Pour une redéfinition du sujet de la lutte

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Jan 292019
 

De Temps libre

Considérations sur le concept de « travail étudiant » tel que théorisé par le mouvement étudiant actuel

(I) La perspective de lutte des CUTE comme dépassement du « droit à l’éducation »

L’entrée en scène des Comités Unitaires sur le Travail Étudiant se présente comme l’occasion enfin trouvée d’en finir avec les perspectives politiques du mouvement étudiant telles qu’elles nous ont été historiquement offertes. Cet état de fait a tout pour réjouir quiconque souhaite provoquer une transformation sociale réelle, à même d’excéder le strict cadre de l’éducation postsecondaire. Avant les CUTE, les perspectives de lutte engendrées par le mouvement étudiant québécois – dans son histoire récente – étaient essentiellement dirigées vers la défense du « droit à l’éducation », phare resplendissant d’une critique de la marchandisation des institutions scolaires; si resplendissant qu’on a relégué –  consciemment ou non –  toute perspective de subversion de la société capitaliste au second plan. En effet, la critique humaniste, « citoyenne », de l’arrimage de l’école aux besoins du capital tourne, chaque fois, rapidement court. La militante ou le militant qui s’évertue à défendre l’accès à l’éducation pour tous et toutes est rapidement amené·e à comprendre qu’une lutte de longue haleine contre la société capitaliste et sa tendance inexorable à rendre toutes les sphères de la vie sociale adéquates à son procès ne peut être menée sur la base d’idéaux; et de fait, l’ « éducation citoyenne », « universaliste » et  « émancipatrice » n’est que très rarement considérée par les couches les plus exploitées de la société comme quelque chose digne de les faire entrer, aux côtés des étudiant·e·s, en lutte ouverte contre cette société. Ainsi isolé·e, perdu·e, notre militant·e universaliste a tôt fait de devenir, à son tour, un simple rouage de l’économie capitaliste. Mais fort heureusement, il se trouvera toujours une coopérative docile de Centre-Sud ou d’Hochelag, une centrale syndicale ou même un parti de gauche à la mode qui sera prêt·e à l’accueillir bienveillamment en son sein.

Au cours des deux dernières années, les CUTE ont efficacement pointé le cul-de-sac théorique et pratique vers lequel de telles perspectives politiques dirigeaient le mouvement étudiant. En ce que ses fondements théoriques le faisaient s’illusionner sur la signification de la fonction concrète des étudiant·e·s à l’intérieur de la société capitaliste, le mouvement étudiant traditionnel s’était toujours interdit une compréhension minimalement sérieuse du rôle spécifique de la sphère de l’éducation à l’intérieur du capitalisme, à savoir : celui d’assurer la reproduction des rapports sociaux qui rendent eux-mêmes possible ce mode de production. En reprenant la réflexion qui donna naissance et alimenta le Collectif Féministe International (CFI, 1972-1977), les CUTE ont su insisté sur la nécessité pressante de définir le rôle des étudiant·e·s dans leur rapport à la totalité capitaliste et introduire, par le fait même, la possibilité de dépasser les limites historiques de l’ancien mouvement étudiant.

Ce renversement de cadre d’analyse opéré à l’intérieur du mouvement étudiant n’est pas sans impact sur les luttes actuelles et à venir. De la même manière que les féministes marxistes du CFI comprennent que « si la famille est un centre de production, essentiel au capitalisme et à la vie même, il peut être aussi un centre de subversion [1]», les analyses actuelles des CUTE permettent de saisir la nécessité de l’activité étudiante pour la reproduction du capitalisme et, par le fait même, son potentiel subversif.

Dans la lignée du mouvement Wages for Housework du CFI, les militantes des CUTE ont habilement démontré le caractère profondément féministe des objectifs d’une lutte qui vise à mettre fin au travail gratuit que représentent les stages non-rémunérés[2]. Alors que certains stages sont bel et bien rémunérés, force est de constater que l’écrasante majorité de ceux qui ne le sont pas sont occupés par des femmes parmi lesquelles les personnes racisées et immigrantes sont surreprésentées. Les militantes des CUTE font voir très pertinemment que cette situation relève d’une séparation sexiste, raciste et systématique entre travail productif – traditionnellement masculin – et travail reproductif (travail ménager, santé, éducation, protection sociale, etc.) – historiquement imposé aux femmes et aux personnes racisées. Le labeur gigantesque de reproduction et d’entretien de la force de travail – pour être approprié moyennant la plus infime compensation possible – s’est vu profondément banalisé, invisibilisé et naturalisé par une idéologie patriarcale qui pérennise cette division sexuelle du travail.

C’est précisément parce que le discours et les pratiques actuelles des CUTE ouvrent de nouvelles potentialités subversives qu’un groupe comme le nôtre juge pertinent d’intervenir dans la lutte actuelle. Effectivement, la lutte pour la rémunération des stages et la théorie sur laquelle celle-ci se base peuvent être le début d’une reconfiguration du mouvement étudiant qui prend pour cible l’exploitation et qui, par le fait même, peut briser l’isolement habituel des luttes étudiantes. Toutefois, certaines bases actuelles du mouvement doivent être dépassées pour rendre possible une lutte orientée vers des intérêts communs aux autres travailleur·euse·s exploité·e·s. Notre présente intervention vise précisément à contribuer au dépassement de ces limites. Nous la savons d’autant plus justifiée par le fait que cette volonté d’orienter le mouvement étudiant vers une subversion sociale large est loin de nous être exclusive ; elle est explicitement partagée par plusieurs militant·e·s des CUTE[3].

En s’inspirant du Wages for Housework et plus particulièrement de Wages for Students (1975), les CUTE eurent tôt fait d’adopter leur stratégie : demander la salarisation et le statut de travailleur.euse pour l’étudiant.e afin de rendre visible le fait qu’il s’agit d’une activité nécessaire à la reproduction du mode de production capitaliste. Rendre visible le fait que l’activité étudiante sert ultimement à la classe capitaliste serait le point de départ d’une prise de contrôle sur cette activité. Cette stratégie en serait ainsi à sa première étape avec la lutte pour la rémunération des stages qui « représentent la face visible et perceptible dans toute sa brutalité de l’exploitation du travail étudiant[4] ». Or, la focalisation quasi exclusive du mouvement sur la revendication de la rémunération de tous les stages place présentement à l’arrière-scène les perspectives de luttes plus radicales que contient la théorie développée par les CUTE, à savoir : celles visant à faire prendre conscience du rôle essentiel de la sphère de l’éducation dans la reproduction du système capitaliste dans sa totalité, comme moyen d’acquérir un levier de pouvoir contre celui-ci. En plaçant l’étape de la salarisation comme absolument nécessaire à la subversion du système d’éducation tel que produit par le capitalisme, ce qu’il y a de plus fécond dans ce mouvement court alors le risque d’être relégué aux oubliettes par la dynamique réformiste de la lutte pour la rémunération des stages. Ainsi, plusieurs militant·e·s pour lesquel·le·s la nécessité de l’abolition du capitalisme est immédiatement admise s’énervent devant l’apparente acceptation du salariat (comme rapport social) par les CUTE. C’est peut-être la raison pour laquelle, au cours des derniers mois, les ingouvernables[5] ont pu canaliser – pour le meilleur et pour le pire – la volonté d’amener la lutte plus loin.

 

(II) Critique des « ingouvernables ». Sur le refus de ce-dont-on-ne-peut-pas-mentionner-le-contenu

Si, à première vue, la récente « polémique » entre les ingouvernables et les CUTE peut avoir l’allure d’une chicane de corridor purement uqamienne, nous sommes persuadé·e·s que le contenu du débat n’est pas pour lui-même sans intérêt – aussi semblerait-il malvenu de notre part de ne pas faire l’analyse d’un groupe monopolisant présentement l’essentiel du discours à prétention révolutionnaire. Notons au passage que la réponse féministe de leur groupe[6] a pertinemment dénoncé l’hostilité de certain·e·s membres des CUTE envers toute action autonome émanant d’organisation extérieure – chose qui leur a aussi été reprochée au sein de leurs propres rangs[7]. Cette attitude inflexible adoptée par une certaine fraction des CUTE, qui se résume à éluder les initiatives et critiques extérieures sous prétexte d’ « antiféminisme » et/ou d’ « opportunisme », menace de nuire au développement des nécessaires débats internes. Pour toutes ces raisons, nous croyons intéressant de considérer brièvement l’alternative que les ingouvernables opposent aux CUTE.

Avant d’entrer dans le cœur du débat : qui sont ces ingouvernables? La jeune existence du groupe et le caractère extrêmement abstrait de la plupart de ses productions théoriques posent la réponse à cette question comme un grand défi. Nous savons minimalement que les ingouvernables rassemblent en leur sein nombre de militant·e·s directement issu·e·s de la frange anarcho-rad dont nous avons pu observer le développement quantitatif lors des grèves étudiantes de 2012 et de 2015. Ce qui, toutefois, est inédit, c’est bien l’intérêt porté pour les positions théoriques du Comité Invisible et pour celles de la très humoristique revue Tiqqun – conjonction théorique qui forme, nous le verrons, leur confuse unité idéologique. Pour ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, les ingouvernables forment un groupe dont une partie des activités a consisté, jusqu’à présent, à tenter de pousser plus loin la lutte pour la rémunération des stages en s’appuyant sur les concepts d’« autonomie » et de « refus du travail ».

Pour ce groupe, l’intervention visant à radicaliser la lutte n’a pas mille chemins à suivre, elle n’a pas à détailler les conditions d’existence précises des personnes en lutte pour dégager rigoureusement ce contre quoi il s’agit de lutter. Non, faire une telle chose, c’est-à-dire partir de notre situation concrète dans la société capitaliste comme étudiant·e ou comme travailleur·euse, est d’emblée problématique : « Plutôt que de poser l’identité “travailleur/travailleuse” comme base de toute revendication politique, nous voulons en tracer l’éclatement, nous penser comme non-travailleurs/travailleuses, comme contre le travail.[8] » Apparemment, « être contre le travail » ne nécessite pas de se comprendre et de se définir, notamment, comme travailleur·euse exploité·e par le capital dont le surtravail est utilisé pour reproduire les conditions de sa propre exploitation; ce serait là réutiliser la catégorie de travail (!), ce serait « s’opposer frontalement à elle » (ce qui serait un problème?), alors que nous devons « la vider, la neutraliser[9] ». Dit autrement, il faudrait prendre comme cible le travail en ne disant absolument rien de l’expérience du travail, puisqu’il s’agirait là de parler le langage de notre ennemi[10].

Se pose alors la question suivante : comment se définir contre le travail tout en étant hors du travail? Pour ce faire, voyons comment les ingouverné·e·s définissent le travail, ce qui nous permettra de déterminer, par la négative, le terrain subversif sur lequel il est encore possible de lutter: « Le travail c’est tout ce qui nous est imposé de faire pour survivre dans un monde structuré par le capital. […] Le travail devient travail lorsqu’il ne participe pas à la création de sens véritable de nos vies.[11] » Ainsi, le travail n’a pas besoin de produire un bien ou un service appropriable, ce peut même être « les téléséries qu’on se claque pour ne plus penser à rien[12] », tant qu’il s’agit d’une activité faite là où les rapports sociaux capitalistes sont effectifs. En comprenant que les rôles imposés par le capitalisme ne peuvent guère servir de base positive à la construction d’une activité révolutionnaire, les ingouvernables en viennent à dire qu’une telle activité doit être construite à l’extérieur de la société capitaliste. Lorsqu’on comprend qu’être hors de la société capitaliste est uniquement possible par l’abolition de celle-ci, on réalise que tout ce qui vient d’être dit se résume à ceci : pour construire une activité révolutionnaire, il faut… une activité révolutionnaire! En sa qualité de tautologie, un tel procédé rhétorique trouve sa plus grande richesse dans l’impossibilité de dire une fausseté. Le fait qu’il s’accompagne de la certitude de ne rien dire ne semble pas les gêner pour l’instant. Les ingouvernables tentent alors d’en dire plus sur ce que peut être, aujourd’hui, une activité révolutionnaire qui « échapperait » au capital. Ici encore, les résultats sont largement insatisfaisants : une fois qu’un groupuscule est formé dans le but de résister à l’« ordre établi », il doit élaborer des « formes » (?), ou des « plans d’existence », qui permettent une activité hors du capital. Pour reprendre leur précision chirurgicale, « les plans d’existence visent à fragmenter, transversalement, les territoires et les vies. À faire monde à travers et à l’abri de la modernité coloniale. Être autonome c’est faire grandir les mondes que nous sommes.[13] » Pour faire « grandir un monde » (?) hors du capitalisme, nul besoin d’une lutte internationale qui rendra irreproductibles les rapports sociaux capitalistes, car le niveau d’organisation « le plus petit et le plus puissant est sans doute l’échelle moléculaire, qui surgit des liens de vie quotidiens, d’amitié et d’amour, du refus de la discipline et du plaisir d’être ensemble. » Une fois cette molécule (?) formée, on peut alors passer à un plan proprement révolutionnaire en une étape facile : il suffit d’établir « le réseau diffus et invisible qui lie l’ensemble des plans spécifiques[14] ». Ainsi, le groupuscule le moins nombreux possible, basé dans une forêt du Témiscamingue – à condition qu’il possède « [une] carte, [une] représentation graphique d’une région, d’un réseau[15] » indiquant le lieu précis du squat de ses ami·e·s d’Hochelag – serait probablement le plus à même de faire trembler le capitalisme mondialisé. Voilà donc en quoi consiste le flegmatique propos des ingouvernables : après avoir créé une multiplicité de « mondes » (mondes dont on ne sait toujours rien, mais qui – magiquement –, couvent des rapports sociaux tout neufs), une gigantesque fissure jaillira spontanément et, tel le plus violent de tous les séismes sociaux, anéantira la totalité capitaliste.

