L’histoire du contrôle des armes à feu au Canada

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Déc 272022
 

Face au retour du débat sur les armes à feu au Canada, nous avons pris le temps de traduire cet article datant de 2019 sur le sujet. Il provenait du site North Saskatchewan Resistance, qui n’est malheureusement plus en ligne.

La première loi sur le contrôle des armes à feu adoptée au Canada a reçu la sanction royale en 1886. Elle ne s’appliquait qu’aux territoires, comprenant ce qui est aujourd’hui l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba. La portée de cette loi ferait même rougir Trudeau.

L’article 101 de l’Acte des Territoires du Nord-Ouest interdisait à quiconque de posséder, d’utiliser, de transporter, d’acheter ou de vendre des armes à feu ou des munitions pour quelque raison que ce soit sans l’autorisation écrite expresse du gouvernement. Cette loi est restée en vigueur jusqu’en 1905, date à laquelle la Saskatchewan et l’Alberta sont devenues des provinces. Le raisonnement derrière ce projet de loi, adopté par le gouvernement conservateur de Macdonald, était d’éradiquer toute dissidence restante contre l’État canadien, en particulier chez les Autochtones et les Métis des territoires, qui constituaient à l’époque la majorité. Même si les chefs de la rébellion du Nord-Ouest ont tous été brutalement exécutés ou exilés, que la Police montée du Nord-Ouest, fortement militarisée, parcourt la campagne et que la majorité de la population des Premières nations est regroupée dans de minuscules réserves, le gouvernement fédéral ressent le besoin de désarmer complètement l’Ouest sauvage. Depuis cette année-là, l’histoire du contrôle des armes à feu au Canada est une longue histoire où l’État désarme le peuple au premier signe de mécontentement.

Dans les années qui ont suivie, de nouvelles lois exigeaient que les citoyens canadiens aient un permis pour les pistolets et que les étrangers obtiennent un permis avant de manipuler une arme à feu. Un registre des armes à feu est créé. Malgré tout, les règles régissant la possession d’armes à feu étaient beaucoup plus laxistes que l’État policier totalitaire qui régnait dans l’Ouest au lendemain de la pendaison de Louis Riel. Alors que les gouvernements Trudeau et Turner font face à la pression des séparatistes québécois et que le FLQ démontre qu’il est prêt à aller très loin pour se libérer du Canada, de nouveaux systèmes de contrôle sont mis en place, d’abord en 1969 avec l’omnibus C-150, puis en 1977. Ces lois ont introduit le système des AAAF et ont classé les armes à feu comme étant sans restriction, à restriction ou prohibées.

Le système actuel de contrôle des armes à feu a vu le jour en 1991. Un projet de loi sur le contrôle des armes à feu a circulé pendant des mois à la suite du massacre de 14 femmes à l’École Polytechnique de Montréal en décembre 1989, l’un des pires crimes haineux au Canada. Malgré un soutien public important, le projet de loi n’a pas réussi à s’imposer au sein du Parti libéral ou du Parti conservateur.

À l’été 1990, cependant, les guerriers mohawks de Kanehsatà:ke ont commencé à défendre leurs terres contre les tentatives illégales du gouvernement du Québec de construire un terrain de golf au-dessus de leur cimetière. Après la mort d’un policier lors de l’affrontement, une crise de plusieurs mois s’est ensuivie, qui a jeté tous les grands partis dans une démonstration gênante de racisme colonial et de lâcheté civique. Une étoile montante du Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney, Kim Campbell, a présenté une version fortement modifiée du projet de loi sur le contrôle des armes à feu, auparavant impopulaire, et le projet de loi C-17 (1991) a été adopté par la Chambre des communes avec l’approbation des conservateurs et des libéraux. L’arme à feu utilisée pour massacrer plus d’une douzaine de femmes au Québec deux ans auparavant (le Ruger Mini-14) est restée sans restriction, tandis que les armes à feu portées par les Mohawk Warriors – toutes des variantes civiles semi-automatiques de l’AK-47 – ont été reclassées comme prohibées.

Quelques années plus tard, ne voulant pas être dépassé par les conservateurs, le Parti libéral a adopté des restrictions encore plus sévères sur les armes à feu. Le projet de loi C-68 (1995) a de nouveau été adopté sur la rhétorique de l’École Polytechnique, mais rien dans le libellé du projet de loi n’aurait pu empêcher les fusillades de masse. Le langage du projet de loi visait plutôt les ennemis de l’État, comme les guerriers Shuswap et Secwepemc qui avaient tenu bon au lac Gustafsen quelques mois seulement avant que le projet de loi ne soit présenté au Parlement.

Le gouvernement canadien a longtemps prétendu que ses efforts pour désarmer ses citoyens étaient dans l’intérêt de ces derniers, même si la GRC retourne à ses racines militaristes et ressemble chaque jour davantage à une armée d’occupation plutôt qu’aux Dudley Do-Rights familiers qu’on a fini par fétichiser. Lorsque le gouvernement viendra prendre le fusil de chasse suspendu à la cheminée ou la carabine dans le coffre-fort, rappelez-vous l’histoire du contrôle des armes à feu dans ce pays et pensez-y à deux fois avant de remercier le gendarme pour ses services lorsqu’il vous vole au milieu de la journée.

Feu de joie solidaire

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Déc 212022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Avec une bonne préparation et des camarades de confiances, braver la peur de la répression est beaucoup plus facile qu’il parait au premier allure…

Ce vendredi 16 décembre vers 7h, une colonne de fumée noire monte dans le ciel enneigé de par la première tempête de l’hiver. Un tas de pneus est en feu sur les voies ferrées de la ligne 2 du réseau de train Exo. Le feu a été allumé a une centaine de metres au Sud de la gare de Bois-de-Boulogne de facon à forcer le traffic ferroviere à s’interrompre en pleine heure de pointe. En perturbant le début de cette nouvelle journée de commerce, nous avons voulu viser l’économie canadienne et contribuer à venger la Wedzin Kwa sous laquelle Coastal GasLink a entrepris de forer.

Solidarité avec les défenseur.euses de la terre et l’eau partout!
Solidarité avec Atlanta Forest!
Solidarité avec les Wet’suwet’en et Gitxsan en lutte!
Fuck CGL, fuck RCMP, Shutdown Canada!

