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Nouvelle Alliance, vieilles rengaines: que cache le confusionnisme gauchedroitisant de cette jeunesse réactionnaire?

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Mai 212024
 

De Montréal Antifasciste

Au courant de l’année 2022 est apparue au Québec une nouvelle « organisation politique » séparatiste à caractère ultranationaliste baptisée Nouvelle Alliance (NA), en référence assumée à l’Alliance Laurentienne, une association d’extrême droite animée entre 1957 et 1963 par l’auteur et militant réactionnaire Raymond Barbeau (1930-1992)[i].

Depuis sa création, NA a mené à Montréal et ailleurs au Québec une série d’actions (commémorations solennelles, campagnes d’affichage, accrochages de bannières, veille au flambeau, etc. Voir l’annexe pour une liste non exhaustive des actions.) rappelant directement le modus operandi privilégié au cours des dernières années par d’autres formations d’extrême droite, comme le groupe néofasciste Atalante Québec et l’éphémère Front canadien-français (FCF). Les membres fondateurs et principaux militants de Nouvelle Alliance sont d’ailleurs d’anciens membres de ce dernier groupuscule, proche émule des cercles ultracatholiques fascisants du Québec, ce qui n’a bien sûr rien d’une coïncidence, quoi qu’en disent les principaux intéressés.

En octobre dernier, le média indépendant Pivot.media faisait paraître un excellent article sur Nouvelle Alliance (que nous vous encourageons fortement à consulter) exposant certaines des contradictions qui caractérisent le groupe.

Une prétention en particulier relevée dans cet article nous semble à la fois hautement saugrenue et digne d’une étude plus attentive : celle voulant que Nouvelle Alliance ne soit « ni de droite ni de gauche ». Cette affirmation, comme nous le verrons, n’a jamais vraiment résisté à l’épreuve des faits, mais un développement récent est venu la disqualifier sans appel. Le 16 février dernier, les militants de NA ont mené une action devant le bureau du ministre fédéral de l’Immigration en y déployant une bannière déplorant une prétendue « subversion migratoire », reprenant une obsession centrale de l’extrême droite, ainsi que la revendication nationaliste classique des « pleins pouvoirs » en matière d’immigration. Quatre jours plus tard, ils doublaient la mise en mettant en ligne une vidéo dénonçant « l’immigrationnisme », en soi un terme forgé par l’extrême droite en France et repris depuis par la droite libérale, la « submersion » migratoire ainsi que le « remplacement » de population, en référence voilée à la thèse du « grand remplacement », une autre affabulation développée au sein de l’extrême droite française.

On le voit bien, malgré sa prétention d’être « ni de droite ni de gauche », NA met de l’avant dans cette séquence d’actions un message qui reprend le vocabulaire de l’extrême droite française, lequel est également en vogue dans les cercles d’extrême droite européen et nord-américain. Ce cadre référentiel « nationaliste » (au sens euphémistique cher aux mouvements identitaires, fascistes et néonazis) explique aussi sans doute la popularité du groupuscule sur les médias sociaux auprès de très nombreux groupes et individus clairement affichés à l’extrême droite.

Le présent article a pour objet de démystifier une fois pour toutes la notion voulant que cette organisation soit politiquement neutre ou inoffensive, de démontrer qu’elle s’inscrit de plain-pied dans l’extrême droite contemporaine, de mettre en garde les jeunes militant·es indépendantistes qui, peut-être par naïveté, seraient tenté·es de succomber à leurs discours, et surtout, d’alerter la communauté au danger qu’elle pose afin de faire efficacement barrage à toute tentative d’infiltration des milieux progressistes.

—> Qui sont les principaux militants de Nouvelle Alliance?

***

Nouvelle Alliance jusqu’à présent…

Dans le but avoué « d’apporter la lutte pour l’indépendance dans la rue », Nouvelle Alliance se présente comme une sorte d’avant-garde séparatiste militante et adopte une mise en scène qui n’est pas sans rappeler les rituels de l’extrême droite historique, voire du néofascisme contemporain. Ses militants, presque exclusivement des jeunes hommes – et ce n’est pas fortuit –, semblent soucieux de projeter une apparence conservatrice classique, combinant des codes hypermasculins traditionnels (costumes coupés, apparence soignée, etc.) et une esthétique reprise en partie des mouvements de droite radicale (manteaux d’aviateurs ornés de l’emblème de l’organisation, veillée au flambeau, éléments pyrotechniques, etc.). Ils empruntent aux mêmes précurseurs leur allure bizarrement austère, leur posture quasi militaire et leur ton exagérément grave, souvent catastrophiste.

10 septembre 2023 – Hommage à Montcalm, avec flambeaux et drapeaux du Québec.

23 avril 2023 – Accrochage d’une bannière « Gouverner ou disparaître » avec drapeaux du Québec et fumigènes sur le Pollack Concert Hall de l’Université McGill.

26 novembre 2022 – Rassemblement à Saint-Denis-sur-Richelieu en l’honneur des patriotes.

22 mai 2023 – Manifestation pour la Journée nationale des patriotes.

15 Octobre 2022 – Accrochage d’une bannière « Je suis séparatiste » sur l’autoroute Décarie, dans une circonscription à majorité anglophone.

En plus de ces manifestations ostentatoires, il est avéré que les principaux militants de NA descendent directement de l’éphémère Front canadien-français, dont nous avons démontré les liens étroits avec l’extrême droite québécoise par sa proximité avec des individus comme Alexandre Cormier Denis et Philippe Plamondon (Nomos.tv, Horizon Québec actuel), Étienne Dumas (Mouvement tradition Québec) et la Fédération des Québécois de souche. En plus de l’Alliance Laurentienne de Raymond Barbeau, NA s’inspire aussi, de manière moins transparente, du journal La Nation de Paul Bouchard et des Jeunesses patriotes des frères Walter et Dostaler O’Leary, deux autres précurseurs « séparatistes » d’inspiration fasciste (ou « corporatistes ») et du Centre d’information nationale (CIN) de Robert Rumilly, en plus de faire régulièrement appel à la mémoire du chanoine Lionel Groulx, connu pour ses prises de position réactionnaires et son antisémitisme explicite. On devine aussi parmi leurs inspirations militantes des projets moins marqués à droite, comme le FLQ, les Chevaliers de l’Indépendance, le Mouvement de libération nationale du Québec (MLNQ) de Raymond Villeneuve et le Réseau de Résistance du Québécois (RRQ).

Action du Front canadien-français au printemps 2019, au monument à Dollard des Ormeaux, à Montréal. À l’avant-plan, François Gervais et Suleyman Ennakhili, aujourd’hui militants de Nouvelle Alliance.

Le « cœur laurentien » est une référence à l’Alliance Laurentienne et au journal Laurentie, une inspiration directe de Nouvelle Alliance.

Jean-Philippe Desjardins Warren, étudiant en histoire, est à l’évidence un leader organique de Nouvelle Alliance. Il est aussi le militant du groupe le plus marqué à l’extrême droite. Il relaie ici des copies du journal Laurentie et un livre de l’abbé Wilfrid Laurin, dont les fondateurs de l’Alliance Laurentienne se voulaient les continuateurs.

Le chanoine Lionel Groulx est une référence constante de Nouvelle Alliance, comme il l’était pour le Front candadien-français. Il est ici juxtaposé à des militants indépendantistes des années 1960.

Le slogan « Je suis séparatiste », évoque notamment (mais pas que) le projet politique (fasciste) du journal La Nation, de Paul Bouchard.

Nouvelle Alliance force ici un rapprochement entre Lionel Groulx (réactionnaire) et le syndicaliste Michel Chartrand (progressiste), que presque tout opposait sur le plan social. Cette image à elle seule reflète parfaitement l’impossibilité catégorique de la synthèse que NA dit vouloir opérer.

En outre, un examen rapide de leurs plateformes de médias sociaux (ici sur Instagram, là sur Twitter/X) révèle un très grand nombre de sympathisants (groupes et individus) identifiés à l’extrême droite, affichant par exemple des symboles du fascisme, des courants identitaires européens, de l’ultranationalisme ou du nationalisme blanc, de l’Alt-Right, etc. Il faudrait être bien naïf pour croire que la convergence de tous ces éléments relève du hasard et de la coïncidence.

Les animateurs du journal Le Harfang (l’organe de la Fédération des Québécois de souche) ne s’y trompent pas : Nouvelle Alliance n’est rien de plus qu’un inoffensif regroupement de patriotes! C’est pourquoi ces fascistes notoires leur témoignent toute leur solidarité!

Les frasques de Nouvelle Alliance leur ont attiré une certaine attention sur les médias sociaux, au-delà de leur cercle de sympathie.

Bien dit…

L’un des membres les plus flamboyants de NA, Aurélien Nambride, affiche quant à lui sa fierté de représenter au Québec le Rassemblement National (RN, anciennement Front National), une formation dont il est peut-être inutile de rappeler qu’elle a été fondée par d’anciens nazis et qui, malgré tous les efforts de « dédiabolisation » déployés au fil des ans, est à tout jamais ancrée dans l’univers culturel et politique néofasciste. Nambride ne cache pas non plus son admiration pour le parti Alternative für Deutschland (AfD), une autre formation résolument campée à l’extrême droite (vois le clip vidéo ci-dessous).

Le militant de Nouvelle Alliance, Aurélien Nambride, dit représenter l’aile jeunesse du Rassemblement National au Québec.

Aurélien Nambride est un habitué des congrès de l’aile jeunesse du Parti Québécois. À notre connaissance, le PQ n’a jamais pris acte des invitations qui lui ont été lancées à prendre ses distances d’avec ce petit facho.

—> Qui sont les principaux militants de Nouvelle Alliance?

Faux-culs et faux-semblants… le gaslighting comme stratégie politique

Les militants de NA insistent donc pour répéter à qui veut l’entendre qu’ils ne sont « ni de droite ni de gauche[iii] ». Pourquoi ce faux-fuyant? Ça ne devrait pourtant pas être bien compliqué pour ces jeunes réactionnaires de s’affirmer franchement pour ce qu’ils sont effectivement, plutôt que de louvoyer et de s’incruster dans un pitoyable déni. C’est on ne peut plus hypocrite pour une organisation de porter aussi clairement sur sa manche un projet politique, de le nier en même temps, puis de prétendre vouloir rapprocher les nationalismes par-delà la « gauche » et la droite afin de réaliser l’indépendance autour d’un projet à définir ultérieurement. Il est important de le reconnaître, puisque le procédé lui-même cherche à faire croire qu’ils n’ont pas d’intention ultérieure, qu’ils ne mettent pas eux-mêmes de l’avant une vision politique à laquelle ils voudraient faire éventuellement conformer « le pays » réalisé.

À notre avis, cette défilade repose sur une confusion délibérée, stratégique, des genres politiques : une redéfinition confusionniste des catégories « gauche » et « droite », assortie d’un gaslighting systématique (c.-à-d. que ce que l’on voit et perçoit par nos sens et notre raisonnement serait en réalité tout autre chose; il  nous faudrait les croire sur parole!), visant à ouvrir sur la droite le faisceau des idées politiques acceptables (la fenêtre d’ Overton) dans le champ indépendantiste.

C’est essentiellement le même procédé qu’emploie systématiquement l’idéologue Mathieu Bock Côté à une échelle beaucoup plus grande. C’est en fait toute la thèse de son dernier livre[iv], qui semble précisément mis au point pour outiller conceptuellement la nouvelle génération de nationalistes réactionnaires que représente Nouvelle Alliance. MBC y répète par exemple – comme il le fait sur toutes ses tribunes – que l’extrême droite est une catégorie « fantomatique » que fabuleraient aujourd’hui le « régime diversitaire » dominant, qu’il assimile carrément à l’antifascisme[v]! Ce dernier, explique MBC, aurait en quelque sorte inventé la catégorie « extrême droite » dès les années 1920, non pas en premier lieu pour s’opposer à la montée du fascisme en tant que tel, mais pour diaboliser tous les ennemis du communisme en les regroupant sous une même étiquette!

