayé la captation sur sa chaîne YouTube, Nomos.tv. On reconnaît plusieurs membres du FCF, dont Jason Mc Nicoll Leblanc et Jean-Philippe Desjardins Warren, qui ont trahi leur présence sur leur compte Instagram respectif. On peut aussi apercevoir deux autres membres dont les visages ne sont pas masqués, Vincent Benatar et Alexis Larose, le premier lisant une lettre de l’abbé Daniel Couture, où l’éminent membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX, voir ci-dessous pour plus de renseignements) exprime son regret d’être absent à la commémoration.

Un militant du FCF gravit au péril de sa vie le monument d’Ignace Bourget, à Montréal, le 8 juin 2020.

Dans les semaines suivantes, les membres du FCF se sont à nouveau mis en scène en train de nettoyer deux statues à Montréal : celles de Camille Laurin (« le père de la loi 101 ») et de Mgr Ignace Bourget, décrochant au passage une banderole Black Lives Matter, au prix d’un « courage » (sic) extraordinaire…

Si le parallèle avec Atalante se confirme, les militants du FCF s’entraîneront bientôt en secret à la boxe thaïlandaise pour distribuer des sandwichs au Paris Pâté!

Ce qui est certain, c’est que la présence en arrière-plan d’organisations comme la FSSPX ou Horizon Québec Actuel laisse présumer des liens avec une frange de l’extrême droite ancrée au Québec depuis fort longtemps…

 

De qui (ou de quoi) les militants du Front canadien-français se veulent-ils la jeune garde?

L’historien Roger Griffin définit le fascisme comme une forme « révolutionnaire d’ultranationalisme palingénésique[iv] ». Le terme rare « palingénésie », dérivé du grec, signifie « renaissance », ou régénération, c’est-à-dire un retour de « ce qui a déjà été et qui n’est plus ». Appliqué à un programme « ultranationaliste », le concept réfère donc à l’éventuelle renaissance de la nation (définie comme intérêt primordial) sous une forme idéalisée, et sa déclinaison « révolutionnaire » implique par définition l’éventuel recours à des moyens insurrectionnels (ou la menace d’un tel recours) pour concrétiser cette renaissance.

Les boneheads rechromés d’Atalante, par exemple, qui se décrivent eux-mêmes comme « nationalistes révolutionnaires » et dont nous avons déjà amplement documenté la démarche et la filiation, correspondent assez bien à cette définition, tout comme d’autres groupuscules et individus marginaux et plus ou moins organisés (dans les sphères NSBM ou Alt-Right, par exemple).

Il existe cependant un autre courant d’extrême droite implanté au Québec depuis beaucoup plus longtemps, dont nous avons fort peu parlé ici, et dont les principaux regroupements se sont quant à eux toujours explicitement définis comme « contre-révolutionnaire ».

Si ces groupes mettent généralement l’accent sur la dimension spirituelle de leur activisme, on retrouve chez eux une série de traits qui rejoignent la définition que donne Griffin du fascisme. À différents degrés, ils conçoivent tous la nation canadienne-française comme plongée dans une situation de décadence suicidaire, corrompue par la perte de sa culture traditionnelle (largement imaginée), la transformation des normes de genre, et la laïcisation de la société. Ces groupes perçoivent aussi l’Église catholique romaine comme souffrant d’une dégénérescence analogue. Pour eux, l’Église est contaminée par les idées de la gauche et un pitoyable désir de « s’ajuster » au monde moderne, qu’exemplifient l’abandon et la marginalisation du rite « tridentin » (la messe latine), et doit être rendue à sa forme ancienne et traditionnelle. De plus, ils considèrent divers régimes dictatoriaux de droite, comme ceux de Franco en Espagne (1939-1977) et de Salazar au Portugal (1933-1974), comme des points de références positifs au sein de leur tradition. Plus près de chez nous, le gouvernement de Maurice Duplessis (1936-1939, 1944-1959), réputé pour avoir brutalement réprimé les mouvements de grève, rendu illégaux les rassemblements communistes (la « loi du cadenas »), emprisonné les minorités religieuses et truqué des élections, est érigé en modèle.

À l’échelle internationale, ce courant ne s’est vraiment constitué qu’après les réformes de Vatican II dans les années 1960, car avant ce moment charnière, leurs idées faisaient partie du courant dominant au sein de l’Église catholique. Il s’en est suivi des années de débats et un certain nombre de scissions, certains préférant partir ou être excommuniés que d’admettre les réformes, ce qui a mené à l’étrange situation où certains des catholiques les plus endurcis ont été expulsés de la sainte Église catholique romaine, précisément parce qu’ils étaient trop attachés à leur vision traditionnelle du culte catholique.

Mgr Marcel Lefebvre, le fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX).

Le principal exemple de ce schisme, d’abord en Europe, puis en Amérique du Nord, a longtemps été la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fondée en Suisse par Mgr Marcel Lefebvre en tant que havre pour les catholiques qui ne voulaient pas renoncer au rite latin et à ce qu’il symbolise. Après des années de conflits avec le Vatican, Mgr Lefebvre et d’autres dirigeants de la FSSPX ont été excommuniés en 1988[v].

Il est important de comprendre la signification de cette rupture, au-delà des disputes religieuses. Pour les membres de la FSSPX, l’ouverture du Vatican sur les réalités du monde moderne était la preuve d’un complot maléfique mondial ayant réussi à faire pénétrer la « fumée du Diable » à l’intérieur même de l’Église. Mais à qui imputaient-ils ce complot diabolique? Alternativement, il fallait blâmer les francs-maçons, les communistes, les Illuminatis et, inévitablement, les Juif-ve-s. Mais bien souvent, s’inspirant de la longue tradition droitiste consistant à désigner des boucs émissaires et à animer des polémiques au sein de l’Église, des théories furent échafaudées pour tenter de démontrer que toutes ces forces ont en fait conspiré au fil des siècles pour détruire l’Église et favoriser l’avènement d’un gouvernement mondial unique et impie (la Réforme protestante, la Révolution française, l’introduction des droits de la personne et des principes démocratiques, la transformation des rôles de genre, et les réformes apportées à l’Église reflétant différents aspects de ce complot tentaculaire). Ainsi, la FSSPX (comme d’autres traditionalistes catholiques) s’est souvent compromise avec d’autres courants politiques d’extrême droite. Marcel Lefebvre lui-même n’a jamais caché son appui au Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen et aux régimes dictatoriaux de Franco en Espagne, Salazar au Portugal, Videla en Argentine (1976-1983) et Pinochet au Chili (1973-1990). En 1989, il a été révélé que pendant 16 ans, des membres de la FSSPX et de l’Ordre des chevaliers de Notre-Dame avaient abrité et protégé Paul Touvier, lequel était inculpé pour son rôle central dans la déportation des Juif-ve-s de Lyon vers les camps de la mort allemands. (Touvier a finalement été arrêté, à 74 ans, au prieuré Saint-Joseph de la FSSPX, à Nice[vi].)

Au Québec, l’aliénation ressentie par une partie de la droite catholique suite à Vatican II a été exacerbée par les changements induits par la prétendue Révolution tranquille. La réaction a initialement produit un milieu marginal et fragmenté, principalement préoccupé par la préservation de la messe en latin et la résistance aux plans de la Commission Parent (1961-1964) visant à laïciser le système d’éducation québécois, et bientôt obsédé par la suppression catégorique du droit à l’avortement. Pendant de nombreuses années, une pollinisation croisée s’est alors opérée entre ce milieu traditionaliste catholique et d’autres traditions d’extrême droite, diverses théories de complot leur servant de cadre référentiel commun. Plusieurs membres de la communauté du rite latin étaient également impliqué-e-s dans l’organisation ouvertement nazie d’Adrien Arcand, le Parti de l’Unité Nationale du Canada (PUNC); des cadres du Regroupement scolaire confessionnel (qui a contrôlé la plus importante commission scolaire de Montréal pendant une bonne partie des années 1980 et 1990) se sont à plusieurs reprises avérés faire partie d’organisations racistes, anti-choix et ouvertement fascistes; puis le Ralliement provincial des parents du Québec (RPPQ) a fini par servir de base pour la création du Centre d’information national Robert Rumilly (CINRR) en 1990.

Jean-Claude Dupuis, ancien militant clé du Cercle Jeune Nation, aujourd’hui étroitement associé à la FSSPX et au Mouvement Tradition Québec.

Entre 1993 et 1995, les lefebvristes ont animé un groupe d’étude à l’Université Laval, à Sainte-Foy, qui pour les cathos traditionalistes était à l’époque un lieu propice au recrutement. Le Cercle d’études des jeunes catholiques traditionalistes (CEJCT) organisait des conférences par des sommités d’extrême droite du Canada, des États-Unis et d’Europe, dont des membres du Front national, ainsi que des éminences locales comme Jean-Claude Dupuis et Louis-Michel Guilbault (sur qui nous reviendrons plus loin). Ces tournées de conférences étaient souvent coordonnées avec le CINRR, le RPPQ et une autre organisation, probablement le plus important groupe d’extrême droite à l’époque, le Cercle Jeune Nation (CJN).

Le Cercle Jeune Nation a été fondé en 1986, mais n’est devenu visiblement actif que dans les années 1990. Modelé sur le Front national de Jean-Marie Le Pen, le CJN se voulait un grand chapiteau sous lequel différents courants d’extrême droite pourraient coexister et mettre de l’avant des positions communes. Fondé en partie par des vétérans de la minuscule tradition fasciste et nazie du Québec, ses membres espéraient élaborer une critique droitiste crédible de la Révolution tranquille et contester la supposée hégémonie de la gauche au sein du mouvement nationaliste québécois. Le CJN collaborait avec de nombreuses organisations racistes et de droite. Dans sa publication, les Cahiers de Jeune Nation, le CJN faisait paraître des articles de Dimitri Kitsikis, un professeur d’histoire de l’Université d’Ottawa, et de François-Albert Angers, un patriarche du nationalisme québécois. On y trouvait aussi des collaborateurs d’outre-mer, comme Michael Walker et Thomas Molnar, des partisans européens du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE, le berceau fasciste de la Nouvelle Droite européenne), ainsi que Gunter Deckert, le futur président du parti cryptonazi Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD).

La composition diversifiée du CJN a fini par avoir raison de l’organisation, qui s’est dissoute en 1994 suite à une scission entre ceux qui jugeaient que certaines positions religieuses mises de l’avant nuisaient à sa crédibilité et ceux qui voyaient en cette fausse pudeur une forme d’hypocrisie. Bien que pour la plupart, les membres du CJN n’étaient pas lefebvristes, le rédacteur en chef de son journal, Jean-Claude Dupuis, était membre de la FSSPX, et le Cercle a régulièrement collaboré avec les lefebvristes ainsi qu’avec d’autres catholiques d’extrême droite, comme les animateurs du Centre d’information nationale Robert Rumilly.

À plusieurs égards, la base d’appui du CJN ressemblait à celle de la Fédération des Québécois de souche (FQS) aujourd’hui. La principale différence étant que le CJN avait réussi à se rapprocher de certains éléments de l’aile droite du milieu nationaliste et était parvenu à occuper une place de choix au sein de l’extrême droite à son époque. La FQS quant à elle, en partie en raison de ses origines néonazies bien documentées, est plus éloignée de la droite « légitime », et l’espace qu’elle occupe sur la droite de celle-ci est partagé avec un plus grand nombre d’acteurs, non seulement d’autres fascistes (comme Atalante), mais aussi le mouvement national-populiste (qui est pour l’instant quelque peu dégonflé).

Il est néanmoins frappant de constater à quel point les forces politiques présentées ci-dessus sont toujours en place aujourd’hui. Les cofondateurs du Cercle Jeune nation Roch Tousignant et François Dumas, par exemple, sont aujourd’hui rattachés à la Fédération des Québécois de souche, tandis qu’un autre pilier de l’organisation, Jean-Claude Dupuis, est toujours intimement lié à la FSSPX, pour laquelle il enseigne l’histoire à l’École Sainte-Famille de Lévis.

