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Un serveur nommé Paranoïa : Défendons Autistici/Inventati

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Sep 022026
 

De Sabot Media

Au cours des 25 dernières années, Autistici/Inventati, un collectif de hackeur·euses italien a mis sur pied des infrastructures de communication conçues pour survivre à la censure, à la surveillance et aux descentes de police. Le 26 août, les États-Unis ont désigné ce collectif comme une organisation terroriste. Les mesures d’embargo économique prendront leur pleine mesure le 25 septembre 2026.

Ça aurait du être une nuit sombre et orageuse dans un hacklab italien.

Mais la scène se déroule un beau dimanche ensoleillé.

Le 3 mars 2001, une dizaine de personnes se retrouve au hacklab LOA à Milan autour d’un ordinateur assemblé avec des bouts de machines sorties du rebut. Peu avant, une banque leur a vendu un vieux serveur pour la somme symbolique de 15.000 lires, soit à peu près 8 euros. Iels l’ont amélioré avec des composants de récup’, dont un disque dur extrait de l’ordi du salon d’une personne. Personne n’a de plan formel. Les logiciels sont choisis l’un après l’autre. Toutes les décisions sont discutées jusqu’à ce que tout le monde soit d’accord. Intentionnellement, la personne avec le moins d’expérience technique est mise derrière le clavier. Le processus prend bien plus de temps que necessaire parce que l’efficacité n’est pas le seul objectif. Tout le monde doit comprendre ce qu’iels sont en train de construire. Ce jour là, l’un·e des participant·e s’en souvient, iels déclarent : « A/I existe désormais. »

Iels baptisent la machine Paranoia. Le mois suivant elle est en ligne et supporte deux noms de domaines et deux histoires entremelées : Autistici.org et Inventati.org. Vingt-cinq ans plus tard, le 26 août 2026, les États-Unis désignent Autistici/Inventati comme organisation terroriste (Specially Designated Global Terrorist) et l’inscrit sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Bloquées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list).

La distance entre ces deux événements (d’une machine recyclée dans un hacklab à Milan, à la machinerie de l’état techno-sécuritaire états-unien), c’est l’histoire d’un collectif qui ne démord pas, depuis un quart de siècle, d’une proposition dangereuse : on devrait pouvoir communiquer sans d’abord devoir se livrer à de grandes entreprises ou à des gouvernements.

Le 25 septembre, le délai accordé aux institutions pour couper leurs relations avec A/I prendra fin. Les banques, les entreprises de la tech, les hébergeurs et autres institutions sont sommées de couper tous liens qui resteraient après cette date. A/I a construit son infrastructure pour survivre à la disparition de serveurs. Les États-Unis tentent maintenant de rendre le collectif économiquement et technologiquement infréquentable. Mais découvrons ensemble ce qu’est A/I, son histoire, et ce que cette nouvelle attaque pourrait signifier pour les collectifs techniques autonomes et le milieu militant radical en général.

Avant A/I : La contre-culture internet italienne

Autistici/Inventati n’est pas sorti du néant. Ses racines plongent dans plus d’une décennie d’organisation de l’autonomie italienne, de radios pirates, de « bulletin-board systems » [NDLT: premières agoras numériques du jeune internet], de centres sociaux autogérés dans des squats, de mouvements anti-capitalistes et d’expérimentations autour des ordinateurs comme outils politiques. Au cours des années 1990, des réseaux comme le European Counter Network et Isole nella Rete ont fourni un espace en ligne pour les mouvements sociaux alors même qu’internet était peu connu du grand public. Les hackmeetings italiens réunissaient développeur·euses, activistes, artistes, et autres curieux·euses de technologie dans des espaces autogérés.Dans les centres sociaux apparurent des Hacklabs, où les gens pouvaient apprendre Linux, monter des réseaux et aborder les connaissances techniques comme quelque chose à partager plutôt qu’à vendre. Les futur·es membres de A/I venaient de plusieurs endroits de ce monde. À Milan, les personnes affiliées au LOA Hacklab utilisèrent le nom Autistici pour décrire leur intense fascination pour la technologie et leur désir de mettre en lumière la politique cachée en son sein. À Florence, le projet Inventati était plus orienté vers la communication, la publication, et l’organisation du mouvement social. Ses projets comprenaient Stampa Clandestina, un journal conçu pour être imprimé et collé directement sur les murs de la ville, et Spia la Spia, une tentative de cartographier les caméras de surveillance dans l’espace public.

Des personnes de Bologne et d’ailleurs étaient aussi impliquées. Beaucoup participèrent au développement d’Indymedia Italy, mouture locale d’un réseau mondial de publication libre sur internet qui permettait aux manifestant·e·s de rapporter les évènements sans attendre que les journalistes professionnel·le·s les médiatisent. Les différents groupes partageaient le même problème : le mouvement nécessitait un nombre croissant de sites web, de listes mail et de mails privés, mais les infrastructures indépendantes demeuraient rares. Le European Counter Network portait plus que sa part du fardeau. Les fournisseurs commerciaux offraient de plus grandes capacités mais contre un prix élevé, une dépendance structurelle, de la surveillance et un pouvoir de censure. En novembre 2000, Inventati envoya aux hackers milanais un mail chiffré leur proposant une rencontre. Le message fût traité comme dans un film d’espionnage : clés PGP, signes de reconnaissances savament arrangés, un endroit et une heure secrète. Puis les florentins arrivèrent dans une bagnole rouillée légendaire appelée le General Lee, klaxonnant devant le squat pendant que la police surveillait le bâtiment avec stupéfaction.

Le point historique qui fait consensus dans cette histoire est que tout ce petit monde alla ensuite manger dans une pizzeria appelée La Balena. Après le dîner, les florentins dévoilèrent leur plan séditieux : monter un autre serveur autonome.

L’intention n’était pas de remplacer l’infrastructure du mouvement avec un nouveau fournisseur de service central. L’intention était de multiplier l’infrastructure. Si un millier de serveurs autonomes voyait le jour, une simple perquisition ne suffirait pas à couper les communications de toutes les communautés en lutte. Ensemble, iels devinrent Autistici/Inventati, plus courrament abrégé A/I. L’association des collectifs prit légalement le nom d’Investici, mais A/I ne devint jamais pour autant une organisation ordinaire : elle n’avait pas de coordinateur·ice, pas de dirigeant·e officiel·le, pas de porte-parole permanent·e. Les décisions étaient prises en cherchant des consensus plutôt que par votes. Personne n’était payé. Ses ressources venaient de dons, d’évènements de soutien et du travail des gens qui la maintenait. Le double-nom était un choix. Tel Janus, A/I était une créature à deux visages: l’une technique, l’autre communicante ; l’une tournée vers la machine, l’autre vers le mouvement qui en avait besoin.

Le serveur qui ferma la porte en laissant les clés à l’intérieur

La naissance n’a pas été uniquement glorieuse. Le second jour de l’existence de Paranoia, une personne entra une commande de pare-feu inversée, ordonnant par accident à la machine de bloquer toutes les connections qui ne proviendraient pas d’elle-même.

Le serveur ne pouvait donc plus communiquer qu’avec lui-même.

Le collectif a trouvé ça si représentatif de son image qu’il fut décidé d’imprimer l’erreur sur des T-shirts. Ce mélange de rigeur technique et de refus de se prendre au sérieux devint une caractéristique d’A/I. Les serveurs suivants furent nommés, entre autres : Tchernobyl, Rancune, Révolte, Désobéissance et Cavale (Chernobyl, Astio, Rivolta, Contumacia et Latitanza). Derrière les blagues, c’est une position politique qui se développait. La communication devrait être gratuite et accessible. La connaissance grandit en étant partagée. Un logiciel n’est pas neutre simplement parce qu’il existe dans un monde supposé virtuel. Les systèmes grâce auxquels on parle déterminent qui peut parler, qui peut écouter, qui détient les échanges et qui peut être réduit au silence. A/I a commencé à fournir des sites webs, des emails privés et des listes mails, des newsletter et des tchats. Ses services se sont progressivement étendus avec Noblogs, des outils de partage de fichiers, de visio-conférence, de streaming, de proxy mail anonymes et d’autres outils de communication encore. Le tout sans publicité ou exploitation de données à des fins commerciales.

Le manifeste du collectif décrit le projet en des termes explicitement politiques. A/I est anti-fasciste, anti-capitaliste et anti-militariste. Le collectif promeut le logiciel libre, le chiffrement des données personnelles, le pseudonymat et la libre circulation de la connaissance et de la culture. Il réserve les ressources limitées de ses volontaires aux personnes et projets globalement compatibles avec ses principes, plutôt qu’à des entreprises, partis politiques, religions établies ou institutions qui ont déjà les moyens de se faire entendre. A/I n’a jamais été un hébergeur commercial politiquement neutre. Fournir de l’insfrastructure ne signifie pas être l’auteur·ice de tout ce qui passe par cette infrastructure. « Affinité politique » ne signifie pas « contrôle opérationnel ». Offrir à quelqu’un·e une adresse email ne signifie pas écrire tous les emails qui sont envoyés ensuite. Ces distinctions, et leur confusion, jouent un rôle central dans l’attaque que subit maintenant A/I.

Gênes: baptême du feu pour l’infrastructure

À peine quelques mois après la mise en ligne de Paranoia, le G8 s’est réuni à Gênes. Plusieurs participant·es d’A/I étaient aussi impliqué·es dans Indymedia Italy. Iels ont participé à la création du Media Center du mouvement [NDLT: un squat qui rassemblait des journalistes indépendant·es, ainsi que d’autres voix alternatives du mouvement], en tirant des câbles, en configurant des serveurs, en installant des ordinateurs pour permettre aux manifestant·es de rapporter ce qu’il se passait dans la ville. Ce qui a suivi est devenu historique : protestations massives, assassinat par la police de Carlo Giuliani, violences policières indiscriminées dans les rues, tortures et violences sexuelles dans la caserne de Bolzaneto, descente de police nocturne dans l’école Diaz. Les discours officiels entraient en concurrence avec les photos, enregistrements et témoignages de première main transmis via une infrastructure indépendante. Gênes est ainsi l’une des premières manifestations majeures à être documentée sous tous les angles par ses participant·es plutôt qu’exclusivement par les médias institutionnels.

Pour A/I, ce fût aussi ce que le collectif nommera plus tard une « communion traumatique ». Ses membres y fîrent face à la même violence ensemble, tout en maintenant les systèmes aux travers desquels les preuves de cette violence pouvaient se diffuser. Après Gênes, A/I n’était plus une simple expérimentation technique, curieuse et rigolote. C’était devenu une infrastructure de confiance pour le mouvement. La demande crût rapidement. En 2003, A/I hébergeait plus de 2 000 utilisateur·ices, 205 sites web et 269 listes de discussion. Héberger ces services gratuitement devenait insoutenable, des hébergeurs commerciaux auraient facturé des milliers d’euros par an pour de tels services. Le collectif apporta une réponse avec les KAOS Tours : des tournées combinant collectes de fonds, fêtes, discussions publiques et ateliers pratiques. Les membres d’A/I apprenaient aux gens comment monter des serveurs, chiffrer leurs communications, monter et diffuser des vidéos, créer des archives numériques et streamer de la radio.

Les tournées levèrent des fonds, mais leur but principal était l’éducation politique. Le collectif ne voulait pas devenir un groupe d’expert·es invisibles pratiquant de la magie pour des utilisateur·ices passif·ves. Il souhaitait que la communauté comprenne la machinerie dont elle dépendait de plus en plus.

Chaque attaque ultérieure envers A/I provoquerait une variation de cette réponse : découvrir ce qui s’était passé, réparer les dégâts, partager la leçon, construire quelque chose de plus difficile à détruire.

Quand Trenitalia découvre l’effet Streisand

La première confrontation judiciaire majeure a eu lieu en 2004. Un collectif de designers nommé Zenmai créa un site web parodiant celui de l’entreprise ferrovière italienne Trenitalia. Iels copièrent l’apparence du site web de l’entreprise tout en dénonçant son implication dans le transport de chars d’assauts et d’autres équipements militaires pour l’invasion de l’Irak. Trenitalia demanda devant la justice la suppression de la page, le versement de dommages et intérêts ainsi que la publication d’excuses dans deux journaux majeurs pour un coût estimé à environ 20 000 €. Le tribunal ordonna dans un premier temps à A/I de suspendre le site parodique. Internet répondit en reproduisant le site tout autour de la toile.

Trenitalia demanda alors qu’A/I retire également les liens vers les sites miroirs (impliquant l’absurde possibilité que des moteurs de recherche puissent être poursuivis à leur tour pour avoir référencé ces mêmes liens). A/I fit appel. Le 14 septembre 2004, le tribunal statua que le site web était protégé par le droit à la satire et au débat public pour des faits d’intérêt général. La page fût alors republiée et Trenitalia fût condamnée à rembourser A/I de ses frais de justice… une victoire extraordinaire pour un collectif de bénévoles ! Mais tandis qu’A/I se battait au grand jour devant le juge contre la censure, une opération plus pernicieuse se trâmait dans l’ombre, sans qu’iels ne le sâchent.

La répression d’Aruba

Le serveur d’A/I était, à cette époque, hébergé dans un centre de données de l’entreprise Aruba à Arezzo [NDLT: ville Italienne à l’est de la Toscane]. Le 15 juin 2004, la police italienne débarqua chez Aruba, mandatée par un procureur de Bologne. Les techniciens de l’entreprise éteignèrent la machine d’A/I et laissèrent la police en copier les disques durs. Les enquêteurs saisirent ainsi les certificats de chiffrement et installèrent des équipements pour intercepter le trafic. A/I fût faussement informé que la coupure du service était due à un problème électrique. Le collectif ne découvrit la vérité que près d’un an plus tard, par accident.

En mai 2005, A/I fut sommé de fermer la boîte mail utilisée par l’Anarchist Black Cross italienne Crocenera Anarchica [NDLT: organisation anti-carcérale de soutien aux prisonnier·es politiques], dans le cadre d’une enquête tentaculaire impliquant des accusations de complot et de subversion anarchiste. A/I s’est conformé à l’ordonnance du tribunal et a demandé les documents liés à ce dossier. Ces documents contenaient des messages que les enquêteurs n’auraient pas dû être en capacité d’avoir. L’explication était cachée dans une note de bas de page: la police était allé chez Aruba l’année précédente et avait obtenu un accès au serveur de A/I. Une affaire qui prétendait ne concerner qu’une simple boîte mail avait potentiellement compromis des miliers de comptes et des dizaines de milliers d’utilisateur·ice·s de listes mails. Parmi les personnes touchées : des avocats et des experts techniques travaillant pour le Genoa Legal Forum [NDLT: la legal team de Gênes suite aux manifs anti-G8]. La police a donc pu avoir accès à des communications confidentielles de défense à propos des poursuites découlant des agissements de la police lors du G8. Cette violation a révélé une vérité brutale. A/I peut faire tourner son propre serveur, le configurer avec attention et refuser de stocker des logs identifiants, mais la machine physique reste dans le bâtiment de quelqu’un d’autre. Un fournisseur commercial peut donner accès au contenu du serveur aux autorités et dissimuler ce qui s’est passé.

A/I a retiré la machine de chez Aruba, l’a nettoyée et a restoré les services essentiels. Des questions parlementaires furent posées en Italie et au niveau Européen. Le collectif à voyagé dans tout le pays et à travers l’Europe pour expliquer la faille. Mais surtout, il a reconstruit le réseau.

Le plan R* : la répression devient architecture

Le résultat a été le plan R*, lancé en octobre 2005 : un réseau de « communication résistante ». Plutôt que de concentrer les services d’A/I sur une seule machine, le collectif a distribué les données chiffrées et les fonctionalités entre des serveurs situés dans plusieurs pays. Les machines consultées par le public deviennent remplaçables. Les services peuvent être déménagés quand du matériel est saisi ou quand un hébergeur devient hostile. La perte d’un nœud ne peut plus exposer ou réduire au silence l’intégralité de la communauté. R* signifie réplication, redondance, résistance et autres mots commençant par R. Son architecture a été conçue non seulement pour survivre à des pannes mécaniques, mais aussi pour tenir bon face à des attaques politiques. A/I n’a pas prétendu qu’iels pouvaient garantir une sécurité parfaite. Au contraire, iels ont sans cesse rappelé aux utilisateur·ices de ne jamais accorder une confiance aveugle à un hébergeur, y compris A/I. Iels ont réduit les logs et les informations identifiantes au strict minimum, car une information qui n’existe pas ne peut être saisie. Iels ont encouragé les utilisateur·ice·s à chiffrer leurs communications parce que même l’architecture serveur la plus solide ne peut compenser les pratiques individuelles à risque.

Le collectif à transformé une opération de surveillance secrète en leçon d’infrastructure.

La répression est devenue architecture.

Le Vatican, un jeu vidéo satirique, et la Norvège

La pression n’est pas retombée. En 2007, un homme politique italien demande la censure de Operation: Pedopriest, un jeu satirique dénonçant les efforts faits par l’église catholique pour enterrer les cas d’abus sexuels commis par le clergé. Lea créateur·ice du jeu le retire temporairement pour épargner l’hébergeur. A/I en héberge alors une copie. Suite à une plainte déposée par une organisation de protection des enfants non-identifiée, un fournisseur d’accès états-unien déconnecte l’intégralité du serveur de Noblogs. Après consultation des avocats, le fournisseur d’accès conclut finalement que la satire était légale et restaure l’accès au serveur. Le plan R* a permis que le contenu contesté reste accessible ailleurs et a évité une censure plus large. À ce moment-là, A/I est devenu un refuge important hors des réseaux sociaux commerciaux, alors en pleine émergence. Noblogs permettait à chacun·e de publier de manière indépendante, sans publicité, exploitation de données ou nécessité de lier le contenu à une identité légale.

Ses utilisateur·ices incluaient des organisations du mouvement, des auteur·ices individuel·les, des dissident·es, des artistes et des travailleur·euses d’ONGs opérant dans des environnements dangereux. En 2008, A/I a reçu le prix de « Privacy Hero » du Progetto Winston Smith italien pour avoir créé des infrastructures de communication libres résistantes à la censure malgré de faibles ressources, des attaques techniques et des poursuites judiciaires à répétition. Puis, le 6 novembre 2010, la police norvégienne a copié les disques durs d’un serveur d’A/I à la demande de l’Italie. L’enquête faisait suite à des menaces et tags antifascistes ciblant les membres de l’organisation néofasciste CasaPound. Les autorités cherchaient des informations à propos d’une boîte mail. A/I avait déjà expliqué qu’iels n’avaient ni l’identité des utilisateur·ices ni des journaux d’activité, mais les enquêteurs voulaient apparament vérifier si c’était vraiment le cas.

Des miliers de comptes ont été copiés au passage.

Le plan R* permis de restaurer les services ailleurs en environ deux heures. En moins de vingt-quatre heures, le réseau opérait de nouveau normalement. Les disques saisis étaient chiffrés et n’ont fourni aucune information utile. L’opération est devenue un scandale en Norvège. Des avocats, journalistes et associations de défense des droits numériques ont demandé la raison pour laquelle la police norvégienne avait copié les communications privées de milliers de personnes en réponse à une demande étrangère insuffisamment justifiée. L’enquête italienne a fini par être abondonnée. Là où une autre organisation aurait pu interpréter les perquisitions à répétition comme une preuve que son projet était impossible, A/I les a interprétées comme une preuve que leur projet était nécessaire. Son histoire est documentée dans le livre du collectif, +KAOS: Ten Years of Hacking and Media Activism.

26 août 2026

La nouvelle attaque est d’un autre ordre. Le 26 août 2026, le département d’État des États-Unis [NDLT: l’équivalent états-unien du ministère des affaires étrangères] a désigné Autistici/Inventati comme organisation terroriste (Specially Designated Global Terrorist). Au même moment, le Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor (Office of Foreign Assets Control) a placé A/I sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Refusées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list) sous l’ordre exécutif 13224. Ce n’est pas simplement une condamnation du gouvernement. Cela active l’un des systèmes d’exclusion économique les plus puissants au monde. Les États-Unis affirment que A/I fournit des architectures numériques spécialisées, des communications chiffrées et de l’hébergement pour des groupes antifascistes et autres mouvements radicaux, incluant des organisations déjà désignées comme terroriste par les États-Unis.

