Quand le groupe d’extrême droite Atalante flirte avec les conspirationnistes de QAnon

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Sep 232020
 
Chicoutimi été 2019

Du Collectif Emma Goldman


Un lecteur de ce blogue a porté à notre attention la présence de nouvelles affiches du groupe néo-nazi Atalante. Il nous a également fait suivre quelques photos et captures d’écran qui nous ont décroché un large sourire.

Il semblerait qu’Atalante ait décidé de ranger pour un temps leurs bannières en papier prônant la « remigration » ou contre le « grand remplacement » [1] pour se coller eux aussi sur le mouvement anti-masque animé principalement par des partisans de la théorie conspirationniste d’extrême droite QAnon.  Il faut croire que le mouvement est un bon terreau pour l’extrême droite en tous genres.

Sur la page Facebook du groupuscule Patriotes du Sag-Lac, le groupe qui a organisé la manifestation au centre-ville de Chicoutimi, une personne célébrait la présence d’une bannière d’Atalante dans l’arrondissement de Jonquière à Saguenay. Évidemment, personne ne s’est offusquée du logo à l’iconographie nazie.

 Groupe qui rassemble tous et n’importe qui, de l’ancien meuton, au partisan de QAnon en passant par Jimmy Voyer, ancien candidat du Parti populaire du Canada (PPC) et l’un des fondateurs du parti municipal Alliance Saguenay.

Malheureusement pour Atalante…

Nazillons et QAnon : même combat…

En remontant la source de la photo, on découvre assez aisément que la personne à l’origine de cette publication est une partisane de la théorie conspirationniste QAnon. En effet, sur sa publication, la personne termine son message avec le slogan des partisans de QAnon: « WWG1WGA » (Where We Go One We Go All: Où l’un d’entre nous va, nous y allons tous).

Sur sa page se succèdent les thèses conspirationnistes dont la dernière en date qui impute la responsabilité des incendies en Californie aux antifascistes.

Même pas foutu de reconnaître des sapeurs-pompiers. 

En mal de visibilité sur les médias sociaux…

Ce n’est pas d’aujourd’hui que le groupe néo-fasciste de la ville de Québec essaie d’implanter une succursale à Saguenay (voir :  Extrême droite : Atalante ne prendra pas racine au Saguenay )Bien que l’action soit davantage destinée à faire parler d’Atalante dans les médias sociaux qu’à bâtir quoi que ce soit, il faut tout de même rappeler aux boneheads de Sainte-Foy que le papier et la pluie ne font pas bon ménage. Parlez-en à leur bannière…

Bilan : pluie 1 — les petits nazillons d’Atalante : 0

[1] Des thèses complotistes que les néo-fascistes d’Atalante essaient d’importer au Québec. Ces notions font partie intégrante du projet idéologique de la mouvance identitaire en Europe et ont été  popularisées par Éric Zemmour en France (grand ami de Mathieu Bock-Côté).   

Simon Fleurant, le hipster nazi de Saint-Jérôme

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Sep 152020
 

De Montréal Antifasciste

Depuis plusieurs années maintenant, le collectif Montréal Antifasciste s’emploie à exposer des individus qui exercent une certaine influence dans les cercles d’extrême droite et fascistes au Québec.

Il existe toutefois des cas d’individus dont l’influence est a priori limitée, mais dont l’activité dans les médias sociaux révèle un engagement profond envers les préceptes du fascisme et du nazisme, et contribuent par leur désinvolture à normaliser la haine et l’intolérance en ligne. Nous croyons que le fait d’exprimer ouvertement ce genre d’idées (dont la haine des Juifs et la glorification de l’Holocauste) doit entraîner des conséquences.

Simon Fleurant de Saint-Jérôme est l’un de ces individus.

Nous croyons inutile d’épiloguer longuement sur son cas, et avons préféré faire la démonstration suivante à partir de captures d’écran tirées de ses comptes Facebook. Ce qui suit n’est qu’un échantillon; nous avons archivé des douzaines d’autres photos et statuts du même ordre.

Il semble que Simon Fleurant, qui s’identifie lui-même ouvertement comme nazi, commence ces jours-ci un emploi au service du concessionnaire St-Jérôme Chevrolet Buick GMC, dont le formulaire de contact se trouve ici.

Simon Fleurant doit commencer à travailler au concessionnaire St-Jérôme Chevrolet Buick GMC ces jours-ci…

… ou a-t-il déjà commencé à y travailler?

On se demande ce que la clientèle de cette entreprise pensera du fait qu’elle emploie un hipster nazi qui célèbre littéralement l’extermination des Juifs… (EDIT: Au lendemain de la publication de cet article, le concessionnaire a confirmé surt la page Facebook de Montréal Antifasciste que Simon Fleurant ne sera plus à leur emploi.)

Simon Fleurant travaillait jusqu’à tout récemment pour le tailleur Surmesur. (EDIT: Peu de temps après la parution de cet article, un représentant de la boutique Surmesur nous a informé que Fleurant n’était plus à leur emploi. On constate cependant qu’une vidéo promotionnelle publiée à la mi-juillet, avec Fleurant, est toujours publiée sur la page Facebook de Surmesur.)

Simon Fleurant se décrit lui même comme un national-socialiste (nazi) et un «super fasciste».

Simon Fleurant est une sorte de «nipster», un hipster fasciste. Son profil correspond à celui des nombreuses crapules qui s’identifient à la culture politique «alt-right» et à un nationalisme identitaire traditionnaliste fortement inspiré des courants historiques fasciste et nazi.

Amon Göth était le fonctionnaire SS responsable du camp de concentration de Płaszów, en Pologne, durant la Deuxième Guerre mondiale. C’est visiblement un modèle d’identification pour Simon Fleurant.

Oswald Mosley est le plus important politicien fasciste du Royaume-Uni au XXe siècle; l’utilisation des triples parenthèses est un code de l’alt-right pour éviter de nommer les Juifs; de même, le terme «globalisme» est un euphémisme codé prisé des nationalistes blancs pour désigner les Juifs. La figure réifiée du «mondialiste» est de plus en plus reprise dans les cercles nationaux-populistes et par les théoricien-ne-s du complot pour désigner un ennemi commun; le terme «cosmopolite» sert parfois encore la même fonction chez les antisémites.

On aperçoit dans cette photo de profil, dans le coin supérieur droit, le sonnenrad (ou soleil noir), un symbole occulte extrêmement commun chez les néonazis.

Simon Fleurant s’imagine en «Super fasciste». On constate au passage qu’il «like» régulièrement ses propres statuts nazis avec son profil personnel.

Simon Fleurant est explicitement et grossièrement antisémite.

Un autre statut antisémite de Simon Fleurant sur le profil Amon Göth.

Sur sa page «Amon Göth», Simon Fleurant ne cache pas sa haine des Juifs.

Traduction de ce statut: «Je sais que j’ai ajouté de nombreux goys (sic) depuis hier, mais si j’ai ajouté un 1)(Juif), c’est une erreur. À tous les youppins ou “muh raciste”, retirez-moi de votre liste d’amis et je vous laisserai en vie pour l’instant. Pour être sûr que vous n’essaierez pas de vous cacher, voici une image pour vous faire sortir.»

L’étendard de guerre de la Marine impériale allemande.

La femme parfaite de Simon Fleurant est «une jolie fille traditionelle qui ne s’intéresse pas à la politique, cuisine, fait le ménage et fait de beaux bébés blancs».

Pour Simon Fleurant, l’histoire d’amour idéale repose sur une affinité commune pour le nazisme.

Simon Fleurant ne se prend visiblement pas pour de la marde.

«Oh, je m’excuse, vous ai-je offensé avec mon opinion? Vous devriez entendre celles que je garde pour moi.»

Sur son compte personnel, Simon Fleurant a relayé avec entousiasme l’image néonazie que l’auteur du massacre de Christchurch, en Nouvelle Zélande, allait utiliser pour illustrer son «manifeste» quelques mois plus tard (le 15 mars 2019).

Simon Fleurant n’hésite pas à relayer de la désinformation antisémite sur son compte personnel.

Simon Fleurant a récemment relayé sur son compte personnel une vidéo faisant référence au clip dont dérive l’expression «Remove Kebab», un cliché repris par les néonazis pour tourner en dérision le nettoyage ethnique des musulman-e-s. C’est la chanson qu’écoutait le terroriste de Christchurch dans sa voiture quand il a lancé son attaque contre deux mosquées et tué 51 musulman-e-s, le 15 mars 2019.

Simon Fleurant dit se servir de son temps libre au travail pour «redpill» ses collègues. L’allégorie «Red Pill/Blue Pill» est une référence au film The Matrix largement reprise dans les cercles et réseaux nationalistes blancs pour désigner une prétendue prise de conscience en rupture avec les valeurs dominantes de la société. Ses employeurs  actuels et futurs seront sans doute intéressés de savoir ce qu’il fait pour se divertir au travail.

Simon Fleurant «like» un mème antisémite avec son compte personnel.

Simon Fleurant se moque du nom d’un client, présumément sur son lieu de travail, la mercerie Surmesur.

Un des très nombreux gags et mèmes racistes relayés par Simon Fleurant sur Facebook.

Un bel exemple de discours nationaliste blanc édulcoré. Nazi, c’est plus succint. On remarque que le mot «globalism» est surimposé sur une étoile de David.

Simon Fleurant a récemment relayé cette image sur son compte personnel.

Un mème grossièrement raciste relayé par Simon Fleurant sur son compte personnel. Traduction: «Quand tu te rends compte que les gens de ton peuple ont été jugés sur le contenu de leur caractère depuis le début.» C’est une référence à un discours célèbre de Martin Luther King Jr.

Simon Fleurant relaie un mème antisémite sur son compte personnel. Les portraits sont ceux de deux meurtriers de masse: Santigo William Legan (Gilroy, Californie) et Patrick Wood Crusius (El Paso, Texas). Ni l’un ni l’autre n’était juif, et les deux professaient plutôt des idées antisémites et racistes.

Sur son compte personnel, Simon Fleurant affirme que certains peuples devraient être exterminés.

Pour Simon Fleurant, l’égalité n’existe pas et le féminisme ne devrait pas exister.

Simon Fleurant a récemment relayé ce mème glorifiant Kyle Rittenhouse, le jeune milicien conservateur qui a tué deux hommes et mutilé un troisième en marge d’une manifestation antiraciste à Kenosha, au Wisconsin, le 25 août 2020.

– Épilogue –

Il semblerait  que cet article ait créé quelques remous immédiats dans la vie de Simon Fleurant. Si bien qu’il a supprimé son compte professionnel et limité l’audience de son compte personnel. Quant à son compte Nazi, «Amon Göth», il prétend que c’est un faux compte « créé par des antifaspour détruire sa vie ».

Alors que ses amis lui disent de tout nier en bloc, il annonce qu’il va rencontrer son employeur en matinée pour s’expliquer, sans doute pour répéter cette histoire que le compte est un faux.

Or, il a du lire trop rapidement l’article, car nous y avons clairement précisé que nous avons archivé des douzaines de statuts, et non seulement du compte «Amon Göth», mais aussi du compte personnel «Simon Royale Fleurant». —> Voir un autre important échantillon de ces captures ici. Fleurant n’est pas seulement nazi sur son compte nazi, il l’est aussi passablement sur son compte personnel! De plus, comme nous l’avions indiqué et comme on peut le voir ci-dessus dans l’article, Simon Royale Fleurant a très souvent «liké » les posts d’«Amon Göth»!

Quant à l’employeur, il a écrit sur la page Facebook de Montréal Antifasciste pour dire qu’ils prennent la situation très au sérieux. Gageons que cette rencontre matinale sera houleuse…

Il est évident que Simon Fleurant panique et essaie de sauver la face en s’inventant une excuse pourrie. Soyez assuré-e-s que nous entendons lui faire payer le coût d’être un hipster nazi en 2020. Pour cela, votre aide nous est précieuse : continuez de partager nos articles et n’hésitez pas à les transmettre aux proches et aux employeurs des individus concernés.

Sylvain Marcoux : un nazi chez les conspis

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Août 222020
 

De Montréal Antifasciste

L’actualité récente au Québec a été ponctuée par une série d’arrestations relatives à diverses menaces formulées à l’endroit du docteur Horacio Arruda, le directeur de la Santé publique du Québec et, de ce fait, le principal porte-parole des politiques québécoises en matière de santé publique dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Ces arrestations ont mis en relief la participation d’une partie de l’extrême droite dans les mobilisations[1] contre le port obligatoire du masque, les consignes de distanciation physique et les autres mesures mises en place pour minimiser les risques de contagion dans l’espace public. Dans un billet daté du 31 juillet 2020, le blogueur antiraciste Xavier Camus faisait état d’une publication par un adepte du mouvement complotiste QAnon, Fabrice Descurninges, où celui-ci révélait l’adresse personnelle d’Horacio Arruda. Dans son billet, à renfort de captures d’écran, Camus soulignait également l’intervention remarquée d’un certain Sylvain Marcoux, qu’il décrit dans son billet comme un « complotiste violent ».

Marck Lelou est l’un des nombreux pseudonymes de Sylvain Marcoux sur Facebook.

Une semaine plus tard, le 7 août 2020, la plupart des grands médias (dont Radio-Canada, La Presse et le Journal de Montréal) rapportaient l’arrestation de Sylvain Marcoux « pour avoir présumément harcelé le docteur Horacio Arruda et sa famille sur les médias sociaux ». Étonnamment, aucun de ces articles ne mentionne l’allégeance politique de Marcoux, fermement ancrée dans l’extrême droite la plus dure, notamment dans l’entourage de la Fédération des Québécois de souche (FQS), allégeance qu’une simple recherche Google permet pourtant de déterminer sans l’ombre d’un doute. Ce polémiste nationaliste, fétichiste du nazisme et candidat indépendant aux dernières élections provinciales avait d’ailleurs déjà joui d’un traitement complaisant de la part des quelques médias qui s’étaient intéressés à sa candidature marginale en 2018…

Bien que le sinistre Sylvain Marcoux ne soit d’aucune manière une figure majeure de l’extrême droite québécoise, nous croyons que l’occasion est toute désignée pour retracer son itinéraire politique au cours de la dernière décennie.

Avertissement : cet article contient des captures d’écran au contenu explicitement raciste et antisémite.

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Les premières interventions en ligne de Sylvain Marcoux s’inscrivaient déjà dans les milieux nationalistes et droitistes de la « ligne dure ». En l’espace de quelques mois en 2011, Marcoux a publié 13 textes sur Vigile.Quebec, un site offrant une tribune libre aux auteurs nationalistes et indépendantistes de différentes tendances, mais qui dans les dernières années a pris une nette tangente d’extrême droite. Les sujets de prédilection de Marcoux à cette époque reflétaient les thèmes récurrents du nationalisme identitaire frustré, comme la répudiation du Parti Québécois pour son manque de combativité dans la quête indépendantiste et la dénonciation rageuse du multiculturalisme comme menace existentielle à l’identité québécoise.

Sans doute encouragé par ses premiers pas comme polémiste, Marcoux a écrit en 2012 un opuscule intitulé Pour un ralliement national canadien-français. Publié (curieusement) par les Éditions Guérin, qui le présentent comme un « manifeste », ce texte est une sorte d’invitation à un projet nationaliste ethnique pour le Canada français. À part que l’auteur y déplore et rejette l’emploi relativement récent du vocable « Québécois » pour désigner les descendant-e-s des colons français au Canada, l’essai n’a rien de vraiment intéressant. Malgré une note affirmant que les Juifs constituent un groupe particulièrement xénophobe et un commentaire rejetant l’aspiration des peuples autochtones à la souveraineté (tout en revendiquant une présence européenne en Amérique du Nord remontant à plus de 1 000 ans), le genre de racisme implicite dans cet appel à un nationalisme fondé sur le caractère ethnique particulier des Canadiens français n’a (malheureusement) rien de bien extraordinaire au Québec. En fait, en 2012, Marcoux prétendait encore que son nationalisme, s’il était « culturel et ethnique », n’avait rien de racial : quelle que soit la couleur de sa peau ou ses origines personnelles, devait-on comprendre de sa proposition, toute personne s’identifiant au Canada français et désireuse de s’y « assimiler[2] » peut être Canadien français :

« Pour le Ralliement national, le “nationalisme” n’est donc pas fondé sur la “race” (morphologie, couleur de la peau…), mais bien sur la culture, c’est-à-dire l’ensemble des modes de vie et des convictions que partage la population vivant au sein d’un même territoire. »

Il allait faire paraître quelques articles de plus sur Vigile.Quebec en 2013, mais sans plus.

Il est assez clair que Marcoux fricotait déjà avec l’extrême droite québécoise dans ces années-là. Après tout, cette prétention à être « pas raciste », mais simplement préoccupé par la « culture », correspond en tous points à la posture adoptée par les principaux courants d’extrême droite partout en Occident. La culture y est implicitement comprise comme homogène et statique, voire immuable, plutôt qu’hétérogène et changeante. Il découle de cette définition de la culture un rejet de toute critique ou remise en question par des personnes autochtones ou issues de l’immigration, lesquelles sont perçues comme intrinsèquement suspectes, car elle représente de par leurs origines une menace pour la culture dominante. D’où l’éructation classique des nationalistes québécois voulant que l’immigration et le multiculturalisme constituent un « cheval de Troie » visant à miner de l’intérieur la culture canadienne-française. Le fait est que les formes de racisme « biologique » et « culturelle » ont bien plus de points en commun que de différences : il s’agit au final de visions essentialistes des identités qui servent à justifier la discrimination, l’exclusion et la répression[3].

En 2012, un groupuscule identitaire autrement inconnu, le Comité citoyen pour l’intérêt du Québec (CCIQ), a organisé pour Marcoux une conférence publique lui donnant l’occasion de présenter son livre. La Fédération des Québécois de souche (FQS), qui sert en quelque sorte de centre névralgique pour les fascistes et suprémacistes (ou « nationalistes ») blancs de différentes tendances au Québec, a par la suite fait une critique dithyrambique de son allocution, tout en déplorant au passage le caractère « culturel » plutôt que « racial » de son nationalisme. Une critique que Marcoux allait manifestement prendre à cœur pour la suite des choses.

Dans ces années-là, la FQS collaborait étroitement avec la Bannière noire et la Légion nationale, deux autres groupuscules fascistes aujourd’hui disparus. Les trois groupes ont notamment coorganisé quelques manifestations, dont une « Marche contre la dénationalisation » à Montréal en 2011, et une autre à Trois-Rivières en 2012. Marcoux a participé à ces rassemblements et a même été interviewé par quelques médias d’information à Trois-Rivières. Tout en insistant sur le fait qu’il n’était pas membre de la Légion nationale, il continuait à mettre de l’avant la ligne anti-immigration raciste/culturelle décrite ci-dessus, se plaignant que la majorité historique soit en train de perdre son statut dominant, mais en se défendant bien d’être raciste, car « la culture », précisait-il, « c’est entre les deux oreilles que ça se passe ». Marcoux a aussi donné une entrevue à la FQS le 23 mars 2013 à l’occasion d’une « action militante » à l’Hôtel de Ville de Montréal.

Marcoux a passé une bonne partie de la dernière décennie (2013-2017) comme conseiller municipal de Saint-Majorique-de-Grantham, près de Drummondville, tout en travaillant comme soudeur-assembleur. À cet égard, il convient de mentionner que le Mouvement Tradition Québec (MTQ), un groupuscule catholique traditionaliste d’extrême droite ayant des liens très étroits avec la FQS, a organisé et fait la promotion d’une série de services religieux officiés par l’Abbé Damien Duterte et Monseigneur Donald Sanborn, tous deux du courant théologique « sédévacantiste » se situant à la droite des lefebvristes traditionalistes (beaucoup mieux connus) de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX)[4]. En 2019, trois événements du MTQ ont eu lieu dans la salle municipale de Saint-Majorique située au 1966 boulevard Saint-Joseph, vraisemblablement avec la permission du conseil municipal auquel Sylvain Marcoux a siégé pendant plusieurs années. Il s’avère que Marcoux réside (ou résidait) lui-même tout juste en face du bâtiment municipal en question. Rassurez-vous, nous n’invitons personne à aller « cogner dans ses vitres ». Sa maison est d’ailleurs à vendre, s’il y en a que ça intéresse…

Une photo du bureau de Sylvain Marcoux à son domicile de Saint-Majorique-de-Grantham, trouvée sur la page d’un courtier immobilier. Notez le “soleil noir”, un symbole nazi, affiché au mur.

De nationaliste « culturel » à néonazi pur et dur

Au moment où il a attiré notre attention, il y a quelques années, Marcoux était déjà devenu un ardent néonazi, multipliant sur les médias sociaux les messages niant l’Holocauste, affirmant qu’Adolf Hitler « est l’âme la plus belle qui se soit incarnée sur cette terre » et relayant des théories du complot voulant que les Juifs aspirent au génocide des « populations blanches ». En fait, Sylvain Marcoux est sans contredit l’un des plus vils et des plus virulents racistes de toute la fachosphère québécoise.

En mars 2017, deux mois après qu’Alexandre Bissonnette eut assassiné six hommes et blessé 19 autres personnes au Centre culturel islamique de Québec, Marcoux est apparu dans le fil de commentaire de la chaîne Nomos.tv d’Horizon Québec Actuel pour avancer l’hypothèse qu’il n’y a eu aucun mort et que toute l’affaire a été mise en scène et n’était en fait qu’un « gros show-off libéral anti-québécois » :

Sylvain Marcoux met en doute l’authenticité de l’attentat contre la grande mosquée de Québec du 29 janvier 2017.

Sylvain Marcoux badine avec Robert Proulx et La Meute dans un garage sous-terrain de Québec, le 20 août 2017.

Il a aussi, au cours des dernières années, régulièrement participé aux mobilisations d’organisations xénophobes nationales-populistes comme La Meute et Storm Alliance.  Il a par exemple été aperçu le 20 août 2017 avec La Meute à Québec dans un certain garage sous-terrain. Il était aussi présent à Saint-Bernard-de-Lacolle le 19 mai 2018, où les vidéographes amateurs de La Meute l’ont interviewé, donnant lieu à cet échange pour le moins stupéfiant représentatif de son mode de pensée :

Meute.tv : (…) L’oligarchie… (…)

Marcoux : C’est les Juifs… Le vrai mot c’est les Juifs. Vous parliez tout à l’heure de tabous, il y a aucun tabou. C’est le messianisme juif… Le Juif, il veut dissoudre les nations blanches. J’ai pas peur de le dire. C’est pas être suprémaciste de s’affirmer comme blanc et d’être fier d’être blanc. Les autres races s’affirment, il y a des ligues des Noirs ici au Québec, imaginez s’il y avait une Ligue des blancs… Les médias corrompus, les médias à la solde justement de ces Juifs là… Quand je dis « Juifs » c’est la juiverie. C’est Bronfman en arrière de Trudeau… Il travaille pour son équipe.

Meute.tv : Vous pensez que c’est le pouvoir de l’argent, au-delà de l’immigration (…)

Marcoux : C’est plus que l’argent, c’est vraiment dissoudre les nations blanches, les noyer par l’immigration. L’immigration… le métissage à la limite.

