Le 3 mars, The Tyee, un média indépendant basé en Colombie-Britannique, publiait un article de la journaliste Rachel Gilmore démontrant que les activistes du Frontenac Active Club (FAC) se sont régulièrement entraînés dans un gym de Saint-Léonard, Alpha Athletika, à l’invitation d’un ex-olympien, Giulio Zardo, qui y était employé comme coach.
Nous nous réjouissons de la parution de cet article et remercions Rachel pour son travail, en espérant que d’autres journalistes prennent enfin ces sujets au sérieux.
Les administrateurs du gym ont assuré Rachel Gilmore qu’ils n’étaient pas du tout au courant de cette situation, que les séances d’entraînement du FAC (documentés sur la chaîne Telegram du groupuscule) se sont déroulées en dehors des heures régulières d’ouverture, et qu’ils ont congédié Giulio Zardo sur-le-champ lorsqu’ils en ont été informés. Nous n’avons aucune raison de douter de leur bonne foi.
L’article démontre de manière convaincante que Zardo lui-même a participé à ces entraînements et posé pour les photos de propagande du groupe suprémaciste blanc. Nous avions déjà mentionné Giulio Zardo dans un article de 2021 sur les révélations que nous avait faites un sketchbag de l’entourage d’Atalante Québec, mais n’avions jamais trouvé de preuves concluantes de sa participation active au milieu néofasciste québécois. C’est maintenant chose faite.
Giulio Zardo s’entraîne au Alpha Athletika de Saint-Léonard, où il était embauché comme coach jusqu’au 3 mars 2026. Dans la photo de droite, on aperçoit Shawn Beauvais MacDonald, le leader de facto du Frontenac Active Club. Photo tirée de l’article du Tyee.Rachel Gilmore et Elizabeth Simons (Canadian Anti-Hate Network) ont identifié Giulio Zardo sur les photos de propagande publiées sur la chaîne Telegram du Frontenac Active Club. Photo tirée de l’article du Tyee.Giulio Zardo identifié sur les photos de propagande publiées sur la chaîne Telegram du Frontenac Active Club. Photo tirée de l’article du Tyee.
L’article du Tyee omet cependant un certain nombre d’éléments d’information que nous jugeons bon de mentionner.
D’abord, il faut relever qu’en plus de Shawn Beauvais MacDonald, qui remplit maintenant le rôle de leader du groupe, un autre membre du FAC s’est affiché à visage découvert au cours de la dernière année (aussi récemment qu’en décembre 2025), soit Raphaël Dinucci. On a pu croire qu’il s’était un peu retiré de ce petit milieu, puisque sa blonde attendait un bébé et a vraisemblablement accouché en décembre dernier, mais il semblerait qu’il a la tête vraiment dure et n’apprend pas sa leçon.
Photo de groupe du Frontenac Active Club avec des complices et sympathisants de l’extérieur, prise au gym Alpha Athletika de Saint-Léonard, et affichée sur la chaîne Telegram du groupuscule le 31 décembre 2025. À gauche, à visage découvert, Raphaël Dinucci, de Laval.Photo affichée sur la chaîne Telegram du Frontenac Active club le 22 août 2025. Raphaël Dinucci est debout à gauche, derrière, à visage découvert. Notez le salut nazi à droite.
Dans le même ordre d’idée, on a reconnu sur d’autres photos du groupe Martin Brouillette, que nous nommions déjà dans notre article d’août 2024 sur le FAC. Le jour même de la parution de cet article, Brouillette nous avait écrit pour nous demander d’en retirer son adresse civique « pour la sécurité de [ses] jeunes enfants », et « Que voudriez-vous pour? ».
Premièrement, ses enfants n’ont rien à craindre, mais surtout, la sécurité de ses enfants ne lui tient visiblement pas assez à cœur pour qu’il rompe ses liens définitivement avec les néonazis, puisqu’il s’affiche ouvertement encore à ce jour comme sympathisant des Active Clubs sur sa page Facebook, et posait encore (à visage brouillé) sur les photos de propagande du FAC en octobre 2024 (deux mois après la publication de notre article).
À ce jour, l’illustration de couverture de la page Facebook de Martin Brouillette représente une mêlée, avec le nom Active Club.Photo de groupe du Frontenac Active Club prise au gym Alpha Athletika de Saint-Léonard et affichée sur la chaîne Telegram du groupuscule en octobre 2024. Martin Brouillette est encadré.Martin Brouillette se fait des moues dans la glace. Notez qu’il porte le même t-shirt que sur la photo précédente.Martin Brouillette, encadré, est reconnaissable à sa manche de tatouage charactéristique. Ici lors d’une séance d’entraînement avec les membres et complices du Frontenac Active Club (dont Alex Vriend, chauve) au gym Alpha Athletika de Saint-Léonard, probablement sous la supervision de Giulio Zardo (hors cadre).
Quant à Shawn Beauvais MacDonald, nous ne savons toujours pas si l’administration des gyms Nautilus Plus de LaSalle et du Plateau Mont-Royal ont finalement pris la décision de le bannir de leurs installations…
Le leader du Frontenac Active Club, Shawn Beauvais MacDonald se prend en photo au Nautilus Plus de LaSalle aroborant un t-shirt à l’effigie d’Adolf Hitler, à l’occasion de l’anniversaire de celui-ci,De nombreuses démarches ont été entreprises auprès de l’administraion des gyms Nautilus Plus pour l’alerter du fait qu’un néonazi notoire se sert de ses installations et ose même s’y afficher avec des symboles nazis.
Finalement, pour ceux qui douteraient encore du caractère néonazi de ce projet, nous reproduisons ci-dessous deux exemples de publications sur la chaîne Telegram du FAC, manifestement administrée par Beauvais MacDonald. Nous pourrions en montrer des douzaines du même genre, relayées de chaînes aux noms aussi explicites que « Waffen SS Québec »…
Publication affichée sur la chaîne Telegram du Frontenac Active Club en septembre 2025; il s’agit d’une photo et d’une citation de Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande du parti nazi.
Publication de la chaîne Waffen SS Québec sur Telegram, relayée par le Frontenac Active Club.
