
Soumission anonyme à MTL Contre-info

Soumission anonyme à MTL Contre-info
Dépliant bilingue / affiche 8.5″ x 11″ noir et blanc
Voir aussi : Grevedesloyers.info
Les pauvres, les sans-emploi, les précaires, les sans-papiers, les travailleur.ses à contrats et autres travailleur.ses — nous tous et toutes qui joignons les deux bouts un mois à la fois — nous ne serons pas en mesure de payer notre loyer ce 1er avril. Beaucoup d’entre nous avions déjà de la difficulté à payer le loyer avant que cette crise ne frappe, et accumulons probablement déjà du retard. Dans une perspective d’action directe et de solidarité sociale, TOUTES ET TOUS les locataires peuvent refuser de payer leur loyer ce 1er avril.
Même si vous avez les moyens de payer votre loyer, vous joindre à la grève est essentiel pour soutenir ceux et celles qui ne le peuvent pas. Nous devons être une masse critique de gens à participer afin de rendre la situation intenable et d’empêcher les autorités de nous réprimer.
Ensemble :
L’urgence du moment en appelle à une action collective décisive. Protégeons-nous et prenons soin de nous et de nos communautés. Maintenant plus que jamais, nous devons refuser l’endettement et l’exploitation. Les locataires ne doivent pas être forcé.es de payer le prix d’une crise sanitaire collective.
*En dernier recours, si les activités régulières de la Régie recommencent et que vous êtes convoqué.es à une audience d’expulsion, vous pouvez éviter l’expulsion en payant, sur le coup et en argent comptant, tous les loyers non-payés ainsi que les frais supplémentaires, tant que vous n’avez pas souvent payé votre loyer en retard. Mais si nous sommmes assez nombreux.ses à faire grève, nous pourrons nous supporter mutuellement et rendre impossible le déroulement normal des expulsions. De l’information juridique supplémentaire suivra. [Voir Enjeux légaux ; NdMTLCi]
greve_loyers_mtl@riseup.net
? POUR UN MONDE SANS LA PIRE DES ÉPIDÉMIES : PATRONS, PROPRIOS, FLICS ?
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Voir aussi : Grevedesloyers.info
De Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours
Pour soi. Pour les autres. Parce que la lutte doit continuer, maintenant et après. Pour foutre en l’air ce monde, mais sans précipiter la catastrophe.
Pour les personnel·le·s des hôpitaux qui depuis des nombreuses années déjà bossent dans des conditions dégradées et vont prendre des risques énormes avec des moyens dérisoires [1].
Pour toutes celles et tous ceux privé·e·s de leurs libertés parce que n’ayant pas les bons papiers [2] ou ayant enfreint les lois faites d’abord pour réprimer les classes populaires [3].
Pour celles et ceux qui n’ont ni toit,ni travail, ni revenu et risquent de plonger encore plus dans la misère et l’isolement.
Pour celles et ceux qui n’ont pas de contrat de travail et se retrouve du jour au lendemain sans revenu.
Pour celles et ceux qui continuent de bosser à l’usine comme ailleurs parce que le télétravail n’existe pas. Il leur est demandé de poursuivre la production de bien et services inutiles mais ensuite de renoncer à leurs sociabilités [4].
Pour nos ami·e·s et proches n’ayant pas des systèmes immunitaires aussi solides que les nôtres.
Pour les gosses de pauvres dont les parents ne peuvent payer un soutien scolaire personnalités ni même un ordinateur pour recevoir les cours à distances le temps que les écoles fermeront. [5]
Pour celleux qui vont se retrouver confiner avec des personnes qui les mettent en danger.
La situation actuelle montre que les systèmes économiques et politiques sont faillibles parce qu’ils reposent sur l’individualisme, l’avidité et la recherche du profit maximum. L’État ne pense qu’à se sauver lui-même alors il fait tout pour ne pas briser l’économie dont il dépend et a maintenu des élections malgré les promesses d’une abstention record.
Nous entrons dans l’inconnu. À mon sens une telle situation n’offre que deux alternatives. La panique matée par l’autoritarisme de l’État, soit notre défaite. Ou bien la responsabilité collective et individuelle, la solidarité ce qui permet d’entrevoir un jour notre victoire.
Entre temps les hôpitaux de nombreuses régions arrivent à saturation, et l’on est probablement sur le point de connaître une situation identique à l’Italie du Nord où les médecins choisissent qui va (peut être) vivre et qui va à coup sûr mourir. Dès lors refuser les appels gouvernementaux à l’auto-discipline, voir l’épidémie uniquement par le spectre de la liberté, c’est peut être un beau pied de nez à un État qui tente de sauver la face, mais c’est se tirer une balle dans le pied (ou dans celui de son/sa voisin·e). Aussi désagréable que soit l’idée se suivre l’incitation à la discipline de l’État, l’auto confinement devrait à mon sens être une pratique généralisée, y compris dans nos groupes anarchistes/anti-autoritaire. Pour toutes les personnes citées plus haut, et encore plus. Il ne s’agit pas de faire une croix sur la liberté, sur nos idées, mais de temporairement en mettre d’autres en avant. Quel sens à la liberté si il n’y a plus collectif ? A quoi bon être libre sans solidarité ?