Meute.tv : Vous ne pensez pas qu’au niveau du Canada il y a moins d’immigration dans d’autres provinces qu’au Québec? (…)

Marcoux : Regarde au Québec… Allez vous promener à Toronto, il y en a de l’immigration, que ça soit légal ou illégal, l’objectif est le même, le résultat est le même. (…)

Meute.tv : Les antifas vont prétendre que…

Marcoux : Ça n’existe pas les antifas, les antifas ça n’existe pas. Les antifas c’est les sections d’assaut de cet ostie de juiverie là, la pègre mondialiste. Le messianisme juif, les francs-maçons… Quand je dis « francs-maçons » le monde lève haut de même… Toutes les associations internationalistes qui veulent justement dissoudre les nations blanches, l’Occident, le Canada -les États-Unis au départ, c’était blanc- l’Europe, la France, l’Allemagne, le Danemark, l’Angleterre…

Meute.tv : C’est mondial…

Marcoux : Non, c’est les blancs, les pays blancs. Il n’y en a pas d’immigration en Arabie Saoudite. Les Juifs, ils les sortent tous à coups de pied au cul. Ils en ont sorti 40 000 il y a pas longtemps, ils les envoient ici… avec un programme de l’ONU. (…)

Il est donc clair qu’un changement (ou du moins une sortie de placard) s’est opéré chez Marcoux depuis ses déclarations de quelques années auparavant voulant que son projet politique ne soit pas racial, mais « culturel »… Nous avons reproduit ci-dessous un échantillon de captures d’écran sans équivoque, saisies de son principal compte Facebook (aujourd’hui désactivé) et de ses comptes secondaires, confirmant à quelle enseigne loge Sylvain Marcoux. Notez que plusieurs des articles antisémites relayés par Marcoux proviennent du site democratieparticipative, un site néonazi français inspiré du Daily Stormer. [Voir les images sur montreal-antifasciste.info]

Sylvain Marcoux, candidat aux élections provinciales

Marcoux a de nouveau eu l’occasion d’étaler ses idées politiques à l’automne 2018 lorsqu’il s’est présenté comme candidat indépendant aux élections provinciales dans la circonscription de Drummond-Bois-Francs. Il a alors ouvertement parlé aux journalistes de sa volonté « d’interdire l’Islam au Québec » (car à son avis les adeptes de l’Islam devraient être psychiatrisés), en plus de ressasser dans son programme tous les thèmes et les obsessions habituelles de l’extrême droite, dont celle du prétendu « Grand Remplacement » :

Les journalistes, à l’époque, l’ont traité comme une curiosité, mais aucun n’a cru bon de déplorer clairement le racisme qui était manifeste au cœur de sa campagne ou d’évoquer ses liens (pourtant assez faciles à retracer) avec l’extrême droite québécoise. Et pourtant, malgré tous ses efforts et le traitement complaisant des médias, « le peuple » s’est montré indifférent à ses propositions. Il n’a reçu qu’un seul don de 100 $ (de son propre agent officiel, Julien Chapdelaine, lui-même militant du petit milieu catholique sédévacantiste associé au Mouvement Tradition Québec) et 250 votes (un peu moins de 1 % du scrutin dans sa circonscription).

Le raisonnement complotiste et ses possibles dérives

Ce qui nous amène à l’été 2020. Sylvain Marcoux est donc accusé d’avoir propagé l’adresse civique du docteur Horacio Arruda en appelant de ses vœux « 1 500, 3 000, 15 000 nationalistes déchaînés » à aller « cogner dans ses vitres ».

L’opposition aux mesures de promotion de la santé publique dans le contexte de la pandémie de COVID-19 est de plus en plus répandue, regroupant ceux et celles qui croient à des théories de santé alternative plus ou moins inspirées de la culture New Age, d’autres qui se méfient du gouvernement ou ont l’impression que celui-ci outrepasse son mandat en limitant leurs droits individuels (parfois à juste titre, voir l’inquiétant projet de loi 61), et un nombre important de personnes se situant à l’extrême droite, pour qui la crise actuelle représente une étape cruciale dans l’avancée du complot mondialiste qu’elles redoutent. On remarque d’ailleurs plusieurs figures clés des milieux nationaux-populistes à la tête du mouvement anti-masques, dont Steeve Charland (ex-#2 de La Meute) et Mario Roy (Storm Alliance). Beaucoup des croyances sur l’existence d’un complot mondialiste —plus récemment associé à de prétendus réseaux pédocriminels et satanistes— s’alimentent à même les débats, réseaux et plateformes américains pro-Trump férocement xénophobes, racistes et sexistes[5].

Autant dans son opposition à Horacio Arruda et aux mesures de santé publique que dans son passage d’un nationalisme pur et dur (mais culturel!) à un militantisme néonazi décomplexé, Sylvain Marcoux reflète certaines des tendances et convergences observables au sein du nationalisme québécois et de l’extrême droite que nous nous sommes employé-e-s à exposer et combattre au cours des dernières années.

Il peut être tentant de tourner en dérision les complotistes, en soulignant à quel point ils sont bêtes et ignorants, hypocrites ou opportunistes. Ou encore d’insister sur leur caractère marginal et de rappeler que la grande majorité de la population québécoise ne partage pas de telles croyances. Néanmoins, des individus comme Sylvain Marcoux s’investissent dans les mouvements complotistes et prennent graduellement de plus en plus de risques en multipliant les provocations, tout en injectant dans ces nouveaux milieux politiques les idées toxiques du courant crypto/néonazi historiquement implanté au Québec. C’est précisément à une telle convergence que l’on assiste au sein des mobilisations actuelles contre le port du masque obligatoire. Une telle dynamique participe de la reconfiguration des forces nationales-populistes, qui sont de plus en plus soumises à l’influence des courants fascistes.

En ce sens, la trajectoire de Sylvain Marcoux est intéressante principalement par ce qu’elle révèle des transformations culturelles et politiques en cours et par ce qu’elle permet d’anticiper comme développements.

Marcoux a beau être un abruti, il n’en demeure pas moins potentiellement dangereux.


[1]               Lire à ce sujet cet excellent billet de Xavier Camus, puisque les médias traditionnels dorment sérieusement au gaz sur cette question : https://xaviercamus.com/2020/08/18/tableau-des-principaux-gourous-complotistes-du-quebec/

[2]               Le choix de parler ici d’assimilation, plutôt que d’intégration par exemple, dénote déjà une menace de coercition, et donc un rapport foncièrement inégalitaire entre la société historiquement dominante et les nouveaux et nouvelle arrivant-e-s.

[3]               Selon celles-ci, on ne peut vraiment « devenir » français, canadien-français, ou autre. Même après des décennies au Québec, ou même si ils et elles y sont parfois né-e-s, les musulman-e-s seront encore perçu-e-s comme des étrangers-ères. La « culture » a beau être distinguée de la race entendue comme une question de pigmentation de la peau, les conceptions essentialistes supposent qu’elle nous surdétermine fondamentalement (plutôt que la classe sociale, le genre ou d’autres types de rapport social structurant) et qu’elle ne peut jamais vraiment s’acquérir. De plus, l’argument connexe est d’affirmer que toutes les cultures ne se valent pas et que certaines sont supérieures à d’autres. L’appartenance ou l’affiliation culturelle devient alors un principe de hiérarchisation qui justifie diverses formes d’exclusion et de domination.

[4]               Le Mouvement Tradition Québec, sous la gouverne des militants Kenny Piché et Étienne Dumas, jusque là fidèle à la FSSPX, s’en est divorcé en 2017-18. Il semblerait  que le MTQ ait accusé cette dernière d’être devenue trop « libérale ».

[5]               Un récent exposé de Radio-Canada révélait d’ailleurs comment l’algorithme « de suggestions » de YouTube tend fortement à aiguiller les internautes qui s’intéressent à diverses théories du complot vers des sites de « réinformation » d’extrême droite, comme DMS ou Nomos.tv.
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1087664/voici-comment-youtube-pourrait-vous-rendre-conspirationniste

Qui est vraiment Francis Boudrias-Plouffe ?

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Août 202020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Si vous l’avez rencontré au cours des dernières années, il s’est peut-être présenté comme étant « Frank Mounadhel, militant Palestinien ». Son vrai nom est Francis Boudrias-Plouffe (FBP), il est issu d’une famille québecoise tout ce qu’il y a de plus blanche (en tout cas il n’est pas palestinien). Il utilise actuellement le nom Fran Fran BP sur Facebook. Il gravite depuis plusieurs années dans différentes organisations de gauche à Montréal, liés aux causes palestinienne et antifascistes. Pourtant, jusqu’en 2014 au moins, il était plutôt connu comme un nationaliste et antisémite, auprès du podcast Les fils de la liberté. Au fils de ses années dans les milieux imprégnés de féminisme, d’antiracisme et d’antifascisme, les allégations de violences de sa part s’accumulent. Usant de différents stratagèmes, de rhétorique, de mensonge et de harcèlement ses méthodes de manipulation ont été prouvé maintes fois mais toujours à mots couverts.

Deux choses sont importantes à retenir avant de démarrer la lecture de ce dossier :

  • FBP utilise souvent des éléments véridiques, environ 10% d’une histoire, pour les entourer de 90 % d’inventions, d’approximations dans le but de se faire passer pour le héros ou la victime. Il se servira de ce 10% véridique pour essayer de vous faire croire l’ensemble de l’histoire.
  • FBP a un talent certain de manipulation d’autrui, c’est ce qui nous revient le plus souvent des témoignages que nous avons reçu. Il utilise souvent des personnes de son entourage pour transmettre ses dénonciations ou répandre des rumeurs.

Voici le portrait d’années d’abus et de violence de la part d’une personne qui voudrait encore se faire passer pour une victime.

Un passé d’extrême-droite qu’il n’assume pas

Francis Boudrias-Plouffe aime se présenter comme un militant d’extrême gauche et antifasciste depuis plusieurs années. Mais c’est aussi un ancien nationaliste identitaire proche des idées antisémites, qui fut actif au sein du de l’émission de radio « Les fils de la Liberté » pendant plusieurs années. Il a eu l’honneur, comme il a déjà dit, de recevoir Alain Soral en 2012 au Québec. Alain Soral est un antisémite et negrophobe notoire et multi condamné pour incitation à la haine raciale. De plus, les fils de la liberté étaient fiers d’avoir invité à Montréal Serge Ayoub, un bonehead néo-nazi français connu sous le nom de Batskin, fondateur des Jeunesses nationalistes Révolutionnaires et de 3e voie, dont faisaient partie les assassins du militant antifasciste Clément Méric.

Dans la photo plus bas, vous pouvez d’ailleurs le voir (avec une cagoule et un carré rouge, au centre) faire une « quenelle » en présence d’Alain Soral, de l’écrivain d’extrême-droite suisse Piero SanGiorgio et de deux militants d’extreme-droit québécois. La «quenelle» est un signe de ralliement inventé par l’humoriste et grand ami d’Alain Soral Dieudonné. Elle représente à la fois un salut nazi inversé, par provocation car ce signe est interdit par la loi en France, et un geste (homophobe) de «mettre quelque chose dans le cul du système». Le «Système» étant contrôlé par les juifs selon Dieudonné et Soral. Faire une «quenelle» et donc un geste profondément antisémite.

En 2012 il était déjà de notoriété publique qu’Alain Soral et son organisation Égalité et Réconciliation faisaient partie de l’extrême-droite antisémite la plus dure.

Sur la capture d’écran suivante, vous pouvez voir « Frank Mounadhel » qui, le 19 octobre 2014, défendait l’identité québécoise après s’être fait interpellé comme canadien sur le forum d’Égalité et Réconciliation, l’organisation d’Alain Soral. Loin d’être banale, cette revendication de l’identité québécoise est ancrée dans le très problématique nationalisme dont faisait preuve FBP à l’époque. Au-delà du problème même de son militantisme identitaire, ses comportements envers les personnes le critiquant à cette époque étaient des plus violents. Il a par exemple fait preuve de racisme et de promotion du colonialisme français à l’égard d’un militant autochtone qui s’est confié à nous.

Plutôt que de reconnaitre les faits et de s’excuser, FBP s’enfarge dans les mensonges. Selon lui, il aurait planifié à cette époque d’infiltrer l’extrême-droite et de chasser les racistes du mouvement souverainiste duquel il était très proche. Il raconte à qui veut l’entendre qu’il en a fait plus pour la cause antifasciste que la plupart des groupes et organisations existantes. Dans une discussion récente, il se vante d’avoir combattu le groupe néo-nazi Strike Force, au tournant de l’année 2010.

Problème : aucun groupe actif à cette époque (Antiracist Action, Antifa Montréal, RASH,…) ne peut confirmer son militantisme antifasciste. Par contre ces derniers le connaissaient déjà, au moins à partir de 2012, comme un militant d’extrême-droite à surveiller. Nombreuses sont les personnes ayant réellement militées contre le fascisme et le racisme durant ces années qui nous témoignent du fait qu’il était identifié comme un danger à cette époque, vu son leadership dans l’extrême droite.

Si son objectif était d’infiltrer l’extrême droite pour mieux la détruire de l’intérieure, pourquoi le harcèlement envers les militant-e-s anticoloniaux ou de gauche ? Pourquoi avoir investi autant d’énergie à maintenir les Fils de la liberté actifs, si son intention était d’y mettre fin ? D’ailleurs, si vous croyiez qu’il aurait infiltré l’extrême droite au risque de se faire découvrir détrompez-vous : il y était actif en affirmant être d’extrême-gauche (notamment à la 21e minute de l’épisode 117 des fils de la liberté, disponible sur Daily motion et sur Douteux.tv). Sa vision du militantisme d’extrême gauche n’est donc pas en contradiction avec ses activités nationaliste et antisémite, ce qui est tout à fait inquiétant.

Il a depuis essayé de s’acheter une réputation de militant de gauche en mentant et manipulant les gens. Plusieurs indices nous démontrent aussi qu’il n’a pas abandonné un certain antisémitisme, fantasmant partout où il passe des méchants sionistes, donc des juifs, qui voudraient lui nuire, comme certains témoignages que nous allons révéler ici vont le démontrer.

Abus interpersonnels

FBP a été plusieurs fois dénoncé pour des agressions sexuelles, des agressions physiques, verbales, du harcèlement, de la destruction de réputations. etc. Son nom se retrouve, sans surprise, sur la liste d’agresseurs publiée sur FB et Instagram en juillet 2020. Fidèle à son habitude, il accuse systématiquement les victimes de ses actes d’être des agresseur-es et manipule son entourage. C’est une démarche qu’il a fait à plusieurs reprises avec les personnes s’étant « libérées de son joug » et qu’il répète lorsqu’il y a une tentative de le dénoncer.

Nous allons maintenant vous livrer une série de témoignages, certains anonymes, d’autres non, afin de démontrer la dangerosité de cette personne. Ceux-ci ont été sélectionnés parce qu’ils illustrent des situations différentes ou plus explicites de ses actions. Plusieurs autres nous ont été envoyés, par diverses personnes, pour témoigner des violences que leur ont fait vivre FBP. De toutes ces personnes, presqu’aucune ne se connaissaient entre elles. Ce sont des gens de différents genres et de milieux multiples.

Nous espérons, une fois pour toute, que la force de ces témoignages viendra arrêter sa triste carrière d’abuseur.

Avertissement de contenu : violence physique, gaslighting, manipulation émotionnelle

« Hier soir, le 21 juillet, il devait être autour de 9:30-9:45, j’écoutais la télé avec mon coloc Francis. En même temps, j’utilisais du easy-off pour décaper un levier de frein pour mon vélo. J’avais déposé la pièce dans un plat de Pyrex sur le balcon arrière puisque les vapeurs étaient irritantes, en prenant soins de fermer la porte. Je suis retourné le chercher après l’avoir laissé mariné quelque temps, j’ai rincé le morceau dans l’évier et je suis retourné écouter la TV. Je n’avais pas remarqué que j’avais oublié de fermer la porte derrière moi. Quelques minutes plus tard, j’estime entre 5 et 10 minutes, Francis est allé chercher quelque chose dans la cuisine et c’est là qu’il a remarqué que son chat, Vushko, s’était enfui par la porte que j’avais laissée ouverte. Il m’en a fait part et j’ai immédiatement commencé à m’habiller pour partir à sa recherche. Il était visiblement inquiet pour l’animal, j’ai essayé de le rassurer en lui disant que ça ne faisait qu’environ 5 minutes qu’il était sorti.  Je ne sais pas si mon ton était condescendant ou si j’avais une attitude trop désinvolte mais Francis ne l’a pas pris et a commencé à me crier dessus, à me dire de “fermer ma gueule” “d’arrêter de le bullshiter avec mon orgueil”. Je pense qu’il croyait que j’avais laissé la porte ouverte la première fois quand j’ai sorti le plat dehors. Il n’y avait rien à dire, impossible de placer un mot pour lui expliquer les faits. J’ai continué à rouspéter, je ne tolère pas de me faire engueuler par quelqu’un que j’essaie d’aider.

J’ai haussé le ton et je lui ai dit “j’m’en Calice de ton chat, arrange toi, dans l’fond’’. Je crois que c’est ce qu’il l’a mis en colère. J’ai peut-être échappé un “fuck you”. Je ne suis pas certain de ce qu’il l’a vexé. Il m’a dit que je “l’insultait dans sa propre Maison” et a dit qu’il allait me frapper. Dans mon arrogance habituelle je lui ai répondu “ben oui c’est ça, frappe moi,” ce qu’il a fait. Il m’a foutus son poing sur le côté gauche de ma bouche. C’était le premier coup que je mangeais au visage, ça m’a fendu une lèvre et je me suis mordu la langue, je saignais un peu. J’ai absolument pété un plomb ensuite, je me suis mis à l’insulter, j’ai fracassé un verre au sol. J’étais complètement sidéré qu’il ait osé m’attaquer physiquement.

Il m’avait dit auparavant qu’il détestait employer la violence et qu’il ne le ferait qu’en légitime défense, c’était visiblement faux. Francis n’est pas équipé pour régler ses conflits interpersonnels sans y recourir.

J’ai continué à crier et à l’insulter, il m’a menacé de recommencer, il m’a dit que si je continuais et que si je ne quittais pas la maison, il allait me “péter les dents”. J’ai ramassé mes affaires en vitesse et je suis sortis, j’ai marché un coin de rue avant de réaliser que je ne pourrais pas vivre avec lui, j’ai donc fait demi-tour pour aller faire mes bagages en vitesse. J’avais peur pour ma personne, j’avais composé “9-1″ sur mon téléphone avant de rentrer à l’appartement, je me disais que dans le pire des cas, j’aurais juste à composer le 911 et que le SPVM enverrait une auto-patrouille. Je ne voulais absolument pas impliquer la police, Francis a plusieurs démêlés avec la justice et il est en probation, je ne voulais pas qu’il soit mis en prison pour un coup de poing. Je fais 5’4” et je ne sais absolument pas me battre, tandis qu’il fait presque 6′ et qu’il a participé à de multiples bagarres, s’entraîne au systema. Le 911 était mon seul et dernier recours si les choses viraient vraiment mal.

J’ai pris mon gros sac à dos et j’ai mis tous les vêtements et médicaments que j’ai trouvés puis je suis partis vers chez mon frère. J’ai informé Francis par texto que je ne vivrais plus avec lui. En marchant sur de l’esplanade, j’ai enregistré un court vidéo pour documenter les événements, il était 10:04. »

Ce témoignage d’un ancien coloc de Francis Boudrias Plouffe a été rédigé par celui-ci le lendemain de l’épisode de violence qu’il a vécu l’an dernier. Ses proches ont pu confirmer, avec des preuves, cette version des faits, entre autres en ce qui concerne la blessure commise. Récemment, FBP a décidé de le dénoncer pour la violence que celui-ci lui aurait fait vivre, et de le faire exclure de certaines organisations. L’auteur du témoignage a donc choisi de briser le silence et de nous faire parvenir son récit initial. Celui-ci permet de mettre en lumière le niveau de violence qu’il est habitué d’utiliser lorsqu’il est en conflit et les conséquences que cette violence a pour ses proches. Les images suivantes sont la dénonciation que FBP fait de Jérémie.

Dans sa dénonciation, FBP affirme avoir demandé à Jérémie de le rencontrer pour « pouvoir en parler ». Dans les captures d’écran de leur conversation aillant eut lieu 8 mois après l’événement relaté, on voit qu’il lui avait plutôt proposé de « cailler » (probablement «chiller») ce que Jérémie refuse parce qu’il a toujours peur de lui. Au tout début de sa dénonciation, FBP affirme que Jérémie l’a manipulé à un moment où il était vulnérable. Dans une autre capture d’écran de leur conversation, on le voit plutôt se vanter de « sa bonne droite » et que l’homme qu’il a frappé en essayant de ne pas frapper trop fort s’est évanoui. C’est avec cette compréhension de la capacité de frapper que Jérémie connait FBP. Jamais dans sa dénonciation FBP semble considérer que de frapper son coloc, même dans un conflit où il y aurait des cris et des injures, n’est pas acceptable.

Même dans sa version des faits, FBP ne semble pas être capable de se voir comme l’agresseur. Il enveloppe son histoire de propos pour discréditer Jérémie et tenter de justifier son coup : mauvaise colocation, exhibitionnisme et manipulation. Des faits que dément Jérémie dans sa réponse aux accusations :

« Dans son callout il dit m’avoir demandé de me rencontrer pour qu’on puisse discuter de la situation mais comme on peut le voir, il m’a juste demandé de chiller. Comme il le dit, il m’a frappé mais son timeline est faux.

En ce qui concerne notre colocation, il y a plusieurs choses à dire. L’appartement était très chaud. Jsuis pas très pudique mais c’était pas de l’exhibitionnisme. J’ai jamais flirté avec lui. Jamais. Je suis dégouté qu’il ait sexualisé mon corps de même. J’ai jamais fait de gestes inappropriés. J’ai même dit à Francis quand il m’a demandé si je le trouvais attirant que je ne voulais rien avec lui. Je croyais qu’il doutait de son apparence et j’ai essayé de le rassurer. Il était souvent complexé par son physique, j’essayais de le rassurer. Comme j’aurais fait avec n’importe quel ami-e.

Je porte souvent des minishorts de fille, il me disait souvent que je ne devrais pas porter ça dans telle ou telle occasion. Est-ce qu’il s’inquiétait que je sois victime d’homophobie où est-ce qu’il avait honte de moi? Dur à dire. C’était toujours pour des occasions auxquelles on allait ensemble.

Il me parlait souvent de cul, il se vantait beaucoup de ses prouesses et me disait quel gestes une telle appréciait, quelle kink une autre avait, etc. Jtrouvais pas ça très gentlemanlike mais j’suis pas prude non plus. J’étais un peu mal à l’aise. J’essayais de changer légèrement de sujet.

Si je n’étais pas d’accord avec une demande, j’étais selon lui abusif, capacitiste même si je faisais très attention de m’informer sur l’autisme. Il m’insultait souvent aussi, quand je faisais une erreur ou qu’on était pas d’accord sur un sujet il sautait tout de suite à l’adhominem “tu connais rien” “tu dis tout le temps de la bullshit” “arrête de t’obstiner tes un menteur”.

Une fois, je faisais de la plomberie dans l’appartement et j’ai dû quitter acheter du matériel. Francis m’envoie des textos en colère parce que son chat était entré dans le mur et parce qu’il ne pouvait pas prendre de douche après sa dure journée de vélo. Je m’excuse et je lui dis que je vais tout arranger. J’avais effectivement tout laissé en plan sans l’avertir, je comprenais sa frustration. J’arrive à la maison, Francis me donne un char de marde, me cri dessus, j’essaie de calmer le jeu en m’excusant et en lui rappelant que j’ai fait ça pour améliorer l’appart. Je rentre dans la cuisine, deux portes d’armoires sont arrachées. Évidemment, c’est moi qui va avoir à réparer ça. Francis part dans sa chambre et ferme la porte. Je m’embarre dans la salle de bain pour finir la job, ça me prend pas plus que 30 minutes. Je nettoie le bain, sort et averti Francis qu’il peut enfin prendre une douche. Je revisse les portes qu’il a arrachées. Francis n’est jamais sorti de sa chambre cette soirée-là. Il ne s’est jamais excusé d’avoir arraché les portes, ne m’a jamais remercié de les avoir réparées, pas plus que pour la douche d’ailleurs.

Je savais que de s’en prendre au mobilier était un signe de violence domestique. C’est un red flag. Francis me reproche le lendemain de ne pas prendre en compte qu’en tant qu’autiste, “la stabilité environnementale” est très importante pour lui, que l’instabilité lui cause beaucoup d’anxiété. Je m’excuse d’avoir causé le stress et on s’entend pour que je le prévienne si jamais j’ai modifié notre environnement. J’ai par la suite toujours fait attention d’avertir si j’avais changé quelque chose ou pas eu le temps de ramasser tel bordel que j’avais causé. Francis quant à lui laisse trainer des déchets au sol, ne fait pas sa part de la vaisselle. Je me rends rapidement compte que le bordel et la saleté qu’il crée ne le dérange pas, que c’est ce que je modifie dans l’appartement qui le stresse. Malgré des efforts répétés pour essayer d’instaurer une certaine division des tâches, les discussions avec Francis tournent toujours en blame game. Aucune division n’a été faite. Ce qu’il omet de dire dans son callout c’est que j’ai moi-même un TDAH et que c’est pour ça que j’ai de la misère avec le ménage. C’est typique. Je croyais ses discours sur la neurodivergence mais dans les faits, il ne parlait que d’autisme. Il justifiait toutes ses demandes domestiques sur sa condition mais n’acceptait jamais que la mienne puisse justifier tel ou tel oubli.