Pour une analyse critique de la lutte

À cette manière d’intervenir dans la lutte actuelle qui se limite à un appel abstrait à la « révolution », nous voulons opposer un mode d’intervention réellement à même d’intensifier et de radicaliser le mouvement présent. Le mode d’intervention des ingouvernables ne fait que refuser le caractère « étapiste[16] » de la stratégie des CUTE, tout en laissant intact et pur l’ensemble de leur système théorique; rien n’a été dit sur leurs concepts de travail, d’exploitation, de reproduction sociale – on ne lui a qu’opposé une immédiate et candide « radicalité » qui s’apparente plutôt à de l’astrologie qu’à une théorie de la révolution. Plus encore, la conception « ingouvernable » du travail, en intégrant toute activité dont la finalité est de supporter le poids de l’existence sous le capitalisme, rend impossible, de par son caractère exagérément extensif, toute définition un tant soit peu déterminée du concept d’exploitation. La « critique du travail », si elle ne se fonde pas explicitement dans une théorie du mode de production capitaliste comme système d’exploitation dont le but est l’extorsion de plus-value, ne peut mener qu’à des phrases abstruses ne présentant aucun intérêt pour les luttes actuelles. Bien que les ingouvernables reconnaissent l’insuffisance de la salarisation pour l’abolition de l’exploitation, illes ne parviennent guère à démontrer rigoureusement en quoi le salaire ne peut pas correspondre à la valeur du travail dans le système capitaliste, en quoi une partie de la population étudiante partage les intérêts objectifs du prolétariat, en quoi l’éducation joue un rôle spécifique dans la reproduction de la société capitaliste ni en quoi, finalement, ce rôle en fait un terrain de lutte aussi intéressant que complexe.

Intervenir dans une lutte pour l’orienter vers une potentielle rupture révolutionnaire, ce ne peut pas être autre chose qu’offrir une lecture claire et précise de la situation qui saisit la manière dont les intérêts contradictoires en jeu s’articulent. C’est faire voir explicitement que le problème de l’exploitation – présentement soulevé par les CUTE – est impossible à résoudre à l’intérieur du mode de production capitaliste. C’est démontrer en quoi certains groupes exploités en lutte partagent les intérêts objectifs de l’ensemble du prolétariat et, inversement, en quoi certains groupes participant à la mobilisation peuvent poursuivre des intérêts qui sont ultimement antagonistes à ceux des exploité·e·s. Concernant la lutte en cours, cette tâche ne peut être menée à terme qu’à la condition, dans un premier temps, de critiquer les concepts de « travail étudiant » et d’« exploitation » tels qu’utilisés par les CUTE, ainsi qu’à la condition, dans un deuxième temps, d’exposer le rôle de l’éducation dans la reproductions de toutes les classes de la société capitaliste – au terme de quoi il sera possible de déconstruire pour de bon le mythe d’un « sujet étudiant » uniformément constitué par l’exploitation de son travail : l’étude. C’est ce que nous entendons faire dans la troisième partie de ce texte.

 

(III) Impasses théoriques des CUTE

Aucune lutte n’a jamais attendu d’avoir produit la théorie de ses pratiques avant de s’être lancée dans la « Pratique ». Cela n’est ni bon, ni mauvais; il s’agit simplement de la manière dont les choses se passent. Les protagonistes d’une lutte s’y lancent à l’aide des concepts qui leur sont immédiatement disponibles et tentent, à partir d’eux, de comprendre et d’anticiper son cours en produisant des connaissances sur les enjeux pour le faire infléchir vers le but souhaité. Le développement d’un mouvement mène chaque fois ceux et celles qui y prennent part à corriger ses matériaux théoriques initiaux parce que les événements eux-mêmes les poussent à le faire, en ce qu’ils remettent en question sa cohérence, sa portée explicative, sa capacité à rendre compte de manière exhaustive de la réalité de la lutte[17].

Selon nous, le concept de travail étudiant, sur la base duquel les CUTE définissent le sujet du mouvement étudiant (i.e. l’étudiant·e comme travailleur·euse intellectuel·le exploité·e)[18], doit être dépassé, en sa qualité de « matériau initial », trouvé là – dans la mesure où il reste un simple emprunt à la frange historique du mouvement étudiant étatsunien organisé autour du texte Wages for Students. Nous concédons qu’une telle réutilisation directe n’a pas été sans bénéfice – et pour preuve, elle a été grandement utile pour en finir avec la définition humaniste-idéaliste de l’étudiant·e, mais nous voyons en elle une limite qui, si elle n’est pas adressée, ne pourra empêcher que cette lutte, à son tour, frappe un mur. Il est maintenant absolument nécessaire d’approcher réflexivement, donc théoriquement, les pratiques théoriques[19] du mouvement en cours. Dans quelle mesure? Dans la mesure où les CUTE misent précisément sur le fait que c’est sur la base d’une telle conceptualisation du «  sujet » de la lutte étudiante que cette dernière serait à même de sortir de ses gonds pour rejoindre les autres catégories d’exploité·e·s[20]. Nous soutenons que le mouvement présent,  s’il ne se penche par sérieusement sur les questions qui sont soulevées ici, non seulement ne saura sortir de son moment strictement « revendicatif » – ce qui représente le but explicite de nombreuses personnes organisées au sein des CUTE -, mais pourra même compromettre la réponse à ses revendications immédiates. En ce sens, le problème concerne toute personne pour qui le succès de cette lutte vaut quelque chose.

Qu’est-ce que le travail étudiant? 

Les CUTE utilisent le concept de « travail étudiant » suivant la définition offerte par Wages for Students; texte qui reprend lui-même en apparence – c’est la thèse qui sera ici défendue – l’argument développé par les féministes marxistes relativement à l’exploitation du travail reproductif, mais en l’adaptant à l’activité étudiante. Nous soutenons que la reprise effectuée par les auteurs de Wages for Students est une reprise tronquée – au sens où ce qui est définitoire de l’exploitation du travail reproductif est évacué de la problématique du texte pour ne laisser toute la place qu’à un aspect relativement secondaire du problème. Nous verrons que ce procédé est rendu possible par substitution d’une question secondaire « tel travail bénéficie-t-il au capital? » à la question centrale « tel travail est-il approprié sans contrepartie, permet-il à autrui de se dispenser de travailler ? » Il est notable que féministes marxistes et féministes matérialistes aient pu proposer des réponses radicalement opposées à la question secondaire et se trouver, malgré tout, parfaitement d’accord sur la réponse à la question principale, à savoir que le travail reproductif effectué par les femmes constitue bel et bien une forme de surtravail. Cela indique que ce qui est définitoire de l’exploitation du travail reproductif n’est pas le fait qu’il soit « utile » aux hommes ou au capital, mais bien qu’il se résolve en surtravail, c’est-à-dire en travail gratuit. En effet, les féministes marxistes et matérialistes théorisent le travail reproductif comme un travail exploité parce que ce que les femmes produisent dans la sphère domestique – la cuisine, le lavage, le nettoyage, éducation des enfants, etc. – est approprié sans contrepartie, donc sans aucune forme de rémunération, par le mari[21]. Ceci fait donc dire aux féministes matérialistes que de tels rapports de production définissent deux classes – les hommes et les femmes – et un mode de production à part entière : le patriarcat[22]. Quant à elles, les féministes marxistes mettent immédiatement en relation ces rapports de genres au mode de production capitaliste, en affirmant que tout cela se fait aussi au profit du capital, en tant que celui-ci n’a pas à débourser un sou pour que toutes ces activitées qui rendent possible la reproduction de la force de travail (i.e. la reproduction biologique, matérielle de l’ouvrier et de sa progéniture) soit effectuée – et en cela, leur permet de relier la nécessité du patriarcat avec celle du capital compris comme totalité. Mais que tout ceci se fasse au profit de la « classe homme » ou du capital ne fait pas de différence pour ces deux courants relativement au fait que les femmes sont exploitées en tant qu’elles sont définies comme ménagères, c’est-à-dire contraintes à effectuer du travail dont d’autres peuvent ainsi être dispensés (en se dispensant des tâches ménagères pour les maris ou en se dispensant de rémunération vénale pour le capital) : leur accord profond sur la réalité de l’exploitation du travail reproductif effectué par les femmes traduit la centralité que doit accorder une analyse authentiquement matérialiste à cette question.

Pour quelle raison les féministes marxistes et matérialistes insistent-elles spécifiquement pour faire reconnaître le travail domestique et ménager comme un travail? Afin de dénaturaliser leur exploitation propre, et que soit enfin visible le fait que leur travail est approprié sans aucune forme de compensation. C’est bien pourquoi la catégorie de « travail » est mobilisée avant même que soit souligné – par les féministes marxistes – le fait que l’exploitation des femmes profite au capital et s’explique par lui[23]. Conséquemment, les tâches accomplies par le travail ménager ne sont pas du travail exploité seulement parce qu’elles sont « utiles » à la reproduction du capital, mais parce que ce qu’elles produisent – et qui permet concrètement de reproduire la marchandise-force de travail – est approprié par autrui. Ceci peut sembler être une distinction subtile et de peu d’intérêt, mais elle gagne tout son sens lorsqu’il s’agit de définir ce qu’est du travail exploité : pour qu’un travail soit tel, il faut a) que ce qu’il produit – matériellement ou sous forme de service – soit approprié par autrui et b) que les divers éléments du rapport (l’exploité·e/l’exploitant/le produit approprié médiatisant le rapport) soient effectivement reproduits au terme du procès de travail[24]. C’est à ces conditions que répondent l’esclavage, le servage, le salariat et surtout, le travail domestique; il n’y a que la forme du surtravail qui diffère (plus-value, division du temps de travail inégal, rente, taille et corvée, etc.).

Pour sa part, le texte Wages for Students soutient que l’étude est un travail parce que les différentes tâches concrètes que rassemble l’étude (se tenir droit, faire ses devoirs, respecter l’autorité, recopier des passages, etc.) impliquent toutes que les étudiant·e·s s’auto-disciplinent : « The characteristic common to all the specific tasks that schoolwork involves is Discipline, i.e., forced work.[25] » En substance, s’il s’agit bel et bien de travail, c’est parce que cette autodiscipline est utile au capital et non aux étudiant·e·s en tant que tel·le·s[26]. On voit tout de suite le glissement dont il fut plus tôt question entre, d’un côté, cette définition du travail et, de l’autre, celle des féministes marxistes et matérialistes : le travail domestique est bel et bien un travail au sens où l’entend Wages for Students, mais surtout, – et c’est là l’essentiel – un travail exploité, parce que celles qui l’effectuent produisent plus que ce qui est nécessaire à leur propre reproduction et ne reçoivent pas d’équivalent de la part du mari[27] ; tandis que pour les auteurs de Wages for Students, ce qu’effectuent les étudiant·e·s est du travail parce qu’il est utile au capital et mérite rémunération à ce titre. On remarque ici que l’absence de critère par lequel peut être déterminé le caractère « utile » d’une activité pour le capital, revient à mobiliser l’argument banal, qu’à l’instar du matraquage de grévistes, de la surveillance généralisée et de la distribution de publisacs, l’étude est un travail utile au capital devant être, pour cette raison, rémunéré pour bons services rendus.

