Quand le groupe d’extrême droite Atalante flirte avec les conspirationnistes de QAnon

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Sep 232020
 
Chicoutimi été 2019

Du Collectif Emma Goldman


Un lecteur de ce blogue a porté à notre attention la présence de nouvelles affiches du groupe néo-nazi Atalante. Il nous a également fait suivre quelques photos et captures d’écran qui nous ont décroché un large sourire.

Il semblerait qu’Atalante ait décidé de ranger pour un temps leurs bannières en papier prônant la « remigration » ou contre le « grand remplacement » [1] pour se coller eux aussi sur le mouvement anti-masque animé principalement par des partisans de la théorie conspirationniste d’extrême droite QAnon.  Il faut croire que le mouvement est un bon terreau pour l’extrême droite en tous genres.

Sur la page Facebook du groupuscule Patriotes du Sag-Lac, le groupe qui a organisé la manifestation au centre-ville de Chicoutimi, une personne célébrait la présence d’une bannière d’Atalante dans l’arrondissement de Jonquière à Saguenay. Évidemment, personne ne s’est offusquée du logo à l’iconographie nazie.

 Groupe qui rassemble tous et n’importe qui, de l’ancien meuton, au partisan de QAnon en passant par Jimmy Voyer, ancien candidat du Parti populaire du Canada (PPC) et l’un des fondateurs du parti municipal Alliance Saguenay.

Malheureusement pour Atalante…

Nazillons et QAnon : même combat…

En remontant la source de la photo, on découvre assez aisément que la personne à l’origine de cette publication est une partisane de la théorie conspirationniste QAnon. En effet, sur sa publication, la personne termine son message avec le slogan des partisans de QAnon: « WWG1WGA » (Where We Go One We Go All: Où l’un d’entre nous va, nous y allons tous).

Sur sa page se succèdent les thèses conspirationnistes dont la dernière en date qui impute la responsabilité des incendies en Californie aux antifascistes.

Même pas foutu de reconnaître des sapeurs-pompiers. 

En mal de visibilité sur les médias sociaux…

Ce n’est pas d’aujourd’hui que le groupe néo-fasciste de la ville de Québec essaie d’implanter une succursale à Saguenay (voir :  Extrême droite : Atalante ne prendra pas racine au Saguenay )Bien que l’action soit davantage destinée à faire parler d’Atalante dans les médias sociaux qu’à bâtir quoi que ce soit, il faut tout de même rappeler aux boneheads de Sainte-Foy que le papier et la pluie ne font pas bon ménage. Parlez-en à leur bannière…

Bilan : pluie 1 — les petits nazillons d’Atalante : 0

[1] Des thèses complotistes que les néo-fascistes d’Atalante essaient d’importer au Québec. Ces notions font partie intégrante du projet idéologique de la mouvance identitaire en Europe et ont été  popularisées par Éric Zemmour en France (grand ami de Mathieu Bock-Côté).   

Affiche: Abattons l’hydre technoindustrielle

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Sep 172020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

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Texte de l’affiche:

Abattons l’hydre technoindustrielle

Il n’est jamais trop tard pour dire non

Intelligence artificielle
Bénéficiaires de plusieurs $100M en financement d’État, les labos d’IA oeuvrent à mettre des algorithmes d’« apprentissage automatique » au service d’une panoplie d’industries. Sous une façade « éthique », certaines applications permettront simplement aux capitalistes bien placé.es de s’enrichir davantage. D’autres sont destinées à renforcer la répression, qu’il s’agisse de détecter les voleurs au supermarché par la surveillance vidéo automatisée, de mettre au point des outils de reconnaissance faciale qui fonctionnent même pour des visages partiellement couverts, ou de « prédire » le crime ou la probabilité de récidive d’un.e détenu.e.

Réseau sans-fil 5g
La puissance inouïe du réseau 5G permet le déploiement de l’IA au niveau d’une ville en temps réel. Tout déplacement devient traçable grâce à des milliers de caméras intégrées à un système de surveillance centralisé, une vision déjà mise en pratique dans plus d’une « smart city » européenne. D’innombrables capteurs à travers l’espace public, dans les commerces, les voitures, le transport en commun ou bien portés sur nos corps cherchent à faire de toute action l’objet de calculs, de prédictions et de contrôle, le tout sous un couvert éco-responsable. Une toile d’algorithmes devient omniprésente donc invisible, invisible donc incontestable.

Robotique et automatisation
Voitures autonomes. Entrepôts robotisés. Magasins sans caissier.ères. Robots de livraison qui appellent les flics lorsqu’ils sont attaqués. Une infrastructure se déploie qui changera le monde du travail ainsi que nos milieux de vie de façon permanente. Il ne s’agit pas de pleurer la disparition d’emplois éreintants et ennuyeux. Un rythme déshumanisant est imposé aux travailleur.ses restants, qui doivent suivre la cadence des machines et des logiciels de productivité ou se retrouver à la porte. D’autre part, quelles mesures de contrôle social et quels stratagèmes d’exploitation attendent les nouvelles masses d’exclu.es du chômage technologique ?

La vie devant un écran
Les possibilités de relations authentiques entre les humains et avec ce qui nous entoure sont de plus en plus effacées au service d’une hyper- connectivité virtuelle. La compréhension, la découverte et la recherche de sens sont réduites à une production de données. Déficit d’attention, troubles de mémoire, perte de capacités affectives et d’imagination, perturbation du sommeil, douleurs musculo-squelettiques, anxiété, solitude, dépression : les symptômes de la dépendance aux technologies connectées empirent alors qu’un pan grandissant de la population est immergé dans les écrans tactiles depuis la petite enfance.

30 juillet 2020
Achim, Allemagne
Une grue est incendiée sur le chantier d’un immense centre logistique d’Amazon, retardant les travaux et causant des centaines de milliers de dollars en dommages. Un autre grain de sable dans l’engrenage d’un chef de file de l’exploitation numérique. (anarchistsworldwide.noblogs.org)

Pour des vies libres et riches, ouvertes à l’inconnu

Soyons la panne dans leur réseau !

Capitalisme de surveillance et choc pandémique

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Sep 092020
 

Du Projet accompagnement solidarité Colombie (PASC)

Au début de la pandémie de la COVID-19, dans notre collective au sein de laquelle depuis 15 ans nous discutons des réalités qui nous entourent dans le but d’agir collectivement, nous avons réalisé une série de discussions, ayant déjà donné lieu à un premier article1. Aujourd’hui, nous publions ce texte, résultat de nos recherches du soir. Nous savions bien que la pandémie aurait des conséquences économiques, politiques, structurelles voir même structurantes, et nous nous inquiétions des enjeux de surveillance et de contrôle.

En route vers une nouvelle « normalité » ?

Notre hypothèse de départ est que la crise liée au coronavirus permet d’accélérer la mise en œuvre d’un capitalisme de surveillance. Nous tenterons de faire un tour d’horizon des mécanismes de contrôle, de surveillance et d’ingénierie sociale qui sont en train d’être déployés et d’analyser dans quelle mesure ils nous propulsent dans cette nouvelle ère du système capitaliste, aussi appelée 4e révolution industrielle. Nous essaierons d’identifier les designers de ce nouveau monde, de cibler ceux qui en profitent et de voir les pistes qui se dessinent pour tenter d’y résister.

À l’origine de nos recherches, pour essayer de comprendre la crise ou plutôt, de mettre le doigt sur la forêt que cachait l’arbre, un article a particulièrement attiré notre attention. Publié par le Massachusets Institue of Technology (MIT), le 17 mars 2020 et écrit par un scientifique, Gideon Lichfiled, son titre était particulièrement angoissant : « Nous ne reviendrons pas à la normale ». Son sous-titre l’était tout autant : « la distanciation sociale est là pour rester pour beaucoup plus longtemps que quelques semaines. Notre mode de vie sera appelé à changer et sur certains points, pour toujours ». L’élément primordial de cet article, consistait à nous faire comprendre que nous ne sommes pas dans une situation temporaire et qu’au contraire nous ne sommes qu’au début de la mise en place d’une nouvelle façon de vivre en société.2

Non que nous tenions à retourner à la « normalité » à laquelle nous a habitué le système capitaliste, remplie d’injustices et que nous dénonçons depuis des années, mais cet article prétendait que nous allions devoir nous préparer à faire face à plusieurs vagues d’éclosions du virus, et donc de restrictions de nos droits et libertés et ce à très long terme. Cinq mois plus tard, nous observons qu’effectivement, plusieurs mécanismes de contrôle et d’ingénierie sociale sont en train de se mettre en place et de non seulement changer les comportements et notre manière de vivre en société mais de mettre la table pour propulser un capitalisme de surveillance.

Contrôle et surveillance : un tour d’horizon

Pour faire face à la pandémie de la COVID-19, au lieu de proposer des investissements dans nos services publics, notamment dans le système de santé et les soins aux personnes âgées, la majorité des États se tournent vers le privé pour nous offrir des solutions technologiques. Si certains logiciels sont en développement, d’autres existaient déjà, comme ceux mis en place dès le début de la crise en Israël par exemple, où les données de géolocalisation des cellulaires, normalement utilisées par les services de renseignement pour réprimer les mouvements sociaux palestiniens, ont été utilisés pour identifier les personnes qui auraient été en contact avec des porteurs du virus.3

Application de traçage via cellulaire et données de santé

Partout dans le monde, des pays ont recours à des applications de suivi numérique qui avertissent les gens ayant croisé le chemin d’une personne contaminée. Par exemple, à Singapour, le « traçage » des personnes testées positives a permis non seulement de publier les informations sur chaque cas connu, mais aussi à envoyer une alerte à l’ensemble des personnes ayant croisé l’individu malade.4 Fin avril, déjà, plus d’une trentaine de pays avaient recours aux applications de traçage5. Ainsi, avec le prétexte de vouloir nous protéger du virus, nous assistons à la mise en place de systèmes de suivis des déplacements et des relations de milliards d’individus, alors que les résultats sanitaires sont plus qu’incertains.

Ainsi, dans le cadre de cette expérimentation grandeur nature, l’éventail des dispositifs de surveillance et de contrôle va d’applications où les données sont stockées dans des serveurs centraux et communiquées aux autorités, à celles où les données sont prétendument « anonymisées » (non lié à l’identité des personnes) et stockées sur notre propre cellulaire…

Le Canada a décidé de lancer sa propre application pour cellulaire, qui utilise la technologie Bluetooth pour tracer les contacts entre personnes. L’application Alerte COVID a été lancée le 31 juillet, mais comme ce fut le cas à propos d’applications similaires développées ailleurs dans le monde, son efficacité est sérieusement mise en doute, en plus d’être jugée trop intrusive et pas assez sécurisée6.

Ce qui pourrait surprendre c’est l’engouement de tant de gouvernements7 pour une solution dont l’efficacité est loin d’être démontrée. Tout d’abord, la géolocalisation, ou la présence dans le rayon Bluetooth8 d’un autre téléphone, ne prouve en aucun cas que la personne atteinte ait réellement pu constituer un risque de contagion. Rappelons qu’un porteur de COVID-19, ne contaminera en moyenne qu’entre 0 et 5.7 personnes9, alors que plusieurs dizaines de personnes ayant croisé son chemin recevront un avis de risque de contamination, provoquant inutilement un potentiel vent de panique.

Selon les dires même des développeurs de ces applications et des gouvernements qui les mettent en place, pour être efficaces, il faudrait que les trois quarts de la population d’une ville ou d’un pays la télécharge. Il est difficile de croire que ces taux élevés d’utilisation seront atteints. Comme le notait la revue Nature dans un éditorial du 29 avril dernier10, l’application tant vantée de Singapour n’était utilisée que par 20 % de la population, ce qui signifie que les chances que deux personnes utilisant l’application se croisent ne sont que de 4 %. Bien que l’utilisation de ces technologies se fasse pour l’instant sur une base volontaire dans la majorité des pays qui se prétendent démocratiques, il existe un risque réel pour que la pression soit forte pour la rendre obligatoire après la ou les prochaines vagues d’éclosion du virus. Les médias de masse jouent un rôle important dans la promotion des nouvelles mesures ; nous avons pu observer comment cela fut le cas concernant le port du masque qui fut rendu obligatoire suite au premier déconfinement, alors qu’il n’avait pas été jugé utile de le porter avant cela. Il est préoccupant de voir qu’il semble plus simple de jeter le blâme de la non-efficacité de certaines mesures sur les récalcitrants, que de se demander lesquelles sont vraiment efficaces.

Par ailleurs, de sérieux doutes ont été émis sur la capacité réelle des développeurs de ces applications de protéger les données des utilisateurs. Au Dakota par exemple, l’application Care19 a rendu publiques les données de géolocalisation de 30 000 usager.e.s.11 D’ailleurs, le chef de la cybersécurité aux Commissionnaires du Québec, Jean-Philippe Décarie-Mathieu « croit que le sentiment d’urgence de l’industrie technologique et des décideurs pour trouver des solutions à la pandémie, exacerbée par un certain climat de peur, peut porter les développeurs de ces applications à tourner les coins ronds en ce qui concerne la sécurité des données ».12 Pourtant, on tente de nous convaincre que les applications développées en Occident sont radicalement différentes de celles implantées en Chine par exemple, puisqu’elles ont été développées de façon à anonymiser les données, à ne pas permettre la géolocalisation, ou encore parce que les données seront stockées sur notre cellulaire et non sur un serveur externe. Cependant, comme Edward Snowden l’affirme dans ses mémoires, ce genre de garantie ne tient pas puisqu’il est impossible de faire disparaître définitivement des données enregistrées.13

Au soi-disant14 Québec, le projet de réunir les données de santé en ligne date de 2009, avec l’implantation du Dossier Santé Québec (DSQ), qui avait pour but de centraliser les données de santé des patients. Rappelons qu’à l’époque, les groupes communautaires en santé et services sociaux avaient dénoncé cette mesure qui aillait à l’encontre du droit à la confidentialité15. Plus de dix ans plus tard, le Carnet de Santé Québec, lancé en mai 2020, permet aux patients d’accéder aux informations du DSQ16 sur leurs téléphones cellulaires.

La Chine comme exemple, depuis quand ?

Bien que ce qui circule sur la Chine dans les médias occidentaux, sur fond de guerre commerciale, soit souvent à prendre avec un grain de sel, il est néanmoins frappant de voir comment des pratiques attribuées initialement au caractère autoritaire du Parti communiste chinois sont maintenant louangées comme étant l’avenir du monde « civilisé » pour faire face au virus. C’est d’abord en Chine que plusieurs applications de traçage ont été lancées : celle du gouvernement, celle de la capitale, Pékin, et celles d’autres collectivités locales. Elles livrent toutes des code-barres destinés à déterminer le degré de risque que représente un individu en lien avec son degré d’immunité au virus et les contacts que la personne a eu avec des individus potentiellement infectés ou à risque. Ainsi le code-barres change de couleur selon cette évaluation du risque : « vert » aucun problème, « orange » obligation de se placer en quarantaine à la maison et « rouge » obligation de se placer en quarantaine dans un lieu centralisé déterminé par l’État. Les individus doivent installer ces applications sur leur téléphone intelligent afin de pouvoir circuler dans la ville, puisque des détecteurs de code-barres ont été installés et des checkpoints des autorités mis en place à l’entrée de divers endroits publics, comme les transports ou les centres commerciaux ; seul un code vert permet d’y entrer.17 Mais ces codes barre vont au-delà de la détermination du risque que pose une personne, ils envoient aussi des informations à la police et aux autorités, ce qui représente un dangereux précédent dans le déploiement de nouvelles formes de contrôle social automatisé. Chaque fois que le code barre est scanné, les données de géolocalisation de la personne sont envoyées aux autorités18. L’application promue par le gouvernement central, baptisée Alipay Health Code a été développée avec l’entreprise Ant Financial, une compagnie sœur du géant du commerce en ligne Alibaba. Malgré les implications liberticides d’un tel système de contrôle et de surveillance de la population, les médias occidentaux ont vanté le modèle chinois de gestion du déconfinement19. Remarquons par contre qu’ils n’ont pas fait autant de reportages sur les autres mesures mises en place par la Chine, comme par exemple les brigades de prévention communautaire dans les quartiers20 qui ont permis de freiner la contagion, ni du fait que la médecine chinoise intègre techniques de médecine allopathe et connaissances ancestrales telles que l’acupuncture et l’usage des plantes médicinales.

Surveillance policière et contagion

Plusieurs autres moyens permettant la surveillance médicale de masse sont en train de voir le jour. Si certaines de ces mesures peuvent nous sembler sensées afin de faire face à la menace du virus, elles sont implantées en bloc de manière accélérée ce qui rend difficile une analyse sérieuse de leur pertinence et l’expression de critiques quant aux risques que certaines d’entre elles représentent. Les caméras thermiques sont un de ces gadgets et bien que celles-ci aient fait scandale dans un IGA à Saint-Lambert,21 en Colombie elles sont déjà parfaitement acceptées dans les aéroports et dans le transport en commun22. La carte d’immunité fait aussi partie des propositions en vogue. L’Imunity Card23, est un document d’identité où seraient enregistrés, entre autres choses, les résultats des personnes ayant été testées, une proposition qui surgit en réaction à la pénurie de test. Dans un futur pas très lointain, l’information concernant la vaccination fera probablement aussi partie de ce qui y est inscrit. Proposée initialement aux États-Unis, l’Allemagne et le Chili étudient la possibilité d’implanter ces cartes. Cette mesure est emblématique puisqu’elle fait partie de l’arsenal de moyens qui relèvent plus de la paranoïa sécuritaire que de réelles mesures de protection sanitaires. En effet, les scientifiques ignorent encore si l’immunité est possible et pour combien de temps24.

D’autres technologies sont en cours de développement afin de surveiller l’immunité des individus et le risque potentiel qu’ils représentent. Depuis 2016, le Massachusets Institue of Technology (MIT) travaille sur un carnet de vaccination prenant la forme d’une encre invisible injectée sous la peau, mais détectable par les téléphones intelligents, qui permettrait de vérifier si une personne a effectivement reçu tel ou tel vaccin25. Bien que ce fameux carnet de vaccination invisible ne sera sans doute pas prêt avant la fin de cette pandémie, IBM travaille actuellement sur le développement d’un certificat numérique qui servirait à identifier les personnes ayant été déclarées positives de la COVID-19, celles qui en sont rétablies, celles qui ont été testées, et lorsqu’il y aura un vaccin, qui l’a reçu. Si tel que le prétend le fondateur d’IBM, Bill Gates, l’ensemble de l’humanité devrait être vaccinée contre la COVID-19, il y aura beaucoup beaucoup d’argent à faire avec de tels projets. De plus, cela nous emmène à nous questionner : que fera-t-on des gens qui refusent de se faire vacciner ? Pourront-ils aller dans les commerces, dans les épiceries, travailler, sortir dans les bars ? Et dans l’éventualité où aucun vaccin efficace ne réussisse à être développé ou en attendant sa découverte, il y aura aussi énormément d’argent à faire avec le développement de ces technologies de gestion du risque que représentent les individus et probablement beaucoup de profilage.

À tout cela vient s’ajouter le confinement, volontaire ou obligatoire selon les pays. La notion de confinement de masse, comme mesure adoptée en urgence globalement, est elle-même mise en doute.26 En effet, isoler la population a des conséquences négatives sur la santé, psychologiques notamment mais aussi physiques : l’absence d’exposition aux autres et l’utilisation à outrance du gel antiseptique affaiblit notre système immunitaire, retardant artificiellement les pics de contagion, tandis que l’absence d’activité physique rend nos corps plus vulnérables à toutes sorte de maladies et affaiblit particulièrement les personnes âgées.

Néanmoins, le caractère volontaire ou répressif des mesures implantées pour faire respecter le confinement varie d’un endroit à l’autre sur la planète. Dans de nombreux pays du Sud global, les États ont opté massivement pour des mesures répressives. En Colombie par exemple, les personnes qui enfreignent le décret sur l’isolement social, peuvent encourir une peine de prison allant de 4 à 8 ans.27 Les mesures incluent selon les villes, le couvre-feu, l’interdiction de sortir sauf pour l’accès aux services de santé, la gestion des déplacements par catégorie de population, les contrôles d’identité lors de l’entrée dans un établissement et finalement, alternance entre jours pairs et impairs selon le numéro d’identité, afin d’avoir le droit de sortir pour acheter des denrées alimentaires, s’approvisionner ou aller dans une banque. Ces mesures étant impossibles à respecter pour des millions de gens qui gagnent chaque jour les maigres revenus qui leur permettront ou non de se nourrir et de se loger, la mairie de Bogota a opté pour carrément « fermer » certains quartiers et militariser les rues. Dans certaines provinces canadiennes comme au Nouveau Brunswick, les personnes revenant de l’étranger sont non seulement assignées à domicile, mais elles reçoivent une visite quotidienne de la GRC pour s’assurer qu’elles respectent le confinement. À Hong Kong, les personnes qui reviennent de l’étranger doivent porter un bracelet électronique durant leur période de quarantaine et celui-ci est connecté à leur téléphone intelligent : si le bracelet et le cellulaire viennent à être séparés, un message d’alarme est envoyé aux autorités et le contrevenant risque, selon les cas, une amende ou même la prison28 .

Récemment au soi-disant Canada, sous le prétexte de la pandémie, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) tente d’introduire des bracelets de cheville pour localiser par GPS des migrant.e.s, en les « offrant » à plusieurs détenu.e.s comme un prix à payer pour leur liberté.29 À travers son nouveau programme de « solutions de rechange à la détention » 30, l’ASFC sous-traite le contrôle des migrant.e.s à des tierces parties telles que la John Howard Society, qui supervisent au soi-disant Québec des programmes punitifs de « gestion des cas » s’apparentant à des programmes de libération conditionnelle, parfois en combinaison avec des stratégies de traçage GPS et de reconnaissance vocale.

Cela n’est pas sans rappeler le projet d’identification numérique développé par Accenture et Microsoft, sous le nom de « ID2020 », qui a été lancé lors du sommet des Nations Unies à New York en juin 2017. Il s’agit de développer un vaste réseau de documentation numérique pour les réfugié.es, par la création d’une base de données biométriques globale31. Toutes les données publiques et commerciales qui existent sur un individu y seraient inscrites et chaque service reçu inscrit au dossier32. Comme le dit le site officiel du projet33, les systèmes d’identification existants, incluant les passeports, sont jugés obsolètes et ce projet vise à les remplacer. Des organismes de soutien aux personnes réfugiées et sans-papiers ont dénoncé que l’obtention de l’aide humanitaire est conditionnelle à l’acceptation de ce fichage dans certains camps de réfugiés des Nations Unies34.

Au soi-disant Québec, le gouvernement travaille sur un projet visant à fournir à la population une identité numérique : il espère être en mesure d’attribuer des identités numériques dès l’automne 2021 et que l’ensemble du “portefeuille de services numériques” soit complété d’ici 2025. Nos données personnelles seront cryptées dans ses serveurs infonuagiques et pour nous identifier, on utilisera notre nouvelle identité numérique accompagnée soit de nos données biométriques soit d’un mot de passe complexe (au choix), à partir de notre téléphone intelligent.35

Vers un nouvel ordre social?

L’urgence et le climat de peur servent à forcer le consensus et à fabriquer le consentement de la population aux diverses mesures mises de l’avant pour nous sortir de la crise sanitaire. Nous acceptons jours après jours la mise en place de mesures de contrôle social qui, il y a à peine quelques mois, auraient été impensables. Le traitement médiatique de la pandémie n’est pas étranger à l’acceptation sociale des changements drastiques qui nous sont imposés.

Bien que ces mesures s’appliquent dans le contexte de la pandémie, il y a fort à parier que plusieurs d’entre elles sont là pour rester, tel que nous met en garde le Guardian à ce sujet36. Les États tendent à rendre permanentes les lois spéciales et autres mesures d’exceptions introduites en temps de crise. Nous n’avons qu’à penser aux lois anti-terroristes ayant été votées un peu partout sur la planète après le 11 septembre 2001, donnant des pouvoirs accrus aux forces de l’ordre et à l’État en matière de contrôle et de surveillance ; l’ensemble de ces pouvoirs sont toujours en place.

Les enjeux entourant l’avancée des technologies de surveillance vont bien au-delà du respect de la vie privée et des questions sanitaires ; leur mise en place « teste la température de l’eau » afin de jeter les bases pour générer l’adhésion de la population au déploiement accéléré du capitalisme de surveillance. Comme nous le verrons, de dernier est basé non seulement sur la cueillette et le contrôle des données des individus, mais surtout sur l’ingénierie sociale, c’est-à-dire le façonnement des comportements individuels et sociaux.

La crise du coronavirus et la mise en œuvre du capitalisme de surveillance

Afin de pouvoir analyser la situation générée par la crise globale liée à la pandémie de la COVID-19, il est nécessaire de prendre un pas de recul pour se pencher sur les conditions préexistantes à cette crise. Où en est le développement de l’économie capitaliste à l’heure du numérique et du marché du Big Data, alors que les avancements de la robotique, de la biotechnologie et de la neuroscience se marient à celle de l’intelligence artificielle ?

