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La Messe des Morts 2024 : le retour du National Socialist Black Metal (NSBM)

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Oct 282024
 

De Montréal Antifasciste

La Messe des Morts (MdM) est un festival montréalais qui, selon la section « À propos » de sa page Facebook, se donne pour mission de « satisfaire ceux qui aiment leur Métal sombre et haineux! » L’événement est organisé par Martin Marcotte sous son label, Sepulchral Productions. Il est principalement consacré au Black Metal et à sa scène locale, le Métal noir québécois. Il s’agit d’une scène musicale assez underground, bien que très développée au Québec, qui affectionne particulièrement les thèmes choquants, comme le satanisme et le gore, par goût de l’anticonformisme, de la provocation et de la transgression.

Ce que nous révélons ci-dessous, toutefois, dépasse largement la simple provocation.

L’édition 2016 de la MdM avait déjà défrayé la chronique suite à l’annonce de la participation au festival du groupe polonais Graveland, un groupe de Black Métal associé au sous-genre du National Socialist Black Metal (NSBM). Rappelons que l’expression « national-socialiste » désigne le parti politique allemand mieux connu sous son abréviation courante : le parti nazi.

Le National Socialist Black Metal, comme son nom l’indique, explore (parfois de manière directe et explicite, mais souvent de manière oblique ou implicite) des thèmes aussi sombres que l’apologie du nazisme, la supériorité raciale des Européens de « race blanche » et la glorification de l’Holocauste, généralement conjugués aux thèmes du paganisme, des dieux nordiques et germains et de l’héritage des peuples scandinaves.

L’histoire du groupe Graveland est ponctuée de liens plus ou moins directs avec le mouvement NSBM. Lire à ce sujet : Graveland : Du Black Metal d’extrême droite bientôt à Montréal

Suite au tollé provoqué par la présence de Graveland dans la programmation de la MdM, et après une intense campagne menée par des antifascistes dans les semaines précédent l’événement, laquelle s’est achevée par une manifestation devant le théâtre Plaza le soir venu et l’intervention de la police antiémeute, le groupe a été empêché de jouer et la soirée fut finalement annulée.

Après cela, l’organisation du festival, toujours sous la bannière de Sepulchral Productions, s’est faite plus discrète (même si l’édition 2017 a elle aussi posé problème)… jusqu’à cette année.

Sepulchral Productions semble vouloir opérer cette année un fâcheux retour aux sources : au minimum trois groupes appartenant au sous-genre NSBM (ou qui en sont à tout le moins proches à divers degrés) sont annoncés dans la programmation 2024, du 28 au 30 novembre.

Voici un aperçu des groupes prévus cette année et de leurs liens avec le sous-genre NSBM.

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Marduk :

Ce groupe suédois affectionne singulièrement les thèmes macabres liés à la Deuxième Guerre mondiale. Le groupe se défend bien de donner dans le NSBM ou de glorifier les nazis, et ses membres se décrivent eux-mêmes candidement comme férus d’histoire, mais curieusement, ils explorent systématiquement ces thèmes « historiques » du point de vue du Troisième Reich, de la Wehrmacht (l’armée allemande) et des SS (unités d’élite nazies, responsables notamment de l’extermination des Juifs). Le spectacle qu’ils souhaitent présenter au troisième soir de la MdM 2024 s’intitule d’ailleurs Panzer Division Marduk, d’après le titre de leur album de 1999, en référence directe aux divisions blindées des forces armées allemandes durant la Deuxième Guerre mondiale.

On constate rapidement la monomanie que cultive ce groupe pour le régime nazi en consultant les paroles de ses chansons, réunies sur cette page : [http://www.darklyrics.com/m/marduk.html]

Le plus récent disque de Marduk, Viktoria (2018), est un retour aux thèmes explorés dans leurs disques précédents, revisitant divers épisodes de la Deuxième Guerre mondiale… toujours du point de vue nazi. La chanson « Werwolf » fait référence au plan de résistance clandestine du même nom ourdi par les nazis en 1944 en cas de défaite; « Equestrian Bloodlust » fait directement référence à la 8e division de cavalerie SS Florian Geyer; « Narva » évoque la bataille de Narva, dite « des SS européens »; « Viktoria » fait référence au chant de marche militaire des troupes nazies « Sieg Heil Viktoria », etc.

Finalement, une recherche sommaire de la marchandise du groupe offerte en ligne révèle notamment des chandails ornés du Totenkopf (tête de mort) emblématique des SS, ou encore de l’emblème de l’aigle impérial du Troisième Reich, en plus de l’imagerie guerrière associée aux disques du groupe, dont Panzer Division Marduk.

Un échantillon des chandails de Marduk reprenant l’imagerie nazie, pour donner une idée de l’iconographie qui pourrait être aperçue aux abords du Théâtre Paradoxe les 29 et 30 novembre prochain…

Le nazisme et la glorification des combats militaires allemands durant la Deuxième Guerre mondiale, en particulier des unités SS, ne sont donc pas des éléments accessoires dans l’œuvre de Marduk, mais constituent un thème central, récurrent et persistant.

Le groupe a d’ailleurs connu plusieurs polémiques dans les dernières années (voir les liens ci-dessous). En 2017, deux de leurs membres ont été identifiés comme ayant acheté du matériel du Nordic Resistance Movement, le plus gros mouvement néonazi scandinave. Suite à cela, un spectacle de Marduk a été annulé à Oakland, grâce à la pression exercée par le groupe Anti-Fascist Action Bay Area. L’année dernière, le bassiste du groupe a été filmé en train de faire un salut nazi lors d’un spectacle, suite à quoi le groupe a été contraint de le limoger.

Sources :

Horna :

Ce groupe finlandais entretient des liens très clairs avec la scène NSBM. L’ancien chanteur de Horna est le fondateur et membre principal du groupe NSBM Satanic Warmaster. Le leader et guitariste de Horna a longtemps géré un label ayant endisqué d’autres groupes NSBM, en plus d’avoir lui-même participé à un groupe dont les paroles prônent la suprématie blanche. L’actuel chanteur de Horna a quant à lui été claviériste du groupe français Peste Noire, une formation phare du NSBM en Europe, dont la chanson « La bataille de Sarcelles », par exemple, fait l’apologie d’une bagarre de rue contre des Arabes en France (« les ennemis de nos terres ») à coups de « battes de baseball et d’autres bâtons de guerre », avec référence aux « fanions à croix celtique », le symbole de l’extrême droite identitaire (2021), alors que la chanson « Turbofascisme » fait l’apologie du « fascisme », de la « race des Seigneurs » et de la « race blanche » de la « Vieille Europe » (2018).

Sources :

Akitsa :

Un groupe québécois dont la notoriété est en partie due à ses collaborations passées avec des groupes NSBM. Ils ont produit en 2004 un disque en collaboration avec le groupe finlandais susmentionné, Satanic Warmaster], où figure la chanson « Six Million Tears » (six millions de larmes), en référence aux six millions de Juifs tués par les nazis durant l’Holocauste.

Dans une entrevue donnée en 2004, les membres d’Akitsa disaient n’avoir aucun problème avec la scène NSBM :

« [c’est] vrai que l’on doit mettre fin à l’immigration telle qu’elle est maintenant. La plupart de nos pays occidentaux sont envahis par des étrangers avec d’autres cultures que les nôtres. Ils détruisent la culture européenne. C’est la même chose pour les valeurs américaines (ce qui comprend les idées sionistes et les lois en matière de droits de la personne). La philosophie nationale-socialiste a des bons points concernant ces problèmes. »

Le logo du groupe ci-dessus est couronné du slogan fasciste « Me ne frego »; c’est aussi le titre d’un split du groupe sorti en 2013.

Le chanteur d’Akitsa, Pierre-Marc Tremblay, alias « Outre-Tombe », a fondé le label Tour de garde en 2001 (toujours actif), par l’entremise duquel il s’est empressé de diffuser la musique d’artistes néonazis québécois (Arnstadt et Mors Summa). À noter que le logo de Tour de garde évoque clairement les écussons militaires des SS… Sans doute une autre coïncidence.

Sources :

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Et par-dessus le marché, les groupes finlandais Chamber of Unlight et Warmoon Lord, aussi à l’affiche de la Messe des Morts 2024, sont produits sous le label NSBM Werewolf Records. L’ancien claviériste de Graveland joue maintenant avec Warmoon Lord…

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Tout cela, vous en conviendrez, dresse un portrait extrêmement problématique.

D’ailleurs les fans de black metal eux-mêmes ne s’y méprennent pas! Voici quelques-une des réactions trouvées sur les pages du festival et de Sepulchral Productions après l’annonce de la venue de Marduk et Horna :

Nous pensons évidemment que ces artistes ne doivent pas se produire à Montréal. Nous croyons aussi que les organisateurs du festival, au premier chef Martin Marcotte, ne peuvent plus se cacher derrière la licence artistique et doivent être mis devant leurs responsabilités : celle d’inviter année après année des artistes qui valorisent et mettent au goût du jour des idéologies haineuses, glorifiant le nazisme et le fascisme, dans notre métropole multiculturelle. Nous croyons qu’il est absolument primordial de préserver le caractère accueillant, diversifié et inclusif de Montréal, et par conséquent, de signifier sans ambiguïté que ce genre de contenu haineux n’a pas sa place dans nos salles de spectacles.

Mais justement, qui accueille ce festival?

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Le Théâtre Paradoxe

Depuis l’édition 2017 de la MdM, c’est le Théâtre Paradoxe, une entreprise d’économie sociale et solidaire, qui accueille le festival. Dans une entrevue accordée au magazine Sors-tu? en 2022, Martin Marcotte s’était d’ailleurs enorgueilli de ce partenariat inusité entre les adeptes du blasphème que sont les amateurs de Black Metal, et un ancien lieu de culte chrétien.

« J’ai parlé avec la directrice, on a discuté des controverses, de la médiatisation, je lui ai donné ma version des faits, et elle était OK pour donner une chance à l’évènement. »

Il y a trois semaines, nous avons communiqué avec l’administration du Théâtre Paradoxe en leur demandant de faire preuve de bon sens, compte tenu de la programmation 2024, et de rompre leurs relations d’affaires avec la MdM. L’administration nous a alors informés qu’elle était préoccupée par la situation et la prenait au sérieux.

Après quelques échanges de courriels, l’administration du Théâtre nous a récemment invités à une rencontre afin de dialoguer avec les différentes parties concernées. Or, du point de vue antifasciste, une rencontre avec les promoteurs de la Messe des Morts ne présente aucune espèce d’utilité. Il y a des situations où il faut trancher nettement, et celle-ci en est une. Il n’y a pas de dialogue possible entre apologistes et ennemis du nazisme, ce conflit ayant été réglé de manière définitive il y a 80 ans.

De toute manière, nous connaissons déjà par cœur les éléments de la ligne de défense de Martin Marcotte et Sepulchral Productions. Ça serait un enjeu de « liberté d’expression »; ces artistes nient publiquement être néonazis et n’appartiennent « pas vraiment » au sous-genre NSBM (bien que certains aient des parcours discutables); les paroles problématiques relèvent du « deuxième degré » et de la licence artistique; l’imagerie problématique fait partie intégrante de la sous-culture, les « vrais fascistes » sont ceux qui cherchent à les réduire au silence, etc.

