Nov 062015
 

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Le tract qui suit a été distribué lors de la Marche Trans de Pervers/cité (la «fierté queer radicale»), dont l’itinéraire a été approuvé par le SPVM :

Au cours des deux dernières fins de semaine à Montréal, la police a mis fin à deux des plus gros partys queers de l’été (Cousins le 18 juillet et un party de financement pour Pervers/cité le 25 juillet). Dans le premier cas, un grand nombre de flics ont mené une opération contre La Vitrola, forçant les organisateur.trices à mettre fin au party et dispersant violemment les personnes présentes – plusieurs personnes ont été tabassées et arrêté.es. Dans le deuxième cas (Pervers/cité), une patrouille a gâché la fête avec succès en menaçant individuellement les personnes de contraventions. La réaction des queer du party a été lamentable, a manqué de solidarité et, selon l’opinion des auteurs de cet article, a été « non-queer » (nous expliquerons plus loin ce qu’on veut dire par là). Bien que quelques agitateur.trices se soient efforcé.es de distribuer des masques, le party a rapidement pris fin et les gens se sont éparpillés dans la nuit. Ces attaques policières sont l’une des nombreuses formes de violence envers les queers, mais c’est à celles-ci qu’il est le plus facile de riposter puisqu’elles sont des attaques contre de grands groupes de personnes. Si nous prenons action collectivement, nous pouvons résister et nous pouvons gagner. Ci-dessous se retrouvent quelques raisons expliquant pourquoi nous ne pouvons pas rester les bras croisés et laisser ces choses arriver. Nous espérons qu’elles vous encourageront à prendre un masque la prochaine fois que quelqu’un.e vous en offrira un.

Prémisse 1 : Prends ce qu’il te faut par la force.

La répression n’est rien de nouveau pour la communauté queer, mais l’héritage de notre milieu n’a jamais été et ne devrait pas devenir celui de l’inaction face à la violence étatique. Que ce soit les batailles historiques telles que l’émeute du Compton’s Cafe et les Bash Back blocks aux conférences républicaines et démocrates, ou les luttes contemporaines des Check It «gang» et des Gully Queens de Washington, DC, les individus LGBTQ+ possèdent une riche histoire d’auto-défense, d’action collective et d’antagonisme militant contre l’État et contre quiconque commet des actes de violence envers nous. Nous devrions nous sentir honoré.es et obligé.es de devoir défendre cet héritage. Mais plus encore, dans ces luttes, émeutes et défense d’espaces nous voyons que les queers acquièrent une plus grande protection, de meilleures conditions matérielles de vie et des existences plus épanouies. Sans ces luttes, nous serions encore plus vulnérables aux transgressions violentes, aurions moins/pas accès aux hormones, et n’aurions vraisemblablement pas de milieu queer où exister. Si nous ne poursuivons pas la lutte contre l’intrusion policière dans notre espace, nous perdrons le peu que nous avons.

Prémisse 2 : Être »Anti-Oppression » signifie combattre la police.

En théorie, la communauté queer de Montréal s’engage dans des politiques «anti-oppressives» et de «safer space». À cette fin, des engagements vis-à-vis la modification de notre langage, de nos comportements et de nos interactions avec les autres constituent une part importante du combat contre des systèmes d’oppression de merde tels que le sexisme, le cis-sexisme, la transphobie, la suprémacie blanche et le classisme, mais des changements de comportement personnels ne peuvent être la limite de nos positions anti-oppressives. Le gang connu sous le nom de SPVM est la pierre angulaire de l’oppression raciste, classiste, transphobe et anti-travailleur.euses du sexe dans notre ville, et maintient la paix sociale à coup de répression violente, kidnapping, meurtre et vol. Pour plusieurs queers vivant ici, la police représente une plus grande menace qu’une mauvaise utilisation de nos pronoms ou que des propos transphobes. Si vous êtes blanc.hes, cis, issu.es de la classe moyenne et/ou n’êtes pas travailleur.euses du sexe, vous avez particulièrement le devoir de garder le milieu plus sécuritaire en empêchant la police d’y entrer, en refusant de les laisser interférer dans les événements, et en interrompant activement leurs activités quotidiennes. Garder le silence face aux attaques policières renforce les arguments en faveur du pseudo-consensus entourant le rôle de la police [1. «Policing by consent» sans l’article original.], donne aux flics un plus grand sentiment de sécurité et les encourage à commettre de plus grands actes de violence contre les personnes les plus vulnérables. Avoir des politiques anti-oppression signifie d’être contre la police; ça pourrait vouloir dire de se faire mal ou d’aller en prison, mais pour beaucoup de queers, c’est déjà une réalité qu’illes attaquent la police ou pas. Si vous quittez un espace aussitôt que la police arrive, vous rendez activement cet espace plus dangereux pour d’autres personnes. Même si vous pouvez décider que c’est nécessaire pour votre propre bien-être, il est souvent bien plus sécuritaire de se serrer les coudes. Arrêter 200 à 300 festoyeur.ses est une tâche plutôt ardue pour les porcs, tandis qu’il leur est aisé d’en arrêter 20 à 30.

Prémisse 3 : Queer en tant que position dans la guerre sociale[2. La guerre sociale réfère aux conflits livrés chaque jour contre nous par le capitalisme, l’État, et la police, de même que par nos ami.es, familles, amant.es, et nous-mêmes. C’est une façon de décrire la violence des paradigmes existants dans les relations réalité/social, incluant les luttes pour les changer ou les détruire. Les positions au sein de la guerre sociale sont en changement constant du moment où les individus incarnent de manière constante, simultanée et interchangeable les rôles d’oppresseur.ses et d’opprimé.es. Les lignes de conflit se tracent à travers la réalité physique et immatérielle, et se manifestent comme un tout, du docteur qui choisi le genre d’un nouveau-né, au lancer de briques à travers la vitre d’une banque, ou au projet-même de construire le sujet «humain».]

Le genre et la sexualité sont des forces coercitives et oppressives promulguées contre nous par la société : sans société, sans guerre sociale, nous n’aurions pas les conceptions de genre et de sexualité (ni les rôles qu’elles renforcent) que nous avons. Attaquer les notions de genre et de sexualité de la société et intenter leur transformation radicale (c’est-à-dire être queer), c’est choisir de s’engager dans un front très spécifique de la guerre sociale : c’est mettre les limites à respecter et ouvrir les hostilités envers le reste de la société. Si les queers cessaient d’établir cette limite, alors le Queer ne serait plus : le Queer ne peut exister qu’en tant que négation des genres et de la sexualité imposés. Si l’identité queer est assimilée par le projet social, alors la «queerness» deviendra simplement un autre mécanisme oppressif. Une partie du rôle de la police est de défendre et de protéger les articulations normatives du genre et de la sexualité en plus de défendre la «société» au sens large. Par la définition-même de la «queerness», nous nous devons d’entrer activement en conflit avec la police. En ne luttant pas contre elle, nous défendons les paradigmes existants du genre et de la sexualité et nous réprimons activement la «queerness».

Prémisse 4 : C’est l’fun!

