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Le clavardoir privé de Nomos-TV : incursion dans le safe space raciste d’Alexandre Cormier-Denis et ses suiveux

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Mai 142026
 

De Montréal Antifasciste

Une source antifasciste a infiltré le clavardoir privé des membres abonnés de la chaîne Nomos-TV. Au programme, dans le confort de cet « espace sûr » : xénophobie et islamophobie débridées, mépris ouvert à l’égard du peuple québécois, des aîné·e·s, du nationalisme civique et des souverainistes progressistes, haine misogyne et transphobe et, bien entendu, un flot continu de propos dégradants à l’endroit des personnes immigrées et racisées. Dans un contexte où certains éléments réactionnaires des médias traditionnels, en particulier l’empire Québecor, font le jeu de ces militants racistes en leur offrant une plateforme sous prétexte de liberté d’expression, nous présentons ici une partie des constats de cette opération d’infiltration, en rappelant – une fois de plus – qu’il ne sera jamais acceptable de répandre des discours haineux dans nos collectivités, quoi qu’en disent les idiots utiles et les apologistes.

Subterfuge et complaisance : comment se normalisent les discours haineux

Il y a bientôt huit mois, nous avons publié un exposé détaillé sur Alexandre Cormier-Denis (ACD), où nous faisions la démonstration du rôle-clé qu’occupe cet idéologue ethnonationaliste dans l’écosystème d’extrême droite au Québec et du caractère profondément raciste et xénophobe de sa proposition politique. Après dix ans d’activité sur ce registre, normalement, tout ce qui touche de près ou de loin à Cormier-Denis et Nomos-TV devrait être persona non grata dans les médias traditionnels.

Et pourtant, au Québec en 2026, la détestation aiguë des voix de gauche s’est tellement répandue dans la culture générale que la somme des discours haineux d’ACD est complètement ignorée par certaines personnalités médiatiques réactionnaires, qui préfèrent encore lui tendre le microphone et amplifier son message plutôt que de prendre acte des faits et accorder un quelconque crédit au travail des antifascistes ou des journalistes progressistes.

Ainsi, ACD et Nomos-TV profitent encore d’une révoltante complaisance – voire d’une sympathie ouverte – dans certains recoins de l’écosystème médiatique québécois, dont Radio X (qui est depuis longtemps devenu le principal haut-parleur de toutes les droites), mais aussi des espaces comme la chaîne YouTube Ian & Frank (à tendance conservatrice « libertarienne », et que méprisent ouvertement les « nomosiens » en privé) ou Radio Ville-Marie, dont le directeur affiche ses affinités avec ACD. Une preuve éclatante de cette complaisance nous a été donnée le 27 avril dernier, quand l’animateur de QUB Radio Benoît Dutrizac a invité Cormier-Denis à livrer sa version de ce qui s’était passé quelques jours plus tôt, lorsqu’une mobilisation du Front antifasciste populaire avait empêché la diffusion d’une émission de Nomos-TV en direct de leur studio du Plateau Mont-Royal.

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Déni de justice et grave atteinte au droit de manifester à Rimouski

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Mai 132026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le 22 avril 2023 à Rimouski, trois personnes reçoivent des contraventions pour avoir “continué leur route face à un feu rouge” pendant une manifestation à vélo pour souligner le Jour de la Terre et réclamer des meilleures infrastructures cyclables. Oui, vous avez bien lu : une contravention pour avoir passé sur un feu rouge pendant une manifestation.

Face à cette absurde restriction au droit de manifester (avez-vous déjà vu des manifestations se faire couper en deux sous prétexte que le derrière de la manif doit attendre un feu vert pour rejoindre le devant ?), les cyclistes ont entamé un processus d’auto-défense juridique. Des heures (beaucoup, beaucoup d’heures) de lectures pour comprendre un jargon hermétique, des heures et des heures pour parler à des juristes, demander conseil auprès d’autres groupes judiciarisés et encore des heures à se rencontrer, se préparer… pour enfin se présenter devant la cour municipale.

Le juge Dave Boulianne

Après trois séances de cour et presque trois ans depuis la remise des contraventions, le juge Dave Boulianne de la cour municipale de Rimouski rend son verdict : il s’agissait bel et bien d’une manifestation, elle était bel et bien protégée par la Charte canadienne des droits et libertés… MAIS l’infraction en cause, soit d’avoir continué sa route face à un feu rouge, elle, demeure illégale.

Faque on a le droit de manifester, mais on doit s’arrêter aux feux rouges. On repose la question : Vous avez déjà vu ça, une manifestation coupée en deux parce que la lumière a viré au rouge et que le peloton de fin attend que la lumière revire au vert (on va attendre longtemps d’ailleurs, si on attend un virage au «vert»…) ? ou une manifestation de dizaines de milliers de personnes coupée en plein de petits pelotons, traversée par des chars qui circulent dans les rues perpendiculaires ?

On entend déjà les petits avocats du diable qui disent : oui, mais c’est pas parce que les gens le font que c’est légal. D’accord. Sauf que les Tribunaux ont maintes fois affirmé que la manifestation était perturbatrice en soit, que c’était même sa raison d’être et qu’elle ne devait pas pour autant être vue comme une nuisance à contenir mais bien comme une saine expression de la dissidence, nécessaire à une société libre et démocratique. La Cour Supérieure du Québec a même reconnu que c’était légal d’entraver la circulation des automobiles pendant une manifestation, jugeant inconstitutionnel l’article du Code de la sécurité routière qui restreignait ce droit.

On reprend donc : face à cette absurde restriction au droit de manifester, le groupe d’auto-défense juridique décide de porter le dossier en appel. Faut savoir que pour porter un dossier en appel, la demande doit être déposée dans les 30 jours suivant le jugement et être accompagnée d’un chèque de 400$ en partant, parce que la justice, ben ça se paye. On doit aussi prévoir des frais de sténographie une fois que notre dossier sera déposé, pour faire mettre à l’écrit tout ce qui a été dit pendant le procès. Donc on se retrousse les manches pour lever des fonds et trouver rapidement un-e avocat-e prêt-e à prendre le dossier.

