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Juin 212012
 

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DU PACIFISME…
Retour sur quelques idées recues

«Le pacifisme ça marche»
Les luttes pacifiques de Gandhi ou Luther King s’inscrivaient à l’intérieur de contextes où des actions plus radicales s’effectuaient et sans lesquelles rien n’aurait abouti. Quant à la prétendue ‘Révolution Tranquille’ du Québec, elle n’était pas tranquille du tout: c’est le pouvoir qui voudrait qu’on pense que le Québec progressiste est fondé sur une culture du changement social sans violence.

«La ministre négociera quand la paix sociale sera rétablie, lorsqu’elle trouvera des interlocuteurs sérieux, de bons élèves respectueux de l’État de droit et qui obéissent aux lois»
La ministre ne négocie pas par choix mais parce qu’elle le doit, parce qu’un rapport de force l’y oblige, parce que nous persistons dans la lutte. Ses appels au calme trahissent simplement le fait que la situation est devenue, pour l’État, intenable. Il n’y a pas de paix sociale à rétablir, ni à maintenir, pas d’État pacifique lorsque la légitimité de ses décisions est remise en question. Notre mobilisation en est la preuve: nous répondons à une attaque à l’éducation, l’État nous envoie ses chiens de garde.

«L’opinion publique est le nerf de la guerre: l’objectif est de gagner à notre cause ‘les gens à la maison’, par l’entremise de médias neutres, pour faire flancher le gouvernement sous le poids des sondages. Pour cela, nous devons multiplier les actions créatives, considérer la manif parfaite comme celle où il ne se passe rien – et espérer que les médias en parlent.»
Mais voyez-vous le gouvernement flancher devant l’opposition générale aux gaz de schiste, au Plan Nord? Croyez-vous encore que Charest et ses ministres oeuvrent dans l’intérêt de la population plutôt que dans le sien et celui de ses « amis »? Quant aux médias, ce serait être naïf de croire qu’ils sont neutres et qu’ils cherchent avant tout à relayer fidèlement « notre message ». Il n’en restera toujours que ce qui, une fois traversé le filtre du bête sens commun, pourra aussi servir leurs objectifs de profit et de contrôle social. Et on voudrait remettre notre « victoire » entre leurs mains?

«Être gentil devant les flics « ça marche »: faire des signes de peace, scander « S’il vous plaît, tassez-vous » à une ligne anti-émeute, leur dire bravo merci bonne nuit après la manif’, s’habiller en blanc-pacifiste et s’asseoir par terre pour pas être arrêté quand les boeufs nous rentrent dedans.»
Les dernières semaines nous ont rappelé que face à la foule, la police frappe sans discrimination: lorsqu’elle le décide, elle matraque, gaze et judiciarise sans égard à la soumission des personnes qu’elle rencontre sur son chemin. Si par chance le fait de s’asseoir par terre, se vêtir de blanc ou émettre des bouuu devant les bureaux des Forces armées canadiennes aux vitres éclatées permet au pacifiste de sauver sa propre peau, elle mettra surtout en danger ceux qui ne suivront pas son geste, que ce soit par conviction ou non.

«Si les flics interviennent, c’est la faute aux casseurs professionnels qui infiltrent les manifs»
D’abord, on ne gagne pas sa vie à faire partie d’un Black Bloc: il ne s’agit pas d’une profession, ni même d’un passé temps rigolo, mais bien d’une tactique qui s’accompagne d’une pensée politique. Ces « casseurs » sont bien souvent, d’ailleurs, des étudiants, des étudiantes, avec qui vous partagez cours, jobs de merde, etc. Quoi qu’il en soit, qu’on soit d’accord ou non avec leurs actions, la police trouve toujours des raisons pour intervenir lorsqu’elle le souhaite, du moment où on représente une menace pour le projet politique auquel on s’oppose ou pour l’ordre normal des choses.

On ne dit pas que la seule bonne stratégie c’est de péter des vitres. Mais on avance que le pacifisme qui se manifeste généralement en ce moment représente surtout une posture morale superficielle et confortable. Elle n’est rien d’autre que la stratégie que le gouvernement désire qu’on adopte, pour bien que le mouvement se pacifie, se divise, se rende lui-même inopérant et contrôlable, cesse de représenter une menace réelle et se perde dans les marasmes de l’image, inoffensive.

Les Paci-Flics
Veux-tu vraiment être…
le Stool de la Classe?

Il faut être naïfs pour ne pas se rendre compte de la stratégie ridiculement simple du gouvernement, celle de « diviser pour mieux régner », et céder à l’appel de l’Etat: « manifestants « pacifiques », super-citoyens, faites preuve de civisme, dénoncez-vous entre vous! »

Ces derniers jours, on a vu des prétenduEs « pacifistes » tabasser une fille qui aurait brisé une vitre du bureau des forces armées, prendre des « casseurs » en photo pour les publier sur Facebook, ou carrément les livrer aux flics.

Au nom de quel principe de non-violence frappe-t-on quelqu’un qui ne casse qu’une vitre, le livre-t-on à la police au risque non seulement de créer un climat de méfiance généralisée, mais, très concrètement, de mettre des camarades en cage?

Il faut prendre conscience que les arrestations mènent à la judiciarisation, qu’elles ont des conséquences désastreuses sur la vie des personnes que vous sacrifiez sur l’autel de votre bonne conscience.

C’est déjà assez navrant de voir une foule de milliers de personnes rester impassible devant l’arrestation de camarades, veut-on vraiment passer de la passivité à la collaboration pure et simple?

Des flics infiltrés, y’en a déjà pleins nos manifs on a pas besoin de venir grossir leurs rangs!

C’est une posture valable de simplement faire partie de la foule qui protégé les camarades. Les pacifistes sont pas-si-flics quand ils sont pas collabos.

Ne tombez pas dans le panneau, ne jouez pas le jeu de l’État, y’a moyen d’être pacifiste sans être paci-flic!