Il n’est pas difficile de conclure qu’il existe là un milieu politique cohérent qui a réussi à se reproduire et à maintenir une certaine continuité dans le temps malgré la variation des structures dans un contexte politique changeant, en attirant de nouveaux membres et en retenant des militants qui étaient déjà actifs il y a plusieurs dizaines d’années.

Kenny “Goglu” Piché et Étienne Dumas, du Mouvement Tradition Québec (MTQ).

Aujourd’hui, le courant lefebvriste est principalement représenté au Québec par le Cercle Tardivel, le Mouvement Tradition Québec et les Éditions de la vérité, qui sont animés par des militants fidèles à la FSSPX. Ces trois entités sont inscrites au Registraire des entreprises du Québec au nom de Kenny Piché, Étienne Dumas et Julien Chapdelaine[vii]. Si Piché et Dumas ont déjà fait l’objet de billets du blogueur antiraciste Xavier Camus (à lire, ici et ici), il semble que Chapdelaine, vraisemblablement proche de la FQS, ait quant à lui servi comme agent officiel du néonazi Sylvain Marcoux lors des dernières élections provinciales.

Les jeunes réactionnaires du Front canadien-français sont donc les héritiers directs de cette tradition d’extrême droite ultracatholique, passéiste et nostalgique du Québec prémoderne. En dépit de l’étiquette contre-révolutionnaire qu’ils ont reprise de leurs prédécesseurs, ces nouvelles recrues présentent une tendance fascisante très marquée, que reflètent leurs écrits publics et les pages de médias sociaux qu’ils animent (voir la section sur les pages de mèmes ci-dessous). Leur nationalisme est ethnique (raciste, adepte de la théorie du « Grand remplacement »), anti-diversité, anti-égalité, et grossièrement hétéropatriarcal (antiféministe et traversé d’une opposition idéologique et morale à l’avortement). Il prône un retour aux « valeurs traditionnelles » qui selon eux caractérisaient l’âge d’or de la nation canadienne-française : la mainmise de l’Église catholique sur la société et les affaires politiques (ultramontanisme), des familles nombreuses où les femmes sont dépourvues de pouvoir et n’ont aucun droit sur leur santé reproductive, et un gouvernement autoritaire, populiste et hyperconservateur ne s’embarrassant pas des mécanismes démocratiques ou des libertés civiles, dont la figure de Maurice Duplessis demeure l’emblème glorifié.

Étienne Dumas, du Mouvement Tradition Québec, prend la pause avec Jason Mc Nicoll Leblanc, Vincent Benatar et Alexi Larose, du Front canadien-français.

 

Le lien FQS et l’influence d’Horizon Québec Actuel

Un mot au passage sur la Fédération des Québécois de souche (FQS), dans l’ombre de laquelle le FCF semble évoluer. Rappelons que la FQS a été constituée en 2007 par des néonazis (dont le repenti Maxime Fiset) et s’est perpétuée jusqu’à nos jours en fédérant différents courants nationalistes d’extrême droite (un peu comme l’avait fait avant elle le Cercle Jeune Nation), dont certains sont antinomiques et explicitement contradictoires.

On retrouve dans le journal de la FQS de francs néonazis, comme Sylvain Marcoux et son éternel projet de Rassemblement national canadien-français, les fachos soi-disant « révolutionnaires » d’Atalante sous la plume d’Alexandre Peugeot (vraisemblablement l’alter ego d’Antoine Mailhot-Bruneau, modelé sur le composite Rémi Tremblay de la FQS), mais aussi  d’autres auteurs représentant différentes tendances. On y relève notamment une influence marquée du courant lefebvriste porté par le Mouvement Tradition Québec et d’autres personnages familiers des cercles ultranationalistes décrits ci-dessus.

La photo de profil de Louis-Michel Guilbaut sur Facebook. Ce militant ultranationaliste de longue date et proche sympathisant de la Fédération des Québécois de souche anime aussi le compte FB “Louis Roy” et gère la boutique de pacotilles traditionalistes Ludovidec.

On remarque ainsi dans le réseau social du FCF un certain nombre d’individus rattachés de près ou de loin à la FQS par son courant traditionaliste et contre-révolutionnaire, comme Étienne Dumas et Louis-Michel Guilbault (« Louis Roy », sur Facebook) un enragé traditionaliste de longue date[viii] qui se spécialise désormais dans la production de marchandise pré-poussiéreuse, dont des drapeaux Carillon-Sacré-Cœur, des bustes en plastoc de Maurice Duplessis (!) et d’autres pacotilles produites localement, qu’il distribue par l’entremise de son entreprise Ludovidec (inscrite au Registraire des entreprises au nom de Louis-Rémi Guilbault).

En plus de leur filiation au Mouvement Tradition Québec et à la FSSPX, il apparaît aussi très clairement que les militants du Front canadien-français tournent dans l’orbite d’Horizon Québec Actuel, le projet ultranationaliste animé par Alexandre Cormier-Denis et Philippe Plamondon.

Cormier-Denis est en voie de devenir une figure clé dans l’extrême droite québécoise. Ce partisan/militant de Marine Le Pen et du Rassemblement national (ancien Front national) s’est effectivement positionné avec la chaîne YouTube Nomos.tv comme prolifique propagandiste du nationalisme ethnique, réactionnaire et raciste au Québec : repli ethnique/identitaire, anti-immigration (amplification de la théorie du « Grand remplacement »), islamophobie, anti-progressisme, antiféministe, anti-choix, anti-diversité, etc. En plus de ses nombreuses vidéos sur Nomos.tv, Cormier-Denis est collaborateur régulier à la plateforme Vigile.Québec (droite nationaliste) et a parfois été invité à intervenir sur différents enjeux, ce qui contribue à légitimer les idées toxiques qu’il ne manque aucune occasion de claironner. Il a notamment été invité à l’émission Zone Franche de Télé-Québec, en 2019, pour débattre de la question : « Est-ce qu’on accueille trop d’immigrants au Québec? ». On vous laisse deviner sa réponse. Il a plus récemment fait parler de lui en marge d’une entrevue à QUB Radio, où la teneur homophobe de ses propos a poussé l’animateur à interrompre l’entrevue (après 20 minutes en roue libre, tout de même), ce qui a fait crier ses admirateurs à la censure. Lui et Plamondon reçoivent par ailleurs différents invités à Nomos.tv, dont récemment le leader d’Atalante Raphaël Lévesque, à l’occasion d’une entrevue manifestement préparée dans la plus harmonieuse des complicités.

Une sorte d’« hommage » à Alexandre Cormier-Denis retweeté par le FCF.

Bien qu’ils se défendent comiquement d’être racistes, Cormier-Denis et ses acolytes interviennent régulièrement pour déplorer « l’ensauvagement » des sociétés occidentales, qui serait liée à « l’immigration massive », ce qui n’est plus tant de l’ordre du dog-whistle raciste que du panneau réclame en néon clignotant. Rappelons qu’en 2017, sa candidature à l’élection partielle québécoise sous la bannière du Parti indépendantiste (considéré comme une antenne du Front national au Québec et régulièrement décrié au fil des années pour sa proximité avec des militants néonazis) avait été marquée par une controverse mineure autour d’une pancarte électorale (reprise du Front national) grossièrement islamophobe et xénophobe. (Pour plus de renseignements, veuillez consulter notre fiche sur Horizon Québec Actuel.)

Compte tenu de l’évidente proximité idéologique entre Québec Horizon Actuel et le Front canadien-français, il n’est pas étonnant que les deux projets s’avèrent connexes. Le 23 mai 2020, à l’occasion de la commémoration du décès du chanoine Lionel Groulx organisée par le FCF à Vaudreuil, ce n’est nul autre qu’Alexandre Cormier-Denis qui agit à titre de maître de cérémonie. On reconnaît aussi dans la vidéo de la commémoration publiée sur Nomos.tv, parmi les jeunes militants du FCF, Alexi Larose, qui semble-t-il réside à la même adresse que Philippe Plamondon… ce qui n’est sans doute encore qu’une coïncidence.

On pourrait ainsi, au vu de toutes ces convergences, être porté-e-s à se demander si ce fameux FCF ne serait pas un peu la nouvelle garde d’idiots utiles formée idéologiquement dans l’ombre de la Fédération des Québécois de souche, de la FSSPX, du Mouvement Tradition Québec et d’Horizon Québec Actuel…

 

Une curieuse « Lettre ouverte aux évêques »

En novembre 2019, la Campagne Québec-Vie et la FSSPX publient sur leur site Internet respectif une « Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique au Canada français », signée par un certain Julien Bertrand[ix]. On remarque au passage une coïncidence très forte entre ce texte et une autre « lettre ouverte » publiée sur le site du FCF quelque temps après. Le langage, le vocabulaire et le propos sont en fait plus ou moins identiques dans les deux textes, et la phrase suivante est carrément reproduite textuellement dans les deux lettres, ce qui laisse croire qu’elles sont le fait du, ou des, même(s) auteur(s) :

« À l’image de notre saint patron Saint Jean le Baptiste, nous sommes la voix qui crie au milieu des ruines de béton et des nids de poule. Il est de notre devoir de hurler au nom de nos frères qui se suicident et de notre peuple qui se meurt. »

Le 6 décembre 2019, Julien Bertrand est invité à Nomos.tv pour expliquer la démarche entourant sa lettre. Le même jour, Vincent Benatar, lui aussi signataire, plogue son « bon ami Julien » sur la page Mèmes evangeliste duplessiste puis, la semaine suivante, accorde à son tour une entrevue sur le même sujet à E. Michael Jones, un traditionaliste catholique américain tristement réputé pour son antisémitisme.

Tout porte donc à croire que Julien Bertrand est un autre des militants clés du FCF.

La memegame des jeunes antimodernistes

Une particularité de cette nouvelle génération de wannabe ultramontains est son affection pour le langage particulier des mèmes (malgré son aversion ostentatoire pour « la modernité »). Étudiant en gestion à l’UQAM, Vincent Benatar s’est d’ailleurs démarqué du lot par la prolificité de ses publications sur la page Facebook qu’il administre, Mèmes evangeliste duplessiste (sic).

Un survol du contenu de cette page, tout comme la lecture de la présentation du FCF, la « Lettre aux évêques catholiques » qu’il a cosignée et son texte publié sur Vigile.quebec sur le thème du « Grand remplacement[x] », révèle le caractère profondément réactionnaire et raciste du programme politique mis de l’avant par Benatar et sa petite bande, lequel correspond en tous points à celui du courant traditionaliste ultracatholique décrit ci-dessus.