J’ai toujours eu de la difficulté à fermer les portes derrière moi, c’est un vrai problème que j’ai. Ça doit être à cause de mon TDAH. Il arrive souvent que je laisse la porte du balcon entrouverte et qu’un des chats s’enfuit. Une fois, comme d’habitude je m’occupe d’aller récupérer le chat dehors, tout va bien. Je dis à Francis que tout est beau, il me répond “tant mieux, j’étais vraiment inquiet, pour vrai si il arrivait quelque chose à mon chat je sais pas ce que je ferais mais c’est sûr que je casserais la gueule de celui dont c’est la faute”. C’est une menace de coups à peine voilée, red flag 2. Donc vers la fin du deuxième mois de collocation, après deux red flags et une ambiance conflictuelle je me disais bien que ça ne marcherait probablement pas. J’étais très déçu, j’me suis dit que peut être qu’il y aura moyen de sauver les meubles le troisième mois.

On s’était entendus pour une période d’essai de 3 mois. Il m’a frappé juste avant la date de remise du loyer. J’ai quitté immédiatement. Ah pis, j’suis loin d’être le coloc parfait là, j’peux être d’humeurs changeantes pis j’suis certainement bordélique mais je faisais de mon mieux. C’est loin d’être de l’abus selon moi. »

Le prochain témoignage vient d’une personne qui souhaite rester anonyme. Elle a fait la démarche d’identifier elle-même les méthodes d’abus de Francis Boudrias Plouffe, selon son expérience.

Avertissement : Manipulation, Misogynie et Objectivisation extrême des femmes

« Frank Mounadhel, Francis Boudrias Plouffe, Fran Fran Bp a été durant 3 ans et demi un de mes amis les plus proches, mon meilleur ami, il a été mon mentor dans le militantisme, dans la politique. Après 3 ans j’ai commencée à m’éloigner de lui, et après 1 ans et demi environ à m’éloigner de lui j’ai finis par couper tout contact de façon permanente avec lui.

Pourquoi ai-je fais ça ? Car c’est un manipulateur fini, un menteur, un mythomane, un homme contrôlant, violent, misogyne, un homme extrêmement dangereux qui refuse catégoriquement de changer et même de reconnaitre ses torts.

Manipulateur : Durant ces 3 années j’ai été sous son emprise, il m’apprenait les ficelles du militantisme radical mais en retour profitait de moi. Si je lui refusais quoi que ce soit il se mettait en colère ou venait jouer avec mes émotions pour que je lui donne ce qu’il voulait. Il m’apportait dans toutes les manifs, toutes les réunions, les conférences mais contrôlait à qui je parlais et qui je rencontrais. Pour ce faire il s’assurait de talkshit sur presque tous les gens qu’on croisait, lui c’est un si, elle c’est une ça, un tel et un traitre, celle-là c’est une sioniste etc… etc… Il avait des merde à dire sur tout le monde pour s’assurer que justement je ne rencontre pas de nouvelles personnes qui lui enlèverait l’emprise qu’il avait sur moi, pour s’assurer que ses mensonges ne soient pas défait par des gens qui le connaissais depuis longtemps et avait vu au travers de son jeu. J’avais une confiance totale en lui, j’étais facilement influençable et il en profitait allègrement. Il m’a éloigné de mes ami.es, éloigné de tous mes nouveaux camarades, de ma famille, de mes passions pour y imposer les siennes, pour imposer les personnes qu’il avait choisis que je côtoierais. C’était comme être dans une secte mais je n’avais de contact qu’avec le ”gourou” et pas les autres ”fidèles”.

Il m’insultait dans mon dos, racontait des conneries sur moi à ma coloc (avec qui il entretenait une relation de sexfriend) et lorsqu’il était avec moi racontait des conneries sur elle. Il tentait de nous séparer pour mieux nous contrôler et lorsqu’on s’en ai parlé on a réalisé son double jeu, sa manipulation. J’étais horrifiée de sa manipulation.

Menteur et mythomane : Il s’est inventé une vie, il se serait fait tiré dessus quand il était jeune, fait tiré dessus par des sionistes, bagarrés avec des tonnes de personnes, il aurait commis pleins de crimes, aurait été proche de grand criminel etc… Et pleins d’autres histoires pour avoir l’air tough, pour que j’aie confiance en lui, pour que je l’admire…

Il était juif et mormon, racisé mais white passing, non-binaire… pour fuir les accusations d’antisémitisme, d’islamophobie, de prendre la place des personnes racisé.es, pour fuir les accusations de misogynie. Je sais pas ce qui est vrai ou faux là-dedans, il est difficile de savoir qu’elle identité est vrai ou fausse, je ne suis pas le genre a nié les identités des gens mais ce qui est sûre c’est que ces identités ne lui servaient qu’à se protéger des critiques à son encontre.

Il a toujours su utiliser la vérité pour construire ses mensonges, tous ses mensonges partaient d’une vérité qu’il twistait dans tous les sens pour construire ses histoires, pour se défendre des multiples accusations son encontre, surtout pour les accusations d’agressions sexuelles. Il avait des longues histoires pour expliquer que toutes les accusations d’agressions sexuelles étaient fausse, une était une sioniste infiltrée, l’autre des ragots d’extrême droite, l’autre son ex mythomane etc… etc… etc… Et moi je le croyais et le défendais car il était très persuasif et intense.

Contrôlant : Il était impossible d’être en désaccord avec lui, sinon il s’énervait, devenait agressif, se mettait à utiliser des multiples méthodes de manipulation pour s’assurer que je me range derrière lui, pour que je lui donne ce qu’il voulait, pour que je fasse ce qu’il voulait, la démocratie, le consensus, la discussion, le débat était impossible avec lui.

Lorsque je m’étais éloignée de lui je m’étais rapprochée de groupe militant antifasciste et il était venu m’engueuler, m’insulter et exiger que je cesse de parler à a ces gens qui était selon lui des traitres et des collabos. C’est à ce moment que j’ai coupé tout contact avec lui

Violent : Chaque fois qu’il avait un conflit avec quelqu’un il parlait de leur cassé la gueule, de les battre, à chaque gros conflits que j’avais avec lui il devenait très énervé et me faisait peur, il levait le ton voir il criait, avait une gestuelle agressive. Il en était de même lorsqu’il avait des conflits avec d’autres personnes. C’était épeurant car j’étais incapable de le confronter sur quoi que ce soit.

Misogyne et machiste : Déjà on peut se référer facilement aux diverses dénonciations à son sujet, sur la page des gamines entre autres, moi j’ai vu un autre côté de sa misogynie. Il sexualisait les femmes à l’extrême, il ne les voyait que comme des trous à baiser, il se vantait de ses ébats sexuels, des filles avec qui il couchait, de son énorme pénis, de baiser bien, de les faire jouir etc… etc… C’était très malaisant car il se disait féministe mais était incapable de voir les femmes autrement que comme des baises potentielles. Moi je suis pour la sexualité libre et consentante mais je trouve dégoutant de considérer les femmes comme des trous à fourrer, comme des objets sexuels dispensables qui ne servent qu’à servir son bonheur et son pénis. Lors d’une visite à mon appartement, il était seul avec une de mes colocs (pas sa sexfriend) et il l’avait complimenté de façon assez crade sur ses gros seins, c’était dégoutant et j’avais honte de l’avoir apporté chez moi.

J’oublie tellement d’évènements, tellement de choses mais Frank est un homme dangereux et j’ai peur de faire ce témoignage car j’ai peur de ce qu’il pourrait me faire, des choses qu’il pourrait inventer sur moi, j’ai peur de lui, j’ai peur de le croiser… »

Le prochain texte témoigne de violence sexuelle, de manipulation et de misogynie. La personne nous l’ayant partagé souhaite rester anonyme. C’est un témoignage qui permet, encore une fois, de constater le contrôle qu’aimait prendre Francis Boudrias Plouffe sur les personnes qui ne répondaient pas à chacune de ses demandes.

Avertissement : agression sexuelle, manipulation

« Donc, en 2012, je militais avec Frank dans un groupe indépendantiste gauchiste, le MPIQ. Une soirée, il a organisé une soirée de visionnement de film. Ça s’est fini tard, il était genre 4h du matin, j’ai demandé pour dormir dans son salon. Il a insisté pour que je dorme dans sa chambre parce que sa coloc allait peut-être revenir et qu’elle dormait elle aussi dans le salon. Je me suis couchée, toute habillée, et lui s’est mis en sous vêtement. J’étais full mal à l’aise et je me suis tournée pour lui faire dos. J’essayais de faire semblant de dormir, mais il essayait sans arrêt de relevé ma robe. Je refusais, je rabaissais ma robe, mais il continuait sans cesse. Un moment donné je lui ai dit “si je te laisse dormir en cuillère, vas-tu arrêter?” Il a dit oui. Ça s’est calmé mais il avait quand même les mains baladeuses alors j’ai pas été capable de dormir, je suis partie vers 7-8h, je sais plus mais le soleil était levé.

C’est rester de même. Plusieurs mois plus tard, genre mars 2013, on a été une gang de filles à vouloir call out ses comportements sur une autre militante. Je discutais avec un responsable, et il m’a dit : Toi, t’es pas objective sur ce dossier-là, Frank nous l’a dit que tu t’étais essayé sur lui et qu’il t’avait rejeté, que ça t’a rendue amère.

J’étais tellement en tabarnaque. J’ai fini par me distancier du groupe et du milieu militant parce que j’avais l’impression qu’on gardait toujours les agresseurs et qu’on laissait les victimes dealer avec leur affaire. Pis qu’on priorisait un bon militant actif, même s’il est un abuseur. »

Les captures d’images suivantes proviennent de la page Facebook «Collectif Les Gamines». Il s’agit d’une dénonciation publique publiée en 2017. Elles sont ajoutées ici puisqu’elles illustrent une fois de plus la violence de Francis Boudrias Plouffe et ne laisse pas de doute sur les dénonciations d’agressions sexuelles le concernant.

Avertissement de contenu : Violence non-décrite, violence sexuelle.

Les captures d’écran suivantes confirment plusieurs paterns déjà évoqués. Elles nous ont également été transmises et nous les publions avec autorisation :

Paranoïa et obsessions

« J’ai rencontré Francis Boudrias-Plouffe vers 2015, autour du printemps. Il tournait autour des manifestations, occupations, bref autour des espaces militants. Il sortait également à l’époque avec une amie. De fil en aiguille, on a eu quelques discussions seuls à seuls, qui m’ont laissé un sentiment d’inquiétude. J’avais 18-19 ans, full impressionable. Il m’a sorti des méga monologues sur une tonne de sujets, m’a littéralement enseveliE d’informations, ce qui lui donnait un air de grand connaisseur et d’importance. Puis il est arrivé sur des sujets autour de la Palestine, des tensions dans les groupes dans lesquels il s’impliquait, etc. Là, il m’a fait savoir à maintes reprises qu’il était traqué et menacé par différentes organisations (le mossad, le hezbollah, des groupes d’extrême droite aussi), qu’il était en danger, persécuté, etc.

J’ai failli y croire mais c’était trop big pour faire du sens. Surtout quand il est parti sur la pente de “Si des gens disent des choses sur moi, ou dénoncent des trucs, c’est une manigance du mossad/hesbollah/police pour me discréditer et m’attaquer et c’est tout faux c’est un complot”. J’ai pris mes distances. Mon amie qui sortait avec s’en est également séparée, et a une expérience avec qui ne m’appartient pas de raconter. Je l’ai soutenue, avec un ou deux autres amis. Pendant cette période, Francis a redoublé d’ardeur à tenter de nous convaincre (et tout le reste du monde aussi) qu’elle mentait, qu’elle était violente, etc etc. Il a inventé des horreurs pas pire ridicule pour la discréditer, la gaslighter, et continuer de mettre ses agissements sur le dos de grosses organisations. Depuis, plus de nouvelles de lui, pour ma part. Coupage de contact très nécessaire. »

La personne témoignant ici de son expérience avec FBP manifeste une expérience que plusieurs personnes nous ont partagé. Ici, nous avons le témoignage d’une personne qui a pu voir rapidement à travers ses mensonges concernant son amie. Ça n’a pourtant pas été le cas de tout le monde, puisque plusieurs proches de FBP ont choisi de rester dans ses fréquentations après les dénonciations de violence qu’ont faite plusieurs de ses ex. Mais au-delà de la confirmation de violence qu’a vécue la personne mentionnée dans ce témoignage, celui-ci explore la manipulation qu’il fait des luttes qu’il prétend défendre. Être un militant pour la libération de la Palestine à Montréal l’a mené jusqu’à utiliser le Mossad et le Hezbollah pour se victimiser et justifier les « rumeurs » qu’il pourrait y avoir à son sujet. Toute personne plus jeune, nouvelle dans les milieux militants ou impressionnable aurait pu croire à ces mensonges qui semblent des plus absurdes pour les militant-e-s aguerri-e-s. Comment peut-il avoir mobilisé d’aussi grands mensonges sans conséquences, sans remise en question publique ? Parce qu’il savait justement à qui s’adresser. Ses méthodes de manipulation ne sont pas laissées au hasard comme le confirme les prises d’images suivantes.

FBP défend une autre théorie que les complots policiers ou étatiques en ce qui concerne toutes les dénonciations le concernant : des groupes de gauches, dans lesquels sont actifs des agresseurs, veulent détruire sa réputation afin de protéger lesdits agresseurs. Il y a un problème bien réel dans le fait que de trop nombreux « camarades » de gauche ont violenté et perpétuent à ce jour des violences, souvent sexiste et profitant de statuts de popularité. Ces problèmes sont adressés depuis de nombreuses années par les militant-e-s féministes de nos réseaux. Par contre, l’instrumentalisation de ces violences pour décrédibiliser les dénonciations qui le concerne est, encore une fois, la preuve de sa manipulation. À plusieurs reprises, il a profité de dénonciations publiques pour alimenter ses conflits personnels, déviant la conversation des survivantes vers sa personne. De plus, il a souvent réagit aux dénonciations le concernant, pas pour s’offrir le même sort qu’il réservait à ses « ennemis » qui étaient dénoncés, mais pour justifier ses abus dans de longs textes présentant les raisons pour lesquelles il serait plutôt la victime de toutes ces relations. Nous le rappelons encore une fois : les dénonciations de violences sexuelles et physiques, de manipulation, de gaslighting et de menace de sa part sont trop nombreuses pour être concises dans ce document. Francis Boudrias Plouffe est multirécidiviste dans toutes ces situations et semble incapable d’offrir quelconque justice à ses victimes puisqu’il ne peut pas commencer par reconnaitre ses torts.

Si vous doutez encore des mauvaises intentions de FBP après cette lecture, il nous laisse lui-même les preuves de ses outils en « manipulation et contrôle ». Dans les captures d’écran suivantes, vous pouvez constater que ses actions, loin d’être de la maladresse ou des erreurs, sont issues de stratégies réfléchies.

En résumé, il publie sur VK, une plateforme depuis très longtemps prisée par l’extrême droite, un texte qui explique comment manipuler un forum sur internet. Il dit que c’est un texte pratique pour tout-es militant-es qui utilisent les réseaux sociaux. Le reste du texte n’est pas de lui, il promeut simplement le contenu qui copie. Le texte copié explique comment prendre le contrôle d’une plateforme, en faisant supprimer du contenu jugé indésirable, en utilisant des faux comptes pour dissimuler sa manipulation, en trollant, en manœuvrant de devenir modérateur des groupes, etc. La prochaine fois que vous entrez en conflit avec lui ou ses proches sur les réseaux sociaux, gardez cela en tête.

Conclusion :

Si vous vous êtes reconnus dans cette triste histoire, vous êtes peut-être une de ses victimes. Si c’est le cas vous avez tout notre soutien, nous vous croyons et vous pouvez nous contacter à l’adresse suivante : justice_survivantes@riseup.net

Si vous faites partie de son entourage, il est aussi possible que FBP abuse de vous ou vous manipule. Il n’est pas trop tard pour couper les ponts avec lui et le bloquer de vos réseaux.

La publication de ce dossier entend clore une fois pour toute ses manipulations. Après sa lecture FBP va probablement essayer de vous faire douter. Souvenez-vous qu’il va utiliser le 10% d’histoires véridiques afin de semer le doute en vous. C’est sa stratégie.

Il vous dira par exemple : «oui mais les autres aussi ont des amis agresseurs», «c’est moi la victime», etc. En travaillant sur ce dossier nous avons reçu des dizaines de captures d’écran qui attestent de ses abus.

Si vous voulez aider et défendre les victimes, vous devez nous aider à isoler Francis Boudrias-Plouffe et à faire connaitre ses agissements.

Deux membres d’Atalante à Montréal affichés et attaqués

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Août 132020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Atalante est une organisation néo-fasciste (voir les articles de Montréal Antifasciste à leur sujet) surtout présente dans la ville de Québec. À Montréal, le groupuscule rassemble une poignée de néo-nazis. Nous exposons ici deux d’entre eux. Shawn Beauvais-Macdonald, le désormais célèbre nazi de Charlottesville, est un compagnon de route de longue date d’Atalante (sur les photos plus bas, il pose avec Raf Stomper, le chef de l’organisation et lors d’une action d’Atalante). Il réside dans un appartement au 2e étage du 2045 avenue Elmhurst, dans Montréal-Ouest.

Il affiche fièrement ses couleurs racistes, jusqu’à sa fenêtre de salle de bain où il arborait un drapeau mêlant le soleil noir nazi et la fleur de lys. Malheureusement pour lui, le drapeau a été subtilisé il y a quelques semaines.

Francis Hamelin est un «ancien» qui a participé à la fondation de Troisieme Voie et a aidé Atalante à s’installer à Montréal (avec le succès qu’on connait). Il réside avec sa famille au 2669 rue Monsabré, dans le secteur de Longue-Pointe dans l’est de la ville, où il affiche discrètement des drapeaux nazis et SS.

En partageant des photos de son œuvre d’art (un buste d’Adrien Arcand) et de son beau truck, il a involontairement dévoilé son adresse.

Son véhicule a été redécoré avec des tags «nazi» et «nazi scum» il y a quelques semaines, afin de prévenir ses voisins de quelle ordure il est.

Les nazis d’Atalante ne seront jamais tranquilles. Montréal est antifasciste. D’autres messages suivront.

Des antifascistes

Une manifestation de soutien aux préposé-e-s aux bénéficiaires se transforme en happening pour l’extrême droite complotiste

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Juil 182020
 

De Montréal Antifasciste

Le 18 juillet doit avoir lieu une « Manif des travailleurs de la santé!!!!! » au Parc Saint-Laurent à Repentigny. Organisé par un collectif de préposé-e-s, « Le journal des PAB », cette manifestation présente cinq revendications (qu’il faut d’ailleurs chercher un peu sur la page de l’événement…) et invite « tous les travailleurs de la santé au Québec » à les rejoindre. Si cette initiative autonome nous semblait sympathique au premier abord, nous avons vite déchanté au courant de la dernière semaine en constatant que plusieurs personnalités d’extrême droite et de la complosphère anti-confinement étaient en train de s’inviter ou étaient carrément invitées par une partie des organisateurs-trices!

En effet, Steeve « L’Artiss » Charland (ex-numéro 2 de La Meute, aujourd’hui rallié à Storm Alliance) prévoit « venir avec sa gang » (comme lui, des proches de La Meute et Storm Alliance, deux organisations notoirement islamophobes et hostiles à l’immigration). Jonathan « Hex » Héroux, promoteur des fameuses Vagues bleues de Montréal et Trois-Rivières, annonce aussi sa présence, tout comme Alexis Cossette-Trudel, le nouveau complotiste en chef du Québec, un adepte des fake news et de la manipulation postfactuelle.

Disons-le clairement : ces individus et leurs suiveux ne sont pas des allié-e-s des travailleurs et travailleuses de la santé. Au contraire, dès le début de la pandémie ils se sont employés à minimiser l’impact du virus sur la santé (voire même nier son existence!), tout en appelant la population à briser les mesures de confinement et à ne pas respecter la distanciation physique, mettant ainsi en péril travailleuses et travailleurs de la santé, mais aussi par extension les ainé-e-s, les personnes à risque et la population en général.

De plus, et cela n’est pas anodin, plusieurs des idées et théories que ces individus mettent de l’avant servent à diaboliser et à désigner comme boucs émissaires une grande partie des personnes qui œuvrent dans le milieu de la santé, notamment comme préposé-e-s aux bénéficiaires, soient celles qui sont issues de l’immigration (régulière et « irrégulière ») et toutes celles qui adhèrent à la foi musulmane.

Ces individus, dont plusieurs sont des militant-e-s situé-e-s très à droite et sont actifs depuis plusieurs années dans des groupes islamophobes et anti-immigration (en plus de nourrir la récente hystérie complotiste négationniste de la COVID!) ne devraient être les bienvenus nulle part, car ils représentent la division, la peur de l’autre et l’ignorance la plus crasse.

Nous vous invitons donc à exprimer votre mécontentement quant à leur présence par tous les moyens utiles et nécessaires.

Action anti-coloniale au Parc Lafontaine

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Juin 292020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Nous avons frappé un symbole colonial et impérialiste de la nation québécoise pour dénoncer la transformation de nos lieux publics en lieux de vénération fasciste, telle l’immonde statue de John A. Macdonald, ce suprématiste notoire, ami intime des sudistes yankees et autres bourgeois méprisant le peuple. Ce ‘‘Fondateur du Canada’’, fondation née dans le bain de sang du génocide des Nations des grandes plaines, et penseur de la loi sur les Indiens. Adam Dollard-des-Ormeaux s’inscrit dans cette lignée des symboles anti-autochtone et militariste cléricaux. Héros de guerre coloniale de contrefaçon ayant comme unique fait d’armes de s’être fait exploser avec un tonneau de poudre noire, telle une bombe humaine, pour empêcher l’avancée des guerriers mohawks. Cette ancienne chimère de propagande cléricale visait à mobiliser les Canadiens français vers la première boucherie mondiale de 1914-1918, glorifiant la bravoure et l’esprit de martyr que la grande ‘‘race’’ française devait adopter pour réaliser son Amérique française, tel que l’avait échafaudé le rétrograde Abbé Lionel-Groulx. On fêtait alors, avant le 1er juillet de la fête de la Reine – ou plutôt fête du déménagement -, le « sacrifice » de Dollard pour commémorer un mythe guerrier de la conquête du territoire. Cette comédie n’était qu’une vieille figure unificatrice du clergé catholique et de l’intelligentsia nationaliste francophone, se pavanant main dans la main devant un monument et rêvant d’une Amérique blanche française et catholique, tout en condamnant la « juiverie mondiale » porteuse du marxisme qui corrompait le prolétariat francophone, les rendant ‘‘athées’’. Naturellement, les Anglais, qu’ils soient bourgeois ou prolétaires, devaient être « purgés » de cette terre conquise au nom du Roi de France et de l’Église catholique romaine.

Il va donc sans dire que la statue de Dollard-des-Ormeaux est une honte nationale québécoise et un vestige facho-chrétien. Les révolutionnaires québécois.es doivent traquer ces symboles réactionnaires et les détruire pour mettre en avant une réelle marche vers la réconciliation, ventée par nos crosseurs et crosseuses en complet d’affaires. De ce fait, cette statue doit tomber dans les poubelles de l’histoire afin d’être remplacée par des figures libératrices. Des figures telles qu’Obwandiyag (Pontiac) qui a mené une des plus grandes rébellions contre l’occupation européenne, ou bien encore un monument en l’honneur du lundi de la matraque. C’est en effet ce lundi que le parc Lafontaine devint champ d’affrontement entre les masses québécoises et ces sales flics du SPVM qui défendaient l’élite canadienne-française, rassemblée dans une provocation et un mépris déplorable de la « populace ». Cette révolte populaire sera marquante, car elle rallumera la flamme du Front de Libération du Québec et verra se rencontrer les individus qui formeront lacellule Chénier : c’est celle-là même qui abattra le ministre bourgeois Pierre Laporte. Dollard peut donc bien être déboulonné pour faire honneur en sa place à cette révolte historique.

