Le jour où nous avons découvert que nous avions été désignés comme une organisation terroriste mondiale, nous nous étions promis que nous tenterions de résister aussi longtemps que possible, que nous ne céderions pas tant que nous aurions des possibilités de tenir bon. Nous avons fièrement maintenu et défendu une infrastructure libre, sécurisée, autonome et politiquement engagée pendant des années.
Pour nous, « Restez humain », ce n’est pas une phrase vide de sens.
Cela veut dire que, par dessus tout, nous avons la responsabilité de protéger nos utilisateur-ices, celles et ceux qui construisent le réseau humain qui nous relie, ainsi que les communautés qui nous inondent de messages de soutien et de solidarité.
Nous ne pouvons nous engager dans un combat ou nous exposer à des manipulations qui menaceraient la vie de ces personnes et des personnes qui leurs sont chères, les laissant à la merci d’autocrates, de fascistes et d’agences gouvernementales capables de manoeuvres extra-légales. La possibilité que notre travaille puisse provoquer des conséquences légales et financières à celles et ceux qui nous sont proches – ou qui ont seulement quelque chose à vois avec nous – ne nous laisse pas le choix.
A/I met fin à ses activités.
Le collectif Autistici/Inventati met fin à ses activités et cessera prochainement de fournir l’ensemble des services qu’il propose.
Il n’y a pas de manière facile d’annoncer ou d’expliquer cela.
Chaque jour où nous avons pu rester en ligne après le 26 août 2026 a été une victoire, mais nous sommes obligés de nous arrêter.
Aucun d’entre nous n’a une haute estime des gestes héroïques et des martyrs, nous ne demanderons ainsi aucun sacrifice. Pas de nous ni ne quiconque. Il s’agit d’un climat politique, Dans le contexte politique actuel, le fait de continuer à proposer nos services met en danger nos utilisateur-ices et toutes les personnes qui font partie de nos communautés. Dans un monde où les accusations sont à ce point déconnectées de la réalités, on ne peut s’attendre qu’à ce que la répression devienne de plus en plus disproportionnée. Dans ces circonstances, nous ne sommes plus en mesure de maintenir notre objectif initial – offrir des outils sécurisés et non-commerciaux.
Ces 25 années ont été extraordinaires. Ça a été une « sacrée aventure ».
Maintenant, éteignez vos ordinateurs, sortez de chez vous, luttez, embrassez-vous et continuez à sourire. Nous nous arrêtons, mais la Résistance et ses idées, elles, ne s’arrêtent pas. Restez humains.
Nous enverrons prochainement des indications sur les manières de sauvergarder les contenus de vos blogs, de vos boîtes mails et de vos sites internet, avec des recommandations d’ordres plus techniques. Mais gardez à l’esprit que de la même manière que le domaine autistici.org était rendu inaccessible sans pré-avis, nous risquons de souffirr des mêmes problèmes dans les prochains jours sans être à même de les prévenir.
Au cours des 25 dernières années, Autistici/Inventati, un collectif de hackeur·euses italien a mis sur pied des infrastructures de communication conçues pour survivre à la censure, à la surveillance et aux descentes de police. Le 26 août, les États-Unis ont désigné ce collectif comme une organisation terroriste. Les mesures d’embargo économique prendront leur pleine mesure le 25 septembre 2026.
Ça aurait du être une nuit sombre et orageuse dans un hacklab italien.
Mais la scène se déroule un beau dimanche ensoleillé.
Le 3 mars 2001, une dizaine de personnes se retrouve au hacklab LOA à Milan autour d’un ordinateur assemblé avec des bouts de machines sorties du rebut. Peu avant, une banque leur a vendu un vieux serveur pour la somme symbolique de 15.000 lires, soit à peu près 8 euros. Iels l’ont amélioré avec des composants de récup’, dont un disque dur extrait de l’ordi du salon d’une personne. Personne n’a de plan formel. Les logiciels sont choisis l’un après l’autre. Toutes les décisions sont discutées jusqu’à ce que tout le monde soit d’accord. Intentionnellement, la personne avec le moins d’expérience technique est mise derrière le clavier. Le processus prend bien plus de temps que necessaire parce que l’efficacité n’est pas le seul objectif. Tout le monde doit comprendre ce qu’iels sont en train de construire. Ce jour là, l’un·e des participant·e s’en souvient, iels déclarent : « A/I existe désormais. »
Iels baptisent la machine Paranoia. Le mois suivant elle est en ligne et supporte deux noms de domaines et deux histoires entremelées : Autistici.org et Inventati.org. Vingt-cinq ans plus tard, le 26 août 2026, les États-Unis désignent Autistici/Inventati comme organisation terroriste (Specially Designated Global Terrorist) et l’inscrit sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Bloquées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list).
La distance entre ces deux événements (d’une machine recyclée dans un hacklab à Milan, à la machinerie de l’état techno-sécuritaire états-unien), c’est l’histoire d’un collectif qui ne démord pas, depuis un quart de siècle, d’une proposition dangereuse : on devrait pouvoir communiquer sans d’abord devoir se livrer à de grandes entreprises ou à des gouvernements.
Le 25 septembre, le délai accordé aux institutions pour couper leurs relations avec A/I prendra fin. Les banques, les entreprises de la tech, les hébergeurs et autres institutions sont sommées de couper tous liens qui resteraient après cette date. A/I a construit son infrastructure pour survivre à la disparition de serveurs. Les États-Unis tentent maintenant de rendre le collectif économiquement et technologiquement infréquentable. Mais découvrons ensemble ce qu’est A/I, son histoire, et ce que cette nouvelle attaque pourrait signifier pour les collectifs techniques autonomes et le milieu militant radical en général.
Avant A/I : La contre-culture internet italienne
Autistici/Inventati n’est pas sorti du néant. Ses racines plongent dans plus d’une décennie d’organisation de l’autonomie italienne, de radios pirates, de « bulletin-board systems » [NDLT: premières agoras numériques du jeune internet], de centres sociaux autogérés dans des squats, de mouvements anti-capitalistes et d’expérimentations autour des ordinateurs comme outils politiques. Au cours des années 1990, des réseaux comme le European Counter Network et Isole nella Rete ont fourni un espace en ligne pour les mouvements sociaux alors même qu’internet était peu connu du grand public. Les hackmeetings italiens réunissaient développeur·euses, activistes, artistes, et autres curieux·euses de technologie dans des espaces autogérés.Dans les centres sociaux apparurent des Hacklabs, où les gens pouvaient apprendre Linux, monter des réseaux et aborder les connaissances techniques comme quelque chose à partager plutôt qu’à vendre. Les futur·es membres de A/I venaient de plusieurs endroits de ce monde. À Milan, les personnes affiliées au LOA Hacklab utilisèrent le nom Autistici pour décrire leur intense fascination pour la technologie et leur désir de mettre en lumière la politique cachée en son sein. À Florence, le projet Inventati était plus orienté vers la communication, la publication, et l’organisation du mouvement social. Ses projets comprenaient Stampa Clandestina, un journal conçu pour être imprimé et collé directement sur les murs de la ville, et Spia la Spia, une tentative de cartographier les caméras de surveillance dans l’espace public.
Des personnes de Bologne et d’ailleurs étaient aussi impliquées. Beaucoup participèrent au développement d’Indymedia Italy, mouture locale d’un réseau mondial de publication libre sur internet qui permettait aux manifestant·e·s de rapporter les évènements sans attendre que les journalistes professionnel·le·s les médiatisent. Les différents groupes partageaient le même problème : le mouvement nécessitait un nombre croissant de sites web, de listes mail et de mails privés, mais les infrastructures indépendantes demeuraient rares. Le European Counter Network portait plus que sa part du fardeau. Les fournisseurs commerciaux offraient de plus grandes capacités mais contre un prix élevé, une dépendance structurelle, de la surveillance et un pouvoir de censure. En novembre 2000, Inventati envoya aux hackers milanais un mail chiffré leur proposant une rencontre. Le message fût traité comme dans un film d’espionnage : clés PGP, signes de reconnaissances savament arrangés, un endroit et une heure secrète. Puis les florentins arrivèrent dans une bagnole rouillée légendaire appelée le General Lee, klaxonnant devant le squat pendant que la police surveillait le bâtiment avec stupéfaction.
Le point historique qui fait consensus dans cette histoire est que tout ce petit monde alla ensuite manger dans une pizzeria appelée La Balena. Après le dîner, les florentins dévoilèrent leur plan séditieux : monter un autre serveur autonome.
L’intention n’était pas de remplacer l’infrastructure du mouvement avec un nouveau fournisseur de service central. L’intention était de multiplier l’infrastructure. Si un millier de serveurs autonomes voyait le jour, une simple perquisition ne suffirait pas à couper les communications de toutes les communautés en lutte. Ensemble, iels devinrent Autistici/Inventati, plus courrament abrégé A/I. L’association des collectifs prit légalement le nom d’Investici, mais A/I ne devint jamais pour autant une organisation ordinaire : elle n’avait pas de coordinateur·ice, pas de dirigeant·e officiel·le, pas de porte-parole permanent·e. Les décisions étaient prises en cherchant des consensus plutôt que par votes. Personne n’était payé. Ses ressources venaient de dons, d’évènements de soutien et du travail des gens qui la maintenait. Le double-nom était un choix. Tel Janus, A/I était une créature à deux visages: l’une technique, l’autre communicante ; l’une tournée vers la machine, l’autre vers le mouvement qui en avait besoin.
Le serveur qui ferma la porte en laissant les clés à l’intérieur
La naissance n’a pas été uniquement glorieuse. Le second jour de l’existence de Paranoia, une personne entra une commande de pare-feu inversée, ordonnant par accident à la machine de bloquer toutes les connections qui ne proviendraient pas d’elle-même.
Le serveur ne pouvait donc plus communiquer qu’avec lui-même.
Le collectif a trouvé ça si représentatif de son image qu’il fut décidé d’imprimer l’erreur sur des T-shirts. Ce mélange de rigeur technique et de refus de se prendre au sérieux devint une caractéristique d’A/I. Les serveurs suivants furent nommés, entre autres : Tchernobyl, Rancune, Révolte, Désobéissance et Cavale (Chernobyl, Astio, Rivolta, Contumacia et Latitanza). Derrière les blagues, c’est une position politique qui se développait. La communication devrait être gratuite et accessible. La connaissance grandit en étant partagée. Un logiciel n’est pas neutre simplement parce qu’il existe dans un monde supposé virtuel. Les systèmes grâce auxquels on parle déterminent qui peut parler, qui peut écouter, qui détient les échanges et qui peut être réduit au silence. A/I a commencé à fournir des sites webs, des emails privés et des listes mails, des newsletter et des tchats. Ses services se sont progressivement étendus avec Noblogs, des outils de partage de fichiers, de visio-conférence, de streaming, de proxy mail anonymes et d’autres outils de communication encore. Le tout sans publicité ou exploitation de données à des fins commerciales.
Le manifeste du collectif décrit le projet en des termes explicitement politiques. A/I est anti-fasciste, anti-capitaliste et anti-militariste. Le collectif promeut le logiciel libre, le chiffrement des données personnelles, le pseudonymat et la libre circulation de la connaissance et de la culture. Il réserve les ressources limitées de ses volontaires aux personnes et projets globalement compatibles avec ses principes, plutôt qu’à des entreprises, partis politiques, religions établies ou institutions qui ont déjà les moyens de se faire entendre. A/I n’a jamais été un hébergeur commercial politiquement neutre. Fournir de l’insfrastructure ne signifie pas être l’auteur·ice de tout ce qui passe par cette infrastructure. « Affinité politique » ne signifie pas « contrôle opérationnel ». Offrir à quelqu’un·e une adresse email ne signifie pas écrire tous les emails qui sont envoyés ensuite. Ces distinctions, et leur confusion, jouent un rôle central dans l’attaque que subit maintenant A/I.
Gênes: baptême du feu pour l’infrastructure
À peine quelques mois après la mise en ligne de Paranoia, le G8 s’est réuni à Gênes. Plusieurs participant·es d’A/I étaient aussi impliqué·es dans Indymedia Italy. Iels ont participé à la création du Media Center du mouvement [NDLT: un squat qui rassemblait des journalistes indépendant·es, ainsi que d’autres voix alternatives du mouvement], en tirant des câbles, en configurant des serveurs, en installant des ordinateurs pour permettre aux manifestant·es de rapporter ce qu’il se passait dans la ville. Ce qui a suivi est devenu historique : protestations massives, assassinat par la police de Carlo Giuliani, violences policières indiscriminées dans les rues, tortures et violences sexuelles dans la caserne de Bolzaneto, descente de police nocturne dans l’école Diaz. Les discours officiels entraient en concurrence avec les photos, enregistrements et témoignages de première main transmis via une infrastructure indépendante. Gênes est ainsi l’une des premières manifestations majeures à être documentée sous tous les angles par ses participant·es plutôt qu’exclusivement par les médias institutionnels.
Pour A/I, ce fût aussi ce que le collectif nommera plus tard une « communion traumatique ». Ses membres y fîrent face à la même violence ensemble, tout en maintenant les systèmes aux travers desquels les preuves de cette violence pouvaient se diffuser. Après Gênes, A/I n’était plus une simple expérimentation technique, curieuse et rigolote. C’était devenu une infrastructure de confiance pour le mouvement. La demande crût rapidement. En 2003, A/I hébergeait plus de 2 000 utilisateur·ices, 205 sites web et 269 listes de discussion. Héberger ces services gratuitement devenait insoutenable, des hébergeurs commerciaux auraient facturé des milliers d’euros par an pour de tels services. Le collectif apporta une réponse avec les KAOS Tours : des tournées combinant collectes de fonds, fêtes, discussions publiques et ateliers pratiques. Les membres d’A/I apprenaient aux gens comment monter des serveurs, chiffrer leurs communications, monter et diffuser des vidéos, créer des archives numériques et streamer de la radio.
Les tournées levèrent des fonds, mais leur but principal était l’éducation politique. Le collectif ne voulait pas devenir un groupe d’expert·es invisibles pratiquant de la magie pour des utilisateur·ices passif·ves. Il souhaitait que la communauté comprenne la machinerie dont elle dépendait de plus en plus.
Chaque attaque ultérieure envers A/I provoquerait une variation de cette réponse : découvrir ce qui s’était passé, réparer les dégâts, partager la leçon, construire quelque chose de plus difficile à détruire.
Quand Trenitalia découvre l’effet Streisand
La première confrontation judiciaire majeure a eu lieu en 2004. Un collectif de designers nommé Zenmai créa un site web parodiant celui de l’entreprise ferrovière italienne Trenitalia. Iels copièrent l’apparence du site web de l’entreprise tout en dénonçant son implication dans le transport de chars d’assauts et d’autres équipements militaires pour l’invasion de l’Irak. Trenitalia demanda devant la justice la suppression de la page, le versement de dommages et intérêts ainsi que la publication d’excuses dans deux journaux majeurs pour un coût estimé à environ 20 000 €. Le tribunal ordonna dans un premier temps à A/I de suspendre le site parodique. Internet répondit en reproduisant le site tout autour de la toile.
Trenitalia demanda alors qu’A/I retire également les liens vers les sites miroirs (impliquant l’absurde possibilité que des moteurs de recherche puissent être poursuivis à leur tour pour avoir référencé ces mêmes liens). A/I fit appel. Le 14 septembre 2004, le tribunal statua que le site web était protégé par le droit à la satire et au débat public pour des faits d’intérêt général. La page fût alors republiée et Trenitalia fût condamnée à rembourser A/I de ses frais de justice… une victoire extraordinaire pour un collectif de bénévoles ! Mais tandis qu’A/I se battait au grand jour devant le juge contre la censure, une opération plus pernicieuse se trâmait dans l’ombre, sans qu’iels ne le sâchent.
La répression d’Aruba
Le serveur d’A/I était, à cette époque, hébergé dans un centre de données de l’entreprise Aruba à Arezzo [NDLT: ville Italienne à l’est de la Toscane]. Le 15 juin 2004, la police italienne débarqua chez Aruba, mandatée par un procureur de Bologne. Les techniciens de l’entreprise éteignèrent la machine d’A/I et laissèrent la police en copier les disques durs. Les enquêteurs saisirent ainsi les certificats de chiffrement et installèrent des équipements pour intercepter le trafic. A/I fût faussement informé que la coupure du service était due à un problème électrique. Le collectif ne découvrit la vérité que près d’un an plus tard, par accident.
En mai 2005, A/I fut sommé de fermer la boîte mail utilisée par l’Anarchist Black Cross italienne Crocenera Anarchica [NDLT: organisation anti-carcérale de soutien aux prisonnier·es politiques], dans le cadre d’une enquête tentaculaire impliquant des accusations de complot et de subversion anarchiste. A/I s’est conformé à l’ordonnance du tribunal et a demandé les documents liés à ce dossier. Ces documents contenaient des messages que les enquêteurs n’auraient pas dû être en capacité d’avoir. L’explication était cachée dans une note de bas de page: la police était allé chez Aruba l’année précédente et avait obtenu un accès au serveur de A/I. Une affaire qui prétendait ne concerner qu’une simple boîte mail avait potentiellement compromis des miliers de comptes et des dizaines de milliers d’utilisateur·ice·s de listes mails. Parmi les personnes touchées : des avocats et des experts techniques travaillant pour le Genoa Legal Forum [NDLT: la legal team de Gênes suite aux manifs anti-G8]. La police a donc pu avoir accès à des communications confidentielles de défense à propos des poursuites découlant des agissements de la police lors du G8. Cette violation a révélé une vérité brutale. A/I peut faire tourner son propre serveur, le configurer avec attention et refuser de stocker des logs identifiants, mais la machine physique reste dans le bâtiment de quelqu’un d’autre. Un fournisseur commercial peut donner accès au contenu du serveur aux autorités et dissimuler ce qui s’est passé.
A/I a retiré la machine de chez Aruba, l’a nettoyée et a restoré les services essentiels. Des questions parlementaires furent posées en Italie et au niveau Européen. Le collectif à voyagé dans tout le pays et à travers l’Europe pour expliquer la faille. Mais surtout, il a reconstruit le réseau.
Le plan R* : la répression devient architecture
Le résultat a été le plan R*, lancé en octobre 2005 : un réseau de « communication résistante ». Plutôt que de concentrer les services d’A/I sur une seule machine, le collectif a distribué les données chiffrées et les fonctionalités entre des serveurs situés dans plusieurs pays. Les machines consultées par le public deviennent remplaçables. Les services peuvent être déménagés quand du matériel est saisi ou quand un hébergeur devient hostile. La perte d’un nœud ne peut plus exposer ou réduire au silence l’intégralité de la communauté. R* signifie réplication, redondance, résistance et autres mots commençant par R. Son architecture a été conçue non seulement pour survivre à des pannes mécaniques, mais aussi pour tenir bon face à des attaques politiques. A/I n’a pas prétendu qu’iels pouvaient garantir une sécurité parfaite. Au contraire, iels ont sans cesse rappelé aux utilisateur·ices de ne jamais accorder une confiance aveugle à un hébergeur, y compris A/I. Iels ont réduit les logs et les informations identifiantes au strict minimum, car une information qui n’existe pas ne peut être saisie. Iels ont encouragé les utilisateur·ice·s à chiffrer leurs communications parce que même l’architecture serveur la plus solide ne peut compenser les pratiques individuelles à risque.