Sauf que le jugement a été rendu un 16 décembre pis que c’est compliqué d’avoir du soutien juridique à ce temps-là de l’année, et de toute façon le greffe de la cour municipale tombe en congé le lendemain ou à peu près et on aura pas accès aux enregistrements audios du procès avant le 8 janvier. Mais le décompte de la justice, lui, ne prend pas congé. On doit quand même déposer notre demande d’appel avant le 16 janvier. On a donc 8 jours pour faire entendre les enregistrements à un-e avocat-e qui pourrait nous aider et que cet-te avocat-e prépare la demande d’appel. Résultat : la demande d’appel est déposée une journée trop tard. Et les procureurs de la Ville de Rimouski s’objectent alors catégoriquement à la demande d’appel.

Donc, pour une journée de retard, alors que les démarches devaient être faites en plein dans le temps des Fêtes, quand tous les greffes de cours sont fermés… la demande d’appel est refusée (et 400$ s’envolent…). Déni de justice, qu’on nous apprend 3 mois plus tard, au début du mois de mai. La Cour Supérieure refuse d’entendre nos arguments en faveur du droit de manifester et selon lesquels il y a eu une mauvaise interprétation de la Loi par le juge de première instance. La “première instance”, c’est la cour qui a jugé le dossier en premier, soit la cour municipale de Rimouski dans le dossier qu’on décrit ici.

On rappelle que TOUS les jugements en faveur du droit de manifester ont été obtenus en Cour Supérieure ou en Cour d’appel, voire en Cour Suprême.

La Cour municipale de Québec jugeait légitime que la Ville exige un itinéraire pour toute manifestation et même la Cour Supérieure était de son avis, avant que finalement cette obligation soit jugée inconstitutionnelle devant la Cour d’appel. Après 6 ans de démarches.

C’est la Cour Supérieure qui a confirmé que la Ville de Montréal ne pouvait pas interdire le port de masques, puis la Cour d’appel qui a ajouté que le partage d’un itinéraire ne pouvait pas être obligatoire, même si la Cour Supérieure avait jugé cette obligation légitime.

C’est un recours en Cour Supérieure qui a invalidé l’article 500.1 du Code de la sécurité routière, celui qui empêchait “d’entraver la circulation” et qui a servi de prétexte à de nombreuses arrestations arbitraires. Après combien de contraventions validées par combien de cours municipales ?

Dans ce contexte, refuser l’accès aux instances supérieures de justice, c’est refuser la possiblité de faire reconnaître nos droits quand ils sont bafoués en première instance …et dans la rue.

Bien sûr, on parle ici de contraventions; on ne parle pas d’emprisonnement et encore moins de torture. Mais on considère que cette histoire s’inscrit dans un contexte plus large de répression accélérée des mouvements sociaux et des expressions de la dissidence (vous avez entendu parler de marionnettes du 1er mai jugées “trop violentes” vous aussi?). Avec un cadre législatif qui vire à droite plus vite qu’on arrive à le comprendre, les policiers ont un éventail de plus en plus large d’excuses pour justifier des fouilles et des arrestations arbitraires. Et on remarquait déjà une augmentation des contraventions distribuées lors de manifestations dans les dernières années, à Rimouski du moins. Récemment, des personnes ont même reçu la visite de policiers et des contraventions pour des manifestations auxquelles elles n’avaient même pas participé. Profilage vous dites ?

Historiquement, les Tribunaux sont sensés être garants de la protection de nos droits fondamentaux face aux dérives politiques… Pourtant, on en touche rapidement les limites quand on essaie d’y recourir, que ce soit des limites économiques, de connaissance des procédures ou encore simplement de vocabulaire (… en résumé, des limites de classes sociales). Ça nous étonne d’un jeu écrit par des hommes blancs en situation de pouvoir ? Pas tant.

Mais bon, on ne baisse pas les bras pour autant, et surtout, on n’arrêtera pas de lever nos voix et nos corps pour plus de justice sociale ou encore pour la protection du territoire… pis de contester tous les tickets en chemin, peu importe ce que les Tribunaux en diront !

— soumission de l’Association Contre les Abus Bureaucratiques judiciaires

De Robin à Robin

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Mai 082026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Avant de poursuivre sur la lancée des textes précédents entourant la stratégie des Robins des ruelles, j’aimerais nommer que c’est toujours nice de lire, d’assister ou de prendre part aux débats d’idées au sein de nos milieux. Qu’ils aient lieu lors de discussions de groupe un peu inconfortables, sur des plateformes publiques comme Montréal Contre-Info, ou en privé entre amix, ça témoigne d’un dynamisme entre nos groupes et nos idées et du rejet d’une certaine forme de dogmatisme. Mais ça implique d’être de bonne foi, de prendre au sérieux ce qu’on fait, et de prendre au sérieux les critiques qui en découlent. Ça exige de faire preuve de rigueur envers nos camarades, de tenir nos positions, ou au contraire de reconnaître quand on a tort. Ultimement, ça nous force à assumer la responsabilité de ce qui a bien ou moins bien fonctionné.

En ce qui me concerne, j’aime les textes provocateurs et les réactions/réflexions qu’ils déclenchent chez chacun⸱e. Mais la condescendance a ses limites. Se snobber les un⸱e⸱s les autres – en personne ou en ligne. Esquiver, étouffer ou ridiculiser les critiques confrontantes. Déformer ou instrumentaliser les propos d’autrui pour se donner raison. Ces manières de faire sont gênantes – aussi bien dans le sens de nuisibles qu’embarrassantes – et contribuent à entretenir des dynamiques de merde dans nos milieux. C’est surtout ça qu’on devrait « jeter dans les dumpsters de l’histoire ». Réservons les réponses cinglantes pour les grandes occasions…

Je suis un⸱e Robin⸱e des ruelles. J’ai vécu l’euphorie collective qui surgit quand on s’attaque en gang à une épicerie, et que les gardas ne peuvent rien faire. Ça ne m’empêche pas pour autant d’être en accord avec l’essentiel des critiques présentées dans le premier texte, lesquelles méritent qu’on y adresse une réponse honnête. Alors que le second texte semble parler au nom de tous les Robins (à croire que nous sommes un groupe défini et organisé), j’aimerais proposer un pas de côté et reconnaître avec humilité ce qui nous est reproché. S’il est difficile de savoir aujourd’hui si nos actions auront bel et bien eu pour effet d’augmenter « plus vite que prévu » la répression dans les épiceries, nous savions que c’était une possibilité. Nous l’avons évoqué, et nous avons tout de même décidé d’aller de l’avant, car nous y trouvions un sens plus grand. Loin d’espérer que « l’État change des lois pour baisser le coût de la vie », les Robins des ruelles sont assez explicites sur l’idée de ne pas reposer sur l’État ni sur le marché pour vivre et s’organiser, et d’essayer au contraire de gagner en autonomie de toutes sortes de manières.