Tous ces arguments sont fallacieux, relèvent du gaslighting, et servent en définitive à noyer le poisson.

Depuis 2017, malgré une sourde hostilité, le milieu antifasciste n’avait plus exercé de pression sur la Messe des Morts. Or cette année, Sepulchral Productions place en tête d’affiche des groupes extrêmement problématiques et largement reconnus pour cela. À notre avis, cela dépasse une ligne rouge, et il est évident que Martin Marcotte teste la limite de l’administration du Théâtre Paradoxe pour voir jusqu’où il pourra pousser la note douteuse dans l’enceinte même de cette entreprise à vocation sociale.

Nous comprenons bien évidemment que le Théâtre Paradoxe n’endosse pas les idées répugnantes véhiculées par le National Socialist Black Metal et ses apologistes. Cependant, l’organisme a le pouvoir d’agir avec fermeté en rompant ses relations d’affaires avec Sepulchral Productions, ce qui aurait pour effet d’envoyer un signal clair et de faire annuler la Messe des Morts, ou du moins de confronter Marcotte à ses responsabilités en le forçant à trouver un plan B.

Bref, l’heure n’est plus au dialogue, mais aux prises de position raisonnées, aux actions et aux conséquences.

Nous invitons nos sympathisantes à communiquer avec l’administration du Théâtre Paradoxe pour leur faire part (poliment, mais fermement) de leurs préoccupations.

info@theatreparadoxe.com

Directrice adjointe :
asimon@theatreparadoxe.com
(514) 931-5204 poste 203

D’autres coordonnées se trouvent ici :
https://www.theatreparadoxe.com/contact
https://www.theatreparadoxe.com/equipe

Kevin a été expulsé

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Oct 112024
 

De Solidarité sans frontières

Kevin, nous sommes profondément désolés qu’après une vie marquée par la violence d’État, tu aies été expulsé. Nous avions le potentiel d’arrêter cette déportation violente, mais nous n’avons pas été suffisamment présents. Comme mouvement, nous devons faire mieux.

Dimanche matin, Kevin a été expulsé vers Haïti. En raison d’une certaine attention du public, le ministre de l’Immigration, Marc Miller, a examiné son dossier, mais a refusé d’intervenir.

Kevin est arrivé au Canada à l’âge de trois ans et a été rapidement placé dans le système de “protection” de l’enfance. Il a été maltraité et traumatisé par ce système et en souffrira les conséquences pour le reste de sa vie. Une de ces conséquences a été sa criminalisation et son expérience du système pénal raciste, anti-Noir et colonial. Non satisfait de l’incarcération de cet homme noir, l’État canadien a ensuite entamé des procédures pour l’expulser vers Haïti, un pays auquel il a peu de liens, étant parti à l’âge de trois ans. De plus, après des siècles d’interférence impériale du Nord, Haïti est aujourd’hui tellement instable que même le Canada a suspendu les déportations vers ce pays – sauf, bien sûr, pour les personnes qu’il a criminalisées. Ainsi, Kevin a été contraint de quitter son foyer et a été expulsé vers Haïti dimanche matin.

En vertu des lois et politiques d’immigration actuelles, il est pratiquement impossible pour lui de revenir légalement au Canada. Même si, par miracle, il y parvient, cela prendra un minimum de cinq ans.

Nous devons continuer à lutter contre ce système raciste et suprémaciste blanc qui gagne des points électoraux aux dépens des plus vulnérables et marginalisés dans le système. Et nous devons devenir plus forts – car c’est ce qui est en jeu.

Contre l’électrification du désastre

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Sep 292024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Non à la filière batterie !

Pour souligner la journée de manifestations Pour la suite du monde du 27 septembre 2024, nous avons déployé, tôt ce matin, une bannière devant les bureaux de Nouveau Monde Graphite. Cette entreprise s’apprête à creuser la plus grande mine de graphite à ciel ouvert en Amérique du Nord, à quelques kilomètres du village de Saint-Michel-des-Saints dans Lanaudière. Si notre monde doit avoir une suite, il ne la trouvera certainement pas dans le Nouveau monde d’extractivisme vert et de destruction électrifiée proposé par cette entreprise.

La filière batterie, soutenue par des investissements publics massifs, s’étend de l’extraction des ressources jusqu’à la production d’unités manufacturées. Son annonce grand bruit a provoqué une véritable ruée vers l’or. Les claims et les projets miniers se sont multipliés sur le territoire – de l’Abitibi à la Gaspésie, en passant par l’Outaouais, Lanaudière et le Nord-du-Québec – dans le but d’extraire les ressources dites stratégiques à la production des composantes de batterie. En parallèle, les entreprises sont invitées à s’installer sur le territoire et à profiter de l’accès aux matières premières, appuyées par des subventions étatiques et des tarifs hydroélectriques réduits – de la méga-usine de Northvolt au complexe industriel de Bécancour.

Ce Nouveau monde du graphite n’a pourtant rien de nouveau. À travers le discours de la «transition énergétique», l’État colonial québécois a su se renouveler et sauver in extremis l’industrie automobile nord-américaine. Sous couvert d’ambitions nobles en faveur d’une transition verte, nous devons plutôt y voir une fausse tentative de prendre au sérieux la catastrophe en cours et une manière de faire du Québec un nouveau pôle d’attraction pour des capitaux étrangers. On voudrait nous faire croire que pour se sortir de la catastrophe environnementale il nous faudrait ouvrir des mines toujours plus loin, multiplier les usines et décupler la production d’électricité pour alimenter ces projets. Le pétrole et la batterie sont pourtant les deux faces de la même pièce : celle d’un monde bâtit autour de l’extractivisme, du profit et de la surconsommation. Ce sont l’industrie automobile et l’étalement urbain qui doivent être radicalement remis en question, pas uniquement les énergies fossiles. Face au mensonge de la transition énergétique – qui voudrait nous inciter à continuer à extraire, produire et consommer – nous opposons : c’est le modèle capitaliste et colonial qui est responsable du désastre écologique qui attend les futures générations et la solution passe nécessairement par une transformation drastique de nos modes de vie.

Partout où ces mégaprojets miniers et industriels naissent, nous y voyons une destruction des territoires, la pollution des nappes phréatiques et des bassins versants, ainsi que des émanations de poussières dangereuses pour les habitant-es, la faune et la flore. Nous y voyons un saccage du vivant au profit de l’enrichissement. Nous y voyons une course effrénée vers l’épuisement des ressources et une avancée de l’État colonial sur des territoires non cédés.

Ce qui nous tue, nous sommes en droit de le défaire. Contre l’expansion de cette entreprise tentaculaire, nous devons bâtir un réseau de résistance – unir et lier les luttes locales en leur permettant de résonner entre elles et de s’amplifier. Ne laissons pas ces entreprises écocidaires accaparer les territoires et détruire les forêts, polluer les rivières et tuer les êtres qui les habitent. Ne laissons pas les fausses prétentions environnementales de l’État et des entreprises vider les sols et multiplier les profits.

Pour la suite du monde, mais surtout pour la fin de celui-ci.

Discussions anti-répression #1 : se préparer à la surveillance physique

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Sep 272024
 

Du No Trace Project

Le No Trace Project lance une nouvelle initiative, les discussions anti-répression, pour encourager les échanges autour de sujets en lien avec la surveillance et la sécurité, au sein de et entre les réseaux anarchistes informels, à un niveau international. On pense que de nombreuses pratiques d’anti-répression sont plus efficaces quand elles sont mises en place à l’échelle d’un réseau, plutôt que seulement par des groupes affinitaires spécifiques.

Les discussions anti-répression vont être une série de sessions, chacune sur un sujet différent, chacune durant trois mois. Pendant une session, les participant·e·s sont invité·e·s à former des groupes de travail locaux avec des personnes de confiance pour discuter du sujet de la session — on fournit des ressources et des points de discussions pour aider à démarrer ces discussions. À la fin d’une session, un tchat en ligne international a lieu, où les participant·e·s peuvent se retrouver anonymement pour partager leurs idées et conclusions. Après une session, ses résultats sont publiés sur le site web du No Trace Project, y compris tout contenu contribué par les groupes de travail et un résumé du tchat.

La première session, les discussions anti-répression #1, vont aborder le fait de se préparer à la surveillance physique et auront lieu en octobre, novembre, et décembre 2024, et le tchat en ligne le 4 janvier 2025. Les résultats seront publiés ici.

Surveillance physique

Ces dernières décennies, les capacités de surveillance des acteurs étatiques se sont grandement diversifiées, notamment grâce à de nouvelles avancées technologiques comme la vidéosurveillance, les téléphones portables et les analyses ADN. Malgré cela, la surveillance physique — l’observation directe de personnes ou d’activités dans le but d’obtenir des informations — est toujours largement utilisée par des acteurs étatiques, en particulier dans les cas où d’autres techniques de surveillance ne sont pas efficaces. Notre Bibliothèque de menaces référence des exemples d’utilisation de la surveillance physique contre des anarchistes.

On pense que, dans des contextes où l’État enquête sur des actions directes anarchistes à fort impact — par exemple dans une ville où un incendie volontaire a récemment eu lieu et a été revendiqué sur des sites web anarchistes — il est probable qu’il emploie certaines techniques de surveillance physique. On pense aussi que dans de nombreux contextes, les anarchistes ne se préparent pas suffisamment au risque de surveillance physique. Se préparer à la surveillance physique n’est pas évident, cela demande de développer des compétences spécifiques, mais c’est possible, et c’est la seule chose qui pourra vous aider si les flics vous suivent lorsque vous vous rendez à un rendez-vous sensible ou une action.

Groupes de travail locaux

On invite les participant·e·s à former des groupes de travail locaux pour discuter du sujet de la session, d’octobre à décembre 2024. Pendant la session, s’ils le souhaitent, les groupes de travail peuvent nous envoyer tout contenu qu’ils jugent utile à la discussion. On aujoutera ce contenu aux résultats de la session où les autres groupes pourront le consulter.

On conseille aux groupes de travail de lire les ressources suivantes :

  • La brochure Maßnahmen gegen Observation (Mesures contre la surveillance, en allemand et anglais) pour une vue d’ensemble des techniques de surveillance physique utilisées par la police dans des zones urbaines, avec des exemples en provenance d’Allemagne.
  • Le livre The Theory of Covert Surveillance (La théorie de la surveillance cachée, en anglais) pour une vue d’ensemble plus complète des techniques de surveillance physique utilisées par les détectives privés (et la plupart des unités de police), avec des exemples en provenance du Royaume-Uni.
  • Le livre Surveillance Countermeasures (Mesures contre la surveillance, en anglais) pour une vue d’ensemble complète des contre-mesures à la surveillance physique : la détection de surveillance (y compris la contre-surveillance) et l’anti-surveillance. Une fois que vous comprenez la logique des techniques de surveillance physique de l’ennemi, on conseille fortement ce livre pour commencer à apprendre des contre-mesures que vous pourrez appliquer dans votre vie et vos projets.
  • D’autres ressources sont consultables sur notre site web.

