Montréal Contre-information
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Message concernant le Salon du livre anarchiste de Montréal

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Mar 312020
 

 

Du Salon du livre anarchiste de Montréal

Chère communauté,

Nous vous écrivons pour vous donner des nouvelles du Salon du livre anarchiste de Montréal en 2020. Comme nous sommes toustes au courant, la pandémie mondiale a mené à l’annulation ou le report de nombreux rassemblements. À l’échelle internationale, plusieurs salons du livre anarchistes, de l’Europe à l’Aotearoa, ont été forcés d’annuler leurs évènements. À Montréal, notre collectif n’a pas encore pris de décision. Il est néanmoins clair pour nous que si l’évènement a bel et bien lieu la fin de semaine du 16 et 17 mai prochain, il prendra une forme significativement différente de celle qu’il a eu dans les deux dernières décennies.

Le Salon du livre anarchiste de Montréal, l’un des plus grands rassemblement du genre sur l’Île de la Tortue, est, depuis ses débuts, un moment où la communauté anarchiste élargie peut se retrouver collectivement. Nous y célébrons et partageons de multitudes manifestations d’idées libertaires et de pratiques qui en découlent. Nous espérons donc parvenir à souligner tout de même ce moment important de nos calendriers et d’y retrouver une forme de connexion sociale et émotionnelle, celles-ci étant particulièrement difficile dans cette nouvelle réalité isolante. Nous aimerions aussi voir le Salon du livre anarchiste, aussi modestement soit-il, démontrer que, durant cette crise, l’anarchie et les multiples manifestations de liberté existent toujours. Nous voulons saisir ce moment historique que nous traversons ensemble afin de réfléchir à comment s’unir pour s’éduquer, militer, agiter et organiser le monde que nous souhaitons créer : après COVID-19, nous ne voulons pas de retour à la normale.

Il nous faudra donc faire preuve d’une grande créativité! Ce pourquoi nous vous sollicitons pour proposer des alternatives imaginatives. Comment pouvons nous saisir et partager un espace pour être ensemble? Existe-t-il d’autres configurations possibles pour nous mettre en dialogue afin d’échanger des idées, de jouer, d’être en deuil, de créer de l’art, de faire de la musique, de prendre soin, de danser, d’être solidaire, et ainsi de suite, afin de se sentir for.tes? Existe-t-il des façons pour que l’on puisse être ensemble, à une « distance sécuritaire », à Montréal? Existe-t-il des façons pour que d’autres puissent, à longue distance, participer activement à ces moments, même avec leurs corps, en synchronicité avec nous?

Faites-nous parvenir vos suggestions créatives au plus tard le 10 avril. Nous prendrons une décision finale sur la tenue du Salon du livre anarchiste le 15 avril. Nous sommes très reconnaissant.e.s de votre support!

Ci-dessous, vous trouverez deux annonces afin de nous garder en contact. D’ici là, prenez soin de vous et de votre entourage.

avec amour, deuil, lutte et soin
le Collectif du Salon du livre anarchiste de Montréal

courrier: [info AROBAS salonanarchiste POINT ca]
tw: https://twitter.com/@BookfairAnarMTL
fb: https://www.facebook.com/SalonduLivreAnarchisteMontrealAnarchistBookfair

**** ****

Notre première annonce est que le Salon du livre anarchiste de Montréal dispose désormais d’un salon de clavardage public. Nous voulons reste en contact avec les gens, maintenant et à l’avenir. Nous voulons pouvoir rencontrer de nouvelles personnes avec d’autres idées et d’autres perspectives. Nous ne voulons absolument pas compter entièrement sur Facebook ou Reddit à ces fins.

Les clavardoirs (et autres « plateformes en ligne ») peuvent être catastrophes, et ceci était particulièrement vrai à leurs débuts. Bien que nous ayons l’intention de modérer cette plateforme (afin de réduire le discours gênant et agaçant), nous espérons que les utilisateur.trice.s potentiel.le.s seront sensibles à la difficulté de cette entreprise. Heureusement, toustes les utilisateur.trice.s pourront ignorer d’autres utilisateur.trice.s s’il.elle.s le souhaitent. On peut aussi désactiver les notifications, et disposer d’outils nous permettant de prendre du recul plutôt que de se faire aspirer, mais sans avoir à se déconnecter complètement.

Si vous êtes intéressé.e.s à être un.e modérateur.trice, ou de nous aider à maintenir ou améliorer le clavardoir, n’hésitez pas à nous envoyer un courriel avec le mot « modération » dans la ligne du sujet. Nous aurons besoin de modérateur.trice.s qui parlent français, anglais et potentiellement d’autres langues. Aussi, n’hésitez pas en entrer en contact avec nous si vous connaissez comment Matrix, spécifiquement, fonctionne, ou si vous pensez pouvoir apprendre son fonctionnement. Notre système est loin d’être parfait en ce moment, et nous aimerions avoir des personnes qui peuvent nous aider à l’améliorer avec le temps, surtout concernant la sécurité de l’information dans les mouvements sociaux. Nous tentons de trouver un équilibre entre quelque chose de facile à utiliser pour tout le monde et la sécurité informatique, deux objectifs importants mais parfois mutuellement exclusifs.

Si vous aimeriez vous connecter au clavardoir à partir d’un ordinateur, la façon la plus simple d’y parvenir (mais pas nécessairement la meilleure) est de suivre ce lien : https://irc.anarchyplanet.org/#salon-anar-mtl

Si vous aimeriez le faire à partir d’un téléphone intelligent, la façon la plus simple d’y parvenir est probablement d’installer l’application Telegram, de s’y faire un profil, et ensuite de l’utiliser pour ouvrir ce lien : https://t.me/joinchat/PH2YmkyNkjns1N0yHAcbNA

Si vous êtes confortable avec un défi de plus grande taille, indépendamment de si vous utiliser un ordinateur ou un téléphone intelligent, nous recommandons d’utiliser une application Matrix à partir de https://riot.im et de se connecter par la suite à l’adresse Matrix suivante : #salon-anar-mtl:riot.anarchyplanet.org (nous recommandons l’application RiotX pour les appareils fournis avec Android)

Si vous avez quelconques questions sur ce sujet (incluant sur toutes les choses ci-dessus ou sur d’autres façons de vous connecter) ou si vous avez des besoins spécifiques d’accessibilité, n’hésitez pas à nous envoyer un courriel à [info AROBAS salonanarchiste POINT ca]. Nous ferons de notre mieux pour répondre adéquatement à vos besoins. Si votre question est à propos de comment faire pour vous connecter via Tor, veuillez inscrire « tor français » ou « tor english » dans la ligne du sujet du courriel. Sinon, veuillez inscrire « clavardoir » ou « chatroom » dans la ligne du sujet du courriel.

Il est important de noter que tout ce qui sera dit dans le clavardoir est public, même si les utilisateur.trice.s sont anonymes. N’importe qui peut se joindre, incluant des gens qui veulent du mal aux anarchistes ou qui sont tout simplement problématique. (Ceci est aussi vrai durant l’habituel Salon du livre anarchiste de Montréal. Nous pensons bien entendu que les grands espaces publics sont cruciaux malgré la réalité des très sérieuses questions de préjudices auxquelles tous ces espaces sont confrontés. Nous faisons de notre mieux durant le Salon du livre – et nous ferons de même dans le clavardoir – de faire face à ces problèmes lorsqu’ils se manifesteront.) L’important est toujours de créer quelque chose qui est difficile à surveiller/ficher efficacement. Malgré les théories de complôt, il existe encore des moyens de faire ce genre de choses sur l’internet, du moins des moyens suffisants pour nos besoins.

