Commentaires fermés sur Une manif sans tête – Retour critique sur la manifestation du 15 mars 2024
Mar232024
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Cette année, la traditionnelle manifestation contre la brutalité policière était organisée par le nouveau Collectif 15 mars. Les personnes à l’initiative de ce collectif nous sont inconnues, mais nous trouvons qu’autant discursivement – par l’appel à manifester sur leur site – que dans leurs pratiques de rue, ce changement de paradigme fait la part belle à une libéralisation de cette tradition anarchisante et combative. Trop peu de pratiques militantes à Montréal permettent de faire vivre un esprit offensif, où l’affrontement avec les corps policiers n’est pas accueilli négativement par la foule. Nous ne pouvons nous permettre de laisser cette manifestation tomber aux mains des réformistes aux tendances vive le communautaire.
Prenons d’abord l’appel à manifester puisqu’il s’agit du seul texte produit par le nouveau collectif et qu’il indique clairement les tendances idéologiques du nouveau groupe. Que nous dit donc cet appel… Pas grand-chose, sauf leurs brèves lignes politiques : « l’opposition aux interventions policières », « la fin des interpellations de la police, des équipes – intervenant·e·s et policier·ère·s –et de la présence des agences de sécurité privée dans l’espace public » et leur soutien à différents groupes communautaires et militants. Dans les dernières années, le COBP se faisait reprocher de ne pas assez se centrer sur l’opposition à la police en soi plutôt qu’à ses méthodes brutales – alors qu’il est évident que la plus grande part des manifestant·e·s ne tient pas à cette distinction non plus, à en croire la popularité du slogan ACAB. Nous trouvons que le passage d’un collectif opposé à la brutalité policière à un collectif opposé aux interventions policières n’ouvre pas d’horizon politique particulièrement intéressant. Les temps de l’euphémisation des discours d’extrême gauche devraient déjà être longtemps révolus.
Ce monde nous est intolérable, les démocraties libérales occidentales se flétrissent et laissent surgir une autorité, une surveillance ainsi qu’une violence de plus en plus crues. Il nous faut intensifier la lutte et nos discours, et non les vider de leur sens en les affadissant. Le 15 mars, s’il devait n’y avoir qu’un seul mot d’ordre, celui-ci devrait être l’abolition immédiate et non négociable de tous les corps policiers, de l’armée de l’État et de tous les centres de détention.
Suite à notre lecture de l’appel, nous étions sceptiques, mais, considérant qu’un doute planait sur la tenue de la manifestation cette année, nous étions tout de même excité·e·s à l’idée que le quinze mars ait encore lieu. Nos doutes par rapport aux tangentes que prenait la manifestation se sont toutefois cristallisés lorsque le Collectif 15 mars, quelques jours avant l’événement, nous a fait discrètement parvenir l’ordre de « ne pas faire d’action directe lors de la manifestation » et il nous est apparu que le trajet avait été spécifiquement réfléchi afin d’éviter le maximum de cibles potentielles pour des gauchistes excité·e·s. Quelle honte! Les réformistes pacifiant·e·s n’avaient pas assez des 172 autres manifs plates et dociles de l’année? Voilà maintenant qu’iels doivent s’approprier une des seules manifestations radicales traditionnelles de Montréal. Lorsque la manifestation se met à elle-même se policer, il n’y a effectivement plus besoin de police…
Fort heureusement, nous avons eu la preuve que les consignes autoritaires et pacifiantes sur le milieu anarchiste n’ont eu que trop peu de résonance et n’ont su changer la nature de la manifestation du 15 mars! Bon nombre de banques et de condos de luxe se sont fait attaquer et plusieurs feux d’artifices et bombes fumigènes ont coloré le ciel. Nous saluons chaudement les personnes ayant pris ces initiatives!
Mais il nous semble également important de souligner que dès la première attaque contre une banque – la RBC face au métro Beaudry – la tête de la manif du Collectif 15 mars n’a donné aucun mot d’ordre et s’est immédiatement volatilisée (à notre connaissance, la police n’avait pas déclaré la manifestation illégale – on nous corrigera). Cela a eu comme conséquence directe de désorganiser la manifestation et de l’exposer à de potentielles interventions policières au moment précis où des personnes auraient pu se faire arrêter. Pis encore, il nous semble évident que les personnes derrière le Collectif 15 mars comprennent mal l’implication politique des tactiques de manifestation. En effet, sans entrer ici dans une critique exhaustive du concept de « diversité des tactiques », toustes devraient minimalement s’entendre sur la nécessité de la désobéissance civile (c.a.d. non-confrontationnelle ou « non-violente » pour reprendre ce terme répandu mais inexact) dans un contexte de manifestation combative. Ainsi, les personnes organisatrices – qui marchent à visage découvert, ou qui sont associées plus ou moins publiquement à tel ou tel groupe communautaire ou institution – devraient utiliser leur présence en manifestation pour défendre jusqu’à la dernière minute le droit de manifester que prétend octroyer l’État canadien. N’ayant commis aucun acte criminel, elles n’ont pas de raison sensée d’être les premières à quitter. La fuite individuelle et injustifiée n’est pas qualitativement mieux que la course effrénée; les personnes qui ont trop peur devraient avoir l’humilité de s’abstenir d’assumer un rôle de leadership.
Enfin, faut-il ajouter que la présence soutenue et durable du plus grand nombre pendant tout l’événement est pour le moins importante dans un contexte où les manifestations montréalaises sont peu populeuses. Cette coprésence de personnes engagées dans différents rapports confrontationnels mais solidaires dans la rue est un des éléments fondamentaux à la prolifération de mouvements combatifs qui pourraient être à la fois significatifs pour de larges parties de la population qui sont présentement insensibles à nos propositions politiques et réellement inquiétants pour le système. Lorsque des organisateurs·rice·s contre la brutalité policière agissent au contraire de manière à mettre en danger une manifestation combative (et donc à risque d’arrestation), nous ne pouvons nous empêcher de nous sentir trahi·e·s.
Après quelques minutes d’incertitudes suivant la réalisation que l’organisation avait disparu, nous avons décidé avec nos camarades du P!nk Bloc d’utiliser nos bannières respectives pour prendre la tête de la manifestation afin de continuer à marcher avec une masse de gens qui, visiblement, était restée sur sa faim après avoir parcouru les rues résidentielles de Centre-sud sans cibles à portée de jet de pierre. Nous avons ainsi improvisé un itinéraire qui suivrait la rue Ste-Catherine vers la Place-des-Arts, que nous pensions être un bon endroit pour une dispersion réussie. Considérant que la masse de gens rétrécissait et que nous n’étions véritablement pas en assez grand nombre pour être en mesure de résister à une attaque de la police, nous avons rangé nos bannières, puis quitté à la Place-des-Arts comme prévu, mais une partie de la manif a choisi de continuer son chemin pour prendre fin au centre-ville.
Nous avions des critiques concernant le COBP et nous avions espoir que ce nouveau Collectif 15 mars puisse renouveler l’organisation de cette journée en offrant un cadre permettant de redoubler de combativité. Pour nous, le message est clair : le Collectif 15 mars n’a pas été à la hauteur de cette tâche. Il nous a semblé faire plutôt l’inverse par sa compromission avec la tendance libérale et sa soumission implicite à un statu-quo mou. Nous ne voulons pas d’appel à cesser l’action directe lors des manifestations, nous ne voulons pas de tête de manifestation qui abandonne la manifestation dès la première vitrine fracassée. Ce que nous voulons, ce sont de vraies solidarités tactiques et stratégiques, un attachement clairvoyant aux traditions, une compréhension perspicace du rôle des manifestations – une réelle camaraderie, ne serait-ce que l’instant d’un moment de casse. Ce que nous voulons, c’est véritablement devenir ingouvernables et menaçant·e·s pour l’État et son corps policier. Que le 15 mars de l’année prochaine le permette!
Commentaires fermés sur Radio-Canada a du sang sur les mains : retour sur les vitrines détruites dans la nuit du 12 au 13 mars.
Mar152024
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Dans la nuit du 12 au 13 mars, les vitrines de la maison de Radio-Canada ont été détruites par des militant-es en réponse au choix de Radio-Canada d’utiliser sa large plateforme pour amplifier des discours transphobes proche de ceux de l’extrême-droite.
Le reportage TransExpress paru à l’émission Enquête le 29 février 2024 est une attaque intellectuellement et scientifiquement malhonnête envers les personnes trans et leur accès aux soins de santé. Ce reportage représente un glissement idéologique qui sert à légitimer les demandes transphobes de l’extrême droite, qui va attiser les violences envers les communautés trans, présentement de plus en plus ciblées. Radio-Canada et ses journalistes ont choisi d’entretenir une panique morale qui met la communauté trans, et en particulier les jeunes trans, en danger.
Ne nous laissons pas avoir par la prétention de neutralité journalistique et de « simple curiosité » : Pasquale Turbide et l’équipe de Radio-Canada ont choisi de laisser la parole à des pseudo-experts discrédités comme Lisa Littman et le SEGM. Leurs discours alarmistes sont déjà liés à une augmentation de la violence en Angleterre et aux États-Unis. La journaliste refuse de faire un réel effort de recherche et de compréhension de la réalité trans. Dans le reportage, elle utilise un langage transphobe et irrespectueux des communautés, mégenrant constamment les personnes trans. Même les passages qui se veulent reconnaître la réalité trans le font dans un cadre de psychiatrisation de la transidentité, invitant plus de contrôle médical de la part de l’état. Nous ne voulons pas du contrôle de l’état sur nos corps! Tout le monde devrait pouvoir expérimenter comme bon leur semble, quitte à faire des erreurs, sans avoir à demander la permission aux chiens de garde de l’état. Nous ferons de nos corps ce que bon nous semble, à tort ou a raison, n’en déplaise à l’état et à la petite bourgeoisie culturelle.
On voir clair dans l’agenda de Radio-Canada et son empressement à capitaliser sur cette panique morale pour augmenter ses cotes d’écoute. Comment expliquer autrement d’avoir fait venir Pasquale à Tout le monde en parle, sans lui opposer d’interlocuteur-ice informé-e pour opposer ses discours transphobes et sensationnalistes?
Comme toujours le capitalisme et l’état, face aux crises répétées et à la gronde populaire, cherchent à détourner l’attention des classes populaires. Plutôt que de parler de l’effondrement des services publics, de la crise du logement, de la crise climatique, de la montée du fascisme, de la violence policière ou du génocide en Palestine, il est plus facile de créer une menace imaginaire. La dérive fasciste de nos sociétés se sert de la communauté trans comme d’un bouc émissaire. L’état de plus en plus autoritaire et violent cherche a faire de nous un ennemi face auquel justifier son pouvoir et sa violence. Et ne vous attendez pas à ce qu’il s’arrête là tant qu’on ne les arrête pas.