Et on propose les points de discussion suivants, qu’on invite les groupes de travail à compléter avec leurs propres points :

  • Parmi les ressources conseillées, qu’est-ce qui a été difficile à comprendre ou mettre en pratique ?
  • Comment est-ce qu’on peut se soutenir les un·e·s les autres dans le développement et la mise en pratique de contre-mesures à la surveillance physique ?
  • Si on détecte de la surveillance physique, quelles activités ou projets est-ce qu’on voudrait continuer et lesquels est-ce qu’on voudrait mettre en pause ? Si on arrête de voir des ami·e·s pour empêcher une opération de surveillance de cartographier notre réseau social, comment est-ce que notre réseau peut aider à ce qu’on ne se sente pas isolé·e ?
  • Si on détecte de la surveillance physique, comment est-ce qu’on peut en parler à notre réseau d’une manière qui n’alerte pas l’opération de surveillance qu’elle a été détectée ? Comment en parler sans tomber dans la paranoïa ?

Tchat en ligne international

Un tchat en ligne international aura lieu le 4 janvier 2025. Il sera ouvert à tou·te·s, et on demande donc à ce que les participant·e·s n’y partagent pas d’informations identifiantes et n’y discutent pas de quoi que ce soit qui ne devrait pas être rendu public. Le tchat sera limité aux messages textuels (pas d’audio ou de vidéo). Les discussions auront lieu en anglais, avec une traduction en temps réel disponible vers et depuis le français et l’espagnol — merci de prendre contact avec nous si vous pouvez aider à traduire en temps réel dans ces langues ou dans d’autres.

Pour savoir comment rejoindre le tchat, voir ici.

Invitation de l’État à la Révolte!

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Sep 032024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Cette fin de semaine qui vient, la Municipalité d’Eastman, Québécor, Hydro-Québec, le reste du gouvernment du Québec et le Conseil des Arts du Canada vous invite à vous joindre à la Révolte !

Oui c’est pas un canular, mais bien le thème officiel de ces Correspondances d’Eastman, avec une panoplie de gentils écrivain-es, intellols et artisses de la haute société, qui nous chanteront sans doute leurs tentatives pitoyables de récupérer les beaux moments que nous avions passé ensemble (en présentiel ou à distance) à brûler des poubelles et parfois des chars dans les rues, à saboter des opérations de l’industrie écocidaire, à bloquer des trains et des oléoducs, à dénoncer des mecs abuseurs de notre entourage, à attaquer des grosses mardes de l’immobilier, comme d’ailleurs les grosses mardes en charge du gouvernment du Québec (salut à toi, Camarade Legault) et bien entendu ceux du Conseil municipal (de Eastman ou ailleurs).

Visiblement même le gouvernement et sa myriade d’institutions qu’il parraine se voit forcé de reconnaître ici que leur société vaut plus la peine d’être vécue… que le temps de la Révolte est revenu.

Et il y a en effet plusieurs terrains de stationnements à travers le village et ses environs que le gratin s’empresseront de remplir de leurs beaux chars de l’année et leurs superdutys. Puis une myriade de chalets de luxe et autres développements immobiliers -souvent laissés vides le plus clair de l’année- contribuant graduellement à la destruction d’écosystèmes et à la pollution d’hycrocarbures. Aussi pas mal de restos/bistros bien bobos, à commencer par leur Cabaret de banlieusards de marde.

Et si jamais vous vous sentez pas dedans pour des attaques, bien il est bon de savoir que (soi-disant) le courrier déposé dans les boîtes rouges des Correspondances sera affranchi au frais des Correspondances, peu importe la destination du courrier, or ça peut être une occasion opportune d’envoyer des lettres aux prisonnier-ères que vous chérissez. Autant que possible essayez de pas venir en char par contre, car c’est pas assuré que le vôtre va pas écoper aussi!

Sur les lieux:

Eastman est cet endroit magique… plutôt notoire, bien connu des gens dans le sud du Québec qui sortent parfois de leur patelin pour voyager sur la 112 ou l’autoroute 10 entre Montréal et Sherbrooke. Juste à côté du Parc du Mont Orford. Une de ces colonies de la petite bourgeoisie libérale (et moins libérale) de milieu rural; un autre Sutton, ou Bic, ou Waterville, ou Val David… mais avec ses propres cliques de petit bourgeois professionels, les vampires de l’immobilier et autres artisses de renom et bien connectés. Mais c’est pas qu’Eastman qui fait cette jolie communauté, mais les enclaves bourgeoises des environs, Orford-sur-le-Lac, Stukely, les Boltons et puis les Communes de chalets de bord de lac. Des opportunités à perte de vue!

Soit, juste pour votre info… si jamais le coeur vous en dit.

Frontenac Active Club : les « activistes » du renouveau néonazi au Québec

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Août 212024
 

De Montréal Antifasciste

Le 8 décembre 2023, la Gendarmerie royale du Canada annonçait avoir arrêté deux Ontariens, Matthew Althorpe et Kristoffer Nippak, et porté contre eux un certain nombre d’accusations découlant de leurs activités au sein de divers projets à caractère néonazi implantés en Ontario. Au premier chef, les deux hommes sont accusés de « participation aux activités d’un groupe terroriste », soit le réseau Atomwaffen Division, organisation classée comme terroriste au Canada. Dans son communiqué la GRC évoque également deux projets moins bien connus : le Terrorgram Collective et Active Club Canada. Le premier y est décrit comme « un groupe de chaînes sur Telegram en faveur de l’idéologie néofasciste qui publient des guides sur les moyens de se livrer à des actes de violence à caractère racial ». Active Club y est quant à lui présenté ainsi :

« Le réseau de l’Active Club est formé de cellules décentralisées de groupes néonazis et de suprématie blanche, qui sont actifs dans bien des États aux États-Unis et qui ont des chapitres ailleurs dans le monde, comme au Canada. Le réseau a été créé en janvier 2021 et préconise le recours aux arts martiaux mixtes pour combattre ce qu’il dit être un système qui cible la race blanche. Il encourage aussi le développement d’un esprit guerrier pour se préparer à la guerre raciale qui viendra. »

Active Club Canada, dont font partie les deux accusés, se présente donc comme un pôle régional du réseau Active Club international.

Quelques jours seulement avant ces arrestations, le 1er décembre, Vice News avait fait paraître un exposé détaillé du journaliste indépendant Mack Lamoureux sur Kristoffer Nippak et son rôle clé au sein du réseau Active Club au Canada, en particulier dans la région d’Ottawa. Dans son article, Lamoureux fait état d’une section régionale au Québec, mais jusqu’à présent, ce groupuscule local n’avait toujours pas fait l’objet d’un examen attentif. Le présent article a pour objectif de remédier à cette lacune en exposant le noyau dur du Frontenac Active Club (FAC), le principal projet « activiste » néonazi au Québec à l’heure actuelle.

Le 9 décembre 2023, les militants du Frontenac Active Club défendaient leurs camarades d’Active Club Canada au lendemain de leur arrestation, qualifiant les accusations portées contre eux « d’accusations politiques fabriquées ».

Que sont les Active Clubs?

Les Active Clubs forment un réseau décentralisé de groupes locaux ancrés dans l’idéologie suprémaciste blanche et néonazie. Ils incarnent une renaissance du mouvement « nationaliste blanc » (parfois désigné comme White Nationalism 3.0), faisant suite aux courants white power des années 1990 et 2000 et à la mouvance Alt-Right des années 2016-2020, épousant une structure sans leadership formel. L’origine du mouvement est généralement imputée au militant américain Robert Rundo, qui avait déjà fondé le groupe activiste Rise Above Movement (RAM) en Californie, en 2017, au plus fort de la période Alt-Right. Le but exprès de RAM était d’agresser physiquement les ennemi·es du mouvement nationaliste blanc.

Robert Rundo, l’initiateur du réseau Active Club.

Suivant la même logique, l’activité principale des Active Clubs consiste à s’entraîner à différentes techniques d’arts martiaux en vue de se préparer à la guerre raciale à venir, jugée inévitable en raison de ce que les militants conçoivent comme un « génocide blanc », soit le remplacement délibéré (par une nébuleuse élite généralement assimilée au cosmopolitisme et à la « juiverie internationale ») des populations à majorité blanche par des populations non-blanches dans les pays du bloc occidental, au moyen de « l’immigration de masse ». Les militants d’Active Club adhèrent sans réserve à ce fantasme de complot, comme à celui du « Grand Remplacement », et sont profondément ancrés dans la sous-culture néonazie contemporaine, vouant par exemple un culte à la figure d’Adolf Hitler et au parti nazi, en plus d’épouser une interprétation négationniste de l’Holocauste et de la Deuxième Guerre mondiale. Il va sans dire qu’ils baignent dans un imaginaire violent imprégné d’antisémitisme, de racisme, de misogynie, d’homophobie/transphobie et de haine viscérale des mouvements sociaux inclusifs et égalitaristes – libéraux autant que radicaux –, lesquels sont généralement regroupés sous la catégorie fourre-tout de « communiste » (la détestation du communisme est une référence constante et une valeur fondamentale).

Les Active Clubs seraient implantés dans 33 États américains et au moins douze pays, probablement plus à l’heure d’écrire ces lignes. Selon Vice News, il y aurait au moins 11 sections locales Active Club au Canada, dont le groupe Frontenac Active Club, principalement implanté dans la grande région de Montréal.

En dépit de ses déboires judiciaires, Robert Rundo demeure une figure emblématique du mouvement, et la Californie du Sud semble toujours en être l’épicentre, puisqu’un rassemblement des sections Active Club y est attendu au mois d’août 2024 (un premier événement du genre s’est déjà tenu à San Diego en août 2022). Rundo anime un certain nombre d’initiatives, dont le projet médiatique Media2Rise et la distribution de vêtements Will 2 Rise (W2R), dont les membres des Active Clubs portent très souvent les couleurs en soutien à leur maître à penser.

Ce compte lié à « Active Club » sur la plateforme Telegram renvoie aux projets Will2Rise et Media2Rise, tous deux animés par Robert Rundo.

D’où vient le Frontenac Active Club?

 Le Frontenac Active Club a vu le jour au printemps 2023 (la chaîne Telegram a été créée le 16 février) et est l’héritier direct du projet White Lives Matter local, auquel nous avions consacré un article au printemps 2022. L’un des deux leaders du groupe mentionnés dans cet article est Raphaël Dinucci, de Laval, qui a visiblement poursuivi son parcours pour devenir le principal pilier du Frontenac Active Club et le militant clé sans qui le projet n’aurait sans doute pas tenu debout. Dans un premier temps, Dinucci a multiplié les liens avec des sections ontariennes du mouvement, avant de parvenir à réunir autour de lui un noyau de 5 ou 6 militants et de former ce qui est aujourd’hui le Frontenac Active Club.

La chaîne Telegram du Frontenac Active Club a été créé en février 2023. Elle compte aujourd’hui près de 800 abonnés.