Que cela soit clair : nous ne soutenons pas que le salaire étudiant soit comme tel illégitime ou nuisible. Toutefois, si la revendication du salariat étudiant devait continuer à se fonder sur de telles bases théoriques, il faut avouer qu’il ne s’agirait plus là que d’une plate et fade forme de corporatisme étudiant. Inversement, si cette revendication s’appuie sur une analyse fondée sur les rapports de production et les rapports de pouvoir capable de mettre en lumière la réalité de l’exploitation présente ou future de certain·e·s étudiant·e·s (du type de celle qui a battu en brèche les mystifications patriarcales naturalisant l’exploitation des femmes) il devient alors possible de faire éclater le cadre du corporatisme étudiant de l’intérieur – dans la mesure où ce sont alors les intérêts objectivement partagés des exploité·e·s qui définissent le sujet de la lutte, plutôt qu’un sujet unifié par le titre pompeux du « jeune travailleur intellectuel » issu de la Charte de Grenoble. Selon cette charte et les auteurs de Wages for Students, il n’y a plus de différence entre un·e ouvrier·ère qui voit l’existence sociale de son propre travail objectivée dans le capital se retourner contre lui ou elle, et les futur·e·s gestionnaires du capital qui révisent leurs manuels de micro-économie pourris : tout le monde travaille et doit être rémunéré au même titre! Celui-là sue toute la journée à la job, celle-ci lui lave ses chaussettes lorsqu’elle rentre de son shift, et celui qui a fait sa technique policière les câlissent en prison lorsque les deux autres se fâchent : voilà qui s’équivaut et mérite un salaire! Il est intellectuellement inacceptable de faire comme s’il n’y avait pas de différence entre les tâches du travail ménager et l’activité de l’étudiant·e qui étudie en gestion, précisément parce qu’il s’agit de deux manières bien différentes de «  reproduire le capital » ou encore, de travailler. « Reproduire le capital » est sans rapport avec le fait d’être exploité·e, parce que tous les agents du mode de production capitaliste participent à sa reproduction réelle : les commerçants réalisent la plus-value contenue dans les marchandises de même qu’ils assurent la circulation des éléments matériels du capital, l’appareil d’État s’assure que les prolétaires restent calmes, les patrons assouvissent leur soif de profit en faisant effectivement valoriser leur capital respectif, les idéologues stabilisent le tout, etc. Ce brouillage de cartes fut réalisé en son temps par les apologistes de la classe des capitalistes et des propriétaires fonciers qui voyaient – fort à propos – naître la nécessité de légitimer « scientifiquement » le rôle économique de celles-ci :

Il était donc temps d’adopter un compromis et de reconnaître qu’étaient productives toutes les catégories que n’englobait pas directement celle des agents de la production matérielle. Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le sené et, comme dans la « fable of the bees« , il fallait démontrer que même du point de vue économique, du point de vue « productif », le monde bourgeois avec tous ses « travailleurs improductifs » constitue le meilleur des mondes (…). Ceux qui ne faisaient rien aussi bien que leurs parasites devaient trouver leur place dans le meilleur des systèmes universels.[28]

Wages for Student commet la même bévue, en identifiant : étude, travail et travail exploité ainsi qu’en présentant les étudiant·e·s comme des membres de la classe ouvrière[29]. Il est vrai que suivant la définition parfaitement indéterminée du travail que nous offre Wages for Students, étudier = travailler; on doit toutefois ajouter aussitôt qu’en ce sens faire du karaté, lire un texte difficile, apprendre à parler une autre langue, faire des redressement assis sont aussi un travail. Mais c’est alors un sophisme grossier que d’identifier de telles formes banales de travail au travail exploité, catégorie conceptualisée de longue haleine par les féministes marxistes et matérialistes[30]. En identifiant « activité nécessaire au capitalisme » et « travail exploité », ainsi qu’en concevant les étudiant·e·s comme membres du prolétariat, les auteurs de Wages for Students oublient simplement une banalité : les capitalistes aussi vont à l’école.

 

La méthode Caffentzis

Professor emeritus George Caffentzis, l’un des auteurs de Wages for Students – actuellement actif dans la campagne des CUTE -, nous fournit, dans un texte différent, un autre exemple d’analyse absurde du travail étudiant; absurdité qui devrait, selon nous, inciter les CUTE à jeter au compost un tel concept. Voici les termes en lesquels il analyse son caractère exploité :

À l’intérieur de l’Université, deux formes de travail non rémunéré sont appropriées par le capital : 1) le développement de nouvelles « forces productives » à travers la recherche scientifique et ce que Marx avait appelé « le pouvoir du savoir objectifié »; 2) la reproduction de la force de travail et donc la hiérarchie des forces de travail de qualités différentes (sélection, division et stratification). Ainsi le capital s’approprie la science et l’éducation comme une partie gratuite du cycle de sa propre reproduction.[31]

Ces deux composantes sont censées mettre en évidence la réalité de l’exploitation du travail étudiant. Mais d’emblée, on peut légitimement se demander pourquoi son analyse prend pour point de départ l’Université en tant qu’institution, alors qu’il s’agit de prouver que ce sont précisément les étudiant·e·s qui exécutent ces deux formes de travail non rémunéré. Ainsi, lorsque l’on fait l’analyse de la famille ou de l’usine, on ne produit aucune connaissance sur la réalité de l’exploitation en disant : « il y a des formes de travail non rémunéré dans ces sphères ». Par là, on n’a identifié ni groupe ni activité, c’est-à-dire les éléments minimums par lesquels est définie l’exploitation. C’est là une banalité pour beaucoup, mais il faut le rappeler à Caffentzis : c’est toujours en partant de l’activité socialement déterminée d’individus que seront définis des rapports de production et conséquemment, des rapports de classe – comme polarisation de leurs activités[32]. Si nous savons qu’à l’intérieur de l’usine il y a exploitation, c’est parce que nous partons de l’activité socialement déterminée d’individus (les travailleur·euse·s) et nous analysons son circuit : achat-vente de la force de travail, procès de travail proprement dit (consommation de la force de travail par le capital, donc production de plus-value) enfin, réalisation de cette plus-value nouvellement produite par la vente des marchandises en lesquelles elle a été matérialisée. Ce circuit construit les différents moments de l’exploitation capitaliste et permet d’identifier deux groupes – propriétaire de sa seule force de travail (les non-propriétaires) et propriétaire du capital – et leurs activités respectives – travail productif de plus-value et valorisation du capital par extraction de la plus-value : ce n’est qu’après avoir identifié et mis en relation ces différents éléments que l’on peut dire, qu’à l’usine, il y a effectivement « appropriation de travail non rémunéré ».

Caffentzis, lui, fait l’économie d’un tel détour analytique : nul besoin de démontrer qui « développe de nouvelles forces productives à travers la recherche scientifique », ni même de démontrer qui reproduit hiérarchiquement la force de travail, c’est évident : ça ne peut qu’être les étudiant·e·s! Malheureusement pour l’infaillibilité de sa démonstration, il appert que ce n’est pas le travail étudiant en lui-même – comme ensemble de tâches ayant pour caractéristique commune l’auto-discipline[33] – qui constitue le développement même des forces productives. En effet, l’auto-discipline ne produit rien, si ce n’est… de la discipline. Quant à l’aspect reproductif de la sphère universitaire, c’est bien le rôle de l’Université de reproduire une force de travail segmentarisée et hiérarchisée en s’assurant de son « éducation » – mais cela représente-t-il du travail approprié par le capital? Si oui, qui l’effectue (la rectrice, les GARDA, les profs, les chargé·e·s de cours, les étudiant·e·s, toutes ces réponses?) et comment ce travail est-il approprié? Plus encore, si l’on voulait concéder de bonne foi que le travail étudiant est effectivement du travail reproductif non rémunéré[34] – dans la mesure où la reproduction des classes supérieures de même que la hiérarchisation et segmentarisation du prolétariat seraient le fruit du travail d’auto-discipline des étudiant·e·s (!) –, cela ne ferait que confirmer la nécessité pressante de cesser de conceptualiser le groupe « étudiant·e·s » comme identique au prolétariat en tant que ce « travail reproductif » qu’effectue sur soi chaque étudiant·e n’aurait pour seule fonction que d’augmenter la valeur de sa propre force de travail[35]. Enfin, l’analyse de l’argument développé par Caffentzis sur la nature du travail étudiant nous mène donc à la conclusion que, si l’on ne peut plus naïvement affirmer que le groupe étudiant·e·s fait partie du prolétariat de manière homogène, il faut conséquemment s’atteler à l’analyse de ce groupe en termes de classes.

Dans un premier temps, il nous fallait montrer que contribuer à la reproduction du capital ne s’identifie pas au fait d’être exploité.e, et conséquemment, que cela ne garantit pas aux étudiant·e·s pris·e·s en bloc, une appartenance de classe commune; c’est la raison pour laquelle nous avons systématiquement pris comme exemples des champs d’étude qui ont pour aboutissement évident de reproduire les fonctions sociales proprement capitalistes. Nous commettrions une erreur homologue en affirmant que tout·e étudiant·e a pour destination de faire partie de la classe capitaliste. Ce que nous mettons ici en lumière, c’est le lieu du problème théorique, nous disons que c’est , dans les rapports complexes qui lient les étudiant·e·s au prolétariat et autres couches exploitées, qu’il faut creuser, plutôt que d’éluder le problème en martelant constamment des affirmations-chocs du genre « students are workers[36] », « Students belong to the working class[37] » à la manière de Caffentzis. Mais à ce moment, d’aucun·e·s pourront se demander quelle nécessité pressante il y a à définir aussi scrupuleusement l’appartenance de classe de chaque couche de la population étudiante : ne sommes-nous pas tous et toutes aliéné·e·s par l’institution universitaire, et par là, également bénéficiaires des acquis revendiqués par cette lutte? Justement, non. S’il est évident qu’un stage non rémunéré est une forme d’extorsion de surtravail particulièrement brutale qui, à la différence du travail salarié, ne se décompose pas en travail nécessaire et en surtravail, mais en seul surtravail, il n’est pas du tout évident que l’étude en général soit un travail exploité. Pour qu’il y ait exploitation, rappelons-le, il doit nécessairement y avoir production d’un surtravail approprié par autrui. L’Épreuve Uniforme de Français, la dissertation de huit pages sur les Catégories d’Aristote ou encore, l’examen d’espagnol oral – qui sont autant d’exemples de l’écrasante majorité de ce qui est concrètement réalisé non seulement au primaire et au secondaire, mais aussi au collège et à l’université- sont-ils des produits appropriables? Enrichissent-ils quiconque du point de vue matériel? Sont-ils monnayables? Rendent-ils directement services à d’autres, comme occasion de se dispenser de travail? En opposition à toutes les formes d’exploitation connues jusqu’à ce jour, il faut répondre : non. À titre de contre-exemple, les productions d’étudiant·e·s des cycles supérieurs, elles, peuvent être appropriées au sens fort, dans la mesure où leur titre de propriété passe à l’université qui les diffuse et s’enrichit ainsi de diverses manières à travers elles[38]. En ce sens, il est possible, lorsque les productions de ces étudiant·e·s sont sous-rémunérées (voire simplement non rémunérées) de parler d’exploitation[39]. Si, donc, les stagiaires non rémunéré·e·s partagent, lors de la durée de leurs stages, la condition d’exploité·e, il va sans dire que là encore, le portrait est plus complexe qu’il n’y paraît. À la différence du statut de ménagères ou de prolétaires pour qui l’exploitation n’est presque jamais une condition provisoire, l’exploitation spécifiquement pénible des stagiaires consistant à effectuer uniquement du surtravail est par définition appelée à se résoudre en autre chose. Alors que pour certain·e·s, la surexploitation caractéristique des stages se résout en exploitation simple – c’est-à-dire à un emploi dans lequel une partie de la journée de travail est appropriée sans contrepartie équivalente -, pour d’autres, l’emploi auquel aboutit la formation doit précisément tirer son revenu de l’appropriation du surtravail d’autres travailleur·euse·s. Si l’étudiant·e en soins infirmiers et l’externe en médecine effectuent tous·tes deux un stage non rémunéré, l’écart entre leurs futures conditions respectives explique selon nous ce pourquoi les conditions des stagiaires en soins infirmiers suscitent l’indignation et font se mobiliser, alors que l’externat ne fait couler que très peu d’encre. Bien qu’il existe effectivement des cas (très rares) de surexploitation au niveau des stages se résolvant en emplois sur-rémunérés, les CUTE ont justement montré[40] que les femmes et les personnes racisées sont, elles, toujours sur-représentées parmi les stages non rémunérés et les métiers mal rémunérés –, état de fait naturalisé et mystifié par l’idéologie patriarcale et raciste que reproduit structurellement le capitalisme. Mais si nous soulevons toutes ces considérations problématiques – à propos desquelles nous ne prétendons pas apporter de solution définitive – c’est afin que puissent leur être apportées des réponses solides et assumées lorsque viendra l’heure de mettre de l’avant la revendication d’un salaire au travail étudiant; à défaut de quoi tout mouvement se verrait condamné à l’isolement. Ainsi, prétendre qu’il existe une classe étudiante exploitée de par son accomplissement d’un « travail individuellement et socialement utile », c’est d’abord vider le concept d’exploitation de tout contenu – résultat inévitable lorsqu’à une véritable analyse conceptuelle on substitue une définition du Larousse (en ligne)[41] –, mais c’est aussi attribuer à cette « classe » l’expérience d’une exploitation faussement commune et, concurremment, attribuer à ses membres des intérêts faussement équivalents dans l’abolition de ces rapports. Prétendre que les étudiant·e·s forment une classe sur cette base qui n’en est pas une revient ultimement à masquer les dynamiques de classes internes à la population étudiante et à faire reposer la solidarité entre les membres du corps étudiant sur une pure construction de l’esprit.

