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Un lundi de résistance : Le blocus Atikamekw à Wemotaci

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Mar 222024
 

De Amplifier Films

Lundi dernier, une scène remarquable s’est déroulée près de Wemotaci. Des défenseurs de la terre Atikamekw ont érigé un blocus pour faire entendre leur voix contre la coupe à blanc de leur territoire, Nitaskinan. Face à la détermination des défenseurs, un dialogue tendu mais nécessaire a eu lieu. Découvrez notre vidéo pour voir comment ces moments se sont déroulés et comprendre l’importance de ces actions. Pour plus d’informations et soutenir leur cause, visitez https://gardiensduterritoire.com

Nouveau sabotage contre Northvolt – Aucun capitaliste n’est à l’abri

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Mar 082024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Cette semaine marquait le retour des oiseaux migrateurs en Montérégie et le début de la nidification pour plusieurs espèces. Le chantier Northvolt est désormais engagé dans une course contre la montre afin de remblayer un maximum de milieux humides d’ici le 10 mars avant d’être empêché par la réglementation fédérale protégeant les oiseaux migrateurs. Si les travaux de déboisement sont terminés du côté de Saint-Basile-le-Grand (8700 arbres abattus) des travaux similaires s’amorcent désormais dans la partie Est du terrain appartenant à McMasterville. C’est dans cette section que se trouve le dernier boisé encore intact, peut-être préservé de la coupe en raison des actions répétées de spiking qui y ont eu lieu.

Afin de freiner le saccage des milieux naturels, des militant·es se sont attaqués à la carrière Mont-St-Hilaire du groupe Michaudville, responsable jusqu’à maintenant du remblayage de plus d’une dizaine d’hectares de zones marécageuses essentielles à la survie d’espèces vulnérables comme le petit blongios, la tortue molle à épines et la chauve-souris rousse. En raison de l’artificialisation des sols et de l’étalement urbain, il ne reste plus, aujourd’hui, que 5% de milieux humides dans ce bassin versant. Non seulement ce projet industriel n’aidera en rien à la décarbonisation de notre économie (comme le prétendent nos ministres), mais il se fera, en plus, aux dépends de la biodiversité locale. Rappelons que la crise écologique n’est pas seulement une crise climatique, mais aussi une crise de la biodiversité toute aussi menaçante. C’est grâce à nos relations avec d’autres espèces si nous vivons, mangeons et respirons. Nous sommes entièrement dépendent·es de ces écosystèmes.

En début de semaine, une centaine d’engins cloutés ont été répandus sur le chemin menant à la carrière afin de cibler les camions transportant la terre et le gravier servant au remblayage. Dans les dernières semaines, ce sont au-delà de cent allers-retours qui s’y sont produits quotidiennement avec un passage de camion aux 3 minutes. Toute action qui perturbe la circulation et entrave l’unique voie d’accès à la carrière cause des pertes financières affectant la rentabilité du projet. Chaque heure de travail perdue est une victoire pour les opposants à Northvolt.

Le projet Northvolt ne sera jamais écologique. Avec la filière batterie, le gouvernement caquiste profite du dérèglement du climat pour faire des affaires. Tandis que l’État injecte aujourd’hui des milliards de dollars pour sauver l’industrie automobile, ces investissements nous obligent à assurer, pour les décennies à venir, la croissance d’un secteur économique tout aussi destructeur que l’économie fossile. L’électrification massive des transports et le tout-à-l’auto nécessitent la multiplication des mines dans les pays du Sud et sur le territoire des Premières Nations. Partout, les terres agricoles, les cours d’eau et les populations qui en dépendant seront empoisonnés par des rejets toxiques. Des forêts entières seront jetées à terre, des montagnes éventrées. La crise écologique est insoluble dans le capitalisme : notre unique voie de sortie passera par l’entraide, la création de communautés résilientes et la décroissance.

Aux entreprises qui collaborent avec Northvolt : personne n’est à l’abri!

Attaquons Northvolt, toujours, partout

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Fév 282024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Des anarchistes ont encore attaqué la machine de destruction capitaliste sur le site de Northvolt. Des pics d’acier ont été mis en place sur les différents chemins utilisés par la machinerie. En plus, de nouveaux clous ont été mis dans des arbres, cette fois sans les identifier, pour maximiser le potentiel de destruction sur la machinerie écocidaire. Les personnes ayant fait l’action n’ont pas peur de se faire prendre. Même si c’était le cas, elles demanderaient d’être jugées par leurs pairs. Par les tortues molles à épines, les petits blongios et les chevaliers cuivrés. Par toutes les espèces qui meurent parce que la destruction de la planète, c’est payant en crisse.