Notre action se veut également un pied de nez aux militants catho-fascistes montréalais qui se pavanent sur les réseaux sociaux en se photographiant devant cet ignoble ersatz de monument colonial et une provocation ouverte envers ces sombres merdes. Le fascisme c’est la gangrène : on l’élimine ou on en crève !

Nous, Groupe Libération Socialiste, sommes dans la digne lignée des masses populaires afro-américaines qui depuis plusieurs semaines déjà font tomber presque chaque jour des monuments coloniaux et esclavagistes aux États-Unis ; dans la digne lignée des militant.es anticoloniaux montréalais qui aspergent de peinture rouge sang la statue du méprisant et méprisable John A. Macdonald. Nous encourageons tous.tes les révolutionnaires du Québec, toute la jeunesse souverainiste québécoise ainsi que tous.tes les opprimé.es et les exploité.es du Québec à multiplier les attaques contre ces ignobles monuments coloniaux qui pullulent à Montréal et dans tout le Québec.

Vers la libération totale des peuples de la vallée du Saint-Laurent!
Gloire à la lutte anticoloniale permanente des premières nations!
Mettons fin au Canada et à ses vulgaires gouvernances de province!

Vive le socialisme !

Vive l’Indépendance du Québec !
Vive l’Indépendance des peuples autochtones !
Mort à l’impérialisme et ses chiens de garde !
Nous vaincrons !

Groupe Libération Socialiste

NdMTLCI: Nous ne croyons pas que la promotion de « l’Indépendance du Québec », c’est-à-dire la création d’un nouvel État, qu’il soit socialiste ou capitaliste, peut s’inscrire dans une trajectoire anarchiste ou anti-autoritaire. Nous acceptons quand même la publication de ce communiqué pour ses contenus anticoloniaux et antifascistes et pour encourager les débats par le biais d’actions.

Le Front canadien-français : une jeune garde pour le courant ultracatholique de l’extrême droite québécoise

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Juin 252020
 

De Montréal Antifasciste

En avril 2020, au plus fort de la pandémie de COVID-19, apparaissent dans les quartiers centraux de Montréal des autocollants signés Frontcf.ca. Les autocollants, qui arborent alternativement le Carillon-Sacré-Cœur (un étendard obsolète évoquant la primauté perdue de l’Église catholique sur l’État du Québec) et une image d’archive représentant Jacques-Cartier hissant la croix en 1534, renvoient au site Internet d’un prétendu « Front canadien-français », dénomination jusque-là inconnue. On trouve sur le site une présentation sommaire du nouveau groupuscule, une série d’illustrations dans le style rétrofuturiste/fashwave et quelques photos « d’actions » aux auteurs anonymes, lesquelles sont aussi reproduites sur des comptes Twitter, Instagram et Facebook associés.

À la lecture du credo poussiéreux de ces jeunes ringards, on serait tenté de tourner en dérision leur programme rétrograde tout droit sorti de la Grande noirceur… Toutefois, la poignée de jeunes militants du FCF qui ont eu la maladresse de se dévoiler sur les réseaux sociaux nous ont permis d’établir des liens clairs entre leur petite bande de zoomers arriérés et certains des segments les mieux ancrés de l’extrême droite québécoise, dont le courant nationaliste ultracatholique qui sévit discrètement ici depuis plusieurs décennies.

– >>> Qui sont les militants du Front canadien-français (passez directement à la galerie sur le site de Montréal Antifasciste)

Voici donc un portrait de ce petit groupe de vingtenaires décalés et des inspirateurs fachos dont ils espèrent aujourd’hui reprendre le flambeau.
(6 000 mots; temps de lecture environ 20 minutes.)

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Au cours du printemps 2020, tandis que sévit la pandémie de COVID-19, plusieurs éléments disparates ayant piqué notre curiosité au fil des derniers mois tendent à suggérer l’émergence d’un nouveau réseau cohérent dans la région de Montréal : l’apparition en 2019 d’une pléthore de pages de mèmes[i] réactionnaires propageant des valeurs catholiques intégristes, hyperconservatrices, racistes et transphobes; la publication dans Le Devoir, en janvier 2020, d’un « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » cosigné par une soixantaine d’étudiant-e-s réactionnaires; le passage à Nomos.tv (la chaîne YouTube du projet ultranationaliste Horizon Québec Actuel) d’un militant catholique faisant circuler une étonnante « Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique au Canada français »; l’apparition de plus en plus fréquente du drapeau Carillon-Sacré-Cœur[ii], d’abord lors de manifestations (à la Vague bleue du 4 mai 2019, et lors de la grande Marche pour la Terre du 27 septembre 2019), puis sous forme d’autocollants à différents endroits de la ville; et enfin, la mise en ligne du site FrontCF.ca, dont de nouveaux autocollants font la promotion dans les rues de Montréal et que des éléments de contenu lient à au moins l’une des pages de mèmes mentionnées ci-dessus.

L’un des nombreux autocollants du FCF apparus à Montréal au printemps 2020. Il représente le Carillon-Sacré-Cœur.

L’un des nombreux autocollants du FCF apparus à Montréal au printemps 2020. Il représente le Carillon-Sacré-Cœur.

Survient alors une série d’actions, relayées sur les comptes Twitter, Instagram et Facebook du nouveau groupuscule, qui puise dans l’habituel répertoire d’action des mouvements sociaux (de gauche comme de droite). En particulier, les jeunes du Front canadien-français semblent calquer leur militantisme sur des organisations comme l’Action Française (royaliste et catholique, en France) ou Atalante au Québec. Depuis quelques semaines, ils se mettent en scène sur les médias sociaux en train d’appliquer des autocollants, de se recueillir devant des monuments historiques en brandissant des drapeaux, ou encore de nettoyer ces monuments pour exprimer leur amour d’un passé glorifié. Ces actions ont bien sûr pour but de faire connaître leur projet et d’éventuellement recruter de nouveaux membres (une intention que confirme d’ailleurs la signature « Rejoins nos rangs! » au bas de leurs textes).

Pour l’instant, des autocollants du FCF ont été aperçus à Montréal et dans quelques localités des rives Sud et Nord de la métropole. Leur première action n’a pas été revendiquée officiellement, mais elle a été publicisée sur le compte Instagram d’un des membres ainsi que sur le groupe Facebook du Mouvement des Jeunes Souverainistes [iii] : il s’agit d’un rassemblement devant la statue de Dollard des Ormeaux au parc La Fontaine de Montréal, le 18 mai 2020, pour marquer la Journée nationale des Patriotes, jadis connue comme la Fête de Dollard.

Le Front canadien-français devant le monument de Dollar Des Ormeaux, le 18 mai 2020, à Montréal.

Alexi Larose, du FCF, devant la tombe du chanoine Lionel Groulx, à Vaudreuil, le 23 mai 2020.

Les militants du FCF ont ensuite diffusé des photos d’un hommage à Lionel Groulx, prononcé le 23 mai sur la tombe du chanoine notoirement antisémite, à Vaudreuil. Cette commémoration du décès de Lionel Groulx était animée par Alexandre Cormier-Denis (dont nous reparlerons plus loin) d’Horizon Québec Actuel, qui en a d’ailleurs relayé la captation sur sa chaîne YouTube, Nomos.tv. On reconnaît plusieurs membres du FCF, dont Jason Mc Nicoll Leblanc et Jean-Philippe Desjardins Warren, qui ont trahi leur présence sur leur compte Instagram respectif. On peut aussi apercevoir deux autres membres dont les visages ne sont pas masqués, Vincent Benatar et Alexis Larose, le premier lisant une lettre de l’abbé Daniel Couture, où l’éminent membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX, voir ci-dessous pour plus de renseignements) exprime son regret d’être absent à la commémoration.

Un militant du FCF gravit au péril de sa vie le monument d’Ignace Bourget, à Montréal, le 8 juin 2020.

Dans les semaines suivantes, les membres du FCF se sont à nouveau mis en scène en train de nettoyer deux statues à Montréal : celles de Camille Laurin (« le père de la loi 101 ») et de Mgr Ignace Bourget, décrochant au passage une banderole Black Lives Matter, au prix d’un « courage » (sic) extraordinaire…

Si le parallèle avec Atalante se confirme, les militants du FCF s’entraîneront bientôt en secret à la boxe thaïlandaise pour distribuer des sandwichs au Paris Pâté!

Ce qui est certain, c’est que la présence en arrière-plan d’organisations comme la FSSPX ou Horizon Québec Actuel laisse présumer des liens avec une frange de l’extrême droite ancrée au Québec depuis fort longtemps…

 

De qui (ou de quoi) les militants du Front canadien-français se veulent-ils la jeune garde?

L’historien Roger Griffin définit le fascisme comme une forme « révolutionnaire d’ultranationalisme palingénésique[iv] ». Le terme rare « palingénésie », dérivé du grec, signifie « renaissance », ou régénération, c’est-à-dire un retour de « ce qui a déjà été et qui n’est plus ». Appliqué à un programme « ultranationaliste », le concept réfère donc à l’éventuelle renaissance de la nation (définie comme intérêt primordial) sous une forme idéalisée, et sa déclinaison « révolutionnaire » implique par définition l’éventuel recours à des moyens insurrectionnels (ou la menace d’un tel recours) pour concrétiser cette renaissance.

Les boneheads rechromés d’Atalante, par exemple, qui se décrivent eux-mêmes comme « nationalistes révolutionnaires » et dont nous avons déjà amplement documenté la démarche et la filiation, correspondent assez bien à cette définition, tout comme d’autres groupuscules et individus marginaux et plus ou moins organisés (dans les sphères NSBM ou Alt-Right, par exemple).

Il existe cependant un autre courant d’extrême droite implanté au Québec depuis beaucoup plus longtemps, dont nous avons fort peu parlé ici, et dont les principaux regroupements se sont quant à eux toujours explicitement définis comme « contre-révolutionnaire ».

Si ces groupes mettent généralement l’accent sur la dimension spirituelle de leur activisme, on retrouve chez eux une série de traits qui rejoignent la définition que donne Griffin du fascisme. À différents degrés, ils conçoivent tous la nation canadienne-française comme plongée dans une situation de décadence suicidaire, corrompue par la perte de sa culture traditionnelle (largement imaginée), la transformation des normes de genre, et la laïcisation de la société. Ces groupes perçoivent aussi l’Église catholique romaine comme souffrant d’une dégénérescence analogue. Pour eux, l’Église est contaminée par les idées de la gauche et un pitoyable désir de « s’ajuster » au monde moderne, qu’exemplifient l’abandon et la marginalisation du rite « tridentin » (la messe latine), et doit être rendue à sa forme ancienne et traditionnelle. De plus, ils considèrent divers régimes dictatoriaux de droite, comme ceux de Franco en Espagne (1939-1977) et de Salazar au Portugal (1933-1974), comme des points de références positifs au sein de leur tradition. Plus près de chez nous, le gouvernement de Maurice Duplessis (1936-1939, 1944-1959), réputé pour avoir brutalement réprimé les mouvements de grève, rendu illégaux les rassemblements communistes (la « loi du cadenas »), emprisonné les minorités religieuses et truqué des élections, est érigé en modèle.

À l’échelle internationale, ce courant ne s’est vraiment constitué qu’après les réformes de Vatican II dans les années 1960, car avant ce moment charnière, leurs idées faisaient partie du courant dominant au sein de l’Église catholique. Il s’en est suivi des années de débats et un certain nombre de scissions, certains préférant partir ou être excommuniés que d’admettre les réformes, ce qui a mené à l’étrange situation où certains des catholiques les plus endurcis ont été expulsés de la sainte Église catholique romaine, précisément parce qu’ils étaient trop attachés à leur vision traditionnelle du culte catholique.

Mgr Marcel Lefebvre, le fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX).

Le principal exemple de ce schisme, d’abord en Europe, puis en Amérique du Nord, a longtemps été la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fondée en Suisse par Mgr Marcel Lefebvre en tant que havre pour les catholiques qui ne voulaient pas renoncer au rite latin et à ce qu’il symbolise. Après des années de conflits avec le Vatican, Mgr Lefebvre et d’autres dirigeants de la FSSPX ont été excommuniés en 1988[v].

Il est important de comprendre la signification de cette rupture, au-delà des disputes religieuses. Pour les membres de la FSSPX, l’ouverture du Vatican sur les réalités du monde moderne était la preuve d’un complot maléfique mondial ayant réussi à faire pénétrer la « fumée du Diable » à l’intérieur même de l’Église. Mais à qui imputaient-ils ce complot diabolique? Alternativement, il fallait blâmer les francs-maçons, les communistes, les Illuminatis et, inévitablement, les Juif-ve-s. Mais bien souvent, s’inspirant de la longue tradition droitiste consistant à désigner des boucs émissaires et à animer des polémiques au sein de l’Église, des théories furent échafaudées pour tenter de démontrer que toutes ces forces ont en fait conspiré au fil des siècles pour détruire l’Église et favoriser l’avènement d’un gouvernement mondial unique et impie (la Réforme protestante, la Révolution française, l’introduction des droits de la personne et des principes démocratiques, la transformation des rôles de genre, et les réformes apportées à l’Église reflétant différents aspects de ce complot tentaculaire). Ainsi, la FSSPX (comme d’autres traditionalistes catholiques) s’est souvent compromise avec d’autres courants politiques d’extrême droite. Marcel Lefebvre lui-même n’a jamais caché son appui au Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen et aux régimes dictatoriaux de Franco en Espagne, Salazar au Portugal, Videla en Argentine (1976-1983) et Pinochet au Chili (1973-1990). En 1989, il a été révélé que pendant 16 ans, des membres de la FSSPX et de l’Ordre des chevaliers de Notre-Dame avaient abrité et protégé Paul Touvier, lequel était inculpé pour son rôle central dans la déportation des Juif-ve-s de Lyon vers les camps de la mort allemands. (Touvier a finalement été arrêté, à 74 ans, au prieuré Saint-Joseph de la FSSPX, à Nice[vi].)

Au Québec, l’aliénation ressentie par une partie de la droite catholique suite à Vatican II a été exacerbée par les changements induits par la prétendue Révolution tranquille. La réaction a initialement produit un milieu marginal et fragmenté, principalement préoccupé par la préservation de la messe en latin et la résistance aux plans de la Commission Parent (1961-1964) visant à laïciser le système d’éducation québécois, et bientôt obsédé par la suppression catégorique du droit à l’avortement. Pendant de nombreuses années, une pollinisation croisée s’est alors opérée entre ce milieu traditionaliste catholique et d’autres traditions d’extrême droite, diverses théories de complot leur servant de cadre référentiel commun. Plusieurs membres de la communauté du rite latin étaient également impliqué-e-s dans l’organisation ouvertement nazie d’Adrien Arcand, le Parti de l’Unité Nationale du Canada (PUNC); des cadres du Regroupement scolaire confessionnel (qui a contrôlé la plus importante commission scolaire de Montréal pendant une bonne partie des années 1980 et 1990) se sont à plusieurs reprises avérés faire partie d’organisations racistes, anti-choix et ouvertement fascistes; puis le Ralliement provincial des parents du Québec (RPPQ) a fini par servir de base pour la création du Centre d’information national Robert Rumilly (CINRR) en 1990.

Jean-Claude Dupuis, ancien militant clé du Cercle Jeune Nation, aujourd’hui étroitement associé à la FSSPX et au Mouvement Tradition Québec.

Entre 1993 et 1995, les lefebvristes ont animé un groupe d’étude à l’Université Laval, à Sainte-Foy, qui pour les cathos traditionalistes était à l’époque un lieu propice au recrutement. Le Cercle d’études des jeunes catholiques traditionalistes (CEJCT) organisait des conférences par des sommités d’extrême droite du Canada, des États-Unis et d’Europe, dont des membres du Front national, ainsi que des éminences locales comme Jean-Claude Dupuis et Louis-Michel Guilbault (sur qui nous reviendrons plus loin). Ces tournées de conférences étaient souvent coordonnées avec le CINRR, le RPPQ et une autre organisation, probablement le plus important groupe d’extrême droite à l’époque, le Cercle Jeune Nation (CJN).

Le Cercle Jeune Nation a été fondé en 1986, mais n’est devenu visiblement actif que dans les années 1990. Modelé sur le Front national de Jean-Marie Le Pen, le CJN se voulait un grand chapiteau sous lequel différents courants d’extrême droite pourraient coexister et mettre de l’avant des positions communes. Fondé en partie par des vétérans de la minuscule tradition fasciste et nazie du Québec, ses membres espéraient élaborer une critique droitiste crédible de la Révolution tranquille et contester la supposée hégémonie de la gauche au sein du mouvement nationaliste québécois. Le CJN collaborait avec de nombreuses organisations racistes et de droite. Dans sa publication, les Cahiers de Jeune Nation, le CJN faisait paraître des articles de Dimitri Kitsikis, un professeur d’histoire de l’Université d’Ottawa, et de François-Albert Angers, un patriarche du nationalisme québécois. On y trouvait aussi des collaborateurs d’outre-mer, comme Michael Walker et Thomas Molnar, des partisans européens du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE, le berceau fasciste de la Nouvelle Droite européenne), ainsi que Gunter Deckert, le futur président du parti cryptonazi Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD).

La composition diversifiée du CJN a fini par avoir raison de l’organisation, qui s’est dissoute en 1994 suite à une scission entre ceux qui jugeaient que certaines positions religieuses mises de l’avant nuisaient à sa crédibilité et ceux qui voyaient en cette fausse pudeur une forme d’hypocrisie. Bien que pour la plupart, les membres du CJN n’étaient pas lefebvristes, le rédacteur en chef de son journal, Jean-Claude Dupuis, était membre de la FSSPX, et le Cercle a régulièrement collaboré avec les lefebvristes ainsi qu’avec d’autres catholiques d’extrême droite, comme les animateurs du Centre d’information nationale Robert Rumilly.

À plusieurs égards, la base d’appui du CJN ressemblait à celle de la Fédération des Québécois de souche (FQS) aujourd’hui. La principale différence étant que le CJN avait réussi à se rapprocher de certains éléments de l’aile droite du milieu nationaliste et était parvenu à occuper une place de choix au sein de l’extrême droite à son époque. La FQS quant à elle, en partie en raison de ses origines néonazies bien documentées, est plus éloignée de la droite « légitime », et l’espace qu’elle occupe sur la droite de celle-ci est partagé avec un plus grand nombre d’acteurs, non seulement d’autres fascistes (comme Atalante), mais aussi le mouvement national-populiste (qui est pour l’instant quelque peu dégonflé).

Il est néanmoins frappant de constater à quel point les forces politiques présentées ci-dessus sont toujours en place aujourd’hui. Les cofondateurs du Cercle Jeune nation Roch Tousignant et François Dumas, par exemple, sont aujourd’hui rattachés à la Fédération des Québécois de souche, tandis qu’un autre pilier de l’organisation, Jean-Claude Dupuis, est toujours intimement lié à la FSSPX, pour laquelle il enseigne l’histoire à l’École Sainte-Famille de Lévis.

Il n’est pas difficile de conclure qu’il existe là un milieu politique cohérent qui a réussi à se reproduire et à maintenir une certaine continuité dans le temps malgré la variation des structures dans un contexte politique changeant, en attirant de nouveaux membres et en retenant des militants qui étaient déjà actifs il y a plusieurs dizaines d’années.

Kenny “Goglu” Piché et Étienne Dumas, du Mouvement Tradition Québec (MTQ).

Aujourd’hui, le courant lefebvriste est principalement représenté au Québec par le Cercle Tardivel, le Mouvement Tradition Québec et les Éditions de la vérité, qui sont animés par des militants fidèles à la FSSPX. Ces trois entités sont inscrites au Registraire des entreprises du Québec au nom de Kenny Piché, Étienne Dumas et Julien Chapdelaine[vii]. Si Piché et Dumas ont déjà fait l’objet de billets du blogueur antiraciste Xavier Camus (à lire, ici et ici), il semble que Chapdelaine, vraisemblablement proche de la FQS, ait quant à lui servi comme agent officiel du néonazi Sylvain Marcoux lors des dernières élections provinciales.

Les jeunes réactionnaires du Front canadien-français sont donc les héritiers directs de cette tradition d’extrême droite ultracatholique, passéiste et nostalgique du Québec prémoderne. En dépit de l’étiquette contre-révolutionnaire qu’ils ont reprise de leurs prédécesseurs, ces nouvelles recrues présentent une tendance fascisante très marquée, que reflètent leurs écrits publics et les pages de médias sociaux qu’ils animent (voir la section sur les pages de mèmes ci-dessous). Leur nationalisme est ethnique (raciste, adepte de la théorie du « Grand remplacement »), anti-diversité, anti-égalité, et grossièrement hétéropatriarcal (antiféministe et traversé d’une opposition idéologique et morale à l’avortement). Il prône un retour aux « valeurs traditionnelles » qui selon eux caractérisaient l’âge d’or de la nation canadienne-française : la mainmise de l’Église catholique sur la société et les affaires politiques (ultramontanisme), des familles nombreuses où les femmes sont dépourvues de pouvoir et n’ont aucun droit sur leur santé reproductive, et un gouvernement autoritaire, populiste et hyperconservateur ne s’embarrassant pas des mécanismes démocratiques ou des libertés civiles, dont la figure de Maurice Duplessis demeure l’emblème glorifié.

Étienne Dumas, du Mouvement Tradition Québec, prend la pause avec Jason Mc Nicoll Leblanc, Vincent Benatar et Alexi Larose, du Front canadien-français.

 

Le lien FQS et l’influence d’Horizon Québec Actuel

Un mot au passage sur la Fédération des Québécois de souche (FQS), dans l’ombre de laquelle le FCF semble évoluer. Rappelons que la FQS a été constituée en 2007 par des néonazis (dont le repenti Maxime Fiset) et s’est perpétuée jusqu’à nos jours en fédérant différents courants nationalistes d’extrême droite (un peu comme l’avait fait avant elle le Cercle Jeune Nation), dont certains sont antinomiques et explicitement contradictoires.

On retrouve dans le journal de la FQS de francs néonazis, comme Sylvain Marcoux et son éternel projet de Rassemblement national canadien-français, les fachos soi-disant « révolutionnaires » d’Atalante sous la plume d’Alexandre Peugeot (vraisemblablement l’alter ego d’Antoine Mailhot-Bruneau, modelé sur le composite Rémi Tremblay de la FQS), mais aussi  d’autres auteurs représentant différentes tendances. On y relève notamment une influence marquée du courant lefebvriste porté par le Mouvement Tradition Québec et d’autres personnages familiers des cercles ultranationalistes décrits ci-dessus.

La photo de profil de Louis-Michel Guilbaut sur Facebook. Ce militant ultranationaliste de longue date et proche sympathisant de la Fédération des Québécois de souche anime aussi le compte FB “Louis Roy” et gère la boutique de pacotilles traditionalistes Ludovidec.

On remarque ainsi dans le réseau social du FCF un certain nombre d’individus rattachés de près ou de loin à la FQS par son courant traditionaliste et contre-révolutionnaire, comme Étienne Dumas et Louis-Michel Guilbault (« Louis Roy », sur Facebook) un enragé traditionaliste de longue date[viii] qui se spécialise désormais dans la production de marchandise pré-poussiéreuse, dont des drapeaux Carillon-Sacré-Cœur, des bustes en plastoc de Maurice Duplessis (!) et d’autres pacotilles produites localement, qu’il distribue par l’entremise de son entreprise Ludovidec (inscrite au Registraire des entreprises au nom de Louis-Rémi Guilbault).

En plus de leur filiation au Mouvement Tradition Québec et à la FSSPX, il apparaît aussi très clairement que les militants du Front canadien-français tournent dans l’orbite d’Horizon Québec Actuel, le projet ultranationaliste animé par Alexandre Cormier-Denis et Philippe Plamondon.

