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La plus faible des têtes de l’Hydre: Enbridge, Ligne 3

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Mai 132017
 

J’ai commencé mes recherches pour cet article alors que je me trouvais à Standing Rock, après avoir appris que le Premier Ministre Justin Trudeau venait d’approuver un projet de pipeline de 7,5 milliards pour remplacer la ligne 3. À ce moment, je ne savais même pas qu’une telle proposition était sur la table. Au soi-disant Canada, les pipelines Kinder Morgan et Énergie Est ont eu leur part du lion en terme d’attention médiatique.

Ma première pensée quand j’ai vu la carte du pipeline est qu’il semble avoir été calculé pour passer à travers des régions où le mouvement environnemental est à son plus pauvre et là où l’activisme anti-pétrole serait le plus impopulaire. Ma seconde pensée fut de me demander ce que je pourrais bien faire pour y mettre fin. Je crois que dans des climats politiques plus hostiles c’est davantage important que des organisateurs sachent qu’il-elles ont le support de la part d’un mouvement plus étendu.

Après avoir lu quelques articles, j’ai été excité par les possibilités de cette campagne. En bref, la Ligne 3 est un pipeline vieillissant qui a atteint la limite de sa longévité. Vous pourriez aussi l’appeler une bombe à retardement. Mon point ici est que si le projet de remplacement de la Ligne 3 est stoppé, et si la Ligne 3 est mise hors fonction, alors pour la première fois dans l’histoire du mouvement contre les pipelines, on va pas simplement les empêcher d’étendre leurs capacités, nous allons aussi les réduire. Nous allons renverser le courant.

Qu’est-ce que la Ligne 3?

Le projet de remplacement de la ligne 3 de Enbridge est un projet de 7,5 milliards, prévu pour sillonner vers le sud-est; de Hardisty, Alberta (près de Edmonton), à travers le Saskatchewan, le Manitoba, le Dakota du Nord et le Minnesota jusqu’à Superior, Wisconsin, sur la pointe ouest du Lac Supérieur. Le pipeline original de 34 pouces a été construit en 1968. Ce nouveau pipeline serait de 36 pouces (environ 1 mètre) de diamètre et pourrait acheminer 760 000 barils par jour (bpj).

Ce projet serait le plus coûteux de l’histoire de Enbridge. La ligne transporte actuellement 390 000 bpj, loin en-dessous de son débit maximal de 760 000 bpj. Ces flux ont été restreints pour des raisons de sécurité.

Bizarrement, dans le cas présent Enbridge cherche à convaincre les régulateurs à quel point la Ligne 3 n’est pas sécuritaire. Selon un témoignage d’experts que la compagnie a rendu à la Public Utilities Commission du Minnesota, la corrosion et les craques sont si extensives que de continuer de l’utiliser pourrait causer des fuites catastrophiques.

À quel point est-il en si mauvais état? Enbridge affirme que la moitié des joints sont rouillés, et qu’il y a cinq fois plus de craques de stress par mile que les autres pipelines dans le même corridor. Ce fut originellement construit avec de l’acier défectueux et les soudures faites avec des technologies passées date. Un ouvrier a qualifié l’exercice de les maintenir sécuritaires « un jeu de whack-a-mole ».

Selon Enbridge, « Approximativement 4000 excavations d’intégrité (inspections invasives de pipelines) aux États-Unis seulement sont prévues pour la Ligne 3 au cours des prochains 15 ans, pour maintenir ses niveaux actuels d’opération. Cela pourrait résulter en des impacts d’année en année sur des propriétaires terriens comme sur l’environnement. En moyenne, de 10 à 15 excavations sont prévues pour chaque mile sur la Ligne 3 s’il n’est pas remplacé… »

Enbridge a les yeux fixés sur l’horloge maintenant, puisque le Département de la Justice Américaine a donné l’ordre à la compagnie en juillet de remplacer son pipeline en entier pour Décembre 2017, ou bien de s’engager à des mises à jour de sécurité substantielles de la ligne existante. Ce décret fait partie d’une entente que la compagnie a conclue après un déversement massif, en 2010, de 3,8 millions de litres de bitume dans la rivière Kalamazoo au Michigan.

Bien qu’Enbridge remplace la Ligne 3 car ils le doivent, ils vont aussi tenter de passer quelque chose hors du regard du public. Non seulement le «remplacement» proposé augmente la capacité du pipeline, ça lui permettrait aussi de transporter du pétrole des sables bitumineux. Présentement, la Ligne 3 transporte du pétrole brut « léger » – qui est en large partie extrait des puits de pétrole conventionnels de l’ouest canadien- mais la complétion du remplacement de la Ligne 3 permettrait à Enbridge de transporter du bitume dilué à travers la frontière. Ce projet n’a pas eu à esquiver les lourdeurs politiques comme d’autres pipelines traversant la frontière, tels que Keystone XL, et a déjà une permission présidentielle.

La nouvelle ligne suivrait un tracé parallèle à la Ligne 3 sur le plus long de sa route, mais prendrait un tracé différent pour les derniers 3000 kilomètres entre Clearbrook, Minnesota et Superior, Wisconsin. Et puis, oui, le pipeline d’origine serait décommissionné puis laissé dans le sol.

Or récapitulons. Ce « remplacement » doublera la capacité de la Ligne 3, changera la nature du produit à être transporté, suivra une route différente, et le pipeline qu’il remplacera va demeurer sous terre. N’aimez-vous pas vivre à l’âge de la persuasion?

Honor the Earth, un ONG basé au Minnesota, n’aiment pas. Selon leur site web : « Enbridge veut simplement abandonner la Ligne 3 et passer à autre chose, parce que ce pipeline a au-delà de 900 ‘anomalies structurelles’ », puis construire une toute nouvelle ligne dans son corridor. Si ce nouveau corridor est établi, on s’attend à ce que Enbridge propose la construction de plusieurs autres pipelines sur celui-ci. On ne peut pas permettre ça. »

Résistance au Minnesota

Grâce au travail splendide de Honor the Earth et d’autres activistes au Minnesota, la campagne contre la Ligne 3 s’augure bien. Voici une description:

Le groupe conservationniste Friends of Headwaters a été formé pour diverger la Ligne 3 hors des lacs à riz sauvage du Minnesota. Ils ont proposé un pipeline plus long qui tracerait plus loin au sud à travers des terres agricoles. Une loi de l’État requiert que les compagnies de pipeline soumettent une évaluation environnementale des projets proposés. Il y a trois ans, lorsque Enbridge a d’abord amené le remplacement, ils ont tenté d’étudier leur site choisi uniquement. Friends of Headwaters a insisté qu’ils étudient aussi les routes praticables en-dehors de la région de Mississippi River Headwaters.

Une longue poursuite judiciaire s’est ensuivi, et en décembre 2015, la Cour Suprême du Minnesota a pris le côté des environnementalistes. Enbridge s’est fait ordonner de compléter une évaluation plus compréhensive, incluant des trajets alternatifs.

Le Minnesota rédige présentement sa Déclaration d’impact environnemental (EIS) pour la Ligne 3, après des mois de bataille sur ce que l’étude pourrait inclure et qui procéderait aux analyses. L’ébauche du EIS devrait être produite pour Avril 2017 et le public aura la possibilité de commenter durant ses audiences publiques. Une décision finale sur un permis est attendue pour le Printemps 2018.

Aussitôt que la EIS du Minnesota sera produite en avril, le Minnesota Center for Environment Advocacy planifie de continuer de lutter contre la Linge 3 en cour. Or considérant tous ces facteurs, il est sûr que Enbridge va échouer à rencontrer son ultimatum fixé pour décembre 2017. Ça va être intéressant de voir ce qui en advient.

Soyons réalistes, cependant. Y a un gros tas d’argent en jeu ici. Je trouve difficile à imaginer des décideurs de mettre hors fonction un pipeline de 390 000 bpj. Je n’ai as eu connaissance d’un pipeline majeur ayant été mis hors fonction simplement parce qu’il était trop vieux et non sécuritaire. Un exemple de cela est le pipeline TransNorthern à l’est du Canada. En novembre dernier, un trio de femmes québécoises ont fermé un pipeline par une action de verrouillage. Elles l’ont fait pour amener l’attention sur le fait que le National Bureau of Energy (NBE) a recommandé que ce pipeline, construit dans les années ’50, soit décommissionné. TransNorthern continue de l’opérer malgré sa non conformité aux améliorations ordonnées par le NBE que la compagnie se devait de faire.

Ça serait grandiose si la Ligne 3 était mise hors fonction dans l’état du Minnesota, mais c’est également possible que la Ligne 3 cause un déversement et que, lorsque ça arrivera, une armée d’experts portent le blâme sur les environnementalistes en les accusant d’avoir causé un délai dans le remplacement de la Ligne 3. Vous vous souvenez du Lac Mégantic? Un train de pétrole qui a exposé dans une petite ville du Québec, tuant 47 personnes, et le jour d’après les docteurs du spin médiatique utilisaient ce désastre comme argument en support aux pipelines, car le pétrole sur rails n’est pas sécuritaire. Ces bâtards sont sans pitié.