Blocage du port de Montréal en solidarité avec Wet’suwet’en

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Déc 172022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Alors même que la COP15 se tient dans les rues de notre ville et que le gouvernement canadien danse la danse du greenwashing, l’oléoduc Coastal Gaslink continue d’être construit en territoire Wet’suwet’en et ce, contre la volonté de cette nation. Les gardien-ne-s de ce territoire s’opposent depuis des années aux percés des pétrolières. Ce projet écocidaire menace la rivière Wedzin Kwa ainsi que la faune et la flore du Yintah; pendant que le Canada prétend se soucier de la biodiversité à la COP15, CGL fait sauter de la dynamite et pose des tuyaux dans les eaux des Wet’suwet’en*, mettant ainsi en danger le saumon, l’anguille et d’autres formes de vie non humaines déjà menacées.

Face à la résistance des Premières Nations, le pétro-État canadien a déployé et déploie encore des millions de dollars** de force policière militarisée pour forcer le passage de ce monstrueux projet. Partout ailleurs dans les terres occupées par l’État canadien, des projets similaires de transport ou d’extraction de matières premières mettent en péril les fragiles écosystèmes et les habitants qui en dépendent, des sables bitumineux au projet de Ray-Mont Logistiques qui menacent le Terrain Vague faisant face au port de Montréal.

À l’hiver 2020, des militant-e-s autochtones et allié-e-s se sont mobilisé-e-s d’un océan à l’autre pour s’attaquer à l’infrastructure marchande canadienne en solidarité avec les Wet’suwet’en. Aujourd’hui encore, nous sommes prêt-e-s à faire face à la machine extractiviste et écocidaire qu’est l’État canadien, à ses chiens armés, ses équipes de communication spécialisées en greenwashing et son appareil économique. Nous sommes du côté du vivant, du côté des premiers peuples luttant pour leurs souverainetés. Nous savons qu’un autre monde est possible loin de leurs projets écocidaires dégueulasses qui ne profitent qu’à une poignée de milliardaire et leurs larbins parlementaires.

Le port de Montréal voit chaque jour des produits du monde entier circuler dans des quantités toujours plus grandes. Pourtant, nos conditions de vie diminuent, les écosystèmes s’effondrent et les premiers peuples sont encore la cible de politiques répressives et génocidaires. Le système économique qui fait fonctionner le port de Montréal nous mène à notre perte collective. Il demande toujours plus de pétrole, plus de matières premières, plus de mégainfrastructures et plus de terres pour y creuser ses mines, y construire ses pipelines et y entreposer ses conteneurs. Aujourd’hui, nous l’avons fermé !

Après un blocage réussi du port de Montréal et d’une partie de Notre-Dame Est, malgré une imposante et agressive présence policière, les militant-e-s se sont dirigé-e-s vers les bureaux de la RBC au centre-ville de Montréal pour aller y joindre le rassemblement appelé par Sleydo et d’autres militant-e-s Wet’suwet’en.

Fuck CGL, Fuck la police, Fuck les banques, Fuck le Port de Montréal, Fuck la COP15, Fuck le Canada!
Vive les Wet’suwet’en, Vive les peuples qui résistent, Vive la résistance !
Par ce que l’air, la terre et les rivières ont besoin de révolutionnaire !

* https://thenarwhal.ca/coastal-gaslink-wetsuweten-blasting/
** https://thetyee.ca/News/2021/08/16/RCMP-Spent-Almost-20-Million-Policing-Wetsuweten-

Revendication de responsabilité de l’incendie de véhicules du C-IRG sur le territorie Wet’suwet’en

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Nov 302022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le 26 octobre, aux petites heures du matin, plusieurs véhicules de la GRC C-IRG ont été incendiés dans le stationnement du Smithers Sunshine Inn.

Au moment où vous lisez ces lignes, Coastal GasLink fore sous les sources sacrées de la Wedzin Kwa. Le sol tremble dans les territoires Wet’suwet’en. Pour chaque tremblement de la terre, alors qu’ils enfoncent leur tête de forage et font sauter leurs explosifs à travers le lit de la rivière et la roche, juste sous les bancs de saumons en train de se frayer un chemin, des tremblements de douleur et de rage se répercutent dans le cœur de ceux.ses qui ont encore de l’espace pour les ressentir.

La mort nous entoure. Les saumons meurent en masse alors que les ruisseaux s’assèchent. De vastes zones de forêts tropicales autrefois florissantes, brûlent. Un milliard de crabes des neiges disparaissent et meurent en Alaska. Le chaos climatique se déchaîne tandis que les méga-projets transforment le monde vivant en un véritable cauchemar. Tant de gens quittent ce monde trop tôt. On pourrait appeler ça un suicide. Ou une overdose. Ou un arrêt cardiaque. Peut-être que c’est une balle de la police qui transperce la chair et les organes. Tout cela est la manifestation de la douleur, de la souffrance et de la violence insupportable engendrées par le colonialisme et l’État.

En “colombie britannique”, c’est la GRC qui défend et applique cette violence. Quand les industries extractives rencontrent de la résistance autochtone, la GRC emploie une division spécialisée appelée Community-Industry Response Group. Ce sont les policiers du C-IRG qui se portent volontaires pour faire des descentes, surveiller, harceler et brutaliser les défenseur.ses des terres au nom de leurs maîtres corporatifs.

Tôt le 26 octobre, quatre véhicules du C-IRG à Smithers ont été incendiés alors que les agents du C-IRG dormaient à quelques mètres de là. Les incendies ont endommagé ou détruit les quatre camions et se sont propagés à plusieurs véhicules industriels et à une ambulance dans le parking. Les camions de CGL et de BC Hydro incendiés sont à peine regrettables. L’ambulance endommagée est malheureuse et involontaire. Personne n’a été blessé dans cette action parce que des mesures ont été prises pour s’assurer que personne ne le serait. Les véhicules ont été allumés que lorsqu’il était certain que le feu ne se propagerait pas aux structures ou ne mettrait pas des vies en danger.

