Entretien : Un portrait des luttes sociales et antiautoritaires dans le Bas du Fleuve

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Juin 022021
 

Du Collectif Emma Goldman

Au cours des dernières années, nous avons vu apparaître plusieurs projets intéressants au Bas-du-Fleuve, principalement dans le secteur de Rimouski / Trois-Pistoles, mais pas seulement. Il y a un essaimage libertaire autour de différents projets comme un centre social et une auberge notamment et dans les milieux communautaire et syndical. La chose n’est pas entièrement nouvelle, mais ce regain a suscité plusieurs questions que j’ai voulu adresser à une personne engagée dans les luttes là-bas. Autant dire que l’entretien qui en résulte n’est pas un portrait exhaustif de tous les groupes en présence. Il faut aussi préciser que l’entretien a été réalisé il y a plusieurs mois déjà. L’information demeure à mon avis importante puisque l’existence des militantes sociales et militants sociaux en dehors de la métropole et de la capitale fait l’objet d’un oubli quasi constant.

BCEG : Salut! Peux-tu nous faire un petit portrait des différents groupes militants qui luttent dans le coin de Rimouski et les idées qu’ils portent?

Camarade du Bas du fleuve : Il y a plusieurs groupes mobilisés autour d’enjeux environnementaux dans la région, surtout contre les hydrocarbures (Prospérité sans pétrole, Non à une marée noire dans le Saint-Laurent, Rimouski en transition). Il y a aussi des groupes relativement actifs à l’université (UQAR) : le Comité féministe, le Comité étudiant de Rimouski en environnement (CÈDRE) et le Carrefour international bas-laurentien pour l’engagement social (CIBLES) (antenne uqarienne), qui œuvre en éducation populaire sur les enjeux de justice migratoire. Les actions plus militantes sont souvent menées par des groupes spontanés… Dernièrement, y’a le collectif Églantine qui a vu le jour autour d’une vigie pour Joyce Echaquan. Autour de Rimouski, y’a Le Récif à Rivière Trois-Pistoles qui est en train de mettre sur pied un centre social et qui agit comme lieu de résidence et de brassage d’idées depuis un bout. Au Kamouraska, y’a le collectif La Camarine qui organise des activités interculturelles et de soutien à diverses luttes anti-oppressives. Après, il y a peut-être aussi d’autres groupes que je connais moins, mais dans tous les cas, si ça vous intéresse d’en savoir plus sur les groupes mentionnés ci-haut, ils sont tous retrouvables sur Facebook !

Aussi, je viens de flasher sur Syndic-à-l’Est, qui est un groupe très informel qui s’attarde plus à la réflexion et au soutien à la défense des droits des travailleuses et travailleurs. Dans le milieu communautaire, y’a Action populaire Rimouski-Neigette qui œuvre en défense collective de droits des personnes vivant de la précarité pis le Comité logement de Rimouski-Neigette qui sont plus revendicateurs. Pendant le premier confinement, y’a eu un petit mouvement autour de la grève des loyers avec Solidarité logement – BSL qui voulait inciter les locataires à se parler et se solidariser…

Il n’y a pas de collectif ou groupe organisé autour d’Extinction Rebellion à Rimouski. Dans le fond, il y a eu quelques rencontres de gens pour discuter d’actions et de divers enjeux de la région. La page Facebook (Extinction Rebellion Rimouski), qui existe depuis 2019, sert surtout pour les communications publiques, comme vitrine à des actions / lieux de diffusion anonyme.

BCEG : Quels sont les enjeux porteurs des luttes dans votre secteur?

Camarade du Bas-du-fleuve : Disons que les enjeux environnementaux ont pas mal la cote dans la région, mais les gens autour de cette page (Extinction Rebellion Rimouski) s’attardent peut-être plus aux luttes anti-oppressives (anti-coloniales, anti-racistes, anti-capitalistes) et s’associent plus à une mouvance anarchiste qui voudrait rediffuser le pouvoir dans la population plutôt qu’il soit entre les mains d’une élite politico-économique.

BCEG : Quels sont les freins à ces luttes?

Camarade du Bas-du-fleuve : Les principaux freins sont probablement liés aux communications entre personnes intéressées par des actions militantes… ou du moins dès qu’on parle d’actions un peu plus dérangeantes mettons. Les médias sont souvent ouverts à diffuser nos communiqués de presse, mais évidemment ça soulève toutes sortes de commentaires de la population sur les réseaux sociaux. Par contre, je ne pense pas que ça joue comme un frein. Peut-être qu’il y a un effet d’éparpillement qui serait un frein? Autant territorial que d’enjeux ; comme Rimouski est la « grosse ville » du coin, c’est possible de se mobiliser autour d’enjeux très spécifiques et peut-être perdre en vision plus systémique des enjeux? Et y’a certainement un effet « ne pas vouloir déranger » lié au fait que nous vivons dans un petit milieu et que tout le monde se connait. Mais, cet effet a un aspect positif aussi d’encourager l’acceptation d’idées variées et peut-être encourager le travail ensemble ?

BCEG
 : Qu’est-ce que tu vois comme les plus gros défis qui peuvent se poser à la persistance dans le temps des groupes militants dans votre coin?

Camarade du Bas-du-fleuve : Je dirais que c’est la mobilité des militant.e.s !! Plusieurs personnes vont et viennent dans le Bas-Saint-Laurent, donc la durée du passage est certainement un enjeu. Aussi, plusieurs personnes qui décident de rester le font dans l’optique de mener un projet personnel ou auto-entrepreneurial qui finit par prendre beaucoup de place dans leur vie (par exemple, les projets maraîchers d’auto-suffisance alimentaire ont pas mal la cote chez les militant.e.s du coin).

J’espère que ça répond à tes questions quand même pas pire. Je t’invite vraiment à contacter aussi les différents groupes que j’ai name-droppés si tu veux voir un portrait plus large des mobilisations dans le coin … pis le Réseau libertaire brume noire à Gaspé.

BCEG : Merci pour ce portrait! Ça vaudrait certainement la peine de les rejoindre et surtout d’éventuellement trouver des moyens efficaces de tisser des liens de solidarité entre nos milieux.

Les 4ème et 5ème révolutions industrielles

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Mai 222021
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Cet article est tiré de la 12e édition du journal anarchiste 325. Nous le traduisons et publions ici en tant que geste de solidarité avec le collectif 325 dont l’infrastructure de contre-information est ciblée par la police britannique, ce qu’il faut comprendre dans le contexte de répression internationale, mais aussi car ce texte propose une analyse très pertinente des développements technologiques qui donnent lieu à de nombreuses conversations et actions ces jours-ci, en les replaçant dans une perspective historique plus large. 

« L’une des caractéristiques de cette quatrième révolution industrielle est qu’elle ne change pas ce que nous faisons, mais c’est nous-même qu’elle change. » — Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial, qui a créé le centre pour la quatrième révolution industrielle à San Francisco, aux États-Unis.