Mais, nous apprenons à fur et à mesure. Peu importe où vous en êtes dans le domaine de la technologie, vous pourriez continuer votre apprentissage à nos cotés, et en profiter pour partager votre texte anarchiste préféré qui vient d’être publié et aider les gens isolé.e.s socialement à se sentir plus connecté.e.s.

**** ****

Deuxièmement, nous avons mis en place, il y a quelques semaines, une liste courriel publique pour les bénévoles. Nous n’avons toujours pas envoyé de courriel, et il y a peu à faire pour l’instant. Par contre, à un certain point, le Salon du livre aura besoin de bénévoles pour toutes les choses que nous ne pouvons tout simplement pas faire par nous-même – même si le Salon du livre tel que nous le connaissons ne pourra pas prendre place dans les mois à venir. Faire de l’affichage dans la ville, servir de la nourriture, faire du gardiennage et faire de la traduction dans plusieurs langues sont des exemples de bénévolats qui ont été très utiles dans le passé.

Nous remercions toutes les personnes qui se sont déjà inscrites sur la liste, et demandons à ce que d’autres le fassent aussi. Pour ce faire, allez au https://noise.autistici.org/mailman/listinfo/benevoles-volunteer-salonmtl et enregistrez-vous, ou envoyez nous un courriel avec le mot bénévole dans la ligne du sujet.

Sachez que vous inscrire ne vous engage à rien, et que cette liste n’est qu’un bulletin d’information. Nous voulons simplement une façon direct et simple de communiquer aux gens ce avec quoi nous avons besoin d’aide, si ceux-ci sont intéressé à savoir comment ça avance.

Le fléau et le feu

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Mar 252020
 

MTL Contre-info publie généralement du contenu venant de Montréal, d’autres régions du Québec et de régions avoisinantes. Il se peut que nous fassions quelques exceptions pendant les semaines à venir, étant donné la nature internationale de la pandémie de COVID-19 et le fait que les anarchistes et autres rebelles de plusieurs endroits font face à un contexte social similaire et sans précédent. En ce moment, nous estimons qu’il est essentiel de maximiser l’échange d’informations, d’expériences et de propositions.

De The Plague and the Fire

Face à un fléau mondial, nous avons besoin de partager des réflexions radicales, par-delà les frontières linguistiques et nationales.
Pour que le feu naisse du fléau.
Et le feu peut apporter la liberté.

Ce site naît de la volonté de partager des réflexions matérielles sur les conséquences de cette épidémie. Nourrir une discussion qui permette de confronter les instruments critiques donnant à tous et à chacun la possibilité d’agir dans le présent.

Agir afin de subvertir l’ordre social actuel, pour libérer la planète et l’ensemble du « vivant » du fléau de cette société.

Comme nous le rappelle l’histoire de Londres, le feu peut naître du fléau, et du feu la démolition des structures de la domination. Dans l’incendie de 1666, au cours de l’épidémie de peste, des dizaines d’églises et une grande partie des bâtiments publics brûlèrent. Malheureusement, à la suite de cet incendie, Londres fut reconstruite de telle manière à favoriser le contrôle social et le gouvernement de la ville. Cette fois, nous voulons éviter que le moment de crise mène à une restructuration du système actuel.

Car cela ne pourrait se réaliser que dans un sens toujours plus autoritaire et sécuritaire.

Nous nous trouvons face à une des plus grandes crises que l’ordre social dominant ait jamais connue : le fondement idéologique tentant de le justifier s’écroule sous l’évidence d’un désastre écologique qui s’aggrave constamment, sur une planète entièrement habitée et colonisée par les êtres humains.

C’est dans une telle situation que s’insère la pandémie que nous vivons actuellement, un événement amplement prévisible et presque prévu qui, très probablement, se reproduira dans l’avenir, avec des acteurs différents – que ce soit des virus, des famines ou des événements climatiques et atmosphériques catastrophiques.

La réclusion d’une bonne partie de la population qui en découle, causée par l’éco-fascisme de service, pourrait conduire à des situations de grande impatience, de rébellion et de révolte.

Voilà que ceux qui ont consacré leur vie à la pratique de l’obéissance en échange de la sécurité, de la contrainte et de l’obligation, découvrent tout à coup qu’un éternuement peut déboucher sur une fin inattendue.

Sans aucune sécurité, choisir de continuer à suivre la voie de l’obéissance ne peut qu’offrir les mêmes incertitudes offertes par sa désertion, par le choix risqué du chemin menant à la révolte. Un sentier non tracé, qui laisse derrière lui des siècles de domination pour explorer un futur de libération.

Pour tracer ce chemin, ou du moins pour tenter de le suivre, il est nécessaire d’ouvrir un débat, de se confronter continuellement sur la manière dont la domination réagit à l’évolution des événements, comprendre comment la frapper et comment soutenir les révoltes qui éclateront.

Par-delà les langues et les frontières.

Comment contribuer ?

Ce site est un instrument en constante évolution, ouvert à la collaboration et à l’aide de quiconque saisit l’importance d’une confrontation : traductions, nouvelles, propositions, élaborations graphiques et diffusion des différents textes sont des contributions toutes aussi importantes.

plagueandfire@riseup.net

Pourquoi & comment faire la grève des loyers

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Mar 252020
 

De Grevedesloyers.info

Voir aussi Enjeux légaux

Faire une grève du loyer est risqué. Pour amenuiser les risques, nous devons être nombreux-ses.

  • Faire collectivement la grève des loyers permet d’établir un rapport de force avec le gouvernement pour qu’il intervienne afin d’annuler hypothèques et loyers pour tous et toutes.
  • Se regrouper entre locataires d’un même propriétaire peut faciliter une grève des loyers et rendre plus complexe l’usage de recours légaux (comme l’éviction) par votre propriétaire.

Étapes que nous vous conseillons de suivre:

  1. Informez-vous en lisant la section Enjeux légaux et Ressources.
  2. Discutez de la grève avec vos colocataires, vos voisins, les gens qui vivent dans le même immeuble, mais aussi avec les gens qui ont le même propriétaire si vous les connaissez ou parvenez à entrer en contact avec eux/elles.
  3. Accrochez un drap blanc devant chez vous pour montrer que vous exigez un gel des loyers et des hypothèques, et que vous ferez la grève des loyers si le gouvernement n’agit pas.
  4. Imaginez des stratégies adaptées à vos différentes situations. Voici des exemples:
    • Si vous avez les moyens de payer votre loyer, pensez à mettre l’argent de côté pour pouvoir payer tous les loyers non-payés une fois la crise terminée.
    • Si vous habitez à plusieurs, parlez avec les autres habitants pour voir comment faire la grève collectivement.
    • Si votre propriétaire a beaucoup de logements, essayez d‘échanger à propos de la grève dans le plus de ses logements possible. Une situation où beaucoup de locataires d’un même propriétaire se mettent en grève des loyers vous permet d’avoir un meilleur rapport de force. Votre propriétaire doit ainsi envisager plusieurs recours légaux auprès de la Régie et risque de perdre tous ses locataires d’un coup.
  5. Signifiez à votre propriétaire votre incapacité de payer votre loyer. Nous proposons des modèles de lettres à envoyer dans cette section.

Vous vous posez des questions?