Cormier-Denis est en voie de devenir une figure clé dans l’extrême droite québécoise. Ce partisan/militant de Marine Le Pen et du Rassemblement national (ancien Front national) s’est effectivement positionné avec la chaîne YouTube Nomos.tv comme prolifique propagandiste du nationalisme ethnique, réactionnaire et raciste au Québec : repli ethnique/identitaire, anti-immigration (amplification de la théorie du « Grand remplacement »), islamophobie, anti-progressisme, antiféministe, anti-choix, anti-diversité, etc. En plus de ses nombreuses vidéos sur Nomos.tv, Cormier-Denis est collaborateur régulier à la plateforme Vigile.Québec (droite nationaliste) et a parfois été invité à intervenir sur différents enjeux, ce qui contribue à légitimer les idées toxiques qu’il ne manque aucune occasion de claironner. Il a notamment été invité à l’émission Zone Franche de Télé-Québec, en 2019, pour débattre de la question : « Est-ce qu’on accueille trop d’immigrants au Québec? ». On vous laisse deviner sa réponse. Il a plus récemment fait parler de lui en marge d’une entrevue à QUB Radio, où la teneur homophobe de ses propos a poussé l’animateur à interrompre l’entrevue (après 20 minutes en roue libre, tout de même), ce qui a fait crier ses admirateurs à la censure. Lui et Plamondon reçoivent par ailleurs différents invités à Nomos.tv, dont récemment le leader d’Atalante Raphaël Lévesque, à l’occasion d’une entrevue manifestement préparée dans la plus harmonieuse des complicités.

Une sorte d’« hommage » à Alexandre Cormier-Denis retweeté par le FCF.

Bien qu’ils se défendent comiquement d’être racistes, Cormier-Denis et ses acolytes interviennent régulièrement pour déplorer « l’ensauvagement » des sociétés occidentales, qui serait liée à « l’immigration massive », ce qui n’est plus tant de l’ordre du dog-whistle raciste que du panneau réclame en néon clignotant. Rappelons qu’en 2017, sa candidature à l’élection partielle québécoise sous la bannière du Parti indépendantiste (considéré comme une antenne du Front national au Québec et régulièrement décrié au fil des années pour sa proximité avec des militants néonazis) avait été marquée par une controverse mineure autour d’une pancarte électorale (reprise du Front national) grossièrement islamophobe et xénophobe. (Pour plus de renseignements, veuillez consulter notre fiche sur Horizon Québec Actuel.)

Compte tenu de l’évidente proximité idéologique entre Québec Horizon Actuel et le Front canadien-français, il n’est pas étonnant que les deux projets s’avèrent connexes. Le 23 mai 2020, à l’occasion de la commémoration du décès du chanoine Lionel Groulx organisée par le FCF à Vaudreuil, ce n’est nul autre qu’Alexandre Cormier-Denis qui agit à titre de maître de cérémonie. On reconnaît aussi dans la vidéo de la commémoration publiée sur Nomos.tv, parmi les jeunes militants du FCF, Alexi Larose, qui semble-t-il réside à la même adresse que Philippe Plamondon… ce qui n’est sans doute encore qu’une coïncidence.

On pourrait ainsi, au vu de toutes ces convergences, être porté-e-s à se demander si ce fameux FCF ne serait pas un peu la nouvelle garde d’idiots utiles formée idéologiquement dans l’ombre de la Fédération des Québécois de souche, de la FSSPX, du Mouvement Tradition Québec et d’Horizon Québec Actuel…

 

Une curieuse « Lettre ouverte aux évêques »

En novembre 2019, la Campagne Québec-Vie et la FSSPX publient sur leur site Internet respectif une « Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique au Canada français », signée par un certain Julien Bertrand[ix]. On remarque au passage une coïncidence très forte entre ce texte et une autre « lettre ouverte » publiée sur le site du FCF quelque temps après. Le langage, le vocabulaire et le propos sont en fait plus ou moins identiques dans les deux textes, et la phrase suivante est carrément reproduite textuellement dans les deux lettres, ce qui laisse croire qu’elles sont le fait du, ou des, même(s) auteur(s) :

« À l’image de notre saint patron Saint Jean le Baptiste, nous sommes la voix qui crie au milieu des ruines de béton et des nids de poule. Il est de notre devoir de hurler au nom de nos frères qui se suicident et de notre peuple qui se meurt. »

Le 6 décembre 2019, Julien Bertrand est invité à Nomos.tv pour expliquer la démarche entourant sa lettre. Le même jour, Vincent Benatar, lui aussi signataire, plogue son « bon ami Julien » sur la page Mèmes evangeliste duplessiste puis, la semaine suivante, accorde à son tour une entrevue sur le même sujet à E. Michael Jones, un traditionaliste catholique américain tristement réputé pour son antisémitisme.

Tout porte donc à croire que Julien Bertrand est un autre des militants clés du FCF.

La memegame des jeunes antimodernistes

Une particularité de cette nouvelle génération de wannabe ultramontains est son affection pour le langage particulier des mèmes (malgré son aversion ostentatoire pour « la modernité »). Étudiant en gestion à l’UQAM, Vincent Benatar s’est d’ailleurs démarqué du lot par la prolificité de ses publications sur la page Facebook qu’il administre, Mèmes evangeliste duplessiste (sic).

Un survol du contenu de cette page, tout comme la lecture de la présentation du FCF, la « Lettre aux évêques catholiques » qu’il a cosignée et son texte publié sur Vigile.quebec sur le thème du « Grand remplacement[x] », révèle le caractère profondément réactionnaire et raciste du programme politique mis de l’avant par Benatar et sa petite bande, lequel correspond en tous points à celui du courant traditionaliste ultracatholique décrit ci-dessus.

 

 

On constate aussi en parcourant l’historique de la page l’évolution de Benatar, qui a longtemps soutenu la Loi 21 sur la « laïcité de l’État » avant de se rendre compte que le principe de laïcité s’inscrit directement en faux contre les valeurs ultramontaines qui définissent complètement son positionnement idéologique. Les exemples de commentaires, mèmes et billets misogynes et racistes de Benatar sont trop nombreux pour les détailler ici, mais en voici un échantillon : [voir sur le site de Montréal Antifasciste]

Voici aussi les intitulés de quelques-unes des autres pages de mèmes que nous soupçonnons être ratachées de près ou de loin au FCF, ou du moins au réseau social où celui-ci évolue (n’hésitez pas à communiquer avec nous si vous avez des renseignements au sujet de ces pages et de leurs administrateurs) :

  • Mèmes єναиgélιѕтє Duplessiste
  • Mesmes tradis sans retenue 𝖉𝖚 𝖇𝖆𝖗𝖔𝖓 𝖉𝖊 𝕷𝖔𝖓𝖌𝖚𝖊𝖚𝖎𝖑
  • Memes nationalistes pour zoomers Québécois
  • Mèmes clérico-nationalistes du Canada français
  • Science immortelle du Maoïsme-Duplessisme
  • Memes merveilleux à la mémoire de Montcalm
  • Un mémé couleur de Radio-Cadenas
  • Memes Groulxiens d’instruction publique
  • Memes nationalistes québécois

Un autre élément important que révèle la page de mèmes de Benatar, ainsi que sa page personnelle et son compte Instagram, est le réseau virtuel en périphérie du projet. On retrouve ainsi dans la liste d’amis de Vincent Benatar une douzaine de militants et sympathisant-e-s d’Atalante (dont Raphaël Lévesque et son épouse Danielle Doukas, Benjamin Bastien, Antoine et Étienne Mailhot-Bruneau, Yannick Vézina, Renaud Lafontaine et « Jean Brunaldo »), de nombreux personnages liés à la Fédération des Québécois de souche (dont « Rémi Tremblay », Louis-Michel Guilbault/Louis Roy et Patrick Savoie), Étienne Dumas du Mouvement Tradition Québec, Guillaume Beauchamp du duo de cloches DMS, le nazillon Alt-Right Jean-Philippe Robert (JP Bobby), le vétéran de Charlottesville Vincent Bélanger Mercure (qui est d’ailleurs « Super Fan » de Mèmes evangeliste duplessiste), l’influenceur islamophobe Daniel Laprès, les tres amigos des Exilés (Félix Brassard, Michael Lauzon et Samuel Vanasse), l’antisémite Georges Tremblay, le néonazi Sylvain Marcoux, Philippe Plamondon, de HQA, etc… qui côtoient le NSBM païen Tom Samson (pas très chrétien, ça…) et le candidat à la chefferie du PQ, Frédéric Bastien!

Qui sont les militants du Front canadien-français?

Vincent Benatar
Instagram @vinceben24
https://www.facebook.com/vincent.benatar.90
https://twitter.com/benatarvince
Nous avions cet individu sur notre radar depuis quelques mois déjà. Il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » à titre d’étudiant en gestion à l’ESG-UQAM. Traditionaliste et pratiquant, il a étudié au Collège Bourget, une école secondaire catholique privée. Il semble s’être rapproché d’Atalante dans la dernière année (il est ami avec plusieurs membres clés et interagis régulièrement avec eux). Il est l’administrateur d’au moins une page de mèmes d’extrême droite : « Mèmes evangeliste duplessiste » et a signé un article d’une teneur extrémiste intitulé « Après le Grand Remplacement. Que faire lorsque nous serons minoritaires? », publié sur le site Vigile.quebec et relayé par Horizon Québec Actuel et la Fédération des Québécois de souche.
Jason Mc Nicoll Leblanc
Instagram @uncanadienerrant
https://www.facebook.com/jason.leblanc2799
Étudiant ou finissant au Cegep Édouard Montpetit, cet ancien sympathisant de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre semble avoir rejoint la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Il semble être un membre clé du FCF et est très actif sur les médias sociaux (il gère les comptes Instagram/Facebook @penséelaurentienne et le compte Instagram @carillonsacrécoeur) et s’occupe vraisemblablement des comptes Instagram, Twitter et Facebook du groupe. On doit à son indiscrétion de nous avoir révélé l’identité des membres du groupe, en partageant sur son compte Instagram une photo publique d’une action du FCF sur laquelle tous les membres étaient identifiés… La photo à depuis été retirée, malheureusement pour eux, nous veillons.
Alexi Larose
Instagram @Alexeain
https://www.facebook.com/alexi.larose
https://ca.linkedin.com/in/alexi-larose-6b3a15147
Ami de Vincent Benatar, il participe à toutes les actions du FCF. Son compte Instagram et son entêtement à coller des dizaines d’autocollants juste devant chez lui nous dévoilent qu’il vit sur le Plateau Mont-Royal… à la même adresse que Philippe Plamondon, le vice-président d’Horizon Québec Actuel. Par charité chrétienne, nous ne publierons pas son adresse ici.
Jean-Philippe Desjardins-Warren
Instagram @harfanglaurentien
https://www.facebook.com/jeanphilip.warren
Résidant de Longueuil et étudiant en histoire à l’UQAM, ce proche de Jason Mc Nicoll Leblanc ne nous est pas inconnu. Passé par la scène punk, il a gravité quelque temps dans le milieu underground montréalais, à l’époque où il étudiait au Cegep du Vieux-Montréal. Il a ensuite transité vers le métal noir québécois, où il a dû faire de mauvaises rencontres… Plus tôt cette année, il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » avant de participer aux actions du FCF. Il s’impliquerait par ailleurs au Conseil Jeunesse de la Société Saint-Jean-Baptiste.
Suleyman Ennakhili
Instagram @suleyman.ennakhili
https://www.facebook.com/suleyman.ennakhili
Présent aux actions du FCF, nous l’avions déjà aperçu à deux reprises arborant le Carillon-Sacré Cœur : à la manifestation islamophobe « La Vague bleue » le 4 mai 2019 à Montréal (ironiquement, sous la bannière prolaïcité des nationaux-populistes) et à la grande manif pour le climat du 27 septembre 2019. Originaire de Pointe-Calumet, on lui doit peut-être les stickers du FCF apparus à Saint-Joseph-du-Lac.
Francois Gervais
https://www.facebook.com/profile.php?id=100011065410118
Ami de Suleyman Ennakhili, il était avec lui et portait le Carillon-Sacré Cœur lors de la grande manif pour le climat du 27 septembre 2019. Il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » à titre d’étudiant en Histoire et civilisation au Cégep Lionel-Groulx. On lui doit peut-être les stickers apparus dans le vieux Sainte-Thérèse.
Julien Bertrand
https://www.facebook.com/julien.bertrand1534
Julien Bertrand est le principal signataire et promoteur de la « Lettre ouverte aux évêques catholiques au Canada français », dont certains passages sont identiques à la lettre ouverte publiée sur le site du Front canadien-français. En prime, voici un commentaire pas du tout raciste de Julien Bertrand qui reflète bien le message d’amour universel porté par le Christ.

 

Plus ça change, plus c’est pareil…

En tant que tel, le Front canadien-français n’a pas fait grand-chose – quelques autocollants, des manifestes en ligne, une poignée d’actions publiques sans conséquence. Le groupe ouvre néanmoins une fenêtre éclairante sur un certain nombre de réseaux fascistes et fascisants qui sont demeurés actifs au Québec depuis maintenant plus d’une génération.

Nous n’utilisons pas le terme « fasciste » à la légère : bien que ces courants se définissent eux-mêmes comme « contre-révolutionnaires », et bien que nous soyons sympathiques à la prémisse voulant que le fascisme soit par définition un mouvement révolutionnaire, il faut à notre avis éviter d’appliquer ce critère de manière trop automatique. Lorsque les membres du FCF et leurs amis se prétendent contre-révolutionnaires, ils réfèrent en fait à la Révolution française, voire à la Révolution tranquille, mais leur vision du monde implique sans aucun doute un renversement radical du système actuel pour imposer leur vision dystopique.

Contrairement aux bouffons/boomers de La Meute, Storm Alliance et autres patentes nationales-populistes, les militants de ces réseaux ne sont habituellement pas friands de publicité. Les réseaux fascistes les mieux implantés au Québec n’espèrent pas gagner les prochaines élections ou influencer les politiques gouvernementales au cours des prochains six mois. Ils conçoivent et envisagent leur lutte sur un horizon beaucoup plus long et poursuivent toujours l’objectif plus modeste de constituer de petites bases d’appui durables en encourageant des développements culturels et intellectuels favorables à leur ancrage. De cette manière, ils ont formé une sous-culture qui a réussi à se reproduire au fil des générations. Cette approche est une version de la stratégie « métapolitique » élaborée par l’extrême droite européenne suite aux échecs qu’elle a subie dans les années 1960. Tandis qu’en France, ce sont les événements de mai 1968 et l’indépendance de l’Algérie qui ont précipité cette stratégie défensive, les changements provoqués par la Révolution tranquille ont eu des effets similaires au Québec.

En ce qui concerne les curieuses tendances religieuses de nombreux fascistes québécois et de leurs adeptes, nous nous foutons absolument que la messe soit célébrée en français ou en latin (ou dans toute autre langue). Nous reconnaissons cependant que pour ces traditionalistes radicaux, la religion est un terrain symbolique important où ils peuvent rapidement établir leur opposition à tout l’éventail des caractéristiques du monde contemporain, c’est-à-dire tout ce qui entre en conflit avec ce glorieux passé canadien-français qui n’a jamais vraiment existé, où absolument tout le monde était blanc, catholique, hétérosexuel et aspirait à mettre au monde trente rejetons. En même temps, ils s’alignent symboliquement avec une longue (bien que marginale) tradition de militantisme politique remontant jusqu’au nazi Adrien Arcand (qui était par ailleurs farouchement fédéraliste!).

Chaque nation possède une culture et une histoire qui lui sont propres, lesquelles sont toujours remplies de contradictions et de contre-courants, mais comportent toujours une version « officielle » que les réactionnaires confondent avec une vérité pure et originelle. Au Québec, le point de référence religieux est forcément le catholicisme, et nos jeunes aspirants fascistes ont simplement choisi la variété de catholicisme qui correspond le mieux à leur vision politique. Sans grande surprise, ils ont choisi celle qui est si loin et si radicalement à droite qu’elle s’est vue expulser de l’Église!

Il est difficile de dire si le FCF durera plus que quelques mois, mais il est possible que ceux qui l’ont créé demeurent longtemps actifs dans cette tradition plus large de l’extrême droite.

Quoi qu’il en soit, nous veillerons.

 

 


[i]               Selon Wikipedia, un même Internet est « un élément ou un phénomène repris et décliné en masse sur Internet. »
https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A8me_Internet

[ii]               Le Carillon-Sacré-Cœur, particulièrement prisé des nationalistes réactionnaires au Québec, est une version de l’étendard « officiel » du Canada français favorisé par une partie des nationalistes catholiques entre 1903 et 1935. Il a d’ailleurs été reconnu par le gouvernement provincial comme le drapeau officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1926. Commémorant la victoire française lors de la Bataille de Fort Carillon, le drapeau symbolise également par l’inclusion du Sacré-Cœur l’influence et la domination de l’Église catholique sur la nation, soit le principe ultramontain auquel aspire cette tradition ultracatholique. [Description : « Sur fond d’azur se détache une croix blanche, portant au centre l’emblème du Sacré-Cœur rayonnant, ceint d’une couronne d’épines et surmonté d’une croix; harmonieusement cerné d’une guirlande de feuilles d’érable: aux quatre angles, une large fleur de lys blanche. — Le fond d’azur rappelle l’ancien drapeau de Carillon; la croix parle de notre foi catholique. Le Sacré-Cœur est la réponse aux désirs exprimés par le Sacré-Cœur lui-même à sainte Marguerite-Marie. Les feuilles d’érable détachées de notre arbre national, parlent de jeunesse et d’espoir; enfin les fleurs de lys évoquent le souvenir de la vieille France.»
https://www.imperatif-francais.org/imperatif-francais/extra/histoire-des-drapeaux-quois-carillon-sacrcoeur/

Concernant la symbolique du Sacré-Cœur : « Rappelant l’ardent désir du Cœur de Jésus d’être aimé des hommes et de les sauver, sainte Marguerite-Marie ajoute : “Et il me fit voir qu’il fallait honorer (le Cœur de Dieu) sous la figure de ce Cœur de chair, dont il voulait l’image être exposée et portée sur soi et sur le cœur, pour y imprimer son amour et le remplir de tous les dons dont il était plein et pour y détruire tous les mouvements déréglés. Et que partout où cette sainte image serait exposée pour y être honorée, il répandrait ses grâces et bénédictions.” »
https://www.sacrecoeur-paray.org/experimenter/le-message-de-paray-le-monial/de-jesus-a-sainte-marguerite-marie/]

[iii]              Il est possible que les jeunes militants du FCF se soient rencontrés au sein du Mouvement des Jeunes Souverainistes, « un regroupement national créé [à l’automne 2019] dans le but d’unir tous les souverainistes québécois.es progressistes, passionné.es et assoiffé.es de liberté ». Le MJS est principalement organisé autour d’un groupe Facebook du même nom, groupe dont les jeunes militants du FCF sont tous membres… et toujours très minoritaires dans leurs prises de position. En effet, la jeune organisation semble marquée à gauche, proche de l’écologie et pas très éloignée des idées décoloniales. Sans pouvoir l’affirmer, on pourrait donc penser que le FCF s’est formé en réaction à l’isolement qu’éprouvaient nos jeunes réactionnaires. Incapables de faire pencher le MJS à droite, ils auraient créé leur propre structure dans la tradition ultranationaliste ancrée à l’extrême droite.

[iv]               Cette définition synthétique offre un cadre de référence utile pour cerner certaines caractéristiques communes aux mouvements fascistes et fascisants à partir de l’étude de ces mouvements tels qu’ils se sont eux-mêmes décrits ou exprimés. Comme nous l’indiquons par ailleurs dans notre FAQ, il est très difficile de donner une définition précise et clairement délimitée du fascisme « générique », car ses différentes itérations contemporaines n’adoptent pas forcément à l’identique chacune des caractéristiques du fascisme « historique » incarné dans le régime de Mussolini en Italie ou dans le Troisième Reich en Allemagne.
https://montreal-antifasciste.info/fr/faq/

[v]               Cette rupture a entraîné des tensions et tractations se prolongeant pendant des années, mais aussi des rapprochements, jusqu’à ce que l’ordre d’excommunication soit finalement révoqué en 2009. Entre temps, un autre ordre religieux, la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, avait été fondé par le Vatican en guise de solution intermédiaire pour les fidèles toujours attaché-e-s au rite latin, mais réticent-e-s à s’associer aux lefebvristes (temporairement excommunié-e-s).

[vi]              Concernant cette affaire, lire :
https://www.theguardian.com/commentisfree/2009/feb/19/richard-williamson-lefebvre

[vii]              Curieusement, une autre entité « Mouvement tradition Québec » est aussi inscrite au registre des entreprises, celle-là au nom de la Fraternité Saint-Pie X, sous la direction de Daniel Couture, Olivier Berteaux et Davide Pagliarani. Ce qui laisse supposer que tout n’est pas si paisible au paradis des ultracathos…
https://canadafidele.com/2017/02/03/le-mouvement-tradition-quebec-seteint/

[viii]               Au milieu des années 1990, Louis-Michel Guilbault a produit un journal périodique intitulé le Lys Blanc, où il faisait la promotion d’une synthèse monarchiste, lefebvriste, antisémite et ouvertement fasciste. À la même époque, Guilbaut, qui est lui-même un membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, s’est adressé aux lefebvristes à l’Université Laval à l’invitation du Cercle d’études des jeunes catholiques traditionalistes (CEJCT)

[ix]              Cosignée par « vingt-neuf hommes […] allant de 18 ans à 44 ans [qui ont] décidé pour le moment de garder l’anonymat, certains ayant conscience des conséquences qu’une telle lettre pourrait avoir sur leur emploi, ou leurs études. »

[x]            Ce texte signé par Vincent Benatar mobilise le concept du « Grand remplacement », une théorie raciste en soi, fort répandue à l’extrême droite, qui fantasme que les populations immigrantes des pays du Sud ambitionnent de submerger par le nombre leur pays d’accueil, ici le Québec, afin d’en remplacer volontairement les populations.

Le terme « Grand remplacement » a été inventé par l’auteur français Renaud Camus dans un livre du même nom publié en 2011, où il affirme l’existence d’un vaste complot des élites mondiales pour remplacer la population française par des immigrant-e-s du Sud. Il s’agit en fait de la énième théorie du complot raciste qui affirme essentiellement la même chose, à savoir que les « élites » (généralement assimilées au Juif-ve-s) orchestrent les mouvements migratoires en provenance des pays du Sud afin d’anéantir les populations blanches « indigènes ». Dans le contexte contemporain, ce genre de proposition trouve une forte résonnance, car les privilèges « raciaux » et de classe d’un grand nombre d’habitant-e-s d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord sont effectivement déstabilisé-e-s par les mécanismes du capitalisme mondialisé, non pas tant comme résultat d’un complot particulier, sinon comme conséquence de tendances économiques et politiques plus profondes dont même la classe dirigeante n’est pas nécessairement satisfaite, mais qu’elle se trouve incapable de renverser. La panique et la paranoïa raciales sont des réactions à ces changements de la part de ceux et celles dont l’identité même est étroitement liée à ces privilèges historiques. Le remplacement d’un mode de vie fondé sur l’oppression et l’exclusivité raciales, pour ces personnes, revient à remplacer le seul mode de vie qu’elles estiment digne d’être vécu.

Au fil de l’histoire, ce type d’anxiété raciale paranoïaque s’est manifesté et répété encore et encore; c’est toutefois ce terme, le « grand remplacement », qui s’est récemment imposé et a été adopté par des assassins nazis, comme les auteurs des massacres de Christchurch et d’El Paso, et les fanatiques qui marchaient à Charlottesville en scandant « Les Juifs ne nous remplaceront pas » [Jews will not replace us], ainsi que par plusieurs politiciens désireux d’exploiter cette inépuisable réserve d’anxiété blanche. Au Québec, le concept correspond parfois aux idées mises de l’avant par certains intellectuels nationalistes (pas nécessairement d’extrême droite) selon lesquelles il y a eu, ou il existe encore, une tentative soutenue de génocide à l’endroit de la majorité historique canadienne-française (citant à l’appui l’exode des Acadien-ne-s ou le Rapport Durham).

Pour les fachos comme Vincent Benatar, ce « Grand remplacement » serait donc un état de fait inéluctable auquel il faut se préparer. Pour cela, les Canadiens français devraient s’unir dans un tout homogène, hermétique, exclusif et, évidemment, catholique. La progression logique de cette stratégie consiste à contrôler toutes les institutions, politiques, médiatiques, mais aussi scolaires. C’est en fait une reconquête que propose Benatar, une véritable croisade chrétienne, pour ne pas dire… une « révolution ». Pour lire ce texte délirant :
https://vigile.quebec/articles/apres-le-grand-remplacement

Peste brune et antifascisme en temps de pandémie

 Commentaires fermés sur Peste brune et antifascisme en temps de pandémie
Mai 292020
 

Des membres du collectif antifasciste PopMob et du Rosehip Medic Collective de Portland fabriquent du gel hydroalcoolique à distribuer dans la collectivité.