La bourgeoisie libérale a ce don de voir les « opportunités d’affaires » dans toutes les crises. Les gouvernements Trudeau et Legault l’avaient bien compris à la suite des grandes manifestations pour la justice climatique de 2019. Dans ce contexte de prise de conscience générale face à la crise climatique, la « transition verte » était au cœur de la stratégie économique et de la « réindustrialisation » du Canada. La superpuissance énergétique et minière qu’est le Canada a décidé d’investir des milliards dans la transition énergétique et notamment dans la filière batterie. Celle-ci allait permettre à la fois un boom minier autour des minéraux critiques et stratégiques, mais aussi un essor industriel majeur dans les industries aérospatiale et automobile. Pour la bourgeoisie:
« Y’avait de l’avenir dans la crise climatique ! »
La réélection de Trump et son arrivée au pouvoir en 2025 ont changé les plans de la bourgeoisie canadienne. La guerre commerciale entamée par Trump a fragilisé l’économie du pays. Toutefois, deux de ses décisions ont complètement chamboulé la stratégie économique du Canada. L’abrogation de l’Inflation Reduction Act dès son arrivée au pouvoir, puis l’adoption du « One Big Beautiful Bill Act (OBBBA) » en juillet 2025, ont massivement coupé les subventions pour la transition énergétique et mis un frein à la filière batterie. Au cours de la même période, les annonces de faillite dans le secteur de la filière batterie se sont multipliées au Canada et l’industrie automobile a délaissé la transition vers l’électrique dans ses usines. En parallèle de ces changements, le sommet de l’OTAN qui s’est tenu à La Haye en juillet 2025 a rehaussé les objectifs de financement de la défense des membres de l’OTAN de 2 % à 5 %. C’est donc dans ce contexte de hausse des budgets militaires et de multiplication des guerres impérialistes et inter-impérialistes (Ukraine, Venezuela, Afghanistan, Iran, etc.) que le réalignement industriel et économique du Canada se fait. La bourgeoisie canadienne doit désormais se dire :
« Y’a de l’avenir dans la guerre ! »
L’arrivée au pouvoir de Carney au printemps 2025 et les différentes politiques de Trump citées plus tôt ont participé à une rupture dans la stratégie industrielle et économique du Canada. La présentation de la Stratégie industrielle de défense en février 2026 est la pierre angulaire de cette rupture avec pour mot d’ordre : la prospérité par la guerre. En effet, la Stratégie industrielle de défense vise à constituer d’ici 2035 un complexe militaro-industriel canadien dont la chaîne d’approvisionnement irait de l’extraction de ressources (minéraux critiques et stratégiques notamment) à la production industrielle d’armement, de véhicules militaires, de drones et de munitions, en passant par la recherche et le développement en IA et en sécurité numérique. La stratégie vise ainsi à aligner une grande partie des secteurs primaires et secondaires de l’économie canadienne vers la production pour le complexe militaro-industriel.
Cet alignement va être possible par un investissement majeur de 150 milliards $ par année dans le secteur de la défense d’ici 2035, investissement qui va doubler le pourcentage du budget de la défense dans le budget global du Canada et en faire la dépense la plus importante de l’État canadien, dépassant la santé et les pensions de vieillesse. Concrètement, ces investissements dans l’industrie de la mort vont entraîner un important mouvement d’austérité qui risque de fragiliser, au cours des dix prochaines années, ce qu’il reste de l’État social canadien. Déjà, dans le budget de l’automne dernier, d’importantes coupures ont été confirmées dans la fonction publique, dans les budgets ministériels, dans les programmes sociaux et les transferts aux provinces. Outre ces coupures systémiques, il est bon de noter que depuis son arrivée au pouvoir, les leviers du gouvernement fédéral pour soutenir la transition énergétique et le capitalisme vert (celui qui devait être l’eldorado de la bourgeoisie canadienne et dont Carney lui-même a été un architecte) ont été sabrés : que ce soit le financement pour les autos électriques ou la taxe carbone.
Pour ceux et celles qui sont inquiets de voir le gouvernement désinvestir dans la transition socio-écologique, ne vous en faites pas, Carney a déjà pensé au greenwashing du complexe militaro-industriel. En effet, les nouvelles bases construites dans le cadre de cette stratégie viseront la carboneutralité et le gouvernement va aussi investir pour développer des « carburants durables » pour l’aviation militaire canadienne. La tragique ironie dans ce discours est que la stratégie de défense, qui entraîne des reculs dans la lutte contre le changement climatique, est le produit des changements climatiques en Arctique, qui devient un territoire stratégique à défendre pour le Canada avec la fonte des glaces.
Il y a encore beaucoup à dire et nous allons parler longtemps de ce tournant dans l’économie et dans la politique canadienne. Les mouvements sociaux vont devoir, au-delà des appels à « l’union sacrée » et de la sidération produite par Trump, prendre acte du « nouveau monde » dans lequel on est entré. Il est essentiel de mettre en dialogue les luttes pour la justice climatique, pour la justice sociale et contre l’empire afin de développer une compréhension commune de l’État extractiviste, capitaliste et impérialiste canadien. Une nouvelle période s’ouvre au Canada pour la lutte contre l’extractivisme, l’empire et le capital. Nous devrons être à la hauteur de celle-ci et ne pas succomber aux sirènes de l’Union sacrée.
Commentaires fermés sur Revolutiontimes : nouveau site international pour la révolution
Fév092026
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Présentation du site revolutiontimes.world, un site d’élaboration collective pour la revolution
Nous sommes pour la révolution sans frontières, par une insurrection généralisée contre tous les États, contre le capital et la propriété, par l’abolition de la marchandise, de l’argent, du travail, de la famille… La création d’un monde nouveau libéré de l’exploitation et de l’oppression n’est pas séparable de la destruction de la société existante.
Au sein des soulèvements à travers le monde, des dynamiques autonomes posent concrètement dans leur pratiques la question de la révolution. Nous nous inscrivons dans cette visée. Nous sommes liés à une histoire, celle de la lutte de classe révolutionnaire.
Dans la période actuelle, notre classe lutte et se bat. Comment allez jusqu’à la révolution mondiale ?