Une révolution industrielle est un événement économique, social, philosophique et politique par lequel l’élite s’approprie ce qui est libre – la terre, la nature, les talents, les relations sociales, les compétences et les rêves – pour les reconditionner et les transformer en agents des mécanismes du profit et du pouvoir. Pour ce faire, ses protagonistes privent la majeure partie de la population d’autonomie, d’autodétermination, d’autosuffisance, d’estime de soi, d’entraide, de relations et de liberté.                

Nous avons connu trois révolutions industrielles au cours des 250 dernières années. Nous sommes maintenant entre les griffes des quatrième et cinquième révolutions. Toutes ces révolutions ont été fondamentalement basées sur les industries extractives et la dévastation des écosystèmes.       

La première révolution industrielle advint entre 1760 et 1870 lorsque l’eau et la vapeur ont été utilisés pour mécaniser la production grâce à l’invention de la machine à vapeur, ce qui a aussi eu comme effet la mondialisation et la dé-localisation par le chemin de fer. La première révolution industrielle a rompu le rapport des gens à la nature, inaugurant l’ère des villes.             

La deuxième révolution industrielle eu lieu entre 1870 et 1914 et a ammené l’électricité à l’Occident avec l’acier, le pétrole et le moteur à combustion, permettant la production de masse et l’éradication des industries artisanales.

La troisième révolution industrielle a commencé dans les années 1980 lorsque l’électronique et la technologie de l’information ont automatisé la production et ont commencé à se décentraliser. Au même moment, l’ascension de la révolution numérique a finalement ‘démocratisé’  l’ordinateur personnel et l’Internet, un développement qui a davantage miné la relation déclinante de l’humanité occidentale avec le monde naturel et les uns avec les autres. En tant que citoyens, les personnes sont devenues les parties d’une communauté mondiale au lieu de leur communauté locale qui disparaissait rapidement. La troisième révolution industrielle et la quatrième naissante ont créé la solitude et l’isolement systémique, des problèmes de santé mentale généralisés et une dépendance plus subtile et plus complète au système: lorsque les relations humaines et les réseaux familiaux ne peuvent plus être garantis pour assurer notre survie, nous sommes amenés à croient que le recours à la machine l’est.       

Ces révolutions industrielles successives ont consolidé et approfondi cette rupture non seulement avec le monde naturel pour une grande partie de la population mondiale, désormais urbaine et dépendante des mécanismes de la culture civilisée, mais agrandissent toujours plus le fossé entre les riches et les pauvres.       

L’objectif de la quatrième révolution industrielle (4RI) est la convergence des technologies physiques, biologiques et numériques dans le but d’une nouvelle vision de l’humanité et de la planète. La 4RI, la Cyber-Physique ou l’Industrie 4.0 implique la connectivité de masse, l’intelligence artificielle, la robotique, l’accès aux connaissances via Internet, le stockage de données, les véhicules autonomes, une puissance de traitement d’information massive via la 5G, l’impression 3D, les nanotechnologies, la biotechnologie, la génétique, la bio-impression (fabrication de cellules, d’organes et de parties du corps), la prolongation de la vie, la réalité augmentée, la science des matériaux, le stockage d’énergie, les ordinateurs quantiques et l’Internet des objets tels que les bâtiments intelligents et les villes intelligentes, le blockchain et les crypto-monnaies. Ce sont des technologies ‘perturbatrices’ à tous les niveaux: gouvernance, finance, logistique, société, ontologie humaine. La conformité passe également par le fait que la 4RI fait appel à notre besoin de ‘confort, d’harmonie et de plaisir’. C’est ce qu’on entend par un monde de ‘technologie sans friction’ dans le sens d’un monde technifié.     

Dans ce nouveau monde, la Covid-19 a présenté à la techno-élite la plus grande opportunité: des populations mondiales isolées physiquement les unes des autres, dans certains pays une élimination tacite d’humains qui sont des fardeaux pour un système qui n’aura pas besoin est autorisé, une dépendance totale à la technologie pour communiquer ensemble, pour travailler ou pour se divertir, l’utilisation de ces technologies pour instaurer une surveillance et un comformisme de masse à une échelle jusqu’ici inimaginable et l’expérience et la peur d’une mort imminente inhabituelle à grande échelle. Cela nous a aussi montré certaines réalités: que malgré deux cents ans de ‘progrès’, tout ce qui s’est réellement passé, c’est que les élites ont consolidé leurs propres réserves, que les systèmes de protection sociale ont été pratiquement détruits, que l’humanité-même a été antant ‘découplée’ de la nature qu’en fait nous ne pouvons pas nous soutenir pendant une crise sans le système et que les promesses de l’élite – qu’elles soient politiques, économiques ou technologiques – ne seront jamais tenues.

Si la 4RI est la mise en place des moyens (les nouvelles technologies) que les élites tenteront d’utiliser pour faire face à l’instabilité qui résultera de l’inégalité des ressources, du désastre climatique et de l’ascentionde l’informatique et du pouvoir post-industriel, alors la Cinquième Révolution Industrielle (5RI) commence à ce point où il y a une acceptation massive de ces nouvelles technologies qui convergent à travers nos corps, nos environnements et nos réalités à tel point que le monde des machines est toujours présent, même à l’échelle nanométrique ou jusqu’à la portée humaine la plus éloignée dans l’espace. C’est pourquoi si vous faites une simple recherche sur la 5RI, vous ne trouverez que l’écoblanchiment capitaliste sur le soi-disant ‘développement durable’ et le blablatage marketing d’une techno-utopie prétendant vouloir « améliorer la vie de tous » . C’est parce que les technocrates et les élites ne veulent pas que les vraies réalités de ces développements technologiques soient connues jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard pour faire quoi que ce soit.

On nous dit que le progrès technologique est ‘inévitable’. La 5RI inaugurera des changements conceptuels si énormes concernant la façon dont nous voyons notre corps, la technologie et le ‘monde naturel’ que de nombreuses distinctions commenceront à avoir moins de frontières. Pour les vielles ‘reliques’ que nous sommes, qui considèrent une prothèse comme la résolution d’un handicap, la 4RI fournit la technologie qui, grâce au développement incessant, vise à obtenir des résultats supérieurs au membre d’origine. Le 5RI ne consiste pas seulement à étendre et à affiner les technologies et les incursions de la 4RI, il s’agit de les normaliser, d’amener le public à adopter ces technologies en appliquant leur propagande au plus bas instincts des humains. La 5RI est l’acceptation qu’un membre robot-cybernétique soit supérieur à un membre organique et le fait de désirer davantageun représentant artificiel plutôt qu’unqui soit organique et chaotique. Dans le contexte de cette nouvelle réalité d’artificialisation totale en évolution, alors que la technologie del’intelligence artificielle se miniaturise et intervient dans tout ce qui est à la portée des spécialistes, le résultat de la 4RI est une vision nouvelle de la Terre et une nouvelle ‘humanité’. Une ‘Humanité +’ qui vit dans un monde-prison dépendant de ‘l’énergie verte’ et régulée par des fonctionnaires, des scientifiques et des technocrates par des méthodes comme l’intelligence artificielle, la biotechnologie et la nanotechnologie. Si la 4RI est l’émergence et le développement convergent de ces nouvelles technologies post-industrielles, alors la 5RI résulte de l’accélération du rythme de développement et de l’acceptation massive de ce même complexe techno-industriel. La 5RI se caractérise par une vitesse exponentielle sans précédent (le temps des machines) en opposition autemps linéaire/non-linéaire (temps humain), ce qui signifie que même les concepteurs et les ingénieurs sociaux de ce nouveau monde admettent qu’ils ne peuvent pas contrôler les résultats de ces nouvelles technologies. On tend vers l’émergence de quelque chose d’encore plus horrible que le Skynet fictif de la série Terminator: la singularité technologique.