De Montréal Antifasciste

La pandémie qui frappe de plein fouet la planète depuis janvier 2020 a complètement changé, temporairement du moins, la donne politique tandis que le confinement et l’interdiction des rassemblements impliquent que les mouvements sociaux ne peuvent plus recourir aux tactiques traditionnelles, dont les manifestations, pour dénoncer les injustices et mettre de l’avant des alternatives. Or, loin d’être une parenthèse ou une sorte de suspension du temps, la pandémie constitue entre autres un phénomène d’accélération politique durant lequel les rapports de classe déploient toute la violence dont ils sont capables. Les minorités racisées et les quartiers populaires sont ainsi particulièrement touchés par l’hécatombe, la violence conjugale augmente au sein des familles confinées, les forces policières profitent de l’état d’urgence pour harceler et violenter leurs cibles habituelles encore plus qu’à l’accoutumée, les personnes issues de l’immigration, notamment asiatique, sont encore plus stigmatisées que d’habitude, les États multiplient les décrets forçant d’importants segments de la population à travailler pour des salaires de misère dans des conditions qui ne sont pas sécuritaires au nom de la sacro-sainte économie, etc. La pandémie exacerbe ainsi les inégalités et l’oppression. Il est donc d’autant plus nécessaire de nous organiser et de nous mobiliser.

Mais commençons par voir ce que fait l’extrême droite en temps de pandémie, pour ensuite parler de ce que font les mouvements antifascistes et antiracistes.

 

L’extrême droite et les mille et un complots

Bien que plus discrète en raison du confinement, l’extrême droite s’en donne à cœur joie sur les médias sociaux en répandant des théories complotistes toutes plus délirantes les unes que les autres et en appelant parfois au soulèvement, voire à la guerre civile, au nom de la nation. Même confinée principalement à l’univers numérique, la peste brune reste toxique.

L’extrême droite est particulièrement réceptive aux théories complotistes et contribue activement à leur diffusion. Selon un sondage mené en France du 24 au 26 mars 2020, 26 % de la population française pense que le coronavirus a été fabriqué intentionnellement dans un laboratoire (pour un bon survol des origines du virus, cliquez ici). Cette proportion, déjà importante, grimpe à 38 % au sein de l’électorat du Rassemblement national (RN, anciennement le Front national), principal parti d’extrême droite français. Seulement 32 % de son électorat pense que le virus est apparu de manière naturelle.

De même, aux États-Unis, selon un sondage du Pew Research Center mené entre le 10 et le 16 mars 2020, 29 % de la population croit que le coronavirus a été fabriqué intentionnellement (23 %) ou accidentellement (6 %) dans un laboratoire chinois. Comme en France, les segments les plus jeunes et les moins éduqués de la population sont les plus susceptibles de cultiver de telles croyances. Et comme en France, la droite la plus conservatrice y est plus sensible : 21 % des démocrates croient que le virus a été fabriqué dans un laboratoire alors que la proportion est de 37 % parmi les républicains et de 39 % parmi les républicains les plus conservateurs.

La propension de l’extrême droite à adhérer aux théories complotistes est en partie le produit d’un discours anti-intellectuel et anti-scientifique qui part du principe que des élites mondialisées agissent dans l’ombre (bien que l’extrême gauche partage parfois une telle perspective, l’influence du marxisme et des théories matérialistes en son sein implique qu’elle a plutôt tendance à insister sur les dynamiques structurelles et les rapports de pouvoir). De plus, elle cultive des métaphores biologiques pour parler de la nation et présente souvent l’immigration comme un corps étranger et pathogène; bref, presque comme un virus. Il y a donc une affinité entre le discours xénophobe de l’extrême droite et sa façon de percevoir la pandémie. Cette dernière serait nécessairement une menace extérieure, animée par des forces malintentionnées, plutôt qu’un accident naturel.

Enfin, les théories complotistes se répandent en raison des contradictions et des incohérences des gouvernements ainsi que du manque de transparence auquel ils ont recours pour dissimuler leurs priorités et leurs erreurs dans la gestion de la pandémie. Toutes ces zones grises conduisent les divers acteurs politiques à projeter leurs préjugés et leurs suspicions et à établir des ponts avec d’autres théories complotistes, comme celles concernant les vaccins (les « anti-vaxxers ») ou la technologie de communication 5G.

Dans son délire, l’extrême droite alterne entre la paranoïa (le coronavirus aurait été fabriqué à des fins machiavéliques) et la désinvolture, prétendant que le coronavirus ne serait pas aussi grave que ce qu’affirment les gouvernements et une entité « mondialiste » comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il en découle que la pandémie serait un vaste canular ou une stratégie de diversion pour imposer un agenda caché : vacciner de force toute la population (objectif qui serait promu par Bill Gates), implanter des puces électroniques au moyen de faux vaccins, imposer le socialisme, ou réaliser un coup d’État pour instaurer une dictature « mondialiste ».

 

Instrumentaliser la pandémie

Quelle que soit leur interprétation, les forces d’extrême droite instrumentalisent la pandémie pour dénoncer de nouveau l’immigration (soi-disant responsable de la propagation du virus), réclamer la fermeture des frontières et faire l’apologie de la nation (cela dit, durant la pandémie, la plupart des forces politiques n’ont fait que réitérer ce qu’elles préconisaient déjà). C’est par exemple le cas de Marine Le Pen en France et de Matteo Salvini en Italie. Au Québec, comme nous le soulignions récemment dans un article, le groupe néo-fasciste Atalante a collé des bannières portant des slogans tels que « Le Mondialisme Tue » et « Le Vaccin Sera Nationaliste ». En phase avec leur posture habituelle, certains commentateurs populistes et réactionnaires, comme le chroniqueur du Journal de Montréal Éric Duhaime, ont suggéré que les ratés catastrophiques du gouvernement caquiste pour contenir l’épidémie sont en fait imputables aux réfugié-e-s. Duhaime a explicitement établi un lien entre la situation critique de Montréal et le point de passage irrégulier du chemin Roxham.

D’autres branches de l’extrême droite vont beaucoup plus loin. C’est notamment le cas de néonazis influencés par James Mason, l’Atomwaffen Division et d’autres protagonistes de la branche révolutionnaire dite « accélérationniste », qui voit le coronavirus comme un antidote au « Grand remplacement » et au « génocide blanc » et souhaite un effondrement de l’État afin de précipiter un processus de revitalisation ethnonationaliste. Le virus apparaît alors comme une arme biologique qui peut être utilisée contre les minorités ethniques et raciales.

Manifestation contre les mesures de confinement à l’Assemblée nationale, Québec, le 17 mai 2019.

Depuis la mi-avril 2020, l’instrumentalisation politique de la pandémie a pris une nouvelle forme avec l’irruption de manifestations anti-confinement. Bien que marginales d’un point de vue numérique, elles ont souvent réussi à s’attirer une importante couverture médiatique. À Montréal, elles ont été peu suivies et n’ont mobilisé qu’une poignée d’énergumènes. À Québec, elles ont eu davantage d’échos. Ainsi, le samedi 25 avril 2020, une centaine de personnes se sont rassemblées devant l’Assemblée nationale pour dénoncer le confinement, les vaccins et la 5G. Le 17 mai 2020, un convoi de 60 à 100 véhicules a fait le trajet de Montréal à Québec pour manifester contre les mesures de confinement. Depuis la mi-avril, il y a également eu des rassemblements dans plusieurs villes au Canada anglais. Bien que la plupart de ces rassemblements aient surtout attiré des personnes qui ne sont pas actives au sein de l’extrême droite, cette dernière prend parfois l’initiative (pour l’instant d’une manière non coordonnée). Ainsi, à Calgary et Hamilton, des personnes associées aux « Yellow Vests » ont continué à organiser des manifestations hebdomadaires en intégrant à leur discours des éléments anti-confinement et sceptiques vis-à-vis de la COVID-19, allant même dans certains cas jusqu’à filmer dans des hôpitaux pour « prouver » qu’il n’y a aucune crise sanitaire. En même temps, à Vancouver, des rassemblements anti-confinement ont attiré des néonazis qui invectivaient les passant-e-s, en appelants certain-e-s « chicoms » (une insulte anti-chinoise), traîtres et « libtards ».

Mais c’est aux États-Unis que ces manifestations ont eu le plus d’ampleur. Bénéficiant de l’appui explicite du président Trump — qui a appelé sur Twitter à « libérer » les États démocrates où des politiques de confinement strict étaient en vigueur –, des centaines, puis des milliers, de personnes se sont rassemblées et ont participé à des caravanes en voiture. Dans certains cas, elles ont manifesté devant le siège du gouvernement des États en question et ont poussé l’audace jusqu’à y entrer armées jusqu’aux dents, comme au Michigan le jeudi 30 avril 2020. Ces manifestations sont en continuité avec l’attentat raté du néonazi Timothy Wilson, qui a essayé le 24 mars 2020 de faire sauter un hôpital de Benton, au Missouri, pour dénoncer la politique de confinement du maire de la ville. Il a été abattu par le FBI avant d’y parvenir.

Ces manifestations anti-confinement, où l’on retrouve aussi bien des pancartes complotistes que des slogans anti-immigration, antisémites et anticommunistes ainsi que des drapeaux confédérés et nazis, constituent un espace de rencontre et de convergence entre la droite conservatrice et l’extrême droite. Loin d’être le produit spontané d’un ras-le-bol du confinement, elles sont financées par de riches familles et fondations républicaines, comme la famille Dorr et le Michigan Freedom Fund, proche de la ministre de l’Éducation Betsy DeVos, et appuyées activement par des organisations conservatrices comme FreedomWorks et Tea Party Patriots, qui font partie de la coalition « Save Our Country ».

L’une des organisations qui joue un rôle central dans la coordination de ces manifestations est American Revolution 2.0. Cette dernière est directement liée non seulement aux réseaux conservateurs mentionnés ci-dessus, mais aussi à des sites web d’extrême droite dont plusieurs sont explicitement racistes et font l’apologie de milices paramilitaires comme mymilitia.com.

La très grande majorité des personnes qui participent aux manifestations anti-confinement sont blanches. Ce n’est pas un hasard. En effet, le coronavirus touche tout particulièrement les minorités ethniques et raciales. Dans de nombreux États américains, les communautés afro-américaines  et latino sont fortement surreprésentées parmi les cas d’infection et de décès. Ces chiffres reflètent directement l’imbrication historique des inégalités sociales et raciales aux États-Unis. Les minorités Afro-Américaine et latino sont touchées non seulement par qu’elles sont statistiquement en moins bonne santé et moins couvertes par une assurance maladie que la population blanche, mais aussi parce qu’elles sont davantage employées dans des secteurs d’activité qui ne permettent pas de travailler de chez soi et au sein desquels on est plus susceptible d’être exposé au virus. Dans le même ordre d’idée, plusieurs siècles de politiques génocidaires ont rendu les populations autochtones particulièrement vulnérables à cette pandémie. Aux États-Unis comme au Canada, de nombreuses communautés autochtones ont un accès très limité à l’eau potable et souffrent de la surpopulation, autant de facteurs qui favorisent la propagation du virus. Ces facteurs systémiques expliquent sans doute aussi pourquoi la nation Navajo compte actuellement le plus grand nombre de cas de COVID per capita aux É.-U.

On peut alors faire l’hypothèse que les personnes blanches qui participent aux manifestations anti-confinement le font en partie parce qu’elles ne se sentent pas concernées par l’hécatombe qui frappe les minorités et refusent d’assumer le coût de la protection de ces dernières. Selon cette logique sacrificielle, la vie des minorités est superflue. Aux États-Unis, manifester contre le confinement serait-il un privilège blanc? En tout cas, ces mêmes manifestations risquent de contribuer à la propagation du virus et, ainsi, de rendre le confinement d’autant plus nécessaire.

Bien qu’elles n’en soient pas nécessairement à l’origine, les organisations d’extrême droite voient dans ces manifestations un terrain fertile d’expansion et d’influence. Elles y voient l’occasion de se refaire une vertu, de redorer leur image, de recruter de nouveaux membres et de peser sur l’après-pandémie. S’appuyant sur l’application Telegram et sur Facebook, le groupe d’extrême droite Proud Boys a ainsi commencé à recadrer les manifestations anti-confinement à partir de son opposition viscérale aux antifascistes.

Par exemple, la perturbation des caravanes anti-confinement par du personnel infirmier, à Denver, au Colorado, dont les photos ont beaucoup circulé, sont décrites comme des actions antifascistes, c’est-à-dire, du point de vue des Proud Boys, comme des actions antiaméricaines. Un article publié sur le site web des Proud Boys de Floride portait d’ailleurs le titre suivant : « Antifa Healthcare Workers Clash with Anti-Lockdown Protesters in Colorado ». Les Prouds Boys n’ont évidemment aucune information sur l’orientation politique précise de ces membres du personnel infirmier. Mais la réalité et la complexité des conflits sociopolitiques leur importent peu. Il s’agit à la fois de délégitimer leurs adversaires et de contribuer à normaliser les catégories dichotomiques du discours de l’extrême droite.

Les Proud Boys sont également proches des réseaux « accélérationnistes » qui ont développé le discours sur une seconde guerre civile à venir aux États-Unis, événement qu’ils nomment le « boogaloo », en référence au film « Breakin’ 2: Electric Boogaloo » de 1984, et qu’ils associent au port de chemises hawaïennes… Il est évidemment tentant de tourner tout ça au ridicule. Disons qu’il y a là matière à beaucoup de memes! Mais il n’empêche que le Tech Transparency Project, une organisation sans but lucratif de surveillance des entreprises technologiques, a recensé 125 groupes Facebook dédiés au « boogaloo ». Plus de 60 % de ces groupes ont été créés dans les trois derniers mois, soit au début des polémiques sur la pandémie et le confinement, et comptent des dizaines de milliers de membres qui discutent allègrement d’armement, d’explosifs, de tactiques militaires et de guerre civile.

Pour l’instant, la stratégie de l’extrême droite ne semble pas porter fruit. La grande majorité des partis d’extrême droite européens stagne, voire décline, dans les sondages, tandis que les divers groupuscules plus radicaux restent marginaux. Au début mai, la grande majorité des opinions publiques demeurait favorable au confinement et continuait à donner priorité à la santé publique plutôt qu’à l’économie. Cependant, il ne faut pas sous-estimer la capacité de l’extrême droite à rebondir rapidement une fois que la pandémie sera contrôlée et que le débat public se concentrera sur le coût de sa gestion. L’augmentation massive du chômage et les années d’austérité constitueront à cet égard un terrain fertile. De plus, la forte croissance des groupes Facebook et Telegram associés à l’extrême droite témoigne de la force d’attraction de son discours. Celle-ci ne va pas disparaître avec la pandémie. On pourrait même envisager qu’une pandémie en annonce une autre, nationaliste et autoritaire. Ce n’est pas pour rien qu’on parle souvent de « peste brune » pour caractériser la montée du fascisme dans les années 1930…

Il importe de souligner que si les manifestations anti-confinement dénotent un racisme latent, l’indifférence à l’égard des groupes sociaux marginalisés s’est aussi cristallisée dans les taux de décès effarants, largement évitables, dans les établissements de soins de longue durée. Ces décès font par ailleurs échos aux discussions soutenues dans certains cercles sur le refus de fournir des ventilateurs aux personnes handicapées en cas de pénurie. On pouvait par exemple lire dans un reportage de la CBC du 19 avril :

« Les lignes directrices de l’Ontario recommandent également le retrait du soutien des ventilateurs aux personnes présentant un risque de mortalité plus élevé, afin de donner la priorité aux personnes présentant un risque plus faible, en fonction du niveau de pénurie. Par exemple, dans le cas du scénario de pénurie le plus grave, un patient de 60 ans atteint d’une maladie de Parkinson modérée se verrait refuser l’accès à un respirateur ou se le verrait retiré à la faveur d’un patient n’ayant pas cette condition. »

Il n’est pas surprenant, au vu de cet argument utilitariste à la limite de l’eugénisme, que les personnes handicapées craignent qu’on leur refuse des mesures vitales si les soins qu’elles reçoivent menaçaient le rétablissement d’une personne non handicapée. On pourrait en dire long sur ce que cela signifie pour une société qui se montre prête à sacrifier ses aîné-e-s et ses membres les plus vulnérables au premier signe de crise. On pourrait par exemple en conclure qu’au fur et à mesure que le néolibéralisme a modifié non seulement nos systèmes économiques et sociaux, mais aussi notre façon même de comprendre la valeur de la vie, une estimation de la vie humaine fondée sur la capacité de production s’est graduellement emparée du « sens commun »…

 

Pour un antiracisme et un antifascisme sanitaires

Les développements présentés ci-dessus indiquent l’importance de continuer à surveiller l’extrême droite. Cela requiert d’identifier les acteurs impliqués, retracer les liens existants entre eux et documenter leurs activités, pour éventuellement pouvoir agir quand la situation l’exige. Cela dit, l’urgence du contexte de pandémie amène le mouvement antifasciste et antiraciste à faire preuve de solidarité et à soutenir et contribuer à divers projets d’entraide. Alors que les réseaux et groupes d’extrême droite envisagent d’utiliser le virus pour nuire aux minorités ou accumulent des stocks d’aliments et de premiers soins dans une logique survivaliste, les réseaux et collectifs d’extrême gauche et antifascistes mettent sur pied des systèmes de production et de distribution de masques et de gel hydroalcoolique tout en participant à des services de banque alimentaire. Une telle divergence de priorités et de pratiques est un rappel supplémentaire pour les personnes atteintes de cécité aiguë qui répètent à longueur d’année que les extrêmes se rejoignent, que l’extrême droite et l’extrême gauche sont les deux faces d’une même médaille, et autres absurdités du genre.

L’entraide a une longue histoire, aussi vieille que celle de la « sélection naturelle » racontée par Charles Darwin. Dans son ouvrage classique L’entraide : un facteur de l’évolution, d’abord publié sous forme d’articles à la fin du 19e siècle, l’anarchiste russe Pierre Kropotkine s’est employé à démontrer l’importance centrale de l’entraide et du mutualisme pour la survie et la prospérité, non seulement de l’espèce humaine, mais d’un nombre important d’espèces animales. Il écrit :

« La tendance à l’entraide chez l’homme a une origine si lointaine et elle est si profondément mêlée à toute l’évolution de la race humaine qu’elle a été conservée par l’humanité jusqu’à l’époque actuelle, à travers toutes les vicissitudes de l’histoire. Elle se développa surtout durant les périodes de paix et de prospérité : mais, même lorsque les plus grandes calamités accablèrent les hommes — lorsque des régions entières furent dévastées par des guerres, et que des populations nombreuses furent décimées par la misère, ou gémirent sous le joug de la tyrannie — la même tendance continua d’exister dans les villages et parmi les classes les plus pauvres des villes; elle continua à unir les hommes entre eux et, à la longue, elle réagit même sur les minorités dominatrices, combatives et dévastatrices, qui l’avaient rejetée comme une sottise sentimentale. »

L’époque actuelle ne fait pas exception à cette règle, et autant cette nouvelle calamité nous confronte de nouveau à des épreuves que l’espèce humaine a déjà dû maintes fois traverser au cours de son histoire, autant elle nous ramène aux principes qui ont de tout temps animé les solutions apportées à ces défis récurrents : la solidarité, la coopération et l’entraide. Devant l’incompétence ou l’inaptitude des États, et contre la cruauté des solutions proposées par les dominants, c’est plus souvent qu’autrement à l’échelle des communautés, des voisinages et des réseaux autonomes d’entraide que s’articulent les remèdes les plus appropriés aux maux qui affligent les plus vulnérables d’entre nous en temps de crise. Comme le résume le titre d’un livre de la féministe Rebecca Solnit, qui s’inspire de Kropotkine, dans l’enfer des catastrophes et des tragédies sociales émergent des communautés extraordinaires (A Paradise Built in Hell: The Extraordinary Communities that Arise in Disaster, Penguin, 2009; voir aussi l’article qu’elle a publié dans The Guardian à ce sujet).

Des membres du collectif antifasciste PopMob de Portland fabriquent du gel hydroalcoolique à distribuer dans la collectivité.

Concrètement, parmi les nombreuses initiatives, soulignons le travail du collectif antifasciste PopMob, à Portland, en Oregon, qui s’est associé au Rosehip Medic Collective pour produire du gel hydroalcoolique qu’il distribue aux personnes qui travaillent en première ligne, à toute une série de groupes communautaires et dans les quartiers populaires. Leur ligne de production, constituée d’une équipe d’une dizaine de personnes qui travaillent 4 à 6 heures par jour, est installée dans le Q Space, un espace de la communauté LGBTQ2SIA+, et fonctionne 6 jours par semaine. Toute la production est financée par des dons versés au Rosehip Medic Collective et à travers GoFundMe. Comme l’explique Effie Baum, une porte-parole de PopMob :

« Une part importante de l’antifascisme consiste à défendre et soutenir sa communauté. Notre travail est une façon de fournir de l’équipement à des communautés qui n’y ont pas accès. (…) Il y a beaucoup de pouvoir dans le pouvoir populaire, dans le renforcement communautaire [community building] ».

Cette logique suppose de redéfinir ce qu’on entend par militantisme antifasciste et d’aller au-delà des clichés virilistes qui insistent sur les affrontements physiques avec les militants d’extrême droite. Cela suppose d’élargir notre perspective pour inclure réellement le fait de prendre soin d’autrui, le travail de « care », dans la démarche antifasciste. L’antifascisme radical en est un de combat, mais aussi de care et de solidarité.

Suivant cette même logique d’extension du domaine de la lutte, un autre exemple intéressant en Europe est celui des Brigades de Solidarité Populaire, qui dénoncent autant le néo-libéralisme que les gouvernements et distribuent des masques, du gel hydroalcoolique et des repas aux précaires et aux personnes en première ligne. De la même façon que le mouvement antifasciste parle d’autodéfense populaire pour contrer l’extrême droite, ces brigades inscrivent leur démarche dans la continuité des luttes précédentes et parlent d’autodéfense sanitaire pour contrer la pandémie. D’abord formées à Milan, en Italie, elles ont rapidement essaimé dans de nombreuses villes d’Europe. En France, elles ont été créées par des militantes et militants de l’Action antifasciste Paris-banlieue et de collectifs de sans-papiers comme les Gilets Noirs et compteraient au début mai 2020 environ 750 membres en Île-de-France, où elles sont organisées par quartier. Comme l’explique un des appels invitant à en créer en France :

« Nous ne pouvons nous contenter d’attendre passivement ni le jour d’après, ni de nouvelles interventions institutionnelles, nous ne pouvons nous en remettre à ceux qui sont les premiers responsables de la situation dramatique que nous avons devant les yeux, nous ne pouvons faire confiance à ceux qui, depuis de trop nombreuses années, ont géré les hôpitaux comme des entreprises qu’il s’agit de rentabiliser afin de maximiser les profits. Non, ce dont l’État est capable, c’est tout au plus de gérer le désastre. Il nous faut, dans cette situation comme dans d’autres, apprendre à compter sur nos propres forces.

(…) en tant que militants révolutionnaires issus du cycle de mouvements des dernières années – du printemps de lutte contre la Loi Travail à l’insurrection des Gilets Jaunes – nous savions que ce désastre était prévisible. Des soignants se mobilisent depuis de longs mois pour dénoncer le manque de lits et de moyens. Des ouvriers décèdent chaque année au travail par manque de protections. Des personnes âgées meurent dans des conditions d’isolement et d’indignité absolue. Tout ce qui apparaît aujourd’hui dans une lumière aveuglante existait déjà, hier, dans l’obscurité médiatique : c’est la vie de celles et ceux que la bourgeoisie et les médias dominants maintiennent dans l’inexistence. L’inexistence d’une organisation sociale définie par l’intérêt privé, le profit et la concurrence, et au sein de laquelle une partie de plus en plus grande de la population, celle sans qui la vie elle-même ne peut être maintenue, compte pour rien. (…)

Si des mesures de grande échelle sont à n’en pas douter nécessaires, et même vitales, il nous faut de toute urgence approfondir un niveau d’organisation populaire autonome en capacité de donner corps au mot d’ordre d’autodéfense sanitaire. C’est-à-dire : entamer un travail de solidarité immédiate, pour et avec les populations les plus touchées par la crise, qui sont aussi celles dont l’État se désintéresse structurellement. Ce faisant, il s’agit aussi de sortir la question du soin de l’espace privé au sein duquel elle est confinée depuis des siècles et déterminée par une hiérarchie genrée et racialisée, pour en faire le prisme central à travers lequel repenser notre organisation collective, notre reproduction sociale.