Ce site est un outil pour tisser des liens, se rencontrer et participer, avec d’autres, à cet effort collectif mondial pour percer le brouillard du présent.
Pour cela, nous voulons :
Rendre compte des soulèvements en cours.
Œuvrer à un imaginaire collectif autour de la révolution et sa victoire.
Promouvoir les luttes réelles de notre classe dans la vie quotidienne.
Vous y trouverez des textes écrits collectivement par l’équipe éditoriale. Un petit texte intitulé « que voulons nous » présente un certain nombre de tâches que le collectif de ce site souhaite porter, bien au-delà de lui-même.
Vous trouverez egalement ce qui constitue le socle commun de nos positions politiques, notre rapport aux luttes et leurs dynamiques, une analyse de la période ainsi qu’une tentative de carte mondiale des soulèvements et une liste de questions que nous souhaitons partager avec les camarades en lutte à travers le monde. D’autres textes suivront.
Nous avons fait le choix d’un processus d’écriture collectif, ce qui prend du temps. Nous ferons un effort particulier pour traduire les textes dans le plus de langues possibles, cela nous semble indispensable dans une démarche internationaliste. Toute aide à ce propos sera d’ailleurs la bienvenue.
Commentaires fermés sur Publication de la Base de données d’infiltré·e·s
Jan172026
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Le No Trace Project a publié un nouvel outil : la Base de données d’infiltré·e·s, une base de données de cas d’infiltré·e·s à long terme employé·e·s par les autorités au 21ème siècle. Elle couvre actuellement 74 cas dans 12 pays, dont 5 cas au Canada. Le but de la base de données est d’aider anarchistes et autres rebelles à mieux comprendre comment les infiltré·e·s opèrent. Pour chaque cas nous fournissons une rapide description, des sources pour en apprendre plus, ainsi que le nom et des photos de l’infiltré·e, si disponibles. Accédez à la base de données :
Nous comptons mettre à jour la base de données à l’avenir. Si vous connaissez un cas qui manque et qui remplit nos critères d’inclusion, n’hésitez pas à nous prévenir. Nos critères d’inclusion sont ici :
Partout où l’on pose le regard, les forces de la domination tentent ardemment de maintenir nos mondes sous l’Étoile de la mort autoritaire. En cette nouvelle ère de nationalismes concurrents, l’état canadien réorganise sa guerre contre la terre et ceux qui vivent en relation avec elle, menaçant d’imposer encore plus de mines et de pipelines d’un océan à l’autre. Ses plans convergent vers une expansion agressive du secteur militaire. Les technologies de surveillance massive par l’intelligence artificielle augmentent la puissance policière qui s’abat déjà en toute impunité. Grands patrons et politiciens — partenaires volontaires du génocide — s’attendent à nous voir baisser les yeux, tandis qu’ils se promènent tranquillement dans la rue, celleux qui agissent étant battu.es ou emprisonné.es pour leur affront. Les frontières se durcissent et le fascisme rampant avance.
L’escalade de leurs efforts est nécessaire afin de réprimer l’idée d’une vie totalement différente, qui revêt une infinité de formes à travers les mondes que l’on habite et qui résiste à l’emprise du pouvoir. On préssent son éclat dans le refus et la résistance comme dans les moments où l’on crée et prend soin. Elle propulse d’innombrables formations brillantes et florissantes, jamais contraintes à l’orbite d’une seule étoile. Cette idée nait et vit par nos rassemblements, est aiguisée par les propositions débattues au-delà des dogmes, partagée à travers nos récits et partages de savoir-faire, exaltée dans l’espace et le temps volés à ceux qui détruisent nos mondes, ravivée par nos rencontres et conspirations.
Et donc, nous vous invitons cher.es voyageur.euses de la galaxie anarchiste à nous rejoindre pour la 3e édition de Constellation. Le festival montréalais de l’anarchie sera de retour du 14 au 20 mai 2026, pour une semaine entière d’extravagance partout en ville, de livres, de zines, de savoir-faire, d’art, de musique et bien plus encore! Venez prendre part à notre expérience décentralisée durant laquelle les participant.es aident à donner le ton, créer le contenu et à lier ensemble théorie et pratique à travers divers espaces et par mille et une formules.
Une fois encore, nous accueillons deux évènements au CÉDA (2515 rue Delisle) et espérons en voir de nombreux autres organisés par VOUS! Restez à l’affut du prochain lancement du calendrier en ligne, via lequel vous serez en mesure de soumettre vos propositions d’évènements pour Constellation 2026.
Samedi 16 mai: Salon du livre Anarchiste
Le Salondu livre Anarchiste est de retour avec des tables à l’extérieur et l’intérieur du bâtiment. Vous y trouverez rassemblés : des livres, des zines, des pamphlets, de l’art et du contenu anarchiste sous toutes ses formes. Plusieurs salles du CÉDA et différents espaces du parc Vinet accueilleront des lancements de livres, des groupes de lectures, des projections de films et d’autres activités tout au long de la journée.
Dimanche 17 mai: Skill Faire Anarchiste
Dimanche, le CÉDA se transformera en Skill Faire chaotique et étalé — une sorte de foire des sciences version anarchiste, remplie de grandes affiches informatives ou le “TOUCHEZ SVP” est la norme. Des tables et des stations mettront de l’avant des connaissances pratiques en tout genre, invitant à essayer, à questionner et à repartir mieux outillé.es. Il y aura aussi des salles réservées pour des partages de skills approfondis nécessitant plus de temps, de concentration ou d’équipement spécialisé.
Espace des enfants
Un espace pour les enfants offrira à nouveau un service de garde et des activités pour enfants de façon à rendre le festival plus accessible aux parents, aidant.es et jeunes. Cette année, l’aide est plus que bienvenue afin d’organiser des ateliers et des partages de skills d’avantages orientés vers les participant.es plus jeunes, merci de nous contacter si cette idée vous inspire.
S’impliquer
Nous ouvrirons un portail en ligne pour les soumissions permettant de réserver une table et d’appliquer pour l’organisation d’ateliers. Consultez le site constellationmtl.net ou nos réseaux sociaux pour davantage d’informations à venir bientôt. Pour tout commentaire ou question, rejoignez-nous au info@constellationmtl.net ou sur Signal (@constellation.2026).
