Nov 202018
 

De Montréal Antifasciste

« Bienvenue sur la page officielle Blood & Honour – Division Québec organisation nationaliste identitaire laïque à mouvance national-socialiste prônant l’autocratie »

C’est avec étonnement que nous lisions cette introduction sur une nouvelle page Facebook apparue le samedi 3 novembre en début d’après-midi et qui annonçait la formation d’une « Division Québec » de l’organisation ouvertement néonazie « Blood & Honour » :

Qu’est-ce que Blood & Honour?

Organisation internationale néonazie fondée au Royaume-Uni en 1987, Blood and Honour tire son nom du slogan des jeunesses hitlériennes, « Blut und Ehre », et d’une chanson portant ce titre par le groupe white power Skrewdriver. Initialement enraciné dans la scène musicale Rock Against Communism, des sections B&H ont été créées un partout dans le monde au fil des ans. B&H demeure une organisation principalement formée de boneheads complètement dévoués aux principes néonazis et régulièrement impliqués dans des actes de violence.

Des sections locales ont été implantées dans l’ouest du Canada autour de 2010. Des membres ont été impliqués dans plusieurs agressions contre des personnes de couleur et des antifascistes, dont un incident particulièrement horrible où un homme philippin dormant sur un divan en plein-air à Vancouver a été mis en feu. Des poursuites judiciaires et un schisme dans l’organisation, suivis d’un piratage du site de B&H Canada et 2012 dans le cadre d’une opération antifasciste plus large, ont permis de publier les noms et adresses des membres. Après ces ratées, le groupe a cherché à rester discret et a été plutôt inactif pendant plusieurs années. Des sections locales existent cependant toujours en Colombie-Britannique et en Alberta.

La création surprise et la brève existence d’une « Division québécoise » de Blood and Honour est la première fois à notre connaissance que qui que ce soit se revendique officiellement de l’organisation au Québec, où la scène RAC (Rock Against Communism) est dominée par les bonehead de Légitime Violence, le groupe phare d’Atalante mené par Raphael Lévesque.

Mais qui peut bien être à l’origine de cette « Division Québec » de Blood & Honour?

La première publication de la nouvelle page Facebook proposait une espèce de court manifeste sur les valeurs de l’organisation. Elle est signée par un certain Michael Roch et renvoie vers le site Internet de l’organisation basée au Royaume-Uni. Le site de BH Worldwide fait état d’une branche canadienne de l’organisation, mais aucunement d’une « division » québécoise.

La page Facebook de la mystérieuse « Division Québécoise » nous redirige vers un blogue « en construction » administré par le compte Gmail de Michael Roch :

Après une rapide recherche sur les réseaux sociaux, nous n’avons trouvé qu’un seul compte Facebook correspondant au nom de Michael Roch dans la sphère « nationaliste », Sgn Michael (Roch). Les quelques photos publiques de cet individu portent à croire qu’il s’agit d’un militaire.

À peine quelques minutes après la publication de la page Blood & Honour – Division Québec, c’est le compte Facebook d’un certain Agloolik Wolf qui a été le premier issu des milieux nationalistes que nous surveillons à partager et à encourager ses ami.e.s à « liker » cette page :

Qui est Agloolik Wolf?

Agloolik Wolf est un membre actif de La Meute, photographié ici en des jours plus heureux avec son chandail à patte de loup :

Agloolik Wolf était membre de La Garde jusqu’à tout récemment, et un des piliers du service de sécurité de La Meute. Ici aux côtés de Mario Roy (Storm alliance et La Meute) et de Steeve L’Artiss Charland (Conseil de La Meute) :

Il s’agit certes d’un personnage inquiétant, mais il est loin du profil du néonazi typique : Agloolik se revendique de la Nation Innue et défend depuis le début de son engagement dans La Meute l’alliance avec les Québécois de souche et l’inclusion des  Premières Nations dans l’organisation. Il semblait représenter jusqu’à maintenant la tendance « modérée » au sein de La Meute :

Agloolik (un mot d’origine inuite) était le porte-étendard de cette tentative d’alliance entre Québécois et Premières Nations contre la prétendue immigration illégale :

Il s’agit d’une opération de relations publiques mise en place par Sylvain « Maikan » (qui signifie loup en innu) Brouillette depuis son arrivée à la tête de La Meute.

Cette volonté d’alliance n’a clairement pas eu les résultats escomptés, quand on constate la déception d’Agloolik au lendemain de la manifestation anti-immigration du 1er juillet 2018, à Montréal, où plusieurs membres des Premières Nations ont manifesté… contre La Meute aux côtés des antifascistes.

La récente déconfiture du groupe identitaire aux abords du territoire mohawk de Kanasatake, immortalisée par  une vidéo partagée plus de 800 fois, n’a certainement pas dû aider le moral.

Reste que Agloolik a une certaine influence au sein de La Meute et avait l’habitude de diffuser des live sur Facebook qui pouvaient être assez suivis par les membres de La Meute. Il était, jusqu’à aujourd’hui, la caution jeune et antiraciste de La Meute. Après quelques recherches, il n’est pas difficile de faire voler en éclat cette image angélique du personnage.