La violence exercée par l’industrie et appliquée par la police condamne une planète entière à un avenir désertifié et brûlant. Reconnaître le fait que chacun d’entre nous a un intérêt dans cette lutte signifie reconnaître l’importance d’agir avec notre propre agentivité, autonomie et urgence. Nous devons tous et toutes nous servir de cette douleur pour en retirer la détermination nécessaire pour agir contre ceux qui sont responsables de notre souffrance.

Il n’y a pas de mots à partager avec le gouvernement ou l’industrie qui puissent changer le cœur de leur nature. Ces institutions ne sont pas des personnes. Elles n’ont pas d’âme, pas d’éthique et pas de conscience. Leur force motrice est le profit à tout prix, et elles ne peuvent être négociées ou raisonnées.

Les libéraux et les centristes veulent que la politique soit claire et nette, dans les limites de la respectabilité. Le fait de qualifier les actions qui sortent de ces limites d’opérations de false flag nuit sérieusement à notre capacité à élargir le champ de la lutte et à défier directement la violence de l’État. Les mouvements qui réussissent utilisent un large éventail de tactiques pour atteindre leurs objectifs. Les accusations de false flag ne servent qu’à isoler ceux.ses qui choisissent de s’engager dans des actions plus conflictuelles d’un soutien plus large, ce qui est dangereux et limitatif. S’il y a une conspiration ici, c’est la collusion ouverte entre les entreprises et les forces de l’État pour poursuivre l’héritage de la violence génocidaire sur les terres et les peuples autochtones.

Brûler des voitures de police c’est facile. Prendre les mesures nécessaires pour empêcher les arrestations l’est moins. Recherchez des méthodes qui fonctionnent ; warriorup.noblogs.org est un bon point de départ. Pour faire cela, utilisez des outils technologiques axés sur la sécurité et qui sont open source tout en étant sur un WiFi public, ou mieux encore, allez-y à l’ancienne et procurez-vous des livres. Testez vos méthodes. Réfléchissez bien à la façon dont le feu peut se propager pour vous assurer que vous ne mettrez pas involontairement le feu à un bâtiment ou ne causerez pas de blessures. Sachez comment éviter de laisser des preuves. Réfléchissez de manière critique aux conséquences de l’action comme de l’inaction. Faites confiance à vos instincts rebelles et agissez avec courage.

Il a toujours été temps de se battre. Ce l’est toujours.

Compte rendu de la lutte en solidarité avec les kahnistensera contre le projet New Vic de McGill

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Nov 192022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

À travers cette lutte en solidarité, c’est devenu évident qu’en tant que communauté radicale, on se doit de se tenir en solidarité avec les kanien’kehá:ka kahnistensera.

Parce que ces militantes traditionalistes de Kahnawa:ke se battent depuis les cinquantes dernières années pour défendre la souveraineté de leur peuple.

Parce qu’elles font partie du peu de personnes Mohawks qui tiennent encore dur comme fer à leur mode de gouvernance pré-invasion coloniale, qui s’appelle la Grande loi de la Paix.

Parce que ce code organise la confédération Haudenausaunee comme ce que nous interpréterions comme du fédéralisme libertaire, où toute les décisions sont prises à petite échelle par consensus avant d’être amenées à un niveau supérieur : de la famille au clan, du clan à la communauté, de la communauté à la Nation, de la Nation à la Confédération.

Parce que dans la Grande Loi, les femmes sont considérées comme les progénitrices de la nation, et sont donc responsables de s’assurer de la protection du territoire et des enfants (autant du passé, du présent et à naître).

Parce qu’en tant que colons et anarchistes, nous avons également nos propres raisons de supporter les communautés autochtones dans leur bataille contre l’État qui les prive de leur relation avec leur mère, le territoire, la terre.

Les kahnistensera poursuivent actuellement en justice l’université McGill, la ville de Montréal et les gouvernements du Québec et du Canada pour faire cesser les travaux de rénovation du projet New Vic sur les terrains du Allan Memorial Institute et de l’hôpital Royal Victoria. Ces institutions ont été le lieu d’expériences de tortures menées dans le cadre du programme MK-Ultra des années (1950 – 1960). Le Allan Memorial Institute et l’hôpital Royal Victoria étaient tous les deux impliqués dans ce programme. Il y a d’importants soupçons que des enfants autochtones (ainsi que des orphelins de Duplessis et autres personnes marginalisées) y seraient décédé.es et auraient été enterré.es sur le site de manière anonyme et McGill a minimisé cette terrible histoire en procédant à des fouilles. En tant que traditionalistes, les Mères ont une position bien différente du conseil de bande de leur communauté qui est soutenu par le gouvernement, et qui ne leur offre aucun soutien pour cette action en justice ou pour la lutte générale.

Dans le cadre de la poursuite, elles demandaient d’abord une injonction interlocutoire pour faire arrêter les travaux de rénovation du Royal Victoria qui risquent de détruire à jamais les preuves de ces atrocités, en plus de potentiellement détruire les traces archéologiques d’un très important village Kanien’kehá:ka qui se trouvait exactement à l’endroit du Royal Vic avant l’arrivée des français sur l’île. Le 27 octobre 2022, contre toutes attentes, la cour Supérieure du Québec s’est prononcée en leur faveur et accorda une injonction forçant l’arrêt des travaux de rénovation. L’université McGill est maintenant forcé de s’asseoir avec elles pour établir un plan pour des fouilles archéologiques complètes et non-intrusives du site.

Depuis le début de leur poursuite contre l’université McGill, elles ont fait énormément de mobilisation dans la conférédation Haudenausaunee, mais également dans les milieux radicaux de Montréal : une présentation pendant l’occupation du pavillion des arts de McGill, une présentation à l’Achoppe au printemps derniers, une présentation au salon du livre anarchiste cet été, et probablement beaucoup d’autres événement dont je ne suis pas au courant. Dans les derniers mois, des rumeurs ont commencé à circuler comme quoi l’université McGill allait de l’avant avec l’excavation sans attendre l’audience prévue pour l’injonction interlocutoire. En septembre, McGill annonçait que les travaux d’excavation auraient lieu début du mois d’octobre, alors que le procès était prévu pour le 26 octobre. C’est ce qui a été l’élément déclencheur de la campagne « Stop the New Vic », les gens voulant trouver une manière de retarder les travaux d’excavation au moins jusqu’au moment du procès, en espérant que les Mothers obtiendraient l’injonction. Nous n’étions pas particulièrement optimiste quant à la possibilité d’un jugement qui leur serait favorable, mais si les travaux allaient avoir lieux avant même qu’elles aient eu la chance de défendre leur cas, nous allions tenter de les faire cesser.