Le collectif à transformé une opération de surveillance secrète en leçon d’infrastructure.
La répression est devenue architecture.
Le Vatican, un jeu vidéo satirique, et la Norvège
La pression n’est pas retombée. En 2007, un homme politique italien demande la censure de Operation: Pedopriest, un jeu satirique dénonçant les efforts faits par l’église catholique pour enterrer les cas d’abus sexuels commis par le clergé. Lea créateur·ice du jeu le retire temporairement pour épargner l’hébergeur. A/I en héberge alors une copie. Suite à une plainte déposée par une organisation de protection des enfants non-identifiée, un fournisseur d’accès états-unien déconnecte l’intégralité du serveur de Noblogs. Après consultation des avocats, le fournisseur d’accès conclut finalement que la satire était légale et restaure l’accès au serveur. Le plan R* a permis que le contenu contesté reste accessible ailleurs et a évité une censure plus large. À ce moment-là, A/I est devenu un refuge important hors des réseaux sociaux commerciaux, alors en pleine émergence. Noblogs permettait à chacun·e de publier de manière indépendante, sans publicité, exploitation de données ou nécessité de lier le contenu à une identité légale.
Ses utilisateur·ices incluaient des organisations du mouvement, des auteur·ices individuel·les, des dissident·es, des artistes et des travailleur·euses d’ONGs opérant dans des environnements dangereux. En 2008, A/I a reçu le prix de « Privacy Hero » du Progetto Winston Smith italien pour avoir créé des infrastructures de communication libres résistantes à la censure malgré de faibles ressources, des attaques techniques et des poursuites judiciaires à répétition. Puis, le 6 novembre 2010, la police norvégienne a copié les disques durs d’un serveur d’A/I à la demande de l’Italie. L’enquête faisait suite à des menaces et tags antifascistes ciblant les membres de l’organisation néofasciste CasaPound. Les autorités cherchaient des informations à propos d’une boîte mail. A/I avait déjà expliqué qu’iels n’avaient ni l’identité des utilisateur·ices ni des journaux d’activité, mais les enquêteurs voulaient apparament vérifier si c’était vraiment le cas.
Des miliers de comptes ont été copiés au passage.
Le plan R* permis de restaurer les services ailleurs en environ deux heures. En moins de vingt-quatre heures, le réseau opérait de nouveau normalement. Les disques saisis étaient chiffrés et n’ont fourni aucune information utile. L’opération est devenue un scandale en Norvège. Des avocats, journalistes et associations de défense des droits numériques ont demandé la raison pour laquelle la police norvégienne avait copié les communications privées de milliers de personnes en réponse à une demande étrangère insuffisamment justifiée. L’enquête italienne a fini par être abondonnée. Là où une autre organisation aurait pu interpréter les perquisitions à répétition comme une preuve que son projet était impossible, A/I les a interprétées comme une preuve que leur projet était nécessaire. Son histoire est documentée dans le livre du collectif, +KAOS: Ten Years of Hacking and Media Activism.
26 août 2026
La nouvelle attaque est d’un autre ordre. Le 26 août 2026, le département d’État des États-Unis [NDLT: l’équivalent états-unien du ministère des affaires étrangères] a désigné Autistici/Inventati comme organisation terroriste (Specially Designated Global Terrorist). Au même moment, le Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor (Office of Foreign Assets Control) a placé A/I sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Refusées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list) sous l’ordre exécutif 13224. Ce n’est pas simplement une condamnation du gouvernement. Cela active l’un des systèmes d’exclusion économique les plus puissants au monde. Les États-Unis affirment que A/I fournit des architectures numériques spécialisées, des communications chiffrées et de l’hébergement pour des groupes antifascistes et autres mouvements radicaux, incluant des organisations déjà désignées comme terroriste par les États-Unis.
La déclaration publique du Trésor états-unien se concentre sur les services que A/I fournit : hébergement de sites à l’étranger, mail chiffrés, tchat, visio-conférence et l’infrastructure technique soutenant Noblogs. Cette déclaration décrit notamment la ligne politique antifasciste et anti-militariste de A/I, leur pratique de sélectionner spécifiquement des projets compatibles avec leur ligne politique et la mise à disposition d’infrastructure utilisée par le PKK [NDLT: Parti des travailleurs du Kurdistan]. Le Trésor états-unien considère l’hébergement de cette infrastructure comme un soutien matériel ou technologique au terrorisme. Le dossier du département d’État va encore plus loin, décrivant les attaques, les communiqués et publications qu’ils affirment être passés par les infrastructures de A/I. Leurs exemples incluent des revendications de sabotage de lignes de chemin de fer et de pipelines en Europe, d’attaques sur des infrastructures énergétiques, l’hébergement du groupe antifasciste Rose City Antifa, la lutte contre le projet de centre d’entraînement de la police à Atlanta, du groupe militant Jan’s Revenge et des publications contenant des déclarations attribuées à des organisations armées. Les déclarations publiques du gouvernement ne montrent pas que A/I a planifié ces actions, sélectionné des cibles, transféré des armes, dirigé les groupes cités ou rédigé les contenus hébergés sur ses systèmes. Ils ne précisent pas à quel moment A/I a eu connaissance d’un acte particulier ni si iels en avaient eu connaissance avant que ça ne se produise.
Au contraire, cette désignation défend une idée plus large et plus lourde de conséquences : construire des infrastructures de communications pour des mouvements radicaux peut être considéré en soi comme du terrorisme.
Cette théorie met à bas la distinction entre un fournisseur de services et un·e utilisateur·ice ; entre affinité politique et contrôle opérationnel ; entre protection de la vie privée et dissimulation d’un crime ; entre maintien d’une plateforme de publication de contenu et rédaction de tout ce qui est publié dessus. A/I n’a jamais prétendu être politiquement neutre. Iels ont construit cette infrastructure précisément parce que les mouvements radicaux avaient besoin d’un endroit où parler, publier et s’organiser au-delà des entreprises et du contrôle de l’État. Les États-Unis utilisent maintenant cette intention comme preuve contre elleux.
Suite : le 25 septembre
Puisque A/I est désormais considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis, tous ses actifs détenus au États-Unis (possédés directement, ou contrôlés par un tiers) doivent être bloqués et déclarés à l’OFAC [NDLT : Office of Foreign Assets Control, un organisme chargé de faire appliquer les sanctions financières]. Sauf dérogation, les citoyen·ne·s et institutions états-unien·ne·s ont interdiction de fournir ou recevoir des fonds, biens ou services impliquant A/I. Ces restrictions s’appliquent aussi aux transactions qui passent par les État-Unis, même si les parties prenantes n’y résident pas. L’OFAC a accordé une dérogation temporaire qui autorise les transactions ordinaires nécessaires à la fermeture des relations existantes avec A/I, jusqu’au 25 septembre 2026, à 12h01. Les paiements dus au collectif ne peuvent pas lui être versés ; ils doivent être placés sur des comptes gelés. Après cette date butoir, une nouvelle autorisation sera nécessaire pour toute transaction. Le 25 septembre est donc la date à partir de laquelle les entreprises et individus résidant aux États-Unis sont supposés couper tout lien avec A/I.
Les conséquence pourraient être la perte :
de comptes bancaires et moyens de paiement
d’accès aux dons et levées de fonds liées aux États-Unis
d’hébergement de serveurs
infrastructures de cloud et services de transit réseau
de noms de domaines et services associés
de comptes de certificats
de sécurité et d’envoi d’e-mails
de services logiciels et de communication
de liens avec des fournisseurs non-états-uniens craignant des sanctions secondaires
d’accès aux services de A/I pour les personnes résidant aux États-Unis.
Les entités extérieures aux États-Unis n’ont pas à appliquer automatiquement les censures imposées par la loi états-unienne. Cependant, l’OFAC a menacé les institutions financières étrangères de sanctions secondaires si elles facilitent des transactions significatives pour le compte d’une entité désignée comme terroriste. Cette menace pourrait être aussi destructrice qu’une réquisition légale. Il est peu probable qu’une banque, un registrar [NDLT: une entité qui gère des noms de domaines] ou un hébergeur européen connaisse précisément les obligations qui lui sont imposées par la loi états-unienne. Ses juristes seront probablement enclins à considérer que maintenir des relations commerciales avec un petit collectif anarchiste italien n’en vaut pas la chandelle. Les institutions font fréquemment du zèle. Les fournisseurs pourraient fermer des comptes et révoquer des accès, quand bien même la loi ne les y oblige pas. Des organisations pourraient retirer des liens vers A/I, éviter de contacter ou interrompre des échanges avec A/I simplement parce que le nom du collectif apparaît sur une liste d’organisations terroristes.
C’est ainsi que les sanctions états-uniennes acquièrent une puissance mondiale : pas simplement par voie légale, mais aussi par une peur institutionelle.
Plus largement, la cible est la communauté autour du serveur
Même si l’ajout sur la liste des organisations terroristes des États-Unis cible A/I, ses effets ne seront pas circonscrits au collectif. L’infrastructure d’A/I est utilisée par des écrivain·es, organisateur·ices, chercheur·euses, artistes, collectifs de publications et personnes qui l’ont choisie précisément parce que les plateformes commerciales ne sont pas sûres, sont politiquement hostiles, ou concues pour exploiter leurs données. Ces utilisateur·ices ne sont pas sanctionné·es automatiquement parce qu’iels ont une adresse mail chez A/I, ou publient sur Noblogs. Mais quand le fournisseur lui-même est placé sur la liste noire des organisation terroristes, un simple lien peut devenir un signal d’alarme. Une banque pourrait pinailler sur un paiement. Un hébergeur de mails pourrait limiter ou bloquer la distribution des emails. Un·e employeur, un flic à la frontière ou un enquêteur pourrait juger une adresse suspiscieuse. Un·e journaliste pourrait hésiter à contacter une source. Un·e chercheur·euse pourrait éviter une archive. Un·e nouvel·le utilisateur·ice pourrait considérer qu’ouvrir un compte est trop dangereux. Rien de tout ça ne nécessite qu’un gouvernement ne poursuive qui que ce soit. L’ajout sur la liste produit à lui seul un no man’s land de peur.
C’est une raison pour laquelle cette action pourrait être utile à l’État même si A/I reste en ligne. Les précedentes attaques tentaient d’atteindre le collectif à travers différentes machines, boîtes mails ou fournisseurs. A/I y a répondu en distribuant ses sytèmes, en chiffrant ses disques et en retenant le moins d’informations possible. Ces pratiques ont rendu les traditionnelles saisies et mesures de surveillance moins efficaces. Les sanctions s’attaquent à un autre niveau : les relations qui permettent à l’infrastructure d’exister. Plutôt que de casser le chiffrement, le gouvernement peut contraindre les banques, les registrars, les centres de données, les entreprises informatiques et les utilisateur·ice·s à isoler le collectif. Plutôt que de prouver devant un tribunal que chaque utilisateur·ice est coupable, l’État peut rendre les contacts coûteux et légalement périlleux.
C’est l’État-surveillance qui opère à travers des intermédiaires privés. Le gouvernement n’a pas besoin de mettre un flic dans chaque salle de serveur quand les juristes, les banques et les plateformes peuvent être conduits à policer le réseau par eux-mêmes. Chaque institution va tracer sa propre frontière défensive, souvent plus large que la loi ne l’impose. Certaines pourraient demander davantage de documents d’identité, sauvegarder plus de logs, surveiller le contenu politique ou rejetter tout bonnement les projets de défense de la vie privée. D’autres pourraient fermer des comptes à l’abri des regards, sans possibilité de contestation. La mise en application se dissout dans de multiples entités dont les décisions sont difficiles à voir, contester ou simplement documenter.
Les conséquences néfastes qui en résultent ne se limitent pas à la censure. Elles peuvent changer l’architecture de la communication du mouvement. De petits fournisseurs de services autonomes pourraient conclure que servir des petites communautés controversées impliquerait un risque existentiel. De plus grandes plateformes pourraient, elles, appuyer sur le fait que ce sont de nouvelles raisons d’étendre la vérification d’identité, la modération automatique et la rétention de données. Les utilisateur·ices pourraient migrer de l’infrastructure de confiance du mouvement vers des systèmes commerciaux plus faciles à surveiller, à cartographier, et auxquels il est facile de demander de fournir des documents. L’État gagne de l’influence, quand bien même il n’obtient pas les données en clair des disques chiffrés d’A/I : les gens prennent leurs distances les un·es des autres, les fournisseurs collectent plus d’informations et les relations sociales entre les dissident⋅es deviennent plus faciles à observer.
Ce précédent dépasse les projets spécifiquement anarchistes ou anti-fascistes. Si l’aligement politique avec les utilisateur·ices, les mesures de protection de la vie privée et l’hébergement de publications controversées peuvent être utilisées pour argumenter que l’infrastructure elle-même constitue une complicité, alors les fournisseurs de mails chiffrés, les sites de publication radicaux, les archives communautaires, les VPNs, les réseaux sociaux fédérés et autres hébergeurs indépendants ont tous des raisons de s’inquiéter. Les faits et lois seraient spécifiques à chaque fois. Le danger consiste à normaliser ceci : un fournisseur d’outils de communications n’est plus traité comme simple diffuseur avec ses propres droits et responsabilités, mais comme un complice de chaque acte que le gouvernement attribue à quiconque utilise ses systèmes.
Tout ça ne signifie pas que l’ajout sur la liste cible secrètement chaque utilisateur·ice de A/I, ni que toutes les conséquences envisagées adviendront. Le gouvernement américain n’a pas pris la peine d’expliquer sa stratégie au delà des accusations dans les annonces. Mais la logique de l’action est visible. Il remplace une accusation ciblée contre des faits identifiables par une large pénalisation de l’infrastructure. La mise en application est déplacée du tribunal à une toile diffuse d’institutions précautionneuses. L’incertitude devient un instrument de contrôle. L’objectif immédiat est de supprimer A/I. Le message plus large est adressé à quiconque construit des systèmes de communication hors du contrôle étatique et commercial : cet abri que vous fournissez pourra être retenu contre vous.
A/I peut-il survivre à ça ?
A/I a vu la répression étatique arriver de loin.
Toute son infrastructure part du principe que :
les serveurs seront saisis
les hébergeurs coopéreront avec la police
les gouvernements demanderont des informations à propos des utilisateur·ices
les entreprises censureront le contenu controversé
certaines machines et sites d’hébergement deviendront inaccessibles
les données et les services doivent donc être chiffrés
distribués et remplaçables.
Cette préparation compte. A/I est basé en Italie, pas aux Etats-Unis. Son infrastructure est distribuée dans plusieurs pays. Ses services sont maintenus par des personnes hautement compétentes. Il ne dépend pas d’un fournisseur unique, minimise les informations identifiantes et a plusieurs décennies d’expérience de restauration de services en urgence. Il n’a pas d’actionnaires, de siège ou d’employé·e·s à payer. Ses frais de roulement sont relativement modestes, et le fait que l’infrastructure soit maintenue par des volontaires donne a l’État moins de leviers que ce à quoi il est habitué. Il serait surprenant que le site web, le système de mails ou Noblogs disparaissent purement et simplement le 25 septembre. A/I est probablement parmi les mieux armés des projets informatiques de sa taille pour faire face à des saisies de machines ou à des censures ponctuelles.
Mais ceci n’est pas une simple descente de police.
Le plan R* a été concu pour faire face à la disparition de serveurs. Il ne peut pas à lui tout seul, empêcher les banques de bloquer l’argent, les registrars de suspendre les domaines, ou les entreprises aux quatre coins du globe de révoquer les services par peur des mesures de rétorsion états-uniennes.
L’ajout sur la liste cible le tissu autour des serveurs :
les banques
les dons
les domaines
les contrats avec des hébergeurs
la bande passante
les certificats
les dépendances logicielles
les relations avec des institutions internationales.
A/I a déjà survécu à l’isolation technique. Les États-Unis tentent maintenant une excommunication financière et institutionnelle. Les services proposés sont, certes, résilients, mais la capacité de les financer, de remplacer l’infrastrucrure et de participer à l’environnement technologique plus large, encourrent un risque bien plus grand. Ce qui adviendra après le 25 septembre dépendra donc non seuleument de l’architecture qui héberge les données de A/I, mais aussi de la solidarité avec le collectif lui-même.
La mise-au-silence n’est pas pour le 25 septembre
L’ajout sur la liste des organisation terroristes vise à isoler. La réponse doit être une solidarité informée, indépendante et rigoureuse. Les personnes qui résident aux États-Unis ne doivent pas improviser de dons, déguiser des paiements, ou faire parvenir des ressources par d’autres personnes, organisations, monnaies ou pays. Cela pourrait les exposer, eux, les intermédiaires, voire A/I, à des sanctions. Les interdictions pourraient aussi s’étendre au-delà des ressources financières : assistance technique, traduction, plaidoyer, évènements de soutien ou autres services rendus pourraient impliquer un risque légal pour les personnes apportant leur soutien.
Mais le 25 septembre n’est pas une date à laquelle disparaitre en silence. Enquêtes indépendantes, communiqués, manifestations et débats politiques restent possibles. Nous pouvons raconter l’histoire de A/I, démonter les affirmations du gouvernement, contacter des journalistes et des organisation de défense de libertés et s’organiser indépendamment contre la criminalisation d’infrastructures de communication résistantes. L’essentiel en pratique est de parler et agir pour A/I sans lui fournir de fonds ou de services directement. Les limites précises sont difficiles à établir. Quiconque chercherait à faire des levées de fonds, remplacer l’infrastructure, déployer un miroir publique ou fournir une assistance technique directe devrait s’assurer d’un conseil qualifié à propos des sanctions. Un document de février 2025 concernant le soutien matériel dans le cadre de restrictions de l’OFAC met en garde contre le fait que même des soutiens légalistes peuvent attirer la surveillance, des enquêtes, des restrictions d’accès aux États-Unis ou des litiges. Si les flics vous questionnent, ne répondez pas à leurs questions et contactez un avocat.
Cet article propose une analyse politique, pas un conseil légal.
Ce que les soutiens peuvent faire d’ici au 25 septembre
Racontons l’histoire. Partagons l’histoire d’A/I: les hacklabs, Paranoia, Gênes, les tounées KAOS, la victoire Trenitalia, la faille Aruba, le plan R*, Noblogs et la saisie Norvégienne. Ne laissons pas le récit étatique devenir le seul témoignage public de ce qu’est A/I. Construisons une coalition de défense. Demandons aux collectifs d’hébergement indépendants, aux organisations de défense des libertés numériques, aux hacklabs, aux projets de logiciel libre, aux librairies radicales, aux éditions indépendantes, aux journalistes, aux juristes, aux chercheur·euses et aux utilistateur·ices de répondre publiquement. Préservons les archives. Les serveurs peuvent être saisis. Les domaines peuvent être suspendus. Les hébergeurs peuvent paniquer. Sauvegardons les écrits de Noblogs publiquement accessibles et ayant une importance historique, ainsi que les manifestes d’A/I, les documents techniques et juridiques, et l’histoire du mouvement. Enregistrons les URL sources, les auteur·ices, les dates de publications et de consultation. Respectons la confidentialité, le droit d’auteur et les demandes de suppression. N’accédons pas à des comptes privés et respectons les mesures de sécurité. La préservation individuelle, l’archivage pour la recherche ou la presse n’impliquent pas les mêmes enjeux qu’opérer publiquement une infrastructure de remplacement ; n’importe qui envisageant l’hébergement d’un miroir public devrait d’abord chercher des conseils qualifiés.