En effet, pour maintenir la croissance économique capitaliste, ça prend des bungalows de banlieue pitoyables de plus en plus grands et des chars de plus en plus gros. Pendant ce temps, on se ferme les les yeux et on se laisse bercer par les comptines des capitalistes qui prétendent que les chars électriques réduisent les émissions de gaz à effet de serre. Sous le prétexte hypocrite de la protection de l’environnement, L’État et ses amis des industries tentent un sauvetage désespéré de l’industrie automobile. Pour qu’elle survive après 2035, le moment où le fédéral interdira la vente de chars au gaz, ils remplacent les chars au gaz par des chars électriques. Les gouvernements s’arrangent alors pour réduire le prix des chars électriques, par des subventions directes et indirectes, pour qu’ils restent accessibles à la classe moyenne. Bref, la filière batterie, c’est le pillage des fonds verts par les gouvernements pour financer la croissance économique, pour permettre à l’industrie automobile de survivre aux changements climatiques qu’elle a causés. Le développement de la filière batterie, c’est pour qu’on continue de vivre dans des villes bruyantes, désagréables, dangereuses, où les centres-villes ont été transformés en autoroutes et en stationnements. Les anarchistes ne veulent rien savoir de leur monde, et c’est pour ca qu’iels tenaient à crisser une pelletée de sable supplémentaire dans ses engrenages.

Et il faut se rappeller que le char électrique, ce n’est qu’en ville qu’il peut prétendre être vert. Tout autour, ce sont les mines, toujours sur des terres autochtones, partout dans le monde. C’est la raffinerie toxique de Rouyn-Noranda. Ce sont les extensions de ports le long du fleuve Saint-Laurent. De l’Afrique à l’Amérique du sud, ce sont les exécutions contre les syndicalistes et les défeuseur·euse·s de la nature effectués au nom des minières canadiennes. À défendre la nature ici, on ne risque pas la mort. Se servir de nos privilèges pour défendre les plus vulnérables, ça veut dire agir ici. C’est un problème causé par les blancs, et il est grand temps qu’on prenne nos responsabilités.

C’était un moment triste pour faire une action. Sur le site de Northvolt, il reste à peine quelques arbres, dont ceux qui étaient identifiés comme ayant été la cible de cloutage la dernière fois. C’est donc dire que l’action directe fonctionne. En effet, ces clous ont probablement fait plus pour la protection de la biodiversité que la COP15, et toute la ribambelle d’autres COP. On voit clairement en action les mécanismes de compensation ridicules pour la biodiversité: d’un côté, on déboise massivement, alors que dans 4-5-6 ans, ou quand on aura le temps, on plantera une monoculture d’épinette noire sur 20 hectares, une armée de petits arbres en rangées qui seront coupés – de quoi faire du papier toilette à peine assez solide pour qu’on puisse se torcher avec, ne vous demandez pas pourquoi vos doigts passent en travers. D’un côté on remblaie les milieux humides, alors que dans 4-5-6 ans, ou quand on aura le temps, on creusera un trou dans un spot de sable pour y mettre deux-trois poissons et algues, pour se donner une tape dans le dos. On créera un étang à un autre endroit pour les animaux déjà emportés. Des animaux morts dans une flaque d’eau, c’est au mieux une soupe, ça ne pourra jamais compenser un écosystème vivant. Et ça, c’est s’il y a effectivement compensation, parce que c’est la première chose qui sera coupée si la rentabilité est menacée.

La lutte contre Northvolt ne fait que commencer. Il reste encore 2 ans avant la mise en service de l’usine. Les marges de profits ne seront pas extravagantes. Les coûts en sécurité, en relations publiques, en gestion de crise commencent déjà à s’accumuler. Déjà, l’image de la compagnie est fortement entachée, et il y a fort à parier que les investisseur·euse·s déchantent. Il reste encore 2 ans pour lutter et l’ennemi est vulnérable. On entre encore sur le terrain comme dans une passoire: on ne peut pas protéger plus d’un kilomètre carré avec quelques clôtures rouillées ainsi qu’un garde de sécu immobile qui joue à 2048 et qui fait dodo dans son auto. Les sous-traitant·e·s risquent de reconsidérer leurs relations étant donné les dangers encourus. Il ne faut pas les laisser aller. Le site de Northvolt avait été saccagé pour l’usine de CIL, mais la nature a repris ses droits. Continuons le combat jusqu’à ce que la vie revienne.