Au début du mois d’octobre, une rencontre de mobilisation a été appelée, où il y avait une bonne trentaine de personnes motivées à s’impliquer dans une occupation du terrain du Hersey Building du Royal Vic, là où aurait lieu l’excavation.

Semaine du 10 octobre, deux semaines avant l’audience
Le 10 octobre, « Columbus Day » aux soi-disant États-Unis et l’Action de Grâce au Canada est considéré par beaucoup d’autochtones sur l’île de la Tortue comme le « Indigenous People’s Day of Rage ». Ce soir-là, sur le site prévu de l’excavation des personnes sont allées installer un campement et certaines y ont passé la nuit.

Le lendemain matin, très rapidement, la police a été appelée. Les militant.es au campement ont essayé de retarder la police le plus longtemps possible. Iels ont fini par jouer au chat et à la souris sur le Mont-Royal avec des flics qui étaient de plus en plus en crisse. Les policiers criaient à tout le monde que la prochaine fois qu’ils les croisaient, iels se faisaient arrêter, mais pour autant que je sache il n’y eu aucune arrestation. L’après-midi même, une quinzaine de personnes ont réussi à se retrouver pour évaluer les possibilités d’actions. L’énergie était encore très bonne et les gens se sont toute de suite mis à planifier la suite.

Au cours de cette semaine là, des groupes affinitaires sont allés plusieurs fois à chaque jour sur le site pour ralentir les travaux. Les bureaux de la firme archéologique ont aussi été attaqués. Cette action fut l’objet d’un communiqué de la part des Mohawk Mothers, qui se retrouvaient accusées par leurs opposants juridiques :

« We are being held accountable legally of all such actions at this time, as the opponents are trying to construe us as criminals before the Judge with less than two weeks remaining before the hearing at the court on October 26, 2022 »

Aux militant.es qui avaient organisé cette action, les Mohawk Mothers ont adressé cette remarque :

« We greatly appreciate tokens of solidarity and demonstrations, but we ask you to be mindful of the dire legal repercussions for us, and the high risk of jeopardizing all the work we have invested for more than one year to obtain an injunction, which could be ruined, as well as the hope of our families to know the truth and get justice ».

Quant à Arkéos, interrogé par un journaliste sentimentaliste de La presse, le patron de la firme affirmait « On ne veut pas que [les ouvriers] creusent sans qu’il y ait d’archéologues. Ce serait vraiment une perte », sous entendant que les travaux de rénovation auraient lieux avec ou sans la présence d’archéologues, et exposant ainsi davantage la stratégie de «rubberstamping» de McGill, qui fait affaire avec des archéologues dans le seul but de donner de la légitimité à son projet colonial.

Semaine du 17 octobre, une semaine avant l’audience
Le lundi suivant une vigile de treize personnes avec des chandelles a aussi réussi à ralentir les travaux. Les flics étaient tellement sur les nerfs à cause de la semaine précédente qu’ils étaient plus nombreux que les manifestant.es. Armés jusqu’aux dents, ils bloquaient la porte d’entrée, ce qui a drôlement fait chier les travailleur.es de la firme d’archéologie mais aussi les employé.es de l’hôpital. Comparés à la foule très tranquille de la vigile, les flics ont eu l’air de monstres hyper-agressifs

Dans la nuit de jeudi à vendredi, une « intervention artistique » a eu lieu : des tombes, des vêtements et des souliers d’enfants ont été disposés sur le site de l’excavation pour souligner la violence associée au fait de creuser et donc de déranger les potentielles tombes anonymes.

Semaine du 24 octobre, semaine de l’audience
La semaine de préparation au procès, les gens de Divest Mcgill ont travaillé extrêmement fort à l’organisation de trois événements de mobilisation :

Lundi : Journée de teach-in et de tractage sur le campus de l’université McGill,

Mardi : Projection du film « Kahnesatà:ke, 270 ans de résistance »,

Mercredi : Rassemblement devant le palais de justice pour la première journée en cour.

L’audience
Le mercredi 26 octobre, l’énergie au palais de justice était électrique. La salle d’audience était trop petite pour accueillir toutes les personnes qui voulaient assister au procès. Des jeunes étaient assis.es à terre, les camarades dehors faisaient de la mobilisation, il y avait de la bouffe pour une armée. Tout le monde qui était au rassemblement et à l’intérieur ont mangé la bouffe collective, même les Mothers!

Jeudi, l’énergie n’était pas assez élevée pour refaire le rassemblement dehors, mais les camarade ont fait et amené une vingtaine de portions de bouffe pour nourrir les Mothers et les personnes qui les appuyaient au procès. On m’a raconté que cela a mené à une scène très cocasse où une vingtaine de personnes mangeaient assises par terre dans un corridor du palais de justice parce que la cafétéria du palais de justice n’acceptait pas les gens qui avaient leur propre lunch.

Jeudi soir, le jugement a été rendu : considérant que le cas était vraisemblablement d’intérêt public, le juge avait le devoir de rendre un jugement immédiat devant les gens, et pas seulement de l’écrire et de l’envoyer aux parties. Il a ordonné une injonction interlocutoire de 3-4 mois jusqu’à la prochaine date d’audience. Pendant ce temps là, l’université McGill doit s’asseoir avec les Mothers et établir un plan pour des fouilles archéologiques qui leurs conviendraient. Cela veut dire que les travaux de rénovation sont stoppés jusqu’à la fin de l’injonction!

Une victoire historique
Sans aucun doute, ce procès fera l’histoire. Pour la première fois depuis ses débuts, la cour supérieure a accepté qu’un collectif de personnes autochtones s’auto-représente. C’était vraiment important pour les Mothers de le faire de cette manière, par souci d’autodétermination, et aussi pour rester en cohérence avec la Grande loi. Le juge n’avait aucune raison d’ordonner une injonction : après tout, jeudi midi l’avocat de l’université McGill avait annoncé que les fouilles étaient terminées et que rien n’avait été trouvé. En plus, tous les avocat.es de la défense ont plaidé que les procédures légales présentes étaient adéquates et que s’addresser à la cour supérieure du Québec ne l’était pas. Dans son jugement à l’oral, le juge a reconnu que de renvoyer les Mothers dans le vortex légal de l’État ne serait pas bénéfique à la réconciliation avec les communautés autochtones.