« On en arrive ici au cœur de la thèse du présent ouvrage : ce n’est pas “l’extrême droite”, entité politique fantomatique et catégorie indéfinissable, qui menace notre démocratie, mais bien plutôt l’usage que le régime diversitaire fait du concept d’extrême droite pour frapper d’interdit, censurer ou fasciser toute forme de dissidence[vi]. (…) Au fond des choses, on retrouve ici la logique de l’antifascisme, qui conditionne profondément l’imaginaire politique démocratique, et structure encore son rapport au conservatisme. L’histoire de l’antifascisme n’est pas d’abord l’histoire de la lutte contre le fascisme mais celle de l’assimilation au fascisme des adversaires du communisme, et même du socialisme. (…) L’antifascisme dès son apparition, a d’abord eu pour fonction de désigner ceux qui s’opposaient résolument au communisme non pas en affirmant qu’il allait trop loin, tout en reconnaissant la noblesse de ses idéaux, mais bien parce qu’ils le rejetaient fondamentalement[vii]. »

Voilà un révisionnisme qui ne manque pas d’audace, quand on sait que le fascisme s’est d’abord et avant tout défini par son opposition au communisme, qui le précédait de plusieurs décennies et menaçait alors tangiblement l’ordre capitaliste un peu partout en Occident! De là à prétendre que le fascisme n’a jamais vraiment existé que dans l’œil de ses ennemis, il n’y a qu’un pas, que MBC franchit allègrement. Comme si ces mouvements politiques ne faisaient pas depuis maintenant un siècle l’objet de vastes champs d’études historiques et sociologiques, et comme si les résurgences contemporaines de l’extrême droite – de la Nouvelle Droite européenne à l’Alt-Right étatsunienne, en passant par les mouvances néonazies et les partis de droite radicale – n’avaient aucune substance réelle et n’étaient que le fruit d’une imagination communiste délirante!

Si l’étiquette peut effectivement être employée pour circonscrire un ennemi politique, de 1) c’est un procédé dont MBC fait lui-même abondamment usage (il qualifie par exemple ses ennemis de « wokes » ou Québec Solidaire de parti de « gauche radicale » pour mieux les disqualifier), et qu’il ne peut donc reprocher à personne, et de 2) il est absolument malhonnête de réduire l’emploi du terme à ce seul usage. L’extrême droite n’est d’ailleurs pas plus « indéfinissable » qu’elle est fantomatique. Au contraire, même sans être sociologue patenté ou sans se limiter aux sources de la gauche radicale, on peut sans difficulté en trouver des définitions raisonnablement consensuelles. Contentons-nous pour l’exercice de consulter la rubrique Wikipedia pour « extrême droite », qui est une source aussi légitime qu’une autre et regorge de références pour quiconque souhaite creuser la question davantage. MBC, qui est lui-même un des principaux passeurs des idées d’extrême droite dans des médias privés les plus consultés, écoutés et regardés au Québec, en plus de jouer un rôle considérable en France comme faire-valoir des formations d’extrême droite (le Rassemblent national et le parti Reconquête d’Éric Zemmour) sur les plateformes que contrôle le multimilliardaire ultracatholique Vincent Bolloré, ferait peut-être mieux de potasser ses définitions plutôt que de dire de la marde. À moins bien sûr que « the marde is the medium » et qu’il ne s’agisse en fait que d’un moyen pour lui d’empoisonner le puits et de favoriser systématiquement la résurgence de l’extrême droite dans les sociétés où il exerce son influence toxique. Toujours en le niant farouchement, évidemment.

L’une des innombrables chroniques de Mathieu Bock Côté où il donne la preuve qu’il vit dans un monde imaginaire.

Quoi qu’en disent les principaux intéressés, le rejet plus ou moins radical de l’immigration[viii] est un point commun à tous les mouvements d’extrême droite, et c’est un élément de discours central de presque tous les groupes et individus mentionnés dans cet article jusqu’ici[ix]. C’est en tous cas une obsession maladive de Mathieu Bock Côté et, manifestement, une préoccupation majeure de Nouvelle Alliance, comme nous le verrons plus loin.

Nous avançons ici l’hypothèse que les militants de Nouvelle Alliance forment en fait une espèce de « jeunesse bockcôtéienne » qui ne dit pas son nom; on retrouve chez eux comme chez l’autre le même déni confusionniste, le même gaslighting corolaire, le même nationalisme faussement libéral et le même jupon fascisant dépassant des mêmes atours bourgeois tenant de la même coquetterie rétrograde. La principale différence entre eux est la volonté exprimée par le jeune groupuscule de faire sortir le nationalisme (ou la « lutte pour l’indépendance »)  dans la rue, ce qu’on ne peut certes pas reprocher à MBC[x]. Nouvelle Alliance est pour ainsi dire l’inévitable incarnation des idées que propage Mathieu Bock-Côté (et d’autres comme lui) depuis une quinzaine d’années, mais sur un mode militant reprenant les recettes déjà employées par des formations plus ou moins fascisantes, comme Atalante Québec, elles mêmes inspirées d’initiatives similaires en Europe (voir CasaPound, Groupe Union Défense, etc.).

L’essentiel à retenir ici est que sous une rhétorique faussement neutre, et en dépit du gaslighting qui sous-tend toute la démarche, NA est sans conteste une initiative rangée loin sur la droite du spectre politique et dont le projet immédiat est précisément de tirer le milieu nationaliste québécois vers la droite, notamment par une stratégie entriste dans les formations politiques traditionnelles comme le Parti Québécois et le Bloc Québécois. En se disant « ni de droite ni de gauche », elle cherche sans doute en partie à attirer vers elle des militant·es indépendantistes aux penchants progressistes, mais plus qu’un appel du pied aux « nationalistes de gauche »,  l’intention réelle de cette confusion cultivée est de consolider le bloc de droite en favorisant une tolérance accrue des éléments de discours de l’extrême droite nationaliste (notamment sur la question de l’immigration et de l’évolution démographique) parmi les segments conservateurs plus classiques ou libéraux. Le but visé est en réalité une tolérance mutuelle entre la droite traditionnelle et l’extrême droite et une normalisation culturelle de cette dernière de manière plus générale, qui doit à terme se traduire par des transformations politiques sur le plan institutionnel.

Le militant de Nouvelle Alliance, Émile Coderre, est visiblement très impliqué au Bloc Québécois. Il annonce ici son intégration à l’équipe du député bloquiste Martin Champoux.

Les militants de Nouvelle Alliance participent régulièrement aux congrès de l’aile jeunesse du Parti Québécois.

Plusieurs militants de Nouvelle Alliance au congrès du Comité national des jeunes du du Parti Québécois, en août 2023.

Ça n’est pas d’hier que les militants de Nouvelle Alliance visent à se rapprocher du Parti Québécois… Les voici avec Pascal Bérubé en 2019.

Le sympathique compte Twitter/X Le troupeau de petits Elon cherche depuis longtemps à attirer l’attention sur les tentatives par les militants de Nouvelle Alliance d’infilter les instances du Parti Québécois.

À certains égards, le pseudo-centrisme droitisant du régime politique actuel représente déjà une synthèse du libéralisme économique dominant et du repli identitaire que prônent des formations comme NA. La rivalité dans l’outrage observée ces derniers temps entre la Coalition Avenir Québec et le Parti Québécois sur diverses questions liées à l’immigration (généralement rabattues sur les seuils et la « capacité d’accueil ») donne à penser que le contexte actuel est particulièrement favorable à cette dérive[xi].

Et que propose concrètement cette soi-disant nouvelle alliance?

NA dit vouloir réaliser l’indépendance dans les plus brefs délais avant de définir un projet démocratique pour un Québec indépendant, au lieu de d’abord définir un projet pour le réaliser de manière démocratique par la suite. Autrement dit : faisons l’indépendance aujourd’hui, et le processus lui-même s’occupera de définir ce que cela implique concrètement. On ne peut donc inférer le genre de pays que ces messieurs aspirent à créer que sur la base de leurs influences, de leurs filiations, du milieu dans lequel ils opèrent et enfin, des positions qu’affiche plus ou moins ouvertement l’organisation.

Sur le plan de l’immigration et de la future composition de la société québécoise, l’affaire est entendue. Le nationalisme de repli identitaire que met de l’avant Nouvelle Alliance revendique explicitement un droit de priorité et de supériorité nationale de la majorité historique québécoise de souche canadienne française. De sa récente vidéo, qui recycle sur un mode paranoïaque la sempiternelle revendication nationaliste du rapatriement des « pleins pouvoirs » en matière d’immigration, on comprend qu’implicitement, le groupe milite en fait pour une réduction drastique de l’immigration dans le but de préserver la prédominance démographique de cette majorité historique. Dans l’éventualité où une telle « organisation politique » ou une autre formation inspirée par celle-ci venait à imposer son programme, il va sans dire qu’elle prendrait des mesures draconiennes pour restreindre l’immigration de manière générale, voire la freiner tout à fait, avec ce que cela implique de conséquences.

Capture d’écran tirée de la vidéo anti-immigration mise en ligne par Nouvelle Alliance le 20 février 2024.

Transcription de la vidéo

« Le 25 janvier dernier, le Québec a franchi la barre des 9 millions d’habitants. Qu’on se le dise, cette montée de la population est loin d’être un second baby-boom. Depuis trop longtemps, le Canada cherche à accomplir son utopie postnationale par une immigration toujours plus intensive.

Bien qu’on nous assure le contraire à Ottawa, c’est bel et bien la mise en œuvre des plans du « Century Initiative », qui se joue devant nous : faire du Canada un pays de 100 millions d’habitants en 2100.

Les élites politiques, économiques et médiatiques canadiennes ambitionnent d’aller au-delà de l’État-Nation pour devenir le premier pays sans attachement identitaire.

S’il s’agit du but premier de cette immigration de masse, elle en cache pourtant un autre : faire diminuer notre poids démographique et notre influence politique pour en finir avec nos revendications nationales. Cette tactique n’est pas nouvelle. Elle est directement héritée du Rapport Durham : diluer une population insoumise en la remplaçant par une autre qui sera fidèle au régime. Un truc vieux comme le monde. Un calcul froid et machiavélique. On n’est pas dupe : la démographie fait l’histoire. Notre nombre est notre force.

Quand sera-t-il de l’avenir culturel du Québec? Qu’en sera-t-il de la majorité canadienne française ? Si rien n’est fait pour renverser la tendance, ça sera un point de non-retour. Nous deviendrons une minorité sur la terre de nos pères, car c’est une véritable submersion qui se produit sous nos yeux.

Notre génération doit avoir le courage de nommer le réel tel qu’il se présente à nous, sans haine, dans une démarche constructive, et chiffres à l’appui.

On le fait par devoir citoyen, mais aussi pour laisser à nos enfants un endroit où ils demeureront maîtres chez-eux.

Il ne s’agit pas de condamner personnellement les gens qui sont nouvellement arrivés au Québec. Ce qu’on dénonce, c’est l’immigrationisme comme modèle de développement socioéconomique et ceux qui s’en servent comme outil politique.

Si on veut être pleinement maître de nos frontières et de nos politiques d’immigration, une seule solution s’impose : l’indépendance du Québec, maintenant, pendant qu’il en est encore temps. »

NA s’inscrit ici dans la longue histoire des récriminations au fédéral en matière d’immigration et reprend volontiers à son compte la théorie du complot voulant que le méchant Canada « inonde » le Québec d’immigrants « fidèles au régime » pour étouffer les aspirations du peuple québécois à sa souveraineté politique. Quand une organisation commence ainsi à parler publiquement de « submersion » et de « subversion migratoire », on conviendra qu’il est tout naturel d’évoquer, au minimum, sa parenté avec les mouvements d’extrême droite…

Sur le plan socioéconomique, quoi qu’en pensent les militants de NA, il existe des différences absolument irréconciliables entre visions « de gauche » et « de droite », et une infinité de nuances possibles entre les deux. Il va sans dire qu’avant d’accorder sa confiance à un regroupement marginal de petits messieurs nationalistes peignés sur le côté, on voudra savoir à quelle enseigne ceux-ci logent vraiment en matière de production et de distribution de la richesse, de rapports économiques, de solidarité et de protections sociales, de relations de travail, etc. Au-delà des poncifs sur les méchants banquiers anglais, rien ne porte à croire que NA envisage un avenir post-capitaliste pour le Québec indépendant, et si son approche socioéconomique repose d’entrée de jeu sur une collaboration de classe pour réaliser l’indépendance, il y a fort à parier que sa version d’un Québec souverain en est une où les rapports de classe resteront intacts.

