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Le verger au complet, Épisode 4, Abolition du système carcéral – Entrevue avec Helen Hudson

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Avr 272021
 

De la Convergence des luttes anticapitalistes

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Les prisons n’ont pas toujours existées. Leur apparition s’inscrit dans un processus de gestion des corps et des vies humaines qui accompagne la naissance du capitalisme. Les prisons comme telles font bien-sûr partie d’un plus grand système carcéral, très développé dans notre société, qui ne sert pas seulement à punir une personne qui a commis un geste considéré illégal, mais permet aussi à l’État d’exercer un contrôle social.

Musique

Toutes utilisées avec la permission des groupes.

Références

La définition de la justice transformatrice du gouvernement fédéral: https://www.justice.gc.ca/fra/jp-cj/jr-rj/index.html

Deux livres parus chez AK Press portant sur la justice transformatrice pour les personnes intéressé.e.s:
* Beyond Survival – Dixon
* We Will Not Cancel Us – adrienne maree brown

Transcription

Introduction Comme on l’a mentionné dans le dernier épisode, les prisons n’ont pas toujours existées. Leur apparition s’inscrit dans un processus de gestion des corps et des vies humaines qui accompagne la naissance du capitalisme. Les prisons comme telles font bien-sûr partie d’un plus grand système carcéral, très développé dans notre société, qui ne sert pas seulement à punir une personne qui a commis un geste considéré illégal, mais permet aussi à l’État d’exercer un contrôle social. Les répercussions de ce système sont néfastes pour les personnes emprisonnées et leur communauté aussi bien que pour le reste d’entre-nous qui vivons en connaissant les conséquences de ce qu’il représente.

Pour en apprendre plus, nous vous présentons une entrevue avec Helen Hudson.

Depuis une vingtaine d’années, Helen Hudson milite en solidarité avec des prisonnières et prisonniers. Elle habite sur le territoire Kanien’kehá:ka non-cédé, aussi connu sous le nom de Montréal, mais travaille principalement avec des prisonniers politiques aux États-Unis. Elle s’identifie comme une femme noire, queer et anarchiste.

Q: Aux niveaux politique et social, qu’est-ce que c’est la prison?

R: La prison n’est pas juste un endroit qui existe, c’est une institution sociale. C’est-à-dire, il y a une fonction que la prison sert dans notre société, et puis c’est lié avec toute autre institution dans notre société. Donc, c’est clair que c’est lié au gouvernement, à la police, mais il faut aussi être conscient que c’est lié à l’économie, à l’éducation, aux frontières, tout ce qui fait fonctionner la société a un lien avec la prison et c’est quoi la fonction de la prison? Pour moi, dans mon analyse, c’est un contrôle social spécifiquement quand la société, le capitalisme, l’État, causent la précarité. Il faut faire quelque chose avec ces gens précaires et il faut faire quelque chose pour faire en sorte que les gens comprennent qu’il y a des pouvoirs que l’État a sur eux, alors c’est ça la fonction de la prison, avoir un endroit pour garder un surplus de personnes, de travailleurs, et pour envoyer un message clair que la coercition est là comme menace pour le peuple.

Q: Peux-tu nous dresser un portait de la population carcérale au Canada? Qui se retrouvent en prison et quels sont les liens entre leur incarcération et les autres formes d’oppression auxquelles ces personnes font face?

R: Comme j’ai dit, la prison est là pour envoyer un message et contrôler les gens, alors ça ne surprend pas que les gens marginalisés, opprimés se retrouvent en prison en grand nombre. Au cours des dernières décénnies, mettons, les dernières quatres décénnies, on va avoir une augmentation en général du nombre de prison dans le monde occidental–c’est à dire dans des pays comme le canada, les états-unis, en europe, etc. Euh, Au Canada, on n’a pas vu augmenter notre population incarcérée, mais on a vu augmenter les personnes opprimées. Par exemple, en 2001, le pourcentage des personnes dans les prisons canadiennes fédéraux, où se retrouve le monde qui purgent une peine de deux ans ou plus, le taux des personnes autochtones étaient juste en bas de 20%. Là c’est juste en haut de 30%, 30,5%. Quand on regarde chez les femmes autochtones, c’est plus de 40% et avec les jeunes, les personnes jeunes peut importe leur genre, c’est aussi élevé comparé à ce 30%, qui est déjà élevé par rapport au 5% de personnes dans l’État du Canada qui est autochtone, et ça on voit aussi ça chez les personnes noires. Ca On parle donc de racisation des prisonnières mais aussi quand on regarde l’oppression, la pauvreté, les problèmes de santé mentale, l’analphabétisme, tout ça c’est surreprésenté en prison. Donc on voit clairement que les personnes opprimées sont les personnes qui se retrouvent derrière les barreaux.

Q: Comment la prison touche-t-elle la vie de gens qui ne sont pas elleux-mêmes emprisonnées?

R: Pour moi c’est très clair que la prison touche les personnes emprisonnées, mais touche des communautés. Quand une personne est en prison, cette personne laisse sa famille, laisse sa job qui sont souvent enracinées dans sa communauté. Mettons par exemple une communauté noire comme à Montréal-Nord, pour prendre un exemple. Je vais parler dans l’État canadien, mais la même dynamique se reproduit dans toute la société occidentale. Quand on enlève en grand nombre tout le monde qui peut travailler, tout le monde qui peut être tête d’une famille, tout le monde qui a les rôles dans une communauté et qui transmettent des savoir culturels, qui peut être le leadership–pour dire comme ça– d’une communauté, si ces gens sont derrière les barreaux, c’est pas juste eux qui sont affectés. C’est sûr que eux y sont affectés très concrètement, mais c’est aussi un cercle vicieux qui se produit dans le sens que les jeunes, les enfants, dans des communautés où beaucoup d’adultes sont emprisonnés vont voir leurs chances d’être emprisonnés aussi dans le futur augmenter.

Q: Donc, en plus de cibler et d’affecter les populations déjà les plus opprimées et les moins privilégiées de la société, le système carcéral perpétue ces oppressions. Au lieu de régler quoi que soit, la prison accentue les causes de la soi-disante criminalité. Pour toi, l’abolition des prisons est une réponse à ces injustices. Peux-tu nous expliquer ce qu’est l’abolitionisme?

R: L’abolitionnisme, c’est clair par son nom, il a pour but d’abolir la prison, de faire en sorte qu’on va avoir une société sans prison. Quand je mentionne ça souvent j’ai une réaction que c’est une idée ridicule ou un peu utopiste dans le sens que qu’est-ce qu’on peut faire pour régler ce qu’on appelle des crimes, c’est-à-dire des méfaits entre des personnes : quelqu’une blesse quelqu’une d’autre ou prend quelque chose qui appartient à quelqu’un d’autre. Comment est-ce qu’on peut régler ça sans prison ? Honnêtement, je n’ai pas de réponse très simple et concrète à ça, mais juste pour dire qu’il y a des sociétés où ça ne se fait pas de façon comme on règle ça dans nos sociétés — avec des prisons. L’autre chose à mentionner est que si on veut régler des problèmes entre les gens en dedans des communautés, c’est très différent d’y impliquer l’État, parce que avec les notions des crimes qu’on a, avec les courts, la police, les prisons, ce qui vient avec est toute la pression que je viens de mentionner, mais aussi que ce n’est plus conceptualisé comme un méfait contre une autre personne, mais plutôt un méfait contre l’État. Par exemple, si je prends ta bicyclette, avec notre conception du crime, ce n’est pas entre moi et toi, c’est entre moi et l’État. Ça devient complètement autre chose. Avec l’abolition des prisons, on veut toujours avoir une façon de régler ça entre moi et toi, entre tout le monde qui est affecté, mais ce n’est plus un méfait contre l’État. En plus, ce n’est plus question de punir, parce que voilà un autre aspect de l’abolitionnisme : c’est axé sur des solutions, c’est axé sur ce qu’on apppelle en anglais la « restorative justice ». C’est-à-dire de retourner à un état — une situation — où tout le monde est correct et où on a guéri l’injustice qui s’est produite. Autre chose que je voudrais mentionner avec l’abolitionnisme est que c’est à la fois pour faire en sorte qu’il n’y ait plus de prison et en même temps construire des alternatives ; il y a donc à la fois une lutte anti-carcérale et à la fois une lutte pour une vision d’une autre société.

Narration: « Restorative justice, en français la justice réparatrice, sert, en bref, à trouver un moyen pour la personne qui a causé un tort à une ou des personnes de réparer le mal qu’elle a causé, selon les besoins et les demandes de la ou des victimes. » Au soi-disant Canada, le gouvernement fédéral s’est approprié le de terme justice réparatrice en lui donnant une place dans son système carcéral punitif.[1] Aujourd’hui certain.e.s préfèrent donc parler de justice transformatrice, soit une forme de justice refusant toute collaboration avec l’État et misant sur la transformation des mentalités notamment par le biais de processus entre les victimes/survivantes et les personnes ayant causé du tort. Nous allons revenir sur ces notions dans un des prochains épisodes du Verger au complet, qui portera plus spécifiquement sur les formes de justices alternatives.

Q: Parmi les gens qui voudraient voir un monde sans prisons, il y en a qui sont critique du terme « abolitionisme ». Peux-tu nous en parler? Qu’est-ce que le mot abolition veut dire exactement pour toi?

R: Il y a deux aspects de cela: d’abord, tout à fait, on peut avoir une critique très réelle dans le sens que d’abolir la prison, ça veut dire quoi ? C’est une question tout à fait pertinente parce qu’on ne peut pas abolir une institution de la société et la faire disparaître. C’est sur que si c’est lié à la suprématie blanche, le capitalisme, le patriarcat, l’homophobie, toute sorte de choses, on ne peut pas juste l’abolir. C’est sur qu’il y a des personnes qui se disent abolitionnistes et qui n’ont pas une critique de toutes ces autres institutions mentionnées et donc ce n’est pas très réaliste pour moi de dire on va juste abolir les prisons et le reste de la société va rester comme elle est. Pour moi ce n’est pas réaliste et pas juste non plus. D’un autre côté, le terme abolitionnisme fait référence à l’abolitionnisme de l’esclavage et il y a beaucoup de gens dans les mouvements abolitionnistes qui font ces liens dans le sens que la prison est une institution profondément suprémaciste blanc et profondément coloniale. Alors quand il y avait le mouvement abolitionniste de l’esclavage, ce mouvement n’a pas tout à fait réussi : l’esclavage a légué le suprémacisme blanc, et le suprémacisme blanc est un des fondements de l’institution des prisons. Et donc, pour beaucoup d’abolitionnistes, c’est toujours le même mouvement. C’est une continuation du mouvement abolitionniste d’il y a un siècle et pour moi en tant que personne noire et antiraciste, c’est important de faire ce lien et c’est en partie pourquoi je me dis abolitionniste et pas seulement anti-prisons. L’autre chose est qu’il y a aussi l’abolitionnisme anti-prisons, mais il y a aussi l’abolitionnisme carcéral. Pour moi l’abolitionnisme carcéral est plus pertinent, c’est plus large dans ce sens qu’il y a d’autres institutions carcérales, il y a aussi d’autres façons d’enfermer des gens, c’est-à-dire les choses qui se disent des alternatives aux prisons, par exemple des bracelets GPS où des gens sont confiné.e.s chez eux mais toujours surveillés par l’État et incapables de partir de chez eux. Il y a des frontières, il y a des hopitaux psychiatriques fermés–et je mets hopitaux avec des guillemets parce que ce ne sont pas des vrais hopitaux pour moi, il n’y a personne qui va se soigner là-bas. Alors c’est ça l’abolitionnisme carcéral, c’est-à-dire l’abolitionnisme des prisons et de toute autre instance carcérale avec un lien historique avec l’abolition de l’esclavage.