Pour analyser la situation actuelle, il est nécessaire de se demander ce que la crise permet d’accélérer : c’est-à-dire le déploiement du capitalisme de surveillance et de la « quatrième révolution industrielle »37. Il ne s’agit que d’aller faire un tour sur le site du Forum économique mondial pour prendre toute la mesure de ce qui se trame pour informatiser nos vies jusque dans leurs moindres recoins38 :

« La crise de la COVID-19 nous démontre que les technologies émergentes telles que l’Internet des objets et l’intelligence artificielle ne sont pas seulement des outils, ils sont essentiels au fonctionnement de notre société et de notre économie. Particulièrement, en ces temps d’instabilité, nous devons les penser en termes d’infrastructure critique ».39

Tout comme cela s’est produit par le passé avec les numéros de téléphone, aujourd’hui les adresses IP, différentes pour chaque dispositif connecté à un réseau, ne sont plus suffisantes ; on doit donc passer d’un système IPv4 à 9 chiffres à un système IPv6 à 17 caractères. Avec ce nouveau système, nous allons progressivement passer de 4.3 milliards d’adresse IP disponibles actuellement, à un potentiel de 340 undécillion ou sextillion40, bref un nombre presque infini de dispositifs qui peuvent être connectés. Déjà en 2017, le Forum économique mondial affirmait « qu’entre 50 et 100 milliards d’objets seront connectés en 2020 ».41 Ces chiffres augmentent de façon exponentielle au rythme de l’installation du réseau 5G, un système internet tout neuf, qui rendra peu à peu obsolètes les ordinateurs et cellulaires que nous utilisons aujourd’hui. Le réseau 5G permet de capter les ondes millimétriques, qui augmenteront considérablement la rapidité de l’internet et le nombre d’objets qui peuvent y être connecté. Disons en résumé que télécharger un film de 2h prendra moins de 10 secondes et qu’une vidéo pourra apparaître en 3D42.

Toutefois, la mise en place du réseau 5G à l’échelle mondiale se fera graduellement et pourrait prendre encore un certain temps parce qu’il est compliqué à installer : pour ce faire il faut changer les antennes actuelles, et installer un peu partout, ville par ville, des milliards de tours et de petits boîtiers, qui permettent à ces ondes courtes d’être accessibles partout pour rendre l’internet presque immédiat. Au soi-disant Canada, Bell, Rogers et Telus ont introduit les réseaux de cinquième génération dans plusieurs grandes villes, et quelques modèles de téléphones intelligents compatibles avec la 5G sont maintenant offerts en magasin. Mais le signal risque d’être faible ou instable pour quelque temps encore en raison du nombre insuffisant de tours de transmission et il faudra encore plusieurs années avant de comprendre le réel potentiel de la 5G.43

Les entreprises de cybersécurité s’inquiètent, puisque cette multiplication exponentielle du nombre de connections augmente énormément les risques de piratage et la vulnérabilité des systèmes, entre autres. Il y a aussi tout un mouvement qui dénonce les impacts inconnus sur la santé de ces nouvelles ondes. Alors que l’OMS affirme que les impacts sur la santé des ondes en général et en particulier de celles du 5G sont insignifiants,44 la Suisse a tout de même décidé de mettre en place une commission fédérale sur le sujet45. Si l’opposition au 5G est présentée comme farfelue dans les médias, la répression contre le mouvement anti-5G ne se fait pas attendre : on associe à des adeptes de théories du complot les personnes qui sont accusées de destruction de tours ou d’antennes en Europe46 et au soi-disant Québec47.

L’Internet des objets

L’internet des objets, dont le déploiement complet ne sera possible que lorsque le réseau 5G sera pleinement en place, se base sur l’idée que tous les objets qui nous entourent et que nous utilisons au quotidien soient connectés48: nos montres, nos lunettes, notre brosse à dents, notre miroir, notre mp3, nos boîtiers de pilules, notre frigo, notre voiture, tous nos électroménagers, jusqu’aux maisons intelligentes en entier, munies de senseurs et de caméras pour nous aider à surveiller nos enfants (sic)… Bref, que tout soit connecté, pour qu’en rentrant chez nous, notre maison nous parle, mette de la musique, ouvre la porte, allume la lumière, nous rappelle qu’il est l’heure de prendre notre médicament, nous propose une recette en fonction de ce qu’il y a dans le frigo, programme le four pour réchauffer le souper et qui sait nous prépare un drink (!), pendant que nous lui demandons, la météo du lendemain, les résultats du hockey, l’histoire de l’indépendance des États-Unis ou une recette de biscuits, comme avec Ok Google actuellement sur notre Android. Cela suppose que chacun des objets soient connectés à Internet, avec leur propre adresse IP. Les programmes d’assistants intelligents comme Alexa ou Google Home, sont un premier pas dans cette direction et visent à nous habituer à cohabiter avec l’intelligence artificielle (IA)49. Car bien que l’IA nous semble encore un concept abstrait qui ne verra le jour que dans un avenir lointain, elle sera déployée massivement au cours des dix prochaines années, avec notamment le concept des villes intelligentes50, qu’on nous vend comme étant éco-responsables…51 Et bien que plusieurs d’entre nous croient que cela ne les affectera pas puisqu’ils ne sont pas intéressé.e.s à s’acheter des objets connectés, il ne faudrait pas oublier que d’une part, ces objets seront faits pour être si pratiques que plusieurs succomberont à la tentation comme nous l’avons tou.t.es fait avec les téléphones intelligents et que d’autre part, viendra un temps où l’industrie ne produira que ce type d’objets, rendant obsolètes ceux que nous utilisons présentement.

La quatrième révolution industrielle, qui consiste à « relier les systèmes physiques, biologiques et digitaux » est donc bel et bien en marche.52 Le Centre pour la quatrième révolution industrielle53, mis en place par le Forum économique mondiale et basé à San Francisco, se définit comme un « réseau pour la gouvernance technologique mondiale »,54 dont la mission est de « maximiser les bénéfices de la science et des technologies pour la société, en partenariat avec des gouvernements, des entreprises privés et des experts ». 55

Le confinement planétaire généré par la pandémie, tout comme les mesures de distanciation sociale qui demeurent suite au « déconfinement », nous ont propulsé.e.s dans cette nouvelle ère de connexion extrême à nos écrans et aux technologies. En fait, la situation issue de la pandémie a permis la mise en œuvre de deux processus simultanés ; d’une part nous sommes appelé.e.s à réduire, voire à mettre fin, à la majorité de nos contacts humains et de nos relations interpersonnelles en personne et d’autre part, nous sommes forcé.es d’augmenter notre utilisation d’internet et nos contacts avec le monde numérique. Et dans ce processus, nous augmentons notre dépendance aux technologies ; les écrans deviennent le mode quasi exclusif d’accès au monde ; le commerce en ligne explose, y compris pour l’achat de notre nourriture et nous voyons émerger toutes ces plates-formes pour les services de santé en ligne, l’éducation à distance et le télétravail, pour ne nommer que ceux-là. Déjà nous commençons à nous habituer à recevoir nos services de santé en ligne et le télétravail est louangé comme étant l’avenir du travail, notamment parce qu’il est prétendument plus écologique. En effet, bien que l’aire du numérique évite d’imprimer autant de papier, sont apport à la réduction des dommages environnementaux s’arrête là, puisque le visionnement de vidéo en ligne, les téléchargements incessants et les vidéoconférences impliquent des milliers de serveurs, qui dans leur majorité carburent au charbon aux États-Unis56. La navigation sur internet contamine autant que l’industrie aérienne et les chiffres devraient aller en augmentant ; la virtualisation de nos rapports apporte donc peu ou pas à la réduction de notre consommation d’énergie.57

Ce pas de géant du numérique sur l’économie, l’organisation de la société et la vie sociale, profite directement à des géants du web tels qu’Amazon, Facebook, Google et Microsoft. Ces derniers, aujourd’hui beaucoup plus puissants que les États, sont au cœur du développement du capitalisme numérique ; leur modèle d’affaire qui dépend du Big Data, est basé non seulement sur la surveillance des comportements en ligne des individus pour la collecte des données, mais aussi comme nous le verrons, sur la modification des comportements humains et sociaux dans cette nouvelle normalité où nous sommes et serons de plus en plus connecté.e.s. 

Le monde selon Google

Google révélait il y a quelques mois, les données de déplacement de millions d’êtres humains vivant dans 131 pays, afin de démontrer l’impact du confinement sur la mobilité et les comportements, révélant au monde le potentiel extraordinaire de surveillance, rendu possible grâce aux téléphones intelligents, aux technologies de géolocalisation et à des applications telles que Google maps. Peu de temps après, Google et Apple annonçaient qu’ils feraient front commun pour développer une application de traçage à grande échelle, pour « aider » à ralentir la propagation du virus…

Les plans de Google ne sont ni secrets, ni nouveaux, mais la pandémie lui permet d’avancer plus rapidement que prévu dans sa réorganisation du monde. Google profite de la situation pour agrandir entre autres son portfolio d’informations médicales ; une de ces dernières grandes acquisitions est le projet Ascension, conclu en novembre 2019.58 Depuis 2006, Google Santé59 tente d’obtenir volontairement nos données de santé, et fait la promotion de l’usage de l’IA dans le secteur de la santé. C’est actuellement un des principaux investissements de cet empire et son objectif est de développer des outils qui permettent de diagnostiquer, de prévenir et surtout de prévoir les maladies. La capacité de prévision est d’ailleurs au cœur du développement de l’intelligence artificielle : à partir des données extirpées de nos habitudes de vie et des émotions que nous exprimons (nos achats, nos déplacements, nos commentaires en ligne, etc.), Google veut être capable, à l’aide des algorithmes, de prévoir autant les maladies que nous développerons que nos prochains comportements. L’idée est que l’intelligence artificielle arrive à mieux nous connaître, que nous nous connaissons nous-mêmes, afin d’être en mesure de nous influencer. On parle en fait d’ingénierie et de déterminisme social, ce qui est pour le moins inquiétant.

Depuis 2013, Google investit massivement dans un projet de recherche en santé, qui utilise les informations de ses usagé.ere.s afin de trouver une solution au problème du vieillissement et de la mortalité, rien de moins ! Un des directeurs de Google, Ray Kurzweil, promet qu’en 2029, on parlera d’immortalité60. En attendant, on nous dit qu’on pourra faire exister nos proches décédé.es physiquement via l’intelligence artificielle61. Ce sont des milliards qui ne sont pas investis dans la santé de tou.te.s, mais plutôt dans le design du futur. Google utilise les données des utilisateur.trices pour ces recherches qui pourraient paraître farfelues, mais qui font partie d’un plan consciemment élaboré pour le monde de demain.

Il y a tellement de données qui se vendent et s’achètent sur le marché du Big Data que l’extractivisme des données62 (qui consiste à extraire les données des utilisateur.trices afin de consolider des bases de données cotées en bourses) est le secteur qui connaît actuellement la plus forte croissance dans les bourses du monde63.

Selon les prévisions du cabinet Gartner « 90% des données existantes aujourd’hui ont été créées au cours des deux dernières années et la production de ces données devrait exploser de 800% d’ici 5 ans ».64 Les données proviennent de partout : des messages que nous envoyons, des vidéos que nous publions, des informations climatiques, des signaux GPS, des achats avec carte de crédit ou encore des transactions en ligne. Les sites de rencontre, symbole des relations de notre temps, sont les meilleurs fournisseurs de données personnelles. Nous avons donc des ombres virtuelles qui en savent plus sur nos goûts, nos envies, nos sentiments et nos pensées que nous-mêmes, et pire encore des machines qui les analysent pour nous donner accès à la réalité digitale qui nous convient, selon Facebook ou Google. Chaque service « gratuit » que nous utilisons en ligne en acceptant d’interminables politiques d’utilisation sont donc des contrats par lesquels nous donnons des informations sur nous, en plus de celles recueillies à notre insu par les caméras, les cartes de débit qui remplacent l’argent comptant et autres gadgets. Ces informations sont ensuite compilées et analysées à l’aide de l’intelligence artificielle, puis vendues :

« En collectant massivement des informations sur leurs utilisateurs, elles formulent, à l’aide de l’intelligence artificielle, des prédictions hautement monnayables sur leurs comportements. Le « capitalisme de surveillance » est en somme une forme d’extractivisme, la matière première étant les données personnelles des citoyens »65, résume Aurelie Lanctot au Devoir.

L’affaire Cambridge Analytica66 et le scandale de l’utilisation des données pour la manipulation des résultats électoraux, incluant la création de tendances sociales et de mouvements sociaux de toutes pièces67 aurait pu ralentir le processus, mais il a seulement rendu les dirigeant.e.s plus prudent.e.s68.

Comme le souligne Naomi Klein dans son article le Screen New deal69, les plans de développement des villes intelligentes, basés sur la surveillance et l’interconnectivité des données, affrontaient avant la pandémie de nombreuses réticences à cause de l’ampleur des changements proposés. La pandémie semble avoir fait disparaître ces réticences, agissant comme un choc qui permet de rendre acceptable que nos maisons deviennent notre bureau, notre gym, notre école et même notre prison si l’État le décide. Mais l’économie numérique condamne les plus pauvres de la planète à travailler dans des conditions abjectes, afin de rendre possible ce développement technologique, que l’on parle des travailleurs.euses des mines de lithium pour la fabrication des téléphones intelligents et des voitures électriques, ou de ceux et celles des entrepôts d’Amazon et autres sweatshop.70

Que l’on parle de Google, maintenant appelé Alphabet depuis sa restructuration en 2015, de Facebook, du nouveau venu Zoom71 ou des autres géants du Big Data, le problème central demeure le rôle de la technologie dans nos vies et les décisions systématiquement prises en fonction du dictat de l’économie, comme par exemple l’obsolescence programmée de nos ordinateurs, de nos téléphones et des produits de consommation en général, qu’il est plus simple de jeter et d’envoyer dans des méga-décharges informatiques du Sud-Est asiatique72 que de réparer.

Pour en revenir à la pandémie qui accélère et actualise les changements en cours, c’est le genre de crise dont avait grandement besoin le capitalisme. Les crises du capitalisme opèrent toutes selon la même dynamique ; elles liquident des pans entiers de l’économie et permettent de la restructurer avant d’entrer dans une nouvelle phase de croissance et d’accumulation de capitaux, qui concentre chaque fois plus la richesse. Le capitalisme a besoin de croissance perpétuelle pour fonctionner ; périodiquement celle-ci stagne et il faut donc faire disparaître des capitaux pour mieux redémarrer. Les crises financières, les guerres et les catastrophes, dont les pandémies, sont idéales pour remettre les compteurs à zéro, éliminer les petits, faire grandir les gros, puis repartir. La crise actuelle permet également de mettre à jour les cadres légaux et les comportements sociaux et de réécrire les règles du jeu de la « nouvelle normalité » qui s’installe. Les nouvelles règles que laissent entrevoir cette crise n’ont rien d’enviables ; elles nous font graduellement glisser vers un monde dans lequel notre réalité concrète, celle qui ne passe pas par un écran, entre de plus en plus en contradiction directe avec cette réalité qui de clic en clic alimente l’indifférence, l’éphémère et la distance sociale. Le concept qui est développé par les géants des technologies est de créer un « hive mind » ou « esprit de ruche », c’est à dire une sorte de savoir universel issu de la mise en commun de l’ensemble de nos données personnelles, qui en fait selon eux, ne devraient pas être considérées comme étant du domaine privé mais bien comme appartenant à l’humanité et aux futures générations (sic)…Cette idée est assez explicite dans la vidéo interne de Google, The Selfish ledger, qui a été rendue publique suite à une fuite. Réalisée en 2016, il y est discuté comment les données de masse peuvent être utilisées pour diriger le comportement humain, tant à l’échelle individuelle que globale. 73 Ultimement, nous aurions l’impression de poursuivre des buts communs (déterminés par Google!), avec l’IA nous dictant la voie à suivre… En étant en permanence connecté.e.s à autrui et à une sorte de savoir universel par le biais d’Internet, cela ferait en sorte que nous ne ressentions plus le besoin d’être en contact dans le monde réel.

Qui s’enrichit et profite de la crise ?

Alors que la pandémie semble générer une reconfiguration des forces au sein du capitalisme global, les hommes les plus riches de la planète en profitent. Entre le 18 mars et le 19 mai 2020, la fortune globale des 600 milliardaires américains a augmenté de 434 milliards en dollars US et les patrons des multinationales de la Silicon Valley sont ceux qui en ont le plus profité. Les mesures de confinement de la population et la fermeture des commerces ont fait bondir les achats en ligne et le besoin de rester connecté.e.s via les réseaux sociaux, ce qui a fait grimper en flèche la valeur des titres des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) et des entreprises de haute technologie en général74. Entre mars et mai, la fortune de Jeff Bezos – fondateur et patron d’Amazon – a augmenté de plus de 30 %, un bond équivalent à 24 milliards de dollars depuis le début de l’année 2020, soit quatre fois plus que l’augmentation habituelle de sa fortune, si on compare les chiffres des gains depuis 2017.75 Durant la même période, la fortune de Mark Zuckerberg, patron de Facebook, a bondi de plus de 46 % pour s’élever à $54,7 milliards. En toile de fond, les titres d’Amazon et de Facebook ont atteint dans la semaine du 22 mai leur plus haut niveau historique. Pendant ce temps, 39 millions d’américain.e.s et plus de 3 millions de canadien.ne.s ont perdu leur emploi à cause de la pandémie, alors que des millions de personnes dans les pays du Sud global ont été encore davantage acculées à la misère, ne pouvant même plus sortir de chez elles pour gagner leur pain quotidien ou perdant carrément leur logis à cause de la crise.

Les GAFAM sont contrôlées par des hommes dont les ambitions ont de quoi donner des frissons dans le dos. Attardons-nous un instant à Amazon et à son patron Jeff Bezos, l’homme le plus riche de la planète, dont la fortune s’élève à 113 milliards en dollars américains, suivi de près par Bill Gates avec un fortune de 98 milliards76 La plupart des gens voient Amazon comme une simple entreprise de commerce en ligne, mais il s’agit d’une perception erronée car ce n’est que la pointe de l’iceberg de l’empire dont l’objectif est d’arriver à contrôler une partie importante de l’infrastructure économique mondiale. En plus du e-commerce, Amazon est l’acteur numéro un sur la planète dans le secteur de l’infonuagique et des centres de données, alors que l’entreprise contrôle plus de 120 centres de données un peu partout sur la planète. Alors que de nombreux gouvernements et un nombre infini de compagnies stockent déjà ou prévoient stocker leurs données dans les serveurs d’Amazon, cela donne à l’entreprise un contrôle énorme sur l’industrie des données. Mais la prétention d’Amazon s’étend encore bien au-delà : ce que Jeff Bezos cherche à accomplir, c’est que son entreprise devienne un maillon clé dans la chaîne de production et de distribution du commerce international en devenant l’interface entre tous les grands acheteurs et vendeurs, par l’élargissement de son contrôle sur le secteur de la logistique et de l’envoi de colis. Il veut en quelque sorte posséder l’infrastructure et le réseau de distribution le plus grand de la planète.77 De plus, Amazon a déjà commencé à mettre en place des projets pilotes de magasins sans employés. Comme si cela n’était pas assez, Amazon vient de recevoir la bénédiction des autorités américaines pour son projet Kuiper78, visant à déployer une constellation de 3236 satellites en orbite basse afin de fournir de l’internet haut débit au plus grand nombre de personnes possible. Le lancement commercial du service est prévu pour juillet 2029. Ce projet semble être une réponse directe au projet Starlink de SpaceX qui compte déjà 480 satellites en orbite et qui prévoit en mettre au total 42 000.79

Ainsi, Amazon est sans conteste le grand gagnant parmi les entreprises s’étant le plus enrichies au cours de la pandémie, ses ventes ayant augmentées de 26%,80 alors que les dénonciations des syndicats sur le non-respect des consignes sanitaires pour protéger les travailleurs.euses dans ses entrepôts fusaient de toutes parts81. Mais les autres géants de la Silicon Valley ne sont pas en reste : à la fin du premier trimestre de 2020, tous ont affiché un chiffre d’affaires en hausse : Google +13%, Facebook +18%, Microsoft +15%, et Apple +1%82. D’ailleurs, la société d’investissement MKM Partners a créé un nouvel indice appelé le « Stay home index » pour répertorier les entreprises qui s’en sortent le mieux en ces temps de pandémie. Environ 30 grandes compagnies y sont cotées, dont Amazon, eBay, Alibaba, Netflix, Facebook, Zoom et Slack83. Mais en plus des entreprises de l’économie numérique qui sont en tête du palmarès, d’autres secteurs économiques ont aussi profité de la crise de la COVID-19 et continueront de le faire, notamment dans les secteurs de l’agro-alimentaire, du pharmaceutique, des équipements médicaux, des produits d’hygiène, ainsi que de la grande distribution. On peut penser entre autres à Walmart et Costco, à Ontex, l’un des leaders mondiaux de produits d’hygiène, ou à Jonhson&Johnson et Novartis qui travaillent sur le développement d’un vaccin, pour ne nommer que ceux-là84. Alors que les plus grandes chaînes sont restées ouvertes durant toute la période du confinement, les petits commerces de détail ont dû fermer leurs portes pour des raisons sanitaires. Pourtant, l’achalandage dans les commerces de proximité est moindre en comparaison aux grandes surfaces où convergent des centaines de personnes par jour et qui possèdent des systèmes de ventilation pouvant potentiellement distribuer le virus dans l’air.

Dans le secteur pharmaceutique, une panoplie de laboratoires ont flairé la bonne affaire. À la mi-mars, alors que les Bourses s’effondraient, l’action de Gilead grimpait de 20% après l’annonce des essais cliniques du Remdesivir contre la COVID-19, celle d’Inovio Pharmaceuticals gonflait de 200 %, à la suite de l’annonce d’un vaccin expérimental, celle d’Alpha Pro Tech, fabricant de masques de protection, bondissait de 232 % et l’action de Co-Diagnostics montait de plus de 1 370 % grâce à son kit de diagnostic moléculaire du SRAS- CoV-2.85

Ainsi, alors que les systèmes publics de santé de nombreux pays étaient sur le bord de l’hécatombe, faisant face à une pénurie de masques de protection, de respirateurs artificiels et de tests de dépistage, les grandes pharmaceutiques avaient déjà commencé à s’enrichir. La pandémie a révélé les conséquences d’années de coupes budgétaires des gouvernements et de politiques favorisant la privatisation graduelle de nos systèmes publics de santé, au profit d’une vision mettant de l’avant la rentabilité économique de la santé.

La question du port du masque est emblématique pour mettre en lumière comment les intérêts économiques pèsent plus lourd que les questions sanitaires quand vient le temps de déterminer les politiques publiques. Un peu partout, on assiste depuis mars à une valse allant d’interdire l’achat de masques afin de s’assurer de leur accessibilité dans les services de santé,86 à rendre son port obligatoire sous peine d’amende ou même de prison ; or, il apparaît que ces politiques varient selon la disponibilité des stocks à écouler sur les marchés.87 Même l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a tardé jusqu’en juin avant de faire une recommandation claire en faveur du port du masque généralisé.88 Et bien qu’un prétendu consensus scientifique semble maintenant se dégager pour recommander de le rendre obligatoire, de nombreux scientifiques continuent à mettre en doute son utilité.89

Force est de constater la place très stratégique que joue l’industrie pharmaceutique dans nos systèmes de santé, puisqu’elle produit à la fois les équipements de protection, les tests de dépistage, les médicaments et les vaccins. La production des tests de dépistage est non seulement contrôlée par le privé – qui les vend aux État à des prix exorbitants alors qu’ils sont très peu coûteux à produire – mais en plus, elle est entourée par le secret industriel et commercial, ce qui empêche le public d’y voir clair. Les « réactifs », ces composants chimiques des kits de dépistage qui attestent de la présence du virus, sont des molécules dont on ne connaît ni d’où elles viennent, ni à quoi elles servent, ni combien elles coûtent vraiment.90 De plus, il semble que différentes qualités de tests circulent : en Colombie par exemple, les résultats des tests prennent plus de 10 jours et donnent fréquemment des résultats erronés à cause de leur mauvaise qualité. Étant donné que nous sommes dans une situation exceptionnelle, pourquoi ne pas lever tout brevet sur ces découvertes scientifiques alors qu’on nous martèle qu’elles sont si précieuses pour la santé et la vie de milliards d’êtres humains ?