Sur le plan de la décolonisation, NA ne dit rien de la souveraineté des peuples autochtones, et encore moins de sa préséance sur la souveraineté du Québec. Aucun projet de société en Amérique du Nord ne peut faire l’économie d’une réflexion approfondie sur la décolonisation, la restitution du territoire, la réconciliation des peuples et la guérison authentique des traumatismes générationnels. Les mouvements nationalistes québécois – généralement prompts à dépeindre le Québec en victime plutôt qu’en agent du colonialisme – ont plus souvent qu’autrement fait preuve de mépris à l’égard des revendications autochtones, ou dans les meilleurs cas, de considérations symboliques rarement assorties de démarches concrètes. Il s’agit à notre avis, d’une priorité absolue, et non d’un enjeu secondaire.

Sur la question écologique, rien de concret non plus. Leur vision d’un avenir écologique pour le Québec, pour peu qu’ils en aient une, pourrait facilement servir de prétexte à recentrer les préoccupations anti-immigration propre à l’extrême droite et aux courants écofascistes.

Sur le plan de l’équité de genre, Nouvelle Alliance ne laisse rien présager de bon non plus. Les femmes sont essentiellement absentes de leurs actions (à part sous forme de token, pour les photos), et celles dont on sait qu’elles sont liées à l’organisation affichent des positions d’extrême droite (voir ci-dessous). Ce déséquilibre dans le genre a sans doute à voir avec la présentation rébarbative du groupuscule, mais aussi peut-être avec la pression supplémentaire à la reproduction placée sur les femmes de la population majoritaire, la contrainte au « réarmement démographique », qui constitue un corolaire évident du repli identitaire et du discours anti-immigration…

Ce ne sont là que quelques unes des considérations essentielles qu’il faut examiner en profondeur AVANT de commencer à parler d’un projet d’indépendance, et non après. À plus forte raison si les individus qui se présentent aujourd’hui comme l’avant-garde séparatiste affichent déjà des tendances réactionnaires confinant au repli ethnique et au rejet de la diversité.

Qui sont les principaux militants de Nouvelle Alliance?

Section de Montréal

La section de Montréal est la première à avoir été créée, et la plus nombreuse si l’on se fie aux photos des différentes actions et évènements.

François Gervais
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François Gervais est d’abord apparu sur notre radar lorsqu’il s’est pointé avec son ami Suleyman Ennakhili dans la grande manifestation pour le climat du 27 septembre 2019 en brandissant un drapeau Carillon Sacré-Cœur (emblème sacré du nationalisme réactionnaire). Tous deux faisaient alors partie du maintenant défunt Front canadien-français (FCF). Le jeune Gervais avait aussi signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » à titre d’étudiant en Histoire et civilisation au Cégep Lionel-Groulx.  Nous soupçonnions qu’il était celui qui posait des collants FCF à Sainte-Thérése à cette époque-là.

Si l’on en croit sa signature de cette lettre ouverte d’avril 2021, il était à ce moment-là « représentant jeune » pour Mirabel du Comité national des jeunes du Parti Québécois (CNJPQ).

De simple membre du FCF, on l’a vu prendre du gallon et gagner en influence. Depuis le FCF, on peut dire que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. En effet, on peut considérer François Gervais comme le principal artisan de Nouvelle Alliance. Il en est en tous cas le « président », le porte-parole et le principal visage public. Présent dans la plupart des activités, il semble s’imaginer en grand timonier menant ses hommes vers la gloire immortelle. Le noyau dur de l’organisation tourne autour de sa bande d’amis de la Rive-Nord, certains rencontrés dans le secteur de Pointe-Calumet, dont il est originaire, d’autres dans l’entourage du cégep Lionel-Groulx à Sainte-Thérèse, puis dans la frange brune du mouvement souverainiste. Il étudierait aujourd’hui à l’Université de Montréal et habiterait toujours chez papa et maman dans son secteur natal.

François Gervais a notamment joué une victime d’intimidation dans le merdique téléroman Destinées, à TVA.

Fait anecdotique, mais intéressant pour cerner le caractère théâtral du personnage et de son projet, Gervais a un passé d’enfant-acteur. Il est parfois difficile, en effet, de se concentrer sur le message politique de NA sans être complètement distrait par leur cosplay de masculinité grand-homme-important rétrograde… La principale question qui nous tenaille au sujet de Gervais reste pourtant la suivante : qu’a bien pu faire le « petit Loïc » à ses cordes vocales pour faire fitter cette voix de stentor dans ce frame de freluquet? Qu’en pensez-vous?

Suleyman Ennakhili
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https://www.instagram.com/patriote.actuel/

Un autre ancien du Front canadien-français, il est originaire de Pointe-Calumet et accompagne souvent François Gervais. Il a étudié au cégep Lionel-Groulx jusqu’à avril 2023, au minimum.

En 2020 nous écrivions à son sujet : « Présent aux actions du FCF, nous l’avions déjà aperçu à deux reprises arborant le Carillon Sacré-Cœur : à la manifestation islamophobe “La Vague bleue” le 4 mai 2019 à Montréal (ironiquement, sous la bannière prolaïcité des nationaux-populistes) et à la grande manif pour le climat du 27 septembre 2019. Originaire de Pointe-Calumet, on lui doit peut-être les autocollants du FCF apparus à Saint-Joseph-du-Lac. »

Suleyman Ennakhili parmi les boomers et les ti-counes assortis de la Vague bleue, le 4 mai 2019, brandissant un carillon Sacré-Cœur sous une bannière prônant la laïcité…

François Gervais et Suleyman Ennakhili dans la grande manifestation pour le climat du 27 septembre 2019, à Montréal. La première fois qu’ils voyaient des antifascistes de proche…

Suleyman Ennakhili exerce sa fougue oratoire à Saint-Denis, le 26 novembre 2022.

Jean-Philippe Desjardins Warren
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https://www.facebook.com/penseeslaurentiennes/

Ancien du FCF, il fait partie de la petite bande de François Gervais à l’origine du projet Nouvelle Alliance.

En 2020 nous écrivions : « Résidant de Longueuil et étudiant en Histoire à l’UQAM, ce proche de Jason Mc Nicoll Leblanc ne nous est pas inconnu. Passé par la scène punk, il a gravité quelque temps dans le milieu underground montréalais, à l’époque où il étudiait au Cégep du Vieux-Montréal. Il a ensuite transité vers le métal noir québécois, où il a dû faire de mauvaises rencontres… Plus tôt cette année, il a signé le “Manifeste contre le dogmatisme universitaire” avant de participer aux actions du FCF. Il s’impliquerait par ailleurs au Conseil Jeunesse de la Société Saint-Jean-Baptiste. ». Il a depuis rédigé une brochure sur les patriotes pour le compte du député Xavier Barsalou-Duval du Bloc Québécois.

Depuis, le portrait s’est encore noirci, puisque Jean-Philippe est maintenant le membre le plus ouvertement d’extrême droite de Nouvelle Alliance. Prenons pour preuve cette photo de lui accoutré d’un t-shirt de l’organisation ultraconservatrice (et en voie de dissolution par le gouvernement français) Académia Christiana.

Jean-Philippe Desjardins Warren porte un t-shirt de l’Academia Chistiana, une association d’extrême droite instituée par un des fondateurs de Génération Identitaire.

Jean-Philippe Desjardins Warren lors d’une opération d’affichage à Montréal, à l’hiver 2023.

Jean-Philippe Desjardins Warren à Saint-Denis-sur-Richelieu, le 25 novembre 2023.

Il habite sur la Rive-Sud de Montréal. À l’heure d’écrire ses lignes, il est toujours étudiant à la maîtrise en Histoire à l’UQAM. Il administre vraisemblablement les comptes FB et Instagram « Pensées Laurentiennes ».

Zachary Ouimet
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https://www.instagram.com/zach_ouimet/

Un suiveux et fidèle de François Gervais, on l’aperçoit souvent dans les actions et évènements de Nouvelle Alliance.

Elliot Labrie Laplante
https://www.facebook.com/elliot.labrielaplante
https://www.instagram.com/elliot_l.l/

Un autre ancien du FCF et suiveux de François Gervais. Il vient de Sainte-Thérèse et aurait étudié à Lionel-Groulx. Il ne brille pas par son courage lors des rencontres avec des militants antiracistes.

Jeremy Racicot
https://www.instagram.com/j.racicot07/
https://www.facebook.com/jeremy.racicot.5

Ancien du FCF également. Il étudie à l’UdeM.

Le groupe de hangers-on du Front canadien-français qui allait bientôt former le noyau dur de Nouvelle Alliance. Au centre, Elliot Labrie Laplante, et à côté, avec la moustache molle, Jeremy Racicot.

Les recrues de « gauche »

JF Carrier
https://www.facebook.com/naila.chidiac
https://www.instagram.com/carrier.jf/

L’une des recrues « de gauche », c’est aussi le seul membre qui dépasse (largement) les 30 ans. JF est membre du groupe folk Makinaw. Nous avouons avoir du mal à comprendre ce qu’il fait là. Probablement attiré par la fougue nationaliste de ces jeunes militants, il semble en pleine dissonance cognitive, puisqu’il est capable le samedi d’aller voir un show punk antifasciste du groupe Les Sheriffs, et le lendemain de manifester contre « la submersion migratoire » avec les petits racistes de Nouvelle Alliance. Il habite à Beloeil.

J.-F. Carrier, militant de Nouvelle Alliance.

J.-F. Carrier, militant de Nouvelle Alliance.

Ça se discute sans doute, mais pour l’extrême droite, ça ne sera pas possible…

Émile Coderre
https://www.facebook.com/emile.coderre
https://instagram.com/fourchette_de_bishou

Émile Coderre est originaire de Saint-Germain-de-Grantham, près de Drummondville (et y réside probablement toujours). En 2014, il entre au cégep de Drummondville en Comptabilité et gestion avant de commencer à s’impliquer au sein de son association étudiante (AGECD) en 2015, après s’être présenté pour le Parti Vert du Canada dans la circonscription de Drummond lors des élections fédérales de la même année. Il s’impliquera également au sein de l’ASSÉ, au Comité Régional Anti-Montréalocentrisme pour quelques mois, tout en assistant à différentes instances nationales de l’association. En 2016, il devient membre du SITT-IWW et est présent lors de la création de la branche Drummondvilloise de l’IWW, en 2017. Tout au long de cette période, de 2016 à 2019, Émile participe à des manifestations et événements antifascistes, syndicaux et de gauche au sens large.

Dès les débuts de son implication à l’AGECD, certains de ses comportements sont problématiques (fraude pour des remboursements, comportements antisyndicaux envers l’employé de l’association, manque de respect, de considération, et attitude contrôlante envers ses partenaires amoureuses et les femmes en général), ce qui l’éloigne de la majorité de ses camarades de l’époque. En 2019, il se fait dénoncer pour agression sexuelle, harcèlement et viol par au moins deux personnes. Cette nouvelle marque un tournant. Puis on apprend en 2022 qu’il gravite autour de Nouvelle Alliance, avec qui il fera plusieurs sorties publiques par la suite. Il s’implique présentement au sein du Parti Québécois dans la région du Centre-du-Québec. En mars 2024, il participe au Karaoké souverainiste du PQ dans la circonscription de Johnson en compagnie du très vocal François Gervais au bar la Sainte-Paix de Drummondville (https://www.facebook.com/reel/418171334059616).

Aux dernières nouvelles, il vit encore à Drummondville.

Audrey Gariepy

Ancienne membre du collectif anarchiste Libertad au Cégep du Vieux-Montréal, elle rejette maintenant le féminisme et « la modernité ». À partir de 2021, elle a commencé à faire du street art à saveur royaliste et duplessiste. Son autocollant avec des drapeaux antifascistes marqués du texte « Maîtres chez nous » est un bon exemple de son discours déjà pour le moins décousu à l’époque.

De plus en plus, on l’a vue s’opposer au féminisme, qui priverait les femmes de leur libre choix (celui d’élever des enfants, par exemple), alors que ce sont les politiques rétrogrades de type duplessistes qui cherchent concrètement à priver les femmes de leurs droits et de leur libre choix (celui d’élever ou non des enfants, ou d’avoir accès à l’avortement, par exemple). Son virage vers l’extrême droite se poursuit, avec une affinité affichée envers les groupes racistes et transphobes comme le Collectif Némésis en France.