Voir les fascistes, complotistes et les consommateurs et consommatrices hyper-individualistes (ça fait pas mal de monde malheureusement) fascinés par les courbes de morbidité et exercés un repli sur elleux drastique suffit à se convaincre qu’on ne peut pas prendre la situation à la légère. Même si la maladie ne se diffuse pas autant qu’estimé, les idéologies éco-fascistes, néo-maltusienne ou survivalistes auront progressé [6]. Je ne me leurre pas l’État imposera tôt ou tard des règles très autoritaires si l’épidémie s’amplifie, comme en Espagne ou en Italie. Évidemment cela peut opportunément lui servir d’entraînement à la mise en place de règles similaires dans d’autres circonstances [7]. Mais est-ce l’unique manière dont il faut entrevoir cette crise ?
Faisons un peu de fiction. Imaginons qu’avec la crise sanitaire, les crises économique et politique qui l’accompagnent, nous sommes aux prémices d’une crise du capitalisme hors norme, faut-il vraiment s’en réjouir ? Qui d’entre nous pourrait souhaiter que l’État s’effondre non parce que nos mots et nos actes l’auraient abattu mais parce qu’il a été balayé par une crise sanitaire ?
Il s’agit aujourd’hui de penser à demain. Bien que le propos de ce texte soit de demander à chacun·e de se confiner volontairement pendant un certains temps, je pense que nous n’avons pas non plus intérêt à tout arrêter et à nous isoler. Il faut encore lutter. Il s’agit d’imaginer, pour un temps, faire différemment. En créant des réseaux de solidarités dans nos immeubles et nos quartiers (courses, garderies, prise de nouvelles des vieux, etc), en affichant l’exigence d’une amnistie des personnes en taules et en CRA [8], en réclamant ou en appliquant par nous-mêmes les seules mesures économiques nécessaires pour éviter que les plus précaires se retrouvent la corde au cou dans les prochaines semaines (à minima la suspension des loyers et factures d’énergies et d’eau, bouffe et transports gratuits [9]. Nous pouvons continuer à discuter avec les personnes vivantes près de nous, nous pouvons continuer à tagger et afficher des slogans dans les rues, à accrocher des banderoles là où elles seront visibles, à diffuser sur internet l’idée que la solidarité doit vaincre la peur [10].
Pourquoi pas aussi appeler à des manifestations pour porter ces idées. Mais en réfléchissant sérieusement à leur pertinence et la manière de faire. Une proposition : faire des manifs en vélo pour couvrir de plus grande distance, aller dans les quartiers où l’on ne va jamais, ne pas être invisible dans des villes désertes, le tout en évitant des contacts physiques trop rapprochés.
Une fois la tempête passée, nous devrons être présent·e·s pour que ne subsiste de cette période que ses aspects les plus autoritaires et hygiénistes. Que ce ne soit pas une simple étape du renouvellement du capitalisme. Nous devrons être vigilantes pour la potentielle crise économique qui suivra ne soit pas l’occasion pour l’État et le capital d’avancer plus loin dans l’ordre néolibérale et sécuritaire en restreignant par exemple la liberté de circuler, en mettant en place des formes de surveillances technologiques plus poussées (la Chine est devenue un exemple) en faisant de la technologie et de la science l’unique réponse à nos problèmes. Chaque petit gain issu de cette période devra ouvrir la possibilité de se transformer en acquis durable.
[1] Les hôpitaux manquent de gel hydroalcoolique, de masques et de gants alors que des stocks ont été utilisé pour assurer le premier tour des municipales…
[2] Les prisonnières et prisonniers du CRA de Lesquin dans le Nord sont en grève de la faim depuis le 12 mars. Un cas de coronavirus a été diagnostiqué, aucune mesure de protection n’est prise. Mais les parloirs sont suspendus. Leur communiqué
[3] En Italie des mutineries généralisées ont lieu suite à la fermeture des parloirs. Des mesures de restrictions sont déjà en place en France
[4] En Italie des grèves ont surgi dans les usines qui ne fermaient pas comme celles de Fiat alors que des employés étaient diagnostiqués positifs.
[5] À bas l’école cependant.
[6] Ces derniers sont obsédées par la fermeture immédiate des frontières et le déploiement de l’armée dans les rues, ou une disparition massive de l’humanité pour « sauver la nature ». Ou ne pense qu’à leur survie à cellles de leur famille.
[7] Voir l’article publié sur IAATA : Morbihan. Le COVID-19, le réseau de pouvoir et l’Etat d’exception, trop de virus !
[8] Ce dimanche 15 mars le ministère de la Justice annonce la suspension des jugements, sauf les « contentieux essentiels ». Les audiences en comparution immédiate sont maintenues…
[9] Ce n’est pas impossible d’obtenir tout ça. Même dans la dystopie capitaliste américaine des décisions similaires ont été prises
[10] Des groupes Télégram et Facebook locaux et nationaux existent avec des ébauches de tracts d’entraide préremplies, de cartographie, de tuto divers, de manière de mettre en place concrètement la solidarité

Coupe à blanc dans les Chic-Chocs en Gaspésie
Le gouvernement caquiste de François Legault vient une nouvelle fois de faire la preuve que ses intérêts et ses priorités sont placés du côté de l’industrie et des patrons. Alors que les caribous forestiers peinent à survivre, la Coalition Avenir Québec (CAQ) vient d’abolir des mesures de protection visant trois territoires (massifs de forêts matures) au Saguenay-Lac-St-Jean sur le Nitassinan, soit 46 000 hectares de forêt. Pierre Dufour, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, a déclaré dernièrement: « On a aussi tout l’aspect industriel qui nous dit : “Bien là, M. Dufour, si vous faites quelque chose pour le caribou, on va perdre des emplois” » [1]. L’industrie forestière, toujours plus avare de nouveaux territoires à exploiter, se réjouit d’une nouvelle comme celle-ci. Pour le caribou présent dans la région de Charlevoix, le ministre y va encore une fois d’une décision tout aussi teintée d’intérêts : abattre des loups au lieu de mettre en place des mesures afin de protéger le cheptel présent sur ce territoire où seulement 26 individus ont été observées lors du dernier recensement. Dans le rapport d’inventaire produit par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs qui a été mis en ligne dernièrement, il est clairement écrit noir sur blanc que le problème n’est pas le loup, mais la présence de l’industrie forestière et de l’étalement urbain causé par le tourisme: « Le territoire occupé par le caribou de Charlevoix est fortement perturbé par diverses activités industrielles et récréotouristiques » [2].