Documentons les excès de zèle. Répertorions les entreprises, banques, registrars, plateformes et institutions qui mettent fin à leurs services ou suppriment du contenu. Préservons les déclarations et les correspondances. Les archives publiques doivent montrer dans quelle mesure cette désignation va au-delà de sa formulation officielle. Exigeons des réponses. Demandons aux groupes de défense des libertés numériques, aux institutions européennes et aux responsables politiques si iels vont laisser des sanctions américaines démanteler un collectif de communication italien. Demandons quelles protections existent pour les infrastructures, utilisateur·ices et archives européen·nes. Organisons-nous de manière indépendante. Proposons des discussions publiques sur les infrastructures autonomes, les sanctions, la surveillance et les lois sur le soutien matériel. Publions des explications de la situation. Enseignons le chiffrement. Soutenons le travail indépendant sur les droits s’opposant aux désignations de terrorisme à tout va. Préparons un soutien matériel légal. A/I a historiquement survécu grâce aux dons, mais les soutiens aux US ne devraient pas envoyer ou faire parvenir de l’argent tant que la désignation de terrorisme s’applique sans une autorisation claire. Les organisations de défense des libertés numériques et de soutien juridique peuvent chercher des mécanismes de soutien légaux, et les potentielles procédures de retrait de la liste.
Écoutons attentivement les réponses publiques d’A/I [NDLT : le blog du collectif est toujours accessible], tout en maintenant notre soutien légalement indépendant. Les déclarations du collectif devraient nous servir de référence sur la manière de raconter son histoire et sa situation. Toute campagne coordonnée, canal de collecte de fonds ou service direct demande un examen juridique distinct. Notre objectif immédiat est de rendre A/I impossible à faire disparaitre en silence.
Le réseau nommé solidarité
A/I a survécu aux tentatives de censures des grandes entreprises, aux accès secrets de la police, à la saisie de disques, aux hébergeurs hostiles, aux attaques de parlementaires et aux enquêtes internationales. L’affaire Trenitalia a produit des miroirs et une victoire juridique. L’affaire Aruba a produit le plan R*. La censure des hébergeurs a produit de la redondance. La saisie norvégienne a montré que le réseau pouvait être remonté en quelques heures.
Chaque tentative d’isoler le collectif a diffusé la connaissance sur le fonctionnement de la surveillance et de la censure. Chaque attaque est devenue une opportunité de former plus de personnes sur comment se protéger collectivement. Les États-Unis ont maintenant transformé cette histoire en un test mondial. Ce n’est pas seulement la survie d’un collectif de hackers italiens qui est en jeu. Il s’agit de savoir si maintenir de l’infrastructure pour les mouvements radicaux peut être considéré comme du terrorisme ; si la protection de la vie privée peut être redéfinie comme une dissimulation ; si refuser de collecter des informations personelles peut être présenté comme une obstruction ; et si un hébergeur peut être tenu politiquement et juridiquement responsable de chaque texte, tactique et revendication transmis au travers de ses machines.
A/I a passé vingt-cinq ans à se préparer au jour où un de ses serveurs disparaitrait. Iels savent comment remplacer une machine, déplacer un service, restaurer des données chiffrées et continuer à opérer après le débranchement d’une prise par la police ou un hébergeur. Les État-Unis tentent quelque chose de différent. Ils essayent d’intimider les banques, les hébergeurs, les registrars, les fournisseurs d’infrastructure et les soutiens à travers le monde pour qu’ils abandonnent le collectif. Leur réussite dépendra en partie de l’infrastructure d’A/I.
Elle va aussi dépendre de nous.
D’ici au 25 septembre, préservons l’histoire. Partageons-la. Construisons une coalition. Documentons l’isolation. Enseignons les outils. Préparons une défense légale. Ne laissons pas l’État américain discrètement établir que construire des infrastructures respectant la confidentialité pour la contestation est en soit un acte de terrorisme. Il y a vingt-cinq ans, dix personnes se sont rassemblées autour d’une machine de récup’ et ont délibérement pris trop de temps pour la configurer parce que tout le monde dans la pièce était censé apprendre. Cela reste la leçon. Ne laissons pas la connaissance aux expert·e·s.
Ne centralisons pas l’infrastructure. Ne laissons pas les cibles se retrouver seules.
Le premier serveur s’appelait Paranoia.
Le réseau qu’il a créé s’appelle solidarité.
Déclaration publique d’Autistici/Inventati
Aujourd’hui, nous apprenons que le gouvernememt états-unien vise un petit collectif d’informatique italien, géré bénévolement, par des sanctions disproportionnées comme chacun·e peut le lire dans les déclarations du trésor et de l’état, ainsi que dans l’ordonnance judiciaire associée.
Nous dénions toutes allégations diffusées dans ces déclarations, et nous affirmons fermement notre volonté de fournir une plateforme d’outils d’auto-défense numérique, répondant aux besoins de communication libre d’activistes et autres individus, groupes et organisations.
Nous ne reculerons pas, nous continuerons à faire ce que nous faisons depuis toutes ces années, et nous ferons tout notre possible pour contrer les fausses accusations d’une administration politiquement désepérée, avec pour seul but de détourner l’attention publique et médiatique loin de leurs propre violence et bellicisme…
L’antifascisme et l’anticapitalisme ne sont pas du terrorisme. Manifester n’est pas du terrorisme. Et chacun·e a le droit de se faire entendre et de lutter pour l’humanité.
Collectif Autistici/Inventati – rendre les savoirs communs sans rechercher le pouvoir.
Ce texte a été produit par le collectif Montréal Antifasciste et imprimé sous format zine pour distribution en échange de contributions volontaires au Festival anarchiste Constellation, à Montréal, les 16 et 17 mai 2026.
Mise à jour – en résumé jusqu’ici…
Trois ans se sont écoulés depuis le dernier état des lieux produit par Montréal Antifasciste, au printemps 2023. Le moins qu’on puisse dire est que la situation ne s’est pas particulièrement améliorée, ni au Québec ni nulle part ailleurs. Pour l’essentiel, la course de l’histoire s’est poursuivie dans le mauvais sens.
Sur le plan international, la guerre d’agression russe s’est enlisée en Ukraine; le gouvernement israélien, contrôlé par ses éléments les plus fanatiques, a perpétré un génocide au vu et au su du monde entier, profitant de la complicité active des États-Unis et de la pitoyable inaction du monde occidental; et 77 millions d’Américain·e·s ont réélu un violeur pédocriminel fasciste comme président, plongeant leur pays et le monde entier dans une instabilité chronique dont la brutale agression israélo-américaine en Iran et au Liban n’est que la plus grotesque des manifestations récentes. Dans le même temps, la caste des oligarques technofascistes a verrouillé son emprise sur les instruments du capitalisme algorithmique, y compris sur les rouages d’une « intelligence artificielle » dont il est impossible de prédire les conséquences.
Presque partout, les mouvements politiques d’extrême droite ont poursuivi leurs avancées, dont le Rassemblement national (RN) en France, Reform UK au Royaume-Uni et l’AFD en Allemagne. Le gouvernement « post-fasciste » de Giorgia Meloni est fermement installé aux manettes en Italie; le zinzin à la chainsaw, Javier Milei, s’est fait élire sur une plateforme ultra-néolibérale en Argentine; en Inde, le suprémaciste hindou Narendra Modi est assis au pouvoir depuis une douzaine d’années; etc.
Au Canada et au Québec, l’extrême droite n’est pas aux portes du pouvoir, mais pour autant, son influence se fait bien sentir dans l’arène politique comme dans la culture générale, y compris dans l’écosystème médiatique, notamment à Radio X et dans les médias du groupe Québecor, tandis que se multiplient en ligne les médias « alternatifs » militants.
À l’échelle fédérale, le gambit national-populiste de Pierre Poilièvre s’est retourné contre lui au lendemain de l’élection de Donald Trump aux États-Unis. L’électorat canadien a préféré miser sur une valeur sûre en reconduisant au pouvoir un Parti libéral désormais commandé par un banquier de carrière se présentant comme le sauveur du peuple face à la menace trumpiste. Depuis son arrivée au pouvoir, toutefois, Mark Carney ne cesse de confirmer le caractère résolument conservateur de son gouvernement, comme en fait foi la série de transfuges du Parti conservateur du Canada qui lui ont assuré une majorité au parlement. Au niveau de la rue, les mouvements suprémacistes blancs sont plus et mieux organisés au Canada anglais qu’ils ne l’ont été depuis au moins une génération, avec la prolifération d’organisations « nationalistes » comme Diagolon, Second Sons et le réseau néonazi des Active Clubs.
Nous constations en 2023 que l’extrême droite de type groupusculaire (Atalante Québec, Fédération des Québécois de souche, La Meute, Storm Alliance, Soldiers of Odin, etc.) était en repli au Québec, mais qu’en revanche — ou justement, parce que —, plusieurs des notions mises de l’avant par l’extrême droite en matière d’immigration et d’identité sont reprises de plus en plus explicitement dans les discours du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) et de l’opposition du Parti Québécois (PQ), tout comme dans le commentariat de certains médias. Cette tendance lourde, qui reflète une consolidation « culturelle » du bloc nationaliste conservateur – doublée d’une diabolisation constante et soutenue des idées progressistes – ne s’est pas démentie, et s’est même accélérée.
Le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime porte quant à lui un conservatisme réactionnaire avant tout centré sur le démantèlement des services publics et la préservation des privilèges matériels d’une classe moyenne repliée sur ses intérêts. Sous son argumentaire « autonomiste », il reprend néanmoins des thèses nationalistes ethniques et identitaires, en particulier dans sa version islamophobe. Ce glissement s’effectue souvent au nom d’une majorité laïque, exigeant que prime sa volonté au nom d’une démocratie qui écrase les droits des minorités au moyen de la fameuse clause dérogatoire.
La partie émergée – et complètement normalisée – de cette extrême droite est le nationalisme identitaire conservateur/réactionnaire qu’incarnent des figures comme Mathieu Bock-Côté (MBC). Ce dernier a exercé une influence considérable sur le gouvernement de la CAQ tout au long de ses deux mandats et reconduira sans doute cette influence sur un éventuel gouvernement péquiste. D’autres comme lui déversent dans les journaux et sur les plateaux du groupe Québecor un flot continu de chroniques mesquines, blâmant l’immigration pour tous les maux objectivement imputables aux décisions de la classe politique au fil des dernières décennies, répétant comme un mantra que le Québec a dépassé sa présumée « capacité d’accueil ».
Mais tout juste sous la surface, sur les plateformes de médias sociaux, dans les balados et les clavardoirs privés, ce nationalisme conservateur de type civique et libéral (en théorie) se prolonge en mode plus belliqueux dans un nationalisme ethnique aux accents xénophobes, islamophobes, anti-LGBTQ+, antiféministes et, de plus en plus souvent, explicitement suprémacistes.
Quitte à se répéter, il est ainsi utile de se représenter l’extrême droite non pas comme un bloc monolithique aux contours nettement définis, mais comme un écosystème hétérogène où se développe un continuum de radicalité.
Le nationalisme conservateur bon chic bon genre du dandy MBC et de ses émules se déverse dans le nationalisme à caractère ethnique (l’ethnonationalisme), lequel contient presque toujours une dimension de « racisme scientifique ». Celle-ci le conduit à se déverser dans le fascisme bona fide sous ses diverses déclinaisons, y compris dans les cas extrêmes, dans le néonazisme et le nihilisme accélérationniste à prétention génocidaire. Il faut bien comprendre que toutes ces catégories se retrouvent sous une forme ou une autre au Québec, qu’il existe un degré important de porosité entre elles et qu’il est impossible de prédire l’ampleur que l’une ou l’autre peut prendre à tout moment ou la vitesse à laquelle cette expansion peut se produire.
En guise de porte d’entrée, l’organisation « jeunesse » Nouvelle Alliance (NA) représente aujourd’hui le pôle nationaliste identitaire/ethnique : une extension du discours des MBC et cie, pour l’essentiel dépouillée des pires excès de langage. Cela n’empêche pas ses militants de pousser régulièrement la limite de l’acceptable, avec des évocations répétées de la « submersion migratoire » et autres euphémismes ou dog whistles rappelant implicitement la thèse complotiste du « grand remplacement ». Le nationalisme de NA revendique ouvertement la priorité (ou la « préférence ») nationale et la défense des intérêts de la majorité historique canadienne-française, en projetant dans sa propagande une image d’Épinal rétrofuturiste d’un Québec indépendant où cette majorité pourra imposer sans partage sa domination culturelle et, surtout, ethnodémographique. La question de l’immigration est déjà présentée ici comme une menace à la survivance de la nation canadienne-française.
Viennent ensuite le projet de « réinformation »Nomos-TV et la communauté d’esprit qui s’est créée en ligne autour de ses principaux animateurs. Fièrement ethnonationaliste et très souvent ouvertement raciste (voir l’article de Montréal Antifasciste révélant la violence des propos tenus dans leur forum privé), le projet Nomos sert en quelque sorte de courroie de transmission entre les diverses tendances de l’extrême droite locale. Son principal animateur, Alexandre Cormier-Denis (voir l’article que Montréal Antifasciste lui a consacré et les passages à son sujet ci-dessous), est sans contredit héritier de la tradition néofasciste qui, depuis les années 1970, œuvre à la réhabilitation des thèmes de l’extrême droite historique sur le plan culturel. Cette tradition adopte une approche dite « métapolitique », en vue d’une éventuelle saisie du pouvoir politique. Est-il nécessaire de signaler que c’est précisément la dynamique à laquelle nous assistons de manière accélérée depuis plusieurs années, en Europe, aux États-Unis et ici même?
Faisant figure d’idiots utiles à cet égard, de nombreux personnages publics leur prêtent leur notoriété ou les invitent sur leurs plateformes. C’est le cas notamment de la Radio X de Québec, où Philippe Plamondon et Sébastien de Crèvecœur de Nomos-TV tiennent chronique, de Richard Martineau, qui relaie régulièrement des éléments de propagande sur ses médias sociaux, ou de Benoît Dutrizac, qui reçoit à son émission sur QUB radio des individus clairement associés à l’extrême droite, dont Alexandre Cormier-Denis lui-même.
Il existe en outre toute une constellation d’influenceur·euse·s, de médias « alternatifs » et de podcasters moins connu·e·s qui se taillent une place dans l’écosystème et alimentent en permanence les chambres d’échos islamophobes/xénophobes/transphobes. Combinant leurs influences, tou·te·s ces intervenant·e·s participent activement à élargir la fachosphère, à amplifier la voix de ses porte-parole les plus strident·e·s et à impulser un certain mouvement, au point où beaucoup déclarent être en train de gagner la « bataille des idées » face à la gauche.
Bouclant la boucle, par calcul cynique, certains politiciens n’hésitent plus à racoler ce segment de l’électorat soumis à l’influence de l’extrême droite. C’est le cas notamment de Paul Saint-Pierre Plamondon qui a accordé une entrevue à Rebel News (voir le passage à ce sujet, ci-dessous) en avril dernier, et dont même d’ex-député·e·s et ministres de son parti s’inquiètent en secret que leur chef entretienne « une proximité idéologique inquiétante avec Mathieu Bock-Côté », selon l’analyste de la politique québécoise Michel David.
Puis enfin, à la frange de cet écosystème toxique, l’on retrouve des projets comme le Frontenac Active Club, qui épousent une éthique ouvertement suprémaciste blanche et se complaisent sans vergogne dans l’imaginaire néonazi. Les Active Clubs, comme le réseau White Lives Matter avant eux, ainsi que toute la constellation des groupuscules « nationalistes » canadiens comme Second Sons, Diagolon ou Loyalist Pioneers, s’inscrivent de façon claire dans la continuité du néonazisme nord-américain (voir le Patriot Front). Ces groupes combinent les codes boneheads (nationalisme blanc 1.0) à ceux de l’alt-right (nationalisme blanc 2.0) et à certains éléments des mouvements identitaires européens, à l’instar du maintenant défunt groupuscule Atalante Québec, qui se rattachait quant à lui à la tradition dite « nationaliste révolutionnaire ».
Les idées et valeurs de l’extrême droite se retrouvent à tant d’endroits aujourd’hui qu’il nous est impossible de tout traiter en détail. Nous aurions pu, par exemple, présenter longuement Romain Gagnon (ing.), auteur raciste et masculiniste et vice-président des Sceptiques du Québec, pour qui il signe des textes dénonçant le port du hidjab et le prétendu « entrisme idéologique » islamique à l’Ordre des ingénieurs du Québec. L’intolérance des Sceptiques du Québec à l’égard des transidentités est si forte que l’association a été exclue, en 2022, de la Fédération des Initiatives pour le Développement de l’Esprit critique et du Scepticisme Scientifique. Sans nécessairement qualifier ces groupes d’« extrême droite », on peut tout de même constater de fortes crispations d’intolérance face aux personnes trans et aux communautés musulmanes dans le collectif féministe Pour le droit des femmes (PDF) et dans le Réseau éducation, sexe et identité (RÉSI), par exemple, qui s’affichent pourtant comme progressistes.
Comme cette introduction le suggère, les précisions et les distinctions importent, et en tant que militant·e·s antifascistes soucieux·ses de convaincre le plus grand nombre de la réalité du danger, nous ne nous rendrions pas service en simplifiant à outrance une réalité complexe ou en confondant sans nuances tous ces différents acteurs. Selon nous, il est contre-productif, par exemple, de traiter un nationaliste conservateur de « nazi », par raccourci, car cela ne correspond pas à la réalité et risque d’émousser la force sémantique de chaque notion et, du même coup, de nuire à la portée de nos actions. Nous encourageons donc nos sympathisant·e·s à faire preuve de discernement et de précision lorsqu’il est question de l’écosystème d’extrême droite. C’est en partie pour cela que nous produisons cet état des lieux.
Ce qui suit est à la fois une mise à jour, trois ans après la publication de notre dernier état des lieux, et un tour d’horizon de l’extrême droite militante au Québec. En outre, ce texte se veut une analyse des différentes déclinaisons et des réverbérations des thèmes de l’extrême droite dans les sphères politiques, le commentariat ainsi que l’écosystème idéologique et propagandiste qui se développe en ligne.