Cela ne fait pas exception dans la recherche de solutions et la course aux médicaments et aux vaccins pour lutter contre la COVID-19. Les États s’en remettent à « Big Pharma » et à la prétendue générosité de fondations telles que la Fondation Bill & Melinda Gates. Fondée par l’un des hommes les plus riches du monde, elle est impliquée depuis de nombreuses années dans l’industrie du vaccin sous couvert d’aide humanitaire en matière de santé aux populations des pays les plus pauvres. Bill Gates a annoncé récemment que sa fondation allait dépenser des milliards pour travailler avec sept fabricants potentiels d’un vaccin afin de financer leur production.91 La puissante Fondation Bill & Melinda Gates est l’acteur non étatique le plus puissant de la planète, d’une valeur de 45 milliards de dollars92 un montant supérieur au produit intérieur brut (PIB) de la Côte d’Ivoire, de la Jordanie ou encore de l’Islande. Si la Fondation Gates était un État, selon les données de la Banque mondiale93, elle serait le 91e plus riche du monde. Une grande partie de son capital est généré grâce à des investissements discutables, notamment dans l’industrie pétrolière.94 Elle est le deuxième contributeur en valeur absolue de l’OMS, derrière les États-Unis, et son plus important bailleur de fonds privé95. Pourtant, cette apparence de conflit d’intérêt n’a pas été questionnée dans les grands médias. Déjà en 2016, un documentaire intitulé, « l’OMS dans les griffes des lobbyistes ? »96 s’interrogeait sur l’indépendance de l’institution par rapport à ses bailleurs de fonds privés.

L’ampleur des investissements et des mesures déployés par les gouvernements pour lutter contre la COVID-19 est spectaculaire, si on met en perspective le nombre de morts liés à celle-ci, relativement au nombre de morts causés annuellement par d’autres maladies du notamment à la contamination environnementale, comme par exemple le cancer. En date du 24 août 2020, la COVID-19 avait provoqué près de 807 000 morts à l’échelle planétaire.97 Selon les dernières données du Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS, il y a eu 9,6 millions de décès en raison de cancers en 2018 à l’échelle planétaire.98 Il est évident qu’un des enjeux lié à la COVID-19 est son potentiel de propagation rapide, son taux de mortalité plus élevé que la grippe saisonnière et le risque de débordement des unités de soins intensifs des hôpitaux qui en découle et que cela justifie de prendre des mesures temporaires pour « aplanir la courbe ». Mais il n’en reste pas moins qu’il est légitime de se demander pourquoi nos gouvernements ne sont pas si empressés de mettre en place des politiques sérieuses visant à prévenir les cancers, notamment en interdisant la vente et l’épandage de pesticides sur nos aliments par l’industrie agro-alimentaire, alors que certains d’entre eux comme le glyphosate ont finalement été reconnus comme probablement cancérigènes par l’OMS.99 Dans tous les cas, si les grands médias nous faisaient un décompte quotidien du nombre de morts liés au cancer, il y a fort à parier que la peur engendrée par un tel décompte générerait une pression sociale suffisante pour forcer les gouvernements à faire face au lobby des entreprises. La mainmise du privé sur le secteur de l’agriculture, de l’alimentation et de la santé, fait en sorte que les populations sont à la merci de multinationales telles que Monsanto, ironiquement rachetée par la pharmaceutique Bayer.100

Les États continuent cependant d’offrir toutes les garanties et incitatifs possibles au secteur privé. Un exemple flagrant de cela est l’annonce du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, le 21 août dernier, affirmant que le gouvernement souhaite attirer les pharmaceutiques au soi-disant Québec en leur donnant accès aux données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). « On a l’intelligence artificielle, on a la médecine spécialisée […] on a les données de la RAMQ, et les données de la RAMQ, c’est une mine d’or », a-t-il déclaré. […] Le jour où on peut se rendre confortables de donner accès à nos données de santé aux compagnies pharma[ceutiques] qui vont venir dans les hôpitaux universitaires qui sont très performants, et on a Mila à côté qui fait l’algorithme ou Imagia, c’est winner ! », a-t-il poursuivi. 101

D’ailleurs, en mars 2019, l’IRIS publiait une recherche102 sur l’IA, annonçant que Le gouvernement du Québec veut faire de l’intelligence artificielle (IA) une composante importante de l’économie québécoise, dont Montréal serait le pôle central. « Cette industrie est vue comme un pilier de la croissance économique mondiale par l’OCDE notamment. En mai 2020, l’IRIS émettait l’hypothèse « qu’en se posant comme un modèle à suivre, [l’État] renforce la confiance des investisseurs pour les produits d’IA développés en territoire canadien et québécois. L’État assure le lien entre les universitaires et les entrepreneurs et absorbe une part du risque financier, en stimulant les investissements privés ».

Soi-disant Montréal est en effet devenue un des plus importants pôles du développement de l’IA dans le monde :

« En 1993, Yoshia Bengio a fondé l’Institut québécois d’intelligence artificielle, aujourd’hui l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal, qui rassemble des chercheurs de l’Université de Montréal et de l’Université McGill. Aujourd’hui, cet organisme compte 300 chercheurs représentant 15 facultés. Ces chercheurs universitaires collaborent activement avec les grandes entreprises numériques de ce monde. Bengio est aussi membre d’IVADO, l’Institut de valorisation des données. Ivado est un concentré d’experts à Montréal faisant “le pont entre l’expertise académique et les besoins de l’industrie”. MILA, IVADO, Thales, Element IA et d’autres se sont récemment installés dans le Mile-Ex, déclaré comme lieu central de l’IA à Montréal. Les chercheurs s’installent à Montréal car il existe un « écosystème favorable » : des fonds publics, de la formation de la main d’œuvre financée par l’État, des espaces industriels pas chers, des universités, des acteurs de l’industrie numérique, le bilinguisme, etc. ».103

Ne pas s’habituer à la nouvelle “normalité”

Nous l’avons sentie et vécue comme un choc dans nos corps et nos esprits ; les changements provoqués par la crise se sont faits rapidement et on nous parle déjà d’une nouvelle façon de vivre en société à laquelle nous devrons nous habituer… Nous avons voulu en écrivant ces lignes, alimenter notre esprit critique, confirmer certaines intuitions, en abandonner d’autres… avec l’espoir de contribuer à nous donner des pistes de réflexion et de résistance pour lutter contre ce nouveau monde sans contact qu’on tente de nous imposer.

On assiste à une véritable réingénierie des comportements sociaux : imposition du télétravail dans plusieurs domaines, délation des voisins, peur de la contagion, peur des quartiers pauvres, peur d’une accolade, isolement social et acceptation de la surveillance de masse. Ces modifications accélérées des comportements concordent avec des tendances déjà fortes provoquées entre autres par l’usage des téléphones intelligents et des réseaux sociaux et le développement exponentiel des technologies qui marquera la prochaine décennie avec l’entrée en scène massive de l’IA dans nos vies.

Nous finissions ce début d’analyse encore plus préoccupées que nous l’étions au départ, qu’il s’agisse de confirmer l’énorme pouvoir d’influence politique et économique des futurs maîtres du monde, ces géants du Big Data, ou de découvrir que l’OMS obtient une part énorme de son financement d’une fondation qui investit aussi activement dans l’industrie pharmaceutique. Tout en confirmant que le capitalisme de surveillance a bel et bien pris son envol et que son éventail de nouvelles technologies nous est présenté comme autant de solutions miracles à la crise que nous vivons; nous percevons avec inquiétude la rapide acceptation des mesures qui créent de la distance dans nos relations humaines et nous empêchent d’être ensemble…

Il est fort probable que nous soyons appelé.e.s à nous adapter à cette nouvelle « normalité » et nous devons nous demander jusqu’où sommes-nous prêt.e.s à accepter ces nouvelles formes de contrôle et de surveillance de nos vies et l’imposition d’une nouvelle façon de vivre, de travailler et d’entretenir nos relations les un.e.s avec les autres, mais aussi de marginaliser et d’exclure. Qu’en sera-t-il lorsque les mesures proposées viseront à contrôler l’immunité ? Accepterons-nous de nous faire injecter un vaccin développé en toute hâte par des entreprises avides de profit ? Serons-nous indigné.e.s et prêt.e.s à défendre celles et ceux qui le refuseront, si la société décide de les exclure ? Il n’est pas impossible que dans l’éventualité où un vaccin soit trouvé, cette marginalisation et exclusion d’une partie de la population considérée à risque, s’applique aux personnes ayant refusé de se faire vacciner ou qui ne peuvent prouver leur immunité ; elles pourraient se voir refuser l’accès aux édifices gouvernementaux, aux endroits publics, aux commerces de grande surface et qui sait aux supermarchés…

En Bolivie, le gouvernement transitoire d’extrême droite mis en place suite à un coup d’État, a promulgué dans le contexte de la pandémie une loi rendant illégale la diffusion d’information, sur n’importe quel sujet, considérée comme trompeuse ou pouvant semer la confusion104. En parallèle nous observons que les contenus donnant de l’information critique sur la vaccination se font de plus en plus censurer sur les réseaux sociaux. Par exemple, Youtube informait fin 2019 que « Les vidéos qui font la promotion d’un contenu anti-vaccination constituaient – et c’est encore le cas aujourd’hui – une violation de notre politique concernant les actes dangereux ou pernicieux. Nous appliquons ces politiques de manière drastique et si nous trouvons des vidéos qui enfreignent ce règlement, nous prenons immédiatement les mesures nécessaires ».105 Que l’on soit en faveur ou non des vaccins, cela n’est pas la question ici : ce qui est en jeu est notre droit de penser, de critiquer et de partager publiquement une information alternative ou notre dissension. On observe actuellement une dynamique similaire avec les informations sur l’avortement, qui est censurée par exemple au Brésil106 et en Espagne.107 Un autre exemple dans lequel les géants du numérique sont à la fois juge et partie du contenu pouvant circuler en ligne, est celui de Facebook qui, fin août 2020, a décidé d’éliminer des dizaines de Fan Page de groupes associés à Crimethink et à itsgoingdown, ainsi que d’autres pages anarchistes ou antifascistes.108

Par ailleurs, étant donné que la possibilité de développer une immunité à long terme à la COVID-19 est incertaine, les gouvernements et les entreprises pourraient en venir à choisir toutes sortes de critères discriminatoires pour identifier le niveau de risque que représentent les individus : si nous gagnons moins de 35 000$ par année, si nous avons plus de 4 enfants, si nous vivons dans certains quartiers, etc. Ces critères, pourraient être transférés dans des algorithmes, comme ceux utilisés l’an dernier par des compagnies d’assurance en santé aux États-Unis, qui ont révélé favoriser davantage les personnes blanches.109

À court terme, la majorité des règles et mesures dictées par la santé publique seront volontaires, bien qu’associées à une forte pression sociale. Par contre, il n’est absolument pas farfelu d’imaginer que ces mesures iront en s’intensifiant et en augmentant l’étendue de leur spectre de contrôle sur nos vies, au fur et à mesures des vagues successives d’éclosion-confinement-déconfinement… Car comme le mentionne M. Lichfield du MIT en conclusion de son article, « non seulement nous nous adapterons à ces mesures, mais nous serons prompts à les accepter, car la surveillance de nos vies sera un maigre prix à payer pour retrouver notre droit fondamental d’être avec d’autres »110.

Comment résister et continuer de lutter ?

Un des premiers défis qui nous attend est de rester critiques face à la couverture médiatique en lien avec la pandémie et à la manière dont elle contribue à la fabrication de notre consentement. Même si la pandémie est une question de santé, un domaine dominé par les scientifiques où nous sentons que nous avons peut-être peu d’expertise, les enjeux qui se dégagent de cette crise sont beaucoup plus larges et touchent à différentes facettes du système économique et politique global dans lequel nous vivons.

Un des premiers moyens à notre portée est le refus de nous adapter sur une base individuelle à cette nouvelle réalité ; nous pouvons par exemple nous opposer aux mesures qui nous semblent farfelues, telles que le refus de l’argent comptant par les commerces. D’une part, parce que cela exclue et rend encore plus vulnérables les personnes en situation de pauvreté, ainsi que les personnes analphabètes, qui souvent n’ont ni carte de crédit, ni carte de débit et d’autre part, parce l’usage exclusif des cartes pour payer est un moyen additionnel pour extraire toujours plus de données de nos comportements de consommation.

Nous pouvons aussi questionner notre propre relation aux technologies, par exemple en commençant par se demander franchement qu’elle a été l’évolution de notre utilisation du téléphone intelligent et de l’internet, quelle place prennent les écrans et les réseaux sociaux dans nos vies, ainsi que dans notre façon de militer, de s’organiser, de mobiliser… Des résistances sur ce plan sont déjà en cours : depuis l’apparition des PC, les communautés de logiciels libres s’efforcent quotidiennement d’offrir des alternatives aux outils qui nous surveillent et des projets pilotes visant à mettre en place des infrastructures de connexion internet qui soient réellement décentralisées sont en construction au Chiapas et à soi-disant Montréal, par exemple.

En tant que mouvement de résistance, nous sommes bien loin des mobilisations de masse contre la mondialisation capitaliste et les événements internationaux organisés par l’élite mondiale sous l’égide d’institution telles que l’OMC, le G-20, le G-8 devenu G-7, ou le Forum économique mondial, et on voit encore très peu de manifestations devant les bureaux de Facebook, de Google ou d’Amazon. Mais nous sommes de plus en plus à nous pencher sur le rôle des GAFAM et le développement de l’intelligence artificielle. L’IA est l’enjeu économique du siècle, elle transformera la manière d’opérer du système capitaliste ainsi que les outils à la disposition des États pour contrôler la population par la surveillance et l’ingénierie des comportements sociaux. Le capitalisme de surveillance est à notre porte, mais il a besoin du développement du réseau 5G et de l’IA pour se déployer pleinement. Et l’intelligence artificielle n’est pas intangible, elle se développe dans nos villes : partout dans le monde, les grands centres urbains rivalisent pour attirer les acteurs de l’IA et ces derniers siphonnent allègrement les fonds publics.

À soi-disant Montréal, il y a un potentiel concret pour réfléchir collectivement à ce que nous pouvons faire pour freiner ce pôle de développement de l’IA, que ce soit par l’éducation populaire, la dénonciation, la mobilisation ou l’action directe.

« Les entrepreneurs en IA ont dans leur mire l’ancien pôle industriel entre Parc-extension et la Petite-Patrie, qu’ils appellent le Mile-Ex. Ils profitent aussi de l’expansion du campus de l’UdM dans la partie Sud de Parc-Extension. (…) Plusieurs start-up sont aussi situées près du Canal Lachine. (…) Ces entreprises s’approprient des ateliers locatifs, faisant grimper le prix des loyers et des ateliers, mais aussi des logements tout autour par l’afflux de travailleurs spécialisés. Ce mouvement d’appropriation du territoire par les entrepreneurs en IA contribue à achever la gentrification des quartiers visés. »111

Nos luttes contre la gentrification peuvent les décourager de s’installer dans nos quartiers ; à nous de faire les liens entre l’embourgeoisement de ces derniers et le développement des pôles de l’IA. Les luttes menées à Berlin contre Google-Campus ou encore celles menées à Grenoble contre le pôle technologique font partie des sources d’inspiration possibles. Tout comme les luttes qui, malgré la pandémie, préservent un autre rapport au monde depuis l’Amérique latine, qu’il s’agisse de la grève des livreurs de Uber eats au Brésil en juin, faisant écho à la grève d’Amazon au nord du continent, à la reprise des mobilisations au Chili, aux marches pour la dignité en Colombie, ayant parcouru plusieurs milliers de kilomètres depuis les territoires autochtones jusqu’à la capitale, ou aux luttes contre les évictions et les occupations de terrains par des familles délogées à Bogota, sans oublier les prisons, qui brûlent depuis des mois aux quatre coins du globe. Ces mobilisations viennent s’ajouter aux réseaux d’entraide comme ceux des paysan.ne.s brésilien.ne.s qui envoient chaque semaine des tonnes de nourriture bio dans les grandes villes, démontrant que vingt années d’efforts pour construire l’autonomie territoriale permettent aujourd’hui d’affronter la crise. Au quotidien, ce type de réseaux d’entraide construisent pas à pas un autre rapport au monde, préservant le tissu social envers et contre tout.

Ce tissu social, cette humanité qui s’exprime, sont les principales cibles et potentielles victimes de cette « nouvelle normalité » qu’on tente de nous faire accepter. Bien que nous acceptions la distanciation sociale comme un mauvais moment à passer, tant qu’il s’agit d’une mesure temporaire pour se protéger et protéger nos proches, nous pouvons refuser de nous y habituer et affirmer d’ores et déjà que nous n’accepterons pas la distanciation sociale perpétuelle. Nous avons besoin du contact humain physique, de pouvoir serrer nos ami.e.s dans nos bras, se donner une accolade entre camarades ou une tape dans le dos entre collègues. Nous priver de contacts physiques revient à nous déshumaniser et en ce sens, nous refusons que s’installe un monde sans contact.

Nous aspirons à des résistances qui se construisent loin des écrans, qui alimentent des vies avides de liberté où nous sommes en relation directe les uns avec les autres et avec le territoire qui nous entoure et où nous refusons de devenir des androïdes biologiques connectés à la réalité virtuelle qu’on aura construite pour nous.







1 https://contrepoints.media/posts/de-la-valeur-des-corps-et-des-marchandises

2 We’re not going back to normal, Massachusets Institue of Technology (MIT), 17 mars 2020.

https://www.technologyreview.com/2020/03/17/905264/coronavirus-pandemic-social-distancing-18-months/

3 Idem.

4 Idem.

5 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1698833/applications-de-tracage-suivi-contacts-coronavirus-geolocalisation-bluetooth-canada-quebec-dans-le-monde

6 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1726259/coronavirus-application-tracage-covid-assemblee-commission-ethique

7 https://www.journaldemontreal.com/2020/05/04/tour-du-monde-des-applications-mobiles-de-tracage-des-contacts

8 La technologie Bluetooth utilise des ondes courtes, pour connecter des appareils entre eux.

9 Le taux maximum de reproduction identifié est de 5.7 mais oscille généralement entre 1 et 1.5

https://www.the-scientist.com/features/why-r0-is-problematic-for-predicting-covid-19-spread-67690

https://www.bbc.com/news/health-52473523

10 https://www.nature.com/articles/d41586-020-01264-1

11 https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/580371/il-ne-faut-pas-prendre-a-la-legere-la-securite-des-outils-de-recherche-de-contacts

12 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1706911/application-tracage-coronavirus-covid-19-decrypteurs-acces-contacts-cell-facebook

13 https://www.cadtm.org/Ne-laissons-pas-s-installer-le-monde-sans-contact

14 Nous utilisons dans le texte les noms Montréal, Québec, Canada, précédé de l’expression « soi-disant » afin d’informer qui nous lit que ce sont les noms qui ont été imposés par la colonisation sur les territoires volés de ce que nous connaissons aujourd’hui comme l’Amérique du nord, mais qu’ils existent d’autres noms afin de désigner ces territoires qui reflètent la diversité des cultures autochtones qui continuent d’y vivre et d’y résister.

15 http://trpocb.org/ce-quil-faut-savoir-sur-le-dossier-sante-quebec-dsq/

16 https://ici.radio-canada.ca/info/videos/media-7902183/carnet-sante-quebec-en-ligne-22-mai

17 https://www.journaldemontreal.com/2020/05/04/tour-du-monde-des-applications-mobiles-de-tracage-des-contacts

18 https://www.nytimes.com/2020/03/01/business/china-coronavirus-surveillance.html

19 https://www.lesoleil.com/chroniques/gilles-vandal/la-chine–lart-de-transformer-une-crise-en-avantage-365fbd3f431c26a81e54769ac81a7a01

20https://www.thetricontinental.org/studies-2-coronavirus/

21 https://plus.lapresse.ca/screens/089d4bde-cebc-415c-a34c-ff4e69016272__7C___0.html

https://www.tvanouvelles.ca/2020/05/02/des-cameras-thermiques-qui-soulevent-des-doutes-1

22 https://www.eltiempo.com/bogota/coronavirus-ultimas-noticias-aeropuerto-el-dorado-estrena-camaras-termicas-para-detectar-casos-495254

https://www.eltiempo.com/colombia/cali/en-menos-de-3-dias-ya-intentan-robar-camaras-termicas-de-covid-en-mio-517136

23 https://www.foxbusiness.com/lifestyle/coronavirus-immunity-cards

24 https://www.rt.com/usa/485510-fauci-immunity-cards-coronavirus/

25https://www.tvanouvelles.ca/2019/12/18/un-carnet-de-vaccination-invisible-sous-la-peau

26 http://mi.lapresse.ca/screens/513ed3bc-814f-4f67-92a5-09736b04975b__7C___0.html

27 https://id.presidencia.gov.co/Paginas/prensa/2020/Gobierno-Nacional-expide-Decreto-457-mediante-el-cual-imparten-instrucciones-para-cumplimiento-Aislamiento-Preventiv-200323.aspx

28 https://www.journaldemontreal.com/2020/05/04/tour-du-monde-des-applications-mobiles-de-tracage-des-contacts

29 https://www.solidarityacrossborders.org/fr/cbsa-pushes-tracking-bracelets

30 https://www.cbsa-asfc.gc.ca/security-securite/arr-det-eng.html#atdp

31 https://www.bbc.com/news/technology-40341511

32 https://www.bbc.com/news/technology-40341511

33 https://id2020.org/

34 http://truthstreammedia.com/2020/03/24/were-living-in-12-monkeys/

35 https://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/2020-07-06/il-faut-qu-on-parle-de-votre-identite-numerique.php

36 https://www.theguardian.com/world/2020/jun/18/coronavirus-mass-surveillance-could-be-here-to-stay-tracking?mc_cid=8089663049&mc_eid=9cd81ffcd4

37 http://truthstreammedia.com/2017/10/30/the-fourth-industrial-revolution-most-people-dont-even-realize-whats-coming/

38 https://fr.weforum.org/agenda/archive/fourth-industrial-revolution

39https://www.weforum.org/agenda/2020/04/covid-19-emerging-technologies-are-now-critical-infrastructure-what-that-means-for-governance/

40 36 zéro derrière 340…

41 Idem

42 https://radio-waves.orange.com/fr/reseaux-et-antennes/5g/

43 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1722563/5g-rogers-bell-telus-utilisation-potentiel-inexploite

44 https://www.who.int/news-room/q-a-detail/5g-mobile-networks-and-health

45 https://www.reuters.com/article/us-swiss-5g/switzerland-to-monitor-potential-health-risks-posed-by-5g-networks-idUSKCN1RT159

46 https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/06/au-royaume-uni-des-antennes-5g-incendiees-a-cause-d-une-theorie-du-complot-sur-le-coronavirus_6035718_4408996.html

47 https://www.lesoleil.com/actualite/justice-et-faits-divers/tours-cellulaires-incendiees-theories-conspirationnistes-la-police-enquete-c169314a3f68145a64316a0a14119647

48 https://www.youtube.com/watch?v=xRhISwY42nQ&list=PLSn1F05iE4gY6GsDYCnV7Qfh7caT74CfY&index=8

49 http://truthstreammedia.com/2017/10/30/the-fourth-industrial-revolution-most-people-dont-even-realize-whats-coming/

50 https://www.youtube.com/watch?v=T9DK0JThOio&list=PLZLDYXYNjiTTpiWf1m14WIcEEBAKS2lTR&index=22&t=0s

51 https://www.weforum.org/platforms/shaping-the-future-of-technology-governance-iot-robotics-and-smart-cities

52 https://www.weforum.org/centre-for-the-fourth-industrial-revolution/

53 https://www.weforum.org/agenda/2018/11/the-fourth-industrial-revolution-is-driving-a-new-phase-of-globalization/

https://www.weforum.org/platforms

54 En anglaisThe Network for Global Technology Governance”.

55https://www.weforum.org/centre-for-the-fourth-industrial-revolution/

56 https://www.lemonde.fr/culture/article/2014/06/17/internet-la-pollution-cachee_4437854_3246.html

57 https://www.bbc.com/future/article/20200305-why-your-internet-habits-are-not-as-clean-as-you-think

58 https://www.nytimes.com/2019/11/11/business/google-ascension-health-data.html

59 https://health.google/

60 https://www.express.co.uk/news/science/781136/IMMORTALITY-google-ray-kurzweil-live-forever

https://www.theguardian.com/technology/2019/feb/22/silicon-valley-immortality-blood-infusion-gene-therapy

61 https://www.express.co.uk/news/science/720030/Virtual-immortality-developer-chatbot

62 On appelle en anglais «to mine »« les données des utilisateurs afin de consolider des bases de données cotées en bourses.

63 https://www.capital.fr/entreprises-marches/big-data-et-intelligence-artificielle-profitez-de-cette-revolution-en-bourse-1225427

64 Idem.

65 https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/579393/deconfines-surveilles

66 Cambridge Analytica (CA), une société de communication stratégique, s’est retrouvée en 2018 au centre d’un scandale mondial pour avoir utilisée le données personnelles de plusieurs dizaines de millions d’utilisateurs de Facebook, afin de diffuser des messages favorables au Brexit au Royaume-Uni et à l’élection de Donald Trump aux États-Unis en 2016, provoquant sa faillite en 2018.