Évidemment, cette décision du gouvernement caquiste a fait réagir plusieurs personnes dont Martin-Hugues Saint-Laurent, professeur d’écologie animale à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Ce dernier possède un doctorat en biologie et un stage postdoctoral sur le caribou. Mais voilà que le grand champion international de la connerie, le ministre Pierre Dufour (bachelier en science politique et possédant un certificat en marketing), se permet de rabrouer Saint-Laurent: « C’est facile d’être assis dans sa tour d’ivoire à l’université de Rimouski et de dire : « Voici comment ça fonctionne » ou encore « Si M. St-Laurent est capable de faire repousser une forêt mature – comme il dit toujours : « Ça prend une forêt mature » –, s’il est capable de me repousser une forêt en l’espace d’un an, qu’il me le dise, parce que je n’ai pas la solution » [3]. Au final, il est clair que le ministre Dufour [4] et la CAQ vont faire le strict minimum pour se sauver la face. Utiliser une solution à très court terme, abattre les loups, au lieu de favoriser la protection des territoires afin d’empêcher toute destruction de l’habitat du caribou. Opter pour la seconde option en viendrait à donner une baffe à ses amis de l’industrie forestière. La même catastrophe se passe en Gaspésie où l’industrie forestière a tellement coupé d’arbres dans la réserve faunique de Matane que les forestiers ont atteint les sommets des Chic-Chocs, refuge des derniers caribous de la région. Et comme l’a déclaré monsieur Saint-Laurent, malgré l’abattage de coyotes et d’ours, prédateurs du caribou, la population de ce dernier est toujours en déclin.

Coupe à blanc en Abitibi
Les Premières Nations en résistance
Le Première Nation innue de Pessamit a publié un communiqué affirmant sa volonté de protéger le caribou : « Les Pessamiulnuat ont cessé depuis plus de dix ans le prélèvement de ce gibier, sacrifiant ainsi une partie importante de leur culture. En retour, quels ont été les sacrifices des forestières qui sont scientifiquement reconnues comme étant la principale cause du déclin de l’espèce? Quelles ont été les actions concrètes du Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs durant ces années, où le déclin n’a fait que s’accentuer? Il est grand temps que le gouvernement du Québec prenne ses responsabilités », affirme Éric Kanapé. Le communiqué déclare également que « la culture innue est aujourd’hui menacée par l’altération de la forêt due au type de foresterie qu’on y pratique. Une foresterie qui, à ce jour, a très peu tenu compte des besoins des Pessamiulnuat et qui a altéré une grande partie des écosystèmes naturels du territoire. L’intégrité biologique des forêts est toutefois nécessaire pour le maintien des pratiques traditionnelles, qui reposent tout particulièrement sur le prélèvement de la ressource faunique » [5]. Le Conseil des Innus de Pessamit veut que le gouvernement du Québec crée une aire protégée afin d’aider les caribous.
En Abitibi, le gouvernement québécois se magasine une crise avec les communautés Anishinabeg à propos de la harde de caribous de Val d’Or. Déjà sous le gouvernement Couillard, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, avait déclaré qu’il ne serait pas question de sauver les 18 caribous restant près de Val d’Or. Selon un rapport préliminaire sur lequel se basait le ministre, il faudrait investir 76 millions sur 50 ans pour sauver le caribou forestier, un montant trop grand pour le libéral [6]. Et il faut ajouter à cela leur éternelle chansonnette sur la perte d’emplois et le risque de voir des entreprises fermer. Pour les libéraux, la vie a donc un prix. Sauver une espèce en voie de disparition contre quelques millions étalés sur plusieurs décennies ne vaut pas la peine. Surtout qu’il aurait fallu mettre un frein à ses amis des industries minière et forestière, ce que ce dernier n’a jamais voulu faire. Aujourd’hui, autre gouvernement, mêmes intérêts. Outre l’abattage de loups, le ministre Dufour n’a pas l’intention de faire grand-chose d’autre sinon une rencontre avec les chefs Anishinabeg. Le bouffon de service n’a pas dérogé de sa ligne en déclarant qu’il faut prendre en compte l’aspect industriel afin d’éviter la perte d’emplois. La cheffe de la communauté de Lac-Simon n’a pas tardé à répliquer : « On a déjà eu des crises nous autres, puis s’il faut qu’il y ait une crise pour les caribous, on va la faire encore. Les compagnies forestières savent qui on est ». D’ailleurs, il y a plus d’un an, les communautés de Lac-Simon, de Kitcisakik et de Winneway ont pris des engagements afin de protéger le caribou. Les Anishinabeg ont aussi mis un terme à la chasse aux caribous, activité ancestrale de ce peuple. Le chef de la communauté de Kitcisakik a aussi fait un lien avec les orignaux en danger dans la réserve faunique La Vérendrye : « Qu’est-ce qui va arriver avec le cheptel d’orignaux? Avec les agissements du ministre dans ce dossier-là. On y voit un parallèle là ». [7] En effet, sûrement pas grand’ chose à espérer de ce côté…
L’économie avant la vie
« La forêt, c’est une manière d’exploiter économiquement quelque chose qui repousse. Mais c’est sûr que ça peut avoir un effet sur le caribou, on ne se le cachera pas. » – Pierre Dufour
La forêt, c’est un réservoir de ressources à exploiter pour faire tourner l’économie, rien de plus. Du moins, c’est ce que l’on peut en comprendre en lisant les propos du ministre caquiste. Si l’industrie forestière est au bord du gouffre, c’est à cause de l’industrie elle-même et de la concurrence internationale engendrée par le capitalisme. Une industrie avare qui ne sera jamais rassasiée et qui est prête à couper à blanc n’importe quelle forêt afin d’empiler encore plus les profits. Les dirigeants pourraient faire massacrer tous les caribous et l’industrie ne serait pas plus sauvée pour autant.