Il y a mieux qu’être ivre et danser jusqu’à en avoir mal au pied : la joie intense que ressentent les personnes qui combattent la police dans la rue est une chose qu’un dealer rêverait de mettre sur le marché. Si être queer veut dire former de nouvelles sortes d’interactions et de relations sociales excitantes, étranges et significatives, alors qu’est-ce qui pourrait être plus intéressant, excitant et étrange que de démanteler activement l’État, main dans la main avec votre/vos nouvelle.s rencontre.s? Que de briser des vitres ensemble, de danser sur le toit d’une voiture de police démolie et de s’enfuir dans la nuit pour faire l’amour d’une joie criminelle. Nous ne voulons pas trop glamouriser les conflits où des ami.es se font blesser, mais lutter ensemble et gagner est l’une des expériences les plus excitantes, joyeuses et libératrices que ces auteur.es aient jamais eues. Ça serait pas l’fun, chasser les porcs hors de nos rues et transformer toute la fucking rue en party queer?

Ce communiqué a été écrit par « The Angry Trans Mob ». Nous sommes un groupe de personnes trans venant différents milieux, luttes et expériences qui considérons nécessaire l’expansion du conflit entre le milieu queer de Montréal et la police/l’État/les transphobes. Nous sommes solidaires avec toutes les personnes défendant leur communauté (qu’il s’agisse d’espaces physiques/districts/villes ou d’idées métaphysiques/identités/formations) contre la domination, les attaques, et la destruction, peu importe les armes qu’illes choisissent d’employer. Nous espérons que ce communiqué inspire des gens à prendre action.

Et rappelez-vous, les enfants!

Dead cops don’t kill!

 

Quelques éclaircissements, réflexions et réfutations

▼ Lorsqu’on parle de combattre, nous souhaitons clarifier que nous ne concevons pas la violence comme inhérente au combat (non pas que l’on s’oppose à la violence), ni nécessairement comme étant la prise d’action violente (que nous supportons). Nous concevons le combat comme étant toute non-conformité, que ce soit de rester près et solidaires pour prévenir des arrestations ciblées, ou qu’il s’agisse de jeter un cocktail molotov sur une voiture de flic. Nous ne pensons pas que tout le monde devrait être prêt à faire chacune de ces choses, mais nous croyons que chacun.e doit être prêt.e à les soutenir et les faciliter.

▼ Pour nous, l’espace ne se limite pas à un party ou un événement en particulier. L’espace s’étend de manière physique et immatérielle, suivant et gravitant autour de toute idée que les gens qualifient de queer, qu’il s’agisse d’identité personnelle ou de lieux physiques. Le milieu est un «espace», dans cette perspective nous pensons que plusieurs «espaces» peuvent occuper un même lieu. Par exemple, lorsqu’on empêche l’intrusion de la police dans un certain party, on défend à la fois le lieu et l’espace du party, mais aussi l’espace queer entant que concept, et l’espace du milieu entant que formation. Pour ces raisons, nous pensons que la défense de tout lieu queer quel qu’il soit (que ce soit cousins, le salon du livre queer, un sex party, etc.) est essentielle au maintien du concept de l’espace queer, qui agit comme filet de sécurité pour les personnes les plus ciblées par la répression. Une attaque envers un party queer est une attaque contre la «queerness». Si suffisamment de party sont réprimés, le nombre d’espaces occupés par la «queerness» s’en trouvera réduit.

▼ Nous sommes contre le discours selon lequel certaines Diasporas de gens ne peuvent s’engager dans le conflit à cause d’oppressions qu’elles vivent ou de dangers auxquels elles font face. Bien que nous supportions complètement toute personne sentant qu’elle ne peut s’engager dû à des questions de statut, de race, de classe, de genre, etc., nous croyons que les discours énonçant que «telles personnes ne peuvent faire x…» sont souvent infantilisants, faux et condescendants. Bien qu’on ne doive jamais attendre d’une personne une manière d’agir précise (à moins qu’elle le souhaite), on ne devrait pas non plus présupposer ses capacités à sa place. Partout dans le monde, des personnes dans des situation précaires luttent (souvent illégalement), et ce malgré le coût possiblement encouru. Cela équivaudrait à dire, par exemple, qu’une manifestation qui a été approuvée par la police a plus de chances de procurer un meilleur sentiment de sécurité aux gens qu’une manifestation illégale – si on ne connaît pas le vécu personnel des gens, on ne peut savoir si la collaboration entre les organisateur.trices et la police est perçue comme étant plus sécuritaire que la tenue d’une manifestation illégale. De plus, si la collaboration avec la police découle de l’improbabilité que des actes illégaux prennent place dans la manif, ou si elle prend place pour que certaines personnes s’y sentent plus en sécurité, on isole alors davantage ceux et celles dont l’illégalité est inhérente à leur vie et existence. Les hiérarchies du danger telles qu’établies par le milieu devrait constamment être sujet de débat et de contestation.

▼ Nous rejetons l’idée selon laquelle le fait d’être mâle et blanc soit inhérent à la résistance violente. Nous pensons que cette position est souvent utilisée pour délégitimer des tactiques ne correspondant pas à l’idée que certaines personnes ont de l’acceptabilité. C’est sexiste et trans-mysogine, en plus d’être historiquement erroné.

▼ Bien que nous supportions fermement l’auto-identification, nous rejetons le postmodernisme et l’idée que tout peut être appelé «queer». Nous croyons que le queer est un positionnement connecté à d’autres (à ce titre, une personne cis ne peut être trans, et une personne s’auto-identifiant trans ne peut être cis). Ainsi, la police ne peut être queer, car le rôle qu’elle incarne dans le renforcement des paradigmes existants de genre est de facto contre la queerness. [contra queerness dans le texte original].

Mar 212013
 

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Par ces lignes, nous désirons ouvrir des voies de communication et une perspective critique sur les pratiques des anarchistes dans les rues de Montréal, au niveau tactique. Nous voyons continuellement les mêmes erreurs commises dans les manifs et nous pensons qu’elles sont imputables au fait que la réflexion sur ces sujets dépasse rarement les limites des groupes affinitaires. Nous pensons que la quantité limitée d’information nouvelle que la police pourrait apprendre de ces réflexions générales est largement dépassée par les possibilités qui s’offriront à nous dès que nous serons plus aptes à agir en tant que force collective dans la rue. Nous espérons que d’autres se sentiront interpellés par ces réflexions et participeront à les approfondir à l’intérieur de nos réseaux, que ce soit sous la forme de textes anonymes ou dans leurs discussions avec leurs camarades. Voici donc quelques réflexions qui proviennent de trois groupes affininitaires. Leur valeur ne se révèlera qu’à travers la discussion critique et l’application pratique.

La lutte dans les rues de Montréal semble à un point tournant. Durant la dernière année, plusieurs personnes ont appris à contrôler leur peur de la police, et ceci se traduit par une plus grande combativité dans les manifs. D’un autre côté, notre capacité à confronter les forces de l’ordre a progressé moins rapidement, de telle sorte que notre enthousiasme dépasse souvent nos capacités matérielles. Avec une meilleure organisation, les camarades qui partagent des affinités seraient mieux en mesure de clarifier leurs intentions et leurs buts, de fomenter des plans, de partager des connaissances et des outils nécessaires à la confrontation. La police réfléchit continuellement aux techniques de contrôle de foule et s’adapte aux conjonctures changeantes, et nous nous devons de leur répondre avec des développements tactiques de notre crû.