67 https://en.wikipedia.org/wiki/The_Great_Hack

68 https://www.theguardian.com/technology/2019/mar/17/the-cambridge-analytica-scandal-changed-the-world-but-it-didnt-change-facebook

69 https://naomiklein.org/the-screen-new-deal/

70 https://www.theguardian.com/news/2020/may/13/naomi-klein-how-big-tech-plans-to-profit-from-coronavirus-pandemic

71 https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/apr/01/do-you-know-how-zoom-is-using-your-data-heres-why-you-should

72 https://www.lejdd.fr/Societe/on-vous-explique-pourquoi-la-france-exporte-ses-dechets-en-asie-3912663

73 http://truthstreammedia.com/2018/07/24//

74 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1705314/coronavirus-riches-economie-fortune-pandemie-etats-unis

75 https://www.forbes.com/profile/jeff-bezos/?list=forbes-400#4f5267a31b23

76 https://www.forbes.fr/classements/classement-forbes-2020-des-milliardaires-bernard-arnault-sur-le-podium/?cn-reloaded=1

77 Tiré du documentaire Le Monde selon Amazon: https://www.youtube.com/watch?v=v9F6oJxr-EU

78 www.amazon.jobs

79 www.starlink.com

80 https://www.rtbf.be/info/dossier/epidemie-de-coronavirus/detail_coronavirus-quelles-entreprises-s-enrichissent-grace-a-la-crise?id=10499655

81 https://www.journaldemontreal.com/2020/03/30/greves-chez-amazon-et-instacart-pour-plus-de-protections-face-au-coronavirus

82 https://www.rtbf.be/info/dossier/epidemie-de-coronavirus/detail_coronavirus-quelles-entreprises-s-enrichissent-grace-a-la-crise?id=10499655

83 Idem.

84 https://www.entreprendre.fr/numerique-sante-grande-distribution-ces-entreprises-qui-resistent-a-la-crise-sanitaire-covid19/

85 https://www.monde-diplomatique.fr/2020/04/RAVELLI/61624

86 https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/covid-19–le-masque-revelateur-de-notre-impreparation-ea3fe5e7e5f3e872f456670c8428f40c

87 https://silure-ge.net/fr/home/positions/la-sante-publique-en-regime-neoliberal

88 https://www.un.org/fr/coronavirus/articles/recommandations-port-du-masque

89 https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/coronavirus-coronavirus-si-masques-faisaient-plus-mal-bien-80893/

https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/covid-19–le-masque-revelateur-de-notre-impreparation-ea3fe5e7e5f3e872f456670c8428f40c

90 https://www.monde-diplomatique.fr/2020/04/RAVELLI/61624

91 https://www.marketwatch.com/story/bill-gates-says-hell-spend-billions-on-coronavirus-vaccine-development-2020-04-06

92 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1698428/bill-gates-puce-conspiration-complot-covid-verification-dementi-decrypteurs

93 https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.MKTP.CD?most_recent_value_desc=true

94 https://www.courrierinternational.com/article/2007/02/01/les-etranges-placements-de-la-fondation-gates

95 https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2020-04-15/covid-19-la-fondation-gates-appelle-a-un-effort-mondial-pour-fabriquer-un-vaccin

96 https://info.arte.tv/fr/film-loms-dans-les-griffes-des-lobbyistes

97 https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=Nombre+de+morts+Covid-19+dans+le+monde

98 https://www.iarc.fr/wp-content/uploads/2018/09/pr263_F.pdf

99 https://foodsecurecanada.org/fr/ressources-et-nouvelles/nouvelles-et-medias/loms-qualifie-le-glyphosate-dagent-probablement

100 https://www.ledevoir.com/economie/479950/bayer-rachete-le-geant-monsanto

101 https://www.ledevoir.com/politique/quebec/584542/quebec-veut-attirer-les-pharmaceutiques-avec-les-donnees-de-la-ramq

102 https://iris-recherche.qc.ca/publications/IA

103 Idem.

104 https://www.france24.com/es/20200511-bolivia-aprueba-sanciones-penales-por-desinformar-sobre-el-coronavirus

105 https://www.20minutes.fr/sante/2489311-20190418-antivax-comment-offensive-contre-antivaccins-organise-ligne

106 https://ooni.org/post/2019-blocking-abortion-rights-websites-women-on-waves-web/

107 https://blog.magma.lavafeld.org/post/women-on-web-blocking/

108 https://itsgoingdown.org/on-facebook-banning-anarchist-and-antifascist-pages-the-digital-censorship-to-come/

109 https://www.technologyreview.com/2020/03/17/905264/coronavirus-pandemic-social-distancing-18-months/

110 https://www.technologyreview.com/2020/03/17/905264/coronavirus-pandemic-social-distancing-18-months/

111 https://mauvaiseherbe.noblogs.org/post/2020/04/11/lintelligence-artificielle/

Renseignements sur la surveillance policière contre le mouvement de solidarité avec les Wet’suwet’en

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Sep 042020
 

De North Shore Contre-info

North Shore Contre-Info a reçu des documents juridiques pas encore rendus publics avec des renseignements sur de récentes enquêtes ciblant des anarchistes dans le sud de l’Ontario pour leurs activités en solidarité avec les Wet’suwet’en en 2019 et 2020. Ces renseignements confirment des pratiques de surveillance qu’on savaient possibles, mais qui ne sont pas d’habitude prises au sérieux. Ces pratiques incluent une collaboration avec des grosses entreprises de la tech, des dispositifs de localisation et de longues périodes de surveillance active.

Nous encourageons les militant·e·s de lire ceci avec attention. Nous ne publions pas davantage de précisions sur le contexte afin de protéger l’identité des sources.

Nous pouvons confirmer le suivant :

  • La police a demandé et a obtenu un mandat 492.1(1) pour suivre les déplacements d’un individu à l’aide d’un dispositif de surveillance attaché à sa voiture.
    • Le juge a délivré le mandat en 24 heures
    • Le mandat permet qu’un dispositif soit en place pendant 60 jours, ou jusqu’à une année si la cible est liée au crime organisé ou au terrorisme (rappelons que les anarchistes en Ontario sont souvent traité·e·s ainsi)
  • Google s’est conformé à plusieurs mandats et a donné à la police locale en Ontario les métadonnées de comptes gmail en trois jours après réception de la demande.
    • Les métadonnées comportent les comptes liés, les informations de récupération et les informations de création de compte, entre autres
    • La police locale n’a même pas essayé d’obtenir les informations des comptes Riseup qui figuraient également dans leurs notes
  • Les fournisseurs d’accès Internet (FAI) gardent un journal de vos adresses IP même s’ils disent qu’ils ne le font pas. La police a réussi à obtenir des mandats pour ces journaux.
    • La police a pu accéder à ces infos dans les deux semaines après leur demande
    • Ces informations sont utiles pour confirmer les infos obtenues d’autres entreprises internet, en permettant par exemple de faire le lien entre un adresse courriel et un point d’accès à internet
    • Le FAI a dit à la police qu’il allait avertir son client de cette divulgation d’information mais il ne l’a jamais fait
  • Certain·e·s individu·e·s impliqué·e·s dans le mouvement de solidarité avec les Wet’suwet’en étaient l’objet d’une surveillance 24 heures sur 24 pendant une période qui a duré d’au moins fin février à début mars.
    • Les unités de surveillance mobiles étaient composées de 4-6 flics qui surveillaient la résidence de leurs cibles et suivaient leurs déplacements
    • Ils ont rédigé des listes d’associés qui comportaient des noms de personnes avec qui leur cible étaient en contact
    • Il est arrivé que les flics entraient dans un magasin que la cible a fréquenté pour demander de voir la vidéosurveillance et les reçus de caisse
    • Leurs rapports étaient combinés avec des rapports sur les renseignements disponibles sur les réseaux sociaux avant d’être envoyés à la division de renseignements et à l’unité des crimes haineux locales
    • Il n’y a pas de raison de croire que cette surveillance se limite à ce que ces documents confirment. Il est probable qu’elle a duré plus longtemps et a ciblé davantage de gens
  • La police s’est appuyé sur la présence d’un individu dans des manifestations publiques pour obtenir un mandat pour fouiller son portable. La référence la plus ancienne à sa présence dans des manifs date d’il y a sept ans
    • Nous ignorons si la police a pu accéder aux données du portable. Il était chiffré avec le logiciel de chiffrement de disque Android de base. Par le passé, ils n’ont pas réussi à entrer dans des portables chiffrés ainsi (lors de l’affaire Locke Street par exemple) mais dernièrement la police a dépensé des dizaines de milliers de dollars sur des logiciels de décryptage

Nous ne sommes en rien des experts sur la surveillance ou la contre-surveillance, mais nous suggérons les mesures suivantes :

  • D’une certaine façon, que la police ait besoin de se servir de pratiques de surveillance intensives indique que la culture de la sécurité marche. Les gens ne se balancent ou ne s’affichent pas eux même sur les réseaux sociaux et s’organisent de manière sécuritaire.
  • Évitez d’utiliser les services d’entreprises comme Facebook et Google, qui vous sont hostiles aussi bien qu’à vos projets. Au moins un·e anarchiste en Ontario risque la prison à cause de la collaboration de Google avec la police, tout comme d’innombrables autres au sud de la frontière.
  • Il n’est pas possible d’être certain.e de repérer et d’éviter la surveillance physique. Pendant des périodes d’haute tension, tenons pour acquis qu’on nous suit sauf quand nous prenons des mesures actives pour l’empêcher.
  • Nous avons très peu d’expérience avec les dispositifs de localisation sur des véhicules. Maintenant que nous savons pour certain que cela arrive ici, on pourrait essayer d’éviter de se servir de voitures liées à des radicaux·ales connu·e·s pour des actions et les préparations
  • Pour les données des FAI, renseignez-vous sur la politique de confidentialité de votre FAI. Pensez à changer à une compagnie qui garde un minimum de journaux
    • L’État oblige aux FAI de garder des journaux d’adresses IP associés à leurs clients, mais le FAI dont il est question ici ne les garde que pendant 30 jours après la dernière utilisation de l’adresse
  • Assurez-vous de chiffrer votre portable et de l’éteindre si vous risquez l’arrestation. Utilisez des applis de messagerie sécurisées et des réglages qui effacent automatiquement vos messages pour minimiser le risque s’il tombe entre les mauvaises mains.
  • Tout cela peut faire peur, mais rappelons-nous que le but de discuter de la répression est de pouvoir agir de manière efficace malgré elle. Consultez le texte Confidence Courage Connection Trust pour un guide pratique à la culture de la sécurité

Ce texte est signé par des membres du collectif North Shore

Pourquoi abolir les prisons et la police ?

 Commentaires fermés sur Pourquoi abolir les prisons et la police ?
Août 292020
 

De la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC)

La police comme les prisons sont des institutions qui ont été mises en place pour maintenir un ordre social capitaliste et raciste. Que ce soit à la suite des commission d’enquête sur la SQ après la crise d’Oka (Gauthier, 2006) ou celle survenu après la grève étudiante de 2012 (Québec (Province) et al., 2014), on trouve toujours les recommandations de restructurer les organisations ou de réévaluer l’utilisation de tel ou tel type d’arme. Pendant que la liste des victimes des services de police et des prisons s’allonge au Québec comme ailleurs, on agite encore l’idée des enquêtes et des réformes. Pire, certain-e-s demandent plus de formation ou des gadgets technologiques comme des caméras, qui n’auraient pour seul effet que d’augmenter le budget des services de police. Si la crise américaine actuelle nous a appris quelque chose, c’est que les caméras ne servent à rien : La mort d’Ahmaud Arbery a été filmée, mais c’est seulement quand la population s’est soulevée contre les policiers, les procureurs et les juges qui ont essayé de balayer la cause sous le tapis que les meurtriers ont été arrêtés. La mort de George Floyd a été filmée, mais c’est seulement après trois jours de manifestations que des accusations ont été portées, d’abord sur un seul des policiers impliqués. L’impunité totale des services de police et l’injustice massive du système carcéral ne se régleront pas par une enième réforme de plus. Cette impunité se doit d’être répondue par l’abolition de ces institutions.

La police et la prison, qu’est-ce qu’elles empêchent au fond

On peut simplement caractériser les crimes en trois catégories. Les crimes contre la propriété, les crimes contre la personne et les crimes sans victimes, comme le font déjà les codes de loi. Pour chacune de ces catégories, il est facile de montrer que les effets de la police et de la prison sont nuisibles.

Premièrement, les crimes sans victimes, comme le travail du sexe ou le trafic ou la possession de drogue, sont des motifs d’arrestation fréquents, mais comme leur nom l’indique, ne causent pas de dommage direct aux personnes. Plusieurs pays dans le monde ont réussi à réduire considérablement la consommation de drogue en fournissant des services d’aide aux personnes qui considèrent avoir des problèmes de dépendance. Cette approche prône la réduction des méfaits, une approche qui vise à réduire les dommages physiques causés par la dépendance, en fournissant par exemple des espaces sécuritaires pour l’utilisation de drogue et la décriminalisation de la consommation de drogue. En tentant d’interdire la consommation de drogue ou l’achat de services sexuels, les autorités facilitent la mise en place de réseaux criminels et mettent en danger la sécurité des travailleur-euse-s et des consommateur-e-s. Celleux-ci s’exposent en plus à la menace constante de la criminalisation, menace qui est particulièrement inefficace pour réduire la dépendance. En effet, le facteur le plus important pour le traitement des dépendances est la volonté de la personne touchée. Si une personne est contrainte à subir des traitements contre son gré, les chances sont bien minces qu’un effet positif ressorte de celui-ci.

Deuxièmement, les crimes contre les biens surviennent en majeure partie parce que les plus pauvres n’ont pas d’autres choix, face au coupures récurrentes de l’aide sociale, du chômage et des services sociaux, et la mise en valeur de modes de vie inatteignable pour la plupart. La critique a déjà été faite mille fois et revient de façon récurrente depuis la création des premières prisons : les personnes pauvres devant utiliser la criminalité pour survivre se retrouvent isolé-e-s ensembles dans les prisons et peuvent alors développer leurs habiletés criminelles. Investir dans plus de prisons et de policièr-e-s ne résout pas le problème de la redistribution de la richesse, et coûte même beaucoup plus cher que la mise en place de mécanismes sociaux de redistribution. S’il faut maintenir les injustices à coups de bâton, on ne corrigera pas le problème en changeant la taille du bâton.

Finalement, les crimes contre les personnes sont les plus rares. Malgré tout, la violence dans la société est principalement dirigée vers les personnes déjà marginalisées : personnes racisées, femmes ou personnes non-binaire, personnes pauvres ou en situation d’itinérance, travailleur-euse-s du sexe, personne en situation de handicap et personnes homosexuelles. Différentes études montrent que ces personnes sont plus fréquemment victime de la violence policière, et qu’en conséquence elles rapportent moins les crimes à leur égard. Pour ne prendre qu’un exemple, une étude réalisée chez les personnes ayant des handicaps physiques ou mentaux montre que les personnes en situation de handicap rapportent 50% moins souvent les crimes à leur égard (Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ), 2011). De plus, la police et la prison interviennent dans les cas de violence, mais seulement à posteriori, alors qu’il n’y a plus rien qui peut être fait. Sans compter que la prison n’empêche pas la récidive. Bref, la police et les prisons ne protègent pas les plus vulnérables et même si des interventions étaient faites par la police, elles puniraient l’action sans s’en prendre à leur racine : le sexisme, le racisme, l’homophobie ou le capitalisme. Au contraire, la police s’en prend plus souvent aux personnes racisées, négligent les plaintes faites par des femmes et s’attaquent généralement aux populations pauvres.

Bref, pour aucune catégorie de crime la police et les prisons ne semblent une avenue utile ou productive. Et malgré que les taux de crime descendent depuis près de vingt ans au Canada, alors que les budgets des services de police augmentent continuellement. Alors que les taux de résolution de crime ne dépasse rarement la barre des 40% (Service de Police de la Ville de Montréal, 2015), les autorités continuent d’encourager les investissements massifs dans les outils de répression(Ministère de la Sécurité publique, s.d.). Et finalement, alors que plus de crimes sont rapportés par personne en milieu rural, la majorité des forces policières sont toujours situées dans les villes. Ainsi, si le but réel de la police et des prisons étaient de réduire le crime, il y aurait longtemps que les gouvernements néolibéraux les auraient abolies, parce qu’elles ne sont que d’une utilité marginale à cet effet. Au contraire, la police semble beaucoup plus au service de l’ordre social capitaliste, pour empêcher les pauvres de développer des stratégies non-capitalistes de survivance et pour empêcher la réorganisation de la production dans une perspective égalitaire. Cette situation est illustrée par le contexte historique de l’apparition de la police et de la prison.

Petite histoire de la police et de la prison

Au « Canada », la police s’est développée en raison du soulèvement des métis dans l’ouest canadien. Aux États-Unis, la forme la plus proche de la police actuelle s’est développée dans le sud, comme un groupe de surveillance pour le contrôle des esclaves (Williams, 2007). Dans ces deux cas, la police s’est institutionnalisée plus fortement avec l’apparition de populations pauvres amenées par le développement capitaliste, tout en conservant son biais raciste d’origine, qui se manifeste entre autres par la collaboration avec des groupes d’extrême-droite (il suffit d’aller dans une contre-manifestation en réponse à des manifestations d’extrême-droite pour le voir), des assassinats ciblant une majorité de personnes racisées (comme a Montréal), et par le profilage racial. Ces caractéristiques sont constantes dans l’histoire de la police.

La même histoire se produit dans l’histoire des prisons. Les premières prisons sont mises en place pour empêcher le vagabondage, pour fixer les populations pauvres dans des espaces fixes, en contraignant les personnes arrêtées dans des poorhouses ou des workhouses dès la fin du 18ème siècle. C’est par la suite que les prisons ont été mises en place sur un modèle similaire, dans la période de forte industrialisation qui nécessitait une mise au travail massive. Ce modèle s’est exprimé sous la forme du travail forcé, que ce soit l’esclavage légal du travail dans les prisons ou le wage slavery du travail dans les usines. Bref, la forme actuelle des prisons est celle d’une institution qui force au travail les populations marginalisées. Ce n’est donc pas surprenant, même en prenant en compte le racisme de la police, que les populations autochtones et racisées soient surreprésentées jusqu’à ce jour dans les prisons : c’est un outil qui a été toujours utilisé pour contraindre les populations pauvres au travail.

Et si on réduisait les budgets…

… le caractère raciste et capitaliste de ces institutions perdurerait, et dès que la vague de contestation cessera, des réinvestissements massifs seront effectués. En effet, la culture du silence présente dans les services de police et fortement documentée fait des policier-e-s actuel-le-s des complices directs de la violence effectuée par leurs collègues (A. Cab, 2020). Cette culture de violence ne peut être endiguée qu’en mettant en place des services permettant aux personnes marginalisées de répondre à leurs besoins sans être forcé-e-s de recourir à des stratégies illégales. Il serait aussi possible de s’inspirer des groupes qui s’occupent de la gestion des délits établis par différents groupes révolutionnaire, que l’on pense au Black Panther aux États-Unis ou à l’ANC en Afrique du Sud lors de l’apartheid (Williams, 2007, l’après-propos). Il le faudra bien, parce que soit on développe des mécanismes communautaires, soit on risque de se faire tuer par des policièr-e-s chaque fois qu’il-le-s débarquent.

Bibliographie

Sylvain Marcoux : un nazi chez les conspis

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Août 222020
 

De Montréal Antifasciste

L’actualité récente au Québec a été ponctuée par une série d’arrestations relatives à diverses menaces formulées à l’endroit du docteur Horacio Arruda, le directeur de la Santé publique du Québec et, de ce fait, le principal porte-parole des politiques québécoises en matière de santé publique dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Ces arrestations ont mis en relief la participation d’une partie de l’extrême droite dans les mobilisations[1] contre le port obligatoire du masque, les consignes de distanciation physique et les autres mesures mises en place pour minimiser les risques de contagion dans l’espace public. Dans un billet daté du 31 juillet 2020, le blogueur antiraciste Xavier Camus faisait état d’une publication par un adepte du mouvement complotiste QAnon, Fabrice Descurninges, où celui-ci révélait l’adresse personnelle d’Horacio Arruda. Dans son billet, à renfort de captures d’écran, Camus soulignait également l’intervention remarquée d’un certain Sylvain Marcoux, qu’il décrit dans son billet comme un « complotiste violent ».

Marck Lelou est l’un des nombreux pseudonymes de Sylvain Marcoux sur Facebook.

Une semaine plus tard, le 7 août 2020, la plupart des grands médias (dont Radio-Canada, La Presse et le Journal de Montréal) rapportaient l’arrestation de Sylvain Marcoux « pour avoir présumément harcelé le docteur Horacio Arruda et sa famille sur les médias sociaux ». Étonnamment, aucun de ces articles ne mentionne l’allégeance politique de Marcoux, fermement ancrée dans l’extrême droite la plus dure, notamment dans l’entourage de la Fédération des Québécois de souche (FQS), allégeance qu’une simple recherche Google permet pourtant de déterminer sans l’ombre d’un doute. Ce polémiste nationaliste, fétichiste du nazisme et candidat indépendant aux dernières élections provinciales avait d’ailleurs déjà joui d’un traitement complaisant de la part des quelques médias qui s’étaient intéressés à sa candidature marginale en 2018…

Bien que le sinistre Sylvain Marcoux ne soit d’aucune manière une figure majeure de l’extrême droite québécoise, nous croyons que l’occasion est toute désignée pour retracer son itinéraire politique au cours de la dernière décennie.

Avertissement : cet article contient des captures d’écran au contenu explicitement raciste et antisémite.

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Les premières interventions en ligne de Sylvain Marcoux s’inscrivaient déjà dans les milieux nationalistes et droitistes de la « ligne dure ». En l’espace de quelques mois en 2011, Marcoux a publié 13 textes sur Vigile.Quebec, un site offrant une tribune libre aux auteurs nationalistes et indépendantistes de différentes tendances, mais qui dans les dernières années a pris une nette tangente d’extrême droite. Les sujets de prédilection de Marcoux à cette époque reflétaient les thèmes récurrents du nationalisme identitaire frustré, comme la répudiation du Parti Québécois pour son manque de combativité dans la quête indépendantiste et la dénonciation rageuse du multiculturalisme comme menace existentielle à l’identité québécoise.

Sans doute encouragé par ses premiers pas comme polémiste, Marcoux a écrit en 2012 un opuscule intitulé Pour un ralliement national canadien-français. Publié (curieusement) par les Éditions Guérin, qui le présentent comme un « manifeste », ce texte est une sorte d’invitation à un projet nationaliste ethnique pour le Canada français. À part que l’auteur y déplore et rejette l’emploi relativement récent du vocable « Québécois » pour désigner les descendant-e-s des colons français au Canada, l’essai n’a rien de vraiment intéressant. Malgré une note affirmant que les Juifs constituent un groupe particulièrement xénophobe et un commentaire rejetant l’aspiration des peuples autochtones à la souveraineté (tout en revendiquant une présence européenne en Amérique du Nord remontant à plus de 1 000 ans), le genre de racisme implicite dans cet appel à un nationalisme fondé sur le caractère ethnique particulier des Canadiens français n’a (malheureusement) rien de bien extraordinaire au Québec. En fait, en 2012, Marcoux prétendait encore que son nationalisme, s’il était « culturel et ethnique », n’avait rien de racial : quelle que soit la couleur de sa peau ou ses origines personnelles, devait-on comprendre de sa proposition, toute personne s’identifiant au Canada français et désireuse de s’y « assimiler[2] » peut être Canadien français :

« Pour le Ralliement national, le “nationalisme” n’est donc pas fondé sur la “race” (morphologie, couleur de la peau…), mais bien sur la culture, c’est-à-dire l’ensemble des modes de vie et des convictions que partage la population vivant au sein d’un même territoire. »

Il allait faire paraître quelques articles de plus sur Vigile.Quebec en 2013, mais sans plus.

Il est assez clair que Marcoux fricotait déjà avec l’extrême droite québécoise dans ces années-là. Après tout, cette prétention à être « pas raciste », mais simplement préoccupé par la « culture », correspond en tous points à la posture adoptée par les principaux courants d’extrême droite partout en Occident. La culture y est implicitement comprise comme homogène et statique, voire immuable, plutôt qu’hétérogène et changeante. Il découle de cette définition de la culture un rejet de toute critique ou remise en question par des personnes autochtones ou issues de l’immigration, lesquelles sont perçues comme intrinsèquement suspectes, car elle représente de par leurs origines une menace pour la culture dominante. D’où l’éructation classique des nationalistes québécois voulant que l’immigration et le multiculturalisme constituent un « cheval de Troie » visant à miner de l’intérieur la culture canadienne-française. Le fait est que les formes de racisme « biologique » et « culturelle » ont bien plus de points en commun que de différences : il s’agit au final de visions essentialistes des identités qui servent à justifier la discrimination, l’exclusion et la répression[3].

En 2012, un groupuscule identitaire autrement inconnu, le Comité citoyen pour l’intérêt du Québec (CCIQ), a organisé pour Marcoux une conférence publique lui donnant l’occasion de présenter son livre. La Fédération des Québécois de souche (FQS), qui sert en quelque sorte de centre névralgique pour les fascistes et suprémacistes (ou « nationalistes ») blancs de différentes tendances au Québec, a par la suite fait une critique dithyrambique de son allocution, tout en déplorant au passage le caractère « culturel » plutôt que « racial » de son nationalisme. Une critique que Marcoux allait manifestement prendre à cœur pour la suite des choses.

