Notes sur le caprice fasciste qui a défrayé la chronique : une réaction anarchiste à la mêlée du 6 janvier à Washington, DC

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Jan 162021
 

De Radio Fragmata

A quel drôle de bordel avons-nous assisté aux Etats-Unis, mercredi 6 janvier ?

Il y aurait tant de remarques à faire au sujet du spectacle dont nous avons été témoins dans l’enceinte du Capitole de Washington, DC. Toutefois, nous nous contenterons ici d’une déclaration succincte, en espérant clarifier la lecture de la situation depuis l’étranger et faire entendre le besoin urgent dans lequel se trouvent nos camarades états-unien.ne.s, qui sont confronté.es simultanément à une violence croissante de la part de certaines franges organisées de la population et à la répression étatique. Pour aller à l’essentiel, nous pourrions dire cela : que ce qui s’est produit n’était ni une insurrection, ni une révolte : et que le monde a seulement assisté à un caprice fasciste autorisé.

En Grèce, on se souvient bien du jour où les manifestants qui prenaient la rue dans le cadre des mobilisations nationalistes autour de la question du « nom de la Macédoine » ont forcé l’entrée du Parlement, sur la place Syntagma, juste avant que ne soit rendu le verdict concernant l’affaire stupide qui les animait, et nous n’avons pas oublié l’attitude de la police d’alors, qui avait opéré un service strictement minimal de manière à rendre évidents son soutien et sa solidarité avec celles et ceux qui s’emparaient du Parlement – sans toutefois courir le risque d’y laisser leur emploi. Parmi les slogans entendus sur le parvis du Capitole -tels que « U-S-A » ou « Trump est président, le Christ est roi », nombreux sont ceux auxquels on pourrait trouver des équivalents en Grèce.

Le 6 janvier 2021, le gouvernement américain s’est réuni pour ritualiser la certification des résultats du vote du Collège Électoral, actant ainsi le lancement du transfert de pouvoir vers une nouvelle présidence. C’est là un rituel archaïque qui -puisqu’il a été fondé avant que ne se développent les moyens modernes de circulation, ce qui supposait que les États les plus périphériques avaient besoin de plusieurs mois après l’élection pour que leurs votes puissent parvenir à la capitale à cheval- se tient en janvier, plutôt qu’au moment de l’annonce des résultats du vote, en novembre. Trump et ses partisan.es s’accordaient à voir dans cet événement leur dernière chance de perturber par un coup d’éclat la passation de pouvoir entre un Parti Républicain d’extrême-droite et un parti Démocrate de droite « modérée ».

Le fait que l’appareil de sécurité états-uniens ne réprime pas avec la même virulence une foule estampillée MAGA (Make America Great Again, slogan de campagne de Donald Trump, ndt) que des manifestations antifascistes, anarchistes ou abolitionnistes a été illustré assez clairement le 6 janvier. À tel point que les médias mainstream ont bien été contraints de le remarquer également, avant de se fondre en lamentations publiques pitoyables prétendant se poser la question de comment la police avait pu se montrer si tendre avec cette foule lâche et égocentrique qui ne cherchait qu’à renforcer les pires traits de la société états-uniennes contemporaine, et qu’on avait laissé forcé l’entrée d’un bâtiment pourtant doté de sa propre force de police (dont le budget annuel dépasse les 500 millions de dollars).

La tolérance dont la police a fait preuve à l’égard des partisan.es de Trump n’avait rien d’une coïncidence. Il est bien établi que l’extrême droite états-unienne a fait le choix stratégique d’infiltrer les forces de l’ordre autant que les instances du pouvoir politique depuis la chute du groupe de guerilla neo-nazi The Order au tournant des années 1980 et l’attaque à l’explosif d’un bâtiment fédéral d’Oklahoma City en 1995 par le suprémaciste blanc Timothy McVeigh, qui avait coûté la vie à 168 personnes. Ce choix tactique n’a rien d’un secret, ayant même récemment fait l’objet d’un rapport du FBI. McVeigh comme les membres de The Order s’inspiraient de la bible suprémaciste de l’époque, le roman Les Carnets de Turner (1978), qui présentait la mise en place d’une congrégation de fascistes se définissant comme des « patriotes ». Pour prendre la mesure de l’ampleur du succès de cette opération d’infiltration, on ne peut se contenter de dénombrer le suprématisme formalisé omniprésent dans l’institution policière états-unienne, puisqu’on doit également rajouter à cela que l’ensemble des syndicats policiers a soutenu la candidature de Trump en vue de la campagne présidentielle de 2020. Quand bien même les effectifs policiers seraient plus hétérogènes aux Etats-Unis que dans de nombreux autres pays, on ne peut oublier que les missions fondatrices de la police dans ce pays consistaient d’une part à traquer les esclaves en cavale, et d’autre part à brutaliser les syndicats de travailleur.euses. Le caractère fasciste d’une telle fonction dépasse donc même le cadre strict du racisme.

Si des banderoles anarchistes, antifascistes ou de soutien à la cause noire avaient été déployées le 6 janvier, on aurait assisté à des arrestations massives, à un niveau de brutalité policière largement supérieur, et probablement à un massacre. Cinq personnes ont perdu la vie lors des événements du 6 janvier. Trois d’entre elles sont mortes des suites de blessures auto-infligées : l’une en déchargeant par accident son taser contre son entrejambe, ce qui a provoqué un arrêt cardiaque ; une autre en chutant lors de l’escalade d’un échafaudage ; et une dernière piétinée, alors même qu’elle portait un drapeau siglé du slogan conservateur « Ne me marche pas dessus ». Un flic est mort à la suite d’une agression physique*, et une manifestante a été abattue par la police. Les trois autres n’ont fait les frais que de leur propre stupidité et ont maintenu leur privilège blanc jusque dans leurs morts grotesques. Si l’évènement n’avait pas été de nature suprématiste blanche – voire ostensiblement fasciste- il est évident que des dizaines de personnes auraient été abattues par la police.
Outre les assassinats quotidiens de personnes racisées et de prolétaires par la police aux Etats-Unis, on peut s’intéresser à deux cas de figure très récents (les sorts réservés à Kyle Rittenhouse et à Michael Reinoehl) pour tenter de mieux comprendre l’attitude de la police le 6 janvier, lorsqu’elle s’est trouvée confrontée à ses homologues fascistes issu.es de la société civile.

Kyle Ritthenhouse a commis un double meurtre lors d’une manifestation en réaction au supplice de Jacob Blake – un homme noir dans le dos duquel un policier blanc a tiré sept balles sous les yeux de ses enfants. Blake est sorti de cette agression paralysé, mais l’agent responsable a été disculpé en débit de preuves vidéos incontestables.

Rittenhouse est actuellement en train d’être jugé pour les meurtres qu’il a commis, et il a pu traverser sans être inquiété les lignes policières juste après avoir avoir fait feu sur des manifestants. Le contraste avec le cas de Michael Reinoehl est saisissant. Ce dernier, un antifasciste autoproclamé résidant dans l’Oregon, a fait feu sur un fasciste qui l’agressait dans le cadre d’une manifestation pro-Trump. Le lendemain de cette altercation, Reinoehl a donné une interview à Vice News pour attester du caractère de légitime défense de son geste. Un jour plus tard, la police fédérale lui trouait le corps d’une cinquantaine de balles. Trump n’a pas hésité à se vanter publiquement de l’assassinat de Reinhoel. Son sort a globalement eu peu de résonance médiatique, et illustre parfaitement le déséquilibre entre les obstacles auxquels sont confronté.es les révolutionnaires et ceux qu’on prétend opposer aux comportements «rebelles» des fascistes et consorts. Ce constat vaut également pour ce que l’on peut observer à l’intérieur des tribunaux. Les enquêtes et les condamnations qui donnent suite aux actions menées par la droite sont gérées d’une manière qui semble plus tenir de l’obligation que de la ferveur avec laquelle l’état attaque les mouvements révolutionnaires et émancipateurs.

Ce jour là, nous avons observé les élites sociales-démocrates verser des larmes hypocrites, des milices fascistes hallucinées jouer la farce d’un coup d’État sous le regard attendri de leurs baby-sitters en uniforme, et les médias tenter désespérément de rationaliser la situation en affectant un cynisme timide: « il n’y a rien à voir, ce ne sont que des joueurs costumés ». Une chose est certaine: celles et ceux qui se sont « saisi » du Capitole après y avoir invité, y trouvant les portes grandes ouvertes, n’ont fait preuve d’aucun courage et n’ont en aucun cas mis en œuvre l’insurrection que les modérés et les médias prétendent y avoir discerné.

Lorsque les mouvements révolutionnaires qui s’opposent sincèrement au système prennent la rue, ils doivent faire face à une situation autrement plus dangereuse. Un parti dominant de droite modérée comme les Démocrates, ou des appareils policiers prétendument « neutres » comme le FBI, ne tarderont pas à faire un exemple de certain.es de ces crétin.es de droite, mais il ne s’agira que d’une opération de communication comparable à celle opérée par le gouvernement de Nouvelle Démocratie en Grèce lors du procès du parti néo-nazi Aube Dorée, ou à celle mise en œuvre par Facebook qui avait censuré des dizaines de pages anarchistes pour compenser la suppression d’un nombre équivalent de profils néo-nazis. Ces stratagèmes n’ont pour but que la mise en scène d’une esthétique de la neutralité, alors même que ces acteurs continuent à imposer la société atroce que nous combattons.

L’intensité de cette action préfigure la guerre civile latente à venir, par ailleurs déjà déclarée par la droite, qui se trouve désormais plus en confiance que jamais à l’issue des événements du 6 janvier. La particularité de la droite états-unienne tient à ce qu’elle peut se pavaner en armes en toute légalité tant qu’elle n’ouvre pas le feu, et que même si elle en arrive là -on l’a vu lors de l’affaire Trayvon Martin ou des agressions à l’encontre d’antifascistes dans les manifestations Black Lives Matter- elle se voit donner des gages de tolérance judiciaire que nous ne connaîtrons jamais.

Il n’y a pas que l’extrême droite violente qui sorte radicalisée de cet incident ; les pontes de la sociale-démocratie états-unienne, qui représentent une menace égale à celle des fascistes, en sont également des bénéficiaires directs. Les chef.fes-de-file de la modération et du « bon sens » politique sont même les grand.es gagnant.es de ce spectaculaire caprice fasciste. Celles et ceux qui prétendent dicter les limites du politiquement acceptable, qui ont l’audace de mettre dans le même sac les insurrectionnalistes et les abolitionnistes d’une part et les fascistes et les anti-sémites théoriciens du complot ont réellement tiré leur épingle du jeu ici, comme en attestent les qualificatifs haineuses et ignorantes d’ « insurrection » et d’ « anarchie » employés pour décrire les événements du Capitole.

L’administration Trump s’est démenée tout au long des dernières années pour faire passer les anarchistes, les « antifas », et Black Lives Matter pour des organisations terroristes alors même qu’elle refusait d’utiliser les mêmes termes pour qualifier les groupes néo-nazis et suprémacistes blancs. Si les deux partis majoritaires se proposent désormais d’enquêter sur Qanon (un groupe persuadé que Trump, qui est pourtant confronté à des dizaines d’accusations de viol, y compris sur mineures, serait occupé à sauver le pays d’une conspiration orchestrée par des célébrités et des politicien.nes juives mettant leur pouvoir au service du trafic d’enfants) et les Proud Boys (un groupe de chauvinistes occidentaux revendiqués fondés par le fondateur démissionnaire de Vice Media, Gavin Mcinnes), il est tout à fait certain que ce durcissement s’accompagnera d’un renforcement parallèle de la répression des mouvements d’émancipation. Une semaine tout juste avant le 6 janvier, l’administration Trump rédigeait un décret proposant d’interdire l’accès au territoire états-uniens à toute personne soupçonnée d’affinités anarchiste ou antifasciste.

Ce décret s’inscrit dans la longue liste des prérogatives élargies des gardes-frontières sous les administrations Obama et Bush, notamment depuis le Patriot Act, et devrait passer comme une lettre à la poste aux yeux de l’administration Biden qui s’annonce.

Tout ceci se déroule alors même que les Démocrates viennent d’accéder à la Maison Blanche et d’obtenir une majorité des sièges au Congrès. L’extrême-droite demeure en revanche aux manettes de la Cour Suprême, ce qui a des conséquences lourdes sur les vies des segments marginalisés ou minoritaires de la population, ainsi que sur la santé des mouvements révolutionnaires.

La persistance du soutien populaire, lequel découle à la fois de longues années à subir les énormités d’extrême-droite du gouvernement Trump et de la révolte (majoritairement noire) qui a fait suite à l’assassinat de George Floyd, est déjà largement menacée par les tromperies des huiles démocrates depuis la victoire de Biden en novembre dernier. Cette victoire ne laisse présager aucun traitement de faveur pour celles et ceux qui font face à des années d’emprisonnement pour leurs actes de résistance dans le cadre de la révolte « Black Lives Matter » de 2020.

Les meneurs sociaux-démocrates et la frange de la gauche qui conserve foi en l’État et en sa capacité de réforme aimeraient peindre cet événement sous les traits d’un « coup d’État avorté » ou d’une attaque portée contre la volonté populaire. Ces discours émanent très largement d’une part très privilégiée de la population qui considère que le système électoral est là pour l’écouter. La majorité des personnes qui ont usé de leur droit de vote en 2020 l’ont fait par culpabilité ou parce qu’elles se sentaient malheureusement obligées de choisir entre deux maux. Elles ont été conditionnées à ne pas en attendre trop d’un État qui use d’un slogan aussi affligeant que Freedom isn’t free, « la liberté se monnaie ». En tant qu’anarchistes, nous rejetons le processus électoral étatique dans son intégralité, et ne voyons aucune possibilité de triomphe d’une « volonté populaire » dans un système qui se maintient par la confiscation du pouvoir et la coercition. Les choix qu’ils nous proposent dans le cadre leur spectacle de votation démocratique ne correspondent en rien au chemin qui pourrait nous mener à la liberté. Dès lors, nous rejetons ces rituels. Par ailleurs, les rituels d’origine coloniale, tels que le vote représentatif dans un système eurocentrique, ne pourront jamais accorder la liberté à quiconque sur une terre volée.

Tandis que nous continuons, en tant que mouvements anarchistes, abolitionnistes, et révolutionnaires, à mener une lutte incomparablement plus sincère que celles qui animent des citoyen.nes déboussolé.es et des célébrités prétentieuses au gré des effets de mode, nous devons redoubler de solidarité afin de ne pas nous laisser isoler, alors que la violence exercée par des groupes fascistes de la société civile s’accroît, de pair avec un acharnement policier brutal qui arbore le sourire mensonger des élites sociales-démocrates.

On aurait presque envie de rire en contemplant les politicien.nes apeuré.es, la droite et la police qui en arrivent aux poings, et l’absurdité généralisée qui s’est matérialisée ce jour là. Néanmoins, nous ne pouvons oublier qu’au cours des dernières semaines, des antifascistes ont été pris.es pour cible et attaqué.es à coups de feu dans le Nord-Ouest du pays, ni qu’en parallèle du caprice fasciste au Capitole une femme noire a fait l’objet d’une tentative de lynchage public dans le cadre d’un rassemblement néofasciste à Los Angeles. L’inquiétude ne nous permet donc pas d’en rire.

La droite a adopté une posture post-moderne quant à la question du racisme aux Etats-Unis, parce qu’elle se sentait bridée par l’étau des « politiques d’identité » mâtinées de politiquement correct promue par le parti de droite modérée (les Démocrates). Cette politique semble prête à dénoncer n’importe quoi, à l’exception du classisme et du racisme systémiques, et présente l’attribution de métiers qui prolongent le statut quo colonial aux personnes colonisées comme une forme éthiquement viable de réparation et de dédommagement. Les groupes de droite ont donc opéré une transition vers un monde nourri de théories conspirationnistes piochées sur le deep web qui encouragent les personnes pauvres à se mettre au service de milliardaires et à traquer les reptiliens juifs qui « tirent les ficelles » du capitalisme mondial au travers du réseau 5G plutôt que de simplement avoir recours à la terminologie raciste historique autour de laquelle ils gravitent pourtant tous. Malgré cette rhétorique de haine extrême, ces groupes prétendent toujours être éligibles aux plus hautes fonctions. C’est là un problème qui se pose à l’échelle mondiale, puisque des fascistes de cette trempe ont fait émergence sur la scène publique aussi bien aux États-Unis qu’au Brésil, en Allemagne, et ailleurs.

Il est impératif que nous continuions à combattre le statut quo technocratique et libéral en même temps que nous maintenons notre garde dressée face à un fascisme contemporain dont les incarnations sont nombreuses et parfois déstabilisantes. Nous devons aussi être capables de reconnaître le regain d’assurance de notre propre mouvement. Aux États-Unis, les rangs des anarchistes, des antifascistes et des abolitionnistes ont énormément grossi malgré la répression violente qui leur a été opposée, et une nouvelle génération courageuse a fait preuve de sa force tout au long de l’année 2020.

Ni les murs des prisons, ni ceux des frontières ne suffisent à endiguer la solidarité révolutionnaire.

Celle-ci nous permet de rester vigilant.es, connecté.es, de ne jamais nous perdre de vue alors même qu’un nouveau confinement et une nouvelle ère de fascisme modéré nous guettent.

Cette solidarité révolutionnaire, nous l’exprimons à toutes les personnes qui risquent la prison pour avoir pris part à la révolte contre le suprématisme blanc, et à toutes celles qui mènent une lutte sincère contre l’État et le capitalisme.

—Radio Fragmata / Janvier 2021

Post-Script
*le profil Parler (réseau social prisé des extrémistes de droite) du policier mort de ses blessures à la suite des événements du Capitole, Brian Sicknick, a depuis été révélé publiquement. On a pu y découvrir que l’agent « suivait » de nombreux comptes d’extrême-droite, comme ceux de la Team Trump, d’Alex Jones ou de Gavin McInnes.
*Bien que cela n’ait rien de surprenant, il a depuis établi que de nombreux policiers hors-services et politiciens de droite avaient pris part aux agissements du 6 janvier. Selon certains rapports, des officiers auraient même montré leurs badges à des officiers en service au cours de la bousculade.

Tenez vous au courant des luttes en cours et de la répression à l’encontre des mouvements révolutionnaires via les sites suivants :
Bay Area Anti-Repression
https://antirepressionbayarea.com/ 
NYC Anarchist Black Cross
http://nycabc.wordpress.com
Its Going Down
itsgoingdown.org
RAM
https://revolutionaryabolition.org
Up against the law legal collective 
https://upagainstthelaw.org 
Portland General Defense Committee
https://pdxgdc.com

Puget Sound Prisoner Support
https://twitter.com/PugetSupport 

Michigan Solidarity Bail Fund:
https://michigansolidaritybailfund.com/
Tilted Scales Collective
http://tiltedscalescollective.org
Scuffle Town Anti-Repression
https://scuffletownarc.wordpress.com/

Gabriel Sohier Chaput, aka Zeiger: le keyboard nazi de la rue Fabre qui voulait être Goebbels

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Déc 072020
 

De Montréal Antifasciste

Le 4 mai 2018 paraissait dans The Gazette le premier d’une série d’articles révélant l’identité d’un propagandiste néonazi d’importance internationale résidant à Montréal, un individu jusque-là connu uniquement sous le pseudonyme « Zeiger ». Les journalistes du quotidien rendaient publics les résultats d’une enquête menée depuis plusieurs mois par des militant-e-s antifascistes de la région de Montréal pour débusquer et identifier ce « Zeiger », qui sévissait déjà depuis plusieurs années dans le courant extrémiste du mouvement fasciste alt-right, notamment comme rédacteur et gestionnaire du site The Daily Stormer, un site considéré par plusieurs spécialistes comme la plus influente plateforme de propagande néonazie des dix dernières années à l’échelle internationale.

« Zeiger », qui avait notamment été aperçu avec d’autres Montréalais au rassemblement suprémaciste blanc « Unite the Right » à Charlottesville, en Virginie, les 11 et 12 août 2017 (où on a pu le voir scander le slogan : « Gazons les Juifs; Guerre raciale maintenant! ») et dirigeait de nombreux projets d’organisation, de mobilisation et d’information néonazis, était en fait Gabriel SohierChaput[1] , un « consultant en technologie de l’information » habitant le quartier Rosemont-LaPetite-Patrie de Montréal.

Gabriel Sohier Chaput, au centre, avec d’autres suprémacistes blancs au tristement célèbre rassemblement «Unite the Right», à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017.

Sohier Chaput est disparu dans la nature au lendemain de la parution de ce premier article. Un mandat d’arrêt a été émis contre lui en novembre 2018, et près de deux ans plus tard, The Gazette révélait en août dernier que Sohier Chaput était sorti de l’ombre pour répondre de l’accusation d’incitation à la haine[2] qui pèse contre lui. Il est convoqué au Palais de justice de Montréal ce mardi 24 novembre 2020 pour sa première audience.

Curieusement, les grands médias francophones ont fait très peu de cas de cette affaire, contrairement aux médias anglophones. Que ce soit par indifférence à l’égard du sujet ou par frustration de devoir ramasser les miettes de leurs collègues anglophones, la faible couverture de cette histoire a fait en sorte que le public francophone en a très peu entendu parler. Le présent article vise entre autres à corriger cette lacune pour la postérité.

La principale raison de la démarche est toutefois de garantir que Gabriel Sohier Chaput ne puisse jamais se débarrasser de la pestilence de ses propres paroles et actions.

S’il plaide non coupable, peu de lignes de défense s’offrent à lui. Il pourra prétendre que sa période néonazie relevait d’un égarement momentané et faire acte de contrition, mais la durée (de 2012 à 2018) et surtout la profondeur et la sophistication de son engagement risquent de jeter un doute sérieux sur l’authenticité de ses excuses. Une autre avenue possible sera de plaider le malentendu et de prétendre que son engagement politique auprès de plusieurs projets de propagande nazie n’était en fait qu’une vaste plaisanterie. C’est d’ailleurs la défense boiteuse que ses camarades et lui ont invoquée au lendemain de son doxxing. Malheureusement pour lui, la défense de l’ironie et du « deuxième degré » ne tient absolument pas la route à la lumière des informations contenues dans le présent article, et on ose espérer que la poursuite trouverait facilement les moyens de la déboulonner.