La déclaration publique du Trésor états-unien se concentre sur les services que A/I fournit : hébergement de sites à l’étranger, mail chiffrés, tchat, visio-conférence et l’infrastructure technique soutenant Noblogs. Cette déclaration décrit notamment la ligne politique antifasciste et anti-militariste de A/I, leur pratique de sélectionner spécifiquement des projets compatibles avec leur ligne politique et la mise à disposition d’infrastructure utilisée par le PKK [NDLT: Parti des travailleurs du Kurdistan]. Le Trésor états-unien considère l’hébergement de cette infrastructure comme un soutien matériel ou technologique au terrorisme. Le dossier du département d’État va encore plus loin, décrivant les attaques, les communiqués et publications qu’ils affirment être passés par les infrastructures de A/I. Leurs exemples incluent des revendications de sabotage de lignes de chemin de fer et de pipelines en Europe, d’attaques sur des infrastructures énergétiques, l’hébergement du groupe antifasciste Rose City Antifa, la lutte contre le projet de centre d’entraînement de la police à Atlanta, du groupe militant Jan’s Revenge et des publications contenant des déclarations attribuées à des organisations armées. Les déclarations publiques du gouvernement ne montrent pas que A/I a planifié ces actions, sélectionné des cibles, transféré des armes, dirigé les groupes cités ou rédigé les contenus hébergés sur ses systèmes. Ils ne précisent pas à quel moment A/I a eu connaissance d’un acte particulier ni si iels en avaient eu connaissance avant que ça ne se produise.

Au contraire, cette désignation défend une idée plus large et plus lourde de conséquences : construire des infrastructures de communications pour des mouvements radicaux peut être considéré en soi comme du terrorisme.

Cette théorie met à bas la distinction entre un fournisseur de services et un·e utilisateur·ice ; entre affinité politique et contrôle opérationnel ; entre protection de la vie privée et dissimulation d’un crime ; entre maintien d’une plateforme de publication de contenu et rédaction de tout ce qui est publié dessus. A/I n’a jamais prétendu être politiquement neutre. Iels ont construit cette infrastructure précisément parce que les mouvements radicaux avaient besoin d’un endroit où parler, publier et s’organiser au-delà des entreprises et du contrôle de l’État. Les États-Unis utilisent maintenant cette intention comme preuve contre elleux.

Suite : le 25 septembre

Puisque A/I est désormais considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis, tous ses actifs détenus au États-Unis (possédés directement, ou contrôlés par un tiers) doivent être bloqués et déclarés à l’OFAC [NDLT : Office of Foreign Assets Control, un organisme chargé de faire appliquer les sanctions financières]. Sauf dérogation, les citoyen·ne·s et institutions états-unien·ne·s ont interdiction de fournir ou recevoir des fonds, biens ou services impliquant A/I. Ces restrictions s’appliquent aussi aux transactions qui passent par les État-Unis, même si les parties prenantes n’y résident pas. L’OFAC a accordé une dérogation temporaire qui autorise les transactions ordinaires nécessaires à la fermeture des relations existantes avec A/I, jusqu’au 25 septembre 2026, à 12h01. Les paiements dus au collectif ne peuvent pas lui être versés ; ils doivent être placés sur des comptes gelés. Après cette date butoir, une nouvelle autorisation sera nécessaire pour toute transaction. Le 25 septembre est donc la date à partir de laquelle les entreprises et individus résidant aux États-Unis sont supposés couper tout lien avec A/I.

Les conséquence pourraient être la perte :

  • de comptes bancaires et moyens de paiement
  • d’accès aux dons et levées de fonds liées aux États-Unis
  • d’hébergement de serveurs
  • infrastructures de cloud et services de transit réseau
  • de noms de domaines et services associés
  • de comptes de certificats
  • de sécurité et d’envoi d’e-mails
  • de services logiciels et de communication
  • de liens avec des fournisseurs non-états-uniens craignant des sanctions secondaires
  • d’accès aux services de A/I pour les personnes résidant aux États-Unis.

Les entités extérieures aux États-Unis n’ont pas à appliquer automatiquement les censures imposées par la loi états-unienne. Cependant, l’OFAC a menacé les institutions financières étrangères de sanctions secondaires si elles facilitent des transactions significatives pour le compte d’une entité désignée comme terroriste. Cette menace pourrait être aussi destructrice qu’une réquisition légale. Il est peu probable qu’une banque, un registrar [NDLT: une entité qui gère des noms de domaines] ou un hébergeur européen connaisse précisément les obligations qui lui sont imposées par la loi états-unienne. Ses juristes seront probablement enclins à considérer que maintenir des relations commerciales avec un petit collectif anarchiste italien n’en vaut pas la chandelle. Les institutions font fréquemment du zèle. Les fournisseurs pourraient fermer des comptes et révoquer des accès, quand bien même la loi ne les y oblige pas. Des organisations pourraient retirer des liens vers A/I, éviter de contacter ou interrompre des échanges avec A/I simplement parce que le nom du collectif apparaît sur une liste d’organisations terroristes.

C’est ainsi que les sanctions états-uniennes acquièrent une puissance mondiale : pas simplement par voie légale, mais aussi par une peur institutionelle.

Plus largement, la cible est la communauté autour du serveur

Même si l’ajout sur la liste des organisations terroristes des États-Unis cible A/I, ses effets ne seront pas circonscrits au collectif. L’infrastructure d’A/I est utilisée par des écrivain·es, organisateur·ices, chercheur·euses, artistes, collectifs de publications et personnes qui l’ont choisie précisément parce que les plateformes commerciales ne sont pas sûres, sont politiquement hostiles, ou concues pour exploiter leurs données. Ces utilisateur·ices ne sont pas sanctionné·es automatiquement parce qu’iels ont une adresse mail chez A/I, ou publient sur Noblogs. Mais quand le fournisseur lui-même est placé sur la liste noire des organisation terroristes, un simple lien peut devenir un signal d’alarme. Une banque pourrait pinailler sur un paiement. Un hébergeur de mails pourrait limiter ou bloquer la distribution des emails. Un·e employeur, un flic à la frontière ou un enquêteur pourrait juger une adresse suspiscieuse. Un·e journaliste pourrait hésiter à contacter une source. Un·e chercheur·euse pourrait éviter une archive. Un·e nouvel·le utilisateur·ice pourrait considérer qu’ouvrir un compte est trop dangereux. Rien de tout ça ne nécessite qu’un gouvernement ne poursuive qui que ce soit. L’ajout sur la liste produit à lui seul un no man’s land de peur.

C’est une raison pour laquelle cette action pourrait être utile à l’État même si A/I reste en ligne. Les précedentes attaques tentaient d’atteindre le collectif à travers différentes machines, boîtes mails ou fournisseurs. A/I y a répondu en distribuant ses sytèmes, en chiffrant ses disques et en retenant le moins d’informations possible. Ces pratiques ont rendu les traditionnelles saisies et mesures de surveillance moins efficaces. Les sanctions s’attaquent à un autre niveau : les relations qui permettent à l’infrastructure d’exister. Plutôt que de casser le chiffrement, le gouvernement peut contraindre les banques, les registrars, les centres de données, les entreprises informatiques et les utilisateur·ice·s à isoler le collectif. Plutôt que de prouver devant un tribunal que chaque utilisateur·ice est coupable, l’État peut rendre les contacts coûteux et légalement périlleux.

C’est l’État-surveillance qui opère à travers des intermédiaires privés. Le gouvernement n’a pas besoin de mettre un flic dans chaque salle de serveur quand les juristes, les banques et les plateformes peuvent être conduits à policer le réseau par eux-mêmes. Chaque institution va tracer sa propre frontière défensive, souvent plus large que la loi ne l’impose. Certaines pourraient demander davantage de documents d’identité, sauvegarder plus de logs, surveiller le contenu politique ou rejetter tout bonnement les projets de défense de la vie privée. D’autres pourraient fermer des comptes à l’abri des regards, sans possibilité de contestation. La mise en application se dissout dans de multiples entités dont les décisions sont difficiles à voir, contester ou simplement documenter.

Les conséquences néfastes qui en résultent ne se limitent pas à la censure. Elles peuvent changer l’architecture de la communication du mouvement. De petits fournisseurs de services autonomes pourraient conclure que servir des petites communautés controversées impliquerait un risque existentiel. De plus grandes plateformes pourraient, elles, appuyer sur le fait que ce sont de nouvelles raisons d’étendre la vérification d’identité, la modération automatique et la rétention de données. Les utilisateur·ices pourraient migrer de l’infrastructure de confiance du mouvement vers des systèmes commerciaux plus faciles à surveiller, à cartographier, et auxquels il est facile de demander de fournir des documents. L’État gagne de l’influence, quand bien même il n’obtient pas les données en clair des disques chiffrés d’A/I : les gens prennent leurs distances les un·es des autres, les fournisseurs collectent plus d’informations et les relations sociales entre les dissident⋅es deviennent plus faciles à observer.

Ce précédent dépasse les projets spécifiquement anarchistes ou anti-fascistes. Si l’aligement politique avec les utilisateur·ices, les mesures de protection de la vie privée et l’hébergement de publications controversées peuvent être utilisées pour argumenter que l’infrastructure elle-même constitue une complicité, alors les fournisseurs de mails chiffrés, les sites de publication radicaux, les archives communautaires, les VPNs, les réseaux sociaux fédérés et autres hébergeurs indépendants ont tous des raisons de s’inquiéter. Les faits et lois seraient spécifiques à chaque fois. Le danger consiste à normaliser ceci : un fournisseur d’outils de communications n’est plus traité comme simple diffuseur avec ses propres droits et responsabilités, mais comme un complice de chaque acte que le gouvernement attribue à quiconque utilise ses systèmes.

Tout ça ne signifie pas que l’ajout sur la liste cible secrètement chaque utilisateur·ice de A/I, ni que toutes les conséquences envisagées adviendront. Le gouvernement américain n’a pas pris la peine d’expliquer sa stratégie au delà des accusations dans les annonces. Mais la logique de l’action est visible. Il remplace une accusation ciblée contre des faits identifiables par une large pénalisation de l’infrastructure. La mise en application est déplacée du tribunal à une toile diffuse d’institutions précautionneuses. L’incertitude devient un instrument de contrôle. L’objectif immédiat est de supprimer A/I. Le message plus large est adressé à quiconque construit des systèmes de communication hors du contrôle étatique et commercial : cet abri que vous fournissez pourra être retenu contre vous.

A/I peut-il survivre à ça ?

A/I a vu la répression étatique arriver de loin.

Toute son infrastructure part du principe que :

  • les serveurs seront saisis
  • les hébergeurs coopéreront avec la police
  • les gouvernements demanderont des informations à propos des utilisateur·ices
  • les entreprises censureront le contenu controversé
  • certaines machines et sites d’hébergement deviendront inaccessibles
  • les données et les services doivent donc être chiffrés
  • distribués et remplaçables.

Cette préparation compte. A/I est basé en Italie, pas aux Etats-Unis. Son infrastructure est distribuée dans plusieurs pays. Ses services sont maintenus par des personnes hautement compétentes. Il ne dépend pas d’un fournisseur unique, minimise les informations identifiantes et a plusieurs décennies d’expérience de restauration de services en urgence. Il n’a pas d’actionnaires, de siège ou d’employé·e·s à payer. Ses frais de roulement sont relativement modestes, et le fait que l’infrastructure soit maintenue par des volontaires donne a l’État moins de leviers que ce à quoi il est habitué. Il serait surprenant que le site web, le système de mails ou Noblogs disparaissent purement et simplement le 25 septembre. A/I est probablement parmi les mieux armés des projets informatiques de sa taille pour faire face à des saisies de machines ou à des censures ponctuelles.

Mais ceci n’est pas une simple descente de police.

Le plan R* a été concu pour faire face à la disparition de serveurs. Il ne peut pas à lui tout seul, empêcher les banques de bloquer l’argent, les registrars de suspendre les domaines, ou les entreprises aux quatre coins du globe de révoquer les services par peur des mesures de rétorsion états-uniennes.

L’ajout sur la liste cible le tissu autour des serveurs :

  • les banques
  • les dons
  • les domaines
  • les contrats avec des hébergeurs
  • la bande passante
  • les certificats
  • les dépendances logicielles
  • les relations avec des institutions internationales.

A/I a déjà survécu à l’isolation technique. Les États-Unis tentent maintenant une excommunication financière et institutionnelle. Les services proposés sont, certes, résilients, mais la capacité de les financer, de remplacer l’infrastrucrure et de participer à l’environnement technologique plus large, encourrent un risque bien plus grand. Ce qui adviendra après le 25 septembre dépendra donc non seuleument de l’architecture qui héberge les données de A/I, mais aussi de la solidarité avec le collectif lui-même.

La mise-au-silence n’est pas pour le 25 septembre

L’ajout sur la liste des organisation terroristes vise à isoler. La réponse doit être une solidarité informée, indépendante et rigoureuse. Les personnes qui résident aux États-Unis ne doivent pas improviser de dons, déguiser des paiements, ou faire parvenir des ressources par d’autres personnes, organisations, monnaies ou pays. Cela pourrait les exposer, eux, les intermédiaires, voire A/I, à des sanctions. Les interdictions pourraient aussi s’étendre au-delà des ressources financières : assistance technique, traduction, plaidoyer, évènements de soutien ou autres services rendus pourraient impliquer un risque légal pour les personnes apportant leur soutien.

Mais le 25 septembre n’est pas une date à laquelle disparaitre en silence. Enquêtes indépendantes, communiqués, manifestations et débats politiques restent possibles. Nous pouvons raconter l’histoire de A/I, démonter les affirmations du gouvernement, contacter des journalistes et des organisation de défense de libertés et s’organiser indépendamment contre la criminalisation d’infrastructures de communication résistantes. L’essentiel en pratique est de parler et agir pour A/I sans lui fournir de fonds ou de services directement. Les limites précises sont difficiles à établir. Quiconque chercherait à faire des levées de fonds, remplacer l’infrastructure, déployer un miroir publique ou fournir une assistance technique directe devrait s’assurer d’un conseil qualifié à propos des sanctions. Un document de février 2025 concernant le soutien matériel dans le cadre de restrictions de l’OFAC met en garde contre le fait que même des soutiens légalistes peuvent attirer la surveillance, des enquêtes, des restrictions d’accès aux États-Unis ou des litiges. Si les flics vous questionnent, ne répondez pas à leurs questions et contactez un avocat.

Cet article propose une analyse politique, pas un conseil légal.

Ce que les soutiens peuvent faire d’ici au 25 septembre

Racontons l’histoire. Partagons l’histoire d’A/I: les hacklabs, Paranoia, Gênes, les tounées KAOS, la victoire Trenitalia, la faille Aruba, le plan R*, Noblogs et la saisie Norvégienne. Ne laissons pas le récit étatique devenir le seul témoignage public de ce qu’est A/I. Construisons une coalition de défense. Demandons aux collectifs d’hébergement indépendants, aux organisations de défense des libertés numériques, aux hacklabs, aux projets de logiciel libre, aux librairies radicales, aux éditions indépendantes, aux journalistes, aux juristes, aux chercheur·euses et aux utilistateur·ices de répondre publiquement. Préservons les archives. Les serveurs peuvent être saisis. Les domaines peuvent être suspendus. Les hébergeurs peuvent paniquer. Sauvegardons les écrits de Noblogs publiquement accessibles et ayant une importance historique, ainsi que les manifestes d’A/I, les documents techniques et juridiques, et l’histoire du mouvement. Enregistrons les URL sources, les auteur·ices, les dates de publications et de consultation. Respectons la confidentialité, le droit d’auteur et les demandes de suppression. N’accédons pas à des comptes privés et respectons les mesures de sécurité. La préservation individuelle, l’archivage pour la recherche ou la presse n’impliquent pas les mêmes enjeux qu’opérer publiquement une infrastructure de remplacement ; n’importe qui envisageant l’hébergement d’un miroir public devrait d’abord chercher des conseils qualifiés.

Documentons les excès de zèle. Répertorions les entreprises, banques, registrars, plateformes et institutions qui mettent fin à leurs services ou suppriment du contenu. Préservons les déclarations et les correspondances. Les archives publiques doivent montrer dans quelle mesure cette désignation va au-delà de sa formulation officielle. Exigeons des réponses. Demandons aux groupes de défense des libertés numériques, aux institutions européennes et aux responsables politiques si iels vont laisser des sanctions américaines démanteler un collectif de communication italien. Demandons quelles protections existent pour les infrastructures, utilisateur·ices et archives européen·nes. Organisons-nous de manière indépendante. Proposons des discussions publiques sur les infrastructures autonomes, les sanctions, la surveillance et les lois sur le soutien matériel. Publions des explications de la situation. Enseignons le chiffrement. Soutenons le travail indépendant sur les droits s’opposant aux désignations de terrorisme à tout va. Préparons un soutien matériel légal. A/I a historiquement survécu grâce aux dons, mais les soutiens aux US ne devraient pas envoyer ou faire parvenir de l’argent tant que la désignation de terrorisme s’applique sans une autorisation claire. Les organisations de défense des libertés numériques et de soutien juridique peuvent chercher des mécanismes de soutien légaux, et les potentielles procédures de retrait de la liste.

Écoutons attentivement les réponses publiques d’A/I [NDLT : le blog du collectif est toujours accessible], tout en maintenant notre soutien légalement indépendant. Les déclarations du collectif devraient nous servir de référence sur la manière de raconter son histoire et sa situation. Toute campagne coordonnée, canal de collecte de fonds ou service direct demande un examen juridique distinct. Notre objectif immédiat est de rendre A/I impossible à faire disparaitre en silence.

Le réseau nommé solidarité

A/I a survécu aux tentatives de censures des grandes entreprises, aux accès secrets de la police, à la saisie de disques, aux hébergeurs hostiles, aux attaques de parlementaires et aux enquêtes internationales. L’affaire Trenitalia a produit des miroirs et une victoire juridique. L’affaire Aruba a produit le plan R*. La censure des hébergeurs a produit de la redondance. La saisie norvégienne a montré que le réseau pouvait être remonté en quelques heures.

Chaque tentative d’isoler le collectif a diffusé la connaissance sur le fonctionnement de la surveillance et de la censure. Chaque attaque est devenue une opportunité de former plus de personnes sur comment se protéger collectivement. Les États-Unis ont maintenant transformé cette histoire en un test mondial. Ce n’est pas seulement la survie d’un collectif de hackers italiens qui est en jeu. Il s’agit de savoir si maintenir de l’infrastructure pour les mouvements radicaux peut être considéré comme du terrorisme ; si la protection de la vie privée peut être redéfinie comme une dissimulation ; si refuser de collecter des informations personelles peut être présenté comme une obstruction ; et si un hébergeur peut être tenu politiquement et juridiquement responsable de chaque texte, tactique et revendication transmis au travers de ses machines.

A/I a passé vingt-cinq ans à se préparer au jour où un de ses serveurs disparaitrait. Iels savent comment remplacer une machine, déplacer un service, restaurer des données chiffrées et continuer à opérer après le débranchement d’une prise par la police ou un hébergeur. Les État-Unis tentent quelque chose de différent. Ils essayent d’intimider les banques, les hébergeurs, les registrars, les fournisseurs d’infrastructure et les soutiens à travers le monde pour qu’ils abandonnent le collectif. Leur réussite dépendra en partie de l’infrastructure d’A/I.

Elle va aussi dépendre de nous.