Dans ces années-là, la FQS collaborait étroitement avec la Bannière noire et la Légion nationale, deux autres groupuscules fascistes aujourd’hui disparus. Les trois groupes ont notamment coorganisé quelques manifestations, dont une « Marche contre la dénationalisation » à Montréal en 2011, et une autre à Trois-Rivières en 2012. Marcoux a participé à ces rassemblements et a même été interviewé par quelques médias d’information à Trois-Rivières. Tout en insistant sur le fait qu’il n’était pas membre de la Légion nationale, il continuait à mettre de l’avant la ligne anti-immigration raciste/culturelle décrite ci-dessus, se plaignant que la majorité historique soit en train de perdre son statut dominant, mais en se défendant bien d’être raciste, car « la culture », précisait-il, « c’est entre les deux oreilles que ça se passe ». Marcoux a aussi donné une entrevue à la FQS le 23 mars 2013 à l’occasion d’une « action militante » à l’Hôtel de Ville de Montréal.

Marcoux a passé une bonne partie de la dernière décennie (2013-2017) comme conseiller municipal de Saint-Majorique-de-Grantham, près de Drummondville, tout en travaillant comme soudeur-assembleur. À cet égard, il convient de mentionner que le Mouvement Tradition Québec (MTQ), un groupuscule catholique traditionaliste d’extrême droite ayant des liens très étroits avec la FQS, a organisé et fait la promotion d’une série de services religieux officiés par l’Abbé Damien Duterte et Monseigneur Donald Sanborn, tous deux du courant théologique « sédévacantiste » se situant à la droite des lefebvristes traditionalistes (beaucoup mieux connus) de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX)[4]. En 2019, trois événements du MTQ ont eu lieu dans la salle municipale de Saint-Majorique située au 1966 boulevard Saint-Joseph, vraisemblablement avec la permission du conseil municipal auquel Sylvain Marcoux a siégé pendant plusieurs années. Il s’avère que Marcoux réside (ou résidait) lui-même tout juste en face du bâtiment municipal en question. Rassurez-vous, nous n’invitons personne à aller « cogner dans ses vitres ». Sa maison est d’ailleurs à vendre, s’il y en a que ça intéresse…

Une photo du bureau de Sylvain Marcoux à son domicile de Saint-Majorique-de-Grantham, trouvée sur la page d’un courtier immobilier. Notez le “soleil noir”, un symbole nazi, affiché au mur.

De nationaliste « culturel » à néonazi pur et dur

Au moment où il a attiré notre attention, il y a quelques années, Marcoux était déjà devenu un ardent néonazi, multipliant sur les médias sociaux les messages niant l’Holocauste, affirmant qu’Adolf Hitler « est l’âme la plus belle qui se soit incarnée sur cette terre » et relayant des théories du complot voulant que les Juifs aspirent au génocide des « populations blanches ». En fait, Sylvain Marcoux est sans contredit l’un des plus vils et des plus virulents racistes de toute la fachosphère québécoise.

En mars 2017, deux mois après qu’Alexandre Bissonnette eut assassiné six hommes et blessé 19 autres personnes au Centre culturel islamique de Québec, Marcoux est apparu dans le fil de commentaire de la chaîne Nomos.tv d’Horizon Québec Actuel pour avancer l’hypothèse qu’il n’y a eu aucun mort et que toute l’affaire a été mise en scène et n’était en fait qu’un « gros show-off libéral anti-québécois » :

Sylvain Marcoux met en doute l’authenticité de l’attentat contre la grande mosquée de Québec du 29 janvier 2017.

Sylvain Marcoux badine avec Robert Proulx et La Meute dans un garage sous-terrain de Québec, le 20 août 2017.

Il a aussi, au cours des dernières années, régulièrement participé aux mobilisations d’organisations xénophobes nationales-populistes comme La Meute et Storm Alliance.  Il a par exemple été aperçu le 20 août 2017 avec La Meute à Québec dans un certain garage sous-terrain. Il était aussi présent à Saint-Bernard-de-Lacolle le 19 mai 2018, où les vidéographes amateurs de La Meute l’ont interviewé, donnant lieu à cet échange pour le moins stupéfiant représentatif de son mode de pensée :

Meute.tv : (…) L’oligarchie… (…)

Marcoux : C’est les Juifs… Le vrai mot c’est les Juifs. Vous parliez tout à l’heure de tabous, il y a aucun tabou. C’est le messianisme juif… Le Juif, il veut dissoudre les nations blanches. J’ai pas peur de le dire. C’est pas être suprémaciste de s’affirmer comme blanc et d’être fier d’être blanc. Les autres races s’affirment, il y a des ligues des Noirs ici au Québec, imaginez s’il y avait une Ligue des blancs… Les médias corrompus, les médias à la solde justement de ces Juifs là… Quand je dis « Juifs » c’est la juiverie. C’est Bronfman en arrière de Trudeau… Il travaille pour son équipe.

Meute.tv : Vous pensez que c’est le pouvoir de l’argent, au-delà de l’immigration (…)

Marcoux : C’est plus que l’argent, c’est vraiment dissoudre les nations blanches, les noyer par l’immigration. L’immigration… le métissage à la limite.

Meute.tv : Vous ne pensez pas qu’au niveau du Canada il y a moins d’immigration dans d’autres provinces qu’au Québec? (…)

Marcoux : Regarde au Québec… Allez vous promener à Toronto, il y en a de l’immigration, que ça soit légal ou illégal, l’objectif est le même, le résultat est le même. (…)

Meute.tv : Les antifas vont prétendre que…

Marcoux : Ça n’existe pas les antifas, les antifas ça n’existe pas. Les antifas c’est les sections d’assaut de cet ostie de juiverie là, la pègre mondialiste. Le messianisme juif, les francs-maçons… Quand je dis « francs-maçons » le monde lève haut de même… Toutes les associations internationalistes qui veulent justement dissoudre les nations blanches, l’Occident, le Canada -les États-Unis au départ, c’était blanc- l’Europe, la France, l’Allemagne, le Danemark, l’Angleterre…

Meute.tv : C’est mondial…

Marcoux : Non, c’est les blancs, les pays blancs. Il n’y en a pas d’immigration en Arabie Saoudite. Les Juifs, ils les sortent tous à coups de pied au cul. Ils en ont sorti 40 000 il y a pas longtemps, ils les envoient ici… avec un programme de l’ONU. (…)

Il est donc clair qu’un changement (ou du moins une sortie de placard) s’est opéré chez Marcoux depuis ses déclarations de quelques années auparavant voulant que son projet politique ne soit pas racial, mais « culturel »… Nous avons reproduit ci-dessous un échantillon de captures d’écran sans équivoque, saisies de son principal compte Facebook (aujourd’hui désactivé) et de ses comptes secondaires, confirmant à quelle enseigne loge Sylvain Marcoux. Notez que plusieurs des articles antisémites relayés par Marcoux proviennent du site democratieparticipative, un site néonazi français inspiré du Daily Stormer. [Voir les images sur montreal-antifasciste.info]

Sylvain Marcoux, candidat aux élections provinciales

Marcoux a de nouveau eu l’occasion d’étaler ses idées politiques à l’automne 2018 lorsqu’il s’est présenté comme candidat indépendant aux élections provinciales dans la circonscription de Drummond-Bois-Francs. Il a alors ouvertement parlé aux journalistes de sa volonté « d’interdire l’Islam au Québec » (car à son avis les adeptes de l’Islam devraient être psychiatrisés), en plus de ressasser dans son programme tous les thèmes et les obsessions habituelles de l’extrême droite, dont celle du prétendu « Grand Remplacement » :

Les journalistes, à l’époque, l’ont traité comme une curiosité, mais aucun n’a cru bon de déplorer clairement le racisme qui était manifeste au cœur de sa campagne ou d’évoquer ses liens (pourtant assez faciles à retracer) avec l’extrême droite québécoise. Et pourtant, malgré tous ses efforts et le traitement complaisant des médias, « le peuple » s’est montré indifférent à ses propositions. Il n’a reçu qu’un seul don de 100 $ (de son propre agent officiel, Julien Chapdelaine, lui-même militant du petit milieu catholique sédévacantiste associé au Mouvement Tradition Québec) et 250 votes (un peu moins de 1 % du scrutin dans sa circonscription).

Le raisonnement complotiste et ses possibles dérives

Ce qui nous amène à l’été 2020. Sylvain Marcoux est donc accusé d’avoir propagé l’adresse civique du docteur Horacio Arruda en appelant de ses vœux « 1 500, 3 000, 15 000 nationalistes déchaînés » à aller « cogner dans ses vitres ».

L’opposition aux mesures de promotion de la santé publique dans le contexte de la pandémie de COVID-19 est de plus en plus répandue, regroupant ceux et celles qui croient à des théories de santé alternative plus ou moins inspirées de la culture New Age, d’autres qui se méfient du gouvernement ou ont l’impression que celui-ci outrepasse son mandat en limitant leurs droits individuels (parfois à juste titre, voir l’inquiétant projet de loi 61), et un nombre important de personnes se situant à l’extrême droite, pour qui la crise actuelle représente une étape cruciale dans l’avancée du complot mondialiste qu’elles redoutent. On remarque d’ailleurs plusieurs figures clés des milieux nationaux-populistes à la tête du mouvement anti-masques, dont Steeve Charland (ex-#2 de La Meute) et Mario Roy (Storm Alliance). Beaucoup des croyances sur l’existence d’un complot mondialiste —plus récemment associé à de prétendus réseaux pédocriminels et satanistes— s’alimentent à même les débats, réseaux et plateformes américains pro-Trump férocement xénophobes, racistes et sexistes[5].

Autant dans son opposition à Horacio Arruda et aux mesures de santé publique que dans son passage d’un nationalisme pur et dur (mais culturel!) à un militantisme néonazi décomplexé, Sylvain Marcoux reflète certaines des tendances et convergences observables au sein du nationalisme québécois et de l’extrême droite que nous nous sommes employé-e-s à exposer et combattre au cours des dernières années.

Il peut être tentant de tourner en dérision les complotistes, en soulignant à quel point ils sont bêtes et ignorants, hypocrites ou opportunistes. Ou encore d’insister sur leur caractère marginal et de rappeler que la grande majorité de la population québécoise ne partage pas de telles croyances. Néanmoins, des individus comme Sylvain Marcoux s’investissent dans les mouvements complotistes et prennent graduellement de plus en plus de risques en multipliant les provocations, tout en injectant dans ces nouveaux milieux politiques les idées toxiques du courant crypto/néonazi historiquement implanté au Québec. C’est précisément à une telle convergence que l’on assiste au sein des mobilisations actuelles contre le port du masque obligatoire. Une telle dynamique participe de la reconfiguration des forces nationales-populistes, qui sont de plus en plus soumises à l’influence des courants fascistes.

En ce sens, la trajectoire de Sylvain Marcoux est intéressante principalement par ce qu’elle révèle des transformations culturelles et politiques en cours et par ce qu’elle permet d’anticiper comme développements.

Marcoux a beau être un abruti, il n’en demeure pas moins potentiellement dangereux.


[1]               Lire à ce sujet cet excellent billet de Xavier Camus, puisque les médias traditionnels dorment sérieusement au gaz sur cette question : https://xaviercamus.com/2020/08/18/tableau-des-principaux-gourous-complotistes-du-quebec/

[2]               Le choix de parler ici d’assimilation, plutôt que d’intégration par exemple, dénote déjà une menace de coercition, et donc un rapport foncièrement inégalitaire entre la société historiquement dominante et les nouveaux et nouvelle arrivant-e-s.

[3]               Selon celles-ci, on ne peut vraiment « devenir » français, canadien-français, ou autre. Même après des décennies au Québec, ou même si ils et elles y sont parfois né-e-s, les musulman-e-s seront encore perçu-e-s comme des étrangers-ères. La « culture » a beau être distinguée de la race entendue comme une question de pigmentation de la peau, les conceptions essentialistes supposent qu’elle nous surdétermine fondamentalement (plutôt que la classe sociale, le genre ou d’autres types de rapport social structurant) et qu’elle ne peut jamais vraiment s’acquérir. De plus, l’argument connexe est d’affirmer que toutes les cultures ne se valent pas et que certaines sont supérieures à d’autres. L’appartenance ou l’affiliation culturelle devient alors un principe de hiérarchisation qui justifie diverses formes d’exclusion et de domination.

[4]               Le Mouvement Tradition Québec, sous la gouverne des militants Kenny Piché et Étienne Dumas, jusque là fidèle à la FSSPX, s’en est divorcé en 2017-18. Il semblerait  que le MTQ ait accusé cette dernière d’être devenue trop « libérale ».

[5]               Un récent exposé de Radio-Canada révélait d’ailleurs comment l’algorithme « de suggestions » de YouTube tend fortement à aiguiller les internautes qui s’intéressent à diverses théories du complot vers des sites de « réinformation » d’extrême droite, comme DMS ou Nomos.tv.
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1087664/voici-comment-youtube-pourrait-vous-rendre-conspirationniste

Qui est vraiment Francis Boudrias-Plouffe ?

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Août 202020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Si vous l’avez rencontré au cours des dernières années, il s’est peut-être présenté comme étant « Frank Mounadhel, militant Palestinien ». Son vrai nom est Francis Boudrias-Plouffe (FBP), il est issu d’une famille québecoise tout ce qu’il y a de plus blanche (en tout cas il n’est pas palestinien). Il utilise actuellement le nom Fran Fran BP sur Facebook. Il gravite depuis plusieurs années dans différentes organisations de gauche à Montréal, liés aux causes palestinienne et antifascistes. Pourtant, jusqu’en 2014 au moins, il était plutôt connu comme un nationaliste et antisémite, auprès du podcast Les fils de la liberté. Au fils de ses années dans les milieux imprégnés de féminisme, d’antiracisme et d’antifascisme, les allégations de violences de sa part s’accumulent. Usant de différents stratagèmes, de rhétorique, de mensonge et de harcèlement ses méthodes de manipulation ont été prouvé maintes fois mais toujours à mots couverts.

Deux choses sont importantes à retenir avant de démarrer la lecture de ce dossier :

  • FBP utilise souvent des éléments véridiques, environ 10% d’une histoire, pour les entourer de 90 % d’inventions, d’approximations dans le but de se faire passer pour le héros ou la victime. Il se servira de ce 10% véridique pour essayer de vous faire croire l’ensemble de l’histoire.
  • FBP a un talent certain de manipulation d’autrui, c’est ce qui nous revient le plus souvent des témoignages que nous avons reçu. Il utilise souvent des personnes de son entourage pour transmettre ses dénonciations ou répandre des rumeurs.

Voici le portrait d’années d’abus et de violence de la part d’une personne qui voudrait encore se faire passer pour une victime.

Un passé d’extrême-droite qu’il n’assume pas

Francis Boudrias-Plouffe aime se présenter comme un militant d’extrême gauche et antifasciste depuis plusieurs années. Mais c’est aussi un ancien nationaliste identitaire proche des idées antisémites, qui fut actif au sein du de l’émission de radio « Les fils de la Liberté » pendant plusieurs années. Il a eu l’honneur, comme il a déjà dit, de recevoir Alain Soral en 2012 au Québec. Alain Soral est un antisémite et negrophobe notoire et multi condamné pour incitation à la haine raciale. De plus, les fils de la liberté étaient fiers d’avoir invité à Montréal Serge Ayoub, un bonehead néo-nazi français connu sous le nom de Batskin, fondateur des Jeunesses nationalistes Révolutionnaires et de 3e voie, dont faisaient partie les assassins du militant antifasciste Clément Méric.

Dans la photo plus bas, vous pouvez d’ailleurs le voir (avec une cagoule et un carré rouge, au centre) faire une « quenelle » en présence d’Alain Soral, de l’écrivain d’extrême-droite suisse Piero SanGiorgio et de deux militants d’extreme-droit québécois. La «quenelle» est un signe de ralliement inventé par l’humoriste et grand ami d’Alain Soral Dieudonné. Elle représente à la fois un salut nazi inversé, par provocation car ce signe est interdit par la loi en France, et un geste (homophobe) de «mettre quelque chose dans le cul du système». Le «Système» étant contrôlé par les juifs selon Dieudonné et Soral. Faire une «quenelle» et donc un geste profondément antisémite.

En 2012 il était déjà de notoriété publique qu’Alain Soral et son organisation Égalité et Réconciliation faisaient partie de l’extrême-droite antisémite la plus dure.

Sur la capture d’écran suivante, vous pouvez voir « Frank Mounadhel » qui, le 19 octobre 2014, défendait l’identité québécoise après s’être fait interpellé comme canadien sur le forum d’Égalité et Réconciliation, l’organisation d’Alain Soral. Loin d’être banale, cette revendication de l’identité québécoise est ancrée dans le très problématique nationalisme dont faisait preuve FBP à l’époque. Au-delà du problème même de son militantisme identitaire, ses comportements envers les personnes le critiquant à cette époque étaient des plus violents. Il a par exemple fait preuve de racisme et de promotion du colonialisme français à l’égard d’un militant autochtone qui s’est confié à nous.

Plutôt que de reconnaitre les faits et de s’excuser, FBP s’enfarge dans les mensonges. Selon lui, il aurait planifié à cette époque d’infiltrer l’extrême-droite et de chasser les racistes du mouvement souverainiste duquel il était très proche. Il raconte à qui veut l’entendre qu’il en a fait plus pour la cause antifasciste que la plupart des groupes et organisations existantes. Dans une discussion récente, il se vante d’avoir combattu le groupe néo-nazi Strike Force, au tournant de l’année 2010.

Problème : aucun groupe actif à cette époque (Antiracist Action, Antifa Montréal, RASH,…) ne peut confirmer son militantisme antifasciste. Par contre ces derniers le connaissaient déjà, au moins à partir de 2012, comme un militant d’extrême-droite à surveiller. Nombreuses sont les personnes ayant réellement militées contre le fascisme et le racisme durant ces années qui nous témoignent du fait qu’il était identifié comme un danger à cette époque, vu son leadership dans l’extrême droite.

Si son objectif était d’infiltrer l’extrême droite pour mieux la détruire de l’intérieure, pourquoi le harcèlement envers les militant-e-s anticoloniaux ou de gauche ? Pourquoi avoir investi autant d’énergie à maintenir les Fils de la liberté actifs, si son intention était d’y mettre fin ? D’ailleurs, si vous croyiez qu’il aurait infiltré l’extrême droite au risque de se faire découvrir détrompez-vous : il y était actif en affirmant être d’extrême-gauche (notamment à la 21e minute de l’épisode 117 des fils de la liberté, disponible sur Daily motion et sur Douteux.tv). Sa vision du militantisme d’extrême gauche n’est donc pas en contradiction avec ses activités nationaliste et antisémite, ce qui est tout à fait inquiétant.

Il a depuis essayé de s’acheter une réputation de militant de gauche en mentant et manipulant les gens. Plusieurs indices nous démontrent aussi qu’il n’a pas abandonné un certain antisémitisme, fantasmant partout où il passe des méchants sionistes, donc des juifs, qui voudraient lui nuire, comme certains témoignages que nous allons révéler ici vont le démontrer.

Abus interpersonnels

FBP a été plusieurs fois dénoncé pour des agressions sexuelles, des agressions physiques, verbales, du harcèlement, de la destruction de réputations. etc. Son nom se retrouve, sans surprise, sur la liste d’agresseurs publiée sur FB et Instagram en juillet 2020. Fidèle à son habitude, il accuse systématiquement les victimes de ses actes d’être des agresseur-es et manipule son entourage. C’est une démarche qu’il a fait à plusieurs reprises avec les personnes s’étant « libérées de son joug » et qu’il répète lorsqu’il y a une tentative de le dénoncer.

Nous allons maintenant vous livrer une série de témoignages, certains anonymes, d’autres non, afin de démontrer la dangerosité de cette personne. Ceux-ci ont été sélectionnés parce qu’ils illustrent des situations différentes ou plus explicites de ses actions. Plusieurs autres nous ont été envoyés, par diverses personnes, pour témoigner des violences que leur ont fait vivre FBP. De toutes ces personnes, presqu’aucune ne se connaissaient entre elles. Ce sont des gens de différents genres et de milieux multiples.

Nous espérons, une fois pour toute, que la force de ces témoignages viendra arrêter sa triste carrière d’abuseur.

Avertissement de contenu : violence physique, gaslighting, manipulation émotionnelle

« Hier soir, le 21 juillet, il devait être autour de 9:30-9:45, j’écoutais la télé avec mon coloc Francis. En même temps, j’utilisais du easy-off pour décaper un levier de frein pour mon vélo. J’avais déposé la pièce dans un plat de Pyrex sur le balcon arrière puisque les vapeurs étaient irritantes, en prenant soins de fermer la porte. Je suis retourné le chercher après l’avoir laissé mariné quelque temps, j’ai rincé le morceau dans l’évier et je suis retourné écouter la TV. Je n’avais pas remarqué que j’avais oublié de fermer la porte derrière moi. Quelques minutes plus tard, j’estime entre 5 et 10 minutes, Francis est allé chercher quelque chose dans la cuisine et c’est là qu’il a remarqué que son chat, Vushko, s’était enfui par la porte que j’avais laissée ouverte. Il m’en a fait part et j’ai immédiatement commencé à m’habiller pour partir à sa recherche. Il était visiblement inquiet pour l’animal, j’ai essayé de le rassurer en lui disant que ça ne faisait qu’environ 5 minutes qu’il était sorti.  Je ne sais pas si mon ton était condescendant ou si j’avais une attitude trop désinvolte mais Francis ne l’a pas pris et a commencé à me crier dessus, à me dire de “fermer ma gueule” “d’arrêter de le bullshiter avec mon orgueil”. Je pense qu’il croyait que j’avais laissé la porte ouverte la première fois quand j’ai sorti le plat dehors. Il n’y avait rien à dire, impossible de placer un mot pour lui expliquer les faits. J’ai continué à rouspéter, je ne tolère pas de me faire engueuler par quelqu’un que j’essaie d’aider.

J’ai haussé le ton et je lui ai dit “j’m’en Calice de ton chat, arrange toi, dans l’fond’’. Je crois que c’est ce qu’il l’a mis en colère. J’ai peut-être échappé un “fuck you”. Je ne suis pas certain de ce qu’il l’a vexé. Il m’a dit que je “l’insultait dans sa propre Maison” et a dit qu’il allait me frapper. Dans mon arrogance habituelle je lui ai répondu “ben oui c’est ça, frappe moi,” ce qu’il a fait. Il m’a foutus son poing sur le côté gauche de ma bouche. C’était le premier coup que je mangeais au visage, ça m’a fendu une lèvre et je me suis mordu la langue, je saignais un peu. J’ai absolument pété un plomb ensuite, je me suis mis à l’insulter, j’ai fracassé un verre au sol. J’étais complètement sidéré qu’il ait osé m’attaquer physiquement.

Il m’avait dit auparavant qu’il détestait employer la violence et qu’il ne le ferait qu’en légitime défense, c’était visiblement faux. Francis n’est pas équipé pour régler ses conflits interpersonnels sans y recourir.

J’ai continué à crier et à l’insulter, il m’a menacé de recommencer, il m’a dit que si je continuais et que si je ne quittais pas la maison, il allait me “péter les dents”. J’ai ramassé mes affaires en vitesse et je suis sortis, j’ai marché un coin de rue avant de réaliser que je ne pourrais pas vivre avec lui, j’ai donc fait demi-tour pour aller faire mes bagages en vitesse. J’avais peur pour ma personne, j’avais composé “9-1″ sur mon téléphone avant de rentrer à l’appartement, je me disais que dans le pire des cas, j’aurais juste à composer le 911 et que le SPVM enverrait une auto-patrouille. Je ne voulais absolument pas impliquer la police, Francis a plusieurs démêlés avec la justice et il est en probation, je ne voulais pas qu’il soit mis en prison pour un coup de poing. Je fais 5’4” et je ne sais absolument pas me battre, tandis qu’il fait presque 6′ et qu’il a participé à de multiples bagarres, s’entraîne au systema. Le 911 était mon seul et dernier recours si les choses viraient vraiment mal.

J’ai pris mon gros sac à dos et j’ai mis tous les vêtements et médicaments que j’ai trouvés puis je suis partis vers chez mon frère. J’ai informé Francis par texto que je ne vivrais plus avec lui. En marchant sur de l’esplanade, j’ai enregistré un court vidéo pour documenter les événements, il était 10:04. »

Ce témoignage d’un ancien coloc de Francis Boudrias Plouffe a été rédigé par celui-ci le lendemain de l’épisode de violence qu’il a vécu l’an dernier. Ses proches ont pu confirmer, avec des preuves, cette version des faits, entre autres en ce qui concerne la blessure commise. Récemment, FBP a décidé de le dénoncer pour la violence que celui-ci lui aurait fait vivre, et de le faire exclure de certaines organisations. L’auteur du témoignage a donc choisi de briser le silence et de nous faire parvenir son récit initial. Celui-ci permet de mettre en lumière le niveau de violence qu’il est habitué d’utiliser lorsqu’il est en conflit et les conséquences que cette violence a pour ses proches. Les images suivantes sont la dénonciation que FBP fait de Jérémie.