En fait, c’est la première fois qu’un tribunal reconnaît que les horreurs des pensionnats ont aussi eu lieu dans le système de santé régulier, ce qui est une énorme avancée en terme de reconnaissance du génocide. D’ailleurs, et ce en même temps que le procès des Mothers, l’assemblée nationale a finalement reconnu que les pensionnats étaient un outil génocidaire. Et donc, avec ce jugement obtenu par les Mothers, les hôpitaux blancs devraient bientôt pouvoir être reconnus comme des outils génocidaires à l’égard des peuples autochtones.

Un autre gain vraiment majeur : les Mohawk Mothers ont réussi à asseoir leur légitimité sur le fait qu’elles sont traditionalistes, donc directement en opposition avec le conseil de bande. Le jugement du 27 octobre vient renforcer le fait que les conseils de bande sont des institutions coloniales (des “federal boards”) et que leur consultation ne peut en aucun cas être confondue avec le consentement d’une nation. Elles ont réussi à imposer leur légitimité avec la force de leurs lois, de leur caractère, leur courage, et le soutien qu’elles ont su trouver auprès de leur communauté, de colons anarchistes et de la gauche radicale.

Finalement, le juge a particulièrement insisté sur le fait que les traumas associés aux tombes non marquées correspondait à des « dommages irréparables », c’est à dire que les dommages ne peuvent pas être compensés par des montants d’argent. C’est pourquoi il a décidé d’imposer l’injonction même si elle était pas nécessaire considérant que McGill avait supposément terminé les fouilles. Il considérait que les inconvénients associés au délai pour McGill ne faisaient pas le poids face au trauma et à la perte de confiance envers le système de justice qu’aurait pu entraîner le refus de l’injonction. Il a dit une phrase vraiment marquante que je vais essayer de reformuler de mémoire:

« Depuis deux jours, vous regardez tous vers l’avant de la salle. De l’endroit où je suis, je regarde dans la direction opposée, et j’ai bien vu depuis deux jours que la douleur et les émotions associées au fait de déranger des tombes ananymes n’affecte pas uniquement les kahnistensera. Depuis deux jours, j’ai vu les réactions émotives des gens dans l’assistance en direct, et je ne peux pas ignorer ça. »

Ça m’a vraiment surpris.e qu’un juge base son jugement sur des perceptions émotives, d’autant plus des émotions provenant de l’audience. Je veux dire, les témoignages des Mothers et tout le contexte historique qui a été abordé pendant le procès était absolument suffisant pour faire pencher la balance. Mais je pense quand même sérieusement que le fait que les personnes se soient mobilisées pour être au palais de justice avec elles a enfoncé le dernier clou.

En tant qu’anarchistes, nous sommes particulièrement méfiant.es face au système de justice canadien. Ce système ayant été mis en place sur le territoire pour assurer la colonisation et l’exploitation des territoires autochtones, le développement du système capitaliste, et la protection des riches et des puissants, nous ne pouvons nous résoudre à y faire confiance. C’est pourquoi il est particulièrement important de nous organiser en dehors de cette institution, directement sur le terrain et dans nos millieux. Soyons prêt.es à répondre quand le système juridique aura atteint sa limite. Soyons prêt.es à répondre quand il aura démontré que son principal rôle demeure la pacification et la récupération, même si de temps à autre, dans certains contextes très particuliers ce dernier flanche sous la pression. Cette lutte n’est pas terminé. Les Mothers sont encore en cour, le site de l’ancien hopital Royal Vic est encore menacé de devenir un pavillon de green washing au service de McGill et de l’État, bref on a encore énormément de pain sur la planche.

Merci infiniment à toutes les personnes qui ont donné même juste une heure de leurs temps à cette lutte dans les dernières semaines, tout ça ne serait jamais arrivé sans tout le soutien qu’on a reçu. Je suis particulièrement reconnaissant.e de la façon dont nous avons pu, en tant que camarades, prendre soin les un.es des autres en redistribuant nos ressources, en faisant des bouffes collectives et en solidifiant nos relations. Je me sens légèr.e, optimiste, et absolument prêt.e pour la suite des choses.

Un.e camarade anarchiste

Formation du CRAB et drop de bannière en préparation de la COP15

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Nov 172022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Du 7 au 19 décembre 22, se tiendra au palais des congrès de Montréal la 15e COP sur la biodiversité. Ce rassemblement des puissances étatiques et corporatives mondiales discutant de la biodiversité ne devrait conforter personne. Ces agents du capital et du colonialisme n’ont, en 14 conférences similaires sur 3 décennies, proposés aucune solution réelle à l’effondrement de la biodiversité. Alors même que les États capitalistes et leurs maîtres corporatifs sont responsables de cet effondrement, il est inquiétant de les voir se réunir pour signer un traité sur la biodiversité. Loin de chercher à trouver des solutions réelles, les parties de la COP cherchent deux choses: impliquer de plus en plus les intérêts privés dans la gestion de la biodiversité et maximiser les profits issus du brevetage de matière génétique. Ce dernier point régi par le protocole de Nagoya dépossède la majorité de l’humanité de son droit fondamental au savoir issu du vivant (savoirs développés avant tout par les premiers peuples de la terre) en cherchant à placer le contrôle des savoirs sous l’égide corporatif et étatique. Ce protocole pourrait mener à l’emprisonnement de scientifiques cherchant à rendre accessible des médecines et autres savoirs issus de la nature. Comment justifier de restreindre la recherche et le développement de médecines dans un contexte de pandémie mondiale qui prouve une fois de plus la nécessité de partager les savoirs par delà les frontières?