Sabotage sur le terrain de Northvolt : donner des armes à la forêt

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Jan 222024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Un des derniers milieux naturels de la Montéregie est mis en péril ! La construction planifiée de l’usine de batteries Northvolt à Saint-Basile-le-Grand est un affront écocidaire. Si ce projet a lieu, 1,4 kilomètres carrés de milieux humides et de zones boisées vont être rasés, servant la stratégie de greenwashing de nos gouvernements, et ce, en puisant à même les fonds publics.

La zone abrite une faune diversifiée (chauves-souris, oiseaux, amphibiens, tortues, serpents, etc.) parmi laquelle on compte plusieurs espèces classées comme « menacées » ou « en voie de disparition ». On dénombre même 142 espèces d’oiseaux qui fréquentent le site ! Alors qu’au même moment, les sociétés de transports en commun subissent une vague de compressions budgétaires, le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral préfèrent donner 7,3 milliards de dollars au secteur privé pour perpétuer la « culture de l’automobile ». Plutôt que de miser sur des solutions collectives plus écologiques et solidaires (trains, bus, autopartage) en ville comme en région, les gouvernements perpétuent notre dépendance à la voiture main dans la main avec les industries polluantes et les plus fortunés.

Le projet d’usine à Saint-Basile-le-Grand fait partie intégrante du « Projet Saint-Laurent », une stratégie de développement économique défendue par François Legault qui vise à transformer les basses-terres du Saint-Laurent en une sorte de Silicon Valley québécoise misant sur des « zones d’innovations ». Northvolt s’inscrit donc dans une approche capitaliste de la transition écologique au même titre que d’autres projets dont celui du Littoral Est à Québec, le REM ou encore la plateforme de transbordement de Ray-Mont Logistiques contre laquelle se battent les citoyens de l’Est de Montréal. Sous le capitalisme, la transition énergétique, c’est-à-dire la sortie des hydrocarbures, signifie la multiplication des mines à ciel ouvert, notamment dans le Sud global, pour y extraire les métaux servant à fabriquer les batteries, la construction de nouveaux barrages hydroélectriques sur les terres de Premières Nations, l’implantation de méga-usines aux abords de nos cours d’eau sans compter l’ambition de nombreux pays d’accroître le nucléaire. Contre ces fausses solutions qui ravagent les écosystèmes, nous nous mobilisons. De plus, ce projet ne bénéficiera pas à la population et risque de produire un « effet boomtown ». L’arrivée soudaine de milliers de travailleurs en zone rurale va engendrer une pression sur le marché immobilier de même que sur les services de santé, d’éducation et d’aide sociale.

Nous avons pris l’initiative de nous opposer à ce déboisement en insérant des barres d’aciers et des clous dans les troncs des arbres qui sont menacés par la construction de l’usine. Tout en ayant un impact minimal sur la santé des arbres, ceux-ci posent un risque important pour la machinerie lourde. Les abatteuses actuellement employées sur le terrain seront sévèrement endommagées si leur tête entre en contact avec les objets métalliques au moment de la coupe*. Pour arrêter Northvolt, nous devons multiplier les tactiques et frapper là où ça fait mal : c’est-à-dire en causant un risque économique et de l’incertitude. Contrairement à ce qui prétend le ministre Fitzgibbon, nous n’avons pas croisé de « poissons à trois yeux », mais avons plutôt été accompagné·es du chant des oiseaux et avons pu marcher dans les innombrables chemins tracés par les bêtes qui habitent le boisé. ​​​​​Nous avons donné des armes à la forêt pour qu’elle puisse se défendre !

Le cloutage, ou « spiking », est une méthode d’action directe qui a fait ses preuves. Elle a été utilisée au début des années 1980 par Earth First ! pour empêcher l’abattage des séquoias dans le Pacific Northwest américain et a été popularisée par le livre « Ecodefense: A Field Guide to Monkeywrenching » écrit par Dave Foreman, l’un des fondateurs du groupe écologiste (l’ouvrage est disponible en ligne ici). La méthode a d’ailleurs été utilisée contre la coupe à blanc des forêts primaires de Clayoquot en Colombie-Britannique. Cette mobilisation a culminé à l’été 1993 avec l’acte de désobéissance civile le plus important de l’histoire du Canada avant les blocages de Fairy Creek en 2021 où la méthode a de nouveau été utilisée par les activistes. Au mois de mai de cette année, des activistes des Soulèvements de la Terre ont fait de même pour protéger les chênes de la forêt de Bord à l’est de Rouen en France.