Ces discours ont des conséquences réelles sur les décisions concernant l’accès aux soins de santé pour les personnes trans, mais aussi sur l’hostilité et la violence que les communautés trans vivent au quotidien, en particulier les jeunes trans. Ce n’est pas neutre que de répéter aux heures de grandes écoutes les discours poussés par l’alliance des forces d’extrême-droite. Quel honte de réentendre les propos de la droite religieuse, des néo-nazis, des masculinistes et du reste du camp de la haine sur une chaîne d’information publique! Ce reportage mensonger va encourager les mouvements haineux qui causent la mort des jeunes trans, par meurtre ou par suicide, comme c’est arrivé encore très récemment en Oklahoma. Quand un jeune trans tombera sous les coups de la transphobie, est-ce que l’équipe d’Enquête prendra ses responsabilités dans l’affaire? Feront ils une heure de reportage sur l’étendue des violence transphobes qui, contrairement à l’accès aux soins, tuent? Nous voyons clair dans leur jeu. Nous ne nous laisserons pas faire.
Il n’y a pas de « problème trans » mais il y a des trans qui ont un problème avec vous. En choisissant de participer à une campagne de désinformation et de propagande haineuse envers nos communautés, derrière un vernis pseudo-scientifique d’autant plus dangereux, peut-être ces journalistes se sont-ils dit que la communauté trans est une cible facile, peu nombreuse, isolée et multi-marginalisée.
Mais comprenez bien que nous ne sommes pas seul-es : Nos alliées sont nombreux-es et notre rage est profonde. Nous sommes déterminé-es et solidaires. Ce ne sera ni la première, ni la dernière fois que les queers bash back!
Commentaires fermés sur Nouveau sabotage contre Northvolt – Aucun capitaliste n’est à l’abri
Mar082024
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Cette semaine marquait le retour des oiseaux migrateurs en Montérégie et le début de la nidification pour plusieurs espèces. Le chantier Northvolt est désormais engagé dans une course contre la montre afin de remblayer un maximum de milieux humides d’ici le 10 mars avant d’être empêché par la réglementation fédérale protégeant les oiseaux migrateurs. Si les travaux de déboisement sont terminés du côté de Saint-Basile-le-Grand (8700 arbres abattus) des travaux similaires s’amorcent désormais dans la partie Est du terrain appartenant à McMasterville. C’est dans cette section que se trouve le dernier boisé encore intact, peut-être préservé de la coupe en raison des actions répétées de spiking qui y ont eu lieu.
Afin de freiner le saccage des milieux naturels, des militant·es se sont attaqués à la carrière Mont-St-Hilaire du groupe Michaudville, responsable jusqu’à maintenant du remblayage de plus d’une dizaine d’hectares de zones marécageuses essentielles à la survie d’espèces vulnérables comme le petit blongios, la tortue molle à épines et la chauve-souris rousse. En raison de l’artificialisation des sols et de l’étalement urbain, il ne reste plus, aujourd’hui, que 5% de milieux humides dans ce bassin versant. Non seulement ce projet industriel n’aidera en rien à la décarbonisation de notre économie (comme le prétendent nos ministres), mais il se fera, en plus, aux dépends de la biodiversité locale. Rappelons que la crise écologique n’est pas seulement une crise climatique, mais aussi une crise de la biodiversité toute aussi menaçante. C’est grâce à nos relations avec d’autres espèces si nous vivons, mangeons et respirons. Nous sommes entièrement dépendent·es de ces écosystèmes.
En début de semaine, une centaine d’engins cloutés ont été répandus sur le chemin menant à la carrière afin de cibler les camions transportant la terre et le gravier servant au remblayage. Dans les dernières semaines, ce sont au-delà de cent allers-retours qui s’y sont produits quotidiennement avec un passage de camion aux 3 minutes. Toute action qui perturbe la circulation et entrave l’unique voie d’accès à la carrière cause des pertes financières affectant la rentabilité du projet. Chaque heure de travail perdue est une victoire pour les opposants à Northvolt.
Le projet Northvolt ne sera jamais écologique. Avec la filière batterie, le gouvernement caquiste profite du dérèglement du climat pour faire des affaires. Tandis que l’État injecte aujourd’hui des milliards de dollars pour sauver l’industrie automobile, ces investissements nous obligent à assurer, pour les décennies à venir, la croissance d’un secteur économique tout aussi destructeur que l’économie fossile. L’électrification massive des transports et le tout-à-l’auto nécessitent la multiplication des mines dans les pays du Sud et sur le territoire des Premières Nations. Partout, les terres agricoles, les cours d’eau et les populations qui en dépendant seront empoisonnés par des rejets toxiques. Des forêts entières seront jetées à terre, des montagnes éventrées. La crise écologique est insoluble dans le capitalisme : notre unique voie de sortie passera par l’entraide, la création de communautés résilientes et la décroissance.
Aux entreprises qui collaborent avec Northvolt : personne n’est à l’abri!
Des membres du Collectif anarchiste Emma Goldman ont accroché une bannière « Non au génocide, Canada complice. Gaza libre » sur un symbole militaire trônant dans un parc d’Arvida. Quatre mois après que les Israéliens aient totalement bouclé la bande de Gaza,(action en contravention avec le droit international) et après que Tsahal ait ouvert le feu et tué une centaine de civils lors d’une distribution d’aide humanitaire, le gouvernement canadien annonce qu’il fera parachuter des vivres sur la Bande de Gaza par l’entremise de l’armée jordanienne. Cette action est une autre insulte pour les millions d’humains qui s’entassent aujourd’hui à Rafah. Ces derniers souffrent d’une grave pénurie d’eau, sont à risque de famine et d’éclosions d’épidémies de toutes sortes. Quand leurs familles ne sont pas tout simplement décimées par les bombes larguées sans relâche sur la bande de Gaza par les avions de chasse de fabrication américaine en service dans l’armée de l’air israélienne. Est-ce que nous allons laisser un autre génocide se commettre au vu et su de tous? Les postes de contrôle terrestres doivent être ouverts pour acheminer l’aide humanitaire!
Le Canada doit mettre fin à sa politique des deux poids, deux mesures (la Russie et l’invasion de l’Ukraine) et dénoncer les crimes de guerre commis par l’armée israélienne et prendre action contre le gouvernement israélien. De plus, le gouvernement canadien doit cesser l’envoi de matériel militaire à Israël. Dans les deux premiers mois de l’agression israélienne sur la bande de Gaza, le gouvernement fédéral a autorisé pour 28,5 millions de dollars de nouveaux permis d’exportation de matériel militaire vers Israël, soit plus que les exportations militaires de 2022 (1).
Une pression maximale doit être exercée sur le gouvernement du Premier ministre Netanyahu pour faire taire le bruit des armes. Le gouvernement canadien doit œuvrer à trouver une solution permanente et durable au conflit israélo-palestinien en faisant respecter le droit au retour des réfugiés palestiniens, en exigeant la fin de l’apartheid israélien et de la colonisation illégale de la Cisjordanie. Une colonisation maintes fois condamnée par l’assemblée générale des Nations unies depuis 1967.
Il est temps d’agir, l’histoire nous regarde!
1. 21 millions pour 2022 et 26 millions de dollars en 2021.
Commentaires fermés sur Attaquons Northvolt, toujours, partout
Fév282024
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Des anarchistes ont encore attaqué la machine de destruction capitaliste sur le site de Northvolt. Des pics d’acier ont été mis en place sur les différents chemins utilisés par la machinerie. En plus, de nouveaux clous ont été mis dans des arbres, cette fois sans les identifier, pour maximiser le potentiel de destruction sur la machinerie écocidaire. Les personnes ayant fait l’action n’ont pas peur de se faire prendre. Même si c’était le cas, elles demanderaient d’être jugées par leurs pairs. Par les tortues molles à épines, les petits blongios et les chevaliers cuivrés. Par toutes les espèces qui meurent parce que la destruction de la planète, c’est payant en crisse.
En effet, pour maintenir la croissance économique capitaliste, ça prend des bungalows de banlieue pitoyables de plus en plus grands et des chars de plus en plus gros. Pendant ce temps, on se ferme les les yeux et on se laisse bercer par les comptines des capitalistes qui prétendent que les chars électriques réduisent les émissions de gaz à effet de serre. Sous le prétexte hypocrite de la protection de l’environnement, L’État et ses amis des industries tentent un sauvetage désespéré de l’industrie automobile. Pour qu’elle survive après 2035, le moment où le fédéral interdira la vente de chars au gaz, ils remplacent les chars au gaz par des chars électriques. Les gouvernements s’arrangent alors pour réduire le prix des chars électriques, par des subventions directes et indirectes, pour qu’ils restent accessibles à la classe moyenne. Bref, la filière batterie, c’est le pillage des fonds verts par les gouvernements pour financer la croissance économique, pour permettre à l’industrie automobile de survivre aux changements climatiques qu’elle a causés. Le développement de la filière batterie, c’est pour qu’on continue de vivre dans des villes bruyantes, désagréables, dangereuses, où les centres-villes ont été transformés en autoroutes et en stationnements. Les anarchistes ne veulent rien savoir de leur monde, et c’est pour ca qu’iels tenaient à crisser une pelletée de sable supplémentaire dans ses engrenages.
Et il faut se rappeller que le char électrique, ce n’est qu’en ville qu’il peut prétendre être vert. Tout autour, ce sont les mines, toujours sur des terres autochtones, partout dans le monde. C’est la raffinerie toxique de Rouyn-Noranda. Ce sont les extensions de ports le long du fleuve Saint-Laurent. De l’Afrique à l’Amérique du sud, ce sont les exécutions contre les syndicalistes et les défeuseur·euse·s de la nature effectués au nom des minières canadiennes. À défendre la nature ici, on ne risque pas la mort. Se servir de nos privilèges pour défendre les plus vulnérables, ça veut dire agir ici. C’est un problème causé par les blancs, et il est grand temps qu’on prenne nos responsabilités.
C’était un moment triste pour faire une action. Sur le site de Northvolt, il reste à peine quelques arbres, dont ceux qui étaient identifiés comme ayant été la cible de cloutage la dernière fois. C’est donc dire que l’action directe fonctionne. En effet, ces clous ont probablement fait plus pour la protection de la biodiversité que la COP15, et toute la ribambelle d’autres COP. On voit clairement en action les mécanismes de compensation ridicules pour la biodiversité: d’un côté, on déboise massivement, alors que dans 4-5-6 ans, ou quand on aura le temps, on plantera une monoculture d’épinette noire sur 20 hectares, une armée de petits arbres en rangées qui seront coupés – de quoi faire du papier toilette à peine assez solide pour qu’on puisse se torcher avec, ne vous demandez pas pourquoi vos doigts passent en travers. D’un côté on remblaie les milieux humides, alors que dans 4-5-6 ans, ou quand on aura le temps, on creusera un trou dans un spot de sable pour y mettre deux-trois poissons et algues, pour se donner une tape dans le dos. On créera un étang à un autre endroit pour les animaux déjà emportés. Des animaux morts dans une flaque d’eau, c’est au mieux une soupe, ça ne pourra jamais compenser un écosystème vivant. Et ça, c’est s’il y a effectivement compensation, parce que c’est la première chose qui sera coupée si la rentabilité est menacée.