Est-ce qu’on va avoir des ennuis? Quelles sont les conséquences?

Faire une grève n’est jamais sans risque, mais il s’agit aussi d’un moyen permettant de faire entendre ses besoins et ses droits. En collectivisant les risques, on collectivise aussi l’organisation de la défense. Plus de gens participent, plus les chances d’éviter ces risques sont grandes. Il est toutefois important de vous informer sur ces risques potentiels en vous référant à la section Enjeux légaux.

Pourquoi encourager/participer à cette grève malgré tout?

Dans le contexte d’état d’urgence sanitaire, avec la fermeture de toutes les entreprises non-essentielles, si nous ne nous organisons pas collectivement, des milliers des personnes ne pourront de toute façon pas payer leur loyer et leurs factures.

  • Plus il y a de gens impliqués, moins il y aura de chances que les conséquences soient graves pour les grévistes. Les enjeux sont semblables à ceux d’une grève en milieu de travail ou d’une grève étudiante, mais pour les locataires.
  • Le mouvement des droits civiques utilisait des grèves du loyer pour protester contre la discrimination et pour assurer un contrôle des loyers. C’est une forme de désobéissance civile non violente et l’une des seules tactiques qu’il nous reste en temps de pandémie.
  • Vous ne pouvez pas être légalement evincé-e tant que l’état d’urgence sanitaire est décrété. C’est seulement après la crise, si le gouvernement n’a pas répondu à nos demandes, que vous pourriez être évincé-e. Mais nous continuerons à faire la grève tant qu’une annulation des loyers ne sera pas accordée. Nous maintiendrons la pression pour faire entendre nos revendications et pour nous assurer que les propriétaires ne pourront pas prendre de mesures contre leurs locataires.
  • La situation présente est sans précédent et nous devons être solidaires entre personnes précaires et marginalisées.

Les propriétaires n’ont-ils pas des factures et une hypothèque à payer eux aussi?

Oui, mais ce n’est pas aux locataires de se responsabiliser pour les propriétaires. C’est au gouvernement d’agir pour s’assurer que les propriétaires n’ont pas à payer leurs factures non plus. Les locataires doivent prioriser leur santé et leurs besoins immédiats, comme se nourrir.

  • Les Locataires paient aussi des frais abusifs depuis de nombreuses années.
  • Les propriétaires qui ont des hypothèques devraient exiger des banques qu’elles suspendent sans intérêt les remboursements hypothécaires.
  • En temps de crise sanitaire, il est du devoir des propriétaires de refuser de collecter les loyers de leurs locataires. Nous devons tous et toutes faire pression sur le gouvernement.
  • Les locataires ne sont pas responsables de la crise sanitaire en cours. Ils et elles ne sont pas responsables des emplois perdus, des heures coupées ou d’être tombé-es malades.
  • Les temps sont incertains, on ne sait pas jusqu’à quand va durer cette crise ni comment elle va évoluer. Ce sont les personnes précarisées – ceux et celles qui en arrachaient déjà pour payer épicerie, loyer, factures et dettes – qui seront touchées de plein fouet. C’est aux mieux nantis de la société d’encaisser le coup, pas aux locataires.

Je peux payer mes factures et mon loyer, pourquoi devrais-je participer?

  • Plus il y a de gens qui participent, plus ce sera difficile pour les proprios et le gouvernement de briser la grève et plus nous aurons de chance que le gouvernement réponde à nos demandes.
  • Il est possible que vous n’ayez pas de problèmes financiers maintenant, mais que d’ici un mois ou deux la situation de vous contraigne à ne plus pouvoir payer votre loyer, comme elle contraint aujourd’hui des milliers de personnes.
  • Les demandes que nous faisons au gouvernement visent à sauver des vies. Nous voulons que le gouvernement prenne des mesures d’urgence pour éviter le plus de morts possible et que les gens continuent à prendre soin de leur santé pour mieux résister à la COVID-19. Personne ne devrait avoir à faire le choix entre se loger, se nourrir et être en santé.
  • Tout le monde doit être solidaire en temps de crise et on doit répondre collectivement aux problèmes actuels. On sait déjà que beaucoup d’entre nous seront incapables de payer leur loyer dans les prochains mois. Participer à une grève des loyers est geste nécessaire pour que le gouvernement prenne acte des besoins de la population et décrète l’annulation des loyers tant que l’état d’urgence sanitaire sera en place.

Le gouvernement n’offre-t-il pas des aides financières aux gens?

Les mesures qui ont été mise en place par les gouvernements fédéral et provincial ne s’adressent pas à tout le monde : actuellement, ceux et celles qui ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi (travailleurs autonomes ou à contrat, étudiant.es, travailleurs précaires, etc.) et qui ne sont pas malades n’ont plus de revenus et n’ont droit à rien du gouvernement.
Bien que l’assurance-emploi ait été bonifiée, le temps d’attente pour l’obtenir n’a pas disparu, bien au contraire. Les mesures proposées par les gouvernements provincial et fédéral ne permettront pas à ceux qui en ont besoin pour survivre de payer leur prochain loyer.

Ne devrait-on pas concentrer notre énergie à combattre le COVID-19?

C’est précisément ce que nous faisons. Nous exigeons que les propriétaires, les banques et les gouvernements prennent des mesures qui nous permettent de nous concentrer à combattre la COVID-19. Si nous cessons de nous alimenter ou de nous soigner pour pouvoir payer notre loyer, ou si nous devons trouver des moyens de gagner des sous alors que tous les emplois ont disparu, nous ne pourrons pas contribuer le plus efficacement à combattre la pandémie.

Combien de gens sont impliqué-es? Je ne participerai qu’à condition que nous soyions nombreux.

C’est difficile de compter le nombre de gens qui font la grève des loyers. Déjà, un grand nombre de personnes affichent leur solidarité et leur intention leur intention de ne pas payer leur loyer en accrochant des draps blancs devant leur demeure. D’autres se coordonnent sur les réseaux sociaux pour diffuser le recours à la grève des loyers. Plusieurs regroupements autonomes de citoyen-nes organisent actuellement la grève des loyers dans leurs communautés.

Posons une question différente : Regagner son autonomie d’action pendant le virus

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Mar 232020
 

Soumission anonyme à North Shore Counter-Info

La situation change d’heure en heure. Comme tout le monde, je le suis de près et je partage les nouvelles infos, je regarde nos vies changer chaque jour, je sombre dans l’incertitude. Il nous arrive d’avoir l’impression qu’il n’y a qu’une seule crise dont les faits sont objectifs et qui ne permettent qu’une seule voie: celle de la séparation, de l’enfermement, de la soumission, du contrôle. L’État et ses appendices deviennent donc les seuls acteurs légitimes et le récit des médias de masse, avec la peur qu’ils véhiculent, inonde notre capacité d’action autonome.

Certain·e·s anarchistes ont signalé l’existance de deux crises qui se déroulent en parallèle. La première c’est la pandémie qui se répand à toute allure, qui nuit gravement et provoque même la mort pour des milliers de personnes. L’autre, c’est la stratégie de gestion de crise de l’État. Il veut nous faire croire qu’il agit pour défendre la santé de tout le monde — il veut qu’on voit sa réponse à la crise comme objective et inévitable.

