Déconnexion Ceux et celles qui ont pris conscience de la destruction de l’environnement par les livres ou internet ne peuvent espérer sauver quoi que ce soit. L’annihilation de la nature se déroule autour de nous depuis maintenant des siècles; ça prend un aveuglement particulièrement bourgeois pour passer devant des forêts dévastées, des cheminées industrielles crachant leur boucane et des kilomètres de béton et d’asphalte sans rien remarquer avant qu’on en parle dans les journaux. Les gens pour qui la réalité est constituée d’articles de journaux plutôt que du monde qu’ils peuvent voir, entendre et sentir, sont condamnés à détruire tout ce qu’ils touchent. L’aliénation est la source du problème, la dévastation environnementale en découle naturellement. Quand les marges de profit sont plus réelles que les êtres vivants et les plantes, lorsque les protocoles d’émissions de gaz à effet de serre sont plus réels que la disparition des milieux humides qui se produit en ce moment même dans les banlieues comme Laval, le monde a déjà été condamné à la destruction. La crise écologique n’est pas un événement qui pourrait arriver, apparaissant indistinctement à l’horizon; c’est le décor de nos vies quotidiennes. Les bisons piétinaient le sol sous nos pieds, ici même, il y a quelques décennies. Les minces bordures d’arbres longeant l’autoroute 20 et cachant les forêts rasées sont aussi réelles que les coupes à blanc des forêts humides d’Amazonie. Notre détachement d’avec la terre est catastrophique peu importe si le niveau de la mer augmente, ou si la désertification et la famine qui accablent les pays voisins se sont rendues jusqu’ici. ...