Au final, tout le monde le sait que de tuer des loups ne va rien changer à moyen et long terme. Le loup est un animal extrêmement important pour les écosystèmes. C’est la destruction des vieilles forêts où se trouvent le précieux lichen et les champignons que les caribous mangent ainsi que la multiplication des chemins forestiers qui facilitent les déplacements des loups qui mettent en danger les hardes de caribous forestiers.
Évidemment, nous sommes conscients et conscientes que plusieurs villages dépendent de l’industrie forestière (coupes en forêt ou scieries). La situation des paroisses marginales, des villages et villes mono-industrielles présente une contradiction importante de l’économie capitaliste : une localité et ses ressources naturelles sont exploitées par une industrie (les taux de profits augmentant sans cesse sans qu’en profitent les travailleurs et travailleuses) et cette localité vit une dépendance envers la même industrie pour l’emploi et la simple survie économique de la place. Plusieurs régions périphériques du Québec ont été colonisées pour répondre aux intérêts de grands capitalistes qui souhaitaient en extraire les ressources naturelles, pour ensuite les transformer et les commercialiser dans les régions centrales et à l’étranger, et y entretenir une main-d’œuvre à bon marché, disciplinée par la rareté des emplois de qualité.
Tôt ou tard, il faudra mettre fin à ce cercle d’exploitation et de dépendance. Quand il n’y aura plus rien à couper et à exploiter, l’industrie pliera bagage et ne laissera derrière elle que désolation et destruction. Les travailleurs et travailleuses du bois seront toujours dans le même merdier de précarité et les municipalités de petite envergure auront encore des problèmes de survie. Les habitants et habitantes doivent s’organiser et trouver de nouvelles manières d’habiter le territoire. Cela ne veut pas dire d’arrêter complètement « l’exploitation forestière » car il existe des façons de faire où la foresterie n’est pas le rouleau compresseur de la mort comme elle l’est en ce moment. De plus, il faut mettre en place une économie basée sur nos besoins réels et prendre en compte la capacité des territoires et des écosystèmes. Reprenons du pouvoir sur nos vies et nos territoires!
Comment?
La création de comités de quartiers et de municipalités autonomes, qui pourraient éventuellement se fédérer à l’échelle des villes et des régions, permettrait aux habitant-e-s des périphéries de s’organiser sur des bases à la fois locales et régionales pour faire front contre les problématiques que nous avons en commun et développer un contre-pouvoir à la gestion et l’aménagement du territoire d’« en haut ». La révolution ne pourra être complète sans un désengagement des périphéries, à quelque échelle qu’elles soient, par rapport à leurs centres. Notre action se doit d’être locale et axée sur la satisfaction des besoins réels de la population (notamment par la souveraineté alimentaire) et non selon les dictats fixés par un marché qui engendre et maintient les inégalités. Toutefois, nous ne pouvons repenser nos régions sans inclure dans notre démarche les Premières Nations. La colonisation du « Saguenay-Lac-Saint-Jean » s’est faite sur des terres volées, le Nitassinan, qui n’ont jamais été cédées. La véritable revitalisation passe par la décolonisation du territoire.
[2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1402897/animal-population-hardes-espece-etat-critique
[4] Le ministre Dufour s’est excusé pour ses propos via sa page Facebook. Il reste néanmoins que ses piètres excuses ne cachent pas sa pensée et ses visées, mais servent seulement à lui sauver le peu de crédibilité qu’il lui reste.
[7] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1434114/caribous-val-dor-autochtone-adrienne-gerome-abitibi

Le volume 18 de La Mauvaise Herbe (décembre 2019) vient de paraître.
Sommaire des articles:
– 2019, l’année où la merde a pogné dans l’ventilo
– L’intelligence artificielle; Quand des entrepreneurs essaient de nous faire avaler des couleuvres
– Book review; Race Traitor, by Elisa Hategan
– Ctrl-Alt-Del
Vous pouvez le télécharger sur le lien ci-dessous:

Au cours de l’automne, des militant.e.s des CUTE (Comités unitaires sur le travail étudiant) ont publié sur la plateforme Dissident.es une quantité impressionante de réflexions et de récits de la grève des stages du printemps dernier. En voici quelques extraits intéressants, avec les liens vers les articles complets.
De « Ne nous représentez pas, on s’en charge! » (article complet) :
Les étudiant.e.s de l’université ne sont pas représentatif.ve.s de l’ensemble de la société : tout au long de la campagne, il a été question du rôle de l’université, en tant qu’institution, dans la reproduction des inégalités déjà présentes dans la société, à laquelle participent les stages non rémunérés. Nous avons voulu rompre, justement, avec une vision idéale de l’université non marchande, qui alimente le mythe selon lequel la gratuité scolaire nous rendrait tout.e.s égales et égaux.