Ce qui nous amène à une réalité que nous allons probablement avoir à subir dans le futur proche. Alors que l’infrastructure des pipelines vieillit, le « public » sera présenté avec un nouveau choix: des beaux pipelines tout neufs, ou bien des vieux, rouillés et fuyants. C’est l’expérience classique du double aveugle; un faux choix destiné à forcer l’acceptation de quelque chose de non-désiré. Vous savez… comme la démocratie. De façon perverse, les environnementalistes pourraient se voir accusés d’être la cause des déversements pétroliers. Les activistes vont rejeter cette logique, mais ça pourrait être séduisant pour les centristes et autres penseurs de pensées préfabriquées. Il serait sage de penser à un contre-message.

La réalité demeure que la Ligne 3 pourrait se déverser avant qu’elle soit fermée. Ma prédiction est que Enbridge va obtenir une extension du délai au-delà de Décembre 2017 pour continuer d’opérer ce pipeline. Et c’est certain que d’autres pipelines vont rompre.

Une nouvelle approche

Supposons que, plutôt que d’occuper le corridor pour empêcher le pipeline d’être bâti, les défenseurs de la terre utilisaient l’événement d’un déversement de pétrole pour forcer la fermeture d’un pipeline? Quoique ce soit plutôt indésirable d’occuper le site d’un déversement, cela pourrait être accompli en occupant un site d’importance critique pour le fonctionnement de ce tuyau, comme une station de pompage ou une soupape, et en prévenant les travailleurs d’y accéder. Il pourrait y avoir de nombreux avantages à une telle stratégie.

Premièrement, lorsqu’il y a une fuite de pétrole, un pipeline est déjà fermé. Quoiqu’un récent déchaînement d’actions directes ciblant des soupapes a démontré qu’il est certainement possible de fermer des pipelines soi-même de façon sécuritaire, ça serait plus facile et moins psychologiquement exigeant de garder un pipeline hors-ligne plutôt que de le mettre hors fonction.

Deuxièmement, une fuite de pétrole provoque un impact émotionnel. Pour la plupart des gens, l’économie pétrolière est si normale que ça demande un changement de conscience pour perturber leur acceptation de celle dernière. Ça fournit un moment propice pour qu’une action directe anti-pipeline puisse être plus largement comprise, et permette d’attirer comme par miracle des sympathisant-es et des supporteur-es. La propagande anarchiste avec un côté artistique donne l’impression que les idées radicales font partie du sens commun, et alors, l’argument se construit par lui-même : si un pipeline est appelle au désastre, il doit être mis hors service.

Troisièmement, si on ferme des pipelines qui sont en fonction, on ne fera pas que stopper l’expansion de l’industrie du pétrole et du gaz, nous forçons son rapetissement. Nous saisissons l’initiative des mains des capitalistes. Nous défaisons le mythe opérationnel de l’habileté politique; celui voulant que nous n’avons «pas le choix!».

Quatrièmement, ça recentre l’attention loin d’une mentalité qui présente chaque cause unique comme étant le but suprême de l’activisme écologique. Il y a plus de 200 000 pipelines sillonnant le territoire de l’Ile de la Tortue. Ça représente une ligne de front qu’on trouve presque partout. Ça redirige donc le focus plus près de chez soi, et idéalement ça mènerait à des situations où la tactique devient normale, puisque ça arrive partout.

Enfin, tout ce qu’on peut faire pour augmenter le risque politique et économique des corporations face aux ruptures de pipelines est bien. Si les déversements sont accompagnés de conséquences plus sévères pour les compagnies, ces dernières auront plus d’incitatifs à les prévenir.

Un graffiti célèbre dans les squats en Espagne se lit « ÉVICTIONS = ÉMEUTES ». Dans deux ans d’ici, pourrions nous dire « DÉVERSEMENTS DE PÉTROLE = OCCUPATIONS »?

De Zones autonomes temporaires à Zones autonomes permanentes

Je souhaite que la campagne contre la Ligne 3 mène à quelque chose de semblable à la résistance de Standing Rock, mais qui tire aussi des leçons de cette lutte. Ça a été depuis longtemps ma croyance que la résistance au capitalisme industriel devrait aller main dans la main avec la création de communautés autonomes capables de survivre et prospérer indépendamment de l’économie des combustibles fossiles, et que les blocages permettent de vivre un moment où l’impossible devient possible, où nous pouvons frapper au coeur du capitalisme en défiant collectivement l’illusion de la propriété qui tient tout le système en place.

Mon objectif politique est la création d’une fédération de communes autonomes capables de combler leurs besoins indépendamment de l’économie des combustibles fossiles.

Pour cette raison, je suis allé à Standing Rock avec l’espoir que d’autres ressentent la même chose, et que plusieurs personnes ressentent le besoin de réclamer les terres des traités et de créer une communauté autonome permanente sur le site. Hélas, ce site n’était pas idéal, à la fois parce que le camp Oceti Sakowin/Oceti Oyate se trouvait sur une plaine d’inondation, et parce qu’il se trouvait sur un ancien cimetière sacré.

Certains colons se sentiront inconfortables avec l’idée d’approcher avec un quelconque programme les moments d’opportunité créés au fil de campagnes de résistance menées par des autochtones. Les alliés non-autochtones ne sont-ils-elles pas censé-es se laisser guider par les peuples autochtones? À cela, je répliquerai avec une histoire.

Fait inconnu de la plupart des gens, après la victoire du mouvement anti-fracturation hydraulique dans le Mik’mak’i (ou soi-disant Nouveau Brunswick) et que la plupart des participant-es soient rentrés chez eux-elles, l’occupation a continué. Il y avait un petit groupe de gens extrêmement engagés qui ont tenté de faire exactement ce que je propose ici; de tourner un camp de résistance en une éco-communauté permanente.

Certains de ces gens étaient autochtones, certains Acadiens, et d’autres des colons d’autres origines. Ils ont pu passer tout l’hiver et le printemps. Mon-ma partenaire et moi étions là au printemps et nous avons commencé un jardin avec l’aide d’un aîné Mi’kmaq. Ce fut un moment splendide, dans un lieu splendide. Un rêve splendide.

Le soutien local était évident et massif, quoique passif. Quand le camp avait besoin d’argent, ils n’avaient qu’à faire un blocage de la route pour lever des fonds, laissant les voitures passer une à la fois pour demander un payage. La plupart des gens, autochtones comme colons, donnaient de l’argent. Un jour, dans la plus étrange expérience de performance de rue de ma vie, mon-ma partenaire et moi avons agrémenté ce spectacle bizarre avec des feux d’artifices. Je me souviens de m’être dit… Bon dieu, j’aime ce coin des maritimes; où ailleurs dans le monde ça ferait autant de sens?

À la fin, le rêve a été abandonné à cause de conflits interpersonnels, mais à ce point-là le projet avait déjà arrêté de progresser car les occupants n’avaient ni le savoir-faire ni les ressources pour bâtir des structures permanentes. Elle-ils ne sentaient pas que d’autres gens, qui ont été si actif-ves à ce camp quand il était une attraction en vogue, s’en préoccupaient assez pour venir les aider à construire cette communauté rêvée. Pour eux-elles c’était la prochaine étape naturelle, et ça leur a fait mal que d’autres ne puissent pas le voir. Ça m’attriste encore que ce rêve demeure irréalisé, et dans ma mémoire il ne sera que le souvenir d’une opportunité manquée, qui renforce ma résolution d’être préparé-e pour le prochain moment de potentialité imprévisible.

Ajoutons que certains des Acadiens qui ont été impliqués ont démarré un projet de terre dans la forêt de Mi’kmak’i, qu’ils ont développé en grande partie pour acquérir les savoir-faires pouvant leur permettre d’avoir du succès dans ce type de projet. Cet endroit, situé au sein du légendaire vortex de Cocagne, est, tant qu’à moi, un héritage persistant de la résistance à Elsipogtog.

Aussi, soyons réalistes, la plupart des gens qui viendront à la ligne de front ne vont pas décider d’y vivre à long terme. Pour le mouvement révolutionnaire que j’envisage de voir émerger, les gens devraient vouloir continuer à vivre de manière permanente dans une zone libérée après que l’action se soit éteinte. Cette part de théorie n’est pas testée. Est-ce que suffisamment de gens veulent vivre dans des communautés clandestines tout au long des quatre saisons?

Soit, lorsque la crise s’approfondira et que les enjeux de survie deviendront beaucoup plus prononcés, nous ferons certainement le nécessaire. C’est le meilleur espoir que j’aie; qu’on va connaître du succès là où de nombreuses générations de radicaux ont échoué, pas parce qu’on est plus brilliant-es ou courageux-es, mais parce qu’on doit. L’instinct de survie est quelque chose de puissant.

Alors que les idéologies de la démocratie libérale et le dogme de la croissance infinie se révèlent n’être que les attrapes qu’ils sont réellement, de plus en plus de gens vont chercher des réponses. Je n’ai pas beaucoup de réponses, mais je vois la création de zones autonomes comme un enjeu réaliste. De tels territoires libérés nous donnent l’opportunité d’apprendre, d’expérimenter, de mettre des idées en pratique, de créer des liens basés sur des valeurs partagées, et d’inspirer soi-même et les autres à travers des expériences directes. C’est seulement à travers l’expérimentation, à travers l’essai et l’erreur, à travers le sang, la sueur et les larmes qu’on va apprendre à être libres. Standing Rock a fourni à des milliers de gens une expérience physique directe dans un laboratoire de liberté. De telles expériences sont transformatrices, et nous préparent pour ce qui est à venir.