Q: Tu voulais nous parler du féminisme carcéral?

R: En fait, en parlant je me suis rendu compte que dans une des autres questions j’aurais voulu parler un peu plus du patriarcat spécifiquement parce qu’une partie du discours pro-prisons très central est que les prisons sont là pour nous garder en sécurité, nous protéger des personnes emprisonnées. Parmi les luttes radicales, révolutionnaires, je pense qu’il y a des éléments réformistes qui ont comme réponse à leur oppression qu’il faut punir les gens et entre autres avec la prison. Mais surtout dans les luttes anti-patriarcales et contre les violences faites aux femmes, il y a des éléments qui exigent des peines plus longues, des lois plus sévères et il y a un nom pour ça : le féminisme carcéral. Et là, dans les années récentes, ça me donne beaucoup d’espoir de voir un dialogue en dedans des mouvements féministes comme quoi le féminisme carcéral est un grand problème et c’est pas une solution au sexisme d’enfermer les gens parce que ça n’améliore pas la sécurité des femmes. On voit avec les lois plus sévères que ce sont souvent les femmes qui se retrouvent derrière les barreaux pour se défendre. Donc voilà ce que je voulais ajouter parce que c’est souvent une question que les gens ont : comment est-ce qu’on va être en sécurité, comment est-ce qu’on va se protéger et c’est comme « a trap » de penser que la prison va nous protéger et de faire recours à ça dans nos revendications.

Q: Alors, être abolitioniste, ça implique quoi en termes concrêts, comme actions, comme stratégies ou comme engagement politique?

R: Pour moi, je commence par la fin : comme engagement politique, pour moi c’est central. Quand je me suis radicalisé, au début ce n’était pas contre les prisons. Je faisais du militantisme féministe, queer, antiraciste et ça m’a pris plusieurs années pour comprendre que les prisons sont centrales dans toutes ces luttes : c’est une façon d’opprimer les gens des mouvements. Beaucoup de mon travail avec les prisonniers c’était avec des prisonniers politiques dans le sens que c’étaient des prisonniers incarcérés pour le rôle dans d’autres mouvements sociaux. Si on est sérieuses à opposer et à vaincre le patriarcat, le capitalisme, le suprémacisme blanc, le colonialisme et la transphobie et là je peux continuer la liste avec toutes les formes d’opporession, toutes les structures qui nous oppriment. C’est important de ne pas avoir des murs en dedans de nos luttes. C’est d’inclure tout le monde incluant les prisonniers et les prisonnières dans nos luttes et de viser l’institution des prisons comme une cible de toutes ces luttes. Là c’est une réponse un peu plus théorique. Pour aller un peu plus dans le concret, comme j’ai mentionné plus tôt, il ya comme deux pistes : il y a la piste abolitionniste comme lutte en tant que telle et il y a aussi le côté plus visionnement des alternatives. Honnêtement, moi je suis moins impliquée dans la partie vision mais je trouve important de le mentionner. Mais en termes de ce qui est le côté plutôt « anti » c’est de surtout prendre le leadership des prisonniers et prisonnières, donc de soutenir les luttes qui se font en dendans des prisons. Et il y en a plein : il y a des grèves de la faim, des grèves de travail où les prisonniers refusent de travailler, toute sorte d’autres action. D’être en lien avec toutes ces luttes-là et de prendre le leadership de ces gens et ça veut dire des fois de faire des choses qui n’ont pas juste la destruction complète des prisons comme exigence et comme but. Des fois, il y a des prisonniers et prisonnières qui réclament des conditions un peu moins sévères et des fois nous les militantes en dehors des prisons on peut trouver ça un peu réformiste mais c’est une lutte très concrète pour améliorer les conditions de vie de nos camarades. Donc d’être en solidarité avec ces luttes c’est très important et d’y apporter un regard abolitionniste, c’est d’avoir un dialogue comme quoi ces luttes font partie d’une lutte plus large. Aussi, très important concrètement, c’est d’opposer tout ce qui est l’expansion des prisons, c’est jours-ci il y a beaucoup de surpopulation dans les prisons qui existent, beaucoup de prisons sont très vieilles donc des fois on peut avoir des revendications pour des nouvelles prisons, des prisons qui sont dites « meilleures », mais c’est très important d’être opposé.e.s à ça dans le sens que quand on construit des nouvelles prisons, on va les remplir. On voit ça très clairement quand on regarde l’histoire plus ancienne et l’histoire plus récente que c’est toujours très important d’opposer ça. Et c’est une des choses que les abolitionnistes font beaucoup. Je sais qu’actuellement à Montréal il y a une campagne contre une nouvelle prison de migrant.e.s qui s’est faite. Donc voilà je pense que je vais terminer là.

Conclusion Bref, plutôt que d’être une lutte secondaire, militer pour l’abolition des prisons constitue une nécessité en soi pour quiconque souhaite réellement s’attaquer au système capitaliste. Leviers de reproduction des inégalités sociales, les prisons oppriment, marginalisent et se basent sur une vision patriarcale et suprémasciste de la société pour punir. Édifier un monde antiautoritaire passe donc nécessairement par l’abolition des prisons et, de manière plus juste, du sytème carcéral qui se reproduit par l’enfermement des personnes stigmatisées comme « indésirables ». S’il peut sembler à première vue irréaliste de régler le tort commis par les membres d’une communauté sans avoir recours à l’État, comment s’empêcher d’arriver au même constat avec le système carcéral? N’est-il pas fondamentalement irréaliste d’espérer régler tous nos problèmes sociétaux en enfermant toutes les personnes ayant causé du tort?

S’il faut lutter activement pour l’abolition et contre l’extention du système carcéral, oublier les personnes y étant actuellement enfermées apparaît cependant comme non-souhaitable et ce surtout pour les personnes n’ayant jamais été emprisonnées ou n’étant pas en contact avec des personnes emprisonnées. De la réduction des méfaits à l’autonomie radicale des collectivités, sans oublier les formes de justices alternatives comme la justice réparatrice ou transformatrice, de nombreux exemples de communautés refusant d’avoir recours au système punitif pour régler le tort causé se doivent d’inspirer nos trames de résistances collectives.

Un dernier mot pour vous inviter à la manifestation anticapitaliste du 1er mai, à 16h au parc Jarry, coin St-Laurent et Gary-Carter. La manifestation de cette année a pour thème: « pas de retour à la normale » parce que nous refusons autant le monde prépandémie que l’avenir néocapitaliste qui se dessine. On se voit dans la rue!

Translation

As mentioned in the last episode, prisons have not always existed. Their appearance is part of a process of management of human bodies and lives that accompanies the birth of capitalism. Prisons as such are of course part of a larger prison system, highly developed in our society, which not only serves to punish a person who has committed an act considered illegal, but also allows the state to exercise social control. The repercussions of this system are harmful for the imprisoned persons and their community as well as for the rest of us who live knowing the consequences of what it represents.

To learn more, we present an interview with Helen Hudson.

Helen Hudson has been an activist in solidarity with prisoners for the past twenty years. She lives in the Kanien’kehá:ka Non-Cede territory, also known as Montreal, but works primarily with political prisoners in the United States. She identifies as a black, queer and anarchist woman.

Q: On a political and social level, what is a prison?

A: Prison is not just a place that exists, it is a social institution. That is to say, there is a function that the prison serves in our society, and then it is linked with every other institution in our society. So, it is clear that it is linked to the government, to the police, but we must also be aware that it is linked to the economy, to education, to borders, everything that makes society function has a link with the prison and what is the function of the prison? For me, in my analysis, it’s a social control specifically when society, capitalism, the state, cause precariousness. You have to do something with these precarious people and you have to do something to make people understand that there are powers that the state has over them, so that’s the function of the prison, to have a place to keep a surplus of people, of workers, and to send a clear message that coercion is there as a threat to the people.

Q: Can you give us a snapshot of the prison population in Canada, who ends up in prison, and what are the links between their incarceration and other forms of oppression they face?

A: As I said, prison is there to send a message and control people, so it’s not surprising that marginalized, oppressed people end up in prison in large numbers. Over the last few decades, say, the last four decades, we’re going to see an increase in the number of prisons in general in the western world–that is, in countries like Canada, the United States, Europe, etc. Uh, in Canada, we haven’t seen an increase in our incarcerated population, but we have seen an increase in the number of oppressed people. For example, in 2001, the percentage of people in Canadian federal prisons, where the world is, who are serving a sentence of two years or more, the rate of Aboriginal people was just under 20%. Now it’s just over 30%, 30.5%. When you look at Aboriginal women, it’s over 40% and with young people, young people of any gender, it’s also high compared to that 30%, which is already high compared to the 5% of people in the state of Canada who are Aboriginal, and we also see that with Black people. So we’re talking about the racialization of women prisoners, but also when we look at oppression, poverty, mental health issues, illiteracy, all of that is overrepresented in prison. So you can clearly see that the oppressed people are the people who end up behind bars.

Q: How does prison affect the lives of people who are not themselves in prison?

A: For me it’s very clear that prison affects people in prison, but it affects communities. When a person is in prison, that person leaves his or her family, leaves his or her job, which are often rooted in the community. Let’s take a black community like Montreal North, for example. I’m going to speak in the Canadian state, but the same dynamic is reproduced in all of Western society. When you take out in large numbers all the people who can work, all the people who can be the head of a family, all the people who have roles in a community and who pass on cultural knowledge, who can be the leader–to put it that way–of a community, if these people are behind bars, it’s not just them who are affected. Of course, they are affected very concretely, but it is also a vicious circle that occurs in the sense that young people, children, in communities where many adults are imprisoned will see their chances of being imprisoned in the future increase.

Q: So, in addition to targeting and affecting the already most oppressed and least privileged populations in society, the prison system perpetuates these oppressions. Instead of solving anything, prison exacerbates the causes of so-called crime. For you, the abolition of prisons is a response to these injustices. Can you explain what abolitionism is?

A: Abolitionism, it’s clear by its name, its goal is to abolish prison, to make sure that we will have a society without prison. When I mention this, I often have the reaction that it’s a ridiculous idea or a bit utopian in the sense that what can we do to solve what we call crimes, that is to say misdeeds between people: someone hurts someone else or takes something that belongs to someone else. How do you deal with that without jail? Honestly, I don’t have a very simple and concrete answer to that, but just to say that there are societies where it’s not done in the way we deal with it in our societies — with prisons. The other thing to mention is that if you want to solve problems between people within communities, it’s very different to involve the State, because with the notions of crimes that we have, with the courts, the police, the prisons, what comes with it is all the pressure that I just mentioned, but also that it’s no longer conceptualized as a misdeed against another person, but rather a misdeed against the State. For example, if I take your bike, with our conception of crime, it’s not between me and you, it’s between me and the state. It becomes something completely different. With the abolition of prisons, we still want to have a way to settle it between me and you, between everyone who is affected, but it is no longer a misdemeanour against the State. Moreover, it is no longer a question of punishment, because here is another aspect of abolitionism: it is focused on solutions, it is focused on what is called « restorative justice ». That is, to return to a state — a situation — where everyone is okay and the injustice that occurred has been healed. Another thing I would like to mention with abolitionism is that it is both to make sure that there are no more prisons and at the same time to build alternatives; there is So there is both an anti-prison struggle and a struggle for a vision of another society.