///
Bilan de la CAQ et surenchère nationaliste
Le virage identitaire d’une partie de la classe politique québécoise ne date pas d’hier. De l’avis de plusieurs[1], le milieu indépendantiste a entamé un repli en ce sens dès le lendemain de la défaite référendaire de 1995, une dérive qui s’est accélérée au cours des années 2000 avec la crise des « accommodements raisonnables », stimulée à des fins électoralistes par Mario Dumont et l’Action démocratique du Québec (ADQ), et qui s’est poursuivie avec l’épisode de la « Charte des valeurs québécoises » pilotée par Bernard Drainville, alors ministre du Parti Québécois. Ce déplacement d’un nationalisme plus civique (« Quiconque vit au Québec est Québécois·e ») à un nationalisme surtout ethnique (« Nous », la majorité d’origine canadienne-française, contre « eux », les minorités) s’est confirmé avec la victoire de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et la mise en œuvre de son programme législatif liberticide.
Nous avons déjà montré la façon dont la CAQ avait transporté au gouvernement les revendications de La Meute : cela s’est vérifié tout au long de ses deux mandats, avec la réduction des seuils d’immigration et les paniques artificielles sur la « capacité d’intégration », l’insistance démagogique sur les risques que ferait peser l’immigration sur la cohésion sociale et l’identité québécoise, l’introduction de nouvelles conditions à l’intégration, et la discrimination ciblée des minorités religieuses sous couvert d’une laïcité dévoyée et grossièrement instrumentalisée avec la Loi 21, puis le projet de Loi 94. Pour le gouvernement, chaque problème en est venu à n’avoir qu’une seule cause : l’immigration. La crise du logement : l’immigration. Les problèmes à l’école : l’immigration. Le sexisme au Québec : l’immigration. Etc. Comment s’étonner alors que Bernard Drainville, dans le cadre de la course à la chefferie du parti, ait fait ouvertement référence à la « préférence nationale », un concept discriminatoire tout droit importé de l’extrême droite française. Et c’est sans rien dire de la continuation de l’entreprise de démantèlement néolibéral et du recours de plus en plus décomplexé par la CAQ à des procédés autoritaires pour imposer son programme de merde, notamment la clause de dérogation aux dépens des droits individuels fondamentaux.
À la faveur d’une manipulation constante de l’opinion publique dans certains médias grand public (ce que nous examinerons plus loin), et suivant les succès apparents de la CAQ à cet égard, la question identitaire est devenue tellement centrale qu’elle prend souvent préséance aujourd’hui sur les enjeux économiques fondamentaux et détermine largement la teneur des débats et les orientations des partis à l’approche de la prochaine séquence électorale. La classe politique québécoise de 2026 est empêtrée dans une surenchère, à savoir qui sera le plus nationaliste et qui parmi les nationalistes sera le plus réactionnaire. Ces débats éclipsent complètement un grand nombre de questions d’importance majeure pour l’avenir de la nation concernée.
De tous les acteurs et actrices engagé·e·s dans cette course vers le bas, le chef du Parti Québécois (PQ), Paul Saint-Pierre-Plamondon, est peut-être le moins subtil et le plus irritant. Lui qui, quelques années à peine avant de prendre la direction du parti, vantait encore les vertus de l’ouverture et de l’inclusion, a opéré un retournement de veste complet et racole désormais ouvertement l’électorat d’extrême droite par soif du pouvoir. À quoi bon se priver d’être raciste, si cela permet de devenir premier ministre? Par exemple, il savait exactement ce qu’il faisait lorsqu’il a accordé une entrevue de fond à Rebel News et, quelques jours plus tard, lorsqu’il a répondu à une question de Léo Dupire, le porte-parole de QuébecFier (proche du Parti conservateur du Québec), dans le cadre d’un townhall du Centre pour Israël et les affaires juives (CIJA) en brandissant la menace que ferait planer le « frérisme » (en référence aux Frères musulmans égyptiens) sur le Québec. Ce délire est tout droit sorti du répertoire de l’extrême droite européenne, ce qui n’a pas empêché le chroniqueur du Devoir et ancien chef du PQ, Jean-François Lisée, de le reprendre peu après pour justifier les propos douteux de PSPP. Les prises de position récentes et la rhétorique endurcie de ce dernier trahissent ainsi son intention de grappiller les votes des droitistes déçus pour qui la CAQ n’est pas allée assez loin dans les politiques anti-immigration, l’islamophobie et l’antiwokisme tous azimuts. Pour l’instant, le PQ continue de promettre un référendum sur l’indépendance dès un premier mandat s’il est élu, mais il est permis de se demander ce à quoi ressemblerait un Québec souverain sous une pareille direction.
La course à la succession de François Legault à la tête de la CAQ a exposé plus crûment que jamais la tension qui existe au sein de ce parti entre son flanc nationaliste identitaire, incarné par Bernard Drainville, et son flanc « autonomiste », plus modéré et centré sur la mission économique néolibérale. Ce dernier camp a remporté la course, mais il serait naïf de croire que Christine Fréchette et son entourage céderont la rhétorique identitaire au PQ au cours de la campagne électorale. D’autant plus que Drainville qui, dit-on, « comptait beaucoup de partisans parmi le personnel politique », n’a pas cédé son influence sur le parti.
Quant au Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime – la seule formation, soit dit en passant, que les médias traditionnels décrivent régulièrement comme étant « de droite » –, il semble qu’après avoir réprimé le courant nationaliste au sein de ses propres rangs, il s’emploie maintenant à contester à la CAQ la ligne « autonomiste » en préférant consolider ses appuis sur la base « libertarienne » de la couronne de Québec à l’approche des élections, plutôt que de s’engager franchement dans la surenchère identitaire. Notons tout de même l’entrée du PCQ à l’Assemblée nationale du Québec, suite au recrutement de la députée indépendante et ex-caquiste Maïté Blanchette Vézina en avril 2026.
Quoi qu’il en soit, le prochain cycle électoral s’annonce comme un shit show innommable, dont l’extrême droite risque d’émerger renforcée, à tout le moins sur le plan de la visibilité et de la guerre des idées que mènent ses principaux idéologues.
MBC et le nationalisme conservateur
Mathieu Bock-Côté (MBC), dont le fonds de commerce consiste depuis belle lurette à calomnier l’Islam, l’immigration, les « néoféministes » et les personnes trans, a poursuivi sa dérive fascisante, notamment en publiant l’an dernier un nouveau livre (Les deux Occidents, 2025) pour dénoncer — encore et toujours — le diabolique « régime diversitaire ». Il y critique les États libéraux comme la France, qu’il compare sans rire au système totalitaire de l’URSS, ce qu’il avançait déjà dans son livre précédent, Le totalitarisme sans le goulag (2023), mais qu’il réitère ici avec encore plus de hargne et d’hyperbole.
Il défend par ailleurs la ligne autoritaire du trumpisme, qui répondrait selon lui aux aspirations du « vrai » peuple… Ce dandy mondain se présente ainsi encore comme un « dissident » et continue de rejouer inlassablement la cassette qu’il use depuis presque 30 ans : l’extrême droite n’existe tout simplement pas (ses critiques seraient d’ailleurs incapables de la définir), et qualifier une personne ainsi n’a pour seul objectif que de la disqualifier de l’espace public par des moyens malhonnêtes.
Il a, dans le même esprit, défendu une grande manifestation xénophobe en Grande-Bretagne en septembre 2025, organisée par le militant anglais Tommy Robinson, et à laquelle Éric Zemmour (qui a servi de mentor à MBC dans l’écosystème médiatique français) a été invité à prendre la parole. À en croire MBC, tout cela n’a rien à voir avec l’extrême droite, car le bon peuple anglais ne fait que défendre son identité : « La manifestation de Londres n’avait rien de honteux. L’associer à “l’extrême droite” relève du salissage », a-t-il même osé déclarer. Pourtant, même les médias auxquels il collabore au Québec — Journal de Montréal et TVA — et en France — CNews et Le Figaro — qualifient Tommy Robinson de militant d’« extrême droite »!
Pour bien saisir l’état d’esprit de MBC, il est aussi intéressant de rappeler sa défense de Nigel Farage, un politicien d’extrême droite anglais qui a dirigé le parti Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et qui est aujourd’hui à la tête du parti Reform UK. D’après Mathieu Bock-Côté, il s’agit d’« un homme tout à fait honorable, qu’il est scandaleux d’extrême-droitiser, [il] a été un acteur majeur de la longue campagne pour le Brexit et la restauration de la souveraineté britannique. […] Vrai tribun, homme de culture, drôle et éloquent, militant pugnace aux convictions inébranlables, il est parvenu à transformer le débat public ». Or, le journal The Guardian révélait, en mars 2026, que cet « homme tout à fait honorable » a accepté d’être payé par Diagolon, le groupe suprémaciste blanc canadien, pour enregistrer des vidéos en appui aux actions de ses leaders, dont le « Road Rage Terror Tour ».
S’il s’entête à répéter qu’il ne faut surtout jamais associer qui que ce soit à l’extrême droite, cette fameuse « catégorie fantomatique », Mathieu Bock-Côté ne se gêne pas pour sa part de qualifier régulièrement les « antifas » d’« ultra-gauche » et d’« effondrés psychiques » ultraviolents (et apparemment très riches), les désignant même comme les « vrais fascistes », reprenant une formule dont la profonde absurdité n’a pas empêché qu’elle devienne un cliché omniprésent dans les milieux réactionnaires. Bien d’autres l’ont remarqué avant nous : une partie du modus operandi de MBC consiste précisément à faire lui-même ce qu’il reproche constamment à ses adversaires.
Bock-Côté fait régulièrement la promotion de leaders de l’extrême droite française, comme Éric Zemmour et Marion Maréchal LePen (avec qui il a été récemment aperçu dans un chic restaurant parisien). Enfin, il n’est pas seulement le chouchou des milliardaires propriétaires de médias de masse, il est aussi l’enfant chéri de magazines d’extrême droite, faisant par exemple la Une du numéro de janvier 2026 de la revue Éléments : Pour la civilisation européenne, fondée par Alain de Benoist et qualifiée de revue de la « Nouvelle Droite », aujourd’hui proche de la Nouvelle librairie, établissement d’extrême droite logé à Paris.
MBC forme par ailleurs une relève, dont Étienne-Alexandre Beauregard (ÉAB) est sans doute la figure la plus en vue, après Philippe Lorange. MBC a notamment invité ÉAB à ploguer son livre sur « l’effondrement de la civilisation occidentale » (sous l’effet des valeurs de gauche, évidemment) à son émission sur CNews en octobre 2025. Celui-ci a aussi eu la chance d’être interviewé, dans la même tournée en France, par des journaux d’extrême droite comme Frontières et Causeur. Au Québec, ÉAB a aussi été le rédacteur des discours de François Legault pendant plusieurs années. Notons son invitation récente par le comité du PQ à l’Université Laval pour une conférence « sur la nation québécoise ».
Il est incontestable que MBC et son poulain ont exercé une influence sur les orientations de la CAQ et que par conséquent, la tendance nationaliste conservatrice que représentent Bock-Côté et Beauregard, laquelle garde un pied dans le libéralisme autoritaire et un autre dans l’extrême droite, a déteint sur la culture politique au Québec. C’est en partie de cette brèche politique, ou du moins de cet univers idéologique, qu’a notamment pu émerger une organisation comme Nouvelle Alliance.
Nouvelle Alliance (et cie)
Nous avons publié au fil des ans de nombreux articles et interventions concernant le groupuscule nationaliste identitaire Nouvelle Alliance (NA), lequel a par ailleurs fait l’objet d’une certaine attention médiatique au printemps 2025. En mai 2024, nous décrivions NA comme « une nouvelle organisation politique séparatiste à caractère ultranationaliste » dont « les membres fondateurs et principaux militants […] sont d’anciens membres [du] groupuscule [Front canadien-français (FCF)], proche émule des cercles ultracatholiques fascisants du Québec ».
Dans le même article, nous écrivions :
« Un examen rapide de leurs plateformes de médias sociaux révèle un très grand nombre de sympathisants (groupes et individus) identifiés à l’extrême droite, affichant par exemple des symboles du fascisme, des courants identitaires européens, de l’ultranationalisme ou du nationalisme blanc, de l’alt-right, etc. »
Bien que toujours présente dans le paysage québécois, Nouvelle Alliance n’a pas connu une croissance importante dans les trois dernières années et ses effectifs militants semblent plus ou moins stabilisés à une cinquantaine de membres et proches sympathisant·e·s. Sa direction a toutefois travaillé très fort à développer un discours cohérent et à solidifier la base sympathisante du groupuscule.
Une ou deux fois par année, NA annonce une campagne de recrutement, dont la principale stratégie consiste à faire de l’affichage sauvage dans plusieurs villes : Montréal, Québec, Sherbrooke, Saint-Jean-sur-Richelieu, Valleyfield, etc., la plupart du temps autour des cégeps et universités. Les forces antifascistes ayant structuré leur opposition à NA dans les dernières années, ces affiches ne restent jamais bien longtemps en place et ne servent vraiment à l’organisation que par la diffusion sur Internet de photos de ses militants « en action ».
Mentionnons que si la branche montréalaise de NA est théoriquement la plus importante, peu de membres résident réellement en ville et dans les quartiers centraux, qui leur sont très hostiles.
Un ancrage à droite plus assumé
Présentée à sa fondation comme une sorte de coalition Frankenstein de séparatistes issu·e·s de tous les camps politiques (le fameux « ni de droite ni de gauche; mais nationalistes »), l’organisation a peu à peu abandonné cette posture pour enfin admettre en 2025, à l’occasion de la participation de François Gervais au podcast d’Alexandre Cormier-Denis, que cela n’était qu’un vernis et que NA campait effectivement très à droite sur le spectre politique.
Dans la même séquence, Gervais a accordé un très long entretien en forme de manifeste à la revue Le Harfang, pour l’ultime numéro de cet organe de propagande de la défunte Fédération des Québécois de souche (FQS). Rappelons que ce dernier projet avait été fondé en 2007 par des néonazis et qu’il s’est plus tard refondé comme un chapiteau pour toutes les tendances de l’extrême droite au Québec.
Nouvelle Alliance a également organisé un événement public dans les locaux de la Société Saint-Jean Baptiste à Trois-Rivières, en septembre 2025, dont les conférenciers invités étaient David Leroux, un essayiste antilibéral (manifestement admirateur de Carl Schmitt et de Julius Evola), notamment préoccupé par la réhabilitation du terme « fascisme », et François Dumas, qui animait dans les années 1990 le Cercle Jeune nation, un groupe de réflexion d’extrême droite inspiré par la Nouvelle Droite française et ayant servi de modèle autant à la Fédération des Québécois de souche qu’à la génération actuelle de fachouillards ethnonationalistes qu’incarne Alexandre Cormier-Denis. Notons d’ailleurs que la chaîne Telegram du Harfang sert désormais exclusivement de relais pour les publications du blog Jeune nation…
Le culte du chef
Un point de vigilance important pour les futures mobilisations antifascistes est la posture de chef suprême de Francois Gervais au sein de SON organisation, le bébé qu’il a fondé et qu’il finance, dit-on, de sa poche. Plusieurs ex-membres de Nouvelle Alliance se sont confiés à nous à cet égard : il semble que le culte du chef y soit bien, bien présent. C’est un trait plutôt commun pour ce genre de groupes (comme La Meute, pour ne prendre qu’un exemple), qui valorisent une hiérarchie forte.
Le cordon sanitaire souverainiste
Les différents éléments mentionnés ci-dessus ont sans doute fortement contribué à précipiter l’isolement de NA au sein du mouvement souverainiste. Les positions de plus en plus assumées à l’extrême droite, associées à l’évidente psychorigidité du chef (ou du comité de direction, par effet de contagion), conjuguées bien sûr aux efforts antifascistes, ont fermé un certain nombre de portes à NA :
Le 19 mai 2025, les militants de Nouvelle Alliance sont empêchés de se réunir à leur rassemblement pour la Journée des patriotes à la statue de Dollard des Ormeaux, au parc Lafontaine à Montréal. Débutée tôt le matin, une « Fête populaire contre le fascisme », organisée par un groupe ad hoc qui allait bientôt se retrouver sous la bannière du Front antifasciste populaire, réunit plus de 300 personnes et occupe le terrain tout au long de la matinée.
En après-midi de la même journée, les OUI Québec et la Société-Saint-Jean-Baptiste ont prévenu NA que son contingent ne serait pas le bienvenu dans la manifestation traditionnelle débutant au Carré Saint-Louis. La cinquantaine de membres et de sympathisant·e·s de NA s’y rendent tout de même, mais sont empêché·e·s de se joindre au rassemblement par un service d’ordre antifasciste improvisé. Ils seront ensuite maintenus à distance de la manifestation par la police.
Le 20 septembre 2025, NA tente un nouveau coup, cette fois-ci en annonçant une manifestation au départ de la statue de Jeanne d’Arc, à Québec. En vain, car la cinquantaine de militant·e·s et sympathisant·e·s se font littéralement encercler et assiéger par environ 200 souverainistes de gauche et d’allégeance antifasciste. NA ne sera jamais en mesure de quitter son point de départ et ses membres devront piteusement se résoudre à quitter les lieux.
Le 25 octobre 2025, rebelote avec une marche des OUI Québec pour célébrer les 30 ans du référendum de 1995. Cette fois-ci, l’appel officiel à manifester précise que : « Dans le respect des valeurs fondamentales du Québec égalité entre les femmes et les hommes, laïcité et nationalisme civique, nous affirmons que les personnes affiliées à des organisations nationalistes ethniques, intégristes religieuses, royalistes ou misogynes ne seront pas admises aux activités ni aux instances de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et des OUI Québec. »
La veille de la manifestation, des affiches visant l’exécutif des OUI Québec avaient été posées autour du carré Saint-Louis et signées par « La Flèche Nationale », le one-man-groupuscule d’un certain Vincent Lewis, une cloche fêlée de l’ASLN (voir ci-dessous) qui se colle sur Nouvelle Alliance et envoie régulièrement à des personnalités de gauche des lettres de déchéance de nationalité québécoise en prévision de l’indépendance du Québec. Ça fait rêver…
À la suite de tous ces revers de mobilisation, NA s’est repliée à Belœil pour lancer sa nouvelle revue, Le Franc-Renard, en mars 2026. Cet évènement « public » était toutefois organisé sous haute sécurité, puisqu’il fallait s’y inscrire en fournissant son nom, un numéro de téléphone et même une pièce d’identité! Malheureusement pour eux, le lieu de l’évènement a quand même été repéré par les forces antifascistes, et le propriétaire du restaurant les a mis à la porte aussitôt qu’il a été informé de la vraie nature de cette activité. Encore une fois, les membres de NA ont piteusement quitté les lieux pour se replier discrètement sur un autre établissement, tout en offrant une autre belle occasion de les prendre en photo…
L’ASLN et Billy Savoie
En assumant son positionnement à l’extrême droite, NA a dû se doter d’une « aile gauche » pour faire bonne figure et maintenir sa fausse posture « ni ni ». Au courant de 2025, l’organisation commence à montrer des signes de rapprochement avec l’Action socialiste de libération nationale (ASLN). Il s’agit de l’ex-Parti Communiste du Québec (PCQ), qui avait subi un coup d’État idéologique mené par deux individus : Sébastien Paquette et le désormais tristement célèbre Billy Savoie, à qui nous avons consacré un article en octobre 2025. Opérant un virage national-bolchevik plus ou moins assumé, les deux « chemises brunes » (puisque c’est littéralement la couleur choisie pour leur uniforme scout cringe, orné d’un logo combinant une fleur de lys à un fusil d’assaut AK-47), prennent le contrôle de l’organisation et en expulsent les voix dissidentes. Par ailleurs, une partie de l’organisation restée fidèle aux idéaux de gauche se structure finalement autour du journal Le Partisan québécois.
