Juin 022020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Pour soutenir le soulèvement lié au meurtre de George Floyd par la police qui se répand dans toute l’Amérique, il faut le ramener chez nous. C’est précisément ce dont nous avons eu un aperçu dimanche à Montréal, lorsque pour la première fois depuis des années, la police a perdu le contrôle du centre-ville pendant une longue période.

Après la fin de la manifestation, une foule jeune et multiraciale a combattu la police devant le quartier général du SPVM, répliquant aux gaz lacrymogènes par des roches et des bouteilles. Les gens ont dressé des barricades et parti des feux pour ralentir les mouvements de la police. Dans les heures qui ont suivi, des centaines de manifestant.e.s ont continué à tenir la rue, tandis que des devantures de magasins volaient en éclats et qu’on réquisitionnait des marchandises de part et d’autre de Sainte-Catherine, notamment chez Birks, une bijouterie haut de gamme également attaquée au cocktail molotov.

On évitera de faire le compte-rendu détaillé de la soirée, pour répondre à une dynamique qui, selon nous, pourrait limiter notre capacité à résister et à avancer. Si la journée de dimanche a prouvé qu’un large éventail de personnes sont prêtes à se battre contre un système fondé sur le génocide et la violence permanente de la domination racialisée, il y a eu des voix parmi les plus fortes pendant et après l’action dans les rues pour s’accrocher à la manifestation pacifique comme seule forme légitime de résistance.

S’appuyant sur des rumeurs et de fausses informations, l’idée qu’il s’agit d'”agitateurs extérieurs” blancs provient de la propagande de la suprématie blanche et annihile l’agentivité des Noirs qui résistent courageusement à l’oppression par tous les moyens nécessaires. C’est un récit qui vise à diviser les mouvements et à délégitimer notre colère et notre détermination communes. Comme l’a écrit récemment un groupe d’anarchistes racisé.e.s aux États-Unis :

Les dirigeants autoproclamés ont essayé d’insinuer que ceux qui souhaitaient entrer en conflit avec la police après le meurtre de George Floyd à Minneapolis étaient “des Blancs [qui] n’avaient pas le droit d’utiliser la douleur des Noirs pour justifier leurs fantasmes d’émeute”. Comme si le vrai fantasme blanc n’était pas que des gens de couleur contrôlent leur propre comportement afin de sauver la société suprémaciste blanche de la destruction. C’est une vieille ruse qu’il faut encore une fois mettre en lumière.

Face à ces récits qui permettent à la police de garder plus facilement le contrôle et de continuer à tuer, n’hésitons pas à dire clairement que ce ne sont pas des critères de légalité ou de respectabilité sociale qui détermineront nos moyens de lutte.

Il est légitime de s’attaquer à la police, cette institution conçue et dédiée à la suppression violente de la liberté des Noirs, au vol des terres autochtones et à la défense de ceux qui s’enrichissent en nous exploitant. En agissant ainsi, et en acquérant la confiance et la capacité tactique de gagner de l’espace et du temps, nous montrons que nous n’avons pas besoin d’accepter leur emprise sur nos vies.

Il est légitime de barricader les rues et d’allumer des feux – de transformer un environnement urbain construit pour le maintien de l’ordre en quelque chose qui pourrait nous donner une chance de succès.

Il est légitime de piller les magasins, parce que tout le monde devrait avoir de belles choses, et un monde qui privilégie la propriété commerciale à la vie des Noirs continue de mettre des gens comme George Floyd et Regis Korchinski-Paquet en grave danger de mort prématurée.

Ces éléments devraient constituer le point de départ de toutes les conversations sur la manière de s’engager dans une diversité de tactiques dans les rues, conversations qui doivent également aborder les effets de nos actions sur celles et ceux avec qui nous partageons les rues, la manière de se protéger les un.e.s les autres, et l’objectif de développer une capacité de conflit en comprenant que nous ne sommes pas tou.te.s confronté.e.s au même niveau de risque.

Nombre de ceux qui surveillent les actions des autres manifestant.e.s vont jusqu’à les photographier ou les filmer en train d’attaquer la police ou des biens matériels, puis publient ces informations sur Internet pour tenter d’identifier et de remettre davantage de gens entre les mains de la police. Pour résister à cette tendance, nous voulons rappeler à toutes les personnes présentes d’intervenir directement si vous voyez du monde filmer pendant les émeutes ; dites-leur d’arrêter et, si nécessaire, empêchez-les de le faire. Et aux courageux.ses qui brisent des vitres et allument des incendies, rappelez-vous mutuellement de garder vos visages couverts.

Il y a une véritable insurrection en cours au sud de la frontière. Si le caractère unique de l’héritage sanglant du racisme aux États-Unis donne à la rage qui y bouillonne un certain ancrage géographique, l’antagonisme envers la police est indéniablement universel, et le racisme anti-Noirs est profondément ancré dans l’histoire du Québec et du Canada. Allons-nous faire face à ce moment historique pour trouver des moyens significatifs de nous engager et de propager la révolte, ou nous réduirons-nous à des manifestations scénarisées de “solidarité” superficielle ? Le temps est venu de ramener le soulèvement chez nous.