Ray Kurzweil écrit dans Humanité 2.0 qu’ « il est difficile de penser à quelquonque problème qu’une superintelligence ne pourrait pas résoudre ou du moins nous aider à résoudre. Maladie, pauvreté, destruction de l’environnement, souffrance inutile en tout genre: ce sont des choses qu’une surintelligence équipée la nanotechnologie avancée serait capable d’éliminer. » Il ajoute que « les machines peuvent emmagasiner des ressources de manières qui sont impossibles pour les humains ». En lisant ces déclarations, il est difficile de penser à un problème que nous ne pouvons pas résoudre par notre propre intelligence et l’intelligence de la planète avec des moyens plus simples, de la détermination et un changement de perspective et de comportement. De plus, il est évident que les humains sont tout à fait capables de mettre les ressources en commun, c’est seulement que ceux qui possèdent et profitent de toutes ces ressources les refusent aux autres par la force. Choisir de ne pas changer la situation et ne pas lutter contre le ‘futur’ est une position que la plupart choisiront.

C’est-à-dire qu’après un siècle de progrès technologique et de promesses d’éradiquer la faim dans le monde et la pollution, quelques-uns sont riches à un niveau incompréhensible, tandis que les masses se démènent pour un niveau de vie de base; les avancées médicales et les médicaments communs sont encore rares dans de nombreux pays. On nous donne des babioles pour nous tenir tranquilles: Internet, les smartphones, les applications, les médias sociaux, les jeux-vidéos, les livestreams et les podcasts, d’autres prothèses et d’autres promesses viendront. Les avancées réelles ne seront pas redistribués plus équitablement que la richesse accumulée des révolutions industrielles précédentes. Par contre, c’est nous qui devront probablement endurer ces progrès réels: la surveillance totale dans un avenir sans vie privée, des demandes pour le contrôle total de la pensée, un conformisme total par le conditionnement, la dépendance à la société, le citoyennisme, les systèmes de prestations tels que le revenu (minimum) universel garanti. Si une révolution industrielle ne peut répondre suffisamment aux besoins de l’humanité pour être pleinement acceptée, soit elle éliminera ces besoins ou soit elle s’imposera par la force.

Dans le contexte de la 4RI et de la 5RI, quelles qualités les machines manquent-elles actuellement ; l’empathie, l’amour, l’intimité. Ce sont justement ces qualités qui ont été endommagées chez l’humain par le complexe techno-industriel, que l’on parle de la peur de l’intimité ou des relations à distances développées par l’usage des médias sociaux, du manque d’empathie dont on sait maintenant que ça a été induit par des médicaments tels que le paracétamol et par le poison dans la nourriture et l’eau – afin que la technologie réponde vraiment à nos besoins (maintenant modifiés), des esclaves brutalisés domestiqués à un système mécaniste de matérialisme, de cupidité qui valorise l’intérêt individuel. Cela fait partie de la domination du monde des machines: soigner les handicaps et les maladies incurables signifie la mécanisation du corps; parler du prolongement de la vie signifie le règne des élites à tout jamais.       

Tandis que les prêtres de la technologie s’enthousiasment de la libération de nos corps biologiques – ces prisons biologiques, en téléchargeant notre conscience, réalisant l’immortalité et à la possibilité de considérer nos corps comme de simples combinaisons interchangeables lorsque désiré ou qu’il le faut, ce qui se produit réellement c’est que les corps de la majorité sont en train de se transformer en de litérales prisons par les rares qui bénéficieront des avancées dans la prolongation de la vie et du contrôle des maladies, exactement comme ielles le font en ce moment (les systèmes de santé publique sous-financés sont généralement équipés de vieilles technologies de moins bonne qualité et pour beaucoup, les systèmes de santé publique ne sont pas accessibles du tout). Mais ces nouvelles technologies transhumanistes ne sont pas vouées à libérer tout le monde.

Malgré les mensonges des futuristes, l’implantation de ces technologies élargira le fossé entre inclus et exclus. Des citadelles de puissance se dresseront et seront plus éloignées de la colère de la population que jamais auparavant. Comme le corps devient de la matière première pour un nouveau secteur de bio-science dans un monde où les machines feront la majeur partie du travail, le corps humain deviendra un autre réservoir de capital, dans de nouvelles formes d’exploitation et d’industrie. En fait, ça se produit déjà avec la recherche sur les cellules souches, l’épissage des gènes, le bio-renforcement, les nouveaux produits pharmaceutiques, les prothèses et les bases de données ADN massives. L’individualité privée et souveraine entrera simplement dans une nouvelle sphère d’évaluation, de marchandisation, d’ajustement et de divisions sociales infinis au service du capital, de la bio-surveillance, de la complaisance et des inégalités. Dans la 4RI, la société de consommation s’approfondit et devient plus sombre que le simple fait d’acheter des choses. La finalité de l’industrie 4.0 est de nous ‘découpler’ de nos corps et de notre compréhension de nous-mêmes comme faisant partis de la biosphère et du rythme biologique, de sorte que ceux-ci soient aussi considérés comme achetables, à améliorer et à ‘réparer’, comme un ensemble de pièces mécaniques constamment manipulables et interchangeables qui peuvent toutes être fabriquées et remplacées à un prix et promues comme possédant des qualités supérieures aux pièces biologiques d’origine. Un être artificiel qui, une fois entré dans le temple de la technologie, devient dépendant à tout jamais des produits pharmaceutiques, des chirurgies, de la techno-psychiatrie, des ‘mises à jour’, des appareils et des entreprises qui les maintiennent. L’avenir technologique du corps humain n’est peut-être pas la mort (pour les rares qui peuvent se permettre d’être immortel), mais ce sera un monde morbide, de froid, de faim et sans-vie.

Pendant ce temps, la Terre continue de mourir et les développements technologiques, loin de fournir les solutions promises, la détruisent à une vitesse qui augmente sans cesse, avide de matières, d’électricité et de métaux rares. L’extraction des métaux rares nécessaires à la fabrication des téléphones intelligents cause des dommages incalculables à l’environnement et à la santé humaine.