Tel que mentionné dans le second texte, les Robins des ruelles n’ont rien révélé au grand jour. On se ment à nous-mêmes si on croit que le vol à l’étalage a un jour été invisible. La répression le tolère, tant que ça ne dérange pas trop. Mais le vol ne peut pas être une fin en soi. C’est possible de voler dans les épiceries tant qu’il y a des épiceries, c’est possible de dumpster tant qu’il y a des dumpsters. Si on dépend des marges du capitalisme pour exister, alors on contribue nécessairement à son maintien. Vivre sur les surplus ou les déchets de ce système ne m’intéresse pas. J’aspire à plus, et pas juste pour moi. Je veux renverser cet ordre des choses, le détruire, m’assurer qu’il ne puisse pas revenir.

En discutant récemment avec un⸱e ami⸱e, iel se rappelait d’un vieux conflit dans Hochelag’ : les groupes anti-gentrification vandalisaient des condos, ramenant plus de police sur certaines rues très fréquentées par des travailleuses du sexe du quartier. En d’autres mots, les actions politiques des un⸱e⸱s entraînaient davantage de répression pour d’autres. Si les groupes anti-gentrification avaient selon moi raison de ne pas arrêter de tagguer des condos, force est d’admettre qu’ils pouvaient s’entendre avec les camarades pour cibler d’autres rues, d’autres condos. De la même manière, nous pourrions cibler autre chose que les épiceries. Les entrepôts, les centres de distribution, les véhicules, les sièges sociaux, les maisons des patrons. La critique est valide, et il y a lieu de se coordonner avec d’autres. Aveuglé par la mauvaise foi, le second texte parle du premier comme d’un appel à la soumission, sans même prendre acte de l’appel à explorer d’autres moyens, peut-être plus subversifs et moins symboliques.

Par ailleurs, force est de constater qu’une attaque aux bureaux d’un PDG avec ses trois amix au milieu de la nuit résonne moins que les récentes auto-réductions des Robins des ruelles. Les épiceries sont des lieux que tout le monde fréquente, elles laissent place à des actions auxquelles il est plus facile de s’identifier, et donc de répéter. Ces actions ont été l’occasion d’inviter des amix, lesquel⸱le⸱s ont pu s’initier à ce genre de gestes et goûter au sentiment de liberté qu’ils générent. Ça nous a donné envie de recommencer, de défier la loi à nouveau, d’aller plus loin, de prendre plus de risques. Seul⸱e ou à deux, je vole moi aussi au quotidien. Mais c’est différent. Et je ne le fais pas pour les mêmes raisons. Les actions des Robins des ruelles ont participé à rendre politique un geste de tous les jours. Le but n’est évidemment pas « d’apprendre aux pauvres à voler », mais bien qu’on soit encore plus de pauvres à voler. De faire disparaître la honte entourant le fait d’être pauvre ou contraint⸱e de voler. Au contraire, il y a de quoi en tirer un certain sentiment d’accomplissement, et nous souhaitons contribuer à la contagion de ce sentiment.

Bref, loin de moi l’idée de mettre le couvercle sur la marmite, il y a derrière ces textes une vraie tension à naviguer collectivement, mais parlons de ça plutôt que de s’envoyer chier. C’est lassant autrement.

Communiqué: wtfspvm lance 8 nouveaux zines dans le cadre de Constellation

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Mai 082026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Everybody wants their ideology to be the one that enslaves the world

– Soul Glo

On aurait pu se partir des comptes sur des réseaux sociaux corporatifs owné par des oligarques techno fascistes. On aurait aussi pu s’investir dans des serveurs fédérés qui se veulent des alternatives aux compagnies dont la seule source de revenue sont les maudites ads et l’optimisation incessante du almighty algorithme qui nous sert du doomscrolling slop sans fin.

Mais on est contre le travail, et l’idée d’assurer notre présence en ligne en jouant la game du maintien d’une audience engagée, d’une alimentation sans fin du spectacle pseudo-politique, nous répugne. On préfère de loin utiliser des canaux de diffusion idéologiquement proche de nous et rentrer dans les réseaux de communications déjà existants dans nos communautés. On a aussi refait notre site web pour l’occasion, histoire de show off notre esthétique.

Comme collectif, notre production se limite effectivement à la traduction, mais celle-ci représente un moyen, et non une fin. Nous sommes dans une ère où nous baignons dans un déluge de données. Il y a déjà trop de takes qui s’autoproduisent pour ressasser les mêmes idées apparues des décennies auparavant par des personnes qui ont été intentionnellement ignorées.

À contre-courant de cette marée d’opinions lukewarm, on se donne la tâche de creuser les archives poussiéreuses d’une gauche fragmentée et atomisée pour retrouver les traces de ces conversations qui ne semblaient alors pas “importantes” mais qui reviennent ponctuellement nous hanter, pour en extraire des textes qui susciteront des conversations que nous pensons pertinentes et les traduire (ou les localiser au contexte québécois) pour les rendre accessibles à la population francophone ici présente.

N’en déplaise aux insurrectionnalistes et autres, la propagande ne se fait pas uniquement que par le fait.

Par la distribution de ces textes, nous souhaitons construire une ligne, une proposition qui se fait parfois plus ou moins explicite, mais qui traverse tous les textes que nous partageons, et qui se veut, un point de départ, pour nous et pour tous•tes ceux•ses qui résonneront avec nos idées.