La lutte contre Northvolt ne fait que commencer. Il reste encore 2 ans avant la mise en service de l’usine. Les marges de profits ne seront pas extravagantes. Les coûts en sécurité, en relations publiques, en gestion de crise commencent déjà à s’accumuler. Déjà, l’image de la compagnie est fortement entachée, et il y a fort à parier que les investisseur·euse·s déchantent. Il reste encore 2 ans pour lutter et l’ennemi est vulnérable. On entre encore sur le terrain comme dans une passoire: on ne peut pas protéger plus d’un kilomètre carré avec quelques clôtures rouillées ainsi qu’un garde de sécu immobile qui joue à 2048 et qui fait dodo dans son auto. Les sous-traitant·e·s risquent de reconsidérer leurs relations étant donné les dangers encourus. Il ne faut pas les laisser aller. Le site de Northvolt avait été saccagé pour l’usine de CIL, mais la nature a repris ses droits. Continuons le combat jusqu’à ce que la vie revienne.
La CAQ a cédé honteusement aux mobilisations transphobes et a décidé de nommer un “comité de sages”, qui décidera du futur des communautés trans et non-binaires. Nous exigeons la dissolution immédiate de ce comité car :
Ce comité est composé exclusivement de personnes cis (non-trans), qui n’ont même aucune expertise académique ou d’intervention auprès des personnes trans. La majorité d’entre eux entretiennent par contre des affinités connues avec des groupes transphobes. Tout cela est fondé sur la présupposition selon laquelle les personnes trans et non binaires seraient incapables d’être “sages”, raisonnables et impartiales. Nous revendiquons la reconnaissance des savoirs expérientiels, universitaires et communautaires LGBTQ+; nous revendiquons notre auto-détermination!
L’existence de ce comité a pour but de légitimer les demandes de la droite et de l’extrême droite transphobe. Se pliant à leur agitation, le gouvernement a choisi de mettre sur pause toutes les avancées sociales pour les communautés trans. Il le fait au mépris de ses propres institutions, ignorant l’existence du Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie et de son plan d’action. Ce n’est pas la première fois que la CAQ s’attaque aux communautés trans: on se rappelle le Projet de Loi 2. Nous continuerons de nous défendre face à ce gouvernement transphobe!
Ce comité vise à questionner la légitimité des personnes trans et en faire des objets de débat dans l’espace public. Ce type de mise en scène médiatique a toujours eu comme conséquence d’augmenter les violences et les crimes haineux contre les personnes trans et non conformes dans le genre. Le “problème trans” n’existe pas : nos existences ne sont pas à débattre. Nous continuerons de lutter pour la sécurité et la dignité des personnes trans et non-binaires!
La création de ce comité fait partie du backlash international contre les communautés LGBTQ+. Les agitateurs conservateurs mobilisent leurs bases en présentant les personnes trans comme un danger pour les enfants. Ni les homosexuel.les, ni les drag-queens, ni les personnes trans ne constituent un danger pour la jeunesse. Ce sont plutôt les adultes autoritaires et intolérants qui mettent en danger le bien-être des enfants. Nous continuerons de lutter pour un monde dans lequel tous les enfants se sentent libres de s’exprimer et de s’épanouir sans crainte ni jugement!
Ce comité est influencé par un mouvement réactionnaire qui se dit féministe, prétendant que les femmes trans représenteraient un danger pour les femmes cis. Au contraire, la libération des femmes trans contribue à la libération de toutes les femmes. Combattre pour l’autonomie des individus sur leurs corps, c’est se battre autant pour l’accès aux hormones que pour l’accès à l’avortement. Nous continuerons de lutter pour un monde libéré du patriarcat!
Le gouvernement derrière ce comité est le même qui détruit les milieux de la santé et de l’éducation. C’est le même gouvernement qui s’attaque aux droits des locataires. C’est le même gouvernement qui s’attaque à la liberté religieuse des minorités et qui s’oppose à tout effort de paix en Palestine. Nous souhaitons inscrire cette lutte dans une perspective de solidarité et créer un front commun face aux dérives autoritaires et réactionnaires du pouvoir!
Nous revendiquons la libération trans. En ce sens, nous voulons bâtir un monde qui accueille les individus dans leur diversité et défend leur droit de disposer de leurs corps. Nous voulons aussi créer une société qui accompagne les gens dans leur exploration et affirmation de genre. Nous considérons que se libérer de l’imposition d’une stricte binarité de genre est bénéfique pour l’ensemble de la population. Nous continuerons de lutter pour un monde qui ne sème pas le mal-être, l’inconfort et la haine, mais qui nourrit la joie et l’euphorie.
Nous appelons à un soulèvement contre la CAQ et son comité de soi-disant “sages”. Nous appelons à l’auto-organisation de toustes celleux qui veulent lutter contre la transphobie. Nous vous invitons à former des groupes affinitaires, à mobiliser vos organisations et à créer des comités. Par la diversité des tactiques, nous comptons faire reculer ce gouvernement et construire un futur pour toustes!
Face au comité de “sages”, NOUS NE SERONS PAS SAGES
Trop souvent les professionnel·les de l’enseignement sont méprisé·es, déconsidéré·es, pris·es pour acquis·es par l’État québécois et son ministère de l’Éducation. Le travail éducatif, comme les autres emplois du soin et de la reproduction sociale, a une position particulière dans le système capitaliste. C’est un travail dévalorisé parce qu’il ne participe pas directement à la création de profits. Le travail éducatif est aussi une bonne illustration du patriarcat dans la société contemporaine: il est dévalorisé parce qu’il est considéré comme un « féminin ». En même temps, la profession est instrumentalisée et détournée par l’État pour assurer la reproduction du système tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Cette exploitation du travail, surtout des personnes femmes, doit cesser : nous espérons que la lutte syndicale actuelle offrira des possibilités de libération pour ces traveilleur·euse·s.
Nous proposons ici quelques réflexions afin d’élargir ces possibilités libératrices de la résistance du milieu scolaire dans la grève actuelle. Nous considérons qu’il n’est pas suffisant de revendiquer de meilleures conditions de travail pour les travailleur·euses : nous croyons nécessaire de chambouler le système scolaire dans son entièreté en reconnaissant l’autonomie de toutes les personnes qui y participent. En plus des revendications salariales, les conditions des classes, particulièrement concernant le nombre d’élèves par classe, le soutien à l’enseignement et le budget pour le matériel scolaire, doivent rester à l’avant-plan des demandes des regroupements des travailleur·euses. D’autant plus que celles-ci ne concernent pas qu’elleux, mais aussi les élèves. À notre sens, c’est cette relation entre les travailleur·euses de l’enseignement et les personnes avec lesquelles illes travaillent qui permet de redonner aux luttes syndicales des perspectives révolutionnaires.
Les revendications syndicales actuelles effacent certains enjeux centraux au fonctionnement de la classe et de l’école. Le mouvement anarchiste nous a laissé en héritage plusieurs pistes d’analyse pertinentes provenant de pédagogues et d’écoles ayant des projets de libération commune au personnel des écoles et aux élèves. Ces expériences nous amènent à souligner deux autres problèmes dépassant les conditions salariales et le sous-financement du système : les fonctionnements prescrits par un État de plus en plus incompétent et méconnaissant des conditions d’enseignement ; le recours constant à l’autorité qui passe de l’État, aux directions, aux enseignant·e·s et, enfin, aux élèves.
Au regard de ces problèmes, nous considérons que la résistance doit commencer dans chaque classe par la collaboration des élèves et des enseignant·e·s et dans chaque école en résistant à l’ingérence de l’État et en créant des structures plus autonomes.
Le rôle de reproduction de l’école actuelle
Les programmes actuels sont, à notre sens, beaucoup trop prescriptifs et restrictifs. Ils assument que les élèves se développent à un rythme régulier et similaire pour toustes. Or, comme il est possible d’observer facilement dans les classes, ce n’est pas du tout le cas. Les atteintes à remplir de ces programmes imposent un stress continu sur tout le système. Le personnel enseignant surchargé n’arrive pas à transmettre et à évaluer tous les éléments du programme ; les élèves se sentent peu à peu de plus en plus incompétent·e·s ou ne sont pas assez stimul·é·s par l’école.
En plus de ce stress, ces programmes restreignent la liberté des enseignant·e·s et des élèves dans les apprentissages. Ensemble, ces derniers·ères devraient être en mesure de choisir un cheminement adapté à leurs besoins et à leurs intérêts en reconnaissant leur expertise commune (celle des enseignant·e·s sur l’éducation et celle des élèves sur leur connaissance d’elle-eux-mêmes). Cela vient nécessairement avec une redéfinition des critères de réussite et d’une définition subjective de la réussite.
Sans cela, nous considérons que l’école ne se voit qu’attribuer la fonction centrale de la reproduction des systèmes oppressifs de la société. Les curriculums structurent l’école autour de pratiques qui servent à classer les élèves selon leur atteinte de la «réussite». Il faut se questionner sur ce que cette réussite sous-entend comme objectifs. À notre sens, elle soutient surtout le système de travail actuel. En évaluant les élèves et en les mettant en compétition, l’école détermine qui aura accès aux emplois les plus valorisés et les plus payés plus tard. Ainsi, on assure une restriction à l’accès à la richesse aux élèves les plus performant·es (encore provenant majoritairement des classes priviligées). Du même coup, on justifie la perpétuité de la misère des classes opprimées. Les élèves intériorisent par coups d’échec et de dévalorisation qu’illes seraient moins méritant·e·s en raison de leur manque de performance scolaire aux tests standardisés et aux évaluations arbitraires. Dès le plus jeune âge, on leur inculque la notion de dominance et de soumission à un système classiste et capitaliste.
Le système québécois à trois vitesses (avec les écoles publiques, privées et les programmes spécialisés) ne fait qu’accentuer les écarts entre les élèves. On ajoute à cela le manque de personnel spécialisé dans les écoles, le manque de ressources matérielles et le trop grand nombre d’élèves : aucune chance que l’école publique puisse réellement remplir son mandat d’éducation. Les élèves n’ont pas non plus la chance d’atteindre leur potentiel. Un potentiel qui ne serait pas défini par un État pour répondre aux besoins du marché, mais par ses intérêts et ses besoins. Pensons ici comme alternatives les pédagogies par projet qui centrent l’élève dans des processus qui lui permettent de participer activement à sa communauté. À travers ces projets, les apprentissages se réalisent selon les besoins qui surviennent, et non selon des impositions externes que l’élève ne comprend pas.
Les systèmes d’oppression dans le système scolaire
Dans un autre ordre d’idées, il faut s’intéresser à la question des élèves en difficulté d’apprentissage et en situation de handicap. Les syndicats revendiquent actuellement un meilleur équilibre du « nombre de cas » dans les classes. Pourtant, cette mesure n’est pas une solution suffisante pour aider autant le personnel enseignant que les élèves. Nous soutenons que la situation de handicap n’est pas un problème individuel, mais un problème créé par le système en place qui assume que les élèves doivent s’adapter à la « norme ». à des critères de réussite abstraits et arbitraires. Malgré le projet d’inclusion que le gouvernement tente de mettre en place depuis quelques années, le fonctionnement des classes et les curriculums n’ont pas reflété de changements permettant que ce projet se concrétise. À la place, le système fait porter la responsabilité au personnel enseignant et aux élèves sans leur donner le réel pouvoir de changer les choses. Nous proposons de décentraliser l’image de l’élève modèle porté par la vision des curriculums en passant par une réappropriation des attentes et des curriculums par le milieu scolaire. Créons plus de chemin de réussites, plus de parcours d’apprentissage selon les besoins réels des élèves et des personnes enseignantes. La prise de décision sur les apprentissages devrait se faire le plus proche possible des élèves.