Baotou, en Mongolie, est un des principaux sites d’extraction de métaux rares et les mines sont entourées de résidus toxiques (déchets miniers), surtout du thorium radioactif. Au Congo, l’extraction de ce minerais rare, le Coltan, est bien connue pour avoir dévasté et causé des dommages incalculables aux territoires, aux communautés humaines et à la faune. La société minière Molycrop en Californie, aime se présenter comme une société minière éthique, mais son extraction de néodyme utilisé pour les aimants de haut-parleur, d’europium servant à créer la couleur dans les écrans d’iPhone et de cérium, utilisé avec le solvant pour polir les écrans, reste du pillage à une échelle insoutenable de matières qui devraient être laissés dans la Terre. Ces mines exigent que des immenses étendues de nature soient ravagées pour leur création. À l’heure actuelle, il n’y a pas d’échappatoire à cette réalité: la technologie dépend de la destruction des écosystèmes, affecte les derniers animaux sauvages et les communautés autochtones, avec des populations humaines civilisées de plus en plus confinées dans des ‘habitats’ technologiques – des mégapoles ‘intelligentes’. Les failles où vivre seront plus petites. Nos réseaux et nos vies individuelles seront surveillés minutieusement avec l’invasion plus intime de notre souveraineté et de notre autonomie. Est-ce plus ou moins terrible que ce l’est pour un paysan forcé de quitter sa terre pour aller s’installer dans une nouvelle ville et travailler à l’usine? Ou bien la lutte que les peuples autochtones ont mené et continuent de mener partout dans le monde? Nous devons essayer de préserver ce que nous pouvons de la nature fragile qui diminue, tout en organisant et en menant des attaques qui n’atteignent pas seulement les infrastructures, mais aussi les symboles et les représentants de l’État, de la technologie et du capital. Nous devons penser et nous préparer maintenant, acquérir les compétences et les moyens dont nous et les autres aurons besoin pour naviguer dans ce nouveau monde et réfléchir à ce que signifie être anarchiste.

Nous devons essayer de limiter les dégâts causés par les civilisations prédatrices, garder la mémoire combative vivante, nous rappeler pourquoi nous nous battons et pour quoi nous luttons. Nous sommes confrontés à rien de moins que la tentative d’effacer la vie sauvage non domestiquée et l’élimination entière de modes de penser et d’être par le biais du conditionnement social, de la répression, de la participation forcée et volontaire. Les structures resteront les mêmes: des inégalité infinis, l’esclavage, les privilèges et les oppressions, l’autoritarisme, la destruction, la médiation et l’aliénation.

Il y aura des failles dans leurs systèmes, il y en a toujours. Donc l’anarchie, la volonté de liberté et la volonté de souveraineté continueront également d’être, émergeant à travers chaque faille et fissure. La continuité de la lutte réside dans les questions de la liberté, de l’autonomie personnelle, de l’esclavage, du contrôle et de la surveillance du plus grand nombre par quelques-uns selon leur agenda.

Ces choses ne changent pas, que l’on parle de le première révolution industrielle ou de la enième.

Cellule de recherche et d’entrainement – N.T.
Publié en janvier 2021 dans le 325 #12

Répression de la contre-information internationale : Déclaration de solidarité de la Croix noire indonésienne

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Mai 112021
 

De la Croix noire indonésienne (WA)

La même chose se produit en Indonésie, où la police encourage toujours davantage le bâillonnement et la répression des médias de contre-information, avec notamment la création d’une “cyber police” ou police des médias sociaux, dont l’un des objectifs est d’isoler la diffusion de l’information, non seulement des réseaux anarchistes, mais aussi d’autres dissident.e.s politiques et de celles et ceux qui ont le courage de critiquer l’État. 

De 2014 à 2019, la police indonésienne a déboursé environ 900 milliards de roupies pour payer des influenceurs sur les réseaux sociaux afin de freiner la propagation et la croissance des médias de contre-information. En 2018, la police indonésienne a commencé à viser de nouveau spécifiquement le mouvement anarchiste en Indonésie, et a produit récemment une déclaration interdisant aux médias de couvrir les violences policières. Cependant, nous n’avons aucun doute que les individus et les groupes qui se concentrent sur la contre-information et les rapports grassroots continueront à exister et à se développer. Face à la gravité de cette situation où l’État, le capitalisme et tous ses outils tentent de forcer le silence et la répression, que ce soit en ligne ou dans le monde physique, ce n’est pas le moment de se taire ni de s’abandonner à la peur.

Les gouvernements de divers pays se servent de l’augmentation continue des cas de Covid-19 à l’échelle internationale  pour élaborer des politiques qui mettent à mal non seulement notre capacité économique, mais aussi nos libertés les plus fondamentales.

Nous pensons que rien n’est totalement sûr et exempt de risques, surtout lorsqu’on gère des sites de contre-information en ligne. Et c’est en fait la raison fondamentale pour laquelle nous devons réagir à cette situation de plus en plus étouffante.

Nous appelons à la solidarité internationale (par tous les moyens possibles) pour nostate, 325, Anarchist Black Cross Berlin, Montréal Contre-info, Northshore Counter-Info, Act For Freedom Now! et les autres sites de contre-information. Solidarité pour chaque prisonnier anarchiste dans tous les coins du monde (Toby Shone, Monica, Franciscoet les autres), envers les mouvements anti-éviction de Bara-Baraya, Pancoran et Pakel, et toutes les formes de lutte pour la libération et l’indépendance.

Il faut bien commencer quelque part, il faut bien commencer un jour, quel meilleur endroit qu’ici ? Quel meilleur moment que maintenant ? -RATM

Croix noire anarchiste (WA) – Indonésie (PALANG HITAM ANARKIS)

Déjouer le SPVM pour attaquer un pôle de la haute technologie : Un premier mai anticapitaliste qui donne espoir

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Mai 032021
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Ce 1er mai, la manifestation anticapitaliste annuelle organisée par la CLAC s’est rassemblée au parc Jarry sous le thème “Pas de retour à la normale”. C’était une fin d’après-midi ensoleillée et l’énergie était au rendez-vous à travers les bannières et les drapeaux noirs quand la foule a commencé à traverser les rues résidentielles de Villeray.
 
D’abord vers l’ouest sur De Castelnau, des feux d’artifices ont été lancés, et des cônes de construction utilisés pour bloquer la route derrière nous. Les policiers ne semblaient pas préparés pour le trajet choisi, et donc il y en avait de moins en moins aux alentours. Tournant d’abord vers le sud pour rejoindre Jean-Talon, la manif a ensuite continué vers l’ouest sous le viaduc, en dessous de la ligne des trains de banlieue vers St-Jérôme.