Voici donc nos huits releases:

1. Nous sommes tous•tes non-bine de Kadji Amin

for fans of: colonialité du genre L’histoire occidentale du genre-sexualité a été celle de la fondation, par méthode de divergence comme mode de gestion de l’instabilité catégorielle, de catégories normatives de plus en plus idéalisées et inhabitables, allant de l’hétérosexuel au cisgenre, puis au binaire. C’est l’histoire de l’enfouissement de plus en plus profond du genre dans les recoins privés du soi, désavouant de plus en plus tout rapport au social.

2. Manifeste pour un cinéma destructionniste de Andrew Culp & Thomas Dekeyser

ffo: films politique Le moule de notre présent est coulé par la démocratie libérale, qui se protège de la transgression en l’accueillant. Quand tout peut être dit ou montré, même les positions politiques les plus illicites finissent par trouver une place dans ce monde…

3. Prenez les épées, prenez d’assaut les palais de Haraami

ffo: l’impasse militante actuelle Le cycle insurrectionnel de notre époque nous enseigne une leçon importante, il n’y a pas de sujet révolutionnaire singulier ni de lutte révolutionnaire singulière qui peut être conçue en isolation. Les insurrections se développent précisément lorsqu’elles traversent et impliquent de multiples catégories sociales, incluant les membres de groupe social dominant. Elles atteignent leurs limites précisément lorsque ces divisions sont réintégrées, que ce soit d’en haut ou de l’intérieur du mouvement.

4. Est-ce un•e indic? de crimethInc.

ffo: spotter l’état dans nos milieux Cette liste a été créée par un groupe de personnes qui ont directement été affectées négativement par un agent indicateur provocateur, en se basant sur leurs expériences personnelles, celles d’autres activistes et d’information sur les informateurs provocateurs rendues publiques. On espère que tu pourras apprendre à partir des dommages qui ont déjà été causés, pour que ces personnes soient stoppées avant qu’elles ne puissent te faire du tord.

5. Rapide et Dangereux de Andrew Culp

ffo: comprendre l’accélerationnisme de gauche L’accélérationnisme politique appartient au monde de l’image, tentant de modifier le monde pour correspondre à une image stable. La machine de guerre partisane est une poli tique sans image. À travers ses pleurs, elle promet une véritable image de la révolution : un futur tellement défiguré qu’il rompt complètement avec le présent…

6. Accros à la défaite de Athena

ffo: l’impasse militante actuelle Avec ce texte, on cherche à clarifier les prémisses de cette contre-insurrection noire, cet ensemble de croyances et de présupposés permettant sa reproduction. Pourquoi l’idée que les personnes racialisées ont besoin de maîtres passe-t-elle si facilement, même par des activismes dits “radicaux”?

7. Polyamour et armée de réserve du care de Barucha Peller

ffo: dynamique de genre
L’activité sexuelle hors du “statu quo traditionnel” n’implique pas que cette sexualité soit libératrice simplement en raison de sa forme. Les relations hétérosexuelles “non conventionnelles”, particulièrement le polyamour, sont quand même des situations d’exploitation potentielle plutôt que des expériences de libération automatique à travers la “liberté de choix”. Le polyamour est une autre tendance repackagée des dynamiques de genre, et que le care, le travail sexuel, émotionnel et l’activité genrée, peut persister dans le polyamour hétérosexuel de la même manière.

8. La politique folk de Nick Srnicek & Alex Williams

ffo: l’impasse militante actuelle Plusieurs de ces tactiques et de ces structures organisationnelles dominant la gauche contemporaine sont des réponses à l’expérience du communisme d’État, des syndicats ouvriers sectaires et de la chute des partis sociaux-démocrates. Ces idées qui semblaient logiques dans la foulée de ces événements ne représentent plus des outils efficaces de trans­formation politique. Notre monde les a dépassés en devenant plus complexe, abstrait, non linéaire et mondialisé qu’auparavant.

Bientôt disponibles à votre salon du livre préféré et, avec un peu de chance, sur ben des cordes à linge.

Signé, wtfspvm.

copyleft Tous torts réservés

Robins des ruelles vs. Radlibs des bois

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Mai 072026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Ce court billet se veut une réponse à l’assez mauvais « En réponse aux actions des Robins des Ruelles ».

Dans l’époque où le sens est difficile à trouver, il y aura toujours des imbéciles pour faire les intéressants.

Sous ses airs de lucidité et de bienveillance, le texte est un manuel de prudence au service de ceux qu’il prétend combattre. Semble-t-il que les actions des Robins soient devenues trop efficaces, qu’il faudrait éviter de trop agir, au risque que nos maîtres se réveillent. Lorsqu’on essaye des choses, il y aura toujours un radlib pour sortir du bois et nous dire « attention, vous risquez de trop déranger ce monde ». Un soigneux jeu d’équilibriste entre servilité et hydrocéphalie.

L’argument du texte? « Ne faites pas trop de bruit, sinon ils vont remarquer. »

Comme si les grandes chaînes d’épicerie, leurs services de sécurité, leurs logiciels de gestion de pertes et les services de police découvraient soudainement l’existence du vol à l’étalage grâce à quelques stories Instagram. 56% d’augmentation au Canada des vols à l’étalage depuis 2021 mais c’est les Robins des Ruelles qui sonneraient la cloche? Le fantasme ici, c’est celui d’un système un peu naïf, un peu distrait, qu’il faudrait à tout prix éviter de réveiller.

Les Robins des ruelles ne révèlent pas un secret : le vol à l’étalage n’a jamais été invisible. Penser que l’attention publique déclenche la répression, c’est inverser la causalité, c’est confondre un thermomètre avec la fièvre. La répression est structurelle : elle s’adapte, elle anticipe, elle ne dépend pas d’un seuil de visibilité franchi par erreur ou par excès. La répression cherche justement à écraser toute révolte.

La révolte, ici, c’est la manière dont une pratique sort de l’isolement pour devenir lisible politiquement. Tant qu’elle reste fragmentée, individualisée, honteuse ou silencieuse, elle est parfaitement compatible avec l’ordre existant. Elle est tolérée comme bruit de fond, gérée statistiquement, punie au cas par cas. Autrement dit : elle ne menace rien. Politiser les pratiques de subsistance, c’est montrer la cruauté de leur criminalisation.