Narrative: « Restorative justice, in short, serves to find a way for the person who has caused harm to a person or persons to repair the harm he or she has caused, according to the needs and requests of the victim or victims. » In Canada, the federal government has appropriated the term restorative justice by giving it a place in its punitive prison system. 1] Today, some people prefer to speak of transformative justice, a form of justice that refuses all collaboration with the State and that focuses on transforming mentalities, particularly through processes between victims/survivors and those who have caused harm. We will come back to these notions in one of the next episodes of The Complete Orchard, which will deal more specifically with alternative forms of justice.

Q: Among those who would like to see a world without prisons, there are those who are critical of the term « abolitionism ». Can you talk about this? What exactly does the word abolition mean to you?

A: There are two aspects to this: first, quite frankly, there is a very real critique in the sense that abolishing prison means what? It’s a very relevant question because you can’t abolish an institution of society and make it disappear. Of course, if it’s related to white supremacy, capitalism, patriarchy, homophobia, all sorts of things, you can’t just abolish it. Of course there are people who call themselves abolitionists who don’t have a critique of all these other institutions mentioned and so it’s not very realistic for me to say we’re just going to abolish prisons and the rest of society is going to stay the way it is. To me that’s not realistic and not fair either. On the other hand, the term abolitionism refers to the abolition of slavery and there are a lot of people in the abolitionist movement who make these connections in the sense that prison is a deeply white supremacist and deeply colonial institution.

So when there was the slavery abolitionist movement, that movement didn’t quite succeed: slavery bequeathed white supremacism, and white supremacism is one of the foundations of the prison institution. And so, for many abolitionists, it’s still the same movement. It’s a continuation of the abolitionist movement from a century ago and for me as a black person and an anti-racist, it’s important to make that connection and that’s part of why I call myself an abolitionist and not just anti-prison. The other thing is that there is also anti-prison abolitionism, but there is also prison abolitionism. For me prison abolitionism is more relevant, it is broader in the sense that there are other prison institutions, there are also other ways of locking people up, that is to say things that are called alternatives to prisons, for example GPS bracelets where people are confined to their homes but still monitored by the police. but still monitored by the state and unable to leave their homes. There are borders, there are closed psychiatric hospitals–and I put hospitals with quotation marks because they are not real hospitals for me, there is nobody who goes there to be treated. So that’s prison abolitionism, that is to say abolitionism of prisons and of any other prison instance with a historical link to the abolition of slavery.

Q: You wanted to talk to us about prison feminism?

A: Actually, as I was talking I realized that in one of the other questions I would have liked to talk a little bit more about patriarchy specifically because part of the very central pro-prison discourse is that prisons are there to keep us safe, to protect us from the people in prison. Among the radical, revolutionary struggles, I think there are reformist elements that have as a response to their oppression that they need to punish people and among other things with prison. But especially in the anti-patriarchal struggles and against violence against women, there are elements that demand longer sentences, harsher laws and there is a name for that: prison feminism. And now, in recent years, it gives me a lot of hope to see a dialogue within the feminist movement that prison feminism is a big problem and that it’s not a solution to sexism to lock people up because it doesn’t make women safer. We see with tougher laws that it’s often women who end up behind bars to defend themselves. So that’s what I wanted to add because it’s often a question that people have: how are we going to be safe, how are we going to protect ourselves and it’s like « a trap » to think that prison is going to protect us and to use that in our demands.

Q: So, what does being an abolitionist imply in concrete terms, as actions, as strategies or as political commitment?

A: For me, I start at the end: as a political commitment, for me it’s central. When I became radicalized, at first it wasn’t against prisons. I was doing feminist, queer, anti-racist activism and it took me several years to understand that prisons are central to all of these struggles: it’s a way of oppressing people in movements. A lot of my work with prisoners was with political prisoners in the sense that they were prisoners incarcerated for their role in other social movements. If we are serious about opposing and overcoming patriarchy, capitalism, white supremacism, colonialism, and transphobia, and I can go on and on with all the forms of oppression, all the structures that oppress us. It’s important not to have walls within our struggles. It is to include everyone including prisoners in our struggles and to target the institution of prisons as a target of all these struggles. This is a more theoretical answer. To go a little more concrete, as I mentioned earlier, there are like two tracks: there is the abolitionist track as a struggle as such and there is also the more visionary side of the alternatives. Honestly, I’m less involved in the visioning part but I think it’s important to mention it. But in terms of what’s the more « anti » side, it’s mostly about taking leadership from prisoners, so supporting the struggles that are going on inside prisons.

And there are plenty of them: there are hunger strikes, work strikes where prisoners refuse to work, all sorts of other actions. To be connected to all these struggles and to take leadership of these people and that means sometimes doing things that don’t just have the complete destruction of prisons as an exi and as a goal. Sometimes, there are prisoners who demand less severe conditions and sometimes we activists outside of prisons may find this a bit reformist but it is a very concrete struggle to improve the living conditions of our comrades. So to be in solidarity with these struggles is very important and to bring an abolitionist perspective, it is to have a dialogue as if these struggles are part of a larger struggle. Also, very important concretely, is to oppose everything that is the expansion of prisons, these days there is a lot of overcrowding in the prisons that exist, a lot of prisons are very old so sometimes we can have demands for new prisons, prisons that are said to be « better », but it’s very important to be opposed to that in the sense that when we build new prisons, we are going to fill them. We see that very clearly when we look at the older history and the more recent history that it is always very important to oppose that. And that’s one of the things that abolitionists do a lot. I know that in Montreal right now there is a campaign against a new migrant prison that has been done. So I think I’ll end there.

Conclusion In short, rather than being a secondary struggle, campaigning for the abolition of prisons is a necessity in itself for anyone who really wants to attack the capitalist system. As levers of reproduction of social inequalities, prisons oppress, marginalize and rely on a patriarchal and supremacist vision of society to punish. Building an anti-authoritarian world therefore requires the abolition of prisons and, more justly, of the prison system that reproduces itself through the confinement of people stigmatized as « undesirable. While it may seem unrealistic at first glance to address the harm done by members of a community without recourse to the state, how can one help but arrive at the same conclusion with the prison system? Is it not fundamentally unrealistic to expect to solve all our societal problems by locking up all the people who have done wrong?

While we must actively fight for the abolition and against the expansion of the prison system, forgetting about those who are currently locked up seems undesirable, especially for those who have never been imprisoned or who are not in contact with imprisoned people. From harm reduction to radical community empowerment, not to mention alternative forms of justice such as restorative or transformative justice, there are many examples of communities refusing to resort to the punitive system to address the harm done that should inspire our collective resistance.

A final word to invite you to the May 1st anti-capitalist demonstration, at 4pm at Jarry Park, corner of St-Laurent and Gary-Carter. The theme of this year’s demonstration is « no return to normal » because we refuse both the pre-pandemic world and the neo-capitalist future that is taking shape. See you in the streets!

Pacte pour un 1er mai solidaire

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Avr 262021
 

De Montréal Antifasciste

Attendu

que le 1er mai est aujourd’hui et a toujours été l’occasion pour les travailleuses et les travailleurs de tous les pays de s’unir pour célébrer les acquis historiques de la classe ouvrière et porter des revendications visant l’amélioration continue des conditions de travail, des conditions de vie et des conditions générales de santé et de sécurité de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses;

attendu

que la protection de la santé et de la sécurité des travailleuses et des travailleurs des milieux de soins de santé est d’une importance primordiale;

et attendu

que le système de santé et l’ensemble de ses travailleuses et travailleurs, infirmières, médecins, conseiller·e·s, intervenant·e·s, préposé·e·s et employé·e·s de soutien sont actuellement soumis à une pression exceptionnelle et ont besoin de notre solidarité inconditionnelle;

Nous, les groupes populaires et organisations syndicales et communautaires qui organisent et/ou participeront à des événements publics le 1er mai 2021, nous engageons à demander à nos participantes et participants :

  • d’exprimer toute leur solidarité avec les travailleuses et travailleurs de la santé, mais aussi avec l’ensemble des travailleuses et travailleurs « essentiel·le·s », et ce, indépendamment de leur statut migratoire;
  • de porter le masque pendant toute la durée de nos événements;
  • de respecter la distance sécuritaire de deux mètres, autant que faire se peut, durant toute la durée de nos événements;
  • d’éviter tout contact non nécessaire durant toute la durée de nos événements.

Nous demandons à tous les groupes et les organisations qui prévoient des événements pour le 1er mai 2021 d’adhérer à ce pacte, faute de quoi nous leur demandons de renoncer à organiser quoi que ce soit ce jour-là et de rester chez eux pour ne pas compromettre davantage la santé et la sécurité des travailleuses et des travailleurs de nos systèmes de soins.

Signataires:

–> Si votre groupe ou votre organisation endosse ce PACTE pour un 1er mai solidaire, veuillez écrire à alerta-mtl@riseup.net pour être ajouté à la liste des signataires/participants.

–> Si vous adhérez à l’esprit de ce pacte en tant qu’individu, nous vous invitons à « participer » à l’événement Facebook qui se trouve à cette adresse, et à le relayer dans vos réseaux.

CONTEXTE

Dans le monde entier, le 1er mai est reconnu comme la Journée internationale des travailleurs et des travailleuses.

Depuis 135 ans, la classe ouvrière prend la rue, s’organise et manifeste à cette occasion pour faire valoir ses intérêts et sa force face à la classe capitaliste et aux dirigeant·e·s qui font son jeu. La tradition du 1er mai est née dans le sang de syndicalistes révolutionnaires aux États-Unis, en 1886, et s’est ensuite répandue dans les Amériques, en Europe, puis dans le reste du monde, portée par les mouvements syndicalistes, révolutionnaires, anticapitalistes et internationalistes. Elle a en partie été institutionnalisée dans certains pays au fil des compromis historiques, mais les mouvements et milieux anticapitalistes ont par ailleurs su préserver son caractère révolutionnaire dans un grand nombre de contextes.

Cette tradition est bien vivante au Québec et à Montréal, où de nombreux événements ont lieu chaque année le 1er mai, dont des rassemblements syndicaux, une manifestation anticapitaliste et différentes mobilisations sociales et communautaires conçues pour porter diverses revendications et illustrer ou instaurer de différentes manières un certain rapport de force avec la classe possédante.

Plusieurs événements sont prévus dans la métropole à l’occasion du 1er mai 2021 :

Or, il appert que certains leaders du mouvement « complotiste » anti-masque, anti-distanciation et anti-vaccin se profilent derrière une autre marche organisée le 1er mai pour « manifester [leur] désaccord face aux mesures sanitaires au Québec ». (De nombreux projets de vigilance citoyenne, dont Montréal Antifasciste et Xavier Camus, ont par ailleurs documenté l’influence dominante exercée par différents individus liés à l’extrême droite dans le mouvement d’opposition aux mesures sanitaires au Québec.)

Cette action anti-sanitaire doit avoir lieu en périphérie du principal site de vaccination à Montréal, soit le Stade olympique, bien entendu sans masques et sans gestes barrières.