Commentaires fermés sur Contre l’agression militaire des Yankees en territoire vénézuélien
Jan142026
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Au nom du Collectif Estamos Aquí, nous dénonçons fermement l’agression militaire perpétrée par le gouvernement des États-Unis contre la souveraineté et l’autodétermination du peuple vénézuélien. Cette attaque n’est ni une « erreur », ni un « dérapage », ni un acte isolé : elle constitue une expression directe et assumée de l’impérialisme, du fascisme d’État et de la logique de guerre permanente par laquelle les puissances dominantes cherchent à soumettre les peuples qui refusent de se plier à leurs intérêts.
L’État yankee, aujourd’hui dirigé par Donald Trump, agit comme une véritable machine de mort, au service du pillage systématique et du contrôle économique, politique et territorial. Son objectif est limpide : dominer, dépouiller et exploiter, en ciblant particulierement les ressources naturelles — comme le pétrole — sans jamais tenir compte du coût humain, social et écologique. Il ne s’agit ni de défense, ni de liberté, ni de démocratie. Il s’agit de violence organisée, planifiée et légitimée par un discours hypocrite de sécurité et d’ordre international. Comme dans toutes les guerres menées par les États et les empires, ce sont les peuples qui paient le prix le plus lourd.
Les incursions militaires, les menaces armées, le blocus économique et les sanctions constituent des armes de guerre qui aggravent la misère, détruisent les conditions de vie, brisent des communautés entières et renforcent un ordre mondial fondé sur l’oppression, le racisme et le pillage. Cette agression contre le Venezuela s’inscrit dans une longue histoire d’interventions impérialistes en Amérique latine et dans l’hémisphère sud global, une histoire marquée par le sang, l’accaparement des terres et la négation des peuples. Aujourd’hui, le peuple palestinien subit cette même logique coloniale et génocidaire.
Nos peuples mayas, comme tant d’autres peuples autochtones, continuent eux aussi de vivre sous un régime de dépossession continue de militarisation et de spoliation de leurs territoires. Les frontières changent, les discours se renouvellent, mais la violence impériale demeure. Nous rejetons toute forme d’intervention militaire, politique ou économique, quel que soit le gouvernement qui la mène ou le drapeau qu’elle brandit. Nous ne croyons ni aux armées, ni aux frontières imposées, ni aux États qui se maintiennent par la mort, la peur et la domination des peuples. Nous affirmons notre solidarité totale avec le peuple vénézuélien et avec tous les peuples du monde qui résistent à l’impérialisme, au colonialisme et à toutes les formes de domination. Nous ne voulons ni de leur politique de guerre, ni de leur économie de mort.
Dehors l’impérialisme du Venezuela et de tous nos territoires. Ni État ni empire : Nos peuples sont en résistance, organisés et solidaires.
Commentaires fermés sur Des psychiatres patrouillent
Jan122026
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Les liens entre la psychiatrie et la police ne datent pas d’hier. Que des étudiant.es en psychiatrie embarquent avec des patrouilles du SPVM fait sens puisque la prison, les universités et les hôpitaux sont réfléchis de la même façon et servent les mêmes objectifs – de contenir la marginalité et de contrôler celleux qui n’entrent pas dans les codes de conduite imposés et produits par ces mêmes institutions (Surveiller et punir, Foucault 1975).
Nous accompagnons des personnes marginalisées au quotidien. Nous écoutons leurs vécus et leurs expériences. Nous savons que pour les personnes marginalisées, la police n’est pas un synonyme de protection. Elle incarne le contrôle, l’intimidation et la violence. Des images, comme celle qu’on a vue circuler le 8 janvier dernier, à Berri-UQAM, ne sont pas ce qu’on devrait qualifier de « dérapage » ou « d’exception ». Ce n’est pas non plus une question de « quelques pommes pourries » ou de « patrouilleurs qui manquent de formation ». Ces événements relèvent d’un problème beaucoup plus profond : un système qui existe pour opprimer.
Ces « agents de la paix » arrivent la plupart du temps déjà convaincus de leur supériorité morale et puis traitent ces personnes comme une nuisance à la loi et l’ordre. Mais comment peut-on adhérer à la loi et l’ordre alors qu’on vit dehors et qu’il n’y a pas d’issue à notre situation? La rue devient donc la seule option pour continuer d’exister et exister dans l’espace public c’est être dans un état de surveillance constante qui mène à être systématiquement chassé.
On parle ici de personnes pauvres, itinérantes, racisées, en détresse psychologique, 2SLGBTQIA+, en crise, vieilles, jeunes, diplômées ou pas. Des personnes qui devraient être soutenues, accompagnées et protégées. Leur existence est perçue comme étant un problème à gérer plutôt qu’une réalité à comprendre.
Et maintenant, on voudrait nous faire croire que d’envoyer de futurs psychiatres patrouiller dans les rues avec la police est une bonne idée.
Selon l’article de La Presse de Katia Gagnon, on décrit une autre tentative d’équipes mixtes du SPVM, c’est à dire qu’une profession en relation d’aide s’ajoute à une équipe de patrouille du corps policier afin d’accroître leur compréhension de la détresse des gens en grande précarité.
Les personnes en situation d’itinérance ne sont pas des terrains de stage. Elles ne sont pas là pour « susciter des vocations », pour former la relève médicale ou pour servir de laboratoire humain à des initiatives mal pensées. Y aura-t-il un espace dans les universités, dans le corps policier pour agir sur ces liens de causalité entre la criminalisation et la pauvreté? Que se passe-t-il après les observations? Des remises en question sur nos pratiques et sur nos services? Bien sûr que non.
Ce genre de projet renforce une idée dangereuse : que la police doit rester au centre des crises humaines et qu’elle a un rôle à jouer dans la résolution de celles-ci. Qu’on doit continuer d’appeler des gens armés pour répondre à la détresse et à la pauvreté alors que tout ce qu’on sait et qui est répété par les personnes premières concernées depuis toujours c’est que la police traumatise et aggrave leur situation.