Mouvement étudiant et rupture révolutionnaire

Rejeter l’analyse abstraite du groupe « étudiant·e·s » en tant que groupe uniformément constitué par l’exploitation nous contraint d’affirmer que, si la revendication du salariat étudiant a le potentiel de se constituer en lutte contre l’exploitation plutôt qu’en  simple lutte corporatiste, c’est dans un sens bien précis qu’il nous faut maintenant mettre de l’avant. Comme nous en avons fait la démonstration, lutter pour un salaire étudiant ne représente pas en soi une lutte contre l’exploitation, au sens où l’activité étudiante n’est pas, en tant que telle, exploitée – telle qu’elle serait appropriée par les professeur·e·s et ultimement par l’État qui, dans les corrections d’examens à choix de réponse, arracheraient une plus-value quelconque. Elle a le potentiel d’être une lutte contre l’exploitation dans l’unique mesure où elle est menée par et au bénéfice de la fraction des étudiant·e·s qui ont l’exploitation comme situation présente (s’illes travaillent en milieu de stage ou hors de l’école) et/ou comme avenir (si leurs études débouchent sur un métier les plaçant dans les couches plus aisées du prolétariat). Lutter pour un salaire étudiant correspond, pour ces personnes, au refus d’assumer la charge d’une formation qui mène ultimement à un travail producteur de plus-value et/ou médiocrement rémunéré, c’est-à-dire au fait d’intégrer le prolétariat. Inversement, pour la fraction des étudiant·e·s amenée à reproduire la classe capitaliste et ses suppôts (voir infra), le salaire étudiant représente une manière d’anticiper sur les conditions matérielles dorées que leur offriront leurs salaires bien gras (financés à même l’exploitation du prolétariat). En ce sens, la lutte pour le salaire étudiant peut être une lutte contre l’exploitation dans un sens strict que nous croyons nécessaire d’adopter : le salaire étudiant représente, pour les étudiant·e·s dont le prolétariat est le futur, la possibilité d’arracher à la classe capitaliste les frais de sa formation. Définie de cette manière, nous avons une nouvelle compréhension de la lutte qui permet de rendre visibles les intérêts objectivement antagonistes qui existent à l’intérieur même du groupe « étudiant·e·s » derrière l’homogénéité apparente de l’activité d’étudier. L’analyse concrète de tels intérêts sera constamment à faire et à refaire suivant les alliances qui se nouent et se brisent durant la lutte, mais il est évident que partir de la fonction sociale que remplit l’emploi auquel aboutit la formation permet de dégager un certain nombre de considérations basales. Au nombre de celles-ci, nous pouvons compter celle selon laquelle étudier en vue de travailler pour le compte des organes qui exécutent les fonctions répressives de l’État (police, militaire, juge, etc.) place l’étudiant.e dans une situation objectivement antagoniste à tout groupe luttant par voie extra-légale. De la même manière, étudier en vue de produire et de diffuser tout pseudo-savoir qui nuit à la capacité, pour le prolétariat, d’avoir prise sur la réalité ou tout savoir réel effectivement utilisé dans l’objectif de maintenir, d’éterniser, l’état actuel des choses, doit tout aussi bien susciter de la contrariété entre les intérêts de l’étudiant·e et ceux des personnes pour lesquelles le monde actuel est invivable. Notons au passage que c’est consciemment que nous visons ici l’immense majorité des postes de « travail intellectuel » salarié – et cela n’a rien pour surprendre quiconque s’est moindrement intéressé·e à ce qui s’enseigne concrètement à l’Université. Enfin, étudier en vue d’assurer les fonctions de gestion du capital, c’est-à-dire celles qui assurent la fluidité de sa circulation ou sa valorisation proprement dite (ressource humaine, commerçant·e, publiciste, entrepreneur·euse, banquier·ère, directeur·rice d’entreprise, etc.), c’est déjà clairement exprimer cyniquement le souhait de participer soi-même, à titre d’individu responsable, à l’exploitation éhontée du prolétariat.

Peut-être ces considérations sont-elles banales et, à ce titre, peu utiles; toujours est-il qu’on ne peut absolument pas faire abstraction d’elles lorsqu’il s’agit d’analyser dans quelle mesure telle fraction du groupe « étudiant·e·s » peut, dans tel contexte précis, orienter la lutte vers la réponse à des intérêts étrangers à ceux des exploité·e·s. Ainsi, par exemple, la révolte est un moment de la lutte des classes à l’intérieur duquel des groupes sociaux prennent la décision subite de refuser de continuer de vivre comme ils le faisaient jusqu’alors, en s’attaquant à la stabilité du tout social. Or comme telle, la révolte n’est qu’une forme : son contenu social doit à chaque fois être déterminé par analyse puisque ce contre quoi il y a révolte n’est jamais immédiatement donné. C’est pourquoi il faut interpréter le sens de chacun des événements de la lutte des classes et ne pas se laisser abuser par les analogies formelles du type « révolte = contenu social progressiste » et il faut, à plus forte raison, se donner les outils d’une telle interprétation. Les petits propriétaires, les fonctionnaires, les militaires, les étudiant·e·s en marketing, les profs, etc. peuvent être amené·e·s à entrer dans le camp du prolétariat, mais de la même manière, ces personnes peuvent à tout moment être amenées à entrer dans le camp de la contre-révolution. Cela a pour conséquence qu’on ne doit pas exclure d’emblée la possibilité que le prolétariat gagne, en les personnes des étudiant·e·s, un allié – précisément parce que ce groupe hétérogène peut choisir de refuser ce à quoi sa formation le destine. Mais ce refus ne peut absolument pas être tenu pour acquis, au contraire : il doit se traduire pratiquement, par des actions concrètes. Pour le dire clairement, exiger un salaire pour étudier, ce n’est pas encore traduire pratiquement le refus de reproduire les classes qui exploitent le prolétariat et donc, ce n’est pas encore faire acte de solidarité avec lui. Nous pouvons toutefois soutenir, en accordance avec les CUTE, qu’il s’agit d’une avenue par laquelle il est possible de lutter en commun contre le capital – et la lutte pour la rémunération des stages se présente déjà comme un point d’intersection potentiel.

On peut se demander pourquoi une si longue analyse est nécessaire si elle se solde finalement par un appui à la lutte des CUTE. Nous réitérons que sans une analyse rigoureusement matérialiste, la possibilité que le mouvement étudiant parvienne à sortir de son isolement pour joindre sa lutte à celle des autres exploité·e·s restera particulièrement mince. Se dispenser de la tâche de démontrer clairement qu’une partie des étudiant·e·s partage les intérêts objectifs du prolétariat et, inversement, que le prolétariat partage ceux de ces étudiant·e·s, c’est se condamner à espérer pieusement une solidarité qui ne risque pas de venir : nous avons de la difficulté à imaginer le caissier du Dollorama se joindre solidairement à la doctorante en finance pour affronter, main dans la main, l’escouade anti-émeute du SPVM. De plus, l’actuelle lutte pour la rémunération des stages et celle qui pourrait suivre pour le salaire étudiant nous intéressent dans la mesure où – comme les féministes marxistes l’ont habilement montré –, un lieu nécessaire à la reproduction de la force de travail (ou à sa formation) peut aussi être un lieu de subversion sociale. Et si les CUTE considèrent bel et bien le salaire étudiant comme un moyen d’acquérir un levier de pouvoir dans le but de provoquer une subversion sociale d’envergure, nous l’avons vu, il est impératif que la lutte ne soit pas le seul fait des étudiant·e·s. En ce sens, faire usage d’un concept plus rigoureux (celui d’exploitation), c’est préciser à qui bénéficie la formation de la force de travail, c’est déterminer quel groupe au sein des étudiant·e·s va ultimement occuper des postes qui ont pour intérêt de préserver la fonction reproductive actuelle de l’école, c’est permettre une fois pour toute au mouvement étudiant de comprendre les études pour ce qu’elles sont, à savoir la reproduction des classes de la société capitaliste. Pour jouer efficacement sur le terrain de la lutte des classes, les étudiant·e·s doivent cesser de se comprendre comme une classe en soi. C’est uniquement une fois que les intérêts antagonistes des différentes fractions d’étudiant·e·s seront identifiés qu’il sera possible de mettre de l’avant les intérêts pouvant constituer la base d’une lutte commune à celle des autres exploité·e·s. Plus profonde sera la connaissance de notre situation, plus solide sera le point d’appui permettant d’en faire éclater le cadre.

Temps Libre, janvier 2019.

[1] Toupin, Le salaire au travail ménager, éd. du Remue-ménage. p. 67

[2] Cf. CUTE, no. 1, « Grève des stages, grèves des femmes », « Exploitation des femmes et racisme : une pilule difficile à avaler pour les stagiaires ». CUTE, no. 3, « Les soins c’est pour les autres ».

[3] Cf. CUTE no. 0, « Appel à la formation de Comités unitaires sur le travail étudiant »; CUTE no. 4, « Réflexion sur la grève des stages et la reconfiguration du mouvement étudiant », « Proposition pour le contrôle ouvrier de la production des savoirs », « Un salaire contre l’école » et « All the work we do as women ».

[4] CUTE, no.4, « Réflexion sur la grève des stages et la reconfiguration du mouvement étudiant ».

[5] Pour consulter les productions des ingouvernables, cf. ingouvernables.info

[6] Cf. Ingouvernables, Féministes, c’est-à-dire contre le travail.

[7] Cf. « CUT(e) the bullshit » (Disponible sur dissident.es)

[8] Ingouvernables, Autonomes, donc contre le travail.

[9] Ingouvernables, Commençons ce qui suivra.

[10]Ingouvernables, ibid. « Ce texte n’est pas une critique, ni de la ‘société’ ni de la forme du parti, car le sentiment rendant nécessaire d’y répondre impliquerait de croire à ce spectacle » (Nous soulignons.)

[11] Ingouvernables, Féministes c’est-à-dire contre le travail.

[12] Ibid.

[13] Ingouvernables, Commençons ce qui suivra.

[14] Ibid.

[15] Ibid.

[16] Ingouvernables, Féministes, c’est-à-dire contre le travail.

[17] L’ouvrage de Butler, Trouble dans le genre, en remettant profondément en question la catégorie « femmes », témoigne exemplairement de la nécessité à laquelle était confrontée le mouvement féministe de reforger ses matériaux théoriques : la catégorie « »femmes » n’allait plus de soi; si le mouvement féministe voulait progresser, il devait soumettre à l’examen les armes mêmes avec lesquelles il luttait contre le patriarcat. C’est dans une situation similaire que se trouve le mouvement étudiant actuel.

[18] CUTE, no. 0, « Appel à la formation de Comités Unitaire sur le Travail Étudiant ». « Comme il sera affirmé tout au long de cette publication, [le rapport social en vertu duquel les étudiant.e.s contribuent à la vie sociale] en est un de production, dans le cadre duquel l’activité des étudiant.e.s est utilisée, voire exploitée par la société » (Nous soulignons.)

[19] Par là, nous désignons la manière spécifique dont les protagonistes d’une lutte en font la théorie, se la formalise. Dans ce contexte, les pratiques théoriques sont les différentes pratiques par lesquelles une lutte est amenée à la conscience de ses protagonistes.

[20] CUTE, no. 4, « Réflexion sur la grève des stages et la reconfiguration du mouvement étudiant ». « la revendication d’un salaire pour les stages au sein du mouvement étudiant permet à celui-ci de se penser et de se positionner en tant que pouvoir s’exerçant sur la scène de l’économie politique et de la lutte des classes, en association et en solidarité avec les exploité.e.s, plutôt qu’en tant que lobby politique d’une prétendue classe étudiante. » (Nous soulignons.)

[21] Delphy, L’ennemi principal. 1. Économie politique du patriarcat, éd. Syllepse, pp. 63-66.

[22] Ibid., p. 45.