D’ici au 25 septembre, préservons l’histoire. Partageons-la. Construisons une coalition. Documentons l’isolation. Enseignons les outils. Préparons une défense légale. Ne laissons pas l’État américain discrètement établir que construire des infrastructures respectant la confidentialité pour la contestation est en soit un acte de terrorisme. Il y a vingt-cinq ans, dix personnes se sont rassemblées autour d’une machine de récup’ et ont délibérement pris trop de temps pour la configurer parce que tout le monde dans la pièce était censé apprendre. Cela reste la leçon. Ne laissons pas la connaissance aux expert·e·s.

Ne centralisons pas l’infrastructure. Ne laissons pas les cibles se retrouver seules.

Le premier serveur s’appelait Paranoia.

Le réseau qu’il a créé s’appelle solidarité.


Déclaration publique d’Autistici/Inventati

Aujourd’hui, nous apprenons que le gouvernememt états-unien vise un petit collectif d’informatique italien, géré bénévolement, par des sanctions disproportionnées comme chacun·e peut le lire dans les déclarations du trésor et de l’état, ainsi que dans l’ordonnance judiciaire associée.

Nous dénions toutes allégations diffusées dans ces déclarations, et nous affirmons fermement notre volonté de fournir une plateforme d’outils d’auto-défense numérique, répondant aux besoins de communication libre d’activistes et autres individus, groupes et organisations.

Nous ne reculerons pas, nous continuerons à faire ce que nous faisons depuis toutes ces années, et nous ferons tout notre possible pour contrer les fausses accusations d’une administration politiquement désepérée, avec pour seul but de détourner l’attention publique et médiatique loin de leurs propre violence et bellicisme…

L’antifascisme et l’anticapitalisme ne sont pas du terrorisme. Manifester n’est pas du terrorisme. Et chacun·e a le droit de se faire entendre et de lutter pour l’humanité.

Collectif Autistici/Inventati – rendre les savoirs communs sans rechercher le pouvoir.

Restons humain.

Zine Fair anarchiste 2026

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Août 302026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Il suffirait qu’on arrache notre attention de notre téléphone un dangereux petit instant. On entamerait alors un parcours, les yeux grand ouverts, sur cette ville, qui ferait sauter toute illusion de cohésion civile.

Chaque jour, les puissants nous enferment un peu plus dans leur monde de béton, de frontières, de mono-cultures, d’écrans et d’algorithmes. Au sort qu’ils nous réservent, nous opposons un dangereux rêve de liberté sans limites. Nous voulons lutter contre la ville-prison et la dystopie techno-industrielle à laquelle elle appartient, ici et maintenant !

La belle idée près du cœur, nous croyons fermement en la cohérence entre la fin et les moyens. Contre le courant dominant de la politique—le dialogue avec les institutions du pouvoir, le compromis stratégique, les mécanismes de représentation et de délégation—nous proposons les méthodes de l’auto-organisation et de l’action directe pour subvertir le monde qui nous entoure. 

Ce projet requiert d’abord de briser les digues de l’isolement. Pour ce faire, il nous faut créer des espaces de rencontre où les rebelles, les marginaux et les curieux·ses peuvent communiquer face à face. C’est à travers l’échange et la confrontation de nos idées qu’elles se clarifient. C’est à travers le partage d’expériences que nos pratiques s’aiguisent. C’est à la confluence des idées et de la pratique que nos consciences s’enflamment.

En paroles claires, nous souhaitons créer un espace où nous pouvons partager nos idées librement, sans médiation ni censure. Un espace auquel on donne vie à partir de nos propres bases avec celles et ceux qui partagent une passion pour une liberté totale et sans compromis. Loin de la routine numérique monotone et sans vie, la sensation du papier sous nos doigts est une bouffée d’air frais. Les livres, les pamphlets, et spécialement les zines, sont de précieux moyens de communication autonomes pour partager nos pensées les plus sauvages et nos rêves les plus fous. Et quelle meilleure façon de célébrer notre amour pour tout ce qui est incontrôlable, DIY et imprimé que d’assister à un zinefair​ ?

Nous invitons alors tou·tes les rebel·les (et celles et ceux qui voudraient peut-être se rebeller, un jour…) à nous rejoindre pour cette nouvelle édition du Zinefair anarchiste de Montréal !

Quand : Samedi le 19 septembre de 11h à 18h

Où : Sous le viaduc Van Horne

Vers une coordination de solidarité avec Cuba libertaire!

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Juil 172026
 

Du Cercle des ami.e.s de l’A.I.T.

Il y a cinq ans, aujourd’hui, à Cuba, de petits groupes de manifestants sont descendus dans la rue pour exiger de meilleures conditions de vie. Dans les jours qui ont suivi, des milliers d’autres Cubains, venus de dizaines d’autres villes, ont spontanément joint leurs voix à ce mouvement de protestation.

Le 11 juillet 2021 ne fut pas seulement un cri contre la faim ou la pénurie ; ce fut le moment où des milliers de personnes ont découvert que, face à un État devenu un administrateur étouffant, la seule issue est de cesser de lever les yeux vers les sphères du pouvoir. Les protestations à Cuba nous ont laissé la leçon la plus ancienne et la plus oubliée de l’anarchisme : toute autorité, quels que soient les habits idéologiques qu’elle revête, ne se maintient que par l’obéissance et la répression.

Et pendant ce temps, les anarchistes cubains sont toujours là, organisant divers collectifs indépendants, rendant visible la réalité des prisonniers politiques, maintenant une position de rejet de l’autoritarisme d’État et font la promotion de l’autogestion, l’entraide et d’une véritable autonomie populaire.

Aux anarchistes du monde entier !

À tous les militant.e.s ouvrier.e.s assoiffé.e.s de liberté pour la classe ouvrière !

Luttons pour mettre fin au soutien au PCC dans nos organisations syndicales et ouvrières ! Notre solidarité de classe n’a rien à voir avec le pouvoir d’aucun parti, quel qu’il soit !

Écoutons et relayons la voix des syndicalistes indépendant.e.s en lutte et des anarchistes cubains, qu’ils ou qu’elles soient sur l’île ou ailleurs ! Ne laissons pas leurs voix être réduites au silence !

Éduquons-nous sur l’histoire du mouvement ouvrier et anarchiste cubain ! La mémoire du passé anarchiste sur l’île est la meilleure façon de le maintenir vivant !

Ensemble, formons une coordination internationale en solidarité avec une Cuba anarchiste ! Brisons l’isolement et entraidons-nous au delà des frontières !

Peut-être qu’aujourd’hui nous ne sommes que quelques personnes ici et là, mais nous savons que notre classe est la force du monde et que le désir de liberté nourrira toujours les révoltes de demain.

Problèmes de Signal

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Juil 082026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Voici quelques problèmes peu connus liés à Signal que les anarchistes et autres personnes visées par la répression d’État devraient connaître. Ces problèmes sont connus des développeurs de Signal.

Des informations potentiellement sensibles sont enregistrées de manière permanente dans les bases de données des comptes.

Même si elles sont masquées, les informations suivantes sont enregistrées de manière définitive.

  • Tous les numéros de téléphone visibles : la plupart des utilisateurs de Signal disposent encore des numéros de téléphone de tous les autres participants aux discussions datant d’avant mars 2024, date à laquelle ils ont pu pour la première fois régler la visibilité de leur numéro de téléphone sur « personne ».

  • Métadonnées du groupe : quitter ou supprimer un groupe Signal entraîne principalement la suppression des messages. Les membres du groupe, le nom du groupe, sa description, l’horodatage de l’adhésion, l’horodatage du dernier message, l’identifiant du groupe, les clés du groupe, les étiquettes des membres, les administrateurs, les membres supprimés, le mot de passe du lien vers le groupe, les brouillons de messages, le nombre de messages, le nombre de messages envoyés, la durée de validité des messages éphémères, etc., sont conservés de manière définitive.

    Example
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  • Métadonnées du contact : la suppression d’une conversation conserve le nom du contact, son ACI (identifiant de compte), son numéro de téléphone, sa section « À propos », son pseudonyme, l’horodatage du dernier message, la note associée au contact, le brouillon de message, le nombre de messages, le nombre de messages envoyés, l’heure d’expiration du message éphémère, les clés de profil, l’horodatage d’expiration des informations d’identification associées aux clés de profil, et bien plus encore. La suppression d’un contact ne fait que le masquer.

    Example
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La seule façon fiable de supprimer ces informations consiste à effacer toutes les données de l’application Signal, puis à se réinscrire sans saisir le code NIP ni restaurer les données. Cette opération supprime également tous les contacts et tous les messages.

Une réinscription avec le code NIP permet de récupérer toutes les métadonnées des contacts. En ce qui concerne les groupes existants et supprimés, il semble que seuls les identifiants de groupe, les clés, les couleurs des icônes et quelques autres éléments soient restaurés, mais il s’agit tout de même d’informations potentiellement sensibles.

L’enregistrement réussi du numéro de téléphone d’un compte Signal existant entraîne la prise de contrôle ou la désactivation de ce compte.

Signal utilise l’authentification par SMS. Si le verrouillage d’enregistrement est désactivé sur le compte Signal d’un utilisateur, un attaquant capable d’observer ou d’intercepter ses SMS peut recevoir un code de vérification Signal et prendre immédiatement le contrôle de son compte. Si le verrouillage d’enregistrement est activé, il peut immédiatement désenregistrer l’appareil de l’utilisateur, ce qui empêche ce dernier d’utiliser son compte. L’attaquant peut alors prendre le contrôle du compte au bout de 7 jours si l’utilisateur ne parvient pas à se réenregistrer.

Une fois que l’attaquant a pris le contrôle du compte, il reçoit tous les messages destinés à sa cible, y compris les messages de groupe, et peut envoyer des messages depuis ce compte. Les contacts constatent que les numéros de sécurité ont changé, mais la plupart des gens ignorent ces messages. Après tout, cela peut simplement signifier que la personne a réinstallé Signal. Le nom du compte change, à moins que l’attaquant ne connaisse l’ancien nom ou ne devine le code NIP, mais les changements de nom sont très courants.

De plus, la suppression d’un compte Signal n’entraîne pas sa suppression immédiate des serveurs de Signal : celui-ci y reste pendant 30 jours. Si quelqu’un enregistre ce numéro pendant cette période, il pourra accéder immédiatement au compte. La suppression d’un compte entraîne la sortie de tous les groupes, mais il est toujours possible d’envoyer et de recevoir des messages en tant qu’utilisateur d’origine.

Ces choix techniques compromettent la sécurité et la fiabilité des comptes Signal. N’importe qui peut insérer la carte SIM d’une personne dans un autre téléphone. Les services de renseignement interceptent la plupart, voire la totalité, des SMS. Les simulateurs de stations de base, les attaques SS7 et les SIM swap peuvent également être utilisés pour intercepter des SMS.

Les ACI sont associés à des numéros de téléphone sur les serveurs Signal, et il est difficile de les modifier.

Les ACI sont des numéros uniques de 128 bits qui permettent d’identifier les comptes Signal auprès d’autres comptes et des serveurs Signal. Les comptes enregistrent les ACI de tous les comptes connus. Les ACI n’apparaissent pas dans l’application Signal et ne sont pas mentionnés sur le site web de Signal, mais ils peuvent être collectés et suivis au fil du temps et entre différents groupes. Il est également possible d’envoyer des messages à des ACI sans fournir aucune autre information.

Les serveurs de Signal enregistrent les ACI avec les numéros de téléphone associés aux comptes, ce qui leur permet de communiquer ces numéros aux autorités. Selon un article de Micah Lee, « si Signal reçoit une demande d’informations de la part d’une autorité concernant un compte sur la base d’un nom d’utilisateur actif, Signal sera en mesure de fournir le numéro de téléphone de ce compte, ainsi que sa date de création et la date de sa dernière connexion ». La recherche d’un nom d’utilisateur actif permet simplement d’obtenir l’ACI du compte ; on peut donc supposer que cela est possible. C’est peut-être déjà le cas.

Pour obtenir un nouvel ACI, les utilisateurs doivent supprimer leur compte Signal pendant 30 jours ou utiliser un nouveau numéro de téléphone.

Autres problèmes

Signal est centralisé et fonctionne sur les serveurs d’Amazon, de Microsoft et de Google. Ces entreprises partagent d’énormes quantités de données avec les services de renseignement. Elles transmettent probablement les métadonnées de Signal au gouvernement américain, même si Signal ne le fait sans doute pas. De plus, comme Signal est centralisé, il est plus facile à censurer. De nombreux gouvernements bloquent déjà Signal, et le gouvernement américain pourrait le fermer complètement.

Les notifications sur iOS, Android, macOS et Windows permettent à Apple, Google et Microsoft de connaître l’heure de réception des messages. Ce n’est pas le cas sous Linux et GrapheneOS.

L’heure de réception des messages « silencieux » peut être utilisée pour obtenir des informations sur les habitudes et les appareils des utilisateurs. Il est difficile d’empêcher totalement ce phénomène, mais les développeurs de Signal n’ont pas prévu de mesures pour y remédier. Toutefois, l’utilisation de Signal via Tor ou un VPN réduit probablement la précision de cette attaque.

Alternatives

Ces applications ne disposent pas de toutes les fonctionnalités de Signal et n’ont pas fait l’objet d’autant de tests. Tout comme Signal, elles ne conviennent pas à tous les modèles de menace.

Cwtch est une application de messagerie chiffrée Peer-to-Peer qui utilise Tor pour contourner la surveillance et la censure. Elle ne nécessite pas de numéro de téléphone, offre une meilleure protection contre les métadonnées que Signal, dispose d’un chiffrement de la base de données, permet d’utiliser plusieurs comptes et fonctionne avec ou sans serveurs. Elle n’a pas fait l’objet d’un audit de sécurité indépendant. L’équipe de développement est réduite et aurait besoin de soutien.

Briar est similaire à Cwtch, mais il offre également des fonctionnalités de base telles qu’un blog, un forum et un lecteur RSS. Il a fait l’objet d’audits de sécurité, mais ne fonctionne pas actuellement sur Tails ni sur des systèmes similaires. Pour pouvoir discuter, les deux comptes doivent échanger des liens ou des codes QR.

Delta Chat est décentralisé et ne nécessite pas de numéro de téléphone. Il offre une protection des métadonnées moins efficace que Signal, mais la création de nouveaux comptes est facile. Il ne dispose pas de confidentialité persistante ; il est donc possible de déchiffrer plusieurs messages antérieurs à l’aide d’une clé divulguée. Les développeurs prévoient d’ajouter la confidentialité persistante et la cryptographie post-quantique fin 2026. L’application peut être utilisée avec Tor, mais les fonctionnalités UDP telles que les appels et la synchronisation multi-clients ne peuvent actuellement pas utiliser Tor. Signal et la plupart des autres applications sont confrontées au même problème.

D’autres solutions similaires ne sont pas recommandées pour le moment, à l’exception du courriel PGP si cela s’avère nécessaire. De nombreuses autres options sont actuellement trop expérimentales, ne garantissent pas suffisamment la protection des métadonnées ou ne sont pas suffisamment fiables.

Suggestions concernant Signal

Pour ceux qui continuent à utiliser Signal, ces suggestions doivent être évaluées en fonction de chaque modèle de menace. Si l’anonymat et la fiabilité sont indispensables, Signal n’est pas la meilleure option.

  • N’utilisez pas Signal pour organiser des manifestations ou protester.
  • Achetez un numéro de téléphone virtuel ou un forfait mobile secondaire destiné à être utilisé une seule fois pour l’inscription sur Signal. Continuez à payer ce forfait ou changez de numéro pour éviter de perdre votre compte. Ce n’est pas facile à faire de manière anonyme, mais c’est possible.
  • Utilisez GrapheneOS sur un appareil compatible. GrapheneOS résiste mieux aux outils d’extraction de données tels que Cellebrite que les autres systèmes d’exploitation mobiles.
  • Cryptez vos appareils à l’aide de mots de passe aléatoires longs et éteignez-les lorsqu’ils ne sont pas utilisés.
  • Utilisez Molly avec le chiffrement de la base de données.
  • Utilisez Tails, Orbot sur GrapheneOS ou un VPN fiable. Notez que les VPN ne garantissent pas l’anonymat et que l’utilisation de Signal avec Tor peut entraîner la divulgation d’adresses IP.
  • Vérifiez les numéros de sécurité et les identités, et considérez tout changement de numéro de sécurité comme une possible compromission du compte.
  • Évitez les groupes Signal composés de personnes que vous ne connaissez pas.
  • Modifiez les paramètres de Signal pour choisir de meilleures options.
  • Ne connectez pas d’autres appareils.
  • Créez des discussions sur Cwtch, Briar ou Delta Chat comme option de secours.

Pour en savoir plus

The P.E.T. Guide: New Communication Infrastructure for Anarchists

État des lieux de l’extrême droite au Québec en 2026

 Commentaires fermés sur État des lieux de l’extrême droite au Québec en 2026
Mai 292026
 

De Montréal Antifasciste

Ce texte a été produit par le collectif Montréal Antifasciste et imprimé sous format zine
pour distribution en échange de contributions volontaires au Festival anarchiste Constellation, à Montréal, les 16 et 17 mai 2026.

Mise à jour – en résumé jusqu’ici…

Trois ans se sont écoulés depuis le dernier état des lieux produit par Montréal Antifasciste, au printemps 2023. Le moins qu’on puisse dire est que la situation ne s’est pas particulièrement améliorée, ni au Québec ni nulle part ailleurs. Pour l’essentiel, la course de l’histoire s’est poursuivie dans le mauvais sens.

Sur le plan international, la guerre d’agression russe s’est enlisée en Ukraine; le gouvernement israélien, contrôlé par ses éléments les plus fanatiques, a perpétré un génocide au vu et au su du monde entier, profitant de la complicité active des États-Unis et de la pitoyable inaction du monde occidental; et 77 millions d’Américain·e·s ont réélu un violeur pédocriminel fasciste comme président, plongeant leur pays et le monde entier dans une instabilité chronique dont la brutale agression israélo-américaine en Iran et au Liban n’est que la plus grotesque des manifestations récentes. Dans le même temps, la caste des oligarques technofascistes a verrouillé son emprise sur les instruments du capitalisme algorithmique, y compris sur les rouages d’une « intelligence artificielle » dont il est impossible de prédire les conséquences.

Presque partout, les mouvements politiques d’extrême droite ont poursuivi leurs avancées, dont le Rassemblement national (RN) en France, Reform UK au Royaume-Uni et l’AFD en Allemagne. Le gouvernement « post-fasciste » de Giorgia Meloni est fermement installé aux manettes en Italie; le zinzin à la chainsaw, Javier Milei, s’est fait élire sur une plateforme ultra-néolibérale en Argentine; en Inde, le suprémaciste hindou Narendra Modi est assis au pouvoir depuis une douzaine d’années; etc.

Au Canada et au Québec, l’extrême droite n’est pas aux portes du pouvoir, mais pour autant, son influence se fait bien sentir dans l’arène politique comme dans la culture générale, y compris dans l’écosystème médiatique, notamment à Radio X et dans les médias du groupe Québecor, tandis que se multiplient en ligne les médias « alternatifs » militants.

À l’échelle fédérale, le gambit national-populiste de Pierre Poilièvre s’est retourné contre lui au lendemain de l’élection de Donald Trump aux États-Unis. L’électorat canadien a préféré miser sur une valeur sûre en reconduisant au pouvoir un Parti libéral désormais commandé par un banquier de carrière se présentant comme le sauveur du peuple face à la menace trumpiste. Depuis son arrivée au pouvoir, toutefois, Mark Carney ne cesse de confirmer le caractère résolument conservateur de son gouvernement, comme en fait foi la série de transfuges du Parti conservateur du Canada qui lui ont assuré une majorité au parlement. Au niveau de la rue, les mouvements suprémacistes blancs sont plus et mieux organisés au Canada anglais qu’ils ne l’ont été depuis au moins une génération, avec la prolifération d’organisations « nationalistes » comme Diagolon, Second Sons et le réseau néonazi des Active Clubs.