En mai 2025, NA et l’ASLN organisent ainsi un « débat des chefs », où l’on ne débat finalement de pas grand-chose, puisque les « chefs » se trouvent à être plutôt du même avis sur tous les enjeux. La rumeur se répand alors que les deux groupes envisagent de fusionner, mais le mariage n’aura pas lieu. Les deux groupes se regroupent toutefois en contingent dans plusieurs des actions ratées décrites ci-dessus.
À la suite de la publication de notre dossier sur Billy Savoie à l’automne 2025, Billy a été suspendu de son emploi d’enseignant au secondaire au Centre de services scolaire du Pays-Des-Bleuets, le temps de l’enquête, et a perdu sa direction de thèse à l’UQAC. Après avoir brièvement réintégré son emploi, l’établissement scolaire l’a congédié de manière terminale après une « récidive de sa part ». Un coup dur qui ne l’a pas empêché de poursuivre sa carrière d’influenceur de la haine en solo sur les réseaux sociaux.
La dimension « catho tradi »
Nous avons rappelé ci-dessus le lien de filiation entre NA et le Front canadien-français, lequel avait un caractère explicitement ultracatholique. NA s’est quelque peu défait de cette image pour adopter un ton plus laïc, ou du moins catho-laïque, mais certains de ses membres sont pratiquants et intègrent cette dimension à leur militance. C’est le cas par exemple de Jean-Philippe Desjardins Warren, qui s’est affiché avec les couleurs de l’Academia Christiana, une organisation catholique traditionaliste rattachée à l’extrême droite française. D’autres personnages gravitant dans l’orbite de NA appartiennent à cette même tradition, dont David Leroux, qui était conférencier à l’événement de septembre à Trois-Rivières, était présent au lancement de la revue de NA à Belœil, et dit vouloir écrire pour les prochains numéros de ce journal. L’élément catholique traditionaliste est donc encore bien présent chez NA.
On le constate aussi dans les interactions sur les médias sociaux avec un certain nombre de personnages connus de ce milieu, dont les militants du projet médiatique Action Vitale, Nicolas Roseberry-Verreault et Philippe Letellier-Martel, dont le premier a d’ailleurs été aperçu dans le contingent de NA le 19 mai 2025 à Montréal, ainsi que d’autres individus et groupes proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), comme les éditions Avant-Garde et son directeur, Simon Demers. Ce dernier a notamment publié le livre de Cormier-Denis, participé à la manif avortée de NA à Québec le 20 septembre 2025, collabore à Libre Média (voir ci-dessous) et est fortement soupçonné d’être l’un des animateurs du projet RIXE, un club d’entraînement au combat (avec une présence en ligne) auquel participe Raphaël Lévesque d’Atalante Québec.
Par ailleurs dans la cathosphère…
La Campagne Québec Vie, avec à sa tête Georges Buscemi, est une organisation antiavortement qui sévit au Québec depuis près d’une quarantaine d’années et faisait déjà l’objet d’une forte opposition des antifascistes dans les années 2000. Ce groupe a longtemps organisé annuellement une marche anti-choix qui n’interpellait en général que peu d’intéressé·e·s. En 2024, la marche a changé de ton, pris le nom de « Marche pour la Vie » et réuni un premier contingent d’importance à Québec. En mai 2025, la deuxième édition de cette marche a été complètement déraillée par un très solide contingent pro-choix dans la Capitale-Nationale ainsi qu’un sabotage au départ des autobus montréalais. La campagne a récemment organisé une conférence « Génération Vie » à Montréal, dans les locaux de l’Église évangélique restauration, qui avait également accueilli le prédicateur-arnaqueur américain Sean Feucht lors de sa tournée canadienne en juillet 2025.
En octobre 2024, à Gatineau, des affiches anonymes — présumément d’une association chrétienne — sont apparues en face des deux campus Brault et Taché de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), propageant des discours antiavortement, homophobes et transphobes. La communauté universitaire, alertée par l’Alliance Queer de l’UQO et l’Association générale des étudiant·e·s (AGE-UQO), a rapidement réagi, arrachant les affiches et diffusant un autocollant rose « Pas de fachos à l’UQO ». La direction de l’UQO a par la suite déposé une plainte à la police. Dans la même région, des autocollants « Stop immigration » signés « Action française » sont apparus en avril 2026.
Un autre milieu où des cathos tradis trouvent un espace accueillant est la communauté virtuelle qui s’est créée autour du projet Nomos-TV.
Alexandre Cormier-Denis et NOMOS-TV
En septembre 2025, nous avons publié sur notre site un dossier sur Nomos-TV et Alexandre Cormier-Denis. Bien que cette attention soit arrivée bien (trop) tard dans l’arc de développement de Nomos, ce projet de propagande et de formation ethnonationaliste est désormais un point focal pour la communauté antifasciste locale.
Pour rappel, Nomos-TV est une webtélé axée sur la production constante de commentaires et d’analyses de l’actualité, principalement consacrée au renforcement de l’extrême droite dans la sphère nationaliste conservatrice :
« Selon ses créateurs eux-mêmes, la webtélé Nomos-TV s’inscrit dans une démarche de “réinformation”métapolitique[2], c’est-à-dire une œuvre de transformation des valeurs dominantes au sein de la société – par ce qu’on nomme par ailleurs la “guerre culturelle” – en vue de créer les conditions propices à l’exercice du pouvoir par la droite ethnonationaliste ultraconservatrice, un sous-ensemble de l’extrême droite que les principaux intéressés désignent sous l’euphémisme “droite nationale”. »
Ses principaux animateurs sont Alexandre Cormier-Denis et Philippe Plamondon, par ailleurs cofondateurs du club politique Horizon Québec Actuel (2016). Ils sont entourés d’une poignée de collaborateurs, dont Sébastien de Crèvecœur, et jouissent d’une infrastructure technique fournie par Aleck Loiselle, de l’entreprise Loiselle.solutions (laquelle offre aussi ses services au projet Lux Média d’André Pitre; voir ci-dessous).
Sont ainsi produites jusqu’à trois ou quatre émissions par semaine, généralement diffusées en direct, soit du studio aménagé dans l’immeuble dont Plamondon est propriétaire, sur la rue Saint-Urbain à Montréal (du moins jusqu’à avril 2026), soit vraisemblablement du domicile de Cormier-Denis. À l’occasion de la fête nationale, Nomos organise annuellement une diffusion web en direct intitulée « Saint-Jean de la Race ». Les activités de la webtélé sont financées par les abonnements ainsi que la vente de marchandise en ligne.
Au fil des ans, ACD a reçu sur son plateau et s’est entretenu avec un grand nombre de personnalités de l’écosystème de la droite conservatrice et de l’extrême droite au Québec, dont Raphaël Lévesque d’Atalante, les membres du Front Canadien-français et, plus récemment, Action Vitale, qui s’inscrit dans le même sillon catho-tradi. Ont aussi été invités, Léo Dupire de Québec Fier, l’essayiste Philippe Sauro-Cinq Mars du même entourage, David Leroux proche de l’Action Nationale, François Gervais de Nouvelle Alliance, et plusieurs autres. ACD a aussi collaboré plusieurs fois avec la revue Le Harfang de la Fédération des Québécois de souche.
Par ailleurs, ACD tient une chronique régulière sur la chaîne YouTube du média d’extrême droite français Frontières et se trouve régulièrement invité à collaborer à divers projets s’inscrivant dans la même ligne idéologique. Il est notamment un collaborateur régulier du suprémaciste blanc français Daniel Conversano, dont il était l’invité spécial au lancement de son livre portant sur l’histoire du racisme anti-Noirs, à Paris le 12 avril dernier. Lors de ce même passage à Paris, il a participé au colloque de l’Institut Iliade (Nouvelle Droite) et accordé de nombreux entretiens à différents médias numériques d’extrême droite, dont Radio-Courtoisie et la chaîne du média-activiste Vincent Lapierre.
Tout le projet idéologique de Nomos tient en quelques phrases : il faut urgemment s’extraire de la fédération canadienne et réaliser l’indépendance du Québec (et ce par décret unilatéral et non par voie de référendum, car le processus démocratique comporte un risque d’échec…); la survie de la « race » canadienne-française passe par un arrêt complet de l’immigration extraeuropéenne et non-blanche, qui est à la fois l’instrument et le résultat du « grand remplacement »; et les personnes racisées ou issues de l’immigration, considérées comme inférieures par défaut, exogènes par définition, et conséquemment, incapables de s’assimiler ou de participer à la construction de la nation québécoise, doivent être expulsées en masse (par la « remigration ») dans les plus brefs délais. Du même souffle, il faut dénoncer les libéraux multiculturalistes « remplacistes », les « gauchistes » et les « wokes », qui minent la vitalité nationale de l’intérieur.
Et en privé, c’est encore pire, comme nous l’avons montré dans un article documentant l’infiltration du clavardoir privé des membres abonnés de Nomos sur l’application Telegram. C’est là que la nature profonde du projet se révèle le plus clairement. « Métèques », « bougnoules », « n*gres », « sous-race », « racailles » ne sont que quelques-unes des charmantes épithètes que l’on retrouve sur une base régulière dans les discussions privées de la communauté « nomosienne ». Ici, tout – mais absolument tout – est interprété et analysé à travers le prisme du nationalisme ethnique, de l’« invasion migratoire », du combat civilisationnel et de la supériorité inhérente de la « race » canadienne-française. Sans surprise, la rhétorique hargneuse sur « l’ensauvagement », sur la supposée intelligence inférieure des personnes noires, sur le caractère « monstrueux » des personnes trans ou sur le danger civilisationnel du féminisme est complètement débridée et ne connaît aucune limite. Nomos-TV est donc un pôle central de l’extrême droite au Québec en 2026. Quiconque prétend encore le contraire est soit naïf, soit malhonnête.
Pourtant, lorsque Cormier-Denis a été invité à Télé-Québec en 2019, Sophie Durocher n’a pas hésité à se porter à sa défense après que l’humoriste Mehdi Bousaidan l’eut traité de raciste. Il a aussi fait des passages à Qub radio, Radio X, Radio Ville-Marie, sur le podcast de Rémi Villemure et sur plusieurs autres plateformes. François Fournier de la chaîne Ian & Frank lui a accordé un entretien, tout comme Jérôme Blanchet-Gravel de Libre Média. Plamondon et Sébastien de Crèvecœur tiennent quant à eux une chronique régulière à Radio X depuis plus d’un an. ACD a même fait l’objet d’un long portrait dans le journal Urbania en octobre 2025, qui se voulait « objectif », mais dont le principal intéressé s’est réjoui. Il faut dire que le journaliste avait fait le choix de clore son reportage en avançant qu’ACD met « à nu cette tentation autoritaire qui rôde dans nos démocraties et, peut-être, au fond de chacun de nous »… Avouons qu’il aurait été difficile de mieux le normaliser.
À la suite de l’action du Front antifasciste populaire le 23 avril 2026, qui avait organisé un rassemblement festif devant le studio d’enregistrement de Plamondon, tous ces personnages médiatiques, dont Benoit Dutrizac, lui ont gracieusement donné l’occasion de se poser en victime en diabolisant l’action non violente du Front Pop comme si c’était un acte « terroriste ».
Bref, ces individus haineux sont admis et leurs discours sont relayés dans des espaces conservateurs – et même soi-disant centristes –, ce qui montre bien la porosité extrême entre le conservatisme mainstream et l’extrême droite, porosité facilitée par toute une série de médias « alternatifs », d’influenceurs et de personnages publics servant d’amplificateurs du signal de l’extrême droite, ainsi qu’un certain nombre d’acteurs complices ou complaisants des médias traditionnels.
Médias « alternatifs », pseudo-journalistes, intellos et influenceur·euse·s
Il s’est développé au Québec, depuis quelques années, toute une constellation de pseudo-médias sur le web qui se targuent de défendre la liberté de penser « au-delà des dogmes et des tabous ». Ces derniers se contentent en réalité de régurgiter les dogmes de la droite dure, voire de l’extrême droite, surtout au sujet de l’immigration, de l’Islam et des transidentités, en plus de s’en prendre à la gauche progressiste et à la gauche radicale, toutes confondues dans la catégorie fourre-tout du « wokisme ».
Rebel News Québec
Rebel News Québec est une section locale de l’organisation d’extrême droite Rebel News(autrefois Rebel Media) fondée en 2015 par l’avocat et militant canadien Ezra Levant. La section québécoise a été lancée en avril 2017; en date de mai 2026, elle avait produit 430 vidéos, comptait 27 000 abonnés et revendiquait 2 700 000 visionnements. Ses principaux activistes sont Alexandra « Alexa » Lavoie, qui agit à titre de « reporter » de terrain, et Guillaume E. Roy, qui lui sert de caméraman.
Sur son site, le collectif militant se présente ainsi :
« Chez Rebel News Québec, nous suivons les faits peu importe où ils mènent — et quand ça va à contresens du récit de l’establishment, c’est notre mission de vous montrer l’autre côté de l’histoire! Nous abordons les enjeux sociopolitiques qui affecteront la vie des Québécois dans les années à venir, sans filtre ni censure. »
Or, son nom est doublement trompeur, car ce projet n’est ni rebelle ni un véritable média d’information. D’abord plutôt marginal et méconnu, il a gagné en influence au cours des dernières années sur les médias sociaux, et même sur la scène politique à l’occasion des manifestations propalestiniennes, qu’il cherchait activement à discréditer.
En avril 2025, lors des élections fédérales, les agitateur·trice·s de Rebel News ont aussi attiré l’attention en perturbant la conférence de presse qui suivait le débat des chefs en français, en posant des questions pour le moins orientées. Par exemple, ils ont demandé au chef du NPD ce qu’il pensait des « attaques répétées contre les chrétiens » et les « églises ciblées par du vandalisme ». Cette situation a convaincu la Commission des débats d’annuler le débat en anglais. Radio-Canada et même le Journal de Montréal ont alors qualifié le groupe comme appartenant à l’« extrême droite », à l’instar du Conseil de presse, qui a précisé dans une décision rendue en mars 2026 [#D2025-12-193] que Rebel News : « […] ne constitue pas un média d’information tel que défini par le Conseil de presse du Québec. La plateforme Rebel News peut plutôt être qualifiée d’organisation militante proche des milieux d’extrême droite ». Le Journal de Montréal avait aussi rapporté, à cette occasion, que Rebel News avait reçu environ 200 000 $ pour influencer la campagne électorale, en particulier pour encourager la mobilisation contre le Parti libéral du Canada.
Rebel News Québec a récemment profité de l’appétit des animateurs de Qub Radio pour les opinions d’extrême droite en se faisant inviter par Benoit Dutrizac (par exemple, le 16 avril 2025) ou encore par Richard Martineau (le 1er décembre 2025). La pseudo-journaliste Alexandra Lavoie a notamment pu y affirmer qu’elle « redoute ceux avec des keffiehs où on ne voit que les yeux […], souvent ils deviennent violents ». Richard Martineau s’est quant à lui désolé que Rebel News soient « les seuls » à parler des prières de musulman·e·s dans les rues de Montréal (9 avril 2026).
Les activistes de Rebel News manquent aussi cruellement de décence élémentaire. Pour ne citer qu’un exemple, Alexandra Lavoie a notamment poursuivi dans les rues la députée libérale Nathalie Provost pour lui demander si son objectif au gouvernement était de « pousser l’agenda du lobby Poly-se-souvient » pour le contrôle des armes à feu, évoquant la prétendue répression contre les membres de la Canadian Coalition for Firearms Rights (CCFR). Sans rire, Lavoie a alors accusé de « fascisme » un attaché politique accompagnant la députée qui levait la main pour cacher la lentille de la caméra. Pour mémoire, Nathalie Provost a certes milité pour le contrôle des armes à feu, mais il faut aussi noter qu’elle est elle-même l’une des étudiantes de Polytechnique ayant survécu aux tirs du tueur de l’attentat antiféministe du 6 décembre 1989 et qu’elle porte encore du plomb dans son corps.
Dans le même esprit d’agitation « avec pas d’classe », le 27 septembre 2025, Lavoie et son caméraman se sont disgracieusement pointé·e·s à la marche silencieuse pour Nooran Rezayi, le jeune homme assassiné par la police de Longueuil, visiblement dans le but d’en harceler les participant·e·s. Leur réaction délirante face aux antifascistes qui ont tenté de les repousser a provoqué une escalade policière contre la foule endeuillée.
Le modus operandi des têtes de Rebel News consiste ainsi à pratiquer un « journalisme d’embuscade », à harceler leurs opposantes idéologiques sous couvert de liberté de presse, et se poser ensuite en victimes lorsqu’elles sont repoussées. Cette formule éprouvée (d’ailleurs très répandue en Europe et aux États-Unis), exploitant l’appétit des algorithmes pour les chocs sensationnalistes, leur permet à la fois de gagner en popularité dans les médias sociaux et de recueillir toujours plus de dons en tirant profit de la crédulité de leur base. Nous restons de l’avis que la meilleure approche reste de les éloigner de nos activités et mobilisations, mais par des moyens tactiques et stratégiques réfléchis en conséquence.
Libre Média
Ce projet d’information, fondé en 2022, se présente comme « francophone, libre et indépendant ». Il compte aujourd’hui près de 40 000 abonné·e·s sur Facebook et plus de 25 000 sur X. Depuis 2023, son rédacteur en chef est Jérôme Blanchet-Gravel, un chroniqueur et polémiste conservateur, auteur d’un essai intitulé La face cachée du multiculturalisme (2018) et collaborateur du magazine français d’extrême droite Causeur, qui s’est notamment fait connaître pour ses fréquentes saillies misogynes et antiprogressistes. Blanchet-Gravel est épaulé par un comité de rédaction où l’on retrouve une belle brochette de personnages louches. Anne-Laure Bonnel, notamment, qui sert la propagande — et les intérêts — de la Russie, s’est fait connaître en lançant de fausses informations sur CNews (la télé française où s’époumone Mathieu Bock-Côté) au sujet de prétendus massacres de civils par les forces ukrainiennes. Un autre Français qui siège au comité éditorial, Alexis Brunet, a collaboré ou collabore toujours à des médias français, dont Front Populaire, de Michel Onfray, et Causeur, qui a publié une recension enthousiaste de son premier roman Grossophobie dans lequel il critique le « wokisme ». Francis Denis est, quant à lui, le réalisateur du documentaire Omerta scolaire (2025), consacré aux mobilisations contre les transidentités à l’école et coproduit par Libre Média et le Centre juridique pour les libertés constitutionnelles. Le président de cette dernière organisation, l’avocat John Carpay, avait comparé dans une conférence organisée par Rebel News le drapeau arc-en-ciel au drapeau nazi et a été radié du barreau du Manitoba pour avoir suivi et filmé un juge pendant la crise sanitaire de la COVID-19. Notons que Francis Denis a aussi été invité à Nomos-TV par Alexandre Cormier-Denis pour parler de son film à sa sortie. Philippe Labrecque, bardé de diplômes et auteur de Comprendre le conservatisme en 14 entretiens (éditions Liber, 2016), siège aussi au comité de rédaction de Libre Média et signe des textes dans lesquels il s’inquiète de la « noyade démographique, linguistique et politique du Québec », en plus de fustiger lui aussi le « wokisme ».
