Solidarité avec Alfredo Cospito! De Barton à Bancali

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Nov 282022
 

De North Shore Counter-Info

On était dans la rue pour tenir notre banderole avec notre numéro de téléphone dessus pour communiquer avec les prisonniers dans la prison Barton à Hamilton, Canada, comme d’hab, mais on a voulu prendre un moment pour exprimer notre solidarité avec des prisonniers et prisonnières anarchistes en lutte.

Alfredo Cospito a entamé une grève de la faim dans la prison Bancali en Italie le 20 octobre pour exiger qu’on le sorte d’isolement et qu’on lui redonne accès aux appels téléphoniques, au courrier et aux visites. Il a était placé dans ces conditions en mai pour le punir d’avoir continué de s’impliquer dans les luttes anarchistes depuis la prison.

En tant que le Projet de solidarité avec les prisonniers de Barton, nous croyons fermement à la nécessité de ne pas oublier les prisonniers et de les soutenir quand ils entre en lutte contre les prisons qui les oppriment. Certains d’entre nous ont déjà fait de la prison et d’autres ont soutenu leur amis incarcérés, et nous savons toutes et tous à quel point c’est important et utile de faire en sorte que les prisonniers et les prisonnieres anarchistes restent présents dans nos vies. Ce qui n’est pas un geste de charité avec les personnes incarcérées, mais parce qu’ils restent des compagnons qui ont des choses précieuses à contribuer malgré les barreaux.

Ivan Alocco, Anna Beniamino et Juan Sorroche sont des prisonniers anarchistes qui ont également lancé une grève de la faim en solidarité avec Alfredo, et nous voulons leur envoyé notre solidarité aussi. Ce n’est que grâce à la multiplication et à la convergence des luttes qu’on devient assez puissants pour gagner, donc sachez qu’alors que nous travaillons avec les prisonniers de Barton pour détruire la prison ici, vous étés dans nos cœurs.

Notre petite banderole bien moche n’est qu’une petite chose, mais sachez qu’elle représente votre présence à côté de nous dans nos luttes.

Compte rendu de la lutte en solidarité avec les kahnistensera contre le projet New Vic de McGill

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Nov 192022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

À travers cette lutte en solidarité, c’est devenu évident qu’en tant que communauté radicale, on se doit de se tenir en solidarité avec les kanien’kehá:ka kahnistensera.

Parce que ces militantes traditionalistes de Kahnawa:ke se battent depuis les cinquantes dernières années pour défendre la souveraineté de leur peuple.

Parce qu’elles font partie du peu de personnes Mohawks qui tiennent encore dur comme fer à leur mode de gouvernance pré-invasion coloniale, qui s’appelle la Grande loi de la Paix.

Parce que ce code organise la confédération Haudenausaunee comme ce que nous interpréterions comme du fédéralisme libertaire, où toute les décisions sont prises à petite échelle par consensus avant d’être amenées à un niveau supérieur : de la famille au clan, du clan à la communauté, de la communauté à la Nation, de la Nation à la Confédération.

Parce que dans la Grande Loi, les femmes sont considérées comme les progénitrices de la nation, et sont donc responsables de s’assurer de la protection du territoire et des enfants (autant du passé, du présent et à naître).

Parce qu’en tant que colons et anarchistes, nous avons également nos propres raisons de supporter les communautés autochtones dans leur bataille contre l’État qui les prive de leur relation avec leur mère, le territoire, la terre.

Les kahnistensera poursuivent actuellement en justice l’université McGill, la ville de Montréal et les gouvernements du Québec et du Canada pour faire cesser les travaux de rénovation du projet New Vic sur les terrains du Allan Memorial Institute et de l’hôpital Royal Victoria. Ces institutions ont été le lieu d’expériences de tortures menées dans le cadre du programme MK-Ultra des années (1950 – 1960). Le Allan Memorial Institute et l’hôpital Royal Victoria étaient tous les deux impliqués dans ce programme. Il y a d’importants soupçons que des enfants autochtones (ainsi que des orphelins de Duplessis et autres personnes marginalisées) y seraient décédé.es et auraient été enterré.es sur le site de manière anonyme et McGill a minimisé cette terrible histoire en procédant à des fouilles. En tant que traditionalistes, les Mères ont une position bien différente du conseil de bande de leur communauté qui est soutenu par le gouvernement, et qui ne leur offre aucun soutien pour cette action en justice ou pour la lutte générale.

Dans le cadre de la poursuite, elles demandaient d’abord une injonction interlocutoire pour faire arrêter les travaux de rénovation du Royal Victoria qui risquent de détruire à jamais les preuves de ces atrocités, en plus de potentiellement détruire les traces archéologiques d’un très important village Kanien’kehá:ka qui se trouvait exactement à l’endroit du Royal Vic avant l’arrivée des français sur l’île. Le 27 octobre 2022, contre toutes attentes, la cour Supérieure du Québec s’est prononcée en leur faveur et accorda une injonction forçant l’arrêt des travaux de rénovation. L’université McGill est maintenant forcé de s’asseoir avec elles pour établir un plan pour des fouilles archéologiques complètes et non-intrusives du site.

Depuis le début de leur poursuite contre l’université McGill, elles ont fait énormément de mobilisation dans la conférédation Haudenausaunee, mais également dans les milieux radicaux de Montréal : une présentation pendant l’occupation du pavillion des arts de McGill, une présentation à l’Achoppe au printemps derniers, une présentation au salon du livre anarchiste cet été, et probablement beaucoup d’autres événement dont je ne suis pas au courant. Dans les derniers mois, des rumeurs ont commencé à circuler comme quoi l’université McGill allait de l’avant avec l’excavation sans attendre l’audience prévue pour l’injonction interlocutoire. En septembre, McGill annonçait que les travaux d’excavation auraient lieu début du mois d’octobre, alors que le procès était prévu pour le 26 octobre. C’est ce qui a été l’élément déclencheur de la campagne « Stop the New Vic », les gens voulant trouver une manière de retarder les travaux d’excavation au moins jusqu’au moment du procès, en espérant que les Mothers obtiendraient l’injonction. Nous n’étions pas particulièrement optimiste quant à la possibilité d’un jugement qui leur serait favorable, mais si les travaux allaient avoir lieux avant même qu’elles aient eu la chance de défendre leur cas, nous allions tenter de les faire cesser.

Au début du mois d’octobre, une rencontre de mobilisation a été appelée, où il y avait une bonne trentaine de personnes motivées à s’impliquer dans une occupation du terrain du Hersey Building du Royal Vic, là où aurait lieu l’excavation.

Semaine du 10 octobre, deux semaines avant l’audience
Le 10 octobre, « Columbus Day » aux soi-disant États-Unis et l’Action de Grâce au Canada est considéré par beaucoup d’autochtones sur l’île de la Tortue comme le « Indigenous People’s Day of Rage ». Ce soir-là, sur le site prévu de l’excavation des personnes sont allées installer un campement et certaines y ont passé la nuit.

Le lendemain matin, très rapidement, la police a été appelée. Les militant.es au campement ont essayé de retarder la police le plus longtemps possible. Iels ont fini par jouer au chat et à la souris sur le Mont-Royal avec des flics qui étaient de plus en plus en crisse. Les policiers criaient à tout le monde que la prochaine fois qu’ils les croisaient, iels se faisaient arrêter, mais pour autant que je sache il n’y eu aucune arrestation. L’après-midi même, une quinzaine de personnes ont réussi à se retrouver pour évaluer les possibilités d’actions. L’énergie était encore très bonne et les gens se sont toute de suite mis à planifier la suite.