Aujourd’hui, nous appelons à une mobilisation large contre le projet destructeur que constitue la méga-usine de Northvolt. Il faut s’en prendre à cette machine à broyer le vivant en visant ses points faibles. Sabotons l’équipement, bloquons les chantiers et harcelons les élus à la solde de l’industrie. Le mouvement écologiste doit redoubler d’ardeur.


*De même, lors de la coupe, si une tronçonneuse heurte un clou, celui-ci va abîmer ou briser la chaîne. Il faudra refaire l’affûtage, – perte de temps – voire changer toute la chaîne, puis reprendre l’abattage un peu plus haut pour ne pas heurter de nouveau le clou en espérant ne pas en rencontrer un second. La déforestation sera rendue d’autant plus pénible, coûteuse, et potentiellement dangereuse.

P. S : Nous ne sommes en aucun cas hostiles aux travailleur·euse·s : nous en avons contre ceux qui profitent de la destruction de nos milieux de vie et qui font passer le profit avant tout. En ce sens, la classe ouvrière est, au même titre que la terre, les animaux et les végétaux qui font prospérer le territoire, exploitée par notre système économique. Pour nous assurer que les personnes engagées pour raser la forêt soient bien conscientes des risques de l’opération, nous avons marqué les arbres cloutés d’un signe de S peinturé à l’aérosol en plus d’ajouter des affiches expliquant notre tactique. Nous espérons que les travailleur·euse·s sauront faire respecter leurs droits et se tiendront loin des arbres identifiés.

Une autre fin de ce monde est possible : La solidarité avec les peuples autochtones et le blocage des infrastructures extractives au Canada

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Sep 292023
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Traduction de Infokiosques, première parution décembre 2019

Sommaire

Une autre fin de ce monde est possible
Annexe 1 : Infrastructures de transport au Canada
Annexe 2 : Goulets d’étranglement des infrastructures vulnérables
Annexe 3 : Blocage Wildfire pendant la crise d’Oka
Annexe 4 : Blocages pendant la journée d’action Idle No More
Annexe 5 : Actions anarchistes de solidarité dans le sud de l’Ontario
Annexe 6 : Une sélection de communiqués repris de warriorup.noblogs.org
Annexe 7 : Les 20 pires goulets d’étranglements du trafic

Pour lire les 7 annexes télécharger le pdf de la brochure (page par page, livret).

« Les blocages peuvent non seulement « mettre le monde à l’arrêt », mais aussi ouvrir l’espace pour en construire un nouveau ou, dans le cas des peuples colonisés, un monde retrouvé. Nous pouvons nous référer à de nombreux blocages ou occupations autochtones des dernières décennies pour en trouver des exemples de pratiques cérémonielles, culinaires et d’autres pratiques de reproduction sociale qui incarnent de nouvelles façons de vivre, elles-mêmes issues de la résistance. De même, nous voyons dans la revitalisation de la culture guerrière qui s’exprime à Standing Rock et à d’autres moments de révolte autochtone une possibilité plus large d’une vie sans l’État ni capitalisme […] Nous le trouvons évident que les blocages sont une tactique cruciale dans notre guerre contre l’annihilation planétaire. [ ] Avec cet impératif tactique, nous appelons toutes les guerrières et révolutionnaires du monde entier à s’orienter immédiatement sur le blocage des infrastructures. Les collectifs doivent étudier le fonctionnement des infrastructures pour trouver les points d’étranglement les plus vulnérables et s’organiser en conséquence pour les bloquer de façon efficace. Ceux qui n’ont pas de camarades de combat peuvent encore contribuer au combat par des actes de sabotage en loup solitaire.

Disrupt the Flows : War Against DAPL and Planetary Annihilation

Une autre fin de ce monde est possible

Nous sommes plusieurs anarchistes colons [« settler anarchists »] dans le territoire dominé par le gouvernement canadien. Notre objectif en écrivant ce texte est de mettre en avant certaines considérations stratégiques pour des anarchistes qui voudraient contribuer à la défense des terres, ainsi que de rendre publique quelques recherches sur les vulnérabilités des infrastructures extractives canadiennes à cette fin. Nous espérons également que les communautés autochtones pourront utiliser ces recherches à leurs propres fins.