Les exploiteurs, pollueurs, impérialistes et autres escrocs ont le culot de se réunir au centre-ville de Montréal pour se voiler de vert dans ce qui n’est au final qu’une répétition des sommets néolibéraux du tournant du millénaire. Comme à Québec en 2001 et à Seattle avant, il nous revient à toustes de montrer notre opposition à ce regroupement des pouvoirs. Le capitalisme ne nous sauvera pas de la crise qu’il a causée. La solution ne viendra pas de la poursuite du profit. Pour se sauver, tournons-nous les un-es vers les autres et luttons pour se défaire du contrôle des puissants. Les grandes manifestations et les concertations environnementalistes qui se sont multipliées dans les dernières années n’ont pas suffi. Il est venu le temps de confronter directement le pouvoir!

Face à l’appel à se mobiliser contre ce sommet, nous sommes un groupe de militant-es anticapitaliste et anti-colonialiste, pour la plupart vétéran-tes des luttes écologiques des dernières années, réuni-es indépendamment pour créer le Comité Révolutionnaire d’Action pour la Biodiversité pour contribuer à la lutte. Nous partageons l’appel à tous les autres groupes, réseaux, comité, ligue de se joindre à nous et à la Coalition Anticapitaliste et Écologique Contre la COP15 dans la lutte, de commencer à dresser les terrains et préparer la résistance face à la COP15.

L’air, la terre et les rivières ont besoins de révolutionnaires!

– Comité Révolutionnaire d’Action pour la Biodiversité (CRAB)

Sabotage ferroviaire solidaire dans l’est de l’Ontario

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Nov 132022
 

Soumission anonyme à North Shore Counter-Info

Aux petites heures du 5 novembre, des groupes d’anarchistes ont agi en solidarité avec l’appel à l’action lancé par Sleydo pour soutenir la bataille que mènent actuellement les Wet’suwet’en pour protéger le yintah et « kill the drill ». Les lignes de chemin de fer ont été sabotées à plusieurs endroits, ce qui a perturbé le cours normal des choses le long des principales artères du système de transport de marchandises. Elles continueront d’être sabotées au hasard encore longtemps, à chaque coin de chemin de fer à travers le dos de la tortue.

Les autres sont encouragé.e.s à emprunter cette voie de n’importe quelle manière, n’importe où et à n’importe quel moment. Procurez-vous des coupe-boulons ou du fil de cuivre. Prenez un.e ami.e ou allez-y seul. Appréciez les oiseaux, le vent, le silence.

Le ciel nocturne baille et les étoiles et la lune nous regardent, travaillant dans la nuit. Elles nous regardent de près et de loin, comme elles le font aussi sur les eaux miroitantes de la Wedzin Kwa. Le forage commence, et tandis que nous pleurons l’eau, le saumon et nos morts bien-aimés, notre rage commence à brûler, comme une mèche allumée.

CGL, RBC, Kkkanada, vous n’êtes pas en sécurité et vous avez allumé quelque chose qui ne mourra jamais.

Entre les tempêtes : Réflexions anarchistes sur la solidarité avec la résistance Wet’suwet’en

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Oct 312022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Nous avons réalisé cette publication en solidarité avec la résistance actuelle des Wet’suwet’en à l’expansion industrielle. Cette lutte pour l’autodétermination des autochtones et la défense de leurs terres est devenue un moment historique de rupture à travers la nation coloniale du Canada et au-delà. Nous avons ressenti le besoin de compiler ce zine afin de prendre du recul et de témoigner de l’ampleur et de la férocité de ces dernières années – avec un accent particulier sur l’année qui vient de s’écouler depuis le début du “Coyote Camp” et la bataille spécifique contre la tentative de forage sous la Wedzin Kwa. Il ne s’agit pas de produire une collection périmée pour les étagères de l’histoire, mais d’inspirer et d’apprendre de ces événements au fur et à mesure qu’ils se déroulent. Au moment où nous imprimons, CGL vient de commencer le forage sous la rivière que beaucoup ont combattu si durement pour empêcher. C’est un triste jour et cette partie de leur destruction aura des effets dévastateurs. Mais cela ne signifie pas que ce combat a été vain, le projet n’est pas terminé et les possibilités d’intervention abondent.

Vous trouverez à l’intérieur un aperçu de la résistance Wet’suwet’en depuis l’émergence du camp Unistot’en jusqu’aux plus récents efforts sur le yintah Gidumt’en, ainsi que les actions Lihkts’amisyu et les blocages ferroviaires Gitxsan qui y sont étroitement liés. Nous avons inclus une carte centrale décrivant l’étendue des actions de solidarité menées d’un océan à l’autre de l’automne 2021 à l’été 2022, ainsi que des communiqués trouvés en ligne qui offrent des réflexions et des analyses des personnes à l’origine de certaines de ces actions. Le sujet de l’anti-répression et du renversement des tentatives de l’État de nous isoler et de nous criminaliser est également exploré. « Un piège bien huilé » présente l’histoire de la common law britannique, en la retraçant comme fondement de l’État canadien, de son système judiciaire et de ses projets coloniaux, en soulignant leur incompatibilité avec nos rêves. Enfin, nous abordons une autre lutte antipipeline qui se prépare sur le territoire des Gitxsan (voisins et anciens alliés des Wet’suwet’en) ; une analyse des projets connexes est présentée dans l’article « Face to Face with the Enemy : An Introduction to WCCGT line, PRGT line and Ksi Lisims LNG Terminal ».

Cette publication est destinée à être imprimée sur du papier de format 11×17. Si elle est imprimée sur du papier de format normal, elle risque de devenir difficile à lire.

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Commémoration des tombes non marquées, ce que McGill ne fait pas

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Oct 222022
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Nous sommes des colons anarchistes agissant de manière autonome, en solidarité avec les Kanien’kehà:ka Kahnistensera. Nous soutenons la forte opposition des Mères Mohawk au projet de rénovation du New Vic. Notre action est une intervention artistique qui vise à amplifier les conséquences désastreuses de l’approche actuelle de McGill dans la région, c’est-à-dire la dissimulation de preuves de possibles tombes non marquées et de sites ancestraux du peuple Rotino’shonni.

Nous avons décidé d’agir parce que nous nous opposons à l’État colonial et à la société grotesque qui existe dans ce contexte colonial. Nous tenons à préciser que nous avons planifié et mené cette action de manière totalement indépendante des Kahnistensera et que nous n’avons communiqué avec elles à ce propos d’aucune manière.