Il nous apparait aussi essentiel de ne pas garder sous silence quels savoirs et quelles transmissions de savoir sont priorisées par l’État dans les curriculums. En valorisant la transmission des savoirs dominants, l’école reste un projet colonial et raciste. En s’appuyant toujours sur l’autorité présumée de l’adulte pour transmettre les savoirs, l’école soutient indirectement, et parfois même directement, les différents discours oppressifs : raciste, sexiste, queerphobe et capacitiste. En effet, au lieu de donner les outils aux élèves pour analyser les réalités sociales et réfléchir par elleux-mêmes, on primerose de leur présenter les savoirs déjà prémâchés en faisant référence à l’autorité de la personne experte. Cela les empêche d’entrer dans des discussions constructives où illes se sentiraient aptes à remettre en question des « faits établis ». Illes apprendraient à chercher à comprendre plusieurs analyses possibles selon des postures sociales diverses, pas seulement la perspective des hommes blancs cis hétérosexuels qui continuent à prédominer à l’université et dans nos gouvernements. Les élèves doivent être vus comme des personnes capables de produire du savoir aussi, non seulement de le recevoir. Cela est d’autant plus le cas des élèves vivant différentes formes d’oppression qui devraient en mesure d’être entendu.e dans un système où leur communauté est parfois sous-représentée.
Nous soutenons toutes les approches de plus en plus populaires qui redonnent aux élèves du pouvoir dans leur apprentissage et qui les invitent à penser par elleux-mêmes. Or, quiconque souhaite voir une possibilité de changement social dans le projet scolaire verra ses espoirs mitigés par l’expérience et la brutalité des exigences de l’État qui priorise l’atteinte de compétences servant le système au bienêtre des élèves.
L’autorité : une violence partagée
Comme nous venons de le montrer, l’État joue un rôle dans l’instrumentalisation de l’école. L’État impose des curriculums, des examens ministériels, des processus de prise de décision hiérarchiques. Ces mesures restreignent grandement la liberté des enseignant·es à faire des choix pédagogiques et structurels qui pourraient modifier le système. Les personnes enseignantes doivent aussi faire subir les décisions de l’État à leurs élèves, limitant ainsi leur liberté dans leurs apprentissages. Le fonctionnement du haut vers le bas repose sur le recours constant à l’autorité enseignante, soutenu par les méthodes managériales des directions. En plus, en refusant de financer convenablement l’école publique, l’État met le personnel du milieu dans des situations de plus en plus difficiles, ce qui les contraint à assoir une autorité toujours plus grande pour que le système survive.
D’autant plus, l’État vient de passer, en pleine mobilisation syndicale, la loi 23 qui lui octroie encore plus de pouvoir sur le système scolaire. Nous devons reconnaitre que les personnes professionnelles de l’enseignement ne sont que très peu consultées par l’État quand il est temps de prendre des décisions structurelles sur le système. Et quand elles le sont, il est rare qu’elles soient réellement écoutées. C’est une autorité illégitime que se donne l’État alors que le gouvernement n’a pas du tout les connaissances du terrain. En plus, en priorisant la recherche universitaire pour la prise de décision, cela restreint encore la construction du savoir à une classe privilégiée sans considérer toutes les démarches et les analyses qui sont faites dans les classes par le personnel et les élèves. Ces personnes sont à même de choisir ce qu’illes ont besoin et ce qui les aide à réussir, pas les personnes au pouvoir de plus en plus éloignées des écoles.
Il faut aussi souligner les conséquences de l’autorité sur les élèves. L’autorité est souvent utilisée comme moyen de conserver le contrôle d’une classe en vue de transmettre du savoir. Cela a tendance à enlever aux élèves leur confiance dans leur capacité à faire des choix sur le long terme. Les élèves veulent apprendre, mais, quand les apprentissages sont toujours imposés par le haut, illes perdent leur motivation intrinsèque. Il est normal que les élèves questionnent l’autorité et veuillent avoir une prise de parole. En associant toujours cette résistance à de l’indiscipline et en y proposant plus d’autorité comme solution, cela ne fait qu’habituer les élèves à prioriser une personne « supérieure » à elleux pour prendre des décisions. Cela ne leur apprend pas l’autonomie ni à résister aux injustices de la société. Nous soutenons que cela ne fait que les préparer à respecter l’autorité de l’État et de leur patronat.
En ce sens, il est nécessaire que les luttes enseignantes et les luttes des élèves se rejoignent. Il nous faut nommer les ennemis communs : l’État et son système scolaire. Nous proposons aux enseignant·e·s de résister à l’autorité de l’État sur leur travail et de résister à l’autorité éducative que l’école essaie de leur faire imposer aux élèves.
Une lutte syndicale porteuse de changements sociaux
À la lumière de cette analyse, il semble aujourd’hui risible que l’école québécoise se donne comme objectif de favoriser le « vivre ensemble » alors qu’elle abat toute sa violence sur le dos de ses élèves et des personnes y travaillant. Les mauvaises conditions de travail ont des impacts de plus en plus importants sur le bienêtre de toute la communauté scolaire. Le racisme et le capacitisme restent des problèmes largement gardés sous silence dans les écoles, et la situation actuelle ne fait que les empirer. Les comportements des enfants racisé·es continuent d’être de plus en plus policés et punis ; les élèves en situation de handicap ont de moins en moins de ressources pour atteindre leur potentiel. L’école actuelle ne fait qu’assurer l’individualisme de survie dans la jungle capitaliste.
Et les personnes enseignantes sont en première place du spectacle des conséquences de ce système sur les enfants et leur famille n’arrivant pas à répondre à leurs besoins. Les inégalités sociales ont des impacts réels sur les conditions de travail des écoles. Devant ces problèmes systémiques, le personnel éducatif doit s’unir à toutes les luttes qui veulent remettre de l’avant le prendre soin collectif, le partage des ressources selon les besoins de toustes et la destruction des systèmes d’oppression.
On dit souvent que le travail éducatif fait partie des différents emplois du soin. Le soin collectif et l’aide mutuelle sont parmi nos meilleurs outils de résistance au système capitaliste qui veut nous séparer avec l’individualisme et la consommation. Dans nos classes, on voit cette résistance qui s’opère en recherchant à promouvoir le travail d’équipe et l’entraide dans l’apprentissage. Dans les écoles, on voit des communautés de parents et d’élèves plus larges se former pour accompagner le personnel sur les lignes de piquetage. Ainsi, les communautés des écoles et autour des écoles doivent se solidariser. Par exemple, nous proposons de ne pas limiter les revendications sur l’indexation des salaires à l’inflation aux personnes syndiquées, mais pour toustes parce que cela est aussi pour le bien de nos élèves.
Autogestion et libération pour toustes
Les problèmes que nous venons de souligner ne seront pas résolus par l’intervention de l’État, surtout pas devant le mépris qu’il utilise sur les tables de négociation. Nous pensons que le changement doit passer par la mobilisation du personnel enseignant en collaboration avec les élèves. Pour que cela soit possible, nous devons changer l’école pour que les élèves puissent prendre la parole et revendiquer pour elleux-mêmes leurs conditions d’étude. Les syndicats représentent les travailleur·euses; qui représente les élèves? Si les enseignant·es se réclament une indépendance en réponse au paternaliste de l’État, illes ne peuvent en bonne conscience que refuser les mêmes outils pour les élèves. Peu importe ce qu’on essaie de nous faire croire sur l’incapacité des élèves à faire des choix engageants quant à leurs existences, nous devons rejeter ce discours qui engendre des conséquences violentes sur les élèves. Il faut reconnaitre aux élèves leur liberté pour qu’illes aient un réel pouvoir sur leur éducation.
Les élèves devraient pouvoir s’organiser pour présenter des revendications en dehors du regard autoritaire des adultes et de l’État. De cette façon, nous rejetons l’autoritarisme comme seule manière de faire fonctionner une classe, une école, une société. Sans le contrôle imposé de l’État, nous pourrons explorer de nouvelles avenues pour vivre ensemble à l’école, et plus largement dans la société.
L’école devrait être un milieu qui favorise la construction d’une communauté qui prend des décisions collectives en considérant l’autonomie des enfants et des travailleur·euses. Un milieu antioppressif qui combat activement les outils qui soutiennent le système en permettant une remise en question constante des discours sociaux racistes, capacitistes, sexistes et queerphobes. Pour que cela soit possible, la parole de toustes se doit d’être considérée en développant de nouvelles structures réellement démocratiques à l’école et avec les communautés qui l’entourent. Nous rejetons l’idée que l’école soit mise à part de la sphère politique et de ses décisions : les élèves doivent être considéré·es comme des sujets politiques actifs, en reconnaissant les différents besoins et prises de parole.
En ce sens, chaque école devrait mener sa propre lutte selon des demandes conjointes et uniques au contexte des traveilleur·euses et des élèves. Revendiquons l’autodétermination de chaque milieu par rapport à l’État. Redonnons le pouvoir aux communautés de travailler ensemble pour assurer la libération de toustes à travers une éducation populaire. Une éducation qui appartient aux communautés pour les communautés en vue de construire un monde meilleur.
Tract distribué lors des différentes manifestations de l’automne 2023
C’est l’fun de vous voir manifester! On écrit ce document parce que les politiques des gouvernements nous forcent à marcher souvent pour dénoncer les injustices et plein de mouvements s’activent. Ça brasse pas mal dans plein de secteur de la société; ça faisait longtemps qu’on avait pas vu autant de manifs aussi populeuses, des grèves, des blocages et des actions directes aussi fréquentes. C’est une opportunité exceptionnelle de rejoindre des luttes conviviales et combatives, si vous avez le temps et l’énergie. C’est non seulement plus d’opportunités de faire du trouble à Legault et à Trudeau, mais une manière de créer des liens entre les luttes, de s’informer, de créer des solidarités et de trouver des gens qui nous ressemblent. C’est pour ça qu’on vous présente d’autres luttes qui se passent entre autres à Montréal.
La CLAC est un collectif anti-autoritaire réuni sur la base de la lutte contre toute les oppressions et dominations.
Autre collectif intéressant : l’ORA est une nouvelle Organisation Révolutionnaire Anarchiste ouverte et publique à Montréal.
Attaques contre les locataires
L’agenda de la CAQ n’est pas compliqué: on prend aux pauvres pour donner aux riches. En terme de logement, ça veut dire de s’attaquer aux dernières mesures qui permettent de garder quelques espaces pas trop cher pour nous. Une de ces attaques est le projet de loi 31, qui vise entre autres ầ empêcher la cession de bail, une pratique qui permet de garder le loyer au même prix entre deux locataires. Bien que les propriétaires n’ont pas le droit d’augmenter le loyer de plus qu’un taux déterminé par la régie du logement, les cessions de bail sont la seule façon d’empêcher les hausses excessives qui se produisent lors d’un changement de locataire.