Dans une manif «typique» à Montréal, nous retrouvons des gens masqués éparpillés dans la foule – parfois en groupes, parfois seuls, parfois simplement marchant avec des ami.e.s qui ne sont pas masqué.e.s – qui ne tentent que rarement de communiquer entre eux ou de se tenir proche d’autres groupes. Ceux vêtus de noir sont peut-être désignés comme le «black bloc», mais ce n’est pas un bloc. Un bloc s’efforce consciemment de rester groupé et dense afin de se couvrir les uns les autres et travailler collectivement dans l’anonymat pour réaliser des buts communs.

Nous attribuons l’attitude de se masquer sans intention précise à une fétichisation de la tactique du black bloc, dont l’esthétique est célébré par et pour elle-même. La paranoïa ou le malaise social peuvent également être des barrières à la communication avec des camarades inconnu.e.s avec pour conséquence que les gens ou les petits groupes restent isolés. Nous devons briser ces barrières de communication si nous voulons aiguiser nos tactiques, pour profiter rapidement des opportunités qui s’offrent à nous et réagir avec force. Trop souvent, quelques roches sont lancées dans un geste symbolique avant une dispersion que la foule n’est pas préparée à repousser.

L’objectif poursuivi dans la confrontation avec les flics doit être réfléchie continuellement et est sujet à débat; pour nous, il s’agit de libérer l’espace du contrôle policier, ce que nous voyons comme une prémisse pour que quoi que ce soit d’intéressant puisse se produire par la suite. Fracasser une vitrine de banque rituellement et sans se doter de la capacité de repousser la police va souvent, et de façon prévisible, mener la manif à être attaquée puis dispersée. Une telle attaque isolée contribue peu à construire notre rapport de force dans la rue et notre capacité à soutenir la lutte, à prendre et à défendre l’espace. Nos attaques devraient être menées d’une façon qui collabore avec la manifestation plutôt que d’utiliser celle-ci comme couverture sans égards – ou sans possibilité de répondre – aux conséquences. Nous devons plutôt concentrer nos forces sur la police, cherchant à les faire fuir et à briser leur contrôle sur la foule. Une fois cet objectif atteint, nous pourrons détruire toute la propriété capitaliste que nous voulons et ce sans laisser le reste de la manif subir la répression policière amenée par nos trop brèves actions.

Conseils anonymes et spontané.
Reflexions sur la communication informelle en manif.

Des voies de communication devraient être ouvertes à l’intérieur de la section de la manif qui se veut confrontationnelle. Une forme que cela peut revêtre est une «consultation» informelle et spontanée. Une personne de chaque groupe pourrait se réunir pour parler de stratégies générales et de plans dont ils ressentent la nécessité de partager. Ces discussions pourraient reprendre à n’importe quel moment crucial durant la manif pour prendre plus de décisions collectives, influençant le comportement de tous ceux qui veulent se battre.

Un exemple de cette tactique réalisée avec beaucoup de succès s’est produit pendant le G20 à Toronto. Le bloc – qui fonctionnait comme un bloc bien organisé – a tenu ce genre de meeting à un moment crucial après avoir essayé de se diriger vers le sud, en direction du périmètre sécurisé du G20 et s’être fait repousser à coup de matraques. Les discussions ont contribué à ce que le bloc sprint vers l’est, s’éloignant du périmètre et vers le centre-ville, déjouant ainsi la police et menant à une heure d’émeute, de destruction de propriété et deux voitures de police brûlées.

Ceci n’est qu’un exemple de comment faire pour améliorer nos communications dans un bloc bien organisé. Ce n’est pas une panacée, car difficile à mettre en œuvre. Souvent, encourager les camarades en criant des slogans («vers le centre-ville!», «on reste groupé!», etc.) servira très bien. Mais si nous désirons mieux nous coordonner, il nous faudra réfléchir sur des moyens de communication plus efficaces.

Faire face à la Brigade Urbaine

Une des adaptations les plus notoires dans la stratégie de contrôle de foule du SPVM durant la dernière année est le positionnement de policiers sur le flanc de la portion de la foule qu’ils jugent la plus encline à «causer des troubles». Au moins seize policiers sans bouclier marchent sur les trottoirs avec au moins un «tireur» équipé d’un fusil à balle de caoutchouc, généralement au milieu de la ligne. Durant la manif du 1er Mai 2012, alors qu’ils ne bordaient que le flanc droit de la manif, nous avons vu le bloc ne pas avoir assez de confiance et d’organisation pour les attaquer. Le résultat a été qu’au moment de leur choix, les policiers ont coupé dans la manif et ont pu faire des arrestations avant de battre en retraite sur Ste-Catherine. La Brigade Urbaine va toujours agir à une intersection de telle façon qu’ils pourront se retirer dans une rue qui n’est pas occupée par la manifestation. Ils vont ensuite garder la foule à distance avec des balles de caoutchouc le temps qu’ils complètent leur arrestations. Un nouvel ajout à ce dispositif sont les chevaux, trois accompagnant chacune des deux brigades, qui jouent un double rôle: créer un climat de peur et être en hauteur pour identifier des cibles pour des arrestations éventuelles.

Durant la première manif contre le Sommet de l’éducation supérieure, le 25 février 2013, après des mois où la tactique de la Brigade Urbaine réussissait à contrôler les manifestants, la foule a eu l’intelligence collective de prendre les trottoirs derrière l’unité de la Brigade à gauche de la foule, essayant de la faire sortir de la manif. Si nous réussissons à occuper le trottoir derrière la Brigade Urbaine, cette tactique, qui a connu énormément de succès à nous contrôler, sera grandement compromise. Ceux qui, à cette occasion, ont pris le trottoir n’étaient pas équipés pour le combat rapproché qui suit cette prise de l’espace (mis à part quelques ampoules de peintures), et donc la police a pu résister à notre tentative de les faire fuire. Il leur aura quand même fallu faire appel à la brigade qui était de l’autre côté de la rue pour briser cet encerclement. Un coin de rue plus loin le Groupe d’Intervention (GI) avec bouclier attendaient la foule et ont balancé au moins deux bombes assourdissantes.

S’il y avait eu un bloc dense avec différents groupes en communications entre eux, protégé par des bannières renforcées à l’avant et sur les côtés et défendu par des longs pôles de drapeaux, cette confrontation aurait pu se terminer autrement. Bien sûr, dès que nous aurons libérer nos flancs, les GI avec bouclier vont entrer en action, mais nous nous serons fait moins vulnérables et plus en mesure de confronter les autres forces de police (incluant les undercovers). Cela dit, dès que l’émeute est en cours et que la police tente de nous disperser, il fait beaucoup de sens pour des groupes de 10-20 personnes à l’intérieur de portions de la manif de continuer à foutre le bordel, rendant la situation encore plus incontrôlable pour les flics.