 

 

On constate aussi en parcourant l’historique de la page l’évolution de Benatar, qui a longtemps soutenu la Loi 21 sur la « laïcité de l’État » avant de se rendre compte que le principe de laïcité s’inscrit directement en faux contre les valeurs ultramontaines qui définissent complètement son positionnement idéologique. Les exemples de commentaires, mèmes et billets misogynes et racistes de Benatar sont trop nombreux pour les détailler ici, mais en voici un échantillon : [voir sur le site de Montréal Antifasciste]

Voici aussi les intitulés de quelques-unes des autres pages de mèmes que nous soupçonnons être ratachées de près ou de loin au FCF, ou du moins au réseau social où celui-ci évolue (n’hésitez pas à communiquer avec nous si vous avez des renseignements au sujet de ces pages et de leurs administrateurs) :

  • Mèmes єναиgélιѕтє Duplessiste
  • Mesmes tradis sans retenue 𝖉𝖚 𝖇𝖆𝖗𝖔𝖓 𝖉𝖊 𝕷𝖔𝖓𝖌𝖚𝖊𝖚𝖎𝖑
  • Memes nationalistes pour zoomers Québécois
  • Mèmes clérico-nationalistes du Canada français
  • Science immortelle du Maoïsme-Duplessisme
  • Memes merveilleux à la mémoire de Montcalm
  • Un mémé couleur de Radio-Cadenas
  • Memes Groulxiens d’instruction publique
  • Memes nationalistes québécois

Un autre élément important que révèle la page de mèmes de Benatar, ainsi que sa page personnelle et son compte Instagram, est le réseau virtuel en périphérie du projet. On retrouve ainsi dans la liste d’amis de Vincent Benatar une douzaine de militants et sympathisant-e-s d’Atalante (dont Raphaël Lévesque et son épouse Danielle Doukas, Benjamin Bastien, Antoine et Étienne Mailhot-Bruneau, Yannick Vézina, Renaud Lafontaine et « Jean Brunaldo »), de nombreux personnages liés à la Fédération des Québécois de souche (dont « Rémi Tremblay », Louis-Michel Guilbault/Louis Roy et Patrick Savoie), Étienne Dumas du Mouvement Tradition Québec, Guillaume Beauchamp du duo de cloches DMS, le nazillon Alt-Right Jean-Philippe Robert (JP Bobby), le vétéran de Charlottesville Vincent Bélanger Mercure (qui est d’ailleurs « Super Fan » de Mèmes evangeliste duplessiste), l’influenceur islamophobe Daniel Laprès, les tres amigos des Exilés (Félix Brassard, Michael Lauzon et Samuel Vanasse), l’antisémite Georges Tremblay, le néonazi Sylvain Marcoux, Philippe Plamondon, de HQA, etc… qui côtoient le NSBM païen Tom Samson (pas très chrétien, ça…) et le candidat à la chefferie du PQ, Frédéric Bastien!

Qui sont les militants du Front canadien-français?

Vincent Benatar
Instagram @vinceben24
https://www.facebook.com/vincent.benatar.90
https://twitter.com/benatarvince
Nous avions cet individu sur notre radar depuis quelques mois déjà. Il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » à titre d’étudiant en gestion à l’ESG-UQAM. Traditionaliste et pratiquant, il a étudié au Collège Bourget, une école secondaire catholique privée. Il semble s’être rapproché d’Atalante dans la dernière année (il est ami avec plusieurs membres clés et interagis régulièrement avec eux). Il est l’administrateur d’au moins une page de mèmes d’extrême droite : « Mèmes evangeliste duplessiste » et a signé un article d’une teneur extrémiste intitulé « Après le Grand Remplacement. Que faire lorsque nous serons minoritaires? », publié sur le site Vigile.quebec et relayé par Horizon Québec Actuel et la Fédération des Québécois de souche.
Jason Mc Nicoll Leblanc
Instagram @uncanadienerrant
https://www.facebook.com/jason.leblanc2799
Étudiant ou finissant au Cegep Édouard Montpetit, cet ancien sympathisant de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre semble avoir rejoint la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Il semble être un membre clé du FCF et est très actif sur les médias sociaux (il gère les comptes Instagram/Facebook @penséelaurentienne et le compte Instagram @carillonsacrécoeur) et s’occupe vraisemblablement des comptes Instagram, Twitter et Facebook du groupe. On doit à son indiscrétion de nous avoir révélé l’identité des membres du groupe, en partageant sur son compte Instagram une photo publique d’une action du FCF sur laquelle tous les membres étaient identifiés… La photo à depuis été retirée, malheureusement pour eux, nous veillons.
Alexi Larose
Instagram @Alexeain
https://www.facebook.com/alexi.larose
https://ca.linkedin.com/in/alexi-larose-6b3a15147
Ami de Vincent Benatar, il participe à toutes les actions du FCF. Son compte Instagram et son entêtement à coller des dizaines d’autocollants juste devant chez lui nous dévoilent qu’il vit sur le Plateau Mont-Royal… à la même adresse que Philippe Plamondon, le vice-président d’Horizon Québec Actuel. Par charité chrétienne, nous ne publierons pas son adresse ici.
Jean-Philippe Desjardins-Warren
Instagram @harfanglaurentien
https://www.facebook.com/jeanphilip.warren
Résidant de Longueuil et étudiant en histoire à l’UQAM, ce proche de Jason Mc Nicoll Leblanc ne nous est pas inconnu. Passé par la scène punk, il a gravité quelque temps dans le milieu underground montréalais, à l’époque où il étudiait au Cegep du Vieux-Montréal. Il a ensuite transité vers le métal noir québécois, où il a dû faire de mauvaises rencontres… Plus tôt cette année, il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » avant de participer aux actions du FCF. Il s’impliquerait par ailleurs au Conseil Jeunesse de la Société Saint-Jean-Baptiste.
Suleyman Ennakhili
Instagram @suleyman.ennakhili
https://www.facebook.com/suleyman.ennakhili
Présent aux actions du FCF, nous l’avions déjà aperçu à deux reprises arborant le Carillon-Sacré Cœur : à la manifestation islamophobe « La Vague bleue » le 4 mai 2019 à Montréal (ironiquement, sous la bannière prolaïcité des nationaux-populistes) et à la grande manif pour le climat du 27 septembre 2019. Originaire de Pointe-Calumet, on lui doit peut-être les stickers du FCF apparus à Saint-Joseph-du-Lac.
Francois Gervais
https://www.facebook.com/profile.php?id=100011065410118
Ami de Suleyman Ennakhili, il était avec lui et portait le Carillon-Sacré Cœur lors de la grande manif pour le climat du 27 septembre 2019. Il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » à titre d’étudiant en Histoire et civilisation au Cégep Lionel-Groulx. On lui doit peut-être les stickers apparus dans le vieux Sainte-Thérèse.
Julien Bertrand
https://www.facebook.com/julien.bertrand1534
Julien Bertrand est le principal signataire et promoteur de la « Lettre ouverte aux évêques catholiques au Canada français », dont certains passages sont identiques à la lettre ouverte publiée sur le site du Front canadien-français. En prime, voici un commentaire pas du tout raciste de Julien Bertrand qui reflète bien le message d’amour universel porté par le Christ.

 

Plus ça change, plus c’est pareil…

En tant que tel, le Front canadien-français n’a pas fait grand-chose – quelques autocollants, des manifestes en ligne, une poignée d’actions publiques sans conséquence. Le groupe ouvre néanmoins une fenêtre éclairante sur un certain nombre de réseaux fascistes et fascisants qui sont demeurés actifs au Québec depuis maintenant plus d’une génération.

Nous n’utilisons pas le terme « fasciste » à la légère : bien que ces courants se définissent eux-mêmes comme « contre-révolutionnaires », et bien que nous soyons sympathiques à la prémisse voulant que le fascisme soit par définition un mouvement révolutionnaire, il faut à notre avis éviter d’appliquer ce critère de manière trop automatique. Lorsque les membres du FCF et leurs amis se prétendent contre-révolutionnaires, ils réfèrent en fait à la Révolution française, voire à la Révolution tranquille, mais leur vision du monde implique sans aucun doute un renversement radical du système actuel pour imposer leur vision dystopique.

Contrairement aux bouffons/boomers de La Meute, Storm Alliance et autres patentes nationales-populistes, les militants de ces réseaux ne sont habituellement pas friands de publicité. Les réseaux fascistes les mieux implantés au Québec n’espèrent pas gagner les prochaines élections ou influencer les politiques gouvernementales au cours des prochains six mois. Ils conçoivent et envisagent leur lutte sur un horizon beaucoup plus long et poursuivent toujours l’objectif plus modeste de constituer de petites bases d’appui durables en encourageant des développements culturels et intellectuels favorables à leur ancrage. De cette manière, ils ont formé une sous-culture qui a réussi à se reproduire au fil des générations. Cette approche est une version de la stratégie « métapolitique » élaborée par l’extrême droite européenne suite aux échecs qu’elle a subie dans les années 1960. Tandis qu’en France, ce sont les événements de mai 1968 et l’indépendance de l’Algérie qui ont précipité cette stratégie défensive, les changements provoqués par la Révolution tranquille ont eu des effets similaires au Québec.

En ce qui concerne les curieuses tendances religieuses de nombreux fascistes québécois et de leurs adeptes, nous nous foutons absolument que la messe soit célébrée en français ou en latin (ou dans toute autre langue). Nous reconnaissons cependant que pour ces traditionalistes radicaux, la religion est un terrain symbolique important où ils peuvent rapidement établir leur opposition à tout l’éventail des caractéristiques du monde contemporain, c’est-à-dire tout ce qui entre en conflit avec ce glorieux passé canadien-français qui n’a jamais vraiment existé, où absolument tout le monde était blanc, catholique, hétérosexuel et aspirait à mettre au monde trente rejetons. En même temps, ils s’alignent symboliquement avec une longue (bien que marginale) tradition de militantisme politique remontant jusqu’au nazi Adrien Arcand (qui était par ailleurs farouchement fédéraliste!).

Chaque nation possède une culture et une histoire qui lui sont propres, lesquelles sont toujours remplies de contradictions et de contre-courants, mais comportent toujours une version « officielle » que les réactionnaires confondent avec une vérité pure et originelle. Au Québec, le point de référence religieux est forcément le catholicisme, et nos jeunes aspirants fascistes ont simplement choisi la variété de catholicisme qui correspond le mieux à leur vision politique. Sans grande surprise, ils ont choisi celle qui est si loin et si radicalement à droite qu’elle s’est vue expulser de l’Église!

Il est difficile de dire si le FCF durera plus que quelques mois, mais il est possible que ceux qui l’ont créé demeurent longtemps actifs dans cette tradition plus large de l’extrême droite.

Quoi qu’il en soit, nous veillerons.

 

 


[i]               Selon Wikipedia, un même Internet est « un élément ou un phénomène repris et décliné en masse sur Internet. »
https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A8me_Internet

[ii]               Le Carillon-Sacré-Cœur, particulièrement prisé des nationalistes réactionnaires au Québec, est une version de l’étendard « officiel » du Canada français favorisé par une partie des nationalistes catholiques entre 1903 et 1935. Il a d’ailleurs été reconnu par le gouvernement provincial comme le drapeau officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1926. Commémorant la victoire française lors de la Bataille de Fort Carillon, le drapeau symbolise également par l’inclusion du Sacré-Cœur l’influence et la domination de l’Église catholique sur la nation, soit le principe ultramontain auquel aspire cette tradition ultracatholique. [Description : « Sur fond d’azur se détache une croix blanche, portant au centre l’emblème du Sacré-Cœur rayonnant, ceint d’une couronne d’épines et surmonté d’une croix; harmonieusement cerné d’une guirlande de feuilles d’érable: aux quatre angles, une large fleur de lys blanche. — Le fond d’azur rappelle l’ancien drapeau de Carillon; la croix parle de notre foi catholique. Le Sacré-Cœur est la réponse aux désirs exprimés par le Sacré-Cœur lui-même à sainte Marguerite-Marie. Les feuilles d’érable détachées de notre arbre national, parlent de jeunesse et d’espoir; enfin les fleurs de lys évoquent le souvenir de la vieille France.»
https://www.imperatif-francais.org/imperatif-francais/extra/histoire-des-drapeaux-quois-carillon-sacrcoeur/

Concernant la symbolique du Sacré-Cœur : « Rappelant l’ardent désir du Cœur de Jésus d’être aimé des hommes et de les sauver, sainte Marguerite-Marie ajoute : “Et il me fit voir qu’il fallait honorer (le Cœur de Dieu) sous la figure de ce Cœur de chair, dont il voulait l’image être exposée et portée sur soi et sur le cœur, pour y imprimer son amour et le remplir de tous les dons dont il était plein et pour y détruire tous les mouvements déréglés. Et que partout où cette sainte image serait exposée pour y être honorée, il répandrait ses grâces et bénédictions.” »
https://www.sacrecoeur-paray.org/experimenter/le-message-de-paray-le-monial/de-jesus-a-sainte-marguerite-marie/]

[iii]              Il est possible que les jeunes militants du FCF se soient rencontrés au sein du Mouvement des Jeunes Souverainistes, « un regroupement national créé [à l’automne 2019] dans le but d’unir tous les souverainistes québécois.es progressistes, passionné.es et assoiffé.es de liberté ». Le MJS est principalement organisé autour d’un groupe Facebook du même nom, groupe dont les jeunes militants du FCF sont tous membres… et toujours très minoritaires dans leurs prises de position. En effet, la jeune organisation semble marquée à gauche, proche de l’écologie et pas très éloignée des idées décoloniales. Sans pouvoir l’affirmer, on pourrait donc penser que le FCF s’est formé en réaction à l’isolement qu’éprouvaient nos jeunes réactionnaires. Incapables de faire pencher le MJS à droite, ils auraient créé leur propre structure dans la tradition ultranationaliste ancrée à l’extrême droite.