Notre tâche dans cette séquence n’est pas de remplacer les associations humanitaires, mais d’orienter dans un même sens des pratiques dispersées, déjà existantes et qui se démultiplient depuis l’annonce du confinement. Bref de leur donner une trajectoire politique et antagonique. Une trajectoire qui assume la rupture avec l’ordre capitaliste existant comme perspective stratégique et l’auto-organisation populaire sur une base territoriale comme élément de genèse d’un contre-pouvoir effectif. (…) La solidarité dont nous parlons n’est pas un vain principe supposé transcender les antagonismes, mais ce qui doit au contraire nous permettre de renforcer notre capacité offensive. (…)

L’autodéfense sanitaire est un moyen de reconsidérer que la défense de nos communautés ne peut s’assurer que par la mise en place, par le bas, de dispositifs d’entraide, d’une attention particulière aux personnes en situation de grande précarité, à celles et ceux qui subissent l’isolement et la répression.

Cette autodéfense sanitaire ne doit donc pas constituer une perspective de lutte réduite au seul temps de l’urgence épidémique, et doit encore moins se penser comme une lutte sectorielle. (…) Notre autodéfense “sanitaire” est donc bien une autodéfense populaire, en ce qu’elle constitue l’opportunité de repenser notre rapport aux modalités de reproduction sociale dans leur ensemble, soit à l’organisation qui nous permet, jour après jour, de produire et reproduire nos vies, et de nous interroger sur les formes de vies que nous voulons produire ensemble.

Nos résistances sont vitales! »

Dans de nombreuses villes, les antifascistes ont été au cœur de beaucoup de ces projets, aidant à construire des alliances avec d’autres groupes autonomes ou issus de l’extrême gauche. Par exemple, à Lyon, le Groupe antifasciste Lyon et environ (GALE) s’est allié à des collectifs anti-gentrification comme « La Guillotière n’est pas à vendre » et « l’Espace communal de la Guillotière ». Des fils Telegram ont été rapidement mis sur pied, puis un numéro d’appel ainsi qu’une conversation Discord pour coordonner la récupération et la distribution alimentaire. Ou encore, en Suisse, l’Action Antifasciste Genève et les Jeunes Révolutionnaires Genève ont créé la Brigade de Solidarité Populaire genevoise « Yvan Leyvraz » en mémoire du brigadiste internationaliste suisse assassiné au Nicaragua en 1986.

Des membres du réseau Cooperation Jackson, au Mississippi, fabriquent des masques à distribuer dans la communauté.

Au-delà des groupes antifascistes, les forces de gauche actives dans les communautés racisées ont pris l’initiative de combler le vide créé par l’ineptie et la négligence caractéristiques des politiques fédérales sous le régime Trump. Au Mississippi, Cooperation Jackson, un réseau coopératif de groupes implantés dans la capitale de l’État et ancrés dans le mouvement New Afrikan, travaille depuis plusieurs années à la mise en place d’une base économique autonome pour s’affranchir des gouvernements racistes de l’État et du fédéral. Dès le mois d’avril 2020, Cooperation Jackson produisait des masques cousus à la main et de l’équipement de protection personnel imprimé en 3D pour une distribution à l’échelle des communautés. D’autres organisations communistes et nationalistes au sein des communautés noires et latinos aux États-Unis ont aussi fourni de l’équipement de protection personnel gratuit et organisé des distributions alimentaires à l’intention des membres les plus vulnérables de ces communautés.

Des membres du collectif Hoodstock de Montréal-Nord, assemblent des kits sanitaires à distribuer dans le quartier.

À Montréal, bien que plusieurs militantes et militants antifascistes soient directement investi.e.s dans divers réseaux d’entraide à titre individuel, l’une des principales initiatives autonomes a été développée par Hoodstock, un collectif antiraciste du quartier populaire de Montréal-Nord, particulièrement touché par la pandémie. Visant principalement la distribution de matériel sanitaire et de produits alimentaires pour la population défavorisée de Montréal-Nord, la campagne de Hoodstock s’inscrit explicitement dans les luttes plus larges pour l’égalité et la justice sociale. Comme l’explique l’appel à dons de la campagne :

« Une crise sanitaire comme celle que nous connaissons jette un éclairage plus saisissant sur les inégalités systémiques vécues par la population nord-montréalaise. Notre arrondissement se caractérise par des problèmes sociaux qui auraient dû alerter les autorités bien plus tôt : ressources insuffisantes en santé et services sociaux, déserts alimentaires, organismes communautaires sous-financés, absence d’alternatives aux transports en commun, manque d’accès à internet, insalubrité des logements, etc. En outre, Montréal-Nord est marqué par une densité de population exceptionnellement forte qui favorise la circulation du virus. C’est pourquoi Hoodstock passe à l’action. »

Photo de Solidarité sans frontière/Solidarity across border/Solidaridad sin frontera.Toujours à Montréal, nos camarades de Solidarité sans frontières, qui ne cessent de dénoncer les centres de détention des migrant.e.s, ont organisé une caravane le 19 avril 2020 pour demander la libération immédiate de tous et toutes les détenu.e.s et un statut pour tous et toutes les migrant.e.s. L’emprisonnement des migrant.e.s est toujours inacceptable, mais il l’est d’autant plus dans le contexte de pandémie de la COVID-19. Dans la même veine, Solidarité sans frontières a lancé une campagne de financement pour soutenir les sans-papiers durant la pandémie et les aider à pouvoir effectivement respecter le confinement :

« Notre système discrimine les migrant-e-s sur la base de leur statut d’immigration, mais le virus ne discrimine pas. Si l’on veut que les mesures de distanciation physique et d’isolement volontaire soient efficaces, elles doivent être accessibles à tout le monde. Cette discrimination est indéfendable et cruelle, puisqu’elle fait porter un fardeau indu aux membres les plus vulnérables de notre communauté, pour le bénéfice de la santé et au bien-être de nous tout-te-s. Demander à une personne sans statut de choisir entre ne plus pouvoir subvenir à ses besoins de base et continuer à travailler est injuste, inadmissible. Et ultimement, ce système met tout le monde à risque. La santé des travailleur-euse-s précaires et sans papiers, c’est la santé de tout le monde — nos vies sont interconnectées. »

Une telle campagne nous rappelle que le respect du confinement et la prévention de la pandémie requièrent des conditions sociales particulières. En d’autres termes, elle nous rappelle que la question sanitaire est indissociable de la question sociale.

Au-delà des particularités locales, les priorités sont partout plus ou moins les mêmes : récupérer et distribuer des produits d’hygiène et de soin, des masques et des gants, des denrées alimentaires non périssables, des livres et des jouets, des ordinateurs, etc. Il s’agit non seulement de riposter à la pandémie par l’auto-organisation et l’entraide, mais aussi de politiser cette riposte pour éviter qu’elle soit instrumentalisée par les gouvernements et pour qu’elle puisse servir de base aux luttes qui suivront lorsque le confinement prendra fin et que la pandémie s’atténuera. Il s’agit également d’occuper le terrain et d’isoler les forces d’extrême droite pour rendre plus difficile toute tentative de remobilisation de leur part après le confinement.

Cette dimension politique peut parfois impliquer que certaines initiatives d’entraide soient confrontées à la répression policière. Ainsi, le 1er mai 2020, des membres de la Brigade de Solidarité Populaire de Montreuil, à l’est de Paris, ont été encerclés et nassés par la police durant une distribution de paniers alimentaires; la presque totalité des personnes présentes a été verbalisée sous prétexte de « manifestation revendicative ». Notons d’ailleurs qu’Amnesty International a dénoncé les pratiques illégales de la police française durant le confinement, en particulier un recours illégal à la force, un usage de techniques d’intervention dangereuses, des propos racistes et une surreprésentation des contrôles selon les quartiers (les quartiers populaires étant évidemment davantage contrôlés que les quartiers bourgeois).

 

Quelques pistes pour l’après-pandémie

Étant donné l’incertitude qui caractérise la pandémie, il est impossible d’anticiper clairement ce qui adviendra par la suite. Mais nous pouvons néanmoins proposer quelques pistes. Tout d’abord, les montants stratosphériques qui ont été dépensés pour sauver les grandes entreprises et, dans une moindre mesure, soutenir les populations ayant perdu leur emploi dans le contexte de confinement généralisé ainsi que la profonde crise économique qui commence permettent d’anticiper un violent retour de bâton dans les mois et années à venir. Tous les arcs-en-ciel du monde ne suffiront pas à protéger les populations déjà vulnérables et précarisées de la violence des politiques d’austérité. C’est pourquoi les initiatives et réseaux d’entraide qui sont apparus dans les dernières semaines sont essentiels et seront appelés à jouer un rôle central dans l’après-pandémie. Comme l’évoque l’appel des Brigades de Solidarité Populaire cité plus haut, l’autodéfense sanitaire doit aller au-delà de l’urgence épidémique et des enjeux sectoriels pour remettre en question la reproduction sociale et le capitalisme. Demain plus que jamais, notre antifascisme se devra d’être anticapitaliste!

La pandémie a également démontré on ne peut plus clairement à quel point nos sociétés dépendent du travail féminin, racisé et migrant pour subsister. Alors que l’extrême droite se gargarise de fantasmes virilistes et conçoit les femmes comme des êtres faibles qui ne sauraient exister sans un homme pour les protéger, ce sont précisément ces femmes qui sont dans les tranchées de la pandémie, qui portent à bout de bras notre système de santé et qui en assument le coût. De plus, contrairement à ce qu’on observe dans la plupart des pays du monde, au Québec la COVID-19 frappe plus les femmes que les hommes : selon l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), début mai 2020 elles représentaient 60 % des infections et 54 % des décès. Il ne faut surtout pas que l’après-pandémie se traduise par une nouvelle invisibilisation de leur apport et une dévalorisation de leur travail. Lutter pour cette reconnaissance est non seulement indispensable et juste, mais aussi nécessaire si nous prétendons éviter que la droite conservatrice et l’extrême droite ne réduisent l’émancipation des femmes à la laïcité en faisant fi des conditions sociales et matérielles de l’égalité et des droits.

De même, alors que les nationalistes de tout poil ne cessent de parler de fermeture des frontières, les personnes issues de l’immigration sont en première ligne, dans les hôpitaux, les centres pour personnes âgées, les supermarchés, pour que d’autres puissent respecter le confinement. Pourtant, nous n’avons pas entendu les gouvernants souligner les bienfaits de l’immigration et des sans-papiers dans leurs points de presse quotidiens et, jusqu’à preuve du contraire, rien n’empêche que ces « anges gardiens » sans statut soient déporté-e-s une fois la pandémie contrôlée. À ce chapitre d’ailleurs, une motion déposée en chambre par la députée indépendante Catherine Fournier invitant l’Assemblée nationale à reconnaître « la contribution des centaines de demandeurs d’asile, majoritairement d’origine haïtienne, œuvrant présentement comme préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD du Québec » et à demander au gouvernement canadien de « régulariser rapidement leur statut d’immigration » a été soutenue par tous les partis sauf la CAQ, majoritaire. Questionné plus tard à ce sujet en conférence de presse, François Legault a grossièrement esquivé l’enjeu en invitant les journalistes et la population à ne pas « mélanger les dossiers des réfugiés, des gens qui passent par Roxham et le dossier de la communauté haïtienne ». Ces questions sont pourtant intimement liées. [Mis à jour : Suite à un tollé important, le 25 mai, Legault a annoncé que son gouvernement sera prêt à « analyser » les dossiers pour éventuellement les recevoir « non pas comme réfugiés, mais comme immigrants ».]

Il nous incombe, dès maintenant, mais aussi et surtout après la pandémie, de constamment souligner l’apport et la nécessité de l’immigration. Face aux gouvernements et aux forces nationalistes qui instrumentalisent l’immigration à des fins économiques et électorales, nous devons au contraire œuvrer à l’élargissement d’un front antiraciste et antifasciste large pour revendiquer la liberté de circulation des personnes indépendamment des besoins du marché et une régularisation massive des personnes en situation irrégulière ou sans statut.

Il faut aussi envisager que les États continuent à concentrer les pouvoirs au-delà des mesures d’exception et à mettre en place divers mécanismes de surveillance des populations au nom du contrôle de la pandémie. Bien que l’identification et le traçage des personnes infectées puissent jouer un rôle important dans la prévention des épidémies, il n’en demeure pas moins que nous doutons fortement de la propension des États et des multinationales à utiliser ces données et informations avec sagesse ou de façon désintéressée et anticipons qu’elles seront utilisées à des fins de contrôle des populations au-delà des enjeux sanitaires. C’est pourquoi la lutte pour la préservation d’espaces non surveillés et autonomes sera vitale.

Enfin, comme il est probable que le spectre du coronavirus revienne régulièrement nous hanter et que certaines mesures de distanciation physique restent en place plusieurs mois, voire plusieurs années, nous devrons inventer de nouvelles façons de nous organiser, d’agir collectivement, et de perturber les routines et l’ordre social des dominants.

 

Revue de l’année 2019

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Mai 102020
 

De Montréal Antifasciste

En 2019, l’extrême droite québécoise a été bien plus calme qu’en 2018 et 2017, année de la création de Montréal Antifasciste. On peut relever plusieurs facteurs ayant contribué à cette situation :

  • L’arrivée au pouvoir de la CAQ en octobre 2018 a démobilisé un certain nombre de membres des groupes organisés, qui ont désormais un gouvernement partiellement sympathique aux revendications identitaires (ce qui ne signifie pas pour autant que les idées et courants d’extrême droite ont magiquement disparu, évidemment);
  • Des conflits internes majeurs, qui couvaient depuis un certain temps, ont éclaté au cours de l’année, notamment au sein de La Meute, mais aussi entre différents groupuscules, comme les Gardiens du Québec (LGDQ) et le Groupe Sécurité Patriote (GSP), et ont perturbé l’équilibre des groupes les plus importants et les plus structurés;
  • Profitant de cet affaiblissement des principaux groupes, un certain nombre de figures marginales et de « leaders négatifs » (Pierre Dion des « Gilets jaunes » du Québec, Luc Desjardins et Michel Meunier des LGDQ, par exemple, ou d’autres personnages rebutants comme Diane Blain) ont pris une place plus importante, contribuant à décrédibiliser et démobiliser de plus en plus l’extrême droite national-populiste;
  • Le travail soutenu des antifascistes pour identifier et dénoncer les éléments les plus radicaux, voire carrément fascistes ou néonazis, au sein de l’extrême droite québécoise a sans doute refroidi une partie de la base de groupes comme Atalante ou des groupuscules Alt-Right. Le mouvement antiraciste et antifasciste a également soutenu la mobilisation contre le courant national-populiste en 2019, dont le principal véhicule a été la soi-disant Vague bleue.

L’activité globalement ralentie de l’extrême droite québécoise ne signale en rien une victoire pour les forces antifascistes. Au contraire, avec un gouvernement populiste majoritaire à l’Assemblée nationale, lequel s’est empressé dans la première année de son mandat de promulguer la raciste Loi 21 sur la laïcité de l’État et d’adopter sous bâillon d’autres mesures anti-immigration, il est légitime de croire que plusieurs forces de la droite dure se sont simplement détendues sous l’impression d’avoir atteint l’un de leurs principaux objectifs. Cela dit, le calme relatif a été l’occasion pour nous de creuser un peu et d’effectuer un travail d’analyse plus fin, ce qui nous a amené-e-s à cerner deux tendances dominantes au sein de cette extrême droite. (Lire à ce sujet l’article Entre national-populisme et néofascisme : État des lieux de l’extrême droite au Québec en 2019.)

Nous prenons aujourd’hui le temps de dresser un portait des groupes qui ont été actifs en 2019 et de résumer les faits saillants des activités de l’extrême droite au Québec jusqu’au début de la pandémie de COVID-19, en mars 2020, qui constituera probablement un tournant pour l’extrême droite (et certainement pas seulement pour elle).

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Les nationaux-populistes

Les « Gilets jaunes » du Québec (GJQ) et Pierre Dion

Le noyau dur des soi-disant “Gilets jaunes” du Québec, mobilisé à Montréal à l’occasion du défilé de la Fierté, le 18 août 2019, afin d’apostropher Justin Trudeau.

Les GJQ sont une poignée de militant-e-s identitaires n’appartenant à aucun groupe structuré et qui ont comme dénominateur commun une approche « post-factuelle » et complotiste (du genre à soutenir que la technologie5G est un outil du Nouvel Ordre Mondial pour dominer les peuples, par exemple…) et souffrent d’une désolante pauvreté intellectuelle (Fred Pitt, Iwane « Akim » Blanchet, Michel « Piratriote » Ethier, etc.). Ils et elles se fédèrent en plusieurs petits groupes à différents endroits du Québec, et sont tout au plus deux douzaines dans le grand Montréal. Les GJQ se sont rencontré-e-s sur Facebook en décembre 2018 en s’intéressant au mouvement des Gilets jaunes français. Leur compréhension du mouvement est toutefois faussée et celui-ci est considéré à tort comme une révolte contre l’élite « mondialiste ». Réuni-e-s virtuellement en décembre 2018, c’est dans les premiers mois de 2019 que les GJQ ont commencé à se réunir tous les samedis devant les locaux du réseau TVA à Montréal, dans le but de dénoncer le mauvais traitement de l’information par cette chaîne. (Loin de nous bien sûr l’idée de défendre le réseau TVA ou les autres organes du groupe Québecor, que nous considérons comme l’un des principaux vecteurs du repli identitaire et xénophobe observé au Québec depuis la prétendue crise des accommodements raisonnables, en 2007, et conséquemment de la montée du national-populisme dans les récentes années. L’esprit obscurci par différentes théories du complot, ou peut-être en raison d’une médiocrité intellectuelle de base, les soi-disant Gilets jaunes du Québec ne semblent pas se rendre compte que TVA et le Journal de Montréal sont leurs alliés objectifs dans la consolidation d’un mouvement identitaire de droite au Québec. C’est d’ailleurs encore devant les studios de TVA à Montréal que la première « Vague bleue » a eu lieu le 4 mai 2019.)

Luc Desjardins et Pierre Dion, des “Gilets jaunes” du Québec.

Quelques Gilets jaunes parmi les plus stridents (Michel Meunier et Luc Desjardins) se joindront plus tard au groupuscule Les Gardiens du Québec (LGDQ, voir ci-dessous) et seront parmi les militant-e-s les plus dévoué-e-s de la « Vague bleue ».

L’hurluberlu hors catégorie Pierre Dion, qui est apparu sur notre radar en 2018 en tentant d’organiser une manifestation anti-immigration à Laval, et qui a acquis en 2019 la réputation de « troll » grâce à un reportage de Télé-Québec, a été l’une des figures de proue des Gilets jaunes. (Lire à ce sujet le bilan d’action rédigé suite à la veille de solidarité avec les victimes du massacre de Christchurch, le 16 mars 2019.)

Le 18 août, espérant apostropher Justin Trudeau au passage, Pierre Dion et une poignée de cabochon-e-s lié-e-s aux Gilets jaunes du Québec se sont rendu-e-s harceler des participant-e-s du défilé de la Fierté à Montréal.

 

Les Gardiens du Québec (LGDQ)

(De gauche à droite, avec les t-shirts blancs) : Jean-Marc Lacombe, Stéfane Gauthier, Carl Dumont et Luc Desjardins, des “Gardiens du Québec”. Au centre (en bleu), Jonathan Héroux, alias John Hex.

LGDQ sont un petit groupe d’une quinzaine de militant-e-s, organisé-e-s dans la région de Bécancour/Trois-Rivières autour du couple formé par Martine Tourigny et Stéfane Gauthier. La plupart des membres semblent appartenir à leur famille élargie. L’hypothèse la plus plausible voudrait que ces membres proviennent en partie de « La Horde », une éphémère scission de La Meute. LGDQ disposent d’une équipe médic et d’une équipe de sécurité judicieusement baptisée SOT (pour « Sécurité opérationnelle sur le terrain »; ce sont dans les faits la même poignée d’énergumènes qui se mobilisent derrière Stéfane Gauthier en mode justicier du dimanche pour « protéger » les rassemblements nationaux-populistes.)

En se ralliant quelques militant-e-s à Montréal (notamment dans les rangs des soi-disant Gilets jaunes du Québec) et en s’associant au militant John Hex (Jonathan Héroux, proche de Storm Alliance), LGDQ est devenu le principal véhicule pour l’organisation de la « Vague bleue » à Montréal (en mai) et à Trois-Rivières (en juillet).

Au courant de l’année, LGDQ ont dégénéré sous l’influence toxique du raciste Michel « Mickey Mike » Meunier, lequel a notamment recruté dans le groupe Joey McPhee (alias Joe Arcand, un poseur néonazi) et a probablement initié avec Luc Desjardins le lamentable rassemblement sous la croix du Mont-Royal en novembre 2019. Pour autant que nous avons pu voir, cette « manifestation » ne comptait en tout et pour tout que quatre participant-e-s, tout-e-s des LGDQ, soit Michel Meunier, Luc Desjardins, Nathalie Vézina et Joey McPhee. Le « groupe » était apparemment ulcéré par une (fausse) rumeur voulant que l’Université McGill ait eu l’intention d’acheter la croix du Mont-Royal pour la démanteler! Voulant sans doute tirer le meilleur parti de l’occasion, ces « gardiens du Québec » se sont fendu-e-s d’un salut hitlérien avant de redescendre le Mont Royal.

(De gauche à droite) Michel Meunier, Luc Desjardins, Nathalie Vézina et Joey McPhee, des “Gardiens du Québec”, donne le salut nazi sur le Mont Royal, le 3 novembre 2019.

Le 22 novembre, quelques semaines après leur « coup d’éclat » du Mont-Royal, LGDQ s’excitent à nouveau. Ce jour-là se tient une manifestation au départ du square Victoria contre « l’ensemble des politiques identitaires portées par Simon Jolin-Barrette et la CAQ », et plus particulièrement contre la réforme du PEQ (Programme de l’expérience québécoise, qui permet aux étudiant-e-s étranger-ère-s d’accéder plus rapidement à la sélection québécoise afin d’être admissible à la résidence permanente canadienne). Cette manifestation est organisée par des associations étudiantes de l’UQAM et par le Syndicat des étudiants et étudiantes employé-e-s. Environ 150 personnes s’y rassemblent. Venu-e-s pour soutenir le gouvernement, huit militant-e-s des LGDQ et/ou proche des Gilets jaunes du Québec se réunissent à quelques mètres du rassemblement et se mettent à crier « vous vous soumettrez » ou encore « au Québec, c’est la laïcité » aux étudiant-e-s réuni-e-s. Se rapprochant du rassemblement, LGDQ sont confronté-e-s par quelques antifascistes présent-e-s sur place et s’ensuit un peu de brasse-camarade avant que la police n’intervienne pour séparer les deux groupes. Le reste de la manifestation se déroulera sans incident, sous haute surveillance policière.

Tout au long de l’année, un conflit larvé s’est graduellement envenimé entre LGDQ et le Groupe Sécurité Patriote (GSP, dont nous reparlerons plus loin) jusqu’à ce que les deux groupes en viennent aux mains lors de la manifestation du 26 octobre à Saint-Bernard-de-Lacolle.

Michel “Mickey Mike” Meunier

Il convient de s’attarder un peu sur le cas de Michel « Mickey Mike » Meunier. Celui-ci s’est démarqué en 2019 comme l’un des militant-e-s d’extrême droite les plus actif-ve-s à Montréal, et certainement parmi les plus disjoncté-e-s de toute la ménagerie. Au cours de l’année, et notamment dans la période précédant la première « Vague bleue », Meunier a pris l’habitude de sillonner les rues du Centre-Sud et de Hochelaga, à Montréal, pour arracher ou recouvrir tout signe de la présence de la gauche dans ces quartiers et pour y laisser des collants, affiches et graffitis à teneur raciste et identitaire. Il a aussi publié plusieurs vidéos passablement surréalistes où il manifeste une obsession malsaine pour les antifascistes, dont l’une où il se met en scène en train d’uriner sur un autocollant antifasciste dans une toilette du Comité social Centre-Sud. Au mois de décembre, Meunier a été arrêté (mais semble-t-il pas accusé) suite à une enquête sur des menaces en ligne faites au PM Justin Trudeau. Depuis l’arrestation de Meunier, les « gardiens » se sont fait-e-s très discret-e-s et se manifestent principalement en ligne. Meunier est quant à lui revenu à la surface récemment sur Facebook en portant un ressentiment évident à l’égard de Storm Alliance, qu’il accuse de l’avoir trahi… Il a aussi repris son habitude de coller des collants identitaires dans le quartier Centre-Sud de Montréal.