On sait que le FAC entretient toujours des liens virtuels avec les autres Active Clubs canadiens, notamment avec le groupe ayant fait l’objet des perquisitions de la GRC, ainsi qu’avec le groupe Nationalist-13 implanté dans le sud-ouest de l’Ontario (13 = AC, pour anticommuniste).

Le frontenac Active Club est proche du groupuscule suprémaciste blanc Nationalist-13, implanté dans le sud de l’Ontario. Au centre, Raphaël Dinucci.

Ce signe de la main que les militants du Frontenac Active Club affectionnent et reproduisent volontiers, le salut de Kühnen, est un signe de reconnaissance néonazi.

Les activités du groupe sont centrées dans le grand Montréal. Ses membres y sont disséminés sur la rive sud (Saint-Hubert, Saint-Jean-sur-Richelieu), la rive nord (Laval) et jusque dans Lanaudière (Rawdon). Bien qu’une poignée de membres/sympathisants semblent aussi être présents dans la région de Québec, on ne peut pas parler d’une section dûment constituée, puisque leurs actions se sont limitées dans la dernière année à la pose d’autocollants et à quelques sorties sociales dans la Capitale.

L’essentiel de l’activité du Frontenac Active Club dans la Capitale nationale consiste poser des collants et à se prendre en photo. Ici, Raphaël Dinucci prend la pose en août 2023.

Sortie tranquillou à la Taverne Urbaine 1500, à Québec, en décembre 2023.

Sans doute dans le souci de favoriser l’esprit de fraternité raciste et misogyne qui est à la base du mouvement, l’adhésion au FAC est strictement réservée aux hommes blancs.

Le compte Twitter/X du groupe a été créé en avril 2024. Raphaël Dinucci y a également un compte personnel.

(Il importe à cet égard de souligner que cette plateforme, sous la houlette du milliardaire Elon Musk, est [re]devenue un véritable safe space pour les individus et groupes suprémacistes et néonazis, après que l’administration précédente y eût opéré une relative épuration. C’est aussi un espace où la désinformation et les discours haineux ont aujourd’hui libre cours, pratiquement sans aucune contre-mesure. À tel point d’ailleurs qu’il nous semble inutile, voire contre-productif, d’y maintenir une présence.)

Que font-ils?

Dans la droite lignée du mouvement, les membres du FAC s’entraînent assez régulièrement aux arts martiaux, de façon inégale selon les membres, généralement dans un parc public près de chez vous, surtout en périphérie de Montréal (Longueuil, Laval). L’autre aspect central de leur activité consiste à se mettre en scène sur leur chaîne Telegram, en publiant des photos de groupe documentant leurs activités. En avril dernier, les membres du noyau dur se sont notamment photographiés en prenant la pose après un entraînement au parc Mackenzie-King, dans l’arrondissement Côte-des-Neiges de Montréal, tout juste en face d’une synagogue et d’une école confessionnelle juive, et à un jet de pierre du Musée de l’Holocauste de Montréal.

Militants du Frontenac Active Club s’entraînant au parc Mackenzie-King, dans l’arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, le 22 avril 2024. Sur la photo de groupe, de gauche à droite : Mathieu Grenier, Martin Brouillette (de dos), Shawn Beauvais Macdonald et Raphaël Dinucci.

Cet événement coïncide d’ailleurs avec l’apparition à visage découvert de Shawn Beauvais MacDonald, dont nous soupçonnions déjà la connivence avec le club. Rien n’indique que Beauvais MacDonald ait été un militant sérieux du groupe avant cette année, mais il est clair que ni lui ni ses acolytes ne rechignent à ce que sa tristement notoire image soit associée au Frontenac Active Club. D’ailleurs, plus récemment encore, il semble que Beauvais MacDonald ait pris une place encore plus centrale au sein du groupe, le représentant notamment dans un tournoi de boxe amical contre les nazis de Nationalist-13 et donnant son contact personnel comme moyen d’entrer en lien avec le FAC.

Shawn Beauvais MacDonald et Raphaël Dinucci, en avril 2024, portant des t-shirt du projet Will2Rise de Robert Rundo.

L’ignorance consternante des membres du groupuscule n’a d’égale que leur extrême valorisation d’un culte du corps correspondant aux normes de la masculinité toxique qui s’imposent traditionnellement dans les milieux d’extrême droite. Outre les entraînements, le FAC se donne plus que jamais des allures de club social pour nazis rejects lorsque ses membres organisent des randonnées en nature les week-ends (par exemple au Mont Gorille, Laurentides, ou à la Montagne Noire, Lanaudière), ou se tapent une partie de badminton au Carrefour Multiport de Laval, souvent suivie d’une petite bière dans un pub local.

Sortie en nature du Frontenac Active Club, le 14 mai 2024. Au centre, à visage découvert, Shawn Beauvais MacDonald.

Séance de sparring entre Martin Brouillette et Mathieu Grenier, du Frontenac Active Club, en novembre 2023.

Chamaillage et posture sur le Mont-Royal, en juillet 2024. Au centre, Shawn Beauvais MacDonald.

Raphaël Dinucci brandit le drapeau de son groupuscule à l’occasion d’une sortie au Mont Gosford, en Estrie, en juin 2023.

Outre les activités physiques et la représentation ostentatoire sur ses médias sociaux, le club cherche bien sûr à se donner de la visibilité dans la cité, notamment sur le mode déjà privilégié par White Lives Matter consistant à poser des autocollants un peu partout dans la région de Montréal et d’autres localités, dont Saint-Jean-sur-Richelieu, où réside notamment le militant David Barrette.

Un autocollant du Frontenac Active Club, apposé en mai 2023 à Saint-Jean-sur-Richelieu, lieu de résidence de David Barrette.

Les militants du FAC affectionnent particulièrement ce genre de mise en scène, où ils brandissent un autocollant du groupe quelque part… Ici à Bromont, en mai 2023.

Un autre collant du FAC, dans l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie, à Montréal, novembre 2023.

Quant aux mobilisations physiques, Raphaël Dinucci et David Barrette ont eu la curieuse idée de se pointer à une manifestation contre l’heure du conte en drag et la communauté queer et trans, à Sainte-Catherine, le 2 avril 2023. Ça s’est mal passé pour eux, puisque Dinucci s’est fait battre par les manifestant·es et interpeller par la police, tandis que Barrette a reçu des accusations pour voie de fait (abandonnées au printemps dernier). Dans le même ordre d’idée, le militant du FAC Martin Brouillette a envoyé des menaces explicites aux organisateur·rices de la manifestation « Nous ne serons pas sages », en mars dernier, sous son pseudonyme « Martin Leblanc ». Il n’a toutefois pas donné suite à ses menaces.

David Barrette, alias « NatSocSiD », ou ici « SuperFrenSiD », se vante de ses « exploits » sur la plateforme Discord, dans la foulée de l’intervention des militants du Frontenac Active Club en marge d’une manifestation transphobe, à Sainte-Catherine, le 2 avril 2023.

David Barrette, alias « SuperFrenSiD », relate ses déboires à Sainte-Catherine, le 2 avril 2023.

David Barrette, alias « NatSocSiD », relate ses déboires sur la plateforme Undernet.

Martin Brouillette, alias «Martin Leblanc», formule des menaces explicites à l’endroit des organisateur·rices de la manifestation « Nous ne serons pas sages », en mars 2024.

Une publication de juin sur la chaîne Telegram du groupe montre le militant Mathieu Grenier en visite en France, entouré de militants nationalistes de la région marseillaise.

Comment le Frontenac Active Club s’inscrit-il dans l’écosystème d’extrême droite au Québec?

Que ce soit sous la bannière Active Club ou, précédemment, celle de White Lives Matter, il est clair que ce petit noyau de militants néonazis cherche à se tailler une niche dans le milieu de l’extrême droite québécoise.

Le Frontenac Active Club s’inscrit avant tout dans la tradition du nationalisme blanc et du néonazisme made in North America, en droite ligne avec la frange la plus radicale de l’Alt-Right et les mouvements qui l’ont historiquement précédée. Il est aussi adjacent aux obsessions complotistes dominantes en Amérique du Nord (là où le « White Genocide » rencontre le Grand Remplacement), comme la panique morale entourant l’émancipation des minorités sexuelles et de genre. Les militants WLM/FAC ont notamment été aperçus durant la pandémie dans des manifestations contre les mesures sanitaires, puis, à partir du printemps 2023, en marge des activités transphobes organisées par les suspects habituels de la complosphère locale. Le FAC maintient aussi des liens avec le réseau Active Club canadien, dont les néonazis du groupuscule Nationalist-13, et avec le réseau Diagolon, principalement au moyen de communications chiffrées sur la plateforme Telegram. Lors de la récente « tournée canadienne » des militants de Diagolon, ceux-ci se sont d’ailleurs arrêtés à Montréal, où ils ont fraternisé avec les gars du Frontenac Active Club.

Frontenac Active Club et le groupe Nationalist-13 ont récemment participé à un tournoi de boxe amical entre néonazis. À noter que Shawn Beauvais MacDonald est décrit dans cette publication comme le « champion » du FAC et que son compte Telegram est indiqué comme contact du groupe.

Les militants du Frontenac Active Club et de Nationalist-13 se sont réunis en Ontario dans la semaine du 5 août.

Les militants du Frontenac Active Club ont eu l’occasion de fraterniser avec ceux du réseau Diagolon à Montréal, le 1er août 2024. Là encore, Shawn Beauvais MacDonald semble être devenu un membre clé du groupuscule, s’exprimant ici à la première personne.

Mais ses membres flirtent également avec le fascisme en ceinture fléchée. Ils ont notamment participé au moins une fois à l’horripilante « Saint-Jean de la Race » de Nomos-TV, le programme de propagande ethnonationaliste dirigé par Alexandre Cormier-Denis. Depuis quelques années, ces festivités prennent la forme d’un enregistrement de Nomos en direct, le 23 juin, suivie d’une petite fiesta intime entre fachos. Raphaël Dinucci était définitivement présent à l’édition 2022 de cet événement à Québec (au Bar Le Duck), notamment aux côtés de membres du groupe néofasciste Atalanteet du Parti nationaliste chrétien (néonazi) de Sylvain Marcoux, avec qui le FAC semble en termes amicaux depuis l’époque de WLM. Nous avons de bonnes raisons de croire que Dinucci était à nouveau présent lors de la dernière édition de la Saint-Jean de Nomos, à Montréal le 23 juin dernier, qui se tenait pour une deuxième année consécutive dans les locaux de Lux Média, le projet de « réinformation » d’André Pitre. (Beauvais MacDonald y a quant à lui été aperçu l’année précédente.)

Le plus important à retenir ici est précisément que ces « activistes » néonazis qui se fantasment un rôle prépondérant dans une guerre raciale qu’ils imaginent imminente – du côté des croisés de la race blanche, bien entendu – font partie intégrante de l’écosystème de l’extrême droite au Québec. Bien qu’ils y soient encore relégués à la marge, ils y jouent définitivement un rôle, ne serait-ce que comme repoussoir pour les autres, qui peuvent à loisir se dépeindre comme « moins pires que ». Sans que tous leurs éléments spécifiques s’arriment nécessairement, il faut bien comprendre que tous les groupes et les courants mentionnés dans le présent article et dans les autres communications récentes de Montréal Antifasciste (des nazis 3.0 de WLM/FAC aux nationalistes ethniques de Nouvelle Alliance, en passant par les complotistes transphobes, les cryptofascistes de Nomos et les nationaux-socialistes déjantés du Parti nationaliste chrétien) occupent un espace particulier dans un seul et même écosystème, où ils tendent à se renforcer mutuellement.