Il pourra au contraire plaider coupable, éviter un procès et assumer des sanctions pénales vraisemblablement assez légères s’il n’a aucun antécédent judiciaire. Un juge lui imposerait alors de s’excuser au tribunal pour les effets néfastes de ses actions passées, mais il serait libre de retourner à une vie relativement normale après avoir payé une amende et versé un montant symbolique, par exemple, à une organisation de défense des droits et intérêts de la communauté juive.

Il aurait ainsi tout le loisir de reprendre discrètement une place dans la société québécoise et la collectivité montréalaise. Nous ne pouvons permettre que son retour se passe aussi facilement.

Les discours haineux comme ceux que propageait et encourageait Gabriel Sohier Chaput mènent à des actions haineuses, et ces actions entraînent des conséquences graves dans le monde réel. C’est par exemple sur le forum IronMarch – modéré par Sohier Chaput – que s’est constitué le réseau terroriste Atomwaffen Division, dont plusieurs membres allaient commettre une série de meurtres et de crimes violents correspondant à l’idéologie mise de l’avant par Sohier Chaput et ses collaborateurs.

Soyons clairs : Gabriel Sohier Chaput applaudissait le meurtre d’homosexuel-le-s et de personnes trans, et appelait de ses vœux l’assujettissement des femmes, l’élimination des populations juives et la ségrégation systématique des populations non blanches. Il ne se contentait pas de le souhaiter; il déployait aussi tous ses moyens intellectuels pour favoriser le développement d’une culture politique fasciste et le renforcement d’un mouvement de masse devant mener à ces solutions finales.

Il doit y avoir des conséquences pour ce genre de crimes, et celles que propose le système de justice pénale ne nous satisferont jamais. Nous l’avons dit souvent et le répéterons encore : la justice ne se trouve pas dans les tribunaux, et pour nous, aucun pardon n’est possible.

Gabriel Sohier Chaput devra vivre le reste de sa vie avec le fardeau de son empreinte en ligne, et nous entendons bien faire en sorte que cette empreinte soit indélébile.

Les articles de The Gazette ont affirmé que Sohier Chaput était « une figure néonazie majeure » et « l’un des plus influents suprémacistes blancs en Amérique du Nord »; nous avons l’intention d’en faire ici la démonstration, citations et preuves à l’appui, à partir de ses propres écrits et interventions. Ce qui suit est un portrait assez détaillé du personnage, de ses idées, de ses activités et des milieux politiques dans lesquels il s’est engagé. Nous avons inclus un certain nombre de liens vers des ressources supplémentaires pour approfondir la compréhension du sujet.

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Laurie Baudin: la photographe attitrée d’Atalante?

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Nov 072020
 

De Montréal Antifasciste

Préambule : Atalante met de l’avant une imagerie guerrière basée sur la figure de l’homme guerrier blanc, dernier rempart contre la déliquescence du multiculturalisme et du monde moderne. Le groupe, composé essentiellement d’hommes, promeut une idéologie fasciste de facto patriarcale et antiféministe. Depuis que nous enquêtons sur le groupe nous avons pourtant consacré plusieurs articles à des femmes, notamment Roxane Baron, Heïdy Prévost et aujourd’hui, Laurie Baudin, bien qu’elles soient sous-représentées dans le groupe. Nous avons également constaté que les conséquences de nos articles semblent plus marquées pour les personnes opprimées en fonction du genre (Roxane Baron a vraisemblablement été tassée d’Atalante, tandis que Heïdy Prévost perdait des contrats professionnels). S’il est entendu que n’importe quelle personne s’associant avec un groupe toxique comme Atalante mérite d’être exposée, nous croyons qu’il est important de lancer une réflexion sur les contradictions soulevées par la présence active de femmes au sein de groupes fascistes et antiféministes. Ce pourrait être le sujet d’un prochain article.

Depuis 2018 Montréal Antifasciste documente les activités du groupe néofasciste Atalante, essentiellement implanté dans la ville de Québec. On commence à bien connaître la façade publique de l’organisation, notamment en ce qui concerne ses coups d’éclat (comme l’affaire Vice), ses campagnes d’affichage, ou encore ses distributions de sandwichs, une stratégie empruntée à des organisations néofascistes européennes comme Casapound (en Italie) et Bastion Social (en France, une organisation aujourd’hui dissoute, mais qui se reconstruit sous forme de petits groupes locaux autonomes).

Ces actions ont un autre point commun : elles sont soigneusement mises en scène, photographiées et publicisées sur les comptes Facebook et Instagram d’Atalante, ainsi que sur son site web. Nous (re)connaissons la plupart des individus qui se retrouvent sur les photos, mais ignorions qui se trouvait de l’autre côté de l’appareil photo et qui hésite manifestement à prendre le devant de la scène. Une observation des dernières sorties du groupe dans les rues de la capitale à l’été 2020 nous permet d’affirmer qui est cette personne (ou au moins l’une de ces personnes) : il s’agit de Laurie Baudin, membre très discrète d’Atalante Québec.

Dans cette vidéo et dans ces photos captées en août 2020, on reconnaît Laurie Baudin, téléphone cellulaire à la main, accompagnant et prenant en photo Jonathan Payeur, Louis Fernandez, Sven Côté et un autre individu lors d’une mise en scène de distribution de sandwichs.

Un-e sympathisant-e antifasciste qui a personnellement connu Laurie Baudin au Cégep Garneau l’a croisée avec Atalante lors d’une autre sortie au mois de septembre 2020 et a pu nous confirmer hors de tout doute qu’il s’agissait bien d’elle sur les photos.

Qui est Laurie Baudin?

Au moment de la sortie de l’article Démasquer Atalante en décembre 2018, nous écrivions ceci à son sujet :

« Partenaire de Dominic Brazeau, elle est peut-être davantage une hangaround d’Atalante qu’une membre active. Comme eux originaire de Mont-Laurier, elle est toutefois très présente dans le cercle social formé autour des frères Mailhot-Bruneau. On la voit sur cette photo poser fièrement avec les couleurs du groupe aux côtés de Marie-Ève Mecteau, alias Evymay Lacroix, et d’Heïdy Prévost. »

Laurie Baudin, à gauche, avec deux autres sympathisantes d’Atalante, Evymay Lacroix et Heïdy Prévost, portant les couleurs d’Atalante à l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste.
Laurie Baudin, à droite, en compagnie de son chum Dominic Brazeau, de Jonathan Payeur et de Roxanne. Le motif récurrent du couteau entre les dents est une référence aux arditi, les troupes de choc de l’armée italienne chargées d’assassiner les ennemis à l’arme blanche dans les tranchées. Les vétérans arditi allait plus tard former le noyau dur des chemises noires fascistes, les fasci sous le commandement de Mussolini, tandis qu’une faction rebelle devait former les premières milices antifascistes, les Arditi del popolo.

Nous sommes maintenant en mesure d’en dire un peu plus à son sujet.

Nous pensions que Laurie Baudin était une simple hangaround, mais nous avions tort. La surveillance des comptes de médias sociaux de l’entourage d’Atalante, et en particulier ceux de Roxanne Baron (véritable paparazzi de la scène fasciste québécoise), indique que Laurie est présente lors de la plupart des évènements sociaux d’Atalante et du Québec Stomper Crew (le gang de rue à l’origine d’Atalante, regroupant uniquement des boneheads), qu’elle participe à la préparation des actions du groupe et qu’elle fréquente de près les leaders de l’organisation : Raphaël « Raf Stomper » Lévesque et sa conjointe new-yorkaise Danielle « Duke » Doukas, Jonathan Payeur, Yannick Vézina, etc.

On reconnaît Laurie Baudin lors d’une sortie d’Atalante, riant de bon cœur aux côtés du chef Raphaël «Raf Stomper» Lévesque, de Roxanne Baron, Olivier Gadoury, Benjamin Bastien et Vincent Cyr, entres autres. Elle porte un t-shirt du groupe néonazi français, Baise ma Hache.
Laurie Baudin, au centre, entourée des militantes d’Atalante Viviane St-Amant (à gauche) et Roxanne Baron. Elle porte un hoodie European Brotherhood, une marque italienne à qui l’on doit des visuels sans ambiguïté (comme le « WPWW » pour White Pride World Wide) et qui est aussi un site diffusant de la musique néonazie, principalement germanique. (Voir l’article Lyon : une dentiste néonazie, « c’est sans danger » ? des camarades de La Horde.)
Roxane Baron et Laurie Baudin (de dos) en train de réaliser une bannière pour Atalante («Immigration, armée de réserve du capital»). On remarque qu’elle porte un chandail marqué de la phrase « Saisir la foudre », du nom du livre/programme d’Atalante.
Avec Roxanne Baron, Sven Côté et Danielle Doukas.

Comme on le voit sur ces photos, Laurie est assez discrète et s’affiche peu contrairement aux autres membres d’Atalante, qui exhibent leurs tatouages et portent souvent des vêtements politiquement explicites. Au premier coup d’œil sur les réseaux sociaux de Laurie Baudin, on pourrait penser qu’elle est toujours la jeune membre du Club Rotary Québec – Val-Bélair qui déclarait au journal local en novembre 2017 vouloir « changer le monde, une personne à la fois ».

Un fascisme décomplexé

Nous avons ainsi eu la surprise de retrouver Laurie Baudin derrière le compte Instagram @miss_revolt (aujourd’hui fermé), qui confirme son allégeance à une idéologie fasciste, suprématiste blanche et anti-LGBTQ+.

« Québec, Jeunesse, Révolution » une adaptation du slogan nationaliste-révolutionnaire « Europe, Jeunesse, Révolution », popularisé par une chanson du groupe de rock identitaire français, Fraction (auquel appartenait Philippe Vardon, un fondateur des Jeunesses Identitaires, ex-Génération Identitaire).
Confréries Dannungio : une référence probable à Gabriele D’annunzio, une figure importante du fascisme italien et rival de Mussolini.
Un tout mimi gribouillage de croix celtique, le symbole du mouvement «White Power».
Une référence probable au slogan néofasciste « Révolte contre le monde moderne », inspiré par Julius Evola.

Sans pouvoir l’affirmer, on est en droit de se demander si Laurie Baudin, la photographe du groupe, n’offre pas également ses services de graphiste aux côtés de d’Étienne Mailhot-Bruneau… On regarde ça.

Si vous avez d’autres renseignements à nous communiquer au sujet d’Atalante, de ses sympathisant-e-s et de son entourage, n’hésitez pas à nous écrire à alerta-mtl @ riseup.net.

Sylvain Marcoux : un nazi chez les conspis

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Août 222020
 

De Montréal Antifasciste

L’actualité récente au Québec a été ponctuée par une série d’arrestations relatives à diverses menaces formulées à l’endroit du docteur Horacio Arruda, le directeur de la Santé publique du Québec et, de ce fait, le principal porte-parole des politiques québécoises en matière de santé publique dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Ces arrestations ont mis en relief la participation d’une partie de l’extrême droite dans les mobilisations[1] contre le port obligatoire du masque, les consignes de distanciation physique et les autres mesures mises en place pour minimiser les risques de contagion dans l’espace public. Dans un billet daté du 31 juillet 2020, le blogueur antiraciste Xavier Camus faisait état d’une publication par un adepte du mouvement complotiste QAnon, Fabrice Descurninges, où celui-ci révélait l’adresse personnelle d’Horacio Arruda. Dans son billet, à renfort de captures d’écran, Camus soulignait également l’intervention remarquée d’un certain Sylvain Marcoux, qu’il décrit dans son billet comme un « complotiste violent ».

Marck Lelou est l’un des nombreux pseudonymes de Sylvain Marcoux sur Facebook.

Une semaine plus tard, le 7 août 2020, la plupart des grands médias (dont Radio-Canada, La Presse et le Journal de Montréal) rapportaient l’arrestation de Sylvain Marcoux « pour avoir présumément harcelé le docteur Horacio Arruda et sa famille sur les médias sociaux ». Étonnamment, aucun de ces articles ne mentionne l’allégeance politique de Marcoux, fermement ancrée dans l’extrême droite la plus dure, notamment dans l’entourage de la Fédération des Québécois de souche (FQS), allégeance qu’une simple recherche Google permet pourtant de déterminer sans l’ombre d’un doute. Ce polémiste nationaliste, fétichiste du nazisme et candidat indépendant aux dernières élections provinciales avait d’ailleurs déjà joui d’un traitement complaisant de la part des quelques médias qui s’étaient intéressés à sa candidature marginale en 2018…

Bien que le sinistre Sylvain Marcoux ne soit d’aucune manière une figure majeure de l’extrême droite québécoise, nous croyons que l’occasion est toute désignée pour retracer son itinéraire politique au cours de la dernière décennie.

Avertissement : cet article contient des captures d’écran au contenu explicitement raciste et antisémite.

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Les premières interventions en ligne de Sylvain Marcoux s’inscrivaient déjà dans les milieux nationalistes et droitistes de la « ligne dure ». En l’espace de quelques mois en 2011, Marcoux a publié 13 textes sur Vigile.Quebec, un site offrant une tribune libre aux auteurs nationalistes et indépendantistes de différentes tendances, mais qui dans les dernières années a pris une nette tangente d’extrême droite. Les sujets de prédilection de Marcoux à cette époque reflétaient les thèmes récurrents du nationalisme identitaire frustré, comme la répudiation du Parti Québécois pour son manque de combativité dans la quête indépendantiste et la dénonciation rageuse du multiculturalisme comme menace existentielle à l’identité québécoise.

Sans doute encouragé par ses premiers pas comme polémiste, Marcoux a écrit en 2012 un opuscule intitulé Pour un ralliement national canadien-français. Publié (curieusement) par les Éditions Guérin, qui le présentent comme un « manifeste », ce texte est une sorte d’invitation à un projet nationaliste ethnique pour le Canada français. À part que l’auteur y déplore et rejette l’emploi relativement récent du vocable « Québécois » pour désigner les descendant-e-s des colons français au Canada, l’essai n’a rien de vraiment intéressant. Malgré une note affirmant que les Juifs constituent un groupe particulièrement xénophobe et un commentaire rejetant l’aspiration des peuples autochtones à la souveraineté (tout en revendiquant une présence européenne en Amérique du Nord remontant à plus de 1 000 ans), le genre de racisme implicite dans cet appel à un nationalisme fondé sur le caractère ethnique particulier des Canadiens français n’a (malheureusement) rien de bien extraordinaire au Québec. En fait, en 2012, Marcoux prétendait encore que son nationalisme, s’il était « culturel et ethnique », n’avait rien de racial : quelle que soit la couleur de sa peau ou ses origines personnelles, devait-on comprendre de sa proposition, toute personne s’identifiant au Canada français et désireuse de s’y « assimiler[2] » peut être Canadien français :

« Pour le Ralliement national, le “nationalisme” n’est donc pas fondé sur la “race” (morphologie, couleur de la peau…), mais bien sur la culture, c’est-à-dire l’ensemble des modes de vie et des convictions que partage la population vivant au sein d’un même territoire. »

Il allait faire paraître quelques articles de plus sur Vigile.Quebec en 2013, mais sans plus.

Il est assez clair que Marcoux fricotait déjà avec l’extrême droite québécoise dans ces années-là. Après tout, cette prétention à être « pas raciste », mais simplement préoccupé par la « culture », correspond en tous points à la posture adoptée par les principaux courants d’extrême droite partout en Occident. La culture y est implicitement comprise comme homogène et statique, voire immuable, plutôt qu’hétérogène et changeante. Il découle de cette définition de la culture un rejet de toute critique ou remise en question par des personnes autochtones ou issues de l’immigration, lesquelles sont perçues comme intrinsèquement suspectes, car elle représente de par leurs origines une menace pour la culture dominante. D’où l’éructation classique des nationalistes québécois voulant que l’immigration et le multiculturalisme constituent un « cheval de Troie » visant à miner de l’intérieur la culture canadienne-française. Le fait est que les formes de racisme « biologique » et « culturelle » ont bien plus de points en commun que de différences : il s’agit au final de visions essentialistes des identités qui servent à justifier la discrimination, l’exclusion et la répression[3].

En 2012, un groupuscule identitaire autrement inconnu, le Comité citoyen pour l’intérêt du Québec (CCIQ), a organisé pour Marcoux une conférence publique lui donnant l’occasion de présenter son livre. La Fédération des Québécois de souche (FQS), qui sert en quelque sorte de centre névralgique pour les fascistes et suprémacistes (ou « nationalistes ») blancs de différentes tendances au Québec, a par la suite fait une critique dithyrambique de son allocution, tout en déplorant au passage le caractère « culturel » plutôt que « racial » de son nationalisme. Une critique que Marcoux allait manifestement prendre à cœur pour la suite des choses.

Dans ces années-là, la FQS collaborait étroitement avec la Bannière noire et la Légion nationale, deux autres groupuscules fascistes aujourd’hui disparus. Les trois groupes ont notamment coorganisé quelques manifestations, dont une « Marche contre la dénationalisation » à Montréal en 2011, et une autre à Trois-Rivières en 2012. Marcoux a participé à ces rassemblements et a même été interviewé par quelques médias d’information à Trois-Rivières. Tout en insistant sur le fait qu’il n’était pas membre de la Légion nationale, il continuait à mettre de l’avant la ligne anti-immigration raciste/culturelle décrite ci-dessus, se plaignant que la majorité historique soit en train de perdre son statut dominant, mais en se défendant bien d’être raciste, car « la culture », précisait-il, « c’est entre les deux oreilles que ça se passe ». Marcoux a aussi donné une entrevue à la FQS le 23 mars 2013 à l’occasion d’une « action militante » à l’Hôtel de Ville de Montréal.

Marcoux a passé une bonne partie de la dernière décennie (2013-2017) comme conseiller municipal de Saint-Majorique-de-Grantham, près de Drummondville, tout en travaillant comme soudeur-assembleur. À cet égard, il convient de mentionner que le Mouvement Tradition Québec (MTQ), un groupuscule catholique traditionaliste d’extrême droite ayant des liens très étroits avec la FQS, a organisé et fait la promotion d’une série de services religieux officiés par l’Abbé Damien Duterte et Monseigneur Donald Sanborn, tous deux du courant théologique « sédévacantiste » se situant à la droite des lefebvristes traditionalistes (beaucoup mieux connus) de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX)[4]. En 2019, trois événements du MTQ ont eu lieu dans la salle municipale de Saint-Majorique située au 1966 boulevard Saint-Joseph, vraisemblablement avec la permission du conseil municipal auquel Sylvain Marcoux a siégé pendant plusieurs années. Il s’avère que Marcoux réside (ou résidait) lui-même tout juste en face du bâtiment municipal en question. Rassurez-vous, nous n’invitons personne à aller « cogner dans ses vitres ». Sa maison est d’ailleurs à vendre, s’il y en a que ça intéresse…

Une photo du bureau de Sylvain Marcoux à son domicile de Saint-Majorique-de-Grantham, trouvée sur la page d’un courtier immobilier. Notez le “soleil noir”, un symbole nazi, affiché au mur.

De nationaliste « culturel » à néonazi pur et dur

Au moment où il a attiré notre attention, il y a quelques années, Marcoux était déjà devenu un ardent néonazi, multipliant sur les médias sociaux les messages niant l’Holocauste, affirmant qu’Adolf Hitler « est l’âme la plus belle qui se soit incarnée sur cette terre » et relayant des théories du complot voulant que les Juifs aspirent au génocide des « populations blanches ». En fait, Sylvain Marcoux est sans contredit l’un des plus vils et des plus virulents racistes de toute la fachosphère québécoise.

En mars 2017, deux mois après qu’Alexandre Bissonnette eut assassiné six hommes et blessé 19 autres personnes au Centre culturel islamique de Québec, Marcoux est apparu dans le fil de commentaire de la chaîne Nomos.tv d’Horizon Québec Actuel pour avancer l’hypothèse qu’il n’y a eu aucun mort et que toute l’affaire a été mise en scène et n’était en fait qu’un « gros show-off libéral anti-québécois » :

Sylvain Marcoux met en doute l’authenticité de l’attentat contre la grande mosquée de Québec du 29 janvier 2017.

Sylvain Marcoux badine avec Robert Proulx et La Meute dans un garage sous-terrain de Québec, le 20 août 2017.

Il a aussi, au cours des dernières années, régulièrement participé aux mobilisations d’organisations xénophobes nationales-populistes comme La Meute et Storm Alliance.  Il a par exemple été aperçu le 20 août 2017 avec La Meute à Québec dans un certain garage sous-terrain. Il était aussi présent à Saint-Bernard-de-Lacolle le 19 mai 2018, où les vidéographes amateurs de La Meute l’ont interviewé, donnant lieu à cet échange pour le moins stupéfiant représentatif de son mode de pensée :

Meute.tv : (…) L’oligarchie… (…)

Marcoux : C’est les Juifs… Le vrai mot c’est les Juifs. Vous parliez tout à l’heure de tabous, il y a aucun tabou. C’est le messianisme juif… Le Juif, il veut dissoudre les nations blanches. J’ai pas peur de le dire. C’est pas être suprémaciste de s’affirmer comme blanc et d’être fier d’être blanc. Les autres races s’affirment, il y a des ligues des Noirs ici au Québec, imaginez s’il y avait une Ligue des blancs… Les médias corrompus, les médias à la solde justement de ces Juifs là… Quand je dis « Juifs » c’est la juiverie. C’est Bronfman en arrière de Trudeau… Il travaille pour son équipe.

Meute.tv : Vous pensez que c’est le pouvoir de l’argent, au-delà de l’immigration (…)

Marcoux : C’est plus que l’argent, c’est vraiment dissoudre les nations blanches, les noyer par l’immigration. L’immigration… le métissage à la limite.