C’est précisément là que les actions des Robins déplacent quelque chose. Elles ne montrent pas des « méthodes de survie » (Sic.), elles déplacent le sens. Elles retirent le vol du registre de la faute individuelle pour l’inscrire dans un conflit. Elles rompent avec la figure du survivant isolé pour produire une intelligibilité partagée, une conspiration collective, même minimale. Qualifier ce type d’intervention de dangereux parce qu’il attirerait la répression revient, au fond, à adopter le point de vue de la gestion policière : il faudrait calibrer les pratiques pour qu’elles restent sous le radar, compatibles avec les seuils de tolérance du système. C’est une politique de la précaution qui finit par neutraliser toute possibilité de rupture. On protège les conditions d’existence telles qu’elles sont, au prix de leur perpétuation.

Le texte s’engouffre dans une contradiction difficile à tenir : reconnaître que « les épiceries c’est des criss de voleurs » (Sic.), que l’ordre économique est hostile, que l’État protège le capital et, dans le même mouvement, appeler à une forme d’autorégulation des pratiques pour ne pas provoquer cet ordre. Comme si l’ennemi devait être ménagé dans ses réactions.

Si le texte admet au moins un peu de violence sociale, il en tire une conclusion conservatrice : préserver ce qui permet de tenir, plutôt que risquer de transformer ce qui fait tenir.

En soi, radlib : critique morale des dominants, mais refus des actions qui dérangent effectivement. Bref, une contribution à jeter dans les dumpsters de l’histoire.

En réponse aux actions des Robins des Ruelles

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Mai 052026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Quand la première action des Robins des Ruelles a fait surface sur l’internet j’ai trouvé ça intéressant comme tactique. Ça résonne chez la population; tout le monde est d’accord que le coût de la vie est haut et que ce sont les riches qui en profitent. En plus, ça frappe fort sur les réseaux sociaux. Par contre lorsque j’y ai réfléchi plus, j’ai réalisé le risque de mettre en lumière le moyen que beaucoup de personnes utilisent pour survivre. Je me sens de plus en plus inquiet que ce genre d’action va augmenter la sécurité dans les épiceries et/ou qu’une investigation à grande envergure sur le vol à l’étalage pourrait être enclenchée.

Pour être clair, il ne faudrait pas s’empêcher d’agir simplement par peur de répression. Par contre, le vol à l’étalage est un outil de survie pour beaucoup de personnes, majoritairement des personnes marginalisées. On parle des personnes dans la rue, personnes de couleur, familles de quartiers défavorisés, parents monoparentales… Bref la liste est longue, pratiquement tout le monde qui ont eu faim et qui n’avaient pas d’argent ont penser au vol et ce depuis toujours.

Mes peurs ne sont pas fondées dans la paranoïa. En 2023, à Vancouver, dû à une forte augmentation d’attention médiatique sur le vol à l’étalage une grosse opération policière a eu lieu. Les sécurités de plusieurs magasins à grande surface ont cooperé avec la police pour identifier les voleurs et les arrêter à l’extérieur avec la marchandise. 217 personnes ont été arrêté et 278 charges criminelles ont été déposé. Ça fait 217 personnes qui ont été trainé en court avec des conditions et le stress d’être criminalisées. Une partie de ce groupe ont eu un dossier, ont fait du temps et/ou ont eu des conditions de probation/libération (Vancouver police arrest more than 200, recover almost $80K in stolen goods in shoplifting crackdown, CBC News, 29 mars 2023). Depuis 2025, Vancouver a maintenant une équipe de police spéciale contre le vol à l’étalage. De plus Mark Carney, avec son parti libéral maintenant majoritaire, voudrait passer des lois contre le vol à l’étalage organisé. Je crois que nous nous dirigeons vers un renforcement des lois, une diminution du prix de vol pour des sentences graves et des sentences aggravées tout court.

En plus des actions des Robins, un reportage parait sur Urbania qui expose l’existence des réseaux undergrounds de distribution, qui HIGHLIGHT le vol à l’étalage et qui lui apporte de l’attention qui honnêtement n’est juste pas la bienvenue…

Oui les épiceries c’est des criss de voleurs qui nous prennent le petit peu d’argent qu’il nous reste. Oui les PDG ont des millions, même des milliards. Oui ce sont nos ennemis. Peut être que les actions des Robins peuvent changer quelque chose mais quel est le but principal? Croyons nous que l’État va changer des lois pour favoriser la population plutôt que les entreprises? Croyons nous qu’il faut apprendre aux personnes dans le besoin c’est quoi le vol? L’état va toujours être l’ennemi des voleurs, l’état est là pour protéger le capital, donc pourquoi apporter tellement d’attention à nos méthodes de survie?

Je crois que nous devrions explorer d’autres pistes d’actions. Plutôt que s’attaquer au moyen de survie, nous devrions cibler directement les personnes qui font les profits, les réseaux de logistiques des compagnies, les infrastructures, etc… Il faut éviter une corrélation entre les actions des Robins et l’augmentation de la sécurité dans les épiceries. Il faut protéger nos moyens de subvenir à nos besoins.

Nous avons pris aujourd’hui notre pain de ce jour : Refusons le « Pain-opticon » de Mamie Clafoutis

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Mai 022026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Dans l’esprit de toutes les expropriations du 1er mai qui nous ont précédé, nous sommes entré·e·s ce matin dans le Mamie Clafoutis situé sur la rue Saint-Denis et avons rempli nos sacs, dans un refus total du regard envahissant de la surveillance et des faux dieux du capitalisme.

En collaboration avec Leav, une start-up spécialisée dans les technologies de commerce de détail, Mamie Clafoutis se targue d’être « la pionnière d’une nouvelle ère de magasins intelligents automatisés. » Cela signe l’arrivée d’un modèle similaire à celui de Amazon Go, lequel a déjà infecté d’autres villes, en plus d’être salué par les médias comme une nouvelle innovation. Vous enregistrer au moyen de la reconnaissance faciale sur leur application peut vous offrir le « privilège » d’acheter du pain 24h/24, 7 jours sur 7, dans leurs boulangeries automatisées et sans caisse. 