Plus encore, il y a là un paradoxe d’exiger une forme de représentativité au sein des comités autonomes : les militant.e.s ne représentent qu’elles et eux-mêmes et ne prétendent pas autrement. Pour y être représenté.e, il faut donc s’y impliquer. C’est pour cette raison que les structures permettaient, en théorie, à toutes les personnes impliquées de participer à la définition de la lutte et à la prise en charge du discours. La voie était ouverte pour que d’autres groupes politiques autonomes, comme les groupes de personnes racisées déjà organisés sur les campus, participent à la réflexion et à la mobilisation. Cependant, le réflexe d’aborder l’inclusivité en tant que demande n’est pas surprenant : il s’agit d’une conséquence de la façon dont s’est traditionnellement organisé le mouvement étudiant, et plus largement le mouvement syndical et la politique en général, c’est-à-dire par la démocratie représentative.
***
De « Rétroactif, en espèces, partout, pour tout et maintenant » (article complet) :
Durant la campagne, certain.e.s profs et étudiant.e.s de gauche ont affirmé que de lutter pour l’obtention d’un salaire allait à contresens de la lutte pour l’élimination des rapports marchands qui lient les individus au sein du capitalisme. Tantôt plus à gauche, tantôt plus conservatrice, on a entendu une critique de la marchandisation de l’éducation qui défend l’éducation comme une institution publique à préserver hors des rapports marchands. C’est le cas, par exemple, de Stéphane Chiarello, enseignant en gestion des ressources humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières, qui a publié une lettre ouverte au moment de l’annonce d’un financement pour compenser le stage final en éducation. Selon lui, cette nouvelle mesure « continue lentement, mais sûrement, à assimiler la population à une logique de marché. Il ne reste qu’un pas à franchir pour choisir la privatisation plutôt que la gratuité »[7]. Cette position, quasi hégémonique dans la gauche étudiante durant la grève de 2012, illustre bien le mythe qui persiste selon lequel sans salaire, le secteur de l’éducation serait « hors du marché ».
Les plus « syndicalistes » proposent plutôt de se concentrer à l’amélioration des conditions de travail en emploi (avec la campagne pour un salaire minimum à 15$/heure par exemple). Un autre groupe de l’UQAM d’inspiration appelliste préfère frapper l’imaginaire en proposant la « destitution » du travail (dans ses rêves ou par le sabotage, c’est selon) sans pour autant quitter l’école. Dans un des zines qu’il a produit à l’hiver 2019, on pouvait lire que l’université demeure « un terreau fertile au développement de nouvelles idées, à la redécouverte d’anciennes pratiques de soin qui brassent, pour rencontrer d’autres gens un peu paumés qui veulent autre chose ». Dans l’édito du même zine, on défend l’université comme un lieu d’échanges et de partages de connaissances qui sert à « nous rendre plus brillant.e.s collectivement »[8]. Cette posture, que l’on pourrait qualifier au mieux de candide, ne rend ainsi compte que d’une réalité très partielle de l’éducation.
Bien souvent, cette critique de la marchandisation contre le salaire étudiant s’accompagne de l’idée qu’un salaire accentuerait l’aliénation de l’activité étudiante. Comme si, du jour au lendemain, l’obtention d’un salaire signifierait l’aliénation immédiate. Comme si, parce qu’ils reçoivent un salaire, les stagiaires en génie seraient plus aliénés que les stagiaires en soins infirmiers – ces dernières exécutant leurs tâches gratuitement. Ou encore, comme si la gratuité du travail représentait un espace hors de la pression à la productivité et des rapports de domination qui encadrent le monde du travail, ou comme si les étudiant.e.s contrôlaient les finalités et les conditions de leur activité parce qu’elle n’est pas salariée.
Les réactions face à la grève des stages ont pourtant démontré toute la pertinence de concevoir les études comme un travail alors que le traitement des grévistes se rapprochait fortement de celui réservé à des employé.e.s. Les exemples frôlent parfois le ridicule. Comme lorsque, durant la grève, un enseignant dans une école primaire s’est retrouvé dans l’embarras parce qu’il avait pris des engagements envers des collèges en comptant sur la présence du stagiaire qu’il supervisait pour pallier son absence en classe. Un autre stagiaire, cette fois dans un organisme communautaire, s’est vu offrir un emploi rémunéré au même endroit pour contrer son absence durant la grève des stages. Et dans les universités, plusieurs directions de programmes ont exigé de manière non uniforme la reprise des heures de stage manquées pour se comparer aux « conséquences dans une situation d’emploi où il y aurait perte de salaire ».
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De « Une apparence de contradiction » (article complet) :
Les coalitions, qui réunissaient des groupes et des militant.e.s de différentes affiliations et de différentes tendances politiques autour d’une revendication comme la rémunération des stages, présentaient un mélange d’unité et de pluralisme. Certes, la revendication centrale conférait un aspect unitaire à l’organisation, mais cette unité s’est articulée à travers une multiplicité de tendances politiques privilégiant des tactiques et des stratégies différentes, et qui sont parfois entrées en contradiction les unes avec les autres. Plus la revendication ou la plateforme unitaire est large, plus la diversité des tendances est susceptible de déboucher sur des contradictions – et éventuellement des conflits – entre différentes tactiques et stratégies.