La gestion de crise permet à l’État de décider les conditions qui existera une fois la crise passée, ce qui lui permet de choisir les gagnants et les perdants, selon des critères prévisibles. Si on reconnait l’inégalité comme partie intégrante de ces mesures soi-disant neutres, il faut aussi avouer que certain·e·s payeront un prix bien plus élevé pour ce que les puissants nomment le bien collectif. Je veux retrouver l’autonomie et la liberté d’action dans cette situation et pour ce faire il sera nécessaire d’échapper au récit qui nous est donné.

Lorsqu’on permet à l’État de contrôler le récit et les questions que l’on pose, on lui permet aussi de contrôler la réponse. Si on désir un résultat autre que ce que préparent les puissants, il sera nécessaire de poser une question différente.

Nous ne faisons pas confiance aux récits médiatiques sur bien des sujets et nous restons d’habitude conscient·e·s du pouvoir des puissants de façonner le récit pour rendre inévitable les actions qu’ils ont envie de prendre. Ici au Canada, l’exaggération et les mensonges sur l’impact des blocages liées au mouvement #shutdowncanada ont préparé le terrain pour un retour violent au normal. Il est possible de comprendre l’importance d’un protocol pour limiter les infections tout en restant critique de la manière dont l’État s’en sert à ses propres fins. Même si on regarde la situation pour nous même et on arrive à accepter certaines recomandations que prône aussi l’État, il ne nous est pas nécessaire d’adopter son projet comme le notre. Il y a toute une différence entre suivre des ordres, et la pensée indépendante qui mène à des conclusions semblables.

Lorsqu’on porte vraiment notre propre projet, il nous est plus facile d’arriver à une analyse indépendante de la situation, d’examiner les diverses informations et suggestions pour nous même et de se demander ce qui est en accord avec nos buts et priorités. Par exemple, céder la possibilité de manifester quand grand nombre ont encore besoin de bosser dans le commerce du détail ne peut être qu’une mauvaise décision pour tout projet libérateur. Ou bien reconnaître la nécessité d’une grêve des loyers, tout en propageant une peur qui interdit toute manière de se retrouver entre voisin.e.s.

Abandonner les moyens de lutter tout en accomodant l’économie n’a rien en commun avec nos buts à nous mais découle du but de l’État qui veut gérer la crise tout en limitant les dégats économiques et empêchant toute atteinte à sa légitimité. Ce n’est pas que l’État cherche à limiter la dissidence, c’est juste un sous-produit. Mais si nous avons un point de départ différent — cultiver l’autonomie au lieu de protéger l’économie — nous arriverons sans doûte à un équilibre différent sur ce qui nous est acceptable.

Pour ma part, un point de départ c’est que mon projet en tant qu’anarchiste est de créer les conditions pour des vies libres et enrichissantes et non simplement des vies les plus longues possibles. Je veux écouter des conseils intelligents sans céder mon autonomie et je veux respecter l’autonomie des autres — au lieu d’un code moral à imposer, nos mesures pour le virus devrait se baser sur des accords et des limites, comme toute pratique de consentement. En discutant des mesures qu’on a choisi, on arrive à des accords et là où l’accord est impossible, nous établissons des limites auto-exécutoires qui n’ont pas besoin de coercition. Nous prenons en compte comment l’accès aux soins médicaux, la classe, la race, le genre, la géographie et bien sûr la santé interagissent avec en même temps le virus et la réponse de l’État et nous prenons celà comme une base pour notre solidarité.

Le récit de l’État insiste sur l’unité — l’idée qu’il est nécessaire de se rassembler comme société pour un bien singulier qui nous appartiendrait à tous et toutes. Les gens aiment le sentiment de faire partie d’un grand effort de groupe et aiment l’idée qu’ils puissent contribuer par leurs gestes individuels — le même genre de phénomène qui rend possible les mouvements sociaux contestataires permetant aussi à ces moments d’obéissance de masse. Notre rejet de ce récit peut donc commencer en se rappellant de l’opposition fondamentale entre les intérêts des riches et des puissants et les nôtres. Même dans une situation où ils pourraient tomber malade et mourir eux aussi (en différence avec la crise des opiacés ou l’épidémie du SIDA avant), leur réponse à la crise à peu de chance de satisfaire nos besoins et risque même une intensification de l’exploitation.

Le sujet présumé de la plus part des mesures tel que l’auto-isolement et l’éloignement social est de classe moyenne — ils imaginent une personne avec un emploi qu’elle peut facilement faire de chez elle ou bien qui a accès à des congé payée (ou dans le pire des cas, à des économies), une personne avec un chez-elle spacieux, une voiture personelle, sans beaucoup de relations intimes et avec du fric à dépenser sur la garde d’enfants et le loisir. Tout le monde est exhorté à accepter un niveau d’incomfort, mais ceci augmente à force que nos vies diffèrent de cette idéale implicite, ce qui augmente l’inégalité du risque des pires conséquences du virus.

En réponse à cette inégalité on voit circuler de nombreux appels pour des formes de redistribution étatique, telles que l’expansion de l’assurance emploi, des prêts ou des reports de paiement. La plus part de ces mesures se résument à de nouvelles formes de dette pour des gens déjà en difficulté, ce qui fait écho de la crise financière de 2008, où tout le monde a partagé les pertes des riches tandis que les pauvres ont été laissés pour compte.

Je n’ai aucun intérêt à donner des conseils à l’État et je ne suis pas parmi celleux qui voit en ce moment un point de bascule vers des mesures socialistes. La question centrale à mon avis, c’est si on veut ou non que l’État ait le pouvoir de tout arrêter, peu importe ce qu’on pense des raisons invoqués.

Le blocages #shutdowncanada étaient jugées innacceptables, bien qu’ils ne causaient pas une fraction des dégats que ce qu’a pu faire l’État, à peine une semaine plus tard. C’est clair que le problème n’est pas le niveau de perturbation, mais qui est l’acteur légitime. De la même manière, le gouvernement de l’Ontario ne cessait de répéter à quel point la grève des enseignant·e·s et leurs quelques journées d’actions auraient été un fardeau inacceptable pour les familles, juste avant d’ordonner la fermeture des écoles pendant trois semaines. Encore une fois, le problème c’est que c’était des travailleurs·euses et non un gouvernement ou un patron. La fermeture des frontières à des gens mais non à des biens intensifie le projet nationaliste déjà en marche partout dans le monde et la nature économique de ces mesures à l’apparence morale deviendra évidente après le pic du virus et quand les appels deviendront plutôt « achêter, pour l’économie ».

L’État rend légitime ses actions en les positionnant comme la simple mise-en-pratique des recommandations expertes et de nombreux gauchistes répètent cette même logique dans leurs appels pour la gestion directe de la crise par des experts. Tous les deux prônent la technocratie et le règne des experts. On a vu de ça dans certains pays européens, où des experts économiques étaient nommés chef d’État pour mettre en place des plans d’austérité « neutres’ et « objectifs ». On trouve souvent à gauche des appels à céder notre autonomie pour se fier à des experts, surtout dans le mouvement contre les changements climatique, et aucune surprise de les retrouver pour le virus.

Ce n’est pas que je ne veux pas l’avis d’experts ou qu’il existe des individus avec une connaissance profonde de leur domaine — c’est que je trouve que la manière de présenter un problème anticipe déjà la solution. La réponse au virus en Chine nous montre de quoi la technocratie et l’autoritarisme sont capables. Le virus ralenti et les postes de contrôle, les couvre-feu, les technologies de reconaissance faciale et la mobilisation de main d’oeuvre peuvent servir à d’autres fins. Si on ne veut pas cette réponse, il faut savoir poser une question différente.