[iv]               Cette définition synthétique offre un cadre de référence utile pour cerner certaines caractéristiques communes aux mouvements fascistes et fascisants à partir de l’étude de ces mouvements tels qu’ils se sont eux-mêmes décrits ou exprimés. Comme nous l’indiquons par ailleurs dans notre FAQ, il est très difficile de donner une définition précise et clairement délimitée du fascisme « générique », car ses différentes itérations contemporaines n’adoptent pas forcément à l’identique chacune des caractéristiques du fascisme « historique » incarné dans le régime de Mussolini en Italie ou dans le Troisième Reich en Allemagne.
https://montreal-antifasciste.info/fr/faq/

[v]               Cette rupture a entraîné des tensions et tractations se prolongeant pendant des années, mais aussi des rapprochements, jusqu’à ce que l’ordre d’excommunication soit finalement révoqué en 2009. Entre temps, un autre ordre religieux, la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, avait été fondé par le Vatican en guise de solution intermédiaire pour les fidèles toujours attaché-e-s au rite latin, mais réticent-e-s à s’associer aux lefebvristes (temporairement excommunié-e-s).

[vi]              Concernant cette affaire, lire :
https://www.theguardian.com/commentisfree/2009/feb/19/richard-williamson-lefebvre

[vii]              Curieusement, une autre entité « Mouvement tradition Québec » est aussi inscrite au registre des entreprises, celle-là au nom de la Fraternité Saint-Pie X, sous la direction de Daniel Couture, Olivier Berteaux et Davide Pagliarani. Ce qui laisse supposer que tout n’est pas si paisible au paradis des ultracathos…
https://canadafidele.com/2017/02/03/le-mouvement-tradition-quebec-seteint/

[viii]               Au milieu des années 1990, Louis-Michel Guilbault a produit un journal périodique intitulé le Lys Blanc, où il faisait la promotion d’une synthèse monarchiste, lefebvriste, antisémite et ouvertement fasciste. À la même époque, Guilbaut, qui est lui-même un membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, s’est adressé aux lefebvristes à l’Université Laval à l’invitation du Cercle d’études des jeunes catholiques traditionalistes (CEJCT)

[ix]              Cosignée par « vingt-neuf hommes […] allant de 18 ans à 44 ans [qui ont] décidé pour le moment de garder l’anonymat, certains ayant conscience des conséquences qu’une telle lettre pourrait avoir sur leur emploi, ou leurs études. »

[x]            Ce texte signé par Vincent Benatar mobilise le concept du « Grand remplacement », une théorie raciste en soi, fort répandue à l’extrême droite, qui fantasme que les populations immigrantes des pays du Sud ambitionnent de submerger par le nombre leur pays d’accueil, ici le Québec, afin d’en remplacer volontairement les populations.

Le terme « Grand remplacement » a été inventé par l’auteur français Renaud Camus dans un livre du même nom publié en 2011, où il affirme l’existence d’un vaste complot des élites mondiales pour remplacer la population française par des immigrant-e-s du Sud. Il s’agit en fait de la énième théorie du complot raciste qui affirme essentiellement la même chose, à savoir que les « élites » (généralement assimilées au Juif-ve-s) orchestrent les mouvements migratoires en provenance des pays du Sud afin d’anéantir les populations blanches « indigènes ». Dans le contexte contemporain, ce genre de proposition trouve une forte résonnance, car les privilèges « raciaux » et de classe d’un grand nombre d’habitant-e-s d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord sont effectivement déstabilisé-e-s par les mécanismes du capitalisme mondialisé, non pas tant comme résultat d’un complot particulier, sinon comme conséquence de tendances économiques et politiques plus profondes dont même la classe dirigeante n’est pas nécessairement satisfaite, mais qu’elle se trouve incapable de renverser. La panique et la paranoïa raciales sont des réactions à ces changements de la part de ceux et celles dont l’identité même est étroitement liée à ces privilèges historiques. Le remplacement d’un mode de vie fondé sur l’oppression et l’exclusivité raciales, pour ces personnes, revient à remplacer le seul mode de vie qu’elles estiment digne d’être vécu.

Au fil de l’histoire, ce type d’anxiété raciale paranoïaque s’est manifesté et répété encore et encore; c’est toutefois ce terme, le « grand remplacement », qui s’est récemment imposé et a été adopté par des assassins nazis, comme les auteurs des massacres de Christchurch et d’El Paso, et les fanatiques qui marchaient à Charlottesville en scandant « Les Juifs ne nous remplaceront pas » [Jews will not replace us], ainsi que par plusieurs politiciens désireux d’exploiter cette inépuisable réserve d’anxiété blanche. Au Québec, le concept correspond parfois aux idées mises de l’avant par certains intellectuels nationalistes (pas nécessairement d’extrême droite) selon lesquelles il y a eu, ou il existe encore, une tentative soutenue de génocide à l’endroit de la majorité historique canadienne-française (citant à l’appui l’exode des Acadien-ne-s ou le Rapport Durham).

Pour les fachos comme Vincent Benatar, ce « Grand remplacement » serait donc un état de fait inéluctable auquel il faut se préparer. Pour cela, les Canadiens français devraient s’unir dans un tout homogène, hermétique, exclusif et, évidemment, catholique. La progression logique de cette stratégie consiste à contrôler toutes les institutions, politiques, médiatiques, mais aussi scolaires. C’est en fait une reconquête que propose Benatar, une véritable croisade chrétienne, pour ne pas dire… une « révolution ». Pour lire ce texte délirant :
https://vigile.quebec/articles/apres-le-grand-remplacement

Sur l’insurrection aux États-Unis : une interview avec des anarchistes / abolitionnistes par RadioFragmata

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Juin 242020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Les banques engendrent les “braqueurs”,
les prisons créent les “terroristes”,
la solitude crée les “marginaux”,
les produits créent les “besoins”,
et les frontières créent les armées.

La propriété engendre toutes ces choses.
La violence engendre la violence.
Ne demandez pas. Ne cherchez pas à m’arrêter.
Il nous revient désormais de faire de la justice
l’acte ultime.
Tirons un poème de la vie.
Faisons d’elle une action.

-Katerina Gogou

L’interview suivante se destine à un lectorat international et révolutionnaire. Elle contient des questions se rapportant à l’insurrection contre la suprématie blanche qui se déroule actuellement aux Etats-Unis, posées par le projet radiophonique anarchiste grec RadioFragmata à des membres du RAM (Mouvement Abolitioniste Révolutionnaire) et à des anarchistes américains qui ont souhaité rester anonymes. Cette interview a vocation à faciliter la compréhension des circonstances et des évènements qui se trament aux États-Unis.

“Puisque je ne suis moi-même qu’un vieux garçon de la ferme, je n’ai jamais souffert de ce que l’on récolte ce que l’on avait semé; au contraire, cela m’a toujours rempli de joie”. Malcolm X

Que se passe-t-il actuellement aux Etats-Unis, et en quoi est-ce différent d’autres soulèvements ayant émergé en réponse aux violences policières, comme celui qui avait surgi à Ferguson en 2014 ? Et qu’en est-il du ressenti, à l’échelle de la rue ? Est-ce le même ?

Ce soulèvement se distingue principalement par son ampleur et le niveau de fureur qu’il déploie. D’autres moments, comme Ferguson ou les émeutes de Los Angeles en 1992, ont été significatifs et ont préparé le terrain pour cette situation; mais ce à quoi nous assistons aujourd’hui relève d’un mouvement radicalement différent, de plusieurs façons.

Dans la rue, les jeunes témoignent d’une connaissance profonde des politiques abolitionnistes. Ielles ont laissé de côté toute patience et tout espoir de réforme, ne se concentrant que sur l’action directe et immédiate. Cette fois-ci, il semblerait qu’on soit bien plus nombreux.ses à avoir conscience de l’impasse du réformisme. Le degré d’intensité est incroyablement révélateur. Jamais auparavant nous n’avions vu des gens incendier un commissariat, comme à Minneapolis, avant de contraindre les policiers à sauver leurs peaux en prenant la fuite, et ne rien lâcher alors même que l’armée était sommée d’intervenir. L’autre fait important, c’est que la majeure partie de la population a applaudi l’incendie du commissariat et que la peste du pacifisme a perdu sa mainmise sur la lutte. Cela a remodelé en profondeur le genre de dialogue auquel nous sommes habitué.es aux Etats-Unis. Que l’insurrection et les émeutes reçoivent le soutien de groupes et d’individus inattendus, cela nous paraît parfois carrément choquant ! Les prédateurs abonnés au “Ni … Ni …” sont, de fait, contraints à abandonner leur zone de confort et à choisir leur camp, à décider s’ils font partie des racistes, ou des anti-racistes.

L’intensité de la révolte qui a démarré cette fois à Minneapolis s’est depuis répandue comme une trainée de poudre à travers le pays. Le caractère massif de cette révolte généralisée, l’intensité de la résistance qui s’y déploie, et la disparition complète de la foi en les réformes ou en la patience vis-à-vis du system ne ressemblent à rien que j’ai pu observer de mon vivant.

Comment les anarchistes et/ou les anti-fascistes états-unien.nes font-ielles démonstration de solidarité dans le cadre de cette insurrection ? Et quelles suggestions addresseriez-vous aux anarchistes et/ou aux antifascistes de par le monde, pour qu’ielles puissent exprimer leur solidarité depuis là où ielles se trouvent ?

Les anarchistes et les antifascistes ont participé à ces rébellions depuis leur début. Voilà dèjà longtemps que le mouvement accorde une attention particulière aux questions liées à la police, à la prison et à leurs appendices; c’est donc un moment très spécial pour nous.

Mais nous nous devons d’être clair.es: le soulèvement n’a pas été initié par les anarchistes. La rébellion est portée par une jeunesse noire qui ne peut plus supporter d’être déshumanisée et assassinée. La violence contre les noir.es et la suprématie blanche forment la pierre angulaire de la vie politique, économique et sociale des Etats-Unis. Elles sont si profondément enracinées qu’elles rendent la réforme inconcevable. En tant qu’anarchistes, voilà longtemps que nous portons ce discours, et que nous combattons en vue de réduire en miettes cette situation; mais ne nous sommes que l’une des nombreuses tendances politiques qui ont donné corps à cette insurrection.

De par le monde, les principales recommandations que nous pouvons adresser aux anarchistes est de contribuer à intensifier la pression politique et économique sur les Etats-Unis, et de participer aux luttes locales de résistance vis-à-vis de la police. Ciblez tous les leviers qui accroissent la puissance des Etats-Unis et qui leur permettent de fonctionner, en généralisant et en renforçant le mécontentement qui est à l’origine du soulèvement; ciblez le racisme à votre échelle, la police, et tout autre appendice de la domination et de l’exploitation. Les Etats-Unis sont actuellement incroyablement faibles; et plus ils s’affaiblissent, plus la vie devient respirable pour nous, ici, et pour les gens de par le monde. En outre, tout acte de solidarité apporte de la force à ceux qui tiennent la rue. La solidarité n’est jamais plus forte que lors d’attaques communes, qui ne connaissent pas de frontières !