Or les débats et les luttes de tendances qui découlent de la double nature (unitaire et pluraliste) des coalitions de type décentralisé ne sont pas des écueils qu’il faut chercher à éviter. Bien au contraire, ils sont garants du dynamisme politique essentiel à toute organisation qui veut se développer en fonction de la lutte et de ses besoins. Par exemple, les coalitions pour la rémunération des stages n’ont adopté aucune plateforme officielle stipulant qu’elles étaient des organisations féministes. Néanmoins, les tendances les plus féministes parmi celles qui se sont impliquées au sein de cette campagne unitaire ont mené une lutte de chaque instant pour défendre la conception selon laquelle la revendication de rémunérer les stages présuppose une analyse féministe de la société et de la division du travail, et que cette analyse comporte des implications directes concernant les discours, les tactiques et les stratégies à privilégier pour faire valoir cette revendication dans le contexte d’une lutte politique comme la grève. Force est de constater que la lutte menée sur ce plan par les tendances féministes des coalitions a eu un effet important sur l’alignement politique de ces dernières depuis leur création. Force est aussi de constater que cela s’est fait à travers des débats et des confrontations, et non pas parce qu’une coexistence passive et dénuée de conflictualité entre les différentes tendances a magiquement débouché sur un consensus quant à la centralité irréductible du féminisme dans la campagne.
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De « L’autonomie réellement existante » (article complet) :
Pour celles qui en ont posé les bases, il était impensable de se lancer dans un projet de campagne large sans que celle-ci ne soit fondée sur une analyse féministe. Et il semblait impossible, pour se faire, de s’organiser autrement qu’en autonomie. En effet, la conception de l’autonomie telle qu’on l’a appliquée était en phase avec les principes d’organisation des traditions féministes les plus à gauche. Ces dernières s’organisent sur une base antiautoritaire, décentralisée, communautaire et indépendante des partis politiques. Elles privilégient les décisions par consensus et la rotation des tâches, se passent de la figure paternaliste du leader et jouissent même d’une autonomie au sein des organisations de masse, en opposition aux structures verticales sur lesquelles se fondent les sociétés patriarcales.
Les expériences passées dans les associations étudiantes étaient convaincantes en ce sens. Le mouvement étudiant ne sert pas les intérêts des étudiantes, surtout pas de celles inscrites dans les programmes techniques et professionnels. Même les positions centrales de la gauche étudiante, comme la critique de la marchandisation, servent les intérêts d’une élite intellectuelle à laquelle peu de femmes ont accès. Cela transparait dans la culture et les pratiques syndicales qui demeurent, somme toute, verticales et virilistes. Des comités femmes sont créés dans à peu près toutes les associations étudiantes, locales et nationales, et doivent consacrer le plus gros de leurs efforts à en atténuer les effets : gestion des comportements machos et des violences, langage de domination et tours de parole, accessibilité des espaces, prise en compte des dimensions affectives des luttes, etc. On s’était habituées à aborder les enjeux féministes en tant que lutte secondaire. C’est pour dépasser ce rôle que le Comité femmes de l’ASSÉ s’était scindé de cette dernière en 2012 pour devenir le Comité femmes GGI[2]. Cette fois-ci, on inverserait le paradigme en inscrivant une lutte étudiante dans le mouvement féministe et, par conséquent, un mode d’organisation proprement féministe s’imposait. Plus encore, pour reconnaitre la pluralité des féminismes, il fallait des espaces d’organisation flexibles qui respectaient les particularités, incluant leur mode d’organisation[3].
Évidemment, on n’a pas pour autant pu éviter la tâche de torcher derrière les militants. À quelques reprises, des comités féministes et des étudiantes ont contacté des militantes des CUTE pour dénoncer des violences sexuelles commises par des militants impliqués dans la lutte des stagiaires. En non-mixité à l’InterCUTE, rencontres regroupant les différents comités autonomes, les militantes ont pris la décision d’exclure les militants concernés de tous les espaces d’organisation de la campagne. Et puisque ces espaces, ce sont elles qui les avaient créés et elles qui les occupaient, l’exclusion des hommes était beaucoup moins remise en question et se trouvait légitimée de facto. Les violences sexuelles ont été identifiées comme du sabotage en raison de la désorganisation qu’elles ont causée sur différents campus et de la charge de travail supplémentaire qu’elles impliquaient pour les militantes qui portaient déjà à bout de bras la mobilisation. Tout cela a bien sûr joué pour beaucoup quant à l’opposition spontanée de plusieurs d’entre elles aux partys et aux bed-in proposés à plusieurs reprises durant la campagne par les militants dans et autour des associations étudiantes.
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De « » (article complet) :
Une vingtaine de personnes entrent dans les bureaux de la direction. Elles ont bien réussi leur coup : la porte n’était pas barrée. Les employé.e.s ne savent pas où se réfugier. Ce n’est pas long que les Gardas se pointent, suivis du vice-doyen, en panique. Les représentant.e.s des syndicats des profs et des chargé.e.s de cours se joignent aussi à la mêlée.
Le personnel tente de désamorcer la situation usant de stratégies de négociation infantilisantes peu subtiles. Les occupant.e.s sont relativement calmes pourtant. Seulement, iels exigent qu’aucun.e stagiaire en grève ne soit mis.e en échec ou n’ait à reprendre les heures de stage débrayées, comme c’est le cas pour les cours. Iels ne quitteront pas les bureaux sans un engagement écrit. Le vice-doyen se porte à la défense de l’institution, insistant sur le respect de la durée des stages et sur les objectifs fixés. De leur côté, les représentant.e.s des syndicats essaient de comprendre pourquoi une telle occupation a lieu. Alors que la discussion arrive à un cul-de-sac, le vice-doyen mentionne qu’il y a une rencontre, en après-midi, avec les directions de programme et l’administration – une autre ! – pour discuter de la situation des stagiaires qui ont fait la grève. Un bon moment pour se faire entendre, selon une représentante syndicale.