Agloolik Wolf n’est en fait pas différent du membre moyen de La Meute. Il est islamophobe et raciste :

 

Comme la plupart des membres de La Meute, son islamophobie se marie parfaitement au complotisme le plus absurde. Ici, en discussion sur le « survivalisme » avec Monsieur Cochon Bacon, là, en conversation avec Mélanie Gagné, dont les publications Facebook racistes ont été signalées par Xavier Camus récemment. Son compte Facebook, de son propre aveu, a été créé précisément pour parler librement des « dangers de l’Islam ».

Il est aussi ouvertement antiféministe et transphobe, sans rien dire de l’anticommunisme primaire que partagent les nationalistes identitaires.

Un bref coup d’œil sur ses mentions « j’aime » finira de nous donner une idée du personnage. Des racialistes de la Fédération des Québécois de souche aux fascistes d’Atalante, en passant par les antisémites et transphobes de DMS et autres intérêts douteux, on a un portrait tristement banal de l’extrémiste de droite, réactionnaire et raciste au Québec en 2018.

Loin de l’image qu’il semble vouloir donner de lui, on semble avoir affaire à un militant d’extrême droite raciste. Agloolik Wolf s’était insurgé lorsque la responsable de la sécurité publique à la ville de Montréal avait décrit La Meute comme étant des nazis, à la veille de la manifestation du groupe le 1er juillet 2018, à Montréal.

 

En fondant une section québécoise de Blood & Honour, Agloolik Wolf, alias Sgn Michael (Roch), membre de La Garde de La Meute, nous démontre pourtant qu’il n’est pas échaudé par l’étiquette néonazie.

Pourquoi associons-nous ces deux comptes à une seule et même personne?

Les preuves et les éléments concordants ont commencé à s’accumuler, et nous avons rapidement été capables de lier les deux comptes à une seule et même personne, et d’établir que c’est bel et bien Agloolik Wolf, un membre de La Meute, qui est à l’origine de la nouvelle « division » québécoise de l’organisation terroriste nazie Blood & Honour.

Plusieurs indices nous ont mis sur cette piste :

Un  camarade traditionaliste de la Nation Innue originaire de Pessamit nous a confirmé que la personne qui se cachait depuis des mois derrière le pseudonyme Agloolik Wolf avait pour prénom ou pseudonyme « Michael », qu’il était militaire et qu’il avait été adopté par une famille québécoise.

Le terme « autocratie », utilisé dans une publication de la page Blood & Honour – Division Québec, n’apparaît nulle part sur le site officiel de Blood & Honour. Par contre, ça semble un buzzword de prédilection pour Agloolik Wolf, qui avait réalisé un live Facebook sur ce thème au courant du mois de juillet.

Nous savions déjà que les deux comptes appartenaient à un militaire vu les photos qui y étaient publiées et les déclarations d’Agloolik :

Les blindés :

Un sympathique gaillard :

Ici en charmante compagnie :

Qui vire de plus en plus vers la droite :

 

Au-delà de ces indices, Agloolik a fait l’erreur de partager une même photo originale sur ses deux comptes :

C’est ainsi que nous avons établi assez rapidement qu’Agloolik Wolf et Michael Roch/Sgn Michael ne faisaient vraisemblablement qu’un. Ces deux comptes Facebook seraient aussi liés à un troisième compte, fermé depuis plusieurs mois : Éric Mickael Séguin.

Profil Facebook, d’Éric Mickael Séguin

Le nom d’Éric Mickael Séguin est aussi lié au compte Twitter @RicoZegow, inactif, mais toujours existant :

Profil Twitter d’Éric Mickael Séguin

Tout porte à croire que Séguin est le nom de famille d’Agloolik, puisqu’on peut deviner ce nom sur l’uniforme de la photo, à côté du policier Picard (arborant un écusson Thin Blue Line repris par le contremouvement raciste Blue Lives Matter…).

Aujourd’hui, l’individu ne semble plus être militaire, comme en atteste cette photo datant du mois de juin, où il semble revêtir une tenue d’infirmier ou de préposé aux bénéficiaires :

Difficile d’affirmer si son vrai nom est Éric ou Michael, mais nous disposons tout de même des éléments suffisants pour lier ensemble ces trois comptes et dresser un portrait de l’individu :

Un ex-militaire, peut-être même un gradé, membre actif de La Meute jusqu’à aujourd’hui, membre actif de la sécurité de La Meute durant des manifestations et réunions privées, membre de La Garde jusqu’à sa démission il y a trois semaines (l’occasion de publier une vidéo mystico-politique expliquant que son combat « était ailleurs »), personnage influent de La Meute et porte-étendard, en tant qu’Innu, de la politique d’inclusion de Brouillette.

Tandis que plusieurs de ses proches « likaient » cette nouvelle page, d’autres s’interrogeaient sur le rôle d’un membre de La Meute dans cette nouvelle organisation ouvertement nazie (« national-socialiste »).