Comment expliquer que certaines personnes affirment soutenir la rébellion états-uniennes, avant de revenir sur leurs propos du fait de sa prétendue “violence” ?

Le concept de “non-violence”, incarné par la pratique de Martin Luther King Jr., jouit d’un réel prestige aux Etats-Unis. Il est même célébré, retrospectivement, comme l’expression parfaite de l’activisme. Par extension, les mouvements de protestation sont également assimilés à des expressions d’activisme. Dès lors, toute protestation légitime et supposément “efficace” se doit de s’inscrire dans ces principes de protestation non-violente qui ont permis à eux seuls, selon l’historiographie en vigueur, de garantir l’accès aux droits civiques en Amérique. Dans les faits, la situation d’alors était bien plus complexe, et des insurrections fréquentes dans certaines des plus grandes villes du pays ont également joué un rôle crucial dans la décision prise par l’état d’introduire de nouvelles lois abolissant la ségrégation légale et formelle dans le sud des Etats-Unis (via les lois Jim Crow, et seulement pour instaurer dans un second temps de nouvelles méthodes d’oppression). Néanmoins, la doctrine officielle ne retient que le rôle des activistes non-violents dans cette séquence. Par ailleurs, ce discours postule que chaque mouvement de protestation doit viser à promouvoir une cause légaliste, et non pas une dynamique révolutionnaire. Parfois, c’est une rhétorique aux accents révolutionnaires qui est utilisée pour discuter des modifications de législation or la conquête d’autres réformes basiques: on peut ici penser au cas de Killer Mike du groupe Run The Jewels, dans lequel ce soutien affiché du parti démocrate et fils d’un officier de police utilise un langage trompeur pour dénoncer les manifestants qui ont participé aux attaques sur les bureaux de CNN et sur les forces de police. Sur le sol américain, toute action de rue violente ou véritablement révolutionnaire est généralement considérée illégitime, à cause de ces croyances très ancrées culturellement qui définissent ce à quoi doit ressembler une lutte légitime. C’est là une autre raison de considérer les évènements récents comme très inspirants: ils ont totalement rejeté cette logique et ce discours. La manière dont le soulèvement a pu se répandre dans des villes tellement diverses illustre l’insatisfaction que génère désormais partout ce discours historique. Une explication incomplète pourrait consister à montrer que les gens ont agi avant que des leaders officiels n’aient eu l’occasion de chercher à s’autoproclamer représentants du mouvement. La nature réellement organique du mouvement a fait sa force depuis le premier jour, et lui a permis de s’affranchir d’un cadre de protestation soigneusement orchestré par des activistes professionnels et des politicien.nes. Les gens sont conditionnés depuis l’enfance à chercher la foi dans le théâtre de la démocratie politicienne. La violence est la négation d’une telle foi. La violence est une démonstration d’auto-détermination, la démonstration d’une volonté d’aller chercher un monde qui soit au-delà du présent.

On nous apprend que nous avons des droits, mais ces droits sont des choix dont on peut nous priver, puisqu’ils sont institués par un contrat social maintenu par l’autorité. Les droits sont des options absurdes et trompeuses utilisées pour propager la peur qui fonde le socle de la paix sociale contemporaine. Vous avez vos droits, vos libertés, et si vous vous comportez conformément aux lois de la boîte qui contient ces choix, vous n’irez pas en prison. Les droits sont imaginaires, et d’ordinaire seulement crédités de la moindre validité par les personnes incluses et bénéficaires au sein d’une société stratifiée. Il est important de garder ce dernier point en tête lorsqu’on cherche à évaluer la parole d’un.e allié.e déclaré.e qui s’élève contre la violence ou l’auto-défense politique.

La violence et la révolte physique reconnaissent que le terrain de jeu est fondamentalement truqué. Elles démontrent un désir de s’en émanciper, un désir que ne saurait controler un système qui peut à tout moment priver des personnes de leurs droits. Les voix qu’on entend dénoncer la violence parlent le langage de la foi en la justice et en les politiques de ce même système qui est responsable d’avoir inspiré la violence révolutionnaire en premier lieu. Ces voix vous encourageront à supplier, à attendre, et à espérer.

Les activistes, les liberals et les prétendu.es allié.es qui applaudissent depuis les gradins sont prompt.es à dénoncer la violence parce qu’ielles ont foi en les options que le théâtre politique actuel leur présente en guise de changement. Ielles souhaitent se réapproprier les pouvoirs existants, plutôt que les démolir. Dans certains cas, ielles connaissent également la peur, et plutôt que de reconnaître humblement leur peur d’être puni.es pour des prises de risque courageuses et pour leur résistance, ils se terrent lâchement derrière diverses critiques de la violence.

En même temps, on peut se demander pourquoi on nous apprend tant sur Martin Luther King et sur Gandhi, et si peu sur d’autres figures historiques des mêmes espaces-temps comme Malcolm X ou Bhagat Singh. La droite, les puissants, ou les méthodes systématiques et calculées d’auto-préservation de la société capitaliste dénonceront toujours la violence révolutionnaire et l’insurrection, tout simplement parce que ce type de résistance leur fait peur, parce que ce type de résistance menace leur statut et le système qui le maintient.

La violence est un sujet neutre. Deux personnes peuvent avoir un pistolet à la main, et les situations n’en seraient pas moins complètement différentes. Une personne (Patrick Crusius) peut tenir un pistolet afin d’assassiner des migrants et des personnes de couleur au hasard à El Paso, au Texas, tandis qu’une autre personne (Chrystul Kizer) peut tenir un pistolet pour tuer l’homme qui les avait violé.es et en avait fait le commerce.

On pourrait affirmer que nous parlons de George Floyd seulement parce qu’il a eu la chance d’avoir son lynchage enregistré et capturé à l’écran. Toutefois, ce n’est pas la raison pour laquelle nous parlons encore de George Floyd. Des personnes sont torturées et assassinées chaque jour, aux Etats-Unis. Et bien souvent, ces scènes sont filmées. La véritable raison qui explique que l’on parle encore de George Floyd après sa mort tient à ce que cet incident particulier a déclenché une révolte généralisée pleine de ce que j’appellerais un type positif de violence, et que la police n’a pas su contrôler.

L’épidémie de coronavirus a-t-elle joué un rôle dans l’insurrection en cours ?

Il est clair que le coronavirus a joué un rôle dans cette rébellion. Il y a beaucoup de facteurs importants, dans cette question. La débâcle économique a laissé des millions de personnes sans emploi. Nous sommes des millions à ne plus avoir de boulot, ici aux Etats-Unis. Mais avoir un travail ne suffit pas pour autant à échapper à la pauvreté. Le taux de chômage ne reflète pas adéquatement le pourcentage de personnes qui doivent lutter pour survivre; celles et ceux qui travaillent sans pour autant pouvoir s’acquitter de leurs frais quotidiens sont comptabilisé.es comme des travailleur.euses. On fait face à un niveau de précarité énorme. Rajoutez à cela un peuple entier coincé chez soi, et sur les nerfs, en particulier en ce qui concerne la jeunesse.

Le ratio de mort.es chez les américain.es noir.es est trois fois supérieur au même ratio pour les américain.es blanc.hes, en raison de problèmes systématiques d’accès à des soins de qualité. Dans les communautés pauvres, le manque de tests a été considérable, mais cela était intentionnel. Les gens ont un accès limité aux services de soins en règle générale, et l’assistance médicale de qualité est réservée à des communautés plus prospères. Les habitant.es des quartiers populaires ont continué à se rendre au travail et à emprunter les transports publics tout au long de l’épidémie, pour subvenir à leurs besoins. Cela a encouragé une propagation encore aggravée du virus, notamment au sein des communautés marginalisées.

La quarantaine a également mis en relief les lignes de fracture et les privilèges qui sous-tendent notre société. Les riches ont pu s’extirper des villes les plus denses et s’isoler dans le confort. Les travailleur.euses ont perdu leurs emplois et se sont fait offrir des miettes par le gouvernement alors même que d’énormes compagnies et leurs patrons se voyaient adresser des fonds de renflouement sans commune mesure dans l’Histoire. L’échantillon le plus fortuné de la population a vu son capital s’accroître de plus de 500 milliards de dollars, alors que le reste d’entre nous demeurions chez nous à nous creuser la tête à propos de la semaine à venir, de la prochaine facture, ou du prochain repas.

Les personnes pauvres, noires et non-blanches, les peuples natifs et toutes les catégories de population exclues des Etats-Unis ont particulièrement souffert du virus. Il n’était plus question de se mentir à propos du poids de la survie de chacun.e alors même que l’Etat confinait des populations opprimées dans des prisons et des centres de rétention infectés – autant de zones de mort acceptable habitées par les personnes dont le capitalisme peut se passer. En outre, les travailleur.euses jugé.es “essentiel.les” au maintien du bon fonctionnement de la société en temps d’épidémie constituaient précisément les pôles les plus exploités de la séquence précédente (les infirmie.res, les travailleur.euses agricoles, les épicier.es, et ainsi de suite). Cela a facilité une prise de conscience populaire quand à la logique absurde du capitalisme, et a poussé les gens à se poser des questions inouïes jusque lors pour nombre d’américain.es. Plutôt que des augmentations de salaire ou des garanties de sécurité, ces travailleur.euses n’ont reçu que l’approbation condescendante des riches et des puissant.es qui les peignaient en “héro.ïne.s” – alors qu’il va de soi que cette reconnaissance mesquine est franchement insultante pour qui met en danger sa propre vie et la santé de ses proches. Les yeux des gens se sont ouvert, à tel point qu’aucun des mensonges du prétendu rêve américain n’a pu masquer le cauchemar qui constitue le quotidien de la plupart des américain.es.

Quand l’administration Trump est également devenue consciente que les populations non-blanches et prolétaires étaient beaucoup plus affectées par le coronavirus que son électorat presque exclusivement blanc, elle s’est empressée de mettre son appareil médiatique derrière un appel ouvertement raciste à réouvrir l’économie. Pour citer Trump lui même: “let the virus wash through”, “que le virus déferle et purifie”.

En raison de ces causes systémiques et structurelles, la communauté noire a été l’une des plus touchées par le coronavirus dans le pays. Et par dessus le marché, quand l’Etat a demandé aux gens de pratiquer la distanciation sociale la police a immédiatement commencé à terroriser les communautés noires pour non-respect de ces consignes. Alors même que le pays était à l’arrêt, la police a trouvé le moyen de continuer à tuer à la même fréquence qu’au cours de ces dernières années. Et avec le confinement, les gens ne manquaient pas de temps pour visionner des vidéos d’assassinats policiers ou de scènes de torture dans les rues, alors même que ces scènes se déroulaient.

Le coronavirus est ainsi devenu la formule qui a fait du pays un baril de poudre.

La question raciale est-elle la seule problématique qui nourrit cette révolte ?

L’insurrection répond avant tout aux ravages du suprématisme blanc et des systèmes policier et carcéral (le documentaire 13th apporte un éclairage de qualité sur ce sujet-ci). Le meurtre odieux de jeunes noirs constitue la norme, aux Etats-Unis: et les gens en ont enfin eu assez.

La classe joue également un rôle fondamentale dans ce soulèvement, comme c’est le cas partout dans les sociétés capitalistes. Toutefois, ce soulèvement a totalement été initié par le prolétariat noir, qui ne partage pas les caractéristiques du mouvement activiste américain, lequel regroupe surtout des personnes issues d’origines bourgeoises qui envisagent la politique comme un hobby plutôt que comme une lutte indispensable. Malgré cette réalité, le soulèvement a été à ses origines relativement ouvert à quiconque souhaitait y participer et agissait sans peur d’être jugé par la moralité raciste du status quo.