Au cours de cette semaine là, des groupes affinitaires sont allés plusieurs fois à chaque jour sur le site pour ralentir les travaux. Les bureaux de la firme archéologique ont aussi été attaqués. Cette action fut l’objet d’un communiqué de la part des Mohawk Mothers, qui se retrouvaient accusées par leurs opposants juridiques :

« We are being held accountable legally of all such actions at this time, as the opponents are trying to construe us as criminals before the Judge with less than two weeks remaining before the hearing at the court on October 26, 2022 »

Aux militant.es qui avaient organisé cette action, les Mohawk Mothers ont adressé cette remarque :

« We greatly appreciate tokens of solidarity and demonstrations, but we ask you to be mindful of the dire legal repercussions for us, and the high risk of jeopardizing all the work we have invested for more than one year to obtain an injunction, which could be ruined, as well as the hope of our families to know the truth and get justice ».

Quant à Arkéos, interrogé par un journaliste sentimentaliste de La presse, le patron de la firme affirmait « On ne veut pas que [les ouvriers] creusent sans qu’il y ait d’archéologues. Ce serait vraiment une perte », sous entendant que les travaux de rénovation auraient lieux avec ou sans la présence d’archéologues, et exposant ainsi davantage la stratégie de «rubberstamping» de McGill, qui fait affaire avec des archéologues dans le seul but de donner de la légitimité à son projet colonial.

Semaine du 17 octobre, une semaine avant l’audience
Le lundi suivant une vigile de treize personnes avec des chandelles a aussi réussi à ralentir les travaux. Les flics étaient tellement sur les nerfs à cause de la semaine précédente qu’ils étaient plus nombreux que les manifestant.es. Armés jusqu’aux dents, ils bloquaient la porte d’entrée, ce qui a drôlement fait chier les travailleur.es de la firme d’archéologie mais aussi les employé.es de l’hôpital. Comparés à la foule très tranquille de la vigile, les flics ont eu l’air de monstres hyper-agressifs

Dans la nuit de jeudi à vendredi, une « intervention artistique » a eu lieu : des tombes, des vêtements et des souliers d’enfants ont été disposés sur le site de l’excavation pour souligner la violence associée au fait de creuser et donc de déranger les potentielles tombes anonymes.

Semaine du 24 octobre, semaine de l’audience
La semaine de préparation au procès, les gens de Divest Mcgill ont travaillé extrêmement fort à l’organisation de trois événements de mobilisation :

Lundi : Journée de teach-in et de tractage sur le campus de l’université McGill,

Mardi : Projection du film « Kahnesatà:ke, 270 ans de résistance »,

Mercredi : Rassemblement devant le palais de justice pour la première journée en cour.

L’audience
Le mercredi 26 octobre, l’énergie au palais de justice était électrique. La salle d’audience était trop petite pour accueillir toutes les personnes qui voulaient assister au procès. Des jeunes étaient assis.es à terre, les camarades dehors faisaient de la mobilisation, il y avait de la bouffe pour une armée. Tout le monde qui était au rassemblement et à l’intérieur ont mangé la bouffe collective, même les Mothers!

Jeudi, l’énergie n’était pas assez élevée pour refaire le rassemblement dehors, mais les camarade ont fait et amené une vingtaine de portions de bouffe pour nourrir les Mothers et les personnes qui les appuyaient au procès. On m’a raconté que cela a mené à une scène très cocasse où une vingtaine de personnes mangeaient assises par terre dans un corridor du palais de justice parce que la cafétéria du palais de justice n’acceptait pas les gens qui avaient leur propre lunch.

Jeudi soir, le jugement a été rendu : considérant que le cas était vraisemblablement d’intérêt public, le juge avait le devoir de rendre un jugement immédiat devant les gens, et pas seulement de l’écrire et de l’envoyer aux parties. Il a ordonné une injonction interlocutoire de 3-4 mois jusqu’à la prochaine date d’audience. Pendant ce temps là, l’université McGill doit s’asseoir avec les Mothers et établir un plan pour des fouilles archéologiques qui leurs conviendraient. Cela veut dire que les travaux de rénovation sont stoppés jusqu’à la fin de l’injonction!

Une victoire historique
Sans aucun doute, ce procès fera l’histoire. Pour la première fois depuis ses débuts, la cour supérieure a accepté qu’un collectif de personnes autochtones s’auto-représente. C’était vraiment important pour les Mothers de le faire de cette manière, par souci d’autodétermination, et aussi pour rester en cohérence avec la Grande loi. Le juge n’avait aucune raison d’ordonner une injonction : après tout, jeudi midi l’avocat de l’université McGill avait annoncé que les fouilles étaient terminées et que rien n’avait été trouvé. En plus, tous les avocat.es de la défense ont plaidé que les procédures légales présentes étaient adéquates et que s’addresser à la cour supérieure du Québec ne l’était pas. Dans son jugement à l’oral, le juge a reconnu que de renvoyer les Mothers dans le vortex légal de l’État ne serait pas bénéfique à la réconciliation avec les communautés autochtones.

En fait, c’est la première fois qu’un tribunal reconnaît que les horreurs des pensionnats ont aussi eu lieu dans le système de santé régulier, ce qui est une énorme avancée en terme de reconnaissance du génocide. D’ailleurs, et ce en même temps que le procès des Mothers, l’assemblée nationale a finalement reconnu que les pensionnats étaient un outil génocidaire. Et donc, avec ce jugement obtenu par les Mothers, les hôpitaux blancs devraient bientôt pouvoir être reconnus comme des outils génocidaires à l’égard des peuples autochtones.

Un autre gain vraiment majeur : les Mohawk Mothers ont réussi à asseoir leur légitimité sur le fait qu’elles sont traditionalistes, donc directement en opposition avec le conseil de bande. Le jugement du 27 octobre vient renforcer le fait que les conseils de bande sont des institutions coloniales (des “federal boards”) et que leur consultation ne peut en aucun cas être confondue avec le consentement d’une nation. Elles ont réussi à imposer leur légitimité avec la force de leurs lois, de leur caractère, leur courage, et le soutien qu’elles ont su trouver auprès de leur communauté, de colons anarchistes et de la gauche radicale.

Finalement, le juge a particulièrement insisté sur le fait que les traumas associés aux tombes non marquées correspondait à des « dommages irréparables », c’est à dire que les dommages ne peuvent pas être compensés par des montants d’argent. C’est pourquoi il a décidé d’imposer l’injonction même si elle était pas nécessaire considérant que McGill avait supposément terminé les fouilles. Il considérait que les inconvénients associés au délai pour McGill ne faisaient pas le poids face au trauma et à la perte de confiance envers le système de justice qu’aurait pu entraîner le refus de l’injonction. Il a dit une phrase vraiment marquante que je vais essayer de reformuler de mémoire:

« Depuis deux jours, vous regardez tous vers l’avant de la salle. De l’endroit où je suis, je regarde dans la direction opposée, et j’ai bien vu depuis deux jours que la douleur et les émotions associées au fait de déranger des tombes ananymes n’affecte pas uniquement les kahnistensera. Depuis deux jours, j’ai vu les réactions émotives des gens dans l’assistance en direct, et je ne peux pas ignorer ça. »

Ça m’a vraiment surpris.e qu’un juge base son jugement sur des perceptions émotives, d’autant plus des émotions provenant de l’audience. Je veux dire, les témoignages des Mothers et tout le contexte historique qui a été abordé pendant le procès était absolument suffisant pour faire pencher la balance. Mais je pense quand même sérieusement que le fait que les personnes se soient mobilisées pour être au palais de justice avec elles a enfoncé le dernier clou.

En tant qu’anarchistes, nous sommes particulièrement méfiant.es face au système de justice canadien. Ce système ayant été mis en place sur le territoire pour assurer la colonisation et l’exploitation des territoires autochtones, le développement du système capitaliste, et la protection des riches et des puissants, nous ne pouvons nous résoudre à y faire confiance. C’est pourquoi il est particulièrement important de nous organiser en dehors de cette institution, directement sur le terrain et dans nos millieux. Soyons prêt.es à répondre quand le système juridique aura atteint sa limite. Soyons prêt.es à répondre quand il aura démontré que son principal rôle demeure la pacification et la récupération, même si de temps à autre, dans certains contextes très particuliers ce dernier flanche sous la pression. Cette lutte n’est pas terminé. Les Mothers sont encore en cour, le site de l’ancien hopital Royal Vic est encore menacé de devenir un pavillon de green washing au service de McGill et de l’État, bref on a encore énormément de pain sur la planche.