Nous constations en 2023 que l’extrême droite de type groupusculaire (Atalante Québec, Fédération des Québécois de souche, La Meute, Storm Alliance, Soldiers of Odin, etc.) était en repli au Québec, mais qu’en revanche — ou justement, parce que —, plusieurs des notions mises de l’avant par l’extrême droite en matière d’immigration et d’identité sont reprises de plus en plus explicitement dans les discours du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) et de l’opposition du Parti Québécois (PQ), tout comme dans le commentariat de certains médias. Cette tendance lourde, qui reflète une consolidation « culturelle » du bloc nationaliste conservateur – doublée d’une diabolisation constante et soutenue des idées progressistes – ne s’est pas démentie, et s’est même accélérée.

Le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime porte quant à lui un conservatisme réactionnaire avant tout centré sur le démantèlement des services publics et la préservation des privilèges matériels d’une classe moyenne repliée sur ses intérêts. Sous son argumentaire « autonomiste », il reprend néanmoins des thèses nationalistes ethniques et identitaires, en particulier dans sa version islamophobe. Ce glissement s’effectue souvent au nom d’une majorité laïque, exigeant que prime sa volonté au nom d’une démocratie qui écrase les droits des minorités au moyen de la fameuse clause dérogatoire.

La partie émergée – et complètement normalisée – de cette extrême droite est le nationalisme identitaire conservateur/réactionnaire qu’incarnent des figures comme Mathieu Bock-Côté (MBC). Ce dernier a exercé une influence considérable sur le gouvernement de la CAQ tout au long de ses deux mandats et reconduira sans doute cette influence sur un éventuel gouvernement péquiste. D’autres comme lui déversent dans les journaux et sur les plateaux du groupe Québecor un flot continu de chroniques mesquines, blâmant l’immigration pour tous les maux objectivement imputables aux décisions de la classe politique au fil des dernières décennies, répétant comme un mantra que le Québec a dépassé sa présumée « capacité d’accueil ».

Mais tout juste sous la surface, sur les plateformes de médias sociaux, dans les balados et les clavardoirs privés, ce nationalisme conservateur de type civique et libéral (en théorie) se prolonge en mode plus belliqueux dans un nationalisme ethnique aux accents xénophobes, islamophobes, anti-LGBTQ+, antiféministes et, de plus en plus souvent, explicitement suprémacistes.

Quitte à se répéter, il est ainsi utile de se représenter l’extrême droite non pas comme un bloc monolithique aux contours nettement définis, mais comme un écosystème hétérogène où se développe un continuum de radicalité.

Le nationalisme conservateur bon chic bon genre du dandy MBC et de ses émules se déverse dans le nationalisme à caractère ethnique (l’ethnonationalisme), lequel contient presque toujours une dimension de « racisme scientifique ». Celle-ci le conduit à se déverser dans le fascisme bona fide sous ses diverses déclinaisons, y compris dans les cas extrêmes, dans le néonazisme et le nihilisme accélérationniste à prétention génocidaire. Il faut bien comprendre que toutes ces catégories se retrouvent sous une forme ou une autre au Québec, qu’il existe un degré important de porosité entre elles et qu’il est impossible de prédire l’ampleur que l’une ou l’autre peut prendre à tout moment ou la vitesse à laquelle cette expansion peut se produire.

En guise de porte d’entrée, l’organisation « jeunesse » Nouvelle Alliance (NA) représente aujourd’hui le pôle nationaliste identitaire/ethnique : une extension du discours des MBC et cie, pour l’essentiel dépouillée des pires excès de langage. Cela n’empêche pas ses militants de pousser régulièrement la limite de l’acceptable, avec des évocations répétées de la « submersion migratoire » et autres euphémismes ou dog whistles rappelant implicitement la thèse complotiste du « grand remplacement ». Le nationalisme de NA revendique ouvertement la priorité (ou la « préférence ») nationale et la défense des intérêts de la majorité historique canadienne-française, en projetant dans sa propagande une image d’Épinal rétrofuturiste d’un Québec indépendant où cette majorité pourra imposer sans partage sa domination culturelle et, surtout, ethnodémographique. La question de l’immigration est déjà présentée ici comme une menace à la survivance de la nation canadienne-française.

Viennent ensuite le projet de « réinformation » Nomos-TV et la communauté d’esprit qui s’est créée en ligne autour de ses principaux animateurs. Fièrement ethnonationaliste et très souvent ouvertement raciste (voir l’article de Montréal Antifasciste révélant la violence des propos tenus dans leur forum privé), le projet Nomos sert en quelque sorte de courroie de transmission entre les diverses tendances de l’extrême droite locale. Son principal animateur, Alexandre Cormier-Denis (voir l’article que Montréal Antifasciste lui a consacré et les passages à son sujet ci-dessous), est sans contredit héritier de la tradition néofasciste qui, depuis les années 1970, œuvre à la réhabilitation des thèmes de l’extrême droite historique sur le plan culturel. Cette tradition adopte une approche dite « métapolitique », en vue d’une éventuelle saisie du pouvoir politique. Est-il nécessaire de signaler que c’est précisément la dynamique à laquelle nous assistons de manière accélérée depuis plusieurs années, en Europe, aux États-Unis et ici même?

Faisant figure d’idiots utiles à cet égard, de nombreux personnages publics leur prêtent leur notoriété ou les invitent sur leurs plateformes. C’est le cas notamment de la Radio X de Québec, où Philippe Plamondon et Sébastien de Crèvecœur de Nomos-TV tiennent chronique, de Richard Martineau, qui relaie régulièrement des éléments de propagande sur ses médias sociaux, ou de Benoît Dutrizac, qui reçoit à son émission sur QUB radio des individus clairement associés à l’extrême droite, dont Alexandre Cormier-Denis lui-même.

Il existe en outre toute une constellation d’influenceur·euse·s, de médias « alternatifs » et de podcasters moins connu·e·s qui se taillent une place dans l’écosystème et alimentent en permanence les chambres d’échos islamophobes/xénophobes/transphobes. Combinant leurs influences, tou·te·s ces intervenant·e·s participent activement à élargir la fachosphère, à amplifier la voix de ses porte-parole les plus strident·e·s et à impulser un certain mouvement, au point où beaucoup déclarent être en train de gagner la « bataille des idées » face à la gauche.

Bouclant la boucle, par calcul cynique, certains politiciens n’hésitent plus à racoler ce segment de l’électorat soumis à l’influence de l’extrême droite. C’est le cas notamment de Paul Saint-Pierre Plamondon qui a accordé une entrevue à Rebel News (voir le passage à ce sujet, ci-dessous) en avril dernier, et dont même d’ex-député·e·s et ministres de son parti s’inquiètent en secret que leur chef entretienne « une proximité idéologique inquiétante avec Mathieu Bock-Côté », selon l’analyste de la politique québécoise Michel David.

Puis enfin, à la frange de cet écosystème toxique, l’on retrouve des projets comme le Frontenac Active Club, qui épousent une éthique ouvertement suprémaciste blanche et se complaisent sans vergogne dans l’imaginaire néonazi. Les Active Clubs, comme le réseau White Lives Matter avant eux, ainsi que toute la constellation des groupuscules « nationalistes » canadiens comme Second Sons, Diagolon ou Loyalist Pioneers, s’inscrivent de façon claire dans la continuité du néonazisme nord-américain (voir le Patriot Front). Ces groupes combinent les codes boneheads (nationalisme blanc 1.0) à ceux de l’alt-right (nationalisme blanc 2.0) et à certains éléments des mouvements identitaires européens, à l’instar du maintenant défunt groupuscule Atalante Québec, qui se rattachait quant à lui à la tradition dite « nationaliste révolutionnaire ».

Les idées et valeurs de l’extrême droite se retrouvent à tant d’endroits aujourd’hui qu’il nous est impossible de tout traiter en détail. Nous aurions pu, par exemple, présenter longuement Romain Gagnon (ing.), auteur raciste et masculiniste et vice-président des Sceptiques du Québec, pour qui il signe des textes dénonçant le port du hidjab et le prétendu « entrisme idéologique » islamique à l’Ordre des ingénieurs du Québec. L’intolérance des Sceptiques du Québec à l’égard des transidentités est si forte que l’association a été exclue, en 2022, de la Fédération des Initiatives pour le Développement de l’Esprit critique et du Scepticisme Scientifique. Sans nécessairement qualifier ces groupes d’« extrême droite », on peut tout de même constater de fortes crispations d’intolérance face aux personnes trans et aux communautés musulmanes dans le collectif féministe Pour le droit des femmes (PDF) et dans le Réseau éducation, sexe et identité (RÉSI), par exemple, qui s’affichent pourtant comme progressistes.

Comme cette introduction le suggère, les précisions et les distinctions importent, et en tant que militant·e·s antifascistes soucieux·ses de convaincre le plus grand nombre de la réalité du danger, nous ne nous rendrions pas service en simplifiant à outrance une réalité complexe ou en confondant sans nuances tous ces différents acteurs. Selon nous, il est contre-productif, par exemple, de traiter un nationaliste conservateur de « nazi », par raccourci, car cela ne correspond pas à la réalité et risque d’émousser la force sémantique de chaque notion et, du même coup, de nuire à la portée de nos actions. Nous encourageons donc nos sympathisant·e·s à faire preuve de discernement et de précision lorsqu’il est question de l’écosystème d’extrême droite. C’est en partie pour cela que nous produisons cet état des lieux.

Ce qui suit est à la fois une mise à jour, trois ans après la publication de notre dernier état des lieux, et un tour d’horizon de l’extrême droite militante au Québec. En outre, ce texte se veut une analyse des différentes déclinaisons et des réverbérations des thèmes de l’extrême droite dans les sphères politiques, le commentariat ainsi que l’écosystème idéologique et propagandiste qui se développe en ligne.

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Bilan de la CAQ et surenchère nationaliste

Le virage identitaire d’une partie de la classe politique québécoise ne date pas d’hier. De l’avis de plusieurs[1], le milieu indépendantiste a entamé un repli en ce sens dès le lendemain de la défaite référendaire de 1995, une dérive qui s’est accélérée au cours des années 2000 avec la crise des « accommodements raisonnables », stimulée à des fins électoralistes par Mario Dumont et l’Action démocratique du Québec (ADQ), et qui s’est poursuivie avec l’épisode de la « Charte des valeurs québécoises » pilotée par Bernard Drainville, alors ministre du Parti Québécois. Ce déplacement d’un nationalisme plus civique (« Quiconque vit au Québec est Québécois·e ») à un nationalisme surtout ethnique (« Nous », la majorité d’origine canadienne-française, contre « eux », les minorités) s’est confirmé avec la victoire de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et la mise en œuvre de son programme législatif liberticide.

Nous avons déjà montré la façon dont la CAQ avait transporté au gouvernement les revendications de La Meute : cela s’est vérifié tout au long de ses deux mandats, avec la réduction des seuils d’immigration et les paniques artificielles sur la « capacité d’intégration », l’insistance démagogique sur les risques que ferait peser l’immigration sur la cohésion sociale et l’identité québécoise, l’introduction de nouvelles conditions à l’intégration, et la discrimination ciblée des minorités religieuses sous couvert d’une laïcité dévoyée et grossièrement instrumentalisée avec la Loi 21, puis le projet de Loi 94. Pour le gouvernement, chaque problème en est venu à n’avoir qu’une seule cause : l’immigration. La crise du logement : l’immigration. Les problèmes à l’école : l’immigration. Le sexisme au Québec : l’immigration. Etc. Comment s’étonner alors que Bernard Drainville, dans le cadre de la course à la chefferie du parti, ait fait ouvertement référence à la « préférence nationale », un concept discriminatoire tout droit importé de l’extrême droite française. Et c’est sans rien dire de la continuation de l’entreprise de démantèlement néolibéral et du recours de plus en plus décomplexé par la CAQ à des procédés autoritaires pour imposer son programme de merde, notamment la clause de dérogation aux dépens des droits individuels fondamentaux.

À la faveur d’une manipulation constante de l’opinion publique dans certains médias grand public (ce que nous examinerons plus loin), et suivant les succès apparents de la CAQ à cet égard, la question identitaire est devenue tellement centrale qu’elle prend souvent préséance aujourd’hui sur les enjeux économiques fondamentaux et détermine largement la teneur des débats et les orientations des partis à l’approche de la prochaine séquence électorale. La classe politique québécoise de 2026 est empêtrée dans une surenchère, à savoir qui sera le plus nationaliste et qui parmi les nationalistes sera le plus réactionnaire. Ces débats éclipsent complètement un grand nombre de questions d’importance majeure pour l’avenir de la nation concernée.

De tous les acteurs et actrices engagé·e·s dans cette course vers le bas, le chef du Parti Québécois (PQ), Paul Saint-Pierre-Plamondon, est peut-être le moins subtil et le plus irritant. Lui qui, quelques années à peine avant de prendre la direction du parti, vantait encore les vertus de l’ouverture et de l’inclusion, a opéré un retournement de veste complet et racole désormais ouvertement l’électorat d’extrême droite par soif du pouvoir. À quoi bon se priver d’être raciste, si cela permet de devenir premier ministre? Par exemple, il savait exactement ce qu’il faisait lorsqu’il a accordé une entrevue de fond à Rebel News et, quelques jours plus tard, lorsqu’il a répondu à une question de Léo Dupire, le porte-parole de Québec Fier (proche du Parti conservateur du Québec), dans le cadre d’un townhall du Centre pour Israël et les affaires juives (CIJA) en brandissant la menace que ferait planer le « frérisme » (en référence aux Frères musulmans égyptiens) sur le Québec. Ce délire est tout droit sorti du répertoire de l’extrême droite européenne, ce qui n’a pas empêché le chroniqueur du Devoir et ancien chef du PQ, Jean-François Lisée, de le reprendre peu après pour justifier les propos douteux de PSPP. Les prises de position récentes et la rhétorique endurcie de ce dernier trahissent ainsi son intention de grappiller les votes des droitistes déçus pour qui la CAQ n’est pas allée assez loin dans les politiques anti-immigration, l’islamophobie et l’antiwokisme tous azimuts. Pour l’instant, le PQ continue de promettre un référendum sur l’indépendance dès un premier mandat s’il est élu, mais il est permis de se demander ce à quoi ressemblerait un Québec souverain sous une pareille direction.

La course à la succession de François Legault à la tête de la CAQ a exposé plus crûment que jamais la tension qui existe au sein de ce parti entre son flanc nationaliste identitaire, incarné par Bernard Drainville, et son flanc « autonomiste », plus modéré et centré sur la mission économique néolibérale. Ce dernier camp a remporté la course, mais il serait naïf de croire que Christine Fréchette et son entourage céderont la rhétorique identitaire au PQ au cours de la campagne électorale. D’autant plus que Drainville qui, dit-on, « comptait beaucoup de partisans parmi le personnel politique », n’a pas cédé son influence sur le parti.

Quant au Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime – la seule formation, soit dit en passant, que les médias traditionnels décrivent régulièrement comme étant « de droite » –, il semble qu’après avoir réprimé le courant nationaliste au sein de ses propres rangs, il s’emploie maintenant à contester à la CAQ la ligne « autonomiste » en préférant consolider ses appuis sur la base « libertarienne » de la couronne de Québec à l’approche des élections, plutôt que de s’engager franchement dans la surenchère identitaire. Notons tout de même l’entrée du PCQ à l’Assemblée nationale du Québec, suite au recrutement de la députée indépendante et ex-caquiste Maïté Blanchette Vézina en avril 2026.

Quoi qu’il en soit, le prochain cycle électoral s’annonce comme un shit show innommable, dont l’extrême droite risque d’émerger renforcée, à tout le moins sur le plan de la visibilité et de la guerre des idées que mènent ses principaux idéologues.

MBC et le nationalisme conservateur

Mathieu Bock-Côté (MBC), dont le fonds de commerce consiste depuis belle lurette à calomnier l’Islam, l’immigration, les « néoféministes » et les personnes trans, a poursuivi sa dérive fascisante, notamment en publiant l’an dernier un nouveau livre (Les deux Occidents, 2025) pour dénoncer — encore et toujours — le diabolique « régime diversitaire ». Il y critique les États libéraux comme la France, qu’il compare sans rire au système totalitaire de l’URSS, ce qu’il avançait déjà dans son livre précédent, Le totalitarisme sans le goulag (2023), mais qu’il réitère ici avec encore plus de hargne et d’hyperbole.

Il défend par ailleurs la ligne autoritaire du trumpisme, qui répondrait selon lui aux aspirations du « vrai » peuple… Ce dandy mondain se présente ainsi encore comme un « dissident » et continue de rejouer inlassablement la cassette qu’il use depuis presque 30 ans : l’extrême droite n’existe tout simplement pas (ses critiques seraient d’ailleurs incapables de la définir), et qualifier une personne ainsi n’a pour seul objectif que de la disqualifier de l’espace public par des moyens malhonnêtes.

Il a, dans le même esprit, défendu une grande manifestation xénophobe en Grande-Bretagne en septembre 2025, organisée par le militant anglais Tommy Robinson, et à laquelle Éric Zemmour (qui a servi de mentor à MBC dans l’écosystème médiatique français) a été invité à prendre la parole. À en croire MBC, tout cela n’a rien à voir avec l’extrême droite, car le bon peuple anglais ne fait que défendre son identité : « La manifestation de Londres n’avait rien de honteux. L’associer à “l’extrême droite” relève du salissage », a-t-il même osé déclarer. Pourtant, même les médias auxquels il collabore au Québec — Journal de Montréal et TVA — et en France — CNews et Le Figaro — qualifient Tommy Robinson de militant d’« extrême droite »!

Pour bien saisir l’état d’esprit de MBC, il est aussi intéressant de rappeler sa défense de Nigel Farage, un politicien d’extrême droite anglais qui a dirigé le parti Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et qui est aujourd’hui à la tête du parti Reform UK. D’après Mathieu Bock-Côté, il s’agit d’« un homme tout à fait honorable, qu’il est scandaleux d’extrême-droitiser, [il] a été un acteur majeur de la longue campagne pour le Brexit et la restauration de la souveraineté britannique. […] Vrai tribun, homme de culture, drôle et éloquent, militant pugnace aux convictions inébranlables, il est parvenu à transformer le débat public ». Or, le journal The Guardian révélait, en mars 2026, que cet « homme tout à fait honorable » a accepté d’être payé par Diagolon, le groupe suprémaciste blanc canadien, pour enregistrer des vidéos en appui aux actions de ses leaders, dont le « Road Rage Terror Tour ».

S’il s’entête à répéter qu’il ne faut surtout jamais associer qui que ce soit à l’extrême droite, cette fameuse « catégorie fantomatique », Mathieu Bock-Côté ne se gêne pas pour sa part de qualifier régulièrement les « antifas » d’« ultra-gauche » et d’« effondrés psychiques » ultraviolents (et apparemment très riches), les désignant même comme les « vrais fascistes », reprenant une formule dont la profonde absurdité n’a pas empêché qu’elle devienne un cliché omniprésent dans les milieux réactionnaires. Bien d’autres l’ont remarqué avant nous : une partie du modus operandi de MBC consiste précisément à faire lui-même ce qu’il reproche constamment à ses adversaires.

Bock-Côté fait régulièrement la promotion de leaders de l’extrême droite française, comme Éric Zemmour et Marion Maréchal LePen (avec qui il a été récemment aperçu dans un chic restaurant parisien). Enfin, il n’est pas seulement le chouchou des milliardaires propriétaires de médias de masse, il est aussi l’enfant chéri de magazines d’extrême droite, faisant par exemple la Une du numéro de janvier 2026 de la revue Éléments : Pour la civilisation européenne, fondée par Alain de Benoist et qualifiée de revue de la « Nouvelle Droite », aujourd’hui proche de la Nouvelle librairie, établissement d’extrême droite logé à Paris.