Les écrans ont déjà réussi à enfermer énormément la vie sociale et cette crise ne fait qu’accélérer ce processus — que peut-on faire pour lutter contre l’aliénation en ce moment? Que peut-on faire pour répondre à la panique de masse que répandent les médias, ainsi qu’à l’anxiété et la solitude qui viennent avec?

Comment répandre la possibilité d’agir? Les projets d’entraide et de santé autonomes sont une bonne idée, mais peut-on passer à l’offensive? Peut-on entraver la capacité des puissants de décider quelles vies valent la peine de sauver? Peut-on aller au-delà du soutien pour s’attaquer aux rapports de proprieté? Aller vers le pillage ou l’expropriation, ou même extorquer les patrons au lieu de mendier pour un peu de congé maladie?

Que fait-on pour préparer à esquiver les couvre-feu ou des restrictions de déplacements, même à traverser des frontières bouclées, si on décide que c’est approprié? Cela comprendra d’établir nos propres standards pour la sécurité et la nécessité et de ne pas accepter bêtement celles de l’État.

Que peut-on faire pour avancer nos engagements anarchistes? En particulier, notre haine de la prison dans toutes ses formes me parait pertinente. Que peut-on faire pour cibler les taules en ce moment? Et les frontières? Et si la police s’en mêlent pour appuyer les mesures de l’État, comment faire pour délégitimer et limiter leur pouvoir?

Le pouvoir se reconfigure autour de nous — comment cibler ses nouveaux points de concentration? Quels intérêts cherchent à « gagner » au virus et comment les miner (pensons aux opportunités d’investissement, mais aussi aux nouvelles lois et l’expansion de pouvoirs autoritaires). Quelles infrastructures de contôle se renforcent? Qui sont les profiteurs et comment les atteindre? Comment préparer pour ce qui viendra après et se préparer pour le moment de possibilité qui pourrait exister entre le pire du virus et un retour à la normalité économique?

Développer notre propre récit de ce qui se passe, ainsi que des buts et priorités qui nous sont propres, n’est pas mince affaire. Il sera nécessaire d’échanger des textes, experimenter en action et communiquer sur les résultats. Il nous sera nécessaire d’élargir notre idée d’intérieur-extérieur pour avoir suffisament de gens avec qui s’organiser. Il sera nécessaire de continuer d’agir dans l’espace publique et refuser de se replier sur l’internet. Avec les mesures pour combattre le virus, la peur intense et la pression de se conformer chez nombreuses personnes qui seraient autrement nos alliées rend difficile la tâche de discuter de la crise autrement. Mais si on veut vraiment défier la capacité des puissants de façonner la réponse au virus selon leurs intérêts, il faut commencer par regagner l’abilité de poser nos propres questions.

Les conditions sont différentes partout, mais les États se regardent et se prennent en exemple, alors il nous ferait bien de regarder les anarchistes ailleurs pour voir comment illes font face à des conditions qui seront bientôt les notres. Alors je vous laisse avec cette citation d’anarchistes en France, où le confinement obligatoire est en place depuis une semaine, maintenu par la force armée de la police:

Alors oui, on va éviter les activités trop collectives, les réunions superflues, on va maintenir des distances de sécurité, mais on niquera votre confinement, déjouera autant que possible vos contrôles, hors de question qu’on cautionne la restriction de nos libertés et la répression ! A tou.te.s les pauvres, les marginaux et les révolté.e.s, soyons solidaires et entre-aidons nous pour maintenir les activités nécessaires à notre survie, éviter les arrestations et les amandes et continuer à nous exprimer politiquement.

Contre le confinement généralisé, Indymedia Nantes

Contre le virus, contre la peur. Solidarité et entraide.

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Mar 182020
 

De Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours

Pour soi. Pour les autres. Parce que la lutte doit continuer, maintenant et après. Pour foutre en l’air ce monde, mais sans précipiter la catastrophe.

Pour les personnel·le·s des hôpitaux qui depuis des nombreuses années déjà bossent dans des conditions dégradées et vont prendre des risques énormes avec des moyens dérisoires [1].
Pour toutes celles et tous ceux privé·e·s de leurs libertés parce que n’ayant pas les bons papiers [2] ou ayant enfreint les lois faites d’abord pour réprimer les classes populaires [3].
Pour celles et ceux qui n’ont ni toit,ni travail, ni revenu et risquent de plonger encore plus dans la misère et l’isolement.
Pour celles et ceux qui n’ont pas de contrat de travail et se retrouve du jour au lendemain sans revenu.
Pour celles et ceux qui continuent de bosser à l’usine comme ailleurs parce que le télétravail n’existe pas. Il leur est demandé de poursuivre la production de bien et services inutiles mais ensuite de renoncer à leurs sociabilités [4].
Pour nos ami·e·s et proches n’ayant pas des systèmes immunitaires aussi solides que les nôtres.
Pour les gosses de pauvres dont les parents ne peuvent payer un soutien scolaire personnalités ni même un ordinateur pour recevoir les cours à distances le temps que les écoles fermeront. [5]
Pour celleux qui vont se retrouver confiner avec des personnes qui les mettent en danger.

La situation actuelle montre que les systèmes économiques et politiques sont faillibles parce qu’ils reposent sur l’individualisme, l’avidité et la recherche du profit maximum. L’État ne pense qu’à se sauver lui-même alors il fait tout pour ne pas briser l’économie dont il dépend et a maintenu des élections malgré les promesses d’une abstention record.
Nous entrons dans l’inconnu. À mon sens une telle situation n’offre que deux alternatives. La panique matée par l’autoritarisme de l’État, soit notre défaite. Ou bien la responsabilité collective et individuelle, la solidarité ce qui permet d’entrevoir un jour notre victoire.

Entre temps les hôpitaux de nombreuses régions arrivent à saturation, et l’on est probablement sur le point de connaître une situation identique à l’Italie du Nord où les médecins choisissent qui va (peut être) vivre et qui va à coup sûr mourir. Dès lors refuser les appels gouvernementaux à l’auto-discipline, voir l’épidémie uniquement par le spectre de la liberté, c’est peut être un beau pied de nez à un État qui tente de sauver la face, mais c’est se tirer une balle dans le pied (ou dans celui de son/sa voisin·e). Aussi désagréable que soit l’idée se suivre l’incitation à la discipline de l’État, l’auto confinement devrait à mon sens être une pratique généralisée, y compris dans nos groupes anarchistes/anti-autoritaire. Pour toutes les personnes citées plus haut, et encore plus. Il ne s’agit pas de faire une croix sur la liberté, sur nos idées, mais de temporairement en mettre d’autres en avant. Quel sens à la liberté si il n’y a plus collectif ? A quoi bon être libre sans solidarité ?

Voir les fascistes, complotistes et les consommateurs et consommatrices hyper-individualistes (ça fait pas mal de monde malheureusement) fascinés par les courbes de morbidité et exercés un repli sur elleux drastique suffit à se convaincre qu’on ne peut pas prendre la situation à la légère. Même si la maladie ne se diffuse pas autant qu’estimé, les idéologies éco-fascistes, néo-maltusienne ou survivalistes auront progressé [6]. Je ne me leurre pas l’État imposera tôt ou tard des règles très autoritaires si l’épidémie s’amplifie, comme en Espagne ou en Italie. Évidemment cela peut opportunément lui servir d’entraînement à la mise en place de règles similaires dans d’autres circonstances [7]. Mais est-ce l’unique manière dont il faut entrevoir cette crise ?