Se débarrasser du dispositif policier

La manif tourna ensuite vers le sud sur l’avenue Parc, pour entrer sous un second viaduc passant sous la même ligne de train. Cette fois, une surprise attendait les policiers en camions et en vélo qui attendaient que la foule passe pour continuer à leur poursuite : des fumigènes ont été lachées sous le viaduc et des pieds de corbeau ont été déployés sur la route pour crever les pneus des véhicules policiers qui tenteraient de continuer leur poursuite sous le viaduc rempli de fumée. Ces actions ont ainsi bloqué complètement le passage sous le viaduc, une voie clée permettant normalement l’accès à la portion du quartier dans laquelle la manif avait continué.

La majorité des effectifs policiers étant coincée au nord du chemin de fer surplombant le viaduc, la manifestation a tourné abruptement à gauche sur la rue Saint-Zotique en quittant le viaduc. Des ordures et des meubles de terrasses ont été déplacés au milieu de la rue afin de protéger la manifestation dont la vitesse de marche a pu accélerer.

Nous n’acceptons pas que la police entoure nous manifestations, se déplaçant sur le côté, en nous filmant et en nous intimidant, ou encore en nous suivant de près avec des dizaines de camionnettes de policiers émeutes prêts à nous gazer à tout moment. Certaines situations nous appellent à entamer des confrontations directes, mais ce jour-là, notre meilleure stratégie était de les semer. Avec un peu d’inventivité, de prévoyance et de l’intelligence collective, nous avons pu laisser la police loin derrière.

Rendre visite aux gros noms de l’intelligence artificielle

Près de deux minutes après avoir continué à l’est sur Saint-Zotique, la manifestion a tourné à droite sur Saint-Urbain. Un petit groupe de policiers à vélo observaient la manifestation à environ un coin de rue de distance, mais leur back-up antiémeute n’était nulle par à vue, obligeant les policiers à vélo à garder une distance de sécurité.

À notre droite se dressait l’immeuble “O Mile-Ex”, qui tient lieu d’épicentre du secteur de l’intelligence artificielle à Montréal, tel qu’imaginé par les politiciens et universitaires dans les cinq dernières années afin de positionner la ville comme centre névralgique mondial de ce domaine. Les immeubles regroupées entre le 6650 et le 6666 Saint-Urbain abritent MILA (un institut de recherche affilié à l’Université de Montréal qui collabore avec Google et Facebook), Thales (une compagnie française de défense et de sécurité), Borealis (le laboratoire d’intelligence artificielle de la Banque royale du Canada, Quantum Black (le laboratoire d’intelligence artificielle de la firme de consultants McKinsey), SCALE AI (un supercluster de la chaîne d’approvisionnement contrôlé par la famille Desmarais), et plus d’une vigntaine d’autres laboratoires et start-ups.

Pendant qu’ils discutent d’éthique afin de distraire la population, ces compagnies développent des technologies qui renforcent l’emprise du capitalisme et de l’autorité sur nos vies. Qu’elles rendent plus efficaces les chaînes d’approvisionnement des grandes entreprises, qu’elles automatisent la vidéosurveillance et la réconnaissance faciale afin de protéger le gouvernement et la propriété des riches, ou qu’elles développent des algorithmes afin de surveiller les milieux de travail et imposer des conditions déshumanisantes aux travailleur-euses, nous savons qui tire profit de ces outils, et ce ne sont pas les exploité-es, les exclu-es et les opprimé-es de la société. Comme des anarchistes l’ont écrit récemment, “ce qui est en jeu, c’est notre capacité d’avoir des secrets, de résister, d’agiter, d’attaquer ce qui détruit tout ce que nous aimons et qui protège tout ce que nous détestons”.

De plus, les installations de O Mile-Ex, avec ses hordes de yuppies du monde de la techno, sont un moteur majeur du déplacement des populations moins nanties de cette partie de la ville. Avec l’implantation du nouveau campus Mil de l’Université de Montréal, ses effets s’étendent sur l’ensemble de Parc-Extension, un quartier ouvrier, principalement immigrant, soumis à la menace grandissante de gentrification.

Les entreprises techno ont exploité notre isolement pendant les mesures de confinement de la pandémie de COVID-19 afin d’augmenter leurs profits et étendre leur présence avec peu de résistance. Comme la crise pandémique introduit une phase nouvelle dans la crise du capitalisme, ces compagnies entendent façonner une “nouvelle normalité” qui alimenterait leur pouvoir.

L’immeuble de O Mile-Ex sans vitrines

Pour toutes ces raisons, de voir différents groupes attaquer ces immeubles était satisfaisant. Alors que les vitrines de MILA étaient brisées les unes après les autres par des marteaux, des roches et d’autres projectiles, toute illusion comme quoi ces entreprises et ses chercheurs profitaient des bénéfices d’un consensus social éclatait également. Des fumigènes ont été lancées dans l’immeuble au travers des trous dans les vitrines dans le but d’activer les systèmes de gicleurs et de causer davantage de dommages.

À la suite de l’attaque sur le O Mile-Ex, quelques policiers sont apparus au sud de Saint-Urbain et ont reçu des vollées de roches et de feux d’artifices. La manifestation s’est dirigée vers l’est sur Saint-Zotique, continuant d’éviter un déploiement policier majeur, tournant au sud sur Clark, puis traversant le parc de la Petite-Italie pour tourner au nord sur Saint-Laurent. Le parc et plusieurs rues transversales à Saint-Laurent ont offert plusieurs bonnes opportunités afin de se changer et de quitter. La dispersion a été accélérée par l’antiémeute qui a chargé sur Saint-Laurent derrière la manifestation en lançant des gaz lacrymogènes. Quelques policiers ont été vus sur le toit d’un immeuble résidentiel, lançant des gaz lacrymogènes sur la foule, une manoeuvre inattendue. Un conducteur de voiture agressif qui a tenté d’avancer sur la manifestation a été confronté et les vitres de sa voiture ont été brisées. Les policiers qui ont envahi la zone où les personnes tentaient de se disperser ont détenu quelques personnes, arrêtant deux d’entre elles, mais aucune accusation sérieuse ne leur a été donnée. Le blocage des rues avec des ordures et d’autres obstacles dans ce contexte aurait pu permettre de réduire leur capacité d’action.

C’est une expérience précieuse que de prendre des risques ensemble dans les rues avec des centaines de camarades et de complices anonymes, qui rêvent d’un monde après le capitalisme, de postes de police et de postes frontaliers incendiés, de supermarchés pillés, de forêts, de montagnes et de rivières protégées de toutes les formes de destruction industrielle et retournées au soin de l’autonomie territoriale autochtone. Bien que les réussites d’une seule manif du premier mai soient minimales face à l’ensemble de nos aspirations, nous croyons que les relations développées au travers de ces moments ne devraient pas être sous-estimées.

– Des anarchistes

Manifestation anticapitaliste du 1er Mai: Pas de retour à la normale!