Elle est souvent la seule femme présente dans l’entourage de Nouvelle Alliance lors de leurs événements.

Audrey Gariepy a souvent été mise de l’avant dans les actions de Nouvelle Alliance.

Audrey Gariepy, ancienne gauchiste, wannabe street artist, wannabe trad wife.

Audrey Gariepy ne cache pas son affection pour des groupes et des thèmes visuels néonazis.

Quelques-unes des références d’Audrey Gariepy sur Instagram. On reconnaît de nombreux projets d’extrême droite, tendances royaliste ou fasciste.

Audrey Gariepy rejette le féminisme et le libre choix des femmes. Elle suit le Collectif Némésis, une autre organisation française d’extrême droite.

Un échantillon des brillantes créations artistiques d’Audrey Gariepy.

Section de Sherbrooke

Une partie des membres de la section sherbrookoise de Nouvelle Alliance.

Étienne Amyot
https://www.facebook.com/joseph.barrast.9https://www.instagram.com/ebamtvt/

Leader et figure publique de la section de Sherbrooke, fondée en février 2023.

Aymerik Laroche
https://www.facebook.com/aymerik.laroche
https://www.instagram.com/aymer_vlql1967/
https://twitter.com/aymeriklaroche?lang=fr

Semble vivre à Sherbrooke présentement. Travaille au Centre d’aspirateur M&R.

Aurélien Nambride
https://www.facebook.com/profile.php?id=100004930606082 https://www.instagram.com/aurelien.nambride/

Nambride est responsable du Rassemblement National (FN) Jeunesse-Canada. Il est originaire de Saint-Germain-en-Laye, en France. Il étudie présentement à l’Université de Sherbrooke. Il appuie ouvertement les partis politiques d’extrême droite en Europe, comme l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), un parti notoire pour son racisme, sa xénophobie et ses liens chroniques avec le néonazisme.

Nambride a créé une controverse en participant au congrès de la jeunesse du Parti Québécois, où il s’est présenté comme représentant du Rassemblement National Canada. Il s’est tout de même dit « agréablement surpris par la sympathie et l’accueil des membres du parti. Certains sont des amis personnels ». Son image figurait même sur l’Instagram du Comité national des jeunes du Parti Québécois. Le PQ ne semble pas avoir pris acte des nombreux appels à se dissocier de Nambride.

Aurélien Nambride au congrès de l’aile jeunesse du Parti Québécois.

On peut voir Nambride à son plus transparent dans les captures d’écran ci-dessous, où il déborde de joie en raison du score de l’AfD aux dernières élections régionales. Un parti de gens « prêts à défendre cette Europe des nations face à l’immigration ».

Aurélien Nambride ne cache pas sa joie devant les succès électoraux de la formation d’extrême droite Alternative für Deutschland.

Section de Québec

Alexis Gauthier
https://www.instagram.com/goath13r/
https://www.facebook.com/alexis.gauthier.988

Étudiant à l’Université Laval, originaire de Gaspé récemment arrivé à Québec, il n’est pas issu des milieux d’extrême droite à la base et, à sa décharge, s’emble s’être distancé du groupe dans les derniers temps. Il avait lui-même publié des photos de l’événement de fondation de la section de Québec sur son IG. (Cet événement a eu lieu au Café au temps perdu, sur Myrand.)

Émile Boudreau
https://www.facebook.com/profile.php?id=100004657415506

Membre de Nouvelle Alliance, ce résidant de Québec est aussi membre du PQ. Il milite au CNJPQ et fait partie de l’Équipe Mener la charge, qui se présente au conseil jeunesse du PQ.

Il a 23 ans et est bachelier en Sciences politiques appliquées. Il a été représentant jeune de l’exécutif du Parti Québécois de la circonscription de Montarville, puis a été président de l’association étudiante du PQ de l’Université de Sherbrooke durant deux ans. Il a également travaillé pour le député du Bloc Québécois Xavier Barsalou-Duval à son bureau de circonscription, et il travaille actuellement pour le Bloc Québécois. Il se présente au poste de conseiller au CNJPQ parce qu’il pense qu’il est grand temps que l’aile jeunesse mène la charge dans la reconstruction de la grande coalition souverainiste qui va de gauche à droite. Peut-être en raison de la remontée du PQ dans les sondages, Émile semble lui aussi  s’éloigner un peu de Nouvelle Alliance, peut-être dans l’espoir d’une carrière au PQ…

Morgane Gauvin
https://www.facebook.com/ida.marie.de.lantagnac

Son alias « Ida marie de Lantagnac » nous est familier depuis… la fondation de Montréal Antifasciste en 2017. En 2018, elle s’est notamment fait remarquer dans l’orbite du duo antisémite DMS. Elle entame une maîtrise, après un baccalauréat en Sciences historiques et études patrimoniales. Elle est auxiliaire d’enseignement en études patrimoniales à l’Université Laval.

C’est avant tout une militante du clavier, qui fricote avec Nouvelle Alliance, dont elle prétend être l’une des fondatrices. Elle a participé à une action de graffitis stencils à Québec avec NA (photo sur son IG). Fait à noter, elle fréquente un certain Pierre Courcol, militant identitaire français qui s’est impliqué au Rassemblement National et au sein de la Cocarde étudiante.

Tout va bien mesdames et messieurs, l’honneur est sauf, il y a au moins une (1) femme dans ce party de saucisses…

Conclusion

Quoi qu’en disent ses militants, cette prétendue Nouvelle Alliance constitue une attaque frontale contre les populations immigrantes, les personnes issues de l’immigration, les personnes réfugiées, les demandeur·es d’asile et leurs familles ainsi qu’envers toutes les personnes au Québec qui portent une vision inclusive et égalitaire du vivre ensemble.

Nous ne pouvons pas en bonne conscience les laisser s’infiltrer dans nos espaces avec leur discours toxiques, et nous devons être particulièrement vigilant·es quant à leurs tentatives de recruter dans les établissements d’éducation supérieure. Ils ont déjà commencé à organiser des séances de tractage à l’Université de Montréal et à accroître leur visibilité en apposant des affiches et autocollants dans le secteur de l’université et ailleurs à Montréal, à Québec et dans d’autres localités.

Il est grand temps que le milieu antifasciste se dresse sur le chemin de cette nouvelle alliance réactionnaire.


Annexe

Voici une liste non exhaustive des actions du groupe jusqu’à présent, en ordre chronologique :

  • Fondation du groupe à Montréal le 26 mars 2022.
  • 21 mai 2022 – Dépôt d’une gerbe de fleurs au Monument aux patriotes, photo de groupe et participation à la marche pour la Loi 101.
  • 20 août 2022 – Altération des panneaux « STOP » de Ville Mont-Royal avec des autocollants « ARRÊT ». Cette action les a fait connaître d’une partie du public, car elle a généré beaucoup d’interactions sous la publication Instagram et plusieurs articles de journaux ainsi qu’une entrevue à QUB radio.
  • 15 Octobre 2022 – Accrochage d’une bannière « Je suis séparatiste » sur l’autoroute Décarie.
  • 26 novembre 2022 – Rassemblement/Marche à Saint-Denis-sur-Richelieu en honneur aux patriotes.
  • 21 janvier 2023 – Rassemblement à la colonne Nelson pour fêter les 75 ans du drapeau québécois.
  • 24 janvier 2023 – Campagne d’affichage à Montréal en l’honneur de Samuel de Champlain.
  • 15 février 2023 – « Pendaison » symbolique de cinq pantins près du pont Jacques-Cartier pour commémorer l’exécution des patriotes le 15 février 1839.
  • 25 février 2023 – Fondation de la section Sherbrooke.
  • 30 mars 2023 – Opération de tractage à l’Université de Sherbrooke.
  • 23 avril 2023 – Accrochage d’une bannière « Gouverner ou disparaître » avec drapeaux du Québec et fumigènes sur le Pollack Concert Hall de l’Université McGill en milieu de journée.
  • 27 avril 2023 – Opération de tractage à l’Université de Sherbrooke.
  • 2-3 mai 2023 – Tags à Québec et à Montréal. (Celui de Québec entraîne une « guerre de tags » à 3 joueurs, avec NA, Québec Antifasciste et Patriotes antifascistes!)
  • 22 mai 2023 – Manifestation pour la journée nationale des patriotes.
  • 1er juillet 2023 – Accrochage d’une bannière « Frontière internationale — Québec libre » sur le pont reliant Gatineau et Ottawa. Accrochage de bannières à Montréal, Québec et Sherbrooke.
  • 12 juillet 2023 – Autocollants « Arrêt » apposés sur des panneaux « STOP » et autocollants « Loi 101 » à Lennoxville. Cette action génère un topo dans le magazine d’extrême droite Causeur.
  • 24 juillet 2023 – Accrochage d’une bannière « 5 siècles de haut » sur la croix de Jacques-Cartier à Gaspé, pour célébrer le 489e anniversaire de la colonisation. (Prestement décôlissée par nos camarades du réseau Brume noire.)
  • 30 juillet 2023 – Fondation de la section Québec.
  • Août 2023 – Participation de plusieurs membres, dont Aurélien Nambride, au congrès bisannuel du comité national des jeunes du Parti Québécois. La présence de NA irrite de nombreux membres du PQ, mais leur présence est tolérée.
  • 22 août 2023 – Campagne d’affichage à la mémoire de Louis Hébert, premier colon québécois, avec slogan « Maîtres chez nous ».
  • 10 septembre 2023 – Hommage à Montcalm, avec flambeaux et drapeaux du Québec. Leur action la plus codée « facho » à ce jour.
  • 23 septembre 2023 – Nouvelle Alliance fait une apparition à la grande manifestation syndicale du Front Commun. (Ils se font un peu brasser et sortir de la manif par des camarades antifascistes.)
  • 30 septembre 2023 – Accrochage d’une bannière « Le français ma culture, l’anglais la rupture » au Cégep Garneau de Québec.
  • 25 novembre 2023 – Parade pour célébrer la victoire des patriotes à Saint-Denis-sur-Richelieu.
  • 30 novembre 2023 – Opération de tractage à l’Université de Montréal.
  • 10 décembre 2023 – Participation à une marche organisée par la SSJB en hommage aux patriotes à Saint-Eustache.
  • 21 janvier 2024 – Drapeau québécois attaché à la Colonne Nelson pour célébrer les 76 ans du drapeau québécois
  • 16 février 2024 – Manifestation et déploiement d’une bannière « Subversion migratoire » devant le bureau du ministre canadien de l’Immigration, Marc Miller.
  • 20 février 2024 – Mise en ligne d’une vidéo déplorant le « danger de l’immigration » au Québec. (Voir la transcription ci-dessous.)
  • 18 mars 2024 – « Projection politique » à Québec; projection lumineuse de différents messages pro-indépendance.
  • 24 avril 2024 – Conférence intitulée « S’armer d’impatience » à la Librairie Le Livre Voyageur, à Montréal, portant sur les Chevaliers de l’indépendance et du Réseau de Résistance du Québécois (RRQ).
  • 20 mai 2024 (prévue) – Marche pour la Journée nationale des patriotes à partir de la statue de Dollard des Ormeaux au parc Lafontaine, avant de se rendre au square Saint-Louis rejoindre la manifestation annuelle de la SSJB.

[i]               Barbeau et l’Alliance Laurentienne cultivait une sympathie pour les mouvements fascistes, entretenait une correspondance avec le néonazi Adrien Arcand et comptait dans ses rangs des membres du PUNC, la formation politique de ce dernier. Barbeau avait notamment ouvert des « Clubs Laurentie » un peu partout dans la province, publiait la revue Laurentie et aspirait à faire du Québec la République de Laurentie.
https://www.erudit.org/fr/revues/mensaf/2003-v3-n2-mensaf01359/1024646ar.pdf

[ii]               Voir l’annexe A, ci-dessus.

[iii]              Il s’agit d’ailleurs d’une posture très répandue parmi les fascistes contemporains, notamment chez le principal maître à penser de la Nouvelle Droite française, Alain De Benoist, qui voudrait carrément nous faire croire que la dualité gauche-droite est révolue!