Une réponse rapide

Mon but est de connecter le moment politique actuel avec la vision de plusieurs éco-anarchistes – c’est-à-dire la création de communes autonomes capables de survivre et prospérer indépendamment de l’économie des combustibles fossiles.

Alors, commençons à penser à comment nous pourrions y arriver. Qu’est-ce qu’il faudrait?

À Standing Rock, j’ai mis une tonne d’énergie à bâtir des abris et à les isoler pour l’hiver, comme plusieurs autres gens l’ont fait. Plusieurs abris ont été abandonnés plus tard et avaient à être ramassés. Je crois que ça ferait beaucoup de sens si les gens en ligne de front penseraient à acquérir ou construire des maisons mobiles qui sont facile à monter, défaire et transporter. Le modèle de Standing Rock change la donne, mais il y a aussi beaucoup de choses à améliorer.

Lorsque j’étais à Standing Rock, il y avait un manque d’entreprise d’actions stratégiques. Plusieurs personnes pourraient voir cela comme attribuable à un manque de leadership, mais je le vois plutôt comme un manque de groupes d’affinité cohérents. Un plan d’action requiert un groupe pour le mener, et plus le plan est élaboré, plus le groupe a besoin d’être coordonné. Un exercice de sophistication impliquant la diversion et une multitude de flancs, comme ce qui est requis pour prendre un site lourdement armé, comme le site de forage à Standing Rock, nécessiterait plusieurs équipes partageant un certain niveau d’entraînement et de confiance.

Or quand je pense à l’avenir, j’imagine des groupes d’affinité constitués d’activistes à temps plein pour qui les activités du groupe sont leur intérêt premier dans la vie. Comment peut-on rendre plus réaliste la potentialité pour plus de gens de réaliser cela?

On a besoin de bases. Je pense qu’on a besoin d’une combinaison de communes urbaines et de projets de fermes rurales, d’où des éco-anarchistes peuvent lancer des actions. Nous avons besoin d’une culture de gens voyant la révolution comme un appel dans leurs vies, comme leur vocation. C’est ça que ça prend, je crois, pour que ce mouvement devienne révolutionnaire.

Où s’en va-t-on en tant que mouvement?

De retour à la Ligne 3. Comme vous voyez, c’est un pipeline. Vous êtes contre, je suis contre, et on peut l’arrêter. Pour moi, la question la plus intéressante est: Qu’est-ce qui sera accompli par la victoire? Bien-sûr la terre et les eaux seront défendues, et c’est une raison suffisante pour se battre; mais tous ces pipelines, mines, écoles et prisons ne sont que les symptômes visibles, manifestes d’une maladie qui s’appelle «capitalisme». Aussi longtemps que nous dépendons du capitalisme pour nos moyens, on ne fera tout au plus que mordre la main qui nous nourrit.

Le mouvement environnemental n’est pas révolutionnaire de façon inhérente. Que pouvons-nous faire en tant qu’anarchistes pour cultiver les tendances révolutionnaires qu’il peut contenir? Je ne suis pas intéressé à rendre le capitalisme plus soutenable, en aidant la machine à parfaire notre servitude. Le fait qu’il soit insoutenable pourrait être la dernière chance pour la liberté de l’humanité. Je ne veux pas passer le restant de ma vie à combattre différentes têtes de l’Hydre sans qu’au final nous ayions fondamentalement transformé notre façon de vivre.

Alors, je vous demande, où nous allons en tant que mouvement? Je demande, car si on veut l’amener quelque part, on a intérêt à avoir une idée claire de vers où on s’en va. Quelle vision avons-nous à offrir? Qu’avons-nous à offrir comme croyance aux autres? Quel esprit pouvons-nous faire ressortir dans la conscience collective? Quelles chansons allons-nous chanter de tout coeur quand on sera sur la ligne de front?

Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue. Regardez Standing Rock. Qui aurait pu imaginer une telle chose jusqu’à récemment? Qui aurait seulement pris cet article au sérieux si je l’avais écrit il y a un an? Notre mouvement grandit, il s’étend, il devient de plus en plus fort à chaque jour… Nous gagnons les coeurs et les esprits de toujours plus de gens, et des enjeux de plus en plus grands deviennent de plus en plus atteignables. Il est temps d’articuler un programme de changement social voyant la résistance aux pipelines comme son point de départ.

Perspective anarchiste sur la résistance à LNG sur le territoire Gitwilgyoots

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Mar 142017
 

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Résistance à LNG sur le territoire Gitwilgyoots

Vers la fin août, une bande de femmes des lignées Tsimshian, Haida, Nisga et Gitxsan ont initié la défense de Lax U’u’la (Lelu Island) et la Flora Bank[1. Beaucoup de l’attention sur cette lutte a été les zostères et la Flora Bank, et comment cet habitat est essentiel au développement des jeunes saumons qui nagent à travers la Skeena. Bien que nous ne désirions pas diminuer l’importance de cet habitat, nous désirons aussi reconnaître que ces zones cruciales n’existent pas de manière isolée. La Flora Bank ne peut être séparée de l’Agnew Bank, des masses terrestres qui l’entourent, et des courants, des sédiments, et des créatures qui l’entourent et ont un impact sur elle d’encore plus de façons que nous ne pouvons l’imaginer. Nous désirons mettre en garde contre un focus étroit sur la Flora Bank – si l’usine de transformation de LNG est déplacée sur l’île Ridley (une île voisine qui n’est pas entourée par la Flora Bank), ce changement participera quand-même a une société capitaliste et renforcera l’État colonial.] contre la destruction de l’industrie LNG. Le Sm’ogyet Yahaan (chef héréditaire) de la tribu Gitwilgyoots et le Ligitgyet Gwis Hawaal (le leader héréditaire de la maison) et leurs familles ont commencé un camp d’autodéfense sur Lax U’u’la, qui est le territoire traditionnel de chasse et de pêche des Gitwilgyoots. Ils ont aussi été rejoints par une variété d’autres personnes significativement héréditaires des autres tribus Tsimshian, et une bande hétéroclite de sympathisant.es autochtones et non-autochtones venu.es de l’extérieur.

Ce campement a été installé pour prévenir plus de destruction de leur territoire, alors que Petronas et Pacific North West LNG (PNW LNG) planifient de construire une centrale de gaz naturel liquéfié (LNG) de 11 milliards de dollars sur Lax U’u’la, qui est à l’embouchure de la rivière Skeena près de Prince Rupert en Colombie-Britannique. Depuis 2012, ils conduisent des évaluations environnementales et archéologiques, qui ont résultées en plus d’une centaine de sites de tests de forage et de blocs de coupe, et ont coupé au cours du processus plusieurs arbres culturellement modifiés[2.NDT : se dit des arbres que les autochtones entaillent pour déterminer si leur centre est creux en vue de la construction des canots.] Cette centrale serait nourrie par 3 pipelines, incluant le Prince Rupert Gas Transmission (PRGT) récemment approuvé par le gouvernement provincial et détenu par Trans Canada, qui traverse de nombreux territoires autochtones, et auquel résistent présentement les gens de la nation Gitxsan au campement Madii Lii. Cette centrale de LNG proposée a rencontré l’opposition non pas uniquement des Sm’ogyet Yahaan, mais a aussi été unanimement refusée par les 9 tribus Tsimshians de Lax Kw’alaams alliées, qui ont refusé une offre de 1.25 milliards de dollars de Petronas à trois rencontres séparées à Lax Kw’alaams, Vancouver et Prince Rupert. Sans prendre en considération le refus du projet et pour préparer la construction de la centrale LNG, Petronas/PNW LNG ont tenté de continuer à conduire des évaluations environnementales et d’ingénierie à Lax U’u’la, qui incluent des tests de forage détruisant activement l’habitat indispensable à tout le saumon vivant à travers le bassin-versant de Skeena.

Une des principales rivières qui coule dans le Skeena est la Wdzin Kwah (soi-disant Morice/Bulkley), qui est la rivière présentement protégée par le Clan Unist’ot’en, des gens du peuple Wet’suwet’en et leurs sympathisants.es. Le campement Unist’ot’en a aussi débuté en résistance à une méga infrastructure pétrolifère (incluant un autre pipeline majeur projeté par la corporation Trans Canada). Unist’ot’en, Madii Lii et Lax U’u’la sont les trois premières frontières audacieuses contre le développement de LNG dans le Bassin-versant de Skeena. Au moment de l’écriture de ce texte, d’autres s’organisent vers l’ouverture de nouveaux fronts d’action dans cette bio-région.

L’importance du saumon n’est ni abstraite ni théorique. En plus des impacts négatifs sur la santé mentale liés à la déconnexion et à la destruction de terres, la plupart des communautés qui vivent au sein du bassin-versant de Skeena reposent sur le saumon, l’oolichan et d’autres fruits de mer pour nourrir leur famille. Même si tu es fauché et que du ne peux t’acheter de la nourriture à l’épicerie, tu peux toujours compter sur la réserve constante de saumon sauvage de la rivière pour nourrir tes enfants et passer l’hiver. La même chose peut être dite de la vie sauvage comme les orignaux, les chevreuils, les castors, les baies, etc. qui pourraient aussi être fortement affecté.es si ces projets se réalisaient. Plusieurs personnes maintiennent aussi un revenu relativement autonome dans la réaliste capitaliste présente en récoltant de manière soutenable cette abondance.