Après quelques heures d’occupation, voilà qu’un exécutant débarque nu bas, un peu nerveux. On pourrait croire qu’il répond à un appel d’urgence. Il réclame une mise à jour des stagiaires et étudiant.e.s : comment se déroule l’occupation, quels sont les derniers développements, la nature des échanges avec le vice-doyen, les demandes formulées ? C’est qu’il ira à la rencontre tout à l’heure. Il veut bien les représenter ; il mettra même des chaussures pour l’occasion. Quels intérêts défendra-t-il ? Il est difficile de le savoir. « Et c’est quand que vous allez mettre fin à l’occupation ? »
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De « » (article complet) :
Vouloir élargir la catégorie des travailleur.euse.s n’équivaut pas à en revendiquer l’identité ni à adopter une posture productiviste. Bien sûr, il faut admettre que la construction d’une identité de classe à travers la figure de l’ouvrier de masse se fait souvent au détriment des enjeux de genre, de sexe, de race et de colonisation. L’idée selon laquelle la classe ouvrière correspond aux hommes blancs qui travaillent sur des chaines de montage a toujours été une lubie, qui survit encore aujourd’hui dans le seul intérêt de certains milieux de gauche et syndicaux qui la véhiculent. Le point de la lutte n’est pas de porter le prolétariat en triomphe : elle doit aussi mener à son abolition en tant que classe inscrite dans les rapports capitalistes. Les mouvements syndicaux des secteurs ouvriers traditionnels, comme l’industrie de la construction, montrent bien comment le corporatisme et le nationalisme, au lieu de contribuer à l’établissement d’une conscience et d’une solidarité de classe, nourrissent les préjugés et la discrimination envers les personnes immigrantes, racisées et envers les communautés autochtones. En élargissant la définition du travail, en s’organisant sur une base non corporatiste et sans palier national, on peut au contraire tenter « de mettre fin aux divisions créées au sein de la classe ouvrière par le développement capitaliste »[4], pour reprendre les mots de Silvia Federici.

De Contrepoints
«On aurait dû rentrer dans le H&M et tout choper!»
Arrivée sur place un peu en retard, j’étais plutôt surprise de constater qu’au lieu d’une manifestation étudiante, j’étais plutôt entourée d’une ribambelle de drapeaux d’Extinction Rebellion, accompagnés d’une poignée de militant-es arborant les mêmes couleurs qui criaient dans un mégaphone. De chaque côté de la rue, des masses de gens étaient amassées, et scandaient des slogans en direction des magasins. «Ah, enfin, un peu d’action!» me dit alors mon ami, enthousiaste. Mais rapidement, on se rend compte qu’en terme d’action, on allait être déçu-es: la foule, statique, exprimait son soutien à une douzaine de jeunes militant-es aux mains collées sur les vitrines, à travers une ligne de policiers. Ces derniers, quand on balayait la scène du regard, étaient très nombreux aux alentours; une tasse de café à la main, plusieurs d’entre eux se préparaient lentement à décoller les protestataires, le sourire aux lèvres.
«On va bloquer le magasin?» demande mon ami, plein d’espoir, à sa voisine. «On dirait pas» répond-t-elle, en nous pointant les flots d’acheteurs qui continuent d’entrer et de sortir de la boutique, des sacs de vêtements à la main. «Mais ça sert à quoi alors ce spectacle-là?» lui lance-t-il, abasourdi. Elle hausse les épaules, désinvolte, et s’éloigne pour rejoindre une petite bande enjouée qui danse au milieu de la rue. «This music is really commercial» me glisse un passant, les sourcils froncés. J’éclate de rire, le bonhomme n’a visiblement rien compris, car l’ambiance est de plus en plus lit. Traversant la foule, j’accoste alors une militante qui distribue du chili vegan, pour lui demander ce qui se passe exactement. «En ce moment, XR fait son show: on était supposé-es arriver ben plus tôt au square Dorchester, mais y font rien qu’à leur tête, y’ont complètement take over la journée. Là, on attend juste que leur grande mise en scène de jeunes martyrs soit finie pour aller faire le party au square. Sont tous-tes mineur-es, ceux qui ont les mains collées dans les vitrines, savais-tu? Y paraît que ça fait plus cute dans les médias» me dit-elle, ironique. «C’est quand même une drôle de stratégie, quand on y pense, pour contrer la catastrophe écologique, envoyer des jeunes se coller les mains sur des magasins de grandes chaînes. Ça crée des martyrs, c’est juste bon pour faire un show, mais ça change rien en bout de ligne. Nous, on aurait voulu que ça brasse un peu plus, mais on s’est même fait rabrouer quand on criait des slogans anticapitalistes tantôt!» ajoute-t-elle, un peu amère. Au moment où elle me dit ça, la musique arrête, et une militante portant le dossard d’Extinction Rebellion nous informe au micro que la première militante vient de se faire relâcher par les policiers, provoquant une salve d’applaudissements. La soirée a continué au rythme des jeunes relâché-es, jusqu’à ce qu’on se déplace finalement au square Dorchester, à moitié transi-es de froid, pour boire une bière avant de quitter. «On aurait dû rentrer dans le H&M et tout choper!» beugle un garçon hilare, visiblement prêt à en découdre avec les policiers. C’est drôle, me dis-je alors: la soirée (et donc l’action d’éclat d’Extinction Rebellion) était tellement inoffensive que les policiers l’ont laissée se dérouler longuement, sans lui mettre les bâtons dans les roues une seule fois.