Faisons un peu de fiction. Imaginons qu’avec la crise sanitaire, les crises économique et politique qui l’accompagnent, nous sommes aux prémices d’une crise du capitalisme hors norme, faut-il vraiment s’en réjouir ? Qui d’entre nous pourrait souhaiter que l’État s’effondre non parce que nos mots et nos actes l’auraient abattu mais parce qu’il a été balayé par une crise sanitaire ?

Il s’agit aujourd’hui de penser à demain. Bien que le propos de ce texte soit de demander à chacun·e de se confiner volontairement pendant un certains temps, je pense que nous n’avons pas non plus intérêt à tout arrêter et à nous isoler. Il faut encore lutter. Il s’agit d’imaginer, pour un temps, faire différemment. En créant des réseaux de solidarités dans nos immeubles et nos quartiers (courses, garderies, prise de nouvelles des vieux, etc), en affichant l’exigence d’une amnistie des personnes en taules et en CRA [8], en réclamant ou en appliquant par nous-mêmes les seules mesures économiques nécessaires pour éviter que les plus précaires se retrouvent la corde au cou dans les prochaines semaines (à minima la suspension des loyers et factures d’énergies et d’eau, bouffe et transports gratuits [9]. Nous pouvons continuer à discuter avec les personnes vivantes près de nous, nous pouvons continuer à tagger et afficher des slogans dans les rues, à accrocher des banderoles là où elles seront visibles, à diffuser sur internet l’idée que la solidarité doit vaincre la peur [10].

Pourquoi pas aussi appeler à des manifestations pour porter ces idées. Mais en réfléchissant sérieusement à leur pertinence et la manière de faire. Une proposition : faire des manifs en vélo pour couvrir de plus grande distance, aller dans les quartiers où l’on ne va jamais, ne pas être invisible dans des villes désertes, le tout en évitant des contacts physiques trop rapprochés.

Une fois la tempête passée, nous devrons être présent·e·s pour que ne subsiste de cette période que ses aspects les plus autoritaires et hygiénistes. Que ce ne soit pas une simple étape du renouvellement du capitalisme. Nous devrons être vigilantes pour la potentielle crise économique qui suivra ne soit pas l’occasion pour l’État et le capital d’avancer plus loin dans l’ordre néolibérale et sécuritaire en restreignant par exemple la liberté de circuler, en mettant en place des formes de surveillances technologiques plus poussées (la Chine est devenue un exemple) en faisant de la technologie et de la science l’unique réponse à nos problèmes. Chaque petit gain issu de cette période devra ouvrir la possibilité de se transformer en acquis durable.

Notes

[1Les hôpitaux manquent de gel hydroalcoolique, de masques et de gants alors que des stocks ont été utilisé pour assurer le premier tour des municipales…

[2Les prisonnières et prisonniers du CRA de Lesquin dans le Nord sont en grève de la faim depuis le 12 mars. Un cas de coronavirus a été diagnostiqué, aucune mesure de protection n’est prise. Mais les parloirs sont suspendus. Leur communiqué

[3En Italie des mutineries généralisées ont lieu suite à la fermeture des parloirs. Des mesures de restrictions sont déjà en place en France

[4En Italie des grèves ont surgi dans les usines qui ne fermaient pas comme celles de Fiat alors que des employés étaient diagnostiqués positifs.

[5À bas l’école cependant.

[6Ces derniers sont obsédées par la fermeture immédiate des frontières et le déploiement de l’armée dans les rues, ou une disparition massive de l’humanité pour « sauver la nature ». Ou ne pense qu’à leur survie à cellles de leur famille.

[7Voir l’article publié sur IAATA : Morbihan. Le COVID-19, le réseau de pouvoir et l’Etat d’exception, trop de virus !

[8Ce dimanche 15 mars le ministère de la Justice annonce la suspension des jugements, sauf les « contentieux essentiels ». Les audiences en comparution immédiate sont maintenues…

[9Ce n’est pas impossible d’obtenir tout ça. Même dans la dystopie capitaliste américaine des décisions similaires ont été prises

[10Des groupes Télégram et Facebook locaux et nationaux existent avec des ébauches de tracts d’entraide préremplies, de cartographie, de tuto divers, de manière de mettre en place concrètement la solidarité

COVID-19 – Avis à la communauté de Solidarité Sans Frontières

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Mar 182020
 

De Solidarité sans frontières

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Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, un virus similaire à la grippe s’attaquant au système respiratoire qui se propage rapidement, les autorités de santé publique invitent de plus en plus les gens à travailler de la maison, à se mettre en quarantaine volontaire, et à maintenir des mesures d’éloignement social (en gardant une distance entre les individus et en prenant des mesures collectives, en annulant les grands rassemblements et en fermant les lieux publics achalandés). Nous trouvions important de prendre l’opportunité de parler à nos ami-e-s, nos familles et nos voisin-e-s avec un statut d’immigration précaire: ceux qui ne peuvent s’absenter du travail; celles qui n’ont pas de jours de maladie payés ou qui travaillent dans des milieux sans précautions pour la santé et la sécurité; les personnes dont le statut d’immigration complique l’accès à des soins de santé; celles qui travaillent souvent dans des postes d’entretien et de ménage qui sont si importants en ce moment de crise; et celleux enfermés dans des cages au centre de détention en immigration. Nous pensons également aux membres des communautés autochtones, qui font face à des couches de discrimination similaires, tant dans le système de santé que dans la vie de tous les jours.

Nous pensons à la santé et au bien-être de vous tout-e-s, vous comptez pour nous, et nous écrivons ces quelques mots pour combattre la peur et appeler à l’amour et la solidarité en ce moment qui peut définitivement empirer les sentiments de stress, d’isolement et de peur déjà présents. Aujourd’hui nous partageons quelques informations pratiques pour se faire tester et traiter si vous êtes sans statut. Nous voulons aussi suggérer quelques manières simples de prendre soins les un-e-s des autres. Dans les jours à venir, après avoir discuté avec nos allié-e-s ailleurs au pays, nous enverrons un communiqué concernant nos revendications politiques. Nous allons continuer de vous mettre à jour le plus possible, selon l’évolution de la situation.

Accès aux soins de santé (Est-ce que je peux faire un test de dépistage? Comment je peux être soigné-e?) 

Les autorités de santé publique ont annoncé que tout le monde aurait accès gratuitement au test pour le COVID-19, peu importe la couverture d’assurance maladie et peu importe le statut. En ce moment, pour avoir accès gratuitement au test,

  1. Il faut d’abord appeler le 1-877-644-4545. Si on vous demande votre numéro de carte d’assurance-maladie et que vous n’en avez pas, dites simplement que vous n’en avez pas, et l’évaluation devrait continuer. L’infirmière qui fait l’évaluation au téléphone va évaluer s’il y a un risque significatif que ce soit le coronavirus. Si elle croit qu’il y a un risque, vous serez référé à une clinique spéciale.
  2. Si vous avez été réferré-e après une évaluation téléphonique, vous pouvez aller à la clinique spéciale. Ici aussi, si une personne à la clinique spéciale vous demande votre carte d’assurance-maladie, dites simplement que vous n’en avez pas. Les gens sans couverture de soins de santé devraient être acceptés à la clinique spéciale pour tout ce qui touche à la COVID-19, peu importe leur statut. SI vous aimeriez être accompagné-e, svp laissez-le nous savoir et nous allons organiser un accompagnement. Nous allons continuer d’envoyer des mises à jour avec l’évolution de la situation.