Qu’est-ce que des psychiatres peuvent offrir dans des situations où l’État, en toute impunité, crée des scènes de violence et n’arrive pas à désamorcer une situation de détresse ? Vers qui ira notre solidarité lorsque les rapports académiques nous diront encore à quel point le travail policier est difficile et que les pauvres sont fous et font peur ? C’est ce discours qui doit changer et ce ne sont pas les universités ou la police qui produiront l’alternative.
Soyons clairs : on ne soigne pas la détresse sous escorte policière. On ne crée pas de lien de confiance quand la première chose que les gens voient est un uniforme, une arme et une autorité qui les a déjà traumatisés.
Quand appeler le 911, aller à l’urgence ou au CLSC devient un risque de se faire tabasser, insulter, traumatiser ou institutionnaliser, ce n’est pas un échec individuel, c’est un échec collectif. Quand quelqu’un préfère endurer une crise, une agression ou une urgence médicale plutôt que de croiser la police, c’est que les services d’urgence ont cessé d’être des services. Ils sont devenus des armes de répression contre les plus vulnérables.
Ce système ne dysfonctionne pas : il fonctionne exactement comme prévu. Il protège l’ordre, pas les personnes. Il défend la propriété, pas la dignité humaine. Il criminalise la pauvreté, la détresse et la survie.
Envoyer des psychiatres dans la rue avec des policiers ne fait pas partie de la solution. C’est une façon de se donner bonne conscience sans remettre en question la violence institutionnelle, le sous-financement chronique du communautaire, l’absence de logements sociaux et abordables et le choix politique clair de gérer la misère par la coercition.
Assez du silence. Assez de la complaisance, des enquêtes corrompues, des excuses vides et des réformes sans changements réels. Tant que la violence policière sera tolérée, minimisée ou justifiée, les services d’urgence continueront d’être une source de traumatismes qui ne fait qu’empirer la situation de plusieurs et d’accroître la précarité. Les équipes mixtes n’ont rien de révolutionnaire et n’ont rien à offrir quant aux réels besoins des personnes en détresse.
Commentaires fermés sur Appel aux contributions colloque Penser en Rupture: Fascisme et antifascisme dans le monde capitaliste contemporain
Jan122026
Soumission anonyme à MTL Contre-info
« Celui qui ne veut pas parler du capitalisme doit aussi se taire à propos du fascisme » Max Horkheimer
Raidissement autoritaire des gouvernements et de la sphère idéologique aux quatre coins du monde, dégradation autoritaire des démocraties libérales, crispation réactionnaire sur les identités et symboliques nationalistes et ethniques : cela touche désormais au lieu commun de constater la trajectoire fascisante dans laquelle le monde actuel est de plus en plus fermement engagé. Si le fascisme n’est pas encore installé ouvertement en régime, malgré des cas dangereusement limites tels que l’Inde et la Hongrie, c’est sa possibilité bien réelle qui se laisse partout pressentir et qui amplifie l’ambiance de catastrophe d’un monde capitaliste tardif nourri de crises et de destruction.
Et pourtant! La critique se trouve trop souvent désarmée pour dévoiler les causes structurelles d’un tel phénomène et ouvrir des perspectives politiques capables de réellement mettre à mal les racines du spectre fasciste. L’incapacité est encore plus grande quant au dévoilement d’un autre horizon pour ce monde, celui de l’émancipation révolutionnaire. Personnifications excessives du phénomène dans des individualités envisagées comme causes plutôt que symptômes, parallèles historiques rapides, voire paresseux, replis sur une simple posture de défense de la démocratie libérale, autant d’insuffisances qui posent la construction d’une position antifasciste ouvertement associée à un horizon révolutionnaire comme une tâche des plus vitales.
Par ailleurs, si nous devons accueillir favorablement les prises de position publiques sur ces enjeux, force est de constater qu’elles émergent majoritairement de positions d’énonciation rattachées aux institutions, notamment universitaires et médiatiques, ce qui n’est pas sans poser problème dans l’hypothèse d’une accélération de l’autoritarisme. Il faut dès maintenant développer les pensées autonomes et les modes d’organisation qu’elles impliquent.
Pour penser avec profondeur l’enjeu contemporain du fascisme, Penser en Rupture lance un appel à des contributions pour son premier colloque qui aura lieu à Montréal en mai 2026 sur cette question.
Nous invitons des groupes ou individus souhaitant contribuer à cet évènement à nous soumettre des propositions d’interventions qui pourront être présentées lors du colloque.
L’objectif de ce colloque est d’arrimer une rigueur théorique avec une radicalité révolutionnaire sans concession pour permettre l’énonciation et le débat entre positions approfondies qui assument d’êtres dérangeantes par rapport au cadre idéologique libéral encore dominant dans bien des espaces universitaires. C’est dans cet esprit de combinaison de rigueur et de subversivité que nous invitons à vous saisir de cet appel et à proposer une intervention à ce colloque ! Les dates plus exactes du Colloque en mai ainsi que les autres informations essentielles seront diffusées prochainement.
Inspirée par ce qui se fait ailleurs dans le monde, Penser en Rupture est une initiative soutenue par des militant·e·s révolutionnaires à Montréal pour stimuler et organiser une pratique révolutionnaire et autonome de la théorie. Le colloque sera l’occasion de réfléchir à des perspectives pour construire la vie théorique dont notre pratique et nos luttes ont besoin. Hors de l’ordre dominant, rapprochons l’horizon de l’émancipation.
Directives pour les contributions
Les contributions peuvent porter sur divers aspects de l’enjeu du fascisme, dont celles-ci : Comment envisager le lien entre le phénomène du fascisme et l’état contemporain du capitalisme ? Quelles nouveautés, quelles ruptures des fascismes contemporains par rapport aux fascismes historiques ? Comment le fascisme interagit avec le colonialisme ou le patriarcat ? Quels constats tirer de l’histoire et de l’actualité de la lutte contre le fascisme à l’échelle internationale ? Comment articuler concrètement dans une politique une position antifasciste et une perspective révolutionnaire pour éviter de se réduire à une simple défense d’un statu quo « libéral » ?