Un échantillon des collants que pose Michel “Mickey Mike” Meunier dans Centre-Sud et Hochelaga, à Montréal.

 

La « Vague bleue »

(De gauche à droite) Guillaume Bélanger, Stéfane Gauthier, Michel Meunier, Jonathan Héroux et Luc Desjardins ont été parmi les principaux promoteurs de la “Vague bleue”.

La prétendue Vague bleue a été la principale mobilisation des groupes nationaux-populistes en 2019, ou du moins de ceux se trouvant en-dehors de l’orbite de La Meute, laquelle perdait déjà de plus en plus sa force gravitationnelle. Le mouvement de la « Vague bleue » se voulait initialement une espèce de véhicule populaire portant un projet de « constitution citoyenne » pour le Québec, mais a vite pris un tournant islamophobe en réorientant son message principal autour d’un soutien forcené au projet de loi 21 sur « la laïcité de l’État ».

Si la première itération a connu un succès relatif (entre 300 et 400 personnes à Montréal, le 4 mai) malgré une agressive contre-mobilisation antiraciste, la deuxième manifestation (à Trois-Rivières, le 27 juillet) s’est avérée un échec cuisant, n’arrivant pas à mobiliser plus de 80 personnes. C’est à cette occasion que Diane Blain a prononcé un tristement célèbre discours dégoulinant de racisme, qui a eu un certain écho médiatique et probablement nui aux futurs rebonds de la « Vague bleue ». (Diane Blain avait déjà fait les manchettes en tant que membre de La Meute lorsqu’elle avait apostrophé Justin Trudeau lors d’un événement de relations publiques à Sabrevois, pas très loin de Lacolle, le 16 août 2018. Comme plusieurs, elle a depuis quitté La Meute, mais demeure active et bien visible dans le courant national-populiste de l’extrême droite québécoise.)

La “Vague Bleue” 2, à Trois-Rivières, le 27 juillet 2019.

Montréal Antifasciste a produit de nombreux articles et communiqués sur la « Vague bleue » et ses militant-e-s :

 

Storm Alliance (SA)

L’année 2019 a confirmé l’absence de leadership au sein de ce groupe qui a grandi trop vite et n’a jamais trouvé de direction claire après le départ de son fondateur, Dave Tregget. Suite à l’implosion de La Meute, SA a reçu de nombreux transfuges, qui ont suivi l’exemple de Steeve « L’Artiss » Charland et d’autres figures clés du (jadis) plus gros groupe identitaire au Québec.

SA est de moins en moins pertinent, et à part sa contribution de fier-à-bras à la « Vague bleue », le groupe n’a rien fait de bien marquant. On peut toutefois mentionner une manifestation « pour les enfants » à Québec en septembre, sous l’impulsion du complotiste et plaideur quérulent Mario Roy, qui mène une croisade contre la DPJ depuis des années. (Roy, lui-même un membre influent de SA, avait fait les manchettes plus tôt en 2019 lorsque le quart de l’argent recueilli en dons pour soutenir la famille d’une fillette tuée à Granby lui ont été remis pour financer sa croisade personnelle!) SA a bien essayé de se relancer durant le temps des fêtes avec un projet de paniers d’épicerie pour des familles dans le besoin, énième tentative de réinventer la roue et de faire dans le social pour redorer leur image. À leur décharge, les « stormeurs » ne ragent pas contre les réfugié-e-s à la frontière quand ils et elles sont occupé-e-s à remplir des paniers au IGA ou à manifester « pour les enfants ». L’activité de leur groupe Facebook, principal outil de mobilisation, semble être au point mort.

 

La Meute

Le contingent de “sécurité” de La Meute, lors de la “Vague bleue”, à Montréal, le 4 mai 2019.

Inutile désormais de présenter La Meute, le groupe national-populiste de loin le plus structuré et le plus important numériquement… jusqu’à son effondrement brutal en juin 2019. L’année 2018 s’était pourtant plutôt bien passée, avec la sortie médiatique de leur manifeste et la tenue de plusieurs actions très visibles dans le cadre de la campagne électorale provinciale. Le groupe s’était d’ailleurs attribué la victoire de la CAQ et le départ du libéral Philippe Couillard, et promettait d’être très visible dans l’actualité de 2019. Le tandem Sylvain « Maikan » Brouillette, comme porte-parole et idéologue, et Steve « L’Artiss » Charland, comme figure fédératrice à l’interne, semblait très bien fonctionner, mais les dissensions internes se sont avérées plus redoutables que l’esprit de corps au sein du groupe. Dans un geste dramatique qui ne manquait pas de panache, Charland a quitté l’organisation et brûlé ses couleurs de La Meute le 24 juin 2019, en compagnie de plusieurs chefs de clan et membres du conseil. (Il serait fastidieux d’inclure ici le détail de ces conflits, mais les intéressé-e-s en trouveront une synthèse en note[i].) Aujourd’hui, le clan Charland semble avoir raccroché les gants ou être passé à Storm Alliance, tandis que Sylvain Brouillette semble bien seul à la tête d’une organisation désormais virtuelle, mais toujours tenue d’une main de fer par « la Garde », les fameuses « pattes rouges » qui lui sont restées fidèles.

Concrètement, La Meute n’a pas fait partie de l’actualité en 2019 et rien n’indique qu’un retour de l’organisation soit probable en 2020.

 

Groupe Sécurité Patriote (GSP)

Le Groupe Sécurité Patriote pose avec des membres des III % du Québec.

Le GSP était initialement le groupe (d’in) sécurité du Front patriotique du Québec (FPQ) avant de prendre peu à peu son indépendance, bien que les deux organisations soient encore proches et collaborent à l’occasion. Le GSP a également intégré une partie de la section montréalaise des III %. C’est un petit groupe d’une quinzaine de personnes, assez structuré et dirigé par Robert « Bob le Warrior » Proulx, qui s’est fait connaître pour sa fâcheuse propension à s’afficher avec le drapeau autochtone des Warriors dans des manifestations identitaires ainsi que ses affinités avec les boneheads des Soldiers of Odin.

Le boss de GSP, Robert Proulx, comme cul et chemise avec le néonazi Kevin Goudreau, à Saint-Bernard-de-Lacolle, le 24 août 2019 .

Pour le GSP, ce fut globalement une année d’échec marquée par une pitoyable manifestation pro-Loi 21 à Montréal, le 8 juin (avec une vingtaine de participant-e-s, essentiellement les membres actif-ve-s de GSP), le fiasco de la manifestation annuelle du FPQ, le 1er juillet, et leur exclusion de la « Vague bleue » en raison d’une attitude jugée trop paramilitaire le 4 mai, à Montréal. À la fin de l’été2019, le GSP se met en tête de manifester régulièrement au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle pour protester contre l’immigration irrégulière et demander la fermeture du chemin Roxham. Le groupe organise finalement deux rassemblements. Le premier (le 24 août) avait initialement été proposé par Lucie Poulin du Parti Patriote, et réunit une cinquantaine de personnes, dont plusieurs en provenance de l’Ontario, y compris le néonazi de triste réputation Kevin Goudreau. Le second rassemblement (le 19 octobre) réunit près de 120 personnes et parvient à remobiliser une partie des composantes de l’extrême droite québécoise, très divisée depuis l’échec de la « Vague bleue » et l’éclatement de La Meute.

Cette manifestation aurait pu être considérée comme une réussite et faire craindre aux forces antiracistes une mobilisation susceptible de prendre de l’ampleur… mais elle portait plutôt en elle les germes de la discorde. En effet, les nombreuses tensions entre le GSP et LGDQ, qui avaient été en partie maintenues sous le couvercle jusque-là, ont éclaté au grand jour lors de cette manifestation et dans la foulée.

 

Le Parti populaire du Canada et les élections fédérales

Le 21 octobre 2019, Justin Trudeau a été réélu Premier ministre du Canada à la tête d’un gouvernement libéral minoritaire. Les élections de 2019 auront notamment permis de confronter les prétentions de Maxime Bernier à la réalité, lui qui avait longtemps été député conservateur en Beauce avant de quitter le bercail pour créer le Parti populaire du Canada en 2018, dans l’espoir de dépasser les conservateurs sur leur droite.

Dès le départ, le PPC a adopté une position anti-immigration et négationniste vis-à-vis des changements climatiques, et lorsque ses rassemblements ont été pris pour cible par la gauche radicale, Bernier ne s’est pas fait prier pour traiter explicitement les « antifas » de terroristes. Le PPC a obtenu le soutien de nationaux-ales-populistes de partout au Canada, bien qu’au Québec ce soutien ait été mitigé par une certaine opposition à son nationalisme canadien. (Le minuscule et incompétent Parti Patriote, dirigé par Donald Proulx, a d’ailleurs cherché sans succès à consolider cette opposition nationaliste.) Bernier lui-même a également été critiqué à plusieurs reprises pour avoir accueilli à bras ouverts le soutien de différents éléments d’extrême droite et accepté de poser avec, notamment, des membres du Northern Front et des Soldiers of Odin.

En dépit des ambitions de son chef, le PPC a échoué lamentablement, ne réussissant pas à faire élire un-e seul-e candidat-e ou à recueillir ne serait-ce que 2 % du vote populaire. Cet échec est sans doute en partie dû au sentiment, largement répandu à droite, que le PPC n’avait aucune chance de déloger les libéraux, ce qui semblait être la grande priorité. Ainsi, plusieurs nationaux et nationales-populistes ambivalent-e-s au Québec ont voté pour le Parti conservateur ou le Bloc Québécois. (Il est à noter que si la direction du BQ a déclaré qu’elle ne tolérerait pas la présence de militant-e-s d’extrême droite dans ses rangs, les médias ont découvert plusieurs candidat-e-s qui avaient affiché à plusieurs reprises des messages racistes et d’extrême droite sur les médias sociaux).

 

Les néofascistes

 La Fédération des Québécois de Souche

Un collant représentant le pianiste André Mathieu, vraisemblablement produit dans l’entourage de la Fédération des Québécois de souche et affichés notamment par des militant-e-s d’Atalante à Québec et Montréal à l’été 2019.

La FQS n’est pas un groupe de terrain (elle laisse ce rôle à son organisation sœur, Atalante) et joue plutôt un rôle de fédération et de diffusion idéologique avec sa page Facebook très consultée et son journal périodique Le Harfang. Au cours de l’année, elle diffuse de nouveaux autocollants, qui sont surtout trouvés à Québec, mène quelques actions d’affichage et organise un happening de soutien au mouvement naissant des Gilets jaunes, à Québec. En avril, la FQS voit son « mémoire » sur le projet de loi 9 sur l’immigration déposé en commission par la députée caquiste de Châteauguay, MarieChantal Chassé. Le mémoire est retiré du site de l’Assemblée nationale dès le lendemain, lorsque le caractère raciste de la FQS est relevé par Québec Solidaire.

 

 

Atalante

Quelques dizaines de fans assistent au concert de Légitime Violence et du groupe NSBM français Baise Ma Hache au Bar le Duck, à Québec, le 8 juin 2019, après que le réseau antifasciste soit parvenu à faire annuler la tenue du concert au Centre Durocher.

Atalante poursuit ses activités régulières (randonnées, affichage, distribution de sandwichs et camps de formation) principalement à Québec et à Montréal, ou sa tentative d’implantation n’a pourtant pas semblé fonctionner. En dépit de ces activités, on a pu remarquer une stagnation de ses effectifs et des tentatives de recrutement au Saguenay, où l’organisation ne compte probablement qu’une poignée de membres satellitaires. On peut noter deux évènements marquants pour Atalante cette année : la venue du band NSBM français « Baise Ma Hache » en juin 2019 (partiellement déroutée par le milieu antifasciste), et le procès du leader Raphaël Lévesque[ii].

Les antifascistes ne les ont pas laissé-e-s tranquilles :

 

 

 

 La mouvance Alt-Right

Julien Côté Lussier accompagné de Shawn Beauvais-MacDonald, à Verdun, le 19 octobre 2019.

Le noyau organisé de l’Alt-Right à Montréal a explosé en 2018, et la plupart des figures centrales ont fui le Québec ou se sont tapies dans l’ombre. L’actualité de l’année a été la candidature de Julien Côté aux élections fédérales et l’appel en renfort de son camarade néonazi Shawn Beauvais-MacDonald, aussi militant d’Atalante. Nous avons par ailleurs appris que ce dernier a quitté son emploi au groupe Securitas et fait un bref passage au Centre intégré de mécanique, de métallurgie et d’électricité, ce qui lui a d’ailleurs valu la visite de militant-e-s antifascistes! En dehors de cela, les activités de l’Alt-Right à Montréal ont suivi la même courbe qu’ailleurs en Amérique du Nord et ont été pratiquement inexistantes à l’extérieur du monde virtuel au Québec, mis à part le harcèlement des propriétaires d’un café de Val David, que l’on peut vraisemblablement imputer à des trolls  Alt-Right qui résident dans la région.

Sinon, la fuite des salons de discussion du forum Iron March en novembre a permis d’identifier quelques Québécois, dont au moins un était aussi actif dans le salon discussion du groupe Alt-Right Montréal sur Discord.

 

2020 jusqu’à maintenant…

Dans les premiers mois de 2020, l’actualité politique au Canada a été marquée par une importante vague de résistance autochtone déferlant sur l’ensemble du pays. Ce sursaut historique pourtant inéluctable a clairement pris l’extrême droite québécoise par surprise[iii].

Dans le Canada anglais, les nationaux et nationales-populistes et les néofascistes se sont ligué-e-s dans leur opposition féroce aux revendications des peuples autochtones pour la défense de leur souveraineté. À Edmonton, le 19 février, des éléments d’extrême droite associés au groupe United We Roll ont démantelé une barricade de solidarité, déclenchant du même coup des appels à les imiter partout au pays. De nombreuses menaces d’attentats à la bombe ont été formulées contre des militant -e-s autochtones, et les communautés autochtones de partout au Canada ont été la cible d’innombrables commentaires et injures racistes, tant en ligne que dans la rue. L’extrême droite canadienne-anglaise s’est montrée pratiquement unanime dans son hostilité aux blocus de solidarité, s’appuyant à la fois sur le racisme qui caractérise ces groupes et sur un puissant courant niant les changements climatiques, lequel est ancré dans des théories complotistes voulant que les élites « mondialistes » financent secrètement les troubles et les conflits mondiaux, les mouvements écologistes, etc.

Au Québec, la réaction observée initialement a suivi un schéma fort différent. Bien que de nombreux-ses nationaux et nationales-populistes québécois-e-s adhèrent au racisme, au déni du réchauffement climatique et aux délires complotistes de leurs cousin-e-s des autres provinces, la réaction aux blocages a été généralement confuse. Dans les premiers jours de la vague de résistance, l’un des principaux arguments relayés au sein de leurs réseaux était l’injustice supposée d’un « deux poids, deux mesures ». Ils et elles estimaient que si des blocages du même genre que ceux menés par les Autochtones et leurs sympathisant-e-s étaient réalisés, les gens seraient certainement arrêté-e-s et réprimé-e-s, tandis que les blocages de solidarité avec les Autochtones étaient tolérés. En même temps, on a vu des cas isolés d’activistes d’extrême droite déclarant leur solidarité avec la lutte des Wet’suwet’en. Cette réaction différenciée est sans aucun doute le résultat des différentes façons dont les nationaux-ales-populistes se positionnent par rapport à l’État-nation canadien à l’intérieur et à l’extérieur du Québec.

Néanmoins, après la première semaine d’actions de solidarité, notamment dans le contexte d’un important blocus à Kahnawake et d’une barricade de solidarité à Saint-Lambert, les nationaux et nationales-populistes québécois-e-s ont redécouvert leur antipathie historique pour la nation mohawk. Ce revirement a mis abruptement fin à la pantomime hypocrite qui se jouait depuis plusieurs années au Québec, où des leaders d’extrême droite comme de nombreux-ses simples militant-e-s s’étaient positionné-e-s comme des allié-e-s naturel-le-s des Autochtones contre l’État canadien. Ce n’était soudainement plus le cas, et les commentaires et menaces racistes anti-autochtones ont commencé à se multiplier dans la fachosphère québécoise. Rien de tout cela ne s’est pour autant traduit en actions tangibles, car certain-e-s acteur-trice-s clés ne savaient pas comment se positionner. De plus, l’extrême droite était mal préparée à intervenir sur le plan organisationnel.

À la mi-mars 2020, alors que d’un item d’actualité lointaine, la COVID-19 devenait rapidement une pandémie d’envergure mondiale exigeant un confinement généralisé de la population, l’extrême droite québécoise s’est montrée tout aussi inopérante. Tandis que les forces de gauche organisaient des groupes d’entraide dans les collectivités et menaient des « manifestations de voitures » en solidarité avec les migrant-e-s aux prises avec des conditions létales dans les centres de détention, l’extrême droite québécoise était confinée aux médias sociaux, où sa principale occupation consistait à propager diverses théories du complot sur le virus, dont l’idée parfaitement irrationnelle voulant que celui-ci soit propagé par la technologie sans fil 5G…

 

Un avenir incertain…

L’agitation d’extrême droite, qui a commencé à prendre de l’ampleur en 2016, semble s’être finalement aplatie en 2019. Depuis, nous avons simplement constaté une série de tentatives largement infructueuses ou éphémères de se regrouper et d’aller de l’avant. Cette faiblesse de nos adversaires s’est manifestée dans leur incapacité à répondre efficacement, jusqu’à présent, à l’un ou l’autre des deux principaux enjeux sociopolitiques de 2020. Cela dit, leur base n’est pas prête de disparaître et l’état d’esprit complotiste et raciste dont on observe aujourd’hui les diverses manifestations pourrait annoncer une expansion de l’extrême droite dans les mois à venir.

Comme nous l’avons déjà indiqué ci-dessus, il ne faut pas considérer le désarroi actuel des forces d’extrême droite comme une victoire de notre part. Aujourd’hui, deux des principales revendications portées par l’extrême droite depuis plusieurs années au Québec ont été satisfaites : la Loi 21 interdit aux personnes portant des « vêtements religieux » d’occuper divers emplois dans le secteur public (cette loi vise en tout premier lieu les femmes musulmanes portant le hijab) et, dans le contexte de la pandémie, le passage frontalier irrégulier du chemin Roxham a été fermé aux demandeur-euse-s d’asile. Il va sans dire que la gauche radicale, au sein du milieu antiraciste/antifasciste, mais aussi bien au-delà, a encore beaucoup de pain sur la planche.

La situation nouvelle créée par la pandémie est remplie de dangers et d’incertitudes. Dans les mois à venir, de nouvelles possibilités politiques vont se présenter et les propositions politiques ancrées dans la peur et la désignation de boucs émissaires auront probablement le vent en poupe. Nous vous encourageons à lire nos Réflexions préliminaires sur la situation actuelle (en date du 30 mars).

La vigilance, comme la solidarité, sera certainement toujours de mise.

 

 

 


[i]               Pour la postérité, et pour ceux et celles qui cultivent une fascination morbide pour ce genre de choses, voici grosso modo comment ça s’est passé.

Un conflit a éclaté au sein de La Meute en mai 2019, lorsqu’il est devenu clair que le porte-parole (et chef de facto) Sylvain Brouillette s’était montré incapable de remplir la paperasse pour La Meute Inc. pour l’exercice financier 2017-2018. Des membres de l’exécutif se sont inquiété-e-s de l’image que cela projetterait s’il-le-s n’étaient pas en mesure de répondre aux questions des membres des clans (comme sont appelées les sections régionales de La Meute), et que cela retarderait encore l’enregistrement de La Meute comme organisation à but non lucratif. Tandis que Brouillette se défendait en évoquant des problèmes d’ordre personnel (un divorce conflictuel et des difficultés professionnelles) et se plaignait de n’avoir jamais voulu être responsable de la comptabilité, d’autres membres de l’exécutif l’accusaient de monopoliser le pouvoir, de contrôler l’information et de diriger La Meute comme si c’était sa propre entreprise privée.

Au fur et à mesure que les tensions s’aggravaient, tou-te-s les membres de l’exécutif (à l’exception de Brouillette) ont démissionné. Brouillette a démis Stéphane Roch de ses fonctions comme administrateur de la page Facebook publique de La Meute, et en guise de représailles, Brouillette s’est à son tour vu retirer les privilèges d’administration de la page secrète de l’organisation. Le 19 juin 2019, tout semblait indiquer que Brouillette avait été évincé de l’organisation et que ses critiques (regroupé-e-s autour de Steeve « L’Artiss » Charland) avaient pris les rênes, mais en quelques jours seulement, Brouillette a réussi à reprendre le contrôle de la page Facebook secrète, et Charland et ses fidèles étaient sur la voie de sortie.

L’une des premières actions de Brouillette de retour aux commandes a été de publier les chiffres de l’exercice financier2017-2018. Bien que ce rapport ne soit pas assez détaillé pour satisfaire aux exigences de Revenu Canada, il révèle une organisation fonctionnant avec un budget dérisoire, avec à peine 10 000 $ en reçus. La moitié de ce budget est inscrite comme un « don des Chinois », une probable référence à la Chinese Canadian Alliance, un groupe « astroturf » qui a organisé une grande manifestation sur la Colline Parlementaire à Ottawa le 18 février 2018, à laquelle ont participé La Meute et Storm Alliance, entre autres. (À l’époque, Brouillette avait déclaré : « La Meute s’est créé une solide alliance avec la communauté chinoise et nous croyons que cela ouvrira la porte à des alliances avec d’autres communautés dans un futur proche »… pourvu qu’elles paient, pourrions-nous ajouter!)

Pour ponctuer spectaculairement ce conflit, un grand nombre d’ancien-ne-s membres se sont fait un point d’honneur de célébrer la Saint-Jean-Baptiste en brûlant et en détruisant leurs vêtements et accessoires aux couleurs de La Meute (casquettes, vestes de cuir, drapeaux, etc.), déclarant du même coup que La Meute était « morte ». Les clans ont toutefois semblé accepter le retour de Brouillette.

Quoi qu’il en soit, au moment d’écrire ces lignes (avril 2020), le groupe est resté essentiellement inactif depuis que les événements décrits ci-dessus sont survenus.

 

[ii]               Lévesque « est accusé d’introduction par effraction, de méfaits et de harcèlement criminel à l’égard du journaliste Simon Coutu et d’autres employés de VICE Québec. L’homme de 36 ans est également accusé d’avoir intimidé Simon Coutu pour le forcer à s’abstenir de “couvrir les activités du groupe Atalante Québec”. Ce dernier avait publié plusieurs reportages sur l’extrême droite dans les semaines précédentes. »
https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/201912/09/01-5253022-intimidation-a-vice-le-leader-dun-groupe-dextreme-droite-en-cour.php

 

[iii]              Comme l’explique Solidarité sans frontières : « En décembre 2019, un juge de la Cour suprême de Colombie-Britannique a accordé une injonction contre les défenseurs du territoire basés au campement Unist’ot’en, lesquels tiennent depuis plusieurs années un blocus pour empêcher la construction du projet de gazoduc Coastal Gas Link (de l’entreprise Trans Canada) devant traverser le territoire non cédé de la nation wet’suwet’en. Un deuxième campement de blocage a été dressé par un autre clan des Wet’suwet’en, les Gidimt’en, qui manifestent une opposition solidaire au gazoduc au sein de leurs structures de gouvernance traditionnelle, et au mépris d’une décision judiciaire qui refuse de reconnaître leur souveraineté et leur titre. (…) La GRC a imposé un black-out médiatique au moment même où elle entreprend une invasion à grande échelle du territoire des Wet’suwet’en pour démanteler les blocus. Les défenseurs du territoire ont lancé un appel urgent à la solidarité et au soutien, face à ce qu’ils considèrent comme “un acte de guerre” et “une violation des droits de la personne, un siège, et une extension du génocide auquel les Wet’suwet’en ont survécu depuis le contact”.