Au moment où la troisième vague est en phase ascendante partout au Québec, où le système de santé est menacé de surcharge sous la pression des variants de COVID-19, où la campagne de vaccination ne va pas aussi vite qu’il le faudrait pour compenser les effets de ces variants, et au moment, surtout, où les travailleuses et travailleurs de la santé et des services sociaux sont à bout de souffle après 13 mois d’efforts intensifs contre la pandémie, nous trouvons sidérant et parfaitement inacceptable que les complotistes et autre négationnistes de la COVID s’autorisent à prendre la rue le 1er mai pour mettre en danger, par leur comportement irresponsable, les travailleuses et travailleurs du système de soins de santé ainsi que toutes celles et tous ceux dont le travail est jugé essentiel dans les autres secteurs d’activité.

La santé et la sécurité des travailleurs et des travailleuses ont toujours été une préoccupation centrale des mouvements de revendication et d’affirmation de la classe ouvrière et des mobilisations du 1er mai.

Il est grand temps que la majorité des travailleuses et des travailleurs expriment clairement leur ras-le-bol face aux délires et à l’insouciance des complotistes anti-sanitaire qui, rappelons-le, baignent dans l’imaginaire idéologique de l’extrême droite.

Projet d’Ariane Phosphate: « Coucou, ne m’oubliez pas! »

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Avr 262021
 

Du Collectif Emma Goldman

Dans la dernière année, le projet d’Ariane Phosphate a passé sous le radar et nous n’avons presque pas entendu parler des développements qui doivent mener à cette mine à ciel ouvert de phosphate au Lac à Paul et au troisième port sur le Saguenay. Il y a plusieurs raisons à cela (outre la pandémie), dont la lenteur du processus devant conduire à la première pelleter de terre du projet, la place prise dans les médias de masse par GNL Québec et la sortie du rapport du BAPE sur l’usine de liquéfaction de gaz naturel au port de Grande-Anse. Pour autant, le projet de mine d’apatite n’est pas mort et voilà qu’il a refait surface la semaine dernière dans les médias.

La minière Ariane Phosphate a annoncé avoir conclu une entente, d’une durée pouvant aller jusqu’à 50 ans, avec Port Saguenay au sujet du futur site d’installation pour le chargement maritime sur la rive nord de la rivière Saguenay. Le deal prévoit l’utilisation des futures installations sur la rive nord pour 30 ans avec deux renouvellements possibles de 10 ans. Il vient aussi encadrer la vente par Port Saguenay à Ariane Phosphate d’un morceau de terrain qui permettra la construction d’une installation de chargements qui va faciliter l’accès aux plateformes commerciales internationales.

Même si cette entente entre la minière et Port Saguenay n’est pas une surprise puisque l’administration portuaire est 100% pour le projet et travaille à sa réalisation, elle sert à rassurer les investisseurs et les clients potentiels que tente de séduire Ariane Phosphate: « Avec une entente de 50 ans, nous serons en position de force pour approvisionner nos clients mondiaux à partir de notre projet de mine du Lac à Paul qui devrait avoir une longue durée de vie. C’est une des choses qu’il nous manquait pour rassurer nos clients ou investisseurs potentiels quand on négociait. Là c’est réglé. » (1) – Jean-Sébastien David, chef des opérations chez Ariane Phosphate, lors d’une entrevue avec le journal Informe Affaires.

La multiplication des annonces, même banales et plus ou moins pertinentes, ainsi que les diverses ententes qui sont ensuite relayées par les médias servent justement à rassurer les investisseurs, les motiver et leur donner espoir. Les convaincre que le projet va de l’avant, qu’il n’est pas mort et que tout roule comme prévu, peu importe si c’est vrai ou non.

L’automobile électrique comme passeport vert

Comme bien des multinationales extractivistes, Ariane Phosphate mise sur l’automobile électrique pour écouler sa matière première et verdir son projet destructeur. L’augmentation de la demande de phosphate pour les batteries Lithium-Fer-Phosphate (LFP) est vu d’un bon œil par les dirigeants de la minière. Ces batteries sont utilisées pour la fabrication de voitures électriques. Elon Musk, le PDG mégalomane de Tesla Motors, a annoncé dernièrement qu’il étudiait la possibilité d’utiliser les batteries LFP pour équiper les prochains véhicules Tesla puisqu’elles sont moins dispendieuses. Évidemment, cela est vu comme une bonne nouvelle par Ariane Phosphate.

Un futur bien macabre nous attend si la voiture électrique est considérée comme une transition énergétique et un moyen de diminuer la pollution. En réalité, elle sert simplement à justifier et verdir des projets extractivistes qui vont détruire des milieux de vie pour une poignée d’emploi et des millions de dollars dans les poches des dirigeants.

L’électrification des voitures n’est pas la solution, le but est de diminuer au maximum le nombre d’automobiles sur les routes et d’augmenter le transport en commun. Fabriquer des voitures, même si elles sont électriques, demande beaucoup de ressources qu’il faut extraire du sol (lithium, phosphate, etc.) et d’infrastructures destructrices comme les autoroutes, les immenses boulevards, les stationnements à l’infini, etc. La voiture électrique sert à sauver l’industrie automobile, pas la planète.

Même si la minière Ariane Phosphate a toutes les approbations du gouvernement pour aller de l’avant et qu’elle est aidée par la classe politique locale et le milieu des affaires, il n’est pas trop tard pour s’activer. Nous devons nous organiser pour occuper le territoire et bloquer coûte que coûte ce projet; mettre nos corps en jeu pour empêcher la destruction de nos milieux de vie et la poursuite de ce néo-colonialisme qui s’approprie les territoires des Premières Nations et anéantit toutes possibilités de pratiques ancestrales. Tôt ou tard, il faudra monter des barricades, bloquer les chemins, créer des zones à défendre où nous vivrons autrement; attaquer.

  1. https://informeaffaires.com/regional/mines-et-ressources-naturelles/pour-50-ans-arianne-confirme-une-entente-avec-port-de

Retour sur la manifestation large contre le couvre-feu du 18 avril

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Avr 202021
 

De Pas de solution policière à la crise sanitaire (facebook)

Merci à toutes et à tous pour votre présence à la manifestation d’hier soir! Nous étions plusieurs centaines de personnes à prendre la rue pour dénoncer l’imposition d’un couvre-feu, mesure qui porte gravement atteinte à nos libertés et nos perspectives de solidarité.

Ensemble, nous avons réussi à mettre de l’avant un discours clair, qui critique les fausses solutions du gouvernement Legault et de la ville de Montréal. Nous avons dénoncé le couvre-feu et tout recours à la police dans le traitement de la crise sanitaire, en soulignant les impacts cruels qui en découlent sur les sans-abris, les travailleur-ses du sexe, les consommateurs de drogues, les travailleur-ses sans papiers et tant d’autres.

La lutte contre le couvre-feu et les fausses solutions autoritaires à la pandémie continue et prend de l’ampleur. Il y a une volonté fermement énoncée, de refuser la dichotomie entre l’obéissance aveugle au gouvernement et les manipulations insensées des conspirationnistes qui sont exploitées par l’extrême droite.

Alors que nous manifestions contre l’État policier, le SPVM s’est montré habile à en faire une démonstration exemplaire. Malgré le déploiement de plusieurs centaines de policiers, nous avons pris la rue et scandé des slogans haut et fort pendant plus d’une heure! Le ton est ensuite monté d’un cran lorsque les anti-émeutes ont forcé nos rangs pour s’emparer d’un de nos camarades. Malgré les efforts de la foule pour venir en aide aux camarades ciblés par la police, nous n’avons pas réussi à les libérer. Il nous appartient à toutes et tous de réfléchir à nos pratiques pour que de telles situations ne se reproduisent plus.

Plusieurs d’entre vous ont fait part de leur volonté de poursuivre la lutte. Sachez que nous n’avons pas l’intention de lâcher le morceau. Notre but principal est d’aider à mobiliser. N’hésitez pas à vous auto-organiser, à planifier des actions ; nous n’hésiterons pas à utiliser la plateforme pour vous appuyer au meilleur de nos capacités. Notamment, nous invitons nos camarades à rejoindre les rassemblements plus spontanés lancés par les jeunes montréalais-es qui manifestent leur colère légitime envers le couvre-feu depuis plusieurs jours; nous ferons circuler les appels pertinents sur nos plateformes. Demeurez à l’affût !

Un merci tout particulier à l’AQPSUD avec qui nous avons la chance de lutter depuis le tout début de la contestation du couvre-feu. Merci pour votre présence et pour tout le travail que vous accomplissez quotidiennement.

Si vous avez reçu une contravention pour violation du couvre-feu, écrivez à nousnepayeronspas@riseup.net pour participer à un effort d’entraide juridique.

Restons solidaires face à la répression policière, apprenons à ne laisser personne derrière.

Et surtout, n’arrêtons jamais de lutter.


Le verger au complet : Introduction à la sécurité en manif, épisode spécial pour le 1er mai 2021

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Avr 192021
 

De la Convergence des luttes anticapitalistes

Dans ce troisième épisode et demi, voici une introduction à la sécurité en manif !
Y’a pas de musique ou de fioritures, c’est juste une présentation !

Lien vers le fichier: https://www.clac-montreal.net/sites/default/files/episode35.mp3

Abandon des poursuites contre les accusés du blocage ferroviaire de Lennoxville

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Avr 172021
 

De Blockade Defense

Nous sommes un groupe de personnes qui, en février 2020, ont tenu une journée de blocage ferroviaire à soi-disant Lennoxville, Québec, sur des territoires Abénaquis volés, en solidarité avec les défenseurs et les défenseuses de la terre Wet’suwet’en et contre la violence persistante du colonialisme. Nous avons appris récemment que les accusations criminelles portées contre nous avaient finalement été abandonnées et que notre dossier avait été fermé.

D’un côté, nous accueillons avec joie de ne pas avoir à subir le stress et les tracas d’un procès criminel, et d’autant plus en considérant comment la police de Sherbrooke nous a menti de façon éhontée et a enfreint ses propres protocoles afin de nous arrêter en cette journée ensoleillée d’hiver.

D’autre part, cependant, nous pensons qu’il est important de se souvenir et de reconnaître que les charges criminelles auxquelles nous étions confronté.es viennent d’un État (et son système juridique) qui ne voit rien de mal au génocide colonial, au meurtre et à la dépossession des peuples autochtones, et avec la destruction de la vie au nom du profit. Le soi-disant Canada et le soi-disant Québec sont sur des territoires autochtones volés, et aucune loi ni répression ne nous fera voir cela comme juste ou acceptable. Notre action en était une parmi de nombreuses autres en solidarité avec les Wet’suwet’en qui ont été continuellement menacé.es et harcelé.es par les brutes de la GRC et de l’industrie des pipelines.

Les fonds que nous avions amassés pour notre bataille juridique seront répartis également entre les avocates qui nous ont soutenu.es, les ami.es de Tyendinaga et Hamilton qui font face à des procès pour leurs propres blocages de solidarité, de même qu’au fonds légal du Camp Unist’ot’en.

Pas de réconciliation sans décolonisation.

1er mai 2021 : Nous ne voulons pas de ce monde qu’ils essaient de nous vendre !