Toujours activé et ne nécessitant aucun employé·e, le système de Scan & Go de Mamie Clafoutis vous pousse à participer à votre propre surveillance. Nous n’accepterons pas ce mécanisme de contrôle et d’enfermement au prétexte de quelques instants de confort. Il doit être coupé à la racine, avant que ce mode de vie technophile se répande non pas seulement dans chaque boulangerie, chaque marché, mais aussi dans chaque moment d’échange de temps, d’attention, et de consentement dans nos vies. Nous avons donc facilement pris d’assaut ce magasin gentrifié, lequel s’affaire à transformer des essentiels du quotidien en articles de luxe nécessitant une reconnaissance faciale et une carte de crédit pour y avoir accès.

Ces actions ne sont pas des exploits héroïques, au contraire elles sont simples, accessibles à quiconque souhaite s’y mettre, et il nous appartient de les reproduire encore et encore. Notre subsistance n’est pas un produit à scanner. Nous souhaitons inspirer celles et ceux qui se sentent écrasé·e·s par la botte du capital à prendre tout ce que leurs mains, leurs sacs et leurs esprits peuvent transporter.

À bas les caméras, à bas les maîtres, à bas Mamie Clafoutis!

Nous pouvons prendre absolument tout – Joyeux 1er mai!

Le flic, le néo-nazi et l’éléphant

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Avr 292026
 

De Projet Evasions

En 2022 nous avons publié 2000 exemplaires de notre première version du livre «Comment la police interroge et comment s’en défendre». Depuis, le contenu de notre livre-outil continue à se diffuser, décliné sous de nombreuses formes : Il y a bien sûr l’excellente réédition des Éditions du Commun sous le titre de «Petit manuel d’autodéfense en interrogatoire», mais aussi une version livre-audio, une capsule audio pour les radios, une version brochure sur infokiosques.net, des affiches présentant la stratégie du disque rayé, un supplément «interrogatoire» pour le jeu de rôle Blade in the Dark, des versions pirates auto-édités ça et là, les ateliers que l’on donne, les traductions vers l’allemand, l’anglais et l’espagnole. Bref, on a pris à cœur de diffuser au mieux nos conseils d’autodéfense pour que les anarchistes et autres rebelles puissent se protéger contre la répression. Et ce n’est pas fini puisque des traductions vers l’arabe, l’italien et le danois sont en cours et que notre porte est toujours ouverte pour qui a envie de venir nous aider à atteindre d’autres formats et zones linguistiques-géographiques.

Durant cette aventure de diffusion, nous avons récolté trois anecdotes insolites qu’on avait envie de partager avec le grand public – en profitant de l’occasion pour rappeler une fois encore : protégez-vous de la police ; lisez notre livre.

1 – le flic

Durant l’automne 2024, lors de l’occupation de l’université de Neuchâtel (Suisse) en soutien à la Palestine, des personnes sont prises de doute concernant le comportement étrange d’une personne présente. Confronté, l’homme reconnaît être un policier en civil.

Plusieurs personnes sur place reconnaissent alors la personne en question. Quelques semaines plus tôt, il s’était rendu à un lieu anarchiste – la Bibliothèque Libre – pour emprunter un livre. Pas n’importe quel livre, mais bel et bien notre « Petit Manuel d’autodéfense en Interrogatoire« .

Lorsque le policier, toujours en civil, est venu rendre le livre, il aurait déclaré le trouver « intéressant, mais pas vraiment utile et trop long ». On se doute effectivement que depuis la perspective d’un policier il ne soit pas particulièrement utile d’apprendre à se défendre contre les manipulations policières utilisées en interrogatoire.

Voilà voilà. Qui sait, notre prochain livre traitera peut-être des tentatives d’infiltration policière de nos mouvements sociaux. Promis on le fera aussi court que possible. On sait que les policiers et policières n’aiment pas lire.

2 – le néonazi

Mars 2026 en France. Les services de renseignements découvrent que plusieurs néo-nazis projettent d’assassiner un autre néo-nazi. L’info est donné à la police qui se précipite pour intervenir. Dommage diront certain.x.es, alors que d’autres compteront les cas où la police n’a pas pris au sérieux ou a tout bonnement ignoré des alertes reçues concernant des planifications d’agressions ou de meurtres à l’encontre de personnes racisées ou queers.

Quoi qu’il en soit, ce qui nous intéresse dans cette histoire, c’est ce que la police a trouvé lors de la perquisition de l’appartement d’un des apprentis meurtrier : Un manuel du comportement à adopter face à la police et notamment en garde à vue1.

Que les fachos lisent notre livre n’est malheureusement pas un scoop. Le PDF du livre était déjà archivé sous la rubrique «ressources» d’un site de la fachosphère une semaine après que nous l’ayons publié en ligne. On leur souhaite beaucoup d’indigestion sur tous les passages où sont mis en avant des perspectives anarchistes, décoloniales et queer-féministes.

Suivant le déroulement de l’enquête, on verra bien si la lecture du livre leur aura été utile ou non. De toute façon, s’ils ne fissent pas en prison, ils se feront peut-être assassiner par leur camarades. Qui sème une culture machiste d’ultraviolence récolte des coups de couteaux dans le dos, c’est bien connu.

3 – l’éléphant

On pourrait définir la guerre comme le moment où des rois, empereurs, gouvernements et autres puissants envoient des pauvres se massacrer entre elleux. Mais ce serait oublier le nombre gigantesque d’animaux non-humains qui se font enrôler de force par les humains. Notamment les éléphants de guerre. Ces derniers – qui, tenez-vous bien, sont des éléphants de non-guerre avant leur capture – se dressent d’une manière qui vous évoquera sûrement des similitude avec certaines des stratégies d’interrogatoires décrites dans notre livre.

Toutes les possibilités qu’offrent les conditions de détention vont être utilisées pour briser mentalement l’éléphant. Perturbation du sommeil, de la nourriture, perte de la capacité de décision sur le quotidien, violence physique et psychique, incertitude quant à son avenir et à la durée de ce traitement, isolation sociale et bris de liens avec les siens. Quand l’éléphant est estimé entièrement brisé, apparaît ensuite le dresseur, appelé Cornac. Ce dernier amènera avec lui une forte amélioration de traitement et créera ainsi un lien empathique qui permettra petit à petit de créer une emprise sur le pachyderme prisonnier et l’amener à se soumettre à la volonté du dresseur.