Ceci nous ramène à la question du matériel amené et utilisé pendant les manifs. Nous avons vu dernièrement des camarades s’organiser et amener des bannières de côtés qui nuisent grandement à la capacité de la Brigade Urbaine à agir. Cette pratique devrait devenir systématique. La réponse des flics fût de mettre la cavalerie sur le trottoir. Nous devons réfléchir à des moyens de nous en débarrasser. Le mieux nous seront équipés pour faire face à la Brigade Urbaine, le moins de danger elle représentera. Un groupe de 10 personnes avec des drapeaux appuyé par des jets de pavés serait suffisant pour faire reculer la Brigade Urbaine, mais pas le Groupe d’Intervention avec les boucliers.

Derrière les barricades

La construction de barricades et la défense de lieux occupés comme des squares, des parcs, ou de larges intersections n’a presque jamais été tenté durant la dernière année, malgré toutes les opportunités que nous avons eu. Nous devrions expérimenter l’occupation de l’espace de d’autres façon que la longue procession des manifs traditionnelles, qui peut être relativement facile à couper par la police (couper la manif en deux est même la première étape du processus de dispersion opéré par le SPVM). Par exemple, si un square est rempli de manifestants qui ne sont pas prêt.e.s à abandonner leurs camarades et que les points d’entrée principaux sont barricadés, les flics peuvent être repoussés pendant des heures. Derrière les barricades se trouve la possibilité de renoncer à la fragilité et l’aspect «hit-and-run» usuels de nos attaques et nous ouvre le temps et l’espace pour la rébellion, que nous élaborerons avec joie. Nous pouvons constater que ces leçons ont été apprises et sont appliquées dans les émeutes à Athènes, Barcelone, etc.

Par barricades, nous entendons tout objets qui peuvent substantiellement nuirent aux mouvements de la police, comme des dumpsters renversés ou des voitures que nous pouvons pivoter en soulevant le derrière (qui est plus léger que l’avant). Les panneaux de signalisation et les cônes oranges qui sont fréquemment renversés nous nuisent plus qu’ils ne gênent les mouvements des flics. Ils peuvent même se révéler dangereux pour un camarade inattentif.

Si des barricades peuvent être faites rapidement quand le moment se présente et que nous occupons un espace opportun (par exemple, un lieu sans trop de points d’entrée, avec des sites de construction à proximité qui peuvent être pillés, avec un nombre important de roches ou de pavés que nous pouvons accumuler, un parking qui nous offre une bonne couverture comme au Plan Nord le 20 avril 2012), nous pouvons les tenir et nous battre de derrière elles, repoussant les charges qui ont ultimement dispersé toutes les manifs jusqu’à présent.

Retournons à l’exemple du 1er Mai dernier, au coin de University et Ste-Catherine après que la Brigade Urbaine eut été repoussée avec des projectiles, nous savions tous que le GI avec bouclier allait rappliquer d’une minute à l’autre en quantité trop importante pour être repoussé avec seulement des pavés. Plusieurs personnes ont à ce moment commencé à ramasser des roches pendant ces précieuses minutes, mais aucune barricade n’a été construite. Quand le GI a chargé de par le sud, la manif a été chassée et poursuivie au nord de Sherbrooke et forcée de se disperser.

Nous savons qu’il est difficile de se défaire de la crainte de la répression, que plusieurs d’entres nous hésitent encore à balancer le premier pavé, c’est pourquoi il nous faut collectivement dans nos groupes affinitaires expliciter ce que chaque personne est à l’aise de faire. Certaines personnes préfèreront ramasser des pavés et les distribuer à d’autres qui sont plus à l’aise à attaquer les flics. Certains seront prêts et prêtes à tenir les bannières de côtés, conscients et conscientes qu’ils et elles seront peut-être les premiers à subir le choc de la charge de la Brigade. D’autres encore voudront observer les agissements des flics et les analyser dans le but d’éviter un encerclement.

Il nous faut avoir une perspective critique à propos de nos tactiques de rue et les formes de notre organisation. Ce texte rassemble des réflexions de quelques uns d’entre nous qui en aucun cas ne se considèrent comme experts. Nous attendons d’autres contributions afin de mieux nous organiser dans la rue, autant par ceux qui préfèrent communiquer sous la forme de textes autant que par ceux qui partageront leurs réflexions à travers leurs actions dans la rue.

Juil 112012
 

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Il est évident que la situation ne se limite plus à la problématique de la hausse des frais de scolarité. La hausse des frais de scolarité advient au même moment que les nouveaux frais d’usage des soins de santé, que la hausse des loyers, du prix des denrées et de celui de l’électricité. La hausse des frais de scolarité arrive dans le contexte où les condos envahissent nos quartiers, où les locataires se font mettre à la porte et les maisons sont expropriées en prévision de nouveaux développements, alors que des officierEs de l’immigration déportent nos voisinEs, que les flics tirent des gens dans les rues et que nos amiEs et ceux.celles qu’on aime se font emprisonner. Les mesures d’austérités vont de paire avec l’augmentation de la répression. La loi 78, une attaque au droit de s’organiser collectivement, n’en est que l’exemple le plus récent. Plus de 2500 personnes ont été arrêtées durant la grève étudiante et quelques une d’entre elles ont été exilées de Montréal en attente de procès.

En Mai dernier, des rumeurs d’une grève sociale à venir dans les prochains mois ont commencé à circuler. Pour plusieurs personnes, une grève générale se produit par un vote syndical. Par contre, pour les syndicats, la grève est illégale tant que le syndicat n’est pas en procédure de négociation d’une convention collective. Pour d’autre, il n’y a tout simplement pas de syndicat. Dans les circonstances, comment faire la grève contre les mesures d’austérités et contre l’augmentation de la répression, spécialement lorsque nos syndicats ont les mains liées ou qu’il n’y a tout simplement pas de syndicat. Et qu’est-ce que grève sociale veut dire pour nous?

Le mouvement étudiant a été apte à faire ce qu’il a fait grâce à l’organisation collective dans les écoles. L’esprit de l’organisation collective peut aussi se répendre dans les quartiers et les lieux de travail. Une des façon dont cela se produit est à travers les assemblées autonomes de quartiers qui se retrouvent pour trouver des manières d’agir ensemble et d’imaginer le pouvoir à l’extérieur du gouvernement. Une autre manière est l’organisation collective dans les milieux de travail sans l’approbation des syndicats, ce qui peut prendre la forme d’une grève sauvage.

Une des raisons pour lesquelles le mouvement étudiant a été apte à être en grève si longtemps est la volonté des gens à prendre acte pour rendre cette grève effective. Entre les perturbations économiques ciblées et les lignes de piquetage aux portes des universités, les étudiantEs ont réussi à bloquer des ponts, à bloquer le trafique au centre-ville, à faire fermer leurs écoles et plus encore. De quoi cela peut-il avoir l’air pour nous et nos voisinEs, et nos collègues de travail? À St-Henri, les voisinEs ont marché ensemble vers la perturbation du Grand Prix. À Villeray, les casseroles ont rejoint la manif de nuit au centre-ville, soir après soir. À Barcelone, en mars de cette année, les gens impliqués dans la grève générale ont érigé des barricades dans leurs quartiers, ont piqueté au centre-ville et ont forcé des commerces à stopper leurs activités.