Meute.tv : Vous ne pensez pas qu’au niveau du Canada il y a moins d’immigration dans d’autres provinces qu’au Québec? (…)

Marcoux : Regarde au Québec… Allez vous promener à Toronto, il y en a de l’immigration, que ça soit légal ou illégal, l’objectif est le même, le résultat est le même. (…)

Meute.tv : Les antifas vont prétendre que…

Marcoux : Ça n’existe pas les antifas, les antifas ça n’existe pas. Les antifas c’est les sections d’assaut de cet ostie de juiverie là, la pègre mondialiste. Le messianisme juif, les francs-maçons… Quand je dis « francs-maçons » le monde lève haut de même… Toutes les associations internationalistes qui veulent justement dissoudre les nations blanches, l’Occident, le Canada -les États-Unis au départ, c’était blanc- l’Europe, la France, l’Allemagne, le Danemark, l’Angleterre…

Meute.tv : C’est mondial…

Marcoux : Non, c’est les blancs, les pays blancs. Il n’y en a pas d’immigration en Arabie Saoudite. Les Juifs, ils les sortent tous à coups de pied au cul. Ils en ont sorti 40 000 il y a pas longtemps, ils les envoient ici… avec un programme de l’ONU. (…)

Il est donc clair qu’un changement (ou du moins une sortie de placard) s’est opéré chez Marcoux depuis ses déclarations de quelques années auparavant voulant que son projet politique ne soit pas racial, mais « culturel »… Nous avons reproduit ci-dessous un échantillon de captures d’écran sans équivoque, saisies de son principal compte Facebook (aujourd’hui désactivé) et de ses comptes secondaires, confirmant à quelle enseigne loge Sylvain Marcoux. Notez que plusieurs des articles antisémites relayés par Marcoux proviennent du site democratieparticipative, un site néonazi français inspiré du Daily Stormer. [Voir les images sur montreal-antifasciste.info]

Sylvain Marcoux, candidat aux élections provinciales

Marcoux a de nouveau eu l’occasion d’étaler ses idées politiques à l’automne 2018 lorsqu’il s’est présenté comme candidat indépendant aux élections provinciales dans la circonscription de Drummond-Bois-Francs. Il a alors ouvertement parlé aux journalistes de sa volonté « d’interdire l’Islam au Québec » (car à son avis les adeptes de l’Islam devraient être psychiatrisés), en plus de ressasser dans son programme tous les thèmes et les obsessions habituelles de l’extrême droite, dont celle du prétendu « Grand Remplacement » :

Les journalistes, à l’époque, l’ont traité comme une curiosité, mais aucun n’a cru bon de déplorer clairement le racisme qui était manifeste au cœur de sa campagne ou d’évoquer ses liens (pourtant assez faciles à retracer) avec l’extrême droite québécoise. Et pourtant, malgré tous ses efforts et le traitement complaisant des médias, « le peuple » s’est montré indifférent à ses propositions. Il n’a reçu qu’un seul don de 100 $ (de son propre agent officiel, Julien Chapdelaine, lui-même militant du petit milieu catholique sédévacantiste associé au Mouvement Tradition Québec) et 250 votes (un peu moins de 1 % du scrutin dans sa circonscription).

Le raisonnement complotiste et ses possibles dérives

Ce qui nous amène à l’été 2020. Sylvain Marcoux est donc accusé d’avoir propagé l’adresse civique du docteur Horacio Arruda en appelant de ses vœux « 1 500, 3 000, 15 000 nationalistes déchaînés » à aller « cogner dans ses vitres ».

L’opposition aux mesures de promotion de la santé publique dans le contexte de la pandémie de COVID-19 est de plus en plus répandue, regroupant ceux et celles qui croient à des théories de santé alternative plus ou moins inspirées de la culture New Age, d’autres qui se méfient du gouvernement ou ont l’impression que celui-ci outrepasse son mandat en limitant leurs droits individuels (parfois à juste titre, voir l’inquiétant projet de loi 61), et un nombre important de personnes se situant à l’extrême droite, pour qui la crise actuelle représente une étape cruciale dans l’avancée du complot mondialiste qu’elles redoutent. On remarque d’ailleurs plusieurs figures clés des milieux nationaux-populistes à la tête du mouvement anti-masques, dont Steeve Charland (ex-#2 de La Meute) et Mario Roy (Storm Alliance). Beaucoup des croyances sur l’existence d’un complot mondialiste —plus récemment associé à de prétendus réseaux pédocriminels et satanistes— s’alimentent à même les débats, réseaux et plateformes américains pro-Trump férocement xénophobes, racistes et sexistes[5].

Autant dans son opposition à Horacio Arruda et aux mesures de santé publique que dans son passage d’un nationalisme pur et dur (mais culturel!) à un militantisme néonazi décomplexé, Sylvain Marcoux reflète certaines des tendances et convergences observables au sein du nationalisme québécois et de l’extrême droite que nous nous sommes employé-e-s à exposer et combattre au cours des dernières années.

Il peut être tentant de tourner en dérision les complotistes, en soulignant à quel point ils sont bêtes et ignorants, hypocrites ou opportunistes. Ou encore d’insister sur leur caractère marginal et de rappeler que la grande majorité de la population québécoise ne partage pas de telles croyances. Néanmoins, des individus comme Sylvain Marcoux s’investissent dans les mouvements complotistes et prennent graduellement de plus en plus de risques en multipliant les provocations, tout en injectant dans ces nouveaux milieux politiques les idées toxiques du courant crypto/néonazi historiquement implanté au Québec. C’est précisément à une telle convergence que l’on assiste au sein des mobilisations actuelles contre le port du masque obligatoire. Une telle dynamique participe de la reconfiguration des forces nationales-populistes, qui sont de plus en plus soumises à l’influence des courants fascistes.

En ce sens, la trajectoire de Sylvain Marcoux est intéressante principalement par ce qu’elle révèle des transformations culturelles et politiques en cours et par ce qu’elle permet d’anticiper comme développements.

Marcoux a beau être un abruti, il n’en demeure pas moins potentiellement dangereux.


[1]               Lire à ce sujet cet excellent billet de Xavier Camus, puisque les médias traditionnels dorment sérieusement au gaz sur cette question : https://xaviercamus.com/2020/08/18/tableau-des-principaux-gourous-complotistes-du-quebec/

[2]               Le choix de parler ici d’assimilation, plutôt que d’intégration par exemple, dénote déjà une menace de coercition, et donc un rapport foncièrement inégalitaire entre la société historiquement dominante et les nouveaux et nouvelle arrivant-e-s.

[3]               Selon celles-ci, on ne peut vraiment « devenir » français, canadien-français, ou autre. Même après des décennies au Québec, ou même si ils et elles y sont parfois né-e-s, les musulman-e-s seront encore perçu-e-s comme des étrangers-ères. La « culture » a beau être distinguée de la race entendue comme une question de pigmentation de la peau, les conceptions essentialistes supposent qu’elle nous surdétermine fondamentalement (plutôt que la classe sociale, le genre ou d’autres types de rapport social structurant) et qu’elle ne peut jamais vraiment s’acquérir. De plus, l’argument connexe est d’affirmer que toutes les cultures ne se valent pas et que certaines sont supérieures à d’autres. L’appartenance ou l’affiliation culturelle devient alors un principe de hiérarchisation qui justifie diverses formes d’exclusion et de domination.

[4]               Le Mouvement Tradition Québec, sous la gouverne des militants Kenny Piché et Étienne Dumas, jusque là fidèle à la FSSPX, s’en est divorcé en 2017-18. Il semblerait  que le MTQ ait accusé cette dernière d’être devenue trop « libérale ».

[5]               Un récent exposé de Radio-Canada révélait d’ailleurs comment l’algorithme « de suggestions » de YouTube tend fortement à aiguiller les internautes qui s’intéressent à diverses théories du complot vers des sites de « réinformation » d’extrême droite, comme DMS ou Nomos.tv.
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1087664/voici-comment-youtube-pourrait-vous-rendre-conspirationniste

Qui est vraiment Francis Boudrias-Plouffe ?

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Août 202020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Si vous l’avez rencontré au cours des dernières années, il s’est peut-être présenté comme étant « Frank Mounadhel, militant Palestinien ». Son vrai nom est Francis Boudrias-Plouffe (FBP), il est issu d’une famille québecoise tout ce qu’il y a de plus blanche (en tout cas il n’est pas palestinien). Il utilise actuellement le nom Fran Fran BP sur Facebook. Il gravite depuis plusieurs années dans différentes organisations de gauche à Montréal, liés aux causes palestinienne et antifascistes. Pourtant, jusqu’en 2014 au moins, il était plutôt connu comme un nationaliste et antisémite, auprès du podcast Les fils de la liberté. Au fils de ses années dans les milieux imprégnés de féminisme, d’antiracisme et d’antifascisme, les allégations de violences de sa part s’accumulent. Usant de différents stratagèmes, de rhétorique, de mensonge et de harcèlement ses méthodes de manipulation ont été prouvé maintes fois mais toujours à mots couverts.

Deux choses sont importantes à retenir avant de démarrer la lecture de ce dossier :

  • FBP utilise souvent des éléments véridiques, environ 10% d’une histoire, pour les entourer de 90 % d’inventions, d’approximations dans le but de se faire passer pour le héros ou la victime. Il se servira de ce 10% véridique pour essayer de vous faire croire l’ensemble de l’histoire.
  • FBP a un talent certain de manipulation d’autrui, c’est ce qui nous revient le plus souvent des témoignages que nous avons reçu. Il utilise souvent des personnes de son entourage pour transmettre ses dénonciations ou répandre des rumeurs.

Voici le portrait d’années d’abus et de violence de la part d’une personne qui voudrait encore se faire passer pour une victime.

Un passé d’extrême-droite qu’il n’assume pas

Francis Boudrias-Plouffe aime se présenter comme un militant d’extrême gauche et antifasciste depuis plusieurs années. Mais c’est aussi un ancien nationaliste identitaire proche des idées antisémites, qui fut actif au sein du de l’émission de radio « Les fils de la Liberté » pendant plusieurs années. Il a eu l’honneur, comme il a déjà dit, de recevoir Alain Soral en 2012 au Québec. Alain Soral est un antisémite et negrophobe notoire et multi condamné pour incitation à la haine raciale. De plus, les fils de la liberté étaient fiers d’avoir invité à Montréal Serge Ayoub, un bonehead néo-nazi français connu sous le nom de Batskin, fondateur des Jeunesses nationalistes Révolutionnaires et de 3e voie, dont faisaient partie les assassins du militant antifasciste Clément Méric.

Dans la photo plus bas, vous pouvez d’ailleurs le voir (avec une cagoule et un carré rouge, au centre) faire une « quenelle » en présence d’Alain Soral, de l’écrivain d’extrême-droite suisse Piero SanGiorgio et de deux militants d’extreme-droit québécois. La «quenelle» est un signe de ralliement inventé par l’humoriste et grand ami d’Alain Soral Dieudonné. Elle représente à la fois un salut nazi inversé, par provocation car ce signe est interdit par la loi en France, et un geste (homophobe) de «mettre quelque chose dans le cul du système». Le «Système» étant contrôlé par les juifs selon Dieudonné et Soral. Faire une «quenelle» et donc un geste profondément antisémite.

En 2012 il était déjà de notoriété publique qu’Alain Soral et son organisation Égalité et Réconciliation faisaient partie de l’extrême-droite antisémite la plus dure.

Sur la capture d’écran suivante, vous pouvez voir « Frank Mounadhel » qui, le 19 octobre 2014, défendait l’identité québécoise après s’être fait interpellé comme canadien sur le forum d’Égalité et Réconciliation, l’organisation d’Alain Soral. Loin d’être banale, cette revendication de l’identité québécoise est ancrée dans le très problématique nationalisme dont faisait preuve FBP à l’époque. Au-delà du problème même de son militantisme identitaire, ses comportements envers les personnes le critiquant à cette époque étaient des plus violents. Il a par exemple fait preuve de racisme et de promotion du colonialisme français à l’égard d’un militant autochtone qui s’est confié à nous.

Plutôt que de reconnaitre les faits et de s’excuser, FBP s’enfarge dans les mensonges. Selon lui, il aurait planifié à cette époque d’infiltrer l’extrême-droite et de chasser les racistes du mouvement souverainiste duquel il était très proche. Il raconte à qui veut l’entendre qu’il en a fait plus pour la cause antifasciste que la plupart des groupes et organisations existantes. Dans une discussion récente, il se vante d’avoir combattu le groupe néo-nazi Strike Force, au tournant de l’année 2010.

Problème : aucun groupe actif à cette époque (Antiracist Action, Antifa Montréal, RASH,…) ne peut confirmer son militantisme antifasciste. Par contre ces derniers le connaissaient déjà, au moins à partir de 2012, comme un militant d’extrême-droite à surveiller. Nombreuses sont les personnes ayant réellement militées contre le fascisme et le racisme durant ces années qui nous témoignent du fait qu’il était identifié comme un danger à cette époque, vu son leadership dans l’extrême droite.

Si son objectif était d’infiltrer l’extrême droite pour mieux la détruire de l’intérieure, pourquoi le harcèlement envers les militant-e-s anticoloniaux ou de gauche ? Pourquoi avoir investi autant d’énergie à maintenir les Fils de la liberté actifs, si son intention était d’y mettre fin ? D’ailleurs, si vous croyiez qu’il aurait infiltré l’extrême droite au risque de se faire découvrir détrompez-vous : il y était actif en affirmant être d’extrême-gauche (notamment à la 21e minute de l’épisode 117 des fils de la liberté, disponible sur Daily motion et sur Douteux.tv). Sa vision du militantisme d’extrême gauche n’est donc pas en contradiction avec ses activités nationaliste et antisémite, ce qui est tout à fait inquiétant.

Il a depuis essayé de s’acheter une réputation de militant de gauche en mentant et manipulant les gens. Plusieurs indices nous démontrent aussi qu’il n’a pas abandonné un certain antisémitisme, fantasmant partout où il passe des méchants sionistes, donc des juifs, qui voudraient lui nuire, comme certains témoignages que nous allons révéler ici vont le démontrer.

Abus interpersonnels

FBP a été plusieurs fois dénoncé pour des agressions sexuelles, des agressions physiques, verbales, du harcèlement, de la destruction de réputations. etc. Son nom se retrouve, sans surprise, sur la liste d’agresseurs publiée sur FB et Instagram en juillet 2020. Fidèle à son habitude, il accuse systématiquement les victimes de ses actes d’être des agresseur-es et manipule son entourage. C’est une démarche qu’il a fait à plusieurs reprises avec les personnes s’étant « libérées de son joug » et qu’il répète lorsqu’il y a une tentative de le dénoncer.

Nous allons maintenant vous livrer une série de témoignages, certains anonymes, d’autres non, afin de démontrer la dangerosité de cette personne. Ceux-ci ont été sélectionnés parce qu’ils illustrent des situations différentes ou plus explicites de ses actions. Plusieurs autres nous ont été envoyés, par diverses personnes, pour témoigner des violences que leur ont fait vivre FBP. De toutes ces personnes, presqu’aucune ne se connaissaient entre elles. Ce sont des gens de différents genres et de milieux multiples.

Nous espérons, une fois pour toute, que la force de ces témoignages viendra arrêter sa triste carrière d’abuseur.

Avertissement de contenu : violence physique, gaslighting, manipulation émotionnelle

« Hier soir, le 21 juillet, il devait être autour de 9:30-9:45, j’écoutais la télé avec mon coloc Francis. En même temps, j’utilisais du easy-off pour décaper un levier de frein pour mon vélo. J’avais déposé la pièce dans un plat de Pyrex sur le balcon arrière puisque les vapeurs étaient irritantes, en prenant soins de fermer la porte. Je suis retourné le chercher après l’avoir laissé mariné quelque temps, j’ai rincé le morceau dans l’évier et je suis retourné écouter la TV. Je n’avais pas remarqué que j’avais oublié de fermer la porte derrière moi. Quelques minutes plus tard, j’estime entre 5 et 10 minutes, Francis est allé chercher quelque chose dans la cuisine et c’est là qu’il a remarqué que son chat, Vushko, s’était enfui par la porte que j’avais laissée ouverte. Il m’en a fait part et j’ai immédiatement commencé à m’habiller pour partir à sa recherche. Il était visiblement inquiet pour l’animal, j’ai essayé de le rassurer en lui disant que ça ne faisait qu’environ 5 minutes qu’il était sorti.  Je ne sais pas si mon ton était condescendant ou si j’avais une attitude trop désinvolte mais Francis ne l’a pas pris et a commencé à me crier dessus, à me dire de “fermer ma gueule” “d’arrêter de le bullshiter avec mon orgueil”. Je pense qu’il croyait que j’avais laissé la porte ouverte la première fois quand j’ai sorti le plat dehors. Il n’y avait rien à dire, impossible de placer un mot pour lui expliquer les faits. J’ai continué à rouspéter, je ne tolère pas de me faire engueuler par quelqu’un que j’essaie d’aider.

J’ai haussé le ton et je lui ai dit “j’m’en Calice de ton chat, arrange toi, dans l’fond’’. Je crois que c’est ce qu’il l’a mis en colère. J’ai peut-être échappé un “fuck you”. Je ne suis pas certain de ce qu’il l’a vexé. Il m’a dit que je “l’insultait dans sa propre Maison” et a dit qu’il allait me frapper. Dans mon arrogance habituelle je lui ai répondu “ben oui c’est ça, frappe moi,” ce qu’il a fait. Il m’a foutus son poing sur le côté gauche de ma bouche. C’était le premier coup que je mangeais au visage, ça m’a fendu une lèvre et je me suis mordu la langue, je saignais un peu. J’ai absolument pété un plomb ensuite, je me suis mis à l’insulter, j’ai fracassé un verre au sol. J’étais complètement sidéré qu’il ait osé m’attaquer physiquement.

Il m’avait dit auparavant qu’il détestait employer la violence et qu’il ne le ferait qu’en légitime défense, c’était visiblement faux. Francis n’est pas équipé pour régler ses conflits interpersonnels sans y recourir.

J’ai continué à crier et à l’insulter, il m’a menacé de recommencer, il m’a dit que si je continuais et que si je ne quittais pas la maison, il allait me “péter les dents”. J’ai ramassé mes affaires en vitesse et je suis sortis, j’ai marché un coin de rue avant de réaliser que je ne pourrais pas vivre avec lui, j’ai donc fait demi-tour pour aller faire mes bagages en vitesse. J’avais peur pour ma personne, j’avais composé “9-1″ sur mon téléphone avant de rentrer à l’appartement, je me disais que dans le pire des cas, j’aurais juste à composer le 911 et que le SPVM enverrait une auto-patrouille. Je ne voulais absolument pas impliquer la police, Francis a plusieurs démêlés avec la justice et il est en probation, je ne voulais pas qu’il soit mis en prison pour un coup de poing. Je fais 5’4” et je ne sais absolument pas me battre, tandis qu’il fait presque 6′ et qu’il a participé à de multiples bagarres, s’entraîne au systema. Le 911 était mon seul et dernier recours si les choses viraient vraiment mal.

J’ai pris mon gros sac à dos et j’ai mis tous les vêtements et médicaments que j’ai trouvés puis je suis partis vers chez mon frère. J’ai informé Francis par texto que je ne vivrais plus avec lui. En marchant sur de l’esplanade, j’ai enregistré un court vidéo pour documenter les événements, il était 10:04. »

Ce témoignage d’un ancien coloc de Francis Boudrias Plouffe a été rédigé par celui-ci le lendemain de l’épisode de violence qu’il a vécu l’an dernier. Ses proches ont pu confirmer, avec des preuves, cette version des faits, entre autres en ce qui concerne la blessure commise. Récemment, FBP a décidé de le dénoncer pour la violence que celui-ci lui aurait fait vivre, et de le faire exclure de certaines organisations. L’auteur du témoignage a donc choisi de briser le silence et de nous faire parvenir son récit initial. Celui-ci permet de mettre en lumière le niveau de violence qu’il est habitué d’utiliser lorsqu’il est en conflit et les conséquences que cette violence a pour ses proches. Les images suivantes sont la dénonciation que FBP fait de Jérémie.

Dans sa dénonciation, FBP affirme avoir demandé à Jérémie de le rencontrer pour « pouvoir en parler ». Dans les captures d’écran de leur conversation aillant eut lieu 8 mois après l’événement relaté, on voit qu’il lui avait plutôt proposé de « cailler » (probablement «chiller») ce que Jérémie refuse parce qu’il a toujours peur de lui. Au tout début de sa dénonciation, FBP affirme que Jérémie l’a manipulé à un moment où il était vulnérable. Dans une autre capture d’écran de leur conversation, on le voit plutôt se vanter de « sa bonne droite » et que l’homme qu’il a frappé en essayant de ne pas frapper trop fort s’est évanoui. C’est avec cette compréhension de la capacité de frapper que Jérémie connait FBP. Jamais dans sa dénonciation FBP semble considérer que de frapper son coloc, même dans un conflit où il y aurait des cris et des injures, n’est pas acceptable.

Même dans sa version des faits, FBP ne semble pas être capable de se voir comme l’agresseur. Il enveloppe son histoire de propos pour discréditer Jérémie et tenter de justifier son coup : mauvaise colocation, exhibitionnisme et manipulation. Des faits que dément Jérémie dans sa réponse aux accusations :

« Dans son callout il dit m’avoir demandé de me rencontrer pour qu’on puisse discuter de la situation mais comme on peut le voir, il m’a juste demandé de chiller. Comme il le dit, il m’a frappé mais son timeline est faux.

En ce qui concerne notre colocation, il y a plusieurs choses à dire. L’appartement était très chaud. Jsuis pas très pudique mais c’était pas de l’exhibitionnisme. J’ai jamais flirté avec lui. Jamais. Je suis dégouté qu’il ait sexualisé mon corps de même. J’ai jamais fait de gestes inappropriés. J’ai même dit à Francis quand il m’a demandé si je le trouvais attirant que je ne voulais rien avec lui. Je croyais qu’il doutait de son apparence et j’ai essayé de le rassurer. Il était souvent complexé par son physique, j’essayais de le rassurer. Comme j’aurais fait avec n’importe quel ami-e.

Je porte souvent des minishorts de fille, il me disait souvent que je ne devrais pas porter ça dans telle ou telle occasion. Est-ce qu’il s’inquiétait que je sois victime d’homophobie où est-ce qu’il avait honte de moi? Dur à dire. C’était toujours pour des occasions auxquelles on allait ensemble.

Il me parlait souvent de cul, il se vantait beaucoup de ses prouesses et me disait quel gestes une telle appréciait, quelle kink une autre avait, etc. Jtrouvais pas ça très gentlemanlike mais j’suis pas prude non plus. J’étais un peu mal à l’aise. J’essayais de changer légèrement de sujet.

Si je n’étais pas d’accord avec une demande, j’étais selon lui abusif, capacitiste même si je faisais très attention de m’informer sur l’autisme. Il m’insultait souvent aussi, quand je faisais une erreur ou qu’on était pas d’accord sur un sujet il sautait tout de suite à l’adhominem “tu connais rien” “tu dis tout le temps de la bullshit” “arrête de t’obstiner tes un menteur”.