MBC forme par ailleurs une relève, dont Étienne-Alexandre Beauregard (ÉAB) est sans doute la figure la plus en vue, après Philippe Lorange. MBC a notamment invité ÉAB à ploguer son livre sur « l’effondrement de la civilisation occidentale » (sous l’effet des valeurs de gauche, évidemment) à son émission sur CNews en octobre 2025. Celui-ci a aussi eu la chance d’être interviewé, dans la même tournée en France, par des journaux d’extrême droite comme Frontières et Causeur. Au Québec, ÉAB a aussi été le rédacteur des discours de François Legault pendant plusieurs années. Notons son invitation récente par le comité du PQ à l’Université Laval pour une conférence « sur la nation québécoise ».

Il est incontestable que MBC et son poulain ont exercé une influence sur les orientations de la CAQ et que par conséquent, la tendance nationaliste conservatrice que représentent Bock-Côté et Beauregard, laquelle garde un pied dans le libéralisme autoritaire et un autre dans l’extrême droite, a déteint sur la culture politique au Québec. C’est en partie de cette brèche politique, ou du moins de cet univers idéologique, qu’a notamment pu émerger une organisation comme Nouvelle Alliance.

Nouvelle Alliance (et cie)

Nous avons publié au fil des ans de nombreux articles et interventions concernant le groupuscule nationaliste identitaire Nouvelle Alliance (NA), lequel a par ailleurs fait l’objet d’une certaine attention médiatique au printemps 2025. En mai 2024, nous décrivions NA comme « une nouvelle organisation politique séparatiste à caractère ultranationaliste » dont « les membres fondateurs et principaux militants […] sont d’anciens membres [du] groupuscule [Front canadien-français (FCF)], proche émule des cercles ultracatholiques fascisants du Québec ».

Dans le même article, nous écrivions :

« Un examen rapide de leurs plateformes de médias sociaux révèle un très grand nombre de sympathisants (groupes et individus) identifiés à l’extrême droite, affichant par exemple des symboles du fascisme, des courants identitaires européens, de l’ultranationalisme ou du nationalisme blanc, de l’alt-right, etc. »

Bien que toujours présente dans le paysage québécois, Nouvelle Alliance n’a pas connu une croissance importante dans les trois dernières années et ses effectifs militants semblent plus ou moins stabilisés à une cinquantaine de membres et proches sympathisant·e·s. Sa direction a toutefois travaillé très fort à développer un discours cohérent et à solidifier la base sympathisante du groupuscule.

Une ou deux fois par année, NA annonce une campagne de recrutement, dont la principale stratégie consiste à faire de l’affichage sauvage dans plusieurs villes : Montréal, Québec, Sherbrooke, Saint-Jean-sur-Richelieu, Valleyfield, etc., la plupart du temps autour des cégeps et universités. Les forces antifascistes ayant structuré leur opposition à NA dans les dernières années, ces affiches ne restent jamais bien longtemps en place et ne servent vraiment à l’organisation que par la diffusion sur Internet de photos de ses militants « en action ».

Mentionnons que si la branche montréalaise de NA est théoriquement la plus importante, peu de membres résident réellement en ville et dans les quartiers centraux, qui leur sont très hostiles.

Un ancrage à droite plus assumé

Présentée à sa fondation comme une sorte de coalition Frankenstein de séparatistes issu·e·s de tous les camps politiques (le fameux « ni de droite ni de gauche; mais nationalistes »), l’organisation a peu à peu abandonné cette posture pour enfin admettre en 2025, à l’occasion de la participation de François Gervais au podcast d’Alexandre Cormier-Denis, que cela n’était qu’un vernis et que NA campait effectivement très à droite sur le spectre politique.

Dans la même séquence, Gervais a accordé un très long entretien en forme de manifeste à la revue Le Harfang, pour l’ultime numéro de cet organe de propagande de la défunte Fédération des Québécois de souche (FQS). Rappelons que ce dernier projet avait été fondé en 2007 par des néonazis et qu’il s’est plus tard refondé comme un chapiteau pour toutes les tendances de l’extrême droite au Québec.

Nouvelle Alliance a également organisé un événement public dans les locaux de la Société Saint-Jean Baptiste à Trois-Rivières, en septembre 2025, dont les conférenciers invités étaient David Leroux, un essayiste antilibéral (manifestement admirateur de Carl Schmitt et de Julius Evola), notamment préoccupé par la réhabilitation du terme « fascisme », et François Dumas, qui animait dans les années 1990 le Cercle Jeune nation, un groupe de réflexion d’extrême droite inspiré par la Nouvelle Droite française et ayant servi de modèle autant à la Fédération des Québécois de souche qu’à la génération actuelle de fachouillards ethnonationalistes qu’incarne Alexandre Cormier-Denis. Notons d’ailleurs que la chaîne Telegram du Harfang sert désormais exclusivement de relais pour les publications du blog Jeune nation…

Le culte du chef

Un point de vigilance important pour les futures mobilisations antifascistes est la posture de chef suprême de Francois Gervais au sein de SON organisation, le bébé qu’il a fondé et qu’il finance, dit-on, de sa poche. Plusieurs ex-membres de Nouvelle Alliance se sont confiés à nous à cet égard : il semble que le culte du chef y soit bien, bien présent. C’est un trait plutôt commun pour ce genre de groupes (comme La Meute, pour ne prendre qu’un exemple), qui valorisent une hiérarchie forte.

Le cordon sanitaire souverainiste

Les différents éléments mentionnés ci-dessus ont sans doute fortement contribué à précipiter l’isolement de NA au sein du mouvement souverainiste. Les positions de plus en plus assumées à l’extrême droite, associées à l’évidente psychorigidité du chef (ou du comité de direction, par effet de contagion), conjuguées bien sûr aux efforts antifascistes, ont fermé un certain nombre de portes à NA :

  • Le 19 mai 2025, les militants de Nouvelle Alliance sont empêchés de se réunir à leur rassemblement pour la Journée des patriotes à la statue de Dollard des Ormeaux, au parc Lafontaine à Montréal. Débutée tôt le matin, une « Fête populaire contre le fascisme », organisée par un groupe ad hoc qui allait bientôt se retrouver sous la bannière du Front antifasciste populaire, réunit plus de 300 personnes et occupe le terrain tout au long de la matinée.
  • En après-midi de la même journée, les OUI Québec et la Société-Saint-Jean-Baptiste ont prévenu NA que son contingent ne serait pas le bienvenu dans la manifestation traditionnelle débutant au Carré Saint-Louis. La cinquantaine de membres et de sympathisant·e·s de NA s’y rendent tout de même, mais sont empêché·e·s de se joindre au rassemblement par un service d’ordre antifasciste improvisé. Ils seront ensuite maintenus à distance de la manifestation par la police.
  • Le 20 septembre 2025, NA tente un nouveau coup, cette fois-ci en annonçant une manifestation au départ de la statue de Jeanne d’Arc, à Québec. En vain, car la cinquantaine de militant·e·s et sympathisant·e·s se font littéralement encercler et assiéger par environ 200 souverainistes de gauche et d’allégeance antifasciste. NA ne sera jamais en mesure de quitter son point de départ et ses membres devront piteusement se résoudre à quitter les lieux.
  • Le 25 octobre 2025, rebelote avec une marche des OUI Québec pour célébrer les 30 ans du référendum de 1995. Cette fois-ci, l’appel officiel à manifester précise que : « Dans le respect des valeurs fondamentales du Québec égalité entre les femmes et les hommes, laïcité et nationalisme civique, nous affirmons que les personnes affiliées à des organisations nationalistes ethniques, intégristes religieuses, royalistes ou misogynes ne seront pas admises aux activités ni aux instances de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et des OUI Québec. »
  • La veille de la manifestation, des affiches visant l’exécutif des OUI Québec avaient été posées autour du carré Saint-Louis et signées par « La Flèche Nationale », le one-man-groupuscule d’un certain Vincent Lewis, une cloche fêlée de l’ASLN (voir ci-dessous) qui se colle sur Nouvelle Alliance et envoie régulièrement à des personnalités de gauche des lettres de déchéance de nationalité québécoise en prévision de l’indépendance du Québec. Ça fait rêver…

À la suite de tous ces revers de mobilisation, NA s’est repliée à Belœil pour lancer sa nouvelle revue, Le Franc-Renard, en mars 2026. Cet évènement « public » était toutefois organisé sous haute sécurité, puisqu’il fallait s’y inscrire en fournissant son nom, un numéro de téléphone et même une pièce d’identité! Malheureusement pour eux, le lieu de l’évènement a quand même été repéré par les forces antifascistes, et le propriétaire du restaurant les a mis à la porte aussitôt qu’il a été informé de la vraie nature de cette activité. Encore une fois, les membres de NA ont piteusement quitté les lieux pour se replier discrètement sur un autre établissement, tout en offrant une autre belle occasion de les prendre en photo…

L’ASLN et Billy Savoie

En assumant son positionnement à l’extrême droite, NA a dû se doter d’une « aile gauche » pour faire bonne figure et maintenir sa fausse posture « ni ni ». Au courant de 2025, l’organisation commence à montrer des signes de rapprochement avec l’Action socialiste de libération nationale (ASLN). Il s’agit de l’ex-Parti Communiste du Québec (PCQ), qui avait subi un coup d’État idéologique mené par deux individus : Sébastien Paquette et le désormais tristement célèbre Billy Savoie, à qui nous avons consacré un article en octobre 2025. Opérant un virage national-bolchevik plus ou moins assumé, les deux « chemises brunes » (puisque c’est littéralement la couleur choisie pour leur uniforme scout cringe, orné d’un logo combinant une fleur de lys à un fusil d’assaut AK-47), prennent le contrôle de l’organisation et en expulsent les voix dissidentes. Par ailleurs, une partie de l’organisation restée fidèle aux idéaux de gauche se structure finalement autour du journal Le Partisan québécois.

En mai 2025, NA et l’ASLN organisent ainsi un « débat des chefs », où l’on ne débat finalement de pas grand-chose, puisque les « chefs » se trouvent à être plutôt du même avis sur tous les enjeux. La rumeur se répand alors que les deux groupes envisagent de fusionner, mais le mariage n’aura pas lieu. Les deux groupes se regroupent toutefois en contingent dans plusieurs des actions ratées décrites ci-dessus.

À la suite de la publication de notre dossier sur Billy Savoie à l’automne 2025, Billy a été suspendu de son emploi d’enseignant au secondaire au Centre de services scolaire du Pays-Des-Bleuets, le temps de l’enquête, et a perdu sa direction de thèse à l’UQAC. Après avoir brièvement réintégré son emploi, l’établissement scolaire l’a congédié de manière terminale après une « récidive de sa part ». Un coup dur qui ne l’a pas empêché de poursuivre sa carrière d’influenceur de la haine en solo sur les réseaux sociaux.

La dimension « catho tradi »

Nous avons rappelé ci-dessus le lien de filiation entre NA et le Front canadien-français, lequel avait un caractère explicitement ultracatholique. NA s’est quelque peu défait de cette image pour adopter un ton plus laïc, ou du moins catho-laïque, mais certains de ses membres sont pratiquants et intègrent cette dimension à leur militance. C’est le cas par exemple de Jean-Philippe Desjardins Warren, qui s’est affiché avec les couleurs de l’Academia Christiana, une organisation catholique traditionaliste rattachée à l’extrême droite française. D’autres personnages gravitant dans l’orbite de NA appartiennent à cette même tradition, dont David Leroux, qui était conférencier à l’événement de septembre à Trois-Rivières, était présent au lancement de la revue de NA à Belœil, et dit vouloir écrire pour les prochains numéros de ce journal. L’élément catholique traditionaliste est donc encore bien présent chez NA.

On le constate aussi dans les interactions sur les médias sociaux avec un certain nombre de personnages connus de ce milieu, dont les militants du projet médiatique Action Vitale, Nicolas Roseberry-Verreault et Philippe Letellier-Martel, dont le premier a d’ailleurs été aperçu dans le contingent de NA le 19 mai 2025 à Montréal, ainsi que d’autres individus et groupes proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), comme les éditions Avant-Garde et son directeur, Simon Demers. Ce dernier a notamment publié le livre de Cormier-Denis, participé à la manif avortée de NA à Québec le 20 septembre 2025, collabore à Libre Média (voir ci-dessous) et est fortement soupçonné d’être l’un des animateurs du projet RIXE, un club d’entraînement au combat (avec une présence en ligne) auquel participe Raphaël Lévesque d’Atalante Québec.

Par ailleurs dans la cathosphère…

  • La Campagne Québec Vie, avec à sa tête Georges Buscemi, est une organisation antiavortement qui sévit au Québec depuis près d’une quarantaine d’années et faisait déjà l’objet d’une forte opposition des antifascistes dans les années 2000. Ce groupe a longtemps organisé annuellement une marche anti-choix qui n’interpellait en général que peu d’intéressé·e·s. En 2024, la marche a changé de ton, pris le nom de « Marche pour la Vie » et réuni un premier contingent d’importance à Québec. En mai 2025, la deuxième édition de cette marche a été complètement déraillée par un très solide contingent pro-choix dans la Capitale-Nationale ainsi qu’un sabotage au départ des autobus montréalais. La campagne a récemment organisé une conférence « Génération Vie » à Montréal, dans les locaux de l’Église évangélique restauration, qui avait également accueilli le prédicateur-arnaqueur américain Sean Feucht lors de sa tournée canadienne en juillet 2025.
  • En octobre 2024, à Gatineau, des affiches anonymes — présumément d’une association chrétienne — sont apparues en face des deux campus Brault et Taché de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), propageant des discours antiavortement, homophobes et transphobes. La communauté universitaire, alertée par l’Alliance Queer de l’UQO et l’Association générale des étudiant·e·s (AGE-UQO), a rapidement réagi, arrachant les affiches et diffusant un autocollant rose « Pas de fachos à l’UQO ». La direction de l’UQO a par la suite déposé une plainte à la police. Dans la même région, des autocollants « Stop immigration » signés « Action française » sont apparus en avril 2026.

Un autre milieu où des cathos tradis trouvent un espace accueillant est la communauté virtuelle qui s’est créée autour du projet Nomos-TV.

Alexandre Cormier-Denis et NOMOS-TV

En septembre 2025, nous avons publié sur notre site un dossier sur Nomos-TV et Alexandre Cormier-Denis. Bien que cette attention soit arrivée bien (trop) tard dans l’arc de développement de Nomos, ce projet de propagande et de formation ethnonationaliste est désormais un point focal pour la communauté antifasciste locale.

Pour rappel, Nomos-TV est une webtélé axée sur la production constante de commentaires et d’analyses de l’actualité, principalement consacrée au renforcement de l’extrême droite dans la sphère nationaliste conservatrice :

« Selon ses créateurs eux-mêmes, la webtélé Nomos-TV s’inscrit dans une démarche de “réinformation” métapolitique[2], c’est-à-dire une œuvre de transformation des valeurs dominantes au sein de la société – par ce qu’on nomme par ailleurs la “guerre culturelle” – en vue de créer les conditions propices à l’exercice du pouvoir par la droite ethnonationaliste ultraconservatrice, un sous-ensemble de l’extrême droite que les principaux intéressés désignent sous l’euphémisme “droite nationale”. »

Ses principaux animateurs sont Alexandre Cormier-Denis et Philippe Plamondon, par ailleurs cofondateurs du club politique Horizon Québec Actuel (2016). Ils sont entourés d’une poignée de collaborateurs, dont Sébastien de Crèvecœur, et jouissent d’une infrastructure technique fournie par Aleck Loiselle, de l’entreprise Loiselle.solutions (laquelle offre aussi ses services au projet Lux Média d’André Pitre; voir ci-dessous).

Sont ainsi produites jusqu’à trois ou quatre émissions par semaine, généralement diffusées en direct, soit du studio aménagé dans l’immeuble dont Plamondon est propriétaire, sur la rue Saint-Urbain à Montréal (du moins jusqu’à avril 2026), soit vraisemblablement du domicile de Cormier-Denis. À l’occasion de la fête nationale, Nomos organise annuellement une diffusion web en direct intitulée « Saint-Jean de la Race ». Les activités de la webtélé sont financées par les abonnements ainsi que la vente de marchandise en ligne.

Au fil des ans, ACD a reçu sur son plateau et s’est entretenu avec un grand nombre de personnalités de l’écosystème de la droite conservatrice et de l’extrême droite au Québec, dont Raphaël Lévesque d’Atalante, les membres du Front Canadien-français et, plus récemment, Action Vitale, qui s’inscrit dans le même sillon catho-tradi. Ont aussi été invités, Léo Dupire de Québec Fier, l’essayiste Philippe Sauro-Cinq Mars du même entourage, David Leroux proche de l’Action Nationale, François Gervais de Nouvelle Alliance, et plusieurs autres. ACD a aussi collaboré plusieurs fois avec la revue Le Harfang de la Fédération des Québécois de souche.

Par ailleurs, ACD tient une chronique régulière sur la chaîne YouTube du média d’extrême droite français Frontières et se trouve régulièrement invité à collaborer à divers projets s’inscrivant dans la même ligne idéologique. Il est notamment un collaborateur régulier du suprémaciste blanc français Daniel Conversano, dont il était l’invité spécial au lancement de son livre portant sur l’histoire du racisme anti-Noirs, à Paris le 12 avril dernier. Lors de ce même passage à Paris, il a participé au colloque de l’Institut Iliade (Nouvelle Droite) et accordé de nombreux entretiens à différents médias numériques d’extrême droite, dont Radio-Courtoisie et la chaîne du média-activiste Vincent Lapierre.

Tout le projet idéologique de Nomos tient en quelques phrases : il faut urgemment s’extraire de la fédération canadienne et réaliser l’indépendance du Québec (et ce par décret unilatéral et non par voie de référendum, car le processus démocratique comporte un risque d’échec…); la survie de la « race » canadienne-française passe par un arrêt complet de l’immigration extraeuropéenne et non-blanche, qui est à la fois l’instrument et le résultat du « grand remplacement »; et les personnes racisées ou issues de l’immigration, considérées comme inférieures par défaut, exogènes par définition, et conséquemment, incapables de s’assimiler ou de participer à la construction de la nation québécoise, doivent être expulsées en masse (par la « remigration ») dans les plus brefs délais. Du même souffle, il faut dénoncer les libéraux multiculturalistes « remplacistes », les « gauchistes » et les « wokes », qui minent la vitalité nationale de l’intérieur.

Et en privé, c’est encore pire, comme nous l’avons montré dans un article documentant l’infiltration du clavardoir privé des membres abonnés de Nomos sur l’application Telegram. C’est là que la nature profonde du projet se révèle le plus clairement. « Métèques », « bougnoules », « n*gres », « sous-race », « racailles » ne sont que quelques-unes des charmantes épithètes que l’on retrouve sur une base régulière dans les discussions privées de la communauté « nomosienne ». Ici, tout – mais absolument tout – est interprété et analysé à travers le prisme du nationalisme ethnique, de l’« invasion migratoire », du combat civilisationnel et de la supériorité inhérente de la « race » canadienne-française. Sans surprise, la rhétorique hargneuse sur « l’ensauvagement », sur la supposée intelligence inférieure des personnes noires, sur le caractère « monstrueux » des personnes trans ou sur le danger civilisationnel du féminisme est complètement débridée et ne connaît aucune limite. Nomos-TV est donc un pôle central de l’extrême droite au Québec en 2026. Quiconque prétend encore le contraire est soit naïf, soit malhonnête.

Pourtant, lorsque Cormier-Denis a été invité à Télé-Québec en 2019, Sophie Durocher n’a pas hésité à se porter à sa défense après que l’humoriste Mehdi Bousaidan l’eut traité de raciste. Il a aussi fait des passages à Qub radio, Radio X, Radio Ville-Marie, sur le podcast de Rémi Villemure et sur plusieurs autres plateformes. François Fournier de la chaîne Ian & Frank lui a accordé un entretien, tout comme Jérôme Blanchet-Gravel de Libre Média. Plamondon et Sébastien de Crèvecœur tiennent quant à eux une chronique régulière à Radio X depuis plus d’un an. ACD a même fait l’objet d’un long portrait dans le journal Urbania en octobre 2025, qui se voulait « objectif », mais dont le principal intéressé s’est réjoui. Il faut dire que le journaliste avait fait le choix de clore son reportage en avançant qu’ACD met « à nu cette tentation autoritaire qui rôde dans nos démocraties et, peut-être, au fond de chacun de nous »… Avouons qu’il aurait été difficile de mieux le normaliser.