Nous savons qu’en août, le gouvernement fera tout pour forcer les étudiantEs en grève à retourner sur leurs bancs d’école. La loi 78 sera probablement utilisée pour justifier les attaques policières envers les étudiantEs, la criminalisation et les lourdes amendes. Le mouvement aura besoin d’une grande solidarité pour combattre ces attaques. Nous croyons que la grève sociale peut être une bonne stratégie pour un dépassement de la grève étudiante en vu de résister à toutes les mesures d’austérité. Quand nous nous organisons pour faire fermer nos écoles et nos lieux de travail, nous démontrons notre pouvoir collectif et nous nous donnons l’opportunité d’agir en solidarité avec les autres qui luttons à nos cotés.

Faisons le!

Juil 012012
 

Un tract expliquant pourquoi et comment bloquer le retour en classe

Plus d’infos: grevesociale.info

Le 18 mai dernier, le gouvernement Charest a adopté la fameuse loi 78, pensant ainsi nous forcer à retourner en classe avec diverses contraintes sous peine de sanctions sévères. Il est vrai que cette nouvelle mesure peut faire peur et c’est exactement son but; tout comme les bombes assourdissantes dans les manifs sont destinées à nous faire peur, fragiliser nos rangs et nous éloigner de notre esprit de solidarité. Nous devons donc rester uni-e-s malgré ce nouvel affront puisque c’est ensemble que nous créons notre force, et la grève est la forme idéale d’action collective. Les actions directes, les manifestations de masses et les autres formes de résistance n’ont pu naître que de l’immense bassin de grévistes, qui ont passé 3 mois à faire manifestation sur action sur réunion.

Pensons à toutes nos familles, amis, collègues, camarades de classe qui ont vu leurs vies bouleversées durant ces derniers mois, qui se sont investiEs corps et âmes pour le droit à l’éducation. Nous ne pouvons les laisser tomber, nous ne pouvons nous laisser tomber après autant d’efforts.

De plus, ce n’est pas qu’une loi spéciale. Les conservateurs en ont fait passer 6 en 5 ans, et les libéraux déjà 5. C’est une méthode de domination barbare à laquelle on s’attaque, mais la loi 12 est déjà excessivement contestée et risque d’être le maillon faible de la chaîne. C’est pourquoi nous appelons aussi toutes et tous les victimes de lois spéciales, et ceux et celles qui désirent faire dérailler les lois spéciales.

Finalement, nous comprenons que la marchandisation et la privatisation de l’éducation sont des conséquences directes du besoin d’expansion du marché propre au système capitaliste. Nous comprenons aussi le rôle qu’on joué les anticapitalistes dans la grève, et nous vous incitons aussi à vous joindre à nous.

Nous tiendrons, indépendamment des associations étudiantes, cette consulta afin d’assurer une poursuite de la mobilisation lors de l’automne prochain tout en gardant nos structures associatives à l’abri (le plus possible) des représailles prescrites dans la loi 78. Puisque ceux qui vont forcer le retour en classe, SPVM et SQ, réfléchissent à un plan intégré pour l’ile de Montréal, nous croyons qu’il faut coordonner nos efforts à cette même échelle.

Pour ce faire nous appelons tous et toutes désirant résister à la loi 78, afin de voir où les efforts d’organisation sont rendus dans les différents collèges, tenter de trouver des stratégies de mobilisation avant le retour en classe, et de dégager des tactiques visant la continuité de la grève et la perturbation et/ou l’annulation de la reprise des cours en août.

Qu’est-ce qu’une consulta ?

Une consulta est une rencontre formelle et consultative par rapport à une question précise, qui vise à structurer les efforts collectifs et individuels dans l’atteinte des objectifs de chacune et chacun. Ainsi, bien qu’il s’agit d’une rencontre formelle, les objectifs principaux seront de constater les efforts déployés afin de pouvoir diviser nos efforts de manière efficace, de permettre à tous de rejoindre les initiatives en cours, de lancer de nouveaux projets, et de faciliter le réseautage informel entre les individus.

Tous et toutes sont invitéEs, car les enjeux de cette grève sont maintenant les enjeux de la loi 78: la liberté d’expression, la liberté d’association, le droit de grève et le droit de manifester pacifiquement. Le comité grève sociale se servira des thèmes de discussions pour élaborer la prochaine consulta, qui aura lieu fin juillet, et les tâches sur lesquelles centrer ses efforts.

Comment nous rejoindre?

Nous ferons une consulta pour contrer le retour en classe le 7 juillet, à 13h00 au 7ème étage du pavillon Hall de l’université Concordia (1455 de Maisonneuve ouest). Rassemblons nous tous pour faire d’une pierre 3 coups, en empêchant le retour en classe, en bloquant les lois spéciales et en combattant le capitalisme. Tenez vous au courant sur
http://grevesociale.info.

Juin 282012
 

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Vendredi le 18 mai 2012, deux nouvelles lois ont été adoptées à Montréal. Leur but est d’étouffer la révolte anti-capitaliste qui s’est créée à travers la grève étudiante, qui perdure depuis plus de 100 jours. La première est une loi municipale  – elle interdit le port de masque lors de manifestations, sous peine d’une amende de 1000$ à 5000$ (de plus, si la loi entre en vigueur au fédéral, porter un masque dans une émeute pourrait mener jusqu’à 10 ans de prison). La deuxième est une loi spéciale du gouvernement provincial (Loi 78) qui oblige toute manifestation publique à se soumettre à un contrôle méticuleux par la police pour ne pas être déclarée «illégale». Tout leader, porte-parole ou exécutant.e membre d’une association étudiante qui bloque l’accès aux cours ou y encourage d’autres personnes, recevra une amende entre 7000$ et 35 000$.

Même si ces lois sont étonnamment rigides, leur existence n’est pas étonnante. Avant leur création, l’État et les forces policières ont volé des yeux, brisé des bras, fracassé des mâchoires et envoyé des personnes dans le coma. Nous sommes des milliers dans la rue qui, jour après jour, risquons beaucoup pour maintenir une lutte féroce. Ces lois sont le résultat de la situation qui surpasse le contrôle des assemblées générales, des fédérations étudiantes et de l’autorité gouvernementale. La loi 78 a été déclarée anti-démocratique par les groupes de défense légale, par la Commission québécoise des droits humains et par le Conseil du Barreau du Québec. Malgré tout, les lois seront effectives encore longtemps et la situation ne changera pas pour autant. Elles démontrent comment les libertés associées à la démocratie, qui nous sont données en période de stabilité sociale, peuvent nous être enlevées dès qu’on entre en situation d’instabilité, à l’aide de toutes sortes de dispositifs autoritaires. En démocratie, l’État d’urgence nous attend toujours au détour pour nous imposer plus de contrôle, spécialement dans les moments où nous commençons à vivre.

