Juin 282012
 

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Vendredi le 18 mai 2012, deux nouvelles lois ont été adoptées à Montréal. Leur but est d’étouffer la révolte anti-capitaliste qui s’est créée à travers la grève étudiante, qui perdure depuis plus de 100 jours. La première est une loi municipale  – elle interdit le port de masque lors de manifestations, sous peine d’une amende de 1000$ à 5000$ (de plus, si la loi entre en vigueur au fédéral, porter un masque dans une émeute pourrait mener jusqu’à 10 ans de prison). La deuxième est une loi spéciale du gouvernement provincial (Loi 78) qui oblige toute manifestation publique à se soumettre à un contrôle méticuleux par la police pour ne pas être déclarée «illégale». Tout leader, porte-parole ou exécutant.e membre d’une association étudiante qui bloque l’accès aux cours ou y encourage d’autres personnes, recevra une amende entre 7000$ et 35 000$.

Même si ces lois sont étonnamment rigides, leur existence n’est pas étonnante. Avant leur création, l’État et les forces policières ont volé des yeux, brisé des bras, fracassé des mâchoires et envoyé des personnes dans le coma. Nous sommes des milliers dans la rue qui, jour après jour, risquons beaucoup pour maintenir une lutte féroce. Ces lois sont le résultat de la situation qui surpasse le contrôle des assemblées générales, des fédérations étudiantes et de l’autorité gouvernementale. La loi 78 a été déclarée anti-démocratique par les groupes de défense légale, par la Commission québécoise des droits humains et par le Conseil du Barreau du Québec. Malgré tout, les lois seront effectives encore longtemps et la situation ne changera pas pour autant. Elles démontrent comment les libertés associées à la démocratie, qui nous sont données en période de stabilité sociale, peuvent nous être enlevées dès qu’on entre en situation d’instabilité, à l’aide de toutes sortes de dispositifs autoritaires. En démocratie, l’État d’urgence nous attend toujours au détour pour nous imposer plus de contrôle, spécialement dans les moments où nous commençons à vivre.

Les lois, la bureaucratie et la police existaient avant la démocratie ; elles fonctionnent pareil dans une dictature. La seule différence est le droit de vote, grâce auquel on nous fait croire que les lois nous appartiennent, même lorsqu’elles sont appliquées contre nous. La démocratie agit en installant tout le pouvoir et la légitimité entre les mains d’une structure qui prend les décisions, elle requiert des corps armées (la police) pour faire respecter ces décisions. Nous voulons nous  battre pour une réelle libération, pas juste pour des politicien.ne.s moins répugnant.e.s dans la même structure oppressive de pouvoir.

La résistance doit se déployer, évoluer et se poursuivre indéfiniment! Nous avons vu la situation se transformer d’une grève aux objectifs réformistes en une révolte généralisée aux aspirations révolutionnaires. Cette lutte n’est pas seulement à propos des frais de scolarité. Le système qui augmente le coût de l’éducation est le même qui coupe les pensions et l’aide sociale au nom de l’austérité, le même qui transforme les forêts en béton au nom du progrès et de l’industrie, le même qui décime des communautés entières au nom de la sécurité et du patriotisme… et pense que nos vies sont jetables au nom du profit. Nous devons combattre l’État et le capitalisme !

Prenons les casseroles dans nos quartiers, chaque soir, à 20h. Cette action peut être une façon de construire une culture de résistance dans nos quartiers, et ainsi démarrer de nouvelles formes de relations sociales hors des murs érigés par la société pour nous isoler. Mais souvenons-nous que le pouvoir ne se prend pas en le demandant. Le ministre des finances, Raymond Bachand, approuve ces manifestations de casseroles, il trouve qu’elles sont festives et envoient le bon message. Dans un effort pour nous diviser entre bon.ne.s manifestant.e.s et mauvais.e.s, il souhaite du même souffle une pacification du conflit, afin de laisser la ville reprendre son train-train quotidien. Mais nous savons que la diversité et les tactiques de confrontation ne nous permettrons pas seulement de créer un monde selon nos propres termes, mais aussi de se muer en une force qui impose le respect…

Une force que l’État ne peut pas continuer à ignorer!