Ceuzes qui dépendent de notre travail et de notre obéissance ont toujours vu comme une menace la capacité des gens à se soutenir eux-mêmes de manière indépendante. L’état de dépendance forcée a été et est toujours un objectif de la colonisation. La dépendance doit être créée pour limiter la mobilité communautaire à des zones bien délimitées (comme des villages, des villes ou des réserves). Ces zones sont facilement contrôlées, et toute résistance ou révolte peut être surveillée et modérée. Ceuzes qui savent comment vivre avec les saisons et de la terre sont une menace puisqu’illes n’ont pas besoin de ce que l’état fournit pour prospérer.

L’État canadien et les corporations internationales investissent dans les projets d’extraction de ressources à travers le soi-disant Canada. L’impact de ces projets d’extraction sur des ressources qui soutiennent la vie comme l’eau propre, le gibier sauvage et les plantes médicinales n’est pas un effet collatéral non-intentionnel du capitalisme. Il fait d’une pierre deux coups. Les oléoducs, les mines, les terres fracturées pour leur gaz et l’expansion des chemins de fer ne sont pas des projets individuels – ils font tous parties du même effort pour maintenir une société et un mode de vie qui est dépendant de ressources naturelles qui s’amenuisent tout en détruisant du même coup le potentiel de toute vie en dehors du contrôle étatique.

Cette lutte est aussi inextricablement liée à la revitalisation des cultures autochtones, à la décolonisation de la terre, de nos esprits et de nos relations sociales, de la lutte contre le patriarcat et d’une réconciliation authentique entre les autochtones et les non-autochtones. Bien sûr, cela veut dire la destruction de l’état et de l’économie capitaliste.

À date, la résistance au projet de Petronas/PNW LNG s’est principalement orientée sur l’eau. Leur projet demeure aux étapes initiales, en ce qu’il reste des évaluations d’ingénierie devant être effectuées avant le début de la construction d’une véritable centrale. En pratique, cela a principalement pris la forme d’essais pour empêcher les travailleur.euses d’effectuer tout travail, et de perturber les évaluations environnementales et d’ingénierie. Cela veut dire escorter les arpenteurs environnementaux hors des rives de Flora et Agnew, prévenir l’entrée et l’ancrage des bateaux foreurs sur les rives, ralentir ou forcer la marche arrière de bateaux amenant des travailleurs.euses sur des barges. Jusqu’à présent, ces efforts ont été limités et n’ont malheureusement que temporairement mis fin aux opérations de forage. Cependant, avec la force grandissante des warriors et une solidarité croissante, il est toujours possible de briser le rêve de Petronas et Christy Clark.

Il y a aussi une forme de résistance dans la réaffirmation de Lax U’u’la comme lieu de guérison et de cérémonie. Des infrastructures sont continuellement construites et il y a d’autres préparations pour défendre l’île elle-même (qui sert aussi à maintenir et à étendre les opérations aquatiques). Plusieurs structures ont été construires et lorsqu’il y aura une confrontation moins constante, l’intention est d’utiliser ces espaces comme espace pour enseigner à la jeunesse les modes de vie liés à la terre ancestrale, et à guérir des traumatismes constants de la colonisation.

Pour des milliers d’années, les communautés se sont soutenues elles-mêmes grâce aux offrandes abondantes de la rivière Skeena et des terres qui l’entourent. Ces projets d’extraction de ressources menacent de détruire la capacité des gens de vivre de la terre, en opposition à l’état. La colonisation européenne a presque mené à l’extinction des bisons des prairies, et si on ne se bat pas, le saumon sauvage du pacifique suivra certainement.

Si nous cherchons à voir la victoire de cette lutte contre les pétro-corporations et l’état canadien, nous devons continuer à apporter un support matériel solide. Nous devons aussi faire proliférer l’agitation sociale et le dérangement de la vie quotidienne de la population dans les centres urbains à travers cette région et ailleurs.

Il y a plusieurs façons de montrer notre solidarité avec cette résistance féroce et toujours plus expansive. Des fonds sont toujours nécessaires pour l’entretien des bateaux et pour de l’essence. Le campement tente spécifiquement de lever des fonds suffisants pour acheter des pièges à crabe, de nouveaux bateaux et des lignes de pêche pour continuer à récolter de la nourriture autour de Lax U’u’la, pour en fournir à leurs aîné.es et leurs communautés. Vous pouvez aussi venir visiter la région par vous-mêmes, avec un.e ami.e ou une bande pour contribuer sur le terrain à ce campement de défense. La lutte est toujours renforcée par une attaque large et décentralisée, la solidarité peut aussi inclure une résistance aux développements dans vos propres régions (Site C Dam, le Trans Mountain et la Ligne 9 n’étant que quelques exemples). Ces projets sont aussi facilités par les bureaucrates qui travaillent pour les gouvernements et les compagnies, et dont les bureaux sont situés dans les centres urbains. Dans le passé, la solidarité a été montrée à travers des manifs de bruit et d’autres actions contre ces bureaux et les infrastructures des compagnies.

Vous pouvez donner au fond de défense de Lax U’u’la à travers leur page GoFundMe : http://www.gofundme.com/lelu_island

Sites web utiles :

www.laxuula.com

Stop Pacific NorthWest LNG/Petronas on Lelu Island

www.madiilii.com

www.facebook.com/unistoten

www.skeenadefense.com

Stantec Montreal Offices:

300-1080 Beaver Hall Hill
Montreal, Quebec H2Z 1S8

600-1060 Robert-Bourassa Boulevard
Montreal, Quebec

Mise en Commun

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Mar 062017
 

Soumission anonyme à MTLCounter-info

Nous souhaitons initier un dialogue que nous avons jusqu’ici choisi d’éviter.

Des cliques se côtoient, mais peinent parfois à communiquer et souvent ne parlent pas le même langage, ni dans les mots, ni dans les gestes. Il s’agit ici de dégager ce que nous avons en commun et ce qui nous sépare. Certaines tensions non-adressées ont entraîné beaucoup trop de railleries, de ragots, de commentaires de mauvaise foi, de demi-réflexions et de brèches de sécurité. Certain.es voudraient voir dans ces échanges parfois véhéments de simples conflits interpersonnels, mais cette vision évacue tout contenu politique aux critiques émises. Pour éviter que tout ce truc soit réduit à du gossip et des débats de fin de soirée, nous avons voulu identifier les lignes de tensions, nommer politiquement les points de rupture et chercher de quelles façons on pourrait collectivement dégager plus de puissance. Notre intention ce n’est pas ici de « dénoncer » certaines pratiques ou de décourager les ami.es de les reproduire, mais d’éviter de fétichiser le pétage de vitrine et de constamment réfléchir collectivement aux bénéfices et aux coûts de nos actions.

Nous partons du constat que nous nous entendons sur les moyens d’action; nous nous sommes plus que souvent rencontré.es dans la rue, dans nos salons ou au café pour conspirer. Le point d’achoppement, ce n’est pas la légitimité de la violence, de l’action directe ou l’importance de l’opinion public. L’illégalisme permet de rompre avec la figure du citoyen, avec l’État et le capitalisme, d’échapper à leur hégémonie. Nous pensons néanmoins que l’action directe, la destruction ou l’illégalité n’ont pas de portée révolutionnaire en soi. Il n’y a pas de réaction magique qui se produit quand on brise une vitrine, pas de destruction contagieuse qui s’en échappe et qui se propage sans trop qu’on comprenne comment. La propagande par le fait, c’est bien, mais encore faut-il s’assurer qu’elle fonctionne. Pour avoir une résonance, nos actions doivent être communicables, elles doivent faire sens pour autrui, elles doivent être intelligibles. La mystique d’une insurrection qui se répand, on doit la comprendre, la démystifier, l’analyser et la prévoir.

L’idée est d’arriver à identifier comment la conjoncture politique et les rapports de force se modifient et d’en dégager des pistes à même de guider judicieusement nos choix dans nos modes d’actions. C’est d’être en constante recherche d’acuité. À notre avis, c’est seulement ainsi que nous réussirons à inspirer, à aspirer à d’autres possibles. Nous ne sommes pas en train d’appeler à la patience et la modération, dans l’attente d’un contexte qui nous serait plus favorable. Au contraire, ça suffit d’être à l’arrache du contexte, à attendre une grève étudiante ou la construction d’un pipeline, de peiner à garder la tête hors de l’eau à chaque vague de répression et de se brûler dans des actions qui ne résonnent pas à l’extérieur de notre clique d’initié.es. Le contexte qui nous favorise, l’arène où l’on se bat, le territoire que l’on habite, c’est à nous de les créer. Il faut les comprendre, les connaître sur le bout de nos doigts, apprendre à en dessiner les contours, à en tracer la direction. Il faut se donner toujours un coup d’avance sur la récupération de nos luttes, sur la répression, être attentif.ves aux modifications sensibles dans le rapport de force qu’on cherche à renverser. Il faut prévoir les conséquences de nos actions, apprendre à reconnaître ce qui nous avantage et ce qui nous nuit, à sortir notre épingle du jeu peu importe la situation – à en modifier les règles pour y arriver. Il faut conspirer, être des stratèges et pas seulement des tacticien.nes. Non pas des stratèges à la tête d’une armée, mais une armée de stratèges.