Il importe aussi de rappeler le rôle clé que jouent certaines figures des médias dominants d’ici (est-il même besoin de les nommer?) pour normaliser l’extrême droite… en répétant aussi souvent que possible qu’elle n’existe tout simplement pas.

Qui forme le noyau dur du Frontenac Active Club?

Photo de groupe du Frontenac Active Club prise dans le garage de Martin Brouillette, à Rawdon, en janvier 2024. De gauche à droite: Martin Brouillette, Mathieu Grenier (à genou, t-shirt « Free Rundo »), David Barrette (debout derrière), Steven Khazanov et Raphaël Dinucci (à l’avant, t-shirt HTLR).

Raphaël Dinucci

Telegram : @Raph131
@adamm1313
Adresse : 5346 Pauzé, Laval QC H7K 2M5

Raphaël Dinucci est fort probablement le fondateur et le principal animateur du Frontenac Active Club. Il apparait d’abord sur notre radar en 2022 comme coadministrateur du canal Telegram White Lives Matter Québec, sous le pseudonyme de « Whitey », aux côtés de Yannick Lachapelle, alias « Nord-Est ». Ils forment en fait à eux deux le noyau dur de l’éphémère groupuscule.

Profil Telegram connu de Raphaël Dinucci.

Actuel profil Telegram de Raphaël Dinucci.

Dinucci se distingue dès le début par un activisme intense, notamment dans les rues de Laval, qu’il recouvre de stickers et de graffitis.

On comprend que cette petite crevette prématurée a eu 23 ans le 22 juillet dernier.

Après la sortie de l’article White Lives Matter : un nouveau projet néonazi fait des petits au Québec en mars 2022 et l’évaporation dans la nature de Yannick Lachapelle, Dinucci se retrouve seul aux commandes. Nous savons qu’il multiplie les liens avec des membres ontariens de WLM et Active Club, et c’est éventuellement à ce moment que lui vient l’idée et l’envie de passer à la vitesse supérieure et de fonder le Frontenac Active Club.

Dinucci se prend en selfie pour la chaîne Telegram du Frontenac Active Club, en citant le nazi belge Léon Degrelle.

Détail du tatouage de Raphaël Dinucci : une figure de loup surimposée dans une rune de Tir.

On le retrouve sur quasi toutes les photos des activités du groupe de Montréal et il est aussi celui qui s’occupe des relations publiques pour le FAC, que ce soit en rencontrant les membres du Parti Nationaliste Chrétien (PNC, basé à Drummondville), ou en participant aux différentes éditions de la « Saint-Jean de la Race » de Nomos-TV.

Il est présent le 2 avril 2023 au rassemblement de Sainte-Catherine avec David Barrette et Sylvain Marcoux (du PNC), et ils déploient quelques secondes une bannière « Sales pédos hors du Québec », qui leur est rapidement confisquée.

Il est toujours domicilié chez son père dans le secteur Auteuil de Laval.

David Barrette

Telegram : @NatSocSiD
Adresse : 863 rue Saint-Jacques, Saint-Jean-sur-Richelieu

David Barrette est un néonazi du clavier hyperactif depuis des années, principalement sous le pseudo @NatSocSid (il en a plusieurs autres), sur de nombreuses plateformes virtuelles, dont Telegram, Discord et le serveur IRC #Montreal du réseau de clavardage Undernet. Il est également actif sur YouTube, BitChute, TikTok et plusieurs autres plateformes. Il était déjà membre du groupe White Lives Matter en 2020 et a naturellement fait la transition vers le Frontenac Active Club à sa création, avec Dinucci et d’autres sympathisants.

Mesdames, à qui la chance?

Son activité et son implication au sein du FAC sont limitées en raison d’une blessure chronique à la cheville. Cela ne l’a pourtant pas empêché d’accompagner Raphaël Dinucci lors d’une aventure « in real life » à Sainte-Catherine le 2 avril 2023, aventure qui s’est soldée pour lui par une arrestation et des accusations de voies de fait (accusations retirées en mars dernier par les autorités, pour des raisons que nous ignorons). Nous croyons que ces déboires judiciaires ont refroidi son enthousiasme pour l’activisme politique, mais il reste très proche du noyau dur du FAC.

David Barrette, en fâcheuse posture, le 2 avril 2023, à Sainte-Catherine.

David Barrette habite à Saint-Jean-sur-Richelieu et travaille à Montréal dans le domaine des technologies de l’information, pour la compagnie Globotech Communications, spécialisée dans l’hébergement Web. Les renseignements que nous avons recueillis nous portent à croire qu’il se sert de sa position privilégiée au sein de cette compagnie pour y héberger de manière clandestine des sites et services à caractère antisémite, néonazi ou suprémaciste blanc, à même les serveurs de l’entreprise.

Profil Instagram de David Barrette, alias NatSocSiD.

David Barrette est gestionnaire chez Globotech Communications, à Montréal.

L’employeur de Barrette sera sans doute intéressé de connaître les activités extracurriculaires de son employé, voire de procéder à un examen minutieux des serveurs placés sous sa supervision.

Globotech Communications :

sales@globo.tech/support@globo.tech / abuse@globo.tech / NOC@globo.tech
Téléphone : (514) 907-0050 ou 1 888-482-6661
(À noter que Barrette reçoit lui-même les messages de demande de soutien et est susceptible de les filtrer; il est donc indiqué d’écrire à plusieurs adresses pour faire en sorte que le message se rende bien aux autorités compétentes…)

Martin Brouillette

https://www.facebook.com/martin.brouillette.7/
Telegram : @M_clean
Adresse : 5900 chemin Bélair, Rawdon, QC, J0K1S0

Nous avons eu les premiers échos de ce sinistre personnage en mars dernier, lorsque le comité Nous ne serons pas sages – un groupe grassroots formé pour contrer le ressac anti-LGBTQ et le soi-disant « Comité des sages » du gouvernement de la CAQ – nous a contacté pour nous signaler des menaces violentes et haineuses reçues d’un certain « Martin Leblanc ». Ce dernier disait vouloir « se rencontrer » pour « enlever des pédophiles et des trans de ce monde », et qu’il leur donnait « rendez-vous sur Fullum » (le lieu de la manif du Comité).  Dans un autre message, tout aussi violent, il se disait « fasciste, violent, près (sic) à faire le ménage », qu’il avait « déjà cracher (sic) sur des juifs et des gay » et qu’il voudrait « continuer [son] cheminement ».

Nous avons assez facilement retrouvé un « Martin Leblanc » sur Telegram (chaîne associée, « My Ancestral Calling »), avec un profil dont le caractère suprémaciste blanc ne laisse aucun doute (hommage à Hitler, etc.). Sa photo de profil le montre dans un gym dont les murs sont tapissés de symboles néonazis et d’un drapeau du Frontenac Active Club; c’est d’ailleurs le même gym qu’on aperçoit sur certaines photos publiées par le groupe sur sa propre chaîne.

Martin Brouillette dans le gym privé aménagé dans son garage, à son domicile de Rawdon. À noter, le tatouage d’un faisceau (symbole du fascisme) sur sa nuque et l’arrière de sa tête.

Martin Brouillette dans le gym privé aménagé dans son garage, à son domicile de Rawdon.

Martin Brouillette se vante d’avoir bâti son garage/gym durant la pandémie.

Ce profil nous a permis de trouver son vrai nom, Martin Brouillette  – dont le compte Facebook est illustré par la même photo de profil que le compte Telegram de « Martin Leblanc » – où celui-ci se décrit carrément dans sa bio comme « fasciste ».  (À ce propos, les robots de Facebook semblent de moins en moins capables de détecter les publications néonazies ou suprémacistes blanches, et même les profils qui écrivent « fasciste » en clair, en plus d’afficher du contenu haineux, ne semblent pas être détectés dans ce Meilleur des mondes placé sous le signe de l’intelligence artificielle.) 

Le compte Facebook de Martin Brouillette.

Les photos affichées par Brouillette sur sa chaîne Telegram nous enseignent également qu’il s’entraîne au gym Kanreikai Karaté Joliette, situé à Saint-Charles-Borromée. C’est par les mêmes moyens que nous avons pu déterminer que son gym privé, là où il invite ses potes fascistes à se rouler par terre, se trouve dans son propre garage, sur le chemin Bélair dans la municipalité de Rawdon. 

Martin Brouillette, membre du groupuscule néonazi Frontenac Active Club, prend la pose dans les locaux de Kanreikai Karaté Joliette.

Martin Brouillette, membre du groupuscule néonazi Frontenac Active Club, affiche discrètement ses couleurs à l’intérieur du club de karaté Kanreikai Joliette, sans doute à l’insu du sensei et des autres membres du club.

Kanreikai karaté Joliette
Contact : https://www.kanreikaijoliette.com/joindre/
Facebook : https://www.facebook.com/kanreikaijoliette/
Téléphone : (450) 753-7231

(Nous vous invitons à faire preuve de mesure et de politesse si vous choisissez de communiquer avec les responsables de l’école; il s’agit d’une entreprise légitime, a priori gérée par des personnes raisonnables dont nous n’avons aucune raison de croire qu’elles sont au courant des activités politiques de Martin Brouillette.)

Shawn Beauvais MacDonald

Telegram : @FriendlyFash

Eh la la, comme on dit dans le milieu… Cet abruti saucé est littéralement de tous les mauvais plans, à tel point que les autres nazis devront bien, à un moment donné, se rendre compte qu’il est toxique et que tout ce qu’il touche se transforme en marde. Il n’a en tous cas aucune notion de sécurité opérationnelle et vit sa petite vie de nazi comme un livre ouvert, ce qui expose tôt ou tard ses petits camarades. Que dire encore sur cet énergumène que nous n’ayons pas déjà dit 100 fois?

Nous soupçonnions déjà depuis avril 2023 que Beauvais MacDonald jouait un rôle, soit au cœur, soit en marge du FAC, mais nous n’en avions aucune preuve. En avril dernier, il a toutefois commencé à s’afficher à visage découvert avec le groupe sur son compte Telegram, suite à quoi celui-ci a décidé d’en faire un poster boy sur sa propre chaîne Telegram. Il a récemment pris une place plus centrale au sein du groupe. Il convient de remarquer que son arrivée dans le décor a coïncidé avec une séance d’entraînement au jiu-jitsu tout juste devant une synagogue dans le quartier Côte-des-Neiges de Montréal.

Shawn Beauvais Macdonald est désormais, littéralement, une figure centrale du Frontenac Active Club.

Shawn Beauvais Macdonald pose avec ses camarades du Frontenac Active Club à Montréal, en juillet 2024.