Une fois, je faisais de la plomberie dans l’appartement et j’ai dû quitter acheter du matériel. Francis m’envoie des textos en colère parce que son chat était entré dans le mur et parce qu’il ne pouvait pas prendre de douche après sa dure journée de vélo. Je m’excuse et je lui dis que je vais tout arranger. J’avais effectivement tout laissé en plan sans l’avertir, je comprenais sa frustration. J’arrive à la maison, Francis me donne un char de marde, me cri dessus, j’essaie de calmer le jeu en m’excusant et en lui rappelant que j’ai fait ça pour améliorer l’appart. Je rentre dans la cuisine, deux portes d’armoires sont arrachées. Évidemment, c’est moi qui va avoir à réparer ça. Francis part dans sa chambre et ferme la porte. Je m’embarre dans la salle de bain pour finir la job, ça me prend pas plus que 30 minutes. Je nettoie le bain, sort et averti Francis qu’il peut enfin prendre une douche. Je revisse les portes qu’il a arrachées. Francis n’est jamais sorti de sa chambre cette soirée-là. Il ne s’est jamais excusé d’avoir arraché les portes, ne m’a jamais remercié de les avoir réparées, pas plus que pour la douche d’ailleurs.

Je savais que de s’en prendre au mobilier était un signe de violence domestique. C’est un red flag. Francis me reproche le lendemain de ne pas prendre en compte qu’en tant qu’autiste, “la stabilité environnementale” est très importante pour lui, que l’instabilité lui cause beaucoup d’anxiété. Je m’excuse d’avoir causé le stress et on s’entend pour que je le prévienne si jamais j’ai modifié notre environnement. J’ai par la suite toujours fait attention d’avertir si j’avais changé quelque chose ou pas eu le temps de ramasser tel bordel que j’avais causé. Francis quant à lui laisse trainer des déchets au sol, ne fait pas sa part de la vaisselle. Je me rends rapidement compte que le bordel et la saleté qu’il crée ne le dérange pas, que c’est ce que je modifie dans l’appartement qui le stresse. Malgré des efforts répétés pour essayer d’instaurer une certaine division des tâches, les discussions avec Francis tournent toujours en blame game. Aucune division n’a été faite. Ce qu’il omet de dire dans son callout c’est que j’ai moi-même un TDAH et que c’est pour ça que j’ai de la misère avec le ménage. C’est typique. Je croyais ses discours sur la neurodivergence mais dans les faits, il ne parlait que d’autisme. Il justifiait toutes ses demandes domestiques sur sa condition mais n’acceptait jamais que la mienne puisse justifier tel ou tel oubli.

J’ai toujours eu de la difficulté à fermer les portes derrière moi, c’est un vrai problème que j’ai. Ça doit être à cause de mon TDAH. Il arrive souvent que je laisse la porte du balcon entrouverte et qu’un des chats s’enfuit. Une fois, comme d’habitude je m’occupe d’aller récupérer le chat dehors, tout va bien. Je dis à Francis que tout est beau, il me répond “tant mieux, j’étais vraiment inquiet, pour vrai si il arrivait quelque chose à mon chat je sais pas ce que je ferais mais c’est sûr que je casserais la gueule de celui dont c’est la faute”. C’est une menace de coups à peine voilée, red flag 2. Donc vers la fin du deuxième mois de collocation, après deux red flags et une ambiance conflictuelle je me disais bien que ça ne marcherait probablement pas. J’étais très déçu, j’me suis dit que peut être qu’il y aura moyen de sauver les meubles le troisième mois.

On s’était entendus pour une période d’essai de 3 mois. Il m’a frappé juste avant la date de remise du loyer. J’ai quitté immédiatement. Ah pis, j’suis loin d’être le coloc parfait là, j’peux être d’humeurs changeantes pis j’suis certainement bordélique mais je faisais de mon mieux. C’est loin d’être de l’abus selon moi. »

Le prochain témoignage vient d’une personne qui souhaite rester anonyme. Elle a fait la démarche d’identifier elle-même les méthodes d’abus de Francis Boudrias Plouffe, selon son expérience.

Avertissement : Manipulation, Misogynie et Objectivisation extrême des femmes

« Frank Mounadhel, Francis Boudrias Plouffe, Fran Fran Bp a été durant 3 ans et demi un de mes amis les plus proches, mon meilleur ami, il a été mon mentor dans le militantisme, dans la politique. Après 3 ans j’ai commencée à m’éloigner de lui, et après 1 ans et demi environ à m’éloigner de lui j’ai finis par couper tout contact de façon permanente avec lui.

Pourquoi ai-je fais ça ? Car c’est un manipulateur fini, un menteur, un mythomane, un homme contrôlant, violent, misogyne, un homme extrêmement dangereux qui refuse catégoriquement de changer et même de reconnaitre ses torts.

Manipulateur : Durant ces 3 années j’ai été sous son emprise, il m’apprenait les ficelles du militantisme radical mais en retour profitait de moi. Si je lui refusais quoi que ce soit il se mettait en colère ou venait jouer avec mes émotions pour que je lui donne ce qu’il voulait. Il m’apportait dans toutes les manifs, toutes les réunions, les conférences mais contrôlait à qui je parlais et qui je rencontrais. Pour ce faire il s’assurait de talkshit sur presque tous les gens qu’on croisait, lui c’est un si, elle c’est une ça, un tel et un traitre, celle-là c’est une sioniste etc… etc… Il avait des merde à dire sur tout le monde pour s’assurer que justement je ne rencontre pas de nouvelles personnes qui lui enlèverait l’emprise qu’il avait sur moi, pour s’assurer que ses mensonges ne soient pas défait par des gens qui le connaissais depuis longtemps et avait vu au travers de son jeu. J’avais une confiance totale en lui, j’étais facilement influençable et il en profitait allègrement. Il m’a éloigné de mes ami.es, éloigné de tous mes nouveaux camarades, de ma famille, de mes passions pour y imposer les siennes, pour imposer les personnes qu’il avait choisis que je côtoierais. C’était comme être dans une secte mais je n’avais de contact qu’avec le ”gourou” et pas les autres ”fidèles”.

Il m’insultait dans mon dos, racontait des conneries sur moi à ma coloc (avec qui il entretenait une relation de sexfriend) et lorsqu’il était avec moi racontait des conneries sur elle. Il tentait de nous séparer pour mieux nous contrôler et lorsqu’on s’en ai parlé on a réalisé son double jeu, sa manipulation. J’étais horrifiée de sa manipulation.

Menteur et mythomane : Il s’est inventé une vie, il se serait fait tiré dessus quand il était jeune, fait tiré dessus par des sionistes, bagarrés avec des tonnes de personnes, il aurait commis pleins de crimes, aurait été proche de grand criminel etc… Et pleins d’autres histoires pour avoir l’air tough, pour que j’aie confiance en lui, pour que je l’admire…

Il était juif et mormon, racisé mais white passing, non-binaire… pour fuir les accusations d’antisémitisme, d’islamophobie, de prendre la place des personnes racisé.es, pour fuir les accusations de misogynie. Je sais pas ce qui est vrai ou faux là-dedans, il est difficile de savoir qu’elle identité est vrai ou fausse, je ne suis pas le genre a nié les identités des gens mais ce qui est sûre c’est que ces identités ne lui servaient qu’à se protéger des critiques à son encontre.

Il a toujours su utiliser la vérité pour construire ses mensonges, tous ses mensonges partaient d’une vérité qu’il twistait dans tous les sens pour construire ses histoires, pour se défendre des multiples accusations son encontre, surtout pour les accusations d’agressions sexuelles. Il avait des longues histoires pour expliquer que toutes les accusations d’agressions sexuelles étaient fausse, une était une sioniste infiltrée, l’autre des ragots d’extrême droite, l’autre son ex mythomane etc… etc… etc… Et moi je le croyais et le défendais car il était très persuasif et intense.

Contrôlant : Il était impossible d’être en désaccord avec lui, sinon il s’énervait, devenait agressif, se mettait à utiliser des multiples méthodes de manipulation pour s’assurer que je me range derrière lui, pour que je lui donne ce qu’il voulait, pour que je fasse ce qu’il voulait, la démocratie, le consensus, la discussion, le débat était impossible avec lui.

Lorsque je m’étais éloignée de lui je m’étais rapprochée de groupe militant antifasciste et il était venu m’engueuler, m’insulter et exiger que je cesse de parler à a ces gens qui était selon lui des traitres et des collabos. C’est à ce moment que j’ai coupé tout contact avec lui

Violent : Chaque fois qu’il avait un conflit avec quelqu’un il parlait de leur cassé la gueule, de les battre, à chaque gros conflits que j’avais avec lui il devenait très énervé et me faisait peur, il levait le ton voir il criait, avait une gestuelle agressive. Il en était de même lorsqu’il avait des conflits avec d’autres personnes. C’était épeurant car j’étais incapable de le confronter sur quoi que ce soit.

Misogyne et machiste : Déjà on peut se référer facilement aux diverses dénonciations à son sujet, sur la page des gamines entre autres, moi j’ai vu un autre côté de sa misogynie. Il sexualisait les femmes à l’extrême, il ne les voyait que comme des trous à baiser, il se vantait de ses ébats sexuels, des filles avec qui il couchait, de son énorme pénis, de baiser bien, de les faire jouir etc… etc… C’était très malaisant car il se disait féministe mais était incapable de voir les femmes autrement que comme des baises potentielles. Moi je suis pour la sexualité libre et consentante mais je trouve dégoutant de considérer les femmes comme des trous à fourrer, comme des objets sexuels dispensables qui ne servent qu’à servir son bonheur et son pénis. Lors d’une visite à mon appartement, il était seul avec une de mes colocs (pas sa sexfriend) et il l’avait complimenté de façon assez crade sur ses gros seins, c’était dégoutant et j’avais honte de l’avoir apporté chez moi.

J’oublie tellement d’évènements, tellement de choses mais Frank est un homme dangereux et j’ai peur de faire ce témoignage car j’ai peur de ce qu’il pourrait me faire, des choses qu’il pourrait inventer sur moi, j’ai peur de lui, j’ai peur de le croiser… »

Le prochain texte témoigne de violence sexuelle, de manipulation et de misogynie. La personne nous l’ayant partagé souhaite rester anonyme. C’est un témoignage qui permet, encore une fois, de constater le contrôle qu’aimait prendre Francis Boudrias Plouffe sur les personnes qui ne répondaient pas à chacune de ses demandes.

Avertissement : agression sexuelle, manipulation

« Donc, en 2012, je militais avec Frank dans un groupe indépendantiste gauchiste, le MPIQ. Une soirée, il a organisé une soirée de visionnement de film. Ça s’est fini tard, il était genre 4h du matin, j’ai demandé pour dormir dans son salon. Il a insisté pour que je dorme dans sa chambre parce que sa coloc allait peut-être revenir et qu’elle dormait elle aussi dans le salon. Je me suis couchée, toute habillée, et lui s’est mis en sous vêtement. J’étais full mal à l’aise et je me suis tournée pour lui faire dos. J’essayais de faire semblant de dormir, mais il essayait sans arrêt de relevé ma robe. Je refusais, je rabaissais ma robe, mais il continuait sans cesse. Un moment donné je lui ai dit “si je te laisse dormir en cuillère, vas-tu arrêter?” Il a dit oui. Ça s’est calmé mais il avait quand même les mains baladeuses alors j’ai pas été capable de dormir, je suis partie vers 7-8h, je sais plus mais le soleil était levé.

C’est rester de même. Plusieurs mois plus tard, genre mars 2013, on a été une gang de filles à vouloir call out ses comportements sur une autre militante. Je discutais avec un responsable, et il m’a dit : Toi, t’es pas objective sur ce dossier-là, Frank nous l’a dit que tu t’étais essayé sur lui et qu’il t’avait rejeté, que ça t’a rendue amère.

J’étais tellement en tabarnaque. J’ai fini par me distancier du groupe et du milieu militant parce que j’avais l’impression qu’on gardait toujours les agresseurs et qu’on laissait les victimes dealer avec leur affaire. Pis qu’on priorisait un bon militant actif, même s’il est un abuseur. »

Les captures d’images suivantes proviennent de la page Facebook «Collectif Les Gamines». Il s’agit d’une dénonciation publique publiée en 2017. Elles sont ajoutées ici puisqu’elles illustrent une fois de plus la violence de Francis Boudrias Plouffe et ne laisse pas de doute sur les dénonciations d’agressions sexuelles le concernant.

Avertissement de contenu : Violence non-décrite, violence sexuelle.

Les captures d’écran suivantes confirment plusieurs paterns déjà évoqués. Elles nous ont également été transmises et nous les publions avec autorisation :

Paranoïa et obsessions

« J’ai rencontré Francis Boudrias-Plouffe vers 2015, autour du printemps. Il tournait autour des manifestations, occupations, bref autour des espaces militants. Il sortait également à l’époque avec une amie. De fil en aiguille, on a eu quelques discussions seuls à seuls, qui m’ont laissé un sentiment d’inquiétude. J’avais 18-19 ans, full impressionable. Il m’a sorti des méga monologues sur une tonne de sujets, m’a littéralement enseveliE d’informations, ce qui lui donnait un air de grand connaisseur et d’importance. Puis il est arrivé sur des sujets autour de la Palestine, des tensions dans les groupes dans lesquels il s’impliquait, etc. Là, il m’a fait savoir à maintes reprises qu’il était traqué et menacé par différentes organisations (le mossad, le hezbollah, des groupes d’extrême droite aussi), qu’il était en danger, persécuté, etc.

J’ai failli y croire mais c’était trop big pour faire du sens. Surtout quand il est parti sur la pente de “Si des gens disent des choses sur moi, ou dénoncent des trucs, c’est une manigance du mossad/hesbollah/police pour me discréditer et m’attaquer et c’est tout faux c’est un complot”. J’ai pris mes distances. Mon amie qui sortait avec s’en est également séparée, et a une expérience avec qui ne m’appartient pas de raconter. Je l’ai soutenue, avec un ou deux autres amis. Pendant cette période, Francis a redoublé d’ardeur à tenter de nous convaincre (et tout le reste du monde aussi) qu’elle mentait, qu’elle était violente, etc etc. Il a inventé des horreurs pas pire ridicule pour la discréditer, la gaslighter, et continuer de mettre ses agissements sur le dos de grosses organisations. Depuis, plus de nouvelles de lui, pour ma part. Coupage de contact très nécessaire. »

La personne témoignant ici de son expérience avec FBP manifeste une expérience que plusieurs personnes nous ont partagé. Ici, nous avons le témoignage d’une personne qui a pu voir rapidement à travers ses mensonges concernant son amie. Ça n’a pourtant pas été le cas de tout le monde, puisque plusieurs proches de FBP ont choisi de rester dans ses fréquentations après les dénonciations de violence qu’ont faite plusieurs de ses ex. Mais au-delà de la confirmation de violence qu’a vécue la personne mentionnée dans ce témoignage, celui-ci explore la manipulation qu’il fait des luttes qu’il prétend défendre. Être un militant pour la libération de la Palestine à Montréal l’a mené jusqu’à utiliser le Mossad et le Hezbollah pour se victimiser et justifier les « rumeurs » qu’il pourrait y avoir à son sujet. Toute personne plus jeune, nouvelle dans les milieux militants ou impressionnable aurait pu croire à ces mensonges qui semblent des plus absurdes pour les militant-e-s aguerri-e-s. Comment peut-il avoir mobilisé d’aussi grands mensonges sans conséquences, sans remise en question publique ? Parce qu’il savait justement à qui s’adresser. Ses méthodes de manipulation ne sont pas laissées au hasard comme le confirme les prises d’images suivantes.

FBP défend une autre théorie que les complots policiers ou étatiques en ce qui concerne toutes les dénonciations le concernant : des groupes de gauches, dans lesquels sont actifs des agresseurs, veulent détruire sa réputation afin de protéger lesdits agresseurs. Il y a un problème bien réel dans le fait que de trop nombreux « camarades » de gauche ont violenté et perpétuent à ce jour des violences, souvent sexiste et profitant de statuts de popularité. Ces problèmes sont adressés depuis de nombreuses années par les militant-e-s féministes de nos réseaux. Par contre, l’instrumentalisation de ces violences pour décrédibiliser les dénonciations qui le concerne est, encore une fois, la preuve de sa manipulation. À plusieurs reprises, il a profité de dénonciations publiques pour alimenter ses conflits personnels, déviant la conversation des survivantes vers sa personne. De plus, il a souvent réagit aux dénonciations le concernant, pas pour s’offrir le même sort qu’il réservait à ses « ennemis » qui étaient dénoncés, mais pour justifier ses abus dans de longs textes présentant les raisons pour lesquelles il serait plutôt la victime de toutes ces relations. Nous le rappelons encore une fois : les dénonciations de violences sexuelles et physiques, de manipulation, de gaslighting et de menace de sa part sont trop nombreuses pour être concises dans ce document. Francis Boudrias Plouffe est multirécidiviste dans toutes ces situations et semble incapable d’offrir quelconque justice à ses victimes puisqu’il ne peut pas commencer par reconnaitre ses torts.

Si vous doutez encore des mauvaises intentions de FBP après cette lecture, il nous laisse lui-même les preuves de ses outils en « manipulation et contrôle ». Dans les captures d’écran suivantes, vous pouvez constater que ses actions, loin d’être de la maladresse ou des erreurs, sont issues de stratégies réfléchies.

En résumé, il publie sur VK, une plateforme depuis très longtemps prisée par l’extrême droite, un texte qui explique comment manipuler un forum sur internet. Il dit que c’est un texte pratique pour tout-es militant-es qui utilisent les réseaux sociaux. Le reste du texte n’est pas de lui, il promeut simplement le contenu qui copie. Le texte copié explique comment prendre le contrôle d’une plateforme, en faisant supprimer du contenu jugé indésirable, en utilisant des faux comptes pour dissimuler sa manipulation, en trollant, en manœuvrant de devenir modérateur des groupes, etc. La prochaine fois que vous entrez en conflit avec lui ou ses proches sur les réseaux sociaux, gardez cela en tête.

Conclusion :

Si vous vous êtes reconnus dans cette triste histoire, vous êtes peut-être une de ses victimes. Si c’est le cas vous avez tout notre soutien, nous vous croyons et vous pouvez nous contacter à l’adresse suivante : justice_survivantes@riseup.net

Si vous faites partie de son entourage, il est aussi possible que FBP abuse de vous ou vous manipule. Il n’est pas trop tard pour couper les ponts avec lui et le bloquer de vos réseaux.

La publication de ce dossier entend clore une fois pour toute ses manipulations. Après sa lecture FBP va probablement essayer de vous faire douter. Souvenez-vous qu’il va utiliser le 10% d’histoires véridiques afin de semer le doute en vous. C’est sa stratégie.

Il vous dira par exemple : «oui mais les autres aussi ont des amis agresseurs», «c’est moi la victime», etc. En travaillant sur ce dossier nous avons reçu des dizaines de captures d’écran qui attestent de ses abus.

Si vous voulez aider et défendre les victimes, vous devez nous aider à isoler Francis Boudrias-Plouffe et à faire connaitre ses agissements.

Deux membres d’Atalante à Montréal affichés et attaqués

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Août 132020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Atalante est une organisation néo-fasciste (voir les articles de Montréal Antifasciste à leur sujet) surtout présente dans la ville de Québec. À Montréal, le groupuscule rassemble une poignée de néo-nazis. Nous exposons ici deux d’entre eux. Shawn Beauvais-Macdonald, le désormais célèbre nazi de Charlottesville, est un compagnon de route de longue date d’Atalante (sur les photos plus bas, il pose avec Raf Stomper, le chef de l’organisation et lors d’une action d’Atalante). Il réside dans un appartement au 2e étage du 2045 avenue Elmhurst, dans Montréal-Ouest.

Il affiche fièrement ses couleurs racistes, jusqu’à sa fenêtre de salle de bain où il arborait un drapeau mêlant le soleil noir nazi et la fleur de lys. Malheureusement pour lui, le drapeau a été subtilisé il y a quelques semaines.

Francis Hamelin est un «ancien» qui a participé à la fondation de Troisieme Voie et a aidé Atalante à s’installer à Montréal (avec le succès qu’on connait). Il réside avec sa famille au 2669 rue Monsabré, dans le secteur de Longue-Pointe dans l’est de la ville, où il affiche discrètement des drapeaux nazis et SS.

En partageant des photos de son œuvre d’art (un buste d’Adrien Arcand) et de son beau truck, il a involontairement dévoilé son adresse.

Son véhicule a été redécoré avec des tags «nazi» et «nazi scum» il y a quelques semaines, afin de prévenir ses voisins de quelle ordure il est.

Les nazis d’Atalante ne seront jamais tranquilles. Montréal est antifasciste. D’autres messages suivront.

Des antifascistes

Une manifestation de soutien aux préposé-e-s aux bénéficiaires se transforme en happening pour l’extrême droite complotiste

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Juil 182020
 

De Montréal Antifasciste

Le 18 juillet doit avoir lieu une « Manif des travailleurs de la santé!!!!! » au Parc Saint-Laurent à Repentigny. Organisé par un collectif de préposé-e-s, « Le journal des PAB », cette manifestation présente cinq revendications (qu’il faut d’ailleurs chercher un peu sur la page de l’événement…) et invite « tous les travailleurs de la santé au Québec » à les rejoindre. Si cette initiative autonome nous semblait sympathique au premier abord, nous avons vite déchanté au courant de la dernière semaine en constatant que plusieurs personnalités d’extrême droite et de la complosphère anti-confinement étaient en train de s’inviter ou étaient carrément invitées par une partie des organisateurs-trices!

En effet, Steeve « L’Artiss » Charland (ex-numéro 2 de La Meute, aujourd’hui rallié à Storm Alliance) prévoit « venir avec sa gang » (comme lui, des proches de La Meute et Storm Alliance, deux organisations notoirement islamophobes et hostiles à l’immigration). Jonathan « Hex » Héroux, promoteur des fameuses Vagues bleues de Montréal et Trois-Rivières, annonce aussi sa présence, tout comme Alexis Cossette-Trudel, le nouveau complotiste en chef du Québec, un adepte des fake news et de la manipulation postfactuelle.

Disons-le clairement : ces individus et leurs suiveux ne sont pas des allié-e-s des travailleurs et travailleuses de la santé. Au contraire, dès le début de la pandémie ils se sont employés à minimiser l’impact du virus sur la santé (voire même nier son existence!), tout en appelant la population à briser les mesures de confinement et à ne pas respecter la distanciation physique, mettant ainsi en péril travailleuses et travailleurs de la santé, mais aussi par extension les ainé-e-s, les personnes à risque et la population en général.

De plus, et cela n’est pas anodin, plusieurs des idées et théories que ces individus mettent de l’avant servent à diaboliser et à désigner comme boucs émissaires une grande partie des personnes qui œuvrent dans le milieu de la santé, notamment comme préposé-e-s aux bénéficiaires, soient celles qui sont issues de l’immigration (régulière et « irrégulière ») et toutes celles qui adhèrent à la foi musulmane.