Certaines discussions, notamment lors de notre rencontre de l’été dernier, nous ont frappé d’un dogmatisme déroutant. Nous ne croyons pas qu’il existe des « pratiques anarchistes » pures ni de luttes anarchistes « en soi » : il y a des perspectives anarchistes sur des luttes. De s’en tenir à la pureté fantasmée de certains types d’action, hors de toute relation avec un contexte ou une lutte, en revient à les ériger en un fétiche dangereux. Très vite, on vient à penser l’action pour l’action, plutôt que pour la puissance qu’on peut en dégager. Une action réussie appelle à l’organisation de la suivante, et puis de la suivante, sans jamais s’ancrer dans une perspective à plus long terme. On s’engage dans une spirale, où toute remise en question ou critique est perçue comme un désengagement face à la lutte et face au groupe affinitaire. On en vient à organiser une balade sans vraiment se demander si c’est une bonne idée de la conclure au milieu d’une fête d’enfant.

Parler d’un acte de guerre en revendiquant le vandalisme de cinq commerces relève autant de ce fétichisme des moyens d’action que d’une terminologie prétentieuse et dangereuse. S’y complaire, c’est accepter la mise en scène de notre puissance, c’est se contenter du spectacle de notre radicalité. Créer un climat d’insécurité dans le quartier en maintenant un niveau de vandalisme constant c’est une chose, revendiquer des actions en grandes pompes et s’arranger pour qu’elles éclatent dans l’espace public en est une autre.

Ce qui nous donne la puissance, ce n’est pas le niveau de préparation d’une clique d’expert.e.s en destruction. La puissance on la trouve dans le commun, dans le partage de notre rapport au monde subversif. Lorsque le projet anarchiste se présente comme une entreprise individuelle, même au sein d’un groupe affinitaire, il demeure tout au plus du libéralisme, fut-il radical. Si l’insurrection n’est pas un concept, ce n’est pas non plus le projet d’individus en lutte. La puissance, c’est la sensation de participer à une force qui nous dépasse, qui nous transcende, qui nous définit autant qu’on la définit. Ce n’est pas dans les mouvements sociaux qu’on la cherche, mais bien dans les moments insurrectionnels. C’est alors qu’on comprend le côté irrémédiablement commun de la lutte, que la volonté de s’attaquer à la police et au capitalisme est partagée par tout ceux et celles qui prennent parti, qu’on se reconnaît entre ami.es. Ainsi se crée le sentiment partagé de participer à la perpétuation d’une culture de résistance face au capitalisme, aux rapports de domination qui en découle, et à tous les autres systèmes d’oppression. Puissance et communauté de lutte s’identifient sans résidu.

On ne peut pas se suffire du sentiment de puissance et de la joie qu’on ressent en attaquant un commerce ou en caillassant des flics. Il faut qu’on se donne les moyens de gagner. Que l’on nous comprenne bien, nous n’exigeons rien du Capital ni de l’État. Il ne s’agit pas de demander des logements sociaux et ensuite un quartier autogéré et ensuite une vie sans travail. Gagner veut dire accroître notre puissance collective. Quatre ans après la grève de 2012, on peut affirmer que les amitiés politiques que nous y avons puisées en ont fait une lutte « victorieuse ». Les mois d’avril et de mai de cette année-là ont vu des moments proprement insurrectionnels, non pas seulement dans le sens que ça pétait tous les soirs, mais au sens où nos relations étaient définies en fonction de, par et pour la grève. Certes, il ne faut pas se perdre dans une reproduction de luttes passées, comme autant de recettes à reproduire, et il est nécessaire de cultiver un sentiment de rupture avec le pouvoir. Mais il faut se prendre au sérieux, et être à la hauteur de nos adversaires. Cela veut dire parfois attaquer là où illes ne s’y attendent pas, les surprendre et déjouer l’appareil anti-insurrectionnel qui commence à être sacrément bien rodé. Bon gré, mal gré, il nous faut avouer que s’il y a bien une chose que le pouvoir sait gérer, autant sur le plan du discours que celui de la répression effective, c’est une bande de potes qui s’isole dans l’illégalisme. Il nous faut être talentueux.ses, intelligent.es, parfois intransigeant.es, parfois indulgent.es, mais toujours stratèges. Il faut arrêter de planifier nos actions comme si on les accomplissaient par dépit, à défaut de mieux. Il nous faut arriver à transpercer le spectacle de notre puissance et de nos actions. C’est ainsi que nous nous mettrons à disposition de la joie de résister, c’est-à-dire de vouloir gagner.

Il ne suffit pas de craquer une allumette au hasard au milieu de la nuit, en se demandant si cette fois le brasier va prendre. Pour démarrer un feu, ça prend du combustible et de l’oxygène. Cet incendie que l’on désire allumer, c’est le seul qui est à même d’éclairer les fissures qui lézardent le capitalisme. C’est celui de la révolution. Pas la Révolution du PCR ou du Grand Soir. La révolution c’est la force qui nous anime, qui nous réunit et qui nous meut. C’est celle des réunions, de la conspiration, des caucus, de la planification. C’est celle de la mise en commun, autant des moyens de production ou du vol que du développement de la puissance qui naît de la confiance qu’on se partage. Ce n’est pas un horizon à atteindre, mais un processus en soi, une lutte contre le pouvoir sans cesse renouvelée. Ce n’est surtout pas la cessation de quelques individualités regroupées vis-à-vis du capitalisme. C’est la création d’une culture de lutte à même de continuer à amener du bois au feu, parce qu’un feu se passe bien d’allumette.

Les points, les nœuds, les foyers de résistance sont disséminés avec plus ou moins de densité dans le temps et l’espace, dressant parfois des groupes ou des individus de manière définitive, allumant certains points du corps, certains moments de la vie, certains types de comportement. Des grandes ruptures radicales, des partages binaires et massifs? Parfois. Mais on a affaire le plus souvent à des points de résistance mobiles et transitoires, introduisant dans une société des clivages qui se déplacent, brisant des unités et suscitant des regroupements, sillonnant les individus eux-même, les découpant et les remodelant, traçant en eux, dans leur corps et dans leurs âmes, des régions irréductibles. Tout comme le réseau des relations de pouvoir fini par former un épais tissu, qui traverse les appareils et les institutions sans se localiser exactement en eux, de même l’essaimage des points de résistance traverse les stratifications sociales et les unités individuelles. C’est sans doute le codage stratégique de ces points de résistance qui rend possible une révolution.

– Foucault

L’autre souveraineté – Les Innus

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Mar 042017
 

De La Fronde: Journal anarchiste montréalais
La fronde est disponible à L’Insoumise et La Déferle
Extraits choisis, www.littor.al

Célébré de part et d’autre du monde blanc comme un tournant dans la manière de traiter avec les communautés autochtones, un « traité moderne» crucial s’apprête à être signé, si tout va mal. Le traité Petapan avec les communautés innues de Mashteuiatsh, Essipit et Nutashkuan est le résultat de 30 ans de négociations, durant lesquelles six autres communautés innues et attikamekws ont fini par se retirer du processus, laissant une poignée de chefs de conseils de Bande statuer sur l’avenir d’un territoire 16 fois plus large que l’île de Montréal.

Prévu pour être signé vers la fin de mars prochain à l’Assemblée nationale, le traité Petapan se targue de reconnaître « l’autonomie gouvernementale » du territoire d’Innu Assi, mettant supposément fin de ce fait à la longue histoire des empiètements, de l’acculturation et de l’extermination des peuples premiers. Si cette histoire brutale fut certes menée à coup de traités, le dernier en liste serait, dit-on, d’une autre nature. Au contraire de la Convention de la Baie James, qui a permis l’intégration constitutionnelle de pas moins de 20% du territoire « québécois » – près de 300 000 km2 – aux mains des Cris, le traité Petapan n’entend pas « éteindre » les droits ancestraux, mais seulement les « harmoniser » à ceux du Québec…

Englobant les bassins-versants du Lac Saint-Jean, une bonne partie du Labrador et toute la Côte-Nord, le Nitassinan, territoire traditionnel des Innus et des Attikamekws, s’étend sur près de 100 000km2. C’est là que se sont réfugiés les animaux et les poissons traqués aux confins de la civilisation – les deux tiers du Nitassinan sont zonés comme réserve à castor –, et où gisent les minéraux et rivières torrentielles qui n’ont pas encore été harnachées. D’où l’importance cruciale de ce traité pour un gouvernement qui n’en finit plus de vouloir en finir avec les ressources naturelles.

Au-delà de ses apparences altruistes, le traité Petapan cache une anguille considérable sous la roche mère. Certes, les Innus y deviendront les « gestionnaires » de leur territoire – pas tous les Innus, évidemment tout ceci ne concerne que les chefs de bande dûment attitrés. Gestionnaires… c’est le terme qu’utilisait le gouvernement pour désigner les familles tenant un certain territoire de chasse, jusqu’à ce qu’il le remplace par « gardiens de territoire », pour éviter toute confusion. Mais si les projets de développement devront recevoir la caution des Innus, et s’ils se verront sans doute octroyer la traditionnelle « indemnité de vacances » de 3% des recettes, ce transfert de la gestion du territoire vers ses «propriétaires» ancestraux ne vise rien de moins qu’à lui forcer la main pour l’ouvrir au développement des infrastructures. Voyez l’astuce: au terme d’une période de 12 ans, le gouvernement fédéral cessera de verser toutes les prestations d’assistance auxquelles ont aujourd’hui droit les réserves, laissant au gouvernement semi-autonome, pour ne pas dire au protectorat innu, le soin de lever ses propres taxes.