Les sujets de prédilection de Libre Média laissent peu de doute quant aux valeurs politiques de ses animateur·rice·s. Citons en exemple un article au sujet de l’enseignante Amanda Kakihi, qui affirme que « les regards insistants et déplacés » dans la rue proviendraient « toujours d’hommes issus de certaines communautés culturelles ». Notons que le jour même de la publication de cet article (le 8 mai 2026), elle était invitée à discuter du même sujet par Richard Martineau à son émission sur Qub. On s’inquiète ici que « le Québec se condamne à mourir » en raison de la baisse de natalité en pointant vers l’immigration musulmane dès qu’il est question de masculinisme, d’homophobie et de transphobie au Québec, en prenant du même souffle la défense d’activistes anti-LGBTQ+.
Indocile média
Le cas d’Indocile média est un peu particulier. S’affichant comme un « média », il ne s’agit en fait que d’un miroir grossissant dans lequel se reflète le narcissisme de Julien Garon-Carrier, le fondateur et surtout le seul (!) collaborateur. L’ego de cet individu est si démesuré qu’il ne tenait pas dans une simple page de médias sociaux, il lui a donc fallu se créer un « média » pour lui seul. Prétendant offrir « une information libre et sans compromis », Julien Garon-Carrier ne fait lui aussi que remâcher les mêmes platitudes de la droite et de l’extrême droite : une « immigration massive » subventionnée va « nous remplacer », la société est féminisée et le « virus woke » menace de tout détruire. Garon-Carrier s’offusque aussi de la prétendue violence de l’extrême gauche, de la militance trans et, bien sûr, des « antifas » (tout en citant George Orwell, oubliant sans doute que celui-ci était socialiste et… antifasciste). S’il n’a que très peu d’abonné·e·s sur les médias sociaux, sa stratégie de placement de produit — lui-même — semble plutôt bien fonctionner, puisque cette plateforme lui a procuré assez de visibilité pour qu’il soit invité à l’émission de Benoît Dutrizac à Qub Radio. Cela lui a permis d’exposer à un plus grand public ses critiques à l’endroit du rapport de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) documentant la recrudescence du sexisme, de l’homophobie et de la transphobie dans les écoles.
Comme nous l’avons révélé récemment (voir « Le clavardoir privé de Nomos-TV : incursion dans le safe space raciste d’Alexandre Cormier-Denis et ses suiveux ») Garon-Carrier est l’un des abonnés hyperactifs du forum privé de Nomos, où il s’y exprime candidement sur ses stratégies médiatiques avec d’autres abonnés aux pseudonymes explicitement racistes. Il s’y est réjoui, par exemple, d’avoir eu « deux ou trois moments de complicité » avec Dutrizac et d’avoir « au moins pu cogner sur l’université et les sciences sociales gauchistes ». En privé, cela dit, il se lâche en espérant que « le jour où on peut remigrer les métèques et les immigrants, je vais me porter volontaire pour contribuer à l’effort national ». Il se vante aussi d’offrir un « service d’intelligence politique », expliquant qu’il fusionne avec un robot conversationnel des fichiers de ministères et des municipalités qu’il croise avec des articles de médias, pour ensuite faire écrire un courriel de 120 mots qu’il envoie « au client potentiel »… Presque aussi futé que James Bond, ce Julien Garon-Carrier…
Québec Fier (Léo Dupire)
Québec Fier est un groupe de pression conservateur de type « libertarien » que Radio-Canada décrit comme une « usine à contenu » pour le Parti conservateur du Québec. Son activité se déploie majoritairement sur les médias sociaux, notamment sur Facebook, où sa page compte près de 240 000 abonnements. L’un de ses slogans sur la page d’accueil de son site web est « Un Québec FIER de ses origines, de sa langue, de sa culture, de ses traditions », ce qui l’ancre clairement dans le courant conservateur, et même réactionnaire du nationalisme québécois. Sa « mission » est de s’opposer à l’État qui « étouffe l’entreprise » privée, au « corporatisme syndical » et au « lobby environnemental ». La section « Impliquez-vous » présente un ramassis de causes à défendre, dont l’automobile à essence, le droit d’un « honnête citoyen » de défendre « sa famille contre un intrus » sans risquer la prison, l’abolition de la taxe carbone et, bien sûr, la liberté d’expression. On s’y oppose aussi au fédéral qui transfère « l’argent de nos impôts aux djihadistes du Hamas », à l’immigration qu’il faut réduire « dès maintenant » et, enfin, à l’intrusion des athlètes de sexe masculin (lire, des femmes trans) dans les sports féminins. Le groupe est dirigé par Léo Dupire, qui collabore aussi à Libre Média, où il signe des textes contre l’immigration et le « djiahadiste de Montréal », les femmes trans (qu’il qualifie d’« hommes trans ») et les femmes qui exerceraient la médecine grâce à de la « discrimination positive [qui] affaiblit nos sociétés ».
Stu Pitt et Lux Média
Lux Média (ex Stu Dio) est le projet d’André Pitre, alias « Stu Pitt » et de ses acolytes, dont le pénible Yann Roshdy. Il collabore avec Nomos-TV et a accueilli dans ses studios leur exécrable « Saint-Jean de la Race » à au moins deux reprises. Maxime Bernier, du Parti (pas très) populaire du Canada y a déjà été invité, ainsi que toute une ribambelle de personnages plus ou moins associés à la complosphère et à l’extrême droite. Autre fois organe de propagande pour La Meute, le projet sert maintenant de haut-parleur pour amplifier non seulement les idées d’extrême droite, mais aussi tout le répertoire moderne des fantasmes de complot. Fait à noter, Lux Média compte parmi ses collaborateurs Jean-François Gariepy, un nationaliste blanc extrêmement creepy issu de l’alt-right, dont il est avéré qu’il a été financé par Jeffrey Epstein et qui est fortement soupçonné d’être mêlé à la disparition irrésolue de son ex-conjointe.
Quelques figures intellectuelles
David Leroux est un influenceur discret de l’écosystème nationaliste identitaire. Il s’inscrit dans le même courant que Nomos-TV (dont il est d’ailleurs toujours abonné au clavardoir privé) et se nourrit des mêmes influences, dont Carl Schmitt et la Nouvelle Droite. Il a publié un essai en 2018 et collabore à la revue L’Action nationale. Catholique traditionaliste, il retient de l’intellectuel fasciste Julius Evola son « rejet de la modernité », prône une forme de « démocratie illibérale » et souhaite voir le nationalisme québécois se refonder en mode ethnique et identitaire. Mathieu Bock-Côté a fait l’éloge de Leroux dans une chronique de 2020, et celui-ci a accordé un long entretien à Alexandre Cormier-Denis en 2025. Dans la dernière année, Leroux s’est rapproché de Nouvelle Alliance, ayant notamment contribué à la revue du groupuscule, Le Franc-Renard , ce qui donne à penser qu’il exercera sur le groupe une certaine influence dans les prochains temps.
Philippe Sauro-Cinq-Mars est un autre influenceur intellectuel de la sphère nationaliste agressivement anti-progressiste. Ayant lui aussi accordé un entretien à Nomos-TV en juin 2025, il a ses entrées dans les médias traditionnels, notamment au 99,5 (Qub Radio), et collabore en tant que chroniqueur à Libre Média.
Les partis marginaux
Sur le plan des formations politiques, le portait n’est guère reluisant pour les droitards.
Le Parti patriote (fédéral) de Donald Proulx et Carl Brochu a été radié en 2022, faute d’avoir fourni un compte de dépenses au DGE.
Le parti de l’Union nationale (provincial) du coloré Jonathan Blanchette (alias « Jo L’Indigo ») est lui aussi en voie d’être radié, puisque son chef a écopé d’amendes de près de 120 000 $ pour avoir produit de faux reçus et que ses fonds sont gelés.
Le Parti nationaliste chrétien (PNC) du néonazi Sylvain Marcoux n’a quant à lui jamais réussi à se faire reconnaître, Élections Québec ayant jugé que le parti faisait de l’incitation à la haine.
Cette recension nous a de plus donné l’occasion de découvrir l’existence du Parti libertarien du Québec (autorisé en 2022), dont le susmentionné Yann Roshdy est apparemment chef depuis septembre 2025, et dont le représentant officiel est Charles Olivier, un hurluberlu du Saguenay.
À l’échelle municipale, le parti Action Montréal est dirigé par Gilbert Bilodeau, collaborateur de longue date de Lux Média, où il a longtemps animé l’émission Le Candidat. Aux élections municipales de novembre 2025, il a tout de même remporté la troisième place avec 10,16 %.
Un bouquet d’influenceurs, de crackpots et d’inclassables
La fachosphère québécoise, qui évolue principalement dans les médias sociaux, compte tant de personnages, souvent franchement disjoncté·e·s, qu’il nous serait impossible de les mentionner tous et toutes. En voici un minuscule échantillon :
Éloïse Boies est l’animatrice du podcast « Élo Veut savoir », l’un des nombreux « médias alternatifs » ayant émergé de la complosphère québécoise durant et après la pandémie de COVID-19. Elle fait toutefois partie de ceux qui ont réussi à se professionnaliser et à rayonner plus largement. Sa page Facebook compte aujourd’hui 63 000 abonné·e·s. Sous une apparence de curiosité intellectuelle de bon aloi, elle tient notamment une ligne dure antiwoke et transphobe, et reçoit régulièrement des invité·e·s associé·e·s à la droite très conservatrice, généralement avec une teneur « conspirituelle ». Éloïse Boies a accordé un entretien à Nomos-TV en juillet 2025.
Matt Tremblay (pseudonyme) est un nouveau personnage dans l’écosystème de l’extrême droite québécoise. Il est apparu dans les derniers mois sur les médias sociaux, notamment sur Facebook et TikTok, où il multiplie les vidéos de commentaires réactionnaires. Il reprend entre autres les mêmes thèmes anti-immigration que les éléments les plus crinqués du milieu identitaire fascisant, dont Nomos-TV. Il a participé récemment à la fondation d’une nouvelle patente à gosse d’extrême droite, la Corporation du Front National, qui se présente comme : « Une corporation dédiée à l’avancement des intérêts nationalistes par le développement stratégique de produits, la création de communautés-usines nationalistes et le déploiement de nos capacités opérationnelles avancées afin de soutenir et d’habiliter les groupes et organisations alignées avec les intérêts nationalistes. » Le 3 mai dernier, il a annoncé avoir reçu la visite de la GRC, qui lui aurait dit de « faire attention à ce qu’il dit ». Fait à noter, Julien Garon-Carrier d’Indocile Média a plus ou moins endossé cette initiative dans le clavardoir privé de Nomos, en disant être en contact avec les initiateurs du projet.
Mandana Javan est une militant nationaliste « prolaïcité » et islamophobe d’origine iranienne qui a pris énormément de place dans l’espace public au cours de la dernière année, notamment en organisant une série de manifestations « contre les prières de rue » devant la basilique Notre-Dame. Elle est aussi une sioniste enragée et s’est notamment affichée drapée d’un drapeau israélien dans les manifestations de soutien à la guerre d’agression israélo-américaine en Iran. Constamment en quête d’attention, elle a annoncé sur Twitter en décembre 2025 avoir déposé son dossier de candidature au Parti Québécois (dans la circonscription de Taillon) pour lequel elle milite activement; au moment d’écrire ces lignes, on ne sait toujours pas si le PQ osera prendre ce risque. Mandana Javan est régulièrement invitée à Qub Radio.
Annie-Ève Collin est une enseignante au collège Ahuntsic et militante féministe anti-trans ayant pris beaucoup de visibilité dans les milieux conservateurs et conspi au cours des dernières années. Elle milite pour l’organisation féministe laïcarde et transphobe PDF Québec et a été plusieurs fois invitée à intervenir à Qub Radio, notamment au micro de Benoît Dutrizac et de Sophie Durocher.
Yves Claudé est un ancien enseignant de sociologie au Cégep dont le livre sur le mouvement skinhead au Québec a connu un certain succès d’estime dans les années 1990, y compris dans les milieux de gauche. Il avait d’ailleurs jadis milité en périphérie de la Ligue antifasciste de Montréal (LAM). Il a écrit pendant plusieurs années dans l’Aut’journal et dans Presse toi à gauche, avec une perspective plutôt à gauche. Il est depuis devenu un vase communiquant des politiques et des groupes d’extrême droite locaux (La Meute, Front patriotique du Québec, etc.) et plus récemment, français, relayant compulsivement sur les réseaux sociaux des publications du Rassemblement national, de Reconquête! (le parti d’Éric Zemmour classé à l’extrême droite) ou du média d’extrême droite Frontières. En bon petit soldat orwellien, il adore manier la novlangue la plus absurde et pratique l’inversion de sens avec délectation. Ainsi, les antifascistes deviennent les « nouveaux fascistes post-modernes », hyper violents, alliés des milices islamistes qui seraient infiltrées dans les mouvements politiques et les mouvements sociaux pour favoriser le « grand remplacement ». Bien qu’il ne jouisse pas d’une grande popularité ni d’une grande audience, ces publications ulcérées et compulsives sont souvent relayées par d’autres acteurs du milieu d’extrême droite, et même parfois par certaines figures médiatiques. Le parcours de vie d’Yves Claudé est tristement symptomatique d’une certaine gauche nationaliste dont la peur paranoïaque de l’Islam et le patriotisme poussiéreux ont fait tomber dans les bras de l’extrême droite.
« Roxanne Labanane » est une influenceuse et podcasteuse, qui donne dans le sarcasme insistant pour véhiculer des idées transphobes et anti-progressistes, en général dans des vidéos à l’humour lourdingue dont on a rapidement fait le tour. Elle participe néanmoins à la chambre d’échos de l’extrême droite avec son podcast, Grille Neurones, où elle a entre autres reçu Alexandra Lavoie de Rebel News.
Requiem pour les Farfadaas — Le mouvement des Farfadaas, dirigé par Steve « l’Artiss » Charland, ex-lieutenant de La Meute, avait fait parler de lui dès 2021, puis avait bénéficié d’une forte attention médiatique en 2022 durant le mouvement dit du « Convoi de la liberté ». Accusé de méfaits lors de cette mobilisation, Charland a été condamné à six mois de prison avec sursis en mai 2025. Fin 2023, le groupe bat de l’aile et Charland est accusé d’une gestion sectaire par certains membres, qui claquent la porte. Le groupe est finalement dissous et ne fait plus parler de lui. À notre connaissance, ses anciens membres ne sont pas connus pour être impliqués dans les activités de groupes d’extrême droite, mais ce petit milieu reste à surveiller.
Du côté des médias institutionnels
Comme nous l’avons vu tout au long de cet état des lieux, une partie des médias institutionnels fait montre d’un véritable « problème facho ». C’est le cas bien sûr de la Radio X, mais aussi de Qub Radio (99,5), dont les animateurs vedettes (Benoît Dutrizac, Richard Martineau, Sophie Durocher, etc.) reçoivent régulièrement plusieurs des personnalités présentées dans le présent document. Le Journal de Montréal compte quant à lui un grand nombre de chroniqueurs (Bock-Côté, Joseph Facal, Richard Martineau, Sophie Durocher, Nathalie Elgrably-Lévy, etc.) qui ressassent à longueur de temps les mêmes obsessions réactionnaires, dont l’antiwokisme.
Jacinthe-Ève Arel est une ancienne de la CAQ qui s’est présentée pour le PCQ en 2022. Elle est devenue une figure médiatique régulièrement appelée à commenter l’actualité du point de vue de la droite conservatrice « libertarienne », notamment à Radio-Canada. Depuis février 2025, elle anime sa propre émission au 99,5 (Qub Radio), où elle sert de courroie de transmission pour la « droite économique » et le PCQ d’Éric Duhaime. Elle coanime aussi une émission les week-ends avec Rémi Villemure.
Christian Rioux — Seul correspondant à Paris du journal Le Devoir, Christian Rioux y distillait depuis des années les idées de l’extrême droite française, entre autres une islamophobie pugnace et des critiques vilaines de l’« immigration de masse » qu’il associait à une « submersion migratoire », des féministes et des trans, en plus de dénoncer le « théâtre antifasciste ». Il a *finalement* été remercié de ses services en décembre 2025 pour être immédiatement recruté par le Journal de Montréal, où il a signé pas plus tard qu’en février 2026 une première chronique… contre la nourriture halal! On peut trouver ici un aperçu de la qualité de ses chroniques excessivement répétitives et prévisibles.
Malgré le départ de Rioux, cela dit, Le Devoir ne donne pas sa place en matière de commentaire antiwoke, notamment sous la plume de Patrick Moreau (enseignant à Ahuntsic et collaborateur au 99,5 Qub Radio), et de l’éternelle éminence grise du PQ, Jean-François Lisée, lequel sévit également comme commentateur-analyste à l’émission « Mordus de politique » à Radio-Canada.
Les nazis
Le Frontenac Active Club (FAC)
Le principal projet à caractère néonazi au Québec, ou du moins le plus visible, est le Frontenac Active Club (FAC), dont la figure de proue et principal militant est Shawn Beauvais-MacDonald. Après la parution de notre exposé sur le FAC, en août 2024, le groupuscule suprémaciste blanc, section locale du réseau international des Active Clubs, ne semble jamais être retombé sur ses pieds. Les messages originaux sur la chaîne Telegram du groupe se font de plus en plus rares, les quelques posts restants n’étant que des republications d’autres comptes et chaînes néonazies (dont le Pagan Heritage, voir ci-dessous). La publication en mars dernier d’un article de la journaliste indépendante Rachel Gilmore sur le site The Tyee, exposant l’ancien Olympien Giulio Zardo comme un membre du Frontenac Active Club ayant mis le gym où il était employé à la disposition de son groupuscule, n’a certainement pas aidé à la cohésion du projet. Pas plus que l’instabilité psychique de son leader, qui est régulièrement aperçu en ville habillé en nazi, invectivant les passants racisés, et qui a eu la brillante idée d’aller intimider Rachel Gilmore en public après la publication de son article. Nous continuons à surveiller le FAC et Beauvais-MacDonald, mais il semblerait que ce projet est au beau fixe et n’entrevoit aucune expansion.