Les lois, la bureaucratie et la police existaient avant la démocratie ; elles fonctionnent pareil dans une dictature. La seule différence est le droit de vote, grâce auquel on nous fait croire que les lois nous appartiennent, même lorsqu’elles sont appliquées contre nous. La démocratie agit en installant tout le pouvoir et la légitimité entre les mains d’une structure qui prend les décisions, elle requiert des corps armées (la police) pour faire respecter ces décisions. Nous voulons nous  battre pour une réelle libération, pas juste pour des politicien.ne.s moins répugnant.e.s dans la même structure oppressive de pouvoir.

La résistance doit se déployer, évoluer et se poursuivre indéfiniment! Nous avons vu la situation se transformer d’une grève aux objectifs réformistes en une révolte généralisée aux aspirations révolutionnaires. Cette lutte n’est pas seulement à propos des frais de scolarité. Le système qui augmente le coût de l’éducation est le même qui coupe les pensions et l’aide sociale au nom de l’austérité, le même qui transforme les forêts en béton au nom du progrès et de l’industrie, le même qui décime des communautés entières au nom de la sécurité et du patriotisme… et pense que nos vies sont jetables au nom du profit. Nous devons combattre l’État et le capitalisme !

Prenons les casseroles dans nos quartiers, chaque soir, à 20h. Cette action peut être une façon de construire une culture de résistance dans nos quartiers, et ainsi démarrer de nouvelles formes de relations sociales hors des murs érigés par la société pour nous isoler. Mais souvenons-nous que le pouvoir ne se prend pas en le demandant. Le ministre des finances, Raymond Bachand, approuve ces manifestations de casseroles, il trouve qu’elles sont festives et envoient le bon message. Dans un effort pour nous diviser entre bon.ne.s manifestant.e.s et mauvais.e.s, il souhaite du même souffle une pacification du conflit, afin de laisser la ville reprendre son train-train quotidien. Mais nous savons que la diversité et les tactiques de confrontation ne nous permettrons pas seulement de créer un monde selon nos propres termes, mais aussi de se muer en une force qui impose le respect…

Une force que l’État ne peut pas continuer à ignorer!

Juin 212012
 

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Ceci est un pamphlet. Ce n’est pas un livre, ni un petit livre, ni un cahier, ni un petit cahier, c’est un pamphlet. Il ne prétend pas, loin de là, d’ être objectif, ni de créer le consensus. Ses prétentions sont beaucoup plus grandes, ainsi nous ne comprenons pas pourquoi nous devons faire les modestes quand nous pouvons aspirer à ce qu’il y a de mieux. Qu’est-ce que c’est le mieux ? Nous ne voulons pas avoir de limites. Nous ne savons pas si nous en avons ou pas, mais précisément ceci n’est pas la question, car nous ne DÉSIRONS pas avoir de limites, nous voulons nous déchaîner. Ce qui nous importe c’est nous. Nous nous inquiétons des obstacles et des ennemis dans la mesure où ils nous empêchent de faire ce que nous voulons ou d’obtenir ce dont nous avons besoin. S’ils ne gênent pas ils n’existent pas. Et si ils gênent, ils doivent arrêter d’exister. Nous avons passé suffisamment de temps à réfléchir sur l’ennemi, le Système, le Capital etc .. Nous croyons que c’est l’heure qu’enfin nous nous occupions de nous même. Qu’est-ce qui nous plaît ? Ne nous plaît pas ? Que voulons nous ? Ne voulons pas ? Quels sont nos vrais désirs ?

C’est vers ça que nous tendons. C’est notre objectif, et nous sommes prêts à aller vers ça, et partout ailleurs.

Les conditions sont là pour que ce qui existe déjà dans le principe voit le jour et existe vraiment.

Comme le disaient certains étudiants de la préhistoire du mouvement étudiant dans les années 60, les étudiants sont une classe en eux-même. Nous ne sommes pas salariés, bien que pour la majorité d’entre nous nous sommes destinés à l’être; nous ne sommes pas non plus dirigeants, comme peu d’entre nous sont destinés à l’être. Nous sommes nulle part, nous sommes encore en transition, en construction. Nous ne voulons pas dire que nous sommes à l’abri de la merde du Système, mais nous disons que nous sommes dans les conditions matérielles, concrètes, pour se révolter, se retourner contre tout ce qui ne nous plaît pas et pour tout ce qui nous plaît.

Nous ne possédons rien, rien n’est à nous. Nous n’avons ni notre propre maison, ni voiture, ni famille, ni enfants à charge, ainsi on ne peut pas nous tromper avec le fait que nous sommes de la classe privilégiée, parce que nous n’avons rien à garder. Il nous manque encore tout à avoir.

Tout est devant nous. C’est le premier point dont nous devons prendre conscience : nous n’avons rien à perdre. Si nous faisons une grève, on ne vas pas nous virer de notre travail, et on ne va pas arrêter de percevoir un salaire, et nous n’avons pas non plus à perdre de stupides « conquêtes sociales » avec lesquelles ils ont réussi à tromper nos parents. Si nous faisons grève, non seulement nous n’allons rien perdre, mais nous allons gagner beaucoup de choses, nous allons nous réapproprier un jour d’ennui, et nous allons en faire un jour de vie réelle, de vie intense dans laquelle nous allons faire à chaque instant ce qui nous plaît et non pas ce qui correspond à notre rôle d’étudiant. Profitant du plaisir de l’instant subversif.

Qu’on ne se foute pas de nous, la seule chose qui peut vraiment se perdre c’est la peur. Ce n’est pas tant la peur de potentielles représailles des diverses autorités – professeurs, parents, …- ni la peur de la punition sociale parce que tu n’agis pas selon les attentes imputées à ton rôle. C’est la peur de soi même, la peur de ne pas savoir quoi faire lorsque personne ne nous dirige et nous dicte notre conduite. La peur de ne pas savoir jusqu’où aller lorsque personne ne nous montre la voie, la peur de ne pas savoir quoi faire à chaque instant. La peur de vivre sans maîtres. La peur de l’incertitude.

Nous allons vous confier un secret : nous aussi nous avons peur ! Et même, nous croyons qu’une bonne part de notre force se base sur cette peur. Nous ne voulons pas que ça soit clair, nous ne voulons pas avoir le chemin balisé ni une lumière au bout du tunnel vers laquelle nous diriger en somnambules. Nous voulons construire notre vie au jour le jour, et par conséquent, affronter la peur de vivre sans maîtres. Nous avons peur, c’est vrai, et l’incertitude nous ronge, mais cette incertitude fait aussi que ça nous donne envie et nous met en ébullition.

Vous n’êtes pas attirés par l’idée de faire l’expérience d’une vie nouvelle et d’abandonner cette expérience médiocre ? Alors expérimentez, faites ce que vous voulez, faisons ce que nous voulons, nous ne saurons pas ce que c’est jusqu’à ce que nous l’expérimentions, et même ainsi nous ne pourrons pas prétendre le savoir car à chaque moment nous découvrirons de nouvelles choses. Nous ne nécessitons rien de plus. Nous voulons avancer. Vers où ? Nous ne le savons pas. LÀ-BAS, par exemple, nous savons en tout cas que nous ne voulons pas être ici. N’importe quoi à part ça, nous sommes fatigués, ce monde nous ennuie, il ne satisfait pas nos besoins et nos désirs, il ne nous plaît pas et nous ne nous amuse pas. Mais nous voulons plus, nous voulons une vie meilleure.