À la suite de l’action du Front antifasciste populaire le 23 avril 2026, qui avait organisé un rassemblement festif devant le studio d’enregistrement de Plamondon, tous ces personnages médiatiques, dont Benoit Dutrizac, lui ont gracieusement donné l’occasion de se poser en victime en diabolisant l’action non violente du Front Pop comme si c’était un acte « terroriste ».

Bref, ces individus haineux sont admis et leurs discours sont relayés dans des espaces conservateurs – et même soi-disant centristes –, ce qui montre bien la porosité extrême entre le conservatisme mainstream et l’extrême droite, porosité facilitée par toute une série de médias « alternatifs », d’influenceurs et de personnages publics servant d’amplificateurs du signal de l’extrême droite, ainsi qu’un certain nombre d’acteurs complices ou complaisants des médias traditionnels.

Médias « alternatifs », pseudo-journalistes, intellos et influenceur·euse·s

Il s’est développé au Québec, depuis quelques années, toute une constellation de pseudo-médias sur le web qui se targuent de défendre la liberté de penser « au-delà des dogmes et des tabous ». Ces derniers se contentent en réalité de régurgiter les dogmes de la droite dure, voire de l’extrême droite, surtout au sujet de l’immigration, de l’Islam et des transidentités, en plus de s’en prendre à la gauche progressiste et à la gauche radicale, toutes confondues dans la catégorie fourre-tout du « wokisme ».

Rebel News Québec

Rebel News Québec est une section locale de l’organisation d’extrême droite Rebel News (autrefois Rebel Media) fondée en 2015 par l’avocat et militant canadien Ezra Levant. La section québécoise a été lancée en avril 2017; en date de mai 2026, elle avait produit 430 vidéos, comptait 27 000 abonnés et revendiquait 2 700 000 visionnements. Ses principaux activistes sont Alexandra « Alexa » Lavoie, qui agit à titre de « reporter » de terrain, et Guillaume E. Roy, qui lui sert de caméraman.

Sur son site, le collectif militant se présente ainsi :

« Chez Rebel News Québec, nous suivons les faits peu importe où ils mènent — et quand ça va à contresens du récit de l’establishment, c’est notre mission de vous montrer l’autre côté de l’histoire! Nous abordons les enjeux sociopolitiques qui affecteront la vie des Québécois dans les années à venir, sans filtre ni censure. »

Or, son nom est doublement trompeur, car ce projet n’est ni rebelle ni un véritable média d’information. D’abord plutôt marginal et méconnu, il a gagné en influence au cours des dernières années sur les médias sociaux, et même sur la scène politique à l’occasion des manifestations propalestiniennes, qu’il cherchait activement à discréditer.

En avril 2025, lors des élections fédérales, les agitateur·trice·s de Rebel News ont aussi attiré l’attention en perturbant la conférence de presse qui suivait le débat des chefs en français, en posant des questions pour le moins orientées. Par exemple, ils ont demandé au chef du NPD ce qu’il pensait des « attaques répétées contre les chrétiens » et les « églises ciblées par du vandalisme ». Cette situation a convaincu la Commission des débats d’annuler le débat en anglais. Radio-Canada et même le Journal de Montréal ont alors qualifié le groupe comme appartenant à l’« extrême droite », à l’instar du Conseil de presse, qui a précisé dans une décision rendue en mars 2026 [#D2025-12-193] que Rebel News : « […] ne constitue pas un média d’information tel que défini par le Conseil de presse du Québec. La plateforme Rebel News peut plutôt être qualifiée d’organisation militante proche des milieux d’extrême droite ». Le Journal de Montréal avait aussi rapporté, à cette occasion, que Rebel News avait reçu environ 200 000 $ pour influencer la campagne électorale, en particulier pour encourager la mobilisation contre le Parti libéral du Canada.

Rebel News Québec a récemment profité de l’appétit des animateurs de Qub Radio pour les opinions d’extrême droite en se faisant inviter par Benoit Dutrizac (par exemple, le 16 avril 2025) ou encore par Richard Martineau (le 1er décembre 2025). La pseudo-journaliste Alexandra Lavoie a notamment pu y affirmer qu’elle « redoute ceux avec des keffiehs où on ne voit que les yeux […], souvent ils deviennent violents ». Richard Martineau s’est quant à lui désolé que Rebel News soient « les seuls » à parler des prières de musulman·e·s dans les rues de Montréal (9 avril 2026).

Les activistes de Rebel News manquent aussi cruellement de décence élémentaire. Pour ne citer qu’un exemple, Alexandra Lavoie a notamment poursuivi dans les rues la députée libérale Nathalie Provost pour lui demander si son objectif au gouvernement était de « pousser l’agenda du lobby Poly-se-souvient » pour le contrôle des armes à feu, évoquant la prétendue répression contre les membres de la Canadian Coalition for Firearms Rights (CCFR). Sans rire, Lavoie a alors accusé de « fascisme » un attaché politique accompagnant la députée qui levait la main pour cacher la lentille de la caméra. Pour mémoire, Nathalie Provost a certes milité pour le contrôle des armes à feu, mais il faut aussi noter qu’elle est elle-même l’une des étudiantes de Polytechnique ayant survécu aux tirs du tueur de l’attentat antiféministe du 6 décembre 1989 et qu’elle porte encore du plomb dans son corps.

Dans le même esprit d’agitation « avec pas d’classe », le 27 septembre 2025, Lavoie et son caméraman se sont disgracieusement pointé·e·s à la marche silencieuse pour Nooran Rezayi, le jeune homme assassiné par la police de Longueuil, visiblement dans le but d’en harceler les participant·e·s. Leur réaction délirante face aux antifascistes qui ont tenté de les repousser a provoqué une escalade policière contre la foule endeuillée.

Le modus operandi des têtes de Rebel News consiste ainsi à pratiquer un « journalisme d’embuscade », à harceler leurs opposantes idéologiques sous couvert de liberté de presse, et se poser ensuite en victimes lorsqu’elles sont repoussées. Cette formule éprouvée (d’ailleurs très répandue en Europe et aux États-Unis), exploitant l’appétit des algorithmes pour les chocs sensationnalistes, leur permet à la fois de gagner en popularité dans les médias sociaux et de recueillir toujours plus de dons en tirant profit de la crédulité de leur base. Nous restons de l’avis que la meilleure approche reste de les éloigner de nos activités et mobilisations, mais par des moyens tactiques et stratégiques réfléchis en conséquence.

Libre Média

Ce projet d’information, fondé en 2022, se présente comme « francophone, libre et indépendant ». Il compte aujourd’hui près de 40 000 abonné·e·s sur Facebook et plus de 25 000 sur X. Depuis 2023, son rédacteur en chef est Jérôme Blanchet-Gravel, un chroniqueur et polémiste conservateur, auteur d’un essai intitulé La face cachée du multiculturalisme (2018) et collaborateur du magazine français d’extrême droite Causeur, qui s’est notamment fait connaître pour ses fréquentes saillies misogynes et antiprogressistes. Blanchet-Gravel est épaulé par un comité de rédaction où l’on retrouve une belle brochette de personnages louches. Anne-Laure Bonnel, notamment, qui sert la propagande — et les intérêts — de la Russie, s’est fait connaître en lançant de fausses informations sur CNews (la télé française où s’époumone Mathieu Bock-Côté) au sujet de prétendus massacres de civils par les forces ukrainiennes. Un autre Français qui siège au comité éditorial, Alexis Brunet, a collaboré ou collabore toujours à des médias français, dont Front Populaire, de Michel Onfray, et Causeur, qui a publié une recension enthousiaste de son premier roman Grossophobie dans lequel il critique le « wokisme ». Francis Denis est, quant à lui, le réalisateur du documentaire Omerta scolaire (2025), consacré aux mobilisations contre les transidentités à l’école et coproduit par Libre Média et le Centre juridique pour les libertés constitutionnelles. Le président de cette dernière organisation, l’avocat John Carpay, avait comparé dans une conférence organisée par Rebel News le drapeau arc-en-ciel au drapeau nazi et a été radié du barreau du Manitoba pour avoir suivi et filmé un juge pendant la crise sanitaire de la COVID-19. Notons que Francis Denis a aussi été invité à Nomos-TV par Alexandre Cormier-Denis pour parler de son film à sa sortie. Philippe Labrecque, bardé de diplômes et auteur de Comprendre le conservatisme en 14 entretiens (éditions Liber, 2016), siège aussi au comité de rédaction de Libre Média et signe des textes dans lesquels il s’inquiète de la « noyade démographique, linguistique et politique du Québec », en plus de fustiger lui aussi le « wokisme ».

Les sujets de prédilection de Libre Média laissent peu de doute quant aux valeurs politiques de ses animateur·rice·s. Citons en exemple un article au sujet de l’enseignante Amanda Kakihi, qui affirme que « les regards insistants et déplacés » dans la rue proviendraient « toujours d’hommes issus de certaines communautés culturelles ». Notons que le jour même de la publication de cet article (le 8 mai 2026), elle était invitée à discuter du même sujet par Richard Martineau à son émission sur Qub. On s’inquiète ici que « le Québec se condamne à mourir » en raison de la baisse de natalité en pointant vers l’immigration musulmane dès qu’il est question de masculinisme, d’homophobie et de transphobie au Québec, en prenant du même souffle la défense d’activistes anti-LGBTQ+.

Indocile média

Le cas d’Indocile média est un peu particulier. S’affichant comme un « média », il ne s’agit en fait que d’un miroir grossissant dans lequel se reflète le narcissisme de Julien Garon-Carrier, le fondateur et surtout le seul (!) collaborateur. L’ego de cet individu est si démesuré qu’il ne tenait pas dans une simple page de médias sociaux, il lui a donc fallu se créer un « média » pour lui seul. Prétendant offrir « une information libre et sans compromis », Julien Garon-Carrier ne fait lui aussi que remâcher les mêmes platitudes de la droite et de l’extrême droite : une « immigration massive » subventionnée va « nous remplacer », la société est féminisée et le « virus woke » menace de tout détruire. Garon-Carrier s’offusque aussi de la prétendue violence de l’extrême gauche, de la militance trans et, bien sûr, des « antifas » (tout en citant George Orwell, oubliant sans doute que celui-ci était socialiste et… antifasciste). S’il n’a que très peu d’abonné·e·s sur les médias sociaux, sa stratégie de placement de produit — lui-même — semble plutôt bien fonctionner, puisque cette plateforme lui a procuré assez de visibilité pour qu’il soit invité à l’émission de Benoît Dutrizac à Qub Radio. Cela lui a permis d’exposer à un plus grand public ses critiques à l’endroit du rapport de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) documentant la recrudescence du sexisme, de l’homophobie et de la transphobie dans les écoles.

Comme nous l’avons révélé récemment (voir « Le clavardoir privé de Nomos-TV : incursion dans le safe space raciste d’Alexandre Cormier-Denis et ses suiveux ») Garon-Carrier est l’un des abonnés hyperactifs du forum privé de Nomos, où il s’y exprime candidement sur ses stratégies médiatiques avec d’autres abonnés aux pseudonymes explicitement racistes. Il s’y est réjoui, par exemple, d’avoir eu « deux ou trois moments de complicité » avec Dutrizac et d’avoir « au moins pu cogner sur l’université et les sciences sociales gauchistes ». En privé, cela dit, il se lâche en espérant que « le jour où on peut remigrer les métèques et les immigrants, je vais me porter volontaire pour contribuer à l’effort national ». Il se vante aussi d’offrir un « service d’intelligence politique », expliquant qu’il fusionne avec un robot conversationnel des fichiers de ministères et des municipalités qu’il croise avec des articles de médias, pour ensuite faire écrire un courriel de 120 mots qu’il envoie « au client potentiel »… Presque aussi futé que James Bond, ce Julien Garon-Carrier…

Québec Fier (Léo Dupire)

Québec Fier est un groupe de pression conservateur de type « libertarien » que Radio-Canada décrit comme une « usine à contenu » pour le Parti conservateur du Québec. Son activité se déploie majoritairement sur les médias sociaux, notamment sur Facebook, où sa page compte près de 240 000 abonnements. L’un de ses slogans sur la page d’accueil de son site web est « Un Québec FIER de ses origines, de sa langue, de sa culture, de ses traditions », ce qui l’ancre clairement dans le courant conservateur, et même réactionnaire du nationalisme québécois. Sa « mission » est de s’opposer à l’État qui « étouffe l’entreprise » privée, au « corporatisme syndical » et au « lobby environnemental ». La section « Impliquez-vous » présente un ramassis de causes à défendre, dont l’automobile à essence, le droit d’un « honnête citoyen » de défendre « sa famille contre un intrus » sans risquer la prison, l’abolition de la taxe carbone et, bien sûr, la liberté d’expression. On s’y oppose aussi au fédéral qui transfère « l’argent de nos impôts aux djihadistes du Hamas », à l’immigration qu’il faut réduire « dès maintenant » et, enfin, à l’intrusion des athlètes de sexe masculin (lire, des femmes trans) dans les sports féminins. Le groupe est dirigé par Léo Dupire, qui collabore aussi à Libre Média, où il signe des textes contre l’immigration et le « djiahadiste de Montréal », les femmes trans (qu’il qualifie d’« hommes trans ») et les femmes qui exerceraient la médecine grâce à de la « discrimination positive [qui] affaiblit nos sociétés ».

Stu Pitt et Lux Média

Lux Média (ex Stu Dio) est le projet d’André Pitre, alias « Stu Pitt » et de ses acolytes, dont le pénible Yann Roshdy. Il collabore avec Nomos-TV et a accueilli dans ses studios leur exécrable « Saint-Jean de la Race » à au moins deux reprises. Maxime Bernier, du Parti (pas très) populaire du Canada y a déjà été invité, ainsi que toute une ribambelle de personnages plus ou moins associés à la complosphère et à l’extrême droite. Autre fois organe de propagande pour La Meute, le projet sert maintenant de haut-parleur pour amplifier non seulement les idées d’extrême droite, mais aussi tout le répertoire moderne des fantasmes de complot. Fait à noter, Lux Média compte parmi ses collaborateurs Jean-François Gariepy, un nationaliste blanc extrêmement creepy issu de l’alt-right, dont il est avéré qu’il a été financé par Jeffrey Epstein et qui est fortement soupçonné d’être mêlé à la disparition irrésolue de son ex-conjointe.

Quelques figures intellectuelles

David Leroux est un influenceur discret de l’écosystème nationaliste identitaire. Il s’inscrit dans le même courant que Nomos-TV (dont il est d’ailleurs toujours abonné au clavardoir privé) et se nourrit des mêmes influences, dont Carl Schmitt et la Nouvelle Droite. Il a publié un essai en 2018 et collabore à la revue L’Action nationale. Catholique traditionaliste, il retient de l’intellectuel fasciste Julius Evola son « rejet de la modernité », prône une forme de « démocratie illibérale » et souhaite voir le nationalisme québécois se refonder en mode ethnique et identitaire. Mathieu Bock-Côté a fait l’éloge de Leroux dans une chronique de 2020, et celui-ci a accordé un long entretien à Alexandre Cormier-Denis en 2025. Dans la dernière année, Leroux s’est rapproché de Nouvelle Alliance, ayant notamment contribué à la revue du groupuscule, Le Franc-Renard , ce qui donne à penser qu’il exercera sur le groupe une certaine influence dans les prochains temps.

Philippe Sauro-Cinq-Mars est un autre influenceur intellectuel de la sphère nationaliste agressivement anti-progressiste. Ayant lui aussi accordé un entretien à Nomos-TV en juin 2025, il a ses entrées dans les médias traditionnels, notamment au 99,5 (Qub Radio), et collabore en tant que chroniqueur à Libre Média.

Les partis marginaux

Sur le plan des formations politiques, le portait n’est guère reluisant pour les droitards.

Le Parti patriote (fédéral) de Donald Proulx et Carl Brochu a été radié en 2022, faute d’avoir fourni un compte de dépenses au DGE.

Le parti de l’Union nationale (provincial) du coloré Jonathan Blanchette (alias « Jo L’Indigo ») est lui aussi en voie d’être radié, puisque son chef a écopé d’amendes de près de 120 000 $ pour avoir produit de faux reçus et que ses fonds sont gelés.

Le Parti nationaliste chrétien (PNC) du néonazi Sylvain Marcoux n’a quant à lui jamais réussi à se faire reconnaître, Élections Québec ayant jugé que le parti faisait de l’incitation à la haine.

Cette recension nous a de plus donné l’occasion de découvrir l’existence du Parti libertarien du Québec (autorisé en 2022), dont le susmentionné Yann Roshdy est apparemment chef depuis septembre 2025, et dont le représentant officiel est Charles Olivier, un hurluberlu du Saguenay.

À l’échelle municipale, le parti Action Montréal est dirigé par Gilbert Bilodeau, collaborateur de longue date de Lux Média, où il a longtemps animé l’émission Le Candidat. Aux élections municipales de novembre 2025, il a tout de même remporté la troisième place avec 10,16 %.

Un bouquet d’influenceurs, de crackpots et d’inclassables

La fachosphère québécoise, qui évolue principalement dans les médias sociaux, compte tant de personnages, souvent franchement disjoncté·e·s, qu’il nous serait impossible de les mentionner tous et toutes. En voici un minuscule échantillon :

Éloïse Boies est l’animatrice du podcast « Élo Veut savoir », l’un des nombreux « médias alternatifs » ayant émergé de la complosphère québécoise durant et après la pandémie de COVID-19. Elle fait toutefois partie de ceux qui ont réussi à se professionnaliser et à rayonner plus largement. Sa page Facebook compte aujourd’hui 63 000 abonné·e·s. Sous une apparence de curiosité intellectuelle de bon aloi, elle tient notamment une ligne dure antiwoke et transphobe, et reçoit régulièrement des invité·e·s associé·e·s à la droite très conservatrice, généralement avec une teneur « conspirituelle ». Éloïse Boies a accordé un entretien à Nomos-TV en juillet 2025.

Matt Tremblay (pseudonyme) est un nouveau personnage dans l’écosystème de l’extrême droite québécoise. Il est apparu dans les derniers mois sur les médias sociaux, notamment sur Facebook et TikTok, où il multiplie les vidéos de commentaires réactionnaires. Il reprend entre autres les mêmes thèmes anti-immigration que les éléments les plus crinqués du milieu identitaire fascisant, dont Nomos-TV. Il a participé récemment à la fondation d’une nouvelle patente à gosse d’extrême droite, la Corporation du Front National, qui se présente comme : « Une corporation dédiée à l’avancement des intérêts nationalistes par le développement stratégique de produits, la création de communautés-usines nationalistes et le déploiement de nos capacités opérationnelles avancées afin de soutenir et d’habiliter les groupes et organisations alignées avec les intérêts nationalistes. » Le 3 mai dernier, il a annoncé avoir reçu la visite de la GRC, qui lui aurait dit de « faire attention à ce qu’il dit ». Fait à noter, Julien Garon-Carrier d’Indocile Média a plus ou moins endossé cette initiative dans le clavardoir privé de Nomos, en disant être en contact avec les initiateurs du projet.

Mandana Javan est une militant nationaliste « prolaïcité » et islamophobe d’origine iranienne qui a pris énormément de place dans l’espace public au cours de la dernière année, notamment en organisant une série de manifestations « contre les prières de rue » devant la basilique Notre-Dame. Elle est aussi une sioniste enragée et s’est notamment affichée drapée d’un drapeau israélien dans les manifestations de soutien à la guerre d’agression israélo-américaine en Iran. Constamment en quête d’attention, elle a annoncé sur Twitter en décembre 2025 avoir déposé son dossier de candidature au Parti Québécois (dans la circonscription de Taillon) pour lequel elle milite activement; au moment d’écrire ces lignes, on ne sait toujours pas si le PQ osera prendre ce risque. Mandana Javan est régulièrement invitée à Qub Radio.