Accessoirement, Beauvais MacDonald semble récemment plus que jamais en roue libre. On nous signale qu’il a été plus d’une fois aperçu en public à proférer des menaces contre des personnes l’ayant reconnu (qu’il assimile évidemment aux « antifas »). De plus, il semble s’être acoquiné avec la jeune Sandrine Girardot, de Châteauguay, qui s’est tristement fait connaître en mars dernier pour avoir commis une série de graffitis haineux dans cette ville, notamment sur son propre immeuble à logements. Cette dernière a elle-même publié sur ses comptes de médias sociaux une série de publications et de vidéos complètement déjantées où l’on aperçoit avec Shawn Beauvais MacDonald dans divers quartiers et dans le métro de Montréal, agressant verbalement des passant·es avec des invectives et des insultes racistes et homophobes, criant leur admiration pour Adolf Hitler et faisant des saluts nazis, hilares.

Lorsque nous avons signalé publiquement ce rendez-vous galant de néonazis en goguette, Beauvais MacDonald a répondu en formulant des menaces explicites :

… si on demandait à un robot conversationnel de produire un message de menaces dégoulinant de masculinité toxique, comme en ferait un néonazi stéroïdé de 40 ans salivant sur une jeune femme de 23 ans visiblement dans un état de grande fragilité mentale.

Mathieu Grenier

Mathieu Grenier utilise l’alias « @matthewattic » sur Telegram. Nous savons peu de choses de lui, hormis qu’il est roux et qu’il fut jadis impliqué dans le (très éphémère et essentiellement virtuel) groupe Proud Boys de Montréal. Il a récemment fait un voyage à Marseille, où il a socialisé avec des fachos locaux.

Steven Khazanov

Khazanov utilise l’alias « @stvjms » sur Telegram.  Il vit sur la rive-sud de Montréal et a participé à plusieurs activités du Frontenac Active Club au cours de la dernière année.

Sa photo de profil sur Telegram le montre s’entraînant dans les installations extérieures du Parc de la Cité, à Saint-Hubert. Il est domicilié au 3133, rue Ovila-Hamel, à Saint-Hubert.

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Afin de ne pas nuire à nos enquêtes, nous avons choisi de ne pas inclure tous les renseignements dont nous disposons dans cet article. Nous continuons bien sûr à recueillir des renseignements sur les membres actifs du Frontenac Active Club. Si vous avez des renseignements sur ces individus ou d’autres rattachés au groupe ou évoluant dans ce milieu, n’hésitez pas à nous écrire à alerta-mtl@riseup.net.

L’espoir c’est la lutte : Retour sur la manif de soir du 19 juillet

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Août 012024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le 19 juillet, lors d’une nuit calme, plus de 60 personnes se sont rassemblées au centre-ville de Montréal afin de manifester pour la Palestine. La manifestation a été annoncée sans l’aide des médias sociaux, de sorte qu’aucune présence policière n’était visible sur le lieu du rassemblement. Le récit qui suit provient de quelques participant-es à la manifestation. Nous espérons faire comprendre à celleux qui n’étaient pas là ce qui s’est passé et faire quelques suggestions pour la prochaine fois.

Vers 22 heures, la manifestation s’est mise en marche, une bannière annonçant « L’espoir c’est la lutte » à côté d’un cercle A, et une bannière indiquant « Libération des peuples, libération de la terre » en queue de cortège. Serpentant dans les rues sous les gratte-ciel et les slogans, l’énergie de la foule augmentait progressivement à mesure que nous nous acclimations à l’étrange réalité : pas de flics à vélo, pas de flics anti-émeute, pas de flics devant, derrière ou sur les côtés, juste nous et nos ami.e.s et camarades, et leurs ami.e.s et camarades, et les leurs, notre black bloc et keffiyeh bloc nous protégeant de la centaine de caméras de surveillance enregistreant  inlassablement notre déambulation.

La manifestation a duré seize minutes. Des feux d’artifice ont été allumés à l’arrivée au Square Victoria, où se trouvait le camp Al-Soumoud, démantelé deux semaines auparavant. Les manifestant.e.s ont rapidement commencé à briser les vitrines des banques, ciblant une CIBC et une Banque Scotia. Dans le sens inverse de la circulation sur Saint-Jacques, nous avons été accueillis avec enthousiasme par les fêtards du vendredi soir, qui sont descendus dans la rue pour applaudir, et par les automobilistes qui ont baissé leur vitre pour féliciter les militant.e.s vêtus de noir. Certains passants ont commencé à suivre la manifestation avec enthousiasme alors qu’elle se dirigeait vers la Caisse de Dépôt et Placement du Québec (CDPQ). La CDPQ, qui avait été pointée du doigt par le camp Al-Soumoud un peu plus tôt, a investi 14 milliards de dollars dans des entreprises complices du génocide en Palestine. Bien que ses fenêtres semblaient difficiles à briser, plusieurs d’entre elles ont été graffés, d’autres ont volé en éclats et un fumigène a été lancé par une ouverture dans un espace de bureau, déclenchant avec un peu de chance les gicleurs et causant des dégâts d’eau.

Les sirènes de police sont visibles et entendues de plusieurs directions, mais avant que les commandants du SPVM ne comprennent ce qui se passe, la foule se disperse et disparaît dans la nuit. Il n’y a eu aucune arrestation et personne n’a été blessé.

Alors que les médias de masse ont ignoré la manifestation, des vidéos montrant la marche et les actions directes ont circulé largement sur les médias sociaux, y compris sur un compte en langue arabe avec des centaines de milliers d’abonnés.

La lutte locale en solidarité avec la Palestine a vu une grande variété de tactiques testées en peu de temps au cours des neuf derniers mois. Les manifestations nocturnes organisées sans inviter la police sont une nouveauté dans ce contexte. Nous pourrions envisager d’en faire plus souvent.

Une semaine plus tôt, le 12 juillet, le SPVM a envoyé des policiers anti-émeute pour encadrer les deux côtés d’une petite manifestation nocturne annoncée sur les médias sociaux suite au démantèlement du camp de McGill. Les policiers sont entrés dans la rue le long de la marche et ont préventivement attaqué une bannière de côté, arrachant la bannière des mains des gens, distribuant des coups de matraques et déployant d’énormes quantités de poivre de cayenne. La ténacité de la foule était impressionnante, mais il n’a pas été possible de surmonter ce degré de violence policière et de commencer à transformer la manif en quelque chose de plus grand. Un rôle que peut jouer une manif de nuit sans police est de répondre à de tels événements, en soignant nos esprits militants et en réparant notre confiance, tout en démontrant que le SPVM met ses unités en danger pour rien en intimidant et en réprimant brutalement les manifs, car nos cibles se feront fracasser de toute façon.

Nous souhaitons également réfléchir à la manière dont les différentes formes de manifestations permettent plus ou moins d’aller au-delà de nos réseaux existants. Ce qui est frappant dans les interactions avec les passants enthousiastes le 19 juillet, c’est que la présence policière imposante habituelle lors d’une manifestation combative aurait rendu ces interactions impossibles. La police qui contrôle la circulation redirige généralement tous les véhicules loin d’une marche, et l’ampleur et l’agressivité des unités de police de tous les côtés d’une manifestation sont extrêmement intimidantes, limitant les possibilités d’action dans l’esprit des personnes à l’extérieur – et objectivement. Aucun civil non préparé et sain d’esprit n’essaierait de se joindre à nous. Sans la séparation imposée par la police, nous pouvons imaginer faire davantage à l’avenir pour permettre aux passants volontaires de se joindre à nous et prendre la rue. Il pourrait s’agir d’apporter une réserve de masques à distribuer, de les inviter explicitement à rejoindre la manif et de partager rapidement toute information importante en matière de sécurité de façon amicale avec les personnes qui se joignent à nous.

Un certain nombre de fenêtres sur le parcours de la manif ont malheureusement résisté aux coups de marteau et de roches. Cela soulève la question des outils. Les morceaux de porcelaine comme projectiles sont plus efficaces pour briser les fenêtres que les marteaux ou les roches. Ils sont également plus difficiles à trouver (demandez à un camarade), et il faut faire plus attention en les lançant pour éviter de blesser quelqu’un. À l’avenir, les « équipes marteau » pourraient peut-être faire la première tentative et, si la cible s’avère trop difficile, la confier à une « équipe porcelaine ».

L’enthousiasme suscité par cette nouvelle tactique montre que la communauté est à la recherche d’un nouveau format pour les manifestations. Au-delà des vitrines brisées, l’exploration de ce que les groupes autonomes peuvent faire dans les manifs sans la police laisse entrevoir de nouveaux horizons. Nous pouvons tester de nouvelles tactiques et des mélanges d’anciennes, ou même les délais de réponse de la police dans différentes zones stratégiques de la ville. Nous pouvons également améliorer notre rapidité et notre aisance à employer différentes tactiques afin de ne pas tenter des choses pour la première fois avec des flics dans le dos.

Avec les défis de ces derniers mois dans les manifestations annoncées sur les réseaux sociaux, même dans les contingents, peut-être que ce nouveau format peut aussi être vu comme une stratégie de mobilisation. Si nous jouons bien nos cartes, nous pouvons l’utiliser pour parler au public, en diffusant des idées et des pratiques anarchistes, de sorte que lorsque nous nous présentons en tant que contingent dans une manifestation publique, nos orientations sont connues de celleux qui nous entourent, qui pourraient être plus encouragé.e.s à nous rejoindre dans les actions. Avec un peu de chance, cela nous permettra de trouver un équilibre, d’être prêt.e.s à augmenter les enjeux et à être stratégiques dans la mise en œuvre d’un plan réussi, ainsi que d’être prêt.e.s à répondre de manière combative à la violence policière dans les grandes manifestations publiques aux côtés de centaines ou de milliers d’autres personnes. 

Le vendredi a permis de remonter notre moral, de renforcer la confiance et de consolider nos liens de complicité. Nous devons trouver des occasions de remporter des victoires, même minimes, et les célébrer. La même tactique peut être utilisée à des moments stratégiques tels qu’un événement majeur dans la ville, pour atteindre des objectifs stratégiques à court terme, ou en réponse à une répression policière importante.

La Bibliothèque de menaces traduite en français

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Juil 092024
 

Du No Trace Project

La Bibliothèque de menaces est une base de connaissances des techniques répressives de l’État, de mesures que l’on peut prendre pour y faire face, et d’opérations répressives où elles ont été utilisées. Publiée en 2023 en anglais et régulièrement mise à jour depuis, elle est désormais disponible en français sur le site du No Trace Project.

La Bibliothèque de menaces est aussi un outil de modélisation de menaces, un processus qui consiste à identifier de potentielles menaces en provenance d’adversaires (l’État, des groupes fascistes…) pour pouvoir ensuite identifier et prioriser des mesures à prendre face à ces menaces. Si vous participez à des actions ou projets subversifs, vous avez probablement déjà l’habitude de réfléchir à comment minimiser les risques posés par diverses menaces. La modélisation de menaces formalise ces réflexions pour les rendre plus organisées et systématiques.

La Bibliothèque de menaces, qui recense actuellement 23 opérations répressives réparties dans 10 pays, est un outil d’anti-répression aux ambitions internationales. Ses futures mises à jour seront disponibles simultanément en français et anglais, et nous espérons la traduire dans de nouvelles langues dans les années à venir. N’hésitez pas à nous contacter pour toute contribution, critique, ou proposition de traduction.