Nous comprenons que la tâche à accomplir dans notre coin du monde n’est rien de moins que la décolonisation du territoire dominé par le gouvernement canadien et l’économie capitaliste. Décoloniser ce territoire signifie nécessairement détruire sa gouvernance coloniale – un gouvernement qui dépend du génocide continu des peuples autochtones pour préserver sa souveraineté sur les terres qu’il a volées. Son système et le mode de vie qu’il apporte sont fondamentalement construits sur l’exploitation de la terre et de ceux qui l’habitent.

Ce n’est un secret pour personne que l’économie canadienne dépend fortement de l’exploitation des « ressources naturelles ». L’infrastructure de transport sur laquelle cette économie s’appuie pour acheminer ces ressources vers le marché, et leur donner de la valeur, est pratiquement indéfendable et ses goulots d’étranglement sont souvent proches des communautés autochtones – ce qui, comme nous le verrons, fait paniquer la contre-insurrection. Malheureusement, les anarchistes se sont rarement engagés avec le potentiel d’action et de solidarité que suppose cette situation de dépendance et de vulnérabilité. Nous pensons que nous ne pouvons pas limiter la défense de la terre à des parcelles de territoire à conserver, ou à des incursions de colons dans des territoires qui tombent sous un traité, car l’économie coloniale empoisonne le bassin versant et propage la dévastation au-delà de ces frontières coloniales. Renverser l’ensemble de l’économie coloniale est une tâche de très longue haleine, mais à moyen terme, nous voulons développer une capacité à bloquer et à détruire les infrastructures et les développements industriels, de la construction de pipelines aux opérations d’exploitation minière et de construction de barrages, en passant par tous les projets d’extraction auxquels les populations autochtones résistent. Lorsqu’il y a une capacité du mouvement, nos blocages peuvent devenir des communes ; des espaces qui mêlent défense et soins collectifs, débarrassés des lois et des logiques du capitalisme et du gouvernement.

Nous pensons qu’il est essentiel que les contributions anarchistes à la défense des terres évoluent vers des formes de résistance plus collectives qui bloquent les infrastructures, ainsi que vers l’établissement de relations face à face entre les communautés anarchistes et autochtones, mais ce texte se concentrera sur la plus petite échelle des groupes affinitaires dont les contributions peuvent se réaliser à court terme (tout en ayant un impact sur le moyen et le long terme), et ces contributions peuvent se réaliser même lorsqu’il n’y a pas de communauté en lutte contre un projet d’extraction particulier.

Il est important pour nous de réfléchir à la manière dont nous pouvons contribuer à court terme, car la plupart du temps, il n’y a pas d’escalade des tensions autour des luttes pour la défense des terres, et nous voulons agir dans le présent et nous préparer de manière adéquate pour le cas où cela se produirait. Tout d’abord, les contributions à court terme aideront à construire un imaginaire sur la façon dont l’économie extractive peut être combattue dans les moments où il n’y a pas de capacité du mouvement pour maintenir des occupations prolongées, dans le but que ces tactiques soient reprises plus largement dans les futures agitations sociales autour de l’extraction des ressources. De plus, des actions comme celles-ci peuvent avoir des impacts matériels significatifs sur les projets d’extraction dans le présent et avoir des conséquences réelles pour le projet génocidaire en cours du Canada. Enfin, elles peuvent démontrer aux communautés autochtones que les anarchistes prennent des risques contre des ennemis communs dans notre propre lutte. Nous pensons qu’il s’agit là d’une condition préalable à une puissante solidarité.

Alors que le Canada accélère la dévastation écologique, et que le réchauffement climatique rend les latitudes au nord de l’île de la Tortue stratégiquement et économiquement plus précieuses pour les gouvernements, les conflits entre le gouvernement canadien et les autochtones qui défendent le territoire deviendront encore plus fréquents. Les anarchistes doivent être prêts à contribuer à ces moments de manière significative et efficace, au-delà du symbolisme limité d’actions telles que la pose de banderoles et le bris de fenêtres, qui ont peu d’impact. Pour pouvoir intensifier notre solidarité, nous devons développer des pratiques dans le présent, ainsi que des relations de lutte entre les anarchistes et les communautés autochtones engagées dans la défense des terres. De telles relations seront essentielles pour aller au-delà de la solidarité en grande partie limitée qui s’exprime à travers les communiqués, ainsi que pour évaluer comment différentes formes de solidarité seront reçues par différentes communautés hétérogènes en lutte.