Le FLIP (Front de Lutte pour une Immobilier Populaire) organise plusieurs événements pour lutter contre ce projet de loi, dont une grande manif le samedi 2 décembre à midi au métro Parc!
Le SLAM (Syndicat de Locataires Autonomes de Montréal) a une approche anarcho-syndicaliste du droit au logement.
Génocide à Gaza
La bande de Gaza, depuis le milieu des années 2000, faisait l’objet d’un blocus économique, empêchant l’importation de plusieurs biens essentiels et empêchant les gens de sortir du territoire, et même d’aller pêcher dans la mer. Plusieurs expert·e·s ont qualifié Gaza de prison à ciel ouvert et ce longtemps avant l’attaque du 7 octobre. Les attaques Israëliennes sur les populations civiles de Gaza ne sont pas une guerre: Gaza ne possède pas d’armée à proprement parler. C’est pourquoi le terme de génocide est plus approprié pour la situation. De très nombreuses manifs se produisent en solidarité avec les gazaouis. Voix Juives Indépendantes, et Palestiniens et Juifs Unis organisent des manifestations pour que cessent le génocide.
Destruction environnementale
Pendant ce temps, les gouvernements coupent dans le transport en commun et visent à continuer le tout-à-l’auto, au dépend de la survie de la planète. En tête de liste des choix douteux du gouvernement, l’investissement de 7 milliards de dollars dans une usine de batteries au lithium qui désire s’implanter à McMasterville, au dépens de l’écosystème local, au profit des minières canadiennes, et aux dépens d’un plan de transport raisonnable. Dans le mouvement écolo, Rage Climatique lutte contre ce projet d’usine.
Lutte contre la transphobie et l’homophobie
L’extrême droite s’en prend désormais de plus en plus droits des enfants et personnes trans-, queer et non-binaires en tentant d’empêcher l’éducation sexuelle inclusive, comme celle effectuée par des personnes trans. Heureusement, ces attaques ne sont pas sans réponses grâce aux efforts incessant du P!nk Bloc Montréal.
Attaques contre les travailleur·euse·s
Les conventions collectives pour le secteur public arrivaient à échéance le 31 mars 2023, au même moment où continuait la mauvaise foi du gouvernement Legault. Une fermeture à discuter des conditions de travail ou à offrir des augmentations qui s’approche de l’inflation a amené des votes de grève historique dans les nombreux syndicats, avec des votes de grève atteignant parfois 100%. Plusieurs journées de grèves sont prévues dans les prochaines semaines.
❧
Donc ça va très mal, mais au moins on résiste! Pour avoir plus d’informations sur tout les événements organisés dans le cadre de ces différents mouvements, consultez le calendrier de Résistance Montréal au https://www.resistancemontreal.org/calendrier
Avant toute chose, un avertissement : ce texte est écrit par et pour des personnes queers et leurs ami-e-s. Il a pour intention de contribuer au débat autour de l’inclusion et des identités, où la validité des personnes queers n’est pas questionnée. Quiconque utilise ce texte pour contribuer à de l’homophobie ou de la transphobie est un foutu crétin.
Quand la porte de la cellule se referme enfin, quand le bruit métallique des clés s’éloigne, tu sais que t’iras pas plus loin aujourd’hui. Enfin tu peux relâcher ton souffle, seul-e avec ton matelas, et être dans ton propre corps à nouveau, ton corps qui n’est plus un problème à résoudre ou une question à laquelle répondre. Simplement ton poids familier sous la couverture, où tu peux trembler encore et encore, et essayer de dormir et de te préparer à ce qui va venir.
J’ai fait de la taule autant dans des prisons pour hommes que pour femmes, et j’en ai beaucoup appris sur le monde dans lequel on vit. Sur le genre et sur comment l’État le perçoit, et sur la façon dont le genre est une forme de contrôle. Ici, dans le territoire appelé Canada, l’État a changé ses règles sur la façon dont ses institutions traitent le genre il y a de ça quelques années. Il a ajouté «l’identité de genre» à la liste des «catégories protégées», comme la race ou le sexe, dans le projet de loi C-16(1). Cela signifie qu’il a fallu s’informer sur comment respecter l’auto-identification de genre.
Dans le monde austère et violent de la prison, la fragilité de ce cadre progressiste du genre apparaît clairement. La société canadienne a une approche – officiellement – positive de la différence, à travers l’inclusion de diverses identités basées sur l’auto-identification. C’est en grande partie le résultat de luttes, mais nous devons aussi être capable de le critiquer pour continuer à lutter pour un monde sans prisons et sans la violence du genre. On se penchera plus tard dessus dans le texte, mais adopter nous-mêmes la vision purement positive de l’identité de genre que véhicule l’État peut nous mener à une compréhension simpliste de (l’hétéro-)sexisme et à défendre les projets de l’État contre les réactionnaires, alors que nous devrions les attaquer à notre façon(2).
Se faire identifier
La prison est l’un de ces rares espaces restants où l’État continue à s’impliquer ouvertement dans la catégorisation des gens par le genre, et à les exposer à un traitement différencié sur cette base. Allongée sur ce matelas merdique, j’étais dans une cellule de l’unité d’isolement de la section femme de ma prison régionale après avoir été identifiée comme trans. Les gardiens m’avaient cuisiné sur mon genre et ma sexualité pendant à peu près deux heures jusqu’à ce que je sois en pleurs, ce qui était horrible, puisque j’essaye d’habitude de ne pas leur montrer grand-chose.
Au niveau humain, je ne pense pas qu’ils agissaient avec malveillance. Le processus était nouveau, la plupart d’entre eux ne s’en étaient jamais chargé avant et ils ne connaissaient probablement aucune personne trans. Et beaucoup des questions posées n’étaient pas les questions officielles. Quand le gardien derrière le bureau s’arrêtait pour taper quelque chose, l’un de ceux sur le côté intervenait avec curiosité : « Donc tu ne t’identifies comme rien, mais tu aimes les hommes ou les femmes ? Tu dois choisir. » Et alors le gardien au bureau continuait « Donc si tu es en surveillance étroite en cas de risque de suicide, et on t’a retiré tes vêtements, tu veux être surveillé par qui sur caméra, un homme ou une femme ? »
Comment tu t’identifies ? Identifie-toi ! Il y a deux portiques de détection menant à deux différentes incarcérations, tu dois t’identifier de façon à ce qu’on sache lequel utiliser.
La pression pour s’identifier avait commencé juste avant l’aube ce jour-là, peu de temps après les détonations des grenades assourdissantes quand les flics avaient enfoncé notre porte. J’étais nue sous un drap, les poignets attachés par des serflex, surveillée par un flic masqué en tenue de protection avec un fusil d’assaut à la main, quand un flic habillé plus normalement est entré. Il m’a annoncé les chefs d’accusation, et m’a ensuite demandé si je préférais qu’un flic homme ou femme me regarde m’habiller. J’ai dit que je m’en fichais. Il est parti chercher une flic femme et a coupé les menottes. Je passais en revu mes vêtements à la recherche de quelque chose qui serait à la fois féminin et chaud, puis j’ignorais leurs sommations pour me dépêcher alors que je me maquillais.
Au commissariat, je gardais un visage fermé alors que le policier me montrait des photos et des documents et me posait des questions. Quand arriva le temps du transfert au tribunal, les officiers de justice me demandèrent qui devait me fouiller, un homme ou une femme. Je dis que je m’en foutais. Ils dirent qu’il fallait que je réponde. Je dis que qui voudrait le faire le pouvait, que je ne pouvais pas les arrêter. Ils décidèrent de me faire fouiller le bas du corps par un homme et le haut par une femme.
Après le tribunal, je fus chargé dans le fourgon dans un box pour un seul prisonnier, classifiée comme « Femme : à maintenir séparée ». Il y avait plusieurs hommes dans les autres box et l’un d’eux commença à plaisanter, m’appelant sa petite-copine. On nous déplaça un à la fois vers la section homme de la taule, placés en cellules les uns à côté des autres, et les plaisanteries continuèrent. Je jouais le jeu nerveusement. J’avais déjà été en prison pour hommes avant, j’y ai parfois été identifiée comme gay, mais j’avais l’air assez différente à cette époque. Les gardiens virent ce qui se passait et me sortirent après quelques minutes. Ils me demandèrent où je voulais être. Je demandais quelles étaient mes options et ils répondirent probablement l’isolement chez les hommes ou l’isolement chez les femmes. Les autres prisonniers parlaient toujours de moi. Je dis chez les femmes. Ce fut la première affirmation que je fis en réponse à une question de la journée.
Construire et affirmer une identité, sur instagram comme dans une salle d’interrogatoire, est une façon de nous faire parler. La prison doit se montrer inclusive de la diversité de genre, et l’inclusion équivaut à une invitation à participer : « Où veux-tu être ? ». Devrais-je me sentir heureuse de me voir inclus dans une prison, affirmée en tant que personne trans, quoique ce mot puisse signifier ? Bien sûr que je suis contente de n’avoir pas vécu davantage de violence, mais est-ce que cette expérience tient vraiment lieu d’une victoire pour celleux qui ont milité pour l’inclusion ?(3)
Il est facile, et pas nouveau, de faire des critiques de l’inclusion, parce qu’il y a tellement de choses que nous préférerions demander – je viens d’une tradition anarchiste où c’est ce que le mot « queer » signifie. Cependant c’est différent de partir de ce que l’inclusion nous fait ressentir dans nos corps, comment elle nous façonne. Les façons dont l’exclusion est violente sont souvent évidentes, mais y at-il aussi une dimension violente à l’inclusion, quelque chose que nous rejetons à juste titre?
Comme point de départ on peut se demander comment l’État voit le genre. Que signifie le mot « femme » dans la phrase « prison pour femmes » ? Quelles sont les conséquences de l’inclusion en tant que femme dans une telle prison ? Comment est-ce que l’État comprend le mot « trans » et comment cette compréhension se manifeste-t-elle par des murs et des barreaux ? L’identité a deux versants, un positif et un négatif. Le négatif renvoie à l’oppression et à la violence, le positif à l’affirmation et à l’appartenance. La première fois que j’ai appris cette distinction, elle portait sur le fait d’être noir-e (je suis blanche). Dans ce contexte, « Noir-e » renvoie à une histoire et à un vécu continu de violence raciste qui produisent certaines personnes comme noires, mais en même temps cela affirme une identité résiliente, une lutte partagée et la culture qui en émerge (4). Un débat semblable est en cours dans ma région autour de l’identité autochtone et le rôle de l’ascendance, de la culture, de l’appartenance, de la violence, du racisme et de la lutte pour construire ces identités.
Le débat sur l’inclusion trans et le discours officiel d’État insistent sur le versant positif, sur l’affirmation – l’auto-identification comme base d’appartenance à une classe reconnue de personnes (pour moi, celle des femmes). Mais cette positivité n’est qu’un vernis, ce qui s’avère particulièrement évident en ce qui concerne la prison, car entre les murs c’est notre affirmation positive, notre autoidentification qui nous expose au versant négatif de l’identité – à savoir la violence genrée des prisons pour femmes.