Dans sa dénonciation, FBP affirme avoir demandé à Jérémie de le rencontrer pour « pouvoir en parler ». Dans les captures d’écran de leur conversation aillant eut lieu 8 mois après l’événement relaté, on voit qu’il lui avait plutôt proposé de « cailler » (probablement «chiller») ce que Jérémie refuse parce qu’il a toujours peur de lui. Au tout début de sa dénonciation, FBP affirme que Jérémie l’a manipulé à un moment où il était vulnérable. Dans une autre capture d’écran de leur conversation, on le voit plutôt se vanter de « sa bonne droite » et que l’homme qu’il a frappé en essayant de ne pas frapper trop fort s’est évanoui. C’est avec cette compréhension de la capacité de frapper que Jérémie connait FBP. Jamais dans sa dénonciation FBP semble considérer que de frapper son coloc, même dans un conflit où il y aurait des cris et des injures, n’est pas acceptable.

Même dans sa version des faits, FBP ne semble pas être capable de se voir comme l’agresseur. Il enveloppe son histoire de propos pour discréditer Jérémie et tenter de justifier son coup : mauvaise colocation, exhibitionnisme et manipulation. Des faits que dément Jérémie dans sa réponse aux accusations :

« Dans son callout il dit m’avoir demandé de me rencontrer pour qu’on puisse discuter de la situation mais comme on peut le voir, il m’a juste demandé de chiller. Comme il le dit, il m’a frappé mais son timeline est faux.

En ce qui concerne notre colocation, il y a plusieurs choses à dire. L’appartement était très chaud. Jsuis pas très pudique mais c’était pas de l’exhibitionnisme. J’ai jamais flirté avec lui. Jamais. Je suis dégouté qu’il ait sexualisé mon corps de même. J’ai jamais fait de gestes inappropriés. J’ai même dit à Francis quand il m’a demandé si je le trouvais attirant que je ne voulais rien avec lui. Je croyais qu’il doutait de son apparence et j’ai essayé de le rassurer. Il était souvent complexé par son physique, j’essayais de le rassurer. Comme j’aurais fait avec n’importe quel ami-e.

Je porte souvent des minishorts de fille, il me disait souvent que je ne devrais pas porter ça dans telle ou telle occasion. Est-ce qu’il s’inquiétait que je sois victime d’homophobie où est-ce qu’il avait honte de moi? Dur à dire. C’était toujours pour des occasions auxquelles on allait ensemble.

Il me parlait souvent de cul, il se vantait beaucoup de ses prouesses et me disait quel gestes une telle appréciait, quelle kink une autre avait, etc. Jtrouvais pas ça très gentlemanlike mais j’suis pas prude non plus. J’étais un peu mal à l’aise. J’essayais de changer légèrement de sujet.

Si je n’étais pas d’accord avec une demande, j’étais selon lui abusif, capacitiste même si je faisais très attention de m’informer sur l’autisme. Il m’insultait souvent aussi, quand je faisais une erreur ou qu’on était pas d’accord sur un sujet il sautait tout de suite à l’adhominem “tu connais rien” “tu dis tout le temps de la bullshit” “arrête de t’obstiner tes un menteur”.

Une fois, je faisais de la plomberie dans l’appartement et j’ai dû quitter acheter du matériel. Francis m’envoie des textos en colère parce que son chat était entré dans le mur et parce qu’il ne pouvait pas prendre de douche après sa dure journée de vélo. Je m’excuse et je lui dis que je vais tout arranger. J’avais effectivement tout laissé en plan sans l’avertir, je comprenais sa frustration. J’arrive à la maison, Francis me donne un char de marde, me cri dessus, j’essaie de calmer le jeu en m’excusant et en lui rappelant que j’ai fait ça pour améliorer l’appart. Je rentre dans la cuisine, deux portes d’armoires sont arrachées. Évidemment, c’est moi qui va avoir à réparer ça. Francis part dans sa chambre et ferme la porte. Je m’embarre dans la salle de bain pour finir la job, ça me prend pas plus que 30 minutes. Je nettoie le bain, sort et averti Francis qu’il peut enfin prendre une douche. Je revisse les portes qu’il a arrachées. Francis n’est jamais sorti de sa chambre cette soirée-là. Il ne s’est jamais excusé d’avoir arraché les portes, ne m’a jamais remercié de les avoir réparées, pas plus que pour la douche d’ailleurs.

Je savais que de s’en prendre au mobilier était un signe de violence domestique. C’est un red flag. Francis me reproche le lendemain de ne pas prendre en compte qu’en tant qu’autiste, “la stabilité environnementale” est très importante pour lui, que l’instabilité lui cause beaucoup d’anxiété. Je m’excuse d’avoir causé le stress et on s’entend pour que je le prévienne si jamais j’ai modifié notre environnement. J’ai par la suite toujours fait attention d’avertir si j’avais changé quelque chose ou pas eu le temps de ramasser tel bordel que j’avais causé. Francis quant à lui laisse trainer des déchets au sol, ne fait pas sa part de la vaisselle. Je me rends rapidement compte que le bordel et la saleté qu’il crée ne le dérange pas, que c’est ce que je modifie dans l’appartement qui le stresse. Malgré des efforts répétés pour essayer d’instaurer une certaine division des tâches, les discussions avec Francis tournent toujours en blame game. Aucune division n’a été faite. Ce qu’il omet de dire dans son callout c’est que j’ai moi-même un TDAH et que c’est pour ça que j’ai de la misère avec le ménage. C’est typique. Je croyais ses discours sur la neurodivergence mais dans les faits, il ne parlait que d’autisme. Il justifiait toutes ses demandes domestiques sur sa condition mais n’acceptait jamais que la mienne puisse justifier tel ou tel oubli.

J’ai toujours eu de la difficulté à fermer les portes derrière moi, c’est un vrai problème que j’ai. Ça doit être à cause de mon TDAH. Il arrive souvent que je laisse la porte du balcon entrouverte et qu’un des chats s’enfuit. Une fois, comme d’habitude je m’occupe d’aller récupérer le chat dehors, tout va bien. Je dis à Francis que tout est beau, il me répond “tant mieux, j’étais vraiment inquiet, pour vrai si il arrivait quelque chose à mon chat je sais pas ce que je ferais mais c’est sûr que je casserais la gueule de celui dont c’est la faute”. C’est une menace de coups à peine voilée, red flag 2. Donc vers la fin du deuxième mois de collocation, après deux red flags et une ambiance conflictuelle je me disais bien que ça ne marcherait probablement pas. J’étais très déçu, j’me suis dit que peut être qu’il y aura moyen de sauver les meubles le troisième mois.

On s’était entendus pour une période d’essai de 3 mois. Il m’a frappé juste avant la date de remise du loyer. J’ai quitté immédiatement. Ah pis, j’suis loin d’être le coloc parfait là, j’peux être d’humeurs changeantes pis j’suis certainement bordélique mais je faisais de mon mieux. C’est loin d’être de l’abus selon moi. »

Le prochain témoignage vient d’une personne qui souhaite rester anonyme. Elle a fait la démarche d’identifier elle-même les méthodes d’abus de Francis Boudrias Plouffe, selon son expérience.

Avertissement : Manipulation, Misogynie et Objectivisation extrême des femmes

« Frank Mounadhel, Francis Boudrias Plouffe, Fran Fran Bp a été durant 3 ans et demi un de mes amis les plus proches, mon meilleur ami, il a été mon mentor dans le militantisme, dans la politique. Après 3 ans j’ai commencée à m’éloigner de lui, et après 1 ans et demi environ à m’éloigner de lui j’ai finis par couper tout contact de façon permanente avec lui.

Pourquoi ai-je fais ça ? Car c’est un manipulateur fini, un menteur, un mythomane, un homme contrôlant, violent, misogyne, un homme extrêmement dangereux qui refuse catégoriquement de changer et même de reconnaitre ses torts.

Manipulateur : Durant ces 3 années j’ai été sous son emprise, il m’apprenait les ficelles du militantisme radical mais en retour profitait de moi. Si je lui refusais quoi que ce soit il se mettait en colère ou venait jouer avec mes émotions pour que je lui donne ce qu’il voulait. Il m’apportait dans toutes les manifs, toutes les réunions, les conférences mais contrôlait à qui je parlais et qui je rencontrais. Pour ce faire il s’assurait de talkshit sur presque tous les gens qu’on croisait, lui c’est un si, elle c’est une ça, un tel et un traitre, celle-là c’est une sioniste etc… etc… Il avait des merde à dire sur tout le monde pour s’assurer que justement je ne rencontre pas de nouvelles personnes qui lui enlèverait l’emprise qu’il avait sur moi, pour s’assurer que ses mensonges ne soient pas défait par des gens qui le connaissais depuis longtemps et avait vu au travers de son jeu. J’avais une confiance totale en lui, j’étais facilement influençable et il en profitait allègrement. Il m’a éloigné de mes ami.es, éloigné de tous mes nouveaux camarades, de ma famille, de mes passions pour y imposer les siennes, pour imposer les personnes qu’il avait choisis que je côtoierais. C’était comme être dans une secte mais je n’avais de contact qu’avec le ”gourou” et pas les autres ”fidèles”.

Il m’insultait dans mon dos, racontait des conneries sur moi à ma coloc (avec qui il entretenait une relation de sexfriend) et lorsqu’il était avec moi racontait des conneries sur elle. Il tentait de nous séparer pour mieux nous contrôler et lorsqu’on s’en ai parlé on a réalisé son double jeu, sa manipulation. J’étais horrifiée de sa manipulation.

Menteur et mythomane : Il s’est inventé une vie, il se serait fait tiré dessus quand il était jeune, fait tiré dessus par des sionistes, bagarrés avec des tonnes de personnes, il aurait commis pleins de crimes, aurait été proche de grand criminel etc… Et pleins d’autres histoires pour avoir l’air tough, pour que j’aie confiance en lui, pour que je l’admire…

Il était juif et mormon, racisé mais white passing, non-binaire… pour fuir les accusations d’antisémitisme, d’islamophobie, de prendre la place des personnes racisé.es, pour fuir les accusations de misogynie. Je sais pas ce qui est vrai ou faux là-dedans, il est difficile de savoir qu’elle identité est vrai ou fausse, je ne suis pas le genre a nié les identités des gens mais ce qui est sûre c’est que ces identités ne lui servaient qu’à se protéger des critiques à son encontre.

Il a toujours su utiliser la vérité pour construire ses mensonges, tous ses mensonges partaient d’une vérité qu’il twistait dans tous les sens pour construire ses histoires, pour se défendre des multiples accusations son encontre, surtout pour les accusations d’agressions sexuelles. Il avait des longues histoires pour expliquer que toutes les accusations d’agressions sexuelles étaient fausse, une était une sioniste infiltrée, l’autre des ragots d’extrême droite, l’autre son ex mythomane etc… etc… etc… Et moi je le croyais et le défendais car il était très persuasif et intense.

Contrôlant : Il était impossible d’être en désaccord avec lui, sinon il s’énervait, devenait agressif, se mettait à utiliser des multiples méthodes de manipulation pour s’assurer que je me range derrière lui, pour que je lui donne ce qu’il voulait, pour que je fasse ce qu’il voulait, la démocratie, le consensus, la discussion, le débat était impossible avec lui.

Lorsque je m’étais éloignée de lui je m’étais rapprochée de groupe militant antifasciste et il était venu m’engueuler, m’insulter et exiger que je cesse de parler à a ces gens qui était selon lui des traitres et des collabos. C’est à ce moment que j’ai coupé tout contact avec lui

Violent : Chaque fois qu’il avait un conflit avec quelqu’un il parlait de leur cassé la gueule, de les battre, à chaque gros conflits que j’avais avec lui il devenait très énervé et me faisait peur, il levait le ton voir il criait, avait une gestuelle agressive. Il en était de même lorsqu’il avait des conflits avec d’autres personnes. C’était épeurant car j’étais incapable de le confronter sur quoi que ce soit.

Misogyne et machiste : Déjà on peut se référer facilement aux diverses dénonciations à son sujet, sur la page des gamines entre autres, moi j’ai vu un autre côté de sa misogynie. Il sexualisait les femmes à l’extrême, il ne les voyait que comme des trous à baiser, il se vantait de ses ébats sexuels, des filles avec qui il couchait, de son énorme pénis, de baiser bien, de les faire jouir etc… etc… C’était très malaisant car il se disait féministe mais était incapable de voir les femmes autrement que comme des baises potentielles. Moi je suis pour la sexualité libre et consentante mais je trouve dégoutant de considérer les femmes comme des trous à fourrer, comme des objets sexuels dispensables qui ne servent qu’à servir son bonheur et son pénis. Lors d’une visite à mon appartement, il était seul avec une de mes colocs (pas sa sexfriend) et il l’avait complimenté de façon assez crade sur ses gros seins, c’était dégoutant et j’avais honte de l’avoir apporté chez moi.

J’oublie tellement d’évènements, tellement de choses mais Frank est un homme dangereux et j’ai peur de faire ce témoignage car j’ai peur de ce qu’il pourrait me faire, des choses qu’il pourrait inventer sur moi, j’ai peur de lui, j’ai peur de le croiser… »

Le prochain texte témoigne de violence sexuelle, de manipulation et de misogynie. La personne nous l’ayant partagé souhaite rester anonyme. C’est un témoignage qui permet, encore une fois, de constater le contrôle qu’aimait prendre Francis Boudrias Plouffe sur les personnes qui ne répondaient pas à chacune de ses demandes.

Avertissement : agression sexuelle, manipulation

« Donc, en 2012, je militais avec Frank dans un groupe indépendantiste gauchiste, le MPIQ. Une soirée, il a organisé une soirée de visionnement de film. Ça s’est fini tard, il était genre 4h du matin, j’ai demandé pour dormir dans son salon. Il a insisté pour que je dorme dans sa chambre parce que sa coloc allait peut-être revenir et qu’elle dormait elle aussi dans le salon. Je me suis couchée, toute habillée, et lui s’est mis en sous vêtement. J’étais full mal à l’aise et je me suis tournée pour lui faire dos. J’essayais de faire semblant de dormir, mais il essayait sans arrêt de relevé ma robe. Je refusais, je rabaissais ma robe, mais il continuait sans cesse. Un moment donné je lui ai dit “si je te laisse dormir en cuillère, vas-tu arrêter?” Il a dit oui. Ça s’est calmé mais il avait quand même les mains baladeuses alors j’ai pas été capable de dormir, je suis partie vers 7-8h, je sais plus mais le soleil était levé.

C’est rester de même. Plusieurs mois plus tard, genre mars 2013, on a été une gang de filles à vouloir call out ses comportements sur une autre militante. Je discutais avec un responsable, et il m’a dit : Toi, t’es pas objective sur ce dossier-là, Frank nous l’a dit que tu t’étais essayé sur lui et qu’il t’avait rejeté, que ça t’a rendue amère.

J’étais tellement en tabarnaque. J’ai fini par me distancier du groupe et du milieu militant parce que j’avais l’impression qu’on gardait toujours les agresseurs et qu’on laissait les victimes dealer avec leur affaire. Pis qu’on priorisait un bon militant actif, même s’il est un abuseur. »

Les captures d’images suivantes proviennent de la page Facebook «Collectif Les Gamines». Il s’agit d’une dénonciation publique publiée en 2017. Elles sont ajoutées ici puisqu’elles illustrent une fois de plus la violence de Francis Boudrias Plouffe et ne laisse pas de doute sur les dénonciations d’agressions sexuelles le concernant.

Avertissement de contenu : Violence non-décrite, violence sexuelle.

Les captures d’écran suivantes confirment plusieurs paterns déjà évoqués. Elles nous ont également été transmises et nous les publions avec autorisation :

Paranoïa et obsessions

« J’ai rencontré Francis Boudrias-Plouffe vers 2015, autour du printemps. Il tournait autour des manifestations, occupations, bref autour des espaces militants. Il sortait également à l’époque avec une amie. De fil en aiguille, on a eu quelques discussions seuls à seuls, qui m’ont laissé un sentiment d’inquiétude. J’avais 18-19 ans, full impressionable. Il m’a sorti des méga monologues sur une tonne de sujets, m’a littéralement enseveliE d’informations, ce qui lui donnait un air de grand connaisseur et d’importance. Puis il est arrivé sur des sujets autour de la Palestine, des tensions dans les groupes dans lesquels il s’impliquait, etc. Là, il m’a fait savoir à maintes reprises qu’il était traqué et menacé par différentes organisations (le mossad, le hezbollah, des groupes d’extrême droite aussi), qu’il était en danger, persécuté, etc.

J’ai failli y croire mais c’était trop big pour faire du sens. Surtout quand il est parti sur la pente de “Si des gens disent des choses sur moi, ou dénoncent des trucs, c’est une manigance du mossad/hesbollah/police pour me discréditer et m’attaquer et c’est tout faux c’est un complot”. J’ai pris mes distances. Mon amie qui sortait avec s’en est également séparée, et a une expérience avec qui ne m’appartient pas de raconter. Je l’ai soutenue, avec un ou deux autres amis. Pendant cette période, Francis a redoublé d’ardeur à tenter de nous convaincre (et tout le reste du monde aussi) qu’elle mentait, qu’elle était violente, etc etc. Il a inventé des horreurs pas pire ridicule pour la discréditer, la gaslighter, et continuer de mettre ses agissements sur le dos de grosses organisations. Depuis, plus de nouvelles de lui, pour ma part. Coupage de contact très nécessaire. »

La personne témoignant ici de son expérience avec FBP manifeste une expérience que plusieurs personnes nous ont partagé. Ici, nous avons le témoignage d’une personne qui a pu voir rapidement à travers ses mensonges concernant son amie. Ça n’a pourtant pas été le cas de tout le monde, puisque plusieurs proches de FBP ont choisi de rester dans ses fréquentations après les dénonciations de violence qu’ont faite plusieurs de ses ex. Mais au-delà de la confirmation de violence qu’a vécue la personne mentionnée dans ce témoignage, celui-ci explore la manipulation qu’il fait des luttes qu’il prétend défendre. Être un militant pour la libération de la Palestine à Montréal l’a mené jusqu’à utiliser le Mossad et le Hezbollah pour se victimiser et justifier les « rumeurs » qu’il pourrait y avoir à son sujet. Toute personne plus jeune, nouvelle dans les milieux militants ou impressionnable aurait pu croire à ces mensonges qui semblent des plus absurdes pour les militant-e-s aguerri-e-s. Comment peut-il avoir mobilisé d’aussi grands mensonges sans conséquences, sans remise en question publique ? Parce qu’il savait justement à qui s’adresser. Ses méthodes de manipulation ne sont pas laissées au hasard comme le confirme les prises d’images suivantes.

FBP défend une autre théorie que les complots policiers ou étatiques en ce qui concerne toutes les dénonciations le concernant : des groupes de gauches, dans lesquels sont actifs des agresseurs, veulent détruire sa réputation afin de protéger lesdits agresseurs. Il y a un problème bien réel dans le fait que de trop nombreux « camarades » de gauche ont violenté et perpétuent à ce jour des violences, souvent sexiste et profitant de statuts de popularité. Ces problèmes sont adressés depuis de nombreuses années par les militant-e-s féministes de nos réseaux. Par contre, l’instrumentalisation de ces violences pour décrédibiliser les dénonciations qui le concerne est, encore une fois, la preuve de sa manipulation. À plusieurs reprises, il a profité de dénonciations publiques pour alimenter ses conflits personnels, déviant la conversation des survivantes vers sa personne. De plus, il a souvent réagit aux dénonciations le concernant, pas pour s’offrir le même sort qu’il réservait à ses « ennemis » qui étaient dénoncés, mais pour justifier ses abus dans de longs textes présentant les raisons pour lesquelles il serait plutôt la victime de toutes ces relations. Nous le rappelons encore une fois : les dénonciations de violences sexuelles et physiques, de manipulation, de gaslighting et de menace de sa part sont trop nombreuses pour être concises dans ce document. Francis Boudrias Plouffe est multirécidiviste dans toutes ces situations et semble incapable d’offrir quelconque justice à ses victimes puisqu’il ne peut pas commencer par reconnaitre ses torts.

Si vous doutez encore des mauvaises intentions de FBP après cette lecture, il nous laisse lui-même les preuves de ses outils en « manipulation et contrôle ». Dans les captures d’écran suivantes, vous pouvez constater que ses actions, loin d’être de la maladresse ou des erreurs, sont issues de stratégies réfléchies.

En résumé, il publie sur VK, une plateforme depuis très longtemps prisée par l’extrême droite, un texte qui explique comment manipuler un forum sur internet. Il dit que c’est un texte pratique pour tout-es militant-es qui utilisent les réseaux sociaux. Le reste du texte n’est pas de lui, il promeut simplement le contenu qui copie. Le texte copié explique comment prendre le contrôle d’une plateforme, en faisant supprimer du contenu jugé indésirable, en utilisant des faux comptes pour dissimuler sa manipulation, en trollant, en manœuvrant de devenir modérateur des groupes, etc. La prochaine fois que vous entrez en conflit avec lui ou ses proches sur les réseaux sociaux, gardez cela en tête.

Conclusion :

Si vous vous êtes reconnus dans cette triste histoire, vous êtes peut-être une de ses victimes. Si c’est le cas vous avez tout notre soutien, nous vous croyons et vous pouvez nous contacter à l’adresse suivante : justice_survivantes@riseup.net

Si vous faites partie de son entourage, il est aussi possible que FBP abuse de vous ou vous manipule. Il n’est pas trop tard pour couper les ponts avec lui et le bloquer de vos réseaux.

La publication de ce dossier entend clore une fois pour toute ses manipulations. Après sa lecture FBP va probablement essayer de vous faire douter. Souvenez-vous qu’il va utiliser le 10% d’histoires véridiques afin de semer le doute en vous. C’est sa stratégie.

Il vous dira par exemple : «oui mais les autres aussi ont des amis agresseurs», «c’est moi la victime», etc. En travaillant sur ce dossier nous avons reçu des dizaines de captures d’écran qui attestent de ses abus.

Si vous voulez aider et défendre les victimes, vous devez nous aider à isoler Francis Boudrias-Plouffe et à faire connaitre ses agissements.

Suspension de la page Hyènes en jupons : Déclaration du collectif féministe

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Juil 222020
 

Des Hyènes en jupons

Montréal, le 20 juillet 2020. En réaction à des menaces violentes, les Hyènes en jupons suspendent leur site web et page Facebook. Elles se dissocient complètement de la fausse lettre en circulation sur les médias sociaux.

Suite à des menaces violentes à l’égard du collectif ou de supposées membres du collectif, nous avons décidé de suspendre notre page Facebook et notre site web afin de protéger la sécurité et l’anonymat de tous.tes les survivant.es qui nous ont contactées, ainsi que les membres du collectif et toute personne qui y est faussement associée. En date du 20 juillet 2020, les Hyènes en jupons n’ont pris connaissance d’aucune mise en demeure ou poursuite les visant. La mise sur pause de notre présence sur les réseaux sociaux ne signifie en aucun cas notre dissolution en tant que collectif féministe.

Aux survivant.e.s: «On vous croit. On vous soutient. Plus nous dénonçons, plus nous faisons des vagues. Plus vos témoignages et dénonciations sont lus et partagés, plus les médias en parlent et plus les agresseur.s et les détracteurs essaient de nous apeurer, museler et discréditer. Nous nous faisons entendre, continuons à rugir ensemble! »

La fausse lettre en circulation sur les médias sociaux

Comme dans chaque mouvement de dénonciation féministe, il y a un ressac. Nous faisons vraisemblablement face à des attaques antiféministes et masculinistes particulièrement virulentes. Cette lettre et les menaces violentes à notre égard en font clairement partie.

Aucune membre ou « ancienne membre » du collectif n’est à l’origine de ce document. Les informations et les noms qui y sont cités ne proviennent pas de notre collectif. Un nombre extrêmement limité de personnes a accès aux boîtes de réception et rien ne porte à croire que d’autres personnes y auraient eu accès.

Nous n’avons, en aucun cas, modifié le contenu ou le sens des témoignages reçus outre la révision linguistique. La version corrigée des témoignages est relue et validée par son auteur.trice qui est avisé.e du moment de la publication. En aucun cas nous n’ajoutons des informations dans les dénonciations comme des noms ou des événements.

Précisions sur nos pratiques

-Nous ne produisons aucun dossier ou liste de noms dénoncés ou à dénoncer, ni aucune liste des noms que contiennent les dénonciations que nous recevons;
-Nous n’avons aucun lien avec d’autres groupes, pages ou comptes qui publient des listes, témoignages ou dénonciations sur les réseaux sociaux ou ailleurs;
-Nous ne favorisons pas la publication de dénonciations concernant des personnalités publiques. Nous publions les témoignages que nous recevons dans nos boîtes de réception Facebook et Gmail;
-Nous vérifions si le compte qui nous envoie le message semble véritable;
-Nous refusons de publier tout témoignage ou information qui ne concerne pas directement l’auteur.trice;
-Nous respectons la volonté de chacun.e de dévoiler certaines informations et d’en garder d’autres confidentielles;
-Nous refusons toute demande de mise en contact afin de protéger l’anonymat des survivant.e.s;
-La sécurité et l’anonymat des survivant.e.s et des membres du collectif demeure notre préoccupation principale.