En 1990, pendant la crise d’Oka, lorsqu’un projet capitaliste sur un cimetière mohawk a provoqué un conflit armé avec le gouvernement canadien, le sabotage des pylônes à haute tension et les blocages durs des autoroutes et des chemins de fer se sont répandus comme une traînée de poudre. Cette menace d’insurrection autochtone est une considération primordiale dans le maintien de l’ordre contre toute action autochtone, car le gouvernement a vu comment de telles étincelles peuvent s’enflammer s’il n’avance pas prudemment, surtout lorsqu’il s’agit de revendications territoriales et de traités. Au cours d’une occupation de défense des terres à Caledonia en 2006, le commissaire de la Police Provinciale de l’Ontario (OPP) a expliqué qu’il avait agi en supposant qu’un faux pas de ses agents contre l’occupation aurait conduit à « une flambée [autochtone] dans tout le pays ». Pour désamorcer cette plus grande menace, l’OPP n’a pris aucune mesure directe contre elle (pour en savoir plus sur la façon dont la stratégie de contre-insurrection a évolué depuis Oka, voir From Oka to Caledonia : Assessing the Learning Curve in Intergovernmental Cooperation).

Ceux qui sabotent des infrastructures critiques, le développement capitaliste et la police qui les défend seront malheureusement toujours une minorité, mais si cette minorité dispose d’une base de soutien social, elle est beaucoup plus difficile à isoler ou à éradiquer. Les contributions de cette minorité peuvent avoir un impact contagieux lorsqu’elles inspirent les autres. Être une minorité active comporte le risque d’instrumentaliser les communautés avec lesquelles nous sommes solidaires, c’est pourquoi nous prenons soin de distinguer cette voie de celle de l’avant-garde :

« La différence essentielle entre une minorité influente et insurrectionnelle et une avant-garde ou un groupe populiste est que la première valorise ses principes et ses relations horizontales avec la société et tente de diffuser ses principes et modèles sans les posséder, alors qu’une avant-garde tente de les contrôler – que ce soit par la force, le charisme ou la dissimulation de ses véritables objectifs… La minorité influente travaille à travers la résonance, pas à travers le contrôle. Elle prend des risques pour créer des modèles inspirants et de nouvelles possibilités, et pour critiquer les mensonges opportuns. Elle ne jouit d’aucune supériorité intrinsèque et le fait de se replier sur cette hypothèse la conduira à l’isolement et à l’insignifiance. Si ses créations ou ses critiques n’inspirent pas les gens, elle n’aura aucune influence. Son but n’est pas de gagner des adeptes, mais de créer des dons sociaux que d’autres personnes peuvent utiliser librement.  »

 The Rose of Fire has Returned

Et dans le cas des infrastructures critiques dont la perturbation a un effet en cascade, les forces contre-insurrectionnelles l’ont bien compris : « …les dures leçons sur l’efficacité dévastatrice qu’une petite bande de rebelles déterminés et bien dirigés [sic] peut avoir.

 Douglas Bland

Il peut être utile d’examiner de plus près la façon dont ces ennemis pensent à l’insurrection autochtone au Canada. L’analyste militaire conservateur Douglas Bland prévient depuis longtemps que la vulnérabilité économique du Canada repose sur « l’infrastructure critique qui transporte les ressources naturelles et les produits manufacturés des mines, des champs pétrolifères, des installations hydroélectriques et des usines vers les marchés internationaux. » Sans ces systèmes critiques, prévient-il, « l’économie du Canada s’effondrerait ». Ses écrits mettent en garde les décideurs politiques contre la menace d’une insurrection autochtone au Canada, fondée sur la « théorie de la faisabilité »

[Feasibility Theory]. Dans la littérature contre-insurrectionnelle, la prévision de la probabilité d’une insurrection passe d’un modèle centré sur les motivations des insurgés à un modèle centré sur la faisabilité d’une insurrection dans un contexte donné. Les griefs qui motivent l’insurrection sont une constante qui ne peut être désamorcée dans un contexte de génocide colonial, ou de capitalisme d’ailleurs. C’est pourquoi les contre-insurgés étudient ce qui rend une insurrection faisable pour commencer, et proposent ensuite des politiques visant à éliminer ces conditions dans la mesure du possible.