Qu’on ne nous trompe pas non plus avec notre avenir. Nous ne sommes pas le futur et nous n’avons pas non plus un bel avenir devant nous. Nous n’avons pas envie d’accepter le futur, avoir un futur c’est s’écrire une mort, écrire le roman de ta vie avant de la vivre : tu fais juste ce qui est DÉJÀ écrit et tu ne construis pas ta vie au jour le jour. Et aussi nous n’acceptons pas le futur parce que nous n’acceptons DÉJÀ pas le présent misérable qui est là et nous n’acceptons pas non plus le futur de merde qu’on nous prépare. Cette vie est misérable !

Nous sommes conscients malgré tout de notre situation dans le monde. Nous sommes conscients que nous sommes ici pour être de futurs travailleurs, nous savons que nous avons un rôle à jouer dans ce monde, celui d’étudiants, celui de gens qui apprennent à avaler la merde, la merde de la Réalité, celui de gens qui s’appliquent à apprendre l’idéologie qu’insufflent les intellectuels du Système à travers la culture, de gens qui apprennent à réduire leur corps et leur tête à des espaces et des horaires rigides pour arriver dans le monde du travail avec le corps et la tête déjà réduits. Nous sommes conscients que nous sommes des Étudiants.
Mais nous sommes conscients que nous ne voulons plus l’être. Nous ne voulons pas nous habituer à des horaires et des espaces, nous ne voulons pas avaler de la merde, nous ne voulons pas apprendre leur idéologie, ni aucune idéologie. Plus d’intellectuels, plus de culture, plus d’art. Nous aussi nous voulons arrêter d’être étudiants. Mais nous ne voulons pas arrêter d’être des étudiants pour devenir des travailleurs ou autre chose. Nous ne voulons pas quitter un rôle pour en embrasser un autre. Nous ne voulons aucun rôle, nous ne voulons pas être rien, nous voulons être ce dont nous avons envie à chaque moment. À chaque moment. Nous, étudiants, devons commencer à arrêter de nous cramponner à des idéologies et pensées créées, des choses DÉJÀ faites auxquelles nous nous accrochons à cause de cette peur de vivre sans maîtres, à construire chacun sa vie à chaque moment.

C’est le moment de se jeter à l’eau, d’abandonner toutes les croyances et illusions qui nous garantissent la sécurité de vivre dans ce monde. La sécurité dans cette société n’est pas plus qu’une barrière qui nous protège de .. de quoi ? Vous êtes vous déjà demandé de quoi nous protège la Sécurité qu’on nous offre ? De quoi devons-nous avoir peur ? Les sécurités nous protègent de nous-même, c’est nous que les barrières ne laissent pas sortir, et non les autres qui peuvent aller et venir. Ils ne nous permettent pas de dépasser ce qui est permis. C’est notre propre police qui nous surveille lors de nos arrestations à domicile. Tu te décomposes de l’intérieur, tu t’endors et tu t’ennuies, avec l’assurance que tu vas continuer à vivre, c’est à dire, que ton cœur va continuer de battre. Et le reste ? Les rêves ? Les désirs ? Les émotions ? La passion ?

Tout cela est là, de l’autre côté de la barrière. Abandonnez les sécurités, la seule chose qu’elles font c’est enchaîner, et lancez-vous dans l’expérience palpitante de vivre sans normes, sans maître, sans rôle. Expérimentez.

Nous voulons vivre et expérimenter MAINTENANT, pas à court ou long terme.

L’idée de la révolution comme processus est très bien, mais nous ne pouvons plus attendre. Nous avons besoin d’améliorer notre vie, nous voulons qu’elle ait une forme plus intense, et pour ça nous voulons lui créer des moments où elle s’épanouira. Nous voulons des insurrections, des soulèvements, des révoltes, la tension du conflit ouvert. Ça ne nous convient pas d’avoir simplement le rêve d’une révolution, nous préférons le rêve et l’utopie d’un moment d’insurrection. Le soulèvement est une réappropriation, une vraie rupture avec la monotonie de la vie quotidienne, avec les normes sociales, et avec les rôles qu’à chaque moment de la vie nous devons adopter. Le moment de soulèvement rompt avec les horaires, le temps, qui arrête d’être une tyrannie linéaire, pour devenir un désordre de moments vécus intensément. Nous savons qu’une insurrection ne va pas changer le monde, mais nous croyons qu’elle peut transformer notre vie.

Parce qu’il s’agit de changer le monde, mais aussi de transformer la vie. Nous ne sommes intéressés par aucune révolution qui n’élève notre qualité de vie. Nous ne sommes pas intéressés par un monde, aussi libre et juste qu’il soit, si la vie est tout autant ennuyeuse, monotone, rationnelle et médiocre que celle que nous vivons maintenant. Plaidons pour créer la révolution qui ne triomphe jamais. Nous ne voulons pas triompher. Nous ne voulons pas perdre le rêve et l’utopie. Les choses qui ont une fin ne nous intéressent pas, ni les choses dont le destin annoncé est de mourir. Nous ne voulons pas avoir de futur, nous fabriquerons notre vie au fur et à mesure. Nous ne voulons pas nous définir maintenant, nos actes nous définirons en temps voulu. Nous ne voulons pas que tout soi clair, nous nous éclaircirons au fil de la pratique.

Les choses ne sont pas claires pour nous. Mais ATTENTION, ça ne veut pas dire que nous allons permettre à des intellos de nous éclairer et de nous dire qui nous sommes et ce que nous voulons et ce que nous ne voulons pas. Nous n’admettrons pas d’avant-garde révolutionnaire qui viennent chapeauter notre révolte avec leurs idéologies ? Et nous n’allons pas plus permettre les leaders syndicaux ni les syndicats eux-même. Nous n’allons pas vous laisser faire, nous vous prévenons, nous n’allons permettre aucune tentative de manipulation, et nous allons pas vous laisser récupérer nos luttes pour le système, nous menant vers le cours inoffensif de la démocratie. À bas la démocratie ! Plus de dialogue ! Il faut faire face. Nous vous prévenons, si vous essayez d’étendre vos griffes parmi-nous nous nous jetterons sur vous avec toute notre colère. Mieux encore, nous nous jetterons sur vous, même si vous n’essayez pas d’y mettre vos sales pattes, juste pour ce que vous êtes et ce que vous faites, pour votre fonction de pompier des feux de la révolte. Récupérateurs de merde, vous êtes dans notre point de mire.

Tout est dans notre point de mire. Rien de ce monde ne vaut la peine d’être sauvé. Les étudiants, nous nous foutons de tout. Nous avons commencé par revenir de la crédulité de la vie moderne, nous ne croyons pas dans la sécurité du foyer rempli de sentiments électrodomestiques, ni dans les machines qui donnent un bonheur pathétique, comme le sourire de l’âne lorsqu’il meurt.

Les voitures ne sont pas plus que le modèle de l’idéal bourgeois du bonheur. Brûlons-les, brisons les vitrines de l’aliénation et de la fausse vie.

Brûler des voitures, briser des vitrines. Ce n’est pas une consigne que nous vous donnons.