Sans plus d’assistance du gouvernement fédéral — qui existe en compensation des atrocités commises par celui-ci –, les Innus devront se résoudre à ouvrir ses ressources à l’exploitation, sous peine de tout simplement crever de faim. D’autant plus que les coûts déjà engagés pour les négociations, avec ses innombrables études de terrain et avis juridiques, s’élèvent à plus de 40 millions de dollars… Sans compter que le gouvernement du Québec s’était d’abord réservé la propriété entière et exclusive des ressources hydrauliques et du sous-sol, ainsi que 75% des minéraux de surface. S’il a dû se raviser devant les protestations, laissant finalement les Innus régner seuls sur leurs ressources, le territoire de l’Innu Assi prévu par l’entente de principe a été depuis coupé de plus de la moitié, passant de 2 538 km2 à 1 250 km2. À Nutashkuan, un projet de barrage hydroélectrique de 50 méga-watts attend déjà la conclusion de l’accord avec fébrilité – l’entente de principe de 2004, devant servir de base au traité, le prend pour acquis, en soutenant au futur simple que « Le Québec s’engagera à donner priorité à la Première Nation de Nutashkuan sur le développement des forces hydrauliques de 50 MW et moins situées sur Innu Assi » . À voir la dislocation et l’éparpillement du territoire projeté de l’Innu Assi, on comprend bien pourquoi cela a pris 30 ans pour identifier et retirer de l’accord toutes les zones à fort potentiel géologique.

La résistance

Mais il n’y en aura, manifestement, « pas de facile ». Il suffit parfois d’un petit ferment d’opposition pour faire tourner au vinaigre une machination mûrie depuis des années. Contre le traité Petapan, un regroupement de « gardiens de territoire » Innus s’élève présentement, et commence à faire des vagues. En se présentant aux instances de sélection au hasard des «gestionnaires de terrains de piégeage» devant former le « comité Tshitassinu » afin de bénévolement conseiller l’application du traité, ces opposants partent des discussions qui ont tôt fait de remettre en question l’entièreté du processus. De multiples blocages de routes et de chemins forestiers, auxquels se sont rajoutés des membres des communautés Attikamekws, tout bonnement ignorés par l’entente, mettent une pression non-négligeable sur un processus dont la validation tient sur une apparence d’irréprochabilité éthique.

Si l’opposition au traité Petapan voit clair dans le jeu du gouvernement, c’est qu’elle part de son propre mode de vie éprouvé. En ce qui concerne la pratique millénaire de la chasse, de la trappe et de la pêche, le traité ne vise rien de moins que l’extinction de ce mode de vie, passé sous le vocable de « l’harmonisation » des pratiques traditionnelles avec les systèmes québécois et canadien de permis, de certificats, d’enregistrement des prises, de périodes de chasse et de quotas de captures (point 5.7 de l’entente de principe) C’est donc le mode de vie le plus propre aux autochtones d’avant la colonisation – la chasse et la pêche comme moyen principal de survie –, qui se retrouve attaqué dans un de ses derniers retranchements sur le continent. Là, où se sont réfugiés les derniers animaux sauvages pouvant subvenir aux besoins d’une population limitée de chasseurs-trappeurs, la convoitise des minières et des hydroélectriques entend détruire ce que les colonies de peuplement ont chassé partout ailleurs. Or, le rapport des Innus traditionalistes opposés au traité Petapan à la pratique ancestrale de la chasse est considéré comme « sacré ». Autant dire qu’elle ne saurait être « harmonisée » avec les normes blanches sans perdre son âme. La chasse, entendue au sens plein, comme activité spirituelle inaliénable, renferme une relation immémoriale au territoire Innu, et un savoir sur la manière d’y vivre d’autant plus durablement qu’elle se passe de tout développement. Comme le rappelle un occupant-chasseur de territoire innu : « Nos ancêtres ont vécu sur ce territoire bien avant la création des Conseils de bande par les Européens. Ils nous ont transmis les connaissances nécessaires pour vivre et s’organiser pendant des millénaires sur le Nitassinan. Nous n’avons pas besoin d’un traité et d’un gouvernement pour contrôler et limiter nos pratiques traditionnelles. La longue marche innue n’a jamais eu besoin des lois européennes sur le Nitassinan! »

Il ressort donc que ce souverainisme autochtone en réémergence au soi-disant Québec n’est pas celui qui se dit dans les conseils de Bande et se lit dans les ententes de principe. Les regroupements de chasseurs innus et attikamekws opposent une indépendance de fait à l’indépendance de jure du traité Petapan, dénoncé comme une incursion de la conception européenne de l’État. Il ne faut donc pas hésiter, s’il s’agit de supporter cette affirmation autochtone d’une indépendance ancestrale, à répondre à leur appel à la solidarité. En reconnaissant, d’abord, en quoi les structures mises en branle par les négociations du traité sont entièrement tributaires des Blancs – rappelons que plus de 50% des employés du conseil de Bande d’Essipit sont en réalité des Blancs venant des Escoumins et d’autres municipalités limitrophes; la résistance à leurs manœuvres insidieuses est ainsi tout autant du ressort de la solidarité non-autochtone que de la résistance des communautés concernées. En prenant au sérieux, ensuite, les conceptions du monde et du territoire spécifiques à ces communautés, comme incarnant le vrai visage d’une résistance continue aux agressions de la civilisation du développement, en même temps que leur cible privilégiée. Ce qui amène à se demander, concrètement, comment reconnaître leur indépendance de fait, et comment assister à leur rejet des projets extractivistes. Car cette île de la Tortue où l’on séjourne renferme nombre de manières de vivre farouchement souveraines, qui ne demandent qu’à être considérées à ce titre dans nos esprits. Quitte à devoir y dissoudre ce qu’on a pris coutume de considérer comme le Québec et le Canada.

Appuyons la lutte contre le traité Petapan!

Pour plus de renseignements,visitez la page Facebook du Regroupement des familles traditionnelles de chasseurs-cueilleurs Ilnuatsh. Restez à l’affut!

Tue le flic dans ta tête

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Mar 042017
 

De La Fronde: Journal anarchiste montréalais
La fronde est disponible à L’Insoumise et La Déferle

« La meilleure des polices ne porte pas l’uniforme »
– La rumeur, groupe de hip-hop français

La haine des flics ? Vous l’avez aussi ? Ils vous cassent les pieds, vous donne des tickets, vous harcèle, vous arrête, vous embarque, vous matraque, vous vaporise du poivre de cayenne, ou vous lance des lacrymos, vous tabasse, vous surveille, vous suivent, vous agresse, vous font chanter, vous menotte, vous jette en cage, vous crève un œil, vous terrorise?

Ils se sentent importants en se pavanant en uniforme à mettre leur nez dans les affaires de tout le monde. Ils représentent l’autorité de l’État. Ils détiennent le monopole de la violence légitime. Ils font respecter la loi et l’ordre, sous menace de te dérober ta vie et de te foutre en cage. Ils sont les chiens de garde du pouvoir.

Les flics te font chier. Mais au-delà de se foutre le nez dans tes affaires, ils existent pour maintenir le système tel qu’il est et empêcher les gens de se révolter. Malgré ce qu’on en dit, c’est leur fonction principale. On entend souvent l’argument classique évoquant que « les policiers sont gentils, mais comme partout il y a des pommes pourries qui entachent leur réputation ». On justifie leur utilité en exposant sans cesse leurs exploits d’avoir arrêté un tel pédophile ou un proxénète. Ce type d’interventions font certes partie des tâches policières parce que nous avons été historiquement dés-appropriés de nos capacités de gérer les conflits de façon autonome, mais en réalité, le pouvoir se fout du bien-être des gens. Plus un quartier s’embourgeoise et plus ses nouveaux citoyens et commerçants réclameront un quartier propre et sécuritaire. Les flics ne vont pas aller tabasser un proprio qui fait des augmentations de loyer illégales, mais le crackhead au coin de la rue on lui réserve un tout autre sort. « La police au service des riches et des fascistes », nous rappelle le bon vieux slogan.

Le 15 mars arrive vite, et comme chaque année, une manifestation sera organisée par le C.O.B.P. – le collectif opposé à la brutalité policière. Et chaque année, il y a de la confrontation et des arrestations. Le C.O.B.P., comme son acronyme l’évoque, ne s’oppose pas à la police en tant qu’institution, mais à une police brutale. Le collectif s’acharne depuis des années à proposer un discours citoyen quémandant de faire respecter les droits. Ils poursuivent en déontologie policière les policier.e.s aux comportements déviants, ils tentent de faire des recours collectifs contre des arrestations de masses et transformer certaines lois, comme ça a été le cas pour le règlement P-6 qui interdisait le port de masque lors des manifestations. Ce règlement a finalement été invalidé en 2016, grâce aux efforts de plusieurs compagnons et avocats. Néanmoins, une police moins brutale n’existe pas, car sa fonction ultime est de maintenir l’ordre en infligeant la peur. C’est-à-dire que si une révolte incontrôlable éclate, ces chiens armés nous tireront dessus sans hésiter. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas lutter, sinon que nous devrions affronter la réalité telle qu’elle est. Un flic représente une institution répressive servant au maintien du pouvoir de l’État sur nous. Il n’y a pas de bon flic. Il n’y a aucune bonne loi. Nous voulons combattre tous les germes et les fondements du monde autoritaire, incluant l’État, ses lois, la logique du droit et sa police.