« La théorie de la faisabilité » énumère cinq facteurs de la faisabilité d’une insurrection, qui, selon Bland, sont tous présents dans le contexte canadien, et dont le gouvernement canadien n’a qu’un certain degré de contrôle et seulement sur les trois premiers. Ces facteurs sont les suivants :

1) Fractionnement social – jargon pour l’oppression de classe et coloniale et la menace de la souveraineté autochtone. Le gouvernement cherche à y remédier par l’assimilation, le rachat des communautés qui résistent aux projets d’extraction, et l’instauration des structures telles que les conseils de bande [band councils] qui maintiennent le contrôle du gouvernement sur la population par le biais de visages autochtones travaillant pour les intérêts coloniaux.

2) Cohorte de guerriers – hommes jeunes et d’âge moyen susceptibles de devenir des guerriers. Bland néglige complètement la façon dont les femmes et les personnes bi-spirituelles contribuent à la résistance autochtone. Le gouvernement tente de réduire le « recrutement » de ces populations dans les mouvements de résistance par des programmes d’éducation et de formation visant à l’assimilation.

3) Garantie de sécurité – la perception de la capacité du gouvernement à réprimer et à sécuriser les infrastructures. Le gouvernement tente de minimiser la menace d’une garantie de sécurité inadéquate en finançant la formation de services de police dans les réserves. Comme nous l’avons vu avec les émeutes des colons de Chateauguay pendant l’affrontement d’Oka, cette fonction répressive peut également être exercée par la société des colons.

4 et 5) Exportations des ressources et topographie – « Le contrôle juridictionnel du territoire reste largement indéterminé et en question. L’infrastructure de transport et d’énergie du Canada – l’épine dorsale du commerce des ressources du pays – chevauche ou borde bon nombre de ces terres autochtones et contestées. Le développement, l’extraction et le commerce des ressources naturelles représentant 25 % du PIB canadien, la sécurité des infrastructures de transport et d’énergie est essentielle. Les infrastructures de transport et d’énergie du Canada sont très vulnérables : elles couvrent de vastes distances, ont une redondance limitée et de multiples points d’étranglement, et sont susceptibles d’avoir des effets en cascade si les perturbations sont durables ou généralisées. Sa vulnérabilité et le risque qui en résulte pour l’économie canadienne sont importants, et une perturbation soutenue aurait des effets catastrophiques en l’espace de quelques semaines. » La topographie et la dépendance à l’égard des exportations sont les deux facteurs déterminants impossibles à modifier. En fait, le Canada va probablement devenir encore plus dépendant de son économie d’exportation dans les années à venir.

Cela dit, nous n’avons pas besoin de la preuve de la faisabilité d’une insurrection autochtone par un universitaire blanc. Nous le voyons dans l’histoire consistante de la résistance autochtone au génocide depuis le premier contact, et récemment dans les révoltes à Oka, Ipperwash, Ts’Peten, Caledonia, Six Nations, Elsipogtog et à travers le territoire pendant Idle No More.

Les annexes qui suivent examinent plus en détail la vulnérabilité des infrastructures extractives. Nous espérons qu’elles seront utiles aux groupes affinitaires et aux communautés qui luttent contre l’économie extractive sur tout le territoire.

Pour lire les 7 annexes télécharger le pdf de la brochure (page par page, livret).

Compte-rendu du campement d’autodéfense populaire à Rouyn-Noranda

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Sep 042023
 

Du Campement d’autodéfense populaire à Rouyn-Noranda (Page Facebook)

Dimanche matin (le 27 août) nous avons mis fin à la première édition du campement d’autodéfense populaire à Rouyn-Noranda. Ça aura été une expérience enrichissante et épanouissante humainement et politiquement! On a créé de nouveaux liens en se mettant en action pour le bien-être collectif. Le combat continue, faisons fleurir la révolte! Cette lutte continuera jusqu à l’atteinte de nos objectifs de justice, d’égalité, de liberté. Nous levons le camp, mais nous sommes indéracinables et nous résistons à la destruction.

Les raisons de venir lutter à Rouyn-Noranda sont personnelles et diverses, mais le collectif qu’ensemble nous avons formé aura été impressionnant! Ça a été un immense privilège de converger vers un endroit pour exiger fermement de Glencore et des gouvernements la transparence et des mesures radicales afin de réduire les émissions toxiques qui nous empoisonnent à mort et déséquilibrent l’écosystème. Notre gratitude envers vous toutes et tous est immense! Nous nous reverrons!