On ne devrait pas non plus être surpris.es de ce que les gens rendent désormais la monnaie de sa pièce au système au place au moment même où le taux de chômage est propulsé à un niveau que nous n’avions pas connu depuis la Grande Dépression. Si le mouvement conserve cette férocité et cette fluidité prolétariennes, l’hypothèse d’un changement révolutionnaire est plus crédible qu’elle ne l’a jamais été de notre vivant.

Quelles sont les origines du suprématisme blanc aux Etats-Unis ?

Les origines du suprématisme blanc aux Etats-Unis correspondent aux origines du pays lui-même. Les Etats-Unis ont explicitement été fondés en tant que projet de la suprématie blanche. Bâtis sur les dos des peuples africains réduits en esclavage et sur le génocide des peuples indigènes, les Etats-Unis se sont positionné en pays-modèle pour le pouvoir des blancs. Dans d’anciens textes de lois, il était stipulé qu’une personne noire ne représentait que les trois-cinquièmes d’une personne humaine, et les noir.es ont été considéré.es comme de la marchandise jusqu’en 1865 – après quoi le gouvernement fit tout ce qui était en son pouvoir afin de garantir que les piliers de l’esclavage demeurent intacts, en transposant le processus de la plantation vers le complexe carcéral-industriel.

Toutefois ce processus avait démarré plus tôt encore, avec les premières expansions européennes de par le monde. Les Etats-Unis sont de fait un projet qui découle de la pensée et des politiques européennes. Ces deux continents sont historiquement empêtrés dans des régimes raciaux extrêmes, des massacres de masse et des génocides. De surcroit, le statut du pouvoir économique et politique qui se maintient sur ces deux continents a pour corollaire le coût du colonialisme historique qui a fini par définir la carte du monde contemporain, avec son 1er et son tiers mondes.

Que signifie s’opposer au suprématisme blanc ? Trouve-t-on des éléments de “racisme inversé” dans ce combat ?

Pour commencer, le “racisme inversé” n’existe pas. C’est même un oxymore.

Le racisme ne désigne pas simplement le fait de discriminer, mais bien un système d’oppression. Puisqu’il n’existe pas de système d’oppression fondé sur la race auquel des blanc.hes seraient asujetti.es, ielles ne peuvent pas être les victimes du racisme.

“Blanc.he”, aux Etats-Unis, dénote un segment de la popluation qui jouit d’avantages préexistants en tant que tel. Ainsi, bien que de nombreuses personnes blanches souffrent de la pauvreté aux Etats-Unis, il n’en est pas moins vrai qu’il y a des avantages inhérents à être blanc.he. Un exemple éloquent de cela serait la capacité à sortir faire un footing nocturne sans qu’on ne soit accusé.e de fuir une scène de crime.

A travers l’Histoire, la classe dominante a déterminé un niveau calculé de souffrance à déléguer à ses inférieur.es présumée.s. La notion de “sauvage”, l’infériorité des populations non-gentilles ou aux peaux foncées établies par les conquêtes européennes fondent la matrice des choix de populations destinées à souffrir de par le monde jusqu’aujourd’hui. Les tactiques et la sémantique utilisées par les groupes dominants/opprimants ont été modernisées et adaptées, mais le socle en demeure le même. “Blanc.he” signifie être inclus.e, jouir d’une meilleure place dans les gradins, inconditionnellement.

Bien que les noir.es américain.es ont 250% de chances en plus d’être tué.es par la police (si l’on se fie aux chiffres officiels; le véritable écart est probablement encore plus grand, et fluctue selon les régions et les niveaux de diversité), de nombreux.ses victimes de ces meutres sont issu.es du prolétariat blanc. La classe dirigeante n’épargne pas la population blanche marginalisée, et apporter une critique du suprématisme blanc ne suppose pas de nier la réalité des personnes blanches qui souffrent dans le système capitaliste. Mais il essentiel de reconnaître qu’un mépris de la blanchité dénote une frustration vis-à-vis de la race qui a été choisie par ce système en tant que race incluse et défendue. Les personnes blanches sont incluses et défendues, au détriment de, et contre, les populations non-blanches prétendument inférieures. Alors que les oublieux ou les racistes crient au “racisme inversé”, d’autres ont reconnu dans ces mêmes gestes de frustration à l’envers du suprématisme blanc un mépris logique.

Il existe des groupes Noirs séparatistes, mais leurs appels à la séparation dérivent du désespoir d’échapper à la misère impitoyable qui découle non pas d’une société hétérogène en tant que telle, mais d’une société hétérogène stratifiée selon des critères de race et d’ethnicité. Un tel appel désespéré en faveur d’un pouvoir noir par la ségrégation ne peut venir que de l’expérience empirique d’une société hétérogène qui a désigné une seule race pour régner sans partage.

Malgré des disparités locales, et en dépit des proclamations mensongères de droits civiques, les Etats-Unis demeurent ancrés dans un modèle de ségrégation brutale. Que les lignes de fractures soient raciales ou de classe, le pays donne à voir l’un des exemples de ségrégation de proximité les plus intenses au monde. Prenons l’exemple de New York City, où certaines des zones les plus pauvres du pays côtoient des quartiers parmi les plus riches au monde, séparés par la bête policière et son système judiciaire. Dans de nombreuses communautés non-blanches, les interactions quotidiennes avec des personnes blanches se limitent à voir la police blanche envahir le quartier afin de mieux y maintenir le niveau de pauvreté. En aucun cas ne voulons-nous invisibiliser les souffrances du prolétariat blanc; mais l’écart entre ces deux situations est tel qu’il devrait suffire à coudre les lèvres racistes qui s’exclament que “toutes les vies comptent”. On compte deux millions et demi de prisonniers aux Etats-Unis, dont de nombreux innocents, de nombreux pauvres, et de nombreux blancs. Nous n’oublions d’aucune manière le prolétariat blanc, mais dans un pays qui compte environ 13% de noir.es dans sa population civile et 40% de noir.es dans sa population carcérale, les efforts de manipulation psychologique qu’on retrouve derrière les dénonciations d’un prétendu “racisme inversé” ou du fameux “all lives matter” sont systématiquement invalidés par les chiffres.

Ce qu’on appelle à tort “racisme inversé” est en réalité une frustration légitime à l’égard d’un segment de la population qui détient le pouvoir en vertu de la souffrance d’un autre groupe. Rien n’empêche d’être blanc.he et de mépriser ce que signifie la blanchité dans le monde actuel.

Dans des situations émeutières antérieures, comme à Los Angeles en 1992, on avait pu voir des personnes blanches être attaquées simplement parce qu’elles étaient blanches. Bien qu’elles furent minoritaires et entourées d’évènements autrement plus inspirants, ces attaques constituaient une issue regrettable à une situation explosive. De tels faits n’ont pas été observés dans le soulèvement actuel. Ce dernier a été remarquablement hétérogène depuis le premier jour dans toutes ses modalités d’expressions, et malgré le fait qu’il ait rassemblé des millions de personnes il n’a donné lieu à aucune occurrence sérieuse de violence interraciale. Au contraire, et malgré des désaccords individuels portant sur la stratégie, les tactiques ou les cadres de référence politique, on a pu observer un sens phénoménal d’unité parmi les militant.es – du moins jusqu’à ce que les faux leaders ne s’en mêlent. Les objections sérieuses aux pillages et à la violence ont émané quasi-exclusivement de personnes qui n’avaient pas été dans la rue, et parfois d’une frange des manifestant.es pacifiques qui remplissent désormais les rues, épris d’un discours propagé par les médias qui prétend définir le caractère d’un mouvement de protestation “légitime”. Parmi ces manifestant.es pacifiques, nombre font désormais les frais d’une violence policière généralisée, et on peut espérer que nombre se radicalisent en réaction à ces attaques. Ainsi, le système fait d’une certaine manière le travail de pédagogie qui s’impose vis-à-vis de ces personnes plus pacifiques qui rejoignent désormais les manifestations.

* De nombreuses personnes, en Europe, semblent en certaines occasions fétichiser tout ce qui ressemble de près ou de loin au Black Panther Party des origines, et particulièrement via la diffusion d’images présentant le New Black Panther Party prenant la pose en armes afin de proclamer leur solidarité vis-à-vis des luttes de la population noire. Il est important de bien noter que le New Black Panther Party n’a rien à voir avec l’ancien Black Panther Party, ni avec la Black Liberation Army. Il a été rejeté par presque tou.tes les survivant.es du Black Panther Party des origines et de la Black Liberation Army, y compris celles et ceux qui sont encore incarcéré.es pour leurs actions. Le New Black Panther Party est une organisation vicieusement autoritaire, antisémite, ségrégationniste, et homophobe. Ses membres arborent des armes qui ont toutes été achetées légalement aux Etats-Unis.

Comment les anarchistes américains trouvent-ils de la solidarité auprès de personnes qui ne sont pas formellement anarchistes elles-même ?

Nous ne sommes pas assez nombreux.ses pour fonctionner de manière autarcique. Par ailleurs, la sincérité de la rage et la passion pour liberté qui découlent de l’expérience peuvent peser bien plus lourd que la prétendue “lumière” dérivée de la compréhension théorique. En outre, nous vivons dans une société intensément hétérogène, et nous devons faire l’effort de nous émanciper de la pensée insulaire qui caractérise l’organisation anarchiste classique.

Aux Etats-Unis, il nous est nécessaire de nous adapter aux circonstances et de nous forcer à nous concentrer sur des éléments plus profonds de tension et de mécontentement qui outrepassent les identités politiques superficielles.

La solidarité, nous la trouvons en nous dressant horizontalement au côté de l’expérience du mécontentement. Quand la résistance s’embrase dans les rues, nous cherchons à en faire partie. Les anarchistes américains cherchent une solidarité qui s’organise autour d’un ennemi commun et de frustrations communes. Peut-être que celles et ceux aux côtés de qui nous cherchons à combattre ne récitent pas la même rhétorique ou ne se réclament pas de la même idéologie; mais notre priorité, c’est de tendre la main aux personnes qui partagent notre fureur vis-à-vis de ce système, et qui agissent en conséquence.

 

Les pillages sont-ils perçus comme des actes révolutionnaires ? Vous-même, les défendez-vous politiquement ? Que pensez-vous des prises de positions libérales quant à la question éthique qui sous-tend ces pillages ?

Je n’ai aucun problème avec les pillages; et je n’ai aucun respect pour la “moralité” qui constitue le socle de la société capitaliste. Prendre position contre les pillages implique d’être en paix avec le status quo, lequel permet de se procurer des produits de manière “appropriée”.

Permettez-moi cette analogie: les New-Yorkais.es fortuné.es ont pillé les magasins de la ville entière afin d’être préparé.es au confinement et à la quarantaine à l’approche de l’épidémie de coronavirus. En règle générale, on ne trouvait plus les biens requis pour pouvoir endurer la quarantaine que de manière aléatoire dans les petites boutiques des quartiers les plus pauvres. La plupart des prolétaires sont incapables d’acheter en gros, puisqu’ielles vivent en permanence dans l’attente du prochain salaire et que la notion d’investissement, même à très court terme, est hors de question au vu de leur situation financière.

Les magasins new-yorkais ont été vidés de leurs stocks de papier toilette, de désinfectant, d’équipement de protection personnelle, de nourriture, et de tout ce que les riches ont pu se procurer. Les riches ont pillé les magasins en toute légalité, et ils ont accaparé la sécurité. Ils l’ont fait selon leurs règles propres: ces mêmes règles qui définissent le pouvoir d’achat dans le capitalisme. Les règles qui calculent et qui délèguent la souffrance.

Le pillage est un acte qui défie ces règles. C’est un acte qui révèle leur fragilité, alors que la police et le système judiciaire existent pour les maintenir et les faire appliquer.