À 17 h environ, soit moins de quatre heures après sa mise en ligne, l’individu avait fermé ses deux pages Facebook (Agloolik Wolf et Sgn Michael), la page du  Blood & Honour – Division Québec ainsi que le blogue qui y était associé). Malheureusement pour lui, nous avons eu le temps d’effectuer un certain nombre de captures d’écran…

Peut être que le Conseil de La Meute a trouvé que ce n’était pas une très bonne idée qu’un de ses gradés et membres influents fasse la promotion d’une organisation ouvertement nazie, qui défend le génocide des « races » jugées inférieures au profit de la « race » blanche?

Quel est l’impact de cette nouvelle page?

Dans les différentes mentions « J’aime », on retrouve sans surprises des néo-nazis bien connus comme Phil SoWhat (Philippe Gendron, des Soldiers of Odin, un groupuscule facho aujourd’hui en déroute), mais aussi, et c’est peut-être plus inquiétant, des personnes d’un certain âge, au profil en apparence banal et éloigné du nazisme, parfois membre de groupes comme La Meute (Rhoda Bourque, Christine Boily), Storm Alliance (Patricia Celtic Gagnon), ou simples « patriotes ».

Patricia Celtic Gagnon, Veronique Bedard-Lafrance, Phil SoWhat et Rhoda Bourque aiment Blood & Honour

Danielle Ménard, Christine Léveillé, Hélène Paulin, Sue Sue, Boily Christine et Omer Doucet aiment Blood & Honour

Chantaline Lariviere, Veronique Bedard-Lafrance, Sue Sue, Yolande Ruest, Stephane Bergeron, Jonas Cheni et Joanne Verdun aiment les principes fondateurs de Blood & Honour

Yolande Ruest, Stephane Bergeron, Jonas Chenil, Joanne Verdun, Andrée Lyn Filion et Jacqueline Bernier aiment les principes fondateurs de Blood & Honour

C’est tout le problème d’un groupe comme La Meute, auquel appartient Agloolik Wolf, alias Michael Roch, alias Éric Mickael Séguin : cette capacité à servir d’incubateurs et de sites de recrutement pour des groupes beaucoup plus radicaux, comme Blood & Honour.

Nous avions déjà remarqué et dénoncé ce phénomène il y a un an, le 25 novembre 2017, lorsque les groupes Atalante et SOO avaient déployé une banderole nationaliste du haut des remparts de Québec, provoquant un engouement dans les rangs de La Meute et Storm Alliance.

Le problème de ce genre de groupe national-populistes « identitaires » est qu’ils permettent une connexion entre des centaines de membres de l’extrême droite « soft » et des organisations beaucoup plus radicales.

Nous pouvons tirer plusieurs conclusions :

  • Un membre des forces armées canadiennes a tranquillement monté les échelons de La Meute, jusqu’à devenir Garde, un poste haut placé chargé de la sécurité et de la discipline;
  • ce même individu a participé activement et publiquement au service de sécurité de La Meute, une véritable milice privée, et ce, à visage découvert durant plusieurs mois alors qu’il était encore militaire, sans aucune réaction des Forces armées canadiennes, qui se vantent pourtant de pratiquer la tolérance zéro;
  • ce même gradé de La Meute a tenté de fonder une section québécoise de l’organisation néonazie Bloud & Honour, recevant plus de 100 mentions « J’aime » en quelques heures d’existence à peine, beaucoup provenant de membres de La Meute…

Au-delà de ces considérations, ce que nous avons appris soulève plus de questions que de réponses, et certaines sont inquiétantes. Sous différents pseudonymes, la même personne se présente sans ambages comme un membre « non raciste » de La Meute, puis crée ensuite une page Web néonazie, tout en étant toujours lié aux Forces armées canadiennes et en se présentant comme un Autochtone. Qu’est-ce que tout ça veut dire? Est-ce simplement un exemple d’une personne aux idées confuses? Ou est-ce une sorte d’opération de renseignement maladroite et bâclée? Ce sont des questions à garder à l’esprit en attendant de voir où ira l’étrange histoire d’Agloolik/Roch/Séguin…

La petit récit que nous venons de faire est finalement sans grande conséquence sur l’actualité politique : il semble qu’il n’y aura pas de section québécoise de l’organisation néonazie Blood&Honour. Néanmoins, cela nous permet de nous interroger sur la crédibilité de La Meute qui est, depuis quelques mois, en pleine entreprise visant à redorer son blason et se refaire une crédibilité. Si cette histoire peut nous servir de preuve ultime, nous devrons continuer de lutter avec force contre La Meute, qui est depuis sa création une organisation raciste et islamophobe fondée par des militaires et organisée en milice paramilitaire.

Épilogue

Au moment de publier ce texte, 10 jours après les faits, les comptes Facebook Agloolik Wolf et Michael Sgn (sans la mention «Roch») sont réapparus. Si Agloolik Wolf semble avoir repris ses activités normales (des publications régulières sur les enjeux de La Meute et de l’extrême droite), Michael Sgn nous offre la clef de voute de notre
argumentaire qui liait ensemble l’influent personnage de La Meute et le fondateur de Blood&Honour – Division Québec : en modifiant sa photo de profil, Michael “Roch” Séguin nous prouve hors de tout doute qu’il ne fait qu’un avec Agloolik Wolf…