Engagement avec une perspective révolutionnaire de dépassement du capitalisme et rigueur dans la recherche sont les deux seules contraintes essentielles pour toute contribution.
Il est possible de soumettre une proposition de communication individuelle, un panel, une séance de présentation d’un groupe ou d’une initiative de celui-ci. Les communications individuelles seront d’une durée de 20 à 30 minutes environ, suivies d’un temps d’échange. Les panels et les contributions des groupes pourront être présentés dans une période d’une heure.
Autant des groupes que des individus, indépendamment de tout rapport à l’institution universitaire — étudiant·e·s de tous les cycles et de toutes les disciplines, militant·e·s professionnel·le·s, chercheur·euse·s autonomes et autres drop out du cauchemar technocratique où se replie désormais la prétention au savoir, sont invité·e·s à proposer des contributions.
Prenez note que les actes du colloque seront publiés au courant de l’été 2026, afin de pérenniser les contributions théoriques.
Enfin, le colloque étant également une occasion de sociabilisation, nous invitons les organisations et les camarades qui souhaiteraient tenir une table de diffusion ou proposer une contribution culturelle à nous contacter également.
Soumission des contributions et informations supplémentaires
Nous recevons des contributions à partir du 15 janvier 2026.
La date limite pour la soumission des contributions est le 15 mars 2026. À partir de cette date nous engagerons avec les personnes ou groupes ayant contribué pour établir les derniers préparatifs pour le colloque.
Les contributions ainsi que toute autre question reliée à cet appel et au colloque peuvent êtres envoyées via l’adresse courriel suivante: penserenrupture@riseup.net
L’assaut militaire de l’empire étasunien sur le Venezuela et l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro tôt dans la journée du samedi 3 janvier a choqué le monde entier et fait tomber le voile du droit international.
Les actions de Trump et du gouvernement américain rivalisent une fois de plus avec celles des plus grandes organisations criminelles, en toute impunité. C’est tout le continent américain qui se retrouve aujourd’hui menacé par ce même système impérialiste. Continuant à soulever les cartels et le narcotrafic, Trump menace de manière à peine voilée la Colombie, le Mexique et Cuba, demeurant bien aligné sur son plan de « restaurer la suprémacie américaine » en Amérique latine. Ne soyons pas dupes – ces excuses serviront également à durcir les politiques anti-migratoires et légitimer de futures interventions impérialistes.
C’est loin d’être la première incursion des états-unis dans les affaires d’un pays étranger. On ne compte plus le nombre de coups d’État aidés par la CIA dans l’ombre de complots sordides. Mais cette fois-ci, c’est une opération violente (qualifiée de spectaculaire et d’exemplaire dans les médias occidentaux) revendiquée publiquement et fièrement par l’homme dans la position la plus puissante du monde. Pas besoin de chercher trop loin dans le passé pour voir la voie militaire directement utilisée – comme en Irak, en Afghanistan ou au Nicaragua – pour faire tomber des régimes « qui ne votent pas du bon bord ». Ce n’est donc pas la première fois que les États-Unis agissent de la sorte et ne respectent absolument pas la souveraineté territoriale d’un pays. Ce n’est aussi pas un adon que l’extractivisme et le contrôle de ressources est bien souvent le coeur de l’invasion.
Pour les libéraux et les plus naïves, il s’agit d’un bris du protocole, d’une action qui outrepasse le cadre légal. Pour nous il s’agit de la continuité des politiques habituelles, qui aujourd’hui semblent inacceptables en raison de l’aspect sensationnel du niveau d’ingérence et d’interventionnisme assumé. Mais la violence des dominants est toujours présente, même quand le cadre légal est respecté. En fait la seule raison pourquoi ce cadre est respecté, c’est parce qu’il va dans le sens des intérêts des dominants. Dès le moment où la légalité va à l’encontre de leurs intérêts, ils n’hésitent pas à foutre les chartes et les conventions aux poubelles. Ils l’ont toujours fait et continueront à le faire.
Ce qui est vraiment nouveau avec cette agression, c’est plutôt la grosseur éhontée du mensonge qui a été utilisé comme prétexte. On est loin des mois de préparations qu’a nécessité le scandale du Lusitania pour préparer l’entrée en guerre en 1915, et très très loin des « armes de destruction massives » utilisées par l’administration bush pour envahir l’Irak en 2003. À l’époque on utilise quand même un semblant de légitimité démocratique, on envoie des faux témoins dans des commissions de l’ONU, on fait pleurer un secrétaire d’État qui avouera ensuite que rien n’était vrai dans toute cette supercherie. Mais au moins on essayait de faire semblant. Aujourd’hui, Trump peut simplement déclarer dans un discours décousu plus proche de la divagation sénile que du pep talk politique: « drugs & rape », le répéter assez de fois et tout le parquet des journalistes vendus applaudissent, comme la classe politique du canada qui, tels des larbins effrayés, répondent que « oui, maduro c’était un pas fin ».
Alors que la propagande étatique martèle les raisons bidons de l’intervention, elle ne cache même plus l’autre raison, la vraie, celle qui de toute façon crève les yeux d’évidence: les états-unis veulent piller une des plus grandes réserves de pétrole au monde. Le mensonge est tellement incrusté dans tout l’appareil médiatique au service des dominants qu’ils ne prennent même plus la peine de se cacher.
De la clarté politique
L’attaque actuelle contre la souveraineté vénézuélienne ne peut être comprise sans examiner le rôle des figures de l’opposition élevées et légitimées par les puissances impérialistes occidentales. Maria Corina Machado a été délibérément présentée comme une « alternative crédible », non pas par les classes ouvrières vénézuéliennes, mais par des gouvernements étrangers, les médias corporatifs et les intérêts financiers internationaux dont la principale préoccupation n’est pas la soi-disant « démocratie », mais l’accès aux ressources du pays. Son projet politique s’aligne ouvertement sur l’orthodoxie néolibérale : privatisation, déréglementation, alignement sur la politique étrangère américaine et réintégration du Venezuela dans l’ordre capitaliste mondial sous la supervision d’institutions telles que le FMI et la Banque mondiale. En ce sens, Machado n’est pas présentée comme une dirigeante issue de l’autodétermination populaire, mais comme une figure managériale, une intermédiaire par laquelle le capital occidental peut réaffirmer son contrôle sur les ressources vénézuéliennes.