Annie-Ève Collin est une enseignante au collège Ahuntsic et militante féministe anti-trans ayant pris beaucoup de visibilité dans les milieux conservateurs et conspi au cours des dernières années. Elle milite pour l’organisation féministe laïcarde et transphobe PDF Québec et a été plusieurs fois invitée à intervenir à Qub Radio, notamment au micro de Benoît Dutrizac et de Sophie Durocher.

Yves Claudé est un ancien enseignant de sociologie au Cégep dont le livre sur le mouvement skinhead au Québec a connu un certain succès d’estime dans les années 1990, y compris dans les milieux de gauche. Il avait d’ailleurs jadis milité en périphérie de la Ligue antifasciste de Montréal (LAM). Il a écrit pendant plusieurs années dans l’Aut’journal et dans Presse toi à gauche, avec une perspective plutôt à gauche. Il est depuis devenu un vase communiquant des politiques et des groupes d’extrême droite locaux (La Meute, Front patriotique du Québec, etc.) et plus récemment, français, relayant compulsivement sur les réseaux sociaux des publications du Rassemblement national, de Reconquête! (le parti d’Éric Zemmour classé à l’extrême droite) ou du média d’extrême droite Frontières. En bon petit soldat orwellien, il adore manier la novlangue la plus absurde et pratique l’inversion de sens avec délectation. Ainsi, les antifascistes deviennent les « nouveaux fascistes post-modernes », hyper violents, alliés des milices islamistes qui seraient infiltrées dans les mouvements politiques et les mouvements sociaux pour favoriser le « grand remplacement ». Bien qu’il ne jouisse pas d’une grande popularité ni d’une grande audience, ces publications ulcérées et compulsives sont souvent relayées par d’autres acteurs du milieu d’extrême droite, et même parfois par certaines figures médiatiques. Le parcours de vie d’Yves Claudé est tristement symptomatique d’une certaine gauche nationaliste dont la peur paranoïaque de l’Islam et le patriotisme poussiéreux ont fait tomber dans les bras de l’extrême droite.

« Roxanne Labanane » est une influenceuse et podcasteuse, qui donne dans le sarcasme insistant pour véhiculer des idées transphobes et anti-progressistes, en général dans des vidéos à l’humour lourdingue dont on a rapidement fait le tour. Elle participe néanmoins à la chambre d’échos de l’extrême droite avec son podcast, Grille Neurones, où elle a entre autres reçu Alexandra Lavoie de Rebel News.

Requiem pour les Farfadaas — Le mouvement des Farfadaas, dirigé par Steve « l’Artiss » Charland, ex-lieutenant de La Meute, avait fait parler de lui dès 2021, puis avait bénéficié d’une forte attention médiatique en 2022 durant le mouvement dit du « Convoi de la liberté ». Accusé de méfaits lors de cette mobilisation, Charland a été condamné à six mois de prison avec sursis en mai 2025. Fin 2023, le groupe bat de l’aile et Charland est accusé d’une gestion sectaire par certains membres, qui claquent la porte. Le groupe est finalement dissous et ne fait plus parler de lui. À notre connaissance, ses anciens membres ne sont pas connus pour être impliqués dans les activités de groupes d’extrême droite, mais ce petit milieu reste à surveiller.

Du côté des médias institutionnels

Comme nous l’avons vu tout au long de cet état des lieux, une partie des médias institutionnels fait montre d’un véritable « problème facho ». C’est le cas bien sûr de la Radio X, mais aussi de Qub Radio (99,5), dont les animateurs vedettes (Benoît Dutrizac, Richard Martineau, Sophie Durocher, etc.) reçoivent régulièrement plusieurs des personnalités présentées dans le présent document. Le Journal de Montréal compte quant à lui un grand nombre de chroniqueurs (Bock-Côté, Joseph Facal, Richard Martineau, Sophie Durocher, Nathalie Elgrably-Lévy, etc.) qui ressassent à longueur de temps les mêmes obsessions réactionnaires, dont l’antiwokisme.

Jacinthe-Ève Arel est une ancienne de la CAQ qui s’est présentée pour le PCQ en 2022. Elle est devenue une figure médiatique régulièrement appelée à commenter l’actualité du point de vue de la droite conservatrice « libertarienne », notamment à Radio-Canada. Depuis février 2025, elle anime sa propre émission au 99,5 (Qub Radio), où elle sert de courroie de transmission pour la « droite économique » et le PCQ d’Éric Duhaime. Elle coanime aussi une émission les week-ends avec Rémi Villemure.

Christian Rioux — Seul correspondant à Paris du journal Le Devoir, Christian Rioux y distillait depuis des années les idées de l’extrême droite française, entre autres une islamophobie pugnace et des critiques vilaines de l’« immigration de masse » qu’il associait à une « submersion migratoire », des féministes et des trans, en plus de dénoncer le « théâtre antifasciste ». Il a *finalement* été remercié de ses services en décembre 2025 pour être immédiatement recruté par le Journal de Montréal, où il a signé pas plus tard qu’en février 2026 une première chronique… contre la nourriture halal! On peut trouver ici un aperçu de la qualité de ses chroniques excessivement répétitives et prévisibles.

Malgré le départ de Rioux, cela dit, Le Devoir ne donne pas sa place en matière de commentaire antiwoke, notamment sous la plume de Patrick Moreau (enseignant à Ahuntsic et collaborateur au 99,5 Qub Radio), et de l’éternelle éminence grise du PQ, Jean-François Lisée, lequel sévit également comme commentateur-analyste à l’émission « Mordus de politique » à Radio-Canada.

Les nazis

Le Frontenac Active Club (FAC)

Le principal projet à caractère néonazi au Québec, ou du moins le plus visible, est le Frontenac Active Club (FAC), dont la figure de proue et principal militant est Shawn Beauvais-MacDonald. Après la parution de notre exposé sur le FAC, en août 2024, le groupuscule suprémaciste blanc, section locale du réseau international des Active Clubs, ne semble jamais être retombé sur ses pieds. Les messages originaux sur la chaîne Telegram du groupe se font de plus en plus rares, les quelques posts restants n’étant que des republications d’autres comptes et chaînes néonazies (dont le Pagan Heritage, voir ci-dessous). La publication en mars dernier d’un article de la journaliste indépendante Rachel Gilmore sur le site The Tyee, exposant l’ancien Olympien Giulio Zardo comme un membre du Frontenac Active Club ayant mis le gym où il était employé à la disposition de son groupuscule, n’a certainement pas aidé à la cohésion du projet. Pas plus que l’instabilité psychique de son leader, qui est régulièrement aperçu en ville habillé en nazi, invectivant les passants racisés, et qui a eu la brillante idée d’aller intimider Rachel Gilmore en public après la publication de son article. Nous continuons à surveiller le FAC et Beauvais-MacDonald, mais il semblerait que ce projet est au beau fixe et n’entrevoit aucune expansion.

Pagan Heritage

Après la mort cérébrale du groupe néofasciste Atalante Québec (dont nous avons amplement parlé sur notre site web) aux alentours de 2023, achevé par la pandémie de COVID-19, les dissensions internes et les attaques incessantes des antifascistes, nous avons perdu de vue la plupart de leurs membres. Seul Jonathan Payeur, l’ex-lieutenant du leader Raphaël Lévesque, reste vraiment sur notre radar. Sous le nom Pagan Heritage, il lance une petite compagnie d’impression de vêtements en 2025, puis, plus récemment, commence à regrouper quelques boneheads pour mener des activités somme toute classiques de l’extrême droite : entraînement à la boxe, collages, cérémonie païenne inspirée du folklore viking, etc. Présents dans la région de Québec, ils entretiennent visiblement des liens avec Shawn Beauvais-Macdonald et, par extension, le Frontenac Active Club de Montréal.

Jonathan Payeur est en couple avec Adrienne Bernard, une artiste tatoueuse et sérigraphe de Leclercville, qui imprime notamment la guenille de Nomos-TV. Parlant de Leclercville, c’est dans le presbytère de cette petite localité de Lotbinière que Jo Payeur a organisé en mars dernier un événement visant à « lancer une nouvelle année d’activités pour Pagan Heritage ». Un groupe à surveiller.

Messe des Morts 2024

À l’automne 2024, Montréal Antifasciste et ses allié·e·s ont mené une campagne d’information et de mobilisation pour dénoncer la participation de plusieurs formations aux accointances et aux thématiques néonazies (NSBM) au festival black métal de la Messe des Morts (MdM), du 28 au 30 novembre. Depuis 2017, soit l’année suivant une mobilisation antifasciste contre la présence du groupe Graveland au festival, la MdM était organisée au Théâtre Paradoxe, dans le secteur Ville-Émard de Montréal. Cette campagne a entraîné un important ressac du milieu du black métal québécois, dont plusieurs adeptes présentent une forte résistance à reconnaître son « problème nazi » et dont un autre segment non négligeable fait résolument partie du problème. Malgré tous nos efforts pour persuader l’administration du théâtre de révoquer son contrat avec le promoteur, Martin Marcotte de Sepulchral Productions, le festival a eu lieu comme prévu au Paradoxe, ce qui a donné lieu à une manifestation (strictement encadrée par le SPVM) en marge du théâtre le 29 novembre. Bien que cette campagne n’ait que partiellement réussi à empêcher la venue des groupes néonazis, sur le long terme, la pression antifasciste aura poussé le Théâtre Paradoxe à rompre ses liens d’affaires avec Sepulchral Productions, qui s’est vu forcé de relocaliser son festival l’année suivante.

Flambée de graffitis à Hochelaga-Maisonneuve

À l’hiver 2026, des dizaines de symboles suprémacistes (croix gammées, croix celtiques, etc.) et de slogans islamophobes, antisémites et anti-immigration sont apparus sur les murs du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. La résistance ne s’est pas fait attendre, et les militant·e·s du Front antifasciste populaire ainsi que d’autres initiatives organiques locales ont pris soin de les effacer au fur et à mesure. Une partie de ces graffitis haineux proviendrait d’un groupe de trois jeunes résidents du quartier, dans la vingtaine, aperçus par des passants. L’un d’eux serait Olivier Brisson, un aspirant rappeur MAGA dans l’orbite de l’influenceuse islamophobe Mandana Javan. Preuve que l’histoire se répète et que la vigilance ne doit jamais cesser, même dans un bastion historique de la gauche antifasciste comme Hochelaga-Maisonneuve.

Jeunes et saluts nazis à l’école

Une étude récente sur les élèves sexistes, homophobes et transphobes rapportait qu’aujourd’hui, des élèves effectuent des saluts nazis à l’école à une fréquence alarmante. Des médias avaient d’ailleurs documenté ce phénomène en 2023, à l’école Les Chutes à Rawdon, où six élèves s’étaient levés sur leur chaise en pleine classe pour effectuer le salut hitlérien en chantant « Erika », la célèbre marche militaire des SS. L’étude dévoile quelques témoignages pour le moins effarants : il s’agirait ainsi « toujours de jeunes hommes blancs, majoritairement avant le secondaire 4, là où on parle plus en détail de l’Holocauste dans les cours d’histoire, qui sont dans une équipe sportive ou dans les cadets [programme de la Défense nationale pour les 12 ans et plus] ou qui avaient un cercle social majoritairement masculin. L’école ne fait strictement rien » (témoignage de la Montérégie). Il est évidemment difficile de dire à quel point ces élèves s’identifient à l’hitlérisme et au nazisme, ou s’ils ne font ça que par provocation, mais selon un enseignant ayant participé à la recherche, « des groupes d’élèves […] sont fans d’Hitler [et] ils vont faire des saluts nazis, des croix gammées, ils vont même trouver des chants nazis de l’époque et chanter ça dans le corridor ».

Selon un autre témoignage : « Oui, il y a des élèves qui font ouvertement le salut nazi. Le profil? Des jeunes garçons blancs, plus ou moins populaires, gamers. Ces jeunes aiment les masculinistes sur les médias sociaux. Des exemples? Lorsqu’une personne “racisée” et “populaire” passe devant un petit groupe de garçons blancs, et qu’elle passe un commentaire pour niaiser ce petit groupe, l’un des garçons blancs pourrait faire un salut nazi, dans son dos. […] Plusieurs croix gammées nazies sont dessinées sur les murs des classes, les bureaux et les casiers. Un élève avait fait une croix sur le casier d’un jeune noir. » En 2024, les médias rapportaient aussi que des ados de Rimouski avaient diffusé sur les médias sociaux des photos les montrant alors qu’ils faisaient des saluts nazis.

La Division Atomwaffen au Canada et à Québec

Un procès en Ontario s’est conclu en mars 2026 par une condamnation à 20 ans de prison pour Matthew Althorpe, 30 ans, qui a plaidé coupable à trois accusations de gestes de nature terroriste commis en Ontario et au Québec de 2018 à 2022. Ce dernier aurait « facilité une activité terroriste, conseillé à des tiers de commettre un attentat et commis une infraction au profit d’un groupe terroriste », c’est-à-dire le groupe états-unien Division Atomwaffen, qualifié de « terroriste » par le Canada en 2021. Il avait produit et diffusé des textes et des vidéos de propagande haineuse, y compris à des fins de recrutement. Son complice, Kristoffer Nippak, 32 ans, était encore en procès au moment d’écrire ces lignes. La couronne l’associe notamment à Active Club Canada et l’identifie sur des photos montrant un individu au visage dissimulé sous un masque à tête de mort, effectuant un salut nazi aux côtés d’un portrait d’Adolf Hitler.

En septembre 2025, un troisième homme, Patrick Gordon Macdonald, a été condamné à Ottawa à 10 ans de prison, lui aussi pour des activités liées à Division Atomwaffen.

À Québec, un autre procès s’est ouvert en février 2026 : un jeune de 16 ans est accusé d’avoir relayé de la propagande du groupe Division Atomwaffen. Pour sa part, l’ado s’identifiait au groupe Kernatium Division, antisémite, xénophobe et aux messages anti-immigration tel que « votre invasion de notre pays échouera ». Au moment d’écrire ces lignes, le procès était toujours en cours.

Quant au néonazi montréalais Gabriel Sohier Chaput, alias « Zeiger », sur qui nous avons produit un exposé complet en novembre 2020, l’appel qu’il a interjeté de son verdict de culpabilité pour incitation à la haine a été entendu à Montréal le 6 mai dernier. Espérons que s’il obtient un nouveau procès, celui-ci sera mené de manière plus compétente que le premier.

Conclusion : vers un nouveau consensus antifasciste

Nous le répétons sans cesse, le seul rempart à la progression de l’extrême droite, c’est la solidarité, la mobilisation populaire et la consolidation du camp de l’émancipation sur tous les plans.

Le principal champ d’action d’un projet comme Montréal Antifasciste est celui de l’information. Lorsque cela s’est avéré nécessaire au fil des ans, nous avons activement contribué aux mobilisations et autres types d’intervention contre les manifestations les plus explicites de l’extrême droite.

Mais lorsque cette dernière devient mainstream, ces modes d’action ne suffisent plus. C’est tout le champ progressiste, radical ou non, qui doit s’organiser pour réaffirmer, quitte à le redéfinir, le consensus antifasciste et le déployer en mode populaire. C’est précisément à cette tâche que se consacre le Front antifasciste populaire (Front Pop), créé au courant de 2025.

Nous saurons bientôt quels seront les thèmes centraux du prochain cycle électoral, et cela s’annonce fort désolant. Les libéraux se livreront aux discours libéraux, progressistes de surface; la CAQ et le PQ se disputeront le champ nationaliste; et le PCQ est en voie de faire des gains importants en misant sur l’éthos hyper individualiste qui fait sa réussite dans la couronne de Québec. Quant à QS, une formation progressiste qui s’est fondée dans le compromis et ne s’en est jamais éloignée, on peut espérer qu’elle se ressaisisse et adopte une posture combative, mais rien n’indique pour l’instant que ce tournant est sur le point d’arriver.

Quoi qu’il en soit du processus électoral, notre mission reste la même au jour le jour : faire barrage par tous les moyens nécessaires au fascisme, à l’extrême droite et à tous ceux qui leur ouvrent la voie par complaisance ou complicité.

Dans le combat qui nous attend, il faudra faire preuve de clarté morale et ne jamais perdre de vue l’horizon de nos espoirs les plus radicaux. Se rappeler, par exemple, et rappeler sans cesse autour de nous, que la haine n’est jamais acceptable et doit être combattue partout où elle s’exprime.

Et enfin, dans un contexte international où la notion même d’« antifa » est diabolisée par les pires ordures qui soient, ne jamais, jamais demander la permission d’être antifascistes, ici et maintenant.

///


[1]               Lire notamment Francine Pelletier, Au Québec, c’est comme ça qu’on vit, Montréal, Lux, 2023.

[2]              Nomos s’inscrit dans la tradition de la Nouvelle Droite française, qui, ironiquement, s’inspire des leçons du théoricien communiste et antifasciste italien Antonio Gramsci.

Le clavardoir privé de Nomos-TV : incursion dans le safe space raciste d’Alexandre Cormier-Denis et ses suiveux

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Mai 142026
 

De Montréal Antifasciste

Une source antifasciste a infiltré le clavardoir privé des membres abonnés de la chaîne Nomos-TV. Au programme, dans le confort de cet « espace sûr » : xénophobie et islamophobie débridées, mépris ouvert à l’égard du peuple québécois, des aîné·e·s, du nationalisme civique et des souverainistes progressistes, haine misogyne et transphobe et, bien entendu, un flot continu de propos dégradants à l’endroit des personnes immigrées et racisées. Dans un contexte où certains éléments réactionnaires des médias traditionnels, en particulier l’empire Québecor, font le jeu de ces militants racistes en leur offrant une plateforme sous prétexte de liberté d’expression, nous présentons ici une partie des constats de cette opération d’infiltration, en rappelant – une fois de plus – qu’il ne sera jamais acceptable de répandre des discours haineux dans nos collectivités, quoi qu’en disent les idiots utiles et les apologistes.

Subterfuge et complaisance : comment se normalisent les discours haineux

Il y a bientôt huit mois, nous avons publié un exposé détaillé sur Alexandre Cormier-Denis (ACD), où nous faisions la démonstration du rôle-clé qu’occupe cet idéologue ethnonationaliste dans l’écosystème d’extrême droite au Québec et du caractère profondément raciste et xénophobe de sa proposition politique. Après dix ans d’activité sur ce registre, normalement, tout ce qui touche de près ou de loin à Cormier-Denis et Nomos-TV devrait être persona non grata dans les médias traditionnels.

Et pourtant, au Québec en 2026, la détestation aiguë des voix de gauche s’est tellement répandue dans la culture générale que la somme des discours haineux d’ACD est complètement ignorée par certaines personnalités médiatiques réactionnaires, qui préfèrent encore lui tendre le microphone et amplifier son message plutôt que de prendre acte des faits et accorder un quelconque crédit au travail des antifascistes ou des journalistes progressistes.

Ainsi, ACD et Nomos-TV profitent encore d’une révoltante complaisance – voire d’une sympathie ouverte – dans certains recoins de l’écosystème médiatique québécois, dont Radio X (qui est depuis longtemps devenu le principal haut-parleur de toutes les droites), mais aussi des espaces comme la chaîne YouTube Ian & Frank (à tendance conservatrice « libertarienne », et que méprisent ouvertement les « nomosiens » en privé) ou Radio Ville-Marie, dont le directeur affiche ses affinités avec ACD. Une preuve éclatante de cette complaisance nous a été donnée le 27 avril dernier, quand l’animateur de QUB Radio Benoît Dutrizac a invité Cormier-Denis à livrer sa version de ce qui s’était passé quelques jours plus tôt, lorsqu’une mobilisation du Front antifasciste populaire avait empêché la diffusion d’une émission de Nomos-TV en direct de leur studio du Plateau Mont-Royal.