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Mai 022021
 

De la Convergence des luttes anticapitalistes

La Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC) dénonce la répression brutale de sa manifestation encore cette année. En effet, le SPVM a procédé, fidèles à leurs habitudes, à des arrestations injustifiées et violentes. Les policiers y sont allé de coups de matraques et de gaz lacrymogène pour faire taire la population qui en a assez de se faire exploiter chaque jour pour enrichir des bourgeois·e·s nauséabond·e·s et leurs compagnies qui profitent de la COVID-19. Plusieurs personnes on été blessées et les policiers ont même détruit le cellulaire d’un·e participant·e.

Plus de 750 personnes étaient rassemblées pour dénoncer l’exacerbation des injustices sociales et de la précarité durant la pandémie actuelle. Le capitalisme et le néolibéralisme ont posé les bases de ce désastre et ce n’est certainement pas à travers ce système économique que nous parviendrons sortir de la crise. Les organisateur·trice·s tiennent à remercier les participant·e·s à la manifestation qui ont repris la rue cette année, malgré le contexte de crise sanitaire, avec masques et mesures de distanciation.

Dans le cadre de la Journée internationale des travailleurs et des travailleuses, la CLAC organisait aujourd’hui la manifestation anticapitaliste annuelle du 1er Mai, qui commençait à 16h au parc Jarry. Rappelons que l’année dernière, en raison du contexte sanitaire, il n’y a pas eu de rassemblement, mais nous avions tout de même appelé à une journée d’actions de visibilité, qui fut un vif succès malgré tout.

Cette année, nous avons été manifester dans le Mile-Ex pour dénoncer les compagnies d’intelligence artificielle qui profitent éhontément de la crise, en convertissant des subventions publiques en outils pour le secteur privé. Les entreprises qui y sont situées sont une force majeure de la gentrification et du déplacement des résident·e·s du quartier Parc-Extension en plus de participer à la surenchère technologique de la surveillance.

Stacy Langlois, une manifestante, déclare : « Comme toujours, ce sont les travailleurs et travailleuses, les pauvres, les personnes migrantes, les personnes qui occupent des emplois majoritairement féminins, qui se tuent – littéralement – pour faire vivre les plus riches. C’est nous qui cuisinent et qui leur livrent leur bouffe pour pas qu’ils aillent besoin de faire la file à l’épicerie comme nous autre.» Elle poursuit: «Leur plan de relance, c’est de nous garder dans la misère.»

En plus, le renforcement des frontières et les abus des instances d’immigration ont pour mission de préserver ces inégalités. Les personnes migrantes qui ont eu la “chance” de venir ici meurent dans nos hôpitaux et nos entrepôts. Les rues des quartiers les plus pauvres sont vides, la police étant toujours en recherche de ses prochaines victimes. Les Premiers Peuples sont humiliés, agressés et tués par les instances gouvernementales pilotées par les compagnies extractivistes. Et dans tout ce chaos, on nous impose l’obéissance, le silence, l’aveuglement face à tout ce qui se passe autour de nous. C’est absurde et révoltant!

Lors d’un discours d’ouverture enflammé, Steven Lafortune-Sansregret s’est écrié : « Ce que nous devons relancer, ce n’est pas l’économie, mais les luttes pour la fin de l’exploitation capitaliste ! » Ensemble, prêt·e·s à nous battre, nous sommes bien plus fort·e·s et bien plus nombreux·euses que ceux qui nous oppriment en tout impunité. Refusons cet avenir “ubérisé” et bâtissons un monde d’entraide et d’équité. Pour y arriver, nous utiliserons tous les moyens nécessaires.

Nous ne voulons pas de ce monde qu’ils essaient de nous vendre! Ni de l’ancien, ni du nouveau! À bas le capitalisme!

Pacte pour un 1er mai solidaire

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Avr 262021
 

De Montréal Antifasciste

Attendu

que le 1er mai est aujourd’hui et a toujours été l’occasion pour les travailleuses et les travailleurs de tous les pays de s’unir pour célébrer les acquis historiques de la classe ouvrière et porter des revendications visant l’amélioration continue des conditions de travail, des conditions de vie et des conditions générales de santé et de sécurité de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses;

attendu

que la protection de la santé et de la sécurité des travailleuses et des travailleurs des milieux de soins de santé est d’une importance primordiale;

et attendu

que le système de santé et l’ensemble de ses travailleuses et travailleurs, infirmières, médecins, conseiller·e·s, intervenant·e·s, préposé·e·s et employé·e·s de soutien sont actuellement soumis à une pression exceptionnelle et ont besoin de notre solidarité inconditionnelle;

Nous, les groupes populaires et organisations syndicales et communautaires qui organisent et/ou participeront à des événements publics le 1er mai 2021, nous engageons à demander à nos participantes et participants :

  • d’exprimer toute leur solidarité avec les travailleuses et travailleurs de la santé, mais aussi avec l’ensemble des travailleuses et travailleurs « essentiel·le·s », et ce, indépendamment de leur statut migratoire;
  • de porter le masque pendant toute la durée de nos événements;
  • de respecter la distance sécuritaire de deux mètres, autant que faire se peut, durant toute la durée de nos événements;
  • d’éviter tout contact non nécessaire durant toute la durée de nos événements.

Nous demandons à tous les groupes et les organisations qui prévoient des événements pour le 1er mai 2021 d’adhérer à ce pacte, faute de quoi nous leur demandons de renoncer à organiser quoi que ce soit ce jour-là et de rester chez eux pour ne pas compromettre davantage la santé et la sécurité des travailleuses et des travailleurs de nos systèmes de soins.

Signataires:

–> Si votre groupe ou votre organisation endosse ce PACTE pour un 1er mai solidaire, veuillez écrire à alerta-mtl@riseup.net pour être ajouté à la liste des signataires/participants.

–> Si vous adhérez à l’esprit de ce pacte en tant qu’individu, nous vous invitons à « participer » à l’événement Facebook qui se trouve à cette adresse, et à le relayer dans vos réseaux.

CONTEXTE

Dans le monde entier, le 1er mai est reconnu comme la Journée internationale des travailleurs et des travailleuses.

Depuis 135 ans, la classe ouvrière prend la rue, s’organise et manifeste à cette occasion pour faire valoir ses intérêts et sa force face à la classe capitaliste et aux dirigeant·e·s qui font son jeu. La tradition du 1er mai est née dans le sang de syndicalistes révolutionnaires aux États-Unis, en 1886, et s’est ensuite répandue dans les Amériques, en Europe, puis dans le reste du monde, portée par les mouvements syndicalistes, révolutionnaires, anticapitalistes et internationalistes. Elle a en partie été institutionnalisée dans certains pays au fil des compromis historiques, mais les mouvements et milieux anticapitalistes ont par ailleurs su préserver son caractère révolutionnaire dans un grand nombre de contextes.

Cette tradition est bien vivante au Québec et à Montréal, où de nombreux événements ont lieu chaque année le 1er mai, dont des rassemblements syndicaux, une manifestation anticapitaliste et différentes mobilisations sociales et communautaires conçues pour porter diverses revendications et illustrer ou instaurer de différentes manières un certain rapport de force avec la classe possédante.