Il y a eu beaucoup d’actions symboliques fortes, la grande manifestation aura entre autres été époustouflante, l’accueil du bus, décidé le matin en Assemblée Populaire aura allumé une certaine flamme collective sous la pluie, autant que le fût le fameux quiz contre Glencore. En soit, tout ça a été riche de sens. Un millier de personnes dans les rues de notre ville avec toute cette énergie nous a stimulé comme un nouveau grand souffle sur les braises de notre révolte, et toutes ces belles personnes qui ont fait cette longue route par solidarité ajoutent du combustible à notre colère que nous sauront mettre à bon escient!

Nous savons que nous avons formé des alliances nouvelles et que nous pouvons compter sur les forces et l’intelligence de nos camarades campeurs et campeuses pour continuer la lutte et agir avec force quand le moment sera venu.

Seuls deux événements ont assombri la fin de semaine: Les klaxons des pro-fonderie qui ont dérangé tout le quartier chaque nuit et un vol: deux policiers ont pris la bannière ACAB sur laquelle avaient œuvré trois filles de 13 ans avec tout leur cœur. Heureusement, nous avons l’acte sur film (que nous avons publié sur fb.) Les adolescentes se préparent à porter plainte.

La fin de semaine qu’on vient de partager s’insère dans une séquence d’escalade des moyens de pressions. Nous venons d’affirmer notre position. On refuse toute cette violence capitaliste. Nous continuons à construire notre rapport de force!

Pour terminer, on veut remercier encore toutes les personnes qui ont organisé le campement et la marche, les personnes qui ont accepté des tentes chez elles et tous les organismes et individu.e.s qui auront pris la peine de se déplacer, de Rouyn-Noranda, Montréal et ailleurs dans la province, merci infiniment à toutes et tous!

Campement d’autodéfense populaire à Rouyn-Noranda

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Juin 142023
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le campement d’autodéfense populaire à Rouyn-Noranda est une initiative communautaire née du refus de l’entente entre Glencore et le Gouvernement (15 ng dans 5 ans). La zone tampon, solution proposée par Glencore et différentes instances n’empêchera pas la diffusion de la fumée toxique sur l’ensemble du territoire.

Nous lançons un appel de solidarité et d’unité à toutes les personnes et tous les groupes, de tous les horizons, qui luttent pour protéger l’écosystème contre la machine capitaliste. Conjuguons nos luttes et notre révolte! Joignez les premières lignes du combat, au pied des cheminées de la Fonderie Horne Glencore, dont cinq de ses filiales québécoises sont parmi les 100 plus grands pollueurs de la province.

Vous pouvez visiter notre site et vous inscrire.

Récupération de terres paysannes en Colombie

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Mai 202023
 

Du Projet accompagnement solidarité Colombie (PASC)

Depuis deux ans, des paysan•nes qui habitent sur les rives du marais de la Zapatosa en Colombie participent à la récupération de 8000 hectares de terre. Leur but est de protéger les zones humides, d’améliorer leur vie et de construire une souveraineté alimentaire. Ce faisant, les paysan•nes s’opposent à des puissants intérêts qui ont accaparé ces terres pour l’agroindustrie d’huile de palme et l’élevage bovin et de bisons…

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Appel à la solidarité du mouvement Ekoni Aci ! Blocage au km 16 !

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Mai 132023
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Afin de faire respecter le moratoire des coupes forestières sur leur territoire, le Nitaskinan, des Atikamekw de Manawan installent présentement un nouveau blocage. Il est situé au km 16 sur le chemin de la Manawan, au nord de St-Michel-des-Saints. Les compagnies forestières ont été mises au courant qu’elles ne pourront pas revenir avec leur machinerie au dégel le 19 mai. Nous devrons être nombreux nombreuses pour s’assurer qu’elles respectent cette consigne. 

Il est possible de venir dès maintenant pour aider à installer le camp. Ceux et celles qui pourront se libérer, les moments les plus sensibles risquent d’être du 19 au 26 mai. Le barrage restera en place par la suite et la solidarité toujours nécessaire. 

Les Atikamekw de Wemontaci ont également besoin d’appui présentement, dans le coin de Renard au rat. La tension monte et les propos se font menaçant. 

Il est aussi possible d’envoyer des sous pour le matériel, la nourriture et les déplacements ici: https://gofund.me/5820583c