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Mar 222021
 

De la Convergence des luttes anticapitalistes

La pandémie que nous traversons nous précarise tou·te·s et met en évidence des injustices graves. La relance souhaitée par les dirigeant.e.s est une relance qui ne s’adresse pas à nous. Elle ne s’adresse pas aux artistes et autres personnes qui ne génèrent pas assez de profit pour mériter d’exister. Elle ne s’adresse pas aux les travailleur.euses du sexe, dont l’existence même est criminalisée. Cette relance ignore les personnes en situation de handicap, les marginalisé·e·s, celleux avec des problèmes de santé mentale. La relance dont ils parlent, elle est pour les pétrolières, pour les Bombardiers, pour les tizami·e·s comme Guzzo, mais elle n’est pas pour nous. Laisser les gouvernements nous sauver de la crise qu’ils ont eux et elles même créées à travers les coupures en santé, à travers leurs vies de « snowbirds », serait accepter la mort. Ce que nous devons relancer, ce n’est pas l’économie, mais les luttes pour nos droits et la fin de l’exploitation capitaliste.

Le projet de reconstruction économique mise sur un univers technologique taché d’inégalités et basé sur une exploitation capitaliste sale. Le renforcement des frontières et les abus des instances d’immigration, qui au soit-disant Canada sont illégitimes, ont pour mission de préserver ces inégalités. Pendant qu’au Nord on se vaccine, on oublie celleux qui nous habillent dans les usines de Gildan en Haïti. On oublie que chaque conférence zoom dépend du travail dans les mines d’Afrique et d’Amérique du Sud. Ces mêmes pays qui pourraient ne pas voir de vaccin avant le début de la prochaine pandémie. Les mots de remerciement et les paroles vides de ces politicien·e·s ne redonneront pas la vie aux « petrochallengers » haïtien·ne·s tué·e·s par des forces de police formées par le Canada, ne redonnera pas leur yeux aux manifestant·e·s chilien·ne·s blessé·e·s par des armes canadiennes. Il faudra bien plus pour redonner la vie à Raphaël « Napa » André, à Joyce Echaquan, et à toutes les personnes autochtones tuées ici et ailleurs.

Les injustices au niveau mondial se multiplient. Les personnes migrantes qui ont eu la « chance » de venir ici meurent dans nos hôpitaux et nos entrepôts. Les rues des quartiers les plus pauvres sont vides, la police étant toujours en recherche de ses prochaines victimes. Les Premiers Peuples sont humiliés, agressés et tués par les instances gouvernementales, pilotées par les compagnies extractivistes. Et dans tout ce chaos, on nous impose l’obéissance, le silence, l’aveuglement face à tout ce qui se passe autour de nous.

Ne nous laisson pas faire ! Refusons de nous entre-policer sur nos comportements, car vivre dans un monde régi par des lois racistes, coloniales, LGBTQIA2S+phobes constitue un défi en soit. Ce sont ces mêmes lois qui nourrissent les inégalités de genre et qui donnent toujours raison aux plus privilégié·e·s et aux héritièr·e·s bourgeois·e·s : ne les légitimons pas en nous les imposant à nous mêmes ! Nous sommes en colère face à la disparition des aides financières, de nos emplois, de leur précarisation ou encore à l’imposition d’un couvre feu basé sur aucune preuve scientifique reconnue. Ce n’est qu’une excuse pour légitimer le contrôle et la répression étatique. Cet argument sanitaire ne tient pas la route quand on voit qu’il n’est pas appliqué partout. Le gouvernement Legault montre encore une fois son vrai visage en protégeant l’économie au détriment des vies. Refusons cet avenir imaginé par des multimilliardaires, qui détournent notre attention par la peur tandis qu’ils profitent de l’exploitation des personnes les plus démunies.

Ces milliardaires, ce sont eux qui sont les premiers pollueurs et les derniers à en subir les conséquences. Ce sont leurs grosses corporations qui continuent d’exploiter le travail des migrant·e·s et de pratiquer l’extractivisme en territoires autochtones, au nom d’une croissance économique hypocrite dite « verte » ou encore de « développement durable ». En effet, tout le monde sait que la crise environnementale est un enjeu majeur et que celle-ci affectera en premier lieu les populations marginalisées. Pour elleux, c’est le statu quo à tout prix, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Ce qui est encore pire, aucune solution concrète n’est apportée et les listes d’attentes pour les soins sont encore pires qu’elles étaient avant la pandémie. Les médias ont profité de l’opportunité pour vendre des nouvelles anxiogènes sur le virus, éclipsant notamment les luttes en cours pour la défense des territoires. Ces luttes sont vivantes, et nous allons le leur rappeler.

Nous sommes tou·te·s perçu·e·s comme une masse de travail vide et remplaçable, mais tout n’est pas perdu. Ensemble, prêt·e·s à nous battre, nous sommes bien plus fort·e·s et bien plus nombreu·x·ses. Refusons cet avenir « ubérisé » et bâtissons un monde d’entraide et d’équité. Pour y arriver, nous devrons lutter par tous les moyens, et cela passe nécessairement par la reprise de la rue.

On se revoit le premier mai, à 16h, au parc Jarry (coin Gary-Carter et St-Laurent) !

Notre dignité en quarantaine – Un rapport d’anarchistes sur la Grèce

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Mar 222021
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

(Cet article date du 22 avril 2020. Je le soumets parce que je pense qu’il s’agit de l’un des écrits anarchistes les plus convaincants que j’ai trouvés, qui capte le sentiment de la grande confusion de 2020. Je pense que ce texte a une énorme valeur littéraire et j’aimerais beaucoup le voir traduit en français.)

Ce tract a été distribué dans différents quartiers d’Athènes. Publié sur plagueandfire.noblogs.org

Tout a changé sans même qu’on ait le temps de s’en apercevoir. Du jour au lendemain, nous nous retrouvons enfermé dans nos maisons, en attente de la prochaine annonce qui, nous le savons déjà, comprendra plus encore de restrictions. La société est en crise, disent-ils, à cause de la propagation d’un virus. Le gouvernement insiste sur l’importance de faire ce qu’il demande pour ainsi agir de façon responsable et solidaire. Il assure que l’état d’urgence est temporaire, mais nécessaire pour gagner le combat contre ce qui compromet sérieusement notre bien-être… mais attendez un peu…

Quel virus? Présentement, on ne peut le savoir. Toutes les informations, nombres et statistiques qui justifient le confinement imposé est entre les mains du gouvernement et des spécialistes qui travaillent à son service. Ce n’est pas un déni de l’existence du virus qui court, mais la reconnaissance de ses caractéristiques, de sa propagation comment y faire face. Les données concernant son impact sont entre les mains des scientifiques du monde entier, qui souvant ne s’entendent même pas entre eux sur la manière de les interpréter ou sur les conclusions pratiques qu’elles impliqueraient. La conclusion des autorités en revanche est simple; ils le savent, nous ne le savons pas.

Pour ces raisons, nous leur devons une obéissance totale. Les médias de masse jouent magnifiquement leur rôle traditionnel de serviteur du système. Ils décident de ce qui existe en démontrant et en répétant l’histoire selon les autorités, ne laissant pas un millimètre d’espace aux voix déviantes de toutes sortes. Leur travail consiste à planifier les assises des prochaines décisions toujours plus totalitaires. Après tout, un virus n’est-il pas l’ennemi parfait? Invisible et potentiellement partout, chaque personne contrevenant à la règle inventée devient complice de cet ennemi avec les amendes et les peines de prison comme justifications à l’oppression. Ainsi, le contexte parfait est créé pour faire briller l’État en tant que sauveur ultime.

Quelle responsabilité?

Impossible d’ouvrir un journal ou de passer à la télévision sans qu’on nous dise de «prendre nos responsabilités». Qu’est-ce que cela signifie? On nous demande de suivre aveuglement les ordres des politicien.nes, mais ne sont-ils pas les mêmes bureaucrates dont nous nous méfiions auparavant? N’ont-ils pas prouvé déjà tant de fois qu’ils étaient avides et corrompus parce que beaucoup d’eux sont plus motivés par des intérêts personnels que par le bien commun? N’a-t-il pas été démontré à maintes reprises que leur soif de pouvoir est plus grande que leur sens de justice ou de raison?

Ce sont les mêmes personnes qui nous demandent de leur faire confiance, sans poser de questions, et qui appellent cela «prendre ses responsabilités». Ne serait-ce pas en réalité faire le contraire? En fait, ce qu’on nous demande c’est d’abandonner tout jugement, toute pensée critique et toute autonomie pour se souscrire au contrôle gouvernemental extrême dans tous les aspects de notre vie.

La mascarade continue. Nous devons obéir aux mesures extrêmes de «solidarité». N’est-il pas cynique d’entendre ces mots de la bouche des représentants d’un système basé sur l’exact antonyme de solidarité? Toute l’année nous devrions courir comme des poules sans têtes pour se soumettre au jeu de la concurrence, être exploité.es, être chassé.es par des flics pour quelque raison que ce soit et être volé.es par des fonctionnaires qui se satisfont de faire leur travail. Et maintenant ils osent nous parler de solidarité?

Comment osent-ils agir comme s’ils se souciaient de notre bien-être? Qu’en est-il des millions de personnes qui vivent dans la pauvreté pour que ces fonctionnaires puissent être riches? Qu’en est-il de toutes les personnes qui meurent pour leur boulot de merde, au profit de l’implacable machine économique? Qu’en est-il de ceux et celles qui sont torturé.es dans les commissariats de police par les bourreaux de l’État en uniforme? Qu’en est-il des milliers de immigré.es qui meurent aux frontières chaque année? Où est le gouvernement dans ces moments-là avec ses grands discours sur la solidarité?

Alors qu’ils essaient de nous faire avaler leurs théories hypocrites sur la solidarité, nous voyons que le confinement enferme des tas de gens dans des circonstances invivables. Les enfants gardés sous le perpétuel joug de parents violents par exemple, ou les conjoint.es, maris et femmes coincés dans des relations abusives. Des milliers de migrant.es sont piégé.es dans des camps dans des conditions pires que d’habitude. Dans les prisons, ils ont interrompu toutes les visites tout comme l’accès des détenu.es au matériel, à la nourriture et aux vêtements provenant de l’extérieur. Les espaces vides dans les prisons sont utilisés pour isoler les détenu.es présentant des symptômes du Coronavirus, ces espaces étant vides dans la plupart des cas, ne pouvant plus accueillir des détenus.

On peut imaginer l’effet que cela aura sur la santé des prisonniers qui y seront jetés. Dans les prisons italiennes, des révoltes massives ont éclaté après l’introduction de restrictions générales. C’est probablement le seul moyen pour les prisonnier.ères de sauver leur dignité vu les conditions dans lesquelles ils sont contraints. En Espagne et en France également, les prisonniers se lèvent et ripostent comme le font d’autres prisonniers dans le monde. L’État ne sait pas ce que signifie la solidarité et ne s’est jamais soucié de notre bien-être. Comme toujours, ce sera à nous de prendre soin les uns des autres et veiller à ce que ceux et celles qui en ont besoin reçoivent un soutien. Lorsque le gouvernement utilise le mot solidarité, ce n’est que pour culpabiliser ceux et celles qui n’obéissent pas à leurs ordres et pousser les gens à intérioriser son autorité.

Quelle crise?

Et on nous dit que nous sommes en crise. Peut-être que quelqu’un nous dira le moment venu que nous ne sommes pas en crise? De la crise financière à la crise climatique, en passant par la crise des migrants et la crise du COVID-19. Il semble que le système porte beaucoup de noms différents pour ce qui s’avère toujours être des périodes utilisées pour restructurer son pouvoir, pour élargir et intensifier son oppression. Dans ce cas – surtout dans ce cas – ce ne sera pas différent. L’idée d’une condition de crise a toujours été utilisée pour contextualiser une nouvelle évolution totalitaire du pouvoir. Le rythme sur lequel cette évolution est forcée n’est pas toujours le même bien sûr. Plus ils peuvent donner une apparence de crise imminente, plus le changement peut être grand et rapide. Il va sans dire que la «crise» actuelle donne au gouvernement (à tous les gouvernements) le contexte idéal pour faire des pas de géant dans le développement de leurs mécanismes de contrôle et d’oppression.