Être vrai
Dans le contexte carcéral les femmes existent comme « les autres ». La prison est pour les hommes, la prison est masculine, même si le taux d’incarcération des femmes ne cesse d’augmenter. Dans le contexte du patriarcat, une prison qui « ne voit pas le genre », exposerait les femmes à une violence additionnelle que cette société ne sanctionne pas officiellement. Donc, dans un esprit d’égalité bourgeoise, le système carcéral produit une institution séparée pour les femmes, les regroupant sur la base d’un vécu de violence sexiste. Quand l’État commence à voir sa légitimité menacée par l’expérience de violences similaires des personnes queers et trans, celles-ci peuvent être ajouté-e-s à cette catégorie pré-existante sans avoir à changer la nature fondamentale de la prison.
Hommes et femmes sont des catégories signifiantes dans la mesure où il existe un vécu du patriarcat propre à chacun; les femmes trans constituent une identité distincte dans la mesure où elles ont aussi une relation spécifique à la violence du patriarcat (5). La prison fonctionne alors comme une usine : elle trie les corps pour les exposer à des traitements différenciés et les reproduire violemment comme des êtres genrés dans un monde qui a besoin de tels êtres. Être séparé-e ne veut pas dire être égal-e. La façon dont les gens sont traités dans une prison pour femmes n’est pas la même que dans une prison pour hommes. C’est en partie pour répondre à des besoins différents : des vêtements avec des hauts et des bas séparés plutôt qu’une combinaison, l’accès à des serviettes et des tampons, davantage de travailleurs sociaux, moins d’insistance sur la colère dans les programmes et davantage sur le trauma. D’autres aspects sont manifestement sexistes et correspondent à l’application des normes de genre par la prison : un code vestimentaire stricte, une interdiction de se toucher, une dissuasion pour l’exercice physique, et une tolérance limitée pour les conflits et les bagarres.
Au-delà des traitements différents, mêmes les choses qui sont identiques entre les prisons pour hommes et pour femmes ne produisent pas le même effet : les plateaux repas standardisés, les visites, la surveillance et les fouilles, la présence à la fois de gardiens et de gardiennes. Les deux expériences de ces mêmes éléments ont des effets très différents. Développons un de ces exemples : Les prisons provinciales des hommes et des femmes dans l’Ontario servent exactement la même nourriture. Dans la prison pour hommes, on la trouve souvent insuffisante, en partie parce que l’exercice joue un rôle important dans la culture des prisonniers ; il n’est pas rare que les prisonniers sortent de prison en meilleure forme et plus musclés qu’à leur entrée. Dans les prisons pour femmes, s’exercer est fortement déconseillé entre prisonnières et parfois les gardiens le traitent comme une violation des règles. Il est courant pour les prisonnières de prendre du poids rapidement tout en ayant une baisse globale de condition physique du fait d’une inactivité imposée. La société dans son ensemble traite la grosseur de façon fort différente pour les hommes et pour les femmes, donc cette prise de poids est souvent accompagnée de honte et vient jouer avec des troubles alimentaires et d’autres enjeux de santé mentale.
Des repas égaux dans une société profondément inégale produisent un impact global négatif sur les prisonnièr-e-s dans les établissements pour femmes – la prison nuit et contrôle autant par ce qu’elle donne que par ce qu’elle enlève. En ce sens, la prison pour femmes reproduit une vision spécifique du patriarcat à travers les formes de nuisance qu’elle cause et les dynamiques toxiques qu’elle encourage. Nous pourrions faire une analyse semblable de la façon dont les expériences de violence sexuelle et d’objectification rendent les fréquentes fouilles au corps plus pernicieuses, tout comme la présence de gardiens hommes t’observant à tout instant. Ou comment les systèmes de visites et de téléphones restrictifs viennent jouer avec le fait que les prisonnières ont beaucoup moins d’accès à des ressources et à du soutien extérieur que ce à quoi ont accès les prisonniers du côté des hommes.
Pour en revenir à mon histoire, je finis en isolement chez les femmes à la fin de cette première journée. Ce qui est plus ou moins la même chose que l’isolement chez les hommes, superficiellement du moins. La cellule fait à peu près la même taille, son agencement est le même, tout comme le sont les règles étranges comme ne pas avoir droit à des chaussures, et comme la télé qui est à l’extérieur de ta cellule et n’a pas de son. J’ai fini par rejoindre un bloc normal avec d’autres prisonnièr-e-s que le système considérait comme des femmes, mais ça a pris du temps.
Beaucoup de choses horribles se passent en prison. Une grande partie n’en sort jamais, ne devient jamais visible pour celleux qui sont à l’extérieur. Mais il y a des exceptions, la plus notable étant la mort. Si à l’heure actuelle les prisons provinciales dans ma région font l’objet d’une réorganisation pour réduire le nombre de morts par overdose, ce n’est pas parce qu’ils se soucient des prisonniers, mais parce que un corps qui en sort en tant que cadavre est impossible à ignorer. Ils préféreraient ainsi que les prisonniers n’aient aucune activité, aucun livre et aucune lettre plutôt que de risquer que du fentanyl ne puisse trouver son chemin vers l’intérieur. De même, les prisons ne peuvent cacher les grossesses.
Dans son entreprise de tri des corps, la prison a considéré mon corps comme une source potentielle de violence dont l’évitement (ou la gestion) est à l’origine de l’existence des prisons pour femmes. Lors de mes premiers jours en isolement chez les femmes, on m’a dit que je sortirais de l’isolement seulement si je pouvais prouver que j’étais incapable d’avoir une érection. Je n’ai pas mordu à l’hameçon, j’ignore donc ce que le «prouver» aurait pu impliquer. Mais il y a d’autres façons par lesquelles la prison s’assure que tu n’es pas une menace : ils regardent si tu prends des hormones et quelles sont tes doses, ils observent comment tu te présentes à l’intérieur des murs comme à l’extérieur, à ce pourquoi tu te bats contre eux (combien de fois tu les supplieras à la fenêtre de ta cellule d’isolement pour obtenir un rasoir ?). Ils évaluent aussi comment les autres prisonnièr-e-s réagissent face à toi.
À un moment, un sergent est venu et m’a dit que j’avais dix minutes pour me préparer, que j’allais visiter un bloc. Je résistais en disant qu’on ne m’avait pas encore donné de rasoir, alors ils m’en ont ramené un, mais sans démordre sur les dix minutes. Heureusement, comme ça faisait maintenant un mois que j’étais à l’intérieur, des gens m’avaient envoyé de l’argent, donc j’avais déjà pu me procurer du maquillage à la cantine. Je me suis donc précipitée avec le rasoir merdique et j’ai réussi à appliquer du fond de teint sur les coupures avant que ne soient revenus les matons pour m’emmener dans un bloc avec trente autres prisonnièr-e-s.
Je n’ai jamais vécu quoique ce soit de semblable au fait d’entrer pour la première fois dans un nouveau bloc. La seule chose qui change en prison d’un jour à l’autre, c’est les gens, donc tous le monde se scrute les un-e-s les autres et les nouvelles personnes sont de vraies curiosités. Tu dois te rendre inintéressant-e, mais évidemment les gardiens m’avaient amené là pour qu’on parle de moi. Je n’ai passé que quelques minutes dans le bloc durant ma «visite». Quelques personnes m’ont parlé, tout le monde m’a regardé et on m’a sorti à nouveau. C’était profondément gênant. J’ai réussi le test, c’est ce qu’on m’a expliqué plus tard, et ça avait à voir avec le son de ma voix, si je pratiquais le tucking, ce à quoi je ressemblais et comment je bougeais. J’ai une petite corpulence et on m’a dit que ça a aussi aidé. Les prisonnièr-e-s avec lesquel-le-s les gardiens parlèrent se trouvaient d’accord pour dire que j’étais «vraie», alors on m’a bougé dans ce bloc le soir-même.
J’ai entendu beaucoup d’histoires à propos de «fausses» femmes trans, expression qui peut signifier que des femmes trans n’ont pas un bon passing, mais la plupart du temps ça désigne celles qui n’en font pas l’effort. J’ai entendu mes co-détenu-es décrire des agressions ou des avances de la part de femmes trans alors qu’elles étaient à l’intérieur. Je n’ai aucune raison de douter de leurs expériences, car on a passé des mois ensemble et on a fini par se connaître assez bien. Un certain nombre de personnes qui m’ont raconté ces faits étaient aussi les plus accueillante-s avec moi, personnellement. Il semblerait que ce mépris pour les «fausses» femmes trans était proportionnel avec combien mes co-détenues pensaient que les «vraies» devaient être incluses.
Les «vraies» femmes trans ne se battent pas, ne crient pas avec des voix masculines, ne font pas de pompes et ne draguent pas d’autres femmes; à l’inverse, les «fausses» femmes trans aiment tyranniser les autres, font monter leur voix dans les aiguës sauf si ça peut servir à intimider, ne veulent pas d’un corps féminin et leur sexualité est celle d’un homme hétéro. Ça me fait ressentir un truc dégueulasse de répéter ce discours qui fait écho à la pire propagande antitrans. Pourtant, je pense que dans le contexte de la prison, c’était aussi une façon pour ces gens, dont je sais qu’elles ne détestent pas les femmes trans, d’essayer de se protéger les unes les autres.
La distinction entre «vraie» et «fausse» est encore plus bidon que le genre lui-même, mais je veux assumer la manière dont j’y ai participé. Au début d’une période d’un an et demi, dans laquelle j’ai fait trois passages en taule, je suis passée de non-binaire féminin à faire de mon mieux pour avoir un bon passing de femme. Par certains aspects, ce processus s’est avéré très satisfaisant et peut-être que j’aurais fini par le faire de toute façon. Par d’autres, une bonne partie de ma motivation était de ne pas avoir à passer des mois et des mois en isolement. Je comprends encore mon identité de genre comme étant – par essence – imposée, et je m’efforce encore d’avoir un bon passing, même si ça fait maintenant presque un an que j’ai entendu pour la dernière fois la porte d’une cellule se refermer derrière moi.
Ceci dit, je ne pense pas que ce soit un problème d’attitudes individuelles – pas les miennes, pas celles de mes co-détenu-e-s, pas même celles des gardiens-. Je pense que la compréhension progressiste et purement positive du genre est fausse et nuisible, ce que l’adoption par le système carcéral de l’auto-identification du genre a rendu encore plus évident. Je compte développer plus ce point, mais j’y reviendrai plus tard, car je veux d’abord vous raconter une histoire que j’ai entendue à l’intérieur.
Quand identité signifie accès
L’État a une règle selon laquelle il doit fournir des repas répondant aux régimes alimentaires religieux, parmi lesquels le plus compliqué est le kasher, puisqu’il ne s’agit pas que de remplacer une chose par une autre. Donc, les prisons de l’Ontario ont signé un contrat avec une entreprise privée pour les repas kasher, qui sont souvent d’une qualité bien meilleure que les repas standards. Ça fait que les prisonniers essayent constamment de convaincre l’institution qu’iels sont juifve-s, de façon à accéder à de la meilleure nourriture. Les prisons sont alors dans un rôle de contrôle de l’identité juive et fabriquent toute sorte d’obstacles pour celleux qui essayent sincèrement d’observer des règles religieuses.