Merci infiniment à toutes les personnes qui ont donné même juste une heure de leurs temps à cette lutte dans les dernières semaines, tout ça ne serait jamais arrivé sans tout le soutien qu’on a reçu. Je suis particulièrement reconnaissant.e de la façon dont nous avons pu, en tant que camarades, prendre soin les un.es des autres en redistribuant nos ressources, en faisant des bouffes collectives et en solidifiant nos relations. Je me sens légèr.e, optimiste, et absolument prêt.e pour la suite des choses.

Un.e camarade anarchiste

Formation du CRAB et drop de bannière en préparation de la COP15

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Nov 172022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Du 7 au 19 décembre 22, se tiendra au palais des congrès de Montréal la 15e COP sur la biodiversité. Ce rassemblement des puissances étatiques et corporatives mondiales discutant de la biodiversité ne devrait conforter personne. Ces agents du capital et du colonialisme n’ont, en 14 conférences similaires sur 3 décennies, proposés aucune solution réelle à l’effondrement de la biodiversité. Alors même que les États capitalistes et leurs maîtres corporatifs sont responsables de cet effondrement, il est inquiétant de les voir se réunir pour signer un traité sur la biodiversité. Loin de chercher à trouver des solutions réelles, les parties de la COP cherchent deux choses: impliquer de plus en plus les intérêts privés dans la gestion de la biodiversité et maximiser les profits issus du brevetage de matière génétique. Ce dernier point régi par le protocole de Nagoya dépossède la majorité de l’humanité de son droit fondamental au savoir issu du vivant (savoirs développés avant tout par les premiers peuples de la terre) en cherchant à placer le contrôle des savoirs sous l’égide corporatif et étatique. Ce protocole pourrait mener à l’emprisonnement de scientifiques cherchant à rendre accessible des médecines et autres savoirs issus de la nature. Comment justifier de restreindre la recherche et le développement de médecines dans un contexte de pandémie mondiale qui prouve une fois de plus la nécessité de partager les savoirs par delà les frontières?

Les exploiteurs, pollueurs, impérialistes et autres escrocs ont le culot de se réunir au centre-ville de Montréal pour se voiler de vert dans ce qui n’est au final qu’une répétition des sommets néolibéraux du tournant du millénaire. Comme à Québec en 2001 et à Seattle avant, il nous revient à toustes de montrer notre opposition à ce regroupement des pouvoirs. Le capitalisme ne nous sauvera pas de la crise qu’il a causée. La solution ne viendra pas de la poursuite du profit. Pour se sauver, tournons-nous les un-es vers les autres et luttons pour se défaire du contrôle des puissants. Les grandes manifestations et les concertations environnementalistes qui se sont multipliées dans les dernières années n’ont pas suffi. Il est venu le temps de confronter directement le pouvoir!

Face à l’appel à se mobiliser contre ce sommet, nous sommes un groupe de militant-es anticapitaliste et anti-colonialiste, pour la plupart vétéran-tes des luttes écologiques des dernières années, réuni-es indépendamment pour créer le Comité Révolutionnaire d’Action pour la Biodiversité pour contribuer à la lutte. Nous partageons l’appel à tous les autres groupes, réseaux, comité, ligue de se joindre à nous et à la Coalition Anticapitaliste et Écologique Contre la COP15 dans la lutte, de commencer à dresser les terrains et préparer la résistance face à la COP15.

L’air, la terre et les rivières ont besoins de révolutionnaires!

– Comité Révolutionnaire d’Action pour la Biodiversité (CRAB)

Appel de textes : Vers la création d’une organisation anarchiste

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Nov 052022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le 1er octobre dernier s’est tenue une assemblée du milieu révolutionnaire montréalais. Cette réunion faisait suite aux discussions initiées lors des rassemblements stratégiques. De nombreuses personnes y avaient souligné les limites de nos formes d’organisations actuelles. Les rencontres n’ayant pas permis de creuser suffisamment la question, un comité a été chargé d’organiser un nouveau moment de discussion.

Cette nouvelle assemblée est tombée d’accord sur plusieurs choses. Tout d’abord, il est nécessaire de créer une organisation anarchiste ouverte, publique et visible œuvrant à l’abolition de l’État, à la destruction du capitalisme, de l’impérialisme, du racisme, du colonialisme, du cishétéropatriarcat et du capacitisme, ainsi qu’au respect des écosystèmes.

Cette organisation aura notamment pour fonction de recruter et de former de nouveaux et nouvelles militant·es, de produire des stratégies et des analyses théoriques, de faire de l’éducation populaire, d’avoir une présence culturelle sur la place publique, d’appuyer les autres organisations et amplifier les luttes, d’avoir des espaces physiques et/ou virtuels, et d’établir un réseau.

Bien que ces points d’accord clarifient certaines questions politiques, l’assemblée n’a pas eu le temps de se prononcer sur la structure la plus à même de remplir ces objectifs. Une deuxième assemblée se consacrera donc aux discussions autour des questions de structure. De plus, ces objectifs ne sont que des grandes lignes et mériteraient d’être mieux définis. Afin que nos débats soient fructueux, nous appelons donc tous·tes les camarades intéressé·es par le projet à nous faire parvenir par écrit le fruit de leurs réflexions et de leurs débats, incluant des questions ou des propositions à adresser à l’assemblée. À titre d’illustration, les textes peuvent traiter des sujets suivants :

  • la question de l’adhésion/ membrariat (qui peut adhérer, qu’est-ce qu’implique une adhésion, y-a-t-il différents statuts de membrariat);
  • la prise de décision (quelles sont les instances de prise de décision, comment procède-t-on pour prendre des décisions, sur quels sujets veut-on prendre des décisions, quelle est la force contraignante des décisions);
  • comment les positions politiques de l’organisation (anarchisme, antiracisme, anticapacitisme et autres) devraient se manifester autant au niveau externe qu’à l’interne;
  • le code de conduite (doit-on se doter d’un, comment peut-on améliorer la bienveillance et le respect dans les discussions et les prises de décision).

Le site web recensera également les suggestions de textes produits par d’autres groupes ou organisations sur le sujet. La prochaine assemblée aura lieu avant les fêtes. Prenez contact avec nous pour obtenir toutes les informations nécessaires. Envoyez vos textes et vos suggestions à orga-revolutionnaire@riseup.net

Par ailleurs, des réflexions découlant de la première assemblée, mais aussi des rassemblements stratégiques et de différents milieux militants ont souligné la nécessité et le désir de lieux d’organisation et de discussions politiques en mixité choisie de genre, sans hommes cis. Le comité de suivi appelle donc à une assemblée féministe révolutionnaire en mixité choisie de genre au début de l’année 2023. Cette rencontre pourra notamment traiter des enjeux pratiques d’organisation, des réflexions autour du cishétéropatriarcat, des processus de justice réparatrice et de redevabilité, mais également plus largement aux problèmes du capitalisme et du colonialisme, à l’exclusion, au racisme et au capacitisme qui profitent à ces systèmes. Les camarades intéressées à se joindre à l’organisation d’une telle rencontre nous contacteront à orga-revolutionnaire@riseup.net. Les textes, les questionnements et les esquisses de propositions sur les formes d’organisation s’intéressant spécifiquement aux enjeux de genre et d’inclusion sont aussi les bienvenues.