Les dénonciations du harcèlement, des violences sexuelles et de la culture du viol

Parce que nous croyons toutes les personnes survivantes d’agressions sexuelles

Parce que notre système de justice patriarcal n’est pas une option pour une grande proportion de personnes ayant été agressées

Parce qu’on croit en la capacité des personnes survivantes à faire leurs propres choix en ce qui concerne leur processus de guérisonParce que la honte et la peur doivent changer de camp

Nous ne présentons aucune excuse aux personnes qui ont été dénoncées sur notre page. Tout notre Love & Rage aux survivant.e.s!

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Une manifestation de soutien aux préposé-e-s aux bénéficiaires se transforme en happening pour l’extrême droite complotiste

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Juil 182020
 

De Montréal Antifasciste

Le 18 juillet doit avoir lieu une « Manif des travailleurs de la santé!!!!! » au Parc Saint-Laurent à Repentigny. Organisé par un collectif de préposé-e-s, « Le journal des PAB », cette manifestation présente cinq revendications (qu’il faut d’ailleurs chercher un peu sur la page de l’événement…) et invite « tous les travailleurs de la santé au Québec » à les rejoindre. Si cette initiative autonome nous semblait sympathique au premier abord, nous avons vite déchanté au courant de la dernière semaine en constatant que plusieurs personnalités d’extrême droite et de la complosphère anti-confinement étaient en train de s’inviter ou étaient carrément invitées par une partie des organisateurs-trices!

En effet, Steeve « L’Artiss » Charland (ex-numéro 2 de La Meute, aujourd’hui rallié à Storm Alliance) prévoit « venir avec sa gang » (comme lui, des proches de La Meute et Storm Alliance, deux organisations notoirement islamophobes et hostiles à l’immigration). Jonathan « Hex » Héroux, promoteur des fameuses Vagues bleues de Montréal et Trois-Rivières, annonce aussi sa présence, tout comme Alexis Cossette-Trudel, le nouveau complotiste en chef du Québec, un adepte des fake news et de la manipulation postfactuelle.

Disons-le clairement : ces individus et leurs suiveux ne sont pas des allié-e-s des travailleurs et travailleuses de la santé. Au contraire, dès le début de la pandémie ils se sont employés à minimiser l’impact du virus sur la santé (voire même nier son existence!), tout en appelant la population à briser les mesures de confinement et à ne pas respecter la distanciation physique, mettant ainsi en péril travailleuses et travailleurs de la santé, mais aussi par extension les ainé-e-s, les personnes à risque et la population en général.

De plus, et cela n’est pas anodin, plusieurs des idées et théories que ces individus mettent de l’avant servent à diaboliser et à désigner comme boucs émissaires une grande partie des personnes qui œuvrent dans le milieu de la santé, notamment comme préposé-e-s aux bénéficiaires, soient celles qui sont issues de l’immigration (régulière et « irrégulière ») et toutes celles qui adhèrent à la foi musulmane.

Ces individus, dont plusieurs sont des militant-e-s situé-e-s très à droite et sont actifs depuis plusieurs années dans des groupes islamophobes et anti-immigration (en plus de nourrir la récente hystérie complotiste négationniste de la COVID!) ne devraient être les bienvenus nulle part, car ils représentent la division, la peur de l’autre et l’ignorance la plus crasse.

Nous vous invitons donc à exprimer votre mécontentement quant à leur présence par tous les moyens utiles et nécessaires.

Le Front canadien-français : une jeune garde pour le courant ultracatholique de l’extrême droite québécoise

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Juin 252020
 

De Montréal Antifasciste

En avril 2020, au plus fort de la pandémie de COVID-19, apparaissent dans les quartiers centraux de Montréal des autocollants signés Frontcf.ca. Les autocollants, qui arborent alternativement le Carillon-Sacré-Cœur (un étendard obsolète évoquant la primauté perdue de l’Église catholique sur l’État du Québec) et une image d’archive représentant Jacques-Cartier hissant la croix en 1534, renvoient au site Internet d’un prétendu « Front canadien-français », dénomination jusque-là inconnue. On trouve sur le site une présentation sommaire du nouveau groupuscule, une série d’illustrations dans le style rétrofuturiste/fashwave et quelques photos « d’actions » aux auteurs anonymes, lesquelles sont aussi reproduites sur des comptes Twitter, Instagram et Facebook associés.

À la lecture du credo poussiéreux de ces jeunes ringards, on serait tenté de tourner en dérision leur programme rétrograde tout droit sorti de la Grande noirceur… Toutefois, la poignée de jeunes militants du FCF qui ont eu la maladresse de se dévoiler sur les réseaux sociaux nous ont permis d’établir des liens clairs entre leur petite bande de zoomers arriérés et certains des segments les mieux ancrés de l’extrême droite québécoise, dont le courant nationaliste ultracatholique qui sévit discrètement ici depuis plusieurs décennies.

– >>> Qui sont les militants du Front canadien-français (passez directement à la galerie sur le site de Montréal Antifasciste)

Voici donc un portrait de ce petit groupe de vingtenaires décalés et des inspirateurs fachos dont ils espèrent aujourd’hui reprendre le flambeau.
(6 000 mots; temps de lecture environ 20 minutes.)

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Au cours du printemps 2020, tandis que sévit la pandémie de COVID-19, plusieurs éléments disparates ayant piqué notre curiosité au fil des derniers mois tendent à suggérer l’émergence d’un nouveau réseau cohérent dans la région de Montréal : l’apparition en 2019 d’une pléthore de pages de mèmes[i] réactionnaires propageant des valeurs catholiques intégristes, hyperconservatrices, racistes et transphobes; la publication dans Le Devoir, en janvier 2020, d’un « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » cosigné par une soixantaine d’étudiant-e-s réactionnaires; le passage à Nomos.tv (la chaîne YouTube du projet ultranationaliste Horizon Québec Actuel) d’un militant catholique faisant circuler une étonnante « Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique au Canada français »; l’apparition de plus en plus fréquente du drapeau Carillon-Sacré-Cœur[ii], d’abord lors de manifestations (à la Vague bleue du 4 mai 2019, et lors de la grande Marche pour la Terre du 27 septembre 2019), puis sous forme d’autocollants à différents endroits de la ville; et enfin, la mise en ligne du site FrontCF.ca, dont de nouveaux autocollants font la promotion dans les rues de Montréal et que des éléments de contenu lient à au moins l’une des pages de mèmes mentionnées ci-dessus.

L’un des nombreux autocollants du FCF apparus à Montréal au printemps 2020. Il représente le Carillon-Sacré-Cœur.

L’un des nombreux autocollants du FCF apparus à Montréal au printemps 2020. Il représente le Carillon-Sacré-Cœur.

Survient alors une série d’actions, relayées sur les comptes Twitter, Instagram et Facebook du nouveau groupuscule, qui puise dans l’habituel répertoire d’action des mouvements sociaux (de gauche comme de droite). En particulier, les jeunes du Front canadien-français semblent calquer leur militantisme sur des organisations comme l’Action Française (royaliste et catholique, en France) ou Atalante au Québec. Depuis quelques semaines, ils se mettent en scène sur les médias sociaux en train d’appliquer des autocollants, de se recueillir devant des monuments historiques en brandissant des drapeaux, ou encore de nettoyer ces monuments pour exprimer leur amour d’un passé glorifié. Ces actions ont bien sûr pour but de faire connaître leur projet et d’éventuellement recruter de nouveaux membres (une intention que confirme d’ailleurs la signature « Rejoins nos rangs! » au bas de leurs textes).

Pour l’instant, des autocollants du FCF ont été aperçus à Montréal et dans quelques localités des rives Sud et Nord de la métropole. Leur première action n’a pas été revendiquée officiellement, mais elle a été publicisée sur le compte Instagram d’un des membres ainsi que sur le groupe Facebook du Mouvement des Jeunes Souverainistes [iii] : il s’agit d’un rassemblement devant la statue de Dollard des Ormeaux au parc La Fontaine de Montréal, le 18 mai 2020, pour marquer la Journée nationale des Patriotes, jadis connue comme la Fête de Dollard.

Le Front canadien-français devant le monument de Dollar Des Ormeaux, le 18 mai 2020, à Montréal.

Alexi Larose, du FCF, devant la tombe du chanoine Lionel Groulx, à Vaudreuil, le 23 mai 2020.

Les militants du FCF ont ensuite diffusé des photos d’un hommage à Lionel Groulx, prononcé le 23 mai sur la tombe du chanoine notoirement antisémite, à Vaudreuil. Cette commémoration du décès de Lionel Groulx était animée par Alexandre Cormier-Denis (dont nous reparlerons plus loin) d’Horizon Québec Actuel, qui en a d’ailleurs relayé la captation sur sa chaîne YouTube, Nomos.tv. On reconnaît plusieurs membres du FCF, dont Jason Mc Nicoll Leblanc et Jean-Philippe Desjardins Warren, qui ont trahi leur présence sur leur compte Instagram respectif. On peut aussi apercevoir deux autres membres dont les visages ne sont pas masqués, Vincent Benatar et Alexis Larose, le premier lisant une lettre de l’abbé Daniel Couture, où l’éminent membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX, voir ci-dessous pour plus de renseignements) exprime son regret d’être absent à la commémoration.

Un militant du FCF gravit au péril de sa vie le monument d’Ignace Bourget, à Montréal, le 8 juin 2020.

Dans les semaines suivantes, les membres du FCF se sont à nouveau mis en scène en train de nettoyer deux statues à Montréal : celles de Camille Laurin (« le père de la loi 101 ») et de Mgr Ignace Bourget, décrochant au passage une banderole Black Lives Matter, au prix d’un « courage » (sic) extraordinaire…

Si le parallèle avec Atalante se confirme, les militants du FCF s’entraîneront bientôt en secret à la boxe thaïlandaise pour distribuer des sandwichs au Paris Pâté!

Ce qui est certain, c’est que la présence en arrière-plan d’organisations comme la FSSPX ou Horizon Québec Actuel laisse présumer des liens avec une frange de l’extrême droite ancrée au Québec depuis fort longtemps…

 

De qui (ou de quoi) les militants du Front canadien-français se veulent-ils la jeune garde?

L’historien Roger Griffin définit le fascisme comme une forme « révolutionnaire d’ultranationalisme palingénésique[iv] ». Le terme rare « palingénésie », dérivé du grec, signifie « renaissance », ou régénération, c’est-à-dire un retour de « ce qui a déjà été et qui n’est plus ». Appliqué à un programme « ultranationaliste », le concept réfère donc à l’éventuelle renaissance de la nation (définie comme intérêt primordial) sous une forme idéalisée, et sa déclinaison « révolutionnaire » implique par définition l’éventuel recours à des moyens insurrectionnels (ou la menace d’un tel recours) pour concrétiser cette renaissance.

Les boneheads rechromés d’Atalante, par exemple, qui se décrivent eux-mêmes comme « nationalistes révolutionnaires » et dont nous avons déjà amplement documenté la démarche et la filiation, correspondent assez bien à cette définition, tout comme d’autres groupuscules et individus marginaux et plus ou moins organisés (dans les sphères NSBM ou Alt-Right, par exemple).

Il existe cependant un autre courant d’extrême droite implanté au Québec depuis beaucoup plus longtemps, dont nous avons fort peu parlé ici, et dont les principaux regroupements se sont quant à eux toujours explicitement définis comme « contre-révolutionnaire ».

Si ces groupes mettent généralement l’accent sur la dimension spirituelle de leur activisme, on retrouve chez eux une série de traits qui rejoignent la définition que donne Griffin du fascisme. À différents degrés, ils conçoivent tous la nation canadienne-française comme plongée dans une situation de décadence suicidaire, corrompue par la perte de sa culture traditionnelle (largement imaginée), la transformation des normes de genre, et la laïcisation de la société. Ces groupes perçoivent aussi l’Église catholique romaine comme souffrant d’une dégénérescence analogue. Pour eux, l’Église est contaminée par les idées de la gauche et un pitoyable désir de « s’ajuster » au monde moderne, qu’exemplifient l’abandon et la marginalisation du rite « tridentin » (la messe latine), et doit être rendue à sa forme ancienne et traditionnelle. De plus, ils considèrent divers régimes dictatoriaux de droite, comme ceux de Franco en Espagne (1939-1977) et de Salazar au Portugal (1933-1974), comme des points de références positifs au sein de leur tradition. Plus près de chez nous, le gouvernement de Maurice Duplessis (1936-1939, 1944-1959), réputé pour avoir brutalement réprimé les mouvements de grève, rendu illégaux les rassemblements communistes (la « loi du cadenas »), emprisonné les minorités religieuses et truqué des élections, est érigé en modèle.

À l’échelle internationale, ce courant ne s’est vraiment constitué qu’après les réformes de Vatican II dans les années 1960, car avant ce moment charnière, leurs idées faisaient partie du courant dominant au sein de l’Église catholique. Il s’en est suivi des années de débats et un certain nombre de scissions, certains préférant partir ou être excommuniés que d’admettre les réformes, ce qui a mené à l’étrange situation où certains des catholiques les plus endurcis ont été expulsés de la sainte Église catholique romaine, précisément parce qu’ils étaient trop attachés à leur vision traditionnelle du culte catholique.

Mgr Marcel Lefebvre, le fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX).

Le principal exemple de ce schisme, d’abord en Europe, puis en Amérique du Nord, a longtemps été la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fondée en Suisse par Mgr Marcel Lefebvre en tant que havre pour les catholiques qui ne voulaient pas renoncer au rite latin et à ce qu’il symbolise. Après des années de conflits avec le Vatican, Mgr Lefebvre et d’autres dirigeants de la FSSPX ont été excommuniés en 1988[v].

Il est important de comprendre la signification de cette rupture, au-delà des disputes religieuses. Pour les membres de la FSSPX, l’ouverture du Vatican sur les réalités du monde moderne était la preuve d’un complot maléfique mondial ayant réussi à faire pénétrer la « fumée du Diable » à l’intérieur même de l’Église. Mais à qui imputaient-ils ce complot diabolique? Alternativement, il fallait blâmer les francs-maçons, les communistes, les Illuminatis et, inévitablement, les Juif-ve-s. Mais bien souvent, s’inspirant de la longue tradition droitiste consistant à désigner des boucs émissaires et à animer des polémiques au sein de l’Église, des théories furent échafaudées pour tenter de démontrer que toutes ces forces ont en fait conspiré au fil des siècles pour détruire l’Église et favoriser l’avènement d’un gouvernement mondial unique et impie (la Réforme protestante, la Révolution française, l’introduction des droits de la personne et des principes démocratiques, la transformation des rôles de genre, et les réformes apportées à l’Église reflétant différents aspects de ce complot tentaculaire). Ainsi, la FSSPX (comme d’autres traditionalistes catholiques) s’est souvent compromise avec d’autres courants politiques d’extrême droite. Marcel Lefebvre lui-même n’a jamais caché son appui au Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen et aux régimes dictatoriaux de Franco en Espagne, Salazar au Portugal, Videla en Argentine (1976-1983) et Pinochet au Chili (1973-1990). En 1989, il a été révélé que pendant 16 ans, des membres de la FSSPX et de l’Ordre des chevaliers de Notre-Dame avaient abrité et protégé Paul Touvier, lequel était inculpé pour son rôle central dans la déportation des Juif-ve-s de Lyon vers les camps de la mort allemands. (Touvier a finalement été arrêté, à 74 ans, au prieuré Saint-Joseph de la FSSPX, à Nice[vi].)

Au Québec, l’aliénation ressentie par une partie de la droite catholique suite à Vatican II a été exacerbée par les changements induits par la prétendue Révolution tranquille. La réaction a initialement produit un milieu marginal et fragmenté, principalement préoccupé par la préservation de la messe en latin et la résistance aux plans de la Commission Parent (1961-1964) visant à laïciser le système d’éducation québécois, et bientôt obsédé par la suppression catégorique du droit à l’avortement. Pendant de nombreuses années, une pollinisation croisée s’est alors opérée entre ce milieu traditionaliste catholique et d’autres traditions d’extrême droite, diverses théories de complot leur servant de cadre référentiel commun. Plusieurs membres de la communauté du rite latin étaient également impliqué-e-s dans l’organisation ouvertement nazie d’Adrien Arcand, le Parti de l’Unité Nationale du Canada (PUNC); des cadres du Regroupement scolaire confessionnel (qui a contrôlé la plus importante commission scolaire de Montréal pendant une bonne partie des années 1980 et 1990) se sont à plusieurs reprises avérés faire partie d’organisations racistes, anti-choix et ouvertement fascistes; puis le Ralliement provincial des parents du Québec (RPPQ) a fini par servir de base pour la création du Centre d’information national Robert Rumilly (CINRR) en 1990.

Jean-Claude Dupuis, ancien militant clé du Cercle Jeune Nation, aujourd’hui étroitement associé à la FSSPX et au Mouvement Tradition Québec.

Entre 1993 et 1995, les lefebvristes ont animé un groupe d’étude à l’Université Laval, à Sainte-Foy, qui pour les cathos traditionalistes était à l’époque un lieu propice au recrutement. Le Cercle d’études des jeunes catholiques traditionalistes (CEJCT) organisait des conférences par des sommités d’extrême droite du Canada, des États-Unis et d’Europe, dont des membres du Front national, ainsi que des éminences locales comme Jean-Claude Dupuis et Louis-Michel Guilbault (sur qui nous reviendrons plus loin). Ces tournées de conférences étaient souvent coordonnées avec le CINRR, le RPPQ et une autre organisation, probablement le plus important groupe d’extrême droite à l’époque, le Cercle Jeune Nation (CJN).

Le Cercle Jeune Nation a été fondé en 1986, mais n’est devenu visiblement actif que dans les années 1990. Modelé sur le Front national de Jean-Marie Le Pen, le CJN se voulait un grand chapiteau sous lequel différents courants d’extrême droite pourraient coexister et mettre de l’avant des positions communes. Fondé en partie par des vétérans de la minuscule tradition fasciste et nazie du Québec, ses membres espéraient élaborer une critique droitiste crédible de la Révolution tranquille et contester la supposée hégémonie de la gauche au sein du mouvement nationaliste québécois. Le CJN collaborait avec de nombreuses organisations racistes et de droite. Dans sa publication, les Cahiers de Jeune Nation, le CJN faisait paraître des articles de Dimitri Kitsikis, un professeur d’histoire de l’Université d’Ottawa, et de François-Albert Angers, un patriarche du nationalisme québécois. On y trouvait aussi des collaborateurs d’outre-mer, comme Michael Walker et Thomas Molnar, des partisans européens du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE, le berceau fasciste de la Nouvelle Droite européenne), ainsi que Gunter Deckert, le futur président du parti cryptonazi Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD).

La composition diversifiée du CJN a fini par avoir raison de l’organisation, qui s’est dissoute en 1994 suite à une scission entre ceux qui jugeaient que certaines positions religieuses mises de l’avant nuisaient à sa crédibilité et ceux qui voyaient en cette fausse pudeur une forme d’hypocrisie. Bien que pour la plupart, les membres du CJN n’étaient pas lefebvristes, le rédacteur en chef de son journal, Jean-Claude Dupuis, était membre de la FSSPX, et le Cercle a régulièrement collaboré avec les lefebvristes ainsi qu’avec d’autres catholiques d’extrême droite, comme les animateurs du Centre d’information nationale Robert Rumilly.

À plusieurs égards, la base d’appui du CJN ressemblait à celle de la Fédération des Québécois de souche (FQS) aujourd’hui. La principale différence étant que le CJN avait réussi à se rapprocher de certains éléments de l’aile droite du milieu nationaliste et était parvenu à occuper une place de choix au sein de l’extrême droite à son époque. La FQS quant à elle, en partie en raison de ses origines néonazies bien documentées, est plus éloignée de la droite « légitime », et l’espace qu’elle occupe sur la droite de celle-ci est partagé avec un plus grand nombre d’acteurs, non seulement d’autres fascistes (comme Atalante), mais aussi le mouvement national-populiste (qui est pour l’instant quelque peu dégonflé).

Il est néanmoins frappant de constater à quel point les forces politiques présentées ci-dessus sont toujours en place aujourd’hui. Les cofondateurs du Cercle Jeune nation Roch Tousignant et François Dumas, par exemple, sont aujourd’hui rattachés à la Fédération des Québécois de souche, tandis qu’un autre pilier de l’organisation, Jean-Claude Dupuis, est toujours intimement lié à la FSSPX, pour laquelle il enseigne l’histoire à l’École Sainte-Famille de Lévis.

Il n’est pas difficile de conclure qu’il existe là un milieu politique cohérent qui a réussi à se reproduire et à maintenir une certaine continuité dans le temps malgré la variation des structures dans un contexte politique changeant, en attirant de nouveaux membres et en retenant des militants qui étaient déjà actifs il y a plusieurs dizaines d’années.

Kenny “Goglu” Piché et Étienne Dumas, du Mouvement Tradition Québec (MTQ).

Aujourd’hui, le courant lefebvriste est principalement représenté au Québec par le Cercle Tardivel, le Mouvement Tradition Québec et les Éditions de la vérité, qui sont animés par des militants fidèles à la FSSPX. Ces trois entités sont inscrites au Registraire des entreprises du Québec au nom de Kenny Piché, Étienne Dumas et Julien Chapdelaine[vii]. Si Piché et Dumas ont déjà fait l’objet de billets du blogueur antiraciste Xavier Camus (à lire, ici et ici), il semble que Chapdelaine, vraisemblablement proche de la FQS, ait quant à lui servi comme agent officiel du néonazi Sylvain Marcoux lors des dernières élections provinciales.

Les jeunes réactionnaires du Front canadien-français sont donc les héritiers directs de cette tradition d’extrême droite ultracatholique, passéiste et nostalgique du Québec prémoderne. En dépit de l’étiquette contre-révolutionnaire qu’ils ont reprise de leurs prédécesseurs, ces nouvelles recrues présentent une tendance fascisante très marquée, que reflètent leurs écrits publics et les pages de médias sociaux qu’ils animent (voir la section sur les pages de mèmes ci-dessous). Leur nationalisme est ethnique (raciste, adepte de la théorie du « Grand remplacement »), anti-diversité, anti-égalité, et grossièrement hétéropatriarcal (antiféministe et traversé d’une opposition idéologique et morale à l’avortement). Il prône un retour aux « valeurs traditionnelles » qui selon eux caractérisaient l’âge d’or de la nation canadienne-française : la mainmise de l’Église catholique sur la société et les affaires politiques (ultramontanisme), des familles nombreuses où les femmes sont dépourvues de pouvoir et n’ont aucun droit sur leur santé reproductive, et un gouvernement autoritaire, populiste et hyperconservateur ne s’embarrassant pas des mécanismes démocratiques ou des libertés civiles, dont la figure de Maurice Duplessis demeure l’emblème glorifié.

Étienne Dumas, du Mouvement Tradition Québec, prend la pause avec Jason Mc Nicoll Leblanc, Vincent Benatar et Alexi Larose, du Front canadien-français.

 

Le lien FQS et l’influence d’Horizon Québec Actuel

Un mot au passage sur la Fédération des Québécois de souche (FQS), dans l’ombre de laquelle le FCF semble évoluer. Rappelons que la FQS a été constituée en 2007 par des néonazis (dont le repenti Maxime Fiset) et s’est perpétuée jusqu’à nos jours en fédérant différents courants nationalistes d’extrême droite (un peu comme l’avait fait avant elle le Cercle Jeune Nation), dont certains sont antinomiques et explicitement contradictoires.

On retrouve dans le journal de la FQS de francs néonazis, comme Sylvain Marcoux et son éternel projet de Rassemblement national canadien-français, les fachos soi-disant « révolutionnaires » d’Atalante sous la plume d’Alexandre Peugeot (vraisemblablement l’alter ego d’Antoine Mailhot-Bruneau, modelé sur le composite Rémi Tremblay de la FQS), mais aussi  d’autres auteurs représentant différentes tendances. On y relève notamment une influence marquée du courant lefebvriste porté par le Mouvement Tradition Québec et d’autres personnages familiers des cercles ultranationalistes décrits ci-dessus.

La photo de profil de Louis-Michel Guilbaut sur Facebook. Ce militant ultranationaliste de longue date et proche sympathisant de la Fédération des Québécois de souche anime aussi le compte FB “Louis Roy” et gère la boutique de pacotilles traditionalistes Ludovidec.

On remarque ainsi dans le réseau social du FCF un certain nombre d’individus rattachés de près ou de loin à la FQS par son courant traditionaliste et contre-révolutionnaire, comme Étienne Dumas et Louis-Michel Guilbault (« Louis Roy », sur Facebook) un enragé traditionaliste de longue date[viii] qui se spécialise désormais dans la production de marchandise pré-poussiéreuse, dont des drapeaux Carillon-Sacré-Cœur, des bustes en plastoc de Maurice Duplessis (!) et d’autres pacotilles produites localement, qu’il distribue par l’entremise de son entreprise Ludovidec (inscrite au Registraire des entreprises au nom de Louis-Rémi Guilbault).