Pagan Heritage
Après la mort cérébrale du groupe néofasciste Atalante Québec (dont nous avons amplement parlé sur notre site web) aux alentours de 2023, achevé par la pandémie de COVID-19, les dissensions internes et les attaques incessantes des antifascistes, nous avons perdu de vue la plupart de leurs membres. Seul Jonathan Payeur, l’ex-lieutenant du leader Raphaël Lévesque, reste vraiment sur notre radar. Sous le nom Pagan Heritage, il lance une petite compagnie d’impression de vêtements en 2025, puis, plus récemment, commence à regrouper quelques boneheads pour mener des activités somme toute classiques de l’extrême droite : entraînement à la boxe, collages, cérémonie païenne inspirée du folklore viking, etc. Présents dans la région de Québec, ils entretiennent visiblement des liens avec Shawn Beauvais-Macdonald et, par extension, le Frontenac Active Club de Montréal.
Jonathan Payeur est en couple avec Adrienne Bernard, une artiste tatoueuse et sérigraphe de Leclercville, qui imprime notamment la guenille de Nomos-TV. Parlant de Leclercville, c’est dans le presbytère de cette petite localité de Lotbinière que Jo Payeur a organisé en mars dernier un événement visant à « lancer une nouvelle année d’activités pour Pagan Heritage ». Un groupe à surveiller.
Messe des Morts 2024
À l’automne 2024, Montréal Antifasciste et ses allié·e·s ont mené une campagne d’information et de mobilisation pour dénoncer la participation de plusieurs formations aux accointances et aux thématiques néonazies (NSBM) au festival black métal de la Messe des Morts (MdM), du 28 au 30 novembre. Depuis 2017, soit l’année suivant une mobilisation antifasciste contre la présence du groupe Graveland au festival, la MdM était organisée au Théâtre Paradoxe, dans le secteur Ville-Émard de Montréal. Cette campagne a entraîné un important ressac du milieu du black métal québécois, dont plusieurs adeptes présentent une forte résistance à reconnaître son « problème nazi » et dont un autre segment non négligeable fait résolument partie du problème. Malgré tous nos efforts pour persuader l’administration du théâtre de révoquer son contrat avec le promoteur, Martin Marcotte de Sepulchral Productions, le festival a eu lieu comme prévu au Paradoxe, ce qui a donné lieu à une manifestation (strictement encadrée par le SPVM) en marge du théâtre le 29 novembre. Bien que cette campagne n’ait que partiellement réussi à empêcher la venue des groupes néonazis, sur le long terme, la pression antifasciste aura poussé le Théâtre Paradoxe à rompre ses liens d’affaires avec Sepulchral Productions, qui s’est vu forcé de relocaliser son festival l’année suivante.
Flambée de graffitis à Hochelaga-Maisonneuve
À l’hiver 2026, des dizaines de symboles suprémacistes (croix gammées, croix celtiques, etc.) et de slogans islamophobes, antisémites et anti-immigration sont apparus sur les murs du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. La résistance ne s’est pas fait attendre, et les militant·e·s du Front antifasciste populaire ainsi que d’autres initiatives organiques locales ont pris soin de les effacer au fur et à mesure. Une partie de ces graffitis haineux proviendrait d’un groupe de trois jeunes résidents du quartier, dans la vingtaine, aperçus par des passants. L’un d’eux serait Olivier Brisson, un aspirant rappeur MAGA dans l’orbite de l’influenceuse islamophobe Mandana Javan. Preuve que l’histoire se répète et que la vigilance ne doit jamais cesser, même dans un bastion historique de la gauche antifasciste comme Hochelaga-Maisonneuve.
Jeunes et saluts nazis à l’école
Une étude récente sur les élèves sexistes, homophobes et transphobes rapportait qu’aujourd’hui, des élèves effectuent des saluts nazis à l’école à une fréquence alarmante. Des médias avaient d’ailleurs documenté ce phénomène en 2023, à l’école Les Chutes à Rawdon, où six élèves s’étaient levés sur leur chaise en pleine classe pour effectuer le salut hitlérien en chantant « Erika », la célèbre marche militaire des SS. L’étude dévoile quelques témoignages pour le moins effarants : il s’agirait ainsi « toujours de jeunes hommes blancs, majoritairement avant le secondaire 4, là où on parle plus en détail de l’Holocauste dans les cours d’histoire, qui sont dans une équipe sportive ou dans les cadets [programme de la Défense nationale pour les 12 ans et plus] ou qui avaient un cercle social majoritairement masculin. L’école ne fait strictement rien » (témoignage de la Montérégie). Il est évidemment difficile de dire à quel point ces élèves s’identifient à l’hitlérisme et au nazisme, ou s’ils ne font ça que par provocation, mais selon un enseignant ayant participé à la recherche, « des groupes d’élèves […] sont fans d’Hitler [et] ils vont faire des saluts nazis, des croix gammées, ils vont même trouver des chants nazis de l’époque et chanter ça dans le corridor ».
Selon un autre témoignage : « Oui, il y a des élèves qui font ouvertement le salut nazi. Le profil? Des jeunes garçons blancs, plus ou moins populaires, gamers. Ces jeunes aiment les masculinistes sur les médias sociaux. Des exemples? Lorsqu’une personne “racisée” et “populaire” passe devant un petit groupe de garçons blancs, et qu’elle passe un commentaire pour niaiser ce petit groupe, l’un des garçons blancs pourrait faire un salut nazi, dans son dos. […] Plusieurs croix gammées nazies sont dessinées sur les murs des classes, les bureaux et les casiers. Un élève avait fait une croix sur le casier d’un jeune noir. » En 2024, les médias rapportaient aussi que des ados de Rimouski avaient diffusé sur les médias sociaux des photos les montrant alors qu’ils faisaient des saluts nazis.
La Division Atomwaffen au Canada et à Québec
Un procès en Ontario s’est conclu en mars 2026 par une condamnation à 20 ans de prison pour Matthew Althorpe, 30 ans, qui a plaidé coupable à trois accusations de gestes de nature terroriste commis en Ontario et au Québec de 2018 à 2022. Ce dernier aurait « facilité une activité terroriste, conseillé à des tiers de commettre un attentat et commis une infraction au profit d’un groupe terroriste », c’est-à-dire le groupe états-unien Division Atomwaffen, qualifié de « terroriste » par le Canada en 2021. Il avait produit et diffusé des textes et des vidéos de propagande haineuse, y compris à des fins de recrutement. Son complice, Kristoffer Nippak, 32 ans, était encore en procès au moment d’écrire ces lignes. La couronne l’associe notamment à Active Club Canada et l’identifie sur des photos montrant un individu au visage dissimulé sous un masque à tête de mort, effectuant un salut nazi aux côtés d’un portrait d’Adolf Hitler.
En septembre 2025, un troisième homme, Patrick Gordon Macdonald, a été condamné à Ottawa à 10 ans de prison, lui aussi pour des activités liées à Division Atomwaffen.
À Québec, un autre procès s’est ouvert en février 2026 : un jeune de 16 ans est accusé d’avoir relayé de la propagande du groupe Division Atomwaffen. Pour sa part, l’ado s’identifiait au groupe Kernatium Division, antisémite, xénophobe et aux messages anti-immigration tel que « votre invasion de notre pays échouera ». Au moment d’écrire ces lignes, le procès était toujours en cours.
Quant au néonazi montréalais Gabriel Sohier Chaput, alias « Zeiger », sur qui nous avons produit un exposé complet en novembre 2020, l’appel qu’il a interjeté de son verdict de culpabilité pour incitation à la haine a été entendu à Montréal le 6 mai dernier. Espérons que s’il obtient un nouveau procès, celui-ci sera mené de manière plus compétente que le premier.
Conclusion : vers un nouveau consensus antifasciste
Nous le répétons sans cesse, le seul rempart à la progression de l’extrême droite, c’est la solidarité, la mobilisation populaire et la consolidation du camp de l’émancipation sur tous les plans.
Le principal champ d’action d’un projet comme Montréal Antifasciste est celui de l’information. Lorsque cela s’est avéré nécessaire au fil des ans, nous avons activement contribué aux mobilisations et autres types d’intervention contre les manifestations les plus explicites de l’extrême droite.
Mais lorsque cette dernière devient mainstream, ces modes d’action ne suffisent plus. C’est tout le champ progressiste, radical ou non, qui doit s’organiser pour réaffirmer, quitte à le redéfinir, le consensus antifasciste et le déployer en mode populaire. C’est précisément à cette tâche que se consacre le Front antifasciste populaire (Front Pop), créé au courant de 2025.
Nous saurons bientôt quels seront les thèmes centraux du prochain cycle électoral, et cela s’annonce fort désolant. Les libéraux se livreront aux discours libéraux, progressistes de surface; la CAQ et le PQ se disputeront le champ nationaliste; et le PCQ est en voie de faire des gains importants en misant sur l’éthos hyper individualiste qui fait sa réussite dans la couronne de Québec. Quant à QS, une formation progressiste qui s’est fondée dans le compromis et ne s’en est jamais éloignée, on peut espérer qu’elle se ressaisisse et adopte une posture combative, mais rien n’indique pour l’instant que ce tournant est sur le point d’arriver.
Quoi qu’il en soit du processus électoral, notre mission reste la même au jour le jour : faire barrage par tous les moyens nécessaires au fascisme, à l’extrême droite et à tous ceux qui leur ouvrent la voie par complaisance ou complicité.
Dans le combat qui nous attend, il faudra faire preuve de clarté morale et ne jamais perdre de vue l’horizon de nos espoirs les plus radicaux. Se rappeler, par exemple, et rappeler sans cesse autour de nous, que la haine n’est jamais acceptable et doit être combattue partout où elle s’exprime.
Et enfin, dans un contexte international où la notion même d’« antifa » est diabolisée par les pires ordures qui soient, ne jamais, jamais demander la permission d’être antifascistes, ici et maintenant.
///
[1] Lire notamment Francine Pelletier, Au Québec, c’est comme ça qu’on vit, Montréal, Lux, 2023.
[2] Nomos s’inscrit dans la tradition de la Nouvelle Droite française, qui, ironiquement, s’inspire des leçons du théoricien communiste et antifasciste italien Antonio Gramsci.
Une source antifasciste a infiltré le clavardoir privé des membres abonnés de la chaîne Nomos-TV. Au programme, dans le confort de cet « espace sûr » : xénophobie et islamophobie débridées, mépris ouvert à l’égard du peuple québécois, des aîné·e·s, du nationalisme civique et des souverainistes progressistes, haine misogyne et transphobe et, bien entendu, un flot continu de propos dégradants à l’endroit des personnes immigrées et racisées. Dans un contexte où certains éléments réactionnaires des médias traditionnels, en particulier l’empire Québecor, font le jeu de ces militants racistes en leur offrant une plateforme sous prétexte de liberté d’expression, nous présentons ici une partie des constats de cette opération d’infiltration, en rappelant – une fois de plus – qu’il ne sera jamais acceptable de répandre des discours haineux dans nos collectivités, quoi qu’en disent les idiots utiles et les apologistes.
Subterfuge et complaisance : comment se normalisent les discours haineux
Il y a bientôt huit mois, nous avons publié un exposé détaillé sur Alexandre Cormier-Denis (ACD), où nous faisions la démonstration du rôle-clé qu’occupe cet idéologue ethnonationaliste dans l’écosystème d’extrême droite au Québec et du caractère profondément raciste et xénophobe de sa proposition politique. Après dix ans d’activité sur ce registre, normalement, tout ce qui touche de près ou de loin à Cormier-Denis et Nomos-TV devrait être persona non grata dans les médias traditionnels.
Et pourtant, au Québec en 2026, la détestation aiguë des voix de gauche s’est tellement répandue dans la culture générale que la somme des discours haineux d’ACD est complètement ignorée par certaines personnalités médiatiques réactionnaires, qui préfèrent encore lui tendre le microphone et amplifier son message plutôt que de prendre acte des faits et accorder un quelconque crédit au travail des antifascistes ou des journalistes progressistes.
Ainsi, ACD et Nomos-TV profitent encore d’une révoltante complaisance – voire d’une sympathie ouverte – dans certains recoins de l’écosystème médiatique québécois, dont Radio X (qui est depuis longtemps devenu le principal haut-parleur de toutes les droites), mais aussi des espaces comme la chaîne YouTube Ian & Frank (à tendance conservatrice « libertarienne », et que méprisent ouvertement les « nomosiens » en privé) ou Radio Ville-Marie, dont le directeur affiche ses affinités avec ACD. Une preuve éclatante de cette complaisance nous a été donnée le 27 avril dernier, quand l’animateur de QUB RadioBenoît Dutrizac a invité Cormier-Denis à livrer sa version de ce qui s’était passé quelques jours plus tôt, lorsqu’une mobilisation du Front antifasciste populaire avait empêché la diffusion d’une émission de Nomos-TV en direct de leur studio du Plateau Mont-Royal.
Commentaires fermés sur Quelque chose sent mauvais à la Ligue 33
Avr152026
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Nous avons été mis au courant récemment qu’une membre de Ligue 33 étale publiquement ses idées pro-nazies nauséabondes sur les réseaux sociaux. Et il ne s’agit pas que d’une simple participante perdue, mais plutôt d’une membre de leur Conseil d’Administration, à savoir Carolyne.
Sur Facebook, elle y allait récemment de ce genre de commentaires :
« Le national-socialisme est très défendable. »
« J’pense qu’il y a eu des progrès de masse au début de l’Allemagne nazie!!! Même pour les femmes!! Et les jeunes!! » (sic) Gros progrès effectivement les ratonnades, le racisme virulent et les jeunesses hitlériennes.
« Faudrait se pencher sur les fortunes juives aussi (avec un smiley face, génial) »
Et le plus décâlissant, c’est qu’elle interagie littéralement avec d’autres membres de Ligue 33 qui ne la reprennent pas plus que ça.
On a ben d’la misère à comprendre comment une organisation qui dit lutter pour « une meilleure qualité de vie et une meilleure démocratie » peut avoir dans son CA une telle personne. Et on ne vous a pas encore dit qu’elle suivait sur Facebook au moins deux pages qui publient du contenu négationniste et antisémite !
On sait que leurs camarades d’Alliance Ouvrière ont été plus ou moins rapides pour expulser une de leur membre qui faisait de l’affichage à la sauce suprémaciste blanc à l’automne passé. Dans le cas de la Ligue 33, nous les avons prévenu il y a un mois, et ils n’ont rien fait pour crisser dehors cette raclure raciste de leur organisation.
Aujourd’hui, nous rendons donc cette situation bien visible pour que le monde sache le genre d’individus tolérés par cette organisation.
Commentaires fermés sur Appel à résistance créative anti néo-nazis : La Saint-Con 2026
Mar282026
Soumission anonyme à MTL Contre-info
Camarades de Montréal, nous vous relayons cet appel depuis la Zone en France. La peste brune ne connaît pas de frontières, et les trolls néo-nazis qui nous harcèlent — nous pilonnant de textes ouvertement racistes ou transpirant le « dog whistle » pour diffuser leurs idéologies nauséabondes — utilisent les mêmes codes que l’extrême-droite nord-américaine. Cette résistance créative est un écho à vos propres luttes : l’underground est un archipel, et chaque île doit répondre.
Depuis 2001, laZone.org est un site de littérature underground avec une ligne éditoriale résolument antiraciste et antifasciste. On ne prétend pas être ou devenir une maison d’édition et d’ailleurs on ne vend absolument rien. Le site est gratuit et ne contient pas de publicité.
Chaque année, nous organisons la Saint-Con : un appel à textes dont le principe est simple : « Le 10 avril, pour la Saint-Con, je brûle un con ». Cette année, dans nos trailers, on a très clairement fait comprendre ce qu’étaient des cons pour nous alors on s’est pris un retour de flammes et des tas de trolls néo-nazis nous pilonnent de textes médiocres avec leurs idées nauséabondes exprimées soit frontalement soit de manière plus insidieuse. Mais nos admins veillent au grain.
Nous appelons toutes celles et ceux qui manient la plume comme un projectile à rejoindre cette offensive. Que vous choisissiez une approche frontale, sombre, absurde ou métaphorique, l’objectif est de répondre massivement par la qualité littéraire au harcèlement de l’extrême-droite.
Pourriez-vous aussi, s’il vous plait, sensibiliser les gens qui aiment écrire autour de vous, via vos réseaux et newsletter, à notre appel à textes afin qu’on ait des contributions sérieuses sur le sujet ?
RÈGLEMENT DE LA SAINT-CON 2026
Date limite : Les publications débutent le 10 avril 2026. L’appel reste ouvert tant qu’il y a des textes à publier. Vous pouvez donc continuer à nous arroser même durant le concours.
Format : Nouvelles, récits sombres, violents ou absurdes (1 000 à 20 000 mots). La poésie doit être exceptionnelle pour être retenue. Les contributions seront retenues pour l’événement ou non selon l’avis des administrateurs du site.
Pseudonymat : Fortement conseillé pour votre sécurité. Cependant tout participant peut, s’il le souhaite, mettre en avant des liens vers ses pages web et réseaux sociaux.
⚠ ET VOICI LES TRAILERS QUI ONT EXCITÉ LA FACHOSPHÈRE ⚠ (Cliquer sur l’image ou le lien pour voir/télécharger)
Bande-annonce officielleHymne « Autodafé Kawaii »« Show me how you burn, BIATCH ! »
Note : Les liens Disroot sont chiffrés. Patientez durant la barre de progression pour que votre navigateur déchiffre le média.
D’ordinaire, on brûle sérieusement de vrais cons de manière assez explicite parce qu’on n’en a rien à foutre et ce qu’on entend par sérieusement est de façon sombre et/ou violente et/ou absurde mais si vous voulez « brûler métaphoriquement un type spécifique de connerie », faites comme vous le voulez. L’objectif étant de répondre massivement à l’intérêt que, subitement, l’extrême-droite semble porter à la considération de notre existence, pourtant anecdotique, sans qu’on passe pour des neuneus, en proposant des textes qualitatifs (tout du moins pour certains d’entre eux).
⚠ Nos admins ont une liberté totale, suivant notre ligne éditoriale, de présenter les textes retenus comme ils les ressentent. ⚠
⚠ Les commentaires des textes sont exclusivement réservés aux auteurs de la Zone et ils sont francs et sans détour, sans la moindre complaisance, quelque soit l’auteur. ⚠ (qui peut défendre son bébé, s’il le souhaite, cela dit)
On ne modère que les propos racistes et fascistes et ceux des participants aux idées obsessionnelles et compulsives abjectes comme le masculinisme, antisémitisme, climatoscepticisme, obsession anti-woke, anti-humanisme, anti idées progressistes, anti-régulation, homophobie, transphobie, sécuritarisme, glorification des traditions, obsessions nationalistes, rejet du multiculturalisme et du métissage, théorie du Grand Remplacement, complotisme, haine de l’assistanat, anti-intellectualisme mais la liste n’est pas exhaustive et peut se résumer à « rejet total de l’altérité considérée comme un ennemi responsable de tous les maux de la Terre », et ce parce qu’on ne souhaite leur offrir aucune tribune et que débattre avec eux pour les faire revenir à la raison est épuisant et ne mène à rien.
Le 3 mars, The Tyee, un média indépendant basé en Colombie-Britannique, publiait un article de la journaliste Rachel Gilmore démontrant que les activistes du Frontenac Active Club (FAC) se sont régulièrement entraînés dans un gym de Saint-Léonard, Alpha Athletika, à l’invitation d’un ex-olympien, Giulio Zardo, qui y était employé comme coach.