A qui l’urgence?

On répète sans cèsse que les mesures prises sont «temporaires». C’est un mensonge. De nombreuses occasions dans le passé nous ont montré qu’au moins une partie des mesures des «états d’exception» ont été conservées par la suite et ont été inscrites dans des lois qui ne devaient jamais être récupérées. Un des meilleurs exemples de ce fait est le 11 septembre qui aura changé à jamais la capacité des États à suivre, retracer et enregistrer les personnes. À des époques plus récentes où les attaques terroristes ont servi de prétexte pour introduire de nouvelles façons de traduire en justice quiconque n’est pas d’accord avec l’État, faire descendre l’armée dans les rues, renforcer la collecte générale des données, etc. En Grèce, le nouveau gouvernement n’a-t-il pas annoncé l’état général d’urgence dans la capitale visant la répression totale des indésirables (sans-abri, anarchistes, toxicomanes, squatteurs, etc.) depuis l’année dernière?

Nous savons tous qu’un travail acharné est fait pour perpétrer l’image d’une «crise» (dans ce cas, une sorte de «crise sécuritaire») pour justifier la soif absolue de pouvoir du gouvernement, ce qui implique que son comportement fasciste et ses politiques totalitaires seraient «nécessaires mais temporaire»… Et maintenant, que se passe-t-il massivement? Les gens se tournent vers Internet pour leurs besoins, tous leurs besoins. De la communication à la consommation, du travail à la détente. En un clin d’œil, une grande partie de la vie a été délibérément transférée dans le cyberespace. De cette manière, il devient encore plus facile pour l’État de suivre, d’enregistrer et de surveiller l’activité quotidienne de quiconque. Par-dessus tout, c’est notre propre volonté et capacité à s’accomoder aux problèmes causés par notre emprisonnement de masse, qui aident à le normaliser pour finalement l’accepter. La gestion de la situation telle qu’on la connait apportera un ensemble inimaginable d’expériences, d’outils et de savoir-faire qui peuvent et seront récupérés chaque fois que cela est jugé nécessaire par ceux qui sont au pouvoir.

Quelle guerre?

Toutes ces objections et critiques sont indésirables et même dangereuses, parce qu’après tout, nous sommes «en guerre». Une guerre biologique contre la nature. N’est-ce pas le propre des temps modernes? Nous oublions de plus en plus comment vivre avec et dans la nature en multipliant et en intensifiant nos guerres contre elle.

Tout notre mode de vie repose sur l’exploitation de la nature et, si cette réalité n’est pas bientôt renversée, sa destruction totale. C’est peut-être l’arrogance occidentale qui s’illusionne que nous sommes au-dessus de toutes choses et devons élargir nos façons de les contrôler.

Pour la société «civilisée», la nature est toujours regardée dans l’optique de sa valeur pratique. Lorsque nous sommes confrontés à quelque chose qui cause de l’inconfort, tout sera mis en place pour l’apprivoiser, le manipuler ou l’éradiquer. Une guerre constante est donc menée, contre la nature, contre la vie et contre la mort. Il est devenu inimaginable que nous ne posséderions pas la nature, mais en ferions partie et que cette situation mondiale pourrait en être la preuve… Bien sûr, personne ne veut mourir, ni voir ses proches mourir ou souffrir. Nous voulons vivre!

Est-ce que survivre dans un contexte restreint est la même chose que vivre? Est-il possible de vivre dans une cage ou pouvons-nous au mieux survivre dans une cage? Sommes-nous prêt.es à éliminer toutes possibilités de vie pour avoir de meilleures chances de survie? On pourrait dire que ce sont des questions philosophiques bonnes pour passer le temps, mais rien à voir avec la vraie vie. Il se trouve qu’en ce moment même, toute vie nous est interdite parce qu’on nous dit que c’est la seule façon de survivre. Chaque jour dans l’isolement est une atteinte à notre autonomie, à notre capacité à penser et à agir par nous-mêmes, à vivre, à aimer et à lutter.

La quarantaine a été refusée parce que notre dignité ne peut y survivre. Le confinement se doit d’être rompu parce que notre désir de liberté ne peut être contraint!

Podcast: Le verger au complet Ep. 2 – Pourquoi abolir la police

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Mar 172021
 

De la Convergence des luttes anti-capitalistes

La Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC) publie aujourd’hui le deuxième épisode d’une série de podcasts nommée Le Verger au complet. Le Verger au complet vise la diffusion d’information relative à l’abolition de la police et des prisons, mais proposera aussi des épisodes portant sur des thématiques plus précises telles que la justice transformatrice, les prisons de migrant.e.s, la criminalisation de la dissidence et plusieurs autres.

Dans ce deuxième épisode, on vous partage une entrevue avec une personne impliquée avec le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), collectif notamment à l’origine de la manifestation annuelle du 15 mars — qui arrive à grands pas!!! — ayant cette année comme thème l’abolition de la police. Depuis 25 ans cette année, le COBP offre un soutient aux victimes de brutalité policière, informe sur les droits des personnes face à la police et dénonce toutes les formes de violence policière. Voici où le trouver : https://www.clac-montreal.net/fr/node/769. La version qui s’y trouve est en format mp3.

Vous aimez ce deuxième épisode du Verger au complet et souhaitez le partager? Toute diffusion sera extrêmement appréciée!

Si vous l’avez manqué, on vous suggère aussi d’écouter notre premier épisode: HIS-1312 – Introduction et histoire de la police (https://www.clac-montreal.net/fr/node/763).

En grève du travail du sexe contre les violences

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Mar 142021
 

De la revue Ouvrage

Entretien avec Cari Mitchell du English Collective of Prostitutes

Par CATS – Comité autonome du travail du sexe à Montréal, un projet d’organisation politique autonome de travailleuse·eur·s du sexe basé à Montréal ayant pour but de revendiquer la décriminalisation du travail du sexe et plus largement, de meilleures conditions de travail dans l’industrie du sexe.

Cari Mitchell est une ancienne travailleuse du sexe et membre de l’English Collective of Prostitutes (ECP), un réseau de travailleuses du sexe au Royaume-Uni qui travaillent autant dans la rue que derrière des portes closes et qui revendiquent la décriminalisation de leur travail et une plus grande sécurité.

En l’an 2000, l’English Collective of Prostitutes (ECP) a organisé une grève du travail du sexe qui s’inscrivait dans le cadre de la grève mondiale des femmes à l’occasion de la Journée internationale des femmes. La Global Women’s Strike est une campagne internationale destinée aux organisations qui souhaitent mettre en avant le travail essentiel effectué par les femmes, qu’il soit non rémunéré ou sous-payé. Une grève du travail du sexe a été organisée à nouveau le 8 mars en 2014 et 2019 avec d’autres organisations de travailleuses du sexe. Les militantes du CATS (Comité autonome du travail du sexe à Montréal) ont demandé à Cari Mitchell de partager son expérience en tant que coorganisatrice de la grève.

CATS: Votre collectif existe depuis de nombreuses années et a adopté plusieurs stratégies politiques pour obtenir des droits pour les travailleuses du sexe. Comment la grève est-elle apparue comme une tactique pour obtenir la décriminalisation du travail du sexe ?

C.M.: Le collectif a commencé ses activités en 1975 et a été créé par des travailleuses du sexe immigrantes. Dès le début, nous avons demandé l’abolition des lois sur la prostitution et que de l’argent du gouvernement soit remis directement aux femmes pour que nous puissions arrêter le travail du sexe, si et quand nous le voulions. C’était et c’est encore surtout des femmes qui font le travail du sexe, surtout des mères et particulièrement des mères monoparentales qui font de leur mieux pour soutenir leur famille. Dans le ECP, nous nous battons également dans des affaires juridiques contre des charges comme le flânage, la sollicitation et la tenue de maisons closes. Peu importe ce pour quoi les gens viennent nous voir, nous les aidons. Nous sommes une organisation de différentes nationalités, races, âges, orientation sexuelle et genre.

Nous nous organisons également avec d’autres organisations. Nous faisons également partie de la Global Women’s Strike et de la campagne «Care Income Now». Comme les autres femmes, nous voulons que le travail de donner naissance et d’élever la prochaine génération soit pris en compte, valorisé et rémunéré. En tant que travailleuses du sexe, nous savons qu’avec cet argent pour le travail que nous faisons déjà, la plupart d’entre nous n’auraient jamais eu à se lancer dans le travail du sexe. Nous souhaitons que les personnes dénonçant le nombre de femmes qui se prostituent à cause de la pauvreté et du manque d’alternatives économiques fassent plutôt pression sur le gouvernement pour que celles-ci obtiennent de l’argent.

Nous sommes basées au Crossroads Women’s Centre à Londres et nous travaillons de près avec Women Against Rape, une organisation anti-raciste et contre les violences faites aux femmes. Nous travaillons aussi avec des organisations pour les personnes en situation de handicap – un certain nombre de femmes dans notre organisation ont un handicap ou ont un enfant ayant un handicap; elles travaillent pour couvrir les coûts associés à celui-ci. La Queer Strike, qui fait partie du mouvement LGBTQ au Royaume-Uni, est également une alliée, tout comme Support, Not Separation qui se bat pour que les enfants ne soient plus enlevés de leur mère – ce qui arrive dans une proportion effrayante, l’excuse étant de retirer les enfants de situations de pauvreté ou de violence conjugale. C’est très choquant. Nous connaissons plusieurs travailleuses du sexe qui ont commencé ce travail seulement pour nourrir leurs enfants, et qui après se les sont fait retirés par les services sociaux sous prétexte qu’elles n’étaient pas aptes à être mères.

Nous disposons également d’un réseau international, nous apprenons donc de toutes les expériences de ces groupes. Nous avons une organisation sœur à San Francisco, US PROS (The US PROStitutes Collective), ainsi qu’en Thaïlande, EMPOWER, qui est actuellement engagée dans une lutte massive pour la justice dans ce pays.

Nous faisons campagne pour la décriminalisation comme cela a été fait en Nouvelle-Zélande en 2003, un modèle qui a démontré pouvoir améliorer la santé et la sécurité des travailleuses du sexe. Cette loi enlève le sexe consentant du Code criminel ce qui veut dire que la police doit prioriser la sécurité plutôt que la poursuite criminelle.

Il y a une longue histoire de femmes qui se mettent en grève pour demander la reconnaissance de leur travail gratuit et sous-payé. En 1975, les femmes d’Islande se sont mises en grève et tout le pays était complètement paralysé. C’était fantastique! Il y a des photos de milliers de femmes dans la rue. Alors que les femmes étaient en grève, les présentateurs de nouvelles devaient avoir leurs enfants avec eux en studio. Ils devaient s’occuper de leurs enfants pendant qu’ils présentaient les nouvelles sur les femmes en grève!