Brûler, casser, ce sont nos sentiments que nous vous lançons. Nous vous lançons notre rage, notre colère. Nos désirs et nos rêves. C’est ce que nous pensons. Voilà ce que nous sommes.

Nous nous répandons dans notre environnement telle la lave du volcan. Nous voulons faire irruption, et pas attendre que les fleurs éclosent. Nous voulons briller deux fois plus sans devoir nous résigner à ne durer que la moitié du temps. Nous sommes des utopistes, des rêveurs. Des rêveurs ! Vous avez arrêté de rêver ! Vous êtes devenus grands, vous êtes autant adultes que ces universitaires envahis par l’ennui à vingt ans et quelques. Nous autres nous n’avons jamais arrêté d’être des enfants. Nous sommes toujours sauvages et nous résistons pour ne pas être domestiqués.

Nous mordons.

Nous sommes utopistes et sauvages.

C’est sûr que vous pensez qu’on est fous, pas vrai ?

Ce pamphlet est un virus. Il s’étend et se propage de par le monde sans limites, en tissant des réseaux de désirs subversifs. Tu peux en faire parti. Et même, tu peux l’incarner.

Répand-le, photocopie-le, offre-le aux gens que tu aimes. Crée du rêve.

Des Sauvages

Madrid, décembre 1998

Juin 212012
 

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DU PACIFISME…
Retour sur quelques idées recues

«Le pacifisme ça marche»
Les luttes pacifiques de Gandhi ou Luther King s’inscrivaient à l’intérieur de contextes où des actions plus radicales s’effectuaient et sans lesquelles rien n’aurait abouti. Quant à la prétendue ‘Révolution Tranquille’ du Québec, elle n’était pas tranquille du tout: c’est le pouvoir qui voudrait qu’on pense que le Québec progressiste est fondé sur une culture du changement social sans violence.

«La ministre négociera quand la paix sociale sera rétablie, lorsqu’elle trouvera des interlocuteurs sérieux, de bons élèves respectueux de l’État de droit et qui obéissent aux lois»
La ministre ne négocie pas par choix mais parce qu’elle le doit, parce qu’un rapport de force l’y oblige, parce que nous persistons dans la lutte. Ses appels au calme trahissent simplement le fait que la situation est devenue, pour l’État, intenable. Il n’y a pas de paix sociale à rétablir, ni à maintenir, pas d’État pacifique lorsque la légitimité de ses décisions est remise en question. Notre mobilisation en est la preuve: nous répondons à une attaque à l’éducation, l’État nous envoie ses chiens de garde.

«L’opinion publique est le nerf de la guerre: l’objectif est de gagner à notre cause ‘les gens à la maison’, par l’entremise de médias neutres, pour faire flancher le gouvernement sous le poids des sondages. Pour cela, nous devons multiplier les actions créatives, considérer la manif parfaite comme celle où il ne se passe rien – et espérer que les médias en parlent.»
Mais voyez-vous le gouvernement flancher devant l’opposition générale aux gaz de schiste, au Plan Nord? Croyez-vous encore que Charest et ses ministres oeuvrent dans l’intérêt de la population plutôt que dans le sien et celui de ses « amis »? Quant aux médias, ce serait être naïf de croire qu’ils sont neutres et qu’ils cherchent avant tout à relayer fidèlement « notre message ». Il n’en restera toujours que ce qui, une fois traversé le filtre du bête sens commun, pourra aussi servir leurs objectifs de profit et de contrôle social. Et on voudrait remettre notre « victoire » entre leurs mains?

«Être gentil devant les flics « ça marche »: faire des signes de peace, scander « S’il vous plaît, tassez-vous » à une ligne anti-émeute, leur dire bravo merci bonne nuit après la manif’, s’habiller en blanc-pacifiste et s’asseoir par terre pour pas être arrêté quand les boeufs nous rentrent dedans.»
Les dernières semaines nous ont rappelé que face à la foule, la police frappe sans discrimination: lorsqu’elle le décide, elle matraque, gaze et judiciarise sans égard à la soumission des personnes qu’elle rencontre sur son chemin. Si par chance le fait de s’asseoir par terre, se vêtir de blanc ou émettre des bouuu devant les bureaux des Forces armées canadiennes aux vitres éclatées permet au pacifiste de sauver sa propre peau, elle mettra surtout en danger ceux qui ne suivront pas son geste, que ce soit par conviction ou non.

«Si les flics interviennent, c’est la faute aux casseurs professionnels qui infiltrent les manifs»
D’abord, on ne gagne pas sa vie à faire partie d’un Black Bloc: il ne s’agit pas d’une profession, ni même d’un passé temps rigolo, mais bien d’une tactique qui s’accompagne d’une pensée politique. Ces « casseurs » sont bien souvent, d’ailleurs, des étudiants, des étudiantes, avec qui vous partagez cours, jobs de merde, etc. Quoi qu’il en soit, qu’on soit d’accord ou non avec leurs actions, la police trouve toujours des raisons pour intervenir lorsqu’elle le souhaite, du moment où on représente une menace pour le projet politique auquel on s’oppose ou pour l’ordre normal des choses.

On ne dit pas que la seule bonne stratégie c’est de péter des vitres. Mais on avance que le pacifisme qui se manifeste généralement en ce moment représente surtout une posture morale superficielle et confortable. Elle n’est rien d’autre que la stratégie que le gouvernement désire qu’on adopte, pour bien que le mouvement se pacifie, se divise, se rende lui-même inopérant et contrôlable, cesse de représenter une menace réelle et se perde dans les marasmes de l’image, inoffensive.

Les Paci-Flics
Veux-tu vraiment être…
le Stool de la Classe?

Il faut être naïfs pour ne pas se rendre compte de la stratégie ridiculement simple du gouvernement, celle de « diviser pour mieux régner », et céder à l’appel de l’Etat: « manifestants « pacifiques », super-citoyens, faites preuve de civisme, dénoncez-vous entre vous! »

Ces derniers jours, on a vu des prétenduEs « pacifistes » tabasser une fille qui aurait brisé une vitre du bureau des forces armées, prendre des « casseurs » en photo pour les publier sur Facebook, ou carrément les livrer aux flics.

Au nom de quel principe de non-violence frappe-t-on quelqu’un qui ne casse qu’une vitre, le livre-t-on à la police au risque non seulement de créer un climat de méfiance généralisée, mais, très concrètement, de mettre des camarades en cage?

Il faut prendre conscience que les arrestations mènent à la judiciarisation, qu’elles ont des conséquences désastreuses sur la vie des personnes que vous sacrifiez sur l’autel de votre bonne conscience.

C’est déjà assez navrant de voir une foule de milliers de personnes rester impassible devant l’arrestation de camarades, veut-on vraiment passer de la passivité à la collaboration pure et simple?

Des flics infiltrés, y’en a déjà pleins nos manifs on a pas besoin de venir grossir leurs rangs!

C’est une posture valable de simplement faire partie de la foule qui protégé les camarades. Les pacifistes sont pas-si-flics quand ils sont pas collabos.

Ne tombez pas dans le panneau, ne jouez pas le jeu de l’État, y’a moyen d’être pacifiste sans être paci-flic!