Considérant que cette assemblée aura lieu après l’assemblée de l’organisation anarchiste en décembre, nous proposons provisoirement deux choses : 1) des groupes de discussion en mixité choisie de genre se tiendront au matin de la deuxième assemblée et 2) lors de l’assemblée, les enjeux et les modes d’organisation en lien avec les dynamiques de genre et d’inclusion qui feront débat ou qui nécessiteront une réflexion plus soutenue seront mis en dépôt et ne seront pas traités avant que les rencontres en mixité choisie le jugent opportun.

En résumé :

– Il y aura une deuxième assemblée sur l’établissement d’une organisation révolutionnaire anarchiste en décembre 2022 et portera sur la question de la structure.

– Une assemblée en mixité choisie de genre, sans hommes cis, aura lieu au début de l’année 2023. Contactez-nous pour être du groupe organisateur de l’événement.

– L’appel de textes et de propositions vise spécifiquement la question de la structure, y compris par rapport aux enjeux de genre et d’inclusion.

– Pour toute question, information, désir d’implication, précision, une seule adresse : orga-revolutionnaire@riseup.net

Compte-rendu du lancement du Dictionnaire anarchiste des enfants à Sherbrooke

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Nov 042022
 

Du Collectif Emma Goldman

Samedi dernier, 29 octobre, des membres du Collectif anarchiste Emma Goldman ont tenu un quatrième lancement du Dictionnaire anarchiste des enfants depuis sa parution cet été. C’est donc à l’invitation des camarades du Drapeau noir de Sherbrooke que le collectif s’est rendu au Noir chardon qui accueille à la fois un salon de tatouage, une bibliothèque anarchiste, une salle et un atelier de création. Environ 25 personnes ont répondu à l’invitation.Comme vous pouvez sans doute le deviner, ce n’est pas un livre dont l’adulte fait tout simplement la lecture à l’enfant, tel un recueil d’histoires. Ce livre se veut avant toute autre chose un outil pour stimuler la curiosité et l’esprit critique. Les lancements du Dictionnaire anarchiste pour enfant s’avèrent souvent des moments vivants et créatifs. Cette fois-ci, les gens présents étaient en majeur partie des adultes et la majorité des enfants avaient moins de 3 ans. Nous avons donc tenu une discussion critique sur l’éducation et une personne a proposé d’expérimenter une nouvelle façon d’utiliser le dictionnaire. Lors de l’évènement un ou une participante a demandé aux personnes présentes comment elles expliqueraient à un enfant des mots comme entraide ou encore anarchisme avant de faire la comparaison avec la définition proposée dans le Dictionnaire anarchiste des enfants. Le contraste s’observe encore davantage, et peut susciter des questionnements intéressants, si l’on compare les définitions couramment données à des concepts comme les banques ou la faim aux définitions données dans notre dictionnaire. Il est alors intéressant de se pencher avec l’enfant sur ce qui peut expliquer un tel écart dans les représentations. Il y a donc une multitude de manières de l’utiliser, l’important reste le tâtonnement expérimental et la discussion entre l’adulte et l’enfant.

Déjà après quatre lancements, nous pouvons dire que le livre dépasse nos espérances. Nous sommes heureux et heureuses de l’intérêt porté à celui-ci un peu partout au sein de la francophonie même s’il circule pour l’instant principalement au Québec. Grâce à des contributions volontaires, nous avons pu faire cadeau d’exemplaires gratuits à plus d’une trentaine de groupes de toutes sortes qui ont accepté de le mettre à disposition des usagers et usagères dans leurs bibliothèques : organismes communautaires pour les enfants, organismes autochtones, organismes en soutien aux communautés LGBTQ+, centres d’apprentissage libre, centres de femmes et regroupement féministe, comité de citoyens et citoyennes, des bibliothèques militantes féministes, queers ou anarchistes, une épicerie participative autogérée et même un squat de personnes migrantes dans le quartier rebelle d’Exarcheia. Notre démarche n’est pas commerciale ; nous avons produit, financé et distribué ce livre de façon autonome. Ce n’est peut-être pas la façon la plus simple, mais c’est pour nous la plus satisfaisante. Elle nous permet d’entreprendre d’intéressantes discussions sur les différentes réalités militantes régionales, sur l’enfance, la parentalité et l’éducation, de renouer contact avec des camarades et d’en connaître de nouveaux et nouvelles, de découvrir d’autres initiatives autonomes inspirantes et d’autres projets comme cette BD sur la crise du logement qu’une personne est venue nous présenter.

Bibliothèque anarchiste accessible au Noir chardon

Un cinquième lancement est prévu le 12 novembre à Saint-Fulgence et on regarde pour éventuellement organiser un ou des lancements en Gaspésie et à Trois-Pistoles, à suivre. Pour les gens qui ont raté les lancements et qui souhaiteraient se procurer des copies du dictionnaire par voie postale, communiquez avec nous par courriel à l’adresse : cegsaglac@riseup.net . Si vous souhaitez organiser vous aussi un lancement dans votre localité, contactez nous par courriel pour voir ce qui est possible. 

Un groupe de trois orignaux rencontré en chemin près de Lac-Édouard sur le Nitaskinan (territoire non cédé des Atikamekw)

Entre les tempêtes : Réflexions anarchistes sur la solidarité avec la résistance Wet’suwet’en

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Oct 312022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Nous avons réalisé cette publication en solidarité avec la résistance actuelle des Wet’suwet’en à l’expansion industrielle. Cette lutte pour l’autodétermination des autochtones et la défense de leurs terres est devenue un moment historique de rupture à travers la nation coloniale du Canada et au-delà. Nous avons ressenti le besoin de compiler ce zine afin de prendre du recul et de témoigner de l’ampleur et de la férocité de ces dernières années – avec un accent particulier sur l’année qui vient de s’écouler depuis le début du “Coyote Camp” et la bataille spécifique contre la tentative de forage sous la Wedzin Kwa. Il ne s’agit pas de produire une collection périmée pour les étagères de l’histoire, mais d’inspirer et d’apprendre de ces événements au fur et à mesure qu’ils se déroulent. Au moment où nous imprimons, CGL vient de commencer le forage sous la rivière que beaucoup ont combattu si durement pour empêcher. C’est un triste jour et cette partie de leur destruction aura des effets dévastateurs. Mais cela ne signifie pas que ce combat a été vain, le projet n’est pas terminé et les possibilités d’intervention abondent.

Vous trouverez à l’intérieur un aperçu de la résistance Wet’suwet’en depuis l’émergence du camp Unistot’en jusqu’aux plus récents efforts sur le yintah Gidumt’en, ainsi que les actions Lihkts’amisyu et les blocages ferroviaires Gitxsan qui y sont étroitement liés. Nous avons inclus une carte centrale décrivant l’étendue des actions de solidarité menées d’un océan à l’autre de l’automne 2021 à l’été 2022, ainsi que des communiqués trouvés en ligne qui offrent des réflexions et des analyses des personnes à l’origine de certaines de ces actions. Le sujet de l’anti-répression et du renversement des tentatives de l’État de nous isoler et de nous criminaliser est également exploré. « Un piège bien huilé » présente l’histoire de la common law britannique, en la retraçant comme fondement de l’État canadien, de son système judiciaire et de ses projets coloniaux, en soulignant leur incompatibilité avec nos rêves. Enfin, nous abordons une autre lutte antipipeline qui se prépare sur le territoire des Gitxsan (voisins et anciens alliés des Wet’suwet’en) ; une analyse des projets connexes est présentée dans l’article « Face to Face with the Enemy : An Introduction to WCCGT line, PRGT line and Ksi Lisims LNG Terminal ».

Cette publication est destinée à être imprimée sur du papier de format 11×17. Si elle est imprimée sur du papier de format normal, elle risque de devenir difficile à lire.

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Pourquoi s’opposer à la COP15

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Oct 102022
 

De Fuck la COP15

Qu’est-ce que la COP15 ? 