[23] Dalla Costa, Les femmes et la subversion sociale dans Dalla Costa et James, Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, Librairie Adversaire. « C’est le capital qui, en instituant précisément sa structure familiale, a « libéré » l’homme de ces fonctions de façon à ce qu’il soit complètement « libre » pour l’exploitation directe, de façon à ce qu’il soit libre de « gagner » assez pour qu’une femme le reproduise en tant que force de travail. Le capital a donc fait des hommes des travailleurs salariés dans la mesure où il a réussi à rejeter ces services sur les épaules des femmes dans la famille, tout en contrôlant par le même processus l’afflux de force de travail féminine sur le marché du travail. »

[24] Dupré et Rey cités dans L’anthropologie économique. Courants et problèmes, éd. Maspero, p. 109. « Il y a exploitation lorsque l’utilisation du surproduit par un groupe (…) qui n’a pas fourni le surtravail correspondant reproduit les conditions d’une nouvelle extorsion du surtravail aux producteurs. » Ou encore, lorsque « le produit se retourne contre les producteurs et accroît son asservissement. » (Nous soulignons.)

[25] Wages for Students.

[26] Ibid.

[27] Delphy, op cit., p. 63. Critiquant dans le même esprit certains flottements conceptuels des autrices du livre Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, Delphy nous dit : « [Dalla Costa et James] en concluent que tout travail ménager, et aussi bien le travail ménager effectué pour elle-même par une personne seule que le travail d’épouse, devrait être rémunéré par l’État. À notre sens, il se produit ici un glissement, dû au même manque de rigueur qui a permis de définir le travail ménager comme une tâche. Peut-on appeler travail et donc gratuit, les services que l’on se rend à soi-même? À quelles conditions sociales de production doit répondre une activité pour être qualifiée de travail gratuit? Selon nous, seuls peuvent être appelés travail gratuit les services fournis à autrui. » (Nous soulignons.)

[28] Marx, Théories sur la plus-value, t. 1, Éd. Sociales, pp. 189-190.

[29] Wages for Students. « Students belong to the working class. More specifically, we belong to that part of the working class that is unwaged (unpaid). »

[30] Notons le fait que chez de nombreuses d’entre elles, le concept est voilé par le mot, en ce sens que le mot « travail » est utilisé tandis que ce dont il s’agit, c’est du concept de « travail exploité ». Mais cela s’explique par le fait qu’elles luttaient sur le terrain de la théorie marxiste de l’exploitation qui, elle aussi, commet la même erreur d’identifier les deux. Il s’agissait pour elles de démontrer que le travail ménager/domestique est du travail au même titre que le travail salarié; elles ne faisaient pas la théorie du « travail en général », où l’ajout de l’adjectif « exploité » serait alors devenu nécessaire.

[31] Caffentzis, « Throwing away the ladder : the universities in the crisis », Zerowork, no. 1. « In the University two forms of unwaged labor for capital is appropriated : 1) the development of new « forces of production » through scientific research and what Marx called « the power of knowledge objectified »; 2) the reproduction of labor power and so reproduction of the hierarchy of labor powers of different qualities (selection, division and stratification). Thus capital appropriates science and education as a costless part of the cycle of its own reproduction » (Il s’agit de notre propre traduction.)

[32] Marx, Introduction à la critique de l’économie politique, Éd. Sociales, p. 149.

[33] Wages for Students.

[34] Mais pour parler d’exploitation de travail reproductif, encore une fois, il faudrait encore identifier un groupe ou un pôle de la société qui puisse effectivement s’approprier le produit d’un tel travail – l’autodiscipline – sans contrepartie…

[35] En effet, on ne peut sérieusement soutenir que « travailler » de manière non rémunérée pour s’enrichir d’autant revient à être exploité.e – à moins qu’il soit possible de s’exploiter soi-même. Là-dessus, cf. la position de Delphy note 27.

[36] Caffentzis, « Throwing away the ladder : the universities in the crisis », Zerowork, no. 1. « The present political problem of the student movement is not that of a student-worker alliance and so of finding a « link » with the working class, simply because students are workers. »

[37] Wages for Students.

[38] Il est notable que l’unique exemple utilisé pour illustrer l’exploitation dont ferait l’expérience l’étudiant.e (non-stagiaire) est celui des cycles supérieurs, dans lesquels précisément il y a production de recherches scientifiques dont l’université elle-même peut faire un usage lucratif. Cf. CUTE, no. 0, « Le mépris comme salaire de notre peine »

[39] Encore faut-il préciser qu’être salarié.e n’est pas identique au fait d’être exploité.e, même s’ils se confondent souvent.

[40] Notamment dans CUTE, no. 2, « Grève des stagiaires, grève des femmes »

[41] CUTE, no.0, « La bourse ou la vie « . « vous pouvez consulter n’importe quel dictionnaire, la définition est claire : le travail, c’est ni plus ni moins que “l’activité de [l’être humain] appliquée à la production, à la création, à l’entretien de quelque chose.” » Si la première entrée du Larousse en ligne le dit, nul besoin d’aller creuser plus loin.

Vers une grève ingouvernable

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Jan 292019
 

De Ingouvernables.info

Plusieurs campus étudiants se dirigent vers une grève générale à l’hiver 2019 dans le cadre de la campagne pour la rémunération des stages menée par les Comités Unitaires sur le Travail Étudiant (CUTE). La grève est l’interruption de nos activités quotidiennes. Elle ouvre une temporalité nouvelle qui remet en question notre rapport au travail et aux études et qui nous amène à penser collectivement la façon dont on dispose de ce temps libéré. Il n’existe pas de modus operandi ou de recette unique à la grève étudiante, chaque grève prend racine dans les modes d’action et les discours des personnes et des groupes qui y prennent part. Réfléchir le faire grève, c’est considérer son déploiement matériel au sein du mouvement étudiant, sa dimension stratégique et tactique, mais aussi sa capacité à transformer notre expérience politique.

Voter et maintenir la grève

C’est une des thématiques récurrentes depuis les débuts de l’organisation de la grève des stages : il y a un travail acharné, et souvent invisibilisé, nécessaire à l’organisation d’une grève. On doit d’abord s’assurer que la grève soit votée. Il faut organiser des AG, les mobber, les animer. Il faut produire du matériel d’information, le distribuer, parler aux étudiant.es. Lorsqu’on étudie sur un campus où la grève passe facilement, cela veut dire aller prêter main forte aux autres campus, à Montréal mais aussi en région. Une fois la grève votée, il faut s’assurer qu’elle soit effective. Dans le cas présent, ça veut dire s’assurer que les stages soient grévés en plus de s’assurer qu’aucun cours ne se donne. Les levées de cours et les blocages de l’université ne suffisent pas, il faut investir les milieux de stages et les étudiant.es doivent se solidariser avec les stagiaires. Le maintien de la grève ne doit toutefois pas être séparé de toutes les tâches quotidiennes et nécessaires à sa reproduction : mettre sur pied des cantines pour nourrir les grévistes, ouvrir des espaces de repos et de care, organiser des ateliers et des camps de formation, etc.

Construire un rapport de force

Si la grève, par l’arrêt de la production, est en soi un moyen de pression, la véritable menace qu’elle porte dépasse l’argument économique. La grève est un mouvement de retrait offensif, alors qu’on reprend collectivement le contrôle de notre temps et qu’on s’organise dans le but d’améliorer nos conditions d’existence. C’est avec la puissance collective qui se développe au sein de la grève que s’accroît notre rapport de force: en faisant éclater le conflits dans l’espace public, en apprenant à prendre la rue ensemble, en multipliant les actions de blocage ou les sabotages anonymes. Notre rapport de force se construit ainsi dans l’agencement de la visibilité de la lutte, de l’effectivité des blocages et de l’apprentissage de l’organisation collective. L’orientation féministe de cette grève nous donne la chance de sérieusement repenser la distribution genrée des rôles au sein des luttes : par exemple en portant attention aux prises de paroles, en organisant des blocages ou des actions en mixité choisie ou en revalorisant des tâches traditionnellement associées au genre féminin.

Déborder la grève

Cette grève est organisée de longue haleine par des militant.es qui se vouent corps et âmes pour s’assurer qu’elle ait lieu. Ce qui fait la puissance des moments de grèves, c’est toutefois tout ce qui arrive ensuite à déborder et à dépasser la planification. La grève est intensité, accélération et effervescence. Elle est composée de rencontres, de solidarités inattendues, de débordements festifs et de transgressions de la vie quotidienne. Elle tire sa force de ces moments qui la débordent : occupations de nos milieux de vie, fêtes improvisées, actions spontanées ou manifestations sauvages. Une grève effective se dérobe à toute planification, elle est prise d’assaut par une multitude de bandes, de groupes et de collectifs, elle forge des amitiés politiques qui la dépassent et lui survivent. La victoire d’une grève se mesure ainsi bien plus à la puissance collective qu’on en retire qu’à ce que l’État a bien voulu nous concéder.

Que la grève des stages soit victorieuse, que la grève des stages soit ingouvernable!

Appel de textes et d’organisation d’activités : PAS DE JUSTICE ? PAS DE PAIX !

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Jan 292019
 

Du Collectif opposé à la brutalité policière

Le 15 mars de cette année aura lieu la 23e manifestation annuelle contre la brutalité policière. La dénonciation de la brutalité étatique doit se poursuivre, que cette brutalité soit policière, judiciaire ou politique. Surtout que la dernière année a encore été marquée par la même répression.

Y a-t-il eu une justice pour Nicholas Gibb, assassiné en pleine rue à Montréal par des soi-disant “gardiens de la paix” ? Y a-t-il eu une justice pour les personnes migrantes à qui on refuse de donner le niveau de vie que les compagnies canadiennes leur ont volé dans leur pays d’origine ? Y a-t-il eu une justice pour les peuples d’Unist’ot’en et de Wet’suwet’en, arrachés à leurs terres une énième fois de suite ? Y a-t-il une justice pour les écologistes d’ici et d’ailleurs, emprisonnés pour avoir bloqué des projets qui mènent à notre propre destruction ? Y a-t-il une justice pour toute les minorité, qu’elle soit racisée, religieuse, queer et/ou autochtone, alors qui ces personnes sont constamment profilées, judiciarisées et emprisonnées par un système qui cherche à effacer leur existence ?

Comme à chaque année, le COBP organise une semaine contre la police, orientée autour d’un thème, cette année, “Pas de justice ? Pas de paix !”. Nous invitons les groupes et les personnes voulant y contribuer à le faire par la co-organisation d’évènements ou par la soumission d’articles, de textes de réflexions, de bandes-dessinées, de dessins et de poèmes qui seront publiés dans l’édition annuelle du journal du collectif, l’État Policier.

Cette année, la semaine d’activités aura lieu entre le dimanche 10 mars au samedi le 16 mars. Vous pouvez nous communiquer vos activités dénonçant la brutalité policière au cobp@riseup.net avant le 22 février 2019.

Les textes devront contenir un maximum de deux pages et peuvent être écrits en français, en anglais ou en espagnol. Les auteurs-E-s qui tiennent à ce que leurs textes soient traduits doivent nous le mentionner dans un délai raisonnable afin qu’on puisse trouver des gens pour la traduction. Aussi, nous vous invitons à nous envoyer des images à jumeler avec votre texte si vous le désirez. Les images feront toutefois partie des deux pages. Si vous avez l’intention de produire un texte ou des images, merci de nous avertir dès que possible. La date de tombée finale pour le contenu du journal est le 15 février 2019.Les envois doivent être faits au cobp@riseup.net

Une lutte active contre la police est d’abord une lutte anticoloniale, antiraciste, féministe, queer, et intersectionnelle. Le choix du matériel pour le journal mettra de l’avant des groupes et des personnes subissant, au quotidien, l’oppression systémique de la police.

Parce que le système judiciaire, le système politique et ses chiens que sont la GRC, la SQ et le SPVM n’ont rien à faire des minorités. Ils n’existent que pour satisfaire aux besoins des mieux nantis. Leur rôle n’a rien à voir avec la justice, et tout avec la défense de la forteresse des privilégiéEs. Une forteresse qui, à chaque jour, est de plus en plus insoutenable, de plus en plus inacceptable.

Une société injuste est une société qui ne peut pas être paisible. Pas de justice ? Pas de paix!

Le Collectif Opposé à la Brutalité Policière

29 janvier: Journée d’actions contre l’islamophobie

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Jan 262019
 

De Montréal Antifasciste

Il y a bientôt deux ans, le 29 janvier 2017, Alexandre Bissonnette s’est introduit dans une mosquée à Québec, au Canada, et en quelques minutes a assassiné Azzeddine Soufiane, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Aboubaker Thabti, Ibrahima Barry et Abdelkrim Hassane. Dix-neuf autre personnes ont été blessés, dont plusieurs grièvement.