La même base donc que ce qui est utilisé par les flics dans la stratégie de la bouée de sauvetage. Dans cette dernière, tout est mis en place, à travers les conditions de détention, pour fragiliser et briser au maximum l’individu.e.x emprisonné.e.x avant son interrogatoire. Le même arsenal de moyens offert par la détention, adapté aux humains. Puis, arrive le ou la flic amenant un verre d’eau avec un sourire, offrant avec bienveillance de pouvoir faire un appel téléphonique vers l’extérieur, créant une emprise émotionnelle sur la personne détenue, la poussant à se sentir redevable et ainsi abaisser ses défenses. La stratégie de la bouée de sauvetage commence.

Au sein du Projet-Evasions, on défend une analyse anarchiste des dynamiques d’oppressions. On pense qu’elles se construisent les unes sur les autres et se renforcent mutuellement. L’autorité déployé contre tel groupe social fortifiera de fait, la domination que subira tel autre groupe social. D’où la nécessité de les combattre sur la même base : une haine envers toute les formes d’autorités et de domination, peu importe contre qui elles se dirigent – humains ou non.


1Le guet-apens de néonazis ciblait un militant… d’extrême droite radicale, Mediapart, 22 mars 2026

Quelque chose sent mauvais à la Ligue 33

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Avr 152026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Nous avons été mis au courant récemment qu’une membre de Ligue 33 étale publiquement ses idées pro-nazies nauséabondes sur les réseaux sociaux. Et il ne s’agit pas que d’une simple participante perdue, mais plutôt d’une membre de leur Conseil d’Administration, à savoir Carolyne.

Sur Facebook, elle y allait récemment de ce genre de commentaires :

« Le national-socialisme est très défendable. »

« J’pense qu’il y a eu des progrès de masse au début de l’Allemagne nazie!!! Même pour les femmes!! Et les jeunes!! » (sic) Gros progrès effectivement les ratonnades, le racisme virulent et les jeunesses hitlériennes.

« Faudrait se pencher sur les fortunes juives aussi (avec un smiley face, génial) »

Et le plus décâlissant, c’est qu’elle interagie littéralement avec d’autres membres de Ligue 33 qui ne la reprennent pas plus que ça.

On a ben d’la misère à comprendre comment une organisation qui dit lutter pour « une meilleure qualité de vie et une meilleure démocratie » peut avoir dans son CA une telle personne. Et on ne vous a pas encore dit qu’elle suivait sur Facebook au moins deux pages qui publient du contenu négationniste et antisémite !

On sait que leurs camarades d’Alliance Ouvrière ont été plus ou moins rapides pour expulser une de leur membre qui faisait de l’affichage à la sauce suprémaciste blanc à l’automne passé. Dans le cas de la Ligue 33, nous les avons prévenu il y a un mois, et ils n’ont rien fait pour crisser dehors cette raclure raciste de leur organisation.

Aujourd’hui, nous rendons donc cette situation bien visible pour que le monde sache le genre d’individus tolérés par cette organisation.

Les manifs, on s’en câlisse ?

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Avr 132026
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Un discours qui prend racine dans un affect lié aux manifestations s’est répandu en marge de nos milieux. On peut entendre « Les manifs ne m’intéressent pas en ce moment » ou encore « Les manifs nous limitent ».

La tendance de la gauche d’appeler d’emblée à une manif en réponse aux problèmes sociaux mérite d’être critiquée, mais ces critiques servent aujourd’hui à masquer une position tout à fait différente, selon laquelle aucune manif n’en vaut la peine. Je suis confiant·e qu’une approche aussi manichéenne envers toute une panoplie de possibilités tactiques est rarement utile pour développer une projectualité cohérente.

Je trouve facile de tomber dans une approche militaire face aux manifs combatives. Est-ce que les polices vont nous flanker? Est-ce que j’ai bien scouté le terrain? Aurons-nous une équipe de bannière renforcée? Toutes ces questions peuvent masquer le fait que la force primaire d’une manif est son aspect social. Croyons-nous en ce que nous faisons ensemble et en pourquoi nous le faisons? Est-ce notre combat? Sommes-nous déterminé·es à nous convaincre, ainsi qu’à convaincre les autres, que ce ne l’est pas? Avec qui serai-je capable de prendre des décisions? Avons-nous pris le temps de reconnaître nos peurs? Croyons-nous réellement que nous pouvons gagner? Les réponses à ces questions ont possiblement une plus grande influence sur la capacité d’une centaine de gens à outrepasser une vingtaine d’anti-émeutes.

Les critiques des manifs prennent la peine de différencier manifestations et émeutes. Évidemment on aime les émeutes. Mais iels ne précisent pas que dans notre contexte local, les émeutes éclatent le plus souvent à partir de manifs. Au lieu d’explorer les conditions selon lesquelles les manifestations virent en émeutes et comment les anarchistes pourraient faire en sorte qu’elles se produisent plus souvent, iels opposent les deux formes, une étant réformiste et l’autre étant radicale. Ainsi, iels ignorent le fait que les habiletés nécessaires à l’émeute se développent dans les manifs. Surtout dans notre contexte où on observe souvent des moments de casse et de confrontation avec la police. Communiquer efficacement dans une foule, évaluer précisément les menaces et les opportunités dans un environnement chaotique, garder son sang froid lors de batailles de rue et se disperser sécuritairement, tout cela s’avère beaucoup plus facile au moment crucial si vous vous êtes déjà entraîné·es dans des situations un peu moins exigeantes.