Ainsi, nous avons toujours su que l’arrêt de notre travail est une façon d’attirer l’attention, de soulever les enjeux qui doivent être soulevés. Lors de la Journée internationale des femmes en 2000, la Global Women’s Strike organisait une grève des femmes dans plusieurs pays pour demander aux gouvernements de reconnaître et valoriser tout le travail gratuit que les femmes font. Les statistiques de l’ONU à l’époque montraient que les femmes faisaient les deux tiers du travail contre seulement 5% du revenu et 1% des avoirs totaux. À cette époque, nous travaillions déjà depuis quelque temps avec des travailleuses du sexe à Soho, quartier de Londres, qui est l’une des zones de red light les plus connues du pays. Les travailleuses du sexe qui y travaillent faisaient partie de notre réseau depuis plusieurs décennies et nous avons fait plusieurs campagnes avec elles contre le conseil local de Westminster qui fermait les appartements où les femmes travaillaient pour gentrifier le quartier. Les nombreuses travailleuses du sexe migrantes dans ce secteur étaient ciblées par la police qui les évinçaient, les arrêtaient et les déportaient, en utilisant l’excuse de les sauver du trafic sexuel. En discutant avec elles, les travailleuses du sexe de Soho nous ont exprimé l’intérêt de se joindre à la grève à l’occasion de la Journée internationale des femmes. À cette époque, les femmes travaillaient surtout dans des appartements, où les clients viennent frapper à la porte et attendent pour rentrer. Le jour de la grève, ces appartements étaient fermés, et les travailleuses du sexe de Soho se sont jointes à celles de plusieurs autres endroits, qui travaillaient de différentes façons. Nous nous sommes toutes jointes à la Global Women’s Strike.

Les femmes portaient des masques afin de ne pas être identifiées. Nous avons donc toutes porté des masques, alors personne ne pouvait dire qui était une travailleuse du sexe et qui n’en était pas une, et ce fut un succès fantastique. Nous avons reçu beaucoup de visibilité.

Une autre chose que nous faisons avec l’ECP est de faire connaître les réalités du travail du sexe – qui nous sommes et pourquoi nous le faisons, afin que les gens comprennent mieux de quoi il s’agit. Nous parlons des effets de la criminalisation sur notre sécurité et du fait que nous sommes des travailleuses comme les autres, pour la plupart des mères monoparentales qui font vivre leur famille, non seulement au Royaume-Uni, mais aussi dans d’autres pays. Bon nombre de travailleuses du sexe migrantes envoient de l’argent chez elles, partout dans le monde. Cette grève a donc été un grand pas en avant.

Nous avons continué à travailler avec les travailleuses du sexe de Soho, alors que le conseil municipal de Westminster continuait de les talonner. L’une des choses terribles provoquées par leurs décisions a été la fermeture d’appartements, les amenant à travailler dans la rue. Tragiquement, une femme a été assassinée en 2000, peu après cette grève. Elle était très connue au sein de notre réseau. Nous savions tout d’elle: elle s’appelait Lizzie et elle a été assassinée parce qu’elle faisait le trottoir après avoir été évincée d’un appartement de Soho. Aucune travailleuse du sexe n’a jamais été assassinée quand elle travaillait dans un appartement de Soho. Il est 10 fois plus dangereux de travailler dans la rue que de travailler à l’intérieur avec d’autres.

Les lois sur la prostitution, qui font en sorte qu’il est illégal de travailler à plusieurs pour la sécurité, rendent invisible l’industrie et nous rendent toutes vulnérables. En vertu de ces lois sur le flânage et la sollicitation – soit le simple fait d’attendre sur le trottoir et de parler à un client – les travailleuses du sexe peuvent être jugées coupables avec comme seule preuve les paroles d’un policier. Quand vous êtes déclarées coupables, vous avez un dossier criminel, et il est presque impossible de vous en sortir et de vous trouver un autre emploi. Alors, vous êtes coincées! La police utilise maintenant l’ordre public pour forcer les femmes hors des endroits où il y a des familles vers des endroits isolés. Si vous travaillez en groupe pour la compagnie et la sécurité, vos collègues peuvent prendre la plaque d’immatriculation de votre client quand vous partez et vous pouvez le lui faire savoir. Cela n’est pas possible si vous devez travailler dans des endroits isolés pour éviter l’attention de la police. Là où il y a de la répression policière, la violence et les meurtres de travailleuses du sexe augmentent.

À l’intérieur, il n’est pas illégal d’échanger de l’argent contre des services sexuels, mais tout ce qui doit être fait pour le faire de façon sécuritaire est contraire à la loi. L’aménagement et la gestion d’un appartement, la publicité et le paiement du loyer sont tous des actes illégaux. En d’autres mots, il est illégal de travailler en sécurité dans ce pays! Travailler ensemble veut aussi dire que vous pouvez vous assurez de la sécurité des unes et des autres et apprendre de vos collègues, non seulement sur comment assurer votre sécurité en travaillant, mais aussi comment avoir l’argent en premier, comment interagir avec les clients et comment faire le travail le plus vite possible. Un des problèmes de la répression policière est que nous sommes forcées de travailler seules.

Les pensées ont évolué – la presse, qui nous décrivait autrefois comme des filles de joie, n’ose plus le faire. On a beaucoup plus de respect pour les travailleuses du sexe. Le public est beaucoup plus conscient de qui sont les travailleuses du sexe. Il sait que plusieurs d’entre nous sont des mères, des migrantes, des personnes trans, des femmes racisées; il sait que nous sommes toutes des femmes vulnérables qui n’ont guère d’autres choix que le travail du sexe. La grève a donc été vraiment efficace pour susciter ces changements.

Les dernières grèves dans le cadre de la Journée internationale des femmes ont été organisées par d’autres organisations de travailleuses du sexe, mais nous avons été très présentes, en particulier pour celles de 2014 et 2019. Nous nous sommes organisées pour faire sortir les travailleuses dans la rue. Ce fut donc un grand succès. Les choses avancent. On n’en a pas toujours l’impression, mais les choses avancent.

CATS: Votre mouvement est en faveur de la décriminalisation et non de la légalisation. Pouvez-vous expliquer pourquoi vous pensez que ce modèle est la meilleure option pour les travailleuses du sexe ?

C.M.: Tout d’abord, la décriminalisation, gagnée en Nouvelle-Zélande en 2003, a eu un succès retentissant. Elle a été intégrée à la législation sur la santé et la sécurité. Les travailleuses du sexe affirment qu’elles ont plus de droits et une plus grande protection, et que leurs signalements à la police ne seront pas utilisés contre elles. Ce contexte favorise une réduction des actes violents, car les hommes savent qu’ils peuvent être dénoncés à la police et être poursuivis. Cela fait une énorme différence sur la sécurité des travailleuses du sexe et nous pensons que cela devrait être la norme partout.

La légalisation est une situation complètement différente. C’est de la prostitution gérée par l’État. Il devient nécessaire de s’inscrire auprès des autorités pour travailler légalement et la plupart ne peuvent pas faire cela. Cela crée un système à deux paliers: si vous pouvez vous permettre de vous identifier comme travailleuse du sexe, vous pouvez travailler dans les secteurs légalisés, mais la plupart d’entre nous ne peuvent pas être identifiées. Qui sait ce qui peut arriver si l’école de votre enfant, une travailleuse sociale ou les autorités sanitaires l’apprennent. Ce n’est tout simplement pas quelque chose que la plupart d’entre nous peuvent faire. D’ailleurs, dans les pays où il existe une légalisation, la plupart des travailleuses du sexe ne s’enregistrent pas et continuent à travailler illégalement. Dans les zones des Pays-Bas où il est connu que les personnes travaillent à l’extérieur, une personne qui entre dans la zone peut être identifiée comme une travailleuse du sexe. Au niveau international, les travailleuses du sexe ne font pas campagne pour la légalisation, nous faisons campagne pour la décriminalisation. Nous ne voulons pas être contrôlées par l’État, ni que notre façon de travailler le soit, ou encore l’endroit où nous travaillons.

CATS: Votre grève s’inscrivait dans le cadre d’une grève plus large des femmes au Royaume-Uni et à l’échelle internationale à l’occasion de la Journée internationale des femmes, afin d’attirer l’attention sur l’exploitation du travail des femmes dans tous les aspects de leur vie. Comment pensez-vous que le fait d’être une travailleuse du sexe peut se comparer à d’autres travaux féminisés ou non rémunérés comme les soins et le ménage?

C.M.: À bien des égards, c’est le même travail. Les clients viennent nous voir non seulement parce qu’ils veulent du sexe, mais aussi parce qu’ils veulent une personne qui leur soit sympathique, qui les écoute. Ça peut être pour un quart d’heure, pour une demi-heure, pour une heure, ou pour plus longtemps. Ils recherchent de l’intimité et veulent sentir qu’on s’occupe d’eux, qu’ils sont au centre de l’attention de quelqu’un pour un moment.

En fait, une des femmes de notre réseau faisait du travail sexuel avec un client, et agissait comme aide-soignante auprès de lui, c’était deux métiers qu’elle exerçait avec la même personne. Elle nous rapportait trouver beaucoup plus exigeant le travail d’aide-soignante que le travail du sexe.

En 2017, nous avons réalisé une enquête et nous avons constaté que beaucoup d’autres emplois étaient décrits par les femmes comme de l’exploitation et comme étant dangereux1. Le travail du sexe est l’un des emplois les plus dangereux, uniquement parce que les hommes violents savent qu’ils peuvent s’en tirer en étant violents envers nous. Ils savent que nous n’allons pas porter plainte aux autorités pour ne pas être poursuivies. C’est comme ça.

Donc, cette enquête était vraiment éclairante. Nous sommes allées à la Chambre des communes pour en faire le lancement. Il nous a été très utile de démontrer que beaucoup d’autres emplois sont décrits comme des emplois d’exploitation et dangereux. Le travail du sexe n’est pas unique en son genre.

Dans le travail du sexe, il est possible de gagner un peu plus d’argent en un peu moins de temps. C’est très important, surtout si vous êtes une mère ou si vous exercez un autre travail, par exemple en travaillant dans une banque ou ailleurs, et que le travail du sexe sert à compléter votre faible salaire. Plusieurs se retrouvent dans cette situation. De plus, l’accès aux emplois dans ce pays est tout autre pour les personnes migrantes. Plusieurs d’entre elles n’ont pas le droit de chercher un emploi. Sans oublier tou·te·s ceux et celles vivant dans la pauvreté et affecté·e·s par les discriminations, ce qui est le cas des personnes trans et des femmes racisées constamment confrontées au racisme sur le marché du travail. C’est pourquoi autant de personnes sont poussées vers l’industrie du sexe.

CATS: Comment organise-t-on concrètement une grève du travail du sexe? Comment faire en sorte que tout le monde puisse y participer, même les plus précaires? La whorearchy (la hiérarchisation des différents types de travail du sexe, certains étant plus respectables comme le strip-tease ou la webcam que le travail du sexe incluant un service complet2, en particulier celles qui travaillent dans la rue) est l’un des facteurs qui influencent le degré de criminalisation dont une personne fera l’objet. Cela a-t-il été un problème lors de l’organisation de la grève et comment pouvez-vous y remédier?

C.M.: Nous sommes actives depuis longtemps, nous avons un très grand réseau dans tout le pays, comme à l’international. Nous nous organisons avec des personnes qui travaillent de différentes manières, à l’intérieur et à l’extérieur, et tout le monde était invité à se joindre à la grève de l’année 2000. Les rencontres d’organisation réunissaient des personnes qui travaillaient non seulement à Soho, mais aussi à d’autres endroits. Nous nous sommes assurées que tout le monde puisse faire des suggestions. Nous avons également veillé à assurer la possibilité de demeurer méconnaissable, et qu’il serait possible de participer sans devoir s’identifier comme travailleuse du sexe et compromettre sa sécurité. La sécurité des femmes ne serait pas compromise puisque tout le monde porterait des masques.