Les vastes réserves pétrolières du Venezuela, ainsi que ses minéraux stratégiques et sa position géopolitique, le rendent trop précieux pour être laissé en dehors du commandement impérial. Le rôle de Machado dans ce cadre n’est pas de libérer les Vénézuéliens, mais de normaliser l’exploitation en présentant la soumission au capital étranger comme une « transition démocratique ». Son leadership est censé n’être responsable que devant les investisseurs occidentaux désireux de rouvrir le pays aux activités extractives à des conditions favorables. Il s’agit là du modèle classique du dirigeant fantoche : une légitimité accordée de l’extérieur, une autorité qui repose sur le soutien impérial plutôt que sur un mandat populaire.
Il convient de préciser clairement que rejeter cette imposition impérialiste ne signifie pas pour autant idéaliser ou défendre un régime autoritaire. Le faux dilemme imposé par le discours occidental, qui oppose l’intervention impérialiste à la soi-disant stabilité autoritaire, est une fausse dichotomie qui exclut la possibilité la plus importante : l’autodétermination populaire authentique. L’une concentre l’autorité vers le haut et vers l’intérieur, l’autre la transfère vers l’extérieur, vers les centres impériaux. Toutes deux refusent au peuple vénézuélien le droit de décider des conditions de sa propre vie politique. La tâche n’est pas de choisir entre la domination de l’intérieur ou la domination de l’extérieur, mais de démanteler les deux.
Nous vivons au cœur même de l’empire. De cette position, l’amplification sans critique des discours étatiques, en particulier ceux qui se prétendent anti-impérialistes, brouille les lignes de la clarté politique. La puissance des États-Unis doit être comprise concrètement. Aucune autre nation au monde n’a démontré la capacité, la portée et l’impunité nécessaires pour extraire un « dirigeant » d’un autre pays au milieu de la nuit, le transporter à travers les frontières et le traduire devant un tribunal fantoche sous des accusations motivées par des raisons politiques. La question qui devrait alors se poser à tout le monde est la suivante : si les États-Unis possèdent une telle portée, pourquoi ne l’ont-ils pas utilisée contre Netanyahu et l’État d’Israël, qui continuent de massacrer le peuple palestinien au mépris total de la communauté internationale ? La réponse révèle le mensonge au cœur du soi-disant « ordre fondé sur des règles ». Le pouvoir n’est pas appliqué de manière universelle, il est déployé de manière sélective, au service de l’empire.
Dans les prochains jours, nous allons voir des vidéos de Vénézuéliens brandissant des portraits de Chavez, scandant des slogans pour le retour de Maduro et pour la défense de l’héritage de Simon Bolivar. Les vidéos de propagande de l’armée vénézuélienne seront partagées à nouveau et l’autre grand camp impérialiste s’en servira pour promouvoir sa propre forme d’autoritarisme. Le campisme prospère grâce à sa propre contradiction. Il nous demande de nous aligner sur un bloc étatique contre un autre afin d’excuser la répression et la domination tant qu’elles semblent résister à l’influence américaine. C’est un piège, et nous sommes particulièrement poussés à y tomber depuis le cœur même de l’empire. Les politiques campistes et libérales utilisent les moments de crise pour réintroduire l’autorité comme une nécessité. Elles présentent les partis, les gouvernements et les armées comme des boucliers imparfaits nécessaires pour lutter contre une menace plus grande, malgré leur longue histoire de répression de la dissidence, d’oppression des citoyens ordinaires et d’absence de toute chance pour une nouvelle vie politique. Nous ne voulons pas mener leurs guerres, nous ne voulons pas remplacer une forme de pouvoir par une autre.
Ce qu’il faut, c’est une rupture qui permette aux Vénézuéliens eux-mêmes de déterminer collectivement comment ils sont gouvernés, sur quelles bases et dans l’intérêt de qui. Il faut rejeter l’idée selon laquelle le leadership doit être imposé par la force ou sanctionné par le capital étranger. La libération ne peut venir d’enlèvements, de sanctions ou de régimes fantoches, ni être garantie par une autorité irresponsable concentrée au sein de « l’État ». La véritable résistance naît du terrain construit par l’action directe et l’auto-organisation autonome. Elle ne repose pas sur des dirigeants qui parlent en notre nom. En établissant une praxis, celle-ci est élargie et maintenue dans nos conditions, elle ne culmine pas dans un nouveau régime ou une hiérarchie réorganisée. Elle pointe vers une transformation sociale révolutionnaire qui remodèle la vie quotidienne et les relations sociales elles-mêmes. Ce qui reste, c’est le refus d’être détourné. Le campisme, la nostalgie et les mythologies nationales exercent une pression sur nos mouvements, en particulier ici, où le pouvoir impérial a son siège. Dans un monde déjà saturé de violence, nous n’avons pas besoin de symboles d’autorité supplémentaires qui obscurcissent notre vision. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une vision claire de notre position et d’un engagement en faveur d’une lutte internationaliste plus large qui nous aligne sur les peuples en résistance partout dans le monde, qui dépasse les frontières et nous propulse vers un avenir où notre combat deviendra impossible à contenir.
Et maintenant?
Peu importe Maduro, Hussein, ou d’autres, la révolution ne sera pas dûe aux violences impérialistes. Elle appartient aux opprimées, aux masses qui refusent d’être asservies. Seule la lutte populaire peut renverser l’ordre établi.
Dès maintenant, il n’y a que deux réponses qui s’imposent. La première, c’est l’action directe, le sabotage et les attaques qui mettent des bâtons dans les roues de la machine autoritaire, idéalement menées de manière coordonnée ou contagieuse, afin de trouver un écho et d’être reproduites par d’autres. La seconde est la création de conditions sociales, y compris d’organisations, capables de faire avancer la lutte pour la libération totale de l’humanité de l’autorité et de la domination, afin que plus jamais la vie d’une personne ne soit détruite ou bouleversée à cause du désir de profit, de pouvoir.