Ces individus, dont plusieurs sont des militant-e-s situé-e-s très à droite et sont actifs depuis plusieurs années dans des groupes islamophobes et anti-immigration (en plus de nourrir la récente hystérie complotiste négationniste de la COVID!) ne devraient être les bienvenus nulle part, car ils représentent la division, la peur de l’autre et l’ignorance la plus crasse.

Nous vous invitons donc à exprimer votre mécontentement quant à leur présence par tous les moyens utiles et nécessaires.

Action anti-coloniale au Parc Lafontaine

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Juin 292020
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Nous avons frappé un symbole colonial et impérialiste de la nation québécoise pour dénoncer la transformation de nos lieux publics en lieux de vénération fasciste, telle l’immonde statue de John A. Macdonald, ce suprématiste notoire, ami intime des sudistes yankees et autres bourgeois méprisant le peuple. Ce ‘‘Fondateur du Canada’’, fondation née dans le bain de sang du génocide des Nations des grandes plaines, et penseur de la loi sur les Indiens. Adam Dollard-des-Ormeaux s’inscrit dans cette lignée des symboles anti-autochtone et militariste cléricaux. Héros de guerre coloniale de contrefaçon ayant comme unique fait d’armes de s’être fait exploser avec un tonneau de poudre noire, telle une bombe humaine, pour empêcher l’avancée des guerriers mohawks. Cette ancienne chimère de propagande cléricale visait à mobiliser les Canadiens français vers la première boucherie mondiale de 1914-1918, glorifiant la bravoure et l’esprit de martyr que la grande ‘‘race’’ française devait adopter pour réaliser son Amérique française, tel que l’avait échafaudé le rétrograde Abbé Lionel-Groulx. On fêtait alors, avant le 1er juillet de la fête de la Reine – ou plutôt fête du déménagement -, le « sacrifice » de Dollard pour commémorer un mythe guerrier de la conquête du territoire. Cette comédie n’était qu’une vieille figure unificatrice du clergé catholique et de l’intelligentsia nationaliste francophone, se pavanant main dans la main devant un monument et rêvant d’une Amérique blanche française et catholique, tout en condamnant la « juiverie mondiale » porteuse du marxisme qui corrompait le prolétariat francophone, les rendant ‘‘athées’’. Naturellement, les Anglais, qu’ils soient bourgeois ou prolétaires, devaient être « purgés » de cette terre conquise au nom du Roi de France et de l’Église catholique romaine.

Il va donc sans dire que la statue de Dollard-des-Ormeaux est une honte nationale québécoise et un vestige facho-chrétien. Les révolutionnaires québécois.es doivent traquer ces symboles réactionnaires et les détruire pour mettre en avant une réelle marche vers la réconciliation, ventée par nos crosseurs et crosseuses en complet d’affaires. De ce fait, cette statue doit tomber dans les poubelles de l’histoire afin d’être remplacée par des figures libératrices. Des figures telles qu’Obwandiyag (Pontiac) qui a mené une des plus grandes rébellions contre l’occupation européenne, ou bien encore un monument en l’honneur du lundi de la matraque. C’est en effet ce lundi que le parc Lafontaine devint champ d’affrontement entre les masses québécoises et ces sales flics du SPVM qui défendaient l’élite canadienne-française, rassemblée dans une provocation et un mépris déplorable de la « populace ». Cette révolte populaire sera marquante, car elle rallumera la flamme du Front de Libération du Québec et verra se rencontrer les individus qui formeront lacellule Chénier : c’est celle-là même qui abattra le ministre bourgeois Pierre Laporte. Dollard peut donc bien être déboulonné pour faire honneur en sa place à cette révolte historique.

Notre action se veut également un pied de nez aux militants catho-fascistes montréalais qui se pavanent sur les réseaux sociaux en se photographiant devant cet ignoble ersatz de monument colonial et une provocation ouverte envers ces sombres merdes. Le fascisme c’est la gangrène : on l’élimine ou on en crève !

Nous, Groupe Libération Socialiste, sommes dans la digne lignée des masses populaires afro-américaines qui depuis plusieurs semaines déjà font tomber presque chaque jour des monuments coloniaux et esclavagistes aux États-Unis ; dans la digne lignée des militant.es anticoloniaux montréalais qui aspergent de peinture rouge sang la statue du méprisant et méprisable John A. Macdonald. Nous encourageons tous.tes les révolutionnaires du Québec, toute la jeunesse souverainiste québécoise ainsi que tous.tes les opprimé.es et les exploité.es du Québec à multiplier les attaques contre ces ignobles monuments coloniaux qui pullulent à Montréal et dans tout le Québec.

Vers la libération totale des peuples de la vallée du Saint-Laurent!
Gloire à la lutte anticoloniale permanente des premières nations!
Mettons fin au Canada et à ses vulgaires gouvernances de province!

Vive le socialisme !

Vive l’Indépendance du Québec !
Vive l’Indépendance des peuples autochtones !
Mort à l’impérialisme et ses chiens de garde !
Nous vaincrons !

Groupe Libération Socialiste

NdMTLCI: Nous ne croyons pas que la promotion de « l’Indépendance du Québec », c’est-à-dire la création d’un nouvel État, qu’il soit socialiste ou capitaliste, peut s’inscrire dans une trajectoire anarchiste ou anti-autoritaire. Nous acceptons quand même la publication de ce communiqué pour ses contenus anticoloniaux et antifascistes et pour encourager les débats par le biais d’actions.

Le Front canadien-français : une jeune garde pour le courant ultracatholique de l’extrême droite québécoise

 Commentaires fermés sur Le Front canadien-français : une jeune garde pour le courant ultracatholique de l’extrême droite québécoise
Juin 252020
 

De Montréal Antifasciste

En avril 2020, au plus fort de la pandémie de COVID-19, apparaissent dans les quartiers centraux de Montréal des autocollants signés Frontcf.ca. Les autocollants, qui arborent alternativement le Carillon-Sacré-Cœur (un étendard obsolète évoquant la primauté perdue de l’Église catholique sur l’État du Québec) et une image d’archive représentant Jacques-Cartier hissant la croix en 1534, renvoient au site Internet d’un prétendu « Front canadien-français », dénomination jusque-là inconnue. On trouve sur le site une présentation sommaire du nouveau groupuscule, une série d’illustrations dans le style rétrofuturiste/fashwave et quelques photos « d’actions » aux auteurs anonymes, lesquelles sont aussi reproduites sur des comptes Twitter, Instagram et Facebook associés.

À la lecture du credo poussiéreux de ces jeunes ringards, on serait tenté de tourner en dérision leur programme rétrograde tout droit sorti de la Grande noirceur… Toutefois, la poignée de jeunes militants du FCF qui ont eu la maladresse de se dévoiler sur les réseaux sociaux nous ont permis d’établir des liens clairs entre leur petite bande de zoomers arriérés et certains des segments les mieux ancrés de l’extrême droite québécoise, dont le courant nationaliste ultracatholique qui sévit discrètement ici depuis plusieurs décennies.

– >>> Qui sont les militants du Front canadien-français (passez directement à la galerie sur le site de Montréal Antifasciste)

Voici donc un portrait de ce petit groupe de vingtenaires décalés et des inspirateurs fachos dont ils espèrent aujourd’hui reprendre le flambeau.
(6 000 mots; temps de lecture environ 20 minutes.)

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Au cours du printemps 2020, tandis que sévit la pandémie de COVID-19, plusieurs éléments disparates ayant piqué notre curiosité au fil des derniers mois tendent à suggérer l’émergence d’un nouveau réseau cohérent dans la région de Montréal : l’apparition en 2019 d’une pléthore de pages de mèmes[i] réactionnaires propageant des valeurs catholiques intégristes, hyperconservatrices, racistes et transphobes; la publication dans Le Devoir, en janvier 2020, d’un « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » cosigné par une soixantaine d’étudiant-e-s réactionnaires; le passage à Nomos.tv (la chaîne YouTube du projet ultranationaliste Horizon Québec Actuel) d’un militant catholique faisant circuler une étonnante « Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique au Canada français »; l’apparition de plus en plus fréquente du drapeau Carillon-Sacré-Cœur[ii], d’abord lors de manifestations (à la Vague bleue du 4 mai 2019, et lors de la grande Marche pour la Terre du 27 septembre 2019), puis sous forme d’autocollants à différents endroits de la ville; et enfin, la mise en ligne du site FrontCF.ca, dont de nouveaux autocollants font la promotion dans les rues de Montréal et que des éléments de contenu lient à au moins l’une des pages de mèmes mentionnées ci-dessus.

L’un des nombreux autocollants du FCF apparus à Montréal au printemps 2020. Il représente le Carillon-Sacré-Cœur.

L’un des nombreux autocollants du FCF apparus à Montréal au printemps 2020. Il représente le Carillon-Sacré-Cœur.

Survient alors une série d’actions, relayées sur les comptes Twitter, Instagram et Facebook du nouveau groupuscule, qui puise dans l’habituel répertoire d’action des mouvements sociaux (de gauche comme de droite). En particulier, les jeunes du Front canadien-français semblent calquer leur militantisme sur des organisations comme l’Action Française (royaliste et catholique, en France) ou Atalante au Québec. Depuis quelques semaines, ils se mettent en scène sur les médias sociaux en train d’appliquer des autocollants, de se recueillir devant des monuments historiques en brandissant des drapeaux, ou encore de nettoyer ces monuments pour exprimer leur amour d’un passé glorifié. Ces actions ont bien sûr pour but de faire connaître leur projet et d’éventuellement recruter de nouveaux membres (une intention que confirme d’ailleurs la signature « Rejoins nos rangs! » au bas de leurs textes).

Pour l’instant, des autocollants du FCF ont été aperçus à Montréal et dans quelques localités des rives Sud et Nord de la métropole. Leur première action n’a pas été revendiquée officiellement, mais elle a été publicisée sur le compte Instagram d’un des membres ainsi que sur le groupe Facebook du Mouvement des Jeunes Souverainistes [iii] : il s’agit d’un rassemblement devant la statue de Dollard des Ormeaux au parc La Fontaine de Montréal, le 18 mai 2020, pour marquer la Journée nationale des Patriotes, jadis connue comme la Fête de Dollard.

Le Front canadien-français devant le monument de Dollar Des Ormeaux, le 18 mai 2020, à Montréal.

Alexi Larose, du FCF, devant la tombe du chanoine Lionel Groulx, à Vaudreuil, le 23 mai 2020.

Les militants du FCF ont ensuite diffusé des photos d’un hommage à Lionel Groulx, prononcé le 23 mai sur la tombe du chanoine notoirement antisémite, à Vaudreuil. Cette commémoration du décès de Lionel Groulx était animée par Alexandre Cormier-Denis (dont nous reparlerons plus loin) d’Horizon Québec Actuel, qui en a d’ailleurs relayé la captation sur sa chaîne YouTube, Nomos.tv. On reconnaît plusieurs membres du FCF, dont Jason Mc Nicoll Leblanc et Jean-Philippe Desjardins Warren, qui ont trahi leur présence sur leur compte Instagram respectif. On peut aussi apercevoir deux autres membres dont les visages ne sont pas masqués, Vincent Benatar et Alexis Larose, le premier lisant une lettre de l’abbé Daniel Couture, où l’éminent membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX, voir ci-dessous pour plus de renseignements) exprime son regret d’être absent à la commémoration.

Un militant du FCF gravit au péril de sa vie le monument d’Ignace Bourget, à Montréal, le 8 juin 2020.

Dans les semaines suivantes, les membres du FCF se sont à nouveau mis en scène en train de nettoyer deux statues à Montréal : celles de Camille Laurin (« le père de la loi 101 ») et de Mgr Ignace Bourget, décrochant au passage une banderole Black Lives Matter, au prix d’un « courage » (sic) extraordinaire…

Si le parallèle avec Atalante se confirme, les militants du FCF s’entraîneront bientôt en secret à la boxe thaïlandaise pour distribuer des sandwichs au Paris Pâté!

Ce qui est certain, c’est que la présence en arrière-plan d’organisations comme la FSSPX ou Horizon Québec Actuel laisse présumer des liens avec une frange de l’extrême droite ancrée au Québec depuis fort longtemps…

 

De qui (ou de quoi) les militants du Front canadien-français se veulent-ils la jeune garde?

L’historien Roger Griffin définit le fascisme comme une forme « révolutionnaire d’ultranationalisme palingénésique[iv] ». Le terme rare « palingénésie », dérivé du grec, signifie « renaissance », ou régénération, c’est-à-dire un retour de « ce qui a déjà été et qui n’est plus ». Appliqué à un programme « ultranationaliste », le concept réfère donc à l’éventuelle renaissance de la nation (définie comme intérêt primordial) sous une forme idéalisée, et sa déclinaison « révolutionnaire » implique par définition l’éventuel recours à des moyens insurrectionnels (ou la menace d’un tel recours) pour concrétiser cette renaissance.

Les boneheads rechromés d’Atalante, par exemple, qui se décrivent eux-mêmes comme « nationalistes révolutionnaires » et dont nous avons déjà amplement documenté la démarche et la filiation, correspondent assez bien à cette définition, tout comme d’autres groupuscules et individus marginaux et plus ou moins organisés (dans les sphères NSBM ou Alt-Right, par exemple).

Il existe cependant un autre courant d’extrême droite implanté au Québec depuis beaucoup plus longtemps, dont nous avons fort peu parlé ici, et dont les principaux regroupements se sont quant à eux toujours explicitement définis comme « contre-révolutionnaire ».

Si ces groupes mettent généralement l’accent sur la dimension spirituelle de leur activisme, on retrouve chez eux une série de traits qui rejoignent la définition que donne Griffin du fascisme. À différents degrés, ils conçoivent tous la nation canadienne-française comme plongée dans une situation de décadence suicidaire, corrompue par la perte de sa culture traditionnelle (largement imaginée), la transformation des normes de genre, et la laïcisation de la société. Ces groupes perçoivent aussi l’Église catholique romaine comme souffrant d’une dégénérescence analogue. Pour eux, l’Église est contaminée par les idées de la gauche et un pitoyable désir de « s’ajuster » au monde moderne, qu’exemplifient l’abandon et la marginalisation du rite « tridentin » (la messe latine), et doit être rendue à sa forme ancienne et traditionnelle. De plus, ils considèrent divers régimes dictatoriaux de droite, comme ceux de Franco en Espagne (1939-1977) et de Salazar au Portugal (1933-1974), comme des points de références positifs au sein de leur tradition. Plus près de chez nous, le gouvernement de Maurice Duplessis (1936-1939, 1944-1959), réputé pour avoir brutalement réprimé les mouvements de grève, rendu illégaux les rassemblements communistes (la « loi du cadenas »), emprisonné les minorités religieuses et truqué des élections, est érigé en modèle.

À l’échelle internationale, ce courant ne s’est vraiment constitué qu’après les réformes de Vatican II dans les années 1960, car avant ce moment charnière, leurs idées faisaient partie du courant dominant au sein de l’Église catholique. Il s’en est suivi des années de débats et un certain nombre de scissions, certains préférant partir ou être excommuniés que d’admettre les réformes, ce qui a mené à l’étrange situation où certains des catholiques les plus endurcis ont été expulsés de la sainte Église catholique romaine, précisément parce qu’ils étaient trop attachés à leur vision traditionnelle du culte catholique.

Mgr Marcel Lefebvre, le fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX).

Le principal exemple de ce schisme, d’abord en Europe, puis en Amérique du Nord, a longtemps été la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fondée en Suisse par Mgr Marcel Lefebvre en tant que havre pour les catholiques qui ne voulaient pas renoncer au rite latin et à ce qu’il symbolise. Après des années de conflits avec le Vatican, Mgr Lefebvre et d’autres dirigeants de la FSSPX ont été excommuniés en 1988[v].

Il est important de comprendre la signification de cette rupture, au-delà des disputes religieuses. Pour les membres de la FSSPX, l’ouverture du Vatican sur les réalités du monde moderne était la preuve d’un complot maléfique mondial ayant réussi à faire pénétrer la « fumée du Diable » à l’intérieur même de l’Église. Mais à qui imputaient-ils ce complot diabolique? Alternativement, il fallait blâmer les francs-maçons, les communistes, les Illuminatis et, inévitablement, les Juif-ve-s. Mais bien souvent, s’inspirant de la longue tradition droitiste consistant à désigner des boucs émissaires et à animer des polémiques au sein de l’Église, des théories furent échafaudées pour tenter de démontrer que toutes ces forces ont en fait conspiré au fil des siècles pour détruire l’Église et favoriser l’avènement d’un gouvernement mondial unique et impie (la Réforme protestante, la Révolution française, l’introduction des droits de la personne et des principes démocratiques, la transformation des rôles de genre, et les réformes apportées à l’Église reflétant différents aspects de ce complot tentaculaire). Ainsi, la FSSPX (comme d’autres traditionalistes catholiques) s’est souvent compromise avec d’autres courants politiques d’extrême droite. Marcel Lefebvre lui-même n’a jamais caché son appui au Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen et aux régimes dictatoriaux de Franco en Espagne, Salazar au Portugal, Videla en Argentine (1976-1983) et Pinochet au Chili (1973-1990). En 1989, il a été révélé que pendant 16 ans, des membres de la FSSPX et de l’Ordre des chevaliers de Notre-Dame avaient abrité et protégé Paul Touvier, lequel était inculpé pour son rôle central dans la déportation des Juif-ve-s de Lyon vers les camps de la mort allemands. (Touvier a finalement été arrêté, à 74 ans, au prieuré Saint-Joseph de la FSSPX, à Nice[vi].)

Au Québec, l’aliénation ressentie par une partie de la droite catholique suite à Vatican II a été exacerbée par les changements induits par la prétendue Révolution tranquille. La réaction a initialement produit un milieu marginal et fragmenté, principalement préoccupé par la préservation de la messe en latin et la résistance aux plans de la Commission Parent (1961-1964) visant à laïciser le système d’éducation québécois, et bientôt obsédé par la suppression catégorique du droit à l’avortement. Pendant de nombreuses années, une pollinisation croisée s’est alors opérée entre ce milieu traditionaliste catholique et d’autres traditions d’extrême droite, diverses théories de complot leur servant de cadre référentiel commun. Plusieurs membres de la communauté du rite latin étaient également impliqué-e-s dans l’organisation ouvertement nazie d’Adrien Arcand, le Parti de l’Unité Nationale du Canada (PUNC); des cadres du Regroupement scolaire confessionnel (qui a contrôlé la plus importante commission scolaire de Montréal pendant une bonne partie des années 1980 et 1990) se sont à plusieurs reprises avérés faire partie d’organisations racistes, anti-choix et ouvertement fascistes; puis le Ralliement provincial des parents du Québec (RPPQ) a fini par servir de base pour la création du Centre d’information national Robert Rumilly (CINRR) en 1990.

Jean-Claude Dupuis, ancien militant clé du Cercle Jeune Nation, aujourd’hui étroitement associé à la FSSPX et au Mouvement Tradition Québec.

Entre 1993 et 1995, les lefebvristes ont animé un groupe d’étude à l’Université Laval, à Sainte-Foy, qui pour les cathos traditionalistes était à l’époque un lieu propice au recrutement. Le Cercle d’études des jeunes catholiques traditionalistes (CEJCT) organisait des conférences par des sommités d’extrême droite du Canada, des États-Unis et d’Europe, dont des membres du Front national, ainsi que des éminences locales comme Jean-Claude Dupuis et Louis-Michel Guilbault (sur qui nous reviendrons plus loin). Ces tournées de conférences étaient souvent coordonnées avec le CINRR, le RPPQ et une autre organisation, probablement le plus important groupe d’extrême droite à l’époque, le Cercle Jeune Nation (CJN).

Le Cercle Jeune Nation a été fondé en 1986, mais n’est devenu visiblement actif que dans les années 1990. Modelé sur le Front national de Jean-Marie Le Pen, le CJN se voulait un grand chapiteau sous lequel différents courants d’extrême droite pourraient coexister et mettre de l’avant des positions communes. Fondé en partie par des vétérans de la minuscule tradition fasciste et nazie du Québec, ses membres espéraient élaborer une critique droitiste crédible de la Révolution tranquille et contester la supposée hégémonie de la gauche au sein du mouvement nationaliste québécois. Le CJN collaborait avec de nombreuses organisations racistes et de droite. Dans sa publication, les Cahiers de Jeune Nation, le CJN faisait paraître des articles de Dimitri Kitsikis, un professeur d’histoire de l’Université d’Ottawa, et de François-Albert Angers, un patriarche du nationalisme québécois. On y trouvait aussi des collaborateurs d’outre-mer, comme Michael Walker et Thomas Molnar, des partisans européens du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE, le berceau fasciste de la Nouvelle Droite européenne), ainsi que Gunter Deckert, le futur président du parti cryptonazi Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD).

La composition diversifiée du CJN a fini par avoir raison de l’organisation, qui s’est dissoute en 1994 suite à une scission entre ceux qui jugeaient que certaines positions religieuses mises de l’avant nuisaient à sa crédibilité et ceux qui voyaient en cette fausse pudeur une forme d’hypocrisie. Bien que pour la plupart, les membres du CJN n’étaient pas lefebvristes, le rédacteur en chef de son journal, Jean-Claude Dupuis, était membre de la FSSPX, et le Cercle a régulièrement collaboré avec les lefebvristes ainsi qu’avec d’autres catholiques d’extrême droite, comme les animateurs du Centre d’information nationale Robert Rumilly.

À plusieurs égards, la base d’appui du CJN ressemblait à celle de la Fédération des Québécois de souche (FQS) aujourd’hui. La principale différence étant que le CJN avait réussi à se rapprocher de certains éléments de l’aile droite du milieu nationaliste et était parvenu à occuper une place de choix au sein de l’extrême droite à son époque. La FQS quant à elle, en partie en raison de ses origines néonazies bien documentées, est plus éloignée de la droite « légitime », et l’espace qu’elle occupe sur la droite de celle-ci est partagé avec un plus grand nombre d’acteurs, non seulement d’autres fascistes (comme Atalante), mais aussi le mouvement national-populiste (qui est pour l’instant quelque peu dégonflé).