La COP15 (Conference of the Parties) est un sommet international organisé par des États membres de l’ONU qui aura lieu au Palais des Congrès de Montréal, du 7 au 19 décembre 2022. Le numéro 15 signifie qu’il s’agit de la 15e fois que cette conférence a lieu. Il ne faut pas confondre la COP15, qui porte sur les enjeux de biodiversité, avec la COP26 qui traite du changement climatique. De nombreux évènements, forums et débats y sont organisés et des délégations de nombreux pays seront présentes.

Pourquoi s’y opposer ? 

Parce que nous avons besoin d’un changement que la COP15 ne peut nous offrir. La lutte pour la protection de la biodiversité et contre le changement climatique est sans aucun doute un des enjeux les plus importants de notre siècle. Les études scientifiques et les savoirs autochtones sont très clairs : nous vivons présentement un déclin sans précédent de la biodiversité. Notre système économique, le capitalisme, est à l’origine de ce problème : seule sa remise en question peut nous permettre de sauver ce qui peut encore l’être. Évidemment, cela n’est en rien l’objectif de la COP15. Celle-ci vise même des objectifs contraires : 

·      Encourager la libre entreprise tout en prétendant protéger la biodiversité.  Le « Programme d’engagement responsable des entreprises » de la COP15 vise à impliquer activement le secteur privé dans la formulation des accords internationaux sur la biodiversité. On implique donc les responsables de la situation actuelle dans les prises de décision. Le loup a le contrôle de la bergerie.    

·      Permettre aux entreprises de privatiser le vivant.  La Convention sur la diversité biologique (CDB) et le protocole de Nagoya ont établi dans le droit international la possibilité de nationaliser la propriété des « ressources provenant du matériel génétique ». Les ressources génétiques étaient auparavant considérées comme faisant partie du patrimoine commun de l’humanité. Nous allons assister à un accroissement de la privatisation du vivant.    

·      Faciliter l’exploitation des pays du sud et des terres autochtones. Le Protocole de Nagoya appelle à un programme « d’accès et de partage des bénéfices ». Ceci signifie que les pays à forte biodiversité sont censés donner accès à leurs ressources naturelles. À la suite de ce pillage en règle, un partage des bénéfices inégal est effectué entre les États du sud et les entreprises, sans que soient pris en compte les apports essentiels des communautés autochtones à ce patrimoine commun de l’humanité. 


Les États et les entreprises sont les principaux responsables du déclin de la biodiversité. Ces institutions travaillent main dans la main pour subventionner à coup de milliards les projets extractivistes de grandes compagnies minières et pétrolières. L’État canadien offre même des congés d’impôt aux compagnies minières et ces dernières ont bien conscience de ce soutien appuyé ; 75 % des compagnies minières du monde ont leur siège social au Canada. Ces mêmes États financent des projets qui détruisent activement la biodiversité. On pense aussi au gouvernement québécois et son projet de troisième lien estimé à 6 milliards de dollars qui encouragerait l’étalement urbain. De plus lorsque la population ne se laisse pas faire, les corps policiers et militaires sont envoyés mater les révoltes. N’oublions pas que le pipeline Coastal GasLink est actuellement en construction sur les terres des Wet’suwet’en, sous haute protection policière. 

Les responsables du désastre ne nous sauveront pas. Comme pour toute avancée sociale, seule la mobilisation populaire peut faire plier les gouvernants. L’histoire du mouvement écologiste en est la preuve la plus visible ; sans notre mobilisation les États et les entreprises nieraient encore la réalité de nos constats. Depuis des décennies, les gouvernements et les capitalistes sont au courant des enjeux écologiques et n’ont rien fait qui a eu un impact significatif. Le simple fait que la COP sur la lutte contre les changements climatiques en soit rendue à sa 26e édition — et que la situation aille de mal en pis — nous démontre bien ce qui nous attend si nous laissons carte blanche à ceux qui nous conduisent droit dans le mur. 

Bloquer, pour avancer. Nous pensons qu’il est temps de briser cette atmosphère de consensus mou au sein du mouvement écologiste ; la collaboration avec les États et les entreprises n’a conduit qu’à une aggravation de la situation. Notre seule chance est la construction d’un mouvement qui rejette les structures responsables de la catastrophe ; le capitalisme et l’État. Il est donc important de s’en prendre à ces évènements conçus pour nous rassurer et détourner notre attention. Montrons-leur que nous ne sommes pas dupes.  

Comment s’opposer à la COP15 ?

1) Rejoindre l’assemblée de lutte contre la COP15. En rassemblant nos forces et en élaborant des solutions contre la tenue de ce sommet international, nous pouvons être le germe d’un mouvement écologiste débarrassé de l’emprise des États et des intérêts privés. 

2) Faire la grève. Pour les étudiants et les travailleurs, faire la grève nous donne l’opportunité de faire entendre un discours qui n’est pas celui des pétrolières et des gouvernements. La grève envoie un message clair ; nous sommes déterminé·e·s à agir pour changer les choses. La grève libère aussi du temps pour participer au mouvement écologiste par des manifestations, ateliers et discussions qui auront lieu au même moment que le sommet. La grève rappelle à l’État et aux capitalistes que sans nous ils ne sont rien et nous rappellent qu’au final, c’est nous qui produisons tout. Nous avons besoin de ce temps si nous voulons d’un mouvement écologiste capable d’être à la hauteur des enjeux du moment. 

3) Apprendre et éduquer. L’organisation d’un contre-sommet, contre la COP15 et pour un mouvement écologiste radical nous permet de faire entendre une autre voie que celle de ce mouvement qui collabore à la « gestion » de la crise environnementale. Nous avons à apprendre d’autres luttes et de l’histoire du mouvement social et ne pas nous considérer comme un enjeu séparé de celui du capitalisme ou du colonialisme. 

4) Occuper le terrain. Par des manifestations de rues et d’autres actions, nous pouvons montrer qu’une autre voie existe et encourager la population à nous rejoindre, tout en perturbant leur petite fête au palais des Congrès.

Votre cancer, gracieuseté du capitalisme

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Août 312022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Plusieurs villes du Québec abritent une ou des industries qui détruisent l’environnement et rendent malades ses habitants.

À Rouyn-Noranda, Glencore bénéficie d’un droit de polluer qui lui permet d’empocher des milliards depuis des décénies. La flore, la faune, tout le vivant est touché. Les personnes vulnérables, les femmes enceintes, les bébés, les enfants, sont particulièrement affectés, et ce, indirectementement avec la permission du ministère de l’Environnement. L’attestation d’assainissement permet de dépasser les normes pour les émissions d’un cocktail de métaux lourds : arsenic, plomb, nickel, chrome, cadmium, etc. Ces passes-droits, quant au respect des normes provinciales, permettent de générer des profits faciles pour les actionnaires.

Nous sommes un groupe affinitaire de Rouyn-Noranda. Aujourd’hui, nous commençons une série d’actions symboliques et d’actions directes contre Glencore. Nous n’accepterons plus de mourir pour enrichir ce type de multinationales sans scrupules! Nous avons ‘dropé’ cette bannière sur le centre de cancérologie qui tarde à commencer ses opérations pour cause de difficultés d’embauche et on comprend! Les gens qui travaillent dans le domaine de la santé n’ont pas envie de venir se faire empoisonner à Rouyn-Noranda.

Une occasion unique dans une vie

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Août 152022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

En 1973, Pierre Elliott Trudeau a promulgué un programme de régularisation qui a permis à 39 000 sans-papiers vivant au soi-disant canada d’être finalement reconnus comme citoyen-ne-s. Bien qu’il y ait eu d’autres programmes de régularisation au fil des ans, celui-ci a été, de loin, le plus important mis en œuvre [1].

Vous avez peut-être remarqué que ce grand programme de régularisation a eu lieu il y a presque 50 ans, par le père de l’actuel premier ministre, Justin Trudeau. Et si l’on peut compter sur Trudeau, c’est pour faire un grand geste commémoratif pour l’occasion.