Faire regretter cela à la classe dirigeante américaine : la classe capitaliste et la classe politique américaine sont tout à fait à l’aise avec cette invasion du Venezuela. Si tout se passe bien pour eux, ils recommenceront dans de nouveaux territoires avec une violence croissante. Qui dirige les États-Unis ? Quels sont leurs intérêts ? Comment ces intérêts peuvent-ils être attaqués et sapés depuis Montréal ? Comment pouvons-nous leur faire regretter cela ?
Les multinationales américaines sont partout : Montréal regorge de milliers de bureaux, de magasins, d’entrepôts et de chaînes de montage appartenant à d’importantes entreprises américaines dirigées par les capitalistes les plus influents de l’empire américain. Cela inclut les chaînes de restauration rapide, l’industrie technologique et les fabricants d’armes. Au cours de l’été 2025, Mexico a été le théâtre d’émeutes anti-américaines qui ont détruit des investissements et des symboles du capitalisme américain. Au Royaume-Uni, Palestine Action a pénétré dans des usines d’armement, détruit des machines et causé des millions de dollars de dégâts. Partout dans le monde, des gens ordinaires identifient des cibles et passent à l’action.
Ne vous sous-estimez pas, vous pouvez être une force redoutable. Vous pouvez accomplir les actions les plus brillantes et les plus audacieuses que ce siècle ait connues, donnant l’exemple et portant des coups décisifs à l’autorité au nom de la libération.
Le secret, c’est de vraiment commencer et de s’organiser.
Le mot d’ordre a été lancé par une horde de lutins : « À nous, Noël ». Au cœur de Montréal, un groupe autonome nommé Les Robins des ruelles a dévalisé, quelques jours avant Noël, une épicerie Métro. Ce geste semble répondre à l’appel lancé par Les Soulèvements du Fleuve la semaine précédente et qui invitait à rejeter le système de production et de distribution alimentaire actuel. Dans un geste de partage exemplaire, une partie des victuailles a été déposée au beau milieu de la Place Valois (dans Hochelaga) – au pied d’un sapin érigé pour l’occasion – tandis que le reste aurait été disséminé dans les frigos communautaires qui parcourent Montréal.
Cet acte de résistance inspirant invite à la plus grande ouverture pour ce temps des fêtes qui approche. Laissons aux curés et aux laïcards les débats ennuyeux sur les festivités du solstice. Noël n’appartient à personne et donc à tout le monde ! Retrouvons l’esprit des fêtes, celui du don et du partage qui s’impose nécessairement contre la logique de l’économie. Signant en gros le retour de la question révolutionnaire, les lutins se sont prononcés sans ambiguïté : « exproprions les chaînes d’épiceries, créons des cuisines collectives, changeons les parkings en grands potagers, les champs de monoculture en garde-manger collectif. Ce monde ne leur appartient pas. » Comme le disait le philosophe Alain Badiou, sans doute aussi vieux et rouge que le père Noël :
Si la révolution est pensable pour nous, c’est comme la tradition créée par ces moments célèbres ou obscurs, où de simples travailleurs, hommes et femmes ordinaires ont montré leur capacité de se battre pour leur droit et pour les droits de tous, de faire marcher des usines, des sociétés, des administrations, des écoles ou des armées en collectivisant le pouvoir de l’égalité de n’importe qui avec n’importe qui.
L’appel des lutins à exproprier les chaînes d’épicerie – et à la faire dès maintenant – s’inscrit timidement dans cette longue tradition de gestes portés par la puissance de l’égalité dont le temps des fêtes est toujours un moment propice. Lorsqu’on parle de conspirations noëliques, on revient toujours sur cette fameuse affaire du Noël 1914, lorsque des soldats allemands et britanniques avaient décidé de laisser les armes le temps d’une soirée, dansant, buvant et jouant même quelques parties de soccer pour se détendre. Ce qu’on ignore pourtant c’est que ce genre de trêves improvisées se sont poursuivies au fil des années de la Grande Guerre. Pendant ces trêves, des réunions étaient souvent organisées sur le front de l’Est entre soldats allemands et russes. On y échangeait des informations sur les conditions de vie, des commentaires mécontents vis-à-vis de la haute direction militaire, mais c’était aussi le terrain du partage de l’idée de la révolution.
On s’imagine bien, lors de ces trêves noëliques, les soldats s’échanger quelques mots : ’À nous Noël… et bientôt, à nous le monde !’ En effet, cette série de petites conjurations entre soldats sera annonciatrice de la plus grande conspiration internationale jamais vue : la révolution russe et la révolution allemande. Entre les deux, un fil rouge : les conseils (Soviet ou Räte). La destitution immédiate des autorités dans les usines, les ports, les théâtres, les quartiers, les écoles, les gares et à tous les étages de la fonction publique et de l’armée. Pendant plusieurs mois, et à certains endroits plusieurs années, c’est l’autogestion sans compromis. Des conseils qui surgissent de partout, ingouvernables, égalitaires et donc une idée qui se répand : le monde est à nous, dès maintenant.
Un peu plus d’un siècle plus tard, il est temps de reprendre ce mot d’ordre. S’il faut bien commencer quelque part, partons de cet appel des lutins ; commençons par Noël. Comme ils l’expliquent dans leur lettre ouverte :
Notre horizon doit se lier au tapage de nos pas fermes qui descendent dans la rue. Le prix du pain augmente et l’histoire se répète. Ceux qui espèrent n’entendre dans le présent que le silence de la paix sociale doivent se préparer à être déçus. L’avenir appartient à ceux qui se soulèvent. Nous ne resterons pas affamés bien longtemps.
Profitons de ces moments de retrouvailles et de partage pour inventer d’autres rapports que ceux médiés par la marchandise. Refusons par tous les moyens les logiques du droit et de l’économie. Retrouvons ce Noël rouge qu’ont dessiné les conspirateurs et déserteurs de la Première Guerre mondiale. À l’heure du retournement autoritaire, refusons les logiques du monde capitaliste – celles de l’exploitation et de la guerre impériale. Exproprions ceux qui nous exploitent, retournons les armes contre ceux qui nous dominent, et lançons notre guerre : la révolution est à notre portée.