Aucun des produits que l’on pourrait mettre au crédit du capitalisme mondial ne pèse bien lourd quand on le compare avec la souffrance quotidienne dont les racines remontent à l’esclavage institutionnalisé. Dénoncer les pillages dans le contexte d’une insurrection sociale, c’est louer la notion de l’achat telle que l’a définie la moralité putride de la classe dirigeante.

Dans le contexte d’un soulèvement social, le pillage menace dans la plupart des cas la réification de l’achat “sacré”, brisant en profondeur les barrières qu’on nous a conditionné à nous représenter entre la pauvreté et la vie. Toutefois, les pillages et la violence sociale d’une insurrection ne sont pas toujours irréprochables. A Minneapolis par exemple, on a pu voir incendier des petits commerces qui n’étaient clairement pas des cibles aussi prioritaires que d’autres. Comme l’a écrit Alfredo Bonanno, l’insurrection est “un coup de patte de tigre, qui déchire et ne distingue rien. Il est évident qu’une minorité organisée n’est pas le peuple insurgé. Alors, elle distingue. Il est nécessaire qu’elle distingue”.

Pour moi, prendre position contre les pillages (particulièrement si ceux-ci ciblent des grandes enseignes et des biens de consommation exclusifs), c’est défendre le concept d’achat. C’est une voix qui émane d’une position de privilège – le privilège de n’être pas désespéré. Elle émane également d’une position soucieuse du jugement des inclus.es et des profiteur.euses de cette société.

Les pillages peuvent être beaux et tristes, tout à la fois. J’entends également les préoccupations de certain.es quant à la part matérialiste de certaines formes de pillage, mais je ne pense pas que cela suffise à désamorcer les implications révolutionnaires plus larges de cet acte. Cela m’attriste de voir un petit commerce appartenant à une famille en galère être aspiré dans le vortex rageur qu’est une émeute, mais je prends plaisir à voir des personnes pauvres afficher les symboles esthétiques des riches et faire leur course chez Wal-Mart sans portefeuille.

En tant qu’anarchiste, je dispose d’une voix qui a un champ limité dans le monde de la politique, et je refuse d’envisager ne serait-ce qu’une seconde de l’utiliser à dénoncer un soulèvement parce qu’il générerait des pillages.

Il existe de nombreuses voix, à droite et dans les sphères du pouvoir, qui croient en la sacralité de l’achat et qui utilisent une telle croyance pour démoniser, diviser et fragiliser une insurrection. Il existe des voix grassement rémunérées préservées par notre société afin de soutenir cette même normalité génocidaire contre laquelle les insurgé.es d’aujourd’hui s’élèvent. Si vous utilisez votre voix pour fragiliser ou salir des gestes de rébellion ou d’autodétermination, vous ne pouvez en aucun cas affirmer sincèrement être complice d’un soulèvement. Les puissant.es qui protègent le status quo vont utiliser leur appareil médiatique pour diaboliser ou diviser l’insurrection – quiconque prétend participer à l’insurrection ne devrait en aucun cas faire de telles choses.

Si le pillage vous pose un problème moral, il est peut-être urgent que vous interrogiez votre propre affirmation de soutien à un soulèvement qui s’oppose au suprématisme blanc, au capitalisme, et à l’état; parce que vous défendez une logique qui récompense le pillage institutionnel, la domination et l’exploitation, et qui entend punir ou se prévenir contre tout effort de vengeance ou d’auto-préservation émanant des classes populaires.

Dès 1965, une défense éloquente des pillages dans le contexte d’un soulèvement noir avait été énoncée par les situationnistes. Elle demeure d’une actualité intacte:

” Le pillage du quartier de Watts fût la matérialisation la plus directe de ce principe déformé: “à chacun selon ses faux besoins” – des besoins déterminés et produits par le système économique auquel s’oppose justement l’acte de piller en tant que tel. Mais dès lors que l’abondance tant vantée est prise pour argent comptant et saisie directement plutôt que d’être poursuivie sans relâche dans la course de hamsters du travail aliéné et des besoins sociaux en hausse permanente, les désirs réels commencent à s’exprimer dans le cadre d’une célébration festive, d’une affirmation de soi joueuse, de la frénésie destructrice.

Le pillage est une réaction naturelle à la société artificielle et inhumaine de l’abondance des marchandises. Cette réaction déconstruit la valeur de la marchandise en tant que tel, et expose du même coup ce que les marchandises supposent en dernier recours: l’armée, la police et les autres détachements du monopole étatique de la violence armée. Qu’est-ce qu’un policier ? Rien d’autre qu’un serviteur actif des marchandises, un homme totalement soumis aux marchandises, dont l’emploi consiste à garantir qu’un produit donné du travail humain ne reste qu’une marchandise, dotée de la propriété magique de devoir être achetée, plutôt que de n’être qu’un simple frigidaire ou un simple fusil – un objet passif, inanimé, asujetti à quiconque vient s’en servir. En faisant fi de l’humiliation d’être asujetti à la police, les noir.es rejettent du même l’humiliation qui les asujettit à la marchandise”.

– L’Internationale Situationniste, “Le Déclin et la Chute de l’Economie Spectaculaire Marchande”, 1965.

Pourquoi entend-on tellement de théories complotistes portant sur cette mobilisation, ainsi que la dénonciation récurrente de prétendues “agitateurs extérieurs” ?

Les Etats-Unis sont un pays étrange. La prévalence des théories complotistes y est alarmante. Des gens qui sont en outre bien souvent en faveur du status quo croient dur comme fer à des théories vraiment impensables, ici. On peut y voir un indicateur du déclin brutal des Etats-Unis en tant que puissance. La population est désormais si phénoménalement mal-informée qu’elle ignore bien souvent les faits les plus basiques. On y trouve par exemple un nombre considérable (et en pleine croissance) de personnes qui pensent que le réchauffement climatique est un mythe, que les antifascistes sont financé.es par George Soros, et que la Terre est plate.

Par ailleurs, les gens sont tellement aliénés par leur rapport obsessif à leurs appareils électroniques qu’ielles ont du mal croire sincèrement en une quelconque réalité. Dès qu’il se produit quelque chose, iells sont pléthores à crier au trucage. L’Etat comprend bien comment profiter de cette situation. Des manifestations ont eu lieu dans plus de 150 villes; et pourtant, le gouvernement a pu prétendre que des agitateurs extérieurs ont été à l’origine des révoltes partout, bien que cela soit complètement incohérent. C’est la ligne de conduite historique de l’Etat face aux mouvements de libération afro-américains. Il y a un fondement raciste, là-dedans: l’Etat veut faire croire que la communauté noire est incapable d’accomplir quoi que ce soit sans l’assistance des blanc.hes. D’autre part, accuser des éléments “étrangers” permet à l’Etat de contester la légitimité d’un mouvement.

A l’issue des deux guerres mondiales, le FBI a mené des campagnes de terreur sans merci visant à éradiquer la gauche, les anarchistes, et tout ceux qui s’opposaient à l’ordre établi. Les générations suivantes ont donc été massivement apolitiques, avec un spectre politique bipolaire qui allait du parti démocrate au parti républicain. Les périodes de renouveau politique sont apparues de manière sporadique au cours de cette séquence, avec le mouvement anti-guerre dans les années 60, les groupuscules de lutte armée dans les années 70, le mouvement anti-mondialisation dans les années 90, et ainsi de suite: mais la plupart des américain.es ne sont pas éduqué.es à la politique comme on peut l’être dans le reste du monde. En règle générale, on nous apprend à nous positionner parmi différentes nuances de droite, avec une marge de manoeuvre sur le plan culturel, où l’on retrouve une frange “libérale” ou progressiste et une frange conservatrice. Pour l’essentiel, les gens se laissent aspirer par des discours politiques livrés clés-en-main et qui ne remettent pas en question grand chose. Dans cette perspective, on ne peut pas vraiment s’étonner de la fascination que suscitent les thèses complotistes, lesquelles participent malheureusement à maintenir les individu.es dans des situations d’isolation et de distraction, trop occupé.es à observer les arbres qui cachent la forêt.

En Europe, ce genre de manifestations émeutières ont souvent lieu dans des contextes marqués par des grèves massives. Existe-t-il des syndicats assez puissants en ce moment pour déclencher de telles grèves ?

Les syndicats américains ont généralement été dévoyés par une mentalité de droite qui leur a fait perdre toute ressemblance avec les organisations radicales qu’ils ont été. Bien sûr, des grèves sauvages dans le secteur des transports pourrait sérieusement fragiliser le pouvoir en place; mais il ne faut pas oublier que le pays était déjà dans une sorte de veille assez irréelle du fait de la quarantaine. Très peu d’employé.es se rendaient sur leurs lieux de travail, et n’était mobilisée que les segments essentiels de l’infrastructure nationale.

On a bien pu assister à des gestes de solidarité, à l’image de ces chauffeur.euses de bus qui ont refusé tout net de conduire les manifestant.es arrêté.es en prison. Mais dans l’ensemble, il faut avoir à l’esprit que les syndicats et les grèves sauvages sont des phénomènes isolés aux Etats-Unis. Dans une économie de consommation où la plupart des industries ont été automatisées, les quelques tâches manuelles restantes sont généralement effectuées par les immigré.es les plus violemment exploité.es; et dans le cas où elles seraient encore effectuées par des travailleur.euses syndiqué.es, elles seraient sûrement en passe de se voir délocaliser vers un pays dans lequel le coût du travail est plus bas. En revanche, il s’est passé une chose remarquable dans la séquence qui a précédé cette insurrection: une grève massive et coordonnée des loyers, en réponse à l’explosion du nombre de chômeur.euses, au cours de laquelle se sont développés des réseaux d’aide mutuelle gigantesques à travers tout le pays. Dans le paysage économique complexe des Etats-Unis, les grèves se construisent plus efficacement au niveau social et interpersonnel que par l’action syndicale bureaucratique.

Les déclarations de Trump qui annoncent la requalification policière des groupes anti-fascistes et anarchistes en tant qu’organisations “terroristes” vont-elles générer une aggravation de la répression ? De quelles formes de soutien pourriez-vous avoir besoin dès aujourd’hui ou dans un futur proche ?

Il est probable que la menace de définir les antifas et les anarchistes comme des terroristes s’accompagne d’un durcissement de la répression. De bien des manières, c’est un aveu de faiblesse politique, et de désespoir. Trump, Barr et toute leur clique de clowns ne s’imaginent pas sincèrement que les anarchistes seraient les seul.es responsables de ces révoltes. Mais ils ne vont pas déclarer: “nous avons assassiné et détruit les communautés afro-américaines depuis des décennies, et elles se sont justement soulevées contre l’injustice”. Dès lors, il leur faut un bouc émissaire.

L’Etat et les médias cherchent désespérément à reprendre le contrôle sur la production du récit du soulèvement, et à en détourner le sens afin de jouer sur l’opinion. Mais il s’avère très difficile de “récupérer” une insurrection décentralisée, spontanée et organique sans mettre en scène un épouvantail imaginaire qu’on pourrait charger de tous les maux. Cette réaction ne nous étonne pas outre mesure; d’ailleurs, ce n’est pas la première fois que les anarchistes sont élevés au rang d’ennemis prioritaires, dans ce pays.

Il est dès lors très probable que le mouvement soit pris pour cible. Mais nous n’avons pas peur, et personne n’est surpris. Nous avons tous.tes pris conscience de ce que les Etats-Unis sont faibles, et ne tiennent que par la terreur d’Etat. L’emprise d’un régime s’amoindrit quand les gens cessent de le craindre. La plus grande solidarité que nous pourrions demander consisterait à ce que les attaques contre les Etats-Unis ne cessent nulle part. Continuez à attaquer, jusqu’à ce que cet empire en lambeaux ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

On sait avec certitude que plus de dix mille arrestations ont déjà eu lieu. On sait également que sont actuellement déployés non seulement les forces de police locales, mais aussi des agent.es du FBI, de l’ICE (Service des Douanes et de l’Immigration) et d’autres agences étatiques; et que tou.tes participent à la surveillance, à la traque et aux interrogatoires des manifestant.es interpellé.es. Certaines personnes sont d’ores et déjà sous le coup de longues peines de prison ferme pour avoir balancé des cocktails molotovs mal préparés: ielles ont été inculpé.es pour tentative d’homicide. Même avant que tout cela ne commence, on avait déjà vu un camarade prendre plus de dix ans de taule pour avoir lancé un cocktail dysfonctionnel sur un bâtiment fédéral.