[iv]              BOCK CÔTÉ, Mathieu, Le Totalitarisme sans le goulag, Les Presses de la Cité, 2023.

[v]               MBC opère ici un amalgame entre les positions libérales socialement progressistes et les valeurs révolutionnaires et internationalistes de la gauche radicale, comme si cette dernière avait une quelconque emprise aujourd’hui sur les institutions politiques, économiques et culturelles dominantes… C’est un autre procédé sophistique très répandu chez les passeurs d’idées de l’extrême droite.

[vi]              Ibid. p 35.

[vii]             Ibid. p 71.

[viii]             En campagne électorale présidentielle, le chef du parti Reconquête, Eric Zemmour, promettait « zéro immigration » et MBC se lamentait alors qu’on ose associer ce politicien à l’« extrême droite »!

[ix]              À l’exception peut-être du RRQ, qui n’en faisait aucune mention explicite dans son manifeste (2008), ce que lui reprochait d’ailleurs la Fédération des Québécois de souche à l’époque.

[x]               MBC dénonce régulièrement les goons identitaires, et en retour, les boneheads d’Atalante lui ont reproché d’être un identitaire de salon!  À un évènement de MBC à Québec, Atalante avait distribué un tract sur lequel on pouvait lire « La renaissance identitaire se fait par l’action et NON dans des dîners de galas! ». Sur Facebook, le groupe publiait ce commentaire à l’occasion de l’événement : « Mathieu Bock-Côté, sociologue et essayiste, qui pleurniche régulièrement sur la déchéance identitaire au Québec, mais qui est aussi le premier à cracher sur les initiatives qui répondent à l’appel, a eu droit à de cordiales salutations de la part de nos militants, que monsieur qualifiait dernièrement de : “bizarroïdes”, “folkloriques”, “caricaturaux” et “pelés”. […] Nous n’avons qu’un message à lancer! La renaissance identitaire se fait par l’action et NON dans des dîners de gala! Pourtant, c’est dommage, nous qui vous apprécions bien, M. Bock-Côté. » SOURCE : Isabelle Porter, « L’extrême droite de Québec sort de l’ombre », Le Devoir, 2 février 2017; et https://montreal-antifasciste.info/fr/2018/12/19/demasquer-atalante/.

[xi]              En février dernier, par exemple, François Legault annonçait avoir l’intention de contester en Cour suprême l’accès aux CPE des enfants demandeurs d’asile, s’appuyant sur un « gros bon sens » qui n’est au fond qu’une manifestation de la préférence nationale théorisée par l’extrême droite française. La même semaine, le gouvernement de la CAQ affirmait que l’identité québécoise est menacée par les demandeurs d’asile, et François Legault continue de demander (sans succès) le rapatriement de tous les pouvoirs en matière d’immigration. Le PQ exige quant à lui un moratoire sur l’immigration temporaire, agite publiquement les spectres de la disparition du Québec orchestrée par les fédéralistes, et reprend un discours étrangement similaire à ceux que tient Nouvelle Alliance sur la nécessité pour la gauche et la droite de s’entendre sur l’essentiel pour réaliser l’indépendance aussitôt que possible. Les deux formations se montrent maintenant favorables à un référendum sur l’immigration, une initiative hasardeuse qui aurait inévitablement pour conséquence de cliver encore plus la société québécoise et de marginaliser davantage les populations migrantes projetées au cœur de ce conflit.

Bonus track, juste parce que lol :

Réponse à la « Réponse à Première Ligne »

 Commentaires fermés sur Réponse à la « Réponse à Première Ligne »
Mai 142024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Dans un article précédemment publié sur mtlcontreinfo.org, des camarades ont réagi à un texte paru dans le troisième numéro de notre revue.

Nous sommes content.es de voir qu’enfin la critique publique et les bagarres théoriques se substituent aux tendances grégaires qui hantent l’espace politique que nous habitons! Nous souhaitons voir émerger une culture d’échanges féroces et réfléchis, permettant à toustes de faire vivre nos idées plutôt que de les porter comme des identités figées et vides que l’on oppose maladroitement (les anarchistes contre les communistes, les réfo contre les révo, …). Face à l’inertie, faire vivre le débat et la conflictualité dans les idées élève le niveau collectif de nos actions et de nos échanges. Si trop souvent la critique publique fait office d’anathème servant d’outil politique visant la conservation du statu quo dans un milieu de lutte pris dans ses limites, la critique qui a été publiée ne donne pas dans ce registre de discours. La conflictualité se doit d’être motrice desdites luttes et non leur frein. À ce titre, nous remercions les personnes à l’origine de cette réponse de mettre en forme avec intelligence leur critique.

Maintenant, sur le fond. Le texte dit « On s’est bien questionnées sur le processus éditorial qui a pu laisser passer un tel texte et donc, qui est venu le crédibiliser dans notre contexte actuel. » Pourtant, ledit processus était plutôt clairement exposé en ligne en exergue de chaque texte et dans l’éditorial ouvrant le numéro :

« Entre octobre 2023 et février 2024, des membres du Collectif Première Ligne ont appelé publiquement à former un cercle de lecture et d’écriture sur le genre, la reproduction sociale et le patriarcat. Une quinzaine de participant·e·s a fréquenté, en tout ou en partie, les séances de ce cercle, amenant avec elles leurs situations, leurs bagages, leurs problèmes, leurs perspectives et leurs motivations. Le texte qui suit, comme tous les textes composant le numéro, est issu de ce processus. »

Le texte est en effet issu d’un cercle de lecture et d’écriture en mixité choisie sans homme cis qui avait été annoncé publiquement. Il ne s’agit donc pas d’un texte du groupe. Ainsi, lorsque la critique est attribuée à Première Ligne, elle rate plutôt sa cible, le texte étant autonome par rapport à nos positions politiques. Nous avons souhaité faire vivre les idées du cercle de lecture et d’écriture publiquement sans que Première ligne en fasse l’édition. On se serait insurgé contre nous (à raison) si nous avions tenté de faire entrer ce processus dans nos lignes politiques. De plus, dans un milieu politique aussi timide, nous nous efforçons de valoriser le courage d’écrire.

Nous ne pouvons ainsi pas donner de réponse satisfaisante à une critique d’un texte qui n’est pas le nôtre. Maintenant, la question peut se poser de savoir s’il aurait été plus judicieux de ne pas publier ce texte, qui fait définitivement réagir. Nous avons fréquemment entendu des positions proches ou identiques au texte être défendu ou avancé dans des contextes militants informels et, à ce titre, l’article permet d’offrir une base autour de laquelle construire le débat. Nous pensons ainsi que l’article en question mérite pleinement d’exister, ainsi que la réponse critique dont il est question ici. Nous pensons que les positions justes n’émergent pas in abstracto mais sont toujours la face négative d’une position qui lui précède. Ce faisant, nous valorisons l’échange qui émerge alors, et espérons qu’il donnera des suites. Cependant, nous ne pouvons en tant que groupe qu’en être spectateurs·trices.

Nous remarquons toutefois des éléments rhétoriques malheureux qui traversent la critique, concernant à la fois le texte et notre collectif. Sans défendre le contenu à place de l’autrice, nous nous devons de les mentionner. La publication fait une large place au whataboutisme, paralogisme qui nous semble affaiblir les arguments pourtant substantiels qui sont présents. Whatabout les hommes trans? Whatabout les personnes racisées? Whatabout la Riposte? Il est facile de reprocher à un texte de trois pages tout ce qu’il n’aborde pas comme s’il s’agissait d’un révélateur des schèmes d’oppressions qui le traverse inconsciemment. Par ailleurs, la réponse évoque au détour d’une phrase que nous mettrions sous silence des enjeux raciaux qui traversent les différents systèmes d’oppression. Nous aimerions en savoir plus. S’agit d’un autre whataboutisme ou bien d’un réel problème qui émerge à des endroits précis de nos publications? De toute évidence, nous ne cherchons pas à remplir cyniquement la liste d’épicerie des oppressions afin de nous absoudre d’avoir des biais. Nous en avons certainement, mais ne cherchons pas à les passer sous silence.

Nous pouvons tout de même nous avancer quelque peu quant à la question de la promiscuité et de l’interdit sexuel. Si nous partageons à certains égards la suspicion exprimée dans la réponse quant à l’aspect conservateur, voire chrétien, de l’appel à la chasteté, nous devons tout de même émettre deux réserves.

Premièrement, nous ne croyons pas que l’objet du texte soit de refaire naitre le poids du religieux dans la sexualité, mais bien d’affirmer que seule la plus grande fermeté permet de rendre compte de l’étendue de la violence du patriarcat. Que cette affirmation fasse réagir est probablement à attendre. Toutefois, si la proposition en tant que telle peut faire l’objet d’un débat, elle a le mérite de chercher à regarder le problème en face et de prendre la mesure du niveau d’exigence qui s’impose alors. Que la proposition en soi puisse être discutable, certes. Seulement, son intransigeance peut avoir quelque chose à nous amener.

Deuxièmement, nous devons aussi rappeler que nombre de corps révolutionnaires dans le monde impose la chasteté à leurs forces de résistance armées. Et il nous semblerait suspicieux et orientalisant de réduire ces facteurs à des particularités locales. Elles nous informent qu’il ne s’agit pas d’être « anti-fun » ou « anti-sexe » (nous citons ici la réponse en question), mais bien que la sexualité est un nœud névralgique dans les rapports sociaux entre révolutionnaires. Il ne s’agit cependant pas de l’argument du texte ni de notre position. Seulement, nous ne pensons pas qu’il soit si facile de balayer la question au prix d’une pirouette rhétorique qui consiste à affirmer qui des deux a la position la plus morale.

Nous remercions les camarades de la réponse. Nous espérons qu’elle donnera le ton pour des critiques futures et qu’elle participe à faire émerger un espace sain dans une conflictualité nécessaire et bienvenue.

En solidarité, Première Ligne.

Pour une éthique militante – Réponse à Première Ligne

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Mai 072024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

‘HOMMES NOUS VOUS PARDONNONS VOS PÉCHÉS’
Pour une éthique masculine militante

Pendant la rencontre, il la regarde, elle est belle, plus que belle, il veut la bouffer, il a la dalle. Il exprime son point de vue rationnel sur les réalités matérielles des prolétaires canadiens. Il remarque qu’elle le trouve intelligent. Criss qu’il veut la bouffer. Discipline mon Jack, discipline, on fait la révolution ici. Peut-être que si j’étais une meuf, je serais plus discipliné. Jack, t’en penses quoi Jack, qu’il se dit dans sa tête, Jackie es-tu une meilleure camarade?

On a toutes plus au moins pété les plombs en lisant la dernière revue de Première Ligne, un sentiment qui s’est amplifié lorsqu’on a fini Pour une éthique militante masculine ( https://www.premiereligne.info/pour-une-ethique-militante-masculine/ ). On a vécu des émotions comme la colère, l’incrédulité, l’indignation, le what the fuck, et en général un « qu’est-ce qui a donc ben pu se passer pour en arriver à un texte comme celui-là? » Lorsqu’une de nous a lu ce texte pour la première fois, elle le découvrait en même temps qu’un camarade cis. L’écart disproportionné entre leur réaction a spontanément soulevé plusieurs red flags. L’approbation fascinée du gars pour ces idées clashait vivement avec la méfiance et l’indignation de la lectrice non-gars. Même si bien intentionné, l’assimilation des arguments de cet article par ce mec cis glissait immanquablement vers une dérive politique qui nécessite d’être adressée. Après cette altercation, l’incompréhension et une certaine colère sont restées. Ces réflexions méritaient d’être poursuivies, et quand elles se sont avérées partagées, on s’est rencontrées pour en faire le point.