Car nous sommes vraiment dans une situation de tempête parfaite pour la régularisation des sans-papiers. Premièrement, nous sommes confrontés à une grave pénurie de main-d’œuvre. De nombreux emplois essentiels ne trouvent pas preneur en raison des conditions de travail difficiles et des mauvais salaires. Les sans-papiers travaillent actuellement, bien sûr, puisque la plupart des gens ne peuvent survivre au Canada sans emploi. Mais sans un numéro d’assurance sociale valide, de nombreux emplois restent inaccessibles, surtout dans les postes gouvernementaux.

Deuxièmement, il y a déjà beaucoup de sans-papiers dans les emplois essentiels de la santé et de la production alimentaire, parce que ce sont les emplois les plus merdiques que l’on puisse faire. Et nous avons besoin d’eux pour continuer à fonctionner en tant que société, bien plus que nous avons besoin de banquiers véreux, de comptables de paradis fiscaux et d’avocats d’affaires inutiles, de toute manière. Mais il est de plus en plus honteux de voir comment le gouvernement finit par payer des sans-papiers pour ces emplois. C’est même carrément embarrassant, vu la façon dont ils sont traités.

Et troisièmement, le gouvernement minoritaire de Trudeau a un besoin urgent de voler des voix à la gauche. Par conséquent, le gouvernement libéral a présenté la motion M-44 en mai 2021 pour faire avancer les choses [2]. Mais si cela peut ressembler à un vaste programme de régularisation, il ne faut pas se leurrer : ils veulent voler des voix à la gauche, tout en ne s’aliénant pas leur droite raciste. En l’état actuel des choses, il pourrait s’agir uniquement d’un programme de régularisation libéral : par et pour l’industrie, les banquiers, la bourse. Et pas pour, vous savez, les personnes à qui l’on refuse actuellement l’accès à la citoyenneté.

La réalité de la vie des sans-papiers

Ok, alors pourquoi nous en soucierions-nous ? Nous voulons détruire le soi-disant État canadien de toute façon, pourquoi voudrions-nous voir plus de gens acceptés par lui ? Pourquoi la citoyenneté dans un état colonial est-elle importante ?

Eh bien, pour commencer, nous n’avons pas au soi-disant Canada la même infrastructure de soutien aux sans-papiers qu’au sud de la frontière. Il n’y a pas beaucoup d’organisations à but non lucratif pour les supporter ici, et celles qui sont présentes sont souvent submergées de personnes qui s’accrochent encore aux filières officielles de la citoyenneté. Sur le plan juridique, nos gouvernements provinciaux racistes n’ont pas permis le genre d’échappatoires que l’on peut voir en Californie. Et les municipalités ont très peu de pouvoir, surtout quand on se rappelle que la police est contrôlée aux niveaux provincial et fédéral. De toute façon, l’approche de Projet Montréal de “financer les cochons, peu importe ce qu’ils demandent” n’augure rien de bon.

Les soins de santé pour les sans-papiers sont une blague macabre. Si vous n’avez pas votre “carte soleil”, vous êtes à peu près condamné. Soit vous devez payer le prix fort pour voir un médecin et obtenir une ordonnance, et vous devez encore payer le prix complet pour les médicaments. Et ça c’est si le docteur ne vous dénonce pas aux porcs. Les médecins prennent ce serment d’hypocrite à coeur…

Les anarchistes de Tio’tia:ke (Montréal) se souviendront d’une camarade sans-papiers qui est progressivement devenue aveugle, car elle ne pouvait pas se payer les rendez-vous chez le médecin et les médicaments qui étaient disponibles pour nous tou-te-s. Et un autre camarade, dont la jambe a failli éclater à cause de problèmes de circulation sanguine, et qui n’avait pas non plus les moyens de se faire soigner. Vivre sans papiers a un coût, un coût qui se mesure en vies humaines.

L’école n’est pas mieux non plus. Les sans-papiers ont récemment obtenu le droit pour leurs enfants d’aller aux écoles primaires et secondaires, mais cela reste très limité [3]. Elles et ils risquent toujours d’être dénoncé-e-s. Certaines écoles enfreignent les directives du gouvernement et refusent tout de même les enfants sans-papiers. Car pourquoi un gouvernement raciste sanctionnerait-il un administrateur d’école raciste ? Pour celles et ceux qui surmontent ces obstacles et parviennent à terminer leurs études secondaires malgré tout, peu de perspectives les attendent. Et quelles opportunités s’offrent aujourd’hui à quelqu’un qui n’a qu’un diplôme d’études secondaires ?

Parce que le travail est encore pire. Les sans-papiers ne peuvent pas se plaindre à la CNESST, et ne sont donc pas protégé-e-s par les directives en matière de santé et de sécurité, ni par les lois sur le salaire minimum. Des articles récents ont montré comment les travailleuses et travailleurs temporaires officiel-le-s sont maltraité-e-s dans les champs et les fermes, que pensez-vous qu’il arrive aux sans-papiers ?

Et cela ne couvre pas le pire du pire, l’ostie de police. Les sans-papiers sont constamment à un arrêt de la police d’être expulsé-e-s. Et devinez ce qui se passe lorsqu’ils ont réellement besoin d’être protégé-e-s d’un violeur ou d’un conjoint violent ? Le SPVM est bien connu comme une “machine à expulser qui traque les immigrants sans statut”, pour citer un article du McGill Daily [4]. Et ils se branlent probablement en le faisant aussi.

Alors ouais, on emmerde l’État, on le détruit, on le brûle jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Mais quand même, ce morceau de papier de citoyenneté de merde représente un monde de différence, la vie ou la mort, pour beaucoup de gens. Et avec 500 000 personnes migrantes sans-papiers ici, c’est beaucoup de douleur et de souffrance qui pourraient être soulagées.

Les fascistes et les libéraux n’ont aucun problème à dormir sur le sang et les os des sans-papiers. Le pouvons-nous ?

Quels sont les obstacles à prévoir ?

Si vous suivez la politique fédérale, il est évident que Trudeau est assez fort en actions symboliques, et plutôt léger en substance. Le gouvernement Trudeau fait beaucoup de gestes grandioses, mais il est souvent terne lorsqu’il s’agit de passer aux actions concrètes. Après tout, leur objectif ici n’est pas de réellement régulariser les migrants, mais juste de voler quelques voix à la gauche. Et peut-être fournir une main-d’œuvre bon marché à leurs financiers.

Il y a donc une réelle chance que la régularisation proposée ne soit que de la poudre aux yeux. Qu’elle ne régularise que des personnes qui seraient de toute façon régularisées éventuellement. Nous devons donc faire pression sur le gouvernement pour que cette proposition de régularisation soit aussi large et inclusive que possible. Le “Migrants Rights Network”, basé au canada, a compilé une liste de demandes, dont les principales sont [5] :

  • L’objectif du programme doit être la régularisation de toutes les personnes sans-papiers résidentes au Canada.
  • Le programme doit être permanent et disponible en permanence, car les facteurs qui conduisent les gens à devenir sans papiers ne sont pas toujours les mêmes. Les facteurs qui conduisent les gens à devenir des sans-papiers continueront dans un avenir prévisible.
  • Les demandes doivent être simples, de manière à ce que les personnes sans papiers puissent faire leur demande elles-mêmes, en ligne via des appareils mobiles ou sur le Web. Il devrait y avoir une large sélection de documents acceptables pour établir l’identité et la résidence au Canada.
  • Les personnes ne devraient pas être exclues en raison de leur manquement passé à la loi sur l’immigration.
  • Il doit y avoir une interdiction des détentions et des déportations tout au long du programme de régularisation. Ssans cela, le programme de régularisation échouera car les personnes sans papiers ne feront pas de demande.
  • Personne ne doit être expulsé si sa demande est rejetée.