Nous reproduisons ci-dessous une liste d’événements organisés pour commémorer ce massacre mardi, le 29 janvier, dont nous, de Montréal Antifasciste, sommes au courant. Veuillez noter que l’inclusion d’un événement à cette liste ne signifie pas nécessairement que nous endossions les organisateurs et organisatrices dudit événement. Merci aux camarades qui ont aidé à assembler cette liste.

Présence devant les bureaux de François Legault
8h30 à 9h30 devant le bâtiment HBSC; coin avenue McGill College et Sherbrooke

Événement commémoratif : victimes du massacre à la mosquée de Québec
midi dans la mezzanine du pavillon McDonald Engineering, université McGill
www.facebook.com/events/557027084765626/

Rassemblement/vigile à Montréal Nord
16h30 au coin des rue Henri Bourassa et Lacordaire
www.facebook.com/events/1203012229847708/

Vigile Commémorative et Atelier sur l’Islamophobie à Côte des neiges
vigile à 17h30 au coin Plamondon & Van Horne (métro Plamondon)
suivi par un atelier sur l’islamophobie au 4755 Van Horne, Bureau 110, à 18h30
www.facebook.com/events/381473549078387/
Info: cdnseleve@gmail.com

Rassemblement/Vigile à Verdun
17h30 devant métro Verdun
après la rassemblement, nous sommes invité-es à nous réchauffer au Centre Islamique de Verdun, à côté, des rafraîchissements seront servis
www.facebook.com/events/1927861947311168/
info: verdunlibre@gmail.com

Conférence. Face à l’islamophobie: lutte et résistance
18h au local D-R200, Pavillon Athanase-David, UQAM
Panel avec Arij Riahi, Laïty Fary Ndiaye et Idil O. Kalif
www.facebook.com/events/365849160865598
Inscription obligatoire (sans frais): criec2@uqam.ca

D’autres événements seront afficher ici : https://www.facebook.com/January29Action/

Aussi le 2 février:

Souper communautaire à la mosquée Khadijah à Pointe Saint-Charles
2385 rue Centre, samedi 2 février, 2019, 17:30-19:00
Cet évènement est tenu pour rassembler les différentes communautés locales, militantes et religieuses et discuter des problèmes et enjeux sociaux qui nous concernent tous.tes. L’évènement est une commémoration des victimes de l’attentat de janvier 2017 à la Grande mosque de la ville de Québec, et une expression de solidarité avec les musulman.e.s qui sont ciblé.e.s chaque jour – de petites et grandes manières – ce qui inclut la loi soi-disant laïque que le gouvernement de la CAQ compte passer. Il y aura quelques courtes présentations par des militant.e.s et des membres de la communauté sur un nombre de sujets pertinents, puis nous passerons au souper communautaire. Pour nous aider à determiner la quantité de nourriture à préparer, s’il-vous-plaît confirmez votre présence! soupercommunautaire2019@gmail.com; Mosquée Khadijah 514-691-8331

On vous invite aussi à consulter la liste d’événements durant toute la Semaine de Sensibilisation Musulmane (25 au 31 janvier) : https://ssm-maw.com/

Ibrahima Barry
Mamadou Tanou Barry
Khaled Belkacemi
Abdelkrim Hassane
Azzedine Soufiane
Aboubaker Thabti

Nous refusons d’oublier. Nous nous opposons au racisme et à l’islamophobie.

Attaques contre les panneaux publicitaires d’OSHA Condo

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Jan 262019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Cette nuit et lors de celle qui précèdent, différentes bandes ont bombardé de peinture les publicités à thématique coloniale du nouveau projet de condo OSHA

Le projet d’OSHA Condo est simple : la destruction d’Hochelaga. Comment? Avec l’implantation de plus de 200 unités de condo (valant entre 200 000$ pour un 2 et demi et plus de 500 000$ pour un 4 et demi). C’est-à-dire 300 à 500 petit.es parvenu.es de plus dans notre quartier, dans un coin particulièrement sensible où se cotoient toutes ceux et celles qui ont été mis de côté dans les dernières décennies par les différents projets immobiliers. Implanter l’opulence, là ou la misère règne. Augmenter le nombre de flics et de patrouilles, de magasins écolo-éthico-responsable-biodégradable cher, de restos chics qui osent se nommer «Les AffamÉes» dans un des plus gros désert alimentaires de Montréal. Une nettoyage sociale en bonne et du forme.

Pour rajouter l’insulte à l’injure, les propriétaires ont choisi d’utiliser la thématique autochtone. L’utilisation de l’imaginaire de la rencontre entre les peuples par les publicitaires réitère l’idée d’un échange pacifique et consensuel entre colons et premiers peuples. Nous fracassons cet imaginaire. L’Amérique s’est construite dans la violence. Montréal est une ville rendues possible par un génocide. Sa modernisation repose depuis ses fondements sur l’exploitation de territoires volés. Le projet de condo OSHA n’en est que le dernier et plus pathétique exemple.

Et vous pensiez qu’on vous laisserait faire ? La pluralité des groupes qui s’organisent actuellement contre la construction de ces condos témoigne du sentiment de colère, largement partagé dans le quartier, face à cette nouvelle offensive de gentrification. Dans les prochains mois, les formes de constestations et de sabotages se multiplieront. Malgré les avancées des projets gentrificateurs dans Hochelaga, il s’est développé une expertise de lutte contre ces derniers que nous comptons bien mettre à profit dans les temps qui suivent.

Ces attaques ne sont qu’un premier avertissement
Nous sommes nombreux et nombreuses à être déterminé.es
Ces condos ne verront pas le jour

Retour sur la manif de bruit du Nouvel An de 2018

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Jan 132019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Le 31 décembre 2018, à la veille du Nouvel An, environ 150 personnes se sont rassemblées près du métro Henri-Bourassa sur l’île de soi-disant Montréal (Tio’tia:ke) afin de prendre 3 autobus jusqu’à Laval, Qc. Chaque année depuis 2014, et de manière sporadique pendant les années précédant 2014, nous nous rassemblons devant les prisons de Laval afin d’allumer des feux d’artifices, souhaiter une joyeuse nouvelle année aux gens à l’intérieur des murs, et montrer notre opposition aux prisons, aux frontières, ainsi qu’aux industries et aux gouvernements qui les nourissent.

Après une brève balade d’autobus, nous sommes débarqué.es au lieu de manifestation, notre premier arrêt étant le Centre fédéral de formation (sécurité minimale), situé au 600 Montée St-François. Étendu aux abords de la Montée St-François, avec une simple clôture séparant les unités d’habitation de la route, le Centre fédéral de formation (sécurité minimale) est le seul arrêt sur notre route où nous pouvons apercevoir le visage des gens aux travers des fenêtres. Cette année ne fût pas exception. Des dizaines de personnes nous saluaient de la fenêtre de leurs cellules et gueulaient de joie avec nous à la vue des feux d’artifices, alors que de la musique jouait et que nous scandions nos voeux de Bonne année. Une bannière exprimant “Happy New Year! Free all prisoners!” (Joyeuse année ! Libérons tout.es les prisonnièr.es !) était brandie, alors que nous chantions “Pour une monde sans patrons, ni flics, ni prisons!”

Notre second arrêt était à Leclerc, une prison provinciale pour femmes. Cette année, nous avons été capables de nous rendre plus près de la barrière que l’an dernier et, après avoir lancé des feux d’artifices et monté le volume de la musique, nous avons pu apercevoir des lumières clignotées à répétition dans certaines fenêtres de la prison! Cette prison se situe en retrait de la route et nous étions excité.es de savoir que les gens à l’intérieur pouvaient nous entendre et nous voir. Leclerc a été fréquemment dénoncé dans le passé pour avoir des conditions de vie exécrables, dont tout récemment en décembre 2018 par une coalition de groupes au Québec. Les cellules sont si froides que les prisonnièr.es doivent dormir avec leur manteau et l’eau y est inbuvable. Bien que nous ne ferions pas de compromis pour des prisons plus “humaines” dans notre lutte pour un monde meilleur, on pense quand même que c’est horrible pour les détenu.es d’être soumis.es à des conditions de vie aussi dégueux!

Nous nous sommes ensuite arrêtés sur le site de construction de la nouvelle prison pour migrant.es. Nous avons pointé le chantier à la foule et avons informé celle-ci des plans de la nouvelle prison. Supervisé par des firmes d’architecture et d’ingénierie Lemay et Groupe A, le nouveau centre de détention pour migrant.e.s fait partie du plan gouvernemental de reserrer les politiques sur l’immigration et d’alimenter la machine de déportation. Le gouvernement prétend que le nouveau bâtiment aura un intérieur en bois chaleureux et sera conçu pour «ne pas se sentir comme une prison» malgré les plans incluant autant de caméras de sécurité et de clôtures qu’on pourrait s’y attendre. Nous pensons que ces projets sont tous de la foutaise et nous nous attendons à ce que la nouvelle prison soit identique aux prisons régionales pour femmes construites dans les années 90 et 2000. Autrement dit, une prison avec des unités de haute sécurité, des caméras partout et aucun budget pour la programmation à cause que les coûts de sécurité seront trop élévés. Bien évidemment, tout cela si nous ne parvenons pas d’abord à arrêter la construction!

Ensuite, nous avons emprunté la route qui mène à la prison pour migrant.e. présentement utilisée. Nous avons lancé des feux d’artifices et crié notre soutien aux gens (y compris les enfants!) à l’intérieur. Des tambours dans la foule ont su créé une ambiance festive. Les personnes ayant pris parole au mégaphone nous ont rappelé la grève de la faim menée en septembre dernier contre le plan du gouvernement intitulé «alternatives à la détention». Ce plan comprend la mise en place d’un programme de surveillance électronique et la sous-traitance de la Société John Howard et de l’Armée du Salut afin de créer des programmes de type de “parole” pour les migrant.es. Nous pensons que tout cela est un moyen de contrôler et de surveiller les migrant.es d’avantage, alors que ceuzes-ci sont souvent en train de fuir des situations de violence que le gouvernement Canadien a aidé à créer à la base. Honte à la Société John Howard et l’Armée du Salut d’avoir pris ces contrats ! Et fuck les plans du gouvernement d’augmenter les déportations de 30% dans les prochaines années. Pour un monde sans frontières et sans prisons !

Notre cinquième arrêt était devant le Centre fédéral de formation (niveaux mixtes). Cette prison a une cloison ainsi que deux clôtures qui l’entourent. Alors, il est toujours difficile pour nous de nous approcher, ainsi que de savoir si le monde à l’intérieur peut nous voir ou nous entendre. Malgré cela, nous avons allumé des feux d’artifice et nous avons crié nos meilleurs vœux aux personnes à l’intérieure de cette prison. Notre système de son est devenu à plat à ce moment, alors nous n’avons pas pu lire une déclaration de notre camarade Cedar, qui est en prison en Ontario, parce que nous n’avions pas la puissance de voix pour le faire sans le système de son. Solidarité à Cedar et à tout.es celleux qui ont dû passer les fêtes derrière les barreaux ! Nous pensons à vous et nous luttons afin que personne ne doive jamais passer la veille du Nouvel An en prison !

En dernier lieu, nous sommes repassé.es devant le Centre fédéral de formation (sécurité minimale) afin de dire nos au revoir. À notre deuxième arrêt devant cette prison, quelques personnes sont sorties des unités d’habitation pour venir dans la cour, en bravant le froid pour nous envoyer la main et nous saluer. Un fuck you bien ressenti à tout.es les policier.es qui ont insisté à se tenir près de la clôture, entre euzes et nous. Quelques personnes dans la foule ont chanté la Chanson de l’hélicopter et ont essayé d’apprendre aux autres de nouvelles paroles sur l’air de We R Who We R de Ke$ha. Nous avons alors lancé nos derniers feux d’artifices, puis nous nous sommes déplacé.es vers les autobus.

Cette tradition de la manif de bruit du Nouvel An nous tient à coeur! Nous voulons remercier toutes les personnes qui sont venues. Nous étions excité.es par le nombre de gens qui se sont pointés la bette cette année! Solidarité avec tout.es les détenu.es qui combattent le système de l’intérieur des murs!

Le Pont Jacques-Cartier bloqué

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Jan 132019
 

De sub.Media

Le 8 janvier à 8h du matin, un groupe d’environ 25 personnes a fermé le Pont Jacques-Cartier, un important corridor de transport à soi-disant Montréal, en réponse à l’attaque de la GRC contre les Wet’suwet’en.

Appel à l’action international – Soutien à la nation Gidimt’en

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Jan 072019
 

Alerte – Attaque imminent de la GRC – Restez à jour (7 janvier 11h)

Du Point d’accès Gidimt’en (page Facebook)

Aujourd’hui, des agents de liaison de la police ont rencontré des Chefs traditionnels Wet’suwet’en et leur ont indiqué que des forces spécialement entrainées allaient être déployées pour déplacer les Wet’suwet’en de leur terres.