On remarque tout d’abord plusieurs choses. Déjà, l’analyse homme-femme ne rend pas compte des dynamiques genrées des milieux militants (anarchistes-queer particulièrement) québécois contemporains. On y retrouve en réalité une pluralité de dynamiques d’oppressions par le genre et de violences interpersonnelles dans lesquelles la dynamique homme oppresseur / femme opprimée n’est pas du tout la seule, même si elle reste bien sûre fondamentale. Prenons pour exemple la violence intracommunautaire lesbienne, queer, ou bien les rapports de pouvoir de femmes sur les autres personnes de leurs communautés, ou bien les rapports de pouvoir venant de personnes non-binaires détenant un privilège cishétérosexuel par rapport aux personnes queer et trans qui ne l’ont pas, et cela sans rentrer dans toutes les dynamiques raciales pourtant primordiales au niveau du pouvoir et du genre que Première Ligne semble avoir l’habitude de passer sous silence. En dehors des dynamiques de pouvoir identitaires existe tout le clusterfuck interpersonnel des relations dans un milieu insulaire prompt aux dynamiques de pouvoir venant de tous bords tous côtés. En fait, le texte ne nous apparaît pas très sérieux, de plus qu’il semble ignorer tout un pan des analyses féministes venant des marges qui ont été développées dans les 50 dernières années pour se replier sur une vision très simpliste du genre qui bénéficie très clairement aux femmes blanches de classe moyenne. On s’est bien questionnées sur le processus éditorial qui a pu laisser passer un tel texte et donc, qui est venu le crédibiliser dans notre contexte actuel.

Ce que le texte ne prend pas non plus particulièrement en compte est la question des objectifs qu’atteindrait l’abolition des systèmes d’oppression, dont le genre, bref la question de pourquoi on la fait cette révolution? Réprimer ses désirs sous-jacents dans le but d’adopter des pratiques sexuelles et des expressions de genre plus «révolutionnaires» semble constituer une praxis fondamentalement anti-fun, voire anti-sexe qui en bout de ligne substitue une ascèse d’inspiration catho à une démarche révolutionnaire sérieuse, en plus de récupérer les pires éléments du lesbianisme politique et du féminisme radical, un courant qui est historiquement plutôt hostiles aux dissident.es sexuel.les et de genre. Plus concrètement, l’épanouissement de nos camarades «femmes» est-il plus probable par la création d’un groupe d’«hommes» militants égrainant leurs chapelets, ou par un groupe d’«hommes» ayant un rapport réflexif à leurs désirs et à la façon dont ceux-ci sont influencés par les rapports sociaux de genre ? En ce sens, une éthique militante masculine se doit de proposer une éthique militante générale visant le développement de plaisirs non-oppressifs qui seraient accessibles autant à nos camarades hommes que femmes (qu’iels soient hétéro, gais/lesbiennes ou bi) et ne pose pas seulement la question de l’éthique sous un angle d’inclusion/exclusion de nos cercles lesbo-queers.

Les trois « solutions » proposées sont des raccourcis intellectuels qui ne règlent en rien l’enjeu initial du texte, soit le manque d’éthique des hommes dans le milieu militant. L’amalgame douteux de l’orientation sexuelle, de la transition de genre et de l’abstinence sexuelle enfonce le texte dans cette rhétorique absurde du commandement, prescrivant la marche à suivre pour atteindre cet idéal du camarade vertueux. Cette clé de voûte en trois temps est sans concession, réduisant du même coup ces identités et pratiques à leur seule visée politique.

On tenait particulièrement à souligner l’impressionnante pirouette théorique de la deuxième proposition. Présentant la transition comme solution salvatrice à la domination de la classe des hommes sur la classe des femmes, cet argument repêché dans le lesbianisme politique est à notre avis le plus problématique (voire alarmant) des trois. En effet, le texte est traversé par ce fil inquisiteur, cherchant à faire ployer sous la culpabilité toutes personnes tombant dans cette catégorie de classe des hommes. Une honte inculquée aux hommes cishétéro pour le fait d’être homme cishétéro. Une telle homogénéisation de la classe des hommes éjecte de facto la possibilité d’entretenir un rapport sain à la masculinité. Tendant plutôt vers son abolition (ou du moins, son abandon), le problème émerge ailleurs. Les risques et dérives de ces arguments sont multiples, allant de l’instrumentalisation politique de la transition à toutes les sauces, jusqu’à la dévalorisation de l’identité féminine. Un homme cis qui adopte les conditions matérielles des femmes n’est pas systématiquement lavé de ses péchés. Un homme cis qui s’approprie la transition de genre, c’est ignorer et banaliser les réalités phénoménologiques et matérielles de ladite transition. Le pied d’égalité supposé dans le texte ignore tout des obstacles à la transition et des réalités matérielles d’oppressions entre femmes, et ce, rappelons-le, en plein backlash. Le manque critique de services et de soins de transition ne se verra jamais solutionné par une vague d’hommes cis les réquisitionnant sous le couvert d’abandonner leurs privilèges au nom d’une éthique masculine. Les hommes trans, de surcroît, sont complètement ignorés dans le programme qui nous est présenté.

On a donc envie de proposer une autre éthique militante pour les personnes en position de pouvoir. Cette éthique passe par une authenticité et une douceur par rapport à ses désirs, elle tend vers l’analyse et la compréhension des facteurs personnels et politiques qui les construisent, et non vers leur répression ou leur détournement politique. On veut promouvoir un consentement qui est à l’affut des contextes appropriés pour l’expression et l’exploration des désirs romantico-sexuels, et des façons dont la séduction et l’érotisme interviennent dans nos relations. On veut privilégier une approche qui prend en compte la culture du viol et du silence, qui vise à redonner leurs voix aux personnes vivant des violences interpersonnelles sans chercher à trouver un éternel coupable à punir et à exclure, tout en reconnaissant parfois la nécessité du combat et des représailles dans les cas plus sombres de violences institutionnalisée, comme la culture du silence pratiquée dans le PCR / Riposte (notamment dénoncée dans le témoignage suivant https://archive.ph/VhaKp). Il n’y a toutefois pas de solution à l’emporte-pièce qui tienne quant aux violences et au pouvoir, et il nous semble important pour tout le monde de prendre conscience de sa position individuelle vis à vis ses camarades au niveau de facteurs d’oppressions clairs: par exemple, dans son rapport au travail ménager, au fardeau contraceptif, à sa capacité à subvenir à ses propres besoins, à sa capacité à prendre la parole et à être écouté, à son capital culturel, à son accès à des soins de santé, aux violences déshumanisantes venant de la norme, etc. Beaucoup d’hommes (hétéros) causent en effet des problèmes à cause de leurs rapports à la masculinité, Il est par contre faux de prétendre que cette masculinité est, en soi, le problème, ou bien qu’être traversé par d’autres identités rend les gens moins susceptibles d’être inconscients de leurs positions de pouvoir. Ces positions sont d’ailleurs parfois plus fluides qu’on le croit dans nos milieux, il est donc crucial de s’entraîner collectivement à avoir une réflexivité sur nos positions sociales sans en évacuer les complexités.

En solidarité, depuis la deuxième ligne.

Invitation à la Foire des zines anarchistes 2024 de Montréal

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Avr 152024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Armons-nous de courage et des plus belles idées.

Les bourgeons de mai nous invitent chaque année à la réflexion sur la pensée subversive et les pratiques anarchistes d’hier à aujourd’hui. Le projet qui anime et enflamme nos coeurs est la destruction de l’autorité. Méfiant·es de la stratégie politique, nous proposons un anarchisme dont les moyens s’accordent avec les fins, sans attendre et sans compromis. La lutte pour la liberté est infinie et c’est par le conflit permanent que l’on arrive à créer des espaces pour respirer un peu, toujours dans une perspective de liberation totale.

Cette foire est un moment pour aiguiser le sens critique nécessaire à faire vivre ce projet. Elle vise à nourrir les imaginaires. Elle s’adresse aux rêveur·euses de liberté sans limite qui chérissent un bouleversement total du monde plutôt que son réaménagement. Les livres, les zines,les discussions et les rencontres sont indispensables. Ils donnent sens aux actes et vice versa.

Nous encourageons l'(auto)édition, réalisée par les compagnon·nes en dehors des chaînes commerciales de l’industrie du livre, pour libérer la plume de la censure et le livre de sa logique marchande. Nous souhaitons l’auto-organiation de la diffusion et de la distribution, avec la volonté de partage des idées à celleux qui se sentent interpellé·es. Cela passe necessairement par la gratuité et le refus des marchés alterno et des copyrights. Nous voulons l’autonomie de cet évenement que nous réalisons sans soutien institutionnel autre que la participation volontaire des individus.

Rejoingnez-nous les 11 et 12 mai prochains sous le viaduc Van Horne (nord de la track) pour deux journées de discussions, de lectures, de musique et de complicité.

Il y aura plusieurs tables de zines et livres sous le viaduc, quelques présentations suivies de discussions dans le petit parc adjacent, des concerts en soirée, ainsi que de la bouffe et du café sur place.

*Nous vous suggérons fortement de laisser vos téléphones, caméras et autres snitchs de poche loin de l’évènement.

*La foire aura lieu en extérieur et en toutes circonstances météorologiques, habillez-vous donc en conséquence.

*Plus de détails à venir sur les discussions et les horaires à consulter sur le site web https://mtlanarchistzinefair.noblogs.org/

VIVE L’ANARCHIE !

Un passage du flambeau – un regard extérieur sur l’organisation du 15 mars

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Mar 252024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Avant toute chose, je tiens à préciser que je n’ai en aucun cas participé à l’organisation de la manifestation du 15 mars contre la brutalité policière de cette année. Je connaissais certaines des personnes impliquées dans son organisation auparavant, et certaines des personnes impliquées dans l’organisation cette année, mais je n’ai vu l’organisation évoluer que de loin.

Donc oui, il y avait un nouveau collectif qui organisait la manifestation du 15 mars cette année. Pendant et après la manifestation, j’ai entendu un certain nombre de critiques, certaines chuchotées entre camarades, d’autres plus publiques. Pour ma part, je souhaite répondre à ces critiques. Je remercie sincèrement et entièrement le collectif du 15 mars, qui a pris les choses en main et a rempli de très grosses chaussures, avec très peu de temps pour le faire. C’est un travail ingrat, difficile et dangereux, et ces personnes ont toutes mon soutien pour s’y être attelées.

Était-ce parfait ? Non. Mais d’après ce que j’ai entendu, elles et ils ont eu à peine un mois pour le faire. Le fait que le collectif ait réussi à produire des tracts, des autocollants, des affiches et à créer une coalition dans un délai aussi court est tout simplement incroyable. Et même si elles et ils avaient eu plus de temps, nous savons tou-te-s que ces événements ne sont jamais parfaits : en tant que personne organisatrice d’événements radicaaux moi-même, je sais que nous faisons de notre mieux avec les maigres ressources dont nous disposons. Nous tirons toujours un millier de fils en même temps, et nous continuons toujours à marcher sur la frontière vers le burnout. Sans parler de la nature chaotique d’un événement radical, où tout peut arriver (et arrive souvent) et où il est impossible de prévoir toutes les éventualités. Et à mon avis, c’est là que réside la beauté de ce que nous faisons. Lors de nos événements, n’importe qui peut prendre l’initiative de brandir un drapeau, une bannière ou un mégaphone, et permettre à tou-te-s d’aller un peu plus loin que ce que l’on pensait.

L’organisation de cette année était-elle différente des manifs du 15 mars auxquelles nous sommes habitué-e-s ? Oui, mais rien ne devrait être inscrit dans la pierre, surtout pas les événements anarchistes. Oui, le format était différent, et bien que je ne connaisse pas les objectifs du collectif, j’ai eu l’impression que cela suivait un format que nous avions l’habitude de voir plus souvent dans les années 90s/00s. Au début, une manifestation semi-radicale, accessible au plus grand nombre. Et puis, par la suite, la vraie chose, pour celles et ceux qui veulent pousser les choses plus loin. D’après ce que j’ai pu voir, il y avait encore de la place pour une diversité de tactiques, c’est juste une manière différente d’organiser les choses. Et ce format est un bon moyen d’introduire des personnes qui ne se joindraient jamais à une manifestation radicale, pour voir ce qui se passe quand les gens sont plus combatifs.

///

Le changement de tactique, le nouveau collectif du 15 mars… tout cela nous amène à l’état général de notre mouvement, de nos luttes.

Nous arrivons à un tournant dans nos collectifs, où certains vieux groupes semblent avoir des difficultés : par exemple, nous savons que le Salon du livre, un autre travail ingrat et difficile, a aussi des problèmes. Le COBP continue à faire des miracles avec, d’après ce que j’ai entendu, seulement une poignée de personnes. Et peut-être que l’organisation du 1er mai ne rassemble plus autant de monde qu’avant ? En même temps, de nouveaux collectifs radicaux émergent, comme l’ORA/RAO, le P!nk Bloc et maintenant le collectif du 15 mars. Il est peut-être temps pour nous, l’ancienne génération, de passer le flambeau à la plus jeune.

