Déc 272022
 

Face au retour du débat sur les armes à feu au Canada, nous avons pris le temps de traduire cet article datant de 2019 sur le sujet. Il provenait du site North Saskatchewan Resistance, qui n’est malheureusement plus en ligne.

La première loi sur le contrôle des armes à feu adoptée au Canada a reçu la sanction royale en 1886. Elle ne s’appliquait qu’aux territoires, comprenant ce qui est aujourd’hui l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba. La portée de cette loi ferait même rougir Trudeau.

L’article 101 de l’Acte des Territoires du Nord-Ouest interdisait à quiconque de posséder, d’utiliser, de transporter, d’acheter ou de vendre des armes à feu ou des munitions pour quelque raison que ce soit sans l’autorisation écrite expresse du gouvernement. Cette loi est restée en vigueur jusqu’en 1905, date à laquelle la Saskatchewan et l’Alberta sont devenues des provinces. Le raisonnement derrière ce projet de loi, adopté par le gouvernement conservateur de Macdonald, était d’éradiquer toute dissidence restante contre l’État canadien, en particulier chez les Autochtones et les Métis des territoires, qui constituaient à l’époque la majorité. Même si les chefs de la rébellion du Nord-Ouest ont tous été brutalement exécutés ou exilés, que la Police montée du Nord-Ouest, fortement militarisée, parcourt la campagne et que la majorité de la population des Premières nations est regroupée dans de minuscules réserves, le gouvernement fédéral ressent le besoin de désarmer complètement l’Ouest sauvage. Depuis cette année-là, l’histoire du contrôle des armes à feu au Canada est une longue histoire où l’État désarme le peuple au premier signe de mécontentement.

Dans les années qui ont suivie, de nouvelles lois exigeaient que les citoyens canadiens aient un permis pour les pistolets et que les étrangers obtiennent un permis avant de manipuler une arme à feu. Un registre des armes à feu est créé. Malgré tout, les règles régissant la possession d’armes à feu étaient beaucoup plus laxistes que l’État policier totalitaire qui régnait dans l’Ouest au lendemain de la pendaison de Louis Riel. Alors que les gouvernements Trudeau et Turner font face à la pression des séparatistes québécois et que le FLQ démontre qu’il est prêt à aller très loin pour se libérer du Canada, de nouveaux systèmes de contrôle sont mis en place, d’abord en 1969 avec l’omnibus C-150, puis en 1977. Ces lois ont introduit le système des AAAF et ont classé les armes à feu comme étant sans restriction, à restriction ou prohibées.

Le système actuel de contrôle des armes à feu a vu le jour en 1991. Un projet de loi sur le contrôle des armes à feu a circulé pendant des mois à la suite du massacre de 14 femmes à l’École Polytechnique de Montréal en décembre 1989, l’un des pires crimes haineux au Canada. Malgré un soutien public important, le projet de loi n’a pas réussi à s’imposer au sein du Parti libéral ou du Parti conservateur.

À l’été 1990, cependant, les guerriers mohawks de Kanehsatà:ke ont commencé à défendre leurs terres contre les tentatives illégales du gouvernement du Québec de construire un terrain de golf au-dessus de leur cimetière. Après la mort d’un policier lors de l’affrontement, une crise de plusieurs mois s’est ensuivie, qui a jeté tous les grands partis dans une démonstration gênante de racisme colonial et de lâcheté civique. Une étoile montante du Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney, Kim Campbell, a présenté une version fortement modifiée du projet de loi sur le contrôle des armes à feu, auparavant impopulaire, et le projet de loi C-17 (1991) a été adopté par la Chambre des communes avec l’approbation des conservateurs et des libéraux. L’arme à feu utilisée pour massacrer plus d’une douzaine de femmes au Québec deux ans auparavant (le Ruger Mini-14) est restée sans restriction, tandis que les armes à feu portées par les Mohawk Warriors – toutes des variantes civiles semi-automatiques de l’AK-47 – ont été reclassées comme prohibées.

Quelques années plus tard, ne voulant pas être dépassé par les conservateurs, le Parti libéral a adopté des restrictions encore plus sévères sur les armes à feu. Le projet de loi C-68 (1995) a de nouveau été adopté sur la rhétorique de l’École Polytechnique, mais rien dans le libellé du projet de loi n’aurait pu empêcher les fusillades de masse. Le langage du projet de loi visait plutôt les ennemis de l’État, comme les guerriers Shuswap et Secwepemc qui avaient tenu bon au lac Gustafsen quelques mois seulement avant que le projet de loi ne soit présenté au Parlement.

Le gouvernement canadien a longtemps prétendu que ses efforts pour désarmer ses citoyens étaient dans l’intérêt de ces derniers, même si la GRC retourne à ses racines militaristes et ressemble chaque jour davantage à une armée d’occupation plutôt qu’aux Dudley Do-Rights familiers qu’on a fini par fétichiser. Lorsque le gouvernement viendra prendre le fusil de chasse suspendu à la cheminée ou la carabine dans le coffre-fort, rappelez-vous l’histoire du contrôle des armes à feu dans ce pays et pensez-y à deux fois avant de remercier le gendarme pour ses services lorsqu’il vous vole au milieu de la journée.