Le pire de tout, c’est que le pouvoir est tellement bien rodé que la police n’a presque jamais besoin d’intervenir afin de faire respecter le statuquo. Le contrôle est intériorisé dans nos corps et dans nos têtes. Nous sommes domestiqués depuis notre naissance à respecter les règles, à aller à l’école, à aller travailler, à respecter l’autorité, à nous conformer. On nous fait croire que nos actes n’ont aucun impact et on nous fait savoir que si nous choisissons d’en finir avec ces institutions ; les propriétaires, l’État, la police, les patrons, etc., c’est la misère et la prison qui nous attend. Beaucoup baissent les bras. Mais la réalité, c’est qu’ils ne peuvent pas être partout et tout le temps comme Big Brother. En s’organisant un peu, il est toujours possible de déjouer les tentacules du pouvoir et de tenter l’irréversible. Il s’agit d’abord d’une dose de courage pour chasser la police de nos têtes et confronter nos peurs.

Expulsons d’abord la police de nos têtes, de nos quartiers et de nos vies. À l’attaque !

Tout le monde déteste les racistes!

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Fév 032017
 

Graffiti pris en photo à Pointe-St-Charles à Montreal

Soumission anonyme à MTLCounter-info

Dimanche soir dernier, six personnes de la communauté musulmane de Québec ont été assassinées dans leur mosquée. Cela démontre que l’idéologie d’extrême-droite raciste est bel et bien vivante dans la supposément égalitaire et tolérante société québécoise, laquelle participe actuellement à nourrir un climat islamophobe dans lequel les racistes se sentent de plus en plus légitimes d’agir. Cette fois-ci, ce n’est pas un acte qui peut être ignoré, contrairement aux têtes de porcs qui avaient été laissées devant la même mosquée quelques mois auparavant, acte qui n’avait intéressé pratiquement personne, ou aux agressions verbales et physiques quotidiennement lancées dans la rue aux gens racisé-es.

Le jour des funérailles organisées pour les victimes de la fusillade, des gens ont brisé les fenêtres d’une mosquée du quartier Pointe-Saint-Charles, à Montréal. Plusieurs ont réagit pour exprimer leur support. Une vigile a rassemblé une centaines de personnes venues apporter leur support devant la mosquée. Un graffiti anarchiste a été peint en solidarité, sur un mur de publicité de l’autre côté de la rue. Sur les fenêtres cassées, des affiches anti-fascistes titrées « Contre le racisme, l’islamophobie et l’anti-sémitisme, soyons à l’offensive » ont été posées.

Plusieurs se demandent comment il est possible que ça puisse se passer ici. Pourtant, le racisme et la haine de ceux et celles extérieurs à la chrétienté ne sont pas choses nouvelles au Canada. Ce pays a été fondé sur le génocide des autochtones ainsi que sur leur ghettoisation dans les réserves. Contrairement à ce qu’on nous apprend à l’école, l’appareil de colonisation du soit-disant Québec a lui aussi participé à ce massacre de masse. La société québécoise a eu son lot de racisme au travers des époques, que ce soit avec la nouvelle forme d’esclavage qu’est l’incarcération de masse des personnes noires et autochtones, avec les pensionnats autochtones, l’exploitation des travailleur.ses migrant.es sans-papiers, ou la Charte des Valeurs islamophobe. Bien sûr, la montée en flèche de l’idéologie nationaliste de droite dans les dernières années a eu un grand impact sur les meurtres survenus à Québec, mais il ne faut pas oublier que ce mode de pensée existait même avant que quelqu’un comme Trump prennent le pouvoir aux États-Unis ou qu’une politicienne comme Marine Le Pen puisse avoir 30% des intentions de vote aux prochaines élections françaises.

Il n’est pas surprenant que l’acte xénophobe ayant eu lieu dimanche dernier se soit produit dans la région de la capitale. Plusieurs groupes racistes diffusent au grand jour leur idéologie abjecte depuis de nombreuses années et ce, dans une grande impunité. Des groupes comme Atalante Québec ou les Soldats d’Odins et plusieurs autres peuvent bien se cacher derrière leur fausse bannière de « seulement dénoncer l’Islam radical », nous ne tomberons pas dans cette supercherie. Nous savons très bien que ce sont des gens qui agissent avec une logique raciste. Comment un groupe comme Atalante peut-il dire qu’il n’est pas raciste, alors qu’une de leurs conférences a été organisée avec des groupes néo-fascistes italiens, comme Casapound, qui se revendiquent de l’héritage de Mussolini ? Québec a aussi son lot de radios poubelles écoutées chaque jour par des milliers de personnes. Les chroniqueur.ses de ces radios peuvent toujours se laver les mains en disant qu’ils et elles n’appellent pas au meurtre, mais le fait est qu’ils et elles contribuent grandement à la banalisation du racisme et de l’islamophobie. Soyons clairs : ces gens ont aussi du sang sur les mains et leur discours de haine doit absolument être confronté avec tous les moyens nécessaires. Que se soit en entartant des gens comme Mathieu Bock-Côté, en perturbant toutes leurs conférences ou en ne laissant jamais une manifestation raciste se dérouler paisiblement.

La réponse face à l’extrême droite doit être déterminée et sans relâche, ces gens doivent avoir peur d’afficher publiquement des discours haineux. On ne devrait attendre aucun changement venant de la classe politique, qui elle aussi a contribue au racisme ambiant : elle banalise la haine envers les musulmans, maintient des frontières et un appareil policier intrinsèquement racistes et perpétue la violence coloniale sur laquelle le Canada a pioché ses fondements. La lutte contre le racisme et le monde qui le nécessite ne viendra que de nous-mêmes et sans intermédiaire de quelconque représentant-e – en combattant les fascistes organisés dans la rue lorsque l’opportunité se présente et en attaquant tout ce qui leur donne de la légitimité. Nous devons nourrir des pratiques anti-fascistes radicales en continuant de nous battre contre les fondements racistes de notre société – le gouvernement colonial et la civilisation industrielle, le nationalisme, la police, les prisons et les frontières.

150e, 375e : vive les rebelles!

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Jan 132017
 

Soumission anonyme à MTL Counter-info

Cette année, le Canada célèbrent son 150e anniversaire d’existence coloniale et Montréal, son 375e. Tout au long de la prochaine année, nous allons célébrer les histoires de résistance au projet colonial canadien, en continuant à les inclure dans nos luttes présentes. Ceci est un appel adressé aux anarchistes à travers le territoire du soi-disant Canada, et à tous.tes ceux et celles qui luttent contre la société coloniale, afin de combiner nos diverses capacités de toutes les manières possibles dans cette lutte contre ce cauchemard persistant.

De la propagation intentionnelle de la petite vérole aux conditions qui causent l’assassinat et la disparition d’un terriblement grand nombre de femmes et d’hommes autochtones assassiné.es et disparu.es, le projet du Canada a consisté en un génocide contre les personnes autochtones se manifestant à travers des formes variées et ayant encore cours aujourd’hui. Le Canada tente d’imposer un état de dépendance à la société coloniale en détruisant l’autonomie des personnes autochtones en les empêchant de vivre des fruits des territoires (à travers le système des réserves), et à travers le génocide culturel menant à une fracture générationnelle et une amnésie collective (ceci étant institutionnalisé à travers le système des pensionnats autochtones qui exista jusque dans les années 90).

Nous désirons saboter la machinerie qui fait fonctionner cet héritage colonial. L’infrastructure de cette machine et le développement de projets d’exploitation signifie la dévastation de la terre qui nourrit toute la vie. Il s’agit des dispositifs policiers du Canada, de l’assaut de Gustafsen Lake à la violence sexuelle généralisée contre les femmes autochtones par la SQ. Cela signifie aussi les projets de contrôle colonial nécessaire au fonctionnement du Canada; la stérilisation forcée et systématique, le système de réserves et l’incarcération massive des personnes autochtones et noires. Cette machinerie est aussi sociale – l’identification sociale avec la ville, la nation et la blancheur.

375e : vive Montréal! est une campagne touristique où une enveloppe budgétaire a été allouée à chaque quartier de Montréal par l’État pour les célébrations. Ceci sera utilisé comme opportunité pour accentuer le mouvement de gentrification et le nettoyage social, et pour normaliser le narratif étatique d’une colonisation bienveillante et inévitable. Le programme événementiel et les vidéos promotionnels mettent en scène principalement des artistes et des musicien.nes francophes blanc.hes – démontrant ainsi sur qui ils.elles misent dans le cadre de ce nouveau projet de développement et de contrôle : à travers des artistes nationalistes et hipsters et la culture populaire québécoise. Bien que cette campagne, à travers les gens qu’elle mobilise, soit sans gêne une campagne pour la suprématie blanche, nous sommes aussi familier.ères à outrance avec le script du multiculturalisme canadien – qui représente et intègre différente catégories identitaires dans le projet génocidaire, pour nourrir insidieusement le contrôle social.