La police a refusé de donner des détails sur cette opération aux chefs traditionnels. Ainsi, le nombre de policiers, la stratégie ou encore la date de l’attaque sont inconnus à ce jour.

En ne répondant pas aux demandes de précisions des chefs
traditionnels, la police a ainsi confirmé que l’effet de surprise était recherché pour pouvoir déborder les Wet’suwet’en qui protègent leurs terres.

Cette opération de police n’a d’autre but que de permettre à TransCanada d’accéder au territoire des Wet’suwet’en, qui n’ont jamais cédés leurs terres. C’est un ultimatum que la police impose : céder les terres ou faire face aux forces de police. C’est un acte de guerre.

Malgré les belles paroles portées par le comité de « Vérité et Réconciliation », le Canada continue à faire ce qu’il a toujours fait : utiliser la violence contre les peuples des Premières Nations et les criminaliser, afin que leurs terres incédées puissent être exploitées pour le profit de quelques uns.

La police a été avertie que des enfants, des aînés, des familles étaient présents sur le camp Gidimt’en, lieu de l’attaque annoncée. Ce à quoi aucune réponse n’a été apportée.

Depuis sa mise en place, ce point d’accès pour rentrer sur les terres des Wet’suwet’en a accueilli des rassemblements, des ateliers et est le lieu de nombreuses activités traditionnelles.

L’article 10 de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones énonce clairement « Les peuples autochtones ne peuvent être déplacés par la force de leur terres ou territoires » Tout déplacement des Wet’suwet’en par les forces de police viole directement cette Déclaration que le gouvernement de Trudeau a promis de respecter.

Nous nous préparons à un affrontement dans la durée. Les chefs traditionnels et les défenseurs des terres n’ont pas l’intention de laisser la souveraineté Wet’suwet’en être violée une fois de plus.

Pour le dire simplement, la menace gouvernementale d’envahir les territoires Wet’suwet’en est une violation de droits, un siège, et une extension du génocide auquel les Wet’suwet’en ont survécus.

Le Canada sait très bien que son action est illégale. La Nation Wet’suwet’en a longtemps bataillé sur le dossier juridique Delgamuukw-Gisday’wa afin que leur souveraineté soit reconnue et affirmée par les lois canadiennes.

En 1997, la Cour Suprême du Canada a acté que la Nation Wet’suwet’en, représentée par ses chefs traditionnels, n’avait jamais cédé ses droits sur ses 22.000 km2 de terres situées dans le nord de la Colombie Britannique.

Mais ces actions judiciaires coutent de l’argent. Et la construction du pipeline peut être terminée avant toute avancée légale significative. Alors Transcanada, soutenu par les gouvernement locaux et fédéraux, viole ouvertement ces droits de propriété.

La création du camp Gidimt’en a été soutenu par tous les chefs. Selon la loi des Wet’suwet’en, les 5 clans qui composent cette Nation s’opposent de manière unanime contre l’implantation du pipeline sur leurs terres.

Les avocats de Transcanada ont argumentés que l’un de ces clans, les Unist’ot’en étaient un groupe marginal, qui ne pouvait bénéficier de ces droits de propriété.

Le Camp Gidimt’en prouve que les Unist’ot’en ne sont pas isolés et que les chefs héréditaires de l’ensemble des clans les soutiennent et refusent l’accès de leurs terres aux pipelines.

Les Wet’suwet’en ont mis en avant le chemin respectant la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, ainsi que la nécessité d’un consentement libre, préalable et informé des habitants. Le Canada a choisi d’ignorer ce chemin vers la réconciliation.

Nous appelons la population à agir en solidarité grâce à une journée d’action internationale ce mardi 8 janvier 2019.

Soutenez les Wet’suwet’en en vous rendant physiquement sur les camps, ou par des dons, ou encore en menant des actions là où vous vivez. Ces actions sont non-violentes.

Cette violation des terres et des droits des Wet’suwet’en doit être arrêtée. Nous devons nous opposer aux gouvernements fédéraux et provinciaux.

L’heure est venue : comment supporter le camp Gitimt’en

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Jan 042019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Un face-à-face se déroule présentement et son dénouement déterminera l’avenir du nord de la Colombie-Britannique pour des générations à venir. La région entière sera-t-elle envahie par la fracturation hydraulique, ou les peuples autochtones affirmant leur souveraineté seront-ils victorieux en repoussant l’assaut sur leur terres ?

Le futur reste à être écrit. Ce qui suivra sera grandement influencé par les actions entreprises dans les prochains jours et des prochaines semaines. Il s’agit d’une lutte à long terme, mais elle se trouve à un moment critique. C’est pourquoi nous disons : l’heure est venue. Si vous êtes une personne conscientisée et que vous comprenez l’ampleur de ce qui est en jeu, demandez-vous quelle serait la meilleure façon supporter les grassroots Wet’suwet’en. Pour certaines personnes, cela veut dire venir au front. Pour d’autres, cela veut dire apporter du support matériel ou monétaire, ainsi que contribuer aux efforts de sensibilisation et de partage d’information.

HISTORIQUE DE LUTTE :

Le camp Unist’ot’en existe depuis 2009 et des personnes y résident de façon continue depuis 2012. Il a été construit directement sur le trajet proposé d’un corridor de pipelines, lequel incluait une multitude de méga-projets, dont deux projets déjà soumis, soient le Northern Gateway et le Pacific Trails Pipeline.

Unist’ot’en, connu comme le Peuple des Eaux en Amont, est un groupe familial au sein d’un des cinq clans de la nation Wet’suwet’en. Leurs territoires englobent une grande partie du nord de la Colombie-Britannique. En 2005, plusieurs grosses compagnies pétrolières annonçaient leurs intentions de construire un immense corridor de pipeline à travers ces territoires. Certaines personnes Wet’suwt’en ont adopté la mission de faire en sorte que ce futur imaginé par ces capitalistes ne voit jamais le jour. Des cinq clans Wet’suwet’en, les Unist’ot’en furent les premiers à s’opposer officiellement à TOUT pipeline proposé traversant leurs territoires. Aujourd’hui, les cinq clans font front unis dans cette opposition. Cette unité a été réalisée grâce à des années de diplomatie constante et de recherche de consensus de la part des grassroots Wet’suwe’ten. Le succès de leur résistance est attribuable, en grande partie, à un engagement inébranlable envers la structure de gouvernance traditionnelle des Wet’suwet’en.

En 2009, une habitation fut construite aux coordonnées exactes du chemin que serait censé prendre le corridor énergétique. En raison de la géographie de la région, laquelle est accidentée, montagneuse et sismiquement active, modifier la trajectoire du corridor n’a jamais été envisagé. Le site est situé dans le territoire Unist’ot’en connu sous le nom Talbits Kwa, dont les frontières suivent les berges de la Wedzin Kwa (connu sous le nom colonial de la rivière Morice). Un pont à voie unique constitue le seul moyen d’entrer et de sortir du territoire, celui-ci n’étant accessible que par un chemin forestier partant de Houston (C.-B.) vers le sud. Depuis des années, le camp Unist’ot’en maintient un poste de contrôle sur ce pont. Les leaders du camp ont clairement indiqué qu’il ne s’agissait pas d’un blocage, car l’accès au pont est accordé à de multiples parties, incluant des travailleur.ses forestier.es, des pêcheur.ses et des chasseur.ses, dans la mesure où ceux-ci et celles-ci respectent le protocole du Consentement Libre, Préalable et Éclairé.

Qu’est-ce que le Coastal GasLink (CGL) pipeline ?

Le peuple Wet’suwet’en, sous la gouvernance de leurs chefs héréditaire, se dresse sur le chemin d’un des plus large projet de fracturation hydraulique de l’histoire canadienne. Le pipeline Coastal GasLink (CGL) tente de connecter les opérations de fracturation hydraulique du nord-est de la Colombie-Britannique avec une installation de gaz naturel liquéfié (GNL ou LNG en anglais) située dans la ville côtière de Kitimat. Ce terminal d’exportation, appelé LNG Canada, est possédé par un consortium de géantes multinationales pétrolières (Shell, PetroChina, Petronas, KOGAS, et Mitsubishi). Malgré la propagande tentant de faire croire aux citoyen.nes que cet investissement de 41 milliards $ est inévitable, l’instabilité du marché global du GNL demeure une réalité. De nombreux pays sont bien établis dans ce marché extrêmement compétitif.

CGL est le premier d’une série de projets de pipelines visant à traverser les territoires traditionnels Wet’suwet’en. S’il était construit, il faciliterait et accélèrerait la construction de pipelines subséquents, transportant bitume et produits de fracturation, en plus d’encourager les compagnies gazières à exploiter les gaz de schistes le long du tracé du pipeline. Ce projet constitue une tentative d’ouvrir la voie à un corridor énergétique qui traverserait certaines des dernières zones vierges de toute la région. L’achèvement et la mise en fonction du CGL transformerait de façon irréversible l’écologie et le caractère même du nord de la Colombie-Britannique.

Qu’est-ce que le camp Gitimt’en ?

Gitimt’en est un des cinq clans de la nation Wet’suwet’en. La création du camp Gitimt’en a été annoncée dans la salle de banquets Wet’suwet’en, tous les chefs présents l’appuyant. En réponse à l’injonction de CGL, le camp Gitimt’en fut établi sur la route menant au camp Unist’ot’en, créant ainsi une nouvelle ligne de front. Les avocats de CGL soutiennent que les Unist’ot’en sont essentiellement une bande de voyous sans revendication légitime du titre aborigène. L’intervention des Gitimt’en démontre que les Unist’ot’en ne sont pas seul.es et que les chefs héréditaires sont prêt.es à faire respecter la loi Wet’suwet’en en refusant l’accès à CGL. Le camp Gitimt’en a clairement indiqué qu’il ne s’agissait pas d’un blocage, car l’accès au pont est accordé à de multiples parties, incluant des travailleur.ses forestier.es, des pêcheur.ses et des chasseur.ses, dans la mesure où ceux-ci et celles-ci respectent le protocole du Consentement Libre, Préalable et Éclairé.

Vendredi le 21 décembre denier, un juge a accordé à CGL une extension de leur injonction contre le camp Unist’ot’en, l’appliquant dorénavant à tous les camps de résistance au sud de Houston. Pour cette raison, le camp de Gitimt’en est en état d’alerte, prêt à défendre son territoire non-cédé contre la menace d’une invasion policière. La ligne de front est actuellement tenue par un certain nombre de chefs Wet’suwet’en, de familles et de militant.es expérimenté.es, et le camp grandit de jour en jour. C’est un camp éloigné, en plein air, où il fait généralement moins de zéro degré celsius. Bien entendu, ce ne sont pas des conditions faciles. Dans une région isolée de l’hiver nordique, la survie est difficile, et s’organiser politiquement l’est encore davantage. Les infrastructures du camp contribueront grandement à la capacité des gens présents à s’organiser efficacement.

Comment supporter ?

Une injonction étant en place, une intervention policière pourrait être déclenchée à tout moment. Les renseignements obtenus localement suggèrent qu’une escalade de la menace est plausible dès le début de janvier. Les leaders Wet’suwet’en demandent à ce que les supporteur.rices traitent cette situation comme étant urgente.

– Venez supporter le front *
– Commanditez un membre de votre communauté pour qu’il ou elle rejoigne le front (en donnant priorité aux personnes autochtones).
– Planifiez un moment de travail collectif au camp. Organisez-vous avec votre groupe d’ami.es pour venir au camp avec un projet en tête, comme la construction d’une structure. Cette option est idéale pour des gens qui aimeraient supporter le camp mais qui ne peuvent quitter leur maison pour une longue période de temps. Par exemple, des projets de construction qui seraient appréciés : une yourte, une tente prospecteur, une shed à bois, un abri de garde. Gardez en tête que les structures ont toutes besoins d’être chauffées, les poêle à bois sont donc en grande demande.
– Créez un pamphlet (à propos de la fracturation, du GNL, du Coastal GasLink pipeline, des camps de résistance de Unist’ot’en et de Gitimt’en, etc.) qui pourrait être utile pour partager de l’information en personne. Si un pamphlet est mis en ligne sous forme de PDF prêt à être imprimé, celui-ci peut facilement être reproduit par des gens de partout. Faites approuver votre pamphlet en l’envoyant à yintahaccess@gmail.com
– Traduisez des textes existant à propos du camp.
– Planifiez une action de solidarité. Si la police et l’industrie forcent leur chemin sur le territoire, il est temps de bloquer des autoroutes, des ponts et des voies ferrées. Il est temps d’occuper des bureaux, de perturber, et d’envoyer un message clair qui ne peut être ignoré. Commencez à penser à des actions appropriées à effectuer près de chez vous. Gardez en tête que d’utiliser des cibles secondaires et tertiaires (c’est-à-dire de cibler des compagnies qui sont en partenariat avec la compagnie que vous visez) peut parfois être plus efficace.
– Planifiez des événements de levée de fond et de partage d’information, comme la projection d’un film.
– Donnez de l’argent ou des biens matériels. Les besoins actuels : des matériaux de construction, une camionnette, un camion de campement, un skidoo, de la nourriture, de l’essence, de l’argent pour le transport.
– Si vous faites partie d’une organisation telle q’une ONG ou qu’un syndicat, plaidez pour que celle-ci publie une déclaration officielle en appui aux chefs héréditaires Wet’suwet’en.
– Si vous êtes une personnalité publique, s’il-vous-plaît, utilisez votre influence pour attirer l’attention vers cette cause. Par exemple, si vous êtes largement suivi.e sur les médias sociaux, publiez-y votre support.
– Si vous faites partie d’une organisation qui envoie des observateurs.rices des droits humains dans des zones de conflits, s’il-vous-plaît, contactez immédiatement yintahaccess@gmail.com
– Augmentez la visibilité de ce qui se passe en publiant sur les médias sociaux, avec des hyper-liens et des hashtags. Les trois hashtags officiels du Yintah Access Checkpoint sont #notrespass #wedzinkwa #wetsuwtenstrong.