Ne le prenez pas personnel – je veux plus d’émeutes pour tout le monde – mais je soupçonne que plusieurs des camarades relativement nouvelleaux à des modes d’organisation combatifs chez qui les généralisations contre les manifs font écho n’ont jamais été dans une réelle émeute. Je parle d’une soirée où vous pouvez vous balader jusqu’à la bijouterie en plein centre-ville pour la piller, en allumant des feux sur votre passage, aucune police en vue, tout en sachant que trois autres groupes d’une centaine ou d’un millier de personnes sont aussi en train de foutre la pagaille ailleurs. Suis-je en train de m’accrocher à un résultat qui soit de l’ordre de l’exception dans le but de romantiser une manière de faire passée date? Une révolution sociale verra des exceptions du genre bondir dans la vie quotidienne de millions de personnes. Quelle combinaison d’efforts combatifs seront sur notre chemin d’ici-là? Seule la psychorigidité des plus dogmatiques répond d’avance et au singulier, ou encore en excluant de vastes spectres d’action autonome. Iels disent vouloir une révolution sociale.

J’ai récemment entendu un·e camarade dire qu’iel fut capable de recommencer à apprécier les manifs après avoir arrêté de les prendre trop au sérieux. Ce n’est peut-être pas possible pour tout le monde, mais je pense qu’il y a une part de sagesse derrière l’idée. Y’a-t-il quelque chose qui pourrait créer des affects plus positifs (joie, curiosité et envie d’exploration) au-delà des pratiques et croyances qu’on amène avec nous? Quand des camarades se réunissent afin de se préparer aux manifs, est-ce que ça pourrait plutôt être dans la vibe d’élaborer un gros prank sur les flics?

Certain·es argumentent que les manifs sont réformistes. En effet, même les marches combatives sont souvent organisées implicitement autour de demandes aux autorités. Que pourrait faire un groupe de compagnon·nes résolu·es dans de telles situations ? Pas grand chose, s’il n’a pas déjà pensé (par exemple) à comment distribuer un tract, peindre une bannière ou bien abandonner le MC et le camion de son au point de départ et partir en manif sauvage. La banalité de leur cause immédiate, on le sait, est la carte de visite des révoltes au cours de l’histoire.

Le poids des blessures physiques infligées par la police pèse sur certain·es camarades. Mais il est erroné d’en conclure que les anarchistes devraient se limiter à mener des attaques clandestines en petits groupes, car celles-ci comportent un risque différent, mais tout aussi grave. On peut respecter parfaitement la sécurité opérationnelle à chaque fois, jusqu’à ce qu’une série de petites erreurs nous envoie en prison pour des années. Dans notre contexte, comme beaucoup plus de gens participent de manière combative à des manifestations qu’à des actions clandestines percutantes, nous avons moins d’expérience face à ce risque et nous y pensons moins, mais cela ne le rend pas moins réel. Le coût psychique et physique de la prison, de l’État qui tente de nous couper de la communauté, signifie-t-il qu’on ne devrait pas mener d’attaques clandestines? Non, il s’agit plutôt de reconnaitre que la répression sous une forme ou une autre s’abat sur tous celleux qui choisissent de lutter de manière conséquente contre la domination, quelles que soient les tactiques, c’est pourquoi les anarchistes ont une longue histoire de préparation et de réponse à celle-ci par des pratiques de soin et de solidarité combative.

Lorsque l’attitude qui consiste à considérer le fait de distribuer le numéro d’une avocat·e lors d’une manifestation comme un supposé soutien au système judiciaire en vient à traiter avec le même mépris la capacité à nourrir les gens lors d’un blocage (les blocages aussi, il faut s’en passer), il est difficile de ne pas y voir un machisme à peine voilé. Cette dynamique nous affaiblit face à la répression, d’une part en rejetant le fait de donner aux gens un outil qui pourrait leur être d’une aide immédiate dans leurs interactions avec l’État, et d’une autre part en dévalorisant de manière générale ce qui constitue une part disproportionnée du travail de soutien aux prisonnier·ères et aux accusé·es.

Les groupes radicaux sont connus pour leur habitude de mépriser les autres. Bien qu’il avance des arguments plus nuancés que le discours général auquel il participe, le récent texte hors ligne « L’obsession de la manifestation » s’ouvre littéralement sur l’image de son ou ses auteur·ices intrépides regardant de haut depuis un sentier de montagne. La plupart du temps, je trouve qu’une attitude méprisante et condescendante envers les autres ne découle pas d’une relation confiante avec ses propres idées, ce qui constitue un point de départ important pour l’affinité.

Est-ce gênant de défendre (certaines) manifestations dans un contexte où la culture de la manif qui prend le plus de place semble perdre ses repères ? Un 15 mars qui n’ose plus se nommer « manifestation ». Un Premier mai qui n’ose plus se dire anticapitaliste. Si quelqu’un ose faire l’annonce sur le groupchat d’un autre événement la même journée que la Sainte Manif, on va bien rire d’elleux.

En tant qu’extrémistes prenant le parti d’un désordre contagieux balayant les certitudes et les rituels de l’autorité, nous nous mettons en position de faiblesse si nous oublions nos victoires plus vite que l’ennemi oublie ses défaites. Il y a à peine un peu plus d’un an, le 22 novembre 2024, quelques dizaines de militant·es seulement ont forcé plusieurs unités de la brigade anti-émeute du SPVM à battre en retraite dans une ruelle, avant d’attaquer le site d’un sommet international. Malgré la réaction excessive de nos milieux face à la campagne de représailles prévisible du SPVM au cours des mois suivants, les manifestations et la relation des anarchistes à celles-ci ne constituent pas un problème insoluble.

Certaines voies à suivre méritent d’être débattues. Comment donner différentes formes à l’effet de surprise? Où et quand est-il judicieux de frapper fort? Est-il possible de faire le pont entre certaines des significations plus larges que nous donnons à ces moments?

Notre conception de l’organisation autonome ne devrait pas tourner autour des manifestations. Si vous ne souhaitez personnellement pas consacrer votre énergie à une manifestation, c’est tout à fait correct. Mais si votre affirmation implicite derrière est que personne ne devrait jamais participer à des manifestations combatives, et que celle-ci ne résiste même pas aux contre-arguments du membre le plus occasionnel du club de lecture insu, vous devriez peut-être vous poser quelques questions. Il est malheureux le point auquel nous sommes enclins à élaborer des thèses politiques et stratégiques en fonction des limites de ce que nous nous sentons personnellement prêts et capables de faire. Dans un mouvement décentralisé qui valorise l’autonomie, les erreurs stratégiques sont normales. Le rejet en bloc des manifestations en tant que tactique en est une.