No Trace Project

Davantage de notes à propos du 6 juin 2024

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Juil 032024
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Un court résumé des événements du 6 juin 2024

Aux alentours de 16h, des manifestant•es étudiant•es entrent dans le pavillon James (l’administration) de l’université McGill dans le but de perturber la réunion du Conseil des Gouverneurs (CdG), s’opposant à leur complicité dans le génocide de Gaza. Le CdG est l’instance la plus haute de l’université et c’est elle qui décide où les fonds de dotation sont investis, incluant des compagnies israëliennes, sionistes et d’armement. Des centaines de manifestant•es forment alors un rassemblement autour du bâtiment, quelqu’un•es construient des barricades improvisées avec des clôtures et du mobilier. Une heure plus tard, à la demande de l’administration, une forte présence policière se présente sur le campus, incluant une douzaine de polices antiémeute. Ces derniers prennent le contrôle de l’allée est du bâtiment et tout en prévenant les manifestant•es de protéger l’entrée nord (l’arrière), les confinant donc au côté sud (l’avant) du bâtiment.

Autour de 18h30, les flics entrent la bâtiment à partir de l’entrée arrière. Ils procèdent alors à l’arrestation des manifestant•es à l’intérieur, qui essayent, du mieux qu’illes peuvent, de barricader la salle dans laquelle illes sont. En même temps, les flics attaquent brutalement la manif de support, utilisant leur matraques, poivre de cayenne et gaz lacrymo pour disperser les manifestant•es, qui n’ont abandonnerons pas sans se battre.

Un moment particulièrement drôle capturant Deep Saini se cachant de ses étudiant•es, réfugié derrière le personnel de l’administration au moment de l’expulsion.

Le niveau de violence policière a pris au dépourvu plusieurs manifestant•es: les flics tirent des gaz lacrymos et des balles de caoutchouc au niveau de la tête, visant intentionnellement les personnes avec leur gaz lacrymogènes et utilisant de grande quantité d’irritants chimiques.

À 19h45, une manif débute au campement de l’UQAM (une autre université) pour se rendre à McGill. La marche symbolise la fin du dit campement et est annoncé quelques jours avant; elle n’est donc pas en réaction à l’occupation du pavillon James, mais l’occasion a peut-être nécessité une modification à l’itinéraire, qui sait. La contestation serpente au travers du quartier de Milton-Parc, essayant d’atteindre le bâtiment d’administration, mais leurs tentatives sont contrecarrées par la police qui les suit en bloquant les rues. Finalement, la manif essaye de briser la ligne de flic sur la rue Milton, quelques centaines de mètres à l’est du bâtiment James. Les manifestant•es sont reçu violemment avec du poivre de cayenne des flics en vélos, backé par l’antiémeute. Dans la confusion qui s’ensuit, les manifestant•es courent, et de quelconque manière, atteignent le campus inférieur (lieu où se situe le campement). 

Tranquillement, le monde de l’UQAM se regroupe là et joignent leur forces des gens de McGill. Ceux•ses qui sont encore en état recommencent à marcher, ne se laissant pas abattre par la pluie torrentielle. La manif serpente une autre fois les rues, les antiémeutes bloquant de toute évidence le chemin qui pourrait les mener au James. Une fois sur Sherbrooke, une vitre de la banque Scotia est éclatée. La manif continue, déambulant dans Milton-Parc et se dirige vers l’est, elle se disout éventuelement sur St-Laurent.

Quelques réflexions

L’auteur•e de ces réflexions applaudit tout le monde qui a participé à l’occupation ou aux manifestations, et espère que les pensées qui suivent ne seront pas prises comme des critiques défaitistes, mais plûtôt des idées à réfléchir, discuter et débattre pour aller de l’avant.

    1    Sur la communication: annoncer publiquement la réunion du CdG sur les réseaux sociaux aurait rendu l’occupation du James impossible, l’admin aurait appelé les flics en prévention et la réunion se serait déplacé en ligne. Toutefois, je pense encore qu’il aurait été utile si les gens de McGill avaient partagé cette info avec des camarades uqamien•nes de confiance. D’une part, ça leur aurait permis de devancer l’heure de leur rassemblement pour pouvoir rejoindre la manif de support à temps. Ça l’aurait aussi facilité l’échange d’informations et de matériel, à savoir des cordes permettant aux occupant•es de s’échapper aux travers des fenêtres et des objets pour bloquer la porte arrière. Sur le dernier point, je pense que plus de travail de renseignement aurait dû être fait pour s’assurer que chaque entrée soit géré.

    2    Sur les conditions métérologiques: la grosse pluie a créé des conditions uniques qui a eu son lot de réussites. Même si la température a pu en décourager plus d’un•e à assister au rassemblement, elle a atténué la portée du poivre de cayenne et des lacrymos et justifié la présence des parapluies. Bien sûr, les lunettes et les masques se sont prouvés utiles cette journée là. Le vent était aussi au rendez-vous: des vidéos montrent des flics antiémeute se poivrer eux-même à cause de cela. Les conditions météorologiques et le relief du terrain (élévation, obstacles) semblent encore être des zones relativement non explorés en terme d’organisation de manifestation.

    3    Sur les objectifs: la manif de l’UQAM et subséquemment celle de Lower Field avaient apparemment pour but de se rendre au James. À mon avis, autre que sa signification symbolique, cet objectif fait peu de sens, considérant que les flics avaient déjà envahi le bâtiment avant même que la manif ne soit commencée. De plus, les longs chemins sinueux n’aidaient pas à se rendre à la destination, les flics sachant constamment où nous allions. Néanmoins, la tenacité et la témérité des manifestant•es est un élément à prendre en considération et à saluer. Des camarades plus âgés ont dit que la manif leur rappelait les manifs de soir combatives de 2012.

    4    Sur la composition de la manifestation: le contingent UQAM a eu quelques confrontations avec la police, intransigeante à nous prévenir de nous rendre au James. Comme expliqué au dernier point, j’ai encore de la difficulté à comprendre l’objectif. Cependant, il y aura peut être un moment dans le futur où des confrontations similaires se prouveront cruciales pour parvenir à nos buts. Je partagerai donc mes takes sur les deux confrontations notables:

    •    La première est survenue avec les flics à vélo qui empêchaient d’avancer davantage sur la rue Prince-Arthur. Après s’être arrêté pendant un petit bout, les manifestant•es se sont avancé•es vers les flics en criant « Bouge! », pour leur donner un goût de leur propre médecine. Quelques roches furent lancés, de manière désinvolte. Malgré l’aspect comique à la situation, les flics n’ont pas cédé, quelques-uns déployant du poivre de cayenne et d’autres menaçant la foule avec leurs vélos. La manif a donc rebroussé chemin. Selon moi, la manif n’a pas foncé assez rapidement pour instiller une peur psychologique chez les flics. C’est comprenable, les manifestant•es n’avaient pas beaucoup d’équipements à leur disposition pour neutraliser les bicyclettes.

    •    La seconde confrontation s’est déroulé sur la rue Milton, où des vans de police étaient déployées tout le long de la rue, réduisant la mobilité pour les deux côtés. Encore une fois, les manifestant•es ont confronté les flics à vélo, mais cette fois-ci avec contact, leur détermination s’étant durçi. Les trois premières rangées tenaient respectivement les items suivants: bannières, parapluies et mâts de drapeau. Les manifestant•es ont tenu la ligne pendant un bout, mais elle tomba en désarroi après l’usage intensif du poivre de cayenne de la part des flics et l’arrivée de la police antiémeute. Je crois qu’avec plus d’entraînement, discipline et expérience, les manifs pourraient rester groupées en attendant l’arrivée des médics ayant la tâche de s’occuper des personnes qui se sont fait poivrés. Cela préviendrait le retrait désorganisé et individualisé qui s’ensuit habituellement. Je crois aussi que faire déborder la manif sur les trottoirs et attaquer leurs flancs (tout en laissant une route de sortie pour les flics) serait plus stratégique. 

Il vaudrait la peine de réfléchir à une autre tactique lorsque les flics bloquent l’entrée d’une zone, celle de séparer la foule en deux groupes ou plus, à condition que les groupes restent assez gros. Chacun prendrait une route différente pour essayer d’étendre et affaiblir le dispositif policier. Cela permettrait aux manifestant•es d’augmenter la zone occupée, par exemple le nombre de personnes qui font face à la police au lieu d’attendre au milieu de la foule. Il va sans dire que le succès de tels manoeuvres nécesitterait préalablement un entraînement et une communication constante entre les groupes.

5 Être comme l’eau: notre force réside dans notre habileté à être partout et n’importe où, que ce soit à une manif ou dans d’autres actions. Selon plusieurs camarades, la priorité des flics antiémeute semblait être de protéger le bâtiment James. Cela limitait leur portée de mouvement, et d’autres type de polices semblaient plus intéressés à suivre la manif que de protéger d’autres cibles potentielles, comme la Banque Scotia. Plus largement, ces événements illustrent une assymétrie entre les gens et les forces de l’État: la première, tel une cavalrie des steppes, a plus de difficulté à défendre un endroit, mais est plus agile; la dernière, tel une infanterie lourde, est plus forte dans les confrontations directes (à moins d’avoir un désavantage numérique significatif), mais est moins mobile. Alors que la police a plusieurs types de véhicules à sa disposition, ils peuvent être ralentis en mettant des objets dans la rue. Je suis conscient•e que cette pratique a une mauvaise réputation parce qu’elle ne ralentit pas vraiment les flics antiémeute et peut être un risque de trébuchement pour nous. Ceci étant dit, dans des rues plus étroites, elle s’est montrée efficace pour créer une distance entre les flics à vélos et les vans, donnant aux manifestant•es du temps pour se regrouper après une déroute.

Au-delà du campisme

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Juil 022024
 

De Mauvais Sang

Alors que le massacre insupportable à Gaza par Tsahal et ses milliers de morts continue et prend actuellement une tournure encore plus abjecte avec l’offensive sur Rafah, le climat actuel dans le milieu politique nous a poussé à écrire cet article pour redire quelques observations qui devraient être des évidences pour tout révolutionnaire anti-autoritaire : comme dans tout endroit existant sur cette planète, il existe en Israël comme en Palestine, nombre de personnes en lutte contre les différents pouvoirs qui les oppriment.

En Israël des manifestations s’enchaînent tous les week-ends depuis plusieurs mois pour réclamer un cessez-le-feu, et demander le départ de Benjamin Netanyahu et de son gouvernement, accusés de continuer une guerre inutile et meurtrière à Gaza pour se maintenir au pouvoir, tout en empêchant la libération des otages israéliens détenus par le Hamas par leur volonté de poursuivre aveuglément les combats.