Nous nous réjouissons de la parution de cet article et remercions Rachel pour son travail, en espérant que d’autres journalistes prennent enfin ces sujets au sérieux.
Les administrateurs du gym ont assuré Rachel Gilmore qu’ils n’étaient pas du tout au courant de cette situation, que les séances d’entraînement du FAC (documentés sur la chaîne Telegram du groupuscule) se sont déroulées en dehors des heures régulières d’ouverture, et qu’ils ont congédié Giulio Zardo sur-le-champ lorsqu’ils en ont été informés. Nous n’avons aucune raison de douter de leur bonne foi.
L’article démontre de manière convaincante que Zardo lui-même a participé à ces entraînements et posé pour les photos de propagande du groupe suprémaciste blanc. Nous avions déjà mentionné Giulio Zardo dans un article de 2021 sur les révélations que nous avait faites un sketchbag de l’entourage d’Atalante Québec, mais n’avions jamais trouvé de preuves concluantes de sa participation active au milieu néofasciste québécois. C’est maintenant chose faite.
Giulio Zardo s’entraîne au Alpha Athletika de Saint-Léonard, où il était embauché comme coach jusqu’au 3 mars 2026. Dans la photo de droite, on aperçoit Shawn Beauvais MacDonald, le leader de facto du Frontenac Active Club. Photo tirée de l’article du Tyee.Rachel Gilmore et Elizabeth Simons (Canadian Anti-Hate Network) ont identifié Giulio Zardo sur les photos de propagande publiées sur la chaîne Telegram du Frontenac Active Club. Photo tirée de l’article du Tyee.Giulio Zardo identifié sur les photos de propagande publiées sur la chaîne Telegram du Frontenac Active Club. Photo tirée de l’article du Tyee.
L’article du Tyee omet cependant un certain nombre d’éléments d’information que nous jugeons bon de mentionner.
D’abord, il faut relever qu’en plus de Shawn Beauvais MacDonald, qui remplit maintenant le rôle de leader du groupe, un autre membre du FAC s’est affiché à visage découvert au cours de la dernière année (aussi récemment qu’en décembre 2025), soit Raphaël Dinucci. On a pu croire qu’il s’était un peu retiré de ce petit milieu, puisque sa blonde attendait un bébé et a vraisemblablement accouché en décembre dernier, mais il semblerait qu’il a la tête vraiment dure et n’apprend pas sa leçon.
Photo de groupe du Frontenac Active Club avec des complices et sympathisants de l’extérieur, prise au gym Alpha Athletika de Saint-Léonard, et affichée sur la chaîne Telegram du groupuscule le 31 décembre 2025. À gauche, à visage découvert, Raphaël Dinucci, de Laval.Photo affichée sur la chaîne Telegram du Frontenac Active club le 22 août 2025. Raphaël Dinucci est debout à gauche, derrière, à visage découvert. Notez le salut nazi à droite.
Dans le même ordre d’idée, on a reconnu sur d’autres photos du groupe Martin Brouillette, que nous nommions déjà dans notre article d’août 2024 sur le FAC. Le jour même de la parution de cet article, Brouillette nous avait écrit pour nous demander d’en retirer son adresse civique « pour la sécurité de [ses] jeunes enfants », et « Que voudriez-vous pour? ».
Premièrement, ses enfants n’ont rien à craindre, mais surtout, la sécurité de ses enfants ne lui tient visiblement pas assez à cœur pour qu’il rompe ses liens définitivement avec les néonazis, puisqu’il s’affiche ouvertement encore à ce jour comme sympathisant des Active Clubs sur sa page Facebook, et posait encore (à visage brouillé) sur les photos de propagande du FAC en octobre 2024 (deux mois après la publication de notre article).
À ce jour, l’illustration de couverture de la page Facebook de Martin Brouillette représente une mêlée, avec le nom Active Club.Photo de groupe du Frontenac Active Club prise au gym Alpha Athletika de Saint-Léonard et affichée sur la chaîne Telegram du groupuscule en octobre 2024. Martin Brouillette est encadré.Martin Brouillette se fait des moues dans la glace. Notez qu’il porte le même t-shirt que sur la photo précédente.Martin Brouillette, encadré, est reconnaissable à sa manche de tatouage charactéristique. Ici lors d’une séance d’entraînement avec les membres et complices du Frontenac Active Club (dont Alex Vriend, chauve) au gym Alpha Athletika de Saint-Léonard, probablement sous la supervision de Giulio Zardo (hors cadre).
Quant à Shawn Beauvais MacDonald, nous ne savons toujours pas si l’administration des gyms Nautilus Plus de LaSalle et du Plateau Mont-Royal ont finalement pris la décision de le bannir de leurs installations…
Le leader du Frontenac Active Club, Shawn Beauvais MacDonald se prend en photo au Nautilus Plus de LaSalle aroborant un t-shirt à l’effigie d’Adolf Hitler, à l’occasion de l’anniversaire de celui-ci,De nombreuses démarches ont été entreprises auprès de l’administraion des gyms Nautilus Plus pour l’alerter du fait qu’un néonazi notoire se sert de ses installations et ose même s’y afficher avec des symboles nazis.
Finalement, pour ceux qui douteraient encore du caractère néonazi de ce projet, nous reproduisons ci-dessous deux exemples de publications sur la chaîne Telegram du FAC, manifestement administrée par Beauvais MacDonald. Nous pourrions en montrer des douzaines du même genre, relayées de chaînes aux noms aussi explicites que « Waffen SS Québec »…
Publication affichée sur la chaîne Telegram du Frontenac Active Club en septembre 2025; il s’agit d’une photo et d’une citation de Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande du parti nazi.
Publication de la chaîne Waffen SS Québec sur Telegram, relayée par le Frontenac Active Club.
Commentaires fermés sur Appel aux contributions colloque Penser en Rupture: Fascisme et antifascisme dans le monde capitaliste contemporain
Jan122026
Soumission anonyme à MTL Contre-info
« Celui qui ne veut pas parler du capitalisme doit aussi se taire à propos du fascisme » Max Horkheimer
Raidissement autoritaire des gouvernements et de la sphère idéologique aux quatre coins du monde, dégradation autoritaire des démocraties libérales, crispation réactionnaire sur les identités et symboliques nationalistes et ethniques : cela touche désormais au lieu commun de constater la trajectoire fascisante dans laquelle le monde actuel est de plus en plus fermement engagé. Si le fascisme n’est pas encore installé ouvertement en régime, malgré des cas dangereusement limites tels que l’Inde et la Hongrie, c’est sa possibilité bien réelle qui se laisse partout pressentir et qui amplifie l’ambiance de catastrophe d’un monde capitaliste tardif nourri de crises et de destruction.
Et pourtant! La critique se trouve trop souvent désarmée pour dévoiler les causes structurelles d’un tel phénomène et ouvrir des perspectives politiques capables de réellement mettre à mal les racines du spectre fasciste. L’incapacité est encore plus grande quant au dévoilement d’un autre horizon pour ce monde, celui de l’émancipation révolutionnaire. Personnifications excessives du phénomène dans des individualités envisagées comme causes plutôt que symptômes, parallèles historiques rapides, voire paresseux, replis sur une simple posture de défense de la démocratie libérale, autant d’insuffisances qui posent la construction d’une position antifasciste ouvertement associée à un horizon révolutionnaire comme une tâche des plus vitales.
Par ailleurs, si nous devons accueillir favorablement les prises de position publiques sur ces enjeux, force est de constater qu’elles émergent majoritairement de positions d’énonciation rattachées aux institutions, notamment universitaires et médiatiques, ce qui n’est pas sans poser problème dans l’hypothèse d’une accélération de l’autoritarisme. Il faut dès maintenant développer les pensées autonomes et les modes d’organisation qu’elles impliquent.
Pour penser avec profondeur l’enjeu contemporain du fascisme, Penser en Rupture lance un appel à des contributions pour son premier colloque qui aura lieu à Montréal en mai 2026 sur cette question.
Nous invitons des groupes ou individus souhaitant contribuer à cet évènement à nous soumettre des propositions d’interventions qui pourront être présentées lors du colloque.
L’objectif de ce colloque est d’arrimer une rigueur théorique avec une radicalité révolutionnaire sans concession pour permettre l’énonciation et le débat entre positions approfondies qui assument d’êtres dérangeantes par rapport au cadre idéologique libéral encore dominant dans bien des espaces universitaires. C’est dans cet esprit de combinaison de rigueur et de subversivité que nous invitons à vous saisir de cet appel et à proposer une intervention à ce colloque ! Les dates plus exactes du Colloque en mai ainsi que les autres informations essentielles seront diffusées prochainement.
Inspirée par ce qui se fait ailleurs dans le monde, Penser en Rupture est une initiative soutenue par des militant·e·s révolutionnaires à Montréal pour stimuler et organiser une pratique révolutionnaire et autonome de la théorie. Le colloque sera l’occasion de réfléchir à des perspectives pour construire la vie théorique dont notre pratique et nos luttes ont besoin. Hors de l’ordre dominant, rapprochons l’horizon de l’émancipation.
Directives pour les contributions
Les contributions peuvent porter sur divers aspects de l’enjeu du fascisme, dont celles-ci : Comment envisager le lien entre le phénomène du fascisme et l’état contemporain du capitalisme ? Quelles nouveautés, quelles ruptures des fascismes contemporains par rapport aux fascismes historiques ? Comment le fascisme interagit avec le colonialisme ou le patriarcat ? Quels constats tirer de l’histoire et de l’actualité de la lutte contre le fascisme à l’échelle internationale ? Comment articuler concrètement dans une politique une position antifasciste et une perspective révolutionnaire pour éviter de se réduire à une simple défense d’un statu quo « libéral » ?
Engagement avec une perspective révolutionnaire de dépassement du capitalisme et rigueur dans la recherche sont les deux seules contraintes essentielles pour toute contribution.
Il est possible de soumettre une proposition de communication individuelle, un panel, une séance de présentation d’un groupe ou d’une initiative de celui-ci. Les communications individuelles seront d’une durée de 20 à 30 minutes environ, suivies d’un temps d’échange. Les panels et les contributions des groupes pourront être présentés dans une période d’une heure.
Autant des groupes que des individus, indépendamment de tout rapport à l’institution universitaire — étudiant·e·s de tous les cycles et de toutes les disciplines, militant·e·s professionnel·le·s, chercheur·euse·s autonomes et autres drop out du cauchemar technocratique où se replie désormais la prétention au savoir, sont invité·e·s à proposer des contributions.
Prenez note que les actes du colloque seront publiés au courant de l’été 2026, afin de pérenniser les contributions théoriques.
Enfin, le colloque étant également une occasion de sociabilisation, nous invitons les organisations et les camarades qui souhaiteraient tenir une table de diffusion ou proposer une contribution culturelle à nous contacter également.
Soumission des contributions et informations supplémentaires
Nous recevons des contributions à partir du 15 janvier 2026.
La date limite pour la soumission des contributions est le 15 mars 2026. À partir de cette date nous engagerons avec les personnes ou groupes ayant contribué pour établir les derniers préparatifs pour le colloque.
Les contributions ainsi que toute autre question reliée à cet appel et au colloque peuvent êtres envoyées via l’adresse courriel suivante: penserenrupture@riseup.net
Un enseignant du cours Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) qui multiplie les commentaires homophobes, antisémites et suprémaciste blancs sur les réseaux sociaux… sachant très bien qu’il est en présence de ses élèves? Vous ne rêvez pas : c’est une occupation quasiment à temps plein pour Billy Savoie, enseignant à l’école secondaire La Cité étudiante à Roberval.
Le 17 octobre dernier, il a même invité ses abonné·es sur TikTok et Instagram – dont plusieurs de ses élèves mineurs – à assister à un « débat » entre lui et un autre internaute qu’il croyait (à tort) être un néonazi, échange au cours duquel « Mr. Billy » a pris le temps de préciser qu’Adolf Hitler « avait raison sur bien des points »…
Billy Savoie, militant de gauche à droite…
Billy Savoie, originaire de La Tuque, vient étudier à l’UQAM aux alentours de 2015. Il s’engage très tôt dans le Mouvement étudiant révolutionnaire (MER), le front étudiant du Parti communiste révolutionnaire (PCR, l’organisation maoïste qui a existé de 2009 à 2022, à ne pas confondre avec l’actuel PCR, d’allégeance trotskiste). Il suit le PCR dans la scission qui déchire l’organisation en 2016, la section québécoise accusant notamment la section canadienne de dérives petites-bourgeoises et « postmodernes » (cet élément est important pour la suite). Le PCR connaît ensuite toute une série de purges, dont nous vous ménagerons les détails, puisque ce n’est pas le propos du présent article. Un élément nous semble toutefois pertinent à souligner : la scission de 2016 et les purges successives jusqu’en 2022 reposaient en grande partie sur l’hostilité à l’égard des « identity politics » et la tangente transphobe de plus en plus assumée qu’a prise la section québécoise de l’organisation. Durant ces années-là, Billy Savoie a suivi la direction locale du PCR jusqu’au bout, et nous pensons même qu’il l’a suivie lorsqu’elle a dissous l’organisation en refondant l’éphémère (et groupusculaire) « Avant-garde communiste du Canada », après avoir expulsé la vieille garde des fondateurs du PCR, lesquels étaient aussi les animateurs de la librairie du parti, la Maison Norman Béthune. De plus, fait intéressant, Savoie était secrétaire à la mobilisation de l’AFESH dans le cadre de la mobilisation pour la rémunération des stages en 2017.
La scène politique contemporaine est caractérisée par une lourdeur accablante. Au niveau international, la situation est alarmante : on assiste quotidiennement, notamment au sud de la frontière, à une dérive autoritaire et fascisante.
Au Québec, cette anxiété se manifeste par une surenchère identitaire alimentée par des partis comme le PQ et la CAQ. Leur stratégie consiste à imputer tous les maux de la société – crise du logement, crise en éducation, crise en santé – à « l’autre », c’est-à-dire aux personnes immigrantes ou nouvelles arrivantes.
Cette tactique sert à masquer leur incompétence et les effets délétères de leurs propres politiques, qui consistent historiquement et actuellement à :
-Offrir des cadeaux aux grandes entreprises ;
-Couper les impôts des plus riches ;
-Affaiblir drastiquement les services publics, une tendance qui s’inscrit dans une continuité gouvernementale remontant bien au-delà de sept ans de Legault (Couillard, Charest, Landry, Bouchard, etc.).
Les fondements de la lutte antifasciste
Selon La Horde, « L’antifascisme est devenu une lutte à défendre » (p.8). Cette nécessité s’est accentuée lorsque le « clown orange », a décrété les antifascistes (antifas) comme organisation terroriste intérieure.
Malgré les allégations de l’extrême droite québécoise — dont une des figures influentes a prétendu à la radio de Québec que les antifas n’étaient qu’une invention stalinienne —, l’histoire dit le contraire. La Horde rappelle que l’antifascisme existait avant même la naissance du parti fasciste de Benito Mussolini . Avant de porter ce nom, des militants s’organisaient déjà contre l’extrême droite, alors connue sous le nom de « la réaction ».(p.9)
Les multiples dimensions du mouvement
L’antifascisme est un mouvement aux multiples facettes et ne peut être réduit à une seule catégorie. Il est simultanément :
-Un « mouvement d’autodéfense »
-Un « courant politique révolutionnaire »
-Une « contre-culture » (p.11)
Ses racines sont profondément ancrées dans l’histoire des organisations de gauche. Durant l’entre-deux-guerres, l’antifascisme s’est structuré et développé principalement « au sein des organisations politiques du mouvement ouvrier (communiste,socialiste et anarchiste)» (p.14). Il s’agit donc d’une tradition politique et sociale bien établie, née du combat contre l’autoritarisme.
Le racisme défensif
L’extrême droite moderne est bâtie sur cinq piliers idéologiques fondamentaux : le racisme, le sexisme (incluant l’homophobie et la transphobie), le nationalisme, le traditionalisme et l’autoritarisme.
Une mutation tactique majeure est observée: le passage d’un racisme offensif à un racisme défensif. Ce dernier vise à nier les fondements systémiques du racisme et à inverser la perception des rôles.
Ce racisme défensif s’articule autour de plusieurs mécanismes. Il s’exprime par l’injonction d’« en finir avec la repentance », un rejet de toute culpabilité historique, cherchant le déni du racisme structurel. Au Canada, cela est illustré par les propos de Maxime Bernier (chef du PPC), qui a qualifié la Journée nationale de la vérité et réconciliation de « canular » et dénoncé la « fausse culpabilité des Blancs et de l’arnaque basée sur elle ». À cela s’ajoute l’instrumentalisation active du sentiment anti-musulman (islamophobie) pour attiser la peur et les divisions. Enfin, le mouvement propage des théories fallacieuses, comme celle du « Grand Remplacement », qui prétend que les populations dites « historiques » sont victimes d’une menace démographique, transformant ainsi les minorités et les populations immigrantes en agresseuses présumés. Cette tactique vise clairement l’inversion des rapports de domination.
Le masque de la vacuité idéologique
L’extrême droite actuelle se distingue par son manque de programme abouti. La Horde souligne que ces mouvements « […] ne se rattachent à aucun courant précis » (p. 9). Pour masquer cette vacuité idéologique, ils recourent à un camouflage sémantique, dissimulant leurs objectifs derrière des étiquettes volontairement vagues et normalisantes telles qu’« identitaire », « conservateur » ou simplement de « droite ». Ceci leur permet d’attirer un public plus large tout en évitant de s’engager sur des positions politiques claires ou radicales.
Antifascisme : Réponse à la Violence
La question de la violence est centrale dans le débat sur l’antifascisme.
D’une part, Mathieu Bock-Côté critique les antifas comme une milice d’ultra-gauche violente qui instrumentalise l’étiquette pour disqualifier ses adversaires et justifier sa propre violence.
D’autre part, les organisations antifascistes comme le Horde argumentent que si la violence de l’antifascisme est souvent « pointée du doigt », c’est en oubliant qu’elle est « d’abord une réponse à la violence constitutive des mouvements d’extrême droite » (p. 14).
L’antifascisme est donc fondamentalement positionné comme une réaction à la violence inhérente et historique des mouvements qu’il combat.
En somme, l’urgence de l’antifascisme est plus pressante que jamais, alimentée par une convergence de menaces allant de la dérive autoritaire internationale à la surenchère identitaire québécoise. Face à l’instrumentalisation politique des crises internes et à l’usage d’un racisme défensif par la droite nationaliste et l’extrême droite, la nécessité d’agir est manifeste.
Être antifasciste, c’est avant tout être contre le racisme et l’autoritarisme. C’est une lutte politique et sociale essentielle pour défendre des principes d’égalité et d’émancipation face à toute tentative de division ou d’inversion des rapports de domination.
C’est une lutte qui rappelle la célèbre maxime latine de Térence, « Homo sum, humani nihil a me alienum puto » (Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger.), laquelle a été modernisée pour devenir : « Aucun humain n’est étranger sur cette terre ». Cet idéal place l’émancipation de tous les êtres humains au cœur du combat antifasciste.