Avec un peu d’ambition, pourtant, une manifestation au centre-ville pendant que la rue Sainte-Catherine débordait de client-es aurait pu porter un bon coup au capital, envoyer un message clair au gouvernement, réellement enrayer le pouvoir. L’heure n’est plus à la sensibilisation, le consensus est là: on court à notre perte. Ce qu’il faut, dorénavant, c’est s’inspirer des manifestations un peu partout dans le monde, et bloquer l’économie. Occuper des places, des squares, des rues, les tenir envers et contre les assauts de la police, et prendre les choses en main, sans attendre que l’État nous protège du désastre écologique. Êtes-vous game?
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Depuis quelques jours, l’appel de grève internationale contre les tarifs de transport a encouragé quelques actions de sabotage. Les distributeurs de billets de quelques stations de métro ont été mis hors service en bloquant leurs lecteurs de carte débit/crédit et les fentes à monnaie.
La STM continue d’augmenter les tarifs de transport et de déployer des « inspecteurs » wannabe-flic pour harceler et tabasser des gens pour $3.50. Présentement, la STM cherche même à donner à ses inspecteurs plus de pouvoirs pour arrêter et détenir les gens et avoir accès aux fichiers de la police. Tout effort pour maintenir et étendre le contrôle du mouvement des gens se doit d’être opposé. Heureusement, on ne manque pas d’inspiration d’ailleurs dans le monde, et surtout de la révolte au Chili.
Ces actions étaient des expérimentations pour trouver des manières simples, efficaces et relativement discrètes de saboter la collection de tarifs. Pour l’instant, la méthode la plus efficace semble être de mettre de la colle sur les deux côtés de cartes cadeaux non activés et de les insérer complètement dans les lecteurs de carte débit/crédit, et ensuite de mettre de la colle dans la fente à monnaie après l’avoir fait ouvrir comme si on voulait payer un tarif en argent comptant. Nous espérons que cette technique pourra être reproduite largement en parallèle avec d’autres moyens pour mettre hors service les divers dispositifs de la STM.
Live free, ride free.

De CrimethInc.
Tout le monde paie pour que les riches s’enrichissent. Nous payons avec notre labeur, en travaillant pour remplir leurs poches. Nous payons des loyers dont les prix augmentent de façon vertigineuse au fur et à mesure que la gentrification nous jette hors de chez nous. Nous payons également avec la destruction de l’environnement, l’effacement de nos communautés, et le stress de la vie quotidienne. Nous payons pour des choses qui auparavant étaient gratuites, tel que l’eau. Nous payons des impôts pour qu’ils puissent engager plus de flics afin de nous terroriser. Tout le monde paie, mais eux seuls en profitent.
Nous pourrions parler du coût élevé de la vie – mais qui vit réellement ?
Le 29 novembre, personne ne paie. Ceci est un appel à la grève et à s’attaquer à tout ce qui nous étouffe, à tous les moyens qu’ils mettent en œuvre pour nous empêcher de vivre.

Il y a un appel à Seattle pour organiser une grève contre le coût des transports en commun. À Portland, un rassemblement est prévu le 29 novembre à Pioneer Square ; le même jour à San Francisco, un autre rassemblement est également prévu à l’intersection de la 16ème rue et de Mission. Depuis plusieurs semaines déjà, il y a des manifestations à New York contre la mise en application de nouveaux tarifs dans les transports publics, et d’autres actions sont déjà prévues pour cette semaine. Chicago suit également le mouvement. Où que tu sois, tu peux organiser quelque chose et mener une action avec tes ami·e·s.
Une grève revient à donner un coup. Ce n’est pas seulement un boycott; cela signifie interrompre le système, l’empêcher de fonctionner. Tout au moins, tu pourrais dans ton coin éviter de payer les transports en commun dans ta ville. Mais il vaut mieux rendre notre refus public et collectif. Sauter par dessus les tourniquets tou·te·s ensemble. Forcer et ouvrir les portes et intervenir si des agents de sécurité essaient d’harceler ou d’arrêter quelqu’un. Saboter les différentes machines. Faire en sorte que les murs proclament « Personne ne paie ! » avec des affiches ou des tags. Installer une table d’information et distribuer des textes sur pourquoi personne ne devrait jamais avoir à payer quoi que ce soit. Ou encore créer un syndicat des fraudeurs comme cela a été fait en Suède.
Partout dans le monde, les gens se révoltent contre l’augmentation du coût de la vie. En Équateur, les gens ont occupé le parlement et ont forcé le gouvernement à annuler toutes les nouvelles mesures d’austérité mises en place. Au Chili, une fraude des transports en commun massive a donné naissance à une révolte nationale que même l’armée n’a pas réussi à étouffer. De Paris à Beyrouth, en passant par Hong Kong, les gens reconnaissent que notre seul espoir est de résister ensemble.
Le 29 novembre prochain survient à la veille du 20ème anniversaire des manifestations qui ont perturbé et interrompu prématurément le sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce à Seattle en 1999, montrant par la même occasion le pouvoir de l’action directe pour changer le cours de l’histoire. Aujourd’hui, l’opposition au capitalisme s’est largement répandue, mais c’est à nous qu’il incombe de répandre les pratiques de résistance qui nous rendront ingouvernables.
Personne ne paie – parce qu’ils dépenseront des millions pour des flics, mais ils tueront quelqu’un pour simplement avoir refusé de payer un ticket à deux dollars. Personne ne paie – parce que l’infrastructure qu’ils construisent n’est pas destinée à nous servir, mais bien à nous contrôler. Personne ne paie – parce que nous ne voulons pas seulement de quelques réformes fragmentaires, nous voulons montrer que nous sommes assez fort·e·s pour changer le monde nous-mêmes. Personne ne paie.