La réaction de Trump qui se targue de restaurer “la loi et l’ordre” annonce une campagne de répression étatique contre-révolutionnaire aussi inouïe dans ses proportions que l’insurrection qui a embrasé les rues américaines. Malheureusement, les médias et les activistes sociaux-démocrates ont participé à cette campagne de désinformation ciblant les anarchistes et les antifascistes, en prétendant par exemple que la violence avait été le fait de provocateurs.rices blanc.hes. Parmi les choses les plus répugnantes qu’on a pu observer depuis l’apparition des groupes réformistes qui cherchent à s’accaparer la situation, on peut notamment citer les cas d’activistes dénonçant des émeutier.es présumé.es sur les réseaux sociaux ou allant même jusqu’à restreindre physiquement des “casseur.euses” pour les remettre à la police.

Plutôt que de voir de la solidarité dans les actes des anarchistes et des antifascistes qui participent de manière décentralisée aux émeutes, de nombreuses voix s’élèvent pour remettre en question la légitimité des affrontements avec la police en évoquant “l’opportunisme politique des agitateur.rices blanc.hes”. Parmi elles, on entend notamment les défenseur.euses privilégié.es du politiquement correct, ainsi que les “leaders” sociaux-démocrates afro-américains qui cherchent à s’attirer les faveurs de la majorité blanche. Non seulement ces accusations absurdes font écho à d’autres thèses complotistes émanant de ces groupes sociaux, mais de surcroît il est évident que les anarchistes et les antifascistes ont joué un rôle considérablement moindre dans ce front de résistance violente par rapport à d’autres populations non-blanches et prolétaires politisées de manière plus informelle mais qui ne pouvaient plus composer avec la misère quotidenne qu’on trouve aux Etats-Unis. En tant qu’anarchistes, nous rejetons en revanche tout discours nous accusant d’avoir tenté de faire de la “récupération” vis-à-vis des luttes afro-américaines. Nous serons systématiquement les complices de toute insurrection visant à mettre à mal le suprématisme blanc, plutôt que des “allié.es” qui “font leur part” bien au chaud devant leurs écrans ou dans les isoloirs.

Il se passe tellement de choses, ces jours-ci, et cela donne si peu l’impression que cela va s’arrêter, qu’il serait aisé de se laisser submerger par ce trop-plein d’information. Nous avons donc choisi d’inclure, avec ce texte, une liste de caisses de soutien, de groupes d’anti-répression, et de médias fiables racontant l’insurrection au jour le jour.

 

Bail Funds – Compilation de caisses de soutien pour les inculpé.es et de groupes d’entraide créés dans le cadre de l’insurrection actuelle.

Abolition Media Worldwide

Revolutionary Abolitionist Movement (RAM)

NYC Anarchist Black Cross

It’s Going Down

Le monument raciste de John A. Macdonald vandalisé avec de la peinture

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Juin 172020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

À Montréal, le 15 juin 2020. – Hier soir, lors d’une action post-fête de la Reine et avant la fête du Canada, le monument Macdonald de la Place du Canada a été aspergé de peinture mauve par des vandales anticoloniaux.

Des photos de la statue vandalisée sont disponibles ici https://postimg.cc/gallery/XY4WtR4

Les vandales anticoloniaux ont pratiqué la distanciation physique en portant des masques et en se lavant les mains avant et après l’action.

Selon Seamus Grewal, l’un des vandales : « Le monument Macdonald est l’équivalent canadien d’une statue de confédérés aux États-Unis. Il représente un symbole fort du colonialisme et de l’assujettissement des peuples autochtones. Cette statue célèbre un individu dont les politiques sont directement responsables du génocide des peuples autochtones au Canada et de la célébration de la suprématie blanche en général. »

Grewal ajoute: « Le monument Macdonald doit être immédiatement retiré et placé dans un musée où l’on y explique le contexte historique approprié en ce qui concerne le racisme et le colonialisme sous-jacent. Il ne faut en aucun cas que ce monument continue de célébrer ce personnage dans un espace public majeur de Montréal ».

L’attaque de la nuit dernière contre le monument de Macdonald (1895) est, au moins, la quinzième attaque de peinture contre la statue au cours des trois dernières années. Cette plus récente action se produit alors que de nombreuses statues coloniales et racistes sont ciblées par du vandalisme ou encore tout simplement déboulonnées dans le monde entier. En continuité du mouvement Black Lives Matter, des statues racistes et coloniales ont été renversées, décapitées et autrement attaquées au cours des deux dernières semaines partout aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Au-delà de ces actions directes fortes inspirantes, de nombreux élu.es ont aussi ordonné de manière proactive le retrait des statues de nature raciste à l’intérieur de leur juridiction.

Pendant ce temps à Montréal, la Mairesse Valérie Plante refuse de retirer la statue raciste. Du moins, c’est ce qu’elle a affirmé lors d’une allocution publique la semaine dernière en voulant répondre à une pétition de plus de 15 000 signataires exigeant son retrait.

En réaction à la Mairesse Plante, Siobhan Dosanjh, une autre vandale, répond: « En comparaison à d’autres autorités publiques à travers l’Amérique du Nord, la Mairesse Plante se compromet souvent face aux questions qui concernent le racisme et le colonialisme. Lorsqu’il est temps de s’attaquer collectivement au racisme en proposant des changements structurels significatifs, la Mairesse, quant à elle, s’improvise antiraciste et utilise des discours creux pour détourner l’attention du réel travail qui doit se faire ».

Dosanjh ajoute : « De son opposition pour réduire le financement de la police, à ses réponses apathiques envers l’islamophobie, à son refus de soutenir le retrait d’un monument offensant pour les peuples autochtones ainsi que pour le Montréalais non-blancs, la Mairesse Plante n’a jamais manqué une occasion d’échouer à s’engager de façon significative contre le racisme. »

La Mairesse Plante a proposé d’installer une plaque près du monument pour contextualiser la statue de Macdonald. Le groupe #MacdonaldMustFall à Montréal suggère la formulation suivante : « John A. Macdonald était un suprémaciste blanc. Il a directement contribué au génocide des peuples autochtones avec la création du système brutal des pensionnats ainsi que d’autres mesures destinées à détruire les cultures autochtones. Il était raciste et hostile envers les groupes minoritaires non blancs au Canada et il promouvait ouvertement la préservation d’un soi-disant Canada « aryen ». Il a adopté des lois pour exclure les personnes d’origine chinoise. Il est également responsable de la pendaison du martyr métis Louis Riel. »

Seamus Grewal de #MacdonaldMustFall déclare : « Rien n’empêche la Mairesse Plante et la Ville de Montréal d’ériger une plaque contextuelle, ce qu’elle aurait dû faire il y a des années. Mais, cette mention de plaque survient au moment où un fort mouvement antiraciste ciblant les symboles du racisme et du colonialisme font rage aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Cette annonce de la Mairesse est une stratégie pour nous distraire du vrai enjeu et c’est un lâche compromis face à ce qui devrait être un retrait complet de l’espace publique. En attendant, la peinture que nous avons pulvérisée aujourd’hui ne devrait pas être enlevée, car si c’est le cas, la statue sera presque certainement attaquée de nouveau. »

PS: Chapeau aux autres vandales anti-coloniaux qui ont récemment peint « La GRC tue des femmes et des hommes autochtones » sur le monument Macdonald.

Source : #MacdonaldMustFall Montréal

Contact : MacdonaldMustFall@riseup.net

Des Montréalais.e.s reclament le definancement de la police, de decarceration des prisons

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Juin 152020
 

Du Groupe anti-carcéral

13 Juin, Montréal. – Aujourd’hui, à midi, des centaines de Montréalais se sont rassemblés devant la prison Bordeaux pour demander le définancement de la police et la désincarcération les prisons. Des activistes noir.e.s se sont adressé.e.s à la foule au sujet des violences infligées à leur communauté par les prisons et la police. La foule affichait des bannières avec des slogans comme “La prison tue”, “Black lives matter” et “Définançons la police”. Les personnes présentes ont fait du bruit afin d’exprimer leur solidaridé avec les prisonniers dans la prison de Bordeaux.

Le soulèvement créé par l’assassinat de George Floyd par la police à Minneapolis a apporté une attention nouvelle sur la violence policière au sud de la frontière coloniale (aux États-Unis). Les activistes américains ont aussi attiré l’attention du public sur l’assassinat des personnes noires dans les prisons, dont celui de Jamel Floyd, un homme noir de 35 ans qui est mort après avoir été poivré dans sa cellule dans une prison fédérale à Brooklyn.

Au “Canada”, de grandes manifestations à Toronto, à Halifax, à Montréal et dans d’autres villes ont déclenché des prises de conscience sur la longue histoire de violence et racisme au travers du complexe carcéral des prisons et de la police. Cette histoire locale était un des principaux thèmes de la manifestation à la prison de Bordeaux. Amanda Thompson, une co-organisatrice noire de manifestation expliquait: “Il y a une longue histoire de profilage contre les personnes noires à Montréal, y compris une lomgue série d’assassinats policiers de personnes noires, mais aussi de la surveillance quotidienne, du harcèlement et de l’abus contre nos communautés”.

La police de Montréal a été critiquée pour profilage racial et violences depuis des décénnies. Une série d’assassinats policiers entre 1987 et 1993 a provoqué une série de préoccupations quant à l’impunité policière, mais peu de choses ont changé dans les pratiques de la police. À l’automne 2019, une rapport a démontré que les personnes noires et autochtones à Montréal sont quatre fois plus enclines à êtres interpelées par la police que les personnes blanches. Entre 2014 et 2019, la police a assassiné cinq hommes noirs: Alain Maglore, René Gallant, Jean-Pierre Bony, Pierre Coriolan et Nicholas Gibbs.

Le racisme de la police est un des facteurs qui explique l’incarcération disproportionnée des personnes noires au Canada. Alors que les personnes noires représentent 3,5% de la population canadienne, elles constituent 7,5% des prisonniers fédéraux. Au Québec, l’information quant aux origines de prisonniers provinciaux est gardée secrète, mais les prisonniers de Bordeaux estiment que 20% des prisonniers sont noirs.

Le soulèvement mondial contre la police continue, une variété de propositions de réformes de la police sont discutées, telles qu’une meilleure formation policière et des caméras corporelles. Le message de la manifestation d’aujourd’hui, toutefois, est que les prisons et la police sont fondamentalement racistes et violentes et qu’aucune réforme à la pièce ne réussira à les transformer. Comme l’expliquait Amanda Thompson: “Quand la police tue une personne noire, ce n’est pas une erreur. C’est le système qui fonctionne comme prévu. Nous ne voulons pas de petits changements à une institution raciste, nous appelons à un définancement de la police, à la désincarcération des prisons et à un réinvestissement de ces sommes dans les communautés”.

Le bruit effectué par les manifestant.e.s était clairement entendu par les prisonnier.ères. À un certain moment, les manifestant.e.s et les prisonniers.ères se relayaient des slogans et chaque groupe faisait autant de bruit qu’il le pouvait. Afin de respecter la santé publique, les manifestant.e.s portaient des masques – des masques, de la nourriture et de l’eau étaient également distribués par les organisateurs.trices à qui en avait besoin.

Des photos de l’événement sont disponibles ici: https://bit.ly/30G467C