Plusieurs événements sont prévus dans la métropole à l’occasion du 1er mai 2021 :

Or, il appert que certains leaders du mouvement « complotiste » anti-masque, anti-distanciation et anti-vaccin se profilent derrière une autre marche organisée le 1er mai pour « manifester [leur] désaccord face aux mesures sanitaires au Québec ». (De nombreux projets de vigilance citoyenne, dont Montréal Antifasciste et Xavier Camus, ont par ailleurs documenté l’influence dominante exercée par différents individus liés à l’extrême droite dans le mouvement d’opposition aux mesures sanitaires au Québec.)

Cette action anti-sanitaire doit avoir lieu en périphérie du principal site de vaccination à Montréal, soit le Stade olympique, bien entendu sans masques et sans gestes barrières.

Au moment où la troisième vague est en phase ascendante partout au Québec, où le système de santé est menacé de surcharge sous la pression des variants de COVID-19, où la campagne de vaccination ne va pas aussi vite qu’il le faudrait pour compenser les effets de ces variants, et au moment, surtout, où les travailleuses et travailleurs de la santé et des services sociaux sont à bout de souffle après 13 mois d’efforts intensifs contre la pandémie, nous trouvons sidérant et parfaitement inacceptable que les complotistes et autre négationnistes de la COVID s’autorisent à prendre la rue le 1er mai pour mettre en danger, par leur comportement irresponsable, les travailleuses et travailleurs du système de soins de santé ainsi que toutes celles et tous ceux dont le travail est jugé essentiel dans les autres secteurs d’activité.

La santé et la sécurité des travailleurs et des travailleuses ont toujours été une préoccupation centrale des mouvements de revendication et d’affirmation de la classe ouvrière et des mobilisations du 1er mai.

Il est grand temps que la majorité des travailleuses et des travailleurs expriment clairement leur ras-le-bol face aux délires et à l’insouciance des complotistes anti-sanitaire qui, rappelons-le, baignent dans l’imaginaire idéologique de l’extrême droite.

Projet d’Ariane Phosphate: « Coucou, ne m’oubliez pas! »

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Avr 262021
 

Du Collectif Emma Goldman

Dans la dernière année, le projet d’Ariane Phosphate a passé sous le radar et nous n’avons presque pas entendu parler des développements qui doivent mener à cette mine à ciel ouvert de phosphate au Lac à Paul et au troisième port sur le Saguenay. Il y a plusieurs raisons à cela (outre la pandémie), dont la lenteur du processus devant conduire à la première pelleter de terre du projet, la place prise dans les médias de masse par GNL Québec et la sortie du rapport du BAPE sur l’usine de liquéfaction de gaz naturel au port de Grande-Anse. Pour autant, le projet de mine d’apatite n’est pas mort et voilà qu’il a refait surface la semaine dernière dans les médias.

La minière Ariane Phosphate a annoncé avoir conclu une entente, d’une durée pouvant aller jusqu’à 50 ans, avec Port Saguenay au sujet du futur site d’installation pour le chargement maritime sur la rive nord de la rivière Saguenay. Le deal prévoit l’utilisation des futures installations sur la rive nord pour 30 ans avec deux renouvellements possibles de 10 ans. Il vient aussi encadrer la vente par Port Saguenay à Ariane Phosphate d’un morceau de terrain qui permettra la construction d’une installation de chargements qui va faciliter l’accès aux plateformes commerciales internationales.

Même si cette entente entre la minière et Port Saguenay n’est pas une surprise puisque l’administration portuaire est 100% pour le projet et travaille à sa réalisation, elle sert à rassurer les investisseurs et les clients potentiels que tente de séduire Ariane Phosphate: « Avec une entente de 50 ans, nous serons en position de force pour approvisionner nos clients mondiaux à partir de notre projet de mine du Lac à Paul qui devrait avoir une longue durée de vie. C’est une des choses qu’il nous manquait pour rassurer nos clients ou investisseurs potentiels quand on négociait. Là c’est réglé. » (1) – Jean-Sébastien David, chef des opérations chez Ariane Phosphate, lors d’une entrevue avec le journal Informe Affaires.

La multiplication des annonces, même banales et plus ou moins pertinentes, ainsi que les diverses ententes qui sont ensuite relayées par les médias servent justement à rassurer les investisseurs, les motiver et leur donner espoir. Les convaincre que le projet va de l’avant, qu’il n’est pas mort et que tout roule comme prévu, peu importe si c’est vrai ou non.

L’automobile électrique comme passeport vert

Comme bien des multinationales extractivistes, Ariane Phosphate mise sur l’automobile électrique pour écouler sa matière première et verdir son projet destructeur. L’augmentation de la demande de phosphate pour les batteries Lithium-Fer-Phosphate (LFP) est vu d’un bon œil par les dirigeants de la minière. Ces batteries sont utilisées pour la fabrication de voitures électriques. Elon Musk, le PDG mégalomane de Tesla Motors, a annoncé dernièrement qu’il étudiait la possibilité d’utiliser les batteries LFP pour équiper les prochains véhicules Tesla puisqu’elles sont moins dispendieuses. Évidemment, cela est vu comme une bonne nouvelle par Ariane Phosphate.

Un futur bien macabre nous attend si la voiture électrique est considérée comme une transition énergétique et un moyen de diminuer la pollution. En réalité, elle sert simplement à justifier et verdir des projets extractivistes qui vont détruire des milieux de vie pour une poignée d’emploi et des millions de dollars dans les poches des dirigeants.

L’électrification des voitures n’est pas la solution, le but est de diminuer au maximum le nombre d’automobiles sur les routes et d’augmenter le transport en commun. Fabriquer des voitures, même si elles sont électriques, demande beaucoup de ressources qu’il faut extraire du sol (lithium, phosphate, etc.) et d’infrastructures destructrices comme les autoroutes, les immenses boulevards, les stationnements à l’infini, etc. La voiture électrique sert à sauver l’industrie automobile, pas la planète.

Même si la minière Ariane Phosphate a toutes les approbations du gouvernement pour aller de l’avant et qu’elle est aidée par la classe politique locale et le milieu des affaires, il n’est pas trop tard pour s’activer. Nous devons nous organiser pour occuper le territoire et bloquer coûte que coûte ce projet; mettre nos corps en jeu pour empêcher la destruction de nos milieux de vie et la poursuite de ce néo-colonialisme qui s’approprie les territoires des Premières Nations et anéantit toutes possibilités de pratiques ancestrales. Tôt ou tard, il faudra monter des barricades, bloquer les chemins, créer des zones à défendre où nous vivrons autrement; attaquer.

  1. https://informeaffaires.com/regional/mines-et-ressources-naturelles/pour-50-ans-arianne-confirme-une-entente-avec-port-de

Le verger au complet : Introduction à la sécurité en manif, épisode spécial pour le 1er mai 2021

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Avr 192021
 

De la Convergence des luttes anticapitalistes

Dans ce troisième épisode et demi, voici une introduction à la sécurité en manif !
Y’a pas de musique ou de fioritures, c’est juste une présentation !