///

L’autre obstacle majeur est, de toute évidence, le gouvernement provincial raciste et suprématiste blanc de la CAQ. La CAQ n’a pas caché qu’elle voulait un contrôle total de l’immigration au Québec. Ils ont déjà pris des mesures juridiquement douteuses contre les immigrants, que ce soit par :

  • Le projet de loi 9, qui a jeté à la poubelle 18 000 dossiers d’immigration,
  • le projet de loi 21, qui empêche de nombreuses personnes non-chrétiennes d’accéder aux postes d’enseignant-e-s,
  • le projet de loi 96, qui oblige les immigrants à apprendre le français en six mois.

La CAQ essaierait presque certainement de bloquer tout effort de régularisation, à moins que les sans-papiers soient à la fois français et blancs.

///

Et enfin, l’autre obstacle serait probablement les osties de fascistes. La propagande de l’extrême droite contre les travailleurs migrants est très répandue, les plus populaires étant que plus de travailleurs étrangers signifie des salaires plus bas et moins de logement.

Tout d’abord, soyons honnêtes à propos des salaires. La pandémie a convaincu un grand nombre de baby-boomers de prendre leur retraite un peu plus tôt que prévu, laissant un grand nombre d’emplois disponibles. La simple économie de libre marché théoriserait qu’une pénurie de travailleurs signifierait donc des augmentations de salaire. Évidemment, cela n’a pas été le cas jusqu’à présent, et rien ne montre que cela s’améliorera à l’avenir. Ou même qu’on ait un jour des augmentations égales à l’inflation.

De toute évidence, nos maîtres capitalistes n’augmenteront pas les salaires, quoi qu’il arrive. Ils préfèrent laisser le travail inachevé, et empiler le travail sur les travailleuses et travailleurs restant-e-s, plutôt que de nous payer une cenne de plus. Les seuls gains significatifs obtenus ces derniers mois l’ont été dans des emplois syndiqués, et seulement après des luttes difficiles, et souvent de longues grèves. Comme le dit le slogan des IWW : si nous voulons de meilleures conditions de travail, nous devons nous organiser. Le “marché libre” a toujours été défavorable aux travailleurs : quelques migrants de plus, qui sont déjà ici et travaillent déjà de toute façon, ne changeront pas grand-chose.

Deuxièmement, le logement. Comme les comités logement de Tio’tia:ke et d’ailleurs ne cessent de le marteler : nous n’avons pas une pénurie de logements, nous avons une pénurie de logements abordables. Il y a des tas d’appartements qui restent vides à des fins de spéculation. La financiarisation du marché du logement signifie que nous n’avons plus affaire à notre propriétaire habituel véreux, mais à un propriétaire véreux courtier en bourse. Nos anciens propriétaires pouvaient faire pression sur nous autant qu’ils le voulaient, mais à la fin du mois, ils avaient besoin d’au moins un peu d’argent pour payer leur hypothèque. Des accords pouvaient être conclus, et des grèves de loyer limitées pouvaient fonctionner. Nos nouveaux propriétaires ont 50 000 appartements et n’en ont rien à foutre si quelques-un-e-s d’entre nous ne les paient pas pendant quelques mois, pendant qu’ils remplissent la paperasse pour nous jeter à la rue à 2 heures du matin par -40. Encore une fois, plus de migrants qui vivent déjà ici ne changera rien non plus.

En d’autres termes, ne frappez pas les camarades qui n’ont pas plus de chance que vous. Frappez les patrons et les propriétaires : ce sont eux qui rendent nos vies misérables. Et peut-être frapper votre fasciste local pendant que vous y êtes.

Que devons-nous faire ?

Le gouvernement Trudeau devrait publier une première ébauche de sa loi de régularisation vers la fin septembre 2022. Cela devrait nous donner une idée de la direction que Trudeau veut prendre avec ce programme, et les réactions ultérieures de la CAQ et de l’extrême-droite devraient nous donner une idée du genre d’obstacles auxquels nous ferons face.

Il était plus facile de faire pression sur le gouvernement en 1973 parce que les sans-papiers comprenaient une grande partie de personnes blanches, principalement des résistants américains fuyant le service militaire au vietnam. Nous n’avons pas ce luxe aujourd’hui. Tout gain que nous ferons devra être réalisé en dépit des suprémacistes blancs qui se disputent actuellement le pouvoir.

Mais heureusement, d’autres ont ouvert la voie avant nous. Les 39 000 personnes régularisées en 1973 peuvent sembler nombreuses, mais elles ne représentaient que 0,1 % de la population du canada à l’époque. Ces 39 000 personnes sont très peu nombreuses par rapport aux récents programmes de régularisation d’autres pays. En 1981, la france a régularisé 132 000 migrants, soit 0,2 % de sa population à l’époque, deux fois plus que le canada. En 2005, l’espagne a régularisé 570 000 personnes, soit 1,3 % de sa population à l’époque. Il est donc possible de faire beaucoup mieux qu’en 1973, et la mobilisation derrière les campagnes de régularisation en france et en espagne peut nous fournir beaucoup de bons arguments.

Après tout, ces sans-papiers sont déjà là. Ils travaillent avec nous, mangent avec nous, vivent avec nous. Il est temps qu’ils bénéficient des mêmes droits que nous tous.

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Le réseau canadien Migrant Rights Network appelle à des journées d’action les 16 août et 18 septembre : https://migrantrights.ca/

Solidarity across borders (SAB) organise des événements à Tio’tia:ke et pourrait planifier quelque chose pour cet automne : https://www.solidarityacrossborders.org/en

L’émission de radio française “Les Apatrides anonymes” présente les dernières nouvelles sur les problèmes des migrants au Canada et ailleurs dans le monde : http://www.apanad.koumbit.org/emissions-de-radio-2022/

Amour et rage !

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[1] Voir : https://www.kairoscanada.org/wp-content/uploads/2020/08/The-Regularization-of-NonStatus-Immigrants-in-Canada-1960-2004.pdf pour les différentes émissions.

[2] Voir : https://www.noscommunes.ca/members/fr/89339/motions/11528727 Cette lettre a été suivie d’une lettre de mandat au ministre de l’immigration : https://pm.gc.ca/fr/lettres-de-mandat/2021/12/16/lettre-de-mandat-du-ministre-de-limmigration-des-refugies-et-de-la Elle mentionne laconiquement seulement “Prendre appui sur les programmes pilotes existants pour poursuivre l’exploration de moyens de régulariser le statut des travailleurs sans papiers qui contribuent aux communautés canadiennes”.

[3] Voir : http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-144-41-1.html

[4] Voir : https://www.mcgilldaily.com/2020/10/opinion-spvm-a-deportation-machine-that-hunts-down-non-status-immigrants/ (en anglais seulement)

[5] Vous pouvez trouver le document complet ici : https://migrantrights.ca/wp-content/uploads/2022/07/La-re%CC%81gularisation-au-Canada.pdf

Contre vos demandes : Leçons de Occupons McGill

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Août 092022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

En 2022, j’étais un-e militant-e anarchiste actif-ve durant les deux semaines d’occupation de l’université McGill. Dans les mois précédant l’occupation, j’ai fait partie des rencontres qui discutaient de l’idée de monter des tentes dans le Pavillon des Arts. À l’époque, nous étions uniquement 6 personnes autour de la table de pique-nique. J’ai été témoin des succès et des échecs de l’occupation (et de ses ramififactions à Concordia et à l’UdM), mais jusqu’ici je n’avais rien écrit sur le sujet.

Plus tôt ce mois-ci, un appel international a été lancé: “Fin aux énergies fossiles – Occupons“. Dans un texte d’opinion dans le journal Guardian, des étudiants pressaient à “occuper nos campus afin de demander la fin de l’économie fossile”. Cet appel semble suivre l’exemple de McGill, qui a connu un intérêt général. Toutefois,  il échoue à prendre en compte des leçons clefs de l’expérience de McGill. En expliquant ces leçons, je souhaite influencer les personnes qui pensent organiser une occupation (ce que j’encourage fortement) et à remettre en question les idées dominances sur ce que devrait être un mouvement. Avant tout et surtout, nous n’en sommes plus à effectuer des demandes pour mettre fin aux énergies fossiles.