Comment faire des dons au Wet’suwet’en Access Point sur le territoire Gitimt’en :

– (Préféré) Envoyez un e-transfer à yintahaccess@gmail.com
– Postez un chèque. Écrivez à yintahaccess@gmail.com pour obtenir le nom et l’adresse postale.
– Paypal – codym@uvic.ca
– Faites un don à la campagne GoFundMe : https://www.gofundme.com/gitdumt039en-access-point
– Si vous faites une levée de fond, pensez à établir un objectif précis. Par exemple : un campeur, une motoneige, une scie à chaîne, une génératrice, une soudeuse. Se doter d’un objectif précis peut contribuer à ce que la levée de fond soit plus gratifiante.

Note : Le camp Gitimt’en et le camp Unist’ot’en se supportent entre eux. Il est par contre important de noter que ce sont deux camps séparés et distincts. Les deux camps sont situés sur les territoires de deux différents clans et ceux-ci répondent à leurs chefs respectifs. Ceci est important pour des raisons légales. L’injonction a failli à faire la différence entre les deux camps, mais ceci n’est ni exact ni défendable. Les finances des deux camps sont séparées. Si vous désirez donnez au camp Unist’ot’en, ce qui est grandement encouragé, veuillez le faire à eux et elles directement. Vous pouvez le faire via leur site web : unistotencamp.com.

* Considérant que la vie au front peut être particulièrement difficile physiquement, émotionnellement et mentalement, ce n’est pas tout le monde qui est encouragé à venir. Posez-vous certaines questions comme : Dans une situation intense, avec un haut niveau de stress, suis-je capable de penser rationnellement et d’agir de façon intelligente ? Suis-je prêt.e au risque de me faire arrêter ? Est-ce que je suis doté.e de compétences pouvant s’avérer utiles ? Est-ce que le front est l’endroit où je serais le ou la plus utile ? Est-ce qu’une personne autochtone pourrait prendre ma place ?

Quiconque veut venir au camp doit préalablement contacter yintahaccess@gmail.com. Visitez la page Facebook du camp en cherchant Wet’suwet’en Access point on Gidumt’en territory.

Féministes, c’est-à-dire contre le travail

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Déc 302018
 

De Ingouvernables.info

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La campagne pour la rémunération des stagiaires s’organise depuis ses débuts sur des bases féministes et décentralisées. C’est carrément un exploit que les militant.es des CUTE réussissent à mobiliser des milieux où les enjeux féministes sont généralement secondarisés, tokenisés ou bien récupérés, et qu’iels aient su maintenir le cap malgré les assauts et critiques qu’iels essuient depuis deux ans. Ces dangers bien réels qui guettent les luttes féministes ont toutefois amené une ambiance de méfiance et de défense envers toute initiative n’émanant pas des instances et structures établies par les CUTE. Dans ce contexte, l’orientation féministe de la campagne la soustrait aux critiques et remises en question, impliquant alors que toute posture s’éloignant de celle des CUTE serait nécessairement anti-féministe.

Nous croyons au contraire que si l’on souhaite initier un mouvement social décentralisé et vivant, il est nécessaire d’établir un climat où la critique est permise, où les discours divergents ne sont pas automatiquement reçus comme anti-féministes et où les initiatives et actions émanant d’autres groupes ne sont pas systématiquement taxées de récupération. Ce texte vise à participer à la mise en place de ce climat en proposant une réponse féministe aux critiques qui nous ont été adressées – dans les soirées, les corridors, sur facebook ou dans les AG – au cours des derniers mois.

L’invisibilisation du travail des femmes est le concept au cœur de l’organisation de la grève des stages. Le capitalisme se fonde sur l’exploitation des travailleur.es et des ouvriers.ères, mais également sur le travail non-reconnu et non-salarié effectué par les ménagères, les mères, les aides-soignant.es, les stagiaires, etc. Dans un contexte où l’on cherche à rendre visible des rapports d’exploitation vécus par des femmes, les groupes qui s’organisent sur des bases autonomes et anonymes semblent susciter méfiance. En ne publiant pas de procès-verbaux ou de chartes, en refusant de se nommer et en omettant d’identifier leurs membres, ces groupes invisibiliseraient nécessairement ce qu’on cherche à faire apparaître. Les « femmes » impliquées, s’il y en a réellement, seraient forcément sous le joug des super-militants, organisés en boysclub, qui prônent l’anonymat dans le but de continuer à profiter de leur travail invisible.

Si d’emblée anonymat semble rimer avec invisibilisation, nous croyons toutefois que cette critique qui nous est adressée relève d’une logique machiste, sexiste et indéniablement anti-féministe. À chaque fois qu’on traite un groupe de boysclub, qu’on raconte que telle action a été organisée par la gang de un tel et un tel, qu’on décrit une militante comme la copine de l’autre, on réifie ces dynamiques de pouvoir plutôt que de les remettre en question. C’est bien davantage cette critique – qui associe des groupes ou des initiatives à deux ou trois hommes cis – qui renforce les rapports de pouvoir genrés, plutôt que la façon dont ces groupes s’organisent réellement. Évidemment, les groupes militants sont sans contredit structurés par des rapports genrés, racialisés, hétéronormés ou cisnormés, comme nous le sommes tous et toutes. Mais en identifiant des initiatives politiques à une poignée de super-militants, en leur accordant ce rôle qui ne leur a jamais été concédé par leurs camarades, on vient carrément miner le travail féministe quotidien accompli au sein de ces groupes. En plus d’ignorer et invisibiliser, ironiquement, la présence et le travail des militant.es qui ne sont pas des white cis dudes.

Nous nous organisons dans l’anonymat parce que nous n’avons aucun compte à rendre à ce monde, parce qu’on refuse de jouer selon ses termes et qu’on rejette son injonction à nous nommer au sein de la société civile. La critique féministe de la séparation entre espace public et espace privé est justement au fondement de cette conception du politique. Nous ne faisons pas de différence entre l’amitié et la lutte, entre la reproduction de nos vies et la révolution, entre le domaine du relationnel et celui de la politique. C’est dans la transformation immédiate de nos conditions d’existence, de notre rapport au monde et des liens qui nous unissent que nous inscrivons notre pratique politique. On peut vous assurer que nous nous engageons dans cette transformation de façon résolument féministe, et on vous remerciera d’éviter de concéder à nos amis le pouvoir qu’on se tue à leur arracher.

Nous sommes contre le travail, c’est-à-dire contre toutes formes d’expropriation de notre temps qui nous empêche d’être ailleurs, de nous construire. Le travail c’est tout ce qui nous est imposé de faire pour survivre dans un monde structuré par le capital. C’est toutes les actions que nous posons de façon déconnectée de nos vies propres, de nos intérêts, nos buts et aspirations. C’est ce qui se situe le plus loin de nos réalités, du monde qu’il nous faut bâtir chaque jour, des amitiés qui nous font vivre, des projets qui nous animent. Le travail c’est le shift au resto, les cours qu’on prend pour se trouver quelque chose de mieux, les lunchs qu’on prépare le dimanche, les téléséries qu’on se claque pour ne plus penser à rien, les dudes avec qui on couche parce qu’on s’ennuie ou qu’on se sent obligé.e. Qu’il soit salarié ou gratuit, productif, ménager ou sexuel, le travail c’est tout ce qu’on fait qui participe à la reproduction du monde qu’on veut détruire.

Le travail devient travail lorsqu’il ne participe pas à la création de sens véritable de nos vies. Planter des arbres ou des légumes pour la commune n’aura jamais le même sens que de le faire au service d’une firme de reforestation destructrice. Faire la vaisselle pour un souper collectif de quartier ne sera jamais comparable au travail domestique genré ou à la plonge du resto. Nous n’exécrons pas l’action que sous-tend le travail, mais tous les rapports sociaux qui en sont induits.

Le travail capitaliste, comme nous l’entendons, tend quotidiennement à nous désolidariser, nous individualiser. Dans la lignée carrière-famille-maison, on nous impose une trajectoire qui se situe à l’opposé de ce que nous souhaitons et initions : une existence qui ne cesse de mettre en relation nos formes de vie, qui foisonne de puissance résistante et constructrice, qui jamais n’acceptera le seul horizon de malheur qui nous est à voir. Chaque jour nous reprenons à notre avantage les petites brèches, qui nous permettent de libérer notre temps de la machine capitaliste. Frauder l’AFE ou l’assurance-chômage, voler tout ce qu’on peut, profiter du bien-être social : nous sommes des professionnel.les de la magouille. Tirer parti de l’illégalité pour diminuer le temps et la place qu’on doit accorder au travail: en vendant de la drogue, en faisant du travail du sexe ou du recel. Se soustraire, exiger moins de temps de travail et plus d’argent; parce qu’on peut, parce qu’on veut ou parce qu’on ne peut pas faire autrement. Qu’on se comprenne bien, le fait de travailler et de mettre à profit tous ces rouages du système ne sont en aucun cas en opposition avec notre vision de la fin du travail. C’est parce que nous devons travailler que nous haïssons le travail. Chaque heure qui nous est extirpée est une heure qui ne sert pas à notre projet, celui d’une vie autonome, meilleure.

Il ne nous est pas étranger que certain.e.s puissent se sentir tout à fait accompli.e d’une telle vie, se satisfaire de sa carrière, se joindre à certaines parades, s’impliquer dans son syndicat, et chaque jour, croire un peu moins au grand soir, et n’en être même pas si attristé.e. Mais nous sommes animé.e.s d’une mythologie existentielle différente : nous ne laisserons pas le travail capitaliste définir le sens de nos vies. Le sens de nos vies, c’est la lutte, c’est sans cesse se rappeler les raisons pour lesquelles nous ne nous caserons pas dans des tours à bureau, dans des hôpitaux ou dans le rôle de la maman-ménagère, c’est constamment penser comment nous voulons organiser nos vies de façon indépendantes de l’État, du capital et de l’hétéro-patriarcat, c’est se penser nous-même de façon immédiate.

S’opposer au travail ce n’est pas contribuer à l’invisibilisation du travail gratuit des femmes. C’est s’opposer à une projection étapiste, qui demanderait à ce que le travail des femmes soit d’abord reconnu par l’État, pour qu’ensuite on puisse penser à l’abolir. C’est refuser de s’enfoncer dans une identité genrée et les rôles qui y sont associés et refuser qu’on nous enferme encore une fois dans des tâches ménagères, de soins, sexuels ou maternels. Ça veut dire mettre en place des pratiques féministes entre nous dès maintenant, et s’opposer systématiquement aux coportements machistes et patriarcaux. Ça signifie exiger que l’émotionnel ne soit pas régi par l’éthique du travail, intrinsèquement patriarcale et hiérarchique; et au final, désirer que tout le monde apprenne à prendre soin des autres. Car si tout ce qu’on aime et qui nous fait vivre se trouve en dehors du travail, c’est là que nous nous définirons autrement. Que ce que l’on définit comme privé éclate des marges, inonde nos vies. Nous existerons de façon autonome, c’est-à-dire à l’extérieur du travail, du capital et de l’État.

C’est parce que nous sommes féministes que nous sommes contre le travail.

– Grand Banquet Boys Club*
*Au cas ou c’était pas assez clair, aucun homme cis n’a participé à l’écriture de ce texte. Parce que ça l’air qu’il faut fuckin le préciser. Prendre pour acquis que la figure anonyme est un homme cis c’est pas cute pentoute lol.