Sans égard à leur façon de travailler, les strip-teaseuses comme les personnes travaillant en ligne ont pris part à la grève. Nous étions vraiment déterminées à ne pas être divisées selon nos façons de travailler. Nous sommes toutes affectées d’une certaine manière par les lois, peu importe comment nous travaillons, mais pour nous c’était très important de mettre à l’avant-plan la situation des personnes qui travaillent dans la rue, qui sont les plus confrontées aux lois, les plus stigmatisées et les plus vulnérables vis-à-vis de la police et d’autres violences. C’est donc ainsi qu’on nous connaît; on ne tolérera pas de reproches sur la façon dont les gens travaillent, ce n’est tout simplement pas à l’ordre du jour. Nous travaillons toutes pour l’argent parce que nous en avons besoin et nous choisissons de travailler de différentes manières, selon ce qui convient le mieux à notre vie. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons réussi à organiser la grève de 2000 et celles qui ont suivi. Parce qu’elles savaient que nous ne serions pas divisées les unes contre les autres.

CATS: Ici, à Montréal et dans le reste du Canada, la plupart des syndicats et des organisations féministes traditionnelles sont toujours en faveur du modèle nordique3. Comment était-ce d’organiser une grève du travail du sexe au sein d’un mouvement féministe plus large? Comment avez-vous fait pour développer une alliance avec la gauche et le mouvement féministe?

C.M.: Les féministes condamnant la prostitution ont toujours été là, mais à l’époque, en 2000, elles n’étaient pas vraiment intéressées à se dresser contre nous, et les syndicats non plus. Depuis, le modèle nordique est devenu un enjeu à traiter. Nous saisissons toutes les occasions pour l’aborder, par exemple en allant à des conférences syndicales, en nous exprimant lors d’entrevues avec des féministes dans les médias. Il est évident que la criminalisation des client·e·s ne nous aidera pas, mais qu’elle poussera tout le monde dans la clandestinité et augmentera la stigmatisation. Tous les pays où le modèle nordique a été implanté ont connu une augmentation de la violence contre les travailleuses du sexe. Ces femmes qui se proclament féministes sont en fait le plus grand obstacle à la décriminalisation. Si elles allaient plutôt voir le gouvernement pour lui dire : «Eh bien, nous ne pensons pas que les femmes devraient se prostituer, mais nous pensons que les femmes devraient avoir suffisamment d’argent pour ne pas avoir à le faire», ce serait formidable! Mais ce n’est pas ce qu’elles font; elles adoptent un point de vue moral pour dénoncer la prostitution et en font leur carrière en s’y opposant comme politiciennes, journalistes ou académiciennes. Lors de la grève internationale des femmes en 2000, il y avait des milliers et des milliers de femmes qui marchaient dans les rues. Il y avait des groupes de féministes qui se tenaient sur le bord de la rue avec des pancartes bizarres, mais elles n’ont jamais été en mesure de contrer ce que les travailleuses du sexe affirmaient publiquement.

La sécurité des femmes est un sujet que le gouvernement ne devrait pas pouvoir argumenter. Nous avons ici un prestigieux comité gouvernemental qui a passé un an à faire une vaste recherche sur la prostitution et qui a recommandé en 2016 sa décriminalisation, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Aussi, que les dossiers criminels pour prostitution soient effacés afin que les travailleuses du sexe puissent trouver un autre emploi. Il a aussi été recommandé que la prostitution ne soit pas confondue avec la traite humaine. Mais ces recommandations n’ont pas été prises en compte; le gouvernement a déclaré qu’il fallait faire plus de recherches ce qui signifie juste plus d’argent entre les mains de certain·e·s universitaires. Mais même les universitaires qui ont fait plus de recherches n’ont pas été capables de présenter le genre de contre-rapport qu’ils et elles voulaient tant produire.

Les lois doivent changer et elles changeront. Avant, une femme divorcée était considérée comme une traînée, mais plus maintenant, les choses ont changé, il y a eu un mouvement de femmes. La décriminalisation aura lieu parce que les travailleuses du sexe sont un élément clé du mouvement international de femmes.

CATS: La critique des frontières et la façon dont elles sont presque toujours exclues du discours sur la traite des êtres humains semblent constituer une grande partie de votre campagne. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

C.M.: Nous avons beaucoup de femmes migrantes dans notre réseau et beaucoup d’entre elles demandent l’asile, fuyant d’autres pays et essaient de survivre. Selon la législation du Royaume-Uni, les demandeur·se·s d’asile sont censé·e·s vivre avec 37 £ par semaine; c’est une somme dérisoire! Donc, pour survivre et peut-être pour envoyer de l’argent chez elles, le travail du sexe est l’une des options qui s’offrent à ces femmes.

Nous savons également de notre expérience, non seulement à Soho, mais aussi dans d’autres villes du pays, que la police cible les femmes migrantes sous prétexte de sauver les femmes des trafiquants. Nous en avons fait une priorité de contrer ce discours. Par exemple, à Soho, les femmes disent : «écoutez, on ne nous force pas, nous travaillons ici parce que nous devons travailler et envoyer de l’argent à notre famille. Chaque centime que nous gagnons, nous l’envoyons à notre famille». La seule contrainte à laquelle nous sommes soumises est celle de ne pas avoir assez d’argent sans faire le travail du sexe.

Les meilleures recherches ont montré que moins de 6 % des travailleuses du sexe migrantes sont victimes de la traite. C’est pourquoi, lorsque nous nous exprimons publiquement, nous nous assurons de contredire la publicité que la police reçoit lorsqu’elle effectue des descentes. Il est clair que ces descentes n’ont rien à voir avec le sauvetage des femmes de la traite, mais plutôt avec le programme d’immigration du gouvernement, qui consiste à expulser le plus grand nombre possible de personnes migrantes. Les femmes qui sont arrêtées sont souvent envoyées dans les centres de détention pour personnes migrantes et souvent expulsées contre leur volonté. C’est terrible.

CATS: Selon vous, quelles sont les prochaines étapes du mouvement des travailleuses du sexe au Royaume-Uni ? Quel est l’impact de la COVID sur la façon dont vous vous mobilisez ?

C.M.: Je suis sûr que c’est la même chose dans votre pays, mais la COVID n’a fait qu’exacerber tous les enjeux. Tout d’abord, tout le monde a essayé d’arrêter de travailler. Les gens étaient et sont toujours dans cet horrible dilemme : soit vous arrêtez de travailler pour ne pas rendre votre famille vulnérable au virus, soit vous n’avez pas d’argent pour les nourrir. Et vous ne pouvez pas payer votre propriétaire si vous travaillez à l’intérieur. Ou vous pouvez aussi décider de continuer à travailler et avoir un peu d’argent, mais vous devez alors être très très prudentes avec les clients et la police qui peut vous poursuivre.

Les personnes qui ont continué à travailler ont pris des précautions très strictes avec les clients. Pendant le confinement, plusieurs ont pratiquement arrêté parce qu’elles craignaient que leurs voisins, la police ou autres autorités ne les attrapent d’une manière ou d’une autre et d’avoir des ennuis avec la justice, puis d’avoir une autre situation à gérer. De manière horrible, la répression policière s’est poursuivie dans plusieurs zones, ce qui est scandaleux.

Certaines organisations de travailleuses du sexe ont fait un excellent travail pour collecter des fonds pour celles qui ne pouvaient pas continuer à travailler, et nous avons aidé à distribuer cet argent aux personnes de notre réseau qui en avaient besoin. Mais nous avons décidé, pendant que ce travail de qualité se poursuivait, que nous nous concentrerions à faire pression sur le gouvernement pour qu’il reconnaisse le travail des travailleuses du sexe, qu’il accorde une amnistie aux arrestations et pour que les travailleuses du sexe puissent facilement avoir accès à tous les types de revenus d’urgence. Mais le gouvernement n’a pas mis de l’avant la moindre mesure pour permettre aux travailleuses du sexe d’obtenir cet argent. Nous nous sommes assurées, dans notre campagne publique, que ce point soit visible et cela a, en fait, réuni quelques membres du parlement. Nous avons demandé à tout le monde sur notre liste de diffusion d’écrire à leur député local et de faire pression sur ceux-ci pour qu’ils soulèvent ces questions au parlement, et certains l’ont fait. Le gouvernement nous est revenu en disant : «les gens peuvent avoir accès à une prestation appelée Crédit universel», qui est très difficile à obtenir, qui prend du temps à se rendre jusqu’à vous et qui ne suffit pas pour vivre. Aujourd’hui, les gens sont bien plus au courant que ces prestations sont très faibles, car de nombreuses personnes dans ce pays doivent y recourir d’une manière ou d’une autre pour survivre pendant cette période de COVID.

La COVID a rendu clairs beaucoup d’enjeux, à commencer par la quantité de travail de soin que font les femmes, en s’assurant que les personnes dans les communautés aient suffisamment de nourriture, que tout le monde aille bien. Elle a également clarifié la brutalité du gouvernement. Par exemple, dans les résidences de soins4, les personnes âgées n’étaient pas du tout protégées contre le virus. On envoyait les personnes dépistées positives des hôpitaux vers les résidences de soins, et bien sûr, des centaines et des milliers de personnes âgées sont mortes. Mais le gouvernement en est très heureux; il n’a pas eu à payer leurs pensions! Le gouvernement vient d’annoncer que des milliards de Livres sterling iront à l’armée, donc nous savons qu’il y a de l’argent. Il a dû organiser tout un système de permission pour que les gens reçoivent 80% de leurs salaires s’ils sont temporairement licenciés. Nous savons donc que l’argent est là et nous savons qu’ils nous ont menti quand ils nous ont dit qu’il n’y avait pas d’argent. Il est très clair qu’ils ne se sont pas organisés pour s’ assurer que les travailleur·euse·s des hôpitaux et des résidences de soins bénéficient de toute la protection dont iels avaient besoin. C’est la même chose avec les travailleuses du sexe, ils ne se soucient pas vraiment de savoir si nous vivons ou mourons. Je pense que les gens sont encore plus sceptiques qu’avant à l’égard du gouvernement.

Quand on parle du travail du sexe, il est clair que la criminalisation sert à nous diviser : il y a les bonnes et les mauvaises filles. Les bonnes filles travaillent dans un supermarché et les mauvaises filles font du travail du sexe. On continue de nous criminaliser parce que sinon, nous serions dans une position où nous pensons que plus d’argent nous est dû de la part du gouvernement. Nous ne nous laisserons pas diviser ainsi, de la même manière que nous ne nous laissons pas diviser par la façon dont nous travaillons. En Nouvelle-Zélande, la décriminalisation n’a pas entraîné une augmentation énorme du nombre de personnes qui s’adonnent au travail du sexe, car cela dépend plutôt de la situation financière du pays. C’est seulement que vous n’êtes pas criminalisées pour avoir gagné de l’argent de cette façon. Les gouvernements doivent soutenir le mouvement international des travailleuses du sexe et si on appuie notre lutte sur notre sécurité et nos droits, nous allons gagner!

1 Le rapport «What’s A Nice Girl Doing In A Job Like This: a comparison between sex work and other jobs commonly done by women» peut être retrouvé en ligne.

2 Dans le jargon, un service complet est un service qui inclut une pénétration.

3 Essentiellement, la criminalisation des clients et des tiers partis.

4 Traduction libre de ‘’care home’’