Il est néanmoins frappant de constater à quel point les forces politiques présentées ci-dessus sont toujours en place aujourd’hui. Les cofondateurs du Cercle Jeune nation Roch Tousignant et François Dumas, par exemple, sont aujourd’hui rattachés à la Fédération des Québécois de souche, tandis qu’un autre pilier de l’organisation, Jean-Claude Dupuis, est toujours intimement lié à la FSSPX, pour laquelle il enseigne l’histoire à l’École Sainte-Famille de Lévis.

Il n’est pas difficile de conclure qu’il existe là un milieu politique cohérent qui a réussi à se reproduire et à maintenir une certaine continuité dans le temps malgré la variation des structures dans un contexte politique changeant, en attirant de nouveaux membres et en retenant des militants qui étaient déjà actifs il y a plusieurs dizaines d’années.

Kenny “Goglu” Piché et Étienne Dumas, du Mouvement Tradition Québec (MTQ).

Aujourd’hui, le courant lefebvriste est principalement représenté au Québec par le Cercle Tardivel, le Mouvement Tradition Québec et les Éditions de la vérité, qui sont animés par des militants fidèles à la FSSPX. Ces trois entités sont inscrites au Registraire des entreprises du Québec au nom de Kenny Piché, Étienne Dumas et Julien Chapdelaine[vii]. Si Piché et Dumas ont déjà fait l’objet de billets du blogueur antiraciste Xavier Camus (à lire, ici et ici), il semble que Chapdelaine, vraisemblablement proche de la FQS, ait quant à lui servi comme agent officiel du néonazi Sylvain Marcoux lors des dernières élections provinciales.

Les jeunes réactionnaires du Front canadien-français sont donc les héritiers directs de cette tradition d’extrême droite ultracatholique, passéiste et nostalgique du Québec prémoderne. En dépit de l’étiquette contre-révolutionnaire qu’ils ont reprise de leurs prédécesseurs, ces nouvelles recrues présentent une tendance fascisante très marquée, que reflètent leurs écrits publics et les pages de médias sociaux qu’ils animent (voir la section sur les pages de mèmes ci-dessous). Leur nationalisme est ethnique (raciste, adepte de la théorie du « Grand remplacement »), anti-diversité, anti-égalité, et grossièrement hétéropatriarcal (antiféministe et traversé d’une opposition idéologique et morale à l’avortement). Il prône un retour aux « valeurs traditionnelles » qui selon eux caractérisaient l’âge d’or de la nation canadienne-française : la mainmise de l’Église catholique sur la société et les affaires politiques (ultramontanisme), des familles nombreuses où les femmes sont dépourvues de pouvoir et n’ont aucun droit sur leur santé reproductive, et un gouvernement autoritaire, populiste et hyperconservateur ne s’embarrassant pas des mécanismes démocratiques ou des libertés civiles, dont la figure de Maurice Duplessis demeure l’emblème glorifié.

Étienne Dumas, du Mouvement Tradition Québec, prend la pause avec Jason Mc Nicoll Leblanc, Vincent Benatar et Alexi Larose, du Front canadien-français.

 

Le lien FQS et l’influence d’Horizon Québec Actuel

Un mot au passage sur la Fédération des Québécois de souche (FQS), dans l’ombre de laquelle le FCF semble évoluer. Rappelons que la FQS a été constituée en 2007 par des néonazis (dont le repenti Maxime Fiset) et s’est perpétuée jusqu’à nos jours en fédérant différents courants nationalistes d’extrême droite (un peu comme l’avait fait avant elle le Cercle Jeune Nation), dont certains sont antinomiques et explicitement contradictoires.

On retrouve dans le journal de la FQS de francs néonazis, comme Sylvain Marcoux et son éternel projet de Rassemblement national canadien-français, les fachos soi-disant « révolutionnaires » d’Atalante sous la plume d’Alexandre Peugeot (vraisemblablement l’alter ego d’Antoine Mailhot-Bruneau, modelé sur le composite Rémi Tremblay de la FQS), mais aussi  d’autres auteurs représentant différentes tendances. On y relève notamment une influence marquée du courant lefebvriste porté par le Mouvement Tradition Québec et d’autres personnages familiers des cercles ultranationalistes décrits ci-dessus.

La photo de profil de Louis-Michel Guilbaut sur Facebook. Ce militant ultranationaliste de longue date et proche sympathisant de la Fédération des Québécois de souche anime aussi le compte FB “Louis Roy” et gère la boutique de pacotilles traditionalistes Ludovidec.

On remarque ainsi dans le réseau social du FCF un certain nombre d’individus rattachés de près ou de loin à la FQS par son courant traditionaliste et contre-révolutionnaire, comme Étienne Dumas et Louis-Michel Guilbault (« Louis Roy », sur Facebook) un enragé traditionaliste de longue date[viii] qui se spécialise désormais dans la production de marchandise pré-poussiéreuse, dont des drapeaux Carillon-Sacré-Cœur, des bustes en plastoc de Maurice Duplessis (!) et d’autres pacotilles produites localement, qu’il distribue par l’entremise de son entreprise Ludovidec (inscrite au Registraire des entreprises au nom de Louis-Rémi Guilbault).

En plus de leur filiation au Mouvement Tradition Québec et à la FSSPX, il apparaît aussi très clairement que les militants du Front canadien-français tournent dans l’orbite d’Horizon Québec Actuel, le projet ultranationaliste animé par Alexandre Cormier-Denis et Philippe Plamondon.

Cormier-Denis est en voie de devenir une figure clé dans l’extrême droite québécoise. Ce partisan/militant de Marine Le Pen et du Rassemblement national (ancien Front national) s’est effectivement positionné avec la chaîne YouTube Nomos.tv comme prolifique propagandiste du nationalisme ethnique, réactionnaire et raciste au Québec : repli ethnique/identitaire, anti-immigration (amplification de la théorie du « Grand remplacement »), islamophobie, anti-progressisme, antiféministe, anti-choix, anti-diversité, etc. En plus de ses nombreuses vidéos sur Nomos.tv, Cormier-Denis est collaborateur régulier à la plateforme Vigile.Québec (droite nationaliste) et a parfois été invité à intervenir sur différents enjeux, ce qui contribue à légitimer les idées toxiques qu’il ne manque aucune occasion de claironner. Il a notamment été invité à l’émission Zone Franche de Télé-Québec, en 2019, pour débattre de la question : « Est-ce qu’on accueille trop d’immigrants au Québec? ». On vous laisse deviner sa réponse. Il a plus récemment fait parler de lui en marge d’une entrevue à QUB Radio, où la teneur homophobe de ses propos a poussé l’animateur à interrompre l’entrevue (après 20 minutes en roue libre, tout de même), ce qui a fait crier ses admirateurs à la censure. Lui et Plamondon reçoivent par ailleurs différents invités à Nomos.tv, dont récemment le leader d’Atalante Raphaël Lévesque, à l’occasion d’une entrevue manifestement préparée dans la plus harmonieuse des complicités.

Une sorte d’« hommage » à Alexandre Cormier-Denis retweeté par le FCF.

Bien qu’ils se défendent comiquement d’être racistes, Cormier-Denis et ses acolytes interviennent régulièrement pour déplorer « l’ensauvagement » des sociétés occidentales, qui serait liée à « l’immigration massive », ce qui n’est plus tant de l’ordre du dog-whistle raciste que du panneau réclame en néon clignotant. Rappelons qu’en 2017, sa candidature à l’élection partielle québécoise sous la bannière du Parti indépendantiste (considéré comme une antenne du Front national au Québec et régulièrement décrié au fil des années pour sa proximité avec des militants néonazis) avait été marquée par une controverse mineure autour d’une pancarte électorale (reprise du Front national) grossièrement islamophobe et xénophobe. (Pour plus de renseignements, veuillez consulter notre fiche sur Horizon Québec Actuel.)

Compte tenu de l’évidente proximité idéologique entre Québec Horizon Actuel et le Front canadien-français, il n’est pas étonnant que les deux projets s’avèrent connexes. Le 23 mai 2020, à l’occasion de la commémoration du décès du chanoine Lionel Groulx organisée par le FCF à Vaudreuil, ce n’est nul autre qu’Alexandre Cormier-Denis qui agit à titre de maître de cérémonie. On reconnaît aussi dans la vidéo de la commémoration publiée sur Nomos.tv, parmi les jeunes militants du FCF, Alexi Larose, qui semble-t-il réside à la même adresse que Philippe Plamondon… ce qui n’est sans doute encore qu’une coïncidence.

On pourrait ainsi, au vu de toutes ces convergences, être porté-e-s à se demander si ce fameux FCF ne serait pas un peu la nouvelle garde d’idiots utiles formée idéologiquement dans l’ombre de la Fédération des Québécois de souche, de la FSSPX, du Mouvement Tradition Québec et d’Horizon Québec Actuel…

 

Une curieuse « Lettre ouverte aux évêques »

En novembre 2019, la Campagne Québec-Vie et la FSSPX publient sur leur site Internet respectif une « Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique au Canada français », signée par un certain Julien Bertrand[ix]. On remarque au passage une coïncidence très forte entre ce texte et une autre « lettre ouverte » publiée sur le site du FCF quelque temps après. Le langage, le vocabulaire et le propos sont en fait plus ou moins identiques dans les deux textes, et la phrase suivante est carrément reproduite textuellement dans les deux lettres, ce qui laisse croire qu’elles sont le fait du, ou des, même(s) auteur(s) :

« À l’image de notre saint patron Saint Jean le Baptiste, nous sommes la voix qui crie au milieu des ruines de béton et des nids de poule. Il est de notre devoir de hurler au nom de nos frères qui se suicident et de notre peuple qui se meurt. »

Le 6 décembre 2019, Julien Bertrand est invité à Nomos.tv pour expliquer la démarche entourant sa lettre. Le même jour, Vincent Benatar, lui aussi signataire, plogue son « bon ami Julien » sur la page Mèmes evangeliste duplessiste puis, la semaine suivante, accorde à son tour une entrevue sur le même sujet à E. Michael Jones, un traditionaliste catholique américain tristement réputé pour son antisémitisme.

Tout porte donc à croire que Julien Bertrand est un autre des militants clés du FCF.

La memegame des jeunes antimodernistes

Une particularité de cette nouvelle génération de wannabe ultramontains est son affection pour le langage particulier des mèmes (malgré son aversion ostentatoire pour « la modernité »). Étudiant en gestion à l’UQAM, Vincent Benatar s’est d’ailleurs démarqué du lot par la prolificité de ses publications sur la page Facebook qu’il administre, Mèmes evangeliste duplessiste (sic).

Un survol du contenu de cette page, tout comme la lecture de la présentation du FCF, la « Lettre aux évêques catholiques » qu’il a cosignée et son texte publié sur Vigile.quebec sur le thème du « Grand remplacement[x] », révèle le caractère profondément réactionnaire et raciste du programme politique mis de l’avant par Benatar et sa petite bande, lequel correspond en tous points à celui du courant traditionaliste ultracatholique décrit ci-dessus.

 

 

On constate aussi en parcourant l’historique de la page l’évolution de Benatar, qui a longtemps soutenu la Loi 21 sur la « laïcité de l’État » avant de se rendre compte que le principe de laïcité s’inscrit directement en faux contre les valeurs ultramontaines qui définissent complètement son positionnement idéologique. Les exemples de commentaires, mèmes et billets misogynes et racistes de Benatar sont trop nombreux pour les détailler ici, mais en voici un échantillon : [voir sur le site de Montréal Antifasciste]

Voici aussi les intitulés de quelques-unes des autres pages de mèmes que nous soupçonnons être ratachées de près ou de loin au FCF, ou du moins au réseau social où celui-ci évolue (n’hésitez pas à communiquer avec nous si vous avez des renseignements au sujet de ces pages et de leurs administrateurs) :

  • Mèmes єναиgélιѕтє Duplessiste
  • Mesmes tradis sans retenue ?? ????? ?? ?????????
  • Memes nationalistes pour zoomers Québécois
  • Mèmes clérico-nationalistes du Canada français
  • Science immortelle du Maoïsme-Duplessisme
  • Memes merveilleux à la mémoire de Montcalm
  • Un mémé couleur de Radio-Cadenas
  • Memes Groulxiens d’instruction publique
  • Memes nationalistes québécois

Un autre élément important que révèle la page de mèmes de Benatar, ainsi que sa page personnelle et son compte Instagram, est le réseau virtuel en périphérie du projet. On retrouve ainsi dans la liste d’amis de Vincent Benatar une douzaine de militants et sympathisant-e-s d’Atalante (dont Raphaël Lévesque et son épouse Danielle Doukas, Benjamin Bastien, Antoine et Étienne Mailhot-Bruneau, Yannick Vézina, Renaud Lafontaine et « Jean Brunaldo »), de nombreux personnages liés à la Fédération des Québécois de souche (dont « Rémi Tremblay », Louis-Michel Guilbault/Louis Roy et Patrick Savoie), Étienne Dumas du Mouvement Tradition Québec, Guillaume Beauchamp du duo de cloches DMS, le nazillon Alt-Right Jean-Philippe Robert (JP Bobby), le vétéran de Charlottesville Vincent Bélanger Mercure (qui est d’ailleurs « Super Fan » de Mèmes evangeliste duplessiste), l’influenceur islamophobe Daniel Laprès, les tres amigos des Exilés (Félix Brassard, Michael Lauzon et Samuel Vanasse), l’antisémite Georges Tremblay, le néonazi Sylvain Marcoux, Philippe Plamondon, de HQA, etc… qui côtoient le NSBM païen Tom Samson (pas très chrétien, ça…) et le candidat à la chefferie du PQ, Frédéric Bastien!

Qui sont les militants du Front canadien-français?

Vincent Benatar
Instagram @vinceben24
https://www.facebook.com/vincent.benatar.90
https://twitter.com/benatarvince
Nous avions cet individu sur notre radar depuis quelques mois déjà. Il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » à titre d’étudiant en gestion à l’ESG-UQAM. Traditionaliste et pratiquant, il a étudié au Collège Bourget, une école secondaire catholique privée. Il semble s’être rapproché d’Atalante dans la dernière année (il est ami avec plusieurs membres clés et interagis régulièrement avec eux). Il est l’administrateur d’au moins une page de mèmes d’extrême droite : « Mèmes evangeliste duplessiste » et a signé un article d’une teneur extrémiste intitulé « Après le Grand Remplacement. Que faire lorsque nous serons minoritaires? », publié sur le site Vigile.quebec et relayé par Horizon Québec Actuel et la Fédération des Québécois de souche.
Jason Mc Nicoll Leblanc
Instagram @uncanadienerrant
https://www.facebook.com/jason.leblanc2799
Étudiant ou finissant au Cegep Édouard Montpetit, cet ancien sympathisant de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre semble avoir rejoint la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Il semble être un membre clé du FCF et est très actif sur les médias sociaux (il gère les comptes Instagram/Facebook @penséelaurentienne et le compte Instagram @carillonsacrécoeur) et s’occupe vraisemblablement des comptes Instagram, Twitter et Facebook du groupe. On doit à son indiscrétion de nous avoir révélé l’identité des membres du groupe, en partageant sur son compte Instagram une photo publique d’une action du FCF sur laquelle tous les membres étaient identifiés… La photo à depuis été retirée, malheureusement pour eux, nous veillons.
Alexi Larose
Instagram @Alexeain
https://www.facebook.com/alexi.larose
https://ca.linkedin.com/in/alexi-larose-6b3a15147
Ami de Vincent Benatar, il participe à toutes les actions du FCF. Son compte Instagram et son entêtement à coller des dizaines d’autocollants juste devant chez lui nous dévoilent qu’il vit sur le Plateau Mont-Royal… à la même adresse que Philippe Plamondon, le vice-président d’Horizon Québec Actuel. Par charité chrétienne, nous ne publierons pas son adresse ici.
Jean-Philippe Desjardins-Warren
Instagram @harfanglaurentien
https://www.facebook.com/jeanphilip.warren
Résidant de Longueuil et étudiant en histoire à l’UQAM, ce proche de Jason Mc Nicoll Leblanc ne nous est pas inconnu. Passé par la scène punk, il a gravité quelque temps dans le milieu underground montréalais, à l’époque où il étudiait au Cegep du Vieux-Montréal. Il a ensuite transité vers le métal noir québécois, où il a dû faire de mauvaises rencontres… Plus tôt cette année, il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » avant de participer aux actions du FCF. Il s’impliquerait par ailleurs au Conseil Jeunesse de la Société Saint-Jean-Baptiste.
Suleyman Ennakhili
Instagram @suleyman.ennakhili
https://www.facebook.com/suleyman.ennakhili
Présent aux actions du FCF, nous l’avions déjà aperçu à deux reprises arborant le Carillon-Sacré Cœur : à la manifestation islamophobe « La Vague bleue » le 4 mai 2019 à Montréal (ironiquement, sous la bannière prolaïcité des nationaux-populistes) et à la grande manif pour le climat du 27 septembre 2019. Originaire de Pointe-Calumet, on lui doit peut-être les stickers du FCF apparus à Saint-Joseph-du-Lac.
Francois Gervais
https://www.facebook.com/profile.php?id=100011065410118
Ami de Suleyman Ennakhili, il était avec lui et portait le Carillon-Sacré Cœur lors de la grande manif pour le climat du 27 septembre 2019. Il a signé le « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » à titre d’étudiant en Histoire et civilisation au Cégep Lionel-Groulx. On lui doit peut-être les stickers apparus dans le vieux Sainte-Thérèse.
Julien Bertrand
https://www.facebook.com/julien.bertrand1534
Julien Bertrand est le principal signataire et promoteur de la « Lettre ouverte aux évêques catholiques au Canada français », dont certains passages sont identiques à la lettre ouverte publiée sur le site du Front canadien-français. En prime, voici un commentaire pas du tout raciste de Julien Bertrand qui reflète bien le message d’amour universel porté par le Christ.

 

Plus ça change, plus c’est pareil…

En tant que tel, le Front canadien-français n’a pas fait grand-chose – quelques autocollants, des manifestes en ligne, une poignée d’actions publiques sans conséquence. Le groupe ouvre néanmoins une fenêtre éclairante sur un certain nombre de réseaux fascistes et fascisants qui sont demeurés actifs au Québec depuis maintenant plus d’une génération.

Nous n’utilisons pas le terme « fasciste » à la légère : bien que ces courants se définissent eux-mêmes comme « contre-révolutionnaires », et bien que nous soyons sympathiques à la prémisse voulant que le fascisme soit par définition un mouvement révolutionnaire, il faut à notre avis éviter d’appliquer ce critère de manière trop automatique. Lorsque les membres du FCF et leurs amis se prétendent contre-révolutionnaires, ils réfèrent en fait à la Révolution française, voire à la Révolution tranquille, mais leur vision du monde implique sans aucun doute un renversement radical du système actuel pour imposer leur vision dystopique.

Contrairement aux bouffons/boomers de La Meute, Storm Alliance et autres patentes nationales-populistes, les militants de ces réseaux ne sont habituellement pas friands de publicité. Les réseaux fascistes les mieux implantés au Québec n’espèrent pas gagner les prochaines élections ou influencer les politiques gouvernementales au cours des prochains six mois. Ils conçoivent et envisagent leur lutte sur un horizon beaucoup plus long et poursuivent toujours l’objectif plus modeste de constituer de petites bases d’appui durables en encourageant des développements culturels et intellectuels favorables à leur ancrage. De cette manière, ils ont formé une sous-culture qui a réussi à se reproduire au fil des générations. Cette approche est une version de la stratégie « métapolitique » élaborée par l’extrême droite européenne suite aux échecs qu’elle a subie dans les années 1960. Tandis qu’en France, ce sont les événements de mai 1968 et l’indépendance de l’Algérie qui ont précipité cette stratégie défensive, les changements provoqués par la Révolution tranquille ont eu des effets similaires au Québec.

En ce qui concerne les curieuses tendances religieuses de nombreux fascistes québécois et de leurs adeptes, nous nous foutons absolument que la messe soit célébrée en français ou en latin (ou dans toute autre langue). Nous reconnaissons cependant que pour ces traditionalistes radicaux, la religion est un terrain symbolique important où ils peuvent rapidement établir leur opposition à tout l’éventail des caractéristiques du monde contemporain, c’est-à-dire tout ce qui entre en conflit avec ce glorieux passé canadien-français qui n’a jamais vraiment existé, où absolument tout le monde était blanc, catholique, hétérosexuel et aspirait à mettre au monde trente rejetons. En même temps, ils s’alignent symboliquement avec une longue (bien que marginale) tradition de militantisme politique remontant jusqu’au nazi Adrien Arcand (qui était par ailleurs farouchement fédéraliste!).

Chaque nation possède une culture et une histoire qui lui sont propres, lesquelles sont toujours remplies de contradictions et de contre-courants, mais comportent toujours une version « officielle » que les réactionnaires confondent avec une vérité pure et originelle. Au Québec, le point de référence religieux est forcément le catholicisme, et nos jeunes aspirants fascistes ont simplement choisi la variété de catholicisme qui correspond le mieux à leur vision politique. Sans grande surprise, ils ont choisi celle qui est si loin et si radicalement à droite qu’elle s’est vue expulser de l’Église!

Il est difficile de dire si le FCF durera plus que quelques mois, mais il est possible que ceux qui l’ont créé demeurent longtemps actifs dans cette tradition plus large de l’extrême droite.

Quoi qu’il en soit, nous veillerons.