Au minimum, nous pouvons montrer qu’il y a des personnes que le Canada tente d’intégrer à ce projet de suprémacie blanche qui sont en rébellion contre celui-ci. Trouvons les différents moyens qui nous permettrons de nous connecter à travers les vies ségréguées que nous expérimentons tous les jours. À travers de tels liens, nous pouvons espérer avancer vers la création d’un projet de rébellion auquel les gens peuvent s’identifier, qui se situe à la fois en dehors du nationalisme blanc de droite et du multiculturalisme libéral de gauche.

Voici quelques idées pour inspirer les gens sur les manières de s’organiser pour répondre à cet appel :

– Perturber les festivités du 375e et du 150e, dans chaque quartier de Montréal et à travers le Canada.
– Approfondir les relations de solidarité entre les gens qui désirent se battre contre le projet du Canada. Pour ce faire, nous croyons qu’il est crucial de ne pas reconduire la passivité de la politique d’ “allié.es”, où les allié.es ne sont pas mu.es par leurs propres raisons de lutter. Tout le monde a intérêt à défendre la terre contre la destruction coloniale. En tant qu’anarchistes, nous avons d’innombrables raisons de nous battre sur des termes de solidarité réciproque avec toute personne qui lutte contre les frontières, la police, l’extraction de ressources et la domination économique nécessaires au Canada. Nous pensons que des affirmations comme “être un.e allié.e des personnes autochtones” est contradictoire et n’a pas de sens si l’on reconnaît qu’il n’existe pas de catégories homogènes de gens. En fait, nous ne devrions pas ignorer le fait qu’il y a souvent des conflits au sein des communautés autochtones autour des objectifs et des tactiques. Par exemple, à Standing Rock, le Red Warrior Camp (qui a employé des tactiques confrontationnelles et perturbatrices contre le pipeline) s’est fait demander de quitter le camp par les chefs qui condamnaient toute action en dehors de la désobéissance civile non-violence qui permet d’obtenir le sceau de légitimité des médias et des blanc.hes.
– Créer de la contre-information pour communiquer des perspectives anti-coloniales.
– Confronter, perturber et attaquer toutes les manifestations de l’ordre colonial: le fonctionnement de l’économie capitaliste, les projets et les infrastructures d’extraction de ressources, les dispositifs répressifs de la police et des prisons, les narratifs dominants du colonialisme (statues, musées, églises, etc.) et toutes les autres manières par lesquelles le colonialisme est maintenu dans les endroits où vous vivez.

L’existence du Canada et de Montréal est de manière inhérente un projet de contrôle et de dévastation écologique – voici ce à quoi ressemblent le “progrès” et le “développement”. Ces processus fracturent toujours davantage tout semblant de communauté que nous pourrions essayer de nourrir, ce qui a en retour des effets profonds sur nos capacités à nous rebeller. Nous désirons rompre avec les relations sociales de production, de consommation, de citoyenneté et de blancheur. Nous désirons ouvrir la possibilité de vivre différemment les relations, ce qui veut aussi dire de créer des opportunités pour nous rendre incontrôlables. Nous désirons perturber le narratif qui célèbre un Canada amical et bienveillant. Engageons le conflit avec Montréal et le Canada à chaque fois que cela est possible. Fuck Montréal, Fuck le Canada : bloquons-les!

Defend the Hood

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Déc 222016
 

De subMedia.tv

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En 2016, de nombreuses attaques directes ont été lancées contre divers symboles de la gentrification dans Hochelaga-Maisonneuve et Saint-Henri. Nous avons voulu donner aux militants l’occasion d’exprimer un point de vue que les grands médias choisissent systématiquement d’ignorer ou de déformer. Submedia.tv a obtenu ces entrevues exclusives avec deux anarchistes impliqués dans ces actions.

Pour protéger l’identité de ces personnes, leur voix a été doublée.

Qu’est-ce que ça implique, pour vous, de lutter contre la gentrification ?

1: Avant tout, on parle juste pour nous deux ici, pas pour les autres gens qui ont participé à l’action. On ne veut pas représenter qui que ce soit d’autre.

2: Je ne veux pas me limiter à lutter contre la gentrification, que je vois comme une intensification de la misère du capitalisme. Et je suis contre le capitalisme sous toutes ses formes. Je lutte contre la gentrification parce qu’elle affecte ma vie et celle de tellement de gens autour, mais aussi parce que c’est un contexte qui permet d’échanger des idées et des pratiques, de nourrir une plus large perspective de lutte anarchiste. J’ai été inspirée par des anarchistes dans d’autres villes, qui ont ancré leur lutte dans l’endroit où elles vivent. Ils ont réussi à rendre certains quartiers dangereux pour les autorités et peu accueillants pour les entreprises capitalistes. J’aimerais que la police ait peur d’être attaquée quand elle patrouille dans Hochelag ; que les petits commerces bourgeois hésitent avant de s’installer ici, parce que leurs primes d’assurances vont être super chères ; que les gens pensent au fait que s’ils parquent leur char de luxe dans le quartier pour la nuit, il risque de se faire trasher ; que dès qu’un graf ou une affiche est enlevée, elle soit aussitôt remplacée.

1: Et si on veut que ces gens là aient peur, c’est parce qu’on veut l’espace pour expérimenter d’autres façons de vivre, et parce que la cohabitation n’est pas possible. Leur monde va toujours vouloir la destruction des autres mondes, ceux de liberté, de partage, de gratuité, de relations en dehors du travail et du loisir, de joie en dehors de la consommation…

2. Je pense que ça vaut la peine d’expliciter comment la lutte contre la gentrification est inévitablement une lutte contre la police. L’outil principal de la municipalité pour mener à bien son projet de nettoyage social, c’est la police et la pacification des habitants. Cette réalité-là est au cœur des réflexions qui orientent nos actions. La pacification prend différentes formes : c’est l’installation des caméras, l’aménagement des parcs et des rues, mais c’est aussi l’imaginaire créé par le discours de bullshit sur  »la mixité sociale ». Les consultations publiques, les études et les projets de logements abordables, c’est juste une façade : pendant ce temps-là, le nettoyage social avance et de plus en plus de gens se font expulser. Si ces moyens de pacification ne fonctionnent pas, la ville a recours à la répression, c’est-à-dire à la police. C’est les policiers qui expulsent les locataires, empêchent l’existence de squats, etc. Toute forme d’organisation offensive, qui refuse les tentatives de médiation avec l’autorité municipale, va un jour faire face à la police. C’est donc aussi important de développer notre capacité à défendre les iniatives contre la répression.

Sans nécessairement délaisser l’action communautaire, de nombreux-euses anarchistes privilégient le mode d’action directe, pourquoi?

1: On n’a pas de revendications. On n’a pas fait cette action pour faire pression sur le pouvoir, pour qu’il nous accorde certaines choses. C’est sûr que les gens devraient avoir accès à du logement, mais je ne pense pas qu’on devrait s’attendre à ce que l’État réponde à des demandes de logements sociaux qui sont faites depuis les années 1980, dans un quartier qui s’embourgeoise. Je suis plus intéressée à voir de quoi ça pourrait avoir l’air si les gens prenaient l’espace et le défendaient, sans demander. Je ne suis pas intéressée à dialoguer avec le pouvoir.

2: Le dialogue avec les autorités municipales c’est, avec la menace de répression policière, la principale méthode de pacification. Pour nous garder dans l’inaction, emprisonnés dans un imaginaire où l’on ne peut rien prendre ou rien empêcher.

1: Ce qui est bien avec l’action directe, c’est que tu te débarrasses finalement du médiateur ultime, l’État, en agissant directement sur une situation. Plutôt que donner du pouvoir à la ville, en lui demandant quelque chose, on veut nous-mêmes agir sur les forces qui gentrifient le quartier. L’État a peur des gens qui refusent son rôle de médiateur.

Pourquoi choisir une stratégie d’action directe en dehors d’un contexte propice comme celui d’un mouvement social ?

2: Parce qu’on veut pas attendre  »le bon contexte ». On pense que c’est en intervenant dans des situations fucked up du monde dans lequel on vit qu’on crée des contextes. Le fait que ce monde soit horrible est en soi un  » bon contexte  ». Ça vaut la peine de se révolter tous les jours.

1 : Je pense que c’est important de mettre l’accent sur ça, je ne crois pas qu’il faille qu’on attende les mouvements sociaux pour agir. Les gestes de révolte ont toutes sortes d’impacts, même s’ils ne s’inscrivent pas dans un mouvement social. En plus, quand il va y avoir le prochain grand moment de révolte, on va être davantage préparées pour y participer.

Finalement, que répondez-vous à ceux et celles qui disent que la gentrification est un processus inévitable?

1. La gentrification c’est un processus du capitalisme et du colonialisme comme d’autres. Ça a l’air inévitable, et ça l’est peut-être, mais ça vaut tout de même le coup de lutter contre et de ne pas se laisser faire. Dans le monde insupportable dans lequel on vit, j’ai l’impression que ma vie peut juste trouver un certain sens si je me bats.

2. Au mieux, le processus de gentrification va se déplacer ailleurs, si un quartier résiste. Quand même, lutter contre le capitalisme et l’État, ça ouvre des possibles qui ne peuvent pas exister autrement.

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