Purement et simplement, le succès de l’occupation de McGill prend racine dans deux principes fondateurs: 1) le refus d’être uniquement à propos du climat et 2) le refus de faire des demandes. Sans aucun doute, l’occupation a été une réussite. Plus de 25 personnes par nuit ont dormi dans le lobby du Pavillon des Arts. Nos assemblées publiques ont dépassé les 100 participant-es. Plusieurs dizaines de personnes ont participé aux projections de films, aux ateliers, aux cercles de lectures et aux discussions qui avaient lieu quotidiennement.* Il était possible à quiconque de se joindre aux événements tous les jours, peu importe son origine ou son identité, et de profiter d’un déjeuner, d’un dîner et d’un souper. Quelques jours après le début de l’occupation, plusieurs équipes ont mené de petites émeutes avec de la peinture aérosol au travers de McGill, marquant les camions de sécurité et les murs de slogans comme “Occupons tout” et “Étudiant-es, souvenez-vous de votre pouvoir”.

Beaucoup de gens se sont présentés, non seulement en raison des causes spécifiques dont faisait l’objet l’occupation, mais parce qu’une énergie insurectionnelle avait été créée. Nous avons imprimé et distribué des centaines de zines au sujet d’à peu près tout sauf du climat. Les séances d’éducation populaire étaient également assez peu relatives au climat. Les visions du monde des participant-es n’étaient pas juste soulignées à nouveau (comme elles le sont quand il s’agit d’écouter encore un autre discours environnemental rad-libéral), elles étaient plutôt remises en question ou développées.

Comme mouvement étudiant, il est important que nous ne fassions pas de demandes ou que nous nous centrions sur un seul enjeu spécifique. Nous sommes un lieu où réunir des gens qui portent une variété de préoccupations. Plusieurs des participant-es les plus loyaux à l’occupation n’étaient pas là en raison de leurs anxiétés relatives au climat. Les participant-es aux assemblées discutaient souvent d’enjeux qui concernaient tout sauf le climat. Nous avons lancé un appel large et créé une base tout aussi large. Ce focus élargi nous a permis d’apporter ensuite une critique radicale de toute hierarchie, de toutes les formes de domination et de proposer la révolution, non pas la réforme (peu importe qu’elle soit verte ou non).

Je serai honnête ici. Si je voyais une autre occupation purement environnementaliste, je passerais mon tour. La plupart des personnes issues de la classe ouvrière ne font pas confiance à ce type de message. De Occupy, à Shut Down Canada, aux émeutes suite au meurtre de Georges Floyd, il est clair que les gens veulent l’insurrection. Vous désirez encore des réformes? Très bien. Mais ne demandez pas pour des réformes. Construisons un mouvement révolutionnaire et laissons les politiciens paniquer et essayer énergétiquement de nous ralentir avec des concessions. Pour cela, ne soyons pas inefficacement ennuyeux.

Je ne veux pas prétendre que chaque participant à l’occupation de McGill est un born-again anarchiste. En fait, plusieurs occupant-es se sont plaints que nous intentions étaient explicitement vagues. Certain-es ont émis des inquiétudes comme quoi des gens ne participaient pas parce que, selon ielles, sans demandes il est possible de comprendre ce qui se passait à l’occupation. Premièrement, il est important de dire que pratiquemment tout le monde ayant dit ne pas comprendre ce que nous faisions étaient des étudiant-es conservateurs-trices ou libéraux-les qui n’auraient pas participé dans tous les cas. Mais le plus important est que nous n’avons pas échoué à attirer davantage de gens dans notre mouvement parce que nous n’avions pas assez de demandes, nous avons plutôt échoué parce que nous n’avons pas été assez efficaces à illustrer aux autres en quoi joindre nos projets pouvait changer le monde. C’est le plus difficile à faire, ça prend des discussions, des actions amusantes, des assemblées efficaces, des stratégies claires, des zines forts et de l’organisation. Mais c’est possible.

Il est certain que certain-es des organisateurs-trices du camp n’avaient pas une prise assez forte sur les politiques radicales afin d’expliquer de façon convainquante pourquoi nous ne faisions pas de demandes mais luttions pour l’insurrection. Toutefois, ceci n’est pas une barricade; c’est un petit obstacle qu’une ou deux conversations de groupe intentionnelles auraient pu régler. 

L’expérience de la courte occupation de Concordia a été complètement différente. L’occupation de Concordia a été rapidement cooptée par l’association étudiante. Le pouvoir et les responsabilités sont devenues de plus en plus concentrées entre les mains d’un petit groupe d’étudiant-es élu-es qui, déjà surchargé-es par leurs responsabilités au sein de l’association, pouvaient difficilement effectuer les tâches qu’illes prenaient en charge. D’autres étudiant-es ont quitté d’eux et d’elles mêmes, tannées de l’association ou pas du tout enchantés. Quelconque énergie insurrectionnelle initiale a été sapée par des politiques syndicales étroites. J’ai participé brièvement à l’occupation de l’Université de Montréal. De ce que j’ai pu observer (même si plus plaisante), le focus unique sur les investissements dans les énergies fossiles par l’université est devenu hégémonique et l’occupation s’est concentrée au sein d’une ramification de Greenpeace.

Il y avait bien sûr une limitation centrale à la stratégie de Occupons McGill. L’occupation n’était puissante que comme symbole attractif / communal de résistance et comme point de ralliement pour des idées radicales. Pour aller au-delà de ce point, il faudrait avoir poursuivi jusqu’à fermer réellement l’université, à se diffuser dans une grève, à créer de nouvelles organisations étudiantes combatives, à pratiquer de nouvelles tactiques comme la destruction de la propriété, ou à se répandre dans les communautés environnantes. Il y a aussi la formation, la coordination et les tactiques de mobilisation pour l’action révolutionnaire. Elle va plus loin et rallie davantage de personnes. Nous continuons jusqu’à atteindre un moment où nous nous révoltons finalement et commençons à gagner.

Nous avons un monde à gagner. Non pas juste la fin de l’économie pétrolière, mais toute une société qui pourrait être créée à partir de la solidarité. Les propriétaires, la police, les capitalistes, les politiciens, les machos et toute personne s’appelant eux et elles même des “figures d’autorité” seront abandonnés et remplacés par la coopération. L’université ne sera pas seulement verte mais elle sera transformée au-delà de l’aliénation, de l’éthique du travail jusqu’à la mort et du carriérisme qui l’infecte aujourd’hui. Si nous ne prenons pas le contrôle direct, nous serons trompé-s, exploité-s et souvent utilisé-es pour d’autres fins politiques. Nous n’avons pas la patience des réformes à la miette qui nous ont échoué depuis des centaines d’années. Il y a tant à faire et si peu de temps pour le faire. Il est temps de porter des coups.

Il s’agit de notre seule demande, non pas aux autorités, mais de l’un-e à l’autre d’entre nous.


* Les films projetés incluent Street Politics 101 (par Submedia) et deux documentaires sur la révolution au Rojava. Des cercles de lecture ont lu une sélection d’écrits d’éducation révolutionnaire de “Democratic Autonomy in North Kurdistan” à “Autonomous Education in the Zapatista Communities: Schools to Cure Ignorance”. Les discussions ont inclut des échanges sur la pédagogie anarchiste et sur l’anarchisme. Un atelier sur un plan de transition juste, un autre sur l’accessibilité, puis une causerie avec un-e militante Mohawk de longue date. Parmi les zines, on pouvait trouver: “Education for Liberation not Corporation” (par Divest McGill) “Anarchism: Towards a Revolution in Montreal,” “Blockade, Occupy, Strike Back,” and “A Recipe for Nocturnal Direct Action.”