 

 


[i]               Selon Wikipedia, un même Internet est « un élément ou un phénomène repris et décliné en masse sur Internet. »
https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A8me_Internet

[ii]               Le Carillon-Sacré-Cœur, particulièrement prisé des nationalistes réactionnaires au Québec, est une version de l’étendard « officiel » du Canada français favorisé par une partie des nationalistes catholiques entre 1903 et 1935. Il a d’ailleurs été reconnu par le gouvernement provincial comme le drapeau officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1926. Commémorant la victoire française lors de la Bataille de Fort Carillon, le drapeau symbolise également par l’inclusion du Sacré-Cœur l’influence et la domination de l’Église catholique sur la nation, soit le principe ultramontain auquel aspire cette tradition ultracatholique. [Description : « Sur fond d’azur se détache une croix blanche, portant au centre l’emblème du Sacré-Cœur rayonnant, ceint d’une couronne d’épines et surmonté d’une croix; harmonieusement cerné d’une guirlande de feuilles d’érable: aux quatre angles, une large fleur de lys blanche. — Le fond d’azur rappelle l’ancien drapeau de Carillon; la croix parle de notre foi catholique. Le Sacré-Cœur est la réponse aux désirs exprimés par le Sacré-Cœur lui-même à sainte Marguerite-Marie. Les feuilles d’érable détachées de notre arbre national, parlent de jeunesse et d’espoir; enfin les fleurs de lys évoquent le souvenir de la vieille France.»
https://www.imperatif-francais.org/imperatif-francais/extra/histoire-des-drapeaux-quois-carillon-sacrcoeur/

Concernant la symbolique du Sacré-Cœur : « Rappelant l’ardent désir du Cœur de Jésus d’être aimé des hommes et de les sauver, sainte Marguerite-Marie ajoute : “Et il me fit voir qu’il fallait honorer (le Cœur de Dieu) sous la figure de ce Cœur de chair, dont il voulait l’image être exposée et portée sur soi et sur le cœur, pour y imprimer son amour et le remplir de tous les dons dont il était plein et pour y détruire tous les mouvements déréglés. Et que partout où cette sainte image serait exposée pour y être honorée, il répandrait ses grâces et bénédictions.” »
https://www.sacrecoeur-paray.org/experimenter/le-message-de-paray-le-monial/de-jesus-a-sainte-marguerite-marie/]

[iii]              Il est possible que les jeunes militants du FCF se soient rencontrés au sein du Mouvement des Jeunes Souverainistes, « un regroupement national créé [à l’automne 2019] dans le but d’unir tous les souverainistes québécois.es progressistes, passionné.es et assoiffé.es de liberté ». Le MJS est principalement organisé autour d’un groupe Facebook du même nom, groupe dont les jeunes militants du FCF sont tous membres… et toujours très minoritaires dans leurs prises de position. En effet, la jeune organisation semble marquée à gauche, proche de l’écologie et pas très éloignée des idées décoloniales. Sans pouvoir l’affirmer, on pourrait donc penser que le FCF s’est formé en réaction à l’isolement qu’éprouvaient nos jeunes réactionnaires. Incapables de faire pencher le MJS à droite, ils auraient créé leur propre structure dans la tradition ultranationaliste ancrée à l’extrême droite.

[iv]               Cette définition synthétique offre un cadre de référence utile pour cerner certaines caractéristiques communes aux mouvements fascistes et fascisants à partir de l’étude de ces mouvements tels qu’ils se sont eux-mêmes décrits ou exprimés. Comme nous l’indiquons par ailleurs dans notre FAQ, il est très difficile de donner une définition précise et clairement délimitée du fascisme « générique », car ses différentes itérations contemporaines n’adoptent pas forcément à l’identique chacune des caractéristiques du fascisme « historique » incarné dans le régime de Mussolini en Italie ou dans le Troisième Reich en Allemagne.
https://montreal-antifasciste.info/fr/faq/

[v]               Cette rupture a entraîné des tensions et tractations se prolongeant pendant des années, mais aussi des rapprochements, jusqu’à ce que l’ordre d’excommunication soit finalement révoqué en 2009. Entre temps, un autre ordre religieux, la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, avait été fondé par le Vatican en guise de solution intermédiaire pour les fidèles toujours attaché-e-s au rite latin, mais réticent-e-s à s’associer aux lefebvristes (temporairement excommunié-e-s).

[vi]              Concernant cette affaire, lire :
https://www.theguardian.com/commentisfree/2009/feb/19/richard-williamson-lefebvre

[vii]              Curieusement, une autre entité « Mouvement tradition Québec » est aussi inscrite au registre des entreprises, celle-là au nom de la Fraternité Saint-Pie X, sous la direction de Daniel Couture, Olivier Berteaux et Davide Pagliarani. Ce qui laisse supposer que tout n’est pas si paisible au paradis des ultracathos…
https://canadafidele.com/2017/02/03/le-mouvement-tradition-quebec-seteint/

[viii]               Au milieu des années 1990, Louis-Michel Guilbault a produit un journal périodique intitulé le Lys Blanc, où il faisait la promotion d’une synthèse monarchiste, lefebvriste, antisémite et ouvertement fasciste. À la même époque, Guilbaut, qui est lui-même un membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, s’est adressé aux lefebvristes à l’Université Laval à l’invitation du Cercle d’études des jeunes catholiques traditionalistes (CEJCT)

[ix]              Cosignée par « vingt-neuf hommes […] allant de 18 ans à 44 ans [qui ont] décidé pour le moment de garder l’anonymat, certains ayant conscience des conséquences qu’une telle lettre pourrait avoir sur leur emploi, ou leurs études. »

[x]            Ce texte signé par Vincent Benatar mobilise le concept du « Grand remplacement », une théorie raciste en soi, fort répandue à l’extrême droite, qui fantasme que les populations immigrantes des pays du Sud ambitionnent de submerger par le nombre leur pays d’accueil, ici le Québec, afin d’en remplacer volontairement les populations.

Le terme « Grand remplacement » a été inventé par l’auteur français Renaud Camus dans un livre du même nom publié en 2011, où il affirme l’existence d’un vaste complot des élites mondiales pour remplacer la population française par des immigrant-e-s du Sud. Il s’agit en fait de la énième théorie du complot raciste qui affirme essentiellement la même chose, à savoir que les « élites » (généralement assimilées au Juif-ve-s) orchestrent les mouvements migratoires en provenance des pays du Sud afin d’anéantir les populations blanches « indigènes ». Dans le contexte contemporain, ce genre de proposition trouve une forte résonnance, car les privilèges « raciaux » et de classe d’un grand nombre d’habitant-e-s d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord sont effectivement déstabilisé-e-s par les mécanismes du capitalisme mondialisé, non pas tant comme résultat d’un complot particulier, sinon comme conséquence de tendances économiques et politiques plus profondes dont même la classe dirigeante n’est pas nécessairement satisfaite, mais qu’elle se trouve incapable de renverser. La panique et la paranoïa raciales sont des réactions à ces changements de la part de ceux et celles dont l’identité même est étroitement liée à ces privilèges historiques. Le remplacement d’un mode de vie fondé sur l’oppression et l’exclusivité raciales, pour ces personnes, revient à remplacer le seul mode de vie qu’elles estiment digne d’être vécu.

Au fil de l’histoire, ce type d’anxiété raciale paranoïaque s’est manifesté et répété encore et encore; c’est toutefois ce terme, le « grand remplacement », qui s’est récemment imposé et a été adopté par des assassins nazis, comme les auteurs des massacres de Christchurch et d’El Paso, et les fanatiques qui marchaient à Charlottesville en scandant « Les Juifs ne nous remplaceront pas » [Jews will not replace us], ainsi que par plusieurs politiciens désireux d’exploiter cette inépuisable réserve d’anxiété blanche. Au Québec, le concept correspond parfois aux idées mises de l’avant par certains intellectuels nationalistes (pas nécessairement d’extrême droite) selon lesquelles il y a eu, ou il existe encore, une tentative soutenue de génocide à l’endroit de la majorité historique canadienne-française (citant à l’appui l’exode des Acadien-ne-s ou le Rapport Durham).

Pour les fachos comme Vincent Benatar, ce « Grand remplacement » serait donc un état de fait inéluctable auquel il faut se préparer. Pour cela, les Canadiens français devraient s’unir dans un tout homogène, hermétique, exclusif et, évidemment, catholique. La progression logique de cette stratégie consiste à contrôler toutes les institutions, politiques, médiatiques, mais aussi scolaires. C’est en fait une reconquête que propose Benatar, une véritable croisade chrétienne, pour ne pas dire… une « révolution ». Pour lire ce texte délirant :
https://vigile.quebec/articles/apres-le-grand-remplacement

Peste brune et antifascisme en temps de pandémie

 Commentaires fermés sur Peste brune et antifascisme en temps de pandémie
Mai 292020
 

Des membres du collectif antifasciste PopMob et du Rosehip Medic Collective de Portland fabriquent du gel hydroalcoolique à distribuer dans la collectivité.

De Montréal Antifasciste

La pandémie qui frappe de plein fouet la planète depuis janvier 2020 a complètement changé, temporairement du moins, la donne politique tandis que le confinement et l’interdiction des rassemblements impliquent que les mouvements sociaux ne peuvent plus recourir aux tactiques traditionnelles, dont les manifestations, pour dénoncer les injustices et mettre de l’avant des alternatives. Or, loin d’être une parenthèse ou une sorte de suspension du temps, la pandémie constitue entre autres un phénomène d’accélération politique durant lequel les rapports de classe déploient toute la violence dont ils sont capables. Les minorités racisées et les quartiers populaires sont ainsi particulièrement touchés par l’hécatombe, la violence conjugale augmente au sein des familles confinées, les forces policières profitent de l’état d’urgence pour harceler et violenter leurs cibles habituelles encore plus qu’à l’accoutumée, les personnes issues de l’immigration, notamment asiatique, sont encore plus stigmatisées que d’habitude, les États multiplient les décrets forçant d’importants segments de la population à travailler pour des salaires de misère dans des conditions qui ne sont pas sécuritaires au nom de la sacro-sainte économie, etc. La pandémie exacerbe ainsi les inégalités et l’oppression. Il est donc d’autant plus nécessaire de nous organiser et de nous mobiliser.

Mais commençons par voir ce que fait l’extrême droite en temps de pandémie, pour ensuite parler de ce que font les mouvements antifascistes et antiracistes.

 

L’extrême droite et les mille et un complots

Bien que plus discrète en raison du confinement, l’extrême droite s’en donne à cœur joie sur les médias sociaux en répandant des théories complotistes toutes plus délirantes les unes que les autres et en appelant parfois au soulèvement, voire à la guerre civile, au nom de la nation. Même confinée principalement à l’univers numérique, la peste brune reste toxique.

L’extrême droite est particulièrement réceptive aux théories complotistes et contribue activement à leur diffusion. Selon un sondage mené en France du 24 au 26 mars 2020, 26 % de la population française pense que le coronavirus a été fabriqué intentionnellement dans un laboratoire (pour un bon survol des origines du virus, cliquez ici). Cette proportion, déjà importante, grimpe à 38 % au sein de l’électorat du Rassemblement national (RN, anciennement le Front national), principal parti d’extrême droite français. Seulement 32 % de son électorat pense que le virus est apparu de manière naturelle.

De même, aux États-Unis, selon un sondage du Pew Research Center mené entre le 10 et le 16 mars 2020, 29 % de la population croit que le coronavirus a été fabriqué intentionnellement (23 %) ou accidentellement (6 %) dans un laboratoire chinois. Comme en France, les segments les plus jeunes et les moins éduqués de la population sont les plus susceptibles de cultiver de telles croyances. Et comme en France, la droite la plus conservatrice y est plus sensible : 21 % des démocrates croient que le virus a été fabriqué dans un laboratoire alors que la proportion est de 37 % parmi les républicains et de 39 % parmi les républicains les plus conservateurs.

La propension de l’extrême droite à adhérer aux théories complotistes est en partie le produit d’un discours anti-intellectuel et anti-scientifique qui part du principe que des élites mondialisées agissent dans l’ombre (bien que l’extrême gauche partage parfois une telle perspective, l’influence du marxisme et des théories matérialistes en son sein implique qu’elle a plutôt tendance à insister sur les dynamiques structurelles et les rapports de pouvoir). De plus, elle cultive des métaphores biologiques pour parler de la nation et présente souvent l’immigration comme un corps étranger et pathogène; bref, presque comme un virus. Il y a donc une affinité entre le discours xénophobe de l’extrême droite et sa façon de percevoir la pandémie. Cette dernière serait nécessairement une menace extérieure, animée par des forces malintentionnées, plutôt qu’un accident naturel.

Enfin, les théories complotistes se répandent en raison des contradictions et des incohérences des gouvernements ainsi que du manque de transparence auquel ils ont recours pour dissimuler leurs priorités et leurs erreurs dans la gestion de la pandémie. Toutes ces zones grises conduisent les divers acteurs politiques à projeter leurs préjugés et leurs suspicions et à établir des ponts avec d’autres théories complotistes, comme celles concernant les vaccins (les « anti-vaxxers ») ou la technologie de communication 5G.

Dans son délire, l’extrême droite alterne entre la paranoïa (le coronavirus aurait été fabriqué à des fins machiavéliques) et la désinvolture, prétendant que le coronavirus ne serait pas aussi grave que ce qu’affirment les gouvernements et une entité « mondialiste » comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il en découle que la pandémie serait un vaste canular ou une stratégie de diversion pour imposer un agenda caché : vacciner de force toute la population (objectif qui serait promu par Bill Gates), implanter des puces électroniques au moyen de faux vaccins, imposer le socialisme, ou réaliser un coup d’État pour instaurer une dictature « mondialiste ».

 

Instrumentaliser la pandémie

Quelle que soit leur interprétation, les forces d’extrême droite instrumentalisent la pandémie pour dénoncer de nouveau l’immigration (soi-disant responsable de la propagation du virus), réclamer la fermeture des frontières et faire l’apologie de la nation (cela dit, durant la pandémie, la plupart des forces politiques n’ont fait que réitérer ce qu’elles préconisaient déjà). C’est par exemple le cas de Marine Le Pen en France et de Matteo Salvini en Italie. Au Québec, comme nous le soulignions récemment dans un article, le groupe néo-fasciste Atalante a collé des bannières portant des slogans tels que « Le Mondialisme Tue » et « Le Vaccin Sera Nationaliste ». En phase avec leur posture habituelle, certains commentateurs populistes et réactionnaires, comme le chroniqueur du Journal de Montréal Éric Duhaime, ont suggéré que les ratés catastrophiques du gouvernement caquiste pour contenir l’épidémie sont en fait imputables aux réfugié-e-s. Duhaime a explicitement établi un lien entre la situation critique de Montréal et le point de passage irrégulier du chemin Roxham.

D’autres branches de l’extrême droite vont beaucoup plus loin. C’est notamment le cas de néonazis influencés par James Mason, l’Atomwaffen Division et d’autres protagonistes de la branche révolutionnaire dite « accélérationniste », qui voit le coronavirus comme un antidote au « Grand remplacement » et au « génocide blanc » et souhaite un effondrement de l’État afin de précipiter un processus de revitalisation ethnonationaliste. Le virus apparaît alors comme une arme biologique qui peut être utilisée contre les minorités ethniques et raciales.

Manifestation contre les mesures de confinement à l’Assemblée nationale, Québec, le 17 mai 2019.

Depuis la mi-avril 2020, l’instrumentalisation politique de la pandémie a pris une nouvelle forme avec l’irruption de manifestations anti-confinement. Bien que marginales d’un point de vue numérique, elles ont souvent réussi à s’attirer une importante couverture médiatique. À Montréal, elles ont été peu suivies et n’ont mobilisé qu’une poignée d’énergumènes. À Québec, elles ont eu davantage d’échos. Ainsi, le samedi 25 avril 2020, une centaine de personnes se sont rassemblées devant l’Assemblée nationale pour dénoncer le confinement, les vaccins et la 5G. Le 17 mai 2020, un convoi de 60 à 100 véhicules a fait le trajet de Montréal à Québec pour manifester contre les mesures de confinement. Depuis la mi-avril, il y a également eu des rassemblements dans plusieurs villes au Canada anglais. Bien que la plupart de ces rassemblements aient surtout attiré des personnes qui ne sont pas actives au sein de l’extrême droite, cette dernière prend parfois l’initiative (pour l’instant d’une manière non coordonnée). Ainsi, à Calgary et Hamilton, des personnes associées aux « Yellow Vests » ont continué à organiser des manifestations hebdomadaires en intégrant à leur discours des éléments anti-confinement et sceptiques vis-à-vis de la COVID-19, allant même dans certains cas jusqu’à filmer dans des hôpitaux pour « prouver » qu’il n’y a aucune crise sanitaire. En même temps, à Vancouver, des rassemblements anti-confinement ont attiré des néonazis qui invectivaient les passant-e-s, en appelants certain-e-s « chicoms » (une insulte anti-chinoise), traîtres et « libtards ».

Mais c’est aux États-Unis que ces manifestations ont eu le plus d’ampleur. Bénéficiant de l’appui explicite du président Trump — qui a appelé sur Twitter à « libérer » les États démocrates où des politiques de confinement strict étaient en vigueur –, des centaines, puis des milliers, de personnes se sont rassemblées et ont participé à des caravanes en voiture. Dans certains cas, elles ont manifesté devant le siège du gouvernement des États en question et ont poussé l’audace jusqu’à y entrer armées jusqu’aux dents, comme au Michigan le jeudi 30 avril 2020. Ces manifestations sont en continuité avec l’attentat raté du néonazi Timothy Wilson, qui a essayé le 24 mars 2020 de faire sauter un hôpital de Benton, au Missouri, pour dénoncer la politique de confinement du maire de la ville. Il a été abattu par le FBI avant d’y parvenir.

Ces manifestations anti-confinement, où l’on retrouve aussi bien des pancartes complotistes que des slogans anti-immigration, antisémites et anticommunistes ainsi que des drapeaux confédérés et nazis, constituent un espace de rencontre et de convergence entre la droite conservatrice et l’extrême droite. Loin d’être le produit spontané d’un ras-le-bol du confinement, elles sont financées par de riches familles et fondations républicaines, comme la famille Dorr et le Michigan Freedom Fund, proche de la ministre de l’Éducation Betsy DeVos, et appuyées activement par des organisations conservatrices comme FreedomWorks et Tea Party Patriots, qui font partie de la coalition « Save Our Country ».

L’une des organisations qui joue un rôle central dans la coordination de ces manifestations est American Revolution 2.0. Cette dernière est directement liée non seulement aux réseaux conservateurs mentionnés ci-dessus, mais aussi à des sites web d’extrême droite dont plusieurs sont explicitement racistes et font l’apologie de milices paramilitaires comme mymilitia.com.

La très grande majorité des personnes qui participent aux manifestations anti-confinement sont blanches. Ce n’est pas un hasard. En effet, le coronavirus touche tout particulièrement les minorités ethniques et raciales. Dans de nombreux États américains, les communautés afro-américaines  et latino sont fortement surreprésentées parmi les cas d’infection et de décès. Ces chiffres reflètent directement l’imbrication historique des inégalités sociales et raciales aux États-Unis. Les minorités Afro-Américaine et latino sont touchées non seulement par qu’elles sont statistiquement en moins bonne santé et moins couvertes par une assurance maladie que la population blanche, mais aussi parce qu’elles sont davantage employées dans des secteurs d’activité qui ne permettent pas de travailler de chez soi et au sein desquels on est plus susceptible d’être exposé au virus. Dans le même ordre d’idée, plusieurs siècles de politiques génocidaires ont rendu les populations autochtones particulièrement vulnérables à cette pandémie. Aux États-Unis comme au Canada, de nombreuses communautés autochtones ont un accès très limité à l’eau potable et souffrent de la surpopulation, autant de facteurs qui favorisent la propagation du virus. Ces facteurs systémiques expliquent sans doute aussi pourquoi la nation Navajo compte actuellement le plus grand nombre de cas de COVID per capita aux É.-U.

On peut alors faire l’hypothèse que les personnes blanches qui participent aux manifestations anti-confinement le font en partie parce qu’elles ne se sentent pas concernées par l’hécatombe qui frappe les minorités et refusent d’assumer le coût de la protection de ces dernières. Selon cette logique sacrificielle, la vie des minorités est superflue. Aux États-Unis, manifester contre le confinement serait-il un privilège blanc? En tout cas, ces mêmes manifestations risquent de contribuer à la propagation du virus et, ainsi, de rendre le confinement d’autant plus nécessaire.

Bien qu’elles n’en soient pas nécessairement à l’origine, les organisations d’extrême droite voient dans ces manifestations un terrain fertile d’expansion et d’influence. Elles y voient l’occasion de se refaire une vertu, de redorer leur image, de recruter de nouveaux membres et de peser sur l’après-pandémie. S’appuyant sur l’application Telegram et sur Facebook, le groupe d’extrême droite Proud Boys a ainsi commencé à recadrer les manifestations anti-confinement à partir de son opposition viscérale aux antifascistes.

Par exemple, la perturbation des caravanes anti-confinement par du personnel infirmier, à Denver, au Colorado, dont les photos ont beaucoup circulé, sont décrites comme des actions antifascistes, c’est-à-dire, du point de vue des Proud Boys, comme des actions antiaméricaines. Un article publié sur le site web des Proud Boys de Floride portait d’ailleurs le titre suivant : « Antifa Healthcare Workers Clash with Anti-Lockdown Protesters in Colorado ». Les Prouds Boys n’ont évidemment aucune information sur l’orientation politique précise de ces membres du personnel infirmier. Mais la réalité et la complexité des conflits sociopolitiques leur importent peu. Il s’agit à la fois de délégitimer leurs adversaires et de contribuer à normaliser les catégories dichotomiques du discours de l’extrême droite.

Les Proud Boys sont également proches des réseaux « accélérationnistes » qui ont développé le discours sur une seconde guerre civile à venir aux États-Unis, événement qu’ils nomment le « boogaloo », en référence au film « Breakin’ 2: Electric Boogaloo » de 1984, et qu’ils associent au port de chemises hawaïennes… Il est évidemment tentant de tourner tout ça au ridicule. Disons qu’il y a là matière à beaucoup de memes! Mais il n’empêche que le Tech Transparency Project, une organisation sans but lucratif de surveillance des entreprises technologiques, a recensé 125 groupes Facebook dédiés au « boogaloo ». Plus de 60 % de ces groupes ont été créés dans les trois derniers mois, soit au début des polémiques sur la pandémie et le confinement, et comptent des dizaines de milliers de membres qui discutent allègrement d’armement, d’explosifs, de tactiques militaires et de guerre civile.