En plus de leur filiation au Mouvement Tradition Québec et à la FSSPX, il apparaît aussi très clairement que les militants du Front canadien-français tournent dans l’orbite d’Horizon Québec Actuel, le projet ultranationaliste animé par Alexandre Cormier-Denis et Philippe Plamondon.

Cormier-Denis est en voie de devenir une figure clé dans l’extrême droite québécoise. Ce partisan/militant de Marine Le Pen et du Rassemblement national (ancien Front national) s’est effectivement positionné avec la chaîne YouTube Nomos.tv comme prolifique propagandiste du nationalisme ethnique, réactionnaire et raciste au Québec : repli ethnique/identitaire, anti-immigration (amplification de la théorie du « Grand remplacement »), islamophobie, anti-progressisme, antiféministe, anti-choix, anti-diversité, etc. En plus de ses nombreuses vidéos sur Nomos.tv, Cormier-Denis est collaborateur régulier à la plateforme Vigile.Québec (droite nationaliste) et a parfois été invité à intervenir sur différents enjeux, ce qui contribue à légitimer les idées toxiques qu’il ne manque aucune occasion de claironner. Il a notamment été invité à l’émission Zone Franche de Télé-Québec, en 2019, pour débattre de la question : « Est-ce qu’on accueille trop d’immigrants au Québec? ». On vous laisse deviner sa réponse. Il a plus récemment fait parler de lui en marge d’une entrevue à QUB Radio, où la teneur homophobe de ses propos a poussé l’animateur à interrompre l’entrevue (après 20 minutes en roue libre, tout de même), ce qui a fait crier ses admirateurs à la censure. Lui et Plamondon reçoivent par ailleurs différents invités à Nomos.tv, dont récemment le leader d’Atalante Raphaël Lévesque, à l’occasion d’une entrevue manifestement préparée dans la plus harmonieuse des complicités.

Une sorte d’« hommage » à Alexandre Cormier-Denis retweeté par le FCF.

Bien qu’ils se défendent comiquement d’être racistes, Cormier-Denis et ses acolytes interviennent régulièrement pour déplorer « l’ensauvagement » des sociétés occidentales, qui serait liée à « l’immigration massive », ce qui n’est plus tant de l’ordre du dog-whistle raciste que du panneau réclame en néon clignotant. Rappelons qu’en 2017, sa candidature à l’élection partielle québécoise sous la bannière du Parti indépendantiste (considéré comme une antenne du Front national au Québec et régulièrement décrié au fil des années pour sa proximité avec des militants néonazis) avait été marquée par une controverse mineure autour d’une pancarte électorale (reprise du Front national) grossièrement islamophobe et xénophobe. (Pour plus de renseignements, veuillez consulter notre fiche sur Horizon Québec Actuel.)

Compte tenu de l’évidente proximité idéologique entre Québec Horizon Actuel et le Front canadien-français, il n’est pas étonnant que les deux projets s’avèrent connexes. Le 23 mai 2020, à l’occasion de la commémoration du décès du chanoine Lionel Groulx organisée par le FCF à Vaudreuil, ce n’est nul autre qu’Alexandre Cormier-Denis qui agit à titre de maître de cérémonie. On reconnaît aussi dans la vidéo de la commémoration publiée sur Nomos.tv, parmi les jeunes militants du FCF, Alexi Larose, qui semble-t-il réside à la même adresse que Philippe Plamondon… ce qui n’est sans doute encore qu’une coïncidence.

On pourrait ainsi, au vu de toutes ces convergences, être porté-e-s à se demander si ce fameux FCF ne serait pas un peu la nouvelle garde d’idiots utiles formée idéologiquement dans l’ombre de la Fédération des Québécois de souche, de la FSSPX, du Mouvement Tradition Québec et d’Horizon Québec Actuel…

 

Une curieuse « Lettre ouverte aux évêques »

En novembre 2019, la Campagne Québec-Vie et la FSSPX publient sur leur site Internet respectif une « Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique au Canada français », signée par un certain Julien Bertrand[ix]. On remarque au passage une coïncidence très forte entre ce texte et une autre « lettre ouverte » publiée sur le site du FCF quelque temps après. Le langage, le vocabulaire et le propos sont en fait plus ou moins identiques dans les deux textes, et la phrase suivante est carrément reproduite textuellement dans les deux lettres, ce qui laisse croire qu’elles sont le fait du, ou des, même(s) auteur(s) :

« À l’image de notre saint patron Saint Jean le Baptiste, nous sommes la voix qui crie au milieu des ruines de béton et des nids de poule. Il est de notre devoir de hurler au nom de nos frères qui se suicident et de notre peuple qui se meurt. »

Le 6 décembre 2019, Julien Bertrand est invité à Nomos.tv pour expliquer la démarche entourant sa lettre. Le même jour, Vincent Benatar, lui aussi signataire, plogue son « bon ami Julien » sur la page Mèmes evangeliste duplessiste puis, la semaine suivante, accorde à son tour une entrevue sur le même sujet à E. Michael Jones, un traditionaliste catholique américain tristement réputé pour son antisémitisme.

Tout porte donc à croire que Julien Bertrand est un autre des militants clés du FCF.

La memegame des jeunes antimodernistes

Une particularité de cette nouvelle génération de wannabe ultramontains est son affection pour le langage particulier des mèmes (malgré son aversion ostentatoire pour « la modernité »). Étudiant en gestion à l’UQAM, Vincent Benatar s’est d’ailleurs démarqué du lot par la prolificité de ses publications sur la page Facebook qu’il administre, Mèmes evangeliste duplessiste (sic).

Un survol du contenu de cette page, tout comme la lecture de la présentation du FCF, la « Lettre aux évêques catholiques » qu’il a cosignée et son texte publié sur Vigile.quebec sur le thème du « Grand remplacement[x] », révèle le caractère profondément réactionnaire et raciste du programme politique mis de l’avant par Benatar et sa petite bande, lequel correspond en tous points à celui du courant traditionaliste ultracatholique décrit ci-dessus.

 

 

On constate aussi en parcourant l’historique de la page l’évolution de Benatar, qui a longtemps soutenu la Loi 21 sur la « laïcité de l’État » avant de se rendre compte que le principe de laïcité s’inscrit directement en faux contre les valeurs ultramontaines qui définissent complètement son positionnement idéologique. Les exemples de commentaires, mèmes et billets misogynes et racistes de Benatar sont trop nombreux pour les détailler ici, mais en voici un échantillon : [voir sur le site de Montréal Antifasciste]

Voici aussi les intitulés de quelques-unes des autres pages de mèmes que nous soupçonnons être ratachées de près ou de loin au FCF, ou du moins au réseau social où celui-ci évolue (n’hésitez pas à communiquer avec nous si vous avez des renseignements au sujet de ces pages et de leurs administrateurs) :

  • Mèmes єναиgélιѕтє Duplessiste
  • Mesmes tradis sans retenue 𝖉𝖚 𝖇𝖆𝖗𝖔𝖓 𝖉𝖊 𝕷𝖔𝖓𝖌𝖚𝖊𝖚𝖎𝖑
  • Memes nationalistes pour zoomers Québécois
  • Mèmes clérico-nationalistes du Canada français
  • Science immortelle du Maoïsme-Duplessisme
  • Memes merveilleux à la mémoire de Montcalm
  • Un mémé couleur de Radio-Cadenas
  • Memes Groulxiens d’instruction publique
  • Memes nationalistes québécois

Un autre élément important que révèle la page de mèmes de Benatar, ainsi que sa page personnelle et son compte Instagram, est le réseau virtuel en périphérie du projet. On retrouve ainsi dans la liste d’amis de Vincent Benatar une douzaine de militants et sympathisant-e-s d’Atalante (dont Raphaël Lévesque et son épouse Danielle Doukas, Benjamin Bastien, Antoine et Étienne Mailhot-Bruneau, Yannick Vézina, Renaud Lafontaine et « Jean Brunaldo »), de nombreux personnages liés à la Fédération des Québécois de souche (dont « Rémi Tremblay », Louis-Michel Guilbault/Louis Roy et Patrick Savoie), Étienne Dumas du Mouvement Tradition Québec, Guillaume Beauchamp du duo de cloches DMS, le nazillon Alt-Right Jean-Philippe Robert (JP Bobby), le vétéran de Charlottesville Vincent Bélanger Mercure (qui est d’ailleurs « Super Fan » de Mèmes evangeliste duplessiste), l’influenceur islamophobe Daniel Laprès, les tres amigos des Exilés (Félix Brassard, Michael Lauzon et Samuel Vanasse), l’antisémite Georges Tremblay, le néonazi Sylvain Marcoux, Philippe Plamondon, de HQA, etc… qui côtoient le NSBM païen Tom Samson (pas très chrétien, ça…) et le candidat à la chefferie du PQ, Frédéric Bastien!

Qui sont les militants du Front canadien-français?

Vincent Benatar
Instagram @vinceben24
https://www.facebook.com/vincent.benatar.90
https://twitter.com/benatarvince
Nous avions cet individu sur notre radar depuis quelques mois déjà. Il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » à titre d’étudiant en gestion à l’ESG-UQAM. Traditionaliste et pratiquant, il a étudié au Collège Bourget, une école secondaire catholique privée. Il semble s’être rapproché d’Atalante dans la dernière année (il est ami avec plusieurs membres clés et interagis régulièrement avec eux). Il est l’administrateur d’au moins une page de mèmes d’extrême droite : « Mèmes evangeliste duplessiste » et a signé un article d’une teneur extrémiste intitulé « Après le Grand Remplacement. Que faire lorsque nous serons minoritaires? », publié sur le site Vigile.quebec et relayé par Horizon Québec Actuel et la Fédération des Québécois de souche.
Jason Mc Nicoll Leblanc
Instagram @uncanadienerrant
https://www.facebook.com/jason.leblanc2799
Étudiant ou finissant au Cegep Édouard Montpetit, cet ancien sympathisant de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre semble avoir rejoint la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Il semble être un membre clé du FCF et est très actif sur les médias sociaux (il gère les comptes Instagram/Facebook @penséelaurentienne et le compte Instagram @carillonsacrécoeur) et s’occupe vraisemblablement des comptes Instagram, Twitter et Facebook du groupe. On doit à son indiscrétion de nous avoir révélé l’identité des membres du groupe, en partageant sur son compte Instagram une photo publique d’une action du FCF sur laquelle tous les membres étaient identifiés… La photo à depuis été retirée, malheureusement pour eux, nous veillons.
Alexi Larose
Instagram @Alexeain
https://www.facebook.com/alexi.larose
https://ca.linkedin.com/in/alexi-larose-6b3a15147
Ami de Vincent Benatar, il participe à toutes les actions du FCF. Son compte Instagram et son entêtement à coller des dizaines d’autocollants juste devant chez lui nous dévoilent qu’il vit sur le Plateau Mont-Royal… à la même adresse que Philippe Plamondon, le vice-président d’Horizon Québec Actuel. Par charité chrétienne, nous ne publierons pas son adresse ici.
Jean-Philippe Desjardins-Warren
Instagram @harfanglaurentien
https://www.facebook.com/jeanphilip.warren
Résidant de Longueuil et étudiant en histoire à l’UQAM, ce proche de Jason Mc Nicoll Leblanc ne nous est pas inconnu. Passé par la scène punk, il a gravité quelque temps dans le milieu underground montréalais, à l’époque où il étudiait au Cegep du Vieux-Montréal. Il a ensuite transité vers le métal noir québécois, où il a dû faire de mauvaises rencontres… Plus tôt cette année, il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » avant de participer aux actions du FCF. Il s’impliquerait par ailleurs au Conseil Jeunesse de la Société Saint-Jean-Baptiste.
Suleyman Ennakhili
Instagram @suleyman.ennakhili
https://www.facebook.com/suleyman.ennakhili
Présent aux actions du FCF, nous l’avions déjà aperçu à deux reprises arborant le Carillon-Sacré Cœur : à la manifestation islamophobe « La Vague bleue » le 4 mai 2019 à Montréal (ironiquement, sous la bannière prolaïcité des nationaux-populistes) et à la grande manif pour le climat du 27 septembre 2019. Originaire de Pointe-Calumet, on lui doit peut-être les stickers du FCF apparus à Saint-Joseph-du-Lac.
Francois Gervais
https://www.facebook.com/profile.php?id=100011065410118
Ami de Suleyman Ennakhili, il était avec lui et portait le Carillon-Sacré Cœur lors de la grande manif pour le climat du 27 septembre 2019. Il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » à titre d’étudiant en Histoire et civilisation au Cégep Lionel-Groulx. On lui doit peut-être les stickers apparus dans le vieux Sainte-Thérèse.
Julien Bertrand
https://www.facebook.com/julien.bertrand1534
Julien Bertrand est le principal signataire et promoteur de la « Lettre ouverte aux évêques catholiques au Canada français », dont certains passages sont identiques à la lettre ouverte publiée sur le site du Front canadien-français. En prime, voici un commentaire pas du tout raciste de Julien Bertrand qui reflète bien le message d’amour universel porté par le Christ.

 

Plus ça change, plus c’est pareil…

En tant que tel, le Front canadien-français n’a pas fait grand-chose – quelques autocollants, des manifestes en ligne, une poignée d’actions publiques sans conséquence. Le groupe ouvre néanmoins une fenêtre éclairante sur un certain nombre de réseaux fascistes et fascisants qui sont demeurés actifs au Québec depuis maintenant plus d’une génération.

Nous n’utilisons pas le terme « fasciste » à la légère : bien que ces courants se définissent eux-mêmes comme « contre-révolutionnaires », et bien que nous soyons sympathiques à la prémisse voulant que le fascisme soit par définition un mouvement révolutionnaire, il faut à notre avis éviter d’appliquer ce critère de manière trop automatique. Lorsque les membres du FCF et leurs amis se prétendent contre-révolutionnaires, ils réfèrent en fait à la Révolution française, voire à la Révolution tranquille, mais leur vision du monde implique sans aucun doute un renversement radical du système actuel pour imposer leur vision dystopique.

Contrairement aux bouffons/boomers de La Meute, Storm Alliance et autres patentes nationales-populistes, les militants de ces réseaux ne sont habituellement pas friands de publicité. Les réseaux fascistes les mieux implantés au Québec n’espèrent pas gagner les prochaines élections ou influencer les politiques gouvernementales au cours des prochains six mois. Ils conçoivent et envisagent leur lutte sur un horizon beaucoup plus long et poursuivent toujours l’objectif plus modeste de constituer de petites bases d’appui durables en encourageant des développements culturels et intellectuels favorables à leur ancrage. De cette manière, ils ont formé une sous-culture qui a réussi à se reproduire au fil des générations. Cette approche est une version de la stratégie « métapolitique » élaborée par l’extrême droite européenne suite aux échecs qu’elle a subie dans les années 1960. Tandis qu’en France, ce sont les événements de mai 1968 et l’indépendance de l’Algérie qui ont précipité cette stratégie défensive, les changements provoqués par la Révolution tranquille ont eu des effets similaires au Québec.

En ce qui concerne les curieuses tendances religieuses de nombreux fascistes québécois et de leurs adeptes, nous nous foutons absolument que la messe soit célébrée en français ou en latin (ou dans toute autre langue). Nous reconnaissons cependant que pour ces traditionalistes radicaux, la religion est un terrain symbolique important où ils peuvent rapidement établir leur opposition à tout l’éventail des caractéristiques du monde contemporain, c’est-à-dire tout ce qui entre en conflit avec ce glorieux passé canadien-français qui n’a jamais vraiment existé, où absolument tout le monde était blanc, catholique, hétérosexuel et aspirait à mettre au monde trente rejetons. En même temps, ils s’alignent symboliquement avec une longue (bien que marginale) tradition de militantisme politique remontant jusqu’au nazi Adrien Arcand (qui était par ailleurs farouchement fédéraliste!).

Chaque nation possède une culture et une histoire qui lui sont propres, lesquelles sont toujours remplies de contradictions et de contre-courants, mais comportent toujours une version « officielle » que les réactionnaires confondent avec une vérité pure et originelle. Au Québec, le point de référence religieux est forcément le catholicisme, et nos jeunes aspirants fascistes ont simplement choisi la variété de catholicisme qui correspond le mieux à leur vision politique. Sans grande surprise, ils ont choisi celle qui est si loin et si radicalement à droite qu’elle s’est vue expulser de l’Église!

Il est difficile de dire si le FCF durera plus que quelques mois, mais il est possible que ceux qui l’ont créé demeurent longtemps actifs dans cette tradition plus large de l’extrême droite.

Quoi qu’il en soit, nous veillerons.

 

 


[i]               Selon Wikipedia, un même Internet est « un élément ou un phénomène repris et décliné en masse sur Internet. »
https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A8me_Internet

[ii]               Le Carillon-Sacré-Cœur, particulièrement prisé des nationalistes réactionnaires au Québec, est une version de l’étendard « officiel » du Canada français favorisé par une partie des nationalistes catholiques entre 1903 et 1935. Il a d’ailleurs été reconnu par le gouvernement provincial comme le drapeau officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1926. Commémorant la victoire française lors de la Bataille de Fort Carillon, le drapeau symbolise également par l’inclusion du Sacré-Cœur l’influence et la domination de l’Église catholique sur la nation, soit le principe ultramontain auquel aspire cette tradition ultracatholique. [Description : « Sur fond d’azur se détache une croix blanche, portant au centre l’emblème du Sacré-Cœur rayonnant, ceint d’une couronne d’épines et surmonté d’une croix; harmonieusement cerné d’une guirlande de feuilles d’érable: aux quatre angles, une large fleur de lys blanche. — Le fond d’azur rappelle l’ancien drapeau de Carillon; la croix parle de notre foi catholique. Le Sacré-Cœur est la réponse aux désirs exprimés par le Sacré-Cœur lui-même à sainte Marguerite-Marie. Les feuilles d’érable détachées de notre arbre national, parlent de jeunesse et d’espoir; enfin les fleurs de lys évoquent le souvenir de la vieille France.»
https://www.imperatif-francais.org/imperatif-francais/extra/histoire-des-drapeaux-quois-carillon-sacrcoeur/

Concernant la symbolique du Sacré-Cœur : « Rappelant l’ardent désir du Cœur de Jésus d’être aimé des hommes et de les sauver, sainte Marguerite-Marie ajoute : “Et il me fit voir qu’il fallait honorer (le Cœur de Dieu) sous la figure de ce Cœur de chair, dont il voulait l’image être exposée et portée sur soi et sur le cœur, pour y imprimer son amour et le remplir de tous les dons dont il était plein et pour y détruire tous les mouvements déréglés. Et que partout où cette sainte image serait exposée pour y être honorée, il répandrait ses grâces et bénédictions.” »
https://www.sacrecoeur-paray.org/experimenter/le-message-de-paray-le-monial/de-jesus-a-sainte-marguerite-marie/]

[iii]              Il est possible que les jeunes militants du FCF se soient rencontrés au sein du Mouvement des Jeunes Souverainistes, « un regroupement national créé [à l’automne 2019] dans le but d’unir tous les souverainistes québécois.es progressistes, passionné.es et assoiffé.es de liberté ». Le MJS est principalement organisé autour d’un groupe Facebook du même nom, groupe dont les jeunes militants du FCF sont tous membres… et toujours très minoritaires dans leurs prises de position. En effet, la jeune organisation semble marquée à gauche, proche de l’écologie et pas très éloignée des idées décoloniales. Sans pouvoir l’affirmer, on pourrait donc penser que le FCF s’est formé en réaction à l’isolement qu’éprouvaient nos jeunes réactionnaires. Incapables de faire pencher le MJS à droite, ils auraient créé leur propre structure dans la tradition ultranationaliste ancrée à l’extrême droite.

[iv]               Cette définition synthétique offre un cadre de référence utile pour cerner certaines caractéristiques communes aux mouvements fascistes et fascisants à partir de l’étude de ces mouvements tels qu’ils se sont eux-mêmes décrits ou exprimés. Comme nous l’indiquons par ailleurs dans notre FAQ, il est très difficile de donner une définition précise et clairement délimitée du fascisme « générique », car ses différentes itérations contemporaines n’adoptent pas forcément à l’identique chacune des caractéristiques du fascisme « historique » incarné dans le régime de Mussolini en Italie ou dans le Troisième Reich en Allemagne.
https://montreal-antifasciste.info/fr/faq/

[v]               Cette rupture a entraîné des tensions et tractations se prolongeant pendant des années, mais aussi des rapprochements, jusqu’à ce que l’ordre d’excommunication soit finalement révoqué en 2009. Entre temps, un autre ordre religieux, la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, avait été fondé par le Vatican en guise de solution intermédiaire pour les fidèles toujours attaché-e-s au rite latin, mais réticent-e-s à s’associer aux lefebvristes (temporairement excommunié-e-s).

[vi]              Concernant cette affaire, lire :
https://www.theguardian.com/commentisfree/2009/feb/19/richard-williamson-lefebvre

[vii]              Curieusement, une autre entité « Mouvement tradition Québec » est aussi inscrite au registre des entreprises, celle-là au nom de la Fraternité Saint-Pie X, sous la direction de Daniel Couture, Olivier Berteaux et Davide Pagliarani. Ce qui laisse supposer que tout n’est pas si paisible au paradis des ultracathos…
https://canadafidele.com/2017/02/03/le-mouvement-tradition-quebec-seteint/

[viii]               Au milieu des années 1990, Louis-Michel Guilbault a produit un journal périodique intitulé le Lys Blanc, où il faisait la promotion d’une synthèse monarchiste, lefebvriste, antisémite et ouvertement fasciste. À la même époque, Guilbaut, qui est lui-même un membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, s’est adressé aux lefebvristes à l’Université Laval à l’invitation du Cercle d’études des jeunes catholiques traditionalistes (CEJCT)

[ix]              Cosignée par « vingt-neuf hommes […] allant de 18 ans à 44 ans [qui ont] décidé pour le moment de garder l’anonymat, certains ayant conscience des conséquences qu’une telle lettre pourrait avoir sur leur emploi, ou leurs études. »

[x]            Ce texte signé par Vincent Benatar mobilise le concept du « Grand remplacement », une théorie raciste en soi, fort répandue à l’extrême droite, qui fantasme que les populations immigrantes des pays du Sud ambitionnent de submerger par le nombre leur pays d’accueil, ici le Québec, afin d’en remplacer volontairement les populations.

Le terme « Grand remplacement » a été inventé par l’auteur français Renaud Camus dans un livre du même nom publié en 2011, où il affirme l’existence d’un vaste complot des élites mondiales pour remplacer la population française par des immigrant-e-s du Sud. Il s’agit en fait de la énième théorie du complot raciste qui affirme essentiellement la même chose, à savoir que les « élites » (généralement assimilées au Juif-ve-s) orchestrent les mouvements migratoires en provenance des pays du Sud afin d’anéantir les populations blanches « indigènes ». Dans le contexte contemporain, ce genre de proposition trouve une forte résonnance, car les privilèges « raciaux » et de classe d’un grand nombre d’habitant-e-s d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord sont effectivement déstabilisé-e-s par les mécanismes du capitalisme mondialisé, non pas tant comme résultat d’un complot particulier, sinon comme conséquence de tendances économiques et politiques plus profondes dont même la classe dirigeante n’est pas nécessairement satisfaite, mais qu’elle se trouve incapable de renverser. La panique et la paranoïa raciales sont des réactions à ces changements de la part de ceux et celles dont l’identité même est étroitement liée à ces privilèges historiques. Le remplacement d’un mode de vie fondé sur l’oppression et l’exclusivité raciales, pour ces personnes, revient à remplacer le seul mode de vie qu’elles estiment digne d’être vécu.

Au fil de l’histoire, ce type d’anxiété raciale paranoïaque s’est manifesté et répété encore et encore; c’est toutefois ce terme, le « grand remplacement », qui s’est récemment imposé et a été adopté par des assassins nazis, comme les auteurs des massacres de Christchurch et d’El Paso, et les fanatiques qui marchaient à Charlottesville en scandant « Les Juifs ne nous remplaceront pas » [Jews will not replace us], ainsi que par plusieurs politiciens désireux d’exploiter cette inépuisable réserve d’anxiété blanche. Au Québec, le concept correspond parfois aux idées mises de l’avant par certains intellectuels nationalistes (pas nécessairement d’extrême droite) selon lesquelles il y a eu, ou il existe encore, une tentative soutenue de génocide à l’endroit de la majorité historique canadienne-française (citant à l’appui l’exode des Acadien-ne-s ou le Rapport Durham).

Pour les fachos comme Vincent Benatar, ce « Grand remplacement » serait donc un état de fait inéluctable auquel il faut se préparer. Pour cela, les Canadiens français devraient s’unir dans un tout homogène, hermétique, exclusif et, évidemment, catholique. La progression logique de cette stratégie consiste à contrôler toutes les institutions, politiques, médiatiques, mais aussi scolaires. C’est en fait une reconquête que propose Benatar, une véritable croisade chrétienne, pour ne pas dire… une « révolution ». Pour lire ce texte délirant :
https://vigile.quebec/articles/apres-le-grand-remplacement