Voici quelques conseils additionnels restez en sécurité, et prendre soin de votre communauté et de vos êtres chers

  • Si vous n’avez pas de statut et que vous avez des symptômes comme la fièvre, de la toux, ou de la difficulté à respirer, s’il vous plaît contactez-nous immédiatement en écrivant à solidaritesansfrontieres@gmail.com pour que nous puissions vous aider de toute manière possible. Nous sommes en train de nous organiser pour accompagner les gens pour avoir accès aux soins de santé et nous allons aussi organiser une levée de fonds publique pour les membres de la communauté sans-statut qui sont malades et qui risquent de perdre leur emploi sans compensations.
  • Prenez soin de vos ami-e-s et de vos proches. Prenons soin les un-e-s des autres et restons en contact.
  • Lavez vos mains régulièrement avec du savon et de l’eau pour au moins 20 secondes. Si vous n’avez pas accès à du savon et de l’eau, utilisez une solution nettoyante pour les mains qui contient au moins 60% d’alcool.
  • Si vous utilisez les transports en commun, assurez-vous de vous laver les mains avant et après.
  • Quand vous toussez ou éternuez, couvrez votre bouche et votre nez avec votre coude ou un mouchoir.
  • Évitez de toucher votre visage, nez, yeux, etc.
  • Lorsque c’est possible, essayer de garder une distance sociale (en gardant 2 mètres (six pieds) de distance entre vous et une personne qui tousse ou éternue). Essayez d’utiliser des moyens alternatifs de vous saluer (un signe de la main ou un signe de la tête, par exemple)
  • Finalement, s’il-vous-plaît, prenez encore plus de précautions si vous êtes plus âgé-e ou si vous avez des maladies chroniques, comme vous êtes particulièrement à risque.
  • Surveillez les avis de santé publique et les autres moyens de réduire les risques ici: https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/

Que faire si je commence à me sentir malade?

  • Isolez-vous. Ça veut dire rester dans une pièce à part des autres personnes, et éviter les contacts directs avec les autres, le plus possible.
  • Si vous restez avec d’autres personnes, désinfectez votre salle de bain avec un produit nettoyant à base d’eau de javel tous les jours.
  • Si vos symptômes deviennent plus sérieux, ou se vous commencez à avoir de la difficulté à respirer, appelez le 1-877-644-4545.

Quelles seront les répercussions sur les évènements de Solidarité Sans Frontières? 

Nous avons commencé à avoir des conservations à propos de comment la COVID-19 va toucher notre organisation. Ce email est une première étape vers une plus grande prise de conscience dans le réseau de Solidarité Sans Frontières. Nous allons nous assurer de communiquer tous les changements à nos événements réguliers lorsque nous commencerons à avoir plus de conversations sur la COVID-19 à l’interne.

Voici quelques ressources si vous voulez lire davantage sur la COVID-19:
Avis au public de l’OMS
https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/advice-for-public

Un tract utile pour partager à vos voisin-e-s sur la COVID-19 si vous voulez créer des liens et que vous voulez encourager l’entraide durant la quarantaine
https://drive.google.com/file/d/1kMQP8CvkAxSwYrxOdB1wzipEqEf9yWhr/view?usp=sharing

Voici quelques actions de solidarité qui sont réalisées par la communauté. Écrivez-nous au solidaritesansfrontieres@gmail.com, si vous pouvez aider pour l’une des tâches inscrites plus bas. Si vous le souhaitez, vous pouvez aussi vous inscrire en suivant ce lien (lien). 

-Livraisons de nourriture;
-Faire des commissions;
-Accompagner à un rendez-vous médical;
-Promener un chien;
-Amener un enfant à un rendez-vous;
-Offrir du support moral et social (parler au téléphone à quelqu’un en isolement)

Comme nous le mentionnons précédemment, si vous n’avez pas de statut et que vous avez des symptômes comme la fièvre, de la toux, ou de la difficulté à respirer, ou avez besoin de l’aide de la communauté, s’il vous plaît contactez-nous immédiatement en écrivant à solidaritesansfrontieres@gmail.com pour que nous puissions vous aider de toute manière possible. 

Nous communiquerons avec vous bientôt. Nous envoyons de l’amour et de la solidarité à tout le monde.

 

From Embers : Réflexions sur Kanonhstaton

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Mar 132020
 

De From Embers

Entretien [en anglais] avec un anarchiste non autochtone qui a passé du temps à Kanonhstaton en 2006, un projet de revendication territoriale mené par des membres des Six Nations bloquant le développement d’un lotissement privé sur leur territoire.

Nous discutons de son expérience à Six, de la dynamique sur le terrain avant et après la descente policière, et des possibilités et complexités de la solidarité anarchiste-autochtone avec la vague actuelle de solidarité Wet’suwet’en à l’esprit.

Avec la musique de Tru Rez Crew et Lee Reed.

 

Journal « ÉTAT POLICIER » 2020

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Mar 122020
 

Du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP)

Voici le journal « ÉTAT POLICIER » en document PDF

Aussi en pièce-jointe les solutions aux mots croisés du journal

Vous pouvez l’imprimer et diffuser largement

Note: le journal n’est pas au format 8,5×11 ordinaire et lorsque vous l’imprimerez, le résultat ne sera pas parfait.

Hamilton Update : Nouvelles sur les arrestations et conseils pour rester en sécurité lors des prochains blocages

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Mar 032020
 

Soumission anonyme à North Shore Counter-Info

Plusieurs arrestations se sont produites à Hamilton, en Ontario, suivant le blocage de voie ferrée ayant récemment eut lieu en réponse au raid mené par l’OPP à Tyendinaga. La police s’est emparée des gens sur leur lieu de travail ou dans leurs maisons, totalisant cette fois quatre arrestations. Ces gens sont encore en ce moment détenu.es et comparaitront en Cour pour leur remise en liberté conditionnelle dans les deux prochains jours (Ndt : cet article date du 27 février). Bien que malencontreux et enrageant, rien de tout ça n’est surprenant. Au cours du dernier mois, de multiples vagues de blocages et d’actions de solidarité ont balayé le pays, causant d’incalculables dommages économiques et exposant en pleine lumière le Canada et son traitement des communautés autochtones. Ce n’était qu’une question de temps avant que l’état ne réponde avec force et ne commence à arrêter les personnes impliquées. Considérant la multiplication des arrestations dans différentes villes, cette semaine semble avoir été un moment charnière à cet effet.

Le contrecoup de la résistance est la répression, celle-ci étant une tactique standard utilisée par l’État lorsqu’il se sent menacé. L’histoire des mouvements sociaux et des mouvements de libération est parsemé d’innombrables exemples de ce genre. Les arrestations et le harcèlement policier sont utilisés non seulement pour cibler des individus spécifiques, mais aussi, de manière plus critique, pour insuffler la peur chez les gens de manière plus générale et, ce faisant, étouffer l’action. Il est crucial que nous ne laissions pas cela se produire. La meilleure réponse à la répression étatique est de la rendre, en tant que stratégie, la plus inopérante possible. Ce n’est pas le moment de laisser cette intimidation freiner l’action, il est plutôt temps de nous pousser collectivement à être brave et à continuer d’agir. Certaines personnes décideront peut-être de continuer d’utiliser les mêmes tactiques, d’autres décideront peut-être de changer de cap et d’essayer de nouvelles façons de faire en réponse au contexte changeant. Dans tous les cas, la clé est de continuer d’être en lutte et de ne pas laisser la flame de la rébellion s’éteindre.