Pour l’instant, la stratégie de l’extrême droite ne semble pas porter fruit. La grande majorité des partis d’extrême droite européens stagne, voire décline, dans les sondages, tandis que les divers groupuscules plus radicaux restent marginaux. Au début mai, la grande majorité des opinions publiques demeurait favorable au confinement et continuait à donner priorité à la santé publique plutôt qu’à l’économie. Cependant, il ne faut pas sous-estimer la capacité de l’extrême droite à rebondir rapidement une fois que la pandémie sera contrôlée et que le débat public se concentrera sur le coût de sa gestion. L’augmentation massive du chômage et les années d’austérité constitueront à cet égard un terrain fertile. De plus, la forte croissance des groupes Facebook et Telegram associés à l’extrême droite témoigne de la force d’attraction de son discours. Celle-ci ne va pas disparaître avec la pandémie. On pourrait même envisager qu’une pandémie en annonce une autre, nationaliste et autoritaire. Ce n’est pas pour rien qu’on parle souvent de « peste brune » pour caractériser la montée du fascisme dans les années 1930…

Il importe de souligner que si les manifestations anti-confinement dénotent un racisme latent, l’indifférence à l’égard des groupes sociaux marginalisés s’est aussi cristallisée dans les taux de décès effarants, largement évitables, dans les établissements de soins de longue durée. Ces décès font par ailleurs échos aux discussions soutenues dans certains cercles sur le refus de fournir des ventilateurs aux personnes handicapées en cas de pénurie. On pouvait par exemple lire dans un reportage de la CBC du 19 avril :

« Les lignes directrices de l’Ontario recommandent également le retrait du soutien des ventilateurs aux personnes présentant un risque de mortalité plus élevé, afin de donner la priorité aux personnes présentant un risque plus faible, en fonction du niveau de pénurie. Par exemple, dans le cas du scénario de pénurie le plus grave, un patient de 60 ans atteint d’une maladie de Parkinson modérée se verrait refuser l’accès à un respirateur ou se le verrait retiré à la faveur d’un patient n’ayant pas cette condition. »

Il n’est pas surprenant, au vu de cet argument utilitariste à la limite de l’eugénisme, que les personnes handicapées craignent qu’on leur refuse des mesures vitales si les soins qu’elles reçoivent menaçaient le rétablissement d’une personne non handicapée. On pourrait en dire long sur ce que cela signifie pour une société qui se montre prête à sacrifier ses aîné-e-s et ses membres les plus vulnérables au premier signe de crise. On pourrait par exemple en conclure qu’au fur et à mesure que le néolibéralisme a modifié non seulement nos systèmes économiques et sociaux, mais aussi notre façon même de comprendre la valeur de la vie, une estimation de la vie humaine fondée sur la capacité de production s’est graduellement emparée du « sens commun »…

 

Pour un antiracisme et un antifascisme sanitaires

Les développements présentés ci-dessus indiquent l’importance de continuer à surveiller l’extrême droite. Cela requiert d’identifier les acteurs impliqués, retracer les liens existants entre eux et documenter leurs activités, pour éventuellement pouvoir agir quand la situation l’exige. Cela dit, l’urgence du contexte de pandémie amène le mouvement antifasciste et antiraciste à faire preuve de solidarité et à soutenir et contribuer à divers projets d’entraide. Alors que les réseaux et groupes d’extrême droite envisagent d’utiliser le virus pour nuire aux minorités ou accumulent des stocks d’aliments et de premiers soins dans une logique survivaliste, les réseaux et collectifs d’extrême gauche et antifascistes mettent sur pied des systèmes de production et de distribution de masques et de gel hydroalcoolique tout en participant à des services de banque alimentaire. Une telle divergence de priorités et de pratiques est un rappel supplémentaire pour les personnes atteintes de cécité aiguë qui répètent à longueur d’année que les extrêmes se rejoignent, que l’extrême droite et l’extrême gauche sont les deux faces d’une même médaille, et autres absurdités du genre.

L’entraide a une longue histoire, aussi vieille que celle de la « sélection naturelle » racontée par Charles Darwin. Dans son ouvrage classique L’entraide : un facteur de l’évolution, d’abord publié sous forme d’articles à la fin du 19e siècle, l’anarchiste russe Pierre Kropotkine s’est employé à démontrer l’importance centrale de l’entraide et du mutualisme pour la survie et la prospérité, non seulement de l’espèce humaine, mais d’un nombre important d’espèces animales. Il écrit :

« La tendance à l’entraide chez l’homme a une origine si lointaine et elle est si profondément mêlée à toute l’évolution de la race humaine qu’elle a été conservée par l’humanité jusqu’à l’époque actuelle, à travers toutes les vicissitudes de l’histoire. Elle se développa surtout durant les périodes de paix et de prospérité : mais, même lorsque les plus grandes calamités accablèrent les hommes — lorsque des régions entières furent dévastées par des guerres, et que des populations nombreuses furent décimées par la misère, ou gémirent sous le joug de la tyrannie — la même tendance continua d’exister dans les villages et parmi les classes les plus pauvres des villes; elle continua à unir les hommes entre eux et, à la longue, elle réagit même sur les minorités dominatrices, combatives et dévastatrices, qui l’avaient rejetée comme une sottise sentimentale. »

L’époque actuelle ne fait pas exception à cette règle, et autant cette nouvelle calamité nous confronte de nouveau à des épreuves que l’espèce humaine a déjà dû maintes fois traverser au cours de son histoire, autant elle nous ramène aux principes qui ont de tout temps animé les solutions apportées à ces défis récurrents : la solidarité, la coopération et l’entraide. Devant l’incompétence ou l’inaptitude des États, et contre la cruauté des solutions proposées par les dominants, c’est plus souvent qu’autrement à l’échelle des communautés, des voisinages et des réseaux autonomes d’entraide que s’articulent les remèdes les plus appropriés aux maux qui affligent les plus vulnérables d’entre nous en temps de crise. Comme le résume le titre d’un livre de la féministe Rebecca Solnit, qui s’inspire de Kropotkine, dans l’enfer des catastrophes et des tragédies sociales émergent des communautés extraordinaires (A Paradise Built in Hell: The Extraordinary Communities that Arise in Disaster, Penguin, 2009; voir aussi l’article qu’elle a publié dans The Guardian à ce sujet).

Des membres du collectif antifasciste PopMob de Portland fabriquent du gel hydroalcoolique à distribuer dans la collectivité.

Concrètement, parmi les nombreuses initiatives, soulignons le travail du collectif antifasciste PopMob, à Portland, en Oregon, qui s’est associé au Rosehip Medic Collective pour produire du gel hydroalcoolique qu’il distribue aux personnes qui travaillent en première ligne, à toute une série de groupes communautaires et dans les quartiers populaires. Leur ligne de production, constituée d’une équipe d’une dizaine de personnes qui travaillent 4 à 6 heures par jour, est installée dans le Q Space, un espace de la communauté LGBTQ2SIA+, et fonctionne 6 jours par semaine. Toute la production est financée par des dons versés au Rosehip Medic Collective et à travers GoFundMe. Comme l’explique Effie Baum, une porte-parole de PopMob :

« Une part importante de l’antifascisme consiste à défendre et soutenir sa communauté. Notre travail est une façon de fournir de l’équipement à des communautés qui n’y ont pas accès. (…) Il y a beaucoup de pouvoir dans le pouvoir populaire, dans le renforcement communautaire [community building] ».

Cette logique suppose de redéfinir ce qu’on entend par militantisme antifasciste et d’aller au-delà des clichés virilistes qui insistent sur les affrontements physiques avec les militants d’extrême droite. Cela suppose d’élargir notre perspective pour inclure réellement le fait de prendre soin d’autrui, le travail de « care », dans la démarche antifasciste. L’antifascisme radical en est un de combat, mais aussi de care et de solidarité.

Suivant cette même logique d’extension du domaine de la lutte, un autre exemple intéressant en Europe est celui des Brigades de Solidarité Populaire, qui dénoncent autant le néo-libéralisme que les gouvernements et distribuent des masques, du gel hydroalcoolique et des repas aux précaires et aux personnes en première ligne. De la même façon que le mouvement antifasciste parle d’autodéfense populaire pour contrer l’extrême droite, ces brigades inscrivent leur démarche dans la continuité des luttes précédentes et parlent d’autodéfense sanitaire pour contrer la pandémie. D’abord formées à Milan, en Italie, elles ont rapidement essaimé dans de nombreuses villes d’Europe. En France, elles ont été créées par des militantes et militants de l’Action antifasciste Paris-banlieue et de collectifs de sans-papiers comme les Gilets Noirs et compteraient au début mai 2020 environ 750 membres en Île-de-France, où elles sont organisées par quartier. Comme l’explique un des appels invitant à en créer en France :

« Nous ne pouvons nous contenter d’attendre passivement ni le jour d’après, ni de nouvelles interventions institutionnelles, nous ne pouvons nous en remettre à ceux qui sont les premiers responsables de la situation dramatique que nous avons devant les yeux, nous ne pouvons faire confiance à ceux qui, depuis de trop nombreuses années, ont géré les hôpitaux comme des entreprises qu’il s’agit de rentabiliser afin de maximiser les profits. Non, ce dont l’État est capable, c’est tout au plus de gérer le désastre. Il nous faut, dans cette situation comme dans d’autres, apprendre à compter sur nos propres forces.

(…) en tant que militants révolutionnaires issus du cycle de mouvements des dernières années – du printemps de lutte contre la Loi Travail à l’insurrection des Gilets Jaunes – nous savions que ce désastre était prévisible. Des soignants se mobilisent depuis de longs mois pour dénoncer le manque de lits et de moyens. Des ouvriers décèdent chaque année au travail par manque de protections. Des personnes âgées meurent dans des conditions d’isolement et d’indignité absolue. Tout ce qui apparaît aujourd’hui dans une lumière aveuglante existait déjà, hier, dans l’obscurité médiatique : c’est la vie de celles et ceux que la bourgeoisie et les médias dominants maintiennent dans l’inexistence. L’inexistence d’une organisation sociale définie par l’intérêt privé, le profit et la concurrence, et au sein de laquelle une partie de plus en plus grande de la population, celle sans qui la vie elle-même ne peut être maintenue, compte pour rien. (…)

Si des mesures de grande échelle sont à n’en pas douter nécessaires, et même vitales, il nous faut de toute urgence approfondir un niveau d’organisation populaire autonome en capacité de donner corps au mot d’ordre d’autodéfense sanitaire. C’est-à-dire : entamer un travail de solidarité immédiate, pour et avec les populations les plus touchées par la crise, qui sont aussi celles dont l’État se désintéresse structurellement. Ce faisant, il s’agit aussi de sortir la question du soin de l’espace privé au sein duquel elle est confinée depuis des siècles et déterminée par une hiérarchie genrée et racialisée, pour en faire le prisme central à travers lequel repenser notre organisation collective, notre reproduction sociale.

Notre tâche dans cette séquence n’est pas de remplacer les associations humanitaires, mais d’orienter dans un même sens des pratiques dispersées, déjà existantes et qui se démultiplient depuis l’annonce du confinement. Bref de leur donner une trajectoire politique et antagonique. Une trajectoire qui assume la rupture avec l’ordre capitaliste existant comme perspective stratégique et l’auto-organisation populaire sur une base territoriale comme élément de genèse d’un contre-pouvoir effectif. (…) La solidarité dont nous parlons n’est pas un vain principe supposé transcender les antagonismes, mais ce qui doit au contraire nous permettre de renforcer notre capacité offensive. (…)

L’autodéfense sanitaire est un moyen de reconsidérer que la défense de nos communautés ne peut s’assurer que par la mise en place, par le bas, de dispositifs d’entraide, d’une attention particulière aux personnes en situation de grande précarité, à celles et ceux qui subissent l’isolement et la répression.

Cette autodéfense sanitaire ne doit donc pas constituer une perspective de lutte réduite au seul temps de l’urgence épidémique, et doit encore moins se penser comme une lutte sectorielle. (…) Notre autodéfense “sanitaire” est donc bien une autodéfense populaire, en ce qu’elle constitue l’opportunité de repenser notre rapport aux modalités de reproduction sociale dans leur ensemble, soit à l’organisation qui nous permet, jour après jour, de produire et reproduire nos vies, et de nous interroger sur les formes de vies que nous voulons produire ensemble.

Nos résistances sont vitales! »

Dans de nombreuses villes, les antifascistes ont été au cœur de beaucoup de ces projets, aidant à construire des alliances avec d’autres groupes autonomes ou issus de l’extrême gauche. Par exemple, à Lyon, le Groupe antifasciste Lyon et environ (GALE) s’est allié à des collectifs anti-gentrification comme « La Guillotière n’est pas à vendre » et « l’Espace communal de la Guillotière ». Des fils Telegram ont été rapidement mis sur pied, puis un numéro d’appel ainsi qu’une conversation Discord pour coordonner la récupération et la distribution alimentaire. Ou encore, en Suisse, l’Action Antifasciste Genève et les Jeunes Révolutionnaires Genève ont créé la Brigade de Solidarité Populaire genevoise « Yvan Leyvraz » en mémoire du brigadiste internationaliste suisse assassiné au Nicaragua en 1986.

Des membres du réseau Cooperation Jackson, au Mississippi, fabriquent des masques à distribuer dans la communauté.

Au-delà des groupes antifascistes, les forces de gauche actives dans les communautés racisées ont pris l’initiative de combler le vide créé par l’ineptie et la négligence caractéristiques des politiques fédérales sous le régime Trump. Au Mississippi, Cooperation Jackson, un réseau coopératif de groupes implantés dans la capitale de l’État et ancrés dans le mouvement New Afrikan, travaille depuis plusieurs années à la mise en place d’une base économique autonome pour s’affranchir des gouvernements racistes de l’État et du fédéral. Dès le mois d’avril 2020, Cooperation Jackson produisait des masques cousus à la main et de l’équipement de protection personnel imprimé en 3D pour une distribution à l’échelle des communautés. D’autres organisations communistes et nationalistes au sein des communautés noires et latinos aux États-Unis ont aussi fourni de l’équipement de protection personnel gratuit et organisé des distributions alimentaires à l’intention des membres les plus vulnérables de ces communautés.

Des membres du collectif Hoodstock de Montréal-Nord, assemblent des kits sanitaires à distribuer dans le quartier.

À Montréal, bien que plusieurs militantes et militants antifascistes soient directement investi.e.s dans divers réseaux d’entraide à titre individuel, l’une des principales initiatives autonomes a été développée par Hoodstock, un collectif antiraciste du quartier populaire de Montréal-Nord, particulièrement touché par la pandémie. Visant principalement la distribution de matériel sanitaire et de produits alimentaires pour la population défavorisée de Montréal-Nord, la campagne de Hoodstock s’inscrit explicitement dans les luttes plus larges pour l’égalité et la justice sociale. Comme l’explique l’appel à dons de la campagne :

« Une crise sanitaire comme celle que nous connaissons jette un éclairage plus saisissant sur les inégalités systémiques vécues par la population nord-montréalaise. Notre arrondissement se caractérise par des problèmes sociaux qui auraient dû alerter les autorités bien plus tôt : ressources insuffisantes en santé et services sociaux, déserts alimentaires, organismes communautaires sous-financés, absence d’alternatives aux transports en commun, manque d’accès à internet, insalubrité des logements, etc. En outre, Montréal-Nord est marqué par une densité de population exceptionnellement forte qui favorise la circulation du virus. C’est pourquoi Hoodstock passe à l’action. »

Photo de Solidarité sans frontière/Solidarity across border/Solidaridad sin frontera.Toujours à Montréal, nos camarades de Solidarité sans frontières, qui ne cessent de dénoncer les centres de détention des migrant.e.s, ont organisé une caravane le 19 avril 2020 pour demander la libération immédiate de tous et toutes les détenu.e.s et un statut pour tous et toutes les migrant.e.s. L’emprisonnement des migrant.e.s est toujours inacceptable, mais il l’est d’autant plus dans le contexte de pandémie de la COVID-19. Dans la même veine, Solidarité sans frontières a lancé une campagne de financement pour soutenir les sans-papiers durant la pandémie et les aider à pouvoir effectivement respecter le confinement :

« Notre système discrimine les migrant-e-s sur la base de leur statut d’immigration, mais le virus ne discrimine pas. Si l’on veut que les mesures de distanciation physique et d’isolement volontaire soient efficaces, elles doivent être accessibles à tout le monde. Cette discrimination est indéfendable et cruelle, puisqu’elle fait porter un fardeau indu aux membres les plus vulnérables de notre communauté, pour le bénéfice de la santé et au bien-être de nous tout-te-s. Demander à une personne sans statut de choisir entre ne plus pouvoir subvenir à ses besoins de base et continuer à travailler est injuste, inadmissible. Et ultimement, ce système met tout le monde à risque. La santé des travailleur-euse-s précaires et sans papiers, c’est la santé de tout le monde — nos vies sont interconnectées. »

Une telle campagne nous rappelle que le respect du confinement et la prévention de la pandémie requièrent des conditions sociales particulières. En d’autres termes, elle nous rappelle que la question sanitaire est indissociable de la question sociale.

Au-delà des particularités locales, les priorités sont partout plus ou moins les mêmes : récupérer et distribuer des produits d’hygiène et de soin, des masques et des gants, des denrées alimentaires non périssables, des livres et des jouets, des ordinateurs, etc. Il s’agit non seulement de riposter à la pandémie par l’auto-organisation et l’entraide, mais aussi de politiser cette riposte pour éviter qu’elle soit instrumentalisée par les gouvernements et pour qu’elle puisse servir de base aux luttes qui suivront lorsque le confinement prendra fin et que la pandémie s’atténuera. Il s’agit également d’occuper le terrain et d’isoler les forces d’extrême droite pour rendre plus difficile toute tentative de remobilisation de leur part après le confinement.

Cette dimension politique peut parfois impliquer que certaines initiatives d’entraide soient confrontées à la répression policière. Ainsi, le 1er mai 2020, des membres de la Brigade de Solidarité Populaire de Montreuil, à l’est de Paris, ont été encerclés et nassés par la police durant une distribution de paniers alimentaires; la presque totalité des personnes présentes a été verbalisée sous prétexte de « manifestation revendicative ». Notons d’ailleurs qu’Amnesty International a dénoncé les pratiques illégales de la police française durant le confinement, en particulier un recours illégal à la force, un usage de techniques d’intervention dangereuses, des propos racistes et une surreprésentation des contrôles selon les quartiers (les quartiers populaires étant évidemment davantage contrôlés que les quartiers bourgeois).

 

Quelques pistes pour l’après-pandémie

Étant donné l’incertitude qui caractérise la pandémie, il est impossible d’anticiper clairement ce qui adviendra par la suite. Mais nous pouvons néanmoins proposer quelques pistes. Tout d’abord, les montants stratosphériques qui ont été dépensés pour sauver les grandes entreprises et, dans une moindre mesure, soutenir les populations ayant perdu leur emploi dans le contexte de confinement généralisé ainsi que la profonde crise économique qui commence permettent d’anticiper un violent retour de bâton dans les mois et années à venir. Tous les arcs-en-ciel du monde ne suffiront pas à protéger les populations déjà vulnérables et précarisées de la violence des politiques d’austérité. C’est pourquoi les initiatives et réseaux d’entraide qui sont apparus dans les dernières semaines sont essentiels et seront appelés à jouer un rôle central dans l’après-pandémie. Comme l’évoque l’appel des Brigades de Solidarité Populaire cité plus haut, l’autodéfense sanitaire doit aller au-delà de l’urgence épidémique et des enjeux sectoriels pour remettre en question la reproduction sociale et le capitalisme. Demain plus que jamais, notre antifascisme se devra d’être anticapitaliste!

La pandémie a également démontré on ne peut plus clairement à quel point nos sociétés dépendent du travail féminin, racisé et migrant pour subsister. Alors que l’extrême droite se gargarise de fantasmes virilistes et conçoit les femmes comme des êtres faibles qui ne sauraient exister sans un homme pour les protéger, ce sont précisément ces femmes qui sont dans les tranchées de la pandémie, qui portent à bout de bras notre système de santé et qui en assument le coût. De plus, contrairement à ce qu’on observe dans la plupart des pays du monde, au Québec la COVID-19 frappe plus les femmes que les hommes : selon l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), début mai 2020 elles représentaient 60 % des infections et 54 % des décès. Il ne faut surtout pas que l’après-pandémie se traduise par une nouvelle invisibilisation de leur apport et une dévalorisation de leur travail. Lutter pour cette reconnaissance est non seulement indispensable et juste, mais aussi nécessaire si nous prétendons éviter que la droite conservatrice et l’extrême droite ne réduisent l’émancipation des femmes à la laïcité en faisant fi des conditions sociales et matérielles de l’égalité et des droits.

De même, alors que les nationalistes de tout poil ne cessent de parler de fermeture des frontières, les personnes issues de l’immigration sont en première ligne, dans les hôpitaux, les centres pour personnes âgées, les supermarchés, pour que d’autres puissent respecter le confinement. Pourtant, nous n’avons pas entendu les gouvernants souligner les bienfaits de l’immigration et des sans-papiers dans leurs points de presse quotidiens et, jusqu’à preuve du contraire, rien n’empêche que ces « anges gardiens » sans statut soient déporté-e-s une fois la pandémie contrôlée. À ce chapitre d’ailleurs, une motion déposée en chambre par la députée indépendante Catherine Fournier invitant l’Assemblée nationale à reconnaître « la contribution des centaines de demandeurs d’asile, majoritairement d’origine haïtienne, œuvrant présentement comme préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD du Québec » et à demander au gouvernement canadien de « régulariser rapidement leur statut d’immigration » a été soutenue par tous les partis sauf la CAQ, majoritaire. Questionné plus tard à ce sujet en conférence de presse, François Legault a grossièrement esquivé l’enjeu en invitant les journalistes et la population à ne pas « mélanger les dossiers des réfugiés, des gens qui passent par Roxham et le dossier de la communauté haïtienne ». Ces questions sont pourtant intimement liées. [Mis à jour : Suite à un tollé important, le 25 mai, Legault a annoncé que son gouvernement sera prêt à « analyser » les dossiers pour éventuellement les recevoir « non pas comme réfugiés, mais comme immigrants ».]

Il nous incombe, dès maintenant, mais aussi et surtout après la pandémie, de constamment souligner l’apport et la nécessité de l’immigration. Face aux gouvernements et aux forces nationalistes qui instrumentalisent l’immigration à des fins économiques et électorales, nous devons au contraire œuvrer à l’élargissement d’un front antiraciste et antifasciste large pour revendiquer la liberté de circulation des personnes indépendamment des besoins du marché et une régularisation massive des personnes en situation irrégulière ou sans statut.

Il faut aussi envisager que les États continuent à concentrer les pouvoirs au-delà des mesures d’exception et à mettre en place divers mécanismes de surveillance des populations au nom du contrôle de la pandémie. Bien que l’identification et le traçage des personnes infectées puissent jouer un rôle important dans la prévention des épidémies, il n’en demeure pas moins que nous doutons fortement de la propension des États et des multinationales à utiliser ces données et informations avec sagesse ou de façon désintéressée et anticipons qu’elles seront utilisées à des fins de contrôle des populations au-delà des enjeux sanitaires. C’est pourquoi la lutte pour la préservation d’espaces non surveillés et autonomes sera vitale.

Enfin, comme il est probable que le spectre du coronavirus revienne régulièrement nous hanter et que certaines mesures de distanciation physique restent en place plusieurs mois, voire plusieurs années, nous devrons inventer de nouvelles façons de nous organiser, d’agir collectivement, et de perturber les routines et l’ordre social des dominants.