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Déni de justice et grave atteinte au droit de manifester à Rimouski

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Mai 132026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le 22 avril 2023 à Rimouski, trois personnes reçoivent des contraventions pour avoir “continué leur route face à un feu rouge” pendant une manifestation à vélo pour souligner le Jour de la Terre et réclamer des meilleures infrastructures cyclables. Oui, vous avez bien lu : une contravention pour avoir passé sur un feu rouge pendant une manifestation.

Face à cette absurde restriction au droit de manifester (avez-vous déjà vu des manifestations se faire couper en deux sous prétexte que le derrière de la manif doit attendre un feu vert pour rejoindre le devant ?), les cyclistes ont entamé un processus d’auto-défense juridique. Des heures (beaucoup, beaucoup d’heures) de lectures pour comprendre un jargon hermétique, des heures et des heures pour parler à des juristes, demander conseil auprès d’autres groupes judiciarisés et encore des heures à se rencontrer, se préparer… pour enfin se présenter devant la cour municipale.

Le juge Dave Boulianne

Après trois séances de cour et presque trois ans depuis la remise des contraventions, le juge Dave Boulianne de la cour municipale de Rimouski rend son verdict : il s’agissait bel et bien d’une manifestation, elle était bel et bien protégée par la Charte canadienne des droits et libertés… MAIS l’infraction en cause, soit d’avoir continué sa route face à un feu rouge, elle, demeure illégale.

Faque on a le droit de manifester, mais on doit s’arrêter aux feux rouges. On repose la question : Vous avez déjà vu ça, une manifestation coupée en deux parce que la lumière a viré au rouge et que le peloton de fin attend que la lumière revire au vert (on va attendre longtemps d’ailleurs, si on attend un virage au «vert»…) ? ou une manifestation de dizaines de milliers de personnes coupée en plein de petits pelotons, traversée par des chars qui circulent dans les rues perpendiculaires ?

On entend déjà les petits avocats du diable qui disent : oui, mais c’est pas parce que les gens le font que c’est légal. D’accord. Sauf que les Tribunaux ont maintes fois affirmé que la manifestation était perturbatrice en soit, que c’était même sa raison d’être et qu’elle ne devait pas pour autant être vue comme une nuisance à contenir mais bien comme une saine expression de la dissidence, nécessaire à une société libre et démocratique. La Cour Supérieure du Québec a même reconnu que c’était légal d’entraver la circulation des automobiles pendant une manifestation, jugeant inconstitutionnel l’article du Code de la sécurité routière qui restreignait ce droit.

On reprend donc : face à cette absurde restriction au droit de manifester, le groupe d’auto-défense juridique décide de porter le dossier en appel. Faut savoir que pour porter un dossier en appel, la demande doit être déposée dans les 30 jours suivant le jugement et être accompagnée d’un chèque de 400$ en partant, parce que la justice, ben ça se paye. On doit aussi prévoir des frais de sténographie une fois que notre dossier sera déposé, pour faire mettre à l’écrit tout ce qui a été dit pendant le procès. Donc on se retrousse les manches pour lever des fonds et trouver rapidement un-e avocat-e prêt-e à prendre le dossier.

Sauf que le jugement a été rendu un 16 décembre pis que c’est compliqué d’avoir du soutien juridique à ce temps-là de l’année, et de toute façon le greffe de la cour municipale tombe en congé le lendemain ou à peu près et on aura pas accès aux enregistrements audios du procès avant le 8 janvier. Mais le décompte de la justice, lui, ne prend pas congé. On doit quand même déposer notre demande d’appel avant le 16 janvier. On a donc 8 jours pour faire entendre les enregistrements à un-e avocat-e qui pourrait nous aider et que cet-te avocat-e prépare la demande d’appel. Résultat : la demande d’appel est déposée une journée trop tard. Et les procureurs de la Ville de Rimouski s’objectent alors catégoriquement à la demande d’appel.

Donc, pour une journée de retard, alors que les démarches devaient être faites en plein dans le temps des Fêtes, quand tous les greffes de cours sont fermés… la demande d’appel est refusée (et 400$ s’envolent…). Déni de justice, qu’on nous apprend 3 mois plus tard, au début du mois de mai. La Cour Supérieure refuse d’entendre nos arguments en faveur du droit de manifester et selon lesquels il y a eu une mauvaise interprétation de la Loi par le juge de première instance. La “première instance”, c’est la cour qui a jugé le dossier en premier, soit la cour municipale de Rimouski dans le dossier qu’on décrit ici.

On rappelle que TOUS les jugements en faveur du droit de manifester ont été obtenus en Cour Supérieure ou en Cour d’appel, voire en Cour Suprême.

La Cour municipale de Québec jugeait légitime que la Ville exige un itinéraire pour toute manifestation et même la Cour Supérieure était de son avis, avant que finalement cette obligation soit jugée inconstitutionnelle devant la Cour d’appel. Après 6 ans de démarches.

C’est la Cour Supérieure qui a confirmé que la Ville de Montréal ne pouvait pas interdire le port de masques, puis la Cour d’appel qui a ajouté que le partage d’un itinéraire ne pouvait pas être obligatoire, même si la Cour Supérieure avait jugé cette obligation légitime.

C’est un recours en Cour Supérieure qui a invalidé l’article 500.1 du Code de la sécurité routière, celui qui empêchait “d’entraver la circulation” et qui a servi de prétexte à de nombreuses arrestations arbitraires. Après combien de contraventions validées par combien de cours municipales ?

Dans ce contexte, refuser l’accès aux instances supérieures de justice, c’est refuser la possiblité de faire reconnaître nos droits quand ils sont bafoués en première instance …et dans la rue.

Bien sûr, on parle ici de contraventions; on ne parle pas d’emprisonnement et encore moins de torture. Mais on considère que cette histoire s’inscrit dans un contexte plus large de répression accélérée des mouvements sociaux et des expressions de la dissidence (vous avez entendu parler de marionnettes du 1er mai jugées “trop violentes” vous aussi?). Avec un cadre législatif qui vire à droite plus vite qu’on arrive à le comprendre, les policiers ont un éventail de plus en plus large d’excuses pour justifier des fouilles et des arrestations arbitraires. Et on remarquait déjà une augmentation des contraventions distribuées lors de manifestations dans les dernières années, à Rimouski du moins. Récemment, des personnes ont même reçu la visite de policiers et des contraventions pour des manifestations auxquelles elles n’avaient même pas participé. Profilage vous dites ?

Historiquement, les Tribunaux sont sensés être garants de la protection de nos droits fondamentaux face aux dérives politiques… Pourtant, on en touche rapidement les limites quand on essaie d’y recourir, que ce soit des limites économiques, de connaissance des procédures ou encore simplement de vocabulaire (… en résumé, des limites de classes sociales). Ça nous étonne d’un jeu écrit par des hommes blancs en situation de pouvoir ? Pas tant.

Mais bon, on ne baisse pas les bras pour autant, et surtout, on n’arrêtera pas de lever nos voix et nos corps pour plus de justice sociale ou encore pour la protection du territoire… pis de contester tous les tickets en chemin, peu importe ce que les Tribunaux en diront !

— soumission de l’Association Contre les Abus Bureaucratiques judiciaires

De Robin à Robin

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Mai 082026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Avant de poursuivre sur la lancée des textes précédents entourant la stratégie des Robins des ruelles, j’aimerais nommer que c’est toujours nice de lire, d’assister ou de prendre part aux débats d’idées au sein de nos milieux. Qu’ils aient lieu lors de discussions de groupe un peu inconfortables, sur des plateformes publiques comme Montréal Contre-Info, ou en privé entre amix, ça témoigne d’un dynamisme entre nos groupes et nos idées et du rejet d’une certaine forme de dogmatisme. Mais ça implique d’être de bonne foi, de prendre au sérieux ce qu’on fait, et de prendre au sérieux les critiques qui en découlent. Ça exige de faire preuve de rigueur envers nos camarades, de tenir nos positions, ou au contraire de reconnaître quand on a tort. Ultimement, ça nous force à assumer la responsabilité de ce qui a bien ou moins bien fonctionné.

En ce qui me concerne, j’aime les textes provocateurs et les réactions/réflexions qu’ils déclenchent chez chacun⸱e. Mais la condescendance a ses limites. Se snobber les un⸱e⸱s les autres – en personne ou en ligne. Esquiver, étouffer ou ridiculiser les critiques confrontantes. Déformer ou instrumentaliser les propos d’autrui pour se donner raison. Ces manières de faire sont gênantes – aussi bien dans le sens de nuisibles qu’embarrassantes – et contribuent à entretenir des dynamiques de merde dans nos milieux. C’est surtout ça qu’on devrait « jeter dans les dumpsters de l’histoire ». Réservons les réponses cinglantes pour les grandes occasions…

Je suis un⸱e Robin⸱e des ruelles. J’ai vécu l’euphorie collective qui surgit quand on s’attaque en gang à une épicerie, et que les gardas ne peuvent rien faire. Ça ne m’empêche pas pour autant d’être en accord avec l’essentiel des critiques présentées dans le premier texte, lesquelles méritent qu’on y adresse une réponse honnête. Alors que le second texte semble parler au nom de tous les Robins (à croire que nous sommes un groupe défini et organisé), j’aimerais proposer un pas de côté et reconnaître avec humilité ce qui nous est reproché. S’il est difficile de savoir aujourd’hui si nos actions auront bel et bien eu pour effet d’augmenter « plus vite que prévu » la répression dans les épiceries, nous savions que c’était une possibilité. Nous l’avons évoqué, et nous avons tout de même décidé d’aller de l’avant, car nous y trouvions un sens plus grand. Loin d’espérer que « l’État change des lois pour baisser le coût de la vie », les Robins des ruelles sont assez explicites sur l’idée de ne pas reposer sur l’État ni sur le marché pour vivre et s’organiser, et d’essayer au contraire de gagner en autonomie de toutes sortes de manières.

Tel que mentionné dans le second texte, les Robins des ruelles n’ont rien révélé au grand jour. On se ment à nous-mêmes si on croit que le vol à l’étalage a un jour été invisible. La répression le tolère, tant que ça ne dérange pas trop. Mais le vol ne peut pas être une fin en soi. C’est possible de voler dans les épiceries tant qu’il y a des épiceries, c’est possible de dumpster tant qu’il y a des dumpsters. Si on dépend des marges du capitalisme pour exister, alors on contribue nécessairement à son maintien. Vivre sur les surplus ou les déchets de ce système ne m’intéresse pas. J’aspire à plus, et pas juste pour moi. Je veux renverser cet ordre des choses, le détruire, m’assurer qu’il ne puisse pas revenir.

En discutant récemment avec un⸱e ami⸱e, iel se rappelait d’un vieux conflit dans Hochelag’ : les groupes anti-gentrification vandalisaient des condos, ramenant plus de police sur certaines rues très fréquentées par des travailleuses du sexe du quartier. En d’autres mots, les actions politiques des un⸱e⸱s entraînaient davantage de répression pour d’autres. Si les groupes anti-gentrification avaient selon moi raison de ne pas arrêter de tagguer des condos, force est d’admettre qu’ils pouvaient s’entendre avec les camarades pour cibler d’autres rues, d’autres condos. De la même manière, nous pourrions cibler autre chose que les épiceries. Les entrepôts, les centres de distribution, les véhicules, les sièges sociaux, les maisons des patrons. La critique est valide, et il y a lieu de se coordonner avec d’autres. Aveuglé par la mauvaise foi, le second texte parle du premier comme d’un appel à la soumission, sans même prendre acte de l’appel à explorer d’autres moyens, peut-être plus subversifs et moins symboliques.

Par ailleurs, force est de constater qu’une attaque aux bureaux d’un PDG avec ses trois amix au milieu de la nuit résonne moins que les récentes auto-réductions des Robins des ruelles. Les épiceries sont des lieux que tout le monde fréquente, elles laissent place à des actions auxquelles il est plus facile de s’identifier, et donc de répéter. Ces actions ont été l’occasion d’inviter des amix, lesquel⸱le⸱s ont pu s’initier à ce genre de gestes et goûter au sentiment de liberté qu’ils générent. Ça nous a donné envie de recommencer, de défier la loi à nouveau, d’aller plus loin, de prendre plus de risques. Seul⸱e ou à deux, je vole moi aussi au quotidien. Mais c’est différent. Et je ne le fais pas pour les mêmes raisons. Les actions des Robins des ruelles ont participé à rendre politique un geste de tous les jours. Le but n’est évidemment pas « d’apprendre aux pauvres à voler », mais bien qu’on soit encore plus de pauvres à voler. De faire disparaître la honte entourant le fait d’être pauvre ou contraint⸱e de voler. Au contraire, il y a de quoi en tirer un certain sentiment d’accomplissement, et nous souhaitons contribuer à la contagion de ce sentiment.

Bref, loin de moi l’idée de mettre le couvercle sur la marmite, il y a derrière ces textes une vraie tension à naviguer collectivement, mais parlons de ça plutôt que de s’envoyer chier. C’est lassant autrement.

Robins des ruelles vs. Radlibs des bois

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Mai 072026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Ce court billet se veut une réponse à l’assez mauvais « En réponse aux actions des Robins des Ruelles ».

Dans l’époque où le sens est difficile à trouver, il y aura toujours des imbéciles pour faire les intéressants.

Sous ses airs de lucidité et de bienveillance, le texte est un manuel de prudence au service de ceux qu’il prétend combattre. Semble-t-il que les actions des Robins soient devenues trop efficaces, qu’il faudrait éviter de trop agir, au risque que nos maîtres se réveillent. Lorsqu’on essaye des choses, il y aura toujours un radlib pour sortir du bois et nous dire « attention, vous risquez de trop déranger ce monde ». Un soigneux jeu d’équilibriste entre servilité et hydrocéphalie.

L’argument du texte? « Ne faites pas trop de bruit, sinon ils vont remarquer. »

Comme si les grandes chaînes d’épicerie, leurs services de sécurité, leurs logiciels de gestion de pertes et les services de police découvraient soudainement l’existence du vol à l’étalage grâce à quelques stories Instagram. 56% d’augmentation au Canada des vols à l’étalage depuis 2021 mais c’est les Robins des Ruelles qui sonneraient la cloche? Le fantasme ici, c’est celui d’un système un peu naïf, un peu distrait, qu’il faudrait à tout prix éviter de réveiller.

Les Robins des ruelles ne révèlent pas un secret : le vol à l’étalage n’a jamais été invisible. Penser que l’attention publique déclenche la répression, c’est inverser la causalité, c’est confondre un thermomètre avec la fièvre. La répression est structurelle : elle s’adapte, elle anticipe, elle ne dépend pas d’un seuil de visibilité franchi par erreur ou par excès. La répression cherche justement à écraser toute révolte.

La révolte, ici, c’est la manière dont une pratique sort de l’isolement pour devenir lisible politiquement. Tant qu’elle reste fragmentée, individualisée, honteuse ou silencieuse, elle est parfaitement compatible avec l’ordre existant. Elle est tolérée comme bruit de fond, gérée statistiquement, punie au cas par cas. Autrement dit : elle ne menace rien. Politiser les pratiques de subsistance, c’est montrer la cruauté de leur criminalisation.

C’est précisément là que les actions des Robins déplacent quelque chose. Elles ne montrent pas des « méthodes de survie » (Sic.), elles déplacent le sens. Elles retirent le vol du registre de la faute individuelle pour l’inscrire dans un conflit. Elles rompent avec la figure du survivant isolé pour produire une intelligibilité partagée, une conspiration collective, même minimale. Qualifier ce type d’intervention de dangereux parce qu’il attirerait la répression revient, au fond, à adopter le point de vue de la gestion policière : il faudrait calibrer les pratiques pour qu’elles restent sous le radar, compatibles avec les seuils de tolérance du système. C’est une politique de la précaution qui finit par neutraliser toute possibilité de rupture. On protège les conditions d’existence telles qu’elles sont, au prix de leur perpétuation.

Le texte s’engouffre dans une contradiction difficile à tenir : reconnaître que « les épiceries c’est des criss de voleurs » (Sic.), que l’ordre économique est hostile, que l’État protège le capital et, dans le même mouvement, appeler à une forme d’autorégulation des pratiques pour ne pas provoquer cet ordre. Comme si l’ennemi devait être ménagé dans ses réactions.

Si le texte admet au moins un peu de violence sociale, il en tire une conclusion conservatrice : préserver ce qui permet de tenir, plutôt que risquer de transformer ce qui fait tenir.

En soi, radlib : critique morale des dominants, mais refus des actions qui dérangent effectivement. Bref, une contribution à jeter dans les dumpsters de l’histoire.

En réponse aux actions des Robins des Ruelles

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Mai 052026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Quand la première action des Robins des Ruelles a fait surface sur l’internet j’ai trouvé ça intéressant comme tactique. Ça résonne chez la population; tout le monde est d’accord que le coût de la vie est haut et que ce sont les riches qui en profitent. En plus, ça frappe fort sur les réseaux sociaux. Par contre lorsque j’y ai réfléchi plus, j’ai réalisé le risque de mettre en lumière le moyen que beaucoup de personnes utilisent pour survivre. Je me sens de plus en plus inquiet que ce genre d’action va augmenter la sécurité dans les épiceries et/ou qu’une investigation à grande envergure sur le vol à l’étalage pourrait être enclenchée.

Pour être clair, il ne faudrait pas s’empêcher d’agir simplement par peur de répression. Par contre, le vol à l’étalage est un outil de survie pour beaucoup de personnes, majoritairement des personnes marginalisées. On parle des personnes dans la rue, personnes de couleur, familles de quartiers défavorisés, parents monoparentales… Bref la liste est longue, pratiquement tout le monde qui ont eu faim et qui n’avaient pas d’argent ont penser au vol et ce depuis toujours.

Mes peurs ne sont pas fondées dans la paranoïa. En 2023, à Vancouver, dû à une forte augmentation d’attention médiatique sur le vol à l’étalage une grosse opération policière a eu lieu. Les sécurités de plusieurs magasins à grande surface ont cooperé avec la police pour identifier les voleurs et les arrêter à l’extérieur avec la marchandise. 217 personnes ont été arrêté et 278 charges criminelles ont été déposé. Ça fait 217 personnes qui ont été trainé en court avec des conditions et le stress d’être criminalisées. Une partie de ce groupe ont eu un dossier, ont fait du temps et/ou ont eu des conditions de probation/libération (Vancouver police arrest more than 200, recover almost $80K in stolen goods in shoplifting crackdown, CBC News, 29 mars 2023). Depuis 2025, Vancouver a maintenant une équipe de police spéciale contre le vol à l’étalage. De plus Mark Carney, avec son parti libéral maintenant majoritaire, voudrait passer des lois contre le vol à l’étalage organisé. Je crois que nous nous dirigeons vers un renforcement des lois, une diminution du prix de vol pour des sentences graves et des sentences aggravées tout court.

En plus des actions des Robins, un reportage parait sur Urbania qui expose l’existence des réseaux undergrounds de distribution, qui HIGHLIGHT le vol à l’étalage et qui lui apporte de l’attention qui honnêtement n’est juste pas la bienvenue…

Oui les épiceries c’est des criss de voleurs qui nous prennent le petit peu d’argent qu’il nous reste. Oui les PDG ont des millions, même des milliards. Oui ce sont nos ennemis. Peut être que les actions des Robins peuvent changer quelque chose mais quel est le but principal? Croyons nous que l’État va changer des lois pour favoriser la population plutôt que les entreprises? Croyons nous qu’il faut apprendre aux personnes dans le besoin c’est quoi le vol? L’état va toujours être l’ennemi des voleurs, l’état est là pour protéger le capital, donc pourquoi apporter tellement d’attention à nos méthodes de survie?

Je crois que nous devrions explorer d’autres pistes d’actions. Plutôt que s’attaquer au moyen de survie, nous devrions cibler directement les personnes qui font les profits, les réseaux de logistiques des compagnies, les infrastructures, etc… Il faut éviter une corrélation entre les actions des Robins et l’augmentation de la sécurité dans les épiceries. Il faut protéger nos moyens de subvenir à nos besoins.