En rapport avec le thème de l’action, nous voulions dire quelques mots sur le risque. Bien que le risque soit une réalité omniprésente, il est loin d’être universel et les niveaux de risque sont très différents d’une personne à l’autre. Des dizaines de milliers de personnes ont participé à des actions à travers le pays et seulement une infime proprotion s’est fait arrêter. Il y a une force dans les nombres, et la portée de cette lutte a créé un context dans lequel il serait difficile (et probablement très défavorable du point de vue de l’opinion publique) de faire des arrestations de masse. Dans le cas de Hamilton, seules des personnes très particulières ont été arrêtées. Elles sont, dans l’ensemble,  »les suspect.es habituel.les » pour la police de la ville. Ces personnes, qui sont très visibles dans leurs politiques et pratiques antagonistes, sont déjà connues (et fréquemment surveillées et harcelées) par la police de Hamilton et font face à d’autres charges criminelles, d’autres conditions et/ou viennent de conclure d’autres dossiers avec la Cour. Tout cela pour dire que, si vous êtes une personne qui auraient participé au blocage et que vous êtes inquiet.ète, l’arrestation de ces personnes n’est présentement pas une indication que la police effectuera une vague d’arrestation à travers la ville. Ceci étant dit, c’est un bon moment pour réfléchir à nos pratiques et à la réduction des risques qui y sont associés.

Nous encourageons fortement les gens, par exemple, à se masquer lorsqu’ils.elles participent à ce genre d’activité. Se masquer et dissimuler le plus possible son identité diminue beaucoup les riques au niveau personnel mais aide aussi à garder les gens autour de nous plus en sécurité. Plus il y a de gens masqués, plus il est difficile d’identifier des individus dans une foule. Et ceci ne se limite pas à la répression étatique. En plus de la police qui prend des photos et des vidéos lors des actions, il n’est pas exceptionnel que des gens de différents groupes de l’extrème droite se déplacent pour tenter de prendre des photos des gens immpliqués. Se faire doxer en ligne, en plus d’être très désagréable, est une menace tout aussi dangereuse que de se faire arrêter. Alors masquez vous! vous vous remercierez plus tard.

Finalement, si d’autres se font cibler ou se font arrêter, sachez qu’on vous soutient. Ne parlez pas à la police sous aucune circonstance, demandez de parler à un avocat, et attendez. Vous ne ferez pas face à la répression seul.e et vous serez supportez à travers le processus. Pour le meilleur ou pour le pire, nous avons accumulé pas mal d’expérience sur la répression, et nous sommes bons.bonnes à la gérer. Nous sommes une grappe résiliente et nous vous aiderons à travers toute période difficile. Il n’y a rien d’amusant dans la répression, mais c’est totalement survivable. C’est quelque chose qui dans le long terme peut nous rendre plus fort.e plutôt que plus faible.

On se voit au prochain blocage ;)

Ressources utiles (en anglais)

Au sujet de se masquer et de dissimuler son identité
https://crimethinc.com/2008/10/11/fashion-tips-for-the-brave

Au sujet de la culture de la sécurité
https://north-shore.info/2019/11/05/confidence-courage-connection-trust-a-proposal-for-security-culture/

Au sujet de beaucoup de choses
https://the-tower.ca/

Déclaration de solidarité avec les Wet’suwet’en et leur lutte contre l’agression coloniale

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Fév 282020
 

De Montréal Antifasciste

Tiohtià:ke (Montréal), le 27 février 2020 – Montréal Antifasciste tient à déclarer sa solidarité inconditionnelle avec la résistance continue de la nation wet’suwet’en contre le colonialisme canadien, ainsi qu’avec toutes les personnes qui ont entrepris des actions en appui aux Wet’suwet’en suite à l’invasion de leur territoire par la GRC le 6 février 2020. De toutes les barricades érigées au cours des dernières semaines d’un bout à l’autre du pays illégal qu’on nomme « Canada », nous voulons tout particulièrement saluer les campements installés sur les voies ferrées par des membres de la nation Mohawk à Tyendinaga – que la police coloniale a attaqué le 24 février 2010 – et à Kahnawake – qui est sous la menace d’une autre injonction coloniale au moment d’écrire ces lignes.

En tant que groupe antifasciste en lutte contre l’extrême droite, nous sommes bien souvent amené·e·s à braquer les projecteurs sur des individus que la société dominante ne considère au mieux que comme des ratés marginaux. Mais nous ne perdons jamais de vue en menant ce travail rebutant que le fascisme est, et a toujours été, intimement lié au colonialisme. Le poète Aimé Césaire a d’ailleurs judicieusement fait remarquer, au sujet de la montée d’Hitler, que les crimes du régime nazi n’étaient qu’un redéploiement en Europe des procédés employés par les puissances européennes partout contre les peuples colonisés. Cette observation s’applique certainement aussi au Canada, où l’extrême droite est ancrée dans la longue histoire de violence coloniale déployée contre des peuples opprimés aux quatre coins de la planète, et en premier lieu contre les premiers peuples des territoires que nous occupons.

Relevons au passage le rôle des militants d’extrême droite qui tentent de constituer des groupes de vengeurs populaires pour attaquer les barricades, comme cela s’est produit à Edmonton le 19 février 2020. La rhétorique vindicative s’épanche librement dans les médias sociaux, où des hordes de réactionnaires profèrent des menaces de violence à longueur de journée. Nous n’avons pas oublié 1990, lorsque des ex-policiers se sont alliés à des personnalités médiatiques de droite et ont mis sur pied des groupes de citoyens vengeurs pour terroriser des autochtones – en particulier les Mohawks – en collaboration avec un groupuscule du KKK implanté au Québec. C’est en gardant toujours à l’esprit cet énorme potentiel de racisme et de violence à la canadienne que nous définissons notre antifascisme et notre anticolonialisme.

Celles et ceux d’entre nous qui sont des colon·e·s connaissent bien leur position. Ne nous leurrons pas : la « gauche » dans ce pays, comme dans toutes les colonies de peuplement, s’est souvent compromise dans l’histoire coloniale et faite complice du colonialisme. C’estt un héritage que nous devons nous engager à combattre dans nos propres rangs. Lorsque les rêves d’un Québec socialiste indépendant se fondent sur la construction anticipée de barrages hydroélectriques en terres autochtones, lorsqu’on évoque une « tradition progressiste canadienne » qui ne s’est jamais vraiment montrée incompatible avec le génocide, ou lorsqu’un gouvernement provincial NPD lâche la police coloniale contre les protectrices et protecteurs du territoire, nous devons afficher clairement notre dissidence. Rappelons-nous encore qu’en 1990, une partie de « la gauche » s’était ralliée contre les Mohawks, tandis que d’autres renvoyaient dos à dos la Warrior Society et l’État canadien comme étant « également criminels ». Là encore, nous rejetons franchement cet héritage.

Celles et ceux d’entre-nous qui sont des colon·e·s vivant sur des terres autochtones jamais cédées doivent s’efforcer de mieux comprendre les responsabilités qui leur incombent, de se montrer à la hauteur de ces responsabilités – tout en appelant nos camarades et différentes communautés à incarner leur solidarité avec la résistance anticoloniale – et d’apprendre à faire leur part pour saborder le génocide qui se poursuit aujourd’hui sur ces terres.

En solidarité complète avec la résistance autochtone!
Contre le fascisme; Contre le Colonialisme!