Les Kanien’kehà:ka Kahnistensera (connues en anglais sous le nom de Mohawk Mothers), un groupe de femmes des communautés mohawks de Kahnawake et de Kanehsatake, sont considérées comme les génitrices de la nation Kanienke’hà:ka et les gardiennes souveraines de la terre et du sol, y compris Tiohtiá:ke (soi disant Montréal). Elles résistent au projet New Vic depuis plus d’un an. Elles sont actuellement engagés dans un procès contre McGill et la SQI (Société québécoise des infrastructures), qui sont derrière le projet de rénovation. Leur prochaine date d’audience, qui aura lieu le 26 octobre, approche à grands pas.

Il est très probable que ce site spécifique, le terrain entourant l’institut Allen memorial et le Royal Victoria, contienne des tombes non marquées de victimes des expériences de torture psychiatrique MK-Ultra qui ont eu lieu à l’hôpital, dont de nombreux enfants autochtones. Ces expériences ont été menées par la CIA et ont été financées par le gouvernement canadien. Au cours de la dernière année et partout à travers le soi-disant Canada, de divers Peuples autochtones ont exigé d’enquêter sur les tombes non marquées des institutions coloniales, comme les pensionnats. Malgré cela, McGill refuse de respecter ce contexte politique plus large dans le cadre de son projet de rénovation du New Vic.

Pour toutes ces raisons, nous avons opté pour une intervention artistique sur le site des potentielles tombes non marquées. Nous avons déposé des chaussures et des vêtements d’enfants, assemblé des pierres tombales étiquetées “inconnu” avec des fleurs, et tapissé l’endroit de ruban “scène de crime” parce que McGill et Arkéos vont activement à l’encontre de la kaia’nereh’ko:wa (Grande Loi) en déterrant des tombes potentielles non marquées à l’encontre de la volonté des Kahnistensera. Ce site devrait être considéré comme la scène de crime qu’il est.

Ces enfants auraient dû avoir la chance de grandir au delà de ces chaussures, et à rester dans les communautés auxquelles iels appartiennent. Nous voulons que ces objets matériels évoquent les relations perdues et les blessures ouvertes qui subsistent lorsqu’un.e membre de la famille disparaît. Nous voulons honorer la possibilité qu’il y ait des corps enterrés qui ont besoin de soins et d’attention pour pouvoir reposer en paix. Nous voulons que les communautés plus larges de Kahnawake et de Kanesatake aient l’opportunité de prendre soin de ces corps selon leurs diverses volontés respectives. Nous avons choisi cette intervention pour rappeler à McGill, Arkéos et au public en général qu’il y a tellement de facteurs inconnus en jeu et qu’une fouille intrusive qui doit être complétée en 5 jours est complètement négligente et scandaleuse.

Les Kahnistensera ont explicitement demandé ce qui suit : 1) L’Université McGill doit arrêter les rénovations du New Vic, 2) les Kahnistensera doivent être en charge des recherches sur le site, y compris une enquête médico-légale sur les terrains du Allen Memorial et du Royal Victoria afin de localiser les tombes non marquées des victimes de MK-Ultra de manière non invasive, ainsi que 3) une enquête appropriée sur les sites archéologiques Rotino’shonni connus dans cette région. Il n’y a aucune excuse pour que McGill refuse d’entendre et de se conformer aux demandes des Kahnistensera.

La possibilité de découvrir des tombes non marquées d’enfants et d’adultes autochtones est une épreuve déchirante. McGill et Arkéos (la firme engagée par McGill pour mener l’enquête) ont fait preuve de mépris et d’indifférence à l’égard des demandes des Kahnistensera. L’excavation qui a lieu en ce moment même va complètement à l’encontre de ces demandes et risque de détruire les preuves mentionnées ci-haut. McGill et Arkéos doivent être tenus responsables de cette situation, ainsi que du reste de leurs odieuses histoires.

Arkéos, la compagnie qui effectue les travaux, n’est même pas équipée pour effectuer ce type d’enquête médico-légale. Iels n’ont pas discuté avec les Kahnistensera avant de planifier ou de commencer à creuser. Cela n’est pas particulièrement surprenant si l’on considère les précédentes collaborations qu’Arkéos a eues avec d’autres projets violents et coloniaux, provenant d’entreprises extractives ainsi que de l’État. De son côté, McGill, une institution centrale de la supprémacie blanche, dont les fondations reposent sur les profits tirés de la traite des esclaves et sur l’argent volé du Fonds fiduciaire Rotino’shonni, continue d’aller de l’avant avec ce projet, tout en sachant que des corps d’enfants arraché.e.s aux bras de leurs mères reposent sous terre. Ces travaux doivent être arrêtés immédiatement.

Nous voulons également souligner que la souveraineté des Kanien’kehà:ka sur ce territoire va bien au-delà de la campagne actuelle. Les reconnaissances territoriales dans les communications officielles de McGill ne sont pas suffisantes. Nous soutenons la vision plus large des Kahnistensera d’une université qui aurait été renommée pour ne pas rendre hommage à James McGill, un esclavagiste et colonisateur. Nous sommes également d’accord avec elles lorsqu’elles affirment que McGill devrait au moins rembourser ses dettes financières aux peuples Rotino’shonni, et arrêter toute recherche militaire, en accord avec le Kaia’nereh’ko:wa.
Nous espérons que cette action, qui n’est qu’une humble contribution à cette lutte en cours, rappellera à McGill, à Arkéos et à ceux qui collaborent avec eux dans cette inacceptable profanation coloniale qu’ils doivent cesser immédiatement de creuser et doivent coopérer pleinement avec les demandes des Kahnistensera. Il reste très peu de temps afin d’empêcher Arkéos d’achever ces actes de violence insensés, il est donc urgent que des groupes autonomes utilisent une diversité de tactiques pour les décourager, tout en respectant les principes de la  Kaianereh’kowa (la Grande Loi de la Paix).

Arkéos, abandonnez le contrat avec McGill maintenant !

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Oct 162022
 
« Respectez la souveraineté autochtone »

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Mise à jour importante: Lundi 17 octobre 2022

Il est venu à notre attention que certaines tournures de phrases dans notre communiqué précédent requièrent des corrections et clarifications immédiates. Nous respectons et honorons le travail ardu que les kahnistensera font, et dans le but d’adresser certaines craintes, nous voulons communiquer ce qui suit.