J’ai entendu récemment qu’un bloc de la prison pour hommes adjacente avait essayé de régler ce problème une fois pour toute en déposant une plainte pour violation des droits de l’homme concernant l’accès aux repas kasher. Ils soutenaient que les règles alimentaires suivies par les personnes juives sont également celles présentées dans les Écritures observées par d’autres religions; il s’ensuit donc que toute personne observant les Écritures Saintes devrait avoir accès à de la nourriture conforme à ces règles. Le tribunal leur a donné raison et, tout d’un coup, des centaines de prisonniers exerçaient leur tout nouveau droit d’accès à de la nourriture kasher. Ça entraîna l’effondrement de l’approvisionnement de repas kasher (ou du moins de la ligne budgétaire correspondante), ce qui a eu pour conséquence que la plupart des prisonniers juifs furent poussés à prendre le régime vegan, puisque les repas kasher se raréfiaient.
Je ne sais pas si cette histoire est vraie. Je ne peux en retrouver aucune trace sur google. Mais j’ai été témoin, autant en tant que prisonnière qu’en tant que personne solidaire, de plusieurs moments de lutte de prisonnièr-e déclenchés au Canada dont la revendication pour l’accès à une meilleure nourriture pour tou-tes tenait lieu de poudrière. Même si cette histoire n’est qu’une fable, elle souligne certaines dynamiques sur la façon dont le changement – sur des bases d’identité – se produit.
Le système carcérale a été obligé d’accepter une définition élargie d’une classe reconnue de personnes et, de ce fait, de fournir un ajustement lié à cette classe, à plus de prisonniers. Autant le système que les prisonniers comprirent cette ajustement comme un privilège dont l’obtention représentait une amélioration des conditions de vie des prisonniers, aussi bien qu’une obligation financière accrue pour l’institution. La prison a alors refourgué ce fardeau à un autre groupe de prisonniers (ici, les prisonniers juifs pratiquants dans leur vie hors murs) tout en essayant de limiter l’accès à l’ajustement (ou au privilège) sur une base différente, plutôt que de remettre en cause l’identité de qui que ce soit.
Vous aurez sans doute deviné où je veux en venir, mais laissez-moi le développer. Le système nécessite d’étendre son contrôle sur le genre pour tenir compte de l’auto-identification, ce qui entraîne une augmentation du nombre de personnes assignées homme à la naissance placées en prison pour femmes (6). Il crée également un chemin plus facile pour quiconque voudrait bouger d’une prison pour hommes vers une prison pour femmes. Les conditions dans les deux établissements sont différentes, comme je l’ai expliqué plus haut, et cette différence se fonde sur la réduction ou la gestion de la violence à laquelle font face les personnes que le système considère comme femmes.
La violence dans les prisons pour hommes, en Ontario comme ailleurs, peut être intense, ce qui fait que beaucoup de gens ont leurs raisons de vouloir y échapper, pas seulement les femmes trans. Les prisons pour hommes essayent de répondre à ce besoin (parce que la prison a du mal à dissimuler les visites à l’hôpital, tout comme les cadavres et les bébés) avec la Détention protégée (DP) , ce qui revient plus ou moins au même que la Population générale (PG), à la différence que toutes les personnes qui s’y trouvent ne se sentaient pas en sécurité dans un bloc normal (7). Beaucoup de queers finissent en DP, mais c’est aussi l’endroit où finissent les personnes accusées de crimes d’ordre sexuel ou de violence contre des enfants, tout comme les personnes qui ont trop de conflits, qui sont dans le mauvais gang, qui ont une mauvaise réputation, qui étaient dans les forces de l’ordre…
L’admission en DP est volontaire, les prisonniers doivent juste en faire la demande, mais une fois que tu es en DP, c’est la plupart du temps impossible de revenir sur ce choix. Au fil du temps, il en résulte que le nombre de prisonniers en DP et en PG se ressemble de plus en plus, tout comme leurs niveaux de violence. Alors où va-t-on pour échapper à la violence de la DP ? Il y a eu un développement de nouvelles formes d’isolement ces dernières années (8). De plus en plus de queers se retrouvaient à purger la totalité de leur peine en isolement, ce qui ne fait qu’aggraver le problème préexistant de surpopulation dans les prisons en Ontario. Les unités d’isolement ne peuvent la plupart du temps pas être aussi densément peuplées, et le système carcéral veut disposer de l’espace à sa discrétion. Les personnes trans, en particulier, finissent la plupart du temps seul-e en cellule, au lieu de deux ou trois personnes par cellule comme pour d’autres.
Déplacer les personnes trans vers un autre établissement où iels seraient placé-e-s dans un bloc normal est donc une réponse partielle à la surpopulation. Ça signifie aussi que s’identifier comme trans donne à des prisonnièr-e-s, qui ne se seraient peut-être pas identifié-e-s comme trans autrement, une option additionnelle pour échapper au choix entre violence et isolement. Je crois que peu de gens agissent ainsi de façon tout à fait cynique et que pour beaucoup, ça ressemble plutôt à mon processus à moi de transition de non-binaire vers une présentation qui correspond à l’idée que se fait la prison (et la société en générale) d’une «vraie» femme (trans). Aussi, la violence carcérale s’abat de façon disproportionnée sur celleux dont la santé mentale les rend incapables de se conformer à l’environnement social rigide, qui est lui-même une réponse à la surpopulation et à l’incarcération elle-même (9).
La pression pour s’identifier à un genre auprès de la prison commence de plus en plus à ressembler à la pression pour s’identifier devant un flic qui t’arrête. C’est une invitation à participer à ce que le processus de contrôle de ton corps se passe en douceur sans trop te blesser. Je me souviens que quand je pleurais dans la salle d’admission, ce n’était pas que je refusais encore de leur dire quelles cases cocher, mais que je n’avais juste pas le bon type de réponses. Finalement, j’en arrivais à une réponse qui me fit obtenir ce dont j’avais besoin à la fin de cette très longue journée – un lieu sûr où dormir (10).
J’avoue que certains s’identifient comme trans cyniquement, tout comme ces prisonniers qui se battent pour être identifié-e-s comme des «gens du Livre» afin d’avoir accès aux repas kashers de meilleure qualité. Mais c’est une très petite minorité. Néanmoins, la prison pour femmes vient jouer un rôle de «super DP» dans le système carcéral global.
Toujours contre la prison
J’ai passé beaucoup de temps à discuter de ce sujet avec d’autres prisonnièr-e-s, aussi bien cis que trans. Peut-être que ce n’est pas un problème que la prison pour femmes soit également une super DP. La coercition et la violence font partie de l’identité de toute façon, donc c’est peut-être dans la culture entre prisonnier-e-s dans les prisons pour femmes qu’il faut gérer ce changement. C’est ça l’idéal progressiste, non ? Que des dirigeants éclairés décident des droits des gens et que l’exigence de respecter ces droits constitue l’unique limitation à notre liberté? Parce que l’oppression n’est qu’une question de comportement individuel, non ? Donc, heureusement que le système carcéral a collé des posters Personne Gingenre™ dans toutes les blocs de la prison pour femmes, de façon à ce que les prisonnièr-e-s puissent s’éduquer et préserver cet endroit comme un lieu sûr (11). Je ne plaisante pas; c’est vraiment là, juste à côté de l’imprimé obligatoire de nos droits, une douzaine de pages sous un panneau en plastique, et dont la typographie est si petite que ça en est illisible.
Toute personne qui se soucie de l’inclusion des trans, qui a pu lutter dans les campagnes que l’État vient de récupérer et de régurgiter sous la forme du projet de loi C-16, devrait examiner honnêtement ce que fait le système carcéral de leur projet. Le voir sous cette forme grotesque devrait ébranler notre analyse du genre et de l’inclusion de façon à la rendre plus riche et nuancée. Parce que l’autoidentification comme base d’inclusion en prison est intenable. Quand il y aura une réaction anti-trans au niveau législatif, on ne manquera pas d’histoires d’horreur venant de la taule pour alimenter l’indignation.
Et c’est pas du fait que certaines meufs trans sont «fausses», ni parce que certaines meufs trans reproduisent un comportement prédateur, qu’ont certaines prisonnières cis aussi. Il est évident que c’est injuste de tenir responsable un groupe entier de personnes pour les choses merdiques que font quelques individus de ce groupe. La réaction viendra parce qu’il ne suffit absolument pas de coller au système carcéral une vision positive de l’identité de genre. Il me semble important qu’il y ait une critique du projet de loi C-16 et de sa mise en œuvre qui provient de queers et de personnes porteuses d’un projet d’émancipation – et pas seulement d’opportunistes qui haïssent les personnes trans, comme Jordan Peterson (prof canadien devenu philosophe de droite). Je ne considère pas l’État comme un agent de changement social positif, mais même celleux d’entre vous qui le voient ainsi devraient se demander s’il n’existe rien à critiquer du projet de loi C-16, comme si Trudeau (le premier ministre canadien) avait tapé dans le mille du premier coup.
Pour celleux en-dehors du Canada, peut-être que voir comment l’inclusion trans progressiste s’est jouée ici s’avérerait utile pour éviter les écueils dans lesquels nous avons échoués. C’est un autre sujet, mais une analyse de comment s’est joué l’inclusion trans dans le milieu brutal de la prison pourrait bien révéler certaines faiblesses dans l’auto-identification comme base du genre ailleurs.
Le système carcéral pourrait réagir de différentes manières face à ces contradictions, mais d’abord une petite histoire : il y a eu quelques gardien-ne-s queers avec lesquels j’ai interagi dans la prison pour femmes. L’une était une femme trans qui, en me fouillant au corps, m’a dit «On a eu de grands progrès ces dernières années, les choses s’améliorent.» Mais celui avec qui j’ai interagi le plus régulièrement travaillait dans mon bloc et se montrait assez amical avec moi. Un jour, il brutalisa une de mes amies en vidant une bombe au poivre dans ses yeux à quelques centimètres de distance tandis qu’un autre gardien la maintenait au sol. On lui donna un sale surnom en référence à cet événement, et il se plaignit auprès de la direction afin que nous arrêtions de le «harceler». Plus tard il a eu une mammectomie, et me l’annonça avec enthousiasme pendant que je faisais la queue pour les médocs, et je regrette d’avoir alors fini par l’en féliciter.
Une des premières façons dont le système pourrait réagir serait de mettre les bouchées doubles dans l’amélioration de son projet d’inclusion, peaufinant ses politiques trans et résolvant les problèmes en cours. J’espère que des histoires comme celle-ci pourront aider à nous convaincre que leurs efforts en ce sens ne répondent en rien à nos besoins. Je m’en fiche de l’identité de genre du gardien qui me brutalise, de la même façon que leurs ajustements pour mon identité de genre ne m’ont pas rendue plus libre (12). De plus, le système carcéral pourrait se replier sur ses origines en appliquant un modèle de contrôle par la séparation. On entend beaucoup parler d’une unité spéciale pour les queers, voire même d’un établissement séparé. Le statut des personnes queers ne serait plus à mi-chemin entre la prison pour hommes et celle pour femmes, mais entre la prison ‘normale’ et la prison psychiatrique, ce qui constitue déjà la façon dont le système gère les formes de déviances qu’on ne peut nous reprocher. Nous devrions nous opposer à ça, tout comme nous nous opposons à tout développement du système carcéral.