Si les massacres qui se sont déroulés lors de l’attaque dirigée par le Hamas le 7 octobre dernier avaient choqué le pays et fait croire à une courte période d’union nationale, les contestations s’étaient rapidement élevées dès mi-octobre 2023 pour réclamer à l’État d’avoir pour priorité la libération des otages. Alors que le gouvernement israélien s’est entêté à poursuivre la guerre, occasionnant des dizaine de milliers de morts, ces manifestations en soirée se sont intensifiés jusqu’à faire descendre des dizaines de milliers de personnes dans la rue. Le 6 mai dernier, dans la manif’ la plus massive depuis des mois, des protestataires ont bloqué l’autoroute Ayalon, allumant des feux sur leur passages, et certains manifestants ont assailli l’entrée du Ministère de la Défense avant d’être repoussés par la police.
Ces manifestations viennent rappeler le mouvement de contestation qui avait provoqué des grèves massives et fait sortir plusieurs centaines de milliers de manifestants l’an dernier, et ce jusqu’en septembre 2023, contre la réforme de la justice. Il s’était élargi en partie à la contestation de la politique mené par le gouvernement israélien vis-à-vis des palestiniens, mais aussi à la montée de l’influence politique des mouvements d’extrême-droite sionistes ou religieux ultra-orthodoxes. Lors de certains de ces rassemblements, considérés comme faisant partie des plus massifs de l’histoire du pays, les participants étaient parvenus à plusieurs reprises à bloquer des autoroutes importantes, parfois dans plus de 150 endroits à travers Israël, des voies maritimes, et à un des moments culminants du mouvement en termes d’intensité, à s’approcher de la résidence de Netanyahu.

Aujourd’hui, les opposants à la réforme judiciaire, les familles des otages et les refuzniks, les jeunes israéliens qui refusent le service militaire obligatoire et sont pour ceci passibles de prison, se mêlent dans la rue. Le gouvernement, usant de la vieille et habituelle rhétorique nationaliste d’union sacrée, a dénoncé ces manifestations comme un « cadeau » fait par les israéliens au Hamas, tandis que la police a réprimé brutalement les rassemblements et arrêté plusieurs dizaines de personnes ces dernières semaines, dont des membres de familles d’otages, notamment pour « incitation à l’émeute ».
Solidarité aux interpellés de ces nuits là et à tous ceux qui luttent en Israël contre l’État, la répression policière et la militarisation.

Depuis qu’il a pris le pouvoir sur le mouvement nationaliste laïc du Fatah en 2007, le Hamas cherche à imposer sur Gaza, par l’application de la charia, son idéologie fondamentaliste religieuse et réprime durement toute contestation de son autorité sur ce territoire déjà éprouvé par le blocus israélien.
Cela n’empêche pourtant pas les gazaouis de se soulever contre le Hamas, sa mainmise sur les ressources économiques ou ses « comités moeurs » qui surveillent l’application des restrictions religieuses. Depuis une dizaine d’années, des manifestations et émeutes font irruption dans l’enclave palestinienne. Des manifestations de grande ampleur avaient eu lieu à plusieurs reprises dans la ville de Gaza en 2015 et en 2017 notamment pour protester contre les incessantes coupures d’électricité, dont le réseau et l’approvisionnement était partiellement contrôlé par le Hamas et le Fatah à l’époque. En 2019, les gazaouis avaient pris la rue en bloquant les routes et en enflammant des pneus pour protester contre les taxations imposées par le Hamas sur des produits de nécessité et contre les conditions de vie inhumaines, entre pauvreté, chômage, pénuries et enfermement, alors que les dirigeants du Hamas ne vivent pas à Gaza et que ses gradés profitent de positions très privilégiées par rapport au reste de la population. En juillet-août 2023, des protestations dans les villes de Gaza, de Rafah, de Khan Younès et dans les camps de réfugiés de Jabalyah et Nusseirat, ont réuni des milliers de palestiniens, après notamment de nombreux appels relayés par le compte Instagram anonyme « Virus Al Sakher » ou « Virus moqueur ». Les palestiniens manifestaient contre les conditions de vie atroces imposées par l’armée israélienne mais aussi contre le pouvoir local du Hamas, dont les partisans ont été la cible de jets de pierre et ont vu leurs drapeaux verts brûlés par les émeutiers. Les gazaouis chantaient notamment « Le peuple veut renverser le régime ».

Face à ces manifestations, le Hamas et sa police ont toujours répondu par une forte répression, en tabassant les émeutiers et en les mettant en prison, en tirant en l’air ou sur la foule. Le Hamas a constamment empêché la propagation des images et des appels sur les réseaux sociaux, même si nombre de témoignages nous sont parvenus et sont chaque jour partagés. Il a aussi, depuis sa prise de pouvoir, condamné à mort et/ou exécuté plusieurs palestiniens, et a beaucoup usé le motif de « collaboration avec Israël ». Le Hamas a en général cadenassé l’expression des désaccords dans l’enceinte de la bande de Gaza, avec une surveillance accrue des gazaouis matérialisé par : les Services de sécurité générale et de ses fichiers sur chaque individu où sont recensés ceux qui ont participé aux manifestations de 2023 ou ceux ayant jugé « immoral » ; un réseau d’informateurs étendu et un encouragement à la délation.

Solidarité avec tous ceux qui à Gaza, en plus de subir les assauts meurtriers répétés de Tsahal et le blocus israélien, descendent dans les rues contre l’autoritarisme militaire et religieux du Hamas.
Les faits rappelés ici montrent qu’en Israël ou en Palestine, des individus se sont toujours battus et se battent toujours contre ceux qui tentent de contrôler leurs vies, qu’ils soient des soldats et des politiques de l’État israélien ou des partisans du proto-État du Hamas (ou même avant, du Fatah). Ces révoltés semblent pour la gauche campiste ne pas exister, tant la volonté est grande d’assimiler tout ce monde à son gouvernement respectif pour maintenir intact son idéologie.

Depuis le 7 octobre, une partie de la gauche et des aires subversives françaises et internationales se vautrent dans un campisme des plus débilitant. Alors que la droite et l’extrême-droite soutiennent de manière obscène le gouvernement israélien, Tsahal, et leur « droit » à la riposte militaire et aux massacres, la gauche sous anti-impérialine, des bouteldjistes de Paroles d’Honneur à Solidaires en passant par les trotskystes, a répondu par un soutien, « critique » ou pas, à ceux qui sont supposés être « le camp des palestiniens », en l’occurrence le Hamas, présenté comme étant la « résistance palestinienne ». Enfin LFI, qui soigne sa période électorale, tire son épingle du jeu en se présentant comme le parti défenseur des opprimés, après avoir fait maintes fois preuve de positions ambiguës sur la Syrie de Bachar al-Assad ou sur le génocide des Ouighours par la Chine.

Hors des plateaux-télés, les occupations étudiantes se succèdent et certaines des revendications qui y sont portées nous interrogent : l’arrêt des poursuites contre les étudiants mobilisés ne nous pose absolument aucun souci, mais une autre revendication qui revient concerne l’arrêt des partenariats avec les universités israéliennes, notamment parce que celles-ci auraient des filières en lien avec l’armée israélienne. Assez cocasse de la part d’étudiants de Science Po, dont une grande partie constitue les futurs politiques, ambassadeurs, bureaucrates des cabinets ministériels, qui collaboreront bientôt avec leur État et leurs armées et tous ceux du monde, quand ils auront enfin fini de boycotter des triple-cheeses. Si cette revendication était obtenue, cela reviendrait à empêcher notamment tout échange universitaire pour les israéliens désirant se rendre en France, peu importe ce que ces israéliens pensent de leur gouvernement, qu’importe apparemment si ces derniers sont des refuzniks ou des émeutiers ayant combattu l’État israélien depuis le printemps dernier ou plus longtemps encore. Récemment, un appel a été lancé à Paris pour demander l’annulation de la venue des exposants israéliens lors d’un salon de l’industrie de l’armement à Paris (« Aucune arme israélienne à Eurosatory »). L’antimilitarisme serait-il devenu sélectif, en fonction du pays qui utilise-vend-achète les nouvelles technologies militaires qui serviront à tuer tous azimuts ? Y a-t-il maintenant les bons et les mauvais missiles ? A-t-on enterré l’internationalisme le plus élémentaire pour de bon ?

Pire encore, une partie de ceux que nous avons cités se baignent lamentablement dans un antisémitisme sous couvert d’antisionisme dans la plus pure tradition soviétique (ou sorialienne). On en viendrait presque à confondre certaines déclarations de gauche avec des saillies dieudonnistes, surtout quand d’aucuns, perdurant ainsi la longue tradition de l’antisémitisme de gauche, viennent accuser de « sionistes » ceux qui critiquent une rhétorique confusionniste ou antisémite de la part de leurs idoles gauchistes qui reprennent le vieux poncif des « juifs nouveaux nazis » ou du lobby sioniste qui contrôle le monde. Ou que d’autres viennent déballer leur nouvelle forme de négationnisme pervers en affirmant que le nazisme ne fut pas « nécessairement antisémite » (vu sur Twitter).

Nous rappelons ici à ces raclures que critiquer Israël, ses massacres, sa colonisation en Cisjordanie et sa politique générale envers les palestiniens est possible sans en appeler à la référence sensationnaliste aux nazis, qui avaient une spécificité assez essentielle : vouloir éradiquer les Juifs (ce qui ne les a pas empêché d’exterminer d’autres impurs et indésirables du IIIème Reich).

En faisant ceci, ces raclures ne rendent service ni aux gazaouis et aux initiatives de soutien, ni à la lutte contre l’antisémitisme.

De l’autre côté de l’échiquier politique, le RN, parti de racelards créé par d’anciens collabos et Waffen-SS, se sent maintenant de tenter de faire gober à tous qu’il est un parti protecteur pour les juifs, en déversant par la même occasion sa bile contre les immigrés maghrébins et arabes.

Quelle époque détestable mais qui ressemble finalement à toutes les autres : comme toujours, la gauche comme la droite nous donnent envie de gerber.

Les actes antisémites ont augmenté partout en flèches et, devant la banalisation, à gauche notamment, de discours, d’actions ouvertement antisémites ou flirtant avec, il nous semble plus que jamais nécessaire de marquer une rupture.

Par ces quelques observations, nous voulons rappeler que la stratégie qui consiste à amalgamer les individus aux États ou aux organisations qui les oppriment est une arnaque factuelle et conceptuelle la plus complète, la réalité ayant toujours contredit ces analyses, et qu’elle équivaut à donner absolution à ces mêmes États, tant ces derniers se frottent les mains en voyant leurs discours si proprement diffusés.
S’il doit sans doute être difficile de penser à autre chose qu’à sa survie quand on est sous les bombes comme les gazaouis le sont actuellement, s’il est sur qu’il est de plus en plus ardu en Israël, où le pouvoir politique mène une intense propagande de guerre et d’union sacrée, de résister aux sirènes nationalistes, nous savons qu’il existe toujours une potentialité pour la révolte là-bas, des deux côtés de la frontière. Il est une nécessité pour les révolutionnaires d’ici et de partout d’affirmer en solidarité que la défense d’un drapeau national n’a jamais émancipé personne dans ce bas-monde et que la bataille ne se mène pas entre nations, entre religions, entre « peuples » mais qu’elle se mène contre ceux qui nous exploitent et nous oppriment, qu’ils soient soldats, religieux, démocrates ou capitalistes !