Lien vers le fichier: https://www.clac-montreal.net/sites/default/files/episode35.mp3

1er mai 2021 : Nous ne voulons pas de ce monde qu’ils essaient de nous vendre !

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Mar 222021
 

De la Convergence des luttes anticapitalistes

La pandémie que nous traversons nous précarise tou·te·s et met en évidence des injustices graves. La relance souhaitée par les dirigeant.e.s est une relance qui ne s’adresse pas à nous. Elle ne s’adresse pas aux artistes et autres personnes qui ne génèrent pas assez de profit pour mériter d’exister. Elle ne s’adresse pas aux les travailleur.euses du sexe, dont l’existence même est criminalisée. Cette relance ignore les personnes en situation de handicap, les marginalisé·e·s, celleux avec des problèmes de santé mentale. La relance dont ils parlent, elle est pour les pétrolières, pour les Bombardiers, pour les tizami·e·s comme Guzzo, mais elle n’est pas pour nous. Laisser les gouvernements nous sauver de la crise qu’ils ont eux et elles même créées à travers les coupures en santé, à travers leurs vies de « snowbirds », serait accepter la mort. Ce que nous devons relancer, ce n’est pas l’économie, mais les luttes pour nos droits et la fin de l’exploitation capitaliste.

Le projet de reconstruction économique mise sur un univers technologique taché d’inégalités et basé sur une exploitation capitaliste sale. Le renforcement des frontières et les abus des instances d’immigration, qui au soit-disant Canada sont illégitimes, ont pour mission de préserver ces inégalités. Pendant qu’au Nord on se vaccine, on oublie celleux qui nous habillent dans les usines de Gildan en Haïti. On oublie que chaque conférence zoom dépend du travail dans les mines d’Afrique et d’Amérique du Sud. Ces mêmes pays qui pourraient ne pas voir de vaccin avant le début de la prochaine pandémie. Les mots de remerciement et les paroles vides de ces politicien·e·s ne redonneront pas la vie aux « petrochallengers » haïtien·ne·s tué·e·s par des forces de police formées par le Canada, ne redonnera pas leur yeux aux manifestant·e·s chilien·ne·s blessé·e·s par des armes canadiennes. Il faudra bien plus pour redonner la vie à Raphaël « Napa » André, à Joyce Echaquan, et à toutes les personnes autochtones tuées ici et ailleurs.

Les injustices au niveau mondial se multiplient. Les personnes migrantes qui ont eu la « chance » de venir ici meurent dans nos hôpitaux et nos entrepôts. Les rues des quartiers les plus pauvres sont vides, la police étant toujours en recherche de ses prochaines victimes. Les Premiers Peuples sont humiliés, agressés et tués par les instances gouvernementales, pilotées par les compagnies extractivistes. Et dans tout ce chaos, on nous impose l’obéissance, le silence, l’aveuglement face à tout ce qui se passe autour de nous.

Ne nous laisson pas faire ! Refusons de nous entre-policer sur nos comportements, car vivre dans un monde régi par des lois racistes, coloniales, LGBTQIA2S+phobes constitue un défi en soit. Ce sont ces mêmes lois qui nourrissent les inégalités de genre et qui donnent toujours raison aux plus privilégié·e·s et aux héritièr·e·s bourgeois·e·s : ne les légitimons pas en nous les imposant à nous mêmes ! Nous sommes en colère face à la disparition des aides financières, de nos emplois, de leur précarisation ou encore à l’imposition d’un couvre feu basé sur aucune preuve scientifique reconnue. Ce n’est qu’une excuse pour légitimer le contrôle et la répression étatique. Cet argument sanitaire ne tient pas la route quand on voit qu’il n’est pas appliqué partout. Le gouvernement Legault montre encore une fois son vrai visage en protégeant l’économie au détriment des vies. Refusons cet avenir imaginé par des multimilliardaires, qui détournent notre attention par la peur tandis qu’ils profitent de l’exploitation des personnes les plus démunies.

Ces milliardaires, ce sont eux qui sont les premiers pollueurs et les derniers à en subir les conséquences. Ce sont leurs grosses corporations qui continuent d’exploiter le travail des migrant·e·s et de pratiquer l’extractivisme en territoires autochtones, au nom d’une croissance économique hypocrite dite « verte » ou encore de « développement durable ». En effet, tout le monde sait que la crise environnementale est un enjeu majeur et que celle-ci affectera en premier lieu les populations marginalisées. Pour elleux, c’est le statu quo à tout prix, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Ce qui est encore pire, aucune solution concrète n’est apportée et les listes d’attentes pour les soins sont encore pires qu’elles étaient avant la pandémie. Les médias ont profité de l’opportunité pour vendre des nouvelles anxiogènes sur le virus, éclipsant notamment les luttes en cours pour la défense des territoires. Ces luttes sont vivantes, et nous allons le leur rappeler.

Nous sommes tou·te·s perçu·e·s comme une masse de travail vide et remplaçable, mais tout n’est pas perdu. Ensemble, prêt·e·s à nous battre, nous sommes bien plus fort·e·s et bien plus nombreu·x·ses. Refusons cet avenir « ubérisé » et bâtissons un monde d’entraide et d’équité. Pour y arriver, nous devrons lutter par tous les moyens, et cela passe nécessairement par la reprise de la rue.

On se revoit le premier mai, à 16h, au parc Jarry (coin Gary-Carter et St-Laurent) !

Podcast: Le verger au complet Ep. 2 – Pourquoi abolir la police

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Mar 172021
 

De la Convergence des luttes anti-capitalistes

La Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC) publie aujourd’hui le deuxième épisode d’une série de podcasts nommée Le Verger au complet. Le Verger au complet vise la diffusion d’information relative à l’abolition de la police et des prisons, mais proposera aussi des épisodes portant sur des thématiques plus précises telles que la justice transformatrice, les prisons de migrant.e.s, la criminalisation de la dissidence et plusieurs autres.

Dans ce deuxième épisode, on vous partage une entrevue avec une personne impliquée avec le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), collectif notamment à l’origine de la manifestation annuelle du 15 mars — qui arrive à grands pas!!! — ayant cette année comme thème l’abolition de la police. Depuis 25 ans cette année, le COBP offre un soutient aux victimes de brutalité policière, informe sur les droits des personnes face à la police et dénonce toutes les formes de violence policière. Voici où le trouver : https://www.clac-montreal.net/fr/node/769. La version qui s’y trouve est en format mp3.

Vous aimez ce deuxième épisode du Verger au complet et souhaitez le partager? Toute diffusion sera extrêmement appréciée!

Si vous l’avez manqué, on vous suggère aussi d’écouter notre premier épisode: HIS-1312 – Introduction et histoire de la police (https://www.clac-montreal.net/fr/node/763).