Compte tenu que les institutions coloniales derrière le projet de Nouveau Vic de McGill ont apparamment essayer d’utiliser cette action contre Arkéos pour menacer les kahnistensera et leur poursuite en justice, les organisateurices de cette action veulent ajouter cette mise à jour à notre communiqué ci-dessous: nous avons planifié et mise en oeuvre cette action de façon complétement indépendante des kahnistensera et n’avons pas communiqué avec elles à propos de l’action. Notre utilisation du terme ”complices” dans le communiqué original était influencée par la discussion anti-coloniale et anarchiste plus large entourant l’utilisation de ce mot dans d’autres contextes, et notre définition était donc ”le travail d’un.e complice dans la lutte anti-coloniale est d’attaquer les structures et idées coloniales” (voir ici). Nous souhaitons aussi vous rediriger vers ce texte pertinent sur des sujets similaires, intitulé ”On the question of allies”. Nous ne voulons pas débattre l’utilisation du terme, mais plutôt de donner du contexte derrière notre utilisation. En rétrospective, nous réalisons que ce terme n’était pas approprié compte tenu de la présente poursuite judiciaire séparée et indépendante des kahnistensera.

Encore une fois, nous allons réitérer, dans aucune circonstances travaillons nous pour ou au nom des kahnistensera. En tant que colons anarchistes, nous avons décidé de notre propre initiative d’attaquer Arkéos, sans la participation des kahnistensera. Ceci était une action autonome, nous seul.e.s la réclamons. Nous voyons Arkéos comme un autre obstacle mis dans le chemin des kahnistensera par McGill, afin d’empêcher les kahnistensera de faire une enquête médico-légale non-instrusive et adéquate. Arkéos commencera avec une enquête intrusive, ce qui est contre les demandes publiques des kahnistensera. 

Dans le contexte de la poursuite judiciaire qui sera à nouveau au tribunal le 26 octobre, McGill, et jusqu’à un certain degré Arkéos, utilisent cette action pour essayer stratégiquement de miner et semer le doute sur la bonne volonté et l’honorable façon que les kahnistensera ont mener cette poursuite. Le passé a démontré la collaboration entre l’état, la police et/ou des corporations pour créer avec les médias des narratifs de doute, de conspiration et de méfiance entre toutes les parties agissant en solidarité avec une campagne menée par des Autochtones. Cette tactique est souvent connue sous le nom de contreinsurgence.

Nous allons rediriger encore une fois l’attention envers les vraies coupables: McGill et Arkéos collaborant sur des actes de violence coloniale pour du profit. Avec si peu de temps pour stopper Arkéos, il est impératif pour les groupes indépendants d’utiliser la diversité des tactiques tout en respectant la Kaianereh’kowa (la Grande Loi de la Paix). L’organisation autonome n’est pas un principe nouveau, c’est un mode d’action utilisé par plusieurs anarchistes dans le cadre de luttes anticoloniales.


Vendredi 14 octobre 2022

Depuis l’expulsion du camp sur le site du Royal Vic mardi matin par la police, les entrepreneurs de McGill ont commencé leur excavation sur le site. Des clôtures ont été installées et un garde de sécurité, qui ne semble pas savoir lui-même pour qui il travaille, a été engagé. Ils ont terminé d’enlever l’asphalte et les inforrmations disponibles indiquent que la firme d’archéologie Arkéos prévoit commencer à creuser le sol dès lundi.

Les Kanienkeha Kahnistensera (connues en anglais sous le nom de Mohawk Mothers) se sont opposées à plusieurs reprises au cours des derniers mois au projet New Vic. En avril dernier, elles ont intenté une action en justice contre McGill et la SQI (Société québécoise des infrastructures) qui sont à l’origine du projet de rénovation. Les Kahnistensera attendent actuellement leur prochaine date de procès contre McGill, qui aura lieu le 26 octobre, bien après qu’Arkéos ait dépouillé la terre autour de leur village historique.

En tant que colons anarchistes et complices, nous avons décidé d’attaquer Arkéos aujourd’hui, car nous voulons leur faire savoir qu’ils portent également une responsabilité dans le projet colonial initié par McGill. Cette université, fondée grâce aux profits tirés de la vente des produits issus de la traite des esclaves et de l’argent volé aux fonds fiduciaire Haudenausaunee, a une fois de plus agi au mépris total de la souveraineté autochtone en ignorant les demandes formulées par les Kahnistensera, les gardiennes du territoire en vertu de la Grande Loi de la Paix.

Nous exigeons qu’Arkéos assume la responsabilité face au travail qu’ils font pour McGill. Après l’annulation de sa consultation avec les Mohawk Mothers par McGill et la SQI, Arkéos n’a toujours pas rencontré les Mères pour répondre à leurs préoccupations concernant l’excavation. Malgré une avalanche d’appels et de courriels adressés à la firme pour lui demander d’annuler sa participation au projet, Arkéos a refusé d’attendre une consultation avec les Kahnistensera avant de procéder à l’excavation. Arkéos n’est pas un acteur apolitique dans cette lutte avec ses barrières et ses gardes autour d’eux pendant qu’ils profanent un site culturel autochtone historique.

Cela ne devrait peut-être pas être une surprise, compte tenu du passé de cette même entreprise. En effet, Arkéos a été fondée par des ingénieurs qui avaient besoin d’archéologues et d’anthopologues pour légitimer leurs projets de construction. Ce n’est certainement pas la première fois qu’Arkéos se tient main dans la main avec l’État colonial québécois : ils ont été impliqués dans des projets d’Hydro-Québec à Eeyou Istchee, des projets miniers sur le Nitassinan, des projets de pipeline dans le sud du soi-disant Québec ainsi que divers projets de gentrification dans les soi-disant villes de Montréal et de Québec.

À Arkéos, nous aimerions dire ceci : la prochaine fois, si vous ne voulez pas pleurer à cause de quelques boîtes renversées et de la saleté sur vos luxueux canapés, la meilleure solution serait probablement de ne pas accepter de fucking contrats coloniaux.

Sincèrement, quelques anarchistes.