En tant qu’anarchiste, je suis bien entendu contre toutes les prisons et je ne vais pas offrir de suggestions de politique. J’écris peu de temps après le meurtre de George Floyd par la police de Minneapolis et après l’énorme rébellion qui s’en est suivie, à un moment où les critiques contre la police et la prison se sont propagées comme je n’aurais jamais pensé le voir. Ça m’a motivé à enfin finir ce texte plutôt que de continuer à me trimbaler ces expériences à l’intérieur, parce que je pense que les espaces féministes et queers pourraient faire plus pour construire une hostilité envers les flics et les prisons, à leurs manières. Je vis pour voir le jour où tou-te-s celleux dont la vie a été impactée par la prison se rassembleront pour les détruire, et laisser le champ libre aux pigeons et à la pluie. Nous planterons des arbres fruitiers sur leurs ruines et nous ferons un feu de joie des uniformes de prisonnier et de gardien. Je sais que la fumée emportera avec elle certains aspects du cauchemar genré dans lequel nous vivons tou-te-s, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des murs.
Postscriptum : Ça fait quatre mois que la parution de la version anglaise de ce texte est sortie, et je veux y ajouter un petit mot pour l’occasion de sa traduction vers le français. Si je n’ai guère traité de la race dans ce texte, c’est parce que j’hésitais à raconter des histoires qui ne sont pas les miennes ou d’en faire une analyse à la noix. J’aurais dû trouver la manière d’en parler, mais mieux vaut tard que jamais. Je n’ai rencontré aucune autre femme trans blanche en prison, elles étaient toutes noires ou autochtones, et j’avais beaucoup moins d’ennuis qu’elles. Elles finissaient presque systématiquement en DP ou restaient en isolement. Impossible de savoir dans quelle mesure c’était dû au niveau de soutien extérieur dont j’ai profité en tant que prisonnière anarchiste; mais le fait est que si toutes les femmes trans ont plus de chances de vivre dans la misère et de finir en taule, c’est autrement plus dur pour les femmes trans racisées.
Comme je l’ai expliqué plus haut, il est nécessaire d’avoir un bon passing pour sortir d’isolement et de se faire accepter par les autres prisonnières aussi bien que par le système. Des féministes racisées ont démontré que les standards de beauté sont blancs, et on pourrait en dire autant pour le passing, qui nous demande (le plus souvent) de jouer sur des notions de féminité stéréotypées. Si, dans les sociétés canadienne et française, on dressait le portrait de ce qu’est une vraie femme, belle et élégante, respectable, ce serait sans doute celui d’une femme blanche.
Pour avoir un bon passing, la couleur de ma peau me facilite beaucoup la tâche, au moins autant que ma petite corpulence. Le système carcéral a décidé que j’étais une «vraie» femme trans qui ne méritait pas une expérience de violence accrue, pour les mêmes raisons que la société accepte que je bosse dans le service aux clients. Ce sont des boulots de merde, mais c’est encore pire de ne pas pouvoir obtenir un boulot de merde quand on en a besoin. Dans ces deux cas, la race vient jouer avec l’identité de genre et faire que les politiques d’inclusion ne sont que pour certains. Ce qui n’est nullement un argument pour une meilleure inclusion, mais pour la nécessité de la critiquer et de concevoir une autre manière de penser le problème.
Galérer davantage en taule -comme économiquement- fait que le cycle de traumatisme, d’instabilité et de criminalisation se répète de plus belle en dehors des murs. La régulation du genre par la prison nuit à tout le monde, mais pas de la même manière. Ce n’est pas nouveau de dire que la prison réserve un traitement différencié selon la race, mais la race entre également dans la reproduction du genre à l’intérieur des murs au moment du tri des corps. Dans ce texte je voulais insister sur la violence de l’inclusion non pas pour minimiser la violence de l’exclusion, mais pour réfuter l’idée progressiste que l’inclusion est la réponse à l’exclusion. L’expérience des prisonnièr-e-s trans n’est qu’un énième exemple qui montre que ce ne sont que les deux faces d’une même pièce.
Anonyme Été 2020
Ce texte se veut un point de départ et j’espère que d’autres personnes l’étofferont. Il n’est pas signé, même si je sais bien qu’il n’est pas très anonyme. Si tu veux me contacter pour me faire des retours, c’est possible (en anglais et en français) à l’adresse de la brochure.
Traduction depuis l’anglais Juillet 2023 Pour recevoir la brochure ou pour toute correction, remarque, critique : atropa@mortemale.org
Notes :
1) Voici un résumé du projet de loi C-16, comme il apparaît présenté dans la proposition de loi : « Le texte modifie la Loi canadienne sur les droits de la personne afin d’ajouter l’identité de genre et l’expression de genre à la liste des motifs de distinction illicite. Il modifie également le Code criminel afin d’étendre la protection contre la propagande haineuse prévue par cette loi à toute section du public qui se différencie des autres par l’identité ou l’expression de genre et de clairement prévoir que les éléments de preuve établissant qu’une infraction est motivée par des préjugés ou de la haine fondés sur l’identité ou l’expression de genre constituent une circonstance aggravante que le tribunal doit prendre en compte lorsqu’il détermine la peine à infliger. » https://www.parl.ca/DocumentViewer/fr/42-1/projet-loi/C-16/premiere-lecture? col=2
2) Mon vécu n’est pas le même que tou-te-s, je ne peux m’exprimer pour le vécu de tou-te-s les personnes trans. Quelques notes me concernant pour aider à contextualiser : – Je suis blanche et je ne fais donc pas face au même niveau de criminalisation dans ma vie quotidienne, ni au même niveau d’hostilité au sein du système carcéral. Les prisonnièr-e-s trans noir-e-s et autochtones avec lesquels j’ai interagi ont souvent fait face à bien plus de violence et de refus autour de leur identité de la part du système carcéral que ce que j’ai pu connaître, ce qui est logique puisqu’iels subissent également plus de violence et d’exclusion à l’extérieur. – Je n’ai jamais été à l’intérieur pour autre chose que de l’activité anarchiste, c’est donc une énorme différence en terme d’expérience par rapport à quasiment toutes les personnes que j’ai pu rencontrer à l’intérieur, et je reçois bien plus de soutien extérieur. J’ai été incarcéré-e en 5 occasions séparées qui, accumulées, équivalent à à peu près un an, ce qui est long sous certains aspects, mais ce qui ne l’est pas du tout comparé à un bon nombre de personnes. – À savoir aussi que les hommes trans sont dans une position différente relative à ce que je décris dans ce texte. Les hommes trans à qui j’ai parlé ont dû choisir entre arrêter de prendre de la testostérone ou rester en isolement, donc la question de l’inclusion n’est pas la même pour eux.
3) Je ne blâme pas les prisonnièr-e-s de mes mauvaises expériences autant que je blâme l’institution déshumanisante qui expose toute différence à une telle pression intense.
4) Au-delà de l’élément de l’identité, je n’aurais pas l’analyse que j’ai de la prison sans les écrits et l’exemple des radicaux noirs. Lire Assata Shakur, George Jackson et Kuwasi Balagoon dans la prison des hommes, et en discuter avec d’autres prisonnier-e-s a été assez formateur pour moi.
5) Bien que je comprenne pourquoi ce cadre existe, insister sur le fait que « les femmes trans sont des femmes » est trop simpliste. La plupart d’entre nous avons grandi avec des privilèges masculins et nous ne comprenons pas ce que ça signifie d’être produit comme femme depuis la naissance ; de même, l’exclusion et la violence auxquelles les femmes trans font face dans la société ne sont pas les mêmes que celles auxquelles les femmes cis font face. Personne ne prétend que les femmes cis comprennent l’expérience d’une femme trans juste parce que « nous sommes toutes des femmes ». On n’a pas besoin de débattre si une forme de violence est pire qu’une autre, il suffit de dire qu’elles sont différentes. La différence ne veut pas dire que l’inclusion n’a pas lieu d’être (je ne vous demande pas d’attendre de rentrer chez vous pour pisser). C’est un argumentaire contre le fait de laisser la nécessité de l’inclusion – du fait de besoins similaires de sécurité dans le monde tel qu’il est – nous mener à une idée du genre qui aurait été réduite à ses dimensions positives. De même, il y a une différence entre le fait de s’identifier en tant que quelque chose et le fait d’être identifié ainsi. Que les deux coïncident ou non pour une personne donnée mènera aussi à une expérience de la violence différente. Problématiser des catégories comme homme/femme (ou cis/trans) est certes utile, mais je ne veux pas qu’on aplatisse les choses et qu’on finisse avec une capacité moindre à discuter de nos expériences différentes de la violence systémique.
6) Il y a eu de rares femmes trans dans les établissements pour femmes depuis au moins les années 80, mais la majorité des femmes trans étaient dans les prisons pour hommes.
7) Je sais que toutes ces classifications peuvent porter à confusion pour quelqu’un qui n’a pas fait de taule avant, donc je vais expliquer un peu ici. DP (Protective Custody, PC, en anglais) et PG (General Population, GP) se ressemblent : même emploi du temps, même niveau de surpopulation, même (manque d’)accès à des programmes. C’est pas l’isolement, tu es toujours avec beaucoup d’autres personnes et tu partages toujours une cellule.
8) C’est en parti en réponse aux verdicts de tribunaux canadiens qui limitent la capacité du système carcéral à utiliser l’isolement comme punition.
9) Soyons clairs, les prisons pour femmes ne sont pas un espace safe pour les queers. Par exemple, j’ai pu être témoin de situations où des personnes queers assignées femmes à la naissance étaient ballottées d’une relation à l’autre avec des femmes cis dures-à-cuire qui vivaient à hétéroland en dehors de la taule. Les personnes queers pensaient au début être dans une espèce de camp d’été gay, mais iels ont fini par se rendre compte qu’iels étaient dans une situation qu’il ne serait pas facile de quitter ou de changer.
10) Cette pression sur l’identité de genre des prisonnièr-e-s n’est pas qu’une question trans. J’ai vu la façon dont les hommes dans les prisons pour hommes font face à une pression à performer de l’hypermasculinité. De même, la prison pour femmes reproduit les individus comme des victimes sans défense en les dépouillant de leurs options et de leurs soutiens tout en jouant avec leur trauma. Le genre de presque tout le monde est examiné et changé par la prison. Il y a néanmoins une expérience distincte à celle-là liée au fait d’être trans, et c’est ce qui m’intéresse le plus ici.
11) La Personne Gingenre (en anglais The Genderbread Person) est un outil éducatif sous forme de poster visant à expliquer les différences entre genre, sexe et sexualité, dans le cadre d’une vision extrêmement progressiste du genre. https://www.genderbread.org.
12) C’est d’une ironie étrange que le syndicat des gardiens ait réussi à obtenir l’acceptation de l’identité de genre de leurs travailleurs avant que le système n’en soit arrivé à faire de même pour les prisonnièr-e-s. Il y a eu des femmes trans gardiennes dans les prisons pour femmes bien avant la Bill C-16.