La nouvelle génération fera-t-elle tout comme nous, les ancien-ne-s, avions l’habitude de faire ? Va-t-elle façonner le mouvement comme nous, les vieilles et vieux punks, le voulons ? Non. Et c’est bien là le but. Les gens changent, les idées changent, et nos mouvements doivent changer avec eux. Les priorités, les tactiques et les objectifs de la prochaine génération ne seront pas les mêmes que ceux des anciens, et c’est tant mieux. Ce n’est pas comme si les priorités, les tactiques et les objectifs que nous utilisons en ce moment donnent beaucoup de bons résultats ces temps-ci, n’est-ce pas ?

Donnons à la prochaine génération une chance et un espace pour grandir, apprendre et, oui, faire des erreurs si nécessaire. C’est le seul moyen d’améliorer ce que nous avons construit au fil des ans et de le faire passer au prochain niveau. Et de faire en sorte que nos mouvements perdurent au-delà de nos propres vies, trop courtes et trop vaines.

Vive la prochaine génération de la Révolution,
Vive le nouveau 15 mars,
Et, comme toujours, ACAB partout.

une vieille personne camarade

Photo : André Querry

Une manif sans tête – Retour critique sur la manifestation du 15 mars 2024

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Mar 232024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Cette année, la traditionnelle manifestation contre la brutalité policière était organisée par le nouveau Collectif 15 mars. Les personnes à l’initiative de ce collectif nous sont inconnues, mais nous trouvons qu’autant discursivement – par l’appel à manifester sur leur site – que dans leurs pratiques de rue, ce changement de paradigme fait la part belle à une libéralisation de cette tradition anarchisante et combative. Trop peu de pratiques militantes à Montréal permettent de faire vivre un esprit offensif, où l’affrontement avec les corps policiers n’est pas accueilli négativement par la foule. Nous ne pouvons nous permettre de laisser cette manifestation tomber aux mains des réformistes aux tendances vive le communautaire.

Prenons d’abord l’appel à manifester puisqu’il s’agit du seul texte produit par le nouveau collectif et qu’il indique clairement les tendances idéologiques du nouveau groupe. Que nous dit donc cet appel… Pas grand-chose, sauf leurs brèves lignes politiques : « l’opposition aux interventions policières », « la fin des interpellations de la police, des équipes – intervenant·e·s et policier·ère·s –et de la présence des agences de sécurité privée dans l’espace public » et leur soutien à différents groupes communautaires et militants. Dans les dernières années, le COBP se faisait reprocher de ne pas assez se centrer sur l’opposition à la police en soi plutôt qu’à ses méthodes brutales – alors qu’il est évident que la plus grande part des manifestant·e·s ne tient pas à cette distinction non plus, à en croire la popularité du slogan ACAB. Nous trouvons que le passage d’un collectif opposé à la brutalité policière à un collectif opposé aux interventions policières n’ouvre pas d’horizon politique particulièrement intéressant. Les temps de l’euphémisation des discours d’extrême gauche devraient déjà être longtemps révolus.

Ce monde nous est intolérable, les démocraties libérales occidentales se flétrissent et laissent surgir une autorité, une surveillance ainsi qu’une violence de plus en plus crues. Il nous faut intensifier la lutte et nos discours, et non les vider de leur sens en les affadissant. Le 15 mars, s’il devait n’y avoir qu’un seul mot d’ordre, celui-ci devrait être l’abolition immédiate et non négociable de tous les corps policiers, de l’armée de l’État et de tous les centres de détention.

Suite à notre lecture de l’appel, nous étions sceptiques, mais, considérant qu’un doute planait sur la tenue de la manifestation cette année, nous étions tout de même excité·e·s à l’idée que le quinze mars ait encore lieu. Nos doutes par rapport aux tangentes que prenait la manifestation se sont toutefois cristallisés lorsque le Collectif 15 mars, quelques jours avant l’événement, nous a fait discrètement parvenir l’ordre de « ne pas faire d’action directe lors de la manifestation » et il nous est apparu que le trajet avait été spécifiquement réfléchi afin d’éviter le maximum de cibles potentielles pour des gauchistes excité·e·s. Quelle honte! Les réformistes pacifiant·e·s n’avaient pas assez des 172 autres manifs plates et dociles de l’année? Voilà maintenant qu’iels doivent s’approprier une des seules manifestations radicales traditionnelles de Montréal. Lorsque la manifestation se met à elle-même se policer, il n’y a effectivement plus besoin de police…

Fort heureusement, nous avons eu la preuve que les consignes autoritaires et pacifiantes sur le milieu anarchiste n’ont eu que trop peu de résonance et n’ont su changer la nature de la manifestation du 15 mars! Bon nombre de banques et de condos de luxe se sont fait attaquer et plusieurs feux d’artifices et bombes fumigènes ont coloré le ciel. Nous saluons chaudement les personnes ayant pris ces initiatives!

Mais il nous semble également important de souligner que dès la première attaque contre une banque – la RBC face au métro Beaudry – la tête de la manif du Collectif 15 mars n’a donné aucun mot d’ordre et s’est immédiatement volatilisée (à notre connaissance, la police n’avait pas déclaré la manifestation illégale – on nous corrigera). Cela a eu comme conséquence directe de désorganiser la manifestation et de l’exposer à de potentielles interventions policières au moment précis où des personnes auraient pu se faire arrêter. Pis encore, il nous semble évident que les personnes derrière le Collectif 15 mars comprennent mal l’implication politique des tactiques de manifestation. En effet, sans entrer ici dans une critique exhaustive du concept de « diversité des tactiques », toustes devraient minimalement s’entendre sur la nécessité de la désobéissance civile (c.a.d. non-confrontationnelle ou « non-violente » pour reprendre ce terme répandu mais inexact) dans un contexte de manifestation combative. Ainsi, les personnes organisatrices – qui marchent à visage découvert, ou qui sont associées plus ou moins publiquement à tel ou tel groupe communautaire ou institution – devraient utiliser leur présence en manifestation pour défendre jusqu’à la dernière minute le droit de manifester que prétend octroyer l’État canadien. N’ayant commis aucun acte criminel, elles n’ont pas de raison sensée d’être les premières à quitter. La fuite individuelle et injustifiée n’est pas qualitativement mieux que la course effrénée; les personnes qui ont trop peur devraient avoir l’humilité de s’abstenir d’assumer un rôle de leadership.

Enfin, faut-il ajouter que la présence soutenue et durable du plus grand nombre pendant tout l’événement est pour le moins importante dans un contexte où les manifestations montréalaises sont peu populeuses. Cette coprésence de personnes engagées dans différents rapports confrontationnels mais solidaires dans la rue est un des éléments fondamentaux à la prolifération de mouvements combatifs qui pourraient être à la fois significatifs pour de larges parties de la population qui sont présentement insensibles à nos propositions politiques et réellement inquiétants pour le système. Lorsque des organisateurs·rice·s contre la brutalité policière agissent au contraire de manière à mettre en danger une manifestation combative (et donc à risque d’arrestation), nous ne pouvons nous empêcher de nous sentir trahi·e·s.

Après quelques minutes d’incertitudes suivant la réalisation que l’organisation avait disparu, nous avons décidé avec nos camarades du P!nk Bloc d’utiliser nos bannières respectives pour prendre la tête de la manifestation afin de continuer à marcher avec une masse de gens qui, visiblement, était restée sur sa faim après avoir parcouru les rues résidentielles de Centre-sud sans cibles à portée de jet de pierre. Nous avons ainsi improvisé un itinéraire qui suivrait la rue Ste-Catherine vers la Place-des-Arts, que nous pensions être un bon endroit pour une dispersion réussie. Considérant que la masse de gens rétrécissait et que nous n’étions véritablement pas en assez grand nombre pour être en mesure de résister à une attaque de la police, nous avons rangé nos bannières, puis quitté à la Place-des-Arts comme prévu, mais une partie de la manif a choisi de continuer son chemin pour prendre fin au centre-ville.

Nous avions des critiques concernant le COBP et nous avions espoir que ce nouveau Collectif 15 mars puisse renouveler l’organisation de cette journée en offrant un cadre permettant de redoubler de combativité. Pour nous, le message est clair : le Collectif 15 mars n’a pas été à la hauteur de cette tâche. Il nous a semblé faire plutôt l’inverse par sa compromission avec la tendance libérale et sa soumission implicite à un statu-quo mou. Nous ne voulons pas d’appel à cesser l’action directe lors des manifestations, nous ne voulons pas de tête de manifestation qui abandonne la manifestation dès la première vitrine fracassée. Ce que nous voulons, ce sont de vraies solidarités tactiques et stratégiques, un attachement clairvoyant aux traditions, une compréhension perspicace du rôle des manifestations – une réelle camaraderie, ne serait-ce que l’instant d’un moment de casse. Ce que nous voulons, c’est véritablement devenir ingouvernables et menaçant·e·s pour l’État et son corps policier. Que le 15 mars de l’année prochaine le permette!

Longue vie au 15 mars ingouvernable!

Première Ligne

Radio-Canada a du sang sur les mains : retour sur les vitrines détruites dans la nuit du 12 au 13 mars.

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Mar 152024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Dans la nuit du 12 au 13 mars, les vitrines de la maison de Radio-Canada ont été détruites par des militant-es en réponse au choix de Radio-Canada d’utiliser sa large plateforme pour amplifier des discours transphobes proche de ceux de l’extrême-droite.

Le reportage TransExpress paru à l’émission Enquête le 29 février 2024 est une attaque intellectuellement et scientifiquement malhonnête envers les personnes trans et leur accès aux soins de santé. Ce reportage représente un glissement idéologique qui sert à légitimer les demandes transphobes de l’extrême droite, qui va attiser les violences envers les communautés trans, présentement de plus en plus ciblées. Radio-Canada et ses journalistes ont choisi d’entretenir une panique morale qui met la communauté trans, et en particulier les jeunes trans, en danger.

Ne nous laissons pas avoir par la prétention de neutralité journalistique et de « simple curiosité » : Pasquale Turbide et l’équipe de Radio-Canada ont choisi de laisser la parole à des pseudo-experts discrédités comme Lisa Littman et le SEGM. Leurs discours alarmistes sont déjà liés à une augmentation de la violence en Angleterre et aux États-Unis. La journaliste refuse de faire un réel effort de recherche et de compréhension de la réalité trans. Dans le reportage, elle utilise un langage transphobe et irrespectueux des communautés, mégenrant constamment les personnes trans. Même les passages qui se veulent reconnaître la réalité trans le font dans un cadre de psychiatrisation de la transidentité, invitant plus de contrôle médical de la part de l’état. Nous ne voulons pas du contrôle de l’état sur nos corps! Tout le monde devrait pouvoir expérimenter comme bon leur semble, quitte à faire des erreurs, sans avoir à demander la permission aux chiens de garde de l’état. Nous ferons de nos corps ce que bon nous semble, à tort ou a raison, n’en déplaise à l’état et à la petite bourgeoisie culturelle.

On voir clair dans l’agenda de Radio-Canada et son empressement à capitaliser sur cette panique morale pour augmenter ses cotes d’écoute. Comment expliquer autrement d’avoir fait venir Pasquale à Tout le monde en parle, sans lui opposer d’interlocuteur-ice informé-e pour opposer ses discours transphobes et sensationnalistes?

Comme toujours le capitalisme et l’état, face aux crises répétées et à la gronde populaire, cherchent à détourner l’attention des classes populaires. Plutôt que de parler de l’effondrement des services publics, de la crise du logement, de la crise climatique, de la montée du fascisme, de la violence policière ou du génocide en Palestine, il est plus facile de créer une menace imaginaire. La dérive fasciste de nos sociétés se sert de la communauté trans comme d’un bouc émissaire. L’état de plus en plus autoritaire et violent cherche a faire de nous un ennemi face auquel justifier son pouvoir et sa violence. Et ne vous attendez pas à ce qu’il s’arrête là tant qu’on ne les arrête pas.

Ces discours ont des conséquences réelles sur les décisions concernant l’accès aux soins de santé pour les personnes trans, mais aussi sur l’hostilité et la violence que les communautés trans vivent au quotidien, en particulier les jeunes trans. Ce n’est pas neutre que de répéter aux heures de grandes écoutes les discours poussés par l’alliance des forces d’extrême-droite. Quel honte de réentendre les propos de la droite religieuse, des néo-nazis, des masculinistes et du reste du camp de la haine sur une chaîne d’information publique! Ce reportage mensonger va encourager les mouvements haineux qui causent la mort des jeunes trans, par meurtre ou par suicide, comme c’est arrivé encore très récemment en Oklahoma. Quand un jeune trans tombera sous les coups de la transphobie, est-ce que l’équipe d’Enquête prendra ses responsabilités dans l’affaire? Feront ils une heure de reportage sur l’étendue des violence transphobes qui, contrairement à l’accès aux soins, tuent? Nous voyons clair dans leur jeu. Nous ne nous laisserons pas faire.

Il n’y a pas de « problème trans » mais il y a des trans qui ont un problème avec vous.
En choisissant de participer à une campagne de désinformation et de propagande haineuse envers nos communautés, derrière un vernis pseudo-scientifique d’autant plus dangereux, peut-être ces journalistes se sont-ils dit que la communauté trans est une cible facile, peu nombreuse, isolée et multi-marginalisée.

Mais comprenez bien que nous ne sommes pas seul-es : Nos alliées sont nombreux-es et notre rage est profonde. Nous sommes déterminé-es et solidaires.
Ce ne sera ni la première, ni la dernière fois que les queers bash back!

Nouveau sabotage contre Northvolt – Aucun capitaliste n’est à l’abri

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Mar 082024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Cette semaine marquait le retour des oiseaux migrateurs en Montérégie et le début de la nidification pour plusieurs espèces. Le chantier Northvolt est désormais engagé dans une course contre la montre afin de remblayer un maximum de milieux humides d’ici le 10 mars avant d’être empêché par la réglementation fédérale protégeant les oiseaux migrateurs. Si les travaux de déboisement sont terminés du côté de Saint-Basile-le-Grand (8700 arbres abattus) des travaux similaires s’amorcent désormais dans la partie Est du terrain appartenant à McMasterville. C’est dans cette section que se trouve le dernier boisé encore intact, peut-être préservé de la coupe en raison des actions répétées de spiking qui y ont eu lieu.

Afin de freiner le saccage des milieux naturels, des militant·es se sont attaqués à la carrière Mont-St-Hilaire du groupe Michaudville, responsable jusqu’à maintenant du remblayage de plus d’une dizaine d’hectares de zones marécageuses essentielles à la survie d’espèces vulnérables comme le petit blongios, la tortue molle à épines et la chauve-souris rousse. En raison de l’artificialisation des sols et de l’étalement urbain, il ne reste plus, aujourd’hui, que 5% de milieux humides dans ce bassin versant. Non seulement ce projet industriel n’aidera en rien à la décarbonisation de notre économie (comme le prétendent nos ministres), mais il se fera, en plus, aux dépends de la biodiversité locale. Rappelons que la crise écologique n’est pas seulement une crise climatique, mais aussi une crise de la biodiversité toute aussi menaçante. C’est grâce à nos relations avec d’autres espèces si nous vivons, mangeons et respirons. Nous sommes entièrement dépendent·es de ces écosystèmes.

En début de semaine, une centaine d’engins cloutés ont été répandus sur le chemin menant à la carrière afin de cibler les camions transportant la terre et le gravier servant au remblayage. Dans les dernières semaines, ce sont au-delà de cent allers-retours qui s’y sont produits quotidiennement avec un passage de camion aux 3 minutes. Toute action qui perturbe la circulation et entrave l’unique voie d’accès à la carrière cause des pertes financières affectant la rentabilité du projet. Chaque heure de travail perdue est une victoire pour les opposants à Northvolt.

Le projet Northvolt ne sera jamais écologique. Avec la filière batterie, le gouvernement caquiste profite du dérèglement du climat pour faire des affaires. Tandis que l’État injecte aujourd’hui des milliards de dollars pour sauver l’industrie automobile, ces investissements nous obligent à assurer, pour les décennies à venir, la croissance d’un secteur économique tout aussi destructeur que l’économie fossile. L’électrification massive des transports et le tout-à-l’auto nécessitent la multiplication des mines dans les pays du Sud et sur le territoire des Premières Nations. Partout, les terres agricoles, les cours d’eau et les populations qui en dépendant seront empoisonnés par des rejets toxiques. Des forêts entières seront jetées à terre, des montagnes éventrées. La crise écologique est insoluble dans le capitalisme : notre unique voie de sortie passera par l’entraide, la création de communautés résilientes et la décroissance.

Aux entreprises qui collaborent avec Northvolt : personne n’est à l’abri!

Bande de Gaza: le Canada a du sang sur les mains

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Mar 062024
 

Du Collectif Emma Goldman

6 mars 2024. Saguenay sur le Nitassinan.

Des membres du Collectif anarchiste Emma Goldman ont accroché une bannière « Non au génocide, Canada complice. Gaza libre » sur un symbole militaire trônant dans un parc d’Arvida. Quatre mois après que les Israéliens aient totalement bouclé la bande de Gaza,(action en contravention avec le droit international) et après que Tsahal ait ouvert le feu et tué une centaine de civils lors d’une distribution d’aide humanitaire, le gouvernement canadien annonce qu’il fera parachuter des vivres sur la Bande de Gaza par l’entremise de l’armée jordanienne. Cette action est une autre insulte pour les  millions d’humains qui s’entassent aujourd’hui à Rafah. Ces derniers souffrent d’une grave pénurie d’eau, sont à risque de famine et d’éclosions d’épidémies de toutes sortes. Quand leurs familles ne sont pas tout simplement décimées par les bombes larguées sans relâche sur la bande de Gaza par les avions de chasse de fabrication américaine en service dans l’armée de l’air israélienne. Est-ce que nous allons laisser un autre génocide se commettre au vu et su de tous? Les postes de contrôle terrestres doivent être ouverts pour acheminer l’aide humanitaire! 

Le Canada doit mettre fin à sa politique des deux poids, deux mesures (la Russie et l’invasion de l’Ukraine) et dénoncer les crimes de guerre commis par l’armée israélienne et prendre action contre le gouvernement israélien. De plus, le gouvernement canadien doit cesser l’envoi de matériel militaire à Israël. Dans les deux premiers mois de l’agression israélienne sur la bande de Gaza, le gouvernement fédéral a autorisé pour 28,5 millions de dollars de nouveaux permis d’exportation de matériel militaire vers Israël, soit plus que les exportations militaires de 2022 (1). 

Une pression maximale doit être exercée sur le gouvernement du Premier ministre Netanyahu pour faire taire le bruit des armes. Le gouvernement canadien doit œuvrer à trouver une solution permanente et durable au conflit israélo-palestinien en faisant respecter le droit au retour des réfugiés palestiniens, en exigeant la fin de l’apartheid israélien et de la colonisation illégale de la Cisjordanie. Une colonisation maintes fois condamnée par l’assemblée générale des Nations unies depuis 1967. 

Il est temps d’agir, l’histoire nous regarde! 

1. 21 millions pour 2022 et 26 millions de dollars en 2021.

Attaquons Northvolt, toujours, partout

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Fév 282024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Des anarchistes ont encore attaqué la machine de destruction capitaliste sur le site de Northvolt. Des pics d’acier ont été mis en place sur les différents chemins utilisés par la machinerie. En plus, de nouveaux clous ont été mis dans des arbres, cette fois sans les identifier, pour maximiser le potentiel de destruction sur la machinerie écocidaire. Les personnes ayant fait l’action n’ont pas peur de se faire prendre. Même si c’était le cas, elles demanderaient d’être jugées par leurs pairs. Par les tortues molles à épines, les petits blongios et les chevaliers cuivrés. Par toutes les espèces qui meurent parce que la destruction de la planète, c’est payant en crisse.

En effet, pour maintenir la croissance économique capitaliste, ça prend des bungalows de banlieue pitoyables de plus en plus grands et des chars de plus en plus gros. Pendant ce temps, on se ferme les les yeux et on se laisse bercer par les comptines des capitalistes qui prétendent que les chars électriques réduisent les émissions de gaz à effet de serre. Sous le prétexte hypocrite de la protection de l’environnement, L’État et ses amis des industries tentent un sauvetage désespéré de l’industrie automobile. Pour qu’elle survive après 2035, le moment où le fédéral interdira la vente de chars au gaz, ils remplacent les chars au gaz par des chars électriques. Les gouvernements s’arrangent alors pour réduire le prix des chars électriques, par des subventions directes et indirectes, pour qu’ils restent accessibles à la classe moyenne. Bref, la filière batterie, c’est le pillage des fonds verts par les gouvernements pour financer la croissance économique, pour permettre à l’industrie automobile de survivre aux changements climatiques qu’elle a causés. Le développement de la filière batterie, c’est pour qu’on continue de vivre dans des villes bruyantes, désagréables, dangereuses, où les centres-villes ont été transformés en autoroutes et en stationnements. Les anarchistes ne veulent rien savoir de leur monde, et c’est pour ca qu’iels tenaient à crisser une pelletée de sable supplémentaire dans ses engrenages.

Et il faut se rappeller que le char électrique, ce n’est qu’en ville qu’il peut prétendre être vert. Tout autour, ce sont les mines, toujours sur des terres autochtones, partout dans le monde. C’est la raffinerie toxique de Rouyn-Noranda. Ce sont les extensions de ports le long du fleuve Saint-Laurent. De l’Afrique à l’Amérique du sud, ce sont les exécutions contre les syndicalistes et les défeuseur·euse·s de la nature effectués au nom des minières canadiennes. À défendre la nature ici, on ne risque pas la mort. Se servir de nos privilèges pour défendre les plus vulnérables, ça veut dire agir ici. C’est un problème causé par les blancs, et il est grand temps qu’on prenne nos responsabilités.

C’était un moment triste pour faire une action. Sur le site de Northvolt, il reste à peine quelques arbres, dont ceux qui étaient identifiés comme ayant été la cible de cloutage la dernière fois. C’est donc dire que l’action directe fonctionne. En effet, ces clous ont probablement fait plus pour la protection de la biodiversité que la COP15, et toute la ribambelle d’autres COP. On voit clairement en action les mécanismes de compensation ridicules pour la biodiversité: d’un côté, on déboise massivement, alors que dans 4-5-6 ans, ou quand on aura le temps, on plantera une monoculture d’épinette noire sur 20 hectares, une armée de petits arbres en rangées qui seront coupés – de quoi faire du papier toilette à peine assez solide pour qu’on puisse se torcher avec, ne vous demandez pas pourquoi vos doigts passent en travers. D’un côté on remblaie les milieux humides, alors que dans 4-5-6 ans, ou quand on aura le temps, on creusera un trou dans un spot de sable pour y mettre deux-trois poissons et algues, pour se donner une tape dans le dos. On créera un étang à un autre endroit pour les animaux déjà emportés. Des animaux morts dans une flaque d’eau, c’est au mieux une soupe, ça ne pourra jamais compenser un écosystème vivant. Et ça, c’est s’il y a effectivement compensation, parce que c’est la première chose qui sera coupée si la rentabilité est menacée.

La lutte contre Northvolt ne fait que commencer. Il reste encore 2 ans avant la mise en service de l’usine. Les marges de profits ne seront pas extravagantes. Les coûts en sécurité, en relations publiques, en gestion de crise commencent déjà à s’accumuler. Déjà, l’image de la compagnie est fortement entachée, et il y a fort à parier que les investisseur·euse·s déchantent. Il reste encore 2 ans pour lutter et l’ennemi est vulnérable. On entre encore sur le terrain comme dans une passoire: on ne peut pas protéger plus d’un kilomètre carré avec quelques clôtures rouillées ainsi qu’un garde de sécu immobile qui joue à 2048 et qui fait dodo dans son auto. Les sous-traitant·e·s risquent de reconsidérer leurs relations étant donné les dangers encourus. Il ne faut pas les laisser aller. Le site de Northvolt avait été saccagé pour l’usine de CIL, mais la nature a repris ses